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Introduction

Le titre II du livre V de la loi n°15-95 relative aux difficultés de l’entreprise, à savoir


l’expression « procédure de traitement des difficultés de l’entreprise » a supprimé et remplacé
le terme le terme faillite. La nouvelle législation a donc apporté des innovations au niveau de
la terminologie et sur le plan de l’organisation de la procédure. La grande innovation de la loi,
consiste à différencier l’homme de l’entreprise. Le législateur marocain ne cite pas le mot
commerçant, mais « entreprise ». La nouvelle législation a été modifiée de façon à évincer les
entreprises économiquement condamnées sans toutefois punir d’indignité les gérants qui ne
l’ont pas valu, et vice versa à garantir la suivie d’entreprises pouvant être redressées sur le
plan financier, au besoin en éloignant les dirigeants dont la compétence serait contestée. La
raison de cette prolifération des procédures des difficultés de l’entreprise et des sanctions à
l’égard des dirigeants de cette dernière, auteurs d’infractions présumées, s’explique par le fait
que le législateur marocain a cherché à avoir des commerçants ayant des qualités d’honnêteté
et d’habilité qu’il ne n’espère des autres hommes qu’il pourrait avoir à sanctionner
éventuellement leur insuffisance.

Les procédures de traitement de l’entreprise en difficulté au Maroc se déroulent en deux


phases : d’abord, une période d’observation afin d’établir un diagnostic ; ensuite, l’exécution
d’un plan de redressement sous forme de continuation ou de cession totale ou partielle de
l’entreprise.
L’expression adoptée par le législateur marocain « Les procédures de traitement des
difficultés de l’entreprise » dans le titre II du livre V de la loi n°15-95 formant code de
commerce relatif aux difficultés de l’entreprise signifie que la procédure de redressement
judiciaire est toujours ouverte en cas de cessation des paiements, quelle que soit l’issue de la
période d’observation.

Afin de nous permettre d’apprécier les principaux éléments apportés par la nouvelle
législation en matière des difficultés de l’entreprise, notamment ceux relatifs aux procédures
de traitement de ces difficultés, nous envisagerons d’étudier les conditions de l’ouverture des
procédures de traitement des difficultés de l’entreprise et ses organes, ainsi que la réalité des
procédures de traitement de l’entreprise en difficulté au Maroc.

Chapitre 1 : le déclenchement des procédures de traitement des difficultés


de l’entreprise

Les procédures de traitement des difficultés de l’entreprise sont applicables à tout


commerçant, à tout artisan et à toute société commerciale qui n’est pas en mesure de payer ses
dettes exigibles à l’échéance y compris celles qui sont nées de ses engagements conclus dans
le cadre de l’accord amiable.

Comme par le passé, l’ouverture des procédures de traitement des difficultés de l’entreprise
obéit à des conditions de fond (section1) et des conditions de forme (section2) sans oublier les
organes (section3).

Section 1 : les conditions de fond

Les conditions de fond se rapportent à la qualité du débiteur et à la cessation de paiement.

§1 : La qualité de débiteur

Le livre 5 du nouveau code de commerce fixe la liste des personnes susceptibles de bénéficier
des procédures de traitements des difficultés de l’entreprise dans les articles 560, 564 et 565.

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Il s’agit de toute personne physique ayant la qualité de commerçant ou d’artisan et de toute
société commerciale. Par ailleurs, ces procédures s’appliquent également à un commerçant ou
artisan qui a mis fin à son activité ou qui est décédé dans l’année de sa retraite ou de son
décès. Enfin, ces procédures peuvent être ouvertes à l’encontre d’un associé tenu
solidairement dans une société en nom collectif dans le délai d’un an à partir de sa retraite
lorsque l’Etat de cessation de paiement est antérieur à sa retraite.

Les dirigeants des personnes morales commerçantes peuvent subir les effets des procédures
de traitement des difficultés aussi bien dans leur patrimoine que dans leur personne. Au
niveau patrimonial, les actions et les parts sociales représentant leurs droits sociaux peuvent
être déclarées incessibles par le tribunal. Au niveau personnel, ils sont passibles de déchéance
civique et professionnelle et dans des cas plus graves des peines de la banqueroute.

§2 : La cessation de paiement

L’ouverture des procédures de traitement des difficultés de l’entreprise est subordonnée à la


condition de la cessation de paiement du débiteur concerné. La cessation de paiement est une
notion propre au droit commercial et qui se distingue de l’insolvabilité. Cette dernière vise un
débiteur qui ne parvient pas à honorer ses engagements du fait que son passif dépasse son
actif. En revanche, la cessation de paiement vise le cas du commerçant qui est en arrêt
matériel de paiement mais qui peut être parfaitement solvable en ce sens que son actif est
supérieur à son passif.

Cependant, le seul fait du défaut de paiement ne suffit pas à caractériser la cessation de


paiement. Il faut que le débiteur se trouve dans une situation désespérée qui le place dans
l’impossibilité de faire face à son passif exigible.

Ce point de vue a été définitivement écarté par le nouveau code de commerce (article 563).
Ainsi, le défaut de paiement d’une dette quelconque civile ou commerciale permet l’ouverture
des procédures de traitement des difficultés de l’entrepris. Toutefois, ces procédures ne
peuvent être déclenchées que si le débiteur ne paye pas une dette liquide et exigible. Il faut
que les dettes impayées ne soient contestées ni dans leur existence ni dans leur montant.

Section 2 : les conditions de forme

Il convient par conséquent, d’examiner le jugement d’ouverture des procédures de traitement


(section I) et la saisine du tribunal (section II).

§1: Le jugement d’ouverture

A- la juridiction compétente
1- la compétence territoriale

Le tribunal compétent pour prononcer une procédure de traitement des difficultés de


l’entreprise est le tribunal du lieu du principal établissement du commerçant ou du siège
social de la société.

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2- la compétence matérielle

Elle revient aux juridictions commerciales. De ce fait, le tribunal de commerce qui a ouvert la
procédure de traitement des difficultés est également compétent pour toutes les actions qui s’y
rattachent. Sera particulièrement considérée comme une action relevant de cette compétence,
l’action se rapportant à l’administration de la procédure ou celle dont la solution requiert
l’application de la législation relative au droit des entreprises en difficulté.

Enfin, le tribunal initialement saisi demeure compétent s’il se révèle que la procédure doit être
étendue à une ou plusieurs entreprises par suite d’une confusion de leur patrimoine.

Le tribunal statue sur la procédure après avoir entendu ou dûment appelé le chef d’entreprise
en chambre de conseil, il peut également entendre toute personne dont l’audition lui paraît
utile sans qu’elle puisse invoquer le secret professionnel.

Il peut également requérir l’avis de toute personne qualifiée, il statue au plus tard dans les 15
jours de sa saisine, il prononce le redressement judiciaire. Si la situation de l’entreprise n’est
pas irrémédiablement compromise, à défaut, c’est la liquidation judiciaire qui est prononcée.

B- le régime juridique du jugement

1- le contenu du jugement

Le jugement d’ouverture de la procédure fixe la date de la cessation de paiement et désigne


les organes de la procédure.

a- fixation de la date de cessation de paiement


La date de cessation de paiement doit être fixée dans le jugement d’ouverture. A défaut de
fixation, elle est réputée avoir lieu à la date du jugement d’ouverture. Afin de réduire les
inconvénients qui peuvent être engendrés, pour des personnes de bonne foi, de l’application
du principe des inopposabilités, de la période suspecte, le législateur a prévu que la date de
cessation de paiement ne peut être antérieure à plus de 18 mois au prononcé du jugement.

Toutefois, la date de cessation de paiement fixée par le jugement d’ouverture peut faire l’objet
de report au cours des procédures de traitement. C’est ainsi que le tribunal peut prendre un ou
plusieurs jugements fixant la cessation de paiement à une date plus reculée. La demande de
modification de la date doit être présentée au tribunal par le syndic avant l’expiration du délai
exécutions, saisies-arrêts, saisies immobilières voire même des saisies conservatoires. De
plus, les voies d’exécution entreprises ne peuvent plus être poursuivies qu’il s’agisse de
meubles ou d’immeubles.

b- désignation des organes de la procédure


Le jugement d’ouverture des procédures de traitement doit désigner les personnes qui seront
chargées de suivre et de contrôler la procédure. A cet effet, le tribunal désigne un de ses
membres en qualité de juge commissaire.

Par ailleurs, le tribunal nomme un syndic dont la fonction est exercée par le greffier.
Toutefois, le tribunal peut le cas échéant confier cette mission à un tiers.

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2- la publicité du jugement d’ouverture

L’état de redressement ou de liquidation judiciaire créé par la décision du tribunal va


s’imposer à tous, il est donc nécessaire de faire connaître aux tiers la nouvelle situation
juridique du débiteur, d’autant plus que ce jugement prend effet à partir de sa date.
A l’égard des créanciers, ce jugement permettra aux personnes prétendant avoir une créance
ou être propriétaires d’un bien meuble, de faire valoir leurs droits dans des délais précis sous
peine de forclusion.

Tout cela explique la quadruple publicité qui a été prévue par le législateur en ce domaine :

En premier lieu, le jugement d’ouverture doit être mentionné sans délai au registre du
commerce.

En second lieu, dans un délai de 8 jours de la date du jugement, un avis de la décision est
publié dans un journal d’annonces légales et au bulletin officiel. Cet avis invite les créanciers
à déclarer leurs créances au syndic désigné.

En troisième lieu, l’avis du jugement d’ouverture doit être affiché par les soins du greffier,
aux panneaux réservés à cet effet au tribunal. En dernier lieu, et dans le même délai de 8
jours, le jugement est notifié à l’entreprise par les soins du greffier.

3- les voies de recours

Les jugements d’ouverture de traitement des difficultés et les ordonnances rendues en cette
matière sont exécutoires par provision (c'est à dire immédiatement sans attendre la publicité).

L’opposition et la tierce opposition sont formées contre les décisions rendues en matière de
redressement et de liquidation judiciaire et de déchéance commerciale par déclaration au
greffe du tribunal dans un délai de 10 jours à compter du prononcé de la décision ou de sa
publication au bulletin officiel si cette publication est prescrite.

L’appel doit être interjeté dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la décision.
Toutefois, à l’égard du syndic, le délai court à compter de la date de la décision.

Enfin, le pourvoi en cassation est formé dans le délai de 10 jours de la notification de l’arrêt.
Quant au recours à l’encontre des décisions en matière de banqueroute et d’autres infractions,
elles sont soumises aux dispositions du code de procédure pénale.

§2 : La saisine du tribunal

La saisine du tribunal peut être opérée par le débiteur lui-même, ses créanciers ou par la
saisine d’office du tribunal ou sur requête du ministère public.

A- la demande du débiteur

Tout débiteur réunissant les conditions précédemment évoquées doit faire une demande au
tribunal pour l’ouverture d’une procédure de redressement et de liquidation judiciaires dans
les15 jours suivant la cessation de ses paiements.
Cette demande doit être accompagnée des documents suivants :

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- les états de synthèse du dernier exercice comptable

- l’énumération et l’évaluation de tous les biens mobiliers et immobiliers de l’entreprise

- la liste des créanciers et des débiteurs avec l’indication de leur résidence, le montant de leurs
droits, créances et garanties à la date de cessation de paiement.

- le tableau des charges.

L’ensemble de ces documents doit être daté, signé et certifié par le chef d’entreprise. Dans le
cas où l’un de ces documents ne peut être fourni, ou ne peut l’être qu’incomplètement, la
déclaration doit contenir l’indication des motifs qui empêchent cette production. Le greffier
atteste de la réception de ces documents.

B- l’assignation par les créanciers

Tout créancier a le droit de demander l’ouverture des procédures de traitement des difficultés
d’une entreprise à l’encontre de son débiteur qui a cessé ses paiements. L’action du créancier
a un caractère particulier en ce sens qu’elle a pour but de constater l’état de son débiteur et qui
va produire des conséquences légales. Le créancier ne demande pas le paiement ou la saisie
des biens, et de ce fait n’est pas dans l’obligation de produire un titre exécutoire.

La qualité de la créance est indifférente dès lors que le demandeur est en état de prouver l’état
de cessation de paiement de son débiteur.

C- la saisie d’office

Cette modalité de saisine est prévue à l’art 563 du nouveau code de commerce en son alinéa 2
Afin d’éviter qu’une décision ne soit rendue sur la base d’une information insuffisante, le
législateur a subordonné la saisie d’office à la condition que le débiteur soit entendu ou
dûment appelé.

Le droit du tribunal de prononcer d’office l’ouverture des procédures de traitement des


difficultés de l’entreprise entraîne des conséquences importantes. Ainsi, lorsque c’est le
débiteur qui demande l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, le tribunal peut
d’office prononcer la liquidation judiciaire. Inversement, le tribunal peut refuser le prononcé
de la liquidation judiciaire sollicitée par le créancier et prononcer d’office le redressement
judiciaire.

Par ailleurs, la déclaration d’office peut intervenir au cours d’une instance formée par des
créanciers si le tribunal reconnaît que l’assignation est irrégulière alors que les conditions de
fond pour l’ouverture des procédures de traitement sont réunies. Le tribunal peut également
prononcer d’office l’ouverture des procédures de traitement lorsque les conditions sont
réunies sur une assignation en paiement dirigée contre l’entreprise débitrice.

Enfin, si le redressement judiciaire est prononcé, le tribunal peut toujours d’office le convertir
en liquidation judiciaire.

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Section3 : les organes des procédures de traitement des difficultés

Les procédures de traitement des difficultés de l’entreprise font intervenir un certain nombre
d’organes judiciaires. En outre, le tribunal qui, prononce l’ouverture, demeure compétent pour
régler le dort de l’entreprise. Le juge-commissaire veille quand à lui, au déroulement régulier
de la procédure et ç la protection des intérêts en présence. Le ministère public veille au
respect de la légalité et de l’ordre public.

§1 : Le tribunal

Le tribunal qui rend le jugement d’ouverture concerne le pouvoir d’administration et de


direction de la procédure. A cet effet, il dispose d’une compétence élargie pour connaître de
toutes les contestations découlant des procédures de redressement et de liquidation judiciaire
telle que l’extension des procédures à une autre entreprise du fait de la confusion du
patrimoine ou aux dirigeants des entreprises lorsque les conditions sont réunies.

Le rôle du tribunal en tant qu’organe fondamental est de nommer et de remplacer les


principaux organes de la procédure notamment juge-commissaire et le syndic (art.568,al.2 et
art.644). En outre, il peut révoquer les contrôleurs sur proposition du juge-commissaire ou du
syndic (art.645, al.7). il prend la précaution de vérifier, que le juge-commissaire ou le syndic
n’est pas un parent jusqu'à quatrième degré inclusivement du chef ou des dirigeants de
l’entreprise (art.637, al.2).

§2 : Le juge commissaire

Le juge commissaire est désigné parmi les magistrats du tribunal par le jugement d’ouverture,
son rôle est défini par l’article 638 qui précise : « le juge commissaire est chargé de veiller au
déroulement rapide de la procédure et à la protection des intérêts en présence ».

Afin d’accomplir son rôle, le juge commissaire recevra des informations de diverses sources à
savoir, le syndic, les contrôleurs, les créanciers et le procureur du roi. Ainsi, le juge
commissaire dispose des pouvoirs suivants :

- il contrôle l’action du syndic

- il joue par ailleurs un rôle décisif dans la procédure d’admission des créances

- il dispose aussi du pouvoir de demander le remplacement du syndic

- il arrête également l’état des créances et décide s’il y a lieu ou non de procéder à la
vérification des créances

- le juge commissaire désigne enfin un à 3 contrôleurs parmi les créanciers qui lui font la
demande.

Le juge commissaire dispose du pouvoir d’ordonner ou d’autoriser un certain nombre d’actes


qui dépassent la compétence du syndic. C’est ainsi que dans la procédure de redressement
judiciaire, le juge commissaire autorise le chef d’entreprise ou le syndic à consentir une
hypothèque ou un nantissement à compromettre ou à transiger.

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Aussi en cas de cession de l’entreprise, le juge commissaire peut demander des explications
complémentaires sur l’offre faite par un candidat à l’acquisition.

Enfin, le juge commissaire peut d’office ou à la demande du syndic ou du créancier, ordonner


le paiement à titre provisionnel d’une quote-part de la créance définitivement admise.

Les décisions du juge commissaire sont prises sous forme d’une ordonnance, ces ordonnances
sont exécutoires par provision et immédiatement déposées au greffe. En vertu de l’article 637
alinéa 1er.

Chapitre 2: la réalité des procédures de traitement de l’entreprise en


difficultés au Maroc

En analysant ce paysage procédural en matière des difficultés de l’entreprise marocaine, on


peut constater que le traitement des entreprises en difficulté bute sur plusieurs problèmes
procéduraux très compliqués. En effet, les nombreuses rencontres qui se sont déroulées en
2005 entre le G.P.B.M., B.A.M et le ministère de la justice au sein d’une commission ad hoc
afin d’aplanir les problèmes d’ordre juridique qui continuent de presser lourdement sur le
mode des affaires. Le plus urgent semble être aujourd’hui celui du redressement judiciaire des
entreprises en difficultés.

Examinons, ci-après, la situation de redressement judiciaire au Maroc (section1) et les


imperfections des procédures de traitement de l’entreprise en difficulté au Maroc (section2).

Section I : la situation du redressement judiciaire au Maroc

Afin de pouvoir évaluer la situation du redressement judiciaire au Maroc, il faudrait se référer


aux statistiques données par le ministère de la justice. En effet, les chiffres établis par
l’autorité de tutelle paraissent inquiétants. De 683 cas en 2003, leur nombre est passé à 814 en
2004, soit une hausse de 20℅. On constate une augmentation du nombre d’affaires soumises à
ces derniers, notamment à rabat qui passe de 60 dossiers enregistrés en 2003 à 201 en 2004.
L’étude sera, par conséquent, portée sur le rapport extrêmement sévère de l’U.S.A.I.D sur le
traitement des difficultés de l’entreprise (§1) et sur le rapport des normes et codes relatif à
l’insolvabilité et les droits des créanciers au Maroc (§2).

§1: Le rapport de l’U.S.A.I.D sur le traitement des difficultés de l’entreprise

Le rapport de l’U.S.A.I.D se termine par cet appel : « le Maroc a besoin d’urgence de


réformes dans le domaine de la procédure et de la politique de traitement des difficultés de
l’entreprise ».

Il convient donc d’aborder les raisons pour lesquelles, un projet de loi pour l’actualisation du
code de commerce en matière des difficultés de l’entreprise, est devenu nécessaire par suite
d’écueils apparus lors de sa mise en application (A) et aussi à la lumière de rapport de
l’U.S.A.I.D en la matière(B).

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A- la nécessité d’un projet de la loi pour la révision du code de commerce actuel

C’est pour cette raison qu’une réflexion est actuellement menée pou une révision rapide du
livre V du code de commerce portant sur les difficultés de l’entreprise.

Dans le cadre de ce projet, l’U.S.A.I.D avait commandité une importante étude en vue
d’évaluer l’état des lieux en la matière et les solutions susceptibles de mettre fin à une crise
juridique qui dure depuis une décennie. Certaines dispositions du code de commerce de 1996
sont ambigües, ce qui rejaillit défavorablement sur leur application et par voie de conséquence
sur l’interprétation, ce qui n’est pas sans préjudice pour les parties en présence.

Manquant de clarté, la loi actuelle, ne peut qu’être mal appliquée par suite de son incapacité à
rendre compte des véritables motivations économiques du débiteur et des créanciers. Derrière
cela profile en fait la problématique de la notion de « cessation des paiements ».

Or, l’étude de l’U.S.A.I.D fait remarquer, à ce sujet, que l’expérience et les usages en matière
d’affaires au Maroc, indiquent que, de toutes les manières « les entreprises marocaines
peuvent de façon chronique ne pas effectuer les paiements à temps », ce qui ne les empêche
pas de continuer à fonctionner normalement. On put se demander à la lumière de ce qui
précède s’il existe une déontologie dans le domaine commercial et si les commerçants
entretiennent leurs rapports démunis de tout principe.

B- la constatation sans appel de l’U.S.A.I.D et le défaut d’information des créances

Parmi les principaux points du rapport établi par les expert chargés par l’U.S.A.I.D.d’évaluer
les textes actuellement en vigueur relatifs au traitement des difficultés de l’entreprise au
Maroc, on relever, ci-après, quelques extraits dudit rapport :

1) Les registres de tribunaux de commerce sont submergés de petites sociétés débitrices


nécessitant des crédits de restructurations ou d’une liquidation rapide.

2) Les débiteurs ont fréquemment recours à la procédure de traitement afin de


récompenser les dirigeants des sociétés débitrices et éviter, par la même occasion, les
réclamations légitimes des créanciers.

3) Les professionnels vagabonds donnent fréquemment aux débiteurs, qui sont en


situation de détresse, de fausses promesses de redressement dans un système judiciaire
qui n’a actuellement pas le moindre moyen d’évaluer leurs compétences.

4) Les trois mots les plus incertains, et qui prêtent le plus à confusion du livre V, dans sa
formulation actuelle sont « cessation des paiements » dans l’art 561 précité

5) Le recours au redressement judiciaire dépend d’une norme non définie, qui ne


distingue pas entre la réticence du débiteur et l’incapacité du débiteur à payer ses
dettes.

Une question mérite d’être posée : « quelle est la portée juridique de l’absence d’information
des créanciers sur leur avenir ?

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La réponse à cette question peut être faite à travers l’analyse d’un certain nombre de faits. Les
responsables paraissent, quant à eux, conscients des failles du système et entendent bien y
remédier. Cette prise de conscience, bien que tardive, les a amenés à sensibiliser les
magistrats des tribunaux de commerce sur l’extrême nécessité d’être plus vigilants avant de
prendre leurs décisions vis-à-vis des demandes de redressement et de liquidation judiciaires
car il y va de l’avenir du pays sur différents plans, notamment économique et social.

§2- le rapport sur l’observation des normes et codes relatif à l’insolvabilité et les droit des
créanciers au Maroc

Il serait utile par ailleurs d’étudier les lignes directrices du R.O.N.C (A) et le peu de
professionnalisme des organes des procédures de traitement des difficultés des entreprises et
celui des banques(B).

A- les lignes directrices du R.O.N.C

Parmi les principaux points de R.O.N.C, à propos de l’insolvabilité et les droits des créanciers
au Maroc, on peut citer :

- la création de nouveaux tribunaux de commerce, spécialisés dans la prévention et le


traitement de l’insolvabilité.

- L’absence de normes de performance des tribunaux et de formation spéciale des juges


a altéré quelque peu l’efficacité du système

- Le défaut d’origine de régulation et de critères de compétence pour les


administrateurs des procédures d’insolvabilité et les liquidateurs, est un obstacle
majeur pour un fonctionnement efficace du système traitant de l’insolvabilité

- La quasi-totalité du crédit aux entreprises est garantie. Une petite proposition de ce


dernier ne l’est pas. Mais actuellement les grandes banques marocaines et étrangères
utilisent des procédures sophistiquées pour la gestion du remboursement des crédits en
employant une palette de moyens de recouvrement amiable et contentieux.

B -Le peu de professionnalisme des organes des procédures de traitement des difficultés des
entreprises et celui des banques

A l’instar du rapport de l’U.S.A.I.D sur le traitement des difficultés de l’entreprise au Maroc,


qui était un rapport négatif, notamment au regard de certains textes législatifs essentiels du
nouveau code de commerce de 1996 (art.561 sur la notion de cessation des paiements) ainsi
que sur le personnel et cadres de la machine judiciaire en matière des difficultés de
l’entreprise, le rapport de la banque mondiale n’est pas également favorable a l’égard du
Maroc quant à l’insolvabilité et aux droits des créanciers. En effet, selon le rapport en
question, l’efficacité du nouveau système est restreinte par un recours abusif aux procédures
d’insolvabilité par les débiteurs qui bénéficient d’une suspension des poursuites d’une durée
parfois excessive et par le manque de professionnels, notamment les syndics insuffisamment
formés et non qualifiés en la matière.

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Le déroulement des procédures de traitement des difficultés des entreprises était très lent
avant la réforme mais la situation s’est améliorée de façon significative, grâce notamment à la
création des tribunaux de commerce.

Section 2 : le redressement judiciaire et les imperfections des procédures de traitement


de l’entreprise en difficulté

D’abord le code de commerce de 1996 prévoit l’intervention rapide du tribunal compétent, de


manière à remédier aux difficultés de l’entreprise à un moment où sa situation n’est pas
encore compromise.
Il importe en conséquence d’étudier les imperfections concernant les procédures de
traitement des difficultés de l’entreprise (§1) et les causes de celles-ci tout en proposant des
solutions efficaces donc pratiques pour endiguer les causes de ces difficultés (§2).

§1: Les imperfections au niveau des organes des procédures de traitement des
difficultés de l’entreprise et au niveau des comportements irrévérencieux des dirigeants
débiteurs.

Il faut signaler que la situation n’est guère rassurante concernant les dossiers relatifs aux
difficultés de l’entreprise, traités par les tribunaux de commerce respectivement de
Marrakech, Agadir, Mekhnès, Tanger et d’Oujda. Le libre-échange n’est aujourd’hui, ni
aubaine ni punition mais, une tendance générale.

Il serait donc intéressant d’examiner les imperfections des organes des procédures de
traitement des difficultés de l’entreprise, notamment celles qui sont liées au travail du syndic
et des magistrats chargés des dossiers de commerce.

A- les imperfections liées aux organes des procédures de traitement de l’entreprise en


difficulté.

On note également que les deux organes clef des procédures de traitement des difficultés de
l’entreprise à savoir le juge et le syndic connaissent d’énormes problèmes tant au niveau
quantitatif qu’au niveau qualitatif ce qui engendre des répercussions négatives aussi bien sur
le déroulement normal de la procédure de redressement judiciaire que sur le devenir de
l’entreprise en difficulté qui est devrait normalement bénéficier d’une procédure à la fois juste
et rapide en raison notamment des conséquences directes sur l’économie du pays. Car décider
de la fermeture hâtive d’une usine correspond à couper les vivres pour un nombre croissant de
familles marocaines du jour ou lendemain.

D’après la loi n°15-95 formant code de commerce, ces propositions doivent être remises au
juge-commissaire à l’expiration d’un délai maximum de quatre mois suivant la date du
jugement d’ouverture de la procédure. Il est à préciser que ce délai ne peut être renouvelé
qu’une seule fois à la requête du syndic (l’art.579, al.2). Ce qui fait huit mois au total.

Néanmoins, même si les tribunaux de commerce souffrent de l’insuffisance du nombre,


notamment de magistrats rompus au travail considérable à eux confié, ceux-ci atteindront
prochainement une certaine vitesse de croisière du fait que les textes sont de mieux en mieux
maîtrisés grâce à la pratique acquise sur le terrain.

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B - Le comportement irrévérencieux des dirigeants débiteurs

A cet, deux points peuvent être relevés :

- L’existence de dirigeants irrévérencieux profitant des dispositions légales actuelles :


en effet, il ya des dirigeants d’entreprise qui profitent des failles du système juridique
actuel en matière des difficultés de l’entreprise.

- L’existence de comportements malhonnêtes profitant du travail hâtif du magistrat : au


cours des premières années de fonctionnement des tribunaux de commerce, on
soupçonnait des dirigeants d’entreprises, peu scrupuleux de vouloir se soustraire à
leurs engagements financiers en mettant sous la protection de justice à travers la
procédure de redressement judiciaire.

§2- la nécessité de la révision du texte législatif en matière des difficultés de l’entreprise

Il ne fait pas de doute que le traitement des entreprises en difficultés connaît de réels
problèmes du fait notamment que le cadre légal régissant les procédures de traitement de ces
difficultés, n’est pas très performant. En outre le Maroc, pays en voie de développement,
peine malheureusement à réunir les éléments essentiels pour son intégration au marché
mondial.

A- L’entreprise marocaine dans le contexte marocain et international.

Il est évident que la mondialisation exige, de la part du secteur privé, une plus grande
vigilance. Au Maroc beaucoup de données font que l’entreprise marocaine connaît de
sérieuses anomalies, qui ont eu comme résultat direct, une difficulté d’intégration de
l’entreprise privé sur la scène économique internationale.

Par ailleurs, l’impuissance de l’Etat, en tant que créateur d’emplois, ne peut être traduite
comme une défaveur de son interventionnisme économique et de sa mission de stabilisateur
de la vie sociale. Mais plutôt, il s’agit d’in départ pour une réflexion sur la recherche de
nouveaux mécanismes de restructuration de ses instruments d’action, tout en donnant plus
d’intérêt au secteur privé

Depuis l’indépendance, le Royaume a procédé à des multiples réformes afin de stimuler la


croissance économique, notamment par l’appel au capital privé.

Cette réalité semble visible à plusieurs niveaux, notamment par la promulgation de la charte
d’investissement du 8 novembre 1995 et les diverses incitations à caractère fiscal intervenues
dans la politique budgétaire.

B – Les solutions éventuelles apportées aux procédures de traitement de l’entreprise en


difficulté

Il convient donc d’aborder les solutions possibles apportées aux procédures de traitement
des difficultés de l’entreprise au niveau théorique, et les solutions apportées à ces mêmes
procédures au niveau pratique.

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- Au niveau théorique : il s’agit de revoir les dispositions d’article 561 de manière à ce
que celles-ci soient plus souples, permettant par voie de conséquence aux juges des
tribunaux de commerce de mieux apprécier un dossier relatif à une entreprise en
difficulté avant d’envisager de lui accorder ou pas le redressement judiciaire, sur la
base bien évidement des dispositions de l’article 561.
Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que l’article 560 du code de commerce considère
qu’une entreprise est cessation des paiements quand « elle n’est pas en mesure de payer à
l’échéance des dettes exigibles ».

- Au niveau pratique : une entreprise, mise en redressement judiciaire, ne peut plus


fonctionner de manière normale : elle ne peut plus avoir de lignes de crédit accordés
par l’établissement bancaire que le débiteur, mis en redressement judiciaire, ne peut
plus utiliser au fur et à mesure de ses besoins en tant que bénéficiaire ; elle ne peut
plus déclarer par écrit son engagement à respecter le cahier des charges d’une
adjudication. On peut affirmer dans ce cas, qu’il est très difficile pour l’entreprise de
remonter la pente si elle ne dispose pas de moyens financiers suffisants.

Conclusion :

Dés sa promulgation, le nouveau code de commerce du 1er aout 1996 a fait l’objet d’une vie
controverse entre les partisans de deux conceptions.

La première retient les aspects positifs de cette loi, notamment son aspect institutionnel qui
rappelle la conception française du droit des entreprises en difficulté et la seconde retient un
aspect plus moderne du droit des affaires. Cependant, les partisans de la deuxième orientation
sont plus réservés en ce qui concerne la nouvelle loi relative aux entreprises en difficulté.

En effet, sans renier les aspects positifs de cette loi et le besoin pour le Royaume du Maroc de
se doter d’une législation moderne et performante, ils mettent en évidence les aspects négatifs
des nouvelles dispositions législatives en l’objet.

Lors de l’atteinte de difficultés plus sérieuses, il devient alors nécessaire de procéder à un


traitement individuel avec certains créanciers que les négociations soient effectuées par
l’entreprise seule ou avec l’assistance du tribunal.

Dans les cas les plus difficiles, l’entreprise peut être contrainte à demander l’ouverture d’une
procédure collective qui a pour objectif de maintenir les emplois et de sauvegarder l’activité
de l’entreprise dans la mesure du possible, même si la réalité montre qu’entre 90 et 95 pour
cent des procédures collectives ouvertes finissent par la fin de l’entreprise, ce qui souligne
encore la nécessité d’anticiper l’évolution de son activité et de piloter son entreprise avec des
outils d’information réguliers.

Il convient de signaler que même le droit civil accorde à tous les créanciers un droit de gage
général portant sur l’ensemble des biens de leur débiteur, car ses biens répondent de ses
dettes. Ce droit de gage général ne confère donc à aucun d’eux un droit de préférence.

Par suite, les créanciers qui ne peuvent se prévaloir d’aucune sûreté réelle, sont placés sur un
pied d’égalité.

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