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La parade des ouvriers d’Henri Lacroix

Martin Gladu

L e quatuor montréalais d’Henri Lacroix a enregistré sa composition La parade des

ouvriers pour la compagnie Victor à l’automne 1929. Le quatuor était composé d’un
harmonica, une guitare, un violon et des os.

Une parade des ouvriers?

Au Québec, on célèbre la Fête du travail le 1er lundi de septembre depuis 1894 (à ne pas
confondre avec la Fête des travailleurs du 1er mai).

Pour l’occasion, une parade était jadis organisée par le Conseil des Métiers et du Travail de
Montréal :

(…) il devrait être bien compris qu'il est plus important que jamais que nous déployons
nos forces pour prouver à nos patrons que nous sommes restés forts dans la tempête
qu’ils ont déchaînée contre nous, et le meilleur moyen de prouver nos avancés est de
montrer que nous sommes toujours unis et spécialement le jour de la Fête du Travail (…)
Le Monde ouvrier, 30 juillet, 1927

L’événement était, en fait, une « glorification des métiers dans la grande parade » (Le
Nouvelliste le 30 août 1928).

En 1927, la procession avait remporté un fier succès. Le point de ralliement était, comme
à l’habitude, au carré Viger en face du Champs de Mars, et la fin au carré Papineau, avenue
Papineau. Les journaux rapportèrent que de nombreux citoyens décorèrent leurs demeures
afin de témoigner de leur admiration pour les ouvriers organisés. Il y a eu quinze chars
allégoriques et plusieurs fanfares.

Cette année-là, Lacroix avait pris part au voyage aux studios Columbia de New York
qu’avait organisé Roméo Beaudry (avec Isidore Soucy et Donat Lafleur. En fait, les trois
musiciens formaient le Trio d’Henri).

Par contre, l’année suivante, la parade, alors composée de cinq mille ouvriers membres de
quatre-vingt une unions internationales, a dû être abandonnée à cause d’une pluie
torrentielle. Elle comptait vingt chars allégoriques.

En après-midi et en soirée, il y avait toujours des jeux au Parc Dominion, dont le fameux
concours de souque à la corde, du vaudeville, des courses et la remise des prix.
Conclusion

Comme Lacroix était natif de Montréal et y a habité tout au long de sa vie, il est plausible
que sa pièce se voulait un hommage à ladite procession annuelle. De plus, il est fort
probable qu’il fût membre d’une, voire de plusieurs « unions internationales » qui y ont
participé.
Participation et assistance au défilé de la fête du Travail à Montréal. SOURCE : La fête du
Travail à Montréal le premier lundi de septembre, symbole de l’affirmation de la classe ouvrière
dans l’espace public (1886-1952) de Jacques Rouillard