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Cas clinique

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Une alopécie chronique


A chronic alopecia Alopécie • Teigne tondante.

V. Descamps1, L. Deschamps2 (1 Service de dermatologie,


2 Alopecia • Tinea capitis.
service d’anatomopathologie, hôpital Bichat, Paris)

U ne patiente âgée de 35 ans consultait pour une alopécie étendue


du vertex évoluant depuis plusieurs années.

Observation
Elle expliquait que cette alopécie masquée par le port d’un foulard évoluait depuis la
naissance de son deuxième enfant, alors âgé de 3 ans.

Il n’y avait pas d’antécédent particulier, aucune notion de dysthyroïdie ou de carence


martiale. La patiente ne prenait aucun médicament au long cours. Elle ne signalait pas
de grattage ou de traumatisme des cheveux, qui auraient pu faire discuter une trichotil-
lomanie. Elle ne portait pas de tresses et n’avait pas réalisé de défrisages répétés.

À l’examen, on notait que l’alopécie diffuse respectait de façon curieuse une cou-
ronne frontale, pariétotemporale et occipitale. Il était noté un aspect squameux et,
par endroits, quelques pustules folliculaires (figures 1-3). Le reste de l’examen, en Légendes
particulier les ongles, était normal.
Figure 1. Alopécie respectant une couronne
Les traitements avaient été dominés par des shampooings antipelliculaires, des dermo-
frontale.
corticoïdes (propionate de clobétasol) et des dérivés de la vitamine D.
Figure 2. Alopécie respectant la région
Devant la durée d’évolution de plusieurs années, la principale hypothèse diagnostique occipitale.
était une folliculite décalvante.
Figure 3. Alopécie du vertex avec présence
Une biopsie du cuir chevelu, des prélèvements bactériologiques et mycologiques étaient de squames et lésions de folliculite.
réalisés de façon systématique avec un bilan biologique (thyréostimuline [TSH ultrasen- Figures 4-7. Présence d’agents fongiques
sible] et ferritinémie, protéine C réactive [CRP], numération formule sanguine [NFS]). déjà visibles sur la coloration HPS × 25
(figure 4), × 400 (figure 5), et mieux visualisés
Les résultats du prélèvement mycologique permettaient dès l’examen direct de faire le
à la coloration au Grocott (figure 6) et au PAS
diagnostic de teigne tondante. Les résultats de la culture confirmaient une dermato-
(Period Acid Schiff ) [ figure 7].
phytie liée à Microsporum langeronii. L’examen histologique confirmait la présence de
nombreux agents fongiques à la coloration au PAS (Periodic Acid Schiff) [figures 4-7].

L’ensemble de la famille était vu et traité par griséofulvine. La patiente décidait de se


raser complètement. Une repousse complète était obtenue.
Références bibliographiques
1. Feuilhade M, Lacroix C. Épidémiologie
Discussion des teignes du cuir chevelu. Presse Med
2001;30(10):499-504.
Les teignes du cuir chevelu sont actuellement associées, en France, à des derma- 2. Foulet F, Curvale-Fauchet N, Cremer G et al.
tophytes anthropophiles : Microsporum langeronii, Trichophyton soudanense, et Tri- Épidémiologie des teignes du cuir chevelu : étude
chophyton tonsurans qui sont le plus souvent isolés lors de petites épidémies (1, 2). rétrospective sur 5 ans dans 3 centres hospitaliers
Un diagnostic de teigne doit systématiquement être évoqué et recherché devant tout du Val-de-Marne. Presse Med 2006;35:1231-4.
état érythématosquameux et devant une folliculite chronique du cuir chevelu, même
lorsqu’elle évolue depuis plusieurs années ! II V. Descamps déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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Images en Dermatologie • Vol. VII • no 3 • mai-juin 2014
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