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Énergie géothermique

par Philippe LAPLAIGE


Ingénieur en charge du programme géothermie
Département Énergie renouvelable
Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME
et Jean LEMALE
Ingénieur ENSAM (École Nationale Supérieure des Arts et Métiers)
Expert à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME

1. La Terre, source de chaleur.................................................................... BE 8 590 - 2


1.1 Structure du globe....................................................................................... — 3
1.2 Modèle géodynamique et tectonique des plaques................................... — 3
1.3 Origine de la chaleur ................................................................................... — 3
1.4 Gradient géothermal et flux de chaleur terrestre...................................... — 4
2. Gisements et ressources géothermales ............................................ — 5
2.1 Gisement géothermal.................................................................................. — 5
2.2 Différents types de gisements géothermaux ............................................ — 5
2.3 Répartition des gisements géothermaux .................................................. — 7
3. Organisation de la géothermie............................................................. — 7
3.1 En France...................................................................................................... — 7
3.2 Au niveau international............................................................................... — 8
4. Mise en œuvre des ressources géothermales.................................. — 9
4.1 Exploration ................................................................................................... — 9
4.2 Accès à la ressource .................................................................................... — 9
4.3 Principaux paramètres caractérisant la ressource géothermale ............. — 9
4.4 Exploitation de la ressource. Cas des ressources géothermales
basse énergie ............................................................................................... — 10
4.5 Comportement hydrodynamique et thermique
d’un réservoir exploité en doublet ............................................................. — 12
5. Utilisations des ressources géothermales........................................ — 12
5.1 Production d’électricité ............................................................................... — 12
5.2 Usages thermiques...................................................................................... — 14
5.3 Utilisation de pompes à chaleur pour le chauffage
et/ou la climatisation de locaux ................................................................. — 15
5.4 Cas particuliers ............................................................................................ — 16
5.5 Chauffage urbain géothermique (cas du Bassin parisien) ....................... — 16
6. Aspects économiques............................................................................. — 20
6.1 Production d’électricité ............................................................................... — 20
6.2 Production de chaleur ................................................................................. — 20
7. Géothermie et environnement ............................................................. — 24
7.1 Conditions de mise en œuvre..................................................................... — 24
7.2 Impact de la géothermie en tant qu’énergie de substitution
aux énergies fossiles ................................................................................... — 24
8. Développements et perspectives ........................................................ — 25
8.1 Géothermie actuellement exploitée........................................................... — 25
8.2 Recherches ................................................................................................... — 26
9. Conclusion ................................................................................................. — 28
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. BE 8 590

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ÉNERGIE GÉOTHERMIQUE _______________________________________________________________________________________________________________

L a géothermie est la deuxième source de production d’électricité dans le


monde, mais c’est aussi une source de production de chaleur utilisée pour
le chauffage urbain, de serre et la pisciculture.
La désintégration des éléments radioactifs et la dissipation de l’énergie
primitive sont les deux phénomènes principaux à l’origine de la chaleur
rencontrée dans la croûte terrestre.
Il existe différents types de gisements géothermaux classés suivant leur énergie
et répartis dans le monde entier. Les utilisations sont nombreuses et variées.
La géothermie se caractérise par son développement relativement récent et
par une technologie largement inspirée au départ de l’énergie pétrolière.

On peut dire aujourd’hui qu’il existe une véritable indus- 1.2 Modèle géodynamique
trie de la géothermie. et tectonique des plaques
L’écorce et la partie supérieure du manteau constituent la litho-
sphère (figure 1). Cet ensemble rigide repose sur une couche plus
1. La Terre, source de chaleur fluide située entre les parties supérieures et inférieures du man-
teau appelée asthénosphère, et dotée de mouvements de
convection lents et réguliers. La lithosphère solide est fragmentée
en plusieurs plaques mobilisées par les mouvements au sein de
L’histoire de la géothermie est étroitement liée à celle de la créa- l’asthénosphère. Des dégagements importants de chaleur se pro-
tion du globe terrestre, puis de ses changements progressifs. Notre duisent aux frontières de ces plaques. Il se manifestent par une
planète a ainsi connu d’extraordinaires métamorphoses, surtout activité volcanique importante et des intrusions magmatiques. Cer-
dans la première partie de sa formation. C’est à cette période que taines plaques s’éloignent les unes des autres dans des zones dites
la Terre s’est structurée progressivement en différentes couches d’accrétion. Lorsqu’une plaque s’enfonce sous une autre, on parle
sphériques concentriques. de zone de subduction.
L’une des régions les plus caractéristiques de ces phénomènes
de tectonique de plaques est la zone qui circonscrit l’Océan Paci-
fique, et appelée « ceinture de feu », avec une activité volcanique
1.1 Structure du globe présente en Nouvelle-Zélande, en Indonésie, aux Philippines, au
Japon, au Katchamka, dans l’arc des îles Aléoutiennes, en Alaska,
Les observations directes de la structure interne du globe en Californie, au Mexique, en Amérique centrale et enfin dans la
terrestre ne concernent que les premiers kilomètres. Les connais- cordillère des Andes. D’autres zones existent (figure 2), comme
sances acquises reposent surtout sur l’étude des phénomènes de l’arc des Petites Antilles ou la dorsale Nord Atlantique avec
propagation (réfraction et réflexion) des ondes sismiques naturel- l’Islande et les Açores ou l’arc méditerranéen avec les pays du
les issues des tremblements de terre, ou provoquées lors des Maghreb, l’Italie, l’ex-Yougoslavie, la Grèce, la Turquie et son pro-
explorations géophysiques. longement vers l’Asie, visible notamment en Arménie et au Nord
de l’Inde, ou encore le grand rift Africain avec Djibouti, le Kenya, la
On distingue généralement trois « enveloppes » principales
Tanzanie, etc.
constitutives de la structure du globe terrestre (figure 1) : au
centre, un noyau, autour, un manteau, enfin à la surface, la croûte
ou écorce. L’ensemble du noyau, solide au milieu, liquide autour,
représente seulement 16 % du volume total avec un rayon de 1.3 Origine de la chaleur
l’ordre de 3 470 km, mais 67 % de la masse terrestre. Composé sur-
tout de nickel et de fer, sa température pourrait dépasser 4 000 oC Contrairement à une idée largement répandue, l’essentiel de la
en son centre avec des pressions de plusieurs millions de MPa. chaleur dégagée par la Terre ne provient pas du refroidissement du
Autour du noyau, sur une épaisseur de 2 900 km, le manteau noyau. Les zones intermédiaires entre le noyau et la croûte sont en
représente plus de 80 % du volume du globe. D’une densité effet de très mauvaises conductrices de chaleur. On considère qu’il
moyenne voisine de 5, sa température varie de 1 000 à 3 000 oC. existe deux phénomènes principaux expliquant l’origine de la
L’écorce (ou croûte) est l’enveloppe la plus superficielle. Son épais- chaleur rencontrée dans la croûte terrestre :
seur et sa densité varient selon qu’il s’agit de zones continentales
— la désintégration des éléments radioactifs contenus dans les
ou océaniques :
roches constituant la croûte ;
— zone continentale : densité moyenne 2,7 et épaisseur de 30 à — la dissipation de l’énergie dite « primitive ».
70 km ;
— zone océanique : densité moyenne 3,3 et épaisseur de 5 à
1.3.1 Désintégration des éléments radioactifs
20 km.
L’écorce est la seule partie qui a pu être explorée directement par La désintégration des éléments radioactifs contenus dans la
forage ; les plus profonds n’excèdent pas toutefois 12 km. croûte représenterait à elle seule plus de 90 % de l’énergie dissi-

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Historique

Toutes les manifestations évidentes de l’énergie thermique de dénombre un peu plus de 400 installations dans le monde : les puis-
notre planète (volcans, fumerolles, sources chaudes, etc.) étaient sances électriques unitaires installées varient de quelques MW
connues de nos lointains ancêtres et les premières formes d’utili- àplusieurs dizaines de MW. Ces unités se répartissent dans une
sation de la géothermie se perdent dans la nuit des temps : sour- vingtaine de pays (USA, Japon, Italie, Islande, Nouvelle Zélande,
ces chaudes pour leurs vertus curatives, cuisson et séchage des Indonésie, Philippines, Mexique...), dont un tiers de pays en émer-
aliments grâce aux fumerolles, extraction minière de sources ther- gence pour lesquels la contribution de la géothermie peut parfois
males pour récupérer l’acide borique et extraction du soufre et du atteindre jusqu’à 30 % de la production nationale d’électricité.
sel.
La puissance électrique mondiale installée est de l’ordre
Cependant, toutes ces applications restèrent à une échelle extrê- de 10 000 MW, pour une production annuelle d’environ 50 TWh ;
mement modeste et il faut attendre le début du XXe siècle pour que ce qui fait actuellement de cette énergie la deuxième source de
la géothermie passe du stade artisanal au stade industriel. production d’électricité d’origine renouvelable après l’hydroélect-
ricité.
La géothermie a deux grands domaines d’application : la
production d’électricité et la production de chaleur. La géothermie, source de production de chaleur, a d’abord été
Les premiers développements de la géothermie comme source utilisée pour le chauffage d’habitations. Après le très ancien et rudi-
de production d’électricité ont été réalisés en Italie, à Larderello, au mentaire réseau de chaleur de Chaudes-Aigues (Auvergne),
début du siècle dernier. Tout commence en 1904 lorsque des essais, construit au XIVe siècle, et alimenté par une source d’eau chaude à
couronnés de succès, furent entrepris pour tenter d’éclairer cinq 82 oC, des expériences ponctuelles eurent lieu aux États-Unis à
lampes de quelques dizaines de watts à l’aide d’une dynamo action- Boise (Idaho) et Klamath Falls (Oregon) dès la fin du XIXe siècle.
née par un moteur alternatif alimenté par de la vapeur géothermale.
L’année suivante, une première centrale expérimentale de 20 kW Le premier vrai réseau de chauffage urbain alimenté grâce à la
était construite sur le site pour fournir en électricité les habitations géothermie a été celui de Reykjavik (Islande) ; il date de 1930 et per-
de Larderello par le biais d’un petit réseau de distribution électri- mettait de chauffer une centaine d’habitations, deux piscines, un
que. En 1913 entrait en service la première vraie centrale hôpital et une école. Il chauffe aujourd’hui la quasi-totalité de la
géothermique avec un premier groupe à turbine fournissant une capitale islandaise. Des réseaux de chaleur urbains importants utili-
puissance électrique de 0,25 MW. En 1944, la puissance électrique sant l’énergie géothermale se développeront plus tard en France,
installée sur le site d’exploitation atteignait 127 MW. Italie, Roumanie, Russie, Turquie, Géorgie, Chine, États-Unis, ...

Ailleurs dans le monde, des débuts d’exploration (pas encore Les usages thermiques de la géothermie sont nombreux : outre le
d’exploitation) eurent lieu dès 1908 à El Tatio (Chili), puis en 1913 à chauffage urbain, il faut mentionner, en particulier, le chauffage de
The Geysers (États-Unis). Et du début du siècle jusqu’à 1960, 23 serres agricoles et la pisciculture. En France, la première expérience
pays furent ainsi explorés, permettant de mettre en évidence une significative démarre en 1969, avec la mise au point de la technique
cinquantaine de sites géothermaux aptes à de la production d’élec- dite du « doublet » sur le site de Melun l’Almont, permettant
tricité. d’exploiter un des aquifères profonds du Bassin Parisien. Par la
suite, les chocs pétroliers successifs donneront naissance à une
Ce n’est qu’à partir de 1960, que la production d’électricité d’ori- véritable filière française spécifique de réseaux de chaleur alimen-
gine géothermale commencera à prendre réellement son essor. Elle tés par géothermie. Entre 1980 et 1986, une cinquantaine d’opéra-
devient alors une véritable industrie dont le développement tions seront ainsi réalisées en France permettant de chauffer
s’accélère surtout après le premier choc pétrolier de 1973. quelques 150 000 équivalent-logements.
Aujourd’hui, on

42 · 106 MW à 20 · 106 MW. Ce phénomène naturel très lent signifie


Depuis 1986, la chute du cours des énergies fossiles a que globalement notre planète se refroidit progressivement.
cependant ralenti de manière significative le développement
de la géothermie source de production de chaleur. Avec
16 200 MW installés et 45 TWh produits annuellement, elle est 1.3.2 Dissipation de l’énergie primitive
néanmoins active dans plus de cinquante pays (Japon, Chine,
Russie, USA, France, Islande...). Sa contribution significative à la La formation de la Terre résulte d’une phase, dite d’accrétion,
lutte contre l’effet de serre devrait dans les années à venir lui correspondant à l’agrégation de gaz, de poussières et de divers
donner un nouvel élan. corps célestes. Et c’est durant cette phase qu’une énergie
considérable s’est accumulée dans la masse constituant la planète.
pée. Cette théorie s’appuie sur le pourcentage présumé d’éléments Par ailleurs, il semble que le noyau externe, liquide, se cristallise
radioactifs contenus dans les structures terrestres. L’uranium, le lentement et que le fer ainsi formé descende au centre pour grossir
thorium et le potassium sont, parmi les éléments radioactifs le noyau interne. Ce phénomène, conduisant à une redistribution
encore présents aujourd’hui, ceux présentant une production de des masses à l’origine du noyau, du manteau et de l’écorce, a
chaleur significative. Par contre, certains éléments à courte période nécessité des déplacements de matière avec dissipation d’énergie,
ont pu exister au moment de la formation de notre planète et ainsi qui ont contribué, et qui contribuent certainement encore
contribuer à l’importante émission de chaleur primitive, mais ils aujourd’hui mais de manière atténuée, à accroître la quantité
ont disparu depuis longtemps. interne de chaleur produite.

Étant donné leur désintégration, le nombre d’éléments radioac-


tifs est en constante décroissance depuis le début de la formation
du globe (4,5 milliards d’années) produisant ainsi un dégagement
de chaleur en régulière diminution. On estime que le flux total de
chaleur a été divisé par deux depuis l’origine, passant de

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Croûte Croûte
océanique continentale

0
Lithosphère

Manteau
km
100
Asthénosphère
200

Noyau
(alliage fer nickel)

Ecorce

Manteau
(silicates riches en fer
et magnésium)

Figure 1 – Schéma de la structure interne du globe

Plaque Plaque
Nord Américaine Eurasie

Plaque
Farallon Plaque
Caraïbes
Plaque Plaque
Plaque Arabe
Cocos Philippine
Plaque
Plaque Pacifique
Plaque Africaine
Pacifique
Plaque
Nazca Plaque
Sud Américaine

Plaque
Indo-australienne

Plaque
Plaque Scotia
Antartique Plaque
Antartique
volcan
sens du mouvement des plaques

Figure 2 – Carte des frontières actives de plaques lithosphériques

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1.4 Gradient géothermal énergie renouvelable. Néanmoins, son potentiel d’exploitation à


l’échelle humaine est énorme. Ainsi, les ressources géothermales
et flux de chaleur terrestre reconnues représentent 60 milliards de tep et les ressources poten-
tielles sont évaluées à 700 milliards de tep, soit l’équivalent des
Le gradient géothermal G (K · m–1) mesure l’augmentation de la réserves d’énergie fossiles prouvées.
température en fonction de la profondeur (figure 3) et la densité de Nota : le tep (tonne d’équivalent pétrole) est l’unité d’énergie utilisée dans cet article.
flux de chaleur terrestre est la quantité de chaleur transmise par Rappelons que : 1 tep = 4,186 · 1010 J.
conduction puis dissipée par unité de surface et de temps
(W · m–2 ).

2. Gisements et ressources
Température (°C)
géothermales
0 100 200
0
2.1 Gisement géothermal
1 000 Un gisement géothermal est constitué de trois éléments
principaux :
— une source de chaleur ;
— une roche réservoir ;
2 000
Profondeur (m)

G = 10 K/100 m — un fluide.
La source de chaleur peut être soit simplement le flux thermique
G = 3 K/100 m terrestre local, soit une intrusion magmatique à très haute tempé-
3 000 rature (> 600 oC), relativement proche de la surface (moins de
G = 2 K/100 m
5 km).
Le réservoir est une formation rocheuse perméable, appelée
aussi aquifère, dans laquelle doit circuler un fluide. La perméabilité
Figure 3 – Profils de température en fonction de la profondeur peut être :
selon plusieurs valeurs du gradient géothermal — une perméabilité de pores (le fluide géothermal imprègne les
pores de la roche dans lesquels il circule – cas du calcaire, du
grès...) ;
— une perméabilité de fractures ou de fissures (le fluide
géothermal circule dans la roche fracturée ou fissurée – cas du gra-
La chaleur produite et accumulée dans les profondeurs de la
nite par exemple).
Terre se transmet donc vers la surface mais sous une forme et avec
des intensités très différentes qui dépendent notamment de la Le fluide se présente, selon la température et la pression dans le
localisation du point considéré. réservoir soit sous forme de vapeur, soit sous forme de liquide ou
Dans les régions géologiquement calmes, c’est-à-dire en général soit sous la forme d’un mélange des deux. Les fluides géother-
en dehors des frontières de plaques, l’énergie est essentiellement maux sont le plus souvent des eaux dites « météoriques » (eau de
transmise par conduction, avec un gradient géothermal de valeur pluie, généralement) qui ont pénétré et circulé dans la croûte ter-
moyenne (3 K /100 m) et assez régulièrement réparti ; bien que restre et se sont réchauffées au contact des roches. Ils contiennent
dans certaines régions, comme en France métropolitaine par des éléments chimiques dissous (sels minéraux, gaz) acquis au
exemple, on puisse observer des variations relativement importan- cours de la circulation du fluide au contact de la roche réservoir.
tes (2 K /100 m au pied des Pyrénées, 10 K /100 m au nord de
l’Alsace). À ce gradient correspond, pour l’ensemble de la planète
(océans compris), une densité de flux de chaleur terrestre moyenne 2.2 Différents types de gisements
de 0,060 W · m–2.
géothermaux
En France, la densité de flux de chaleur terrestre varie de 0,040
à 0,140 W · m – 2 avec une moyenne proche de 0,100 W · m – 2 ; Les gisements géothermaux peuvent être classés selon, leur
valeur supérieure à la moyenne européenne qui est de topologie géologique, leur niveau de température, l’utilisation du
0,062 W · m–2. fluide géothermal en surface. Cependant, température et utilisation
Dans les régions géologiquement actives, telles que les fron- sont très liées car le niveau de température du fluide extractible
tières de plaques, les roches en fusion se rapprochent ou attei- d’un gisement géothermal conditionnera le type d’utilisation pos-
gnent la surface. Le transfert d’énergie s’effectue alors par sible.
convection. Les quantités de chaleur mises en jeu étant très impor-
tantes, elles se traduisent localement par des valeurs de gradient 2.2.1 Gisements en zones géologiquement stables
géothermal et de densité de flux de chaleur terrestre bien plus éle- ou calmes
vées que celles rencontrées dans des zones géologiquement
stables. Ainsi, dans les zones volcaniques, le gradient maximal Les différents types de gisements sont les suivants.
observé est de l’ordre de 50 K par 100 m et la densité de flux de
Dans les grands bassins sédimentaires, la succession des ter-
chaleur terrestre peut atteindre des valeurs de 0,5 à 1 W · m–2.
rains montre la présence fréquente de couches poreuses et per-
Malgré ces valeurs parfois atteintes, on peut noter toutefois, à méables (calcaires, grès, conglomérats, sables, ...) contenant des
titre de comparaison, que la densité moyenne du flux de chaleur aquifères. La densité de flux thermique est en général faible
terrestre est 7 000 fois moins importante que celle de flux de cha- (0,060 W · m– 2) et la température du fluide géothermal peut être
leur due au rayonnement solaire. Contrairement à l’énergie solaire, comprise entre 50 et 100 oC pour des profondeurs de l’ordre de
l’énergie géothermique est donc plus une énergie stockée qu’une 1 000 à 2 000 m. Ces gisements sont de grande extension et ils

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offrent généralement une grande continuité horizontale, ce qui per- comprise entre 120 oC et 200 oC. Leur exploitation avait été envisa-
met d’extrapoler les données connues en un site à d’autres sites gée dans les années 1980, mais est restée au stade de projet.
voisins. Leur exploitation est uniquement à usages thermiques On peut mentionner également les tentatives faites pour capter
(chauffage d’habitations, de serres agricoles, pisciculture, utilisa- la chaleur de poches de magma situées à faible profondeur (à
tion dans des processus industriels, ...) ; on parle alors de Hawaii, notamment).
géothermie basse énergie ou basse enthalpie.
Enfin, il existe un peu partout dans le monde des sources
Exemple : la nappe du Dogger dans le Bassin Parisien, est située thermales. Ces sources se rencontrent dans différentes configura-
entre 1 500 et 2 000 m de profondeur, avec de l’eau exploitée, en tions géologiques, mais plus généralement dans des régions
moyenne à 70 oC et des débits de 200 m3/h par puits, pour des plissées ou faillées. Il s’agit alors d’eau météorique infiltrée à
utilisations de chauffage urbain (plus de quarante installations grande profondeur et qui remonte naturellement vers la surface
actuellement en service). par des failles. Les sources thermales font souvent l’objet d’une
exploitation balnéo-thérapique.
Plus près de la surface, des nappes aquifères peu profondes
(nappes phréatiques et à moins de 100 m de profondeur) dont la En France, il en existe plus d’une centaine, dont la source du Par
température est comprise entre 10 et 30 oC peuvent être également à Chaudes-Aigues dans le Cantal qui est considérée comme la
exploitées au moyen de pompes à chaleur, généralement pour le source hydrothermale la plus chaude d’Europe (82 oC).
chauffage et/ou la climatisation d’immeubles. C’est le domaine de
la géothermie très basse énergie.
Les gisements de basse et très basse énergies sont largement 2.3 Répartition des gisements
répandus à la surface du globe terrestre. C’est ce type de gise-
ments que l’on trouve majoritairement en France (figure 4) avec géothermaux
deux bassins sédimentaires importants (le Bassin parisien et le
Bassin aquitain) renfermant plusieurs réservoirs, et de nombreuses
nappes aquifères superficielles (nappes alluviales des grands 2.3.1 Répartition des sites actuellement exploités
fleuves – Rhin, Seine, Rhône –, nappes de la craie, nappes des cal- ou identifiés
caires de Beauce, etc.).
Sur un total de 189 sites recensés en 1995, la répartition
2.2.2 Gisements en zones géologiquement actives (figure 5) était de 35 % en Asie, 29 % en Amérique, 26 % en Europe,
5 % en Afrique et 5 % en Océanie ; avec 81 % de sites exploités et
Les différents types de gisements sont les suivants. 19 % de sites identifiés mais ne faisant pas encore l’objet d’une
Dans les régions à volcanisme récent ou actuel, le gradient exploitation. Par rapport à cet ensemble, plus de la moitié des sites
géothermal peut être élevé (par exemple, 20 K par 100 m) en raison se trouvent en limite de plaques (zones actives). À l’intérieur des
d’intrusions magmatiques pénétrant la croûte terrestre jusqu’à des plaques (zones stables), la moitié des sites sont dans des bassins
profondeurs proches de la surface (moins de 5 km). C’est dans ces sédimentaires.
régions que l’on peut trouver, à des profondeurs comprises entre
Du point de vue des utilisations, la répartition est à peu près d’un
500 et 1 500 m, des gisements dits de haute énergie (ou haute
tiers pour la production d’électricité et de deux tiers pour les
enthalpie) ou gisements hyperthermiques. Les fluides géother-
usages thermiques.
maux qu’ils renferment atteignent des températures de l’ordre de
220 oC à 350 oC. Ils se présentent sous forme de vapeur sèche ou
de vapeur humide (mélange d’eau et de vapeur) et leur valorisation
s’effectue sous forme de production d’électricité : la vapeur géo- 2.3.2 Répartition des sites de reconnaissance
thermale extraite est détendue directement dans une turbine (voir ou en exploration
paragraphe 5.1.1).
Les mêmes terrains volcaniques, mais un peu moins chauds On comptait en 1995, près de 90 sites en cours de reconnais-
(gradients de 5 à 10 K par 100 m) peuvent donner lieu à des sance ou d’exploration (figure 6) : 27 en Amérique, 26 en Asie, 17
gisements dits de moyenne énergie. Les ressources géothermales en Afrique, 10 en Europe et 7 en Océanie.
se présentent alors sous forme d’eau chaude dont la température Par rapport aux plaques tectoniques, un peu plus des deux tiers
est comprise entre 90 oC et 150 oC. Elles peuvent être exploitées des reconnaissances s’effectuent en limite de plaques et seulement
pour des usages thermiques, mais elles le sont plus généralement un tiers à l’intérieur. Ce déséquilibre entre recherche à la limite et
pour de la production d’électricité. Pour cela, on utilise une techno- à l’intérieur des plaques s’explique dans la mesure où les secteurs
logie différente de celle utilisée pour la valorisation des ressources propres à la géothermie de basse énergie (bassins sédimentaires)
de haute énergie (voir paragraphe 5.1.2). ne présentent pas de difficultés particulières de recherches compte
Les gisements de haute et moyenne énergie sont limités à des tenu de leur grande continuité horizontale.
secteurs géographiques restreints, en général situés aux zones
frontières des plaques (figure 2).
En France, ce type de ressources se rencontre dans les DOM.
C’est ainsi qu’un gisement est en exploitation à Bouillante en
Guadeloupe, et qu’un autre gisement est actuellement en cours
d’exploration dans la plaine du Lamentin en Martinique.
3. Organisation
de la géothermie
2.2.3 Autres gisements ou ressources

Ces gisements ou ressources sont très localisés ou ponctuels. 3.1 En France


Pour mémoire, on peut citer les réservoirs géopréssurisés présents
dans certaines régions (États-Unis, Golfe du Mexique). Ils se
rencontrent à grande profondeur (plus de 3 000 m) et renferment La géothermie n’a pu se développer en France que grâce à la
du gaz naturel (méthane) dissous dans de l’eau sous très forte mise en place de structures et de procédures adaptées à ce type
pression (100 MPa), très chargée en sels, et dont la température est particulier d’énergie.

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Massifs anciens
Bassins sédimentaires Calais BELGIQUE
Lille
Structures sédimentaires tectonisées
Sources thermales 25 °C < T < 80 °C
MANCHE So
m HENAULT
m
e LUXEMBOURG
Amiens
Le Havre Luxembourg
Cherbourg
Rouen se
Oi
Reims Metz
Strasbourg
PARIS

in
os

Rh
N
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MASSIF ARMORICAIN

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Rennes

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BASSIN DE PARIS

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Nantes Dijon
Cher

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Besançon

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Nevers

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SUISSE

NE
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LIMAG

BRESS
e
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La Rochelle Montluçon Rh

Limoges Genève
Clermont-
Ferrand
OCÉAN Lyon
ATLANTIQUE

MASSIF CENTRAL
COULOIR RHODANIEN

ITALIE
Grenoble
Bergerac
Bordeaux
Dordogne

Lot
BASSIN Ga
AQUITAIN ro
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Adour Monaco
Du

Dax Montpellier
Toulouse
Tarbes N Marseille
I ÉE
ID N
M RA
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PYR IT MÉDITÉRRANÉE
ÉN
ÉES ÉD
M
Perpignan
ESPAGNE
ANDORRE

Figure 4 – Carte des ressources géothermales en France

3.1.1 Aspects réglementaires La législation minière traite les questions d’ordre juridique et
technique qui fixent les conditions sous lesquelles se déroulent les
diverses phases de la vie des opérations de géothermie :
Dans le droit français, le sous-sol appartient à l’État et les « gîtes — attribution des titres miniers, leur renouvellement, leur retrait,
géothermaux » sont considérés comme des « mines » et par ce fait etc ;
soumis à la législation minière. Au titre du Code minier, le décret — relations des explorateurs et exploitants avec les propriétaires
no 78.498 du 28 mars 1978 définit les différents types de gisements de la surface ;
géothermaux, et leurs conditions de prospection et d’exploitation. — surveillance administrative des exploitations ;
La loi distingue ainsi les gisements dits à haute température ou à — règlements relatifs à la sécurité des personnes, à la protection
basse température selon que la température des fluides géo- des zones dangereuses.
thermaux mesurée en surface au cours des essais est supérieure Les autorisations de recherche sont accordées par arrêté
ou inférieure à 150 oC. préfectoral. Elles donnent un droit exclusif de forage en vue de la

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technologique menée en partenariat entre l’ADEME et le bureau de


Océanie recherches géologiques et minières (BRGM).
Europe 5%
26 %
3.1.2.2 Maîtres d’ouvrage
Asie
35 % Ce sont essentiellement des collectivités locales. Celles-ci ont été
Afrique les acteurs essentiels du développement des opérations. Elles sont
5% toujours parties prenantes dans la gestion des exploitations sous
des formes juridiques diverses, et la plupart se sont regroupées au
sein d’une association (AGEMO) ayant pour but la défense de leurs
intérêts et l’échange d’informations sur les aspects techniques et
Amérique Total : 189 sites juridiques liés à cette filière énergétique.
29 %
Quelques sociétés de droit privé (filiales de la Lyonnaise ou de
la Générale des Eaux) se sont également impliquées dans la
Figure 5 – Répartition des sites actuellement exploités réalisation d’opérations de géothermie en tant que concession-
ou identifiés en 1995 naires de collectivités locales ou assurant une délégation de ser-
vice public pour une durée de l’ordre de trente ans.

3.1.2.3 Professionnels de la géothermie


Europe Océanie Ils interviennent à différents stades.
11 % 8%
■ Conception des opérations
Asie La conception d’une opération associe les compétences d’une
Afrique 30 %
20 %
société d’ingénierie sous-sol et d’un bureau d’études thermique. Le
maître d’œuvre « sous-sol » évalue les caractéristiques hydrogéo-
logiques du site et les conditions de réalisation des ouvrages qu’il
conduit jusqu’à la réalisation des essais. Le maître d’œuvre
« thermique » doit, à partir des données que lui fournissent les
Amérique
31 %
Total : 87 sites géologues, concevoir puis conduire la réalisation des installations
de surface en les adaptant aux caractéristiques et contraintes spé-
cifiques de la ressource. La liste des sociétés françaises d’ingé-
Figure 6 – Répartition des sites en reconnaissance ou en exploration
nierie sous-sol et surface figure dans « Pour en savoir plus ».
en 1995
■ Réalisation
Pour le sous-sol, les techniques utilisées dérivent généralement
recherche de gîtes géothermaux pour une durée maximale de trois de celles du secteur pétrolier. Ce sont donc les mêmes sociétés de
ans. Le permis d’exploitation exclusif est accordé également par le service que l’on rencontre pour la réalisation des ouvrages de
Préfet pour une durée maximale de trente ans, il peut être pro- géothermie (entreprises de forage, fournisseurs d’équipement tels
longé par périodes maximales de quinze ans. La procédure que tubes, pompes, têtes de puits, etc.). Pour les aspects surfaces,
comporte une enquête publique et la consultation des différents les entreprises intervenantes sont essentiellement des entreprises
services de l’État et collectivités concernés. Elle peut faire l’objet de de chauffage, de matériels électriques, etc.
demandes de concurrence et d’oppositions.
Dans les régions, ce sont les DRIRE (Directions Régionales de ■ Exploitation
l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) qui s’assurent La conduite des installations de surface est généralement
du respect de la législation minière et de la surveillance adminis- confiée à un exploitant de chauffage expérimenté dans la conduite
trative des exploitations. des chauffages urbains. La mission et la rémunération de ce der-
nier sont fonction du contrat qui le lie au maître d’ouvrage. Diffé-
rents types de contrats existent, parmi ceux-ci :
3.1.2 Principaux acteurs — la gestion directe parfois appelée régie. La collectivité locale
cumule l’ensemble des responsabilités ;
— l’affermage. La collectivité, qui a réalisé l’investissement
3.1.2.1 Pouvoirs publics initial, confie la responsabilité de l’installation à une entreprise
fermière ;
Le ministère de l’Industrie a joué un rôle prépondérant dans le
— la concession. L’exploitant, société privée, assure, outre la
développement de la géothermie entre 1976 et 1982 en initiant des
gestion du service, la construction des installations.
procédures incitatives et en dotant cette nouvelle filière éner-
Le suivi des ouvrages sous-sol et le contrôle des caractéristiques
gétique d’une législation minière adaptée.
de fonctionnement de la boucle géothermale sont assurés, quant à
L’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie eux, par des sociétés de maintenance spécialisées. Ce sont
(ADEME), établissement public, placée sous la tutelle de trois généralement les sociétés d’ingénierie sous-sol qui interviennent
ministères (Environnement, Industrie, Recherche) a été créée en dans la conception et la réalisation des opérations.
1992. Les missions de l’ADEME sont de susciter, animer, coordon-
ner, faciliter les actions dans les domaines de la préservation de
l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Elle est en particulier 3.1.3 Couverture des risques géologiques
chargée de la promotion des énergies nouvelles et renouvelables
dont fait partie la géothermie.
et miniers
Dans le cadre de son développement, la géothermie a bénéficié Comme toute ressource minière, la géothermie est soumise aux
d’un programme de Recherche-Développement et d’innovation aléas géologiques, à savoir : le risque de ne pas trouver la res-

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source escomptée, ou de la voir décliner ou disparaître dans le


temps. Pour couvrir ces risques, et permettre à la géothermie de se
4. Mise en œuvre des
développer, les pouvoirs publics ont mis en place au début des ressources géothermales
années 1980 un système de garantie spécifique à deux volets : une
garantie de recherche et une garantie de pérennité.
Le système de garantie de recherche couvre le risque géologique 4.1 Exploration
lors de la réalisation d’un forage. Dans le cas d’une ressource
inexistante ou insuffisante constatée à l’issue du forage, les frais Les ressources géothermales sont généralement considérées
comme des ressources minières. Et comme pour toute ressource
engagés sont remboursés jusqu’à 90 % (voire 100 % en Ile-de-
minière, il est nécessaire, avant d’entamer un processus d’exploi-
France). Ce dispositif repose sur l’existence d’un fonds de garantie tation, de localiser et d’évaluer de manière aussi précise que pos-
(appelé fonds court terme) doté initialement par les pouvoirs sible les caractéristiques de la ressource que l’on envisage
publics. Compte-tenu du manque de nouveaux projets, ce fonds a d’exploiter. L’évaluation des ressources passe par une phase de
été dissous en 1997. Il a été remplacé en 1998 par un système reconnaissance qui vise à délimiter les zones apparaissant a priori
d’avance remboursable fonctionnant au cas par cas et sur le même les plus favorables. Cette phase de reconnaissance préliminaire
principe que le fonds court terme, évitant ainsi de mobiliser une s’appuie, dans la mesure du possible, sur les données déjà dispo-
nibles, notamment celles qui ont pu être obtenues lors de forages
trésorerie importante au travers d’un fonds. de reconnaissance déjà réalisés dans le cadre de recherches
Le système de garantie de pérennité assure au maître d’ouvrage, géologiques, pétrolières ou d’eau.
pendant une durée de quinze ans, une garantie contre le risque de Pour définir plus précisément les caractéristiques de la res-
source, il est généralement fait appel aux disciplines suivantes : la
voir sa ressource diminuer ou disparaître, ainsi que les géologie, l’hydrogéologie, la géochimie, la géophysique. On peut
conséquences directes des phénomènes géothermiques domma- également réaliser des forages de reconnaissance spécifiques si
geables. La durée de la garantie a été prolongée de dix ans en 1999 une analyse économique le justifie.
par les pouvoirs publics. La géologie permet, dans la phase de reconnaissance, de définir
le contexte géologique, la lithologie, la succession et l’âge des
couches et les structures tectoniques.
Les investigations hydrogéologiques permettent d’évaluer la
3.2 Au niveau international ressource d’un point de vue quantitatif et qualitatif. Elles
permettent également de caractériser les écoulements du fluide au
sein de sa matrice réservoir.
Chaque pays intéressé par le développement de la géothermie a Les analyses géochimiques permettent de caractériser la compo-
mis en place ses propres structures et des échanges s’effectuent sition chimique du fluide.
entre pays par le biais de différentes organisations ou associations L’analyse des éléments dissous permet également de fournir des
indications sur le parcours du fluide.
internationales.
La géophysique consiste à enregistrer un certain nombre de
données physiques relatives au sous-sol et à les interpréter en ter-
mes géologiques. Les principales techniques à la disposition du
3.2.1 Associations internationales géophysicien sont la gravimétrie et la sismique. La gravimétrie est
surtout utilisée pour reconnaître les champs basse énergie ; elle
pour la géothermie donne une image du champ de la pesanteur de la région étudiée.
Cette technique permet d’identifier les anomalies dans le sous sol :
International Geothermal Association (IGA) : créée dans les présence de roches à haute densité ou à l’inverse présence de
années 1960, cette association est à vocation mondiale. Elle ras- roches à faible densité. La sismique est fondée sur l’observation de
semble plus de 2 000 membres et une soixantaine de nationalités. la réflexion des ondes transmises au sous-sol. Elle permet de loca-
liser les limites de structures géologiques ainsi que les accidents et
European Geothermal Energy Council (EGEC) : cette association les failles.
s’est constituée plus récemment, en 1998. Elle est européenne et
regroupe aujourd’hui une trentaine de membres (industriels,
bureaux d’études, sociétés d’ingénierie sous-sol, associations 4.2 Accès à la ressource
nationales...).
En dehors des sources hydrothermales naturelles, l’accès à la
ressource nécessite la réalisation de forages. Plusieurs méthodes
sont utilisées. Elles dépendent d’une part du type de terrain à
3.2.2 Organisations internationales traverser et d’autre part de la profondeur à forer.
La technique du forage rotary est celle la plus fréquemment
Il s’agit principalement de l’agence internationale pour l’énergie utilisée en géothermie, notamment en forages profonds. C’est
(AIE), au sein de laquelle un accord de collaboration internationale aussi la technique la plus utilisée pour les forages pétroliers. Le
spécifique à la géothermie a été signé en 1996. Cet accord a pour forage du puits est réalisé par un outil (tricône muni de molettes
objectif de faciliter les échanges d’information sur les travaux de dentées) travaillant par destruction de la roche sous l’effet de deux
facteurs principaux : poids et rotation. Le poids est assuré par un
recherche et développement menés en matière de géothermie par
ensemble de tiges lourdes connectées au-dessus de l’outil par vis-
les différents pays adhérents. Trois thèmes font actuellement l’objet sage, appelées masses tiges. Le train de tiges est creux, assurant
de mise en commun de travaux : ainsi l’acheminement sous pression d’un fluide appelé boue de
forage. Les fonctions de la boue sont multiples : refroidissement de
— les impacts environnementaux de la géothermie ; l’outil, évacuation des déblais par l’espace annulaire compris entre
— la géothermie des roches fracturées ; le terrain et le train de tiges, maintien des formations géologiques
traversées sous l’effet de sa densité et de sa pression. Les boues
— les ressources géothermales profondes. sont classiquement composées de colloïdes argileux ou organi-

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ques, de fluidifiants et défloculants, d’additifs minéraux, de pro- mol/l. La composition chimique est parfois traduite en équivalent
duits organiques spéciaux, enfin d’alourdissants. La descente de NaCl, exprimé en g /L.
l’outil nécessite de rajouter périodiquement des tiges sur le train D’autres indicateurs peuvent avoir un rôle dans l’exploitation :
de tiges. — pH = – lg H+ dont le rôle est prépondérant dans certaines
Pour des forages moins profonds, d’autres techniques peuvent réactions ;
être mises en œuvre : — Eh qui définit le caractère oxydant ou réducteur du fluide ;
— le battage, procédé très ancien qui consiste à briser la roche — GLR ou « gas liquid ratio » qui mesure la quantité de gaz
en laissant tomber un objet lourd (le trépan) sur celle-ci ; libéré par l’eau à pression atmosphérique ;
— le forage à la tarière, procédé qui peut être envisagé lorsque — PB pression de point de bulle, pression au-dessous de
la profondeur à atteindre est assez faible et les terrains non bou- laquelle il y a séparation de phase entre le liquide et les gaz dis-
lants (limons, argiles, marnes, craies...) ; sous.
— le forage hors et fond de trou, procédé qui associe percussion
et rotation, l’outil étant actionné grâce à l’air comprimé.
Au niveau de la formation productrice soit le réservoir est laissé
à nu, notamment dans les formations de type calcaire (cas du Dog- 4.4 Exploitation de la ressource.
ger du Bassin parisien), soit il est équipé d’un système de Cas des ressources géothermales
complétion (cas des réservoirs sableux ou gréseux). Dans ce der-
nier cas, le réservoir est équipé d’une crépine derrière laquelle est basse énergie
mis en place un massif de gravier.
■ Débit
Il est nécessaire de disposer en surface d’un débit de fluide
4.3 Principaux paramètres caractérisant géothermal suffisant pour satisfaire les besoins thermiques d’utili-
la ressource géothermale sateurs potentiels et de pouvoir transférer l’énergie que contient le
fluide. Selon les conditions hydrogéologiques, l’eau du réservoir
peut jaillir naturellement, la pression au sein du réservoir est telle
Porosité : c’est une caractéristique intrinsèque des terrains ; elle qu’elle peut entraîner une pression à la tête de puits supérieure à
est égale au rapport du volume des vides sur le volume total de la la pression atmosphérique. Si cette pression est suffisante, il est
roche ; elle s’exprime en pourcentage. La porosité totale d’une possible d’obtenir par artésianisme un débit suffisant. Si la pres-
roche est très variable : de 1 à 50 %. Elle renseigne sur le volume sion en tête de puits est insuffisante, ou si l’on veut utiliser un
d’eau qu’est susceptible de contenir une roche, mais ne permet pas maximum de débit, il devient indispensable de mettre en place un
de connaître le volume qu’elle pourra libérer. dispositif de pompage. Les pompes immergées, issues des techni-
Perméabilité : c’est une notion dynamique qui implique la ques pétrolières, sont actuellement les plus utilisées en
présence d’eau. Elle représente l’aptitude que possède un milieu à géothermie. Le moteur électrique d’entraînement est immergé
se laisser traverser par un fluide sous l’effet d’une différence de sous la partie hydraulique. Ces pompes sont suspendues à une
pression. Elle s’exprime par le coefficient de perméabilité K, en colonne d’exhaure à une profondeur qui peut atteindre jusqu’à
mètres par seconde, lié au débit de fluide par unité de surface de 400 m ; elles permettent d’obtenir des débits importants supérieurs
roche traversée V et au gradient de pression exercé par le fluide à 300 m3 /h (figure 7). Le débit par pompage est fonction des carac-
dP /dx, par la relation : téristiques du réservoir (transmissivité) et du diamètre du dernier
V = K dP /dx tubage. Il est limité par la puissance électrique à mettre en œuvre
et par le rabattement de la nappe (abaissement du niveau de la
Les roches dont la perméabilité est supérieure à 10 – 4 m /s sont
nappe lorsque l’on y pratique un pompage).
dites perméables, celles dont la perméabilité est inférieure à
10 – 9 m/s sont dites imperméables. Le coefficient de perméabilité ■ Boucle géothermale (figure 8)
est fonction des caractéristiques granulométriques de la roche
(forme des grains, degré d’interconnexion). Porosité et perméabi- Si l’eau de l’aquifère exploité est chargée en sel minéraux et que
lité sont donc deux notions bien distinctes : la porosité est une son rejet en surface n’est pas compatible avec les normes environ-
caractéristique intrinsèque à la roche, tandis que la perméabilité nementales, il y a nécessité de réinjecter le fluide dans sa nappe
suppose la présence et la circulation d’eau. Une roche peut être d’origine après lui avoir pris son énergie calorifique. Son exploita-
poreuse mais imperméable. tion nécessite donc deux forages, un forage de production et un
Dans certains réservoirs souvent granitiques ou calcaires, la forage de réinjection ; c’est la technique du doublet. Pour des rai-
perméabilité est due à la présence d’un réseau interconnecté de sons évidentes d’exploitation, les impacts des forages au niveau
fissures dans la roche réservoir. du réservoir doivent être éloignés d’une certaine distance. Pour les
opérations au Dogger du Bassin parisien, cette distance est de
Transmissivité : ce paramètre est égal au produit de la hauteur
l’ordre du kilomètre (figure 9).
productrice h par la perméabilité moyenne sur cette hauteur. Elle
s’exprime en m2 /s. Ce paramètre est fondamental pour déterminer ■ Échange et transformation de l’énergie
la productivité d’un aquifère. Pour des raisons économiques, l’énergie géothermale ne peut
Pression statique du gisement : la pression statique du gisement être transportée sur de longues distances. Son utilisation directe
correspond à la pression de l’aquifère dans les conditions natu- doit donc être réalisée sur place. Pour ce faire, le fluide
relles, sans pompage, ni réinjection. La pression en tête de puits géothermal extrait du sous-sol est acheminé dans un échangeur
est aussi fonction de l’altitude. Si celle-ci est positive, ce qui est de chaleur où il cède son contenu énergétique à de l’eau qui
souvent le cas, le puits sera artésien. assure la distribution de la chaleur aux utilisateurs par le biais
Température : la température est fonction du gradient de tempé- d’un réseau. Cette séparation des circuits (boucle géothermale
rature local. La température en tête de puits est toujours légère- d’un côté et circuit géothermique de l’autre) s’impose car le
ment inférieure à celle du réservoir, selon la profondeur et le débit fluide géothermal est souvent corrosif. La performance de
exploité. l’échangeur placé dans une installation de géothermie est carac-
Caractéristiques physico-chimiques du fluide géothermal : le térisée par l’écart entre les températures à l’entrée de la boucle
fluide géothermal peut contenir en solution, des sels et des gaz dis- géothermale et à la sortie du circuit géothermique. Les meilleu-
sous. Ces composés sont soit sous forme ionique (Na+, Ca++, res performances sont obtenues avec des échangeurs à plaques.
SO4– –...), soit sous forme moléculaire (O2 , CH 4 , SiO 2 ...). La Ces matériels sont constitués de plaques embouties de faible
concentration d’un composé dissous s’exprime en g /L, p.p.m., ou épaisseur empilées verticalement les unes à la suite des autres.

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Les espaces entre les plaques sont alternativement traversés par


le circuit primaire (boucle géothermale) et par le circuit secon-
Refoulement daire (circuit géothermique). Ces échangeurs permettent une sur-
face d’échange importante dans un espace réduit. Ils peuvent
Tête de puits être constitués en acier revêtu, en acier inoxydable, en titane. Ce
dernier matériau s’est révélé particulièrement adapté aux exigen-
ces d’exploitation du fluide du Dogger du Bassin Parisien
Tableau
Colonne d'exhaure de contrôle
particulièrement corrosif.

4.5 Comportement hydrodynamique


et thermique d’un réservoir exploité
Câble en doublet
électrique
Le mode d’exploitation par doublet utilisé systématiquement par
les systèmes géothermiques captant le Dogger du Bassin parisien
présente de nombreux avantages techniques et économiques. Ce
Pompe sont principalement : l’absence de rejets dans l’environnement, la
multiétagée pérennité et la stabilité du débit hydraulique. Du point de vue
thermique, le fluide refroidi réinjecté atteindra au bout d’un certain
temps le puits producteur et amorcera ainsi le déclin thermique de
la ressource.
Aspiration
pompe La répartition des lignes de courant associée à la distribution des
temps de transfert correspondants entre puits permet de schéma-
tiser l’évolution de la zone envahie par le fluide refroidi
(figure 10 a ). Les lignes de courant matérialisent la trajectoire des
Protecteur particules d’eau issues du puits injecteur. À chaque ligne de cou-
(seal protection) rant correspond un temps de transfert thermique qui permet de
définir le concept de percée thermique.
Le déclin thermique est défini séquentiellement par trois dates
caractéristiques, en fonction de l’amplitude de refroidissement :
— le temps de percée thermique (14,3 ans dans l’exemple de
la figure 10) ; il s’agit de la date d’arrivée au puits de production,
des premières particules d’eau froide, sans incidence perceptible
Moteur
sur la température du fluide exploité ;
— la durée de vie théorique (20 ou 27 ans dans l’exemple de
la figure 10) ; supérieure à la précédente et fonction des échanges
thermiques aux épontes, elle correspond à la date où l’on note une
chute perceptible de la température de production (0,2 à 0,5 K par
exemple) ;
Figure 7 – Pompe immergée — la durée de vie pratique (35 ans dans l’exemple de la
figure 10) ; date mettant en cause l’intérêt économique de la pour-
suite de l’exploitation en l’état, une chute de 3 à 5 K par exemple.
L’estimation actualisée de cette date constitue l’un des éléments
nécessaires pour apprécier s’il est envisageable de poursuivre
l’exploitation dans des conditions plus favorables (utilisation de
Circuit pompes à chaleur, augmentation du débit, réalisation d’un
géothermique nouveau forage...).
Pompe de
réinjection Le comportement du doublet est conditionné par le nombre et
l’épaisseur des couches productrices et des intercouches. La
figure 10b compare la réponse thermique d’un réservoir entre
l’hypothèse monocouche et la prise en considération de la
stratification.
Échangeur

Pompe de
production

5. Utilisations des ressources


géothermales
La température de la ressource est l’élément déterminant pour
les applications envisageables à partir de la chaleur géothermale.
Puits de production Puits de réinjection Le diagramme de la figure 11 distingue, entre 20 et 200 oC, deux
grandes catégories d’applications, les applications thermiques
jusqu’à environ 110-120 oC et la production d’électricité à partir de
Figure 8 – Boucle géothermale 120 oC.

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100 m

Recyclage
des boues
Bourbier Moteurs
primaire

Mur de caissons anti-bruit

Laboratoire
Machinerie

Tour de
forage

100 m
Bourbier
secondaire

Stockage du Bureau
matériel (tubes) du chantier

Entrée

a Schéma de principe de l'organisation du chantier de forage

Puits verticaux 1 puits droit, 1 puits dévié Puits déviés


Échangeur
Pompe
d'injection

Pompe
d'exhaure

Tubage

Formation
aquifère

b différents schémas de doublets géothermiques

Figure 9 – Techniques de réalisation de forage

5.1 Production d’électricité 5.1.1 Centrales avec cycles à vapeur d’eau


Ces centrales sont réservées à l’exploitation de ressources
La production d’électricité d’origine géothermale s’effectue selon géothermales dont la température au réservoir est supérieure à au
deux modes. On distingue ainsi les centrales géothermiques avec moins 200 oC. Elles font appel à deux techniques différentes :
cycle à vapeur d’eau, où le fluide géothermal est directement uti- — l’échappement libre ;
lisé pour produire de l’électricité par détente dans une turbine de — la condensation.
sa fraction vapeur, et les centrales géothermiques à fluide binaire, ■ Centrales à échappement libre. Il s’agit d’unités modulaires et
technique par laquelle le fluide géothermal cède préalablement son portables, installées le plus souvent en tête de puits et de puissance
contenu énergétique à un second fluide qui est ensuite utilisé pour unitaire comprise entre 1 et 5 MW. La vapeur, obtenue après
assurer la conversion thermo-électrique de l’énergie reçue. séparation par centrifugation dans une enceinte cylindrique des

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ges d’autres puits. Le recours à cette technique est limité à des fai-
bles puissances en raison de son faible rendement (la production
d’1 MW nécessite dans ce cas une consommation de vapeur de
79,0 ans
500 m l’ordre de 16 à 20 t/h). Son avantage principal réside dans la simpli-
cité des installations mises en œuvre d’où une maintenance et une
6,0 exploitation très simplifiées.
ans

28,6 ans ■ Centrales à condensation. En sortie de turbine, la vapeur n’est


5,0 ans
plus rejetée à l’atmosphère mais condensée. L’intérêt est d’obtenir
une pression à l’échappement de la turbine inférieure à la pression
16,9 ans atmosphérique (échappement sous condition de vide) et d’augmen-
ter ainsi le rendement de conversion thermoélectrique (la produc-
l 14,3aans tion d’1 MW permet dans ce cas de limiter la consommation de
5,0 ns P
vapeur à une valeur comprise entre 8 et 10 t/h). En règle générale,
1 6,9 an s les turbines utilisées sont à simple flux de vapeur avec une pression
d’admission comprise entre 0,5 et 0,8 MPa absolus. Cependant, il est
possible aussi de recourir à des turbines à double flux. Dans ce der-
2 8 ,6 a n s
nier cas, l’eau chaude résiduelle issue du séparateur est vaporisée
par baisse de sa pression dans une enceinte appelée chambre de
vaporisation ; la fraction de vapeur produite alimente ensuite les
derniers étages de la turbine avec une pression d’admission proche
7 9,0 an s de la pression atmosphérique (figure 13). L’avantage de cette tech-
nique est de maximiser la récupération d’énergie disponible dans le
fluide géothermal. Elle rend toutefois plus complexe l’installation.
Lignes de courant et temps de transfert thermique
La gamme de puissance des turbines à condensation va de 10 à
Évolution du front thermique
55 MW, avec plus fréquemment des tailles unitaires de 20, 35 ou
P = forage producteur 55 MW. Les turbines de taille supérieure sont exceptionnelles.
l = forage injecteur Généralement, une centrale géothermique à condensation est
composée de plusieurs groupes turboalternateurs, souvent de
a visualisation des lignes de courant
même puissance, et installés en ligne.
Si les centrales géothermiques avec cycles à vapeur d’eau se
80 prêtent bien, tant techniquement qu’économiquement, à la valori-
Température de production (fond de puits)

sation de ressources de température de réservoir élevée, il n’en est


plus de même au-dessous de 200 oC. En effet, au-dessous de cette
78 température, le pourcentage de vapeur géothermale obtenu en
surface n’est plus assez important. De plus, dans le cas d’une solu-
tion avec condensation et double flux, la vaporisation partielle de
76 l’eau chaude résiduelle issue du séparateur sécheur ne permet pas
d’accroître énormément la quantité de vapeur utilisable, en raison
Seuil (-3°C) Mo de la valeur élevée de l’enthalpie de vaporisation de l’eau (par
no exemple, à 150 oC, la vaporisation de l’eau chaude par baisse de
S tr

74 co u
ch e pression ne donne que 15 % de vapeur supplémentaire).
a ti
fi é

Pour valoriser des ressources de moindre température (tempéra-


ture de réservoir à moins de 120 oC), on a donc recours à une autre
co

72
uc

technologie : celle utilisant le principe du cycle de Rankine à fluide


he

organique ou technologie à fluide binaire.


si
nd
ép

70
en

da
nt 5.1.2 Centrales à fluide binaire
14,3 27 35 es
68
0 10 20 30 40 50 60 Contrairement aux technologies précédentes, où la ressource
Durée d'exploitation (années) géothermale se présentait en surface sous la forme d’un mélange
diphasique eau-vapeur, celle-ci (figure 14) est maintenue sous
b réponse thermique du réservoir pression par le biais d’une pompe immergée placée dans le puits,
ce qui permet de la garder constamment en phase liquide.
En surface, le liquide géothermal extrait est amené dans un
Figure 10 – Schéma hydrodynamique caractéristique du doublet échangeur de chaleur où il cède une partie de son énergie à un
fluide organique (alcane, fluorocarbone, ammoniac, ...) appelé
fluide de travail, qui se vaporise (pour une pression identique, ce
type de fluide présente la particularité de se vaporiser à des tem-
phases liquide et vapeur constituant le fluide géothermal, est pératures plus basses que celle de l’eau par exemple). Les vapeurs
directement détendue dans une turbine et rejetée à l’atmosphère à produites sont ensuite détendues dans une turbine puis con-
l’échappement de la turbine (figure 12). Ce type de centrale est uti- densées au contact du circuit d’eau de refroidissement d’un con-
lisé lorsque la vapeur géothermale contient une quantité élevée de denseur. Le liquide obtenu est alors renvoyé à l’échangeur, par
gaz incondensables ou pour satisfaire des demandes électriques fai- l’intermédiaire d’une pompe pour effectuer un nouveau cycle
bles ou lors de la phase initiale de grands projets de géothermie. (vaporisation, détente, condensation, pressurisation). Le fluide de
Dans ce dernier cas, elles permettent d’obtenir des données très travail évolue donc en circuit fermé.
importantes concernant le réservoir géothermal à exploiter, d’assu- Les centrales de ce type sont de taille unitaire plus modeste
rer rapidement des rentrées d’argent par la vente d’électricité et de (quelques centaines de kW à quelques MW) sachant que l’on peut
fournir par exemple l’énergie nécessaire aux installations de fora- toujours sur un site mettre en parallèle plusieurs unités afin

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Chauffage avec pompe à chaleur - Climatisation


Planchers chauffants
Habitat Centre de loisirs - Piscine
Loisir Balnéothérapie - Thermalisme
Santé Préchauffage (eau-air)
Eau chaude sanitaire
Chauffage urbain

Pisciculture - Aquaculture
Champignonnière
Agriculture Chauffage de serres par le sol
Alimentaire Chauffage de serres par l'air
Préchauffage (eau-air)
Séchage de produits agricoles, bois, poissons
Conserveries

Préchauffage (eau-air)
Mise hors gel
Lavage de la laine - Teinture
Séchage de produits industriels
Production d'électricité par centrales à fluide binaire
Réfrigération par absorption
Extraction de substances chimiques
Industrie Distillation eau douce
Récupération de métaux
Production d'électricité à partir de la vapeur
Évaporation de solutions concentrées
Pâte à papier
Production de froid négatif (système à absorption amoniac)
0 °C 100 °C 200 °C

Basse énergie Moyenne énergie Haute énergie

Figure 11 – Principales utilisations de la géothermie en fonction de la température (d’après B. Lindal)

Atmosphère Vapeur haute pression

Vapeur
Turbine Alternateur
Séparateur
Turbine Alternateur sécheur

Séparateur Vapeur basse


sécheur pression
Eau Chambre de
Eau résiduelle vaporisation
rejetée
Eau
rejetée Eau de Tour de
Eau + vapeur Eau + vapeur refroidissement refroidissement
géothermale géothermale Condenseur

Figure 13 – Schéma de centrale géothermique à condensation


Figure 12 – Schéma de centrale géothermique à échappement libre et double flux

d’atteindre une capacité de production électrique importante, si la 5.2 Usages thermiques


ressource géothermale disponible le permet.
Les usages thermiques de la géothermie sont très nombreux
comme le montre la figure 15.

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culture — par exemple, l’optimum de croissance s’obtient à 14 oC


pour la laitue, 20 oC pour la tomate, 28 oC pour le concombre.
Fluide
géothermal Fluide Exemple : une opération de ce type existe à Lamazère dans le
sous phase organique
liquide Gers, où sept hectares de serres sont ainsi chauffées. Ces serres sont
vaporisé
utilisées pour la culture de plantes d’ornement (yuca) en grande quan-
tité et destinées au marché de la grande distribution.
Turbine Alternateur

■ Chauffage de bassins de pisciculture ou d’aquaculture


Échangeur La pisciculture est une application bien adaptée à la géothermie.
de chaleur
Une augmentation de la température de quelques degrés et sur-
tout son maintien à un niveau constant produit un accroissement
Condenseur du métabolisme chez les poissons et les crustacés. De plus, pour
les animaux de nos climats qui passent durant l’hiver par un stade
de repos physiologique, le maintien dans une eau chaude aura
Eau Eau de Tour de
pour conséquence de prolonger toute l’année leur possibilité de
Fluide
rejetée organique refroidissement refroidissement croissance.
liquide
Pompe Exemples :
géothermique
Le maintien d’un bassin d’élevage de saumons à 15 oC permet leur
mise sur le marché dans un délai de 6 à 12 mois.
Plusieurs opérations existent en France, dont notamment celle de
Figure 14 – Schéma de centrale géothermique à fluide binaire Mios le Teich près du Bassin d’Arcachon où sont élevés des esturgeons
à la fois pour la consommation de leur chair et pour la fabrication de
caviar.

■ Usages industriels
Une majorité des usages directs industriels mentionnés sur la
Pompes figure 11 a lieu entre 100 et 200 oC, à cheval sur les domaines de
Climatisation à chaleur Divers Réseaux
12 % 3% de chaleur la géothermie moyenne et haute énergie.
Hors gel
1% 33 % Parmi ces usages directs, on trouve : le lavage de la laine, le
Process séchage de produits industriels (minéraux), l’extraction de subs-
industriels tances chimiques (récupération des tanins, séparation de l’or dans
10 % les minerais), la récupération de sous-produits géothermiques
(soufre, silice, gaz carbonique), l’évaporation de solutions concen-
trées (production d’eau douce par dessalement de l’eau de mer), la
Pisciculture fabrication de pâte à papier.
13 % Au-dessous de 100 oC, la géothermie peut aussi être utilisée
Chauffage Séchage Piscines,
bains dans des process de fabrication (secteur de la malterie et de la
de serres agricole
12 % 15 % brasserie, par exemple), pour le séchage du bois, de produits agri-
1% coles ou de poissons. Le préchauffage de fluides (eau, air) dont la
température continue d’être relevée dans une chaudière à partir
d’autres énergies (fioul, charbon, etc.) est aussi quelquefois utilisé.
Figure 15 – Répartition en pourcentage des usages thermiques
Enfin, la mise hors gel de grandes surfaces (aéroports, routes et
de la géothermie dans le monde
ponts) comme par exemple en Autriche, aux États-Unis ou en Italie
constitue aussi une application intéressante de la géothermie.
■ Production de froid
■ Chauffage des bâtiments Paradoxalement, il est possible de produire du froid à partir de
chaleur. On utilise pour cela des groupes frigorifiques à absorption.
Le chauffage des habitations, par l’intermédiaire de réseaux de Pour fonctionner, ces systèmes nécessitent une source de chaleur
chaleur, est, par exemple, le premier poste d’utilisation de la qui peut être une ressource géothermale dont la température est
géothermie en France. C’est un secteur important pour quelques supérieure à 100 oC. Deux sortes de cycles sont utilisés : pour les
pays dans lesquels existent des ressources à proximité de zones applications nécessitant du froid négatif, inférieures à 0 oC, on uti-
largement urbanisées, comme en France ou à Riekajvik en Islande. lise des cycles à ammoniac. Pour les applications de réfrigération
En France, où 150 000 logements sont chauffés par la géothermie, ou de climatisation, les cycles lithium-brome sont les plus
des techniques spécifiques ont été mises en œuvre (cf. § 5.5). efficaces.
Des applications existent en Chine et aux USA, utilisant l’un et
■ Chauffage de serres et de bassins de pisciculture-aquaculture l’autre principe.
Le chauffage des serres constitue une cible privilégiée pour
la géothermie dans la mesure où les besoins en énergie y sont
élevés. Ainsi sous nos latitudes, il faut en moyenne 200 t de fioul 5.3 Utilisation de pompes à chaleur
par hectare et par an pour les cultures maraîchères et environ pour le chauffage
400 t/(ha · an) pour les cultures florales ; la croissance optimale des
plantes est fonction de la température et varie selon le type de et/ou la climatisation de locaux
L’utilisation de ressources géothermales dont la température est
inférieure à 30 oC (cas des nappes superficielles ou nappes phréa-
tiques et des nappes peu profondes) — on parle alors de
géothermie très basse énergie — nécessite généralement l’emploi
de pompes à chaleur. Une pompe à chaleur est un système ther-

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modynamique qui permet de prélever de la chaleur à bas niveau


de température (cas des ressources géothermales précédemment
ÉTÉ citées) pour la transférer dans un autre milieu à un niveau de tem-
aéro-réfri- PAC pérature plus élevé. On assure ainsi, par exemple, le chauffage de
gérants condenseur évaporateur puits locaux.
Mais une pompe à chaleur peut aussi fonctionner dans l’autre
sens — on parle alors de pompe à chaleur réversible — elle peut
cpcu
assurer alors la climatisation ou le rafraîchissement de ces mêmes
locaux.
Exemple : la maison de la radio, à Paris (figure 16)
Le chauffage et la climatisation de cet ensemble, réalisé en 1961, uti-
GE lise l’aquifère l’Albien exploité à partir d’un puits unique à une profon-
deur de 550 m, à une température de 27 oC et avec un débit maximal
de 200 m3/h.
La centrale associée au forage comprend quatre pompes à chaleur
de puissance unitaire de 1 400 kW (froid). L’intérêt du procédé est de
permettre d’obtenir simultanément un fluide froid et un fluide chaud,
tous deux utilisables dans les circuits de climatisation en fonction de la
nature et de l’activité des différents locaux (bureaux, studios d’enregis-
chaud plafonds froid
rayonnants trement...)

HIVER PAC
aéros condenseur évaporateur puits
5.4 Cas particuliers
Dans certaines régions où le sous-sol ne révèle pas d’aquifères
exploitables, il est possible, pour des usages thermiques, de
cpcu récupérer la chaleur emmagasinée dans le sous-sol par le biais de
sondes géothermiques.
Une sonde géothermique est constituée par un forage équipé
pour fonctionner comme un échangeur de chaleur. La sonde est
GE reliée à une pompe à chaleur par un circuit qui véhicule le fluide
caloporteur en circuit fermé (figure 17). L’échange de chaleur au
niveau du sous-sol se fait soit par un tube coaxial ou un tube en U
descendu dans le puits et immobilisé par du ciment (bentonite). La
profondeur varie entre plusieurs dizaines et quelques centaines de
mètres. L’avantage du dispositif est qu’il peut être installé dans
n’importe quel milieu géologique à l’exception des graviers secs à
faible conductivité thermique. Ce système s’est largement déve-
chaud plafonds froid loppé en Suisse ces dernières années où il en existe plus de 20 000
rayonnants
généralement associés à des maisons individuelles.
Lorsque des pieux ou des murs de soutènement à grande pro-
MI-SAISON PAC fondeur sont nécessaires pour les fondations de bâtiments, il est
aéros condenseur évaporateur puits facile et peu coûteux de les utiliser pour capter l’énergie du
sous-sol. Il suffit d’équiper les structures en béton de tubes en
polyéthylène dans lesquelles circule de l’eau qui pourra à la fois
assurer le chauffage l’hiver par l’intermédiaire d’une pompe à
cpcu chaleur et du rafraîchissement pendant l’été (figure 18). Plus de
300 références utilisant ce principe existent en Europe.
Par abus de langage, certains systèmes associés à une pompe à
chaleur et utilisant comme source de chaleur le sous-sol à moins
GE de un mètre de profondeur sont appelés chauffage géothermique
(figure 19). À ces profondeurs, la recharge thermique est en fait
assurée par le soleil et les précipitations et l’incidence du flux
géothermal sur celle-ci est inexistante.

5.5 Chauffage urbain géothermique


chaud plafonds froid (cas du Bassin parisien)
rayonnants
PAC pompe à chaleur circuit chaud L’agglomération parisienne a la chance de disposer, à l’aplomb
GE groupe électrogène circuit froid
cpcu compagnie parisienne de zones urbaines denses, d’une ressource géothermale à un
de chauffage urbain niveau de température compatible avec les émetteurs de chaleur
destinés au chauffage des locaux. Ces zones aménagées à partir
des années 1960 étaient souvent équipées de réseaux de chaleur
qui ont pu être adaptés aux contraintes spécifiques de la ressource
Figure 16 – Principe de fonctionnement de la maison de la radio géothermale disponible.

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insuffisante pour alimenter des radiateurs tant que la température


extérieure n’excède pas – 5 oC. De – 5 oC à 1 oC, la fourniture ne
Pompe à chaleur Chauffage à basse température
par le plancher sera que partielle pour les radiateurs. Lorsque le local à chauffer
est équipé de planchers chauffants, on constate que, pour la tem-
pérature extérieure de – 7 oC, le niveau de température de la
géothermie est amplement suffisant pour assurer le chauffage. On
constate par ailleurs, que quelle que soit la température extérieure,
la température de sortie des ensembles équipés de radiateurs est
supérieure à la température d’entrée des ensembles équipés de
panneaux de sol, ils pourront donc être alimentés en cascade.
Graphique B
La puissance nécessaire pour assurer le chauffage d’une opéra-
tion type (3 000 équivalent-logements) est représentée par une
droite (1). Celle-ci joint les points représentant respectivement les
besoins nuls (17 oC) et maximal, soit 24 MW (3 000 équivalent-
logements x 8 kW) par – 7 oC, température minimale en région
parisienne.
La puissance maximale, apportée par la géothermie pour un
Sonde verticale débit de 200 m3/h, est représentée par une droite (2 ou 3). Si l’opé-
exploitant la chaleur
terrestre ration est uniquement équipée de radiateurs, la puissance
géothermique est nulle jusqu’à – 5 oC, elle est maximale pour une
température extérieure de 10 oC. Cette dernière température est
appelée température de transition ; au-delà de celle-ci, la
Extraction de la chaleur géothermie peut fournir la totalité des besoins. Pour des ensem-
bles équipés de panneaux de sol, la géothermie contribue au
chauffage dès la température la plus basse (5 MW par – 7 oC) et
assure la totalité des besoins au-delà de la température de transi-
tion de 9 oC.
Graphique C
Figure 17 – Schéma d’une installation avec sonde géothermique Pour évaluer la quantité annuelle d’énergie susceptible d’être
et PAC apportée par la géothermie pour le chauffage des locaux, on utilise
une courbe monotone. Cette courbe visualise les fréquences
cumulées des températures moyennes journalières au cours d’une
5.5.1 Principes de base saison de chauffage. Pour mieux visualiser la correspondance avec
les graphiques A et B, la courbe monotone a ici subi une rotation
La puissance thermique utilisable dépend de deux paramètres : de π/2 par rapport à sa présentation conventionnelle.
— le débit exploité qui peut être artésien ou assisté par la mise À chaque température extérieure correspond une puissance des
en place de pompes ; besoins. En considérant cette dernière valeur sur l’axe des
— la température de rejet qui, elle, est fonction du type d’utilisa- ordonnées, l’aire délimitée par la courbe monotone représente
tion et des émetteurs terminaux de chauffage. l’énergie totale consommée pendant la saison de chauffe. On déte-
La puissance thermique d’une installation de chauffage rmine de la même manière les aires qui correspondent aux apports
géothermique est fonction du débit exploitable et de l’écart de tem- de la géothermie. Dans l’exemple choisi, la géothermie couvre
pérature entre le fluide géothermal avant et après utilisation. Le 35 % des besoins, si l’opération considérée est chauffée unique-
principe fondamental de conception et d’exploitation d’un réseau ment par des radiateurs, et de 60 % s’il s’agit de panneaux de sol.
de chaleur basse température utilisant l’énergie géothermale
consiste à obtenir, pour chaque régime de fonctionnement, la tem-
pérature de retour la plus basse possible. 5.5.4 Organisation du système de distribution
d’un réseau de chaleur
5.5.2 Émetteurs de chaleur
Il s’agit de déterminer le tracé optimal du raccordement des
Les caractéristiques des émetteurs de chaleur sont données sur ensembles de manière à obtenir les températures de retour géné-
la figure 20. ral du réseau les plus basses.
Le schéma présenté sur la figure 22 donne un exemple de rac-
5.5.3 Détermination du taux de couverture cordement de deux sous-stations en cascade, l’une alimentant des
ensembles équipés de radiateurs, l’autre alimentant des ensembles
géothermique équipés de planchers chauffants. L’arrivée MT (moyenne tempéra-
Les trois graphiques de la figure 21 donnent les principes de ture) provient du retour des sous-stations situées en amont et des-
détermination du taux de couverture par la géothermie d’un réseau servant des ensembles équipés de radiateurs ; elle alimente
de chaleur desservant des immeubles équipés soit de radiateurs, prioritairement les ensembles équipés de planchers chauffants.
soit de planchers chauffants. L’arrivée HT (haute température), en provenance directe du réseau
Considérons le cas d’une ressource géothermale susceptible de primaire, alimente les ensembles équipés de radiateurs. En cas
fournir une température de 65 oC en entrée de sous-station (tem- d’insuffisance du réseau MT, une vanne trois voies peut diriger une
pérature inférieure à la moyenne des températures rencontrées partie du débit vers les ensembles équipés de planchers chauf-
dans la région parisienne, mais bien adaptée à la démonstration fants.
ci-après). Lorsqu’elle est appliquée au chauffage d’habitations, la
géothermie n’assure que très rarement la totalité des besoins, et
Graphique A cela pour des raisons économiques. On peut constater sur la
Comparée aux courbes de régulations figurant sur le premier courbe monotone des besoins (figure 26), qu’avec 50 % de la puis-
graphique, on constate que la température sortie échangeur est sance par – 7 oC, la géothermie couvre plus de 80 % des besoins.

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Niveau 1

Niveau 2

Niveau 3

Niveau 4
F F F F F F F F F F

M M M M
M F

50°C

Pompe
à chaleur Planchers thermoactifs
Expansion 40°C
F

Échangeur

Collecteur

Expansion

Fondations géothermiques équipées de pieux préfabriqués

Figure 18 – Schéma d’une installation avec fondations géothermiques (d’après Nägelebau)

Par ailleurs, la ressource géothermale peut être défaillante (pannes feries destinées à assurer les besoins non couverts (appoint), ainsi
ou incidents divers). Pour ces raisons, un système de production que la totalité des besoins en cas d’indisponibilité de la ressource
de chaleur traditionnel est en général associé à la production de géothermale (secours). Différents montages peuvent être envisa-
chaleur géothermique. Il est constitué par une ou plusieurs chauf- gés (figure 23).

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Pompe à chaleur

Température des
émetteurs (°C)
Graphique A
Radiateurs
Planchers
90 chauffants Température de
Température l'eau du circuit
d'entrée (°C) géothermique
70
65
Profondeur E Température
50 de sortie (°C)
30
Tube de plastique

Figure 19 – Schéma d’une installation avec capteurs horizontaux –7 –5 0 1 5 9 10 15 17


enterrés Température extérieure (°C)

Puissance utile de
chauffage (kW)
24 000
Graphique B
Courbe 1
Température des
emetteurs (°C)

Radiateurs
Planchers
90 chauffants Température de p1 P1 Températures
Température l'eau du circuit Planchers de transition
70 d'entrée géothermique chauffants Puissance
65 2
Température p2 géothermique
50 de sortie 5 000 3 P2
p3
P3
30
–7 –5 0 5 9 10 15 17
10 Radiateurs Température extérieure (°C)
–7 –5 0 5 10 15 17
Radiateurs Température extérieure (°C)
Planchers
Nombre
d'heures
Figure 20 – Caractéristiques des émetteurs de chaleur
5 000
Graphique C
4 000
5.5.5 Utilisation de pompes à chaleur
Pour améliorer l’efficacité énergétique d’un système de pro- 3 000
duction géothermique, des pompes à chaleur peuvent être intro-
duites dans le circuit. Différentes configurations peuvent être 2 000
adoptées.
1 400
1 000
Appoint
0
24 000 p1 p2 5000 p3 0
Tss Condenseur
Tds Puissance utile de chauffage (kW)

Tep –7 0 10
Utilisation Température extérieure (°C)
Ressource Qp Qs Pompe à chaleur
Qr = Qs
Tsp
(rejet) Apport géothermique Radiateurs
Échangeur Planchers chauffants
Tes
Trs
Évaporateur Apport géothermique
Taux de couverture =
Besoins (appoint + apport)
Tep et Tsp températures d'entrée et de sortie primaire
Tes et Tss températures d'entrée et de sortie secondaire
Qp et Qs débits primaire et secondaire Figure 21 – Détermination du taux de couverture
Qr débit réseau

Figure 24 – Condenseur en série avec l’échangeur Sur le schéma présenté figure 24, l’évaporateur de la pompe à
chaleur est placé sur le retour du réseau géothermique, le
condenseur est placé en série avec l’échangeur. Ce montage per-
met de relever le niveau de température avant utilisation. Le

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90 °C 55 °C
Appoint centralisé
Chaufferie
Radiateurs Panneaux
aérothermes de sol Te1 Ts1
Q1
70 °C 45 °C Sous-station MT Te5 Ts5
72 °C 47 °C Q5
Tds Te2 Ts2 Sous-station BT Te9 Ts9
Ressource Q2 Q9
Sous-station MT Te6 Ts6 Sous-station TBT
Aller MT Q6 éventuelle
Te3 Ts3 Sous-station BT
Aller HT Q3
ECS Sous-station MT Te7 Ts7
Q7
Retour Sous-station BT
Q4 Q8
ECS eau chaude sanitaire Trs
Q Débit
Figure 22 – Exemple de raccordement de deux sous-stations Tds températures de départ secondaire
en cascade Trs températures de retour secondaire
Te température d'entrée
Ts température de sortie
Tdr température de départ réseau
schéma de la figure 25, où le condenseur est placé en parallèle
avec l’échangeur, permet pour un même niveau de température Appoint décentralisé
d’augmenter le débit d’utilisation.

Ressource
Sous-station Sous-station Sous-station

6. Aspects économiques
Sous-station type
L’énergie géothermique est de type capitalistique. Elle nécessite Chaudière
généralement des investissements élevés mais présente l’avantage
de coûts d’exploitation relativement faibles.
Réseau primaire

6.1 Production d’électricité Échangeur

Appoint semi-centralisé
6.1.1 Coûts d’investissement Chaufferie 1

Les coûts d’investissement dépendent de nombreux facteurs.


Sous-station
Le premier concerne la taille des unités de production. Géné-
ralement, on ne construit pas une centrale géothermique de pro- Tdr1
duction d’électricité sur mesure, c’est-à-dire en fonction des Sous-station Sous-station
caractéristiques très précises de la ressource à valoriser. On fait
plutôt appel à des produits standardisés autorisant des plages de Tds
fonctionnement autour d’un optimum : l’intérêt de la standardisa- Ressource Sous-station
tion étant de réduire les coûts de fabrication et les délais de livrai-
son.
Les produits disponibles couvrent une gamme de puissances Chaufferie 2
unitaires — fonction de la technologie utilisée — allant 300 kW à Sous-station Sous-station
55 MW (300 kW, 600 kW, 1 200 kW, 5, 10, 15, 20, 35 et 55 MW), ce
qui permet d’exploiter les champs géothermaux de façon progres-
sive, à la fois en fonction des ressources budgétaires dont dispose Tdr2 Sous-station
l’opérateur et en fonction de la demande en électricité de la zone
desservie. On peut ainsi installer une centrale de 10 MW puis Sous-station
quelques années plus tard installer une seconde centrale de 10 MW
ou plus et ainsi de suite. Sachant également qu’il existe un effet
d’échelle : le coût du MW installé pour une centrale de 35 MW
Figure 23 – Différentes configurations d’appoint
étant moins cher que celui d’une centrale de 10 MW, par exemple.
La technologie utilisée est aussi un facteur à prendre en compte.
Le choix de la technologie (§ 5) est directement lié aux caractéris-
tiques de la ressource géothermale à exploiter (température,
composition physico-chimique, quantité de gaz incondensables...). unitaires de 300 kW à 5 MW contre 5 à 55 MW pour les centrales à
Le coût des centrales à fluide binaire ramené au MW est plus élevé condensation).
que celui des centrales à condensation du fait de la technologie Enfin, le coût des forages est aussi un élément déterminant.
proprement dite, mais aussi parce que ces centrales concernent Celui-ci dépend de nombreux paramètres liés aux conditions loca-
des créneaux de puissance unitaires moins importants (puissances les, comme la profondeur du réservoir à exploiter, la géologie du

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l’exemple présenté ci-après (tableaux 1 et 2). Cet exemple est celui


d’une opération type du sud de Paris.
Tss Qr = Qs + Qpac Tds
Tep
Qs Tsc
Tes
Qpac Trs
Échangeur
Condenseur
Ressource
Qp Pompe à chaleur

Évaporateur
Tep

Tsp
(rejet)

Tsc température de sortie condenseur


Qpac débits de la pompe à chaleur
Pour les autres symboles, se reporter aux figures 23 et 24

Figure 25 – Condenseur en parallèle avec l’échangeur

site, son accessibilité, l’existence ou non d’une activité de forage


(pétrole ou gaz) dans le pays concerné, les coûts salariaux en
vigueur...
Pour toutes ces raisons, il est extrêmement difficile d’établir des
coûts d’investissement qui soient reproductibles d’un site à un
autre. Néanmoins, une synthèse de données existantes permet
d’approcher ces coûts par des ordres de grandeur, fonction de la
puissance installée.
Ainsi, à l’échelle mondiale, et relativement aux dix dernières
années, les informations recueillies donnent les ordres de gran-
deur suivants :
— de 1 à 5 MW : de 18 500 à 12 000 F/kW,
— de 5 à 10 MW : de 10 500 à 12 000 F/kW,
— de 10 à 50 MW : de 8 000 à 10 500 F/kW.
Ces coûts comprennent les coûts d’investissement surface et
sous-sol.

6.1.2 Coût de production du kWh électrique


d’origine géothermique
Si l’on arrive à cerner les coûts d’investissement de centrales
géothermiques de production d’électricité, l’exercice concernant
les coûts de production est beaucoup plus délicat à mener. D’une
part parce que la littérature est avare de renseignements sur le
sujet et d’autre part parce que l’éventail des situations est large.
Cet éventail s’explique par l’existence de nombreuses variables
comme : la taille de l’installation, la qualité et le type de gisement
à exploiter, les différences de structures d’exploitation allant de
sociétés nationales de production d’électricité à des sociétés pri-
vées vendant l’électricité sur un réseau public, la politique tarifaire
et fiscale différente d’un pays à l’autre.
Pour fixer un ordre de grandeur, on peut néanmoins situer, sans
trop d’erreurs, la moyenne mondiale du coût du kWh électrique
produit par géothermie dans une fourchette allant de 30 à 60 cen-
times. La comparaison avec d’autres filières énergétique de pro-
duction d’électricité n’est pas aisée puisqu’il faudrait comparer des
situations équivalentes (entre une centrale nucléaire de 1 300 MW
et une centrale géothermique de 10 MW, la comparaison n’a pas de
sens). Toutefois, au final, un coût de kWh compris entre 30 et 60
centimes reste, dans la plupart des cas, tout à fait compétitif.

6.2 Production de chaleur


Les aspects économiques relatifs à l’exploitation de ressources
géothermales de basse énergie peuvent être décrits au travers de

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Tableau 1 – Éléments économiques relatif à une opération de géothermie type du sud de Paris
Unités Valeurs Observations

Ressource : aquifère Dogger exploitation en doublet


Profondeur m 1 700
Température en tête de puits Tp oC 76
Débit nominal Q0 m3/h 300 avec pompe immergée
Investissement géothermique Ig MF 22 forages acier 9′′ 5/8 + boucle d’échange
Température de rejet Tr oC 30 fixée arbitrairement, fonction de l’utilisation
Pincement échangeur oC 3 baisse de température liée à l’échange

Coût d’accès à la ressource géothermique


Puissance disponible à l’utilisation Pg kW 15 000 Pg = Q0 (Tp – Tr – 3 ) 1,16

Coût du kW thermique installé : Ig /Pg F/kW 1 460 à comparer à une chaufferie fioul de même puissance :
500 F/kW

Potentiel annuel disponible Epg MWh 130 000


Epg = 8 760 × 10–3 Pg (valeur théorique supposant un
fonctionnement continu à la puissance nominale)

Coût du MWh géothermique (hors du système de distribution)


Amortissement de l’investissement de la boucle
géothermale : Aog kF/an 1 918 durée de vie : 20 ans ; emprunt sur 20 ans à 6 %/an

Entretien – Conduite P2 g kF/an 550


Gros entretien – Renouvellement P3 g kF/an 1 200 (pompe d’exhaure en garantie totale)
Électricité de pompage P1 g kF/an 855 1 900 MWh ; 0,45 F/kWh
Coût d’exploitation Ceg = P2 g + P3 g + P1 g kF/an 2 605
Valeur moyenne rencontrée pour une application de
Taux de valorisation % 45 chauffage climatique
Production de MWh géothermiques Eg MWh 58 500 Epg × taux de valorisation
Coût du MWh géothermique F/MWh 77,32 (Ceg + Aog )/Eg

Coût du MWh délivré à l’usager


Investissement réseau de distribution MF 35 détail tableau 2
Amortissement de l’investissement du réseau de Amortissement sur une durée de vie 20 ans. Emprunt sur
distribution : Aos kF/an 3 050 20 ans à 6 %/an
Besoins de chaleur des abonnés au réseau de chaleur MWh 78 000
Taux de couverture % 75
Coût d’exploitation surface : Ces kF/an 1 500 conduite, entretien, renouvellement, électricité
Energie d’appoint (19 500 MWh) kF/an 3 315 gaz Tarif B2S, rendement 0,86 (170 F/MWh)

Coût total annuel


Amortissement de l’investissement Aog + Aos kF 4 968 sur 20 ans et 6 %/an
Exploitation Ceg + Ces kF 4 105
Énergie d’appoint kF 3 315
TOTAL kF 12 388
Prix de revient au MWh distribué F/MWh 159 75 % géothermie, 25 % gaz

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Tableau 2 – Récapitulatif des investissements de surface


Montant
Investissement Caractéristique (MF)

Équipement du local technique Échangeur en titane, alimentation électrique, pompes 3,0


de circulation
Télégestion 1,5
Aménagement des sous-stations Réfection totale de 40 sous-stations 7,0
Réseau de chaleur principal 4 000 mètres linéaires × 4 500 F 18,0
Raccordement des sous-stations 0,5
Aménagement des chaufferies d’appoint Conservation des principales chaufferies existantes. 2,0
Ingénierie 3,0
TOTAL surface 35,0

Nota : les valeurs mentionnées dans ces deux tableaux sont issues d’une étude réalisée
en 1999 pour le compte de l’Union Européenne et intitulée « Analyse technico-économique
comparative portant sur des opérations européennes de géothermie basse énergie en ser-

Température extérieure (°C)


vice depuis plus de cinq ans ».

–7

Puissance
6.2.1 Coût d’accès à la ressource

Pu
Énergie potentiellement
La puissance géothermique disponible Pg est fonction de la tem-
is
an récupérable : aire rectangle ABCD

s
pérature de rejet après échange, qui elle-même est liée aux carac- ce
to
téristiques des émetteurs de chauffage (§ 5). Le niveau de Appoint ta
le
température directement utilisable après échange est inférieur de B Pg (∆T = 40 °C) c
quelques degrés à la température en tête de puits pour tenir e
8 péré
compte du pincement de l’échangeur. L’investissement Ig néces- e r é cu
saire à la production d’énergie géothermique comprend les fora- anc
iss
Pu
ges, mais également les autres éléments constituant la boucle
géothermale à savoir la pompe d’exhaure immergée, la pompe de Base = ressource
D
réinjection, la jonction des puits et le dispositif d’échange. A
18
3 500 5 500 Temps (h)
Exemple : dans le cas du tableau 1, le coût du kW géothermique
installé (Ig /Pg) s’élève à 1 460 F/kW, soit près de trois fois celui d’une –7 Teq (8) 18
chaufferie fioul de même puissance (500 F/kW). Température extérieure (°C)

Le potentiel énergétique disponible est représenté par l'aire du


Le potentiel énergétique annuel disponible (valeur théorique) rectangle ABCD
Epg est calculé en considérant la puissance nominale Pg constante Le taux de couverture par la géothermie est le rapport de la partie
sur toute l’année, soit Pg × 8 760 heures/an. grisée par la surface sous la courbe monotone (puissance totale)
Le taux de valorisation de la géothermie est le rapport de la surface
grisée par la surface du rectangle ABCD
A partir de 8 °C (Teq ), la géothermie assure la totalité des besoins
6.2.2 Coût du MWh géothermique
(hors système de distribution)
Figure 26 – Taux de valorisation – Taux de couverture
Les paramètres principaux à intégrer dans l’analyse sont
détaillés ci-après.
Le coût d’exploitation de la boucle géothermale Ceg est quant à
Le nombre de MWh géothermiques produits par an, Eg, déte-
lui constitué de trois postes essentiels :
rminé comme suit :
— l’entretien conduite (y compris le coût des inhibiteurs de
Eg = Epg × taux de valorisation corrosion ) P2 g ;
— le gros entretien, renouvellement P3 g au sein duquel la
Les besoins de chaleur sont souvent liés aux conditions clima- pompe immergée représente le poste le plus important ; le gros
tiques, lorsqu’il s’agit de chauffage de locaux ou de serres. La taille entretien est souvent confié en garantie totale à une société
ou l’importance des besoins de l’utilisateur permet de définir le spécialisée ;
taux de couverture de ces besoins par la géothermie, mais aussi le — la consommation d’électricité spécifique P1 g nécessaire au
taux de valorisation de la géothermie, paramètre fondamental pour fonctionnement de la boucle (exhaure et réinjection).
apprécier l’économie d’un projet (figure 26).
L’amortissement A og de l’investissement lié à la boucle géothe- Exemple : au final, et pour le cas traité dans le tableau 1, le prix de
rmale est déterminé de façon classique. revient du MWh géothermique avant distribution s’élève donc à un peu
plus de 77 F/MWh, en considérant un taux de valorisation de l’énergie
Exemple : dans le cas du tableau 1, les conditions de financement géothermique de 45 % (on peut constater que, compte tenu du poids
suivantes sont prises en compte : taux d’emprunt de 6 %/an — ce qui des charges fixes, le taux d’utilisation ou le nombre de MWh distribués
correspond au taux pratiqué pour des investissements de ce type en apparaît comme un élément fondamental dans la détermination du
2000 — sur une durée de 20 ans. coût du MWh géothermique produit).

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Enfin, si l’on considère la boucle géothermale (forages et le sys-


tème d’échange), comme équivalente à une chaufferie classique, il
250

Coût (F/MWh)
est possible de faire la comparaison avec des systèmes utilisant Gaz
des énergies fossiles. À titre d’exemple, le coût du combustible
200
d’appoint (valeur à fin 2000) utilisé sur le même réseau serait res-
pectivement de :
150
— 170 F/MWh utile (rendement moyen : 86 %) pour le gaz
naturel ; Réseau (géothermie + appoint)
— 270 F/MWh utile (rendement moyen : 86 %) pour le fioul 100
domestique. Géothermie (sortie centrale géothermique)
50

6.2.3 Coût du MWh délivré à l’usager 0


10 20 30 40 50
L’énergie géothermique ne peut être valorisée que si elle est Investissement réseau (MF)
distribuée à la porte des utilisateurs potentiels via un réseau de
chaleur. Figure 27 – Sensibilité au coût d’investissement surface
Chaque opération est un cas particulier et les investissements de
distribution de chaleur peuvent varier du simple au triple pour une
même puissance géothermique disponible.
Outre l’existence préalable d’un réseau de chaleur, les para- ■ Coûts d’exploitation de surface
mètres principaux entrant dans l’investissement de surface sont : Le coût Ces d’exploitation des installations de surface distribuant
la densité thermique des utilisateurs, le type de sous-stations exis- la chaleur indiqué dans l’exemple traité (tableau 1) a été évalué à
tantes, la nécessité ou non de construire une chaufferie d’appoint. partir d’une enquête récente portant sur une quarantaine de
■ Réseau de chaleur principal réseaux. De cette enquête, il ressort un coût moyen de 70 F/kW ins-
Il faut distinguer deux cas : tallé. L’énergie d’appoint est selon les cas du fioul ou de plus en
plus du gaz.
— il existe déjà un réseau de chaleur desservant l’essentiel des
utilisateurs. Dans ce cas, il faudra réaliser le raccordement de la ■ Prix de revient du MWh distribué par un réseau alimenté
centrale géothermique au réseau et adapter le réseau et les avec une centrale géothermique
sous-stations des utilisateurs pour les rendre compatibles avec la Le prix résultant sera fonction de la charge d’emprunt à suppor-
géothermie ; ter et des performances de l’installation de production géother-
— il n’existe pas de réseau de distribution de chaleur. Il faudra mique (taux de couverture).
donc le créer. Dans ce cas de figure, les investissements seront
beaucoup plus importants. Les ordres de grandeur vont de 3 500 à Exemple : dans le cas présenté (tableau 1), le prix de revient cal-
6 000 F par mètre linéaire de réseau, selon que la zone à desservir culé du MWh distribué est de l’ordre de 159 F/MWh.
est plus ou moins urbanisée. Ce qui, comparé au prix de revient d’énergies concurrentes, est
■ Modification des sous-stations tout à fait compétitif.
Les sous-stations doivent être modifiées pour obtenir des tem- ■ Sensibilité au coût d’investissement surface
pératures de retour vers la géothermie les plus basses possibles. La figure 27 met en évidence le fait que la variation du coût de
Le coût d’une sous-station d’échange pour un ensemble d’une cen- l’énergie distribuée dans un réseau alimenté par géothermie est
taine de logements est de l’ordre 180 kF. très dépendante des investissements à réaliser en surface (réseau
■ Chaufferies d’appoint secours principal et sous-station). Le manque de performance que l’on attri-
Dans le cas du chauffage de logements, la géothermie n’est bue parfois à la géothermie peut être le fait d’un réseau de chaleur
jamais dimensionnée pour assurer la totalité de la puissance. Il est non adapté ou desservant une zone de densité insuffisante.
donc nécessaire de prévoir des systèmes de production classiques Exemple : dans le cas du tableau 1, on prend pour hypothèse une
pour l’appoint et le secours. Lorsque cela est possible, la chaufferie durée de vie des installations de 20 ans et un financement par emprunt
ou les chaufferies existantes sont utilisées. Parfois, pour des faci- sur 20 ans.
lités d’exploitation, on peut être amené à réaliser, à proximité de
la centrale, une chaufferie nouvelle (cf. § 6). Le tableau 3 présente, enfin, quelques variantes.
(0)

Tableau 3 – Prix de revient du MWh produit et distribué, en fonction de différentes hypothèses financières
Prix de revient Prix de revient Prix de revient Prix de revient
du MWh du MWh du MWh du MWh
Emprunt
Durée de vie géothermique distribué géothermique distribué
(ans) (F) (F)
Durée Taux (F) (F)
(ans) (%) Après 15 ans

15 15 6 83,25 170

20 15 6 83,25 170 44,5 95

20 20 6 77,3 159 77,3 159

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7. Géothermie France, la présence d’un puits de réinjection suffisant en général à


supprimer ou atténuer ce risque.
et environnement En basse enthalpie, le risque peut provenir de la contamination
de nappes d’eau potable traversées par les forages destinés à
exploiter la chaleur géothermale d’une nappe plus profonde et
La géothermie est considérée comme une énergie non polluante, chargée en sel. Cette contamination peut aussi se produire à l’occa-
mais nécessite dans sa mise en œuvre un certain nombre de pré- sion du percement d’un forage sous l’effet de la corrosion.
cautions. Le système d’exploitation géothermique par « doublet » (le
L’évaluation de l’impact d’une opération de géothermie sur fluide géothermal extrait est réinjecté dans un second puits après
l’environnement suppose une analyse à deux niveaux. Le premier exploitation de son contenu énergétique), tel que pratiqué dans la
niveau correspond à la mise en œuvre initiale de l’opération. Il région parisienne, constitue un énorme avantage vis-à-vis de
concerne les travaux de forages et du réseau de distribution. Le l’environnement en permettant, d’abord, d’éviter le rejet en surface
second niveau est celui de l’exploitation, en effectuant notamment du fluide géothermal souvent très polluant et à température encore
une comparaison avec les énergies classiques auxquelles la trop élevée. Il permet ensuite de conserver les pressions hydrosta-
géothermie peut se substituer. tiques naturelles à l’intérieur des nappes aquifères utilisées.
Dans certaines régions du monde, souvent pour des raisons éco-
nomiques, il n’est pas toujours prévu de réinjection, avec deux
7.1 Conditions de mise en œuvre conséquences : une pollution thermique et chimique en surface et
L’impact sur l’environnement doit être analysé tout au long des des émissions dans l’atmosphère liées au dégazage du fluide à la
diverses phases d’évolution d’une opération. En premier lieu lors pression atmosphérique. Outre le fait que les eaux extraites à
de la réalisation du forage, ensuite pendant toute la durée de grande profondeur contiennent généralement des quantités impor-
l’exploitation, enfin au moment de la fermeture si l’on décide de tantes de chlorure de sodium, il n’est pas rare d’y rencontrer des
cesser l’exploitation pour diverses raisons. quantités significatives de produits toxiques (bore et arsenic en
La réglementation en vigueur en France prévoit toute une série Turquie, phénol en Roumanie, par exemple). Les gaz libérés par le
de dispositions mettant l’accent sur la protection de l’environne- fluide géothermal peuvent aussi contenir des quantités impor-
ment dans chacune des phases précitées. En règle générale, les tantes de gaz carbonique, mais aussi de l’hydrogène sulfuré, du
forages sont soumis à une étude d’impact sur l’environnement dioxyde de soufre, de l’acide sulfurique en aérosol, de l’ammoniac.
(décret no 78.498 du 28 mars 1978, relatif aux titres de recherche et Sur le champ géothermique haute énergie de Kizildère en Turquie,
d’exploitation de géothermie). chaque kWh produit génère 2,1 kg de gaz carbonique, alors qu’un
L’étude d’impact doit traiter séparément la phase chantier et la kWh produit à partir de la combustion de charbon ne génère que
phase exploitation. Si elle est entreprise suffisamment tôt, elle 0,5 kg de gaz carbonique.
contribue au choix des sites pour l’implantation des installations et
des chantiers. De plus, elle permet de définir les mesures de pré- 7.1.3 Phase de fermeture : pas d’abandon
vention et de limitation des nuisances possibles. des ouvrages sans précautions
Lorsque les puits doivent être abandonnés pour diverses raisons
7.1.1 Phase de réalisation du forage (fin d’exploitation, puits détérioré et non réparable, insuffisance de
En milieu urbain, l’activité de forage pose essentiellement des production, etc), il est absolument nécessaire de supprimer les
problèmes de bruit. On peut y ajouter le problème des boues et risques ultérieurs de pollution des nappes aquifères qui ont été tra-
des déblais. Cet impact se limite à la période de réalisation des versées par les puits. Dans ce but, l’opération consiste à isoler les
forages, soit trois à quatre mois pour un doublet ; un à deux mois différentes nappes qui pourraient communiquer éventuellement
pour un puits unique. entre elles par la partie intérieure des puits, en y injectant autant
Le bruit d’un forage n’est pas supérieur à celui de matériels de de bouchons de ciment qu’il sera nécessaire, c’est-à-dire autant
nivellement, tels que les marteaux piqueurs et les camions. Il pré- qu’il y a de nappes.
sente cependant l’inconvénient de durer nuit et jour. À cela
s’ajoutent le va-et-vient des camions, en particulier dans les phases
d’installation et de démantèlement du chantier. Pour réduire les 7.2 Impact de la géothermie
nuisances sonores occasionnées, une solution consiste à entourer en tant qu’énergie de substitution
le chantier de caissons antibruit. aux énergies fossiles
La pollution du sol en surface est temporaire et accidentelle. Elle
dure le temps du forage et résulte d’infiltrations de boues ou d’eau 7.2.1 Caractéristiques d’utilisation de base
de forage dans le sol, en particulier au niveau des bourbiers. Elle
n’existe pas si la nature géologique des terrains est correctement
de la géothermie
étudiée et prise en considération. Les bourbiers ne sont de toute Comparée à la plupart des énergies classiques, la géothermie,
façon utilisés que pour un stockage ou un transit temporaire des lorsqu’elle est exploitée avec les précautions d’usage décrites
fluides extraits du forage et sont toujours périodiquement ci-avant (§ 7.1.2), présente des avantages environnementaux indé-
vidangés : les boues étant évacuées en centre technique d’élimi- niables. Le premier tient dans le fait qu’il s’agit d’une énergie
nation. directement utilisable soit sous forme de chaleur, soit par transfor-
Lors des essais, diverses précautions doivent être prises pour mation en électricité : il n’y a pas combustion, contrairement aux
éviter toute pollution thermique et chimique et les nuisances dues autres énergies comme le charbon, le pétrole ou le gaz, et par
aux odeurs et aux émanations de gaz divers (H2S en particulier). conséquent, pas de production de gaz polluants, ni de gaz carbo-
nique, générateur de l’effet de serre.
7.1.2 Phase d’exploitation
7.2.2 Avantages de la substitution
Quel que soit le type d’utilisation, la phase d’exploitation est
bien sûr celle qui dure le plus longtemps, avec comme
de la géothermie aux autres énergies
conséquence des interactions possibles sur le milieu. Dans ses différents usages, la géothermie peut se substituer à
Les phénomènes de subsidence qui peuvent éventuellement se l’utilisation d’énergies classiques. Une mesure de l’effet réel de
traduire en surface par des phénomènes d’affaissement de terrains cette substitution d’énergie sur l’environnement peut être effectuée
peuvent exister en « haute enthalpie » ; ils ont été rencontrés en en déterminant la réduction des émissions de principaux polluants
Italie à Lardarello. Ces phénomènes n’ont jamais été rencontrés en caractéristiques de la combustion d’énergies fossiles, à savoir : le

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gaz carbonique, le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote et les


hydrocarbures. Tableau 4 – Évolution de la puissance électrique
mondiale installée
Exemple : ainsi dans la région parisienne, la substitution par la
géothermie des systèmes de chauffage utilisant des énergies fossiles Puissance
a permis de réduire annuellement les émissions locales de : électrique
— 700 000 t de gaz carbonique ; Puissance
supplémen-
— 8 740 t pour le dioxyde de soufre ; électrique Total
taire
— 1 100 t pour les oxydes d’azote ; Région/pays installée en 2010
à installer
— 200 t pour les poussières. en 1995
de 1996
à 2010
Cet exemple illustre bien l’intérêt de la géothermie d’un point de (MW) (MW) (MW)
vue environnemental. En outre, vu sous l’angle économique, la
comparaison des prix de revient réels de chaque énergie — France (Guadeloupe) 4 15 19
c’est-à-dire intégrant le coût des contraintes environnementales
liées à leur emploi — montrerait aisément que la géothermie Grèce 0 210 210
demeure une énergie très compétitive. Islande 50 300 350
Italie 742 170 912
Portugal (Açores) 9 15 24
8. Développements Russie 11 210 221
et perspectives Turquie 21 460 481
Total Europe 837 1 380 2 217

8.1 Géothermie actuellement exploitée Argentine 1 30 31


Bolivie 0 100 100
8.1.1 Géothermie haute et moyenne enthalpie Chili 0 100 100
(production d’électricité) Costa Rica 60 780 840
La géothermie, source de production d’électricité, a connu au Équateur 0 445 445
cours des années 1990 un fort taux de croissance (augmentation de Guatemala 0 85 85
11 % par an de la puissance mondiale installée). Cet essor devrait
se poursuivre dans les années à venir avec un rythme aussi sou- Mexique 753 435 1 188
tenu.
Nicaragua 70 465 505
Le tableau 4 montre les projections concernant l’évolution de la
puissance mondiale installée, pays par pays, jusqu’en 2010. Ces Salvador 118 150 268
données ont été établies en 1997 en prenant en compte les hypo- USA 2 848 130 2 978
thèses suivantes :
— tous les projets en cours de montage technique et financier Total Amérique 3 850 2 720 6 540
en 1997, et ceux en cours de construction seraient effectivement
Chine 32 230 262
opérationnels en 2005, avec une capacité totale installée corres-
pondant à 35 % des ressources identifiées en 1997 mais non Inde 0 30 30
encore exploitées ;
Indonésie 309 2 050 2 359
— de 2005 à 2010, les 65 % des ressources identifiées restantes
seraient exploitées. Japon 300 2 800 3 100
Ce tableau appelle quelques commentaires : Philippines 1 445 1 455 2 900
— le scénario pris en compte est un scénario médian, relative- Thaïlande 0 7 7
ment proche de la réalité que l’on peut attendre, si l’on tient
compte de l’évolution constatée les dix dernières années ; Total Asie 2 086 6 572 8 658
— le développement de la géothermie source de production
d’électricité devrait essentiellement s’opérer dans les prochaines Australie 1 50 51
années en Asie du Sud-Est et en Amérique centrale (Mexique Nouvelle Zélande 286 160 446
inclus). On peut noter aussi, un commencement de développement
assez marqué en Amérique du Sud et en Afrique (ces zones ont Papouasie Nouvelle
Guinée 0 300 300
surtout fait l’objet, ces dernières années, de travaux de reconnais-
sance — toujours très longs — et les pays concernés devraient Total Océanie 287 510 797
passer maintenant à une phase de mise en œuvre de projets).
Éthiopie 7 105 112

8.1.2 Géothermie basse énergie Kenya 45 355 400


(production de chaleur) Mozambique 0 23 23

■ Situation récente Total Afrique 52 483 535


Les tentatives d’inventaires mondiaux des utilisations de la
géothermie à des fins thermiques sont plus beaucoup complexes TOTAL 7 112 11 665 18 747
que

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celles concernant l’électricité, d’une part à cause de la diversité des de haute et moyenne énergie. Toutefois, leur exploitation n’a pas
applications et, d’autre part, à cause des dimensions souvent suivi la progression qu’a connue la production d’électricité ces
réduites des installations. Rendre homogènes des données quinze dernières années. Cette situation un peu paradoxale peut
concernant le chauffage de serres, de piscines, de bâtiments, le s’expliquer comme suit.
séchage du thé, la mise hors gel des routes et la pisciculture est L’industrie de la géothermie source de production d’électricité
extrêmement difficile. Les données recueillies sont donc moins fia- est plus ancienne, mieux structurée et mieux armée. Son essor
bles que celles recueillies pour la production d’électricité. Cepen- remonte au début des années 1960 et les techniques sont éprou-
dant, depuis 1985, des inventaires de plus en plus précis et vées. La géothermie, production de chaleur, a amorcé son dévelop-
complets sont menés régulièrement par l’IGA (International Geo- pement industriel dans une période plus récente (fin des années
thermal Association ) et les données obtenues permettent de cer- 1970 et début des années 1980), et elle s’est trouvée confrontée
ner de mieux en mieux la situation. assez rapidement à la concurrence exercée par les énergies fos-
En 2000, la puissance thermique mondiale installée était de siles (notamment le gaz) lorsque le cours de celles-ci a commencé
l’ordre de 16 200 MW. Elle se trouvait répartie dans plus de cin- à chuter durablement, à partir de 1986. Il s’agit donc d’une indus-
quante pays, avec comme pays leaders les États-Unis (33 % de la trie qui n’a pas eu réellement le temps de s’installer, compte tenu
puissance mondiale installée), la Chine (17 %), L’Islande (9 %) et la d’un contexte énergétique peu favorable. Néanmoins, la
Turquie (5 %) (tableau 5). Cette puissance mondiale installée géothermie, source de production de chaleur, possède de nom-
correspondait à une production d’énergie annuelle évaluée à breux atouts et sa contribution significative à la lutte contre l’effet
45 TWh ; la Chine étant le premier pays en terme d’énergie pro- de serre peut dans les années à venir lui donner un nouvel élan.
duite (19 % de l’énergie mondiale produite), suivis par l’Islande et Sa progression dépendra des politiques nationales et internationa-
les États-Unis (12,5 % chacun). Quant aux pays de l’Union euro- les mises en œuvre pour limiter les émissions polluantes.
péenne, leur place était plus modeste avec seulement 11 % de la Pour l’Europe, les objectifs sont par exemple de doubler la capa-
puissance mondiale installée et 10 % de l’énergie produite. Dans cité géothermique installée d’ici à 2010.
les autres régions du monde (Amérique du Sud, Afrique, Océanie),
le développement des applications thermiques de la géothermie
était quasi-inexistant, hormis en Nouvelle-Zélande. 8.1.3 Géothermie très basse énergie
(0)
Il s’agit dans le cas présent d’exploiter l’énergie contenue dans
Tableau 5 – Situation en 2000 de la géothermie basse le sous-sol proche, à l’aide de pompes à chaleur dénommées
énergie (usages thermiques) dans les pays qui en sont pompes à chaleur géothermiques (§ 5.4).
les plus gros utilisateurs Ces pompes à chaleur connaissent un développement remarqué
depuis le début des années 1990, notamment en Amérique du
Énergie géothermique Puissance thermique Nord, mais aussi dans plusieurs pays européens (Suisse, Suède,
Pays produite installée Allemagne...). Leur intérêt principal réside dans leur capacité à
(GWh/an) (MW) pouvoir répondre à différents besoins (chauffage et/ou rafraî-
chissement de bâtiments, production d’eau chaude sanitaire) et à
Chine 8 724 2 814 couvrir, en fonction des techniques utilisées, les besoins thermi-
USA 5 640 5 336 ques de bâtiments de tous types [maison individuelle, habitat col-
lectif, immeubles du petit tertiaire (magasins, par exemple), du
Islande 5 603 1 469 moyen tertiaire (comme l’hôtellerie ou les immeubles de santé) et
Turquie 4 377 820 du grand tertiaire (immeubles de bureaux)]. Ce développement est
également lié à la mise sur le marché de produits « pompes à
Nouvelle Zélande 1 967 308 chaleur » désormais fiables et de plus en plus performants. Par
Géorgie 1 752 250 ailleurs, plusieurs études ont montré que ces systèmes présen-
taient, vis-à-vis des problèmes d’effet de serre, des avantages cer-
Russie 1 703 307 tains, par comparaison avec des systèmes plus traditionnels de
Japon 1 621 257 chauffage.
Pour l’année 2000, le nombre d’unités vendues aux États-Unis
France 1 360 326
était de 50 000, et de 20 000 en Europe ; les objectifs annuels de
Suède 1 147 377 vente, fixés pour 2010, sont respectivement de 400 000 unités aux
États-Unis et de 100 000 en Europe, ce qui montre l’intérêt grandis-
Mexique 1 089 164
sant pour ces systèmes.
Italie 1 048 326

En France, aucune nouvelle opération de taille significative n’a 8.2 Recherches


vu le jour depuis 1986. Les raisons sont liées à deux facteurs : la
baisse du cours des énergies fossiles suite au contre-choc pétrolier
de 1985 et l’apparition, à la même époque, de problèmes de cor-
rosion affectant les tubages d’un certain nombre d’opérations du 8.2.1 Stockages thermiques souterrains
Bassin parisien. La politique menée depuis a consisté à assainir la
situation financière des installations existantes et à résoudre les Le stockage d’énergie thermique dans le sous-sol consiste à
problèmes techniques auxquels elles se trouvaient confrontés ; mettre à profit les propriétés des formations géologiques pour
cela afin de maintenir ces installations en fonctionnement et les emmagasiner une énergie disponible et excédentaire à un instant
développer. Cette période de consolidation des opérations devrait donné — c’est-à-dire sans utilisation immédiate — et pour l’exploi-
permettre au cours de la décennie 2000-2010 de relancer l’activité ter ultérieurement en période de demande. Le domaine d’applica-
en France et rien n’interdit de penser que de nouvelles opérations tion le plus courant est celui du chauffage de locaux. Une
voient le jour dans les prochaines années. économie substantielle de combustibles traditionnels peut être
envisagée en mettant en réserve temporaire un surplus d’offres
■ Développements attendus énergétiques : énergie solaire, rejets industriels, électricité d’été,
Potentiellement, les ressources géothermales basse énergie sont dissipation des systèmes de refroidissement et de climatisation,
beaucoup plus importantes et mieux réparties que les ressources incinération d’ordures ménagères.

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ÉNERGIE GÉOTHERMIQUE _______________________________________________________________________________________________________________

Exemple : une étude menée conjointement par l’ADEME et la


Région Île-de-France, en 1997, sur le potentiel de chaleur dégagée par HIVER ÉTÉ

les usines d’incinération en région parisienne, faisait apparaître une


quantité d’énergie disponible importante non valorisée, surtout pen-
dant l’été, estimée, sur la base des installations en fonctionnement, à Plancher PAC PAC Plancher
100 000 tep. En intégrant, les installations en construction ou en projet, chauffant rafraichissant
ce chiffre atteindrait 260 000 tep à l’horizon 2002 et 470 000 tep à
l’horizon 2010.
Niveau piézométrique été Niveau piézométrique hiver
Le thème du stockage thermique en sous-sol a fait l’objet, depuis
le milieu des années 1980, de recherches et d’expériences tout à Niveau piézométrique hiver Niveau piézométrique été
fait intéressantes, notamment en France. Mais c’est actuellement
surtout dans des pays comme la Suisse, les Pays-Bas, la Suède que Été Été
se poursuivent des travaux dans ce domaine. Aquifère
Hiver Hiver
Les techniques utilisées s’apparentent à celles de la géothermie.
On distingue généralement les stockages dits artificiels et les stoc- Puits Puits
kages dans le milieu naturel. Dans la première catégorie, on classe chaud froid
les stockages en cuve d’eau (enterrés ou non) ou en bassin. Ce
sont les systèmes les plus onéreux, et surtout ils ne se conçoivent Figure 28 – Schéma de principe d’un stockage en aquifère
que pour des installations de taille réduite ; par contre, on en maî- de type puits chaud – puits froid
trise bien les performances. Dans la deuxième catégorie, on classe
les stockages en aquifère, les plus prometteurs, mais aussi les plus
Ces raisons ont conduit des pays comme les États-Unis, l’Angle-
complexes. La figure 28 montre le principe d’un de ces stockages
terre ou le Japon à développer des recherches sur ce thème depuis
— communément appelé stockage de type puits chaud-puits froid.
plusieurs années. D’autres pays s’y intéressent depuis peu tels la
Enfin, intermédiaires entre ces deux catégories, se situent les stoc-
Suisse ou l’Australie. La France, pour sa part, est également pré-
kages diffusifs constitués soit de puits verticaux ou de serpentins
sente sur ce thème, dans le cadre d’un programme Européen de
horizontaux dans lesquels circule en circuit fermé un fluide
recherche qu’elle a initié.
caloporteur (cf. § 5.4). Généralement connecté à une pompe à cha-
leur, ce type de stockage permet, lorsque le fonctionnement de la Le Programme européen de géothermie profonde a débuté en
pompe à chaleur peut être inversé (c’est-à-dire lorsque la même 1987, sur la base d’un accord franco-allemand. Il associe comme
pompe à chaleur assure le chauffage d’un bâtiment en hiver et son principaux partenaires financiers, la France, l’Allemagne et l’Union
rafraîchissement en été) de réinjecter dans le sous-sol l’énergie européenne et comme partenaires scientifiques des équipes de
prélevée en été dans le bâtiment à rafraîchir pour la réutiliser en recherche françaises, allemandes, anglaises, italiennes, suisses et
hiver en période de chauffage. suédoises. Il s’agit, à l’heure actuelle, du programme le plus
avancé au niveau mondial et il privilégie une autre approche en
matière de géothermie profonde.
8.2.2 Géothermie des roches fracturées
En effet, le concept de base élaboré par les Américains puis testé
La température des roches augmente rapidement avec leur pro- à la fois aux États-Unis, en Angleterre ou au Japon, au milieu des
fondeur. De ce fait, d’immenses quantités de chaleur sont dispo- années 1980, consistait à créer artificiellement en profondeur et en
nibles dans le sous-sol. Cependant, celles-ci sont en très grande milieu compact et fermé une zone d’échange constituée de frac-
partie emmagasinées dans des formations rocheuses peu ou pas tures obtenues par injection d’eau sous très forte pression dans la
perméables. Si bien qu’en l’absence d’eau, il n’est pas possible de masse rocheuse. Cela avec l’idée de pouvoir reproduire les techni-
les extraire (sauf si l’on tient compte des petits systèmes de pompes ques mises en œuvre en tout point du globe. Les résultats des
à chaleur géothermiques décrits précédemment (§ 5.4), mais qui essais menés sur plusieurs sites d’expérimentation n’ont cepen-
potentiellement restent marginaux en terme d’énergie extraite). dant jamais été à la hauteur des ambitions affichées, puisqu’une
La seule possibilité d’augmenter, de façon significative, le potentiel fois le réseau de fractures créé artificiellement, il s’est avéré très
des ressources exploitables et d’étendre la géothermie en tout point difficile, à chaque fois, d’y faire circuler de l’eau depuis la surface
du globe serait donc de créer artificiellement des réservoirs géother- sans dépenser une quantité d’énergie importante, et sans que l’on
maux. Techniquement, le concept à mettre en œuvre est simple. Il puisse récupérer en totalité l’eau injectée en profondeur.
s’agirait dans un premier temps d’accroître la perméabilité de forma- D’où l’idée, développée dans le cadre du programme européen
tions rocheuses peu ou pas perméables — situées à une profondeur de géothermie profonde, de s’intéresser à des massifs rocheux
suffisante pour obtenir des températures intéressantes — en fractu- déjà fracturés naturellement. Cette approche est beaucoup plus
rant la roche par injection dans un ou plusieurs forages d’eau sous restrictive que le concept de base, mais elle est cependant plus réa-
très forte pression. Dans un second temps — un réseau de fractures liste et peut s’appliquer dans de très nombreux endroits comme
suffisamment dense et étendu étant ainsi créé — il suffirait alors d’y les zones de fossés d’effondrement par exemple. C’est le cas en
faire circuler de l’eau depuis la surface pour qu’elle se réchauffe au France, avec le fossé Rhénan ou le couloir Rhodanien, mais aussi
contact des roches et de récupérer ensuite cette eau réchauffée pour en Europe où l’on estime à plus 100 000 km2, la surface susceptible
l’utiliser à des fins de production d’électricité ou de chauffage. d’être intéressée par la mise en œuvre de telles techniques. Les
La mise en œuvre de ce concept, développé initialement par les résultats expérimentaux obtenus à ce jour, sur le site d’expérimen-
Américains, est appelée géothermie profonde des roches peu ou tation de Soultz-sous-Forêts en Alsace, ont montré la justesse de
pas perméables ou géothermie des roches fracturées. cette approche. Ce site est localisé dans le fossé Rhénan Supé-
rieure, près de l’ancien champ pétrolifère de Pechelbronn. Il se
Cette géothermie n’en est encore qu’au stade de la recherche :
caractérise au niveau géologique par un socle granitique fortement
les premières installations commerciales ne sont pas attendues
fracturé, délimité par de grandes failles de direction nord-sud et
avant l’horizon 2010-2020. Les enjeux sont considérables, non seu-
recouvert d’une couverture sédimentaire d’une hauteur moyenne
lement d’un point de vue énergétique mais aussi d’un point de vue
de 1 400 m. Pour les besoins du programme, il a été équipé :
environnemental. Il s’agit en effet d’une énergie propre (c’est-
à-dire sans émissions polluantes), dont le potentiel est énorme et — de deux puits profonds forés dans le granite : le premier,
dont l’exploitation pourrait participer pleinement à la notion de appelé GPK1, a été foré en 1992 jusqu’à une profondeur de
développement durable et à la préservation des ressources énergé- 3 590 m, le second, appelé GPK2 et distant de GPK1 de 450 m, a été
tiques fossiles. foré en 1994-1995, jusqu’à une profondeur de 3 876 m ;

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_______________________________________________________________________________________________________________ ÉNERGIE GÉOTHERMIQUE

— de quatre puits périphériques, d’une profondeur comprise entre


1 400 m et 2 200 m, utilisés comme puits d’observation sismique. GPK3
25 MW 25 MW
En 1995, des essais hydrauliques ont permis, par injection de
quelques 50 000 m3 d’eau dans GPK2, sous forte pression, de GPK2 GPK4
réouvrir des fractures existantes scellées par du quartz, notam-
ment, et d’établir avec succès, en profondeur, une connexion
hydraulique entre GPK1 et GPK2 par le biais du réseau de fractures
ainsi recréé. Une circulation hydraulique entre les deux puits, sans
perte d’eau et avec un débit stabilisé de 20 l/s, a alors été réalisée Sédiments
pendant une durée de trois semaines : les deux puits étant
connectés en surface par un réseau de canalisations équipé de 1 500 m
divers instruments de mesure.
En 1997, une nouvelle campagne d’essais de circulation hydrau-
lique en continu, d’une durée de quatre mois, a été menée et ses Granite
résultats ont permis de conforter ceux acquis en 1995.
À l’issue des essais, les résultats obtenus étaient les suivants :
— débit de circulation : 23,8 kg · s–1 ;
— température de l’eau récupérée en surface : 140 oC ;
— température de l’eau injectée : 63 oC ;
— volume total d’eau en circulation cumulé depuis le début des 50 L/s 50 L/s
essais : 178 520 m3 ;
— puissance thermique totale : 10 MW (soit l’équivalent de la
puissance d’une installation de géothermie basse énergie de taille
moyenne assurant le chauffage de 3 500 logements) ; 100 L/s 4 250 m
— énergie thermique produite au total : 13 600 MWh ;
— puissance électrique nécessaire pour faire circuler le fluide :
< 250 kW.
5 000 m 200 °C
Ces résultats encourageants doivent conduire, à partir de 2001,
à la réalisation d’un pilote scientifique d’expérimentation d’une 600 m
puissance thermique de 50 MW sur le site de Soultz-sous-Forêts.
Ce pilote sera constitué de trois puits profonds de 5 000 m, forés à Figure 29 – Schéma de principe du futur pilote d’expérimentation
partir de la même plate-forme avec un puits central vertical GPK2 scientifique de Soultz
et deux puits périphériques déviés GPK3 et GPK4 (figure 29). La
réinjection devrait s’effectuer par le puits central avec un débit de mique pour le chauffage d’une maison individuelle. C’est aussi le
l’ordre de 100 L · s–1, et la production serait assurée par les deux chauffage et/ou la climatisation de bâtiments du tertiaire (petit,
autres puits (débit unitaire de production de 50 L · s–1). Pour mettre moyen ou grand tertiaire). On peut également utiliser ce type de
en œuvre cet outil scientifique, une partie des infrastructures déjà ressources pour assurer le chauffage de serres ou de bassins d’éle-
existantes sur le site sera utilisée. vage de pisciculture ou le séchage de bois, et créer ainsi locale-
L’objectif de cette étape, qui devrait durer de cinq à sept ans, est ment des activités économiques génératrices d’emplois. Enfin la
de définir avec précision, par la réalisation d’essais de circulation géothermie, source de production de chaleur, peut être associée à
hydraulique de très longue durée, les caractéristiques nécessaires de la production d’eau potable, à du thermalisme, etc. Cette acti-
à la construction future d’un prototype industriel de production vité est actuellement présente dans plus de cinquante pays et per-
d’électricité — ultime étape avant la commercialisation des tech- met annuellement de substituer 4 Mtep d’énergie fossile.
niques développées.
D’un point de vue environnemental, la géothermie est probable-
ment l’une des énergies les moins polluantes comme l’attestent
9. Conclusion différentes études comparatives réalisées sur l’ensemble des
filières énergétiques. À titre d’exemple, la géothermie en Île de
D’une manière générale, la géothermie se caractérise par son dé- France, où fonctionnent plus d’une quarantaine de réseaux de cha-
veloppement relativement récent et par une technologie largement leur géothermiques, contribue pour 0,8 % à la réduction de la pol-
inspirée au départ de l’expérience pétrolière. On peut dire cependant lution atmosphérique totale (transports compris) de cette région.
qu’il existe à présent une véritable industrie de la géothermie.
Peut-être moins connue que d’autres énergies renouvelables Concernant la recherche, de très nombreux progrès ont été réa-
comme le solaire, l’éolien ou la biomasse, la géothermie présente lisés depuis plusieurs dizaines d’années que ce soit en matière de
pourtant de nombreux atouts. Ainsi, en terme d’applications, elle prospection, de technologies de forage ou de pompage, ou d’équi-
permet de couvrir une large gamme d’usages. À partir de res- pements de production. D’autres progrès sont à attendre dans la
sources géothermales de haute ou moyenne énergie, il est possi- mesure où la connaissance du sous-sol et la maîtrise qui en
ble de produire de l’électricité aussi bien pour l’alimentation de découle peuvent encore faire l’objet d’avancées significatives. Les
réseaux existants que pour l’alimentation de zones isolées et à des progrès effectués dans ce domaine sont constants comme en
coûts très compétitifs tout à fait concurrentiels à ceux obtenus avec témoignent ceux obtenus régulièrement en matière de prospection
des énergies plus classiques. Cette activité est présente dans plus pétrolière. Pour la géothermie, ils peuvent aussi s’observer à la
d’une vingtaine de pays aussi bien dans des pays industrialisés lumière des résultats acquis dans le cadre du programme euro-
que dans des pays en développement. Actuellement, la puissance péen de géothermie profonde mené à Soultz-sous-Forêts en
électrique mondiale installée est de l’ordre de 10 000 MW, ce qui Alsace.
place cette filière au deuxième rang des filières énergies renouve-
lables source de production d’électricité, derrière l’hydraulique. Pour résumer, la géothermie présente de très nombreux atouts
L’exploitation de ressources géothermales de basse ou très basse et peut être considérée comme une véritable filière énergétique. Le
énergie permet le chauffage de l’habitat qu’il soit collectif ou indi- souhait de la communauté internationale de voir s’intensifier les
viduel avec la mise en place par exemple de réseaux de chaleur efforts en faveur des énergies renouvelables, lors du sommet de
urbains capables de desservir plusieurs milliers de logements par Kyoto de 1997, devrait pleinement contribuer à accentuer son déve-
opération ou avec l’installation d’une pompe à chaleur géother- loppement dans les vingt prochaines années.

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P
O
U
Énergie géothermique R

E
par Philippe LAPLAIGE N
Ingénieur en charge du programme géothermie
Département Énergie renouvelable
Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME
et Jean LEMALE
Ingénieur ENSAM (École Nationale Supérieure des Arts et Métiers)
S
Expert à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME
A
V
Organismes français
Organismes Gaudriot-Géotherma
O
Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME)
Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) – Centre d’Infor-
mation Technique sur l’Énergie Géothermique (CITEG)
Géoproduction Consultants (GPC)

Bureaux d’études surface


I
Ministère de l’Industrie – Services des Énergies Renouvelables et de
l’Utilisation Rationnelle de l’Énergie (SERURE)
SAF Environnement
SERMET
TETA
R
CFERM
Associations BERIM
AGEMO (Association des Maîtres d’Ouvrage en Géothermie)
AMORCE (Association des Maîtres d’Ouvrage de Réseaux de Chaleur)
Bureaux d’études sous-sol
Sociétés d’exploitation
SOCCRAM P
Compagnie Française pour la Géothermie et le développement des énergies ELYO
nouvelles (CFG) DALKIA
L
Organismes internationaux
U
European Geothermal Energy Council (EGEC) International Geothermal Association (IGA) S
Revues française et étrangères
L’énergie du sous-sol. La géothermie en Île-de-France (trimestriel) ADEME, Geothermal Ressources Council Bulletin (mensuel) (États-Unis)
ARENE, BRGM IGA News (bimestriel) (International)
Systèmes solaires (bimestriel) (France) Geo-heat Center Quarterly Bulletin (trimestriel) (États-Unis)

Vidéos françaises
« Les aventuriers du Dogger », 10′, animation – Coproduction « La géothermie – se chauffer sans brûler la planète » – Coproduction
AGEMO-CONNEX’COM – Disponible à l’AGEMO. AGEMO-BRGM – Disponible à l’AGEMO.

Sites Web
Systèmes solaires : Département Américain de l’Énergie :
http://www.systemes-solaires.com (France) http://www.eren.doe.gov/geothermal (USA)
Association Allemande pour la géothermie :
http://www.geothermie.de (Allemagne) Geothermal Ressources Council :
Office Fédéral Suisse de l’Énergie : http://www.geothermal/org/ (USA)
http://www.geothermal-energy.ch (Suisse)
IGA (International Geothermal Association) : Geo-Heat Center :
http://www.demon.co.uk/geosci/igahome.html (International) http://ww.oit.edu/~geoheat (USA)

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P ÉNERGIE GÉOTHERMIQUE _______________________________________________________________________________________________________________
O
U Bibliographie
R LEMALE (J.) et JAUDIN (Fl.). – La géothermie, une Blue Boock on Geothermal Ressources. A Strategic Proceedings of the World Geothermal Congress
énergie d’avenir. 120 F Éditions IAURIF. 117 p. Plan for the Development of European Geothermal 1995, Florence, Italie. International Geothermal
(1998). Sector. Ouvrage collectif. Union Européenne, Direc- Association, 5 volumes, 18-31 mai 1995.
FERRANDES (R.). – La chaleur de la Terre. 280 F tion Général de l’Énergie. Programme ALTENER

E ADEME Éditions. 400 p. (1998). (1997).

N Réglementation
Décret du 28 mars 1978 relatif aux titres de recherches et d’exploitation de
géothermie.

S
A Principales opérations et utilisations

V
(0)

Date mise Temp. Débit Géo


Opération Département en service Eq logt (MWh) Utilisation
(oC) (m3/h)

O Paris Maison de la Radio 75 1964 27 160 1 200 24 000 Chauffage climatisation (PAC)
Melun l’Almont 77 1971 72 320 5 500 52 000 Chauffage d’habitation
I St-Paul-les-Dax (Sébastopol) 40 1976 47 150 2 000 20 433 Thermalisme et chauffage
Mont-de-Marsan 1 40 1977 61 260 3 100 34 725 Chauffage d’habitation
R Blagnac 31 1978 59 50 1 400 12 000 Chauffage d’habitation
Le Mée-s/Seine 77 1978 72 134 5 210 38 500 Chauffage d’habitation
Jonzac 17 1980 62 40 300 500 Thermalisme et chauffage

P Bordeaux Mériadeck
Lamazère
33
32
1981
1981
54
56
100
150
1 500
1 000
5 235
12 000
Chauffage d’habitation
Serres horticoles

L Bordeaux Bénauge
Coulommiers
33
77
1981
1981
44
85
150
230
1 500
2 200
2 616
37 200
Chauffage d’habitation
Chauffage d’habitation

U Bègles (Esso-Rep)
Bordeaux Pessac
33
33
1982
1982
28
48 200
180
1 526
843
16 200
Chauffage et climatisation
Chauffage d’habitation

S Pessac Stadium
Montgeron
33
91
1982
1982
35
72,5 220
500
3 082
1 020
30 000
Chauffage piscine
Chauffage d’habitation
La Courneuve Sud 92 1982 56 180 3 244 20 540 Chauffage d’habitation
Meaux Collinet 77 1982 76 250 2 900 36 000 Chauffage d’habitation
Clichy-sous-Bois 91 1982 71 180 3 400 31 000 Chauffage d’habitation
Bruyères-le-Chatel 91 1982 34 150 1 200 20 000 Chauffage + eau indus. (PAC)
Mont-de-Marsan 2 40 1983 56 50 1 000 4 930 Chauffage d’habitation
La Courneuve Nord 91 1983 58 200 2 928 21 000 Chauffage d’habitation
Meaux Hôpital 77 1983 76 265 3 800 34 600 Chauffage d’habitation
Meaux Beauval 77 1983 76 560 8 500 101 000 Chauffage d’habitation
Ris-Orangis 91 1983 72 225 2 000 32 000 Chauffage d’habitation
Blanc-Mesnil Nord 92 1983 67,5 200 3 800 19 200 Chauffage d’habitation
Orly 1 94 1984 76 155 3 500 26 000 Chauffage d’habitation
Tremblay-en-France 91 1984 73 260 3 822 36 150 Chauffage d’habitation
Cachan 94 1984 70 350 4 880 50 000 Chauffage d’habitation
Épinay-sous-Sénart 91 1984 72 250 4 380 52 000 Chauffage d’habitation
Sucy-en-Brie 94 1984 78 140 2 500 23 700 Chauffage d’habitation
Bordeaux Mérignac 33 1985 54 200 1 400 9 300 Chauffage base aérienne
Maisons-Alfort 1 94 1985 73 300 4 400 43 000 Chauffage d’habitation
Vigneux 91 1985 73,2 220 3 430 50 000 Chauffage d’habitation
Créteil 94 1985 78,9 300 6 500 47 900 Chauffage d’habitation
PAC : pompes à chaleur

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_______________________________________________________________________________________________________________ ÉNERGIE GÉOTHERMIQUE
P
O
U
Date mise Temp. Débit Géo
Opération Département en service (oC) (m3/h)
Eq logt (MWh) Utilisation
R
Villiers-le-Bel 95 1985 67 290 4 670 29 500 Chauffage d’habitation
Chevilly-Larue L’Hay-les-Roses 94 1985 72,6 560 12 800 110 000 Chauffage d’habitation
Champigny 94 1985 78 280 7 660 35 800 Chauffage d’habitation
Thiais 94 1986 76 250 3 246 41 000 Chauffage d’habitation E
Orly II
Bonneuil-sur-Marne
94
94
1986
1986
75
79,3
250
300
4 315
3 130
38 000
35 600
Chauffage d’habitation
Chauffage d’habitation N
Maisons-Alfort 2 94 1986 74 260 3 200 38 000 Chauffage d’habitation
Fresnes 94 1986 73 250 3 900 40 000 Chauffage d’habitation
Alfortville
Chelles
94
77
1986
1987
74
69
260
280
4 750
3 322
49 000
38 000
Chauffage d’habitation
Chauffage d’habitation
S
Villeneuve-St-Georges
Paris AGF
94
75
1987
1989
76
27
350
160
3 940
1 200
55 000
20 000
Chauffage d’habitation
Chauffage climatisation (PAC)
A
Mios-le-Tech
St-Paul-les-Dax
33
40
1990
1994
74
65
200
150
1 400
1 500
14 340
15 000
Pisciculture (esturgeons)
Thermalisme et chauffage
V
PAC : pompes à chaleur
TOTAL 156 815 1 504 832
O
I
R

P
L
U
S

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