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Liquides isolants en électrotechnique

Présentation générale
par Noëlle BERGER
Service Sécurité ATOFINA
Centre de recherches Rhône-Alpes

1. Généralités................................................................................................. D 2 470 - 3
1.1 Rôle des liquides isolants en électrotechnique ......................................... — 3
1.2 Catégories de liquides................................................................................. — 3
1.3 Choix d’un liquide pour une application ................................................... — 4
2. Caractéristiques ....................................................................................... — 4
2.1 Propriétés isolantes ..................................................................................... — 5
2.2 Propriétés thermiques................................................................................. — 10
2.3 Stabilité......................................................................................................... — 12
2.4 Effet des impuretés...................................................................................... — 13
2.5 Propriétés « feu »......................................................................................... — 14
2.6 Propriétés toxicologiques et écotoxicologiques ....................................... — 15
3. Surveillance en service .......................................................................... — 19
Références bibliographiques ........................................................................ — 20

es isolants électriques étaient, à l’origine, des produits naturels non impré-


L gnés qui, en contact direct avec l’air, s’oxydaient rapidement. Il n’était guère
possible, ni évident, d’utiliser des liquides, bien qu’en 1854 on eût plongé des
enroulements dans l’essence de térébenthine [1] augmentant leur tenue diélec-
trique, leur durée de fonctionnement et montrant que l’on peut soustraire l’iso-
lation solide à l’oxydation directe.
Les premières bobines d’induction, les transformateurs primitifs, les transfor-
mateurs industriels, réalisés dès 1884, étaient du type sec. Il fallut attendre 1891
pour que l’huile de pétrole soit utilisée à titre expérimental dans l’isolation de
transformateurs triphasés ; mais, la fin du XIXe siècle verra encore des appareils
dans l’air de 1 000 kVA sous 30 kV, tous ventilés à partir de 50 kVA. Devant la
multiplication des réseaux de distribution d’énergie électrique et l’accroisse-
ment des puissances installées, les transformateurs dans l’air deviennent énor-
mes. Pour réduire leur volume, l’emploi de l’huile minérale se généralise dès
1905. En 1917, on réalise le premier câble à conducteur creux et huile fluide [2] et
en 1918, des condensateurs imprégnés à l’huile minérale [3]. En France, on note
l’apparition, en 1921, de la première ligne de distribution d’énergie électrique à
70 kV, en 1932, du réseau à 220 kV et, en 1960, de l’échelon actuel à 400 kV [4]. Si
des tensions supérieures existent à l’étranger (550 et 700 kV) ou sont en projet
(1 500 kV), les tensions n’ont pas changé en France ; en revanche, les puissances
unitaires ont doublé tous les six ans [5].
Cet accroissement de puissance, alors que les tensions n’ont pas varié, montre
que le rôle primordial de l’huile isolante est plus d’évacuer les pertes d’énergie
que d’assurer son rôle diélectrique. Valable pour les transformateurs et les
réactances, cette situation ne l’est pas pour les condensateurs ou les câbles à
huile. Pour ces matériels, le rôle diélectrique prédomine. La nécessité
d’employer des liquides de sécurité révéla, à la fin des années 1920, avec l’appa-
rition des askarels, liquides de synthèse, la possibilité de créer des molécules
adaptées, par exemple de permittivité plus grande que celle des huiles miné-
rales.

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Peu à peu, les paramètres électriques se précisèrent sous l’influence de diver-


ses contraintes d’emploi. Les askarels, suspectés dès 1966, ont été progressive-
ment interdits dans tous les pays. On a alors assisté à une floraison de liquides
nouveaux qui ont posé le problème de choix et de définition de critères de sélec-
tion [6].
Dans les condensateurs, ils ont été remplacés par une première génération de
liquides de synthèse (BNC, DOP, MIPB, PXE...) qui firent progresser les connais-
sances. Une deuxième génération de liquides de synthèse est maintenant utili-
sée, basée sur des dérivés du diphénylméthane. Les évolutions technologiques
progressives dans ce domaine ont permis de multiplier par trente la puissance
volumique des appareils.
Dans le domaine des transformateurs, le banissement des askarels et de tous
les produits chlorés n’a pas permis de conserver la propriété de résistance au
feu. Les produits utilisés pour cette application particulière sont inflammables
mais à des températures très élevées (> 300 ˚C).
Le directeur du Laboratoire central d’électricité écrivait en 1942 : « La nécessité
de chercher des substances de remplacement pour les huiles de transformateur
a provoqué, ces derniers temps, de nombreuses études sur les diélectriques
liquides » [7].
Il s’agissait des années de pénurie de la Seconde Guerre mondiale. Cependant
les transformateurs sont toujours imprégnés avec des huiles minérales, dont la
qualité a fortement progressée.

Les références [1] à [7], citées dans cette introduction, permettent au lecteur de jeter un
regard rétrospectif sur le sujet.
Les caractéristiques des différents liquides isolants utilisés en électrotechnique seront
détaillées dans l’article [D 2 471].
Les fournisseurs principaux, les normes et les ouvrages généraux de documentation concer-
nant les liquides isolants seront mentionnés en [Doc. D 2 472].

Notations et symboles principaux Notations et symboles principaux


Symbole Unité Désignation Symbole Unité Désignation
C F Capacité d’une cellule αv K−1 Coefficient de dilation volumique
cp J · g−1 · K−1 Capacité thermique massique δ rad angle de pertes
dt – Densité à t ˚C
εr – permittivité relative
Ec V/m Rigidité diélectrique
E V/m Champ électrique ε0 F · m−1 Permittivité du vide
e m Distance interélectrode ε F· m−1 Permittivité absolue ε = εr · ε0
e C Charge de l’électron (1,602 × 10−19 C)
µ m2 · V−1 · s−1 Mobilité
G m3 · s−1 Coefficient de gassing (s’exprime
aussi en µL/min) ν m−3 Nombre volumique de molécules
GA m3 · s−1 Coefficient de gassing (méthode A)
ρ Ω·m Résistivité
GB m3 · s−1 Coefficient de gassing (méthode B)
I A Intensité du courant ρt kg · m−3 masse volumique
Kd s−1 Constante de vitesse de dissociation σ S · m−1 Conductivité
Kr m3 · −1 Constante de vitesse de ω rad · s−1 Pulsation du réseau
recombinaison
K(t) – Coefficient de variation de tan δ Φ m Diamètre des électrodes
avec la température
DL50 mg/kg Dose létale provoquant la mort
PDIV V Seuil d’apparition des décharges de 50 % des animaux
partielles
q, q′ C Charge élémentaire CL50 mg/L Concentration létale provoquant
la mort de 50 % des poissons
R Ω Résistance
S m2 Surface des électrodes CI50 mg/L Concentration inhibant la croissance
de 50 % d’algues
T K Température thermodynamique
t ˚C Température Celsius CE50 mg/L Concentration qui immobilise 50 %
de daphnies
U V Tension
Uc V Tension de claquage lg Pow – Coefficient de partage octanol/eau

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■ Les huiles minérales sont des produits « naturels » obtenus direc-


1. Généralités tement par raffinage de bruts pétroliers. Leur composition chimique
est extrêmement compliquée (plusieurs milliers de molécules diffé-
rentes) et peut varier dans de larges proportions.
1.1 Rôle des liquides isolants ■ Les huiles végétales sont également des produits « naturels ».
Leur composition est plus simple (quelques dizaines de produits),
en électrotechnique mais elle peut également varier dans de larges proportions.
■ Les liquides de synthèse ont, au contraire, une composition
Les liquides isolants sont utilisés comme imprégnants d’isola- simple, bien définie. Leurs propriétés sont donc constantes.
tions solides ou comme produits de remplissage de matériels élec- Pour plus d’informations sur les caractéristiques de ces différents
triques très divers : transformateurs (de puissance, de distribution, liquides, se reporter à l’article [D 2 471].
de traction, de four, de mesure...), réactances, condensateurs,
câbles, traversées, disjoncteurs, changeurs de prise, etc. [8].
Leur rôle principal est d’éliminer l’air et les autres gaz de façon à 1.2.1 Huiles minérales
améliorer la tenue diélectrique de l’isolation (la rigidité diélectrique
des liquides est très nettement supérieure à celle des gaz (cf. § 2.1). Pour obtenir des huiles minérales de qualité diélectrique, les bruts
Cependant, dans beaucoup d’applications, ils servent à la fois à pétroliers doivent être raffinés suivant un procédé qui inclut habi-
améliorer les propriétés diélectriques et à évacuer la chaleur tuellement une distillation, suivie d’une opération de déparaffinage,
(cf. § 2.2) d’un assemblage, comme dans le cas des transformateurs, d’une extraction par solvant et d’une hydrogénation catalytique.
par exemple.
La composition d’une huile minérale est généralement définie par
Les liquides sont également utilisés pour leur pouvoir extincteur sa teneur en carbone paraffinique (Cp), en carbone naphténique (Cn)
d’arcs électriques (dans les chambres de coupure des commuta- et en carbone aromatique (Ca) (figure 1). Cp et Cn ont une influence
teurs en charge et de certains disjoncteurs), en raison de leur pou- prépondérante sur la densité, la viscosité et le comportement à
voir lubrifiant pour les matériels renfermant des pièces en basse température (point d’écoulement, point de trouble). La pré-
mouvement (sélecteurs de prises, pompes immergées) et, dans cer- sence d’aromatiques améliore la résistance à l’oxydation (plus fai-
tains cas, pour améliorer la résistance au feu (transformateurs de ble formation de boues), les propriétés de gassing (cf. § 2.1.5) et la
distribution). rigidité en impulsion.
Cependant, l’utilisation de liquides peut présenter des dangers,
Suivant le brut d’origine, on différencie les huiles naphténiques
liés à leur toxicité ou à celle de leurs produits de dégradation, vis-à-
des huiles paraffiniques (tableau 1).
vis des personnes (particulièrement en cas de feu) et vis-à-vis de
l’environnement (en cas de fuite). On observe une tendance très Au niveau international, la norme CEI 60296 spécifie les proprié-
marquée à ne plus utiliser de liquides chaque fois que cela est pos- tés requises pour les huiles minérales utilisées dans les transforma-
sible, par exemple en basse tension (cas des condensateurs qui sont teurs, et la norme CEI 60465, celles des huiles pour câbles.
(0)

maintenant « secs »), lorsque la géométrie est très simple et qu’il est
relativement facile de faire un solide presque parfait, sans cavités
[c’est le cas des câbles où le polyéthylène extrudé remplace pro- Tableau 1 – Compositions typiques des bruts pétroliers
gressivement le papier imprégné jusqu’à des tensions très élevées (en %)
(660 kVdc)] ou en augmentant l’épaisseur de l’isolant solide (trans-
formateurs de distribution « secs »). Type Type de brut pétrolier
Les volumes de liquides employés dans les appareils électriques d’hydrocarbure Paraffinique Mixte Naphténique
varient de la fraction de litre (condensateurs) à plusieurs centaines
de mètres cubes (transformateurs de puissance). Paraffinique 60 40 20
90 à 95 % du marché des liquides isolants est couvert par les Naphténique 25 40 65
huiles minérales (marché mondial 1 000 000 t/an). Cette prépondé- Aromatique 15 20 15
rance s’explique par le faible coût de ces produits, obtenus directe-
ment à partir des bruts pétroliers. Les liquides de synthèse les plus
utilisés sont les alkylbenzènes (plusieurs dizaines de milliers de ton-
nes par an), leur coût étant environ le double de celui des huiles Dans le cas des transformateurs, on s’est aperçu qu’une analyse
minérales. L’emploi d’huiles végétales est apparu récemment en rai- régulière de l’huile minérale permettait de suivre l’évolution de
son de leur image « verte ». Cependant, pour certaines applications, l’appareil, de diagnostiquer son état de dégradation [9]. La norme
notamment l’emploi dans les transformateurs, les huiles végétales CEI 60599 fournit les éléments d’un tel diagnostic, basé sur la con-
ne peuvent pas être utilisées seules mais avec des additifs « non naissance des processus de dégradation de l’huile et de la cellulose.
verts ». Les consommations restent cependant encore très faibles
(quelques centaines de tonnes/an).

Les liquides sont généralement employés avec des isolants


CH3 CH2 CH2 CH2 … CH3
solides et, en cas de développement de produit nouveau, la
compatibilité liquide-solide doit être vérifiée par de nombreux CH3 Naphtènes
essais accélérés. Paraffines (ou alcanes) (ou cyclanes)
CnH 2n + 2 non condensés
CnH2n

1.2 Catégories de liquides

Il est difficile de choisir un système de classification des liquides Aromatiques Naphtènes


Cn H n condensés
isolants. Ils pourraient être classés en fonction de leurs propriétés
isolantes, en fonction du type d’équipement dans lequel ils sont uti-
lisés... Nous avons choisi de les classer en fonction de leur origine. Figure 1 – Les différents types d’hydrocarbures

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1.2.2 Liquides de synthèse 1.3 Choix d’un liquide


pour une application
Les liquides de synthèse sont utilisés chaque fois que les proprié-
tés requises ne sont pas satisfaites par les huiles minérales. C’est
notamment le cas lorsqu’il s’agit d’améliorer la résistance au feu Le choix d’un liquide pour une application donnée se fait dans
(transformateurs) ou lorsque l’on recherche une meilleure stabilité l’optique d’assurer la fiabilité de fonctionnement des appareils ainsi
thermique et de grandes performances diélectriques (câbles et que la sécurité des opérateurs. C’est toujours un compromis entre
condensateurs) [10]. les performances techniques du liquide et son coût.
Il existe quatre types principaux de liquides de synthèse : ■ Les hydrocarbures aromatiques ont des propriétés diélectriques
nettement supérieures à celles des huiles minérales, mais ils coû-
— les hydrocarbures aromatiques ;
tent 4 à 5 fois plus cher. Ils sont utilisés dans les câbles et les con-
— les hydrocarbures aliphatiques telles les polyoléfines ; densateurs où le fabricant peut tirer parti des meilleures propriétés
— les esters (phtalates, esters de pentaérythritol) ; de l’imprégnant pour réduire la taille des appareils et obtenir ainsi
— les silicones. un équipement plus performant et moins cher que s’il était impré-
Ils sont tous obtenus à partir des grands intermédiaires de la gné à l’huile minérale.
pétrochimie. Des produits perfluorés ont également été proposés ■ Dans le cas des transformateurs, il n’est pas possible de tirer
dans le domaine des condensateurs et des transformateurs, pour avantage des meilleures propriétés diélectriques des liquides de
certaines applications très particulières. Mais le coût d’accès de ces synthèse, raison pour laquelle les huiles minérales sont universelle-
produits (≈ 100 fois celui des huiles minérales) en limite l’utilisation. ment utilisées dans cette application. Cependant, quand la résis-
Les polychlorobiphényles (ou polychlorodiphényles selon la tance au feu devient un paramètre prépondérant, les transfor-
nomenclature) [11] sont également des liquides de synthèse et ont mateurs sont imprégnés avec des huiles silicones ou des esters
été utilisés largement pendant une trentaine d’années. Leur persis- lourds. Ces produits ne sont pas ininflammables, comme l’étaient
tance dans l’environnement a conduit à leur bannissement ; cepen- les polychlorobiphényles. Par contre, ils présentent un point de feu
dant, ils sont encore présents dans certains appareils âgés. Seuls très élevé (> 300 ˚C), ce qui limite le risque d’inflammation du
des produits biodégradables sont maintenant acceptés. liquide.
Le tableau 2 résume les utilisations des différentes catégories de
1.2.3 Huiles végétales liquides.

Elles sont en général peu toxiques et biodégradables. Ces qualités


sont dues notamment à une faible résistance à l’oxydation et à
l’hydrolyse. Ces deux caractéristiques, qui sont favorables pour 2. Caractéristiques
l’aspect écotoxicologique, représentent un inconvénient important
pour les applications électrotechniques. Par ailleurs, leur tenue dié-
lectrique n’est pas très élevée. Pour ces raisons, les huiles végétales Les liquides utilisés en électrotechnique le sont d’abord pour leurs
sont relativement peu utilisées (essentiellement dans certains types propriétés isolantes. Les performances diélectriques des liquides
de condensateurs pour courant continu), bien que leur emploi dans seront caractérisées de plusieurs façons, notamment par la mesure
les transformateurs ait été proposé récemment [12]. de la conductivité et la tenue au claquage.
(0)

Tableau 2 – Utilisation des liquides isolants dans les équipements électriques (1)

Transformateurs de

Transformateurs

Transformateurs

Transformateurs

Condensateurs
de distribution

Changeurs de

Disjoncteurs
Répartiteurs
et réacteurs

de traction

Traversées
puissance

capacitifs
Diviseurs

spéciaux

Câbles
prise
Équipement

Huiles minérales × × × × × × × × ×  ×
Polychlorobiphényles    
Autres hydrocarbures halogénés ×
Huiles silicones × × × ×
Tétraesters de pentaérythritol × × ×
Alkylbenzènes × × × ×
Hydrocarbures aromatiques (M/DBT, PXE...) (2) × ×
Huiles végétales (huile de ricin, de soja...) ×
Phtalates (DOP, DNP) (2) ×
Polybutènes ×
(1) × : le liquide est toujours utilisé pour cette application
 : le liquide n’est plus utilisé pour cette application mais il existe encore des appareils contenant ce liquide.
(2) M/DBT mono/dibenzyltoluène ; PXE phénylxylyléthane ; DOP dioctylphtalate ; DNP dinonylphtalate.

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Le comportement des liquides au vieillissement (stabilité thermi- 2.1.2.1 Mécanismes et caractéristiques


que, à l’oxydation et à l’hydrolyse) doit également être pris en
compte. Lorsque le liquide est avant tout un fluide de transfert ther- Les phénomènes de conduction dans les liquides ont fait l’objet
mique, les propriétés prépondérantes seront principalement la vis- de nombreuses études et publications [14]. Pour plus de détails sur
cosité et la capacité thermique. Dans quelques cas particuliers, on les résultats de ces études, on se reportera à l’article Conduction
s’intéressera spécialement au comportement du produit vis-à-vis du électrique dans les liquides [40].
feu, les propriétés diélectriques étant secondaires. Il existe une réaction globale d’équilibre entre les molécules neu-
tres d’un corps AB et les ions (supposés monovalents) A+ et B− qui
s’écrit :

2.1 Propriétés isolantes Kd


AB →
← A+ + B– (3)

2.1.1 Permittivité Kr

avec Kd constante de vitesse de dissociation,


La permittivité relative εr d’un produit est définie comme le Kr constante de vitesse de recombinaison.
rapport entre la capacité d’un condensateur rempli de ce produit L’équilibre (3) dépend de la température et du champ électrique,
et la capacité du même condensateur vide : ainsi que de la permittivité du liquide. En effet, plus la température
εr = Cp/C0 (1) est élevée, plus la dissociation est forte, donc plus la concentration
en charges est grande. La dissociation est également renforcée par
l’application d’un champ électrique.
Dans la pratique, εr est obtenue en comparant le condensateur La permittivité intervient dans la force électrostatique entre char-
plein au condensateur dans l’air. L’erreur commise sur la détermina- ges électriques q et q′ :
tion de εr est faible, puisque la permittivité relative de l’air (à 25 ˚C et
sous pression atmosphérique) vaut 1,000 5. F = kqq′ ⁄ ε d 2
La permittivité absolue ε est le produit de la permittivité relative εr
avec d distance entre les charges.
par la permittivité du vide ε0 (= 8,85 × 10−12 F/m) :
Plus la permittivité est élevée, plus la force est faible, plus Kd est
ε = εr ε0 (2) grande, et plus la dissociation ionique est élevée. Les liquides polai-
res ont donc généralement une conductivité plus élevée que les
La permittivité est une caractéristique intrinsèque d’un produit. liquides non polaires.
Elle dépend essentiellement de la structure chimique et caractérise
la polarité de la molécule. Dans les chaînes hydrocarbonées, les Soit ν la concentration volumique en molécules AB, µ+ et µ− les
dipôles sont de faible intensité : mobilités des ions positifs et négatifs, on montre que la conductivité
σ du liquide est égale à :
δ − δ+ σ = (µ+ + µ−) e (Kd ν/Kr)1/2 (4)
CH
avec e charge de l’électron.
La permittivité des hydrocarbures est faible et voisine de 2. La pré- Exemple : pour une huile minérale pour transformateur à tempéra-
sence d’hétéroatomes (oxygène, chlore...), en créant des dipôles de ture ambiante : µ = 8,2 × 10−10 m2 · V−1 · s−1.
forte intensité, confère aux molécules une permittivité élevée.
Exemple : les esters ont des permittivités qui varient de 3,5 à 6 ;
les produits chlorés, de 5 à 7. La conductivité s’exprime en S/m (siemens par mètre).

La permittivité décroît avec la température et la fréquence du cou- La résistivité ρ est définie comme l’inverse de la conductivité σ :
rant. Cependant, pour les produits polaires et visqueux, on observe,
au-dessous d’une certaine température, une brusque chute de la ρ = 1/σ (5)
permittivité due à l’immobilisation des dipôles [13].
Elle s’exprime en Ω · m (ohmmètre).
2.1.2 Conductivité. Résistivité. tan δ
Sous tension alternative sinusoïdale de fréquence f et de pulsa-
Un liquide, pour être isolant électrique, doit conduire le moins tion ω = 2πf, les pertes par conduction sont caractérisées par la tan-
possible l’électricité lorsqu’une tension lui est appliquée. Sa con- gente de l’angle de perte δ, ou facteur de dissipation (le déphasage
ductivité doit donc être la plus faible possible. entre courant et tension étant : π/2 − δ) tel que :

La conductivité d’un liquide isolant est due à la présence de char- tan δ = σ/(ε ε0 ω) = 1/(ε ε0 ρ ω) (6)
ges libres positives et négatives (des ions) en quantités égales. Sous
l’effet d’un champ électrique, ces ions se déplacent provoquant ainsi
un courant de conduction. tan δ est un nombre adimensionnel.

La conductivité n’est pas une propriété intrinsèque d’un liquide


isolant. Elle est liée à la présence d’infimes quantités (en général, 2.1.2.2 Méthodes de mesures
inférieures à 1 ppm) d’impuretés ionisables. Il est possible d’amélio-
rer la conductivité d’un produit en éliminant une partie des impure- Les méthodes de mesures de la résistivité et de tan δ sont décrites
tés qu’il contient. Cette élimination, appelée « traitement par les normes internationales CEI (cf. [Doc. D 2 472] :
diélectrique », est réalisée par passage du produit à travers un lit de — mesure de la résistivité : CEI 60247 ;
terre adsorbante (attapulgite, bentonite...). — mesure de la tan δ : CEI 60247 et 61620.

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2.1.2.3 Facteurs d’influence


Fiches BNC pour
connexions électriques La conductivité d’un produit neuf est en général beaucoup plus
faible que celle d’un produit en service, puisque celui-ci récupère
des impuretés au contact des matériaux solides contenus dans
l’équipement. De même, le vieillissement du produit, qu’il soit ther-
Couvercle mique, dû à une oxydation, à une hydrolyse, ou à tout autre proces-
sus, conduit systématiquement à la formation de sous-produits qui
contribuent également à l’augmentation de la conductivité. Ainsi, si
une huile minérale neuve a fréquemment une valeur de tan δ à 90 ˚C
inférieure à 10−4, une huile dans un transformateur peut avoir une
valeur de tan δ à 90 ˚C supérieure à 1.
Électrode
intérieure La présence d’eau n’affecte pas la tan δ d’un liquide si sa concen-
Doigt de gant tration est inférieure au seuil de saturation. Par contre, en présence
Électrode pour mesure d’une phase aqueuse non soluble, la conductivité d’un liquide aug-
extérieure de température
mente fortement par suite du mouvement des gouttes d’eau sous
Récipient l’effet du champ électrique.
en inox

Figure 2 – Cellule de mesure de tan δ (extrait de la norme CEI 61620) 2.1.3 Claquage

2.1.3.1 Mécanisme et caractéristiques


Les défaillances du matériel électrique sont le plus souvent dues
20 au claquage (ou rupture) électrique de l’isolation.
K (t )
15
On désigne ainsi l’étape ultime d’une succession de proces-
sus irréversibles au cours de laquelle l’isolation est traversée
10
soudainement par un arc électrique.

5
La tension de claquage d’un matériau dépend d’un grand nombre
de facteurs, notamment de sa mise en œuvre et de la présence
0
d’impuretés (eau, gaz, particules...). Pour plus d’information, on
10 20 30 40 50 60 70 80 90
pourra se reporter à l’article Préclaquage et claquage des liquides
Température (°C) diélectriques [41].
tan δ90 °C = K (t ) tan δt Plusieurs particularités du claquage sont communes à tous les
matériaux :
Figure 3 – Exemple de variation de tan δ, avec la température — le claquage est localisé ;
[cas du mono/dibenzyltoluène (M/DBT)] — c’est un processus électronique ;
— il résulte de phénomènes divers (chimiques, thermiques,
mécaniques, électrohydrodynamiques...) plus ou moins intercorrélés ;
La mesure se fait à l’aide d’une cellule telle que celle décrite — les effets d’échelle sont considérables.
figure 2. Cette cellule peut être schématisée électriquement comme En ce qui concerne la mesure de la tension de claquage :
un condensateur C shunté par une résistance R.
— le temps d’application et la forme de la tension sont des fac-
C = ε ε0S/e (7) teurs prépondérants ;
— les effets de polarité sont souvent très marqués ;
R = ρe/S (8) — la forme et l’état de surface des électrodes influent notable-
ment le résultat ;
avec S surface des électrodes, — la dispersion des résultats peut être très grande (figure 4).
e écartement des électrodes. Les solides ont généralement une tension de claquage supérieure
à celle des liquides, et les liquides une tension de claquage très
La résistivité telle que mesurée par la norme CEI 60247 n’est pas supérieure à celle des gaz. Pour cette raison, on évite la présence de
la résistivité vraie du liquide puisque l’application d’un champ élec- gaz, et le liquide est la partie faible des isolations imprégnées.
trique pendant un temps long (tel que c’est le cas pour cette
méthode) purifie le liquide en déplaçant les ions vers les électrodes Exemple : la tension de claquage 50 Hz, à pression atmosphérique,
[15]. La résistivité vraie doit être mesurée sous faible tension et entre boules écartées de 2,5 mm est d’environ 6 kV pour l’air, 50 à
après un temps court d’application de cette tension (quelques 100 kV pour les liquides diélectriques, > 200 kV pour les solides iso-
secondes). Dans ce cas seulement la relation (6) est vérifiée. lants.

La conductivité d’un liquide est due au mouvement d’ions sous Le claquage d’un liquide conduit à la décomposition de ses molé-
l’effet du champ électrique. Plus la température est élevée, plus la cules par rupture des liaisons chimiques entre les atomes. Les
viscosité du liquide est faible et, par conséquent, plus la mobilité hydrocarbures aromatiques sont plus stables que les huiles minéra-
des ions est grande. Par ailleurs, la dissociation des impuretés en les car leur structure chimique est plus forte (tableau 3). Ils suppor-
ions est d’autant plus forte que la température est plus élevée. La tent des champs électriques plus élevés sans claquage (tableau 4).
conductivité d’un liquide augmente donc lorsque la température Les essais sont effectués dans la cellule décrite au para-
augmente (figure 3). Pour cette raison, la plupart des spécifications graphe 2.1.3.2 ; lorsque la pointe est positive, le choc est dit positif,
des produits indiquent une valeur de résistivité ou de tan δ à 90 ˚C. lorsque la pointe est négative, le choc est négatif.

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120

Tension de claquage (kV)


Tension de claquage (kV)

400
Champ uniforme
300 (sphère ø 12,5
2,5 mm)
100
200
Champ divergent
di
80 100 (point 50 µm/plan)
(pointe m/plan)

0
60 0 20 40 60 80
0,01 0,2 0,4 0,6 0,8 0,9 0,95 0,98 0,99 Distance interélectrode (mm)
Fréquence
Figure 5 – Influence de la distance entre les électrodes sur la tension
Fréquence : rapport du nombre de claquages pour lesquels la tension
était supérieure à la valeur indiquée en ordonnées au nombre total de claquage 50 Hz d’une huile minérale neuve
de claquages effectués.
Cette figure donne un exemple de la distribution des tensions
de claquage, dans le cas d'une huile de transformateur et d'un éclateur
à disques. La distribution diffère de la distribution naturelle, et
les échelles du graphique utilisé font qu'elle se traduit par une droite. 300

Uc (kV)
Figure 4 – Distribution des tensions de claquage d’une huile
de transformateur I
250

(0)
II
200
Tableau 3 – Énergies des différents types de liaisons
chimiques I huile silicone, tension négative
II huile minérale, tension négative
150
Énergie de liaison III huile minérale, tension positive
Type de structure Type de liaison
(kJ/mol) IV huile silicone, tension positive

CC 290 à 315 100


III
Aliphatique
CH 335 à 355
50
Mixte CC 415 IV
20
CC 625 10
Aromatique 0
CH 460 0 5 10 15 20 25
d (mm)

(0)
Figure 6 – Tension de claquage Uc au choc de foudre en fonction
de l’écartement des électrodes de l’éclateur CEI
Tableau 4 – Rigidité diélectrique Ec au choc de foudre
de quelques liquides isolants (1)
Le claquage d’un produit conduit à la formation d’éléments
Choc négatif E c– Choc positif E c+ légers, notamment de l’hydrogène et des hydrocarbures gazeux.
Type de liquide
(kV/cm) (kV/cm)
Huile silicone 238 26
La rigidité diélectrique (en V/m) est le champ électrique mini-
Alkylbenzène 165 40 mal qui provoque le claquage d’un matériau.
Alkyldiarylalcane 110 73
Huile minérale naphténique 94 37 La rigidité dépend des mêmes paramètres que la tension de cla-
(Ca = 6 %) (2) quage. Pour des conditions de mesure identiques, elle varie avec la
distance entre les électrodes : plus la distance est grande, plus la
Huile minérale paraffinique 60 37 rigidité est faible (figures 5 et 6).
(Ca = 12 %) (2)
Ester linéaire 37 38 2.1.3.2 Méthodes de mesure
(1) Ces valeurs, classées par ordre décroissant des valeurs au choc négatif,
obtenues sur des produits commerciaux, ne doivent pas être Les méthodes de mesure de la tension de claquage sont décrites
généralisées ; elles laissent présumer que le résultat de claquage par les normes internationales CEI :
obtenu, pour une distance donnée (généralement 25 mm soit 2,5 cm), — mesure en 50 Hz : CEI 60156 ;
correspond à la partie linéaire de la caractéristique de la tension de cla-
— mesure en onde de choc de foudre : CEI 60897.
quage en fonction de la distance entre pointe et sphère, ce qui n’est pas
toujours le cas, en particulier pour les fortes valeurs. Elles sont données Dans la méthode CEI 60156, le liquide est soumis à une rampe de
à titre d’illustration. tension alternative jusqu’au claquage. Le champ est quasi uniforme
(2) Ca pourcentage d’atomes de carbone aromatique. et la distance entre les électrodes de 2,5 mm.

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ø 100 60

Tension de claquage (kV)


ø 70 50
ø 35 40
ø 15
30

20

10

0
Cale d'épaisseur
0 50 100 150 200 250 300
Cloche en Teneur en eau (ppm)
polyméthacrylate
de méthyle Figure 8 – Influence de la teneur en eau sur la tension de claquage
du M/DBT (50 Hz, pointe 50 µm/plan)
Tube
en polyméthacrylate
de méthyle
Aiguille

Tension de claquage (kV)


230
50
5 de phonographe M/DBT

195
amovible 40

290
Bille d'acier 30
20
Aimant Huile minérale
min naphténique
10
0

88
0 100 200 300 400
Teneur en fibre (ppm)

Figure 9 – Influence de la présence de fibres de cellulose sèches


Base en polyamide
sur la tension de claquage (50 Hz, pointe 50 µm/plan – rampes 3 kV/s)

ø 40
ø 50

Tension de claquage (kV)


ø 150 50
40
Les dimensions sont exprimées en millimètres 30
M/DBT
Figure 7 – Système d’électrodes pointe-sphère pour essais de choc 20
de l’huile 10
Huile minérale
min naphténique
0
0 50 100 150 200
La norme CEI 60897 décrit deux méthodes ; la première repose Teneur en particules (ppm)
sur une augmentation de la tension par échelon, jusqu’au claquage
du liquide ; la seconde est un test statistique destiné à évaluer la Figure 10 – Influence de la présence de particules métalliques
probabilité de claquage à un niveau de tension donné. La cellule (≈ 150 mm) sur la tension de claquage
d’essai (figure 7) est soumise à des chocs de foudre normaux 1,2/ (50 Hz, pointe 50 µm/plan – rampes 3 kV/s)
50 µs. Le champ entre les électrodes (pointe de 50 µm et bille de
12,5 mm écartées de 10 à 25 mm) est très divergent.
2.1.4.1 Mécanismes et caractéristiques
2.1.3.3 Facteurs d’influence
Dans le cas des isolations imprégnées, la rigidité de la partie
La présence d’eau n’affecte pas la rigidité d’un liquide tant que la
solide est supérieure à celle du liquide d’imprégnation. Les
concentration reste inférieure à 50-60 % de la saturation. Par contre,
décharges partielles se produisent donc dans la phase liquide, en
lorsque la teneur en eau dépasse cette valeur, on observe une chute
général dans les zones où le champ est renforcé (pointes, particules)
drastique de la tension de claquage (figure 8).
[16]. Elles peuvent également se produire dans les zones mal impré-
La teneur en particules a également un effet important sur la rigi- gnées où restent des gaz (en général de l’air) puisque la tenue au
dité des liquides. Les particules métalliques ont un effet particuliè- claquage des gaz est bien plus faible que celle des liquides.
rement catastrophique, à de très faibles teneurs. Les particules
Les décharges partielles sont en général localisées, et leur éner-
isolantes dégradent également les propriétés des liquides, mais à
gie, comparativement à celle d’un arc électrique, est faible. La per-
des teneurs beaucoup plus importantes (figures 9 et 10).
sistance de décharges partielles entraîne cependant une
dégradation locale progressive de la partie solide de l’isolation
2.1.4 Décharges partielles imprégnée, qui vieillit alors rapidement. Il est donc primordial d’évi-
ter leur apparition.
Lorsqu’une isolation composite est soumise à un champ élec- Les décharges partielles conduisent à la formation de gaz (hydro-
trique, la partie la plus faible peut claquer sans que l’isolation gène essentiellement et hydrocarbures légers) et de polymères (cire
entière ne subisse une rupture diélectrique. Ces claquages, qui X, cire à câbles).
n’affectent qu’une partie de l’épaisseur de l’isolation, sont appe- Les hydrocarbures aromatiques sont plus stables que les huiles
lées décharges partielles (DP). minérales car leur structure chimique est plus forte. Ils supportent

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des champs électriques plus élevés sans apparition de décharges


partielles. C’est pour cette raison qu’ils sont utilisés dans les Arrivée du gaz Vers l'atmosphère
condensateurs et les câbles.
Robinet
de dérivation
2.1.4.2 Méthodes de mesure
Ampoule
en verre
Les mécanismes et les valeurs mesurées dépendent fortement de U = 10 kV
l’expérience menée, en particulier de la forme des électrodes utilisées.
Niveau d'huile
Une méthode d’évaluation du seuil d’apparition des décharges du bain 60
partielles (en anglais PDIV, Partial Discharge, Inception Voltage) a été

Tube (øint = 5 ; øext = 7)


de faible épaisseur
développée par la CEI (norme CEI 61294). La cellule d’essai est la Électrode
même que celle utilisée pour la détermination de la tension de cla- externe Burette
quage au choc de foudre (norme CEI 60897). Cependant, dans ce

295
cas, la pointe doit avoir un diamètre de 3 µm, et l’écartement des
électrodes est de 50 mm. Le seuil d’apparition des DP est défini

60

240
comme la tension (50 Hz) la plus basse à laquelle le niveau de
décharge dépasse 100 pC.

15
2.1.4.3 Facteurs d’influence Cellule de
gassing
Comme pour le claquage, la structure chimique du liquide isolant
a une forte influence sur le seuil d’apparition des décharges partiel- Ampoule
50
en verre
les. Les huiles minérales présentent en général un seuil d’apparition
des DP de l’ordre de 30 à 40 kV. Dans le cas des liquides aromati- U = 10 kV tension en courant alternatif
ques, le seuil est supérieur à 70 kV (limite de l’appareillage)
(tableau 5). Les dimensions sont exprimées en millimètres
(0)

Figure 11 – Représentation de l’ensemble cellule de gassing


Tableau 5 – Seuil d’apparition des décharges partielles et burette à gaz, utilisé dans le cas des liquides pour condensateur,
selon la norme CEI 61294 pour la méthode décrite dans la norme CEI 60 628

PDIV
Liquide (1)
(kV) 2.1.5.2 Méthodes de mesures
Huile minérale blanche 1 36,0 Le comportement des liquides a été étudié dans les années 1930
[17] [18] dans le cadre du développement de produits pour les
Huile minérale blanche 2 40,4 câbles. L’intérêt de ce phénomène a également été reconnu pour les
Huile minérale paraffinique 1 31,0 condensateurs et les transformateurs dans les années 1960 [19],
mais ce n’est que tardivement (1985) qu’un document CEI (norme
Huile minérale paraffinique 2 28,0 CEI 60628) a été rédigé.
Huile minérale naphténique 40,0 L’objectif de l’essai est d’observer si un liquide, soumis à sa sur-
Huile silicone 26,7 face à des décharges partielles dans l’hydrogène ou l’azote, produit
ou absorbe du gaz (figure 11). Les conditions de l’essai se veulent
Dodécylbenzène 30,8 représentatives de la pratique (température de 80 ˚C, tension 10 kV).
Ester de pentaérythritol 25,0
Disopropylnaphtalène 47,3 On appelle gassing G la vitesse de variation du volume de gaz
PXE, M/DBT > 70 pendant 120 minutes d’application de la tension. Il s’exprime en
mm3/min.
(1) Les huiles types 1 et 2 se différencient par leur origine (fabricants diffé-
rents)
Si le volume de gaz augmente, le produit aura un gassing positif
alors que, s’il diminue, il aura un gassing négatif. Pour les équipe-
ments électriques, l’emploi d’imprégnants absorbant les gaz est
2.1.5 Gassing toujours préférable.

2.1.5.3 Facteurs d’influence


2.1.5.1 Mécanismes et caractéristiques
La tension, la température et le temps d’application de la tension
L’épaisseur des isolations est en général calculée pour qu’il n’y ait ont une forte influence sur le comportement d’un produit
pas de décharges partielles dans les conditions de fonctionnement (figures 12 et 13).
normal de l’appareil. Par contre, des décharges peuvent être Les huiles minérales (figure 14) peuvent avoir un gassing soit
allumées en cas de surtension. Lorsque la tension est revenue à son positif, soit négatif, suivant leur composition. Les huiles minérales
niveau normal, il est important que les décharges s’éteignent. fortement hydrotraitées pour éliminer les hydrocarbures polyaro-
Les décharges partielles provoquent l’apparition de gaz (par matiques cancérigènes sont en général productrices de gaz dans le
décomposition des molécules du liquide). Si des bulles de gaz sub- test CEI, alors que celles qui contiennent des aromatiques absorbent
sistent, voire grossissent, à la tension nominale, les décharges par- l’hydrogène.
tielles vont persister. Si, au contraire, les bulles disparaissent, les Certains esters organiques et des huiles silicones de type PDMS
décharges vont s’éteindre. sont fortement producteurs de gaz (figure 15) [20]. Les hydrocar-

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+ 60

(mm3/min)
4
GB (cm3)
3 80 °C
+ 50
I
2

dt t = 0
60 °C

 
+ 40

d GB
1

0 80 °C
+ 30
II
–1 60 °C
+ 20
–2 80 °C
9 10 11 12 13 14
U (kV) + 10

À la tension de 12 kV, la pente des courbes varie entre 1,5 et 2,5 cm3/kV III
Les valeurs négatives de GB correspondent à une absorption des gaz 0
Température d'essai : 80 °C
Méthode B de la CEI IV
– 10
Figure 12 – Gassing d’une huile minérale en fonction de la tension, 80 °C
pour deux huiles différentes
– 20
V

80 °C
2 – 30
0 2 4 6 8 10 12 14
GB (cm3)
U (kV)
1 I ester du pentaérythritol IV alkyldiarylalcane
II polydiméthylsiloxane (PDMS) V polychloroalcane
III huile minérale, type naphténique
0
dGB
vitesse initiale de formation des gaz
dt
–1 Méthode B de la CEI

Figure 14 – Gassing de liquides isolants en fonction de la tension


–2
50 60 70 80 90
θ (°C)
À la température de 80 °C, la pente de la courbe est environ 0,2 cm3/°C 7

GB (cm3)
Les valeurs négatives de GB correspondent à une absorption des gaz 6
Tension d'essai : 12 kV 5
II
Méthode B de la CEI 4
3
Figure 13 – Gassing d’une huile minérale, en fonction 2
de la température θ pour deux huiles différentes 1
IV

0
–1
bures aromatiques ont un gassing très fortement négatif, alors que III
les hydrocarbures aliphatiques ont un gassing positif (figure 16). –2
I
–3
1 5 10 15 t (h)

2.2 Propriétés thermiques I huile absorbant des gaz


II huile formant des gaz
III huile absorbant des gaz et présentant un début de formation de
2.2.1 Viscosité gaz pendant 1 h 30 min
IV huile absorbant des gaz après une période d'absorption de 2 h
La viscosité, et sa variation avec la température, sont des paramè- Méthode B de la CEI
tres de première importance pour le transfert thermique. En effet,
plus le liquide est visqueux, plus il est difficile de le faire circuler
dans l’appareil pour refroidir les parties actives chaudes. Figure 15 – Gassing d’une huile minérale en fonction du temps

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applications pour câbles à circulation d’huile alors que, dans les


0 transformateurs, leur tension de vapeur élevée les rend inutili-
Volume de gaz absorbé (cm3)

sables.
–5
Dans le cas des condensateurs de compensation, il a été montré
que la viscosité de l’imprégnant était un paramètre important pour
– 10
le comportement de l’appareil à basse température [22]. En effet
plus le liquide est visqueux, plus le seuil d’apparition des décharges
– 15
partielles est bas.
– 20 Le tableau 6 donne les valeurs de viscosité de différents liquides
isolants.
– 25
0 20 40 60 80 100 120
Temps (min)
2.2.2 Point d’écoulement
Figure 16 – Gassing du M/DBT (CEI méthode A – hydrogène)

Le point d’écoulement est également un paramètre important


dans le choix d’un liquide destiné à évacuer les calories. Il est
La viscosité des hydrocarbures est corrélées à leur masse
défini comme la température maximale au-dessous de laquelle
moléculaire : plus un produit est léger, plus sa viscosité est faible.
le liquide ne coule plus.
Cependant, plus un produit a une faible masse moléculaire, plus il
est volatil, et plus il est inflammable. Le choix d’un liquide est donc
toujours un compromis.
La viscosité diminue avec la température, et de nombreuses lois Deux phénomènes peuvent être responsables de la perte
empiriques ont été proposées [21]. En général on considère des d’écoulement :
relations du type :
— l’augmentation de viscosité à basse température : le point
lg η = A + [B/(T − T0)] (9) d’écoulement correspond à une viscosité d’environ 30 000 cSt
avec A et B deux constantes caractéristiques du produit, (30 000 mm2/s) ;
T température (en K), — la cristallisation de certains composants (notamment les paraf-
T0 = 273,15 K. fines dans l’huile minérale). Des améliorants d’écoulement (APE)
sont parfois utilisés dans ce cas.
Suivant le type et les températures d’utilisation, différents
niveaux de viscosité peuvent être acceptables. Ainsi, les akylbenzè- Le tableau 6 donne les valeurs de point d’écoulement de diffé-
nes légers (octyl-, décylbenzène) pourront être utilisés pour les rents liquides isolants.
(0)

Tableau 6 – Valeurs expérimentales de caractéristiques d’étude des liquides isolants

Capacité
Coefficient
Masse thermique Viscosité
de Conductivité Point Point
volumique massique à cinématique Point
Type de liquide dilatation thermique d’éclair de feu
à 20 ˚C pression à 40 ˚C d’écoulement
ρ20
volumique λ COC (3) COC (3)
αV
constante ν
cp

(kg/m3) (en 10−4 K−1) (J/(kg · K)) (W/(m · K)) (mm2/s) (˚C) (˚C) (˚C)

Huiles minérales 825 à 890 7à9 1 600 à 2 100 0,11 à 0,16 3 à 16 − 30 à − 60 100 à 170 110 à 185
Polybutènes 800 à 920 5à6 2 000 0,16 (1) − 30 à + 20 145 à 230 170 à 310

Alkylbenzènes 850 à 990


7à9 1 600 à 2 100 0,11 à 0,16 3à8 − 70 à − 35 110 à 150 120 à 155
Alkyldiarylalcanes 900 à 1 100
Askarels (PCB) 1 340 à 1 630 6à8 1 000 à 1 140 0,09 à 0,11 (2) − 50 à + 30 130 à 195 Néant

Polychlorodiphénylméthanes 1 420 7,5 1 547 0,11 8 − 41 140 Néant


Esters du pentaérythritol 900 à 1 000 6,5 à 10 2 100 à 2 300 0,15 20 − 40 250 300 à 310

Huiles silicones 960 à 1 100 10 1 500 0,15 40 − 60 310 340


pour transformateurs

(1) Intervalle étendu : pour les polybutènes de marque Napvis, ν à 40 ˚C varie de 130 à 20 000 mm2/s.
(2) ν à 50 ˚C varie de 3,5 à 1 800 mm2/s des dichlorobiphényles aux hexachlorobiphényles ; à cette température la viscosité cinématique du solvant habituellement
utilisé, le trichlorobenzène, varie de 1 à 1,6 mm2/s.
(3) COC : Cleveland Open Cup.

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2.2.3 Capacité et conductivité thermiques 2.3.2 Stabilité à l’oxydation

■ La capacité thermique massique croît avec la température et 2.3.2.1 Généralités


décroît avec la masse volumique. Dans le cas des huiles minérales,
La tenue à l’oxydation est une propriété particulièrement impor-
elle peut être calculée par la relation :
tante pour les applications ouvertes, où le liquide est en contact
avec de l’air. C’est notamment le cas des transformateurs.
c p = ( 1 684 – 3 ,39 t ) ⁄ ρ 15

avec ρ15 masse volumique à 15 ˚C. On désigne par oxydation un ensemble de réactions chimi-
ques complexes et lentes au cours desquelles les hydrocarbures
Exemple : à 20 ˚C, elle varie entre 1 000 et 2 300 J · kg−1 · K−1 réagissent avec l’oxygène dissous [24] [25]. Il se forme tout
d’abord des produits de réaction solubles (composés carbony-
■ La conductivité thermique est inversement proportionnelle à la lés, carboxylés) puis, par polymérisation, des produits qui sont
masse volumique et décroît avec la température. plus ou moins solubles, les dépôts étant appelés boues d’oxyda-
tion (figure 17).
Le tableau 6 donne les valeurs de la capacité et de la conductivité
thermiques de différents liquides isolants à 20 ˚C.
La vitesse des réactions d’oxydation croît évidemment avec la
température et la concentration en oxygène : on admet qu’elle dou-
2.2.4 Masse volumique. Coefficient de dilatation ble tous les 8 à 10 ˚C, à partir de 60 ˚C.
thermique Les réactions d’oxydation sont catalysées par certains métaux
(cuivre, fer) ainsi que par certains produits comme les mercaptans
qui peuvent être contenus dans les huiles minérales.
La masse volumique est une caractéristique intrinsèque d’un pro-
duit. Elle dépend de la composition chimique. Ainsi les huiles miné- Les conséquences de l’oxydation sont :
rales paraffiniques ont une masse volumique plus faible que les — une augmentation des pertes diélectriques ;
huiles naphténiques. Les produits halogénés ont des masses volu-
— une augmentation de la viscosité, d’où une diminution de la
miques supérieures à 1 000 kg/m3.
capacité à éliminer les dégagements de chaleur ;
Exemple : à 20 ˚C, la masse volumique des liquides isolants est — une augmentation de la corrosivité vis-à-vis de la cellulose,
comprise entre 800 et 2 000 kg/m3. notamment ;
— une augmentation de la corrosivité vis-à-vis des parties métal-
La masse volumique diminue lorsque la température augmente. liques.
Le coefficient de dilatation volumique αV caractérise cette variation.

ρt = ρ20(1 − αV [t − 20])
Exemple : αV varie de 5 × 10−4 à 10 × 10−4 K−1. 1 Initiation
Chauffage
R H R • + H•
Pour les applications fermées, on recherche généralement des
produits ayant le plus faible coefficient de dilatation. Cu2+ + R H Cu+ + H+ + R•
H• + H • H2

2 Propagation
2.3 Stabilité R• + O 2 ROO•
Réactions rapides
ROO• + R H ROOH + R•
2.3.1 Stabilité thermique 3 Ramification de chaîne
ROOH RO• + OH•
On entend, généralement, par stabilité thermique le compor- ROOH + Cu+ RO• + Cu2+ + OH–
tement du produit à température élevée, en faisant abstraction Réactions rapides
ROOH + Cu2+ ROO• + Cu+ + H+
de toute autre contrainte, telle qu’oxydation, hydrolyse,
décharges partielles... Le comportement purement thermique
(en l’absence d’oxygène) n’est d’un intérêt que pour les applica- RO• + R H R• + R OH
tions fermées, comme les condensateurs, les câbles ou les
OH• + R H R • + H 2O
transformateurs scellés, par exemple.

4 Terminaison de chaîne
Il n’existe pas de test normalisé pour étudier la stabilité thermique 2R• R R (polymères)
d’un liquide diélectrique. En général, elle est évaluée à partir des
évolutions de tan δ du produit à chaud, sous azote. R• + ROO• ROO R
2 ROO• ROO R + O2
Exemple : les huiles minérales sont stables jusqu’à des températu-
res de 110 à 120 ˚C [23], les huiles silicones jusqu’à 150 ˚C et les hydro- Rôle des inhibiteurs : capteurs des radicaux hydroperoxydes
carbures aromatiques jusqu’à plus de 200 ˚C.
ROO• + A H ROOH + A•
Dans les conditions normales d’utilisation des appareils électri- Le radical A• étant très encombré, il ne peut pas réagir avec
ques (température maximale de 80 à 100 ˚C), la stabilité thermique le liquide, c'est-à-dire attaquer les liaisons R H
des liquides isolants existants est donc largement suffisante. Ce
n’est pas un paramètre limitant. Figure 17 – Mécanismes de réactions d’oxydation

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Des études ont montré que l’effet conjugué de la température et


Phénols bloqués de l’oxygène était particulièrement néfaste dans les transformateurs
[28], et que la présence d’acidité soluble augmente la dégradation
CH3 thermique de la cellulose [23].

CH3 OH CH3 OH
2.3.3 Stabilité à l’hydrolyse
CH3
Ditertiobutylparacrésol Triméthylphénol Cette propriété ne concerne que les esters (esters synthétiques et
huiles végétales). En effet, leur nature chimique, contrairement à
Amines
celle des hydrocarbures purs, entraîne un risque de réaction avec
l’eau soluble. Par ailleurs leur structure carbonylée entraîne une
grande solubilité de l’eau (valeur à saturation comprise entre 0,2 et
NH 1 % entre 20 et 100 ˚C). Cependant, les esters utilisés dans les appli-
cations électrotechniques sont particulièrement résistants à l’hydro-
lyse.
n-Phénylnaphtylamine
Il n’existe pas de test normalisé pour évaluer la stabilité à l’hydro-
lyse.
Benzotriazoles (passivateurs du cuivre)

N
R1 2.4 Effet des impuretés
N
N
R2
Certaines impuretés peuvent modifier, notablement, les caracté-
ristiques des liquides isolants. C’est principalement le cas des gaz,
R1 peut être H ou CH3 de l’eau et des particules, que l’on cherche toujours à éliminer du
R'1 liquide avant utilisation, par filtration ou dégazage. De même, les
R2 peut être H ou un radical amine : CH2 N isolations solides sont imprégnées sous vide pour éviter la présence
R'2 de tout gaz.

Figure 18 – Inhibiteurs d’oxydation


2.4.1 Gaz

2.3.2.2 Inhibiteurs d’oxydation En présence de forte concentrations en gaz, les liquides présen-
tent des seuils d’apparition des décharges partielles plus faibles. Les
L’oxydation est un phénomène autocatalytique qui fait intervenir liquides sont donc toujours dégazés, sous vide, avant d’être utilisés
la formation de peroxydes et de sels métalliques (cf. figure 17) [26]. pour l’imprégnation d’un matériel électrique.
Les huiles minérales peuvent contenir des inhibiteurs naturels qui
sont des hétérocycles soufrés et des hydrocarbures polyaroma-
tiques.
2.4.2 Eau. Humidité relative
Les additifs inhibiteurs d’oxydation (figure 18) les plus courants
sont du type phénol comme le DBPC (2,6-ditertiobutylparacrésol) On appelle humidité relative, le rapport entre la teneur réelle
(pour sa détection IR, se reporter à la référence [27]) ou le TMP (tri- en eau et sa solubilité.
méthylphénol). D’autres additifs, tels le PAN (n-phénylnaphtylamine)
sont également employés [26]. Ils sont utilisés à des teneurs de
1 000 à 5 000 ppm. Leur rôle est de bloquer les radicaux libres for- La solubilité, qui représente la teneur à saturation, dépend de la
més de façon intermédiaire dans la réaction en chaîne d’oxydation. température : plus la température est élevée, plus la solubilité est
grande. Par ailleurs la solubilité de l’eau dépend beaucoup de la
Il existe également des passivants ou désactivants dont le rôle est nature chimique du liquide.
d’empêcher la formation ou de bloquer les sels métalliques qui cata-
lysent la réaction d’oxydation. Ils sont du type triazoles. Exemple : la teneur à saturation (ou solubilité) de l’eau à tempéra-
ture ambiante est de l’ordre de 50 ppm pour les huiles minérales,
120 ppm pour les huiles silicones, 200 à 250 ppm pour les hydrocarbu-
2.3.2.3 Méthodes d’essai res aromatiques et 1 500 à 2 500 ppm pour les esters.
L’évaluation de la stabilité à l’oxydation des liquides isolants Pour une teneur en eau donnée, l’humidité dépend donc du
repose sur les méthodes décrites dans la norme CEI 61125. Le prin- liquide et de la température (figure 19) :
cipe consiste à faire barboter de l’oxygène dans le liquide maintenu
à 120 ˚C, en présence de cuivre électrolytique comme catalyseur. À L’influence de l’eau sur les propriétés d’un liquide isolant dépend
la fin de l’essai, on détermine l’indice d’acidité soluble et volatile, et généralement de l’humidité relative. La conductivité n’est affectée
la teneur en boues d’oxydation ou dépôts. que pour des teneurs en eau supérieures à la saturation. Par contre,
la rigidité électrique diminue fortement lorsque l’humidité relative
Dans le cas des produits non inhibés, l’essai dure 164 h. Pour les dépasse 50 à 60 % (cf. figures 8 et 20).
produits inhibés, la durée est de 500 h.
De nombreux autres essais de stabilité à l’oxydation ont été ou
sont utilisés. EDF utilise actuellement un essai de vieillissement de 2.4.3 Particules
1 000 h à 100 ˚C, avec barbotage d’air en présence de cuivre, l’oxy-
dation étant appréciée par la mesure de tan δ, la corrosivité et Les particules provoquent un renforcement local du champ élec-
l’indice d’acidité soluble (spécification EDF HN 27 S 02). trique. De ce fait, elles jouent un rôle important dans les phénomè-

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soudures, cartons...) ou avec l’air qui contient des oxydes tels NOx,
10 000 SOx et d’autres produits chlorés.

Teneur en eau à saturation (ppm)


I 2.4.5 Compatibilité

La compatibilité des liquides concerne leur miscibilité et leur


1 000 action réciproque avec les matériaux utilisés dans les équipements.

II 2.4.5.1 Miscibilité des liquides entre eux


C’est une propriété importante pour les huiles minérales pour
III transformateurs.
La norme NF C 27-101 précise que les huiles d’une même classe,
100 et ne contenant pas d’additifs, doivent être mutuellement compati-
bles et peuvent être mélangées en toute proportion ; c’est le cas de
IV toutes les huiles actuellement disponibles sur le marché européen.
Pour les huiles avec additifs, les paraffiniques par exemple, on
doit effectuer des essais de compatibilité. Les huiles minérales con-
tenant des améliorants d’écoulement se sont révélées compatibles
10 entre elles.
0 20 40 60 80 100
Température (°C) 2.4.5.2 Compatibilité avec les matériaux
I ester de pentaérythritol III PDMS Cette compatibilité concerne l’action des liquides sur les produits
II diarylalcanes IV huile minérale naphténique utilisés et réciproquement. Les liquides peuvent avoir une action de
dissolution (totale ou partielle) des matériaux. C’est le cas des
Figure 19 – Solubilité de l’eau dans les différents types de liquides hydrocarbures aromatiques et des huiles minérales en contenant
isolants des concentrations élevées, ou des huiles silicones vis-à-vis des
élastomères à base de silicone. Cette action se traduit par des modi-
fications physiques et chimiques des isolants solides de synthèse
(élastomères, émaux, vernis, peintures...). L’évolution du liquide se
traduit par un changement de couleur, un accroissement anormal
90
Tension de claquage (kV)

des pertes diélectriques et une réduction de la résistivité.


80
La procédure, utilisée pour le choix des matériaux et décrite dans
70 les publications CEI 60588-5 et 60588-6, a été plus particulièrement
60 mise au point pour les askarels, mais peut être utilisée quel que soit
50 le liquide. Elle consiste à immerger un échantillon, dont la taille est
représentative de sa proportion dans l’appareil, dans un volume fixé
40
de liquide, pendant 168 h à 100 ˚C. En général, l’essai est réalisé
30 sous atmosphère d’azote.
20 Les critères de compatibilité reposent sur des mesures de conduc-
10 tivité du liquide, et sur des essais mécaniques ou électriques des
0 solides (gonflement, dureté Shore, résistance à la traction, résisti-
0 50 100 150 200 250 300 vité transversale...).
Teneur en eau (ppm) Il n’est pas possible, devant la multiplicité des produits proposés,
de donner un tableau général de compatibilité, d’autant plus que,
Figure 20 – Influence de l’humidité relative sur la tension pour un même matériau (notamment les élastomères), la compati-
de claquage (norme CEI 60156) d’une huile minérale naphténique bilité dépend des additifs que contient le solide.
D’une façon générale, la cellulose (papier, cartons) est compatible
avec les liquides isolants, ainsi que les films de polypropylène, les
nes tels que le seuil d’apparition des décharges partielles et la résines époxydes, les polyesters et les polyamides.
rigidité électrique [29] [30]. L’influence des particules conductrices
est beaucoup plus importante que celle des particules isolantes (cf.
figures 9 et 10). 2.5 Propriétés « feu »
Pour éliminer un maximum de particules, les liquides sont en
général filtrés avant de les utiliser pour l’imprégnation des appa-
reils. Certains équipements (notamment les condensateurs) sont Dans certaines applications, où le risque en cas d’incendie est
également préparés en atmosphère d’air filtré pour éviter de considéré comme inacceptable, on utilise des liquides résistant au
récupérer des poussières. feu. Le danger d’incendie est évalué à partir des caractéristiques
d’inflammabilité (point d’éclair, point de feu, température d’auto-
inflammation) et de certaines caractéristiques de combustion
2.4.4 Autres impuretés (indice d’oxygène, quantités de chaleur dégagées) [31] [32] [33].
Les askarels (polychlorobiphényles) étaient considérés comme
Les produits polaires solubles, tels les produits soufrés, les ami- ininflammables, c’est-à-dire qu’on ne pouvait pas les faire brûler
nes... provoquent en général une augmentation de la conductivité sans apport d’énergie par un feu extérieur. Leur bannissement, et
des liquides isolants. Ces impuretés peuvent être récupérées lors- l’interdiction d’utiliser des produits chlorés qui en a résultée, n’ont
que le liquide entre en contact avec des matériaux solides (joints, plus permis d’avoir de tels liquides ininflammables.

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On utilise maintenant des liquides moins inflammables qui sont Pour faire face à ce problème, certaines caractéristiques sont
définis comme ayant un point de feu supérieur à 300 ˚C (norme maintenant à prendre en compte, notamment la chaleur dégagée
CEI 61100). par leur combustion, ainsi que la corrosivité et la toxicité des pro-
duits dégagés.
2.5.1 Point d’éclair. Point de feu Plusieurs méthodes sont proposées, en particulier par certaines
compagnies d’assurances. Des essais de comportement au feu de
transformateurs de distribution, en galerie d’incendie, ont même été
Le chauffage progressif d’un liquide provoque le dégagement réalisés par EDF [34].
de vapeurs, qu’il s’agisse d’un produit pur ou d’un mélange. Dès Parmi les caractéristiques qui sont retenues pour évaluer le com-
que la concentration en vapeur au-dessus du liquide devient suf- portement d’un liquide, les plus répandues sont l’indice d’oxygène
fisante pour former un mélange inflammable dans l’air, le et le pouvoir calorifique inférieur.
mélange brûle à l’approche d’une flamme. La température cor-
respondante est appelée point d’éclair du liquide.
L’indice d’oxygène correspond à la teneur minimale en oxy-
gène dans un mélange air/azote, qui permet d’entretenir la
Il existe deux types de méthodes pour la détermination du point
combustion dans des conditions définies (ASTM D 2863). Il
d’éclair :
varie entre 15 et 80 %.
— les méthodes en coupe ouverte (par exemple, la méthode Cle- Le pouvoir calorifique inférieur (PCI) est la quantité de chaleur
veland ISO 2592) ; nette libérée par la combustion totale du liquide. Elle est déte-
— les méthodes en coupe fermée (par exemple, la méthode rminée en bombe calorimétrique par la méthode ASTM D 240.
Pensky-Martens ISO 2719).
Dans le premier cas, la coupelle contenant le liquide est ouverte à
D’autres méthodes ont également été développées mais n’ont pas
l’air libre et les vapeurs peuvent se mélanger librement à l’air envi-
été normalisées. La méthode de Tewarson [35] (développée par les
ronnant. Dans le deuxième cas, le volume au-dessus de la coupelle
Factory Mutual Research Corporation) permet, en laboratoire, de
est clos et les vapeurs restent au voisinage de la surface du liquide.
comparer le comportement au feu des liquides en déterminant la
Les méthodes en coupe fermée donnent généralement des valeurs
facilité d’inflammation sous flux thermique et concentration d’oxy-
plus faibles que les méthodes en coupe ouverte.
gène fixés, les vitesses de dégagement de chaleur, l’analyse des gaz
de combustion, l’opacité des fumées et leur corrosivité.
Le point de feu est déterminé par une méthode en coupe
ouverte. Après avoir noté la température correspondant au point Le tableau 7 rassemble les caractéristiques de combustion de dif-
d’éclair, on poursuit la chauffe du liquide jusqu’à ce que la cou- férents liquides.
pelle s’enflamme. La température correspondante est le point
de feu du liquide.
2.6 Propriétés toxicologiques
On considère en général que, pour que le risque d’inflammation et écotoxicologiques
devienne négligeable, il faut que la température du liquide reste
inférieure au point d’éclair moins 25 à 30 ˚C.
Les propriétés toxico/écotoxicologiques des liquides sont éva-
Exemple : les liquides isolants ont en général un point d’éclair luées à partir des résultats obtenus dans un certain nombre de tests.
supérieur à 130 ˚C, à l’exception des alkylbenzènes légers utilisés dans Ces tests et les critères de jugement sont décrits dans le Journal offi-
les câbles à circulation de liquide. ciel des Communautés européennes [36].
■ Du point de vue toxicologique :
2.5.2 Auto-inflammation
— la toxicité aiguë est évaluée à partir de la DL50 qui est la dose
ou concentration qui provoque la mort de 50 % des individus en 24
La température d’auto-inflammation d’un liquide est la tem- à 48 heures ; le test est en général réalisé sur des rats pour la toxicité
pérature minimale à laquelle se produit spontanément la com- orale et par inhalation, et sur des lapins pour la toxicité dermique ;
bustion dans l’air. — l’aspect irritant aigu pour la peau ou les yeux est évalué à par-
tir d’essais sur lapins ;
— le pouvoir sensibilisant permet d’évaluer les réactions allergi-
Elle peut être déterminée par la méthode CEI 60079-4 qui consiste ques que le produit peut provoquer ; les tests sont en général réa-
à injecter un faible volume de liquide (70 µL) dans un four et à noter lisés sur lapins ou cobayes ;
la température du four à laquelle l’inflammation se produit en un — la génotoxicité indique si la substance peut altérer le matériel
laps de temps court fixé. génétique ; les tests (micronucleus, test d’Ames) indiquent éga-
La température d’auto-inflammation est généralement très supé- lement le potentiel cancérigène de la substance ;
rieure au point d’éclair (en général > 200 ˚C) et de peu d’intérêt pour — la toxicité subaiguë est déterminée en administrant des doses
les applications électriques. de substances pendant, en général, 28 jours. La concentration la
plus élevée ne conduisant à aucun effet est définie comme la dose
sans effet.
2.5.3 Caractéristiques de combustion
■ Du point de vue écotoxicologique :
Il n’existe plus sur le marché de liquides ininflammables (sans —la toxicité aiguë (48 ou 72 heures) est déterminée sur poissons,
point de feu jusqu’à ébullition). Ces produits ont été remplacés par daphnies et algues. Suivant l’espèce, on établit la CL50, CE50 ou CI50
des liquides « moins inflammables » dont la caractéristique est (cf. définitions dans le tableau des notations et symboles).
d’avoir un point de feu > 300 ˚C. Pour les substances très peu solubles dans l’eau (c’est le cas
Ces liquides sont donc plus difficiles à enflammer que les liquides notamment des huiles minérales et des hydrocarbures aromati-
couramment utilisés, mais ils n’en brûlent pas moins. Leur compor- ques), les essais sont réalisés à la limite de solubilité. Si aucune toxi-
tement lorsque le matériel est pris dans un incendie pose donc un cité n’est observée à cette concentration, le produit est jugé non
problème. toxique pour l’environnement ;

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Tableau 7 – Caractéristiques de combustion de différents liquides isolants

Pouvoir Densité de flux


Température Indice
Point d’éclair Point de feu calorifique thermique maximale
Type de liquide d’auto-inflammation d’oxygène
(˚C) (˚C) inférieur
(˚C) (%)
(kJ/g) (kW/m2)

Huile minérale > 130 > 150 > 250 17 46 2 150

Alkyldiarylalcanes > 130 > 150 450 18 40 1 450

Askarels > 130 Néant > 650 80 2 105

Esters de pentaérythritol > 250 > 300 450 21 37 2 200

Huiles silicones (PDMS) > 250 > 300 545 22 à 29 28 82

— la biodégradabilité permet d’évaluer la persistance potentielle Ces tests ont en général été réalisés sur les liquides de synthèse
du produit dans l’environnement. Les tests normalisés ont été déve- récents. Les résultats servent à définir l’étiquetage réglementaire de
loppés à l’origine pour des produits très solubles dans l’eau. Les ces produits. Par contre, il y a très peu de données sur les anciens
tests permettent alors de différencier des produits « facilement liquides, telles que les huiles minérales ou végétales.
biodégradables » des produits « non facilement biodégradables ». Dans le cas des huiles minérales, de nombreux essais ont été réa-
D’autres tests ont été développés, notamment pour les pro- lisés pour évaluer leur cancérogénicité. Les résultats ont fait appa-
duits très peu solubles. Ils permettent de différencier des produits raître une corrélation entre le nombre de tumeurs observées et la
« potentiellement biodégradables » des produits « non biodégra- teneur en hydrocarbures polyaromatiques (HPA) (tableau 8). L’éti-
dables » ; quetage des huiles est basé sur ces résultats.
— le potentiel accumulatif permet d’évaluer le risque d’accumu-
lation dans la chaîne alimentaire ;
Le coefficient de partage eau (W)/octanol (O) lg Pow indique la dif- Aspects réglementaires
férence de solubilité de la substance dans l’eau et les graisses. Un
produit est considéré comme potentiellement accumulable si En Europe, les produits ne peuvent être ni fabriqués, ni trans-
3 < lg Pow < 6 ; portés, ni utilisés, s’ils ne figurent pas sur un des inventaires
EINECS (European Inventory of Existing Commercial Chemical
— le facteur de bioconcentration (BCF) permet d’évaluer le Substances) pour les produits anciens ou ELINCS (European
potentiel accumulatif d’un produit par des essais, réalisés le plus List of Notified Chemical Substances) pour les produits récents.
souvent sur poissons. Les produits ayant un BCF > 100 sont en L’agrément d’une substance (= son inscription sur l’inventaire)
général reconnus comme potentiellement bioaccumulables. Cepen- est donné par la Direction générale XI (environnement, sécurité
dant, le BCF doit être associé à la vitesse d’élimination pour connaî- nucléaire et protection civile).
tre le potentiel de bioaccumulation réel d’un produit ; En fonction des résultats obtenus dans les différents tests
— la toxicité à long terme est établie sur poissons ou daphnies toxico/écotoxicologiques, les produits doivent porter certaines
par des tests de 21 jours. Les produits très peu solubles sont testés étiquettes, par exemple « toxique » ou « sensibilisant » caracté-
à la limite de solubilité. risées par des symboles (tableaux 9 et 10).

(0)

Tableau 8 – Les 16 hydrocarbures polyaromatiques (HPA) les plus suspectés [37]

Facteurs Facteurs
toxiques toxiques
Nom (1) Structure Nom Structure

EPA (2) TEF (3) EPA (2) TEF (3)

Naphtalène Benzo[a]anthracène
(Naph) 0 0,001 (BaA) 1 0,1
CAS 91-20-3 CAS 56-55-3

Acénaphtylène Chrysène
(Aceny) 0 0,001 (Chr) 1 0,01
CAS 208-96-8 CAS 219-01-9

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Tableau 8 – Les 16 hydrocarbures polyaromatiques (HPA) les plus suspectés [37] (suite)

Facteurs Facteurs
toxiques toxiques
Nom (1) Structure Nom Structure

EPA (2) TEF (3) EPA (2) TEF (3)

Acénaphtène Benzo[ghi]pérylène
(Ace) 0 0,001 (BgP) 0 0,01
CAS 83-32-9 CAS 191-24-2

Fluorène Indéno[123-cd]pyrène
(Flu) 0 0,001 (IND) 1 0,1
CAS 86-73-7 CAS 193-39-5

Phénanthrène Benzo[j+b]fluoranthène
(Phen) 0 0,001 (BjbF) 1 0,1
CAS 8501-8 CAS 205-99-2

Anthracène Benzo[k]fluoranthène
(Ant) 0 0,01 (BkF) 1 0,1
CAS 120-12-7 CAS 207-08-9

Fluoranthène Benzo[a]pyrène
(Fluor) 0 0,001 (BaP) 1 1
CAS 206-44-0 CAS 50-32-8

Pyrène Dibenzo[ah]anthracène
(Pyr) 0 0,001 (DahA) 1 1
CAS 129-00-0 CAS 53-70-3

(1) CAS : Chemical Abstract Service


(2) 0 = non cancérigène, 1 = cancérigène d’après [38]
(3) TEF = Toxic Equivalency Factors (d’après [39]) : cancérogénicité comparée à celle du BaP (TEF = 1)

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Tableau 9 – Critères toxicologiques et environnementaux pour l’étiquetage des liquides


dans l’Union européenne
Critère Observation Classification Étiquette

Toxicologie

DL50 < 25 Très toxique R28

25 < DL50 < 200 Toxique R25


DL50 orale.................................(en mg/kg)
200 < DL50 < 2 000 Nocif R22

2 000 < DL50 Pratiquement non nocif Aucune

DL50 < 50 Très toxique R27

50 < DL50 < 400 Toxique R24


DL50 cutanée ...........................(en mg/kg)
400 < DL50 < 2 000 Nocif R21

2 000 < DL50 Pratiquement non nocif Aucune

DL50 < 0,5 Très toxique R26

0,5 < DL50 < 2 Toxique R23


DL50 par inhalation............. (en mg/L/4 h)
2 < DL50 < 20 Nocif R20

20 < DL50 Pratiquement non nocif Aucune

Brûlure Corrosif R35 or R34

Irritation cutanée Inflammation Irritant R38

Pas de réaction persistant 24 h Non irritant Aucune

Lésions sévères Fortement irritant R41

Irritation oculaire Lésions significatives Irritant R36

Pas de réaction persistant 24 h Non irritant Aucune

Sensibilisation cutanée Réaction positive sur > 15 % animaux Potentiellement sensibilisant R43

Cancérogénicité Positive sur 2 espèces animales Peut causer un cancer R45

Positive Potentiellement génotoxique R46


Mutagénicité
Négative Non génotoxique Aucune

Écotoxicologie

CL50 poissons ..........................(en mg/L) CL50 < 1 Très toxique R50

CE50 daphnies..........................(en mg/L) 1 < CL50 < 10 Toxique R51

10 < CL50 < 100 Nocif R52


CI50 algues ...............................(en mg/L)
100 < CL50 Pratiquement non nocif Aucune

lg Pow 3 < lg Pow < 6 Potentiellement accumulable R53

BCF (1) > 100 Potentiellement accumulable R53

Disparition du carbone > 70 %, ou Rapidement biodégradable Aucune


génération de CO2 > 60 %
Biodégradabilité 28 jours
Aucun des 2 critères Non facilement biodégradable R53

(1) BCF Bio-Concentration Factor

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Tableau 10 – Code d’examen des gaz dissous dans l’huile minérale (extrait du guide CEI 60599)
Codification de la valeur
des rapports (1)

C2 H2 CH 4 C2 H4
-------------- ----------- --------------
C2 H4 H2 C2 H6

Rapport des gaz caractéristiques

< 0,1 0 1 0

0,1 à 1 1 0 0

1à3 1 2 1

>3 2 2 2

No de cas Défaut caractéristique Exemples typiques

0 Pas de défaut 0 0 0 Vieillissement normal

1 Décharges partielles de faible 0 1 0 Décharges des poches de gaz provenant d’une imprégna-
densité d’énergie tion incomplète, ou d’une sursaturation, ou d’une teneur en
eau élevée

2 Décharges partielles de haute 1 1 0 Comme ci-dessus, mais provoquant du cheminement ou la


densité d’énergie perforation de l’isolation

3 Décharges de faibles énergies 1→2 0 1→2 Amorçage continu dans l’huile dû à de mauvaises con-
(c’est-à- (c’est-à- nexions ou à des potentiels flottants. Rupture diélectrique
dire 1 à 2) d’huile entre matériaux solides
dire 1 à 2)

4 Décharges de hautes énergies 1 0 2 Décharges de puissance ; arc ; rupture diélectrique d’huile


entre des enroulements ou entre spires ou entre spire et
masse. Courant de coupure dans le sélecteur

5 Défaut thermique de basse tem- 0 0 1 Échauffement généralisé de conducteurs isolés


pérature < 150 ˚C (2)

6 Défaut thermique de basse tem- 0 2 0 Surchauffe locale du circuit magnétique due à des concen-
pérature gamme 150 à 300 ˚C (3) trations de flux. Points chauds de températures croissantes,
allant de petits points chauds dans le circuit magnétique,
7 Défaut thermique de tempéra- 0 2 1 surchauffe du cuivre due aux courants de Foucault, mauvais
ture moyenne gamme 300 à contacts (formation de carbone par pyrolyse) jusqu’à des
700 ˚C points chauds dus à des courants de circulation entre circuit
magnétique et cuve
8 Défaut thermique de haute tem- 0 2 2
pérature > 700 ˚C

(1) H2 : hydrogène ; CH4 : méthane ; C2H6 : éthane ; C2H4 : éthylène ; C2H2 : acétylène
(2) Dans ce cas les gaz proviennent principalement de la dégradation de l’isolation solide.
(3) Ce type de défaut se traduit normalement par une augmentation de la concentration des gaz.

3. Surveillance en service gnostic est basé sur les rapports C2H2/C2H4 CH4/H2 et C2H4/C2H6
(tableau 10).
Dans le cas où l’huile minérale a beaucoup évoluée, elle peut être
Au cours de la vie d’un appareil, les surtensions du réseau peu- retraitée, soit sur place, soit après arrêt et transport de l’appareil. Le
vent provoquer l’apparition de décharges partielles conduisant à la traitement consiste généralement en un dégazage (pour éliminer les
génération de gaz et autres sous-produits solubles ou insolubles. De gaz et l’eau) et une filtration (élimination des particules solides),
même, un échauffement local prolongé peut provoquer la dégrada- accompagnée éventuellement d’un passage sur terre adsorbante
tion de l’imprégnant avec également production de sous-produits. (pour diminuer sa conductivité).
Le vieillissement d’un appareil peut être suivi par l’analyse régulière Ce genre de surveillance tend à s’étendre à d’autres types d’appa-
de l’état du liquide. reils, notamment les traversées, les diviseurs capacitifs, et même
L’analyse des gaz dissous ou libres est surtout utilisée pour les les condensateurs. Cependant, dans ces deux derniers cas, on ne
transformateurs de puissance. Dans ce cas particulier, un guide dispose pas encore du recul suffisant pour établir des règles de dia-
(CEI 60599) a été rédigé pour l’interprétation de ces analyses. Le dia- gnostic.

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Références bibliographiques

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