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t595.htm
Tanneries de peau humaine sous la révolution française
par Dominique le Dim 12 Juil 2009, 00:55

Puisque la république va encore une fois célébrer de manière très idéologique le "14
juillet", je vous propose - en guise de préparation à ce jour - de lire (ou de relire pour
ceux qui la connaissent déjà) cette excellente étude de "Mauny" sur l'un des multiples
aspects de la révolution totalement occultés par l'histoire officielle : Les tanneries de
peau humaine... On critique - à juste titre - les atrocités commises par les nazis, mais
pourquoi ne dit on pas que les "grands ancêtres" de la révolution française leur avait
donné l'exemple?

Frère Maximilien-Marie, légitimiste

L’Ancien Testament enseigne qu’enterrer les morts constitue un “acte corporel de


charité” ; le corps avec l’âme est une partie de notre humanité et même les civilisations
les plus primitives marquent du respect envers les dépouilles des défunts. Pour le
révolutionnaire matérialiste, l’homme n’est que matière, aussi que pourrait-il bien
empêcher de destiner des parties de corps humain à des fins utilitaires, voire
marchandes ? Et les ennemis de la Révolution, dont on utilise ainsi les cadavres, sont-ils
encore des hommes ?

A - Unité de la Révolution

« La Révolution est un bloc » affirmait Georges Clemenceau. Il ne faisait que constater


une réalité car il est évident à tout esprit réfléchi et indépendant que la Terreur est sortie
tout droit de 1789, de même que la Révolution est le fruit pernicieux du XVIIIe siècle
libertin aux mœurs relâchées et au dérèglement de la morale, ce siècle abusivement
appelé le “siècle des lumières”.

Au demeurant la période sanglante de la Révolution ne commença point en septembre


1792, mais dès les 26 et 27 janvier 1789 à Rennes, marqués par les premières émeutes
sur lesquelles chacun a en mémoire la réflexion de Chateaubriand. Cette sanglante
“émotion” populaire fut suivie les 27 et 28 avril par la mise à sac de la manufacture
Reveillon, au faubourg Saint-Antoine à Paris, par des émeutiers soudoyés par le duc
d’Orléans. Il y eut 25 morts et 22 blessés.

Il est donc mal venu de prétendre, que la Révolution des “Droits de l’Homme”, celle de
1789, était la seule dont on devait se réclamer et condamner la Révolution sanglante qui
la suivit. Subtile argutie ! Tout se tient, tout s’enchaîne : 1792 fut la conséquence
logique, inéluctable de 1789. On ne peut séparer de la Révolution aucune partie de son
ensemble : elle constitue bel et bien un bloc, comme l’a dit Clémenceau.

Qui prône la Révolution doit endosser la responsabilité de tous ses massacres, de toutes
ses turpitudes, telles les tanneries de peau humaine sur lesquelles existent trop de
témoignages pour qu’on les révoque en doute.

B - Le conventionnel Harmand témoigne

Citons d’abord le témoignage du conventionnel Harmand (de la Meuse) qu’il a consigné


dans un livre paru en 1820 chez Maradan, à Paris, et intitulé Anecdotes relatives à
quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la Révolution. Voici ce
qu’il apporte :
" Une demoiselle jeune, grande et bien faite, s’était refusée aux recherches de Saint-Just
; il la fit conduire à l’échafaud. Après l’exécution il voulut qu’on lui présentât le cadavre
et que la peau fût levée. Quand ces odieux outrages furent commis, il la fit préparer (la
peau) par un chamoiseur et la porta en culotte. Je tiens ce fait révoltant de celui-même
qui a été chargé de tous les préparatifs et qui a satisfait le monstre ; il me l’a raconté
avec des détails accessoires que je ne peux pas répéter en présence de deux autres
personnes qui vivent encore.
Il y a plus : c’est que, d’après ce fait, d’autres monstres, à l’exemple de Saint-Just,
s’occupèrent des moyens d’utiliser la peau des morts et de la mettre dans le commerce.
Ce dernier fait est encore constant. Il ne l’est pas moins que, il y a environ trois ans, on
mit aussi dans le commerce de l’huile tirée des cadavres humains ; on la vendait pour la
lampe des émailleurs."

Arrêtons-nous un instant sur cette dernière accusation pour dire qu’il ne s’agit pas d’un
racontar : il est établi par des faits notoires, en particulier à Clisson où, le 6 avril 1794,
des soldats de la compagnie de Marat dressèrent un bûcher sous lequel ils placèrent des
barils et, dans une seule nuit, ils firent fondre les cadavres de cent cinquante femmes
pour se procurer de la graisse. Ces barils furent transportés à Nantes pour être vendus
aux hôpitaux et dans le registre de Carrrier on lit que « cette opération économique
produisait une graisse mille fois plus agréable que le saindoux. »

C - La tannerie de Meudon
C 1 - Le conventionnel Saint-Just

Saint-Just, dans son rapport du 14 août 1793 à la Commission des moyens


extraordinaires, écrit : « On tanne à Meudon la peau humaine. La peau qui provient
d’hommes est d’une consistance et d’une bonté supérieure à celle du chamois. Celle des
sujets féminins est plus souple mais elle présente moins de solidité. »

C 2 - Aimée de Coigny

On ne peut négliger le témoignage d’une personne qui vécut sous la Révolution et était
bien placée pour recueillir des confidences : c’est Aimée de Coigny qui écrit, dans le
chapitre sur la Convention de son Journal :
" Trois tanneries de peaux humaines, aux Ponts de Cé (près d’Angers), à Étampes, à
Meudon, ont été identifiées ; à la fête de l’Être Suprême plusieurs députés en portèrent
des culottes. Après Thermidor Galetti le prouva au péril de sa vie."

C 3 - L’abbé de Montgaillard

L’abbé de Montgaillard corrobore les dires d’Aimée de Coigny dans le troisième (p. 290)
des neuf tomes de son Histoire de France depuis la fin du règne de Louis XVI jusqu’en
1825 ; il a vu cette tannerie de Meudon et il confirme que :
" On y tannait la peau humaine, et il est sorti de cet affreux atelier des peaux
parfaitement préparées. Le duc d’Orléans (Égalité) avait un pantalon de peau humaine.
Les bons et beaux cadavres des suppliciés étaient écorchés et leur peau tannée avec un
soin particulier. La peau des hommes avait une consistance et un degré de bonté
supérieur à la peau de chamois ; celles des femmes présentait moins de solidité à raison
de la mollesse du tissu."
C 4 - Le citoyen Dusaulchoy de Bergemont

Dusaulchoy de Bergemont, qui avait été l’ami de Camille Desmoulins et son


collaborateur, publia en 1818 chez Rosa, à Paris, un livre en deux volumes portant pour
titre : " Mosaïque historique, littéraire et politique, ou glanage instructif et divertissant
d’anecdotes inédites ou très peu connues, de recherches bibliographiques, de traits
curieux, de bons mots et de médisances". La concision n’était pas la qualité de cet auteur
!
À la page 140 du premier volume, sous le titre « Tannerie de peau humaine », on lit :
" Quel est le peuple d’Europe qui ne prend pas pour une fable l’établissement de la
tannerie de peau humaine de Meudon ? On se souvient cependant qu’un homme vint à la
barre de la Convention annoncer un procédé simple et nouveau pour se procurer du cuir
en abondance ; que le Comité de Salut public lui accorda l’emplacement de Meudon dont
les portes furent soigneusement fermées et qu’enfin plusieurs membres de ce Comité
furent les premiers qui portèrent des bottes faites de cuir humain. Ce n’était pas au
figuré que Robespierre écorchait le peuple, et comme Paris fournissait des souliers aux
armées, il a pu arriver à plus d’un défenseur de la patrie d’être chaussé avec la peau de
ses parents et amis."

L’homme en question s’appelait Seguin, « inventeur de nouveaux procédés pour le


tannage des cuirs », auquel le Comité de Salut public procura « toutes espèces possibles
de facilités » pour la fondation des Tanneries de Sèvres, et non de Meudon comme dit
notre chroniqueur qui confond avec une usine de munitions de guerre fondée à Meudon.

L’accusation de Dusaulchoy de Bergemont, jointe à maintes autres du même genre, ne


laisse pas d’être troublante, comme l’est l’émotion qui saisit les thermidoriens chargés de
la surveillance de l’établissement de Meudon devant les bruits persistants et de plus en
plus fournis sur l’existence d’une tannerie de peau humaine. Ils la manifestèrent près de
la Convention par une démarche que nous fait connaître le Moniteur. Les représentants
du peuple envoyés à Meudon adressent à la Convention une lettre par laquelle ils
réclament contre un bruit calomnieux, inséré dans plusieurs journaux, qu’on tannait à
Meudon des peaux humaines pour en faire des cuirs. « La Convention passe à l’ordre du
jour ».

D - On tanne les peaux humaines en pays rebelle


D 1 - Les tanneries d’Angers

À Angers, le fondateur d’une tannerie de peau humaine fut le major Péquel qui chargea
le tanneur Langlais de les préparer. Le manchonnier Prudhomme put ainsi confectionner
trente-deux culottes en peau de Vendéens que portèrent certains officiers Bleus.
Dans un ouvrage impartial et s’appuyant sur des documents irréfutables, le professeur
Raoul Mercier, professeur honoraire de l’École de Médecine de Tours, membre
correspondant de l’Académie des Sciences, publia en 1939 chez Arrault et Cie, à Tours,
Le Monde médical dans la guerre de Vendée où il donne des précisions sur le chirurgien-
major Péquel du 4e bataillon des Ardennes qui « s’est acquis, dit le Pr Mercier, une triste
célébrité en dirigeant l’atelier de tannerie de peaux des Vendéens fusillés près d’Angers.
»

Le rôle de Péquel est certifié par deux témoins :


* l’un, Poitevin, agent national de la commune des Ponts-de-Cé, interrogé le 15 brumaire
an III (6 novembre 1794), affirme avoir vu Péquel écorcher au bord de la Loire une
trentaine de Vendéens fusillés.
* l’autre, un Angevin, Robin, raconta le 31 mai 1852, les scènes dont il fut témoin dans
sa jeunesse : « J’avais, dit-il, l’âge de treize à quatorze ans, je puis affirmer avoir vu, sur
les bords du fleuve (la Loire), les corps des malheureux Vendéens dont les cadavres
avaient été écorchés. Il étaient écorchés à mi-corps parce qu’on coupait la peau au-
dessous de la ceinture, puis le long des cuisses jusqu’à la cheville, de manière qu’après
son enlèvement le pantalon se trouvait en partie formé. Il ne restait plus qu’à tanner et à
coudre. » Les peaux étaient envoyées à la tannerie de Langlais, aux Ponts-Libres, ci-
devant les Ponts-de-Cé, où elles étaient travaillées par des soldats, les ouvriers refusant
de faire ce travail.

D 2 - D’autres témoignages

Poursuivons notre quête de témoignages. L’existence de ces tanneries d’un nouveau


genre est établie en Vendée pendant les années cruelles de 1793-1794.

Le général Beysser, rapporte Crétineau-Joly (Histoire de la Vendée militaire, T1, p. 165,


Ed. de 1851), osa être le premier à porter un pantalon fait avec la peau préparée et
tannée des Vendéens qu’on écorchait après la bataille.

En 1829, la comtesse de la Bouëre, qui préparait la rédaction de ses Mémoires, se


trouvait à passer par La Flèche, a l’idée de recueillir, si possible, de quelqu’un du pays
des renseignements sur le passage des Vendéens dans cette ville pendant la Virée de
Galerne. Aux abords de la diligence elle s’adresse au hasard à un homme qui flâne par là
et lui pose des questions. « Vous ne pouviez mieux vous adresser, Madame, répond-il.
J’ai servi sous les généraux Kléber, Canclaux, Turreau, Cordelier… » Et cet ancien Bleu
donne à Mme de la Bouëre de terribles précisions ; il se vante même d’avoir écorché des
“brigands” pour en faire tanner la peau à Nantes. Et il conclut le récit de ses exploits par
ce satisfecit personnel : « Ah ! je bûchais bien. Aussi, on m’appelait “le boucher des
Vendéens”. Et si cela revenait, je recommencerais encore. Je le ferais encor, si j’avais à
le faire. »

Continuons nos recherches. Paul Lacroix, plus connu sous le nom de Bibliophile Jacob,
avait fait la connaissance d’un nommé Souterre, ancien Hussard de la Mort, lequel lui
assura avoir porté une culotte de peau humaine. Il recueillit un aveu identique de la
bouche d’un architecte qui était, en 1823, un des plus terribles exécuteurs de la Bande
Noire : il rasait les châteaux avec une impitoyable malerage. Cet architecte lui confia
que, se trouvant à l’armée, il avait porté une culotte de peau humaine « fort bien tannée,
fort souple et fort convenable. »

E - Des objets en peau humaine


E 1 - La peau humaine exposée au Muséum des Sciences Naturelles de Nantes

Des objets en peau humaine existent dans des collections privées ; mais l’on peut voir au
Muséum des Sciences Naturelles de Nantes, une peau humaine tannée. Ce n’est pas celle
d’un Vendéen, c’est celle d’un Bleu, tué à la défense de Nantes, en juin 1793, qui avait
légué sa peau pour en faire un tambour ! Selon sa volonté elle fut préparée dans une
tannerie des bords de la Sèvre nantaise ; malheureusement son épaisseur insuffisante ne
convint pas à un tel usage…

E 2 - Un exemplaire de la Constitution du 24 juin 1793 reliée en peau humaine

Louis Combe a fait connaître le texte du placard, copié sur l’original même, dans ses
Épisodes et curiosités révolutionnaires et l’a fait suivre de sa Réponse à l’affiche de
Billaud-Varenne, Vadier, Collot et Barère dans laquelle il dit ceci :
" Plusieurs journaux avaient parlé avant nous des prétendues tanneries. Le fait nous
parut si hasardé que nous le reléguâmes dans les on-dit, et nous nous contentâmes,
dans un mémoire suivant, de rapporter littéralement les détails que donnait à ce sujet
une feuille accréditée. Billaud-Varenne, Vadier, Collot et Barère ont cru bon et utile de
signer une grande affiche bleue contre nous seuls.
À la première explication que nous venons de donner, nous ajouterons que le fait de la
tannerie humaine a certainement existé, puisqu’un de nos abonnés nous envoie, comme
un digne monument des decemvirs, une Constitution de 1793, imprimée à Dijon chez
Causse, sur un papier vélin et reliée en peau humaine qui imite le veau fauve. Nous
offrons de la montrer à tous ceux qui seraient curieux de la voir…"

Cet exemplaire de la Constitution a une histoire. Il devint plus tard la propriété d’un
historien de la Révolution, Villeneuve, qui y joignit un exemplaire de l’affiche et une note
destinée à l’authentifier. Muni de telles références, le livre fut mis en vente et acquis en
1849 par un libraire parisien. On en perd ensuite la trace jusqu’en 1864 où, le 13 février
de cette année, il était vendu par les soins de M. France, le père d’Anatole, le maître
styliste et délicieux conteur, pour la coquette somme de 231 F or. Cet exemplaire, après
avoir eu plusieurs possesseurs, dont le marquis de Turgot, fut acheté en 1889 par le
musée Carnavalet. C’est un in-12, joliment relié avec filets sur les plats et doré sur
tranches.

F - Conclusion

Plusieurs mémorialistes et écrivains, se posant en historiens, rapportent encore


l’existence de ces tanneries de peau humaine : Georges Duval dans ses "Souvenirs de la
Terreur", Granier de Cassagnac dans son "Histoire des Girondins et des massacres de
septembre", ou encore "l’Histoire impartiale des Révolutions" de Prud’homme, "Les
brigands démasqués" de Danican, etc.

"L’intermédiaire des chercheurs et curieux" du 30 mars 1936 révélait qu’il s’était tout de
même trouvé un tribunal pour condamner l’officier de santé Morel et le bourreau,
coupables d’avoir détourné la peau de l’abbé Thomas, de Guebwiller, guillotiné à Colmar.

Il reste que l’utilisation de sous-produits des massacres constitue une forme achevée du
sadisme terroriste.

Comment est-il encore possible de se réclamer de cette Révolution sanguinaire, qui a


généré de telles barbaries ? Est-ce anodin que tous les tyrans des régimes totalitaires,
tous les massacreurs des peuples de l’histoire contemporaine ― Lénine, Trotsky, Staline,
Hitler, Mao, Pol Pot … ― se réclament de la Révolution française et se posent en
continuateurs de Robespierre ?

Mauny.
Lundi 6 juillet 2009
LES TANNERIES DE PEAUX HUMAINES SOUS LA REVOLUTION
DITE FRANÇAISE.
anneries de peaux humaines

Malgré les efforts des “historiens” pour cacher ces atrocités,


il est de plus en plus avéré que la révolution francaise a
pratiqué le tannage de peaux humaines.
Pour la Vendée, vous en trouverez ci-dessous les
preuves .

a)“Que Pecquel chirurgien au 4e bataillon des Ardennes


écorcha 32 de ces cadavres, les fit porter chez
Lemonnier, tanneur au Ponts Libres ( actuels Ponts-de-
Cé), pour les tanner, que le particulier s’y refusa qu’il
sait que les peaux sont déposées chez Prud’homme,
manchonnier à Angers”
Cette déclaration est faite devant le citoyen Le Tendry,
membre de l’ancien comité révo-lutionnaire d’Angers contre les
membres de la commission militaire et de l’ancien comité
révolutionnaire d’Angers du 15 au 18 brumaire an III. De
nombreux témoignages contemporains ont attesté de ces
tanneries de peaux humaines. Reynald Seicher.

Bibliographie.
* Pièce N° 262- extraits des délibérations et dépositions d’Angers
-Témoignage de Claude Jean Humeau au tribunal d’Angers en date du 26
août 1795 . H: 37 cm- L: 23,4 cm. Collection Archives du Maine et Loire 1
L 1127 /3.

b) Godard Faultrier rend compte d’une conversation


qu’il a avec un berger nommé Robin qui avait 13 à 14
ans et qui fut le témoin des horreurs commises.
p. 132. “... Sur la demande que je lui adressais, s’il avait
connaissance des 30 victimes auxquels la peau fut enlevée,
pour être tannée, il me répondit “ que le fait n’était que trop
certain , et qu’il avait, de ses yeux, vu plusieurs cadavres en
cet état gisant au bord de l’eau sur la grève...”
“Mais le moyen de croire à de pareilles horreurs lui
répliquais-je ! Je n’en impose point, reprit-il et même je puis
vous affirmer qu’ils étaient écorchés à mi-corps parce que,
continuât-il, on coupait la peau au dessous de la ceinture, puis
le long de chacune des cuisses jusqu’à la cheville des pieds de
manière qu’après son enlèvement, le pantalon se trouve en
partie formé. Il ne restait plus qu’à le tanner et à le coudre...”
Ce témoignage date du 31 mai 1852. Reynald Seicher

Bibliographie.
* Pièce N° 264 - Le champ des martyrs. Godard Faultrier- Angers .
Cosnier et Lachèse- 1852 . Collection Docteur Suard.
Ces pièces - orthographe de l’époque conservée - figurent à la page
127- colonne de droite- du catalogue de l’exposition “ Vendée,
chouanneries , l’Ouest dans la Révolution- 1789-1832-” exposition
inaugurée à Paris le 14 avril 1993. Ce catalogue a été imprimé à la
demande de l’association “ Histoire et mémoire de l’ouest ”- Le Champ
Godet 35120 MONT DOL par l’ imprimerie : Ouest Impression- Oberthur
Rennes en 1993.
Posté le 14.10.2007 par clemenceaudupetitmoulin
....

Cet article reproduit les pages 179 et 180 du livre de Raoul


Mercier** "Le monde médical dans la guerre de Vendée "
(Préface d'Albert Grenier, professeur au Collège de France)
Tours Arrault et cie, 1939.

Voici le texte:

Le chirurgien major Péquel, tanneur de peaux humaines


Péquel, chirurgien major du 4e bataillon des Ardennes, s'est
acquis une triste célébrité en dirigeant l'atelier de tannerie de
peaux des Vendéens fusillés près d'Angers.

Cette idée macabre ne lui appartient pas, car Saint-


Just1 ,dans son rapport du 14 août 1793 à la commission des
moyens extraordinaires, écrit :
" On tanne à Meudon** la peau humaine. La peau qui
provient d'hommes est d'une consistance et d'une bonté
supérieure à celle des chamois. Celle des sujets féminins
est plus souple, mais elle présente moins de solidité".

Cette utilisation des sous-produits des massacres est une des


formes du sadisme terroriste.
Le rôle de Péquel est certifié par deux témoins.
- L'un, Poitevin, agent national de la commune des Ponts-de-
Cé, interrogé le 15 brumaire an III (6 novembre 1794), affirme
avoir vu Péquel écorcher au bord de la Loire une trentaine de
Vendéens fusillés.
- L'autre, Robin raconte, le 31 mai 1852, qu'étant jeune
2

berger, il a assisté aux fusillades de Sainte-Gemmes et qu'il a


vu plusieurs cadavres à demi-écorchés gisant sur la grève.
" Je puis affirmer, ajoute-t-il, qu'ils étaient écorchés à mi-
corps, parce qu'on coupait la peau au-dessous de la ceinture,
de manière qu'après son enlèvement, le pantalon se trouvait en
partie formé. "

Seul le tanneur Langlais des Ponts-Libres, ci-devant les


Ponts-de-Cé, accepta de tanner ces peaux dont le manchonnier
Prudhomme confectionna des pantalons.

Les généraux républicains Beysser et Moulin sont accusés


d'avoir porté un pantalon de peau humaine et un chirurgien de
Moulins s'est vanté d'en posséder un.

Cette pratique paraît d'ailleurs si naturelle que le Conseil


général d'Angers, après l'échec des Vendéens, prend la
délibération suivante dont la photographie figure dans l'ouvrage
de Gautherot 3 :

Du seize frimaire l'an deux de la république française une et


indivisible, les officiers de santé, d'après la réquisition des
représentants du peuple, ont été invités à se rendre à la Maison
commune pour les faire participer à l'arrêté des dits
représentants portant que les têtes de tous les brigands morts
sous les murs de cette ville seront coupées et disséquées pour
ensuite être mises sur les murs. Le laboratoire de l'Ecole en
chirurgie de cette ville a été indiqué pour faire ce travail.

Mais les officiers de santé ne paraissent pas avoir montré un


bien grand empressement à répondre à la convocation, car le
même Conseil général, trois jours plus tard, est obligé
d'annuler sa première délibération :

" Les citoyens Pinval et Chotard, decide-t-il, chargés de se


tourner vers les représentants du peuple pour savoir ce qu'on
fera des têtes déposées dans le magasin du citoyen Delaunay,
que les officiers de santé ont négligé de prendre pour les
disséquer, ainsi qu'ils en ont été requis, et qui sentent très
mauvais, rapportent que les représentants ont décidé qu'il
fallait les enterrer. Il a en conséquence été délibéré qu'elles le
seront tout de suite."

Bien que le tannage de la peau des victimes ait été à la


mode en ce temps-là, il s'est trouvé en France un
tribunal 4assez indépendant pour condamner l'officier de santé
Morel et le bourreau, coupables d'avoir détourné la peau de
l'abbé Thomas, de Guebviller, guillotiné à Colmar.

(1) Gabory, La Révolution et la Vendée. Paris, Perrin, t.II,264.


(2) Godard-Faultrier, Histoire du champ des martyrs d'Angers.
(3) Gautherot, L'Epopée vendéenne. Tours, Mame, P.246.
(4) Schaedelin, Intermédiaire des chercheurs, 30 mars 1936.

(Fin du texte de Raoul Mercier)

* En 1939, Raoul Mercier est professeur honoraire à l'Ecole de Médecine


de Tours et membre correspondant de l'Académie de Médecine.
Voir aussi la rubrique "Personnalités de la Vendée militaire" article
"Léonard-François Oger (1757-1822)".
** Voir dans les sites préférés :
- Le club de reliure "La Borderie"
- Le blog du bibliophile et du livre ancien
où il est fait référence à Meudon et sa tannerie de peau humaine sous la
Terreur, ainsi qu'un exemplaire de la Constitution de 1793 dans le même
matériau !
http://www.heresie.com/

La reliure des livres en peau humaine :


L'Anthropodermic bibliopegy.
L'Anthropodermic bibliopegy, ou la pratique de la reliure des livres en peau humaine, remonte au
moins au 17e siècle. Peut-être le plus extraordinaire exemple de cet art est un livre datant de 1837 et
intitulé "Récit de la vie de James Allen, alias George Walton ». Walton a toujours insisté sur le fait qu'il
était " maître de sa propre peau ", et à son exécution, il demanda que sa vie criminelle devait être relié
avec son épiderme d'où l’inscription sur la couverture de la mention suivante "HIC LIBER WALTONIS
CUTE COMPACTUS EST" - " qui traduit donne :

« Ce livre a été écrit par Robert Walton et relié dans sa propre peau »

On soupçonne à juste titre aujourd'hui que plusieurs ouvrages de ce type figureraient dans plusieurs
bibliothèques de par le monde.

Très souvent la peau était « léguée » par la personne, pour qu’elle soit utilisée de cette manière
particulière mais l’essentiel des peaux destinées à la reliure de livres provenaient surtout de criminels
exécutés.

Dans L'ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Tome 145 de 1850, on peut
remarquer l’extrait suivant :

Une tannerie de peau humaine en 1793

Dans un catalogue de livres de la bibliothèque de M. Villenave, en novembre 1849 vendus


publiquement à Paris, on lisait, sous le numéro 889, le singulier article que voici :
Constitution de la république française. Dijon, 1795,1 volume ia-48, relié en peau humaine.

En tête de ce livre, éminemment démocratique, comme on le voit, et par le fond, et par la forme, était
écrite la Déclaration des droits de l'homme. Le volume était réellement relié en- peau humaine imitant
le veau fauve : il a été acheté par un libraire du quai Malaquais, qui dut assurément le payer fort cher.

Beaucoup de personnes vont s'imaginer peut-être que cette reliure en peau humaine est une de ces
diaboliques inventions réactionnaires que les blancs se plaisent à propager sur te compte des amis de
ce bon M. de Robespierre et de son digne rival M. Marat. La chose est pourtant bien certaine. Il est
même fort étonnant qu'il ne se rencontre pas plus souvent de ces catéchismes révolutionnaires reliés
en peau d'aristocrate, car à cette bienheureuse époque, il se faisait un assez grand usage de ce
genre de reliures ; il y avait des fabriques où l'on tannait la peau humaine, absolument comme le cuir
de bœuf et de cheval, et l'on en faisait de beaux volumes qui se vendaient à un prix fou.

Et ceci n'est pas encore un conte fait à plaisir pour faire peur aux enfants, et appeler la défaveur sur
ces bénins philanthropes de 93.
De 1792 à 1794, il existait à Meudon, près de Paris, une tannerie de peau humaine. Selon l'historien
Montgaillard :

On tannait à Meudon la peau humaine, et il est sorti de cet affreux atelier des peaux parfaitement
préparées. Les bons et beaux cadavres des suppliciés étaient écorchés, et leur peau tannée avec un
soin particulier. La peau des hommes avait une consistance et un degré de bonté supérieurs à la peau
des chamois ; celle des femmes présentait moins de solidité, a raison de la mollesse des tissus.
(Montgaillard, Histoire de France, 3e édition, tom. 7, p. 64 en note.)

On voit par cette citation, dont nous indiquons l'auteur, le volume et la page, que nous n'inventons
pas. La chose n'a d'ailleurs rien d'impossible, s'il est une fois admis que nos terroristes de la première
heure aient aimé assez peu les aristocrates pour les peler et passer leur peau tout comme celle des
quadrupèdes, car la science nous apprend que la peau humaine se prépare exactement par le même
procédé que celle des animaux. On peut lire, à cet effet, l'article sur la Peau de l'Encyclopédie, qui
donne tous les détails désirables sur le traitement des peaux humaines, et leur conversion en livres
patriotiques par la méthode de 1793.

II est encore certain que les peaux aristocratiques ont servi à confectionner d'autres objets que des
reliures, car la même Encyclopédie nous apprend qu'un chirurgien de Paris, qui porte le nom et est
probablement l'aïeul de notre célèbre romancier socialiste, fit présent au cabinet du roi d'une paire de
pantoufles, faites avec de la peau humaine, et sortant de la tannerie de Meudon.

Depuis 1793, l'usage des peaux humaines a totalement disparu de l'industrie française ; c'est
pourquoi beaucoup le prenaient pour une pure fable, avant la découverte d'un volume de la
Constitution de la République française, vendu, naguère à Paris." Et l'on dira, après cela que les
révolutionnaires de 95 n'étaient pas des hommes de génie, et qu'ils ramenaient la France à la barbarie
! Le progrès humain alla-t-il jamais plus loin : la peau humaine appliquée à l'industrie en général et
aux cordonniers en particulier !...

On ne nomme pas le relieur du siècle dernier qui avait confectionné la reliure d'un petit volume in-18
de 103 pages, vendu à la vente de feu Villenave, intitulé : Constitution de la république française, et
imprimé a Dijon en 1793, du, P. Causse. H est sur papier vélin et doré sur tranche. La reliure, avec
trois filets dorés sur plat, imite le veau fauve, et une note écrite de la main de Villenave, sur un feuillet
placé avant le titre, indique que le livre est relié en peau humaine. On a parlé à la même époque de
culottes, de bottes, de pantoufles en cuir humain. Aussi bien, ce n'était pas la un premier essai,
comme on serait tenté de le croire ; et une vingtaine d'années auparavant le célèbre Hunier avait
absolument tenu à faire relier en peau humaine un traité sur les maladies de la peau. C'est un procès
entre lui et son relieur qui révéla cet acte d'excentricité.

On a relié des livres avec toutes sortes de peaux : ainsi l'on a employé les peaux de truie pour
recouvrir les gros livres de plain-chant ; et l'on cite même quelques exemples de reliure singulière, dus
à des fantaisies d'amateur. Le bibliophile anglais Dibdin raconte qu'un particulier avait fait relier en
peau de cerf un traité sur la chasse ; qu'un autre fit couvrir d'une peau de renard, l'Histoire de Jacques
II, par Fox, et que le docteur Askew possédait un livre sur l'anatomie, relié en peau humaine. Il y’a
quelques années, nous pouvions lire :

Dans quelques jours va être mis en vente aux enchères un ouvrage publié en Angleterre en 1606
relatant par le menu les accusations portées par la couronne britannique contre les conspirateurs
catholiques ayant cherché à faire sauter le parlement (la mémoire protestante a conservé vivace le
nom d'un d'entre eux : Guy Fawkes).

Son titre est tout un programme “ A True and Perfect Relation of the Whole Proceedings Against the
Late Most Barbarous Traitors Garnet, a Jesuit, and His Confederates”.

On trouve dans ce texte les détails scabreux de l'exécution particulièrement cruelle d'un jésuite
anglais, Henry Garnet, qui avait reconnu être au courant de la conspiration et de n'avoir rien fait pour
l'arrêter. Propriété d'un collectionneur qui souhaite demeurer anonyme, l'ouvrage présente la
particularité d'être relié, selon la légende, en peau humaine. Plus précisément avec la peau du jésuite
exécuté. D’ailleurs certains remarquent que l’empreinte de son visage serait sur le livre.

Maria Teresa de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, une amie proche de Marie-Antoinette


assassinée en 1792 qui selon la tradition, fût trainée dans les rues, tête exposée sur un pic et selon la
légende,la peau de ses cuisses fut utilisé pour relier un livre.
Maria Teresa de Savoie-Carignan

Un autre exemple est celui de John Horwood, qui a été pendu à l’âge de 18 New Bristol (Royaume-
Uni) en 1821 pour le meurtre d'Eliza Balsum. Sa peau servit à la reliure de ses propres mémoires, Le
texte sur la couverture montre un crâne avec une légende centrale « Johannis Horwood Cutis vera»
( La véritable peau de John Horwood).

Le livre est aujourd'hui conservé au Bristol Record Office.


En 1827, William Corden tue sa maitresse Maria Martin à Red Barn (Royaume-Uni). Il fut pendu à
Bury St.Edmunds en 1828. Après son exécution la peau de son dos servit à relier le livre pour la
confection d'une histoire de la criminalité. L'exemplaire est actuellement au Moyse's Hall Museum à
Bury St. Edmunds.

William Corder

La bibliothèque publique de Cleveland possède un Coran relié avec la peau d'un chef d'une tribu
arabe. Acquis en 1941 et qui appartenait à Bushiri ibn Salim.

Dans les années 90, David Ferris de la bibliothèque de la faculté de droit de l'Université de Harvard,
trouva une curieuse note écrite à la dernière page d'un livre de loi espagnol datant de 1605 : La
couverture de ce livre est tout ce qui reste de mon ami Jonas Wright qui a été écorché vif le 4 aout
1632 par les Wavuma. (Une tribu africaine). En 1992, un petit bout du livre fut l'objet d'un test ADN,
mais l'essai ne fut pas concluant car le tannage avait complètement détruit l'ADN. Sur la base de ses
recherches sur l'histoire du livre, David Ferris croit que l'inscription est exacte et que le livre est en
effet relié en peau humaine.

Enfin, la bibliothèque de Harvard possède un des nombreux exemplaires de la Danse Macabre, datant
de 1816 mais un exemplaire relié en peau humaine par le grand relieur londonien Joseph Zaehnsdorf
en 1893.
Selon plusieurs sources, certains fétichistes ont eu des livres recouvert de la peau de poitrine
féminine. Les frères Goncourt dans Mémoires de la vie littéraire (1888) relatent, en 1866, que des
médecins de l'hôpital de l'intérieur de Clamart (Paris) ont été licenciés après qu'on ait découvert qu'ils
avaient vendu la peau de la poitrine d'une femme morte dans une morgue du Faubourg Saint-
Germain .

C’est l'éditeur de livres érotiques Isidoro Liseux (1835-1894), qui déclara avoir vu le premier volume
de la huitième édition de Justine du marquis de Sade, relié de cette façon.

Iwan Bloch (1872-1922), dermatologue de Berlin et le père de la sexologie moderne, qui possédait
une bibliothèque de plus de 40.000 exemplaires, a également noté l'utilisation de cette peau .

La bibliothèque de Camille Flammarion, à l'observatoire de Juvisy contenait un exemplaire de son


astronomie populaire reliée en peau humaine. c'est Une admiratrice de Camille, qui avait demandé à
ce qu'à sa mort sa peau soit utilisée pour relier ce livre qu'elle appréciait par dessus tout.

La peau humaine est si malléable pendant le processus de tannage que n’importe quel autre animal.
Le tannage augmente l'épaisseur et la transforme en un cuir souple et grains fins.

Selon certains auteurs, la peau humaine est semblable à celle du veau, mais il est difficile de
supprimer complètement les poils de l'épiderme.

D'autres chercheurs disent que la texture de la peau humaine ressemblerait énormément à celle du
porc. Un dernier exemple avec la peau de James Johnson, pendu en 1818 à Norwich (Royaume-Uni)
qui a été utilisé pour relier une copie du dictionnaire Samuel Johnson.
A-t-il existé des tanneries de peau humaine ? Par le Docteur Cabanes

Le texte qui suit est tiré de l’ouvrage Les Indiscrétions de l’histoire, cinquième série, Librairie
mondiale, Paris, 1908, p. 303-323.

Une légende qui a cours encore dans certains milieux, et qui de temps à autre reparaît, veut qu’aient
fonctionné, en pleine Terreur, des tanneries de peau humaine. Cette légende mérite-t-elle d’être
discutée ? Repose-t-elle sur des bases sérieuses ? Nous allons dire sans plus tarder quel en a été le
point de départ.

Citons, tout d’abord, les témoignages contemporains. Voici ce que rapporte le conventionnel Harmand
(de la Meuse) :

« Une demoiselle, jeune, grande et bien faite, s’était refusée aux recherches de Saint-Just: il la fit
conduire à l’échafaud. Après l’exécution, il voulut qu’on lui représentât le cadavre, et que la peau fût
levée. Quand ces odieux outrages furent commis, il la fit préparer (la peau) par un chamoiseur et la
porta en culotte. Je tiens ce fait révoltant de celui même qui a été chargé de tous les préparatifs et qui
a satisfait le monstre ; il me l’a raconté, avec des détails accessoires que je ne peux pas répéter, dans
mon cabinet, au Comité de Sûreté générale, en présence de deux autres personnes qui vivent encore.
Il y a plus : c’est que, d’après ce fait, d’autres monstres, à l’exemple de Saint-Just, s’occupèrent des
moyens d’utiliser la peau des morts et de la mettre dans le commerce. Ce dernier fait est encore
constant. Il ne l’est pas moins que, il y a environ trois ans, on mit aussi dans le commerce de l’huile
tirée des cadavres humains : on la vendait pour la lampe des émailleurs.

« Quant au fait relatif à Saint-Just, on m’a raconté depuis, qu’un homme bien connu, ayant perdu une
dame à laquelle il était très attaché, avait employé le même moyen, pour conserver un reste ou un
souvenir matériel de l’objet de ses affections [1]. »

Cette historiette nous paraît suspecte par son exagération même ; elle a pourtant trouvé crédit auprès
d’historiens qui ne se sont pas contentés de l’adopter, mais qui l’ont encore agrémentée
d’amplifications plus ou moins ingénieuses.

Le vicomte de Beaumont-Vassy, qui s’est fait l’écho de maints autres racontars [2], assure avoir eu
entre les mains un manuscrit se rapportant à divers épisodes de la Révolution. Ce manuscrit, ou plutôt
cette chronique des événements de l’époque, avait pour auteur un brave propriétaire picard, qui s’était
rendu à Paris beaucoup moins par curiosité que pour ses affaires et qui avait eu l’idée de tenir avec
une grande exactitude une sorte de journal, dans lequel se trouvaient relatés, sans réflexions
compromettantes d’ailleurs, les faits auxquels il lui avait été donné d’assister. L’original de ce
manuscrit était tombé entre les mains du vicomte, grâce à l’obligeance du fils du propriétaire picard,
devenu, sans y penser, un intéressant chroniqueur. M. de Beaumont-Vassy reconnaît y avoir puisé,
mais l’avoir résumé – lisez : tripatouillé – avant de le présenter à ses lecteurs.
Le journal en question parlait, prétend-il, de la vénalité de Danton, de celle de Mirabeau, qui ne se
défendait pas de s’être laissé acheter, mais qui ne voulait pas s’être vendu ; des dernières séances du
procès de Louis XVI, rapportées par un témoin oculaire, etc.

Notre bourgeois avait également fréquenté les clubs, particulièrement celui des Jacobins. Là, il avait
entendu Gonchon, l’orateur du faubourg Antoine, demander que le ci-devant château des Tuileries fût
démoli, qu’on mît en vente les matériaux de démolition... et qu’on livrât à la culture des plantes
potagères le jardin, « délices de la gent aristocrate » ! C’est à cette même assemblée que
Cambacérès, le futur archichancelier de l’Empire, avait demandé la mise hors la loi de tous ceux qui
arboreraient le signe de la royauté, motion qu’il reproduisit à la Convention, et qu’il fit convertir en
décret.

Quelques mois plus tard, notre Picard se promenait dans les quartiers voisins du Temple. À certain
moment, il se trouva engagé dans la rue des Vieilles-Haudriettes, presque en face de la boutique d’un
corroyeur, que son odeur spéciale faisait reconnaître à distance. Tandis qu’il était plongé dans ses
réflexions, il vit venir à lui un jeune homme marchant d’un pas pressé : il n’eut pas de peine à
reconnaître un de ses compatriotes, le déjà célèbre Saint-Just, député du département de l’Aisne à la
Convention, le séide, l’ami fidèle de Robespierre.

Saint-Just, alors âgé de vingt-quatre ans, était doué d’un physique agréable, d’une tournure élégante,
pourvu, en un mot, de tous les attraits qui rendent la jeunesse séduisante.

– Par quel hasard nous rencontrons-nous ici ce soir ? demanda, du ton sec qui lui était habituel, le
beau conventionnel à son compatriote.

– Je profite de mon séjour dans la capitale pour la visiter dans ses moindres recoins, lui répondit
l’interpellé.

– Pouvez-vous m’attendre quelques instants ? J’entre chez ce corroyeur, à qui je n’ai que quelques
mots à dire et je vous retrouve ; nous causerons du pays, tout en marchant.

Soit qu’il eut mal compris, soit plutôt qu’il feignit, poussé par la curiosité, d’avoir mal interprété les
paroles de Saint-Just, notre bourgeois rentra avec ce dernier dans la boutique du mégissier. Rentré
chez lui, il consignait sur ses tablettes le dialogue suivant, qu’il affirme avoir entendu, et dont nous lui
laissons, ou plutôt dont nous laissons à celui qui le rapporte d’après lui, l’entière responsabilité.

– On m’a assuré, citoyen (Saint-Just avait le premier pris la parole), que tu tannes la peau humaine ?

– C’est vrai, citoyen, mais franchement, cela ne fait pas de fameuse marchandise. Pourtant, il y a près
de Charenton un établissement, où la chose se fait en gros, et qui marche assez bien ; par exemple,
pour la reliure des livres, cela remplace admirablement de la peau de veau. Dernièrement on a relié
de la sorte un exemplaire de la Constitution et on doit l’offrir à la Convention nationale, si ce n’est déjà
fait.

– Fort bien ; mais on peut en faire des culottes, n’est-ce pas ? cela doit être agréable à porter.
– Sans doute on en fait, mais ce n’est pas bien solide, quelque soin qu’on prenne pour les apprêter.
– Peau de femme ou peau d’homme, c’est la même chose, n’est-ce pas ?
– Oh ! que non, il y a même une assez grande différence et celle-là demande beaucoup plus de
précautions, la peau de femme étant généralement plus fine que celle de l’homme.
– Enfin on peut l’employer.
– Pour culottes ou pour gants ?
– Ah ! c’est vrai, on pourrait aussi en faire des gants. Mais pour culottes ?
– On essayera ; seulement, je vous l’ai dit, citoyen, la peau d’homme serait infiniment plus solide. Les
deux meilleures que j’aie préparées étaient celle d’un soldat suisse et d’un autre gaillard guillotiné
dans toute la force de l’âge.
– C’est bon, je verrai cela, et si je me décide, je renverrai une peau de ma connaissance.
– Soyez tranquille, je vous arrangerai cela de mon mieux.
– J’y compte.
– Mais je ne garantis rien.
– C’est entendu, bonsoir. »

Et Saint-Just sortit de la boutique, suivi de son compagnon, qui ne savait s’il devait en croire ses
oreilles.

Quelle pouvait bien être cette peau de la connaissance de Saint-Just ? Était-ce une peau de femme,
comme le langage du conventionnel pouvait le faire supposer ?

Après un silence calculé, notre bon Picard se prit à dire d’un air narquois :
– Ah ! citoyen représentant, tu veux te faire faire des culottes avec la peau d’une femme, d’une jolie
femme, bien sûr ?
– Peut-être, dit Saint-Just d’un air sombre et singulier. Et il changea de conversation. La citoyenne à
laquelle il était fait allusion, était-ce la jeune Sartines ou la toute belle Mlle de Sainte-Amaranthe, qui
aurait eu, dit-on, le rare courage de repousser les avances du fougueux Saint-Just ?

Le conventionnel, s’entendant avec un aide du bourreau, aurait-il fait mettre de côté le cadavre de
celle qui avait refusé d’être sa maîtresse, et aurait-il envoyé sa peau au corroyeur de la rue des
Vieilles-Haudriettes ? Rien n’autorise à l’affirmer, pas plus qu’on ne pourrait tenir pour certaines les
relations intimes de Saint-Just avec la belle Emilie. On objectera qu’il assista, impassible, à l’exécution
de la jeune femme, sur la place de la Révolution. Adossé au Garde-Meuble, et ne se dissimulant
même pas, il aurait suivi dans ses détails l’exécution ; mais ceci n’a rien de surprenant. Fouquier-
Tinville s’était bien dérangé pour ce spectacle rare, de soixante têtes coupées le même soir, et tous
les pourvoyeurs de la guillotine voulurent voir si l’héroïsme des Chemises Rouges ne se démentirait
pas.

Pour en revenir au récit de notre bourgeois ; nous aurions pu, à la rigueur, le tenir pour véridique, si sa
publication n’était postérieure à celle du conventionnel Harmand, dont il semble n’être que la réédition,
revue et considérablement augmentée ; et surtout si l’on n’y relevait des erreurs manifestes.

Il y est, par exemple, fait mention d’une tannerie de peau humaine « près de Charenton » : or, c’est à
Meudon, d’après toutes les versions du temps, qu’existait un établissement où l’on tannait les peaux
(nous ne disons pas les peaux humaines), et nous ne sachions pas que Meudon soit dans le
voisinage de Charenton. C’est aussi de Meudon que nous parle un romancier qui se donne des
apparences de mémorialiste [3] et qui aurait fait un excellent dramaturge, pour peu qu’il en eût eu la
velléité. C’est à Meudon qu’avait été édifié l’établissement dont il nous fait un épouvantail. À la fête du
20 prairial, la fête de l’Être Suprême, plusieurs représentants, parmi lesquels Drouet, Lebas,
Choudieu, Billaud-Varennes, etc., auraient porté des culottes en peau de chrétien ou de chrétienne,
provenant de la fameuse tannerie.

« Je n’affirme ni ne conteste la chose, dit prudemment notre fabricant de légendes ; je n’ai pas été à
même de la vérifier ; mais ce que j’affirme en pleine sûreté de conscience, c’est que tout le monde le
croyait alors ; c’est que, malgré la terreur qui était à l’ordre du jour, cela se disait à peu près tout haut ;
c’est qu’à Meudon surtout, personne n’en doutait, et que les habitants de ce village montraient avec
une mystérieuse terreur les fenêtres de la salle du vieux château où se faisaient, suivant eux, ces
horribles manipulations ; c’est qu’ils assuraient que chaque nuit l’on entendait le roulement lugubre
des chariots couverts, qui voituraient là les troncs humains, que l’échafaud de la place de la
Révolution envoyait alimenter la tannerie... »

Le commentaire qui suit va malheureusement tout gâter : « Et pourquoi pas ? conclut le narrateur.
Pensez-vous que ce fût, en effet, calomnier beaucoup les chefs du gouvernement révolutionnaire, que
de les supposer assez peu scrupuleux pour se faire des pantalons collants avec les peaux de leurs
victimes ? »

In cauda venenum... C’est un homme de parti qui se révèle : sa déposition nous est désormais
suspecte. Devons-nous ajouter plus de foi aux assertions d’un écrivain qui, sur un ton dogmatique et
tranchant, vient appuyer de son autorité contestable ce qu’ont proclamé avant lui, sans plus de
preuves, des témoins de seconde ou de troisième main ? « Aucun homme instruit, ayant
sérieusement étudié la fin du dernier siècle, écrit Granier de Cassagnac [4], ne peut ignorer qu’on
essaya avec un plein succès de tanner les peaux humaines. Il y a un mémoire de Roland, le célèbre
Girondin, qui proposait à l’Académie de Lyon de distiller les os et la graisse des morts pour en faire de
l’huile... »

Ailleurs, le même écrivain atteste avoir reçu deux lettres qui, selon son expression, lèvent « tous les
doutes ». La première émanait d’un avocat à la Cour d’appel, qui tenait de son père, âgé de quinze
ans à l’époque, qu’un mégissier d’Étampes « passait » pour préparer des peaux humaines, dont il
faisait des culottes pour les officiers. La deuxième lettre était celle d’un ancien commissaire des
guerres, prétendant avoir connu plusieurs camarades de régiment, qui revêtaient les grands jours des
culottes de même provenance. Enfin, un M. Bérard aurait raconté, en 1847, à l’historien des
Girondins, l’anecdote suivante :

M. Bérard tenait d’un vieillard, qu’avant la Révolution, celui-ci avait fait tanner la peau d’une servante
pendue pour vol domestique, et qu’il s’en était fait une culotte ; quand il était en colère, il tapait
vigoureusement sur ses cuisses en s’écriant : « Tiens ! voilà pour toi, coquine ! » Pour donner plus de
poids à sa thèse, qu’il sentait bien n’être appuyée que sur des ragots et des cancans de portière,
Cassagnac cite des auteurs de l’époque, qu’il considère comme des autorités, et qui sont, on l’a
démontré depuis, fort sujets à caution : tels Prud’homme, dont L’Histoire impartiale des Révolutions
est un tissu de calembredaines, entremêlées de quelques rares vérités ; Danican, qui parle
vaguement, en quelque endroit de ses Brigands démasqués, d’un homme qui serait venu, il ne dit pas
à quelle date, à la barre de la Convention, annoncer un procédé simple et nouveau, pour se procurer
du cuir en abondance : ce procédé, on devine quel il est, quand on lit, dans le même ouvrage, que
Barère et Vadier furent les premiers à porter des bottes faites de cuir humain. Ajoutons que Danican a
été à la solde de tous les gouvernements ; c’est un espion qui a écrit son pamphlet loin de France, où
il était allé mendier le pain de la trahison ; il n’y a pas lieu de s’arrêter à ses divagations
subventionnées. Passons à des arguments plus sérieux.

Il y aurait, dit-on, « un fait matériel, constatant d’une manière péremptoire (sic) l’existence des
tanneries dont il s’agit [5] ». Cette preuve ou plutôt ces preuves matérielles seraient : une affiche du
temps, et un exemplaire de la Constitution de 1793, reliés tous deux en peau humaine. M. Louis
Combes [6] a fait connaître le texte du placard, copié sur l’original même. Le titre se détache bien en
relief :

RÉPONSE À L’AFFICHE
De BILLAUD-VARENNE, VADIER, COLLOT et BARÈRE
Contre le Rédacteur du Journal des Lois
Signé : F. GALETTI.
et au-dessous on lit :

Plusieurs journaux avaient parlé avant nous des prétendues tanneries de Meudon. Le fait nous parut
si hasardé que nous le reléguâmes dans les on-dit, et nous nous contentâmes, dans un mémoire
suivant, de rapporter littéralement les détails que donnait à ce sujet une feuille accréditée. Billaud-
Varenne, Vadier, Collot et Barère ont cru bon et utile de signer une grande affiche bleue contre nous
seuls ; elle couvre tous les murs de Paris, et nous voilà dénoncés par des hommes que toute la
France dénonce !!!

À la première explication que nous venons de donner, nous n’ajouterons que le fait de la tannerie
humaine, s’il n’a pas existé à Meudon, a certainement existé ailleurs, puisqu’un de nos abonnés nous
envoie, comme un digne monument des décemvirs, une Constitution de 1783, imprimée à Dijon chez
Causse, sur un papier vélin et reliée en peau humaine, qui imite le veau fauve. Nous offrons de la
montrer à tous ceux qui seraient curieux de la voir...

Cette Constitution devint plus tard la propriété d’un historien de la Révolution, Villenave, qui y joignit
un exemplaire de l’affiche et une note destinée à l’authentifier. Muni de telles références, le livre fut
mis en vente et acquis en 1849, à un prix assez élevé, par un libraire parisien. Nous en perdons la
trace jusqu’en 1864 ; le 13 février, le volume qui avait déjà fait tant de bruit, était vendu, par les soins
de M. France, le père du maître styliste et délicieux conteur, pour la coquette somme de 231 francs.
Cet exemplaire, qui a eu depuis plusieurs possesseurs, dont le marquis de Turgot, fut acheté en 1889
par la bibliothèque Carnavalet. C’est à cette bibliothèque que nous avons vu, il y a quelques années,
ce curieux volume. C’est un in-12, très joliment relié, avec filets sur les plats, dentelle intérieure et des
gardes en papier coquille, doré sur tranches ; la note autographe de Villenave y était encore annexée.
« On dirait du veau », assure le rédacteur de l’affiche. Nous y reconnaîtrions plutôt de la basane
fauve, avec cette différence que le grain est ferme, poli et serré, doux au toucher.

Rien, en tout cas, ne décèlerait l’origine humaine de cette peau, sans la note de Villenave. Au surplus,
même en admettant qu’il s’agit bien de peau humaine, rien ne prouve qu’elle ait été tannée, par ordre
de la Convention, dans un établissement de l’État, aux dépens des contre-révolutionnaires.

Mais nous ne sommes pas au bout de notre démonstration ; nous avons encore des témoins à
entendre.

Le bibliophile Jacob, qu’il ne faut pas toujours croire sur parole, prétendait avoir connu « un vieil
escompteur de la librairie, du nom de Souterre, – drôle de nom, – qui avait été jadis Hussard de la
Mort », lequel lui avait assuré avoir porté une culotte en peau ou en cuir humain, faite d’une seule
pièce. Notre bibliophile avait été également en relation avec un architecte, qui était, en 1823, un des
plus terribles exécuteurs de la Bande Noire : il rasait les châteaux, aussi impitoyablement que la
guillotine faisait tomber les têtes. Cet architecte lui avait confié que, se trouvant à l’armée, il avait porté
une culotte de peau humaine « fort bien tannée, fort souple et fort convenable ».

« Vous ne me ferez pas croire, lui dit en plaisantant l’excellent Jacob, que votre culotte était sans
coutures [7] ».

Paul Lacroix ajoutait qu’il lui était passé entre les mains un ouvrage, où il est question, en termes
circonstanciés, des tanneries de peau humaine. L’auteur de cet ouvrage [8]devait, dit-il, savoir la
vérité, puisqu’il avait été l’ami de Camille Desmoulins et son collaborateur ; il est vrai qu’il avait été
aussi l’ami et le compagnon de détention, à Saint-Lazare, d’André Chénier, qui ne partageait pas
précisément les sentiments politiques de Camille. Quoi qu’il en soit, voici ce que rapporte ledit
ouvrage :

Quel est le peuple d’Europe qui ne prend pas pour une fable l’établissement de la tannerie de peau
humaine à Meudon ? On se souvient cependant qu’un homme vint à la barre de la Convention,
annoncer un procédé simple et nouveau pour se procurer du cuir en abondance ; que le Comité de
Salut public lui accorda l’emplacement de Meudon, dont les portes furent soigneusement fermées, et
qu’enfin plusieurs membres de ce comité furent les premiers qui portèrent des bottes faites de cuir
humain. Ce n’était pas au figuré que Robespierre écorchait son peuple, et comme Paris fournissait
des souliers aux armées, il a pu arriver à plus d’un défenseur de la patrie d’être chaussé avec la peau
de ses parents et amis.

Cette déclaration est, comme les précédentes, une assertion sans preuves. Nous y retrouvons,
presque sans modification, des phrases empruntées à Danican, dont nous avons établi la valeur
testimoniale.

Il y a cependant un fait à retenir de ce qui précède : c’est qu’il a existé à Meudon un établissement où
l’on se livrait à des manipulations mystérieuses. De plus, la tradition s’était conservée que, dans ce
même château de Meudon, on avait fait des essais de tannage de peau humaine, mais à une époque
antérieure à la Révolution : ne racontait-on pas que, vers la fin du règne de Louis XV, un anatomiste,
qui n’était autre que le grand-père d’Eugène Sue, avait remis au roi une paire de pantoufles,
confectionnées dans son laboratoire ; que le duc d’Orléans était apparu un soir, dans les salons du
Palais-Royal, vêtu d’une culotte de peau humaine ? Un Dictionnaire d’histoire naturelle de l’époque
n’allait-il pas jusqu’à donner la recette, à la portée de qui voulait en faire l’épreuve, pour tanner la peau
de son semblable ? Aussi, quand le Comité de Salut public décida la création, à Meudon, d’un
établissement dont on ne faisait pas connaître la destination, établissement qui était entouré de
murailles épaisses, dont il était défendu d’approcher ; quand on arrêta, comme émissaires de
l’étranger, des individus qui avaient tenté d’enfreindre la consigne ; qu’on décréta la peine de mort
contre quiconque se hasarderait à les imiter, le peuple eut vite fait de créer la légende du tannage des
peaux, provenant des suppliciés.
Bientôt on murmura tout haut ce qu’on avait jusqu’alors chuchoté tout bas. Quelques feuilles de
l’opposition firent allusion à la tannerie des sans-culottes, surtout après la chute du dictateur. Les
représentants, – des thermidoriens, – récemment chargés de la surveillance de l’établissement de
Meudon, crurent devoir, pour couper court à ces bruits, répondre par la voix du Moniteur :

Les représentants du peuple envoyés à Meudon pour surveiller les épreuves des nouvelles inventions,
adressent à la Convention une lettre par laquelle ils réclament contre un bruit calomnieux inséré dans
plusieurs journaux, que sous la tyrannie (celle de Robespierre), on tannait à Meudon des peaux
humaines pour en faire des cuirs.

La Convention passe à l’ordre du jour.

Le Journal des hommes libres, le Journal des Débats et Décrets, organes des partis modérés tous les
deux – détail important à noter – publiaient le même démenti, sous une forme légèrement différente.

En réalité, l’établissement de Meudon avait une double destination : c’était une vaste usine, où se
fabriquaient sans relâche des munitions de guerre; c’était, en outre, un laboratoire d’expériences
relatives à des machines nouvelles, à des engins destructeurs, à tout ce qui touchait, en un mot, à la
défense nationale. C’est là que furent faits les premiers essais, qui s’y sont poursuivis de nos jours,
d’aérostation militaire ; on comprend que le plus grand secret devait entourer de pareilles opérations.

Il y fut bien établi une tannerie, mais seulement après le 9 thermidor. La Tannerie de l’île de Sèvres,
postérieure à la chute de Robespierre et au régime de la Terreur, avait été placée sous la direction du
citoyen Séguin, « inventeur de nouveaux procédés pour le tannage des cuirs ». Cet établissement
avait été créé pour fournir le cuir dont on manquait et qui servait à la confection de souliers destinés
aux soldats de la République : c’était le temps où les volontaires allaient se faire tuer aux frontières,
les pieds nus dans la neige et la boue ; les mieux partagés portaient des sabots garnis de foin.

Séguin fut présenté au Comité de Salut Public par Berthollet et c’est sur le rapport très étudié de
Fourcroy, que la Convention avait décrété la fondation de la Tannerie de Sèvres. Le Comité y
attachait une telle importance, qu’il crut devoir procurer au citoyen Séguin « toutes espèces possibles
de facilités ». Le 11 brumaire, il mettait à sa disposition tout le tan que l’on pourrait recueillir dans les
propriétés nationales et il ajoutait que l’intérêt de la République exigeait que le gouvernement le
secondât de tout son pouvoir.

En faveur du nouvel établissement, on faisait enlever la pompe de la maison nationale de Passy,


connue sous le nom de couvent de Sainte-Marie. On transformait les grandes écuries du ci-devant roi,
à Versailles, en dépôt pour les peaux à tanner. Enfin, la propriété nationale connue sous le nom de
Maison Brancas, à Sèvres, ainsi que l’île qui touche au pont de cette commune et une propriété située
à Ravanny, dans le district de Nemours, étaient vendues à Séguin, pour l’agrandissement de sa
tannerie [9].

C’était donc une grosse industrie, qui exigeait toute l’activité de celui qui en était le chef et l’âme
dirigeante.

Comment supposer qu’un homme aussi occupé ait pu songer, même pour se délasser dans ses
moments de loisirs, à tanner de la peau humaine ?

On a prétendu que son fils, ou l’un de ses parents, avait longtemps conservé une paire de gants de
cette matière, qu’il montrait à ses visiteurs comme un objet de haute curiosité. Même au cas où ils
seraient l’oeuvre d’Armand Séguin, nous n’aurions pas là un argument suffisant en faveur d’une
fabrication continue et systématique de culottes de peaux, ordonnées par des sans-culottes.
Reléguons donc cette fable au magasin d’accessoires des Alexandre Dumas père et des Ponson du
Terrail et déchargeons la Révolution d’une imputation aussi sotte qu’elle est odieuse.

NOTES
 [1] Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la
Révolution, par J.-B. HARMAND, de la Meuse, (Paris, Maradan, 1820, in-8), p. 78.
 [2] V. Les Mémoires secrets du dix-neuvième siècle, Paris, 1874.
 [3] Souvenirs de la Terreur, par Georges Duval.
 [4] Histoire des Girondins et des Massacres de Septembre.
 [5] GRANIER DE CASSAGNAC, op. cit.
 [6] Épisodes et Curiosités révolutionnaires.
 [7] Cf. Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 1873.
 [8] DUSAULCHOY DE BERGEMONT, Mosaïque historique, littéraire et politique, ou glanage
instructif et divertissant d’anecdotes inédites ou très peu connues, de recherches
bibliographiques, de traits curieux, de bons mots et de médisances, (Paris, Rosa, 1818), 2 vol.
In-12, avec 2 lithographies de Charlot, p. 140 du premier volume : Tannerie de peau humaine.
 [9] « Le 5 ventôse, ordre était donné de fournir cinquante milliers (de livres) de sels pour saler
les peaux provenant de l’abattage de Paris et déposées dans la Chapelle des Orfèvres, en
attendant qu’elles soient transportées à Sèvres. La difficulté des transports par la Seine avait
exigé la salaison des peaux restées depuis plusieurs jours dans les échaudoirs. Pour peu que
l’on eût tardé à les saler, il s’en perdait pour des valeurs très considérables et la putréfaction
enlevait à la république des matières devenues extrêmement précieuses par leur rareté. »
Catalogue d’une importante collection de documents autographes et historiques sur la
Révolution française, etc. Paris, Charavay, 1862.
Le chirurgien major Péquel
Publié le 14/10/2007 à 12:00 par clemenceaudupetitmoulin

Portrait de Louis Antoine de Saint-Just (1767-1794) (1) par David d'Angers au Musée David d'Angers à Angers.

Cet article reproduit les pages 179 et 180 du livre de Raoul Mercier (2) "Le monde médical dans la guerre de
Vendée " (Préface d'Albert Grenier, professeur au Collège de France) Tours Arrault et cie, 1939.

Voici le texte:

Le chirurgien major Péquel


Tanneur de peaux humaines

Péquel, chirurgien major du 4e bataillon des Ardennes, s'est acquis une triste célébrité en dirigeant l'atelier de
tannerie de peaux des Vendéens fusillés près d'Angers.

Cette idée macabre ne lui appartient pas, car Saint-Just (1), dans son rapport du 14 août 1793 à la commission
des moyens extraordinaires, écrit :
" On tanne à Meudon (3) la peau humaine. La peau qui provient d'hommes est d'une consistance et d'une bonté
supérieure à celle des chamois. Celle des sujets féminins est plus souple, mais elle présente moins de solidité".

Cette utilisation des sous-produits des massacres est une des formes du sadisme terroriste.

Le rôle de Péquel est certifié par deux témoins.

L'un, Poitevin, agent national de la commune des Ponts-de-Cé, interrogé le 15 brumaire an III (6 novembre
1794), affirme avoir vu Péquel écorcher au bord de la Loire une trentaine de Vendéens fusillés.

L'autre, Robin (2) raconte, le 31 mai 1852, qu'étant jeune berger, il a assisté aux fusillades de Sainte-Gemmes et
qu'il a vu plusieurs cadavres à demi-écorchés gisant sur la grève.
" Je puis affirmer, ajoute-t-il, qu'ils étaient écorchés à mi-corps, parce qu'on coupait la peau au-dessous de la
ceinture, de manière qu'après son enlèvement, le pantalon se trouvait en partie formé. "

Seul le tanneur Langlais des Ponts-Libres, ci-devant les Ponts-de-Cé, accepta de tanner ces peaux dont le
manchonnier Prudhomme confectionna des pantalons.

Les généraux républicains Beysser et Moulin sont accusés d'avoir porté un pantalon de peau humaine et un
chirurgien de Moulins s'est vanté d'en posséder un.

Cette pratique paraît d'ailleurs si naturelle que le Conseil général d'Angers, après l'échec des Vendéens, prend la
délibération suivante dont la photographie figure dans l'ouvrage de Gautherot (3) :

Du seize frimaire l'an deux de la république française une et indivisible, les officiers de santé, d'après la
réquisition des représentants du peuple, ont été invités à se rendre à la Maison commune pour les faire participer
à l'arrêté des dits représentants portant que les têtes de tous les brigands morts sous les murs de cette ville
seront coupées et disséquées pour ensuite être mises sur les murs. Le laboratoire de l'Ecole en chirurgie de cette
ville a été indiqué pour faire ce travail.

Mais les officiers de santé ne paraissent pas avoir montré un bien grand empressement à répondre à la
convocation, car le même Conseil général, trois jours plus tard, est obligé d'annuler sa première délibération :
" Les citoyens Pinval et Chotard, decide-t-il, chargés de se tourner vers les représentants du peuple pour savoir
ce qu'on fera des têtes déposées dans le magasin du citoyen Delaunay, que les officiers de santé ont négligé de
prendre pour les disséquer, ainsi qu'ils en ont été requis, et qui sentent très mauvais, rapportent que les
représentants ont décidé qu'il fallait les enterrer. Il a en conséquence été délibéré qu'elles le seront tout de suite."

Bien que le tannage de la peau des victimes ait été à la mode en ce temps-là, il s'est trouvé en France un tribunal
(4) assez indépendant pour condamner l'officier de santé Morel et le bourreau, coupables d'avoir détourné la
peau de l'abbé Thomas, de Guebviller, guillotiné à Colmar.

(1) Gabory, La Révolution et la Vendée. Paris, Perrin, t.II,264.


(2) Godard-Faultrier, Histoire du champ des martyrs d'Angers.
(3) Gautherot, L'Epopée vendéenne. Tours, Mame, P.246.
(4) Schaedelin, Intermédiaire des chercheurs, 30 mars 1936.

(Fin du texte de Raoul Mercier)

(1) A défaut d'avoir le portrait du citoyen Péquel, nous proposons celui de Saint-Just.
Après s'être fait remarqué en réclamant la tête du Roi le 13 novembre 1792, il perd aussi la sienne sous la
guillotine le 10 thermidor an II (28 juillet 1794), avec Robespierre et quelques autres fidèles. Il meurt de mort
violente au même âge que notre ancêtre Pierre Clemenceau (1766-1793), c'est-à-dire à 27 ans.
Voir l'article "Saint-Just" dans "Acteurs de la Révolution" du site "La Révolution française...1789-1794".

(2) En 1939, Raoul Mercier est professeur honoraire à l'Ecole de Médecine de Tours et membre correspondant
de l'Académie de Médecine.
Voir aussi la rubrique "Personnalités de la Vendée militaire" article "Léonard-François Oger (1757-1822)".

Voir dans les sites préférés :


- Le club de reliure "La Borderie" et le blog du bibliophile et du livre ancien où il est fait référence à Meudon et sa
tannerie de peau humaine sous la Terreur, ainsi qu'un exemplaire de la Constitution de 1793 dans le même
matériau !

Voir aussi :

- Le livre de Dominique Lambert de la Douasnerie "Souvenirs de l'épopée vendéenne, vieilles archives, vieilles
histoires" Editions Christian 1999.
Son chapitre "Autour du crâne de Jean-Nicolas Stofflet : des cadavres mutilés et décapités".

- Le livre de François L'Hostis "Les Ponts-de-Cé, une ville à feu et à sang, 1793-1796" les éditions du Choletais
1995 pp.97-100.

- La rubrique "Lieux de mémoire de la guerre de Vendée" article "La croix des martyrs des Ponts-de-Cé".