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Question de grammaire sur Le mariage de Figaro, acte I scène 1

Vous étudierez l’expression de la négation

La négation est une réalité tout à la fois syntaxique (influant sur l'ordre des mots) et les
composantes du discours), sémantique (témoignant du sens) et pragmatique (la négation
officialisant un refus dans l'interrelation entre les membres d'une relation langagière).
Elle peut porter sur des propositions comme sur des mots, sur le tout ou bien sur la partie
seulement d'un énoncé. Elle repose le plus souvent sur l'emploi d'adverbes mais peut aussi
s'incarner dans des préfixes ou des conjonctions.
Dans ce que BEAUMARCHAIS annonce comme une « comédie » (fût-elle originale, cf. préface
de la pièce par l’auteur), la scène liminaire compte un nombre important de négations jusqu’à
se finir par une négation, à la toute dernière réplique de cette scène d’exposition restée
célèbre : « Ce n’est pas ainsi que vous l’avez reçu » lance, à propos d’un baiser donné, notre
valet à Suzanne. Cette forme est la plus courante et la plus normale : une négation en deux
temps, sous forme de locution, avec l’adverbe « ne » en discordantiel et son forclusif « pas ».
Dans la scène que nous étudions, les négations sont fréquentes : « je n’en veux point »,
tournure répétée avec vigueur par Suzanne et marquant son fort tempérament, puis « je n’en
veux pas dire » jadis concurrentes mais aujourd’hui légèrement nuancées, « ne point »
apparaissant plus affecté et connoté plus « désuet ». L’avant-dernière réplique fera voir une
variante de la tournure négative, la locution restrictive : « ne…plus » dans « je n’ai plus rien à
vous » tandis que le « ne…rien » hyperbolique est présent avec « ce n’est rien
d’entreprendre… ».
Mais on trouve aussi « s’amollit », « déplait » et « incommodée » et « délaissées » où il s’agit
alors de jouer non plus sur une expression mais de miser sur un préfixe négatif, que ce soit
« a » privatif, « dé » marquant l’éloignement ou « in » indiquant le contraire.
Enfin, le passage fournit aussi l’exemple d’une négation partielle, qui portant sur un groupe
de mots (ici, le complément de lieu « chez sa femme ») et non pas sur la totalité de la
proposition verbale (« veut rentrer »): « Le Comte Almaviva veut rentrer au château, mais non
pas chez sa femme ». Chacun des deux adverbes de négation, « Non » ou « Pas », aurait suffi
mais leur association vaut pour intensification de la formule.
Le texte regorge donc de négations, rendant la tension de ce début de cette comédie palpable
et livrant au spectateur, d’emblée, l’image d’un monde social où principes et logiques sont
faites pour s’opposer et où de puissants antagonismes sont à l’œuvre entre des personnages
qui ont des intérêts divergents. On comprend que la comédie promet d’être corsée, et que la
situation pour être éprouvante pour les personnages, n’en sera que plus divertissante pour le
spectateur.

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