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Sens, fonctions et places de
dans une la théorie
recherchescientifique
PhilippeMaubant
Professeurtitulaire
Université de Sherbrooke. Canada
Introduction
Les sciences de l'éducation constituent une
discipline nourrie
d'autres disciplines, certaines considérées comme
philosophie, la sociologie ou encore la psychologie,fondatrices: la
plus récentes mais non moins très représentées d'autresétant
communauté scientifique, comme les didactiques dans la
par
France, le Conseil national des universités classe lesexemple. En
l'Éducation dans le groupe 12 rassemblant des sciencesde
pluridisciplinaires. Les mots-clés retenus poursections dites
décrire et
caractériser les sciences de l'éducation sont à la fois des
concepts
comme la scolarisation ou l'apprentissage. D'autres mots-clés
des thématiques ou objets de recherche comme les technologies sont
éducatives. D'autres enfin sont des disciplines à part entière
comme la sociologie de l'éducation, l'histoire ou la psychologiede
l'éducation. Il convient de noter que le lecteur pourras'interroger
sur le statut de certains mots-clés comme l'éducationfamiliale,la
professionnalisation ou l'analyse de l'activité. À l'instar de la
formation des adultes, il est possible de considérer ceux-là comme
étanttout à la fois une discipline scientifique, une thématiqueou un
objet de recherche et un champ de pratiques sociales et
professionnelles.
Le chercheur en sciences de l'éducation se doit donc, tout d'abord,
de situer son projet scientifique dans cette discipline singulière,
parce que fondamentalement pluridisciplinaire. Il est donc tout à
fait essentiel, pour lui, qu'il se dote d'une culture scientifique
solide nourrie de l'histoire des disciplines qui la composent.Outre
ces disciplines et leurs histoires, il convient de connaîtreles grands
paradigmes et les concepts majeurs structurant et organisant
chacune de ces disciplines. La maîtrise d'une disciplineet la
capacité à la convoquer à bon escient, tout au long d'une réflexion
scientifique, requièrent d'identifier les principaux auteurs, leurs

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théories et/ou modèles de les dialogues, discussions
et
controversesqu'ils ont pu échanger avec d'autres penseurs.
convient de situer cette connaissance des disciplines dans une
perspective épistémologique faisant une large place à l'histoire des
idées, des sociétés et des cultures. Enfin, il ne saurait question
de pluridisciplinarité permettant de caractériser les seienees de
l'éducation sans recourir aussi à la notion de multiréférentialité. En
effet, la multiréférentialité est un analyseur au service des sciences
de l'éducation, car elle vise une triple ambition : une ambition de
compréhension des faits et réalités éducatives, une ambition
interprétative des pratiques éducatives, une ambition explicative au
service de la production de savoirs nouveaux. Ces trois visées de la
multiréférentialité, défendues par Ardoino (1990) puis reprises par
Blanchard-Laville (2000) nous conduisent à faite dialoguer et à
faire débatre les différentes disciplinesconstitutives des sciences
de l'éducation comme autant de regards portés sur l'éducation.
Mais qui dit multiréfentialité ne signifie pas « mélange vague de
disciplines différentes » (AECSE, 1993, p. 51). Les sciences de
l'éducation tiennent leur sens et leur valeur d'un choix délibéré de
ne renoncer à aucun débat ni à aucune confrontation.Car elles sont
faites de « ce dialogue entre des démarches conservant quoi qu'il
en soit, leur corps théoriqueet leurs méthodespropres: non pas
amalgame donc, mais prise en compte des disparités, entre les
disciplines, autant que de leurs divergences éventuelles ».
(AECSE, 1993, p.s 1).
Ce chapitre s'organisera en trois grandes parties. Elles vont
constituer les trois étapes structurant la démarche du chercheur
lorsqu'il établit les prémisses du cadre théorique de sa recherche.
La première partie traitera de la recension des écrits. Définie tour à
tour comme une revue de la littératurescientifique,une recherche
documentaire et un inventaire des fondements disciplinaires et
théoriques de la recherche, la recension des écrits de la
connaissance et de la maîtrise, par le chercheur, de l'objet de
recherche au regard de rois dimensions: celle des fondements
scientifiques de son objet, celle des postures épistémologiques
revendiquées par les auteurs, celle enfin des problématiques
scientifiques saillanta révélées et souliglées par les textes
recensés. La seconde partie proposera différentes définitions de ce
qu'il convient d'appeler le cadre théorique. Qu'est-ce qu'une

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doctrine, théorie et modèle ? Nous
théorie? Comment distinguer
profiteronsde cette seconde partie pour définir le cadre de
référence,le cadre théorique et le cadre conceptuel. Enfin, dans
une troisièmepartie, nous examinerons les démarches permettant
de convoquerà différents moments du parcours de recherche le
cadre théorique.Cette étape de mobilisation et de convocation du
cadre théoriqueest délicate. Elle doit respecter certaines règles et
éviter quelques pièges.

La recension des écrits scientifiques


Le chercheurse doit d'inscrire son projet de recherche comme l'un
des nombreux maillons d'une histoire de la science. Il n'est que
l'héritier de savoirs scientifiques et en quelque sorte aussi, un
passeur et un précurseur.Il est un passeur dans la mesure où il
interpréterales savoirs révélés et produits par d'autres. Il est aussi
un précurseur dans la mesure où son projet de recherche est
annonciateur de savoirs nouveaux. Il invite la communauté
scientifique à emprunterde nouvelles perspectives,à jeter d'autres
regards sur des réalités sociales. Un chercheur ne peut donc
prétendre faire fi des savoirs savants disponibles sur et autour d'un
objet de recherche. Il doit en tenir compte. L'étape de la recension
des écrits est donc essentielle et primordiale pour que le chercheur
puisse prendre « connaissance de ce qui a fait l'objet d'une
attention particulière et a mené à des conclusionsbien établies»
(Boisvert, 2006).
Il convient tout d'abord de dresserla liste des types de documents
pouvant être inventoriés. Des dictionnaires ou encyclopédies
peuvent constituer des premiers documents,qu'ils se présentent
sous format papier ou sous format électronique.La consultationde
telles ressources a pour principal intérêt de sérier l'envergure de
les définitions
son objet de recherche. Elle vise aussi à distinguer pourranoter
On
de sens commun des définitions scientifiques. ou telle définition
combien le fondement scientifique de telle
raison d'être dans l'identification de son auteuret dans la
trouve sa professionnelle. L'auteur
caractérisation de sa fonction sociale et
professionnel de l'éducation, un usagerde l'école
du texte est-il un des réalités éducatives, commeun
analyste
(parent, élève...), un témoin des questions scolaires comme
un
expert ou un consultant,

17
journaliste, par
chercheur, au sensexemple, Ou encore
démarche scientifiqueoù le texte un essayiste ? Est-il un
importantes tant validée par proposé
des
est le produit d'une
auteur,
il est essentiel pairs ? ces questions sont
quels de ne
Lorsque nousqu'en soient son statut etpas dissocier un texte de son
objet de invitons le chercheursa nature.
recherche, il s'agit à sérier l'envergurede son
domaine ou de
champ de recherche.délimiter ce que nous appelons
recherche se Un domaine ou un champ de
caractérise par quatre critères: un premier critère
spatio-temporel : où et
En France, quand se situe l'objet de recherche étudié ?
en Roumanie,
critère, celui des aujourd'hui ou au 19ème siècle? Second
Des individus et]ou réalités socialesfaisant l'objet de la recherche?
idées, des doctrines des organisations? Des êtres humains,des
et/ou•des faits sociaux, comme des politiques
éducatives ou encore, des
constats attestés et révélés par des
enquêtes ou des études statistiques ? critère, le regard
mobilisé pour étudier cet objet. C'estTroisième
ici que la convocationdes
disciplines se justifie. Souhaite-t-on définir son domaine ou champ
de recherche à partir d'une perspective sociologique,
psychologique, historique ou philosophique? Autrement dit, de la
posture disciplinaire empruntée par le chercheur dépend la manière
de définir le domaine ou le champ de recherche.Quatrième et
dernier critère, la problématisationde l'objet de recherche. En
annonçant le domaine ou champ de recherche, le chercheur
exprime aussi la manière dont il interprèteson objet, à partir de sa
mise en énigme. S'il apparaît souvent prématuré de penser que le
domaine ou champ de rechercheporte en lui la problématiquede
recherche, il est raisonnabled'imaginer que l'exposé d'un domaine
ou d'un champ de recherche révèle déjà le questionnementdu
chercheur et sa lecture interprétatived'une réalité sociale.
À partir des premières pistes d'exploration suggérées par les
encyclopédies et dictionnaires, le chercheur est conduit à consulter
différents documents accessibles dans les bases de données. Il peut
de périodiques
s'agir de monographies (notamment des ouvrages),
des comités de pairs),
ou journaux (des revues classées ou non par
web, ce qui pourra conduire à établir une bibliographieet
des sites
également identifier le statut
une sitographie. Le chercheur devra- du texte. S'agit-il d'un
au regard du projet de sens
du document texte est-il un texte
c'est le cas, le
texte scientifique ou non ? Si

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théorique, autrement dit présente-t-il ou expose-t-il une théorie ?
Cette théorieest-elle défenduepar l'auteur du texte ou, si elle est
rédigée par d'autres, fait-elle l'objet d'une analyse, voire d'une
exégèse par l'auteur du texte ? Le document recensé fait-il état
d'une rechercheempirique? À ce stade, il est essentiel que le
chercheur soit en mesure de corréler l'intention ou le projet de sens
du texte et le type de recherchedont le texte fait part. En effet,
même si le texte annonce la présentation d'une recherche
empirique, les éléments qui le constituent attestent-ils de cela ?
Autrementdit, le lecteur est-il en mesure de trouver au sein même
du texte des éléments qui confirment l'intention de l'auteur ?
Soulignons qu'une recherche empirique ne se réduit pas à la
présence de données de terrain, au sens le plus courant en sciences
humaines et sociales, à savoir des extraits d'entrevues. Une
recherche empirique peut aussi avoir pour projet d'analyser des
textes historiques, des politiques d'entreprises ou encore des
données statistiques. Enfin, considérons aussi qu'un document
ayant pour projet d'exposer une théorie et/ou de discuter de celle
d'un chercheur peut aussi contenir des éléments pouvant
s'apparenter à une réflexion spéculative,à la limite de l'essai, du
recueil d'opinions et du guide de préconisation. La •réflexion
spéculative peut être concomitantede l'exposé d'une théorie à la
condition qu'elle épouse une construction argumentative.
Enfin, si nous invitons le chercheurà discriminer les documents
scientifiques des documents de vulgarisation, il demeure qu'un
certain nombre de textes relevant des sciences . humaines et
sociales, et qui sont disponibles tout autant dans les banques de
données de recherche que dans les banques de données de type
Google, sont des textes à mi-chemin entre des textes scientifiques
et des textes de vulgarisation. Le classement des revues, par
l'Agence française d'évaluation de la recherche et de
l'enseignement supérieur (AERES) en deux catégories : des revues
scientifiques considérées comme « référentes» et des revues
d'interface, c'est-à-dire des revues se situant entre le champ de la
recherche et le champ des pratiques professionnelles, témoigne de
la nécessité de considérer avec précision et circonspection la nature
de l'information recherchée dans cette étape de recension des
écrits. Des textes présentant des témoignages de professionnels ou
des récits de pratiques peuvent aussi être référencéset documenter
du
ainsi le chercheur dans son projet d'établir un état des lieuxcette
contexte socio-professionnel de sa recherche. Dans des
perspective,nous invitonsle chercheurà distinguerle statut lui
différents documents recensés et mobilisés. Cette étape
permettra de convoquer et de référencertour à tour ces textes en
fonction de leur statut et du sens argumentatif qu'ils prendront dans
la thèse défendue.
Établir une recension des écrits consiste en premier lieu à définir
une stratégie de recherche. Comment plonger dans les ressources
documentaires sans risquer de s'y noyer ? La première étape
consiste à caractériser son objet de recherche d'une part, à partir de
son domaine ou champ de recherche,d'autre part, au regard d'une
ou plusieurs disciplines.La questionimportanteici est de savoir
sous quel angle ou sous quel regardépistémologiqueon souhaite
que l'objet soit traité. Mais l'on peut aussi caractériserl'objet de
recherche par des mots ou concepts-clés.Ces termes peuvent être
synonymes de l'expression retenue pour qualifier son objet de
recherche. Ils peuvent aussi être des notions contraires.Si l'objet
de recherche est l'échec scolaire par exemple, le chercheur pourra
identifier les termes de difficulté ou de décrochage. Il pourra aussi
repérer les termes de résilience et/ou de réussite scolaire. Une fois
entré dans les banques de données, l'accès aux textes peut être
grandement facilité par la mise en ligne de monographies,de
périodiques ou de journaux. Dès la collecte des documents
sélectionnés, un travail de recension et d'analyse des textes débute.
Il s'agit ici de construire des grilles de lecture, préalablementà la
lecture compréhensive des textes. Les différentes catégories
constitutives de ces grilles de lecture seront suggérées par un
travail préalable sur l'objet de recherche problématisé.Elles
constituent ainsi des outils de traitement, et en premier lieu, de
classement et d'archivage des données documentaires.À ce stade,
le chercheur est enclin à établir une premièreproblématisationde
son objet de recherche. Autrement dit, il est conduit à définir
différentes questions constitutives de son objet, ces questions
pourrontfigurer
appelant des hypothèses de réponse. Ces questions
quelles dans la grille de lecture. Mais elles pourrontaussi être
telles
mots-clés. Si l'objet de
traduites en termes, en notions, concepts ou peut entreprendre
recherche est l'échec scolaire, le chercheur
dans la documentation scientifique disponible, des
d'identifier,

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facteurs d'échec scolaire, comme
présentant différents Il peut aussi
textes socio-familiale des élèves par exemple. décrochage ou
l'origine des textes des termes comme
le corps ces expressions peuvent
identifierdans ou d'apprentissage).
difficultés(scolaires
catégories de la grille. Il s'agit des catégories
constituer des des différents documents. Sans
d'orienter la lecture
permettant de ces catégories, 19 lecture des textes
l'établissementpréalable
fastidieuse. Mais d'autres catégories pourront
sera errante et donc premiers textes. Il s'agira de
la lecture des
jaillir ultérieurementà nouvelles lectures et de les intégrer dans la
les valider à partir de
aussi d'installer dans la grille de lecture des
Mais il convient comme autant d' informations
catégories indispensables, mobilisés .
recensés et
nécessaires au référencement des documents
auteurs du texte (leurs fonctions et leurs organisations-
les document
institutions d'appartenance), la référence exacte du
(année, lieu d'édition), la ou les disciplines contributives et/ou
convoquées, le type de texte présent dans le document à partir
d'une identification du projet de sens du texte (réflexion théorique,
présentationde résultatsd'une rechercheempirique...), le type de
recherche exposée dans le document, la posture épistémologique
défenduepar le texte et par le ou les auteurs, la théorie sollicitée
par le ou les auteurs, la thématique, sujet ou problématique
présentée, les principaux concepts ou notions retenus, enfin, la
questionou problématiquesoulevée par les auteurs. Outre le texte
lui-même, nous invitons le chercheur à explorer attentivement la
bibliographie contenue dans le texte et les éléments biographiques
sur le ou les auteurs. Cette étape permet souvent de valider ou de
vérifier certaines hypothèses de sens du texte.
L'établissement de grilles de lecture constitue donc un outil de
classement, d'archivage et d'analyse des données documentaires.
Elles peuvent faire aussi l'objet d'un travail entre pairs, ce qui
permet très souvent d'enrichir la grille et d'éviter de s'engager sur
des impasses dans l'interprétation et donc dans la prise de sens des
textes. La gestion de telles grilles peut être informatisée. De
nombreux logiciels associant l'archivage, le traitement, l'analyse et
le référencement sont présents sur le marché. Mais comme tout
logiciel, ils nécessitent une programmation que seul le chercheur
au regard de sa posture épistémologique et de son objet de

21
recherche est en
écrits scientifiques de réaliser. cette
références pour au chercheur deétape de recensiondes
prendre appui sur ces
construction de lanourrir sa problématique et participer de la
références pour problématique.Il mobiliserncertaines de ces
considérer que élaborer son cadre théorique, même si l'on peut
ce cadre transparaît
conduire l'étape déjà dans la manière de
de recherche documentaire.
Qu'est-ce qu'une
théorie ?
Une ou plusieurs
théories
l'argumentaire scientifique seront présentées et analysées dans
thèse, d'un article scientifiquedu chercheur, qu'il s'agisse d'une
pourrions considérer qu'une ou d'un rapport de recherche. Nous
théorie a pour projet de rendre
intelligible un objet social, qu'il soit réel, spéculatif ou encore
spirituel. Autrement dit, une théorie est bien une entreprise de
compréhension du monde. Elle fait donc œuvre d'interprétations
d'une réalité. Elle est, elle-même,le fruit d'une interprétationdu
monde. Elle est un moyen de donner sens à notre lecture du monde,
autrement dit à sa connaissance. Une théorie prend racine sur
l'identification de questions ou de problématiques humaines et
sociales. Elle propose des interprétations de cette conception-
problématisation du monde, en soumettant des hypothèses de
compréhension, voire d'explication. Une théorie cherche à aller au-
delà des impressions premières et donc, elle propose de dépasser
les conceptions de sens commun. Une théorie vise aussi à
soumettre à la communauté scientifique de nouvelles perspectives
ou orientations. Elle peut inciter à examiner et à étudier le monde
selon des règles, concepts ou méthodes qu'elle a pu révéler et
justifier. Une théorie peut être alors un cadre de référence et se
structurer selon un paradigme fondateur. Si l'on considère que la
psychologie piagétienne définit une interprétation du
fonctionnement mental d'un sujet psychique, l'on pourra parler à
son propos de la défense d'un double paradigme : génétique dans
la mesure où Piaget établit une corrélation entre les capacités
psychiques de l'enfant et ses stades de développement.
Constructiviste également en ce sens que Piaget défend la thèse
d'un processus d'équilibration majorante lorsque l'enfant modifie,
ajuste et adapte ses conceptions du monde aux réalités qu'il

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rencontre.À partir de cet exemple, l'on peut considérer que si le
chercheur expose la théorie piagétienne du développement de
l'enfant, il peut aussi inscrire son projet de recherche dans un
paradigme constructiviste et considérer que la psychologie du
développementconstitue son cadre de référence. Une théorie se
définit aussi par les concepts qu'elle mobilise. Dans la théorie
piagétienne du développement de l'enfant, les concepts
d'équilibration majorante, de schèmes, de stades de développement
constituent, entre autres, des concepts-clés de cette épistémologie
du développement humain.
N'oublions pas que le sens de l'exposition d'une théorie, dans une
argumentationscientifique, tient d'abord à sa capacité à éclairer et
fonder la problématique. Elle a ainsi une fonction de découveïte en
ce sens qu'elle amplifie l'intention de la problématiqueet la visée
de la question de recherche. Une théorie se doit aussi de se
soumettreà la preuve. Elle doit dès lors accepterd'être vérifiée
empiriquement. Ainsi, la ou les théories exposées peuvent révéler
leurs zones d'ombres, leurs dimensions parcellaires explicatives de
la réalité du monde. Elles peuvent aussi être réfutées, confirmées
ou infirmées. Une théorie porte en elle des hypothèses explicatives
d'une réalité sociale. Mais elle peut aussi introduire de nouvelles
hypothèses d'explication du monde. Une théorie se doit aussi
d'être formalisée si l'on veut la confronterà la problématiquede
recherche. Nous reprendrons la proposition de formalisation que
propose Gingras (p. 110) lorsqu'il distingue les axiomes des
hypothèses. Les axiomes sont « des propositionsuniverselles que
l'on renonce à démontrer». Ils constituentles fondementsde la
théorie exposée. Les hypothèses sont des « propositions
synthétiques visant à accorder les axiomes aux données disponibles
dans des contextes empiriques particuliers ».Toute théorie est donc
une tentative d'intelligibilité, d'interprétation, de compréhension,
parfois d'explication de réalités du monde. Elle contient tout à la
fois des axiomes et des hypothèses.
Si l'on considère qu'une théorie doit se soumettre à l'exercice de la
preuve, il conviendra de ne pas attendre de l'empirie la
démonstration« prouvée» de la force et de la pertinencede la
théorie. Rappelons qu'une théorie est dite falsifiable, si l'on peut
en évaluer empiriquement la vraisemblance. (Gingras, 2006). Si le
chercheur n'est pas en mesure d'infirmer ou de confirmer une

23
alors, il
observables,
statut
à des
données
garde son
théorie par la confrontation
« Une théorie démontré
devra confirmersa vraisemblance.
longtemps qu'on n'a pasdécoulent »
scientifique tant et aussi recherche qui en
l'inexactitude des hypothèses de et la recherche de
d'hypothèse
(Gingras, 2006, P.114). Outre le test
chercheur peut discuter du bien-
la vraisemblance de la théorie, le analysant les hypothèses elles-
fondé de la théorie retenue, en confronter les hypothèses issues
mêmes. Il cherchera par exemple à hypothèses découlant de
de la théorie convoquée à d'autres
théories voisines, mais différentes. ici
comprend cinq étapes que nous exposons
Le testd'hypothèse hypothèses
des
brièvement : première étape, celle de l'explicitation de la logique
déduites de la théorie. Seconde étapé, la vérification suivante,
de cheminement entre la théorie et les hypothèses. Étape les
celle de la vérificationempirique.Il s'agit ici de confronter
propositions constitutives des hypothèses aux données empiriques.
Cinquième étape, le rejet ou la confirmation de l'hypothèse de
recherche. Dernière étape, le rejet ou la confirmation de la
vraisemblance de la théorie. Retenir cette démarche pour soumettre
une théorie au test d'hypothèse confirme la perspective proposée
par Popper lorsqu'il affirme que « toutes nos théories restent des
suppositions, des conjectures, des hypothèses » (Popper, p.55).
La construction d'un cadre théorique conduit à poser la question du
choix entre deux approches, celle de la démarche hypothético-
déductive et celle de la démarche inductive.Comme le soulignent
Paillé et Mucchielli, « le rapport aux théories et au théorique en
général est un point sensibleen analyse qualitative. Un analyste
qualitatifdevrait-iltoujours,d'une manière ou d'une autre, tenter
de vérifier des théories ou au contraire doit-il faire honneur à une
approche méthodologique inductive et générer de nouvelles
idées ? » (Paillé et Mucchielli, p. 37). Ils rappellent combien le
cadre théorique est omniprésenttout au long du processus de
recherche. Mais ils soulignent aussi la nécessité d'interroger le
rapport entre théorie et empirie. En effet, ils réfutent l'idée que le
cadre théorique fait la science. Ils plaident pour une conception
ouverte de ce qu'il est courant d'appeler cadre théorique ou cadre
conceptuel.« Le théorique si l'on y regarde de près est constitué
d'éléments très divers, qui sont plutôt d'ordre paradigmatique :
postulats ontologiques, posture épistémologique, outillage

24
méthodologiques et pratiqueg...
Il faut.
théorique,
dispositions
notion de cadre théorique, trop limitative et
la
revoir en profondeur son acception courante, et marquée de façon
réductionnistedans épistémologie expérimentaliste » (Paillé et
trop vivace par une 42-43). Ainsi, il est possible d'admettre que
Mucchielli, 2005, pp. à débat tout au long du processus de
la théorie devra se soumettre

théorie peut également transparaître 4ans un


La force d'une modèle théorique. Le chercheur peut
modèle, qualifié de
différents modèles théoriques comme autant de
convoquer socio-constructiviste du
conceptions d'une réalité : le modèle éco-systémique de
développement humain ou le modèle paradigme,
Broffenbrenner.La théorie peut aussi s'abriter dans un Dès lors,
par exemple la rupture épistémologique de Bachelard.
toute convocationd'une théorie doit préciser ses contours. Elle doit
permettre de développer « une sensibilité théorique » (Paillé et
Mucchielli,2005, p.46). Cette difficulté consubstantielle du cadre
théorique à se situer à différentes étapes de la démarche de
recherche peut conduire certains chercheurs à se réclamer d'une
analyse par théorisation ancrée. Paillé souligne que l'expression
« Analyse par théorisation ancrée » est une adaptation de
« Groundedtheory» défendu en 1967 par Glaser et Strauss. Il
s'agit d'une approche de théorisation empirique et inductive. Pour
les auteurs américains, l'ancrage de la théorie se réalise dans et par
les données empiriques. Il s'agit de proposer un dialogue entre des
données recueillies et les analyses ponctuant à différents moments
le processus de recherche. Sans entrer dans ce débat visant parfois
à défendre un regard plus inductif sur le monde dans le cadre d'une
recherche scientifique, nous considérons que faire œuvre de
théorie, c'est d'abord et avant tout rendre intelligible une
représentationdu monde. C'est donner sens à cette réalité pensée
et/ou observée et dépasser ainsi la stricte observation des faits.
Mais une théorie se définit aussi par ce qu'elle n'est pas. Une
théorie n'est ni une idéologie ou une doctrine, ni une spéculation,
ni une philosophie ou spiritualité, ni un modèle. Un modèle est la
traduction opératoire d'une théorie. On considérera par exemple
que pour comprendre les causes d'un mouvement social, il
convient en premier lieu d'identifier les politiques mises en oeuvre,
d'analyser les décisions prises, de décrire et comprendre les

25
comportements des acteurs impliqués. Ce modèle pourra traduire
une théorie des déterminants politiques, conjoncturels et
structurels, sur un mouvement social. Une idéologie ou une
doctrine a souvent force de loi, ce qui explique l'usage courant en
sciences politiques et en droit de ces deux termes. « Une idéologie
est un modèle d'action dominant, un système cohérent de
valeurs... La théorie cherche à expliquer sans avoir l'intention de
justifier » (Gingras, 2006, p. 105). Une théorie n'est pas davantage
une philosophieni une spiritualité.Nous reprendrons ici la belle
idée défendue par Kerlan (2003) lorsqu'il évoque la force du
compagnonnage philosophique. Dans cette perspective, il est
essentiel de rappeler trois arguments permettant d'instruire une
démarche philosophique tout au long du processus de recherche.
La perspective philosophique invite à un travail sur les concepts et
la production de concepts. Ce travail débute par une déconstruction
des idées, des notions et des théories sous-jacentes.La démarche
philosophique est ainsi un projet heuristique portant sur les faits et
les idées (Reboul, 2001). Second argument, la perspective
philosophique interroge le savoir des experts. Ces derniers sont
conduits à exposer des théories, qui s'érigent souvent en postulats,
voire en dogmes, sans que ceux-ci ne conduisent nécessairement à
leur remise en cause. Enfin dernier argument en faveur d'une
approche philosophique guidant le processus de recherche, celui
cherchant à mettre en questions les allants-de-soi de la pratique. À
l'heure où les recherches en sciences humaines et sociales sont
invitées fortement à justifier leur fonction sociale et leur usage
socio-économique au regard de visées et d'intérêts financiers, il est
important de rappeler que la démarche de recherche ne peut en
aucun cas admetÙe des allants-de-soi, même si ceux-ci sont
défendus par les professionnels,sans que ceux-ci fassent l'objet
d'un questionnementrigoureux et sans complaisance.
Nous avons traité dans cette seconde partie des différentes
acceptionsde ce qu'il convient d'appeler une théorie ou un cadre
théorique construit et développé dans le cadre d'un processus de
recherche. Il est importantde souligner la nécessité de s'extraire
d'une conceptionpar trop mécaniste et déterministe de la théorie
comme étant le cœur, voire le moteur de la recherche. Nous avons
défendu l'idée qu'il ne peut y avoir de regard sur le monde sans
situer celui-ci dans un cadre de référence qui dépasse bien

26
largement un auteur, une proposition formulée en axiomes et
hypothèses et quelques concepts.

Convoquer la théorie, oui, mais pas à n'importe quel prix


Un bref examen comparatif entre d'une part, des textes
scientifiques européens et notamment français, et, d'autre part, des
textes scientifiques nord-américains fait apparaître• plusieurs
différences, en particulier dans la place qu'occupe la présentation
d'une théorie ou d'un cadre théorique. Dans les textes scientifiques
anglophones, produits par les Nord-Américains, la théorie
présentée l'est souvent à partir d'un paradigme, par exemple
l'approche par compétences, la réflexivité ou encore l'éco-
systémie. Quelques références majeures sont présentes dans le
texte. La finalité du texte est ici le plus souvent d'exposer des
résultats d'une recherche en prenant appui sur la présentation
précise et rigoureuse de la méthodologie, du traitement et de
l'analyse des données et des résultats de recherche. Cette partie a
une place non négligeable dans le corps de l'article. Elle permet
non seulement de saisir la perspective méthodologique retenue,
mais elle fournit aussi au lecteur quelques informations concernant
les outils de recherche mobilisés. Il est fréquent d'y trouver des
guides d'entrevues ou des grilles d'analyse de contenus. Une
analyse des textes européens met en évidence la place
prépondérante accordée aux références théoriques. Les écrits des
chercheurs sont disséqués et analysés. Ces textes laissent place tout
autant aux auteurs primaires qu'aux auteurs secondaires, en
particulier lorsque ceux-ci exposent différentes lectures,
interprétations et exégèses d'une théorie considérée comme
fondatrice. Les articles scientifiques nord-américains,quant à eux,
privilégient davantage la convocation de recherches récentes
permettant au lecteur de situer le caractère nouveau et original des
résultats de recherche présentés. Cette différence significative dans
la manière de situer et de justifier la présentationd'une théorie
dans un écrit sqientifique se prolonge lorsque le lecteur aborde la
partie « résultats et discussion». Les textes nord-américains
souligneront les forces et les faiblesses de la démarche
méthodologique. Ils pourront interroger les travaux scientifiques
antérieurs, mais davantage à la lumière d'une perspective

27
méthodologiqueet d'une visée pragmatiqueque pour réinterroger
une théorie, fusse-t-elle
considérée comme fondatrice. Les textes
européens et en particulier souvent
par un retour sur la théorie,français se terminerontle plusvoire
en proposantune relecture une
réinterprétation des axiomes et des hypothèses. Cette différence
épouse sans doute l'usage
communauté scientifique attendent
différent que la société et la
humaines et sociales. Une des recherches en sciences
concours ouverts à subvention rapide étude des programmes et
elle confirme un relatif présents dans les deux continents, si
rapprochement
économique des recherches, révèle aussidans la finalité socio-
l'intérêt accordé à la production*d'une des différences dans
ces différents programmes,on théorie scientifique. Dans
attend des « livrables», des outils
opératoires, des guides ou encore des modèles. Il s'agit de mettre à
contribution les recherchesscientifiquesà des fins de production
d'outils censés transformer une réalité socio-professionnelle. Peu
importe le cadre théorique convoqué, l'importance est de présenter
les effets pratiques attendus de la recherche. Dans le contexte
français, la mise en question d'une théorie n'est pas écartée même
si les programmes de recherche valorisent aussi la mise en
évidence de possibles « bonnes pratiques» révélées dans et par la
recherche réalisée.
Une seconde différence marquanteque l'on peut observer dans les
textes scientifiques rédigés par des Nord-Américainset par des
Européens tient à l'usage des référenceset plus particulièrement
des citations-insertions que font les chercheurs. Dans le contexte
scientifique américain, et tout particulièrement en sciences
humaines et sociales, toute référence et/ou allusion à des
fondements théoriques est justifiée por la citation systématique de
nombreux auteurs. Cela conduit à insérer au cœur du texte des
références pouvant contenir parfois quatre à cinq auteurs. Cela
traduit aussi la réalité de l'écriture scientifique nord-américaine
valorisant des écrits à plusieurs mains. Dans le contexteeuropéen,
il est fréquent de constater que les propositionsthéoriques,si elles
s'ancrent dans des textes fondateurs, peuvent aussi ne pas contenir
ici important
de références bibliographiques particulières. Il semble toute
d'insister sur la nécessité de référencer scrupuleusement
en proposant
convocation d'une théorie ou d'un cadre théorique,
des auteurs cités.
textes et
une compréhension progressive des

28
1.

on pourra privilégier de présenter en premier lieu, l'auteur


Ainsi, autrement dit celui ou celle ayant fondé la théorie.
de référence,
suite du texte, il sera attendu que l'on puisse souligner
Dans la telle nouvelle proposition théorique. Si l'on
l'originalité de telle ou
l'exemple des différentes théories sur l'identité sociale et .
prend appui presque
professionnelle, certains textes prendront
cours sur cette
exclusivement sur les derniers travaux en
théorique
thématique.D'autres valoriseront davantage la filiation
appartenant à des
et conceptuelle entre différents auteurs,
disciplines parfois différentes. Sans doute convient-il d'être
prudentdans l'usage abusif de références,tant cela peut nuire à la
lisibilité du texte, que ces références soient présentesdans le corps
du texte ou en notes de bas de page.

Conclusion

La théorie constitue, semble-t-il, le passage obligé pour asseoir un


projet et protocole de recherche. À tel point que la théorie pourra
se prévaloir de justifier et de légitimer la spécificité scientifique de
la démarche et de l'écrit qui en rend compte. La lecture et l'analyse
d'une théorie ou d'un cadre théoriquesont à faire tout au long du
processus de recherche entrepris par le chercheur. En concevant et
en plaçant les premiers éléments d'un objet de recherche, le
chercheur élabore subrepticement son prisme interprétatif. Il jette
un regard singulier sur le monde. A ce stade, il pourra être tenté par
l'ambition de l'originalité ou de la nouveautéet par l'orgueil de
prétendre faire une entreprise qui n'eut point d'exemple et dont
l'exécution n'aura point d'imitateur » (Rousseau, 1782, Les
Confessions, Livre l). Mais il devra.aussi humblement situer sa
recherche dans une oeuvre humaine récurrente, celle consistant à
donner sens au monde et à le rendre intelligible. La force de la
être en
théorie élaborée tiendra à deux qualités. Première qualité, projets
et des
mesure de faire état des différentes lectures d'un cadre
d'interprétation d'une réalité humaine. La puissance
tient, d'abord et avant tout, à sa capacité de provoquer
théorique profane, l'étonnement et
lecteur, expert, spécialiste ou
chez tout dans un texte tout
l'émerveillement de celui qui découvre
de la pensée humaine, et ainsi toute sa
l'héritage et la mise en valeur
multiréférentialité. L'écriture, l'exposition

29
d'une théorie est
avant tout un travail
compréhension et de de révélation, de
Seconde qualité attendue valorisation de l'intelligence humaine.
débats, les discussions, d'une théorie, sa capacité à révéler les
les controverses. les confrontations, les désaccords ou encore
des relations Dans un monde où il semble que l'aseptisation
humaines
échanges humains, il estconstitue la condition de réalisation des
disputatio. Cette dispute, essentiel de retrouver le chemin de la
conflictuelle, ne servira pas nécessairement âpre, rugueuse,
des places. Elle n'aura l'affirmation des classes, ni la défense
qu'un seul but : révéler de nouvelles
perspectives sur le monde et sur l'humaine Elle
cherchera à faire surgir et à mettre en exergue condition.
la valeur de la
connaissance et de l'apprentissage.Car, comme le souligne
Reboul, « apprendre, c.'est se délivrer d'une ignorance, d'une
incertitude, d'une maladresse, d'une incompétence, d'un
aveuglement; c'est parvenir à mieux faire, à mieux comprendre, à
mieux être. Or, qui dit "mieux dit valeur" » (Reboul, 1992, p. 1).
Seules ces deux qualités peuvent, selon nous, conduire à réc.lamer
une élaboration dialectique de la théorie, au sens de la perspective
bachelardienne de la dialectique, c'est-à-dire une dialectique
intérieure au sujet, se situant ainsi entre sa conscience des faits et
sa conscience créante.

Références bibliographiques
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l'éducation). (1993). Les sciences de l'Éducation : enjeux et
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30
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Reboul, O. (1992). Les valeurs de l'éducation. Paris : Presses
universitaires de France.
Reboul, O. (2001). La philosophie de l'éducation. Paris : Presses
universitaires de France.

31
Construire une recherche en sciences de l'éducation"
Marie-AnneHugon
l'éducation
Professeureen Sciences de Défense
Université Paris Ouest Nanterre La
Centre de recherche en éducation et formation
Equipe « Crise, école, terrains sensibles »

Les sciences de l'éducation font partie des sciences humaines et


sociales, il n'y a donc a priori rien de particulier à écrire sur la
construction d'une recherche en sciences de l'éducation. Les
problèmesà résoudrerencontréspar les étudianteset les étudiants
s'engageant dans une recherche dans cette discipline, seraient ceux
de tout aspirant chercheur, dans une discipline de sciences
humaines, qui travaille sur la construction de sa posture de
recherche, en début de master ou de thèse. Pourtant de mon
expérience de direction de mémoires de master et de thèse, je
retiens que dans cette discipline, commencer un travail de
recherche demande au préalable la résolution de problèmes qui
tiennent aux spécificités des populations étudiantes en sciences de
l'éducation.
Ces particularités sont bien connues. Elles ont été mises en
évidence par l'enquête de Véronique Leclercq (2008 10), auprès
d'un échantillon de 167 doctorantsde la discipline entre 2001 et
2006. Il s'agit d'une population âgée. L'âge moyen d'entrée en
thèse est de 38 ans. Seuls, 100/0 des étudiants sont entrés en thèse à
moins de 26 ans. 80 % des thésards sont des salariés. Les
professionnels de l'éducation et de la formation représentent 65 %
de l'ensemble. Selon l'auteure, ces caractéristiques ont des
conséquences théoriques sur la construction du projet de thèse.
Elles auraient « un impact notoire sur les questions
épistémologiques des recherches. Les recherches ont pour fonction
de transformer les questions de terrain, les difficultés rencontrées
en questions de recherche, de définir un objet précis à partir du

9
Merci à Cendrine Marro, UPON-CREF, qui a relu et discuté cet article.
Véronique Leclercq, « Docteurs et doctorants en sciences de l'éducation: entre
trajectoires professionnelles et préoccupations scientifiques », Recherches &
éducations. 1 12e semestre2008, (En ligne), mis en ligne le 18 février 201 1.
http://rechercheseducations.revues.org.
33
foisonnement des pratiques, d'élaborer un dispositif pour tester des
hypothèses et pour comprendre des phénomènes. Bon nombre de
ces travaux visent in fine l'amélioration des pratiques, des F,
dispositifs et systèmes de formation et de l'éducation, même si la
fonction praxéologiquen'est explicitement indiquée que dans un
faible nombre de cas. » (Leclerq, 2008, page 11). Probablement,
une enquête plus vaste auprès des étudiants actuellement en thèse
en sciences de l'éducation donnerait des résultats quelque peu
différents, du fait des changements institutionnels récents :
suppression des limites d'âge pour l'obtention d'une allocation de
recherche,raccourcissementde la durée des thèses sous l'effet de
la mise en place de l'organisation LMD « licence-master-
doctorat», obligation pour le directeur de thèse de se préoccuper
du devenir professionnel des étudiants qu'il a encadrés. Aussi,
l'obligation de réaliser la thèse dans des délais de 3 à 4 ans
décourage peut-être certains projets de thèses, que l'usage désigne
comme des « thèses d'expression », sans enjeu professionnel, ni
véritable projet scientifique. Mais malgré ces évolutions récentes
qui auront des effets à long terme sur le recrutementdes étudiants
en thèse, on peut supposer que les caractéristiques de la population
demeurent actuellement les mêmes pour l'essentiel des
professionnels, en reprise d'études et qui se tournent vers la
recherche pour apporter des réponses à des questions issues de leur
pratique. Et c'est bien d'ailleurs parce que les recherches
s'appuient sur des questionnements authentiques, issus d'une
réflexion sur la pratique, que les étudiants en sciences de
l'éducation, tout du moins ceux que j'ai eu le plaisir
d'accompagner, se révèlent motivés, passionnants et passionnés
lorsqu'ils mettent à l'épreuve de leur expérience concrète, les idées
et théories qui leur sont présentées et lorsqu'ils revisitent leur
expérience à l'aune de ces théories.
Les particularités des parcours professionnel et universitaire de ces
étudiants sont donc des atouts mais ce sont aussi des pièges qui
rendent délicate la construction d'une posture de recherche. C'est
pourquoi,avant d'aller plus avant dans son projet, chaque étudiant
en master ou en thèse aurait intérêt'à prendre conscience de ces
pièges et pour cela s'interroger sur son rapport à la recherche qu'il
envisage d'entreprendre, sur ses enjeux personnels et
professionnels, sur sa connaissance du domaine, sur sa

34
représentationde l'activité de recherche. Ces questions ne sont pas
originales mais elles sont particulièrement aiguës dans cette
discipline. Je me propose d'énoncer ici les principaux obstacles à
cette construction et d'indiquer quelques moyens qui peuvent aider
I
les chercheurs débutants'

Un attachement passionnel à son thème de recherche


Dans plusieurs disciplines de sciences humaines, en psychologie
notamment, le plus souvent le directeur de mémoire attribue aux
étudiants dont il encadre le travail, les thèmes des mémoires et
indique le cadre conceptuel ainsi que les démarches et
méthodologies à mettre en oeuvre. Dans cette conception du travail
de recherche, les étudiants contribuent à la réalisation d'un projet
scientifiquecollectif, ils participentà la vie de laboratoire,ils
bénéficient d'un encadrement par des chercheurs expérimentéset
leur travail doit s'inscrire dans un programmede travaux conçu
antérieurementà leur entrée dans la recherche.
En sciences de l'éducation en revanche, l'étudiant est rarement
demandeur d'un thème à explorer il prend contact avec un
directeur de recherche éventuel, en ayant déjà en tête le thème de
sa recherche, thème auquel il tient car le plus souvent il est
fortementlié à son expérience personnelle et professionnelle. Pour
le directeur de thèse, accepter ou non une candidature en master ou
en thèse, relève d'une négociation autour de centres d'intérêt
communs. C'est là une des forces et des faiblesses des recherches
en sciences de l'éducation : la plupart des étudiants sont
littéralementattachés à leur objet de recherche. Pour ma part, je
n'ai jamais soupçonné mes étudiants de s'intéresser
superficiellement à leur recherche, d'autant que ce sont eux qui me
l'ont proposée lors des rencontres qui ont précédé l'inscription en
thèse.
Mais, pour construire une recherche, il faut mettre de la distance
entre soi et son objet, ce qui demande d'être au clair sur les raisons
pour lesquelles on a élu cet objet. Mieux vaut se livrer à un peu de

Il est entenduque dans cet article, on se situe dans une logique d'une recherche
académiquede type mémoire de thèse ou mémoire de master.L'implication dans
des recherches collectives dans une perspective de recherche-action pose une tout
autre série de problèmes et ne sera pas abordée ici.

35
de sa recherche.
travail introspectif et expliciter les choixpar exemple, sur les
Entreprendreainsi de travailler sur les autres, scolaires,
résistancesde certains élèves à s'approprier les normes normes
c'est aussi travailler sur soi, sur son propre rapport aux
scolaires, au métier et sur les désillusions de l'exercice
professionnel.On vient souvent en sciences de l'éducation pour
comprendre et surmonter un échec relatif, une insatisfaction.
Autant en être conscient. Mais, parfois, les raisons qui poussent à
entreprendre une recherche, les attentes qu'on manifeste vont
largement au delà de ce que la conduite d'une recherche peut
apporter.
Ainsi, X... , professeure des écoles, souhaite.étudier les relations
famille/école en milieu populaire. Il apparaît assez rapidement que
ces relations sont problématiques dans sa classe, ou plus
exactement qu'elle a vécu un conflit pénible avec des familles,
conflit qui a eu des retentissementsprofonds sur sa personne et, au
moment où je la rencontre, elle éprouve des sentiments
d'appréhension nouveaux pour elle dans l'exercice de son métier.
D'un travail universitaire sur ce sujet, X... attend d'abord et sans
se le formuler clairement,une réparationde. ce qu'elle a vécu à
l'école. Si mener une recherche à son terme peut donner des
satisfactions intellectuelleset du coup, aide certainement à mieux
vivre son métier, pour autant la recherche universitaire n'est pas un
travail thérapeutique. Nous sommes convenues X et moi de•
surseoir à son projet.
Chaque directeur de thèse a, un jour ou l'autre aussi, rencontré un
postulant chercheur qui ne veut entreprendre.une recherche que
pour soutenir par des arguments d'autorité scientifiques, des
convictions éducatives et/ou politiques déjà étgblies. Il est difficile
alors de faire comprendre que mener une recherche en sciences de
l'éducation, ce n'est pas faire du militantisme pédagogique, même
si on peut conjuguer ces deux activités ou encore se battre pour
rendre plus visibles des approches et des thèmes négligés par les
courants dominants de la recherche.

Avant de commencer une recherche en master comme en


thèse, chaque étudiant devrait se demander pourquoi un
sujet lui «parle » et comment il tient à ce sujet. Dans
l'université où j 'enseigne, l'usage est de demander à

36
I 'étudiant de produire une notion d'intention (pour le
master) ou un projet de recherche (pour la thèse). Cet
exercice n 'est pas purement formel. Répondre le plus
honnêtementpossible à des questions aussi banales telles
que «Quelle est l'origine de l'intérêt pour ce thème ? »,
«D 'autres sujets possibles ont-ils été éliminés et
pourquoi ? », « Quel lien entre cette recherche et la
trajectoire personnelle et professionnelle ? », oblige à
s 'interrogersur son rapport à sa recherche. •C 'est un
exercice de lucidité qui peut aider à une auto-analyse
fructueuse. Il sera bon de le refaire périodiquement tout au
long de la recherche car le rapport du chercheur à so
projet n 'est pas stable : il varie tout au long du processus d •
recherche,' en fonction de l'approfondissement de Idi<
recherche, des liens avec le terrain .et avec l'zmiversité.
comme des évolutions de la vie personnelle û}
professionnelle.
Quelques obstacles à dépasser : une familiarité dangereuse};

avec le thème de la recherche, des évidencesà défaire
En sciences de l'éducation, pour les raisons évoquées plus haut, les
candidats entretiennent souvent une grande familiarité avec '•
l'univers qu'ils veulent analyser. C'est le cas de l'enseignant ou du
travailleur social qui veut travailler sur le monde professionnel
dans lequel il évolue. Ce candidat aura souvent une connaissance Z
très fine des situations qu'il veut analyser car il les vit, il les a
questionnées et a réfléchi dessus. Il est « en recherche». Mais
« faire de la recherche », appelle un autre positionnement.C'est
« trouver les mo ens d'une objectivation des questions et des
préoccupations . Le problème est que ce changement de posture
n'est pas facilité par les mots avec lesquels l'expérience est décrite
et réfléchie. Car les mots de la pratique sont les mots de l'opinion
commune qui conjuguent plusieurs registres de langage sans qu'on
puisse aisément les démêler.

12Beillerot J., « La recherche, essai d'analyse », Recherche et formation, no 9,


avril 1991, Institut National de Recherche pédagogique,page 19. http://ife.ens-
lyon.fr/edition-electronique/archives/recherche-formation

37
Bon nombre des thèmes que les professionnels souhaitent
en recherche en sciences de l'éducation, sont ainsi aborder
débattusdans
l'espace public et traités dans la presse et dans les réseaux
comme des « problèmes» d'aujourd'hui avec des motssociaux
expressions qui connaissent des succès extrêmement rapides et des
chez
les différents acteurs de l'éducation. « La violence à l'école », «
la
baisse du niveau », « les stratégies éducatives parentales »,
« l'utilité des diplômes», « les élèves surdoués» « le décrochage
scolaire » font partie de ces évidences indiscutables, admises par
tous. Ainsi, l'expression « décrochage scolaire» est utilisée
aujourd'hui dans le quotidien de l'exercice professionnelcomme
un allant de soi, d'ailleurs elle s'est muée en une catégorie
administrative. On parle de décrochage scolaire de la même
manière qu'on parlait jusqu'à une date récente d'échec scolaire.
Comme d'une évidence.
Dans Le métier de sociologue, Bourdieu, Chamboredon et
Passeron signalaient que certains chercheurs débutants « agissent
comme s'il suffisait de se donner un objet doté de réalité sociale
pour détenir du même coup un objet dotéde réalité sociologique...
on pourrait citer tous ces sujets de recherchequi n'ont pas d'autre
problématique que la pure et simple désignation de groupes
sociaux ou de problèmes perçus par la conscience commune à un
moment donné du temps » (Bourdieu et al., 1973, page 53) 13. La
remarque vaut pour les sciences de l'éducation : la difficulté pour
construire une recherche est de passer des lieux communs,
renforcés par l'usage qui en est fait dans l'expérience
professionnelle quotidienne à une autre logique qui sera celle de la
recherche.
D'où la surprise de certains candidats lorsqu'en réponse à des
propositions de recherche sur des thèmes comme le décrochage
scolaire, l'estime de soi ou la résilience, je leur demande de
préciser ce qu'ils entendent par ces expressions.

Un exercice utile à tout éducateur qui veut entreprendre une


recherche sera, avant de rédiger son projet de recherche, de
reconsidérer avec un regard critique ces mots de I 'évidence,
ces lieux communs avec lesquels on appréhende les
13Bourdieu P., ChamboredonJ.-C., PasseronJ.-C., Le métier de sociologue, 1973,
Note I page 53, Paris : Mouton.
38
situations éducatives. Prendre de la distance avec sa
pratique et avec sa connaissanceintuitivepasse par cet
effort de critique des mots adnlis par tous, des mots du sens
commun.Déconstruire les mots pour construire un projet de
recherche, telle pourrait être la démarche qui permettrait de
passer d'une posture d'inquiétude et de réflexivitéà une
posture de recherche.

Une culture de recherche à construire


La recherche documentaire inhérente à la phase exploratoire en
débutde recherche est un des éléments qui permet ce changement
de posture.Mais là encore plusieurs caractéristiques du rapport au
métierainsi que le peu de diffusion des publications en sciences de
l'éducationrendentl'exercice difficile.
Lorsqu'on interroge des enseignants et des éducateurs qui
rejoignent les sciences de l'éducation en licence ou en master,
force est de constater que ces étudiants qui ont un niveau de
formation élevé dans leur discipline d'origine (puisque les
enseignantssont recrutés au niveau bac+5), n'ont pas de culture de
rechercheen sciences humaines. Ils sont attirés par les sciences de
l'éducation, pour les raisons évoquées précédemment, mais ne
connaissentpas les publicationsscientifiquesde la discipline. Ils
lisent des revues grand public comme Sciences Humaines ou des
revues professionnelles comme les Cahiers Pédagogiques. Ces
publications présententsur les questions éducatives et scolaires des
articles de vulgarisation écrits par des chercheurs : ces textes sont
très intéressantsmais on n'y trouvera pas d'information sur la
façon dont les résultats qui fondent les argumentations ont été
obtenuscar ce n'est pas leur objet. Les étudiants ont également lu
des ouvrages adressés au grand public, des essais signés par de
grands noms de la recherche en éducation (Meirieu, Dubet, Duru-
Bellat, Perrenoud, etc..) mais ces ouvrages ont d'abord une visée
politique: permettre aux auteurs de participer en tant qu'experts
aux débats sur l'éducation dans l'espace public en portant à la
connaissance du plus grand nombre, des résultats de recherche
étayés.Ces essais ne visent pas non plus à contribuerà un débat
scientifique entre pairs ni à former des thésards.

39
Les étudiants que je rencontre ont souvent beaucoup lu sur les
questions éducatives parce qu'ils se sont posé des questions en tant
que professionnels, mais ils ne savent pas pour autant ce qu'est la
recherche en éducation. Lors des premiers échanges en début de
master ou de thèse, je demande à chaque candidat ce qu'il a lu sur
le thème qu'il apporte. S'il ne cite que des puvrages grand public et
si sa construction intellectuelle ne repose que sur son expérience et
quelques vérités générales glanées ici ou là, alors je lui propose de
reprendre notre échange lorsqu'il aura dépouillé systématiquement
sur plusieurs années au moins une revue scientifique et une revue
professionnelle sur le sujet qui l'intéresse : plusieurs de ces revues
comme La Revue française de pédagogie ou Recherche et
formation ou d'autres encore sont en libre accès sur le site de
l'Instituf. français d'Education14ou via le portail électronique de
revues sçientifiques en sciences humaines et sociales Persée15
Il est aujourd'hui assez simple et rapide de faire cette revue de
questiqns et l'exercice peut se révéler déstabilisant. On découvre
très vite qu'on n'est pas le seul à avoir réfléchi à une questionet
que d'autres ont eu des idées avant vous. Il faudra donc se situer
par rapport aux écrits déjà existants sur le sujet. A lire ces articles,
on comprend aussi qu'une recherche n'est pas une dissertation bien
.documentée. C'est répondre à des questions précises, voire même
poser des hypothèses qu'on cherchera à vérifier, en suivant une
démarche explicitée et conforme aux règles du milieu scientifique.
On peut en déduire que le sujet auquel on pense est beaucoup trop
général et impossible à traiter et qu'il faudra le reformuler pour le
transformer en un problème de recherche circonscrit, susceptible
d'être mis en débat dans la communauté scientifique.
Ce travail edelecture est une phase très formatrice dans le processus
de recherche. Non seulement car elle est nécessaire pour la
construction de sa problématiquemais surtout car elle est un
moyen puissant pour s'acculturer à l'activité de recherche : à partir
de lectures de comptes rendus de recherches sélectionnées en
raison de l' intérêt du thème ou de l'approche pour l'étudiant, celui-
ci prend conscience de la différence entre avoir des idées en
matière éducative et conduire une recherche en éducation.

14http://ife.ens-lyon.fr/ife
15http:/lwww.persee.fr
40
étudiants se demandentcc que recouvrent
souvent,lescomme « problématique», « hypothèses « cadre
mystérieux
S'ils sont rédigés correctement, ces
scientifiques.
lisentdes articles clairement sur le cadre conceptuel, la
articles informent hypothèses, les méthodes de recueil des
problématique, les recueillis et les discutent. A condition de
données.les résultats de l'article et non pas aux seuls résultats,
s'intéresserà l'ensemble l'issue d'une revue de questions,' de se
chacunest en mesure, à qu'est un processus de recherche et ce
représenterclairementce d'une recherche en sciences de
qui fonde la scientificité
l'éducation.
ce
Le moyen le plus efficace, selon moi, pour comprendre
que.signifieconduire une recherche en éducation, est de lire
un nombre suffisant d'articles scientifiques de bon niveau,
dans des revues reconnues. Faire de la recherche en
sciencesde I 'éducationcommencepar lire et analyser des
articles en sciences de l'éducation. Chaque étudiant
débutant une recherche devrait s'astreindre à lire ce type
d 'écrits, quitte à revenir dans une phase ultérieure aux
ouvrages généraux, aux textes de grands auteurs qui l'ont
inspiré et peut-être leur ont donné envie d'entrer dans la
recherche.

La recherche : un monde social dans lequel prendre sa place


Lorsquej'interroge des candidats à une thèse sur les raisons qui les
amènent à' entreprendre ce parcours du combattant, je m'aperçois
que bien souvent ils n'ont aucune représentation concrète et précise
du monde de la recherche universitaire, de ses usages, de ses
règles. Or, comprendre ce qu'est conduire une recherche en
sciences de l'éducation, c'est aussi comprendre dans quel univers
social on entre, quels investissements personnels et professionnels
il faudra engager et quelles retombées on peut espérer. Au moment
d'entreprendre une thèse, les étudiants devraient avoir une vision
informée et claire de l'état de la recherche en éducation
aujourd'hui, de ses lieux de socialisation, des associations de
chercheurs, des colloques, revues etc... ainsi que de ce qui peut

41
advenir dans « l'après thèse » :
recrutement d'enseignant-chercheurla qualification,les
; concours
et de l'université... Toutes l'état actuel de la discipline}
données par le directeur de ces informationssont en principe"
peuvent trouver également thèse. Mais les chercheursdébutarjtt 'féf
de nombreuses informations
commissions rassemblant dans
associations comme dans les les jeunes chercheurs dans
veut dire prendre du temps laboratoires de leur université.Ce qui
doctorant,
pour se socialiser en tant que jeune
et ce n'est pas du temps perdu.
Conduire un projet de recherche,
demande de l'opiniâtreté. En quelle qu'en soit la
sciences de l'éducation où les
doctorants sont âgés, de nombreux éléments
se conjuguent pour
rendre ce parcours difficile. Rarement financés
de recherche ou un congé formation (qui ne dure par une allocation
pas plus d'une
année), ces étudiants n'ont que leurs soirées et leurs week-ends
pour travailler leur thèse. Ils ont aussi des familles qu'ils ne
peuvent négliger complètement. C'est pourquoi, tout en évitant des
questions trop personnelles,j'attire l'attention du candidat sur les
retentissements que la réalisation d'une thèse ne manquera pas
d'avoir sur la vie professionnelleet privée, sur la nécessité
d'anticiper d'éventuels aménagementset de s'assurer de soutiens.
Parmi ceux-ci, il faut compter le sOutiende l'entourage proche
mais aussi celui des pairs. Des petits groupes de travail entre des
étudiants travaillant des sujets proches permettent un soutien
mutuel efficace entre pairs et s'avèrent bien plus efficaces pour
rompre l'isolement intellectuel que la participation à un séminaire
mensuel et à quelques colloques.

Tout étudiant devrait, à mon sens, dès le départ de son


projet, s 'informer sur .le monde de la recherche et se
socialiser dans ce monde et lutter plus généralement contre
toutes les formes d'isolement, risque qui pèse
particulièrement sur les professionnels conduisant une
recherche en sciences de l'éducation.

42
Conclusion
Les débutsd'une recherche sont exaltants mais aussi déstabilisants
car c'est une période de déconstruction des habitudes de pensée et
de réorganisationdu mode de vie. En ce qui concerne les
doctorants en éducation, cette période est particulièrement
complexe.C'est leur rapport au métier qui est en jeu, qui est
questionné.Ils sont paradoxalement encombrés par leur formation
antérieureet leur culture générale et professionnelle ; ils n'Ont pas
tous une représentation claire de ce que serait une approche
scientifiquedes faits éducatifs. Il leur faut ajuster la construction
de leur projet avec leurs impératifs professionnels et personnels. Il
est donc utile que des prises de conscience aient lieu le plus tôt
possibledans le processus de la recherche. Certaines des pistes de
travailrapportées dans cet article visent à accélérer ces prises de
conscience.

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