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MODULE 3 : Comment transformer la biomasse en molécules

d’intérêt ? Les étapes préliminaires

1. Comment caractériser la biomasse ?

La biomasse est d’une richesse immense. Elle comprend des plantes, des déchets, des sous-
produits. Toutes ces matières sont composées de molécules biologiques avec des teneurs et
des caractéristiques moléculaires qui sont variables. La caractérisation chimique d’une
biomasse est donc essentielle !

Premièrement, elle permet de mettre en


évidence la nature des molécules qui peuvent
être valorisées et leur quantité. Ensuite, cette
caractérisation permet de mettre en évidence
des éléments chimiques qui pourraient être
problématiques lors des étapes de conversion et
Et/ou
qui pourraient interférer avec les agents
chimiques utilisés ou bien générer des déchets
ou des sources de pollution. Analyser qualitativement et quantitativement une biomasse et
ses composantes est donc un prérequis à tout procédé de valorisation. Pour pouvoir
déterminer la composition chimique d’une biomasse, il faut avant toute chose la broyer et la
conditionner pour la stabiliser. La biomasse c’est avant tout un être vivant. Et sous l’effet de
la température, de la lumière ou de la teneur en eau, certains composés de la matière peuvent
se dégrader ou se transformer. En plus, certains microorganismes peuvent également se
développer. On peut notamment assister à des phénomènes de fermentation. Tout cela peut
modifier la composition chimique dans le temps et c’est ce que nous souhaitons éviter afin de
garantir la stabilité du processus. Pour conditionner une biomasse, il est tout simplement
possible de la congeler. C’est une technique simple et rapide mais qui peut poser certains
problèmes comme des pertes d’eau lors du dégel ou la réactivation de certains mécanismes
de décomposition après un passage au froid. Nous privilégions alors une autre technique, qui
est celle du séchage. Cela permet de réduire la teneur en eau tout en limitant le
développement de microorganismes. Cela permet de stabiliser les échantillons dans le temps
et de pouvoir conserver des biomasses pendant de longues périodes sans altération de leur
composition chimique. Le séchage doit
cependant se faire de façon à éviter la
dégradation de composés thermosensibles.
Des températures de l’ordre de 40 à 50°C
sont généralement utilisées dans des étuves
ventilées et permettent d’atteindre des
pourcentages de matière sèche supérieurs à
90-95%, qui sont suffisant pour assurer une
bonne conservation. Une dernière précaution à prendre consiste cependant à stocker les
échantillons à l’abri de la lumière car certaines molécules, comme les métabolites
secondaires, ont tendance à être thermosensibles. Si tout est conservé correctement, nous
passons ensuite à l’étape de broyage. C’est une étape importante car elle permet
d’homogénéiser la matière. Quand on récolte et récupère de la biomasse, on se retrouve
parfois avec des morceaux, des grosses particules, des copeaux, des branches, des feuilles.
C’est assez hétérogène. Le broyage va
permettre d’atteindre des tailles de
particules inférieures au millimètre, ce qui
convient parfaitement pour une
caractérisation chimique. Une fois la matière
séchée et broyée, nous sommes prêts pour
les analyses chimiques. La première analyse
faite systématiquement est la mesure de la
teneur en matière sèche afin de connaitre la
teneur en eau qui est l’élément majoritaire
de la plupart des biomasses. Mais c’est aussi
et surtout pour pouvoir rapporter tous les
résultats de nos quantifications chimiques à
cette matière sèche. La quantification de la
matière sèche est réalisée selon une
méthode standardisée en plaçant une masse
connue d’échantillons dans une étuve à 105°C pendant 24h et en mesurant la perte de masse
par simple pesée. Dans le cas où la matière première aurait été conditionnée par séchage, la
matière sèche est prise bien évidemment avant l’opération de séchage.
Une seconde analyse chimique réalisée, c’est la détermination de ce que nous appelons « le
taux de cendres ». Les cendres, ce sont les matières inorganiques qui se trouvent dans la
biomasse, comme des sels minéraux par exemple. Pour ce faire, on va calciner une masse
précise d’échantillon de biomasse dans un four
à une température largement supérieure à
500°C. Après calcination, il ne reste que les
cendres qui sont récupérées et pesées. Après
avoir séché et déterminé le taux de cendres,
l'identification et le dosage des molécules
biologiques vont pouvoir commencer. On peut
ainsi doser les extractibles en faisant circuler sur
de la biomasse de l’éthanol ou de l’eau dans un extracteur de Soxhlet. Les extractibles
correspondent en fait à toutes les molécules qui sont facilement solubles dans ces solvants
fortement polaires, ce qui est le cas principalement des métabolites secondaires. Mais pas
que ! Certaines molécules comme des monosaccharides libres vont aussi s’extraire par cette
méthode. C’est donc plutôt une méthode d’indication et d’orientation vers des pistes de
valorisation éventuelles plutôt qu’une méthode quantitative rigoureuse.
Pour analyser plus en profondeur les métabolites secondaires qui se retrouvent dans cette
fraction extractible, il faudra ensuite avoir recours à des méthodes spectroscopiques et
chromatographiques spécifiques. Après les extractibles, nous pouvons doser les protéines, qui
sont des molécules azotées contenues dans toutes les biomasses mais en quantités très
variables. Pour ce faire, nous allons déterminer le pourcentage en azote dans l’échantillon de
biomasse par une technique particulière appelée la méthode de Kjeldhal. On va minéraliser
l’azote organique des protéines se retrouvant dans la biomasse, ce qui va générer au final des
ions ammonium qui vont être dosé par titrage.
Le résultat de ce titrage nous donnera par
extrapolation le taux de protéines dans notre
échantillon de biomasse. Ensuite, et selon le
type de biomasse à analyser, les méthodes
employées vont être complètement
différentes. On ne procède pas de la même
manière quand on aura une biomasse
alimentaire ou une biomasse non alimentaire
lignocellulosique. Pourquoi ? Parce que les
molécules à identifier et à quantifier sont
différentes. Si une biomasse contient de
l’amidon, c’est assez facile à le mettre en
évidence. Il suffit de mélanger cette biomasse
avec une solution aqueuse d’iode, initialement
jaune. Si cette solution vire au bleu nuit, c’est que de l’amidon est présent dans notre matière
première. C’est un premier test visuel. A présent il faut doser l’amidon avec précision. Pour ce
faire, on va utiliser des enzymes qui vont
hydrolyser l’amidon en glucose. Il convient
ensuite de doser le glucose par une méthode
spécifique de chromatographie en phase
gazeuse. L’estimation de la quantité en glucose
permet ainsi de reconstituer le pourcentage en
amidon présent dans la biomasse de départ.
Pour les biomasses qui contiendraient des
lipides comme les algues, le colza ou certains déchets alimentaires, une méthode de
quantification assez simple est employée en routine. Elle consiste à faire macérer la biomasse
dans du chloroforme afin d’en extraire les lipides qui y sont fortement solubles. Après
filtration de la biomasse ainsi appauvrie en lipides et évaporation du chloroforme, il ne reste
plus qu’à déterminer par gravimétrie la quantité de lipides qui se trouvaient dans la biomasse
de départ. Comme on peut le voir, analyser la composition chimique d’une biomasse nécessite
la mise en œuvre d’un panel de méthodes et d’outils analytiques. Analyser complètement la
composition d’une biomasse prend du temps, entre plusieurs heures voire plusieurs jours. Nos
recherches portent donc sur la mise au point d’alternatives analytiques plus efficaces, rapides
et à haute cadence qui nous permettrait en quelques minutes seulement de déterminer les
caractéristiques compositionnelles d’une biomasse.

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