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Bruxelles X
PB- PP 
P701162 BELGIE(N) - BELGIQUE

Trimestriel du CIEP I MOC n° 97 - JUILLET-SEPTEMBRE 2018

ÊTRE OU NE PAS NAITRE


ACTEUR.RICE CULTUREL.LE
« Il n’y a pas de crise migratoire en Europe »
Là où le changement a lieu...
Le Centre d’Information et d’Éducation
Populaire du MOC (CIEP), est chargé
des activités éducatives et culturelles du MOC.
Organisés en équipes régionales et communautaires, nous
appuyons à travers la formation les activités du MOC et des © Reportage &

organisations qui le constituent. Notre souci est de donner


aux groupes et aux individus les outils nécessaires à leur
engagement comme acteurs et citoyens et de participer au
développement d’une société démocratique par une réelle ÉDITORIAL

démocratisation du savoir et une valorisation de l’action Être ou naitre acteur.rice de la Culture ..................................... 3
collective.
ANALYSE
Notre originalité réside essentiellement dans la philosophie de
notre travail et dans notre expérience accumulée d’une pédagogie Qu’est-ce qu’un.e Bagicien.ne ?................................................. 4
participative notamment à travers l’ISCO et le Bagic. Associatif, pouvoirs publics, citoyen.ne.s : de la coopération
contrainte à la coopération durable .......................................... 6
L’Éducation permanente est notre quotidien
NTICs et Éducation permanente ................................................ 8
la formation notre spécialité.
MOUVEMENT EN CAMPAGNE
CONTACT:
Centre d’Information et d’Éducation Populaire « Il n’y a pas de crise migratoire en Europe »............................ 11
Chaussée de Haecht, 577-579 Quand la terre se cultive au féminin ......................................... 12
1030 Bruxelles Composition de ménages: un critère inégal et obsolète?......... 14
Tél.: 02.246.38.41-43 Bannière en résistance face à la criminalisation
Fax: 02.246.38.25
des sans-papiers .......................................................................... 15
Courriel: communautaire@ciep.be
Espace solidaire dans la région de Mons-Borinage .................. 15
COMITÉ DE RÉDACTION : Mario BUCCI, Virginie DELVAUX, Charlotte DE LEU,
France HUART (coordination), Marie-Frédérique LORANT, Zoé MAUS, Florence EN RÉGIONS
MOUSSIAUX, Sophie WIEDEMANN, Nicole TINANT
Là où le changement a lieu ........................................................ 17
SECRÉTARIAT : Francine BAILLET, Lysiane METTENS Le Musée du Capitalisme à Arlon .............................................. 19
ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO : Marine BUGNOT, Laurence DELPERDANGE,
Charlotte DE LEU, Aurélie DELVALLÉE, Virginie DELVAUX, France HUART,
MÉMOIRES EN RÉSUMÉ
Valérie LOSIGNOL, Cathy MARTIN, Jean-françois RASSCHAERT, Marie
Militance des délégué.e.s à la Clinique et Maternité
ROMAIN, Nicole TINANT, Sophie WIEDMANN
Sainte-Elisabeth .......................................................................... 21
PHOTOS : Virginie DELATTRE et Catherine LIEVENS, Marc SZCZEPANSKI
IMPRIMÉ SUR DU PAPIER RECYCLÉ PAR DCL PRINTERS EN BREF
CIEP COMMUNAUTAIRE : tél : 02.246.38.41, 42, 43 – fax : 02.246 38 25 –
Courriel : communautaire@ciep.be
Rendre visible la Pauvrophobie .................................................. 22
Résistances et arts ...................................................................... 22
ÉDITRICE RESPONSABLE : Virginie DELVAUX – Chaussée de Haecht, 579 –
1030 Bruxelles Le rôle de la formation des adultes dans les politiques
d’inclusion sociale ....................................................................... 22
Le 25 mai 2018, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est
entré en application. Son objectif est de mieux protéger l’utilisation des données AGENDA
personnelles. L’Esperluette du CIEP s’engage à stocker vos données de manière
sécurisée, sans les partager avec des tiers. Vous pouvez en permanence vous Dates à épingler .......................................................................... 23
désabonner, demander la rectification de vos données en cas d’erreur ou en
demander la suppression en vertu de votre droit à l’oubli.
Pour toute question concernant l’utilisation de vos données, n’hésitez pas à nous FICHE PÉDAGOGIQUE
contacter : communautaire@ciep.be
Instaurer un climat motivant et valorisant

Avec le soutien de
L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Virginie DELVAUX  directrice du CIEP communautaire

Être ou Naitre acteur. rice


de la Culture
«N
-A-I-T-R-E », voilà un mot qui résume si donc voulu construire un processus de formation se situant
délicatement en trois consonnes et trois au croisement d’une démarche de professionnalisation et
voyelles notre projet BAGIC, nommé aus- d’une démarche d’éducation permanente en formation.
si Brevet d’aptitude à la coordination de Faire naitre des…
projets et d’organismes culturels et so- Ce qui est merveilleux dans ce projet, c’est que la nais-
cio-culturels. Parce que oui, à y regarder de près, c’est bien de sance du BAGIC engendre, chaque année depuis 25 ans, de
naissance qu’il est question quand on pense au BAGIC, et ce nombreuses nouvelles formes de naissance : naissance de
même si la progéniture en question vient de se voir fêter ses nouvelles questions culturelles à mettre à l’agenda de nos ré-
25 printemps. flexions politiques, des envies de transformation sociale, de
Être né de… changements organisationnels, de nouveaux engagements, des
Née du Plan de développement des initiatives de l’Ad- projets en partenariat dans des espaces innovants, de nouvelles
ministration de la Jeunesse et de l’Éducation permanente en formes de mobilisation, et j’en passe. Mais ne nous en cachons
matière de formation des cadres culturels, et plus particuliè- pas non plus, le BAGIC fait aussi parfois naitre des sentiments
rement de cinq parents ayant une sensibilité prononcée pour d’insatisfaction sur ce qui est vécu professionnellement, de
la diversité : le CBAI, le CESEP, l’ICJ, le CIEP ainsi que la l’isolement, du découragement face à certaines formes d’inertie
Fédération Wallonie-Bruxelles, la formation BAGIC a la par- aussi que nous devons pouvoir travailler en formation.
ticularité d’être un seul et même dispositif que chaque opé- Et enfin, parce qu’on n’est pas né de la dernière pluie…
rateur décline selon ses spécificités propres : l’interculturalité Le BAGIC permet, à celles et ceux qui l’ont vécu de se
pour le CBAI, la jeunesse pour l’ICJ, l’Éducation permanente forger une expérience qui renforce leur capacité d’analyse
pour le CIEP et le CESEP, et jusqu’au début des années 2000, et de réflexion et qui aiguise leur esprit critique à tel point
la dimension artistique au sein de la FWB. qu’on leur renvoie souvent cet autre petit bout de phrase :
Être né pour… « On voit que tu as fait le BAGIC, toi ! ».
Le BAGIC est alors né en réponse aux attentes de plus Pour quelques-unes de ces raisons, je vous invite dans les
en plus fortes des cadres de la Culture de pouvoir bénéficier pages qui suivent à découvrir ou redécouvrir ce merveilleux
d’une formation solide favorisant la réflexion sur des enjeux projet qu’est le BAGIC, et qui sait pour les plus curieux et cu-
de politiques culturelles, la rencontre d’acteur.rice.s de diffé- rieuses à venir le vivre dans une de nos futures sessions1!
rents secteurs et cherchant à outiller et améliorer la profes-
sionnalisation de leur métier. Les associations opérateurs ont 1. BAGIC : Secrétariat Francine Baillet Tél. : 02/246 38 41 Mail : bagic@ciep.be

Ce dossier de l’& est lié au séminaire interBAGIC qui s’est déroulé le 26 avril dernier dans les locaux de la Fédération Wal-
lonie-Bruxelles pour fêter les 25 ans d’existence de la formation BAGIC. Ce séminaire était organisé par le service de la
formation de l’Administration générale de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les quatre opérateurs Bagic, le
CIEP, le CBAI, le CESEP et l’ICJ. Il constituait une journée de formation commune à l’ensemble des Bagicien.ne.s en formation
en présence de la Ministre de la Culture, Alda Greoli, des représentantes de la Ministre de la Jeunesse, Isabelle Simonis et de
l’Administrateur général de la Culture, André-Marie Poncelet. L’intention était de rendre lisible et visible les spécificités du
BAGIC, son originalité dans le paysage institutionnel ; de partager des expériences professionnelles et des expertises au tra-
vers d’analyses de pratiques professionnelles et enfin, de favoriser la mise en réseau des Bagicien.ne.s en formation. Les textes
repris dans ce dossier sont le fruit des échanges entre les intervenant.e.s et la centaine de participant.e.s. Ils font l’objet d’une
publication partagée au sein des trois revues associatives : l’Agenda interculturel (CBAI), l’Esperluette (CIEP) et le Secouez-vous
les idées (CESEP). Ils sont repris sur les sites suivants : www.cesep.be • www.cbai.be • www.icj-bagic.be • www.ciep.be

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

ÊTRE OU NE PAS NAITRE


ACTEUR.RICE CULTUREL.LE
Marine Bugnot  chargée de projet à l’asbl Entr’âges et Valérie Lossignol  responsable administrative et GRH à Central

Qu’est-ce qu’un.e Bagicien.ne ?

D
éfinition encyclopédique : Être humain se reproduisant des citoyen.ne.s, avoir une attention particulière aux plus préca-
au fil des rencontres professionnelles, changements de risé.e.s, questionner les inégalités sociales dans une société qui
parcours et autres réorientations. se veut démocratique et solidaire. Mais il.elle est bien souvent
Le.la Bagicien.ne, qu’il soit en quête de légitimité, rattrapé.e par la réalité du monde du travail socio-culturel et plus
fortement incité.e par son organisation, à la recherche généralement du secteur non-marchand.
d’outils ou d’expériences, est un.e perfectionniste du travail socio- La plupart doit s’arranger avec la contradiction d’être rémuné-
culturel souhaitant bien faire, TRÈS bien faire. Son habitat naturel ré.e et donc de devoir vendre sa force de travail contre un salaire
est l’organisation socio-culturelle. Il.elle s’adapte à tout type de pour en échange favoriser l’émancipation des publics. Dès lors,
milieux, particulièrement ceux où il y a des… gens. Il.elle analyse quelle émancipation pour le.la travailleur.euse socio-culturel.le
son territoire et en identifie les enjeux. quand, de sa prestation, dépend sa survie financière ? De quelle
Berger et bergère intelligent.e, meneur.se, gestionnaire de marge de manœuvre dispose-t-il.elle réellement lorsque son en-
conflits, insuffleur d’énergie, il.elle cherche à transformer ses in- gagement militant est lié à un contrat ? Comment lutter contre
tuitions en s’appuyant sur des méthodologies aguerries. Bourré.e le manque de cohérence des organisations qui, par manque de
de doutes, d’interrogations et d’inquiétudes face aux changements moyens et d’outils de gestion interne adéquats, en viennent à
sociétaux qui s’opèrent, il.elle se pose un tas de questions. Il.elle écarter les valeurs prônées auprès des publics et des partenaires ?
analyse les paradoxes qui existent entre associations et pouvoirs
subsidiants, associations et citoyen.ne.s.
Il.elle prend le risque de la coopération plutôt que du parte-
nariat contraint. Vise la complémentarité et tente de dépasser la « Il faut se rendre compte
logique comptable de la gestion de projets. Préférant l’intérêt col-
lectif à l’individuel, il.elle se laisse aller à l’intelligence du groupe
de la distance culturelle que l’on
qu’il.elle pilote ou se laisse piloter par le groupe en s’assurant que a avec son public quand on
chacun.e soit soucieux.se de l’autre, qu’il.elle trouve sa place et
puisse FAIRE ensemble. n’a soi-même manqué de rien. »
Le.la Bagicien.ne a ce tout petit supplément d’âme qui va le
faire partir du désir des gens en les écoutant plutôt que de son
désir à lui.elle. Cette petite flamme, il.elle va l’entretenir parce que Une des conditions pour un travail d’émancipation de l’autre
la démarche est plus importante que le résultat. pourrait être une réflexion de chaque travailleur.euse, chaque
Acteur.rice politique, il.elle essaie de changer le monde. organisation et finalement tout le secteur social, culturel et so-
S’engageant pour de nobles causes, il.elle lutte pour le respect de cio-culturel sur les moyens à mettre en œuvre pour favoriser
la démocratie, lutte contre ses propres représentations du monde l’émancipation collective du travail. La co-construction et la
et celles des autres pour en trouver et en construire de plus justes. participation aux processus démocratiques internes sont des dé-
Révolutionnaire, c’est parfois contre son entourage le plus proche marches qui permettraient de faire vivre l’éducation permanente
qu’il.elle doit se battre pour que son organisation continue à se dans tous ses aspects, y compris dans l’organisation du travail.
questionner, se positionner et s’indigner. Par ailleurs, comment favoriser le pouvoir d’agir des publics
quand les acteurs et actrices du secteur eux-mêmes travaillent
La réalité de terrain dans des conditions qui les empêchent d’exercer pleinement le
Le.la Bagicien.ne est formé.e pour transposer sur son terrain les leur ? En effet, les conditions de travail se précarisent de plus en
exigences de la démarche d’éducation permanente : partir des as- plus avec un manque de moyens récurrent, des demandes plus
pirations des publics pour faire avec eux et non pas à leur place, nombreuses à traiter, des équipes en sous-effectifs, des contrats
utiliser des outils qui favorisent l’expression et la participation de travail de plus en plus incertains et une tendance au finance-

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

ment par projets spécifiques dans un temps court au détriment – questionner les enjeux liés au partage du pouvoir ;
du financement pérenne des missions globales des organisations. – développer l’esprit critique ;
Plus généralement, le secteur non-marchand est de plus en plus – se réapproprier le débat public ;
touché par des contraintes d’ordre économique qui mettent l’ac- – travailler sur un pied d’égalité avec les publics, faire avec eux
cent sur l’efficacité au détriment du rapport humain inhérent au et non pas pour eux ;
travail socio-culturel. Cette évolution impose un rythme de plus – partir des aspirations des gens, se laisser aller à leur faire
en plus rapide et des réponses standardisées, ce qui peut être confiance, au lieu d’imposer un projet déjà ficelé sur base de
cause de souffrance pour les acteurs et actrices du secteur, sans nos représentations ;
parler de l’impact sur les personnes avec qui ils.elles travaillent. – se permettre de se laisser surprendre par l’inattendu, l’incerti-
À cela s’ajoute l’idéologie dominante du projet, outil qui for- tude du processus et laisser la place à la créativité nécessaire
mate notre intervention au point que, s’il est mal utilisé, il s’inscrit pour y répondre (par exemple, laisser un budget « non attri-
dans une logique de réussite versus échec. Pour des personnes en
situation de précarité, vivant l’échec de manière quotidienne et
aigüe, il y a un vrai risque à nourrir un peu plus ce sentiment si
le projet ne rencontre pas les objectifs fixés. Ainsi, le danger est
grand d’instrumentaliser les personnes au nom du projet et de
« Le complexe du petit nombre
l’objectif de la participation. de participants devrait être dépassé,
Au départ née des mouvements d’émancipation du monde ou-
vrier, l’Éducation permanente agit aujourd’hui dans un monde où il faut tabler sur la participation. »
les causes de lutte se sont multipliées. Ce qui explique la diversité
et la richesse du secteur socioculturel : ouverture vers des publics
plus larges, élargissement de la notion de précarité, multiplication
des luttes, terrains et outils variés. L’Éducation permanente est à bué », pour créer un projet non prévu initialement dans le plan
la croisée des chemins : entre activation, intégration des publics, d’action) ;
émancipation et pouvoir d’agir1, dans un contexte sociétal où – s’appuyer sur l’intelligence du collectif ;
nous subissons tous et toutes l’injonction à être actif.ve.s, c’est-à- – partir de vécus individuels, prendre conscience de leur dimen-
dire être utiles, productif.ve.s et rentables. sion collective pour en avoir une lecture politique ;
Dans ce foisonnement des luttes, ce qui fait le commun entre – défendre des pratiques professionnelles qui valorisent la
les acteurs et actrices de politiques culturelles, c’est la démarche convivialité et des rapports où l’humain est au cœur de la dé-
au cœur de l’Éducation permanente, que les actions soient recon- marche2 ;
nues dans le cadre d’un décret ou pas. Et les difficultés que le.la – inscrire son action dans le temps long, au contraire des injonc-
travailleur.euse socio-culturel.le rencontre parfois sur le terrain tions actuelles à « faire vite », « être efficace », « productif ».
avec ses partenaires, ses collègues, sa hiérarchie ou ses pouvoirs
subsidiants peuvent être autant de leviers qui permettent de re- Le chantier est vaste, on s’en rend compte, et il peut sembler naïf
vendiquer et d’assumer une philosophie de travail qui porte en de vouloir changer le monde à ce point mais le jeu en vaut la
elle-même une dimension profondément politique. chandelle…

Quelques revendications 1. C. DELHAYE et C. DRICOT, L’éducation permanente : ses enjeux actuels et à


Sans prétendre entrer dans l’exhaustivité, cette approche défend venir, Nivelles, CESEP, 2012.
les éléments suivants : 2. Voir D. PUAUD, « Micro-traces d’hospitalité », dans Le travail social ou l’”art
– rendre acteur.rice au lieu d’activer ; de l’ordinaire”, yapaka.be, 2012.

© Reportage &

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Sophie Wiedemann  permanente CIEP communautaire

Associatif, pouvoirs publics, citoyen.ne.s :


de la coopération contrainte
à la coopération durable

A
lors que les pouvoirs publics désignent les associa- Le paradoxe de la « coopération contrainte »
tions comme des « partenaires », ces coopérations
sont souvent vécues comme imposées de l’extérieur et L’intérêt individuel
Un a priori contre la coopération
avec une obligation de résultat. Partant de ce constat, contrarié
Christian Boucq invite à changer de regard sur cette
coopération. Affiner cette connaissance contribue à redonner du
sens et du souffle à la coopération dans les pratiques culturelles. Une logique L’obligation
du provisoire de réussite
En s’appuyant sur une théorie élaborée avec le philosophe Marc
Maesschalck1, il distingue deux paradigmes de coopération : la
coopération contrainte et la coopération durable ou souhai-
tée. Mieux connaitre les éléments des deux paradigmes pourrait La sanction
extérieure
aider à dépasser les postures caractéristiques de la coopération
contrainte, afin de basculer vers une coopération souhaitée
et durable, pour bénéficier des fruits d’une pleine coopération.
L’actuelle profusion d’initiatives citoyennes nous amène à consi- Outre les contraintes institutionnelles, le paradigme de la
dérer aussi bien la coopération entre associations et pouvoirs coopération contrainte se retrouve en chacun.e de nous : nous
publics, entre associations elles-mêmes, qu’entre associations et coopérons en considérant le plus petit dénominateur commun
(collectifs) d’habitant.e.s. entre parties prenantes, avec une logique comptable du type «
Avec une vision de l’action culturelle comme une forme d’ac- Je dois en retirer plus que ce que j’y mets ». Par exemple, chaque
tion collective, dans laquelle peuvent être vécus des processus de partenaire énonce sa spécialité dans une recherche de com-
coopération transformateurs apportant des « suppléments » plutôt plémentarité. Il.elle coopère en restant dans son cadre d’action
que des « compléments » ; processus qui fédèrent les énergies, prédéfini individuellement, où les risques et les effets sont mai-
ressources et financements, sous certaines conditions, comme la trisés. Enfin, les acteur.rice.s s’impliquent à condition que les
pertinence sociale, la durée du travail, mais aussi l’attitude des autres prennent autant de risques qu’eux.elles, avec l’idéal d’une
acteur.rice.s de la coopération, leur désir d’instaurer une relation coopération win-win, dans laquelle chacun.e compléterait les
de confiance. compétences/ressources lacunaires dans leur plan d’action res-
pectif. Le milieu associatif ressent très souvent la peur de « se
La coopération contrainte et ses paradoxes faire piquer ses idées » ou « son public », ce qui produit para‑
Visant la réduction de dépenses publiques, la rentabilité et la mise doxalement une implication minimale dans la collaboration.
en concurrence généralisée, le contexte néolibéral favorise ce pa-
radigme en créant des financements publics limités. Le paradigme La coopération durable ou souhaitée et
de coopération contrainte ne résulte pas d’un choix concerté ses exigences
entre acteur.rice.s mais d’une injonction institutionnelle. Le décret À côté des coopérations contraintes, existent des formes de coo-
Centres culturels notamment conditionne les financements à une pération dans lesquelles le calcul cout/avantage ne semble pas
coopération avec de nombreux.ses autres acteur.rice.s. Il s’inscrit prévaloir. L’hébergement des sans-papiers par des citoyen.ne.s, ou
en général dans un contexte de continuité des actions en cours les ateliers vélo gratuits gérés bénévolement sont des formes de
et entraine une obligation de réussite, qui n’invite pas à l’action solidarité réelles et non de principe. Ainsi, l’action ne nait pas
collective : la coopération est alors un risque et est envisagée à toujours d’un plus petit commun dénominateur identifié, ni d’un
titre provisoire, avec l’idée de pouvoir changer de partenaire si incitant à la coopération aussi puissant que le financement, mais
elle ne fonctionne pas. Plus les partenaires sont nombreux, plus aussi d’acteur.rice.s prêt.e.s à agir qui mettent en commun du
la coopération est considérée comme un empilement de risques. temps et des ressources pour des fins communes. Ces finalités
Dans ce cadre, les prétentions d’action collective se réduisent à non-marchandes pertinentes socialement ne sont jusqu’alors
une action relativement minimale. pas prises en compte par l’action publique, voire associative. Les

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

La coopération désirée et ses besoins – un processus d’animation : là réside le métier d’animateur.


rice : revenir au désir des gens de « travailler » une question;
amener une manière de traiter les questions, de garantir la
Attention
Le désir de coopérer à l’intérêt des autres participation de tou.te.s. et l’intérêt du collectif, avec une
attention à l’intérêt de chacun.e, en étant capable par exemple
de piloter un groupe fluctuant ; en intégrant l’anticipation
La condition de Rôle du tiers des risques et la gestion des conflits. Les « intelligences ci-
durée ensemble instituant
toyennes »3 peuvent être mobilisées. Dans une société qui nie
l’espace et le temps, ce métier de relations objectives sur des
enjeux locaux est non délocalisable.
Anticipation
d’un suppléant
En réalité, les deux paradigmes coexistent et une injonction insti-
tutionnelle à la coopération peut être transformée en coopération
désirée : selon Maesschalck, « il y a donc une incertitude du désir de
premières mutuelles et actions syndicales en sont des exemples coopération, mais celle-ci ne peut être “traversée” que par un tra-
indéniables, ainsi que les enjeux des « nouveaux mouvements so- vail sur les croyances relationnelles. Soit je n’attends rien de mon
ciaux » : féminisme, justice migratoire… environnement relationnel, je le préfère figé ; soit je suis ambi-
Ce paradigme de coopération n’est donc pas inventé ex nihilo valent par rapport à ses apports possibles (…). Tout va dépendre de
mais s’appuie sur des pratiques solidaires existantes. Les personnes la manière dont je vais tenter d’investir ce processus instituant [ici,
s’engagent en acceptant l’incertitude d’un processus relationnel une injonction institutionnelle à la coopération] et à le maintenir
au-delà des rôles déjà définis. Les acteur. dans la durée avec l’ensemble des concer-
rice.s en présence se décentrent du calcul nés. À tous les coups, il ouvre la possibilité
de leur intérêt individuel au profit du de sortir d’une fiction de complémentarité
but de la cause collective. Dans ce cas, se « On oublie que tout (…), pour envisager une forme supplémen-
créent une confiance mutuelle et une ca- taire, une réélaboration des rôles et de leur
pacité à travailler ensemble, au-delà d’un est politique. » interaction. Si cet engagement est recher-
projet particulier ou d’un objectif initial. ché et favorisé, alors une coopération dési-
Par exemple, des habitant.e.s ayant réalisé rée peut prendre corps »4.
dans leur commune le BLED, une give box2
ont suscité beaucoup d’enthousiasme. Si la give box, incendiée Réactions des participant.e.s de l’atelier
six fois, a finalement fermé, d’autres actions ont été poursuivies. En nommant ces compétences, les animateur.rice.s professionnel.
Même si un projet n’a finalement pas lieu, dans ce paradigme, les le.s affirment leur rôle dans ces actions citoyennes mêlant béné-
parties prenantes ont pris conscience du supplément (et non du voles et professionnel.le.s : ne risque-t-on pas alors de renforcer
complément) de valeur lié à un niveau d’action supérieur, car les le paradigme de la coopération contrainte en institutionnalisant
risques inhérents à l’action collective sont mutualisés et l’atti- davantage ce rôle ? Pour les BAGICien.ne.s, en présence de cer-
tude des acteur.rice.s a suscité un désir de continuer à agir collec- tains membres de collectifs peu militant.e.s, ils.elles ont tendance
tivement dans le temps. On parle alors de coopération souhaitée à adopter un comportement un peu directif. Militante dans un
et/ou durable. Elle devient durable en ayant des effets à deux projet d’aménagement public dans sa commune, une BAGICienne
niveaux : confiance en soi, dans les partenaires et en un ‘nous’, en se demande si le désir d’individus participant à titre personnel à
tant que collectif instituant : par exemple, lors de la constitution des collectifs ne porte pas davantage une cause, que celui des
de plateformes associatives ou mixtes autour d’enjeux dépassant
les identités et pratiques de chaque membre, se constitue une
identité propre. Alors, la méfiance du grand public quant à la ré-
cupération que pourrait opérer un.e de ses membres diminue. Ce
‘nous’ n’est cependant jamais configuré « une fois pour toutes »,
contrairement à une institution plus « identifiable » dans le temps.

Trois conditions méthodologiques permettent


de l’instaurer :
– un processus de gestion des risques en commun : déterminer
qui assurera le nettoyage des déchets dans la give box, par
exemple.
– un processus de gestion des conflits –inévitables : nommer
et traiter les conflits le plus vite possible. © Reportage &

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

travailleur.euse.s représentant.e.s des institutions dans ces mêmes rices. La rencontre avec les habitant.e.s est plus importante que
collectifs (difficulté d’y agir). l’échec. Si, par la suite d’autres projets naissent avec certain.e.s, «
Pour les coordinateur.rice.s d’asbl, l’emploi reste un nœud, alors c’est gagné ».
amenant des réalités autres que celles du bénévolat et des besoins C. Boucq attire aussi l’attention sur la capacité des collec-
d’une cause citoyenne, qui renforcerait le paradigme de coopéra- tifs à revendiquer et sur celle des politiques à être interpellé.e.s.
tion contrainte. L’exemple de certains collectifs qui se vident suite Lorsque la coopération murit, le collectif devient un interlocuteur
à l’obligation d’avoir des coordinateur.rice.s montre les effets né- valable auprès des pouvoirs publics, auprès de qui tout devient
gatifs de cette coopération. Certain.e.s sont notamment confron- négocié et négociable –jusqu’à se dire parfois « on fait sans sub-
té.e.s à la difficulté d’instituer une identité collective indépen- sides ! », comme à la Bergerie des 100 noms (ZAD de Notre-Dame
damment des porteur.euse.s de projet ; d’autres à la starification des Landes, France), projet agricole collectif qui s’oppose explici-
des animateur.rice.s dans les maisons de jeunes. tement à la politique publique menée (construction d’un aéroport
Se pose ainsi la question plus globale des cadres administratif. et obligation d’identifier individuellement un porteur de projet).
ve.s vis-à-vis de l’action associative : il est donc nécessaire d’être L’emploi, la pérennité de l’action associative et l’équilibre
toujours vigilant aux désirs citoyens, à ne pas réduire l’iden- dans les relations avec les pouvoirs publics sont à considérer
tité et champ d’action aux dispositifs publics-financés. Une sur un temps long, dans une perspective de coopération conflic-
attention aux modes d’action mixtes bénévoles/salarié.e.s et une tuelle, de mouvement social et de commun ; en se demandant
place pour l’auto-évaluation doivent être prévues. La tendance éventuellement « Comment les acteurs publics peuvent participer
à cacher la tension professionnel.le/bénévole dans les projets est à notre action ? » – plutôt que de chercher le dispositif de finance-
souvent problématique. Pour cet aspect, il s’agit de nommer le ment adéquat pour se lancer. Au bout d’un an d’existence, l’atelier
cadre professionnel.le/subsidié, de le considérer collectivement vélo-cité a notamment reçu des financements pour les outils.
comme des paramètres, des éventuels antagonismes à prendre en
1. Marc MAESSCHALCK, « L’impératif de coopération au travail : utopie ou réalité
compte dans la gestion des conflits. Pour C. Boucq, les bénévoles qui nous lie ? ». Conférence au Printemps de l’éthique : Un travail qui nous
sont bien conscients du supplément lié au.à la salarié.e. Il est relie : utopie ou réalité ?, Libramont 4 mai 2018, Weyrich, 2018.
important de ne pas se positionner comme interface avec les 2. www.consoglobe.com/givebox-boite-don-cg
pouvoirs publics. Dans le cas d’un échec d’un projet, imputable 3. Majo HANSOTTE, Les intelligences citoyennes, Comment se prend et s’invente
la parole collective, De Boeck, 2005 ; Sophie WIEDEMANN, Les outils d’in-
à la commune, comment rebondir avec les habitant.e.s mobili- telligence collective pour une démocratie augmentée, Bruxelles, CIEP, 2018
sé.e.s ? Un risque est de se positionner comme interface d’où, sou- (www.ciep.be)
vent, la méfiance de la part des habitant.e.s envers les animateur. 4. M. MAESSCHALCK, op.cit.

Nicole Tinant  permanente CIEP communautaire

NTICs et éducation permanente1


I
ndéniablement, la place du numérique dans notre société est Doueihi, le numérique « est en train de devenir une civilisation
considérable : il influence les rapports de force, les processus qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur
d’inclusion/exclusion, les (dé)mobilisations, … Alain Loute s’est les objets, les relations et les valeurs, et qui se caractérise par les
interrogé sur la place à donner aux NTICs2 dans nos pratiques, nos nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’acti-
formations en éducation permanente et la manière de les utiliser. vité humaine ».
– Projets de société défendus par de nombreux acteur.rice.s
Le numérique comme nouveau politiques : en 2000, l’objectif de la Conférence de Lisbonne
« milieu » d’action était de construire une « société européenne de la connais-
Sur base de diverses analyses, Alain Loute définit davantage les sance », où tous et toutes pourraient participer à la production
NTICs comme un nouveau « milieu » d’action transformateur de la de connaissances.
société sur différents plans que comme de simples outils. – Participation : pour certain.e.s, les NTICs permettent de rendre
– Modification de la notion même de territoire et d’habitat : les citoyen.ne.s plus « actif.ve.s » et plus participatif.ve.s.
Dominique Boullier développe le concept d’« habitèle », sorte de
support d’identité digitale portable, qui est à envisager comme Regards critiques : un milieu ambivalent
un écosystème formé par les objets connectés qui entourent et Le numérique est également un milieu d’action ambivalent, source
accompagnent chaque individu, et s’inscrit dans une série d’en- d’inégalités, d’exploitation et de destruction de l’attention et du
veloppes qui, à la fois, le protègent et constituent des interfaces. savoir.
– Apparition d’une nouvelle civilisation : nouvelles formes de - Inégalités : L’enjeu actuel se situe plus dans la capacité à uti-
sociabilité, de rapport à l’écriture et à la lecture, …. Pour Milad liser les NTICs plutôt que d’y avoir accès. Rémy Rieffel parle

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

d’« inégalité numérique » plutôt que de fracture numérique. puisque le lecteur devait tenir l’objet écrit à deux mains et elle in-
L’inégalité se situe à trois niveaux : l’avoir (disposer de tech- terdisait d’écrire durant la lecture. (…) Le lecteur peut feuilleter le
nologies) ; le savoir (disposer de compétences) ; et le pouvoir livre (…) et il lui est possible d’écrire en lisant ».
(tirer profit de leurs usages). Non neutres, les technologies imposent des contraintes de
- Exploitation : Fans, blogueur.euse.s, contributeur.rice.s à des maniement et exercent une forme de pouvoir sur nos conduites.
sites collectifs, invité.e.s de téléréalités, …. sont une main- Les concepteur.rice.s anticipent leur usage au départ d’objectifs et
d’œuvre non rémunérée « qui relèvent du “playbor ”, mélange de valeurs, en partant de scénarii. Néanmoins, les NTICs se carac-
indissociable de plaisir ludique (play) et de travail productif (la- térisent par une flexibilité interprétative. Selon Andrew Feenberg,
bor), faisant d’Internet un mixte instable et déroutant de terrain même si la manière dont fonctionne une technologie est prédé-
de jeu et d’usine ». On parle de « capitalisme parasitaire », de terminé par un script, les fonctions techniques ne sont pas tota-
« travail gratuit », de « prosumer3». lement prédéterminées : elles sont découvertes « au cours de leur
- Destruction de l’attention et du savoir : Pour Cédric Biagini, développement et de leur utilisation ».
les NTICs modifient notre rapport au livre et à la lecture, « pra-
tique au cœur de notre culture qui permet d’apprendre, de s’ins- Pistes de réflexion pour une culture numérique critique :
truire, de s’élever, de se construire ». Fondement de nos civilisa- – Prendre conscience qu’un objet technique n’est jamais neutre,
tions modernes et démocratiques, le livre favorise l’attention qu’il prédétermine nos capacités d’actions et est soumis à « in-
et la concentration. Selon Nicholas Carr, il est, actuellement, terprétation » par une multitude d’acteur.rice.s.
supplanté par l’internet qui nous distrait et change notre fa- – Travailler et échanger avec des ingénieur.e.s et/ou des déve-
çon de penser et de mobiliser notre mémoire. Les NTICs « dé- loppeur.euse.s d’objets techniques.
truisent notre attention et nos capacités de concentration. Elles – Prendre conscience des questions posées dans le design de
fabriquent des individus éclatés, dispersés, perpétuellement l’objet.
agités, en quête de sensations fortes, incapables de se fixer, de – Ouvrir concrètement la « boite noire » des objets techniques.
contempler, de se plonger dans un état d’abandon esthétique ». Expériences réalisées ou observées par les participant.e.s :
– Travail sur les représentations, conférences-débats sur les
stratégies mises en œuvre, les leviers et les pistes d’actions
citoyennes : obsolescence programmée et Gsm, Facebook,
« La contrainte du trop peu Twitter, logiciel spécifique, comme un logiciel comptable ina-
de tout développe des habitudes dapté à la réalité comptable en Asbl, …
– Analyse critique d’objets technologiques lors de workshops or-
qui éteignent les perspectives et ganisés dans un FabLab avec designers, programmateur.rice.s.
Activités de sensibilisation sur les techniques et enjeux au-
les rêves. » tour de la fabrication numérique, du Do It Yourself et de l’open
source des objets.

2. Utiliser les technologies pour constituer une


Vers une culture numérique critique culture partagée
Entre le rejet des technologies numériques et l’optimisme naïf Pour Marcel Gauchet, internet risque de contribuer au renforce-
émerge une troisième voie : le développement d’une « culture ment d’une forme d’individualisme. L’internaute constituerait la
numérique critique ». En tant que formateur.rice, l’enjeu serait de figure la plus avancée de l’individu « sans appartenance et hors
permettre aux participant.e.s de se situer et de se positionner par médiation, doté d’un accès universel à toutes les sources d’infor-
rapport à l’ambivalence du milieu. Pour Bernard Stiegler, le web mation et de la capacité opératoire de toucher le monde entier
« est à la fois un dispositif technologique associé permettant la par ses productions intellectuelles, sans intermédiaire. Internet
participation et un système industriel dépossédant les internautes en ce sens, c’est le média absolu, la médiation qui abolit toutes
de leurs données pour les soumettre à un marketing omniprésent les autres médiations, ou plus exactement qui les rend inutiles ».
et individuellement tracé et ciblé par les technologies du userprofi- Philippe Meirieu parle de « pédagogie problématisatrice » lorsque
ling ». Pour construire une culture numérique critique, Alain Loute « les savoirs ne sont plus des « biens » qu’on échange sur un re-
nous propose cinq pistes de réflexion. gistre marchand, mais des représentations partagées du monde
par lesquelles chaque histoire singulière se relie à une universalité
1. Ouvrir les « boites noires » technologiques en construction ».
Une mise en forme particulière d’un savoir a un effet sur les mé-
diations techniques. « Un “même” texte n’est plus le même lorsque Pistes de réflexion pour une culture numérique critique :
changent le support de son inscription, donc, également, les ma- – Mettre les TICs au service de problèmes communs à résoudre,
nières de le lire et le sens que lui attribuent ses nouveaux lecteurs. en développant une intelligence collective et partagée.
La lecture du rouleau dans l’Antiquité (…) mobilisait tout le corps – Garder trace du processus comme du résultat.

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Expériences réalisées ou observées par les participant.e.s : Expériences réalisées ou observées par les participant.e.s :
– Fablab : ateliers de fabrication numérique où se crée une – Mise en place d’un groupe de travail « PUNCH : pour un nu-
communauté d’entraides, d’échanges de savoir-faire et de mérique critique et humain » avec diverses asbl du secteur.
construction collective. – Création d’un espace pour une meilleure prise de recul.
– Utilisations de NTICs pour faciliter l’organisation de sondages – Organisation de cycle de conférences, formations, sur le nu-
et d’échanges internationaux, le partage d’information sur des mérique, pour une appropriation des problématiques liées à
évènements/actions au sein du collectif MJ, la mutualisation l’environnement numérique et une meilleure prise de recul.
des ressources.
5. Faire des technologies un moyen de partager
3. Prendre en compte la temporalité le « pouvoir en commun »
de l’apprentissage et de l’action Un des éléments essentiels de la formation en éducation perma-
Face à la surabondance d’informations, les sites web cherchent à nente est de remettre en jeu la répartition du pouvoir entre les
solliciter, capturer et canaliser notre attention. Cette temporalité formateur.rice.s et les apprenant.e.s. Il faut donc être conscient
peut être mise en tension avec celle nécessaire à l’apprentissage. de l’influence possible de certaines technologies dans l’exercice
Pour Philippe Meirieu, « l’école doit se saisir du numérique, travailler du pouvoir au niveau du groupe qui les utilise. Michel Puech
sur ses usages ; elle doit s’instituer à leur égard comme espace de dé- distingue deux « cultures techniques » du numérique :
célération sans lequel le nouvel ordre informatique ne laissera guère – Une culture fermée, de type command and control : usage
de place pour le tâtonnement proprement humain de la pensée ». limité mais sécurisé ; l’utilisateur.rice ne peut faire que ce
qui est prévu et autorisé par le.la concepteur.rice.
Pistes de réflexion pour une culture numérique critique : – Une culture ouverte : innovation collaborative et fonction-
– Veiller à rendre possible une temporalité longue de l’apprentis- nement démocratique mais vulnérabilité et enjeux d’intero-
sage. pérabilité.
– Éviter que la temporalité du milieu technologique ambiant ne
s’impose au processus d’apprentissage.
Expériences réalisées ou observées par les participant.e.s :
interpellation du personnel enseignant sur l’usage de tablettes
« Nous devons nous dégager
au sein de l’école et leur nuisance sur l’apprentissage de certains de nos représentations
enfants.
de la précarité. »
4. Distinguer les formes de savoirs et connaitre
leurs limites/apports
Cédric Biagini dénonce la pauvreté des big data qui produi- Pistes de réflexion pour une culture numérique critique :
raient un savoir sans hypothèses, les corrélations nous permet- – Veiller à ce que les technologies utilisées servent bien l’idéal
tant d’agir directement sur les phénomènes, sans avoir à en d’un pouvoir partagé du processus de formation.
comprendre les causes. « L’Intelligence des machines, celle qui – Garder une forme de vigilance par rapport aux nouvelles
compte et calcule, risque de triompher de celle des humains, formes d’exclusion.
celle qui raconte, ressent, argumente, dialogue, ironise ». – Protéger les formes de savoirs produits de leur captation par
des tiers.
Pistes de réflexion pour une culture numérique critique : Expériences réalisées ou observées par les participant.e.s :
– Pluraliser les formes de savoir. création d’un collectif à Tournai « Les jeunes donnent de la voix »
– Penser l’articulation entre tous les types de savoirs. sur Facebook. Objectifs : demander leur avis aux jeunes, stimuler
– Reconnaitre leurs intérêts, apports et limites. les échanges d’idées et d’opinion, construire ensemble des pro-
positions concrètes et les communiquer aux responsables poli-
tiques. Résultats obtenus : murs d’expression, salle de concert,
skatepark, reconnaissance au niveau des représentant.e.s poli-
tiques et culturel.le.s…

1. Cet article est inspiré de l’intervention d’Alain Loute, de son article « Quelle
place pour le numérique dans nos pratiques de formation émancipatrice ? Pistes
de réflexion pour une démarche d’éducation permanente » (En ligne www.ac-
ademia.edu/36050250/Quelle_place_pour_le_numérique_dans_nos_pratiques_
de_formation_émancipatrice_Pistes_de_réflexion_pour_une_démarche_d_édu-
cation_permanente) et des échanges de l’atelier.
2. NTICs : Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.
3. Prosumer : tendances des consommateur.rice.s à se professionnaliser et s’ap-
© Reportage & procher du profil de producteur.rice.

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Aurélie Delvallée  Inform’Action cours que nous devons être capables de


sortir le plus possible en tant qu’Euro-

« Il n’y a pas de crise péen.ne.s ».

« Une non-gestion de la
migratoire en Europe » migration sur le plan national »
Lorsqu’on aborde le traitement des mi-

L
grant.e.s sur notre sol, Claude Rolin se
e 1er juin dernier, les parti- Parmi les nombreuses thématiques montre lui aussi sans langue de bois : « Il
cipant.e.s de la formation abordées durant les deux heures d’entre- n’y a pas de politique de non-accueil des
InterMouvement organisée par tien, on en retrouve un certain nombre migrant.e.s. Il n’y a pas de politique du
le CIEP pour les nouveaux.elles qui fâchent, voire qui fâchent beaucoup : tout ! ». Le principe de l’Europe est ce-
travailleurs et travailleuses du la tentation de sortir de l’Union euro- lui-ci : l’UE est un territoire unifié, avec
MOC, ont pris part à un débat avec trois péenne (UE) chez les partis de gauche, une libre circulation des capitaux, des
député.e.s européen.ne.s. L’entrevue s’est le plan d’austérité imposé à la Grèce, entreprises, et surtout des citoyen.ne.s. Si
déroulée au Parlement Européen. ou encore l’influence des lobbys sur les ce principe est noté noir sur blanc dans
« Je vais rappeler les consignes avant décisions politiques européennes. L’une les conventions, il est loin d’être appliqué
de commencer le combat… Le débat ! ». d’entre elles a tout particulièrement re- dans la réalité, au vue des nombreuses
Voilà comment, au lendemain du Doudou tenu l’attention et a déclenché une plus frontières qui se ferment et des milliers
montois, Adrien, l’animateur du débat, longue réflexion: la crise migratoire et de migrant.e.s souvent malmené.e.s. « On
débute cette interview avec humour. les conditions dans lesquelles sont ‘ac- reste avec une gestion, et bien souvent
Autour des animateurs et animatrices cueilli.e.s’ les milliers de migrant.e.s qui une non-gestion, de la migration sur le
en Éducation permanente, des noms arrivent sur le sol européen. plan national », avec de multiples réper-
bien connus de la scène politique inter- cussions peu réjouissantes : des conflits
nationale : Marie Arena, membre entre « Les continents hors-Europe politiques internes à l’Europe, des mi-
autres des Commissions internationale et sont plus confrontés grant.e.s qui se noient par centaines de
des droits des femmes et de l’égalité des à la migration interne » milliers…Et aussi la montée du popu-
genres ; Claude Rolin, Vice-Président de Les propos de Marie Arena sont sans ap- lisme. C’est notamment le cas en Italie,
la Commission de l’emploi et des affaires pel : « Il n’y a pas de crise migratoire où Matteo Salvini, ministre de l’Inté-
sociales ; et Philippe Lamberts, membre aujourd’hui en Europe ». En effet, il suffit rieur, est issu de l’extrême droite. Claude
de la Commission des affaires écono- de se rappeler les deux guerres mondiales Rolin regrette cette méconnaissance de
miques et monétaires, ainsi que son col- pour en conclure que le continent euro- la question de la migration, qui « donne
laborateur Olivier Derruine. péen a connu des moments beaucoup un champ incroyable aux formations po-
plus impressionnants en termes de flux pulistes d’extrême droite pour développer
de population. « Parce qu’on a des mé- leur volonté de refus complet ».
dias qui font leur Une sur la migration, Autre enjeu vital pour les États
ça remet la question migratoire à l’ordre membres : le vieillissement général des
du jour. Mais nous ne sommes pas au pic populations. Les pays de l’UE où les popu-
de la migration, pas du tout ». lations sont les plus vieillissantes sont la
Toujours selon la députée, la situation Grèce, le Portugal et l’Espagne. Alors que
serait plus critique hors-Europe, comme les migrant.e.s qualifié.e.s pourraient en-
par exemple en Colombie et en Afrique. trer légalement et travailler pour contrer
La première accueille plus de deux mil- ce problème démographique, l’Europe
lions de personnes venant du Venezuela, ne semble pas l’entendre de cette oreille,
pour 40 millions d’habitant.e.s au to- au grand désespoir du député : « La po-
tal. « On est loin de ce qui se passe en pulation jeune et bien formée est partie
Europe ! Les continents hors-européens à l’extérieur, essentiellement aux États-
sont bien plus confrontés à la migration Unis et au Canada. Restent dans ces pays
interne ». Au Kenya, 500 000 migrant.e.s les vieux et les non-qualifiés. C’est une
africain.e.s attendent que les autorités bombe en termes de capacité à supporter
décident de leur sort. « Nous ne sommes le vieillissement de la population. (…) Si
pas capables d’entendre que nous pou- nous n’avons pas d’entrée de nouvelles
vons accueillir des réfugié.e.s alors que personnes, nous allons nous casser la fi-
© Reportage &
nous sommes 500 millions. C’est un dis- gure ».

11
L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Règlement de Dublin III, épine résultat catastrophique des élections ita- pour les pays qui ne respectent pas les
dans le pied des pros‑accueil liennes ». quotas de répartition imposés par l’UE.
Le Règlement de Dublin III constitue En matière d’immigration, la Belgique Pour rappel, la Belgique aujourd’hui en-
l’actuel outil politique en termes d’im- n’est pas une bonne élève pour la membre core ne respecte pas les quotas qu’elle a
migration pour l’UE. Autrefois appelé de la Commission internationale. Selon signés : « Nous pouvons entendre qu’une
Convention de Dublin, ce texte norma- elle, le Règlement de Dublin III sert d’ali- politique nationale ne soit pas d’accord
tif entré en vigueur le 1er janvier 2014, bi au gouvernement trop inactif à son d’accueillir, mais alors qu’elle contribue
est consacré au règlement juridique du gout : « Dublin III lui permet de faire à un fonds qui permet à d’autres pays de
droit d’asile en vertu de la Convention de ce qu’il fait aujourd’hui avec les mi- faire le travail ».
Genève dans l’UE. Il est destiné aux étran- grant.e.s, c’est-à-dire ne pas assumer
gers et étrangères qui formulent une de- leurs responsabilités ». Elle déplore aus- L’Afrique, la prochaine à venir
mande d’asile pour un pays mais qui sont si la fermeture des centres ou leur très en Europe
interpellé.e.s dans un autre. S’il institue un faible taux de remplissage, alors que bon En juin 2016, l’UE signait des accords
principe simple en théorie, le Règlement nombre de migrant.e.s dorment dans la de partenariat économique avec les pays
de Dublin III entraine de multiples difficul- rue ou sont accueilli.e.s par des citoyens de la communauté de développement
tés dans la pratique, puisque le pays dans et citoyennes bienveillant.e.s. d’Afrique australe (SADC). L’Afrique
lequel a été formulée la demande d’asile du Sud, le Botswana, le Lesotho, le
est celui qui est chargé de son instruction Quelles hypothèses Mozambique, la Namibie et le Swaziland
et de la décision finale. Autrement dit, si de solution ? s’alliaient donc commercialement avec
un.e réfugié.e arrive en Europe par l’Ita- Pour Claude Rolin, il faut instaurer une l’Europe. Aubaine pour ces pays afri-
lie et arrive à atteindre la Belgique pour nouvelle politique de migration basée cains en voie de développement, ces ac-
formuler une demande d’asile, il.elle sera sur deux réalités. Premièrement, les ré- cords existent au détriment des paysan.
renvoyé.e en Italie pour le traitement de sa fugié.e.s qui quittent leur pays pour sau- ne.s qui se voient retirer leurs terres pour
requête. Un retour à la case départ radical ver leur vie. Deuxièmement, la migration faire croitre l’agro-business, se retrou-
décrié d’une même voix par Marie Arena économique, c’est-à-dire le flux de mi- vant sans terrain pour se nourrir. Une
et Claude Rolin : « Ce système n’est pas grant.e.s qui quittent leur pays car il n’y a migration africaine de masse serait en
tenable » déclare la première. « Cela génère plus d’emploi. En effet, « il y a des règles marche pour Marie Arena : « Nous avons
des tensions à l’intérieur des pays entrants à mettre en place. Des politiques à mener une responsabilité dans ce qu’il se passe
et des faits d’irrégularité ». « C’est une folie qui se doivent de construire des chemins là-bas, et ne vous étonnez pas si demain
totale » surenchérit le second. « En partie, pour ces personnes ». Marie Arena pense des gens qui crèvent de faim tentent de
ce règlement est un grand responsable du davantage à des sanctions financières survivre ».

Laurence DELPERDANGE  responsable régionale Équipes Populaires-BW

Quand la terre se cultive


au féminin…
Q
u’elles soient d’ici ou d’ail- pratique et témoigner dans une histoire À la rencontre de l’atelier
leurs, qu’elles vivent en digitale personnelle. D’abord à Guédé sénégalais
Wallonie ou dans une région en novembre 2017 (Sénégal), puis en Au Sénégal, les femmes rêvent d’un ave-
aride du Sénégal, les femmes Wallonie, du côté de Rochefort. Malgré nir moins contraint par les traditions,
plantent et récoltent depuis des contextes sociaux, socio-écono- lesquelles confèrent plus de pouvoir
bien longtemps, contribuant ainsi à miques et culturels très différents, les aux hommes. Tant en matière d’accès
améliorer le bien-être de leur famille. La mêmes questionnements traversent à la terre que de choix d’un mari, elles
place qu’elles occupent dans le domaine leurs pratiques de femmes. se libèrent, au fil de leurs engagements,
agricole est de plus en plus reconnue Nous nous sommes demandé si ce des enfermements de leur condition.
dans leur village, leur communauté. « métier » ancestral avait évacué cer- Avec Le Monde selon les femmes et son
Avec Sophie Charlier du Monde selon tains modes de fonctionnement ou s’il partenaire sénégalais ENDA Pronat actif
les femmes1, nous avons rencontré des reproduit depuis des siècles une même dans le domaine de l’agroécologie, nous
femmes actives dans le secteur de l’agri- répartition des tâches entre femmes et avons pu inviter dix femmes à partici-
culture pour les écouter parler de leur hommes. per durant dix jours à notre atelier de

12
L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

création d’histoires digitales. Cet atelier tée surtout, lorsque l’on se rapproche de chaque région du monde. C’est pour-
s’est déroulé dans la région de Guédé, leur village, par des charrettes tirées par quoi nous avons poursuivi la réflexion
une région où l’agriculture à l’échelle des ânes et non éclairées lorsque la nuit en animant un atelier avec des femmes
familiale se confronte à l’agro-industrie tombe, tôt. agricultrices de la région de Rochefort.
et où la concurrence pour la terre est Les histoires digitales font maintenant Avec elles, nous découvrons la réali-
une réalité, aussi bien pour les produits le tour des villages, portées par leurs té du travail agricole pratiqué par des
alimentaires que pour les produits non ambassadrices qui ont resserré les liens femmes qui questionnent au quotidien
consommables comme les agro-carbu- entre elles. Les hommes sont fiers de ce métier confronté à de multiples dé-
rants. leurs femmes, les enfants admirent leurs fis. Qu’il s’agisse de la concurrence de
Khady, Mariata, Fama, Ramata, mamans qui ont plongé, avec détermina- l’industrie agroalimentaire ou de la sen-
Fatimata, Aminata, Dieynaba, Binta… tion, dans l’apprentissage des nouvelles sibilisation des consommateur.rice.s à
ont réalisé chacune une histoire les met- technologies en poursuivant l’objectif l’agroécologie.
tant en scène à travers sept angles (sept : de sensibiliser leur communauté et bien C’est à Ciergnon, dans la ferme ex-
un chiffre sacré dans différentes cultures) au-delà, portant ainsi haut leur voix ploitée par Valérie et Bernard, que cette
d’approche issus d’une recherche- pour mettre en lumière des enjeux d’au- dynamique d’atelier de création d’his-
action croisée entre femmes agricul- jourd’hui. Ceux-ci touchent à l’avenir de toires digitales a été lancée avec cinq
trices du Sénégal, de Bolivie, du Pérou l’agriculture et plus largement de la pla- femmes, toutes actives dans une exploi-
et de la République démocratique du nète mais aussi à leur condition dans des tation agricole de la région. S’il n’est pas
Congo. Symbole de l’approche globale de toujours simple pour elles de dégager du
l’agroécologie, ces axes sont placés dans temps au projet, nous nous réjouissons
un mandala, dessin de type arabesques néanmoins de leur volonté de partager
arabo-musulmanes. On y retrouve le leur expérience. La seconde séance a été
libre accès aux ressources, la co-respon- consacrée à une large réflexion autour
sabilité, le travail digne, la destination du mandala à sept branches.
de la production, les savoirs locaux et Ce qui différencie les pratiques en
techniques, la sécurité… Les participantes Occident, c’est, entre autres, l’usage des
ont parlé de leur métier dans une vision nouvelles technologies même si celles-
globale de la vie, entremêlant travail ci gagnent aujourd’hui du terrain en
agricole à travers une production bio- Afrique. Les agricultrices rencontrées
logique, soins domestiques aux enfants font le constat que les nouvelles tech-
et à la famille. À partir de leurs réalités nologies peuvent aider mais aussi les
locales, elles nous proposent une nou- mettre en difficulté, les entrainant dans
velle manière de questionner les rapports des investissements qui obligent à pro-
de pouvoir et surtout les responsabilités duire davantage pour rembourser ceux-
sociales et familiales des hommes et des ci. Elles s’interrogent sur le choix le
femmes. Elles nous parlent aussi de leurs pays où le patriarcat fait loi, où les inéga- plus judicieux : quelle place donner à la
difficultés, des violences que certaines lités sociales sont vertigineuses, où l’eau mécanisation dans leur travail d’agricul-
ont subies mais aussi de l’évolution des manque, où le réchauffement climatique ture ? Une question à laquelle chacune
relations entre les femmes et les hommes. fait déjà sentir ses conséquences. apporte son éclairage, fruit de sa propre
En travaillant ensemble, en développant expérience. Cette volonté de partager les
leurs connaissances en matière agricole, Et plus près de nous ? savoirs est réellement au cœur du quo-
elles se renforcent mutuellement et amé- Il nous a paru important d’apporter la tidien de ces agricultrices qui ont régu-
liorent leur estime de soi. méthodologie des histoires digitales, lièrement l’occasion de se rencontrer sur
dans cette partie du monde, en inscri- les marchés locaux ou lors d’activités
Le documentaire vant cette dynamique autour de l’agroé- telles que « À travers champs », le festival
À partir des dix histoires digitales cologie, qui rencontre deux théma- du film sur la ruralité qui a lieu tous les
créées, un documentaire a été réalisé tiques d’action des Équipes populaires deux ans à Rochefort.
pour retracer l’itinéraire de celui-ci. On (« Modèle de société, modèle de déve-
y découvre leurs témoignages en mots loppement » et « Questions de consom- Redonner confiance
et en images. Les photos ont été prises mation »). Développer une réflexion au ressenti, aux savoirs et
par elles-mêmes dans leur village. Elles touchant à celles-ci, dans une époque à ses compétences
nous montrent un mode de vie dans cet où tout est interconnecté, entre le Sud À propos des moyens de production - une
endroit du monde relié à Dakkar par et le Nord, nous a semblé apte à renfor- des branches du mandala -, le groupe
une seule route à deux bandes fréquen- cer les points de vue développés dans constate que le risque est grand d’être pris

13
L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

dans une spirale infernale lorsque l’on de l’eau sans chlore et à l’achat de petit
acquiert des machines agricoles néces- matériel. Il est plus facile d’obtenir des
sitant d’accroitre les revenus de manière prêts pour des montants élevés que pour
à investir dans ce matériel. Les femmes de petits montants. Il faut avoir « fait ses
se demandent : comment se passer des preuves », difficile alors de se lancer.
machines ? Faut-il cultiver moins, avoir
moins de bêtes et donc, investir moins de Une philosophie
manière à réduire les remboursements ? Les agricultrices glissent dans leur vision
Envisager de réduire la production a de leur métier, un réel souci de respect de
pour préalable d’avoir remboursé ses in- la nature, la volonté d’être en phase avec
vestissements. L’incertitude inhérente à le rythme des saisons. Elles savourent à
l’activité agricole ajoute également à la travers les tâches parfois lourdes du quo-
difficulté de choisir cette option. tidien, le fait de travailler à l’extérieur,
Les agricultrices explorent égale- © Reportage & de sentir le temps qu’il fait et de ressen-
ment la notion de co-responsabilité. Au tir au plus profond chaque saison. Elles
Sénégal comme en Wallonie, il n’est pas fait que ses parents avaient résolu cette pointent aussi leur rôle en tant que pro-
simple de trouver un équilibre entre les question : chacun.e possédait son étable. ductrices vis-à-vis des consommateur.
énergies complémentaires de la femme et Lorsqu’on a l’obligation de travailler en- rice.s. Elles veulent informer et mettent
de l’homme. Il semble qu’en Belgique aus- semble, il est essentiel de se répartir les toute leur énergie à proposer des produits
si, les femmes en agriculture soient sou- tâches de manière à éviter les conflits. de qualité. Lié à des cycles naturels, entre
vent perçues comme ‘aidantes’. Le métier Néanmoins, on ne peut éviter les dis- la semence, le légume qui pousse, la vente
est encore considéré comme un métier cussions pour aboutir à des compromis. à l’étal, le travail de la terre procède par
d’homme. On imagine rarement que des Certaines ont recours à la pratique de la étapes ; c’est un travail de patience, un
femmes assurent la gestion d’une exploi- communication non violente. processus lent. Donner une plus grande
tation. Si certaines choses semblent aller Nous abordons aussi la problématique visibilité à cette réalité bousculée par les
de soi, d’autres, lorsqu’elles répondent de l’accès à la terre, de plus en plus dif- logiques actuelles de « toujours plus »,
à une sorte d’ordre établi, sont source ficile. Pour répondre à cela, l’association est essentiel. C’est l’un des objectifs que
de conflits lorsqu’elles sont remises en Terres en vue2 a mis sur pied un système nous poursuivons en menant ce projet.
question… Une participante évoque le de coopérative. Difficulté aussi d’accès à Les témoignages de ces femmes éclairent
sur la manière d’envisager l’agriculture

Composition de ménages aujourd’hui en lui reconnaissant l’impor-


tance qu’elle mérite: nourrir l’homme de
manière à lui assurer bien-être et santé.
Un critère inégal et obsolète ? Ils éclairent aussi sur ces parcours de

L
’introduction dans les années ’80 de bail spécifique, sans que ce dernier femmes soucieuses de soigner la terre
des statuts d’ « isolé », « coha- ne résout le problème de l’existence pour la rendre plus généreuse.
bitant » et « chef de ménage », de différents statuts dans la protection Lorsque l’automne allègera le travail
permet de contrôler les situations per- sociale. La question de l’individualisa- des champs, l’atelier de création d’his-
sonnelles, en enquêtant de manière de tion des droits est au cœur de ce débat. toires digitales se poursuivra avec ces
plus en plus intrusive et vexatoire. Or, Derrière un acte administratif ano- agricultrices. Nous sommes conscientes
l’évolution des parcours familiaux et din, la composition de ménage met au que, grignotant sur leur emploi du temps
des formes d’habitat font que la com- jour des questions importantes dans « plus que plein », elles nous font un ca-
position de ménage n’est plus un ré- l’accès aux droits pour un nombre deau précieux, nous invitant à reconsi-
férent suffisamment pertinent pour croissant de personnes, qui seront dérer ce métier trop malmené, souvent
conditionner les droits sociaux. Un abordées dans cette journée d’étude dénaturé, pour découvrir combien leur
problème d’identification correcte se des Équipes Populaires. vision le porte vers le meilleur.
pose autour de « qui habite avec qui » 1. Pour en savoir plus : www.mondefemmes.org et
www.endapronat.org
et aussi une question de justice dans le 2. www.terre-en-vue.be
calcul des montants octroyés. Date : 25 octobre de 13h30 à 17h
Compétentes pour le bail de rési- Lieu : Arsenal à Namur (rue Bruno, 11)
Pour visionner le documentaire réalisé
dence principale, les Régions wallonne Infos et inscriptions : Équipes
au Sénégal : Page facebook : comm’une
Populaires Tél. : 081/73 40 86
et bruxelloise reconnaissent la pratique histoire, atelier de création d’histoires
Mail : secretariat@equipespopulaires.be
de la colocation en créant un contrat digitales : www.histoires-digitales.be

14
L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Charlotte DE LEU  CIEP communautaire

Bannière en résistance face


à la criminalisation des sans-papiers

F
évrier 2018, une descente de ganisations. Écriture blanche sur fond Cette campagne se veut continuelle,
police a lieu à l’association noir, elle scande le message « ESPACE parce que les rafles et la répression conti-
artistique bruxelloise Globe SOLIDAIRE » comme bastion de résis- nuent… Les drames se multiplient chez
Aroma pour vérification ad- tance à une politique d’accueil – ou plu- nous et aux frontières de l’Europe… Le
ministrative… S’ensuit l’arres- tôt de non-accueil – indigne, qui flirte ton d’une politique inhumaine n’a de
tation de sept sans-papiers parmi lesquels continuellement avec la légalité en ba- cesse de se durcir…. À l’heure où nous
Mounir, militant syndical et Jiyed, artiste fouant un peu plus chaque jour les droits rédigeons ces lignes, l’arrêté royal2 dé-
peintre, qui passeront près de quatre mois humains fondamentaux. Résistance si- taillant le fonctionnement des nouvelles
en détention au centre fermé 127bis… Un lencieuse qui fleurit aux quatre coins unités de détention pour les familles au
pas de plus est franchi dans la criminalisa- des rues, pour proclamer que : centre fermé 127 bis est publié, faisant
tion, la stigmatisation et la discrimination - Les espaces associatifs sont des es- ainsi sauter le dernier rempart à la priva-
des sans-papiers. paces solidaires. Faire société, c’est tion de liberté des familles avec enfants
À l’initiative du front commun syn- assurer que chacun.e puisse trouver, en séjour irrégulier. C’est un jour funeste
dical CSC-FGTB / ACV-ABVV, du MOC, dans chaque organisation, protection, pour les droits de l’enfant et les droits
du CEPAG, du CIRÉ, de Globe Aroma, soutien, dignité, sens, aide, écoute… humains… La résistance doit plus que ja-
de la Coordination des sans-papiers et Sans la confiance du public, impos- mais continuer et essaimer pour que de
de la Plateforme de concertation autour sible d’exercer ces missions ; plus en plus d’organisations et d’asso-
du combat des sans-papiers, le secteur - Les associations et organisations re- ciations se mobilisent pour consacrer la
associatif s’engage dans la campagne fusent que des contrôles d’identité dignité humaine comme principe incon-
« ESPACE SOLIDAIRE. Ici nous n’admet- arbitraires des publics bénéficiaires tournable en affichant sur leur façade le
tons pas les rafles. Stop à la répression se déroulent dans leurs locaux, et par calicot « ESPACE SOLIDAIRE».
des sans-papiers »1. Il s’agit de refuser là même refusent d’être instrumenta-
1. Pour en savoir plus : www.cire.be
la criminalisation des sans-papiers qui lisées à des fins de répressions ;
2. Arrêté royal modifiant l’arrêté royal du 2 aout 2002
passe par une politique où dissuasions, - Les immeubles qui abritent les as- fixant le régime et les règles de fonctionnement
restrictions, enfermements et expulsions sociations et organisations sont des applicables aux lieux situés sur le territoire belge,
sont les seules réponses, là où il convien- lieux de résistance face à la ré- gérés par l’Office des Étrangers, où un étranger est
détenu, mis à la disposition du gouvernement ou
drait de parer à l’urgence humanitaire en pression qui s’abat chaque jour un maintenu, en application des dispositions citées
respectant les droits liés à l’asile. peu plus sur les sans-papiers, et qui dans l’article 74/8, § 1er, de la loi du 15 décembre
1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établis-
À ce jour, une centaine de bannières s’ajoute aux difficultés liées à la clan- sement et l’éloignement des étrangers publié le
flottent sur les façades de différentes or- destinité et à la surexploitation. 1er aout 2018.

Marie ROMAIN  Animatrice-formatrice au CIEP Hainaut-Centre

Espace solidaire dans ESPACE SOLIDAIRE


Ici nous n’admettons pas les rafles

la région de Mons-Borinage Stop à la répression des sans-papiers

L
es arrestations d’un militant nos associations ? Sur le territoire de sans-papiers sur la région du Centre et
syndical et d’un artiste au sein notre commune ? Comment l’empêcher? de Mons-Borinage en se raccrochant
même d’une association artistique Comment agir face à cette criminali- à la campagne « ESPACE SOLIDAIRE »
bruxelloise a constitué un électrochoc au sation grandissante des sans-papiers ? lancée par le CIRÉ.
sein du monde associatif. Les questions Au-delà de l’émotion, le CIEP Hainaut- À Mons, la campagne prend son élan
ont alors fusé, les craintes surgissent : Centre décide d’agir et de se mobili- au sein du réseau Initiative pour les
cela peut-il se passer chez nous ? Dans ser pour rendre visible le combat des Droits des Étrangers (IDÉ). Depuis près de

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

engagements clairs mais aussi et surtout


d’instaurer un dialogue pour une poli-
tique migratoire plus humaine.

Taper sur le clou


Cette étape ne s’inscrit pas comme la fin
de la campagne ni même comme la fin du
© Marc Szczepanski

combat à mener. Notre travail, en réseau,


est de continuer à sensibiliser, à accompa-
gner, à proposer des alternatives. Sur Mons,
« La Voix des Sans-Papiers de Mons » com-
mence à se mettre en place et à s’organi-
20 ans, les associations et mouvements responsabilité d’une commission in- ser. Ce collectif essaye de se structurer en
qui adhèrent à IDÉ se préoccupent au dépendante. échangeant sur leurs difficultés vécues au
quotidien de la situation des personnes quotidien, liées au travail, à la santé et à
étrangères ou d’origine étrangère à tra- Parallèlement, des prises de paroles, cam- l’enseignement. Ces familles vivent avec
vers un accompagnement social et juri- pagnes de visibilisation et de sensibilisa- nous et nous ne pouvons continuer à nier
dique, des actions de sensibilisation à la tion sont organisées dans les lieux régio- leur présence sur notre territoire. Pour
question de l’accueil en Belgique et des naux identifiés stratégiquement, comme eux et pour tous les autres, le combat doit
propositions d’améliorations des ini- la Grand’Place de Mons, différents centres continuer pour la mise en place d’une véri-
tiatives décidées par les autorités poli- culturels de la région mais aussi au sein table politique humaine garante des droits
tiques en matière de droit des étrangers. des universités et des hautes écoles. fondamentaux des personnes sans-papiers
Notre leitmotiv : la prise de conscience (logement, travail, santé,…).
Des revendications à l’action de la violence de la politique migratoire Unir nos forces pour construire des
En activant nos réseaux, les contacts menée. Mais aussi, et surtout, rendre vi- ponts, sensibiliser dans les hautes écoles
sont pris avec toute une série de par- sible toute cette frange de la population. et universités, rapprocher, rendre visible,
tenaires, d’associations, ... tous sec- Car aujourd’hui, à Mons et à La Louvière, ne plus faire de la solidarité un délit… La
teurs confondus : associatif et culturel comme partout ailleurs en Belgique, des route reste encore longue mais le combat
(Centres Culturels locaux, le Pôle Muséal personnes sans-papiers vivent, habitent, en vaut largement la peine.
de la ville de Mons, Mons Arts de la travaillent, leurs enfants fréquentent les
Scène,…), pédagogique (UMons, HELHa, écoles, etc. 1. Le réseau IDÉ est la plateforme associative re-
UCL,…), médical, social (CPAS) et syndi- Ainsi, au terme de plusieurs semaines groupant entre autres un Centre Régional pour
l’Intégration, des associations dites ‘communau-
cal. Différents modes d’actions sont pro- d’actions, plus d’une vingtaine de lieux taires’, différents mouvements,… qui sont, pour la
posés : signer la pétition et/ou organiser se sont identifiés en tant qu’« ESPACES plupart, des acteurs de terrain de première ligne.
On y retrouve le CIEP Hainaut-Centre, Picardie
ou participer à une action de visibilité et/ SOLIDAIRES » et affichent des calicots Laïque-Relais de Mons, la CSC Mons-La Louvière,
ou apposer de manière symbolique une sur les murs et façades. Nous avons sym- Vie Féminine Centr’Hainaut, le Centre Interculturel
bâche ou affiche « ESPACE SOLIDAIRE ». boliquement choisi la date du 20 juin de Mons et du Borinage (CRI), Airbe Harmonie,
Écran d’Éveil, Borinage 2000, Maison des Jeunes
Ensemble, une série de revendica- 2018, Journée Mondiale des Réfugiés, R. Beugnies et Aide aux Personnes Déplacées
tions émergent au niveau régional : pour mener une action de clôture : la (www.cimb.be/ide )
– Le refus de collaboration des services pétition qui a récolté des centaines de
publics de la région et le retrait du
projet de loi « visite domiciliaire »
signatures a été déposée auprès du cabi-
net du Bourgmestre de la Ville de Mons,
Lutter contre
autorisant l’intrusion des forces de avec une demande de rencontre avec les les discriminations
l’ordre dans les domiciles privés pour autorités communales. Tables-rondes avec des témoins d’expé-
traquer les migrant.e.s ayant reçu un Le 3 juillet dernier, le Réseau IDÉ riences positives de la rencontre avec pour
ordre de quitter le territoire ; a été reçu par le bourgmestre de la effet la baisse des comportements discrimi-
nants.
– Le refus par les communes de toute Ville de Mons, Elio Di Rupo, ainsi que • 15 novembre, 19h30-21h30, Liège (Le
collaboration aux actions de rafles, le chef de corps de la zone de police Hangar)
quelle que soit leur nature ; Mons-Quévy, Marc Garin. Cette ren- • 22 novembre, 19h30-21h30, Charleroi
(Centre culturel l’Eden)
– L’arrêt immédiat du recours à la déten- contre nous a permis, dans un premier • 28 novembre, 19h30-21h30, Louvain-la-
tion et du master plan centre fermé qui temps, de faire état de toute une série Neuve (Ferme du Biéreau)
permet l’enfermement des mineur.e.s ; de situations vécues sur le terrain et de Info : Énéo Secrétariat fédéral
Gsm : 0473 33 64 55
– La mise en place d’une politique de partager nos craintes. Nos objectifs, en Mail : claire.verhamme@mc.be www.eneo.be
régularisation permanente sous la partie rencontrés, étaient d’obtenir des

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Jean-François RASSCHAERT  CIEP-MOC Luxembourg Interview de Valérie Caron


Là où le changement a lieu… sur la participation citoyenne
Quelle est l’ampleur de la concertation

«J obs, jobs, jobs », compétitivité,


consumérisme et libre-échange
promus à tout crin, exonération fiscale
teuses de changements et encourager au
niveau local les échanges de pratiques
autour de la transition écologique, éco-
citoyenne à Loos-en-Gohelle ?
VC: L’ampleur se caractérise davantage par
un mot que par des chiffres : la systématisa-
des nantis, privatisation des services nomique et sociale. C’est ainsi qu’ac- tion. Tout projet est concerté ! Au total, une
publics… Tout nous indique que nos compagné.e.s par des animateur.rice.s moyenne de 200 à 300 réunions publiques
décideurs européens, nationaux, voire du CIEP, une quarantaine de citoyen. est organisée sur les six ans de mandat. Le
régionaux n’ont pas saisi (ne veulent ne.s et quelques élu.e.s se sont rendu à nombre d’associations dans la commune a
aussi été multiplié par deux en quinze ans.
pas saisir ?) la mesure des enjeux éco- la mi-mai dans le Nord-Pas-de-Calais
logiques, sociaux et… économiques qui à la rencontre de lieux où citoyen.ne.s Y a-t-il une «méthode» loossoise
se présentent aujourd’hui à nos sociétés. et politiques œuvrent déjà main dans la pour impliquer les citoyen.ne.s dans la vie
Face à ce déni et à ce manque de vision, main pour construire un nouveau para- politique locale ?
des citoyen.ne.s prennent les choses en digme. VC : Les citoyen.ne.s ne viennent que si cela
main et développent des initiatives lo- présente un intérêt à ses yeux. Toute la dif-
cales pour « changer de monde ». Avec, à Premier arrêt : ficulté est de passer de l’intérêt particulier
la clé, une méfiance vis-à-vis du monde Loos-en-Gohelle à l’intérêt général. Il faut plusieurs années
de pratique publique pour permettre cette
politique, fût-il communal (méfiance La commune de Loos-en-Gohelle s’est
conscientisation. Le moyen idéal pour y par-
que ce dernier lui rend bien…). Or, les retrouvée écologiquement et écono-
venir sans « manipuler » le.la citoyen.ne est
récents exemples des communes ‘hors- miquement mal en point à cause res- l’implication, voire la co-production.
TTIP’ et ‘hospitalières’ nous ont montré pectivement de l’activité minière et…
qu’une alliance est possible et souhai- de son arrêt. L’action de deux hommes Pourriez-vous nous en dire plus
table à un niveau local pour donner du (l’ancien maire Marcel Caron et, surtout, sur cette méthode ?
souffle à des préoccupations/actions son fils Jean-François, qui lui a succédé VC : On peut la résumer par « donnant-don-
citoyennes et les relayer ainsi aux ni- en 2001) a permis de faire changer les nant ». La commune accompagne du point de
veaux de pouvoir ‘supérieurs’. Fort de ce choses. Avec son équipe municipale, il vue matériel, l’habitant.e agit. Si un citoyen.
ne vient nous voir pour demander la pose
constat, le CIEP Luxembourg a organi- essaye de redéployer une activité locale
de bacs fleuris, la commune fournit bacs et
sé une série de soirées dans une dizaine durable et incluant les citoyen.ne.s1. fleurs et les habitant.e.s plantent, entre-
de communes pour faire se rencontrer et Notre guide nous a tout d’abord parlé tiennent, arrosent...
discuter ensemble les habitant.e.s et les de l’important travail réalisé au départ
élu.e.s autour du thème « Agir locale- de la Culture pour redonner aux habi- À quels résultats tangibles mène
ment pour changer globalement ». tant.e.s l’estime de leur territoire, de leur cette volonté de concertation avec
Voulant aller plus loin dans le pro- histoire et, in fine, d’eux.elles-mêmes. Il le.la citoyen.ne ?
cessus et les propositions, un voyage s’est notamment matérialisé par le clas- VC : Des résultats en termes de gestion de
l’espace public, de co-production, de projets
d’études de deux jours a été program- sement à l’UNESCO des terrils de Loos
partagés...Mais surtout, les citoyen.ne.s de-
mé pour découvrir des initiatives por- - les plus hauts d’Europe - et la créa-
viennent demandeur.euse.s de concertation.
On constate aussi une baisse des actes de
vandalisme, le respect du bien public, une
responsabilisation citoyenne dans les actes
de tous les jours...

Que diriez-vous aux politiques qui


craindraient de donner la parole, et un
certain pouvoir de décision aux citoyen.ne.s ?
VC : Sur le ton de la plaisanterie, je leur dirais
que partager la décision est une bonne façon
de partager la responsabilité en cas d’échec.
Plus sérieusement, responsabiliser des ha-
bitant.e.s dans le développement de sa ville
est la meilleure façon de permettre une adé-
quation entre les besoins et les réalisations.
C’est donc un excellent investissement à long
terme !

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

tion de l’espace « Culture commune », pas peur aux élus loossois, comme en
une association intercommunale de dé- témoignera Monsieur Essono, qui reçoit
veloppement artistique et culturel, de- de nombreux coups de pouce de la ville
venue depuis lors Scène nationale du pour mettre en œuvre son projet de fa-
Bassin minier du Pas-de-Calais. brication de pellets à base de marc de
Ensuite, nous avons visité le CD2E, café. Comme pour les autres réalisations
un espace d’exposition des matériaux municipales, c’est une vision globale
pour bâtir durablement, et la maison qui est promue puisque ces pellets ser-
Réhafutur où on les expérimente. À ces viront à valoriser les « déchets » des éta-
deux espaces a été rajouté un centre de blissements Horeca de la région, qu’ils
formation à l’éco-construction. Ain- créeront des emplois faiblement quali-
si, on voit à quel point, à Loos, s’est fiés et qu’ils seront vendus uniquement
développée une vision holistique des dans les épiceries sociales de la région.
choses ; cette approche est résolument Écologique, économique et social… le
différente du système d’appels à pro- compte y est. © Reportage &

jet ponctuels et cloisonnés qui se géné-


ralise chez nous. L’après-midi, Valérie Direction Lille et son TZCLD un contrat en CDI, le TZCLD est à l’exact
Caron, ex-cheffe de cabinet du maire, Le lendemain matin, à Lille, nous dé- opposé des politiques de l’emploi coû-
nous a fait découvrir différentes réali- couvrons la déclinaison locale du pro- teuses, inutiles et humainement destruc-
sations : la toiture photovoltaïque de jet « Territoires zéro chômeur de longue trices qui sont généralement promues
l’église, l’espace des Incroyables co- durée » (TZCLD). Imaginé par ATD dans nos systèmes.
mestibles, mais aussi la ceinture verte Quart-Monde avec un relais politique, Outre le fait de montrer aux partici-
créée tout autour de la ville pour favori- le TZCLD est devenu un programme pant.e.s du voyage qu’une autre voie est
ser la mobilité douce et, sans avoir l’air d’expérimentation, qui est décliné dans possible, la rencontre est aussi une belle
d’y toucher, favoriser la concentration dix territoires où chômeur.euse.s, asso- occasion de se rendre compte du chan-
de l’habitat. En filigrane, elle nous ex- ciatifs, acteur. rice.s de l’insertion so- gement de mentalité exigé : « J’ai dû dé-
plique l’importance de la participation cioprofessionnelle et politiques doivent sapprendre des choses », nous explique
citoyenne aux yeux des autorités de la travailler main dans la main. Sans dé- Éric Vanhuysse, directeur d’une associa-
ville et les moyens mis en œuvre pour tailler le projet, il est important de re- tion de développement local de la mé-
la promouvoir2. Participation, inclusion tenir qu’en partant des désirs et compé- tropole lilloise qui fait notamment de
des citoyen.ne.s et même coopération tences des personnes sans-emploi et en l’insertion socio-professionnelle. Il avoue
avec ces dernier.ère.s : voilà qui ne fait obligeant les institutions à leur fournir même qu’avec le programme TZCLD, il

Témoignage d’un participant


Daniel, citoyen et élu local durant acteurs et actrices locaux pour s’organiser et preuve : là en France, les dix sites d’expéri-
15 ans (Longwy) le combattre : il ne faut pas l’oublier. mentation prouvent qu’une autre vision est
possible à condition que les citoyen.ne.s se
Un travail partagé politique/citoyen L’expérience la plus marquante ? mobilisent. C’est aussi une question de rap-
est-il possible ? L’expérience qui me semble la plus innovante port de force. Il est évident que s’il n’y a pas
Au niveau local, il y a des partenariats à trou- est la démarche révolutionnaire, novatrice une mobilisation beaucoup plus nombreuse
ver mais en respectant l’identité de chacun.e. d’ATD-Quart Monde en matière d’implica- des citoyen.ne.s sur le sujet, ça ne passera
Mais il ne faut pas se faire d’illusions, l’ini- tion des chômeurs de longue durée. C’est pas. Mais là, le ferment est posé, la graine
tiative et la réalisation sont souvent du côté là un clou à enfoncer par rapport aux poli- est en train de germer, il faut transformer
des citoyen.ne.s. Il faut agir localement et tiques nationales : imposer cette logique-là l’essai : ATD-Quart Monde nous montre la
penser globalement. On a vu pendant deux plutôt qu’une logique qui est souvent perçue voie dans ce domaine-là.
jours de magnifiques réalisations et une im- comme de l’assistanat.
plication importante des gens dans des pro- Ce que je retiens du voyage ?
jets admirables, mais il ne faut pas oublier de Le politique et le/la citoyen.ne sont-ils La passion des gens qui s’impliquent béné-
lier et de les relier au contexte général : on prêts à ce changement de paradigme ? volement
a tous un ennemi commun qui est la cause Ça va être difficile, il ne faut pas se faire
de nos problèmes : le capitalisme ! Et là, il y d’illusion, c’est très compliqué mais la meil-
a une action politique à fédérer autour des leure démonstration c’est l’expérience et la

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

a découvert, après avoir formaté des de-


mandeur.euse.s d’emploi pour répondre
Le Musée du Capitalisme à Arlon
aux demandes du marché, qu’il y a moyen
de créer un gisement d’emplois en dehors Une expo interactive sur notre système
de celui-ci. Dans la foulée, Stéphane, qui économique et culturel
a retrouvé un boulot via le programme,
nous explique son parcours et témoigne
du fait qu’aujourd’hui, « il peut marcher
dans la rue la tête haute ». Si l’on peut
se féliciter de cette dignité retrouvée, on
peut quand même se questionner sur le
fait que, dans notre société, lorsqu’on n’a
pas de travail, on doive baisser les yeux.
Changement de mentalité, on vous di-
sait…

Dernière halte
dans une brasserie belge
Lancée un peu par hasard il y a quelques
années par quatre amis, la Brasserie de la
Lesse insère dans son fonctionnement des
préoccupations répondant aux défis ac-
D u 16 novembre au 16 décembre, le
CIEP-MOC Luxembourg accueille
le musée du Capitalisme à Arlon. Cette
sée, ouvert à tous publics dès 15 ans, est
un espace privilégié de débats et de ré-
flexions. L’exposition est engagée, mais
tuels : l’énergie dégagée par la production exposition itinérante, innovante et in- non partisane. Elle est un outil au ser-
(principalement de la chaleur) est réuti- teractive est centrée sur notre système vice de la citoyenneté active.
lisée au maximum, aucun produit n’est économique et culturel. Elle offre un es- En plus d’organiser des visites guidées
vendu via la grande distribution et, mal- pace original d’apprentissage sur notre pour tous les groupes qui le souhaitent
gré les sollicitations appuyées de zytholo- société, à travers quatre salles : Ori- (écoles, CPAS, groupes en insertion so-
gues du monde entier et des finances au gines, Espoirs, Limites et Alterna- cio-professionnelle, maisons de jeunes…),
bord du gouffre il y a quelques années, tives. En abordant des thèmes, comme toute une série d’activités sera proposée
ses responsables ont toujours refusé d’ex- l’alimentation, la santé, la culture, la en marge du Musée (spectacles, confé-
porter leur production. consommation ou la finance, ce mu- rences, animations…).
La journée s’est terminée par la ren-
contre de Nicole Willem, une des fon-
Infos pratiques
datrices de l’initiative Rochefort en Visites guidées :
Transition. Les participant.e.s ont ainsi • En groupe : réservation obligatoire
eu l’occasion de débattre, à la lumière pour minimum 5 personnes, du mardi
de toutes leurs découvertes, de ce qui au dimanche, de 14h00 à 18h00
se passe dans leur commune en termes • Possibilité de visites en matinée
d’actions citoyennes et politiques pour sur demande, uniquement le mercredi,
inventer et construire « autre chose », jeudi et vendredi
mais aussi d’exprimer ce qui devrait et • Individuelle : sans réservation le samedi
pourrait être fait par les habitant.e.s et et le dimanche à 15h.
les autorités pour aller dans ce sens. Visites libres individuelles : le mercredi,
le samedi et le dimanche de 14h à 18h.
Après le Voir à Loos, Lille et Eprave
Âge : à partir de 15 ans
et le Juger qui a notamment été exprimé Durée : 1h30
lors de l’assemblée finale, gageons que les Prix : gratuit
participant.e.s auront à cœur d’Agir. Ce Lieu : Ancien Palais de Justice,
volet est une autre histoire, que chacun.e place Léopold à 6700 Arlon
écrira à sa manière, selon les réalités Plus d’infos : www.museeducapitalisme.org
propres de son territoire et de ses habi- Un dossier pédagogique est disponible
tant.e.s. sur www.mocluxembourg.be
Infos-réservations : CIEP-MOC Luxembourg
1. Pour en savoir plus: www.youtube.com/watch?v=l- Tél : 063/21 87 28
roUU2_OB1Y Mail : arlon@museeducapitalisme.org
2. Voir encart : interview de Valérie Caron

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Des événements en lien


• Conférence « Le capitalisme Prix : 8 EUR Tél. : 063/21 87 33
raconté par le ketchup » Lieu : Petit Théâtre de la Maison de la Mail : c.hubert@mocluxembourg.be
La force d’un système économique Culture à Arlon
tient à sa capacité à s’insinuer dans les Date : 17 novembre 2018 à 20h • Conférence « Sortir
moindres replis de l’existence, et en par- Infos et réservation : Maison de la du capitalisme... Tout un monde
ticulier dans nos assiettes. Une banale Culture d’Arlon Tél. : 063/24 58 50
à rêver, imaginer, inventer... »
boite de concentré de tomate contient Mail : info@maison-culture-arlon.be
« Le capitalisme est incompatible avec
ainsi deux siècles d’histoire du capita- l’avenir de la planète » titrait l’Humanité
lisme, de la mondialisation du commerce • Une après-midi pour et par en aout 2017. Donc avec l’avenir de l’être
en passant par la division du travail ou la les jeunes, au Musée du Capitalisme humain aussi, serait-on tenté de préciser,
création de monopole. Après En Amazo- Dans le cadre du Musée du Capitalisme,
a fortiori quand on se rend compte à quel
nie. Infiltré dans le meilleur des mondes les organisations de jeunesse liées au point notre climat se détraque... « Le fon-
(2013), Jean-Baptiste Malet a mené une MOC-Luxembourg ont décidé de propo-
dement du contrat social, c’est de pro-
enquête au long cours sur quatre conti- ser à tous les jeunes qui le souhaitent de
duire et de jouir des fruits de son travail
nents. Il vient nous présenter son nouvel participer à une demi-journée pour se
tranquillement, le plus possible. On s’est
ouvrage L’empire de l’or rouge. En- questionner par rapport au modèle capi-
mis à penser que le seul moyen d’accom-
quête mondiale sur la tomate d’indus- taliste dans lequel ils grandissent.
plir son humanité, c’était de consommer
trie (2017), un tour d’horizon inédit de la Rendez-vous le 24 novembre à 14h
et ça a très bien marché. Sauf qu’au-
géopolitique de la « malbouffe ». au 2e étage du Palais (place Léopold)
jourd’hui, ça marche beaucoup moins
pour visiter le Musée du Capitalisme. bien ». Face à cet échec « cuisant », c’est
Entrée gratuite / Accessible à tous Vers 16h15 : apéro-débat suivi à 17h de une révolution qu’il faudra. Quelles
Intervenant : Jean-Baptiste Malet, la conférence gesticulée « Rapitalisme ». pistes peut-on envisager pour sortir nos
journaliste Pendant une heure, Nicolas Canta, sociétés du carcan capitaliste ?
Date : 6 novembre 2018 à 19h30 rappeur de son état, nous donnera sa vi-
Lieu : CSC d’Arlon (rue Pietro Ferrero, 1) sion du capitalisme qui a fait du rap, Entrée gratuite / Accessible à tou.te.s
Infos : CIEP-MOC Luxembourg Isabelle au départ contestataire et subversif, une Intervenant : Serge Latouche,
Paquay Tél. : 063/21 87 38 machine à faire du fric. économiste, professeur émérite à
Mail : i.paquay@mocluxembourg.be
Paris-Sud et objecteur de croissance.
Entrée gratuite. Date : 11 décembre à 19h30
• Pièce de théâtre « Maison Date : 24 novembre de 14h à 18h Lieu : CSC, rue Pietro Ferrero, 1
Renard » Lieu : Palais (place Léopold - 2e étage, à 6700 Arlon
Bernard, chef d’entreprise, est convain- 6700 Arlon) Infos : CIEP-MOC Luxembourg Camille
cu que la fin du monde est proche, avec Infos/réservation : CIEP-MOC Hubert Tél. : 063/21 87 33
le réchauffement climatique, les ca- Luxembourg Camille Hubert Mail : c.hubert@mocluxembourg.be
tastrophes naturelles, la menace nu-
cléaire, l’épuisement des ressources…
Mais son entreprise a LA solution. Ce
soir, il va vous présenter la Base auto-
nome durable construite à la Maison de Vingt ans après l’AMI : actualité du mouvement altermondialiste
la Culture d’Arlon, la seule alternative et de la mobilisation pour un autre commerce
pour vous sauver de la catastrophe à ve-
Deux ans après l’énorme mobilisation contre le CETA et le TTIP et vingt ans
nir. Si vous en avez les moyens… Drôle après l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), la journé d’étude du CIEP
et cynique, ce spectacle se base sur des revient sur les enjeux liés au commerce juste et aux mobilisations pour contrer la
données issues du monde scientifique. mise en œuvre et la ratification de traités commerciaux. Elle se penchera sur les
Doit-on vraiment craindre un effon- évolutions du commerce mondial et ses conséquences néfastes au niveau social et
drement de notre civilisation ? Quelles environnemental, mais aussi sur les alternatives à promouvoir, comme l’initiative
seront les principales victimes en cas pour un traité « contraignant » à l’ONU. Elle visera également à faire le point sur
d’effondrement ? Comme vivre en au- les échéances et les mobilisations à venir.
tonomie totale ? Date : 16 novembre
Lieu : HELHa Institut Cardijn à Louvain-la-Neuve
Pour animer le débat après le spectacle: Programme : www.ciep.be
Renaud Duterme (CADTM)

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Cathy MARTIN  ISCO-CNE VIII, 2010-2014 filiés, présence à la journée d’accueil des
nouveaux travailleurs, communiquer sur

Militance des délégué.e.s à la Clinique le processus fusion, préparation de sujets


en équipes (fusion) ;

et Maternité Sainte-Élisabeth1 - Le fonctionnement de l’équipe doit être


bon (évaluation régulière du fonction-
nement, implication des ancien.ne.s à
Employée administrative aux Ensuite, les raisons de l’engagement des l’accueil des nouveaux et nouvelles délé-
services des admissions du CHU individus et les déclics qui les ont fait bas- gué.e.s (transmission de savoir) et spécia-
Namur sur le site Sainte culer dans le militantisme ont aussi été lisation des délégué.e.s).
Élisabeth (CMSÉ) depuis 17 ans, je suis aussi questionnées. Pour Patricia Vendramin et
déléguée CNE depuis 16 ans. En 2016, la John Cultiaux, l’engagement est le résul- Pour les élections sociales 2020, il fau-
CMSÉ a fusionné avec le CHU Godinne Dinant tat de la rencontre entre les dispositions drait maintenir la politique de recrutement
pour former le CHU-UCL Namur. L’enjeu ac- de l’individu, son intérêt pour une cause et (vigilance sur les profils des candidat.e.s),
tuel est double : d’une part, l’harmonisation les efforts de l’organisation pour recruter et susciter l’envie d’investissement par une
des statuts des travailleur.se.s et leurs condi- garder les nouveaux.elles militant.e.s. Je me plus grande visibilité du syndicat et valori-
tions de travail, et, d’autre part, la réforme suis basée sur la grille d’analyse Individu- ser la plus-value du travail de l’équipe CNE.
des bassins de soins. Le CHU-UCL Namur est Cause-Organisation développée par les deux Et au niveau de la CNE, il me semble
le premier employeur de la province de chercheurs autour de trois pôles importants : qu’il pourrait être intéressant de diffuser la
Namur avec 2850 travailleur.se.s. l’Individu avec ses valeurs, son histoire, ren- grille d’analyse et les conclusions de cette
Les situations problématiques rencontrées contre une cause à laquelle il porte un atta- recherche à d’autres équipes syndicales lors
comme déléguée syndicale sont, d’une part, chement et l’organisation pour y arriver. des journées de formation préparatoires aux
la difficulté de recruter de nouveaux et nou- Mais une fois engagé, pourquoi l’individu élections sociales. Ces journées permettront
velles délégué.e.s : les candidatures sponta- reste-t-il dans l’engagement ? Pour Oliver aux délégué.e.s de se libérer du temps pour
nées sont rares et les membres du personnel Fillieule, l’implication de l’individu est liée partager leurs expériences de terrain et de
s’investissent peu dans la vie de leur entre- aux rétributions qu’il perçoit dans son enga- bonnes pratiques.
prise ; et, d’autre part, le maintien de l’en- gement. Pour D. Gaxie, l’individu recherche Pour les prochaines élections sociales et
gagement des délégué.e.s élu.e.s. face à leur un équilibre conscient ou inconscient entre pour contrer ces difficultés, je me suis don-
épuisement et leur démotivation. Se pencher les couts et les rétributions de son engage- né deux objectifs : déterminer des éléments
sur ce double mécanisme de l’engagement/ ment. Pour mes collègues du comité hôpi- significatifs pour éviter le désengagement ;
désengagement militant m’a permis d’en taux, les rétributions qui jouent un rôle dans élaborer des outils, des pistes d’actions et
comprendre les causes. Mes hypothèses de le maintien de leur engagement sont le ré- mettre en place une coordination pour recru-
recherche concernant cette défection sont de seau social élargi, l’accès aux informations de ter de nouveaux.elles candidat.e.s.
plusieurs ordres: le profil du.de la candidat.e l’entreprise et l’ambiance au sein de l’équipe
1. Le titre complet du mémoire est Analyse de l’en-
n’est pas compatible avec la fonction de dé- syndicale.
gagement et le désengagement des délégué.e.s à la
légué.e ; le fonctionnement de l’équipe syn- Quelles sont les raisons du désengage- Clinique et Maternité Sainte- Élisabeth (CMSÉ) à
dicale n’est pas bon, ou encore les conditions ment des individus en fin de carrière mili- l’aide du triangle Individu-Cause-Organisation.

de travail ne nécessitent pas l’engagement ou tante ? On peut pointer différents éléments :


le maintien. la balance est en déséquilibre ; l’individu ne
Selon le sociologue Olivier Fillieule, on perçoit plus assez de rétributions ; sa désillu-
peut dire qu’on ne nait pas militant.e, on le sion par rapport à son rôle de délégué ; des
devient par le contexte et les circonstances changements dans la sphère familiale ou pro-
propres des trajectoires personnelles. Le fessionnelle ; des problèmes relationnels avec
terreau favorable provient du contexte de l’organisation ; la fin de la cause.
vie et d’éléments déclencheurs personnels.
L’enquête menée au sein de mon comité Des actions élaborées selon
hôpitaux s’est basée sur ce concept de pré- trois axes
dispositions existantes et a permis de mettre Pour le mandat 2016-2020, les points sui-
en évidence une nette prédominance des vants doivent être travaillés :
mouvements de jeunesse, de l’enseignement - L’individu doit être impliqué pour perce-
catholique, des engagements multiples, d’un voir les rétributions et les bénéfices de cet
passé lié à l’immigration plus important chez engagement ;
les délégué.e.s que dans la population glo- - Le travail de l’équipe syndicale doit être
bale. visibilisé (journal d’entreprise, services af- © Reportage &

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Rendre visible la Pauvrophobie Résistances et arts


C omme l’année dernière, le 17 oc-
tobre, à l’occasion de la Journée de
la lutte contre la pauvreté et du refus de
kilomètres, essentiellement sur le terri-
toire de Bruxelles-Ville, que chacun.e
pourra emprunter à sa guise entre 11 et À l’occasion de l’Année de la
Contestation, La Centrale,
la misère, un parcours sera tracé dans les 17 heures. L’objectif de cette journée est centre bruxellois d’art public, s’est
rues de Bruxelles, afin de rendre visible aussi de faire se rencontrer les nouveaux saisi de l’anniversaire de 1968, pé-
l’invisible, la pauvrophobie. Ce terme et nouvelles élu.e.s avec des allocataires riode de ruptures, d’expérimentations
qu’ATD Quart Monde souhaite inscrire sociaux.les, des citoyen.ne.s engagé.e.s de multiples défis et emblématique
dans le vocabulaire social et politique est dans la lutte contre la pauvreté et des pour l’art et la société, pour créer
utilisé pour nommer le rejet du pauvre membres d’associations de services so- l’exposition RÉSISTANCE. Elle se
ainsi que la peur, voire la haine, que la ciaux qui auront dressé, commune par penche sur la manière dont l’art a re-
pauvreté inspire. Ce rejet s’incarne de commune, le tableau des mesures poli- levé et a participé aux défis sociétaux
multiples façons, au travers de clichés et tiques problématiques et créatrices de et politiques des 50 dernières années.
de lieux communs répandus dans le pu- pauvrophobie, mais aussi des décisions La question centrale est comment la
blic, mais s’exerce aussi très directement positives qui prennent en compte la si- contestation et la résistance depuis
par le biais de politiques mises en place tuation des personnes vivant la pauvreté. 1968 se sont-elles inscrites dans les
au niveau fédéral, régional mais aussi au Cette journée bruxelloise est orga- arts ?
niveau local. Le Forum Bruxelles contre nisée par ATD Quart Monde, Brussel Conçue comme une plateforme
les inégalités s’en est emparé pour lancer Platform Armoede, le Forum Bruxelles d’actions et de réflexions, cette ex-
la campagne de sensibilisation pauvro- contre les inégalités et la Fédération des position explore, à travers une ap-
phobie.be. Services Sociaux, en lien avec les autres proche thématique, la manière dont
Au lendemain des élections commu- initiatives prises dans le pays. la contestation et la résistance s’ins-
nales, cette journée invite les partis qui crivent dans le corps des œuvres d’art
négocient les prochaines majorités à re- en croisant des enjeux sociétaux ma-
joindre l’une des 19 « maisons com- Parce que c’est la pauvreté qu’il faut jeurs (la liberté individuelle, le fémi-
munes temporaires » disséminées sur le combattre, et non pas les pauvres, nisme, la mondialisation, l’écologie).
parcours de la marche. Abritées dans des nous vous donnons rendez-vous ce En présentant un dialogue entre des
17 octobre 2018 dans les rues
associations sociales, des lieux culturels, œuvres réalisées en 68 et des œuvres
de Bruxelles pour marcher et débattre.
sous des tonnelles ou des minibus, elles contemporaines, RÉSISTANCE invite
Plus d’informations : www.1710.be
sont réparties sur un parcours de douze à réfléchir cette formidable ouverture
qui eut lieu autour de 68 et à laquelle
l’art contemporain est toujours affilié.
Le rôle de la formation des adultes En effet, de 1968 à 2018, certain.e.s
artistes ont fait le choix de résister
dans les politiques d’inclusion sociale aux diktats du monde de l’art et de
pointer les failles qui mettent en péril

E PALE et les coordinations nationales


de l’Agenda européen de l’éducation
et de la formation des adultes, sont deux
droits sociaux font de l’inclusion sociale
l’un des objectifs prioritaires de l’Europe.
La matinée sera consacrée à l’inclusion
les fondements même de nos sociétés
surmédiatisées. C’est au sein de ces
multiples résistances inscrites dans
dispositifs du programme Erasmus+, dans les politiques nationales de forma- les œuvres (affiche, vidéo, création
dont l’un de ses objectifs est de favo- tion des adultes en présentant les outils collective, performance), que l’art
riser l’accès des adultes les moins qua- européens en faveur de l’inclusion par la puise toute sa force.
lifiés à la formation tout au long de la formation. L’après-midi, des ateliers ap-
vie. Les équipes nationales de trois pays profondiront ces thématiques.
(Belgique, Luxembourg, France) orga- Dates : du 27 septembre au 21 janvier
Date : 25 octobre 2018 Lieu : La Centrale (Place Sainte-
nisent une conférence commune autour
Lieu : Hôtel Métropole Catherine 44 à 1000 Bruxelles)
de l’inclusion sociale par la formation Ouvert : du mercredi au dimanche
des adultes. En effet, dans un contexte (Place De Brouckère 31 à Bruxelles)
Infos et inscription : www.agence- de 10h30 à 18h00
social et économique dégradé, l’inclu- Info : La Centrale Tél. : 02/279 64 52
erasmus.fr/evenement/481/
sion de tou.te.s les citoyen.ne.s européen. Mail : info@centrale.brussels
conference-europeenne-quel-role-la-
ne.s prend une importance toute particu- www.centrale.brussels/expos/
formation-des-adultes-peut-elle-jouer-
lière. Ainsi, le Parcours de renforcement dans-l-inclusion-sociale resistance/
des compétences et le Socle européen des

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L’ESPERLUETTE I N°97 I 2018

Dates à épingler ET LE POUVOIR ?


Le Festival des Libertés (Bruxelles Laïque) porte
un regard critique sur l’évolution du monde à
TEMPOCOLOR NOUVELLE FORMULE Liège, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Arlon travers le prisme du pouvoir. Sa question cen-
À Liège, du 13 septembre au 18 octobre : apéro et Mons trale n’est pas comment s’en débarrasser, mais
politique, exposition, concert, spectacle-débat, Programme et réservations : bien, sans le diaboliser, ni l’idéaliser et ni le na-
www.festivalalimenterre.be turaliser, comment le répartir et l’encadrer pour
projection dans différents lieux culturels.
À Namur (Centre-Ville) : un moment de festi- qu’il œuvre à l’intérêt général et à l’épanouisse-
vité et de sensibilisation autour des inégalités. FEMMES AVEC OU SANS TOIT. SE LOGER ment des libertés. C’est en ce sens que se sont
ICI ET AILLEURS : DES EXPÉRIENCES développés l’État de droit, la séparation des
Date : 6 octobre 2018 pouvoirs et la démocratie, autant de principes
INNOVANTES
Lieu : Place de l’Ange à Namur qui aujourd’hui se voient menacés et parfois
Info et programme : www.tempocolor.be Une journée d’étude et une journée
même niés par toute une série d’autorités.
d’ateliers d’échanges pratiques 
et de réflexion Au programme : concerts, pièces de théâtre,
POLITIQUE ET BIEN COMMUN débats, documentaires et conférences.
Réflexion sur le sens du politique Dates : 11 octobre (de 9h à 18h) et 12 octobre  Dates : du 18 au 27 octobre
et de l’engagement (de 9h à 13h) Lieu : Théâtre national à Bruxelles
Lieu : Faculté d’architecture et d’urbanisme Programme : www.festivaldeslibertes.be
Dates : d’octobre 2018 à février 2019 (6 soirées)
(LOCI) de l’UCL (Rue Wafelaerts 47-51  Info : Bruxelles Laïque Tél. : 02/289 69 00
Lieu : Centre Avec (Rue Maurice Liétart, 31/4 à
1060 Bruxelles)
1150 Bruxelles)
Infos et inscription : www.uclouvain.be/ ENRICHISSEZ VOTRE INTELLIGENCE
Infos et inscription : Centre AVEC Tél. : 0472/67
femmes-avec-ou-sans-toit
66 11 Mail : vdelcorps@centreavec.be  COLLABORATIVE
Nombre de places limité
NOUVEAUX ENJEUX NORD-SUD Collaborer suppose la rencontre de deux sys-
DANS LA MONDIALISATION tèmes minimum, qui cheminent ensemble pour
VIOLENCES ET OPPRESSION
construire un projet commun. Les partenaires
DES FEMMES : STRATÉGIES Ce cycle de conférences propose des clés
doivent développer une certaine intelligence
DES INSTITUTIONS ET REVENDICATIONS de lecture critique des grands enjeux
collaborative qui contribue à l’intelligence
FÉMINISTES Nord-Sud de l’heure et des rapports de collective. Collaborer demande en effet de dé-
Séminaire international d’études féministes force qui reconfigurent la mondialisation. velopper certaines capacités individuelles, de
organisé par l’Université des femmes Dates : Tous les mardis du 16 octobre au 20 prendre conscience de l’existence de l’autre, de
Dates : Du 4 octobre 2018 au 21 mars 2019 novembre (de 18h à 21h) la place que chacun.e peut prendre ou donner,
(15 modules de 14h  à 17h) Lieu : Mundo-n (rue Nanon 98, Namur) et que le collectif est plus que la somme des
Lieu : Amazone (Rue du Méridien 10 à 1210 Infos et programme : www.cetri.be parties. La collaboration est le fruit d’un co-en-
Bruxelles) Inscription : CETRI Nathalie Vanhumbeeck gagement, d’une co-construction et d’une
Informations : http://universitedesfemmes.be Mail : vanhumbeeck@cetri.be co-responsabilité.
Inscription : Université des femmes Tél. : 010/48 95 63
Tél. : 02/229 38 25 Date : 20 octobre de 09h30 à 16h30
Mail :  marcelle@universitedesfemmes.be -  Lieu : Espace Kegeljan (rue Lecocq à Namur)
RELATION PATIENTS-MÉDECINS
www.universitedesfemmes.be Inscription : Etopia Mail : formation@etopia.be
Journée de réflexion avec des interventions Infos : http://etopia.be
sur les enjeux en matière de santé pour
LOGEMENTS VIDES, LOGEMENTS les ainé.e.s
PUBLICS, LOGEMENTS ALTERNATIFS, CAFÉ CITOYEN « LA POLITIQUE
Date : 17 octobre de 9h30 à 16h MIGRATOIRE EUROPÉENNE
ZACC MOREL, … QUELLE POLITIQUE
Lieu : Bouge (Créagora) EN QUESTION »
DE LOGEMENT À TOURNAI ? Info : Énéo Secrétariat fédéral Date : 25 octobre à 20h
Débat organisé par le DAL Tournai : Gsm : 0473 33 64 55 Lieu : Hôtel de ville de Nivelles (Grand place)
rencontre avec les candidat.e.s Mail : Claire.Verhamme@mc.be Infos : Équipes populaires du BW
des différentes listes www.eneo.be Tél. : 0487/28 24 43
Date : 5 octobre 2018 à 19h
Lieu : Notre Maison (avenue des États-Unis, 10 SPECTACLE THÉÂTRE « COMBAT INCLUSION ET CO-CONSTRUCTION :
à Tournai) DE PAUVRES » ALIMENTEZ VOTRE BOITE À OUTILS
Infos : CIEP Wallonie picarde Élise De Pauw 
Tél. : 069/88 07 72 ou 0471/82 28 37 À partir de témoignages d’experts, de tra- Cette formation est très pratico-pratique avec
Mail : elise.depauw@ciep-ho.be vailleurs sociaux et de victimes, la compagnie l’expérimentation d’outils par les participant.e.s
www.moc-ho.be Art&tça nous confronte à la précarité et à la et réflexive à de leur réalité professionnelle.
misère organisée au nom de la compétitivité.
Public : Intervenant.e.s avec une expérience
FESTIVAL DE FILMS ALIMENTERRE
Date : 18 octobre à 20h30 de facilitation, d’animation de groupes et/ou
Sélection de films documentaires qui Lieu : Centre culturel de Waremme d’animation de réunions.
mettent en évidence les désordres (Place de l’école moyenne, 9) Date : 1er décembre de 09h30 à 16h30
agricoles et alimentaires, et proposent des Réservation : Équipes populaires de Lieu : Espace Kegeljan (rue Lecocq Namur)
alternatives pour relever ces défis. Liège-Huy-Waremme Françoise Caudron Inscription : Etopia
Dates : Du 10 au 14 octobre à Bruxelles Tél. : 0485/16 26 25 Mail : formation@etopia.be
et du 15 au 31 octobre à Namur, Charleroi, Mail : caudron@equipespopulaires.be Infos : http://etopia.be

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Centres régionaux

BRABANT WALLON
boulevard Fleur de Lys, 25 - 1400
Nivelles • 067.21.89.91

BRUXELLES
rue Plétinckx, 19 - 1000
Bruxelles • 02.557.88.35

CHARLEROI - THUIN
boulevard Tirou, 167 - 6000
Charleroi • 071.31.22.56

DINANT - PHILIPPEVILLE
rue E. Dinot, 21/Bte 6 - 5590
Ciney • 083.21.24.51

HAINAUT CENTRE
La Louvière:
rue du Marché, 6 - 7100
La Louvière • 064.23.80.20
Mons:
rue Marguerite Bervoets, 10 - 7000
Mons 065.35.39.63

HAINAUT OCCIDENTAL
Tournai:
av. des Etats-Unis, 10 Bte 8 - 7500
Tournai • 069.88.07.64
Ath:
rue de Gand, 28 - 7800
Ath • 068/84.34.31

© Reportage photo & 96


Mouscron:
rue St-Pierre, 52 - 7700
Mouscron • 056.33.48.68

LIÈGE-HUY-WAREMME
Liège:
rue St-Gilles, 29 - 4000
Liège • 04.232.61.61
Huy:
Le reportage proposé dans cette Esperluette est le fruit d’un travail photogra-
av. Albert 1 , 6 - 4500
er
phique réalisé par Virginie Delattre et Catherine Lievens. Il fait écho à la jour-
Huy 085.21.11.33 née Interbagic dont certains articles composent notre dossier d’analyses.
LUXEMBOURG
rue des Déportés, 39 - 6700
Virginie se présente comme une photographe sociale : sa photographie est mi-
Arlon • 063.21.87.33 litante. En effet, son objet est de témoigner en faveur des victimes et de contri-
NAMUR
buer à la transformation des problèmes par ce type de document et l’action sur
Centre L’Ilon - rue des Tanneries, 1 5000 l’évolution des mentalités.
Namur • 081.22.68.71
Pour en savoir davantage : www.agencephotorebelle.be.
VERVIERS
rue du Centre, 81 - 4800 Catherine est elle chargée de projets et exploratrice en Éducation permanente
Verviers • 087.33.77.07
et socio-artistique.
CANTONS DE L’EST
VHS - Rotenbergplatz, 19 - 4700
Eupen • 087.59.46.30 Centre d’Information et d’Éducation Populaire • chaussée de Haecht, 577-579 • 1030 Bruxelles •
Tél.: 02 246 38 41-42-43 • Courriel: communautaire@ciep.be

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