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L’ESPAGNE CONTRE NAPOLÉON

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Dans la même collection :


Jacques-Olivier BOUDON : Les élites religieuses à l’époque de Napo-
léon, Dictionnaire des évêques et vicaires généraux du Premier
Empire.
David CHANTERANNE et Isabelle VEYRAT-MASSON : Napoléon à
l’écran, Cinéma et Télévision.
COLLECTIF : La Proclamation de l’Empire ; Introduction de Thierry
LENTZ.
Abel DOUAY et Gérard HERTAULT : Schulmeister, dans les coulisses
de la grande armée ; Préface de Thierry LENTZ.
Guy GODLEWSKI : 300 jours d’exil ; Préface de Jean TULARD.
Michel KERAUTRET : Les grands Traités du Consulat.
Elie KRETTLY : Souvenirs historiques ; Introduction de Yves CALVI,
Annotations de Gilbert BODINIER Jean-François LEMAIRE, Paul
FORNÈS, Pascal KINTZ et Thierry LENTZ : Autour de « l’empoi-
sonnement » de Napoléon ; Praface de Jean TULARD.
Louis MADELIN : Fouché, Tome 1 : De la Révolution à l’Empire ;
Tome 2 : Ministre de la Police ; Préface de Jacques-Olivier BOU-
DON.
Luigi MASCILLI MIGLIORINI : Le Mythe de héros.
Sylvain PAGÉ : L’Amérique du Nord et Napoléon.

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Jean-René AYMES

L’ESPAGNE CONTRE NAPOLÉON

La guerre d’Indépendance espagnole


(1808-1814)

NOUVEAU MONDE ÉDITIONS/FONDATION NAPOLÉON

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䉷 NOUVEAU MONDE Éditions 2003

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PROLOGUE

La rédaction de ce prologue offre à l’auteur l’occasion de for-


muler quelques remarques historiographiques, peut-être exces-
sivement égocentriques, rendues possibles par le long temps
écoulé (pas moins de trente ans) entre l’apparition de ce petit
livre dans sa version française en 1973 et sa présente « résurrec-
tion », en 2003, souhaitée par l’éditeur. Curieux destin, en effet,
que celui de cet opuscule qui, contradictoirement, n’a fait
qu’une brève carrière en France, tandis qu’en Espagne il
connaît un succès inespéré et persistant, puisqu’il en est
aujourd’hui à sa cinquième réédition.
Sa qualité intrinsèque — mérites et faiblesses mêlés — ne
peut expliquer seule le traitement si contrasté que lui a réservé
le public au sud et au nord des Pyrénées. C’est du côté de la
« réception » du conflit étudié qu’il doit falloir chercher la prin-
cipale explication. En France, l’ouvrage avait pourtant eu la
chance de figurer dans une « Série hispanique et latino-améri-
caine » auprès de synthèses originales, signées par des spécia-
listes éminents. Mais la Guerre d’Indépendance espagnole susci-
tait moins d’intérêt que l’Anarchisme en Espagne ou que
l’exotique Paraguay 1... Cette guerre d’Espagne du début du
e
XIX siècle, infiniment moins « impactante » — comme disent les
Espagnols d’aujourd’hui — a contre elle, en France, de n’avoir

1. Les auteurs respectifs en étaient l’universitaire Jacques Maurice et le


romancier et, plus tard, diplomate Rubén Bareiro Saguier.

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8 L’Espagne contre Napoléon

pas été victorieuse, de se présenter comme l’envers d’une épo-


pée, d’avoir laissé des traces affligeantes, consacré l’échec irré-
médiable de Napoléon et gâté l’image de plusieurs grands offi-
ciers jusque-là prestigieux et réputés invincibles. Cette guerre
qui peut être qualifiée de honteuse ou de catastrophique
(Napoléon lui même ne l’a-t-il pas qualifiée de « vilaine » à
Sainte-Hélène ?) ne saurait plaire dans notre pays. La mémoire
collective manque de motifs pour s’exalter au souvenir de ces
sept années de lutte, même si, gravés dans les pierres de l’Arc
de Triomphe parisien, les noms de Medina de Río Seco ou de
Somosierra sont là pour rappeler des épisodes, certes glorieux,
mais qui n’effacent pas l’affront inouï de Baylen 1 et les acca-
blantes défaites des Arapiles et de Vitoria.
De façon générale, la guerre d’Espagne a été « sous-traitée »
en France, au long des XIXe et XXe siècles, par les historiens spé-
cialistes de l’époque napoléonienne. Et, parmi eux, rares
étaient les hispanistes — de Geoffroy de Grandmaison à Jean
Sarramon, en passant par André Fugier —, suffisamment armés
ou prestigieux pour assigner à cette guerre, mal aimée comme
celle de 1870, la place due et pour mettre en valeur son indis-
cutable originalité. Rien d’étonnant à ce que même l’action
conduite en personne par Napoléon jusqu’à Madrid en 1808 ait
été éclipsée par celle, parfois autrement brillante, menée par lui
à travers l’Europe, à partir de 1796. D’où, à titre d’exemple,
l’espace exigu que le commandant Henri Lachouque a consacré
à la campagne d’Espagne (20 pages sur près de 400) dans son
Napoléon — 20 ans de campagne. 2
On reconnaîtra volontiers, en sens inverse, que l’historio-
graphie espagnole, jusqu’à une date récente, a préféré parler
des combats de « El Empecinado » plutôt que des heureuses

1. Un historien espagnol n’a pas manqué de s’étonner que Baylen figure


aussi, gravé sur l’Arc de Triomphe, non loin de Aboukir, Arcole, Austerlitz,
etc.
2. Éditions Arthaud, 1964. On relèvera cependant que les plus récents his-
toriens du Consulat et de l’Empire lui consacrent désormais une place plus
importante, tels Jacques-Olivier Boudon (Histoire du Consulat et de l’Empire,
Perrin, 2000) et Thierry Lentz (Nouvelle Histoire du Consulat et de l’Empire,
Fayard, 2002, t. I).

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Prologue 9

réformes dictées par Napoléon à Chamartín, ou de la brutalité


de Murat plutôt que des efforts pacificateurs de Suchet dans le
Levant.... Si, du côté français, prédomine la tendance à la sous-
évaluation, voire à l’occultation, en revanche, du côté espagnol,
c’est la surabondance historiographique, qui a fait dire récem-
ment à un érudit, Francisco Aguilar Piñal, que « la dénommée
Guerre d’Indépendance espagnole, qualifiée par d’autres de
Guerre de Libération nationale, a été étudiée avec profusion,
jusque dans ses plus infimes détails » 1. Cette profusion qui
n’exclut pas — on va le voir — la manipulation et toute sorte
d’artifices discursifs est, en Espagne, le signe d’un intérêt massif
qui s’est soutenu, sans discontinuer, durant tout le XIXe siècle,
jusqu’à nos jours, et tout spécialement au cours des dernières
décennies.
Lorsque mon ouvrage, en forme de brève synthèse, parut en
France en 1973, il avait peu de chances de bénéficier d’un
accueil favorable au sud des Pyrénées, car le régime franquiste,
pourtant dans sa période « d’ouverture », était impropre à favo-
riser cette promotion. En revanche, lorsque parut la traduction
en espagnol en 1975, c’est-à-dire l’année même de la mort du
« Caudillo », les circonstances — on s’en doute — étaient plus
propices. Je conserve le souvenir de l’intense appétit de lec-
tures qui s’ouvrait alors et qui répondait au désir d’une « relec-
ture » généralisée du passé espagnol. Cette demande assurait le
succès spectaculaire de revues de vulgarisation historique où
étaient « revisités » tant la dernière Guerre Civile que la seconde
République, tant la colonisation espagnole de l’Amérique que
les siècles de l’occupation arabe de la Péninsule...La chance me
fut offerte de donner à la revue madrilène Historia 16 un article
portant sur un aspect secondaire de la Guerre d’Indépendance,
concrètement sur les troupes espagnoles qui, intégrées à
l’armée impériale, participèrent à la campagne de Russie 2. À
l’évidence, les éditeurs de livres et de revues recherchaient

1. In Fuentes (Juan Francisco) — Roura (Lluís) eds., Sociabilidad y libera-


lismo en la España del siglo XIX (...), Editorial Milenio, Lleida, 2001, p. 13.
2. « Las tropas españolas de Napoleón », Historia 16, Madrid, no 20,
diciembre 1977, pp. 49-60.

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10 L’Espagne contre Napoléon

alors et s’employaient à mettre en valeur les aspects sensation-


nels, hétérodoxes, tabous, des séquences de l’Histoire
d’Espagne qui avait été tenues cachées chaque fois qu’un évé-
nement, un personnage, un sujet...n’avaient pas l’heur de plaire
aux partisans d’un régime politique pourtant déclinant. Inutile
de dissimuler que les auteurs les plus en vogue dans l’immédiat
post-franquisme étaient, les plus souvent, des gens de gauche,
marxistes ou non. Inutile de dissimuler aussi que la bonne for-
tune de mon petit ouvrage, assurée par l’intérêt que manifesta à
son égard un public indifférencié, séduit par son format de
poche et son prix modique, et acquis aux productions de la
maison d’édition « Siglo XXI », a dû être consolidée par l’appui
amical dont il bénéficia probablement, en milieu universitaire,
auprès des historiens (en majorité de gauche) dont j’ai fait la
connaissance à cette époque, notamment lors de ces fameux
« colloques de Pau » 1 où, autour de l’exilé Manuel Tuñón de
Lara, se retrouvaient des hispanistes français et des historiens
espagnols, souvent éminents aujourd’hui, qui avaient vécu
« intellectuellement étouffés » pendant l’après-Guerre Civile.
Pour la Guerre d’Indépendance, l’heure d’une révision histo-
riographique avait alors sonné, rendue indispensable par
l’appui et l’audience dont jouissaient des ouvrages tels que
celui — pris ici comme simple exemple — du lieutenant-
général Manuel Chamorro Martínez, auteur, en 1973, d’un livre
singulier, intitulé 1808/1936 — Deux situations historiques
concordantes 2 ; ce haut gradé entendait rapprocher deux
« guerres de libération » conduites contre des envahisseurs
détestés, dans un cas les Français, dans l’autre les Brigades
Internationales venues épauler les « Rouges » (sic) :

1. Cf. mon article « La Guerra de la Independencia y las postrimerías del


Antiguo Régimen : ¿ Sucesión forzosa o sucesión abierta ? », in Crisis del anti-
guo régimen (...) (VIIo Coloquio de Pau), Cuadernos para el diálogo, Madrid,
1977, pp. 45-81.
2. « Œuvre déclarée utile et d’acquisition obligatoire par l’Armée (...) »,
Décembre 1973.

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Prologue 11

En écrivant ce livre, le souci qui a guidé son auteur — c’est lui


qui parle — n’a été que de sonner le réveil de la conscience de
tous, dans le but de raviver le souvenir de gloires passées et, pour
beaucoup, vécues, afin qu’à la jeunesse d’aujourd’hui notre
héroïque passé serve aussi d’exemple vivant et, mieux encore, de
stimulus et d’aiguillon, de façon à ce que, pour le moins, cette jeu-
nesse ne tombe pas dans les erreurs où sont tombées les généra-
tions antérieures 1.

Voilà comment, dans les milieux contrôlés par le régime en


place depuis 1939 (l’Armée, l’Église, l’Université, la presse, la
radio...), était — pour reprendre un terme actuellement en
vogue — instrumentalisé le souvenir d’une guerre victorieuse
conduite contre le Mal : les envahisseurs étrangers, les collecti-
vistes, les démocrates, les incroyants, les francs-maçons, etc. La
Guerre d’Indépendance était mise au service de nobles causes :
la Patrie, la Religion, la Tradition, le Passé (dans ses phases glo-
rieuses), la morale, l’unité nationale (menacée par le fédéra-
lisme et l’incorporation de l’Espagne dans une Europe libérale
ou, pis encore, socialiste).
L’« instrumentalisation » de la Guerre d’Indépendance, desti-
née à alimenter le patriotisme, la xénophobie (la France n’était
pas épargnée...) et la haine du collectivisme, avait atteint des
sommets, comme en témoigne l’opuscule — à valeur, ici aussi,
de simple exemple —, en forme de bréviaire politique, destiné
aux enfants, rédigé par « un maître d’école national » et publié
sous l’égide de cette Phalange fondée par Antonio Primo de
Rivera ; la couverture porte : Projette-toi dans le ciel (Méthode
d’initiation politico-sociale appliquée à la lecture) 2. La
rubrique consacrée à la Guerre d’Indépendance est réduite à
l’exaltation de la figure emblématique de « L’alcade de Mós-
toles », avec une brève mention, naturellement disqualifiante,
des collaborateurs des envahisseurs (les « afrancesados »), et
silence total, qu’il convenait d’observer, sur la révolution libé-
rale opérée à Cadix :

1. Op. cit., « Prólogo », p. 9.


2. Antonio Martínez de la Torre y López de Robles, maestro nacional, ¡ Lán-
zate al cielo !, Delegación Nacional del Frente de Juventudes, Jefatura Central
de Enseñanza, 1950 — La citation qui suit est aux pages 167-168.

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12 L’Espagne contre Napoléon

Il y a maintenant plus de cent trente ans que les Français


entrèrent en Espagne ; et que direz-vous que firent le roi et de
nombreux grands seigneurs de l’époque ? Eh bien, rien d’autre
qu’aider les envahisseurs à s’emparer de tout. Mais ce que ne
firent ni le roi ni ses ministres avec toute leur grandeur et leur
pouvoir, le fit — qui, direz-vous, — l’alcade de Móstoles qui est
un petit village de la province de Madrid. Luis, qui n’était
presque rien, défia le plus puissant Empereur de l’époque : Napo-
léon Bonaparte — Et il le vainquit ? — Lui seul, non ; mais, der-
rière lui, se dressa tout le peuple espagnol. Gens de peu de
valeur, en apparence ; gens insignifiants, également en appa-
rence ; mais s’additionna toute la tendresse qu’ils vouaient à
l’Espagne et, après beaucoup de sang versé et de sacrifices, ils
humilièrent les drapeaux de cette Armée qui se croyait invin-
cible. Parce que personne n’est petit quand on se met au service
de l’Espagne.

Au sortir de l’époque franquiste, c’est-à-dire d’une période


d’intoxication et de musellement des esprits, l’impatience des
intellectuels était grande d’en finir avec ce processus de mythi-
fication de la lutte anti-napoléonienne, d’idéalisation des gué-
rilleros, de condamnation des « afrancesados » et de dénatura-
tion de la révolution libérale. Mon petit livre venait à point
nommé. Il continue à passer — je crois savoir — aux yeux de
ceux qui l’apprécient pour une œuvre rénovatrice et pionnière,
en dépit de sa taille exiguë et des modestes prétentions ori-
ginelles de son auteur.
L’étude avait le mérite d’émaner, non pas d’un Espagnol que
l’on pouvait soupçonner soit d’assurer en catimini la relève des
historiens appartenant à la dénommée « Ecole de Navarre » (de
tendance réactionnaire et pro-franquiste en son temps), soit de
régler ses comptes avec eux, mais d’un hispaniste français qui
s’était appliqué à projeter sur le conflit, à la fois le regard espa-
gnol et le regard français, en essayant de les confronter et de les
articuler.
Mais c’est dans ce domaine justement que, avec le recul, je
déplore une lacune : en partie par la faute du régime de Salazar

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Prologue 13

qui, sous cet angle, était l’homologue du régime de Franco, la


plupart des hispanistes français vivaient alors coupés de leurs
confrères lusitaniens ; mais cette méconnaissance réciproque —
non pas symétrique, car l’ignorance de l’« autre » était plus
commodément assumée par les Français que par les Portugais
— a eu pour résultat que la composante portugaise de ce
conflit que les Britanniques ont raison de désigner par l’expres-
sion « Guerre de la Péninsule » a été fâcheusement escamotée.
Aux côtés du « regard portugais » manque aussi le « regard
anglais », et, cette fois, impossible d’incriminer le régime poli-
tique d’Outre-Manche, entre la seconde guerre mondiale et
aujourd’hui. Or, depuis un petit nombre d’années, la « Guerre
de la Péninsule » éveille un vif intérêt dans les pays anglo-
phones ; il conduit à un renouvellement de la vision, en parti-
culier, de la guérilla et du rôle joué par l’armée britannique
d’intervention. L’examen de la Bibliographie rendra compte —
je l’espère — de cet apport substantiel et novateur, qui a cessé
d’échapper aux regards des historiens français.
Et puisque j’ai abordé le chapitre des lacunes et des insuffi-
sances que je relève moi-même (aucun des lecteurs, éminents
ou non, n’a souhaité me faire part des erreurs et oublis que j’ai
pu commettre), je crois bon de signaler d’autres sujets que j’ai
passés sous silence ou traités de manière trop évasive, parfois
par parti pris (toujours discutable), parfois par manque de pré-
paration, parfois en raison des difficultés matérielles auxquelles
je me suis heurté, avant 1975, pour accéder à certaines sources
documentaires espagnoles (par exemple, au Palais Royal madri-
lène). Je songe en particulier à cette tentative, à la limite de
l’absurde ou du défi au lecteur, qui a consisté à négliger les
aspects strictement militaires relevant de ce qu’on pourrait
appeler « la guerre à l’ancienne », avec batailles rangées, sièges
de villes et combats navals. On voudra bien admettre à ma
décharge que l’historien « gabacho » (« français », mais dans un
sens terme péjoratif ou moqueur) et quasiment débutant que
j’étais vers 1970 était mal placé, sans recommandations ni
appuis personnels, pour recourir aux conseils et lumières des
militaires espagnols qui avaient alors la mainmise sur les études

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14 L’Espagne contre Napoléon

portant sur les batailles, l’armement, les uniformes...Par bon-


heur, les choses ont bien changé au cours des dernières décen-
nies, grâce à l’avènement d’une génération de spécialistes des
thèmes militaires — chercheurs éclairés, curieux des études
conduites aux frontières de leur spécialité —, grâce aussi aux
congrès et colloques où se côtoient et s’enrichissent mutuelle-
ment les universitaires (des départements d’Histoire, de Droit,
des Idées Politiques, de Littérature...) et ces historiens qui
viennent parler, parfois sur le terrain, de stratégie, de déploie-
ment des forces, de portée des fusils...En d’autres temps, je
n’aurais pas imaginé que les organisateurs de colloques consa-
crés aux batailles de Baylen, des Arapiles, de Somosierra..., son-
geraient à inviter un hispaniste « civilisationniste » qui avait eu
l’effronterie de ne rien dire de substantiel et de flatteur pour les
Espagnols sur les batailles de El Bruch, Baylen, Orthez et sur les
sièges de Saragosse, Gérone et Ciudad Rodrigo...
Car j’avais fait le projet, inavoué parce que présomptueux, de
tenter une expérience d’« Histoire totale », malgré ce quasi-
escamotage des aspects strictement militaires de la guerre.
C’était par là me heurter à l’extraordinaire complexité, vite
apparue, de ce conflit qui, sur certains points, s’inscrivait dans
la continuité de la guerre menée par Charles IV contre la
Convention 1, mais qui, sur beaucoup, était sans précédent.
Il n’était pas aisé, en si peu de pages, de donner à entendre
que cette guerre, unique en son genre sur toute l’étendue de
l’Europe affrontée à Napoléon, était, à la fois, une guerre inter-
nationale et une guerre nationale, une révolution politique (de
caractère libéral, opérée à Cadix) et une contre-révolution mas-
sive, populaire, venue stopper un processus de réformes de
type « post-éclairé » qui avait été initié par Charles III, puis inter-
rompu par l’irruption de la menaçante Révolution française.
Révolution aussi — si l’on veut — dans la mesure où le
peuple espagnol, maintenu jusqu’alors à l’écart des affaires
publiques, prend conscience que dans cette guerre il y va de
son sort, de sa religion, de ses traditions ; il se voit offrir la possi-

1. Cf. à ce sujet mon article de 1989 sur « La Guerra Gran 1793-1795)


como prefiguración de la Guerra del francés (1808-1814) ».

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Prologue 15

bilité d’exercer un droit à la parole et celui de faire entendre


des revendications. Mais, dans le même temps, c’est une contre-
révolution si ceux qui s’expriment en son nom dans les procla-
mations, les sermons et les gazettes sont, majoritairement, hos-
tiles à toute rupture révolutionnaire et partisans, soit du main-
tien du statu quo, soit de réformes progressives excluant tout
affrontement de classes.
Cette guerre, dans sa composante noble de « guerre à
l’ancienne », se fait au canon et au fusil, mais, dans sa forme
dégradée, elle se fait aussi à l’arme blanche qui est poignard,
couteau et pique ; mais, surtout, c’est une guerre où le mot se
transforme en arme de jet ; ces mots, phrases et discours, profé-
rés oralement ou imprimés, alimentent une intense campagne
de propagande et de mobilisation des esprits ; dans la plupart
des cas, ces mots — mots clés et mots d’ordre — rendent
compte d’une impérieuse volonté de rassemblement autour de
ces notions et de ces réalités — vécues ou abstraites ou imagi-
naires — que sont la Patrie, le Roi, la Religion, qui forgent la
solidarité et consolident le rassemblement national.
En sens inverse, et sans qu’il y ait contradiction, il est mainte-
nant avéré que le sursaut patriotique et anti-napoléonien ou/et
gallophobe s’accompagne, en plusieurs endroits, d’une résur-
gence du sentiment localiste et du sentiment régionaliste, prin-
cipalement dans le Pays Basque et en Catalogne ; mais il faut se
défier d’une « relecture » qui conduirait à exagérer la force et à
détourner le sens de cette évolution, car on voit bien que cette
tendance historiographique est très dépendante des cir-
constances historiques actuelles, spécifiques de la nouvelle
« Espagne des autonomies » ; en effet, un Catalan résolu, pen-
dant la Guerre d’Indépendance, à repousser l’envahisseur fran-
çais peut très bien trouver opportun ou gratifiant d’utiliser
l’idiome catalan plutôt que le castillan, de se recommander de
la vierge de Montserrat plutôt que de celle de Covadonga, de se
préoccuper davantage du sort de Gérone que de celui de Cadix,
sans pour autant être indifférent à celui du Roi, de Madrid et du
reste du pays ; en définitive, malgré la réactivation de ces parti-
cularismes liés à la culture et à l’idiosincrasie des habitants,
mais non voués à engendrer de graves affrontements politiques

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16 L’Espagne contre Napoléon

— hormis certaines rivalités entre Juntes régionales voisines —,


la Guerre d’Indépendance contribue, au bout du compte, à uni-
fier le pays, à construire la nation, au lieu d’accentuer les cli-
vages inter-provinciaux, et ce au moment où, par exemple,
l’« euskera » et le drapeau à barres rouges et jaunes trouvent ou
retrouvent une légitimité ou des lettres de noblesse.
En revanche, si l’Espagne résistante fortifie son unité malgré
ces manifestations (culturelles, littéraires, linguistiques...) appa-
remment discordantes, il n’est non moins vrai, comme le rappe-
lait le « catéchisme phalangiste », que les Espagnols, par delà les
frontières provinciales, se scindent idéologiquement, pour for-
mer deux camps d’inégale importance quantitative : les traîtres,
les « mauvais » pour les disciples de José Antonio Primo de
Rivera, sont les amis et les collaborateurs des Français, accusés
de vouloir leur abandonner le pays et de souhaiter la défaite des
résistants. On a affaire ici, en contradiction avec le processus
d’unification signalé plus haut dans le camp des résistants, à des
aspects de guerre civile. Les prises de position antagoniques —
résister ou se soumettre — s’expliquent indiscutablement par
un jeu complexe de convictions politiques, de supputations,
d’intérêts égoïstes, de réflexes opportunistes et même de cir-
constances. Il faut reconnaître, à la décharge des historiens plus
ou moins pro-franquistes, que, bien avant 1975, les « afrancesa-
dos » avaient cessé de susciter des jugements unanimement hai-
neux et commençaient à être traités avec intérêt et compréhen-
sion 1, sinon avec sympathie ; ce progressif retour en grâce se
poursuit au travers d’études biographiques minutieuses et
dépassionnées qui révèlent souvent le patriotisme sui generis,
la bonne foi ou les intentions louables de cette minorité d’Espa-
gnols soucieux d’éviter que leur pays sombre dans le chaos ou
tombe sous la coupe exclusive des militaires napoléoniens.
Tout en faisant la part de la propagande et de la tendance à la
mythification, on admettra, avec le lieutenant-général Cha-
morro Martínez, que la Guerre d’Indépendance revêt de magni-

1. Je songe en particulier à l’ouvrage, absent de ma bibliographie, de


Juretschke (Hans), Los afrancesados en la Guerra de la Independencia, Edi-
ciones Rialp, Madrid, 1960.

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Prologue 17

fiques aspects d’épopée collective dans laquelle se sont illus-


trés, à la fois, de hauts responsables militaires, des « cabecillas »
(chefs de bandes de guérilleros), d’humbles citoyens (comme
l’alcade de Móstoles), les femmes (comme la saragossaine Agus-
tina de Aragón), dont l’héroïsme, l’abnégation, la magnanimité,
etc., ont été abondamment mis en valeur dans la littérature, la
peinture, le théâtre et le cinéma. Mais l’autre face de cette réa-
lité exaltante et parfois sublime offre le spectacle lamentable de
la barbarie, la vilenie, l’immoralité...qui s’inscrivent dans le pil-
lage, la torture, le viol, la dénonciation, la spoliation, la déser-
tion, le double jeu...En somme, c’est la « guerre sale » qui, en la
matière, atteint des degrés inouïs, sans commune mesure avec
l’horreur des guerres qui, à la même époque, affectent la Prusse
ou la Russie. Même par rapport à la guerre franco-espagnole de
1793-1795 au cours de laquelle les soldats français s’étaient
honteusement distingués, ici et là, par leur cruauté ou leur irré-
ligion sacrilège, la Guerre d’Indépendance marque, en territoire
espagnol et au long de six années, une régression dans l’histoire
de l’humanité.
De nouveaux récits anecdotiques qui seraient alimentés par
la consultation d’archives encore partiellement inexplorées et
qui dévoileraient, soit d’admirables mini-épopées, soit d’atroces
infamies, n’apporteraient rien de bien neuf à la connaissance en
profondeur du conflit. Par contre, une bonne demi-douzaine de
sujets insuffisamment traités dans mon ouvrage ou imparfaite-
ment maîtrisés, il y 25 ans, par les historiens, me conduiraient,
peut-être à corriger certains énoncés et, à coup sûr, à les enri-
chir ou préciser. L’un de ces sujets est la guérilla qui, une fois
abandonné l’anecdotisme et le culte des héros locaux, suscite
en ce moment une relance de la réflexion historiographique et
alimente de fructueuses controverses 1 lorsque sont abordés des
thèmes parfois épineux tels que la désertion, le terrorisme insi-
dieux, les exactions commises au détriment des populations,
les affinités avec le banditisme, les rapports parfois conflictuels
avec les autorités de tutelle, le degré d’efficacité de cette

1. Cf. notamment les travaux de J. Tone, C. Esdaile et V. Scotti.

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18 L’Espagne contre Napoléon

forme de lutte...En ce moment, la tendance est à la démythifica-


tion, laquelle ne veut pas dire, à tout coup, dévaluation et mise
en cause.
Le deuxième sujet qui, depuis quelques années, a donné lieu
à d’intéressantes synthèses facilitées par la multiplication des
études régionales et locales est cette réalité si spécifiquement
espagnole du « juntisme » 1, c’est-à-dire cette éclosion, à travers
le pays, de nouvelles instances de pouvoir dont la composition,
la finalité et le rôle réclament des études comparatives pour les-
quelles les données de base étaient incomplètes jusqu’ici. La
grande question formulée par Karl Marx en 1854 demeure
posée : ces juntes qui, au départ et en principe, sont des orga-
nismes potentiellement révolutionnaires, le furent-elles réelle-
ment et en définitive ? Leurs membres eurent-ils le désir et le
pouvoir de déclencher une révolution économico-sociale, avec,
notamment, accession des paysans prolétaires à la possession
de la terre et abolition des droits seigneuriaux ?
Cette abolition fait partie, justement, des mesures impor-
tantes prises par les Cortès de Cadix, instrument moteur de
cette révolution libérale qui suscitait l’hostilité et la crainte des
absolutistes contemporains et qui était décriée ou passée sous
silence durant l’époque franquiste, parce qu’on y voyait l’œuvre
d’une minorité d’intellectuels admirateurs de la Révolution fran-
çaise. Cette révolution gaditane, enfin dévoilée et réhabilitée en
particulier par Miguel Artola en 1959, puis par Albert Dérozier
en 1968 2, est maintenant étudiée en profondeur et avec rigueur
par les chercheurs qui sont le mieux armés pour détecter les
continuités, les modèles et les enjeux : ce sont les universitaires
spécialistes du Droit Constitutionnel et des Idées politiques, qui
reçoivent le renfort bien venu des Linguistes aptes à rendre
compte des mutations sémantiques et des figures rhéto-

1. Voir prioritairement les études de A. Moliner Prada et de R. Hocquellet.


2. — Artola (Miguel), Los Orígenes de la España Contemporánea, 2 vol.,
Instituto de Estudios Políticos, Madrid, 1959
— Dérozier (Albert), Manuel Josef Quintana et la naissance du libéra-
lisme en Espagne, Annales Littéraires de l’Université de Besançon / Les Belles
Lettres, Paris, 1968.

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Prologue 19

riques qui, dans les textes constitutionnels, doctrinaux et de


propagande, accompagnent l’emploi de concepts nouveaux.
En collaboration avec les Linguistes pourraient intervenir les
Littéraires, à condition qu’ils daignent se pencher sur cette plé-
thorique sous-littérature constituée par les articles de journaux,
les proclamations, les sermons, les pièces de théâtre, les poé-
sies et les chansons qui, à eux tous, dévoilent, à la fois, l’« opi-
nion publique » et les moyens utilisés par ceux qui ont entrepris
de la façonner et la diriger. On ne dira jamais assez combien,
dans cette guerre menée par les « patriotes » contre les « enva-
hisseurs étrangers » et les « afrancesados » et par les « patriotes
libéraux » contre les « patriotes absolutistes », le discours a
compté. Peut-être autant que le boulet, la mitraille, la balle et la
baïonnette.
Ces combattants pour qui l’oreille et la bouche sont les indis-
pensables médiateurs entre leur monde environnant et leur bras
armé sont également des individus aux yeux grands ouverts,
voire exorbités, sous l’effet de l’horreur, de l’effroi, de la fréné-
sie, de la luxure (On songe à Goya). D’où la vaste place — jamais
aussi vaste jusqu’alors — occupée par l’image, qui sert à exalter,
tourner en dérision, mobiliser, graver le souvenir. L’iconogra-
phie devient ainsi un obligatoire et passionnant objet d’étude,
faisant se côtoyer les tableaux (Goya de nouveau), les estampes,
les « aleluyas » (sorte d’images d’Epinal, façon espagnole) et —
dans des domaines plus traditionnels — les drapeaux, uni-
formes, cocardes, médailles, assiettes décorées, projets de
monuments commémoratifs, bustes sculptés des héros...Voilà
pourquoi la Guerre d’Indépendance offre un immense chantier
aux adeptes (dont je suis) de l’Histoire culturelle.
Appréhender ainsi le conflit, c’est — dira-t-on — le regarder
par le petit bout de la lorgnette, c’est retomber au niveau de
l’anecdote, c’est éluder les grandes questions que posaient les
historiens de haute stature : la révolution libérale de Cadix était-
elle une révolution bourgeoise ? Les Juntes étaient-elles révolu-
tionnaires ? Les insurrections du printemps 1808 avaient-elles
été spontanées ou préparées en sous-main ? Les armées napo-
léoniennes ont-elles été vaincues par la guérilla populaire, plus

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20 L’Espagne contre Napoléon

encore que par les armées régulières coalisées ? Ce genre de


grandes interrogations ne semble pas d’actualité en ce moment,
comme si s’appliquait à ce conflit franco-espagnol ce qui a été
observé dans d’autres domaines, à savoir que la fin du XXe siècle
a été marquée par le discrédit ou le quasi-abandon des grands
schémas explicatifs, notamment fondés sur des présupposés
idéologiques.
Ce (provisoire ?) tarissement des grandes énoncés doctri-
naux, conjuguant ses effets avec ceux de l’avènement de
l’« Espagne des autonomies », favorise le renouveau des études
locales et régionales, ainsi que biographiques, qui fleurissaient
sous le franquisme, mais conduites dans une autre perspective :
le plus souvent anecdotiques, naïves ou hagiographiques, elles
n’offraient qu’un piètre matériau à qui s’intéressait à la guérilla,
aux juntes, à la circulation des idées politiques, au rôle du
clergé et des notables, à des explosions de « violence sociale »...
Une nouvelle race — si on peut dire — d’études locales est
née : outre qu’elles utilisent des sources jusqu’ici négligées ou
inaccessibles, ces monographies érudites et suggestives, surtout
si elles sont un tant soit peu comparatives, sont autant de piè-
ces qui faisaient défaut aux historiens lorsqu’ils se penchaient
sur ce nouvel échiquier national dessiné par la guerre. Car
celle-ci, à voir les choses de près, ne présente pas la même phy-
sionomie suivant qu’on se situe à Saint-Sébastien (presque
constamment occupé par les Français) ou à Cadix (jamais
envahi) ou à Saragosse (dévastée par deux sièges) ou encore à
Almería (à peu près épargnée par les envahisseurs). Et ce sans
parler du facteur chronologique qui, de 1808 à 1814, fait varier
les forces en présence, l’opinion publique, le sort des familles
et la situation économique au plan national et à l’échelon d’une
province ou d’une ville...
À l’inverse de ce qui se passe en France où la « Guerre
d’Espagne » évoque quasi exclusivement — et pour cause — le
conflit de 1936-1939, la Guerre d’Indépendance est présente en
permanence dans la mémoire des Espagnols, et pas seulement
dans celle des jeunes gens devant qui on l’évoque à l’école ou à
l’université ou encore dans celle des historiens spécialistes, les-
quels ne sont pas en voie d’extinction. Le contraste est saisis-

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Prologue 21

sant entre les deux pays limitrophes. Au nord des Pyrénées, les
défaites des Arapiles et de Vitoria, et même celles d’Orthez et
de Toulouse, ne disent pas grand-chose — j’imagine — au com-
mun des amoureux de l’Histoire ; les romans historiques écrits
au cours de la seconde moitié du XXe siècle, plus ou moins enva-
his par la fiction, qui décrivent la Galice en guerre ou narrent le
martyre des prisonniers de Cabrera, n’ont qu’une audience
réduite ; les récits à thème espagnol de Balzac et de Stendhal
n’appartiennent pas à leur production majeure ; les tableaux de
Lejeune, au château de Versailles, ont de trop puissants concur-
rents ; et Joseph Napoléon, éclipsé par l’Empereur, l’est aussi
par d’autres de ses frères, etc. Au sud des Pyrénées, la situation
est toute autre, car le souvenir, multiforme, de la glorieuse
« Guerra del francés » subsiste en de nombreux endroits : des
monuments commémoratifs ou des ruines converties en sanc-
tuaires en portent encore la trace ; lors des visites de certains
églises et châteaux, les guides ne manquent pas de rappeler que
la disparition de précieux objets de culte ou de quelque tableau
est imputable aux soudards napoléoniens ; au voisinage d’un vil-
lage du Haut-Aragon, une grotte s’appelle encore « Cueva de los
gabachos », parce que des guérilleros y ont jeté les corps de sol-
dats ennemis ; de nombreuses rues et places portent le nom de
héros — illustres ou humbles — qui se sont distingués dans le
combat contre les envahisseurs ; les romans historiques de
Pérez Galdós continuent, en toute justice, à être lus et étudiés à
l’université ; le « Dos de Mayo » (le 2 mai 1808) est mi-fête
madrilène, mi-fête nationale ; récemment, des colloques se sont
tenus à Baylen et à Salamanque, à proximité des Arapiles ; et
parions que la commémoration, dans trois ans, des hauts faits
et victoires de 1808 (« Dos de Mayo », victoires de El Bruch et
Baylen, premier siège Saragosse, etc) revêtira un caractère
solennel...
La différence de traitement historiographique réservé à cette
guerre d’Espagne des deux côtés de la frontière se traduit, de
façon notable, dans la quantité très inégale des références
bibliographiques, suivant qu’elles sont écrites en français ou en
espagnol. Les premières semblent vouées à la pauvreté quantita-
tive, tandis que les secondes ne cessent de prospérer, ce qui

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22 L’Espagne contre Napoléon

rend hasardeuse toute tentative de recensement, à l’instar de


celui qui a été entrepris ici. Cet incessant et massif alluvionne-
ment, sous la forme d’ouvrages et d’articles, entre 1973 (point
de départ) et 2003 (point d’arrivée provisoire) explique qu’il ait
paru souhaitable, en vue d’une mise à jour espérée utile, d’élar-
gir considérablement et de réordonner la Bibliographie qui
avait été élaborée en 1973 et qui, aujourd’hui, n’aurait pas man-
qué de paraître lacunaire ou obsolète. Il est vrai que, en sens
inverse, on aurait pu justifier son maintien dans son état origi-
nel, à seule fin de montrer à quel appareil documentaire
l’auteur avait alors recouru. Pour ce qui concerne l’exposé lui-
même, l’usure causée par le long temps qui s’est écoulé depuis
sa rédaction, est, hélas, irrémédiable : il est donc probable que
tel ou tel énoncé sera jugé insuffisant ou suspect, voire caduc...

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INTRODUCTION

Il a fallu trois volumes à l’historien Geoffroy de Grandmaison


et quatorze à son homologue espagnol Gómez de Arteche pour
présenter la Guerre d’Indépendance sous ses multiples aspects :
comment y parviendrait-on en une centaine de pages ? Com-
ment choisir entre le résumé presque fatalement elliptique et
aride, et l’essai, sujet à caution, qui, de surcroît, suppose
connus les principaux faits ?
Le titre de cet ouvrage eût dû être plus exactement : Les
Espagnols et la Guerre d’Indépendance. Les conceptions stra-
tégiques en présence, l’organisation des campagnes, le déroule-
ment des batailles ont été volontairement passés sous silence.
Faute peut-être rédhibitoire que de tirer un voile sur Baylen,
Saragosse et Vitoria !
Partant de ce postulat que la Guerre d’Indépendance, cessant
d’être l’affaire exclusive des armées régulières, a été voulue,
faite et gagnée en dernière analyse par le peuple espagnol, c’est
sur ce dernier que nous avons mis l’accent. L’entreprise est
assurément bien ambitieuse et malaisée. Vues de Fontainebleau
et de Cadix, des états-majors impériaux et de la Cour du roi
Joseph, les principales péripéties de la Guerre d’Indépendance
ne recèlent plus grand mystère ; de leur côté, les Espagnols en
armes ont été évoqués par de nombreux militaires de l’Empire ;
ils l’ont été beaucoup moins déjà par les mémorialistes de leur
pays. Mais, au niveau des villages, subsistent de larges zones

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24 L’Espagne contre Napoléon

d’ombre. L’étude globale des motivations des Espagnols qui par-


ticipent — ou non — à la guerre comporte aussi bien des
lacunes.
Les batailles d’Ocaña ou des Arapiles, conduites selon les
règles de l’art, nous ont paru moins spécifiques du conflit que
les activités de telle junte locale. Les paysans, les curés de
paroisse, les notables locaux, les bourgeois citadins qui ins-
pirent ou font la guerre, la subissent ou en tirent avantage. Ils
vont supplanter dans les pages qui suivent — nous le
pardonnera-t-on ? — les soldats en uniforme, les généraux et les
souverains. Baylen est certes une bataille décisive ; mais ce sont
les articles de journaux, les proclamations, en un mot l’exploita-
tion littéraire de l’événement qui, plus que le nombre de soldats
mis hors de combat, confèrent sa vaste dimension à l’affronte-
ment armé. C’est que les Espagnols, distincts en cela des
troupes mercenaires, sont mus par une foi mobilisatrice : c’est
le deuxième aspect de la guerre que nous avons souligné.
Littérature et politique s’entremêlent désormais. La poésie, le
théâtre et la presse, en plein essor, accueillent et commentent
l’événement politique et militaire dans le dessein d’éclairer et
de diriger l’opinion publique. Au passage, nous mettrons en
lumière quelques mythes et battrons en brèche quelques idées
tenaces, par exemple celle de l’édifiante unanimité des Espa-
gnols en guerre ; face aux patriotes déterminés, s’affairent ou se
terrent les collaborateurs des Français, les profiteurs et les
« embusqués » ; c’est l’envers de la guerre, longtemps ignoré de
l’historiographie traditionnelle.
Une profonde cassure s’ouvre dans le camp des patriotes
eux-mêmes : contre l’ennemi offert aux regards (le soldat impé-
rial) le « chouan » et le « jacobin » espagnols donnent l’illusion
de faire cause commune. En réalité, deux Espagnes se struc-
turent idéologiquement. Leur affrontement n’a point encore
cessé. À Cadix, l’Espagne fait une révolution in vitro dans
l’ordre politique. Singulière destinée que celle de la Constitu-
tion de 1812, biffée d’un trait de plume après deux ans d’exis-
tence virtuelle et cependant bannière des révolutionnaires pié-
montais en 1821. Péché contre la tradition hispanique au dire
des conservateurs, chef-d’œuvre de savoir politique selon les

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Introduction 25

libéraux, la Constitution de Cadix devient pomme de discorde.


Elle va servir de repoussoir à l’« ultra-traditionalisme », force
montante après 1814.
La Guerre d’Indépendance qui laisse derrière elle un pays
ébranlé en profondeur, un texte constitutionnel d’avant-garde,
les tableaux de Goya, des guérilleros prêts à reprendre les
armes, des proscrits impatients de fomenter des pronunciamien-
tos, une nouvelle image de l’Ibérie, la Guerre d’Indépendance
projette brutalement l’Espagne dans l’ère contemporaine.
Le choix, hélas réduit, de documents offerts à la réflexion et
au commentaire est encore appauvri par l’exclusion des « récits
militaires », aussi bien comptes rendus d’états-majors qu’anec-
dotes rapportées par les grands romanciers du début du XXe siè-
cle, Benito Pérez Galdós et Pío Baroja notamment : leurs
œuvres peuvent être aisément consultées, tout comme les
écrits des idéologues libéraux et des partisans du roi Joseph
Bonaparte. C’est pourquoi, renvoyant le lecteur à ces ouvrages
dont beaucoup se trouvent encore ou depuis peu dans le com-
merce, nous avons retenu presque exclusivement des textes
soit inédits, soit difficilement accessibles qui privilégient la litté-
rature de combat, circonstancielle, souvent rude et anonyme,
au détriment des formes d’expression plus conventionnelles et
plus policées. En d’autres termes, cette anthologie chétive où,
contre toute attente, figurent rarement des grands noms, vient
flanquer à l’avance un recueil plus étoffé mais encore inexis-
tant, sorte de panthéon des lettres espagnoles pour la période
1808-1814, où Quintana, Alcalá Galiano, Llorente et Capmany,
entre autres, trouveraient la place de choix qui leur revient et
qui leur a été refusée ici.

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LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS MILITAIRES,


À GRANDS TRAITS...

L’année 1808 est l’année la plus cruciale et la plus chargée en


événements majeurs. Au tout début de l’année, les troupes
napoléoniennes ont déjà franchi la frontière en Pays Basque ;
elles s’emparent, par surprise et sans coup férir, de plusieurs
places fortes. Au printemps, les données politiques sont boule-
versées à la suite de la fracture survenue au sein de la famille
royale espagnole (conspiration de l’Escorial), de l’émeute
d’Aranjuez (qui conduit à l’élimination du tout puissant et
impopulaire ministre Godoy et à l’intronisation du prince Ferdi-
nand, fils de Charles IV), du soulèvement madrilène du « Dos de
Mayo » (Deux Mai), des rencontres de Bayonne au cours des-
quelles Ferdinand, victime de ce traquenard, abandonne la cou-
ronne à Napoléon et,enfin, de la désignation par ce dernier de
son frère Joseph comme roi d’Espagne. Pendant quelques mois,
Napoléon et son lieutenant Murat ont pu penser qu’ils avaient
fait place nette et qu’il leur serait facile de dominer le pays voi-
sin. Cependant, la farouche résistance de la population de Sara-
gosse fait craindre bientôt que l’entreprise soit plus ardue que
prévu. Et, du reste, l’embrasement général ne tarde pas à se pro-
duire au long du mois de mai. En plein été, la capitulation
inouïe de Dupont à Baylen, entre l’Andalousie et la Manche,
retentit comme un coup de tonnerre ; l’espoir de l’emporter
change de camp ; la cause du Roi Joseph, qui doit se tenir éloi-
gné de la capitale pendant plusieurs mois, s’en trouve affaiblie ;
en Europe, les souverains et les populations se prennent à
croire à la victoire finale des « patriotes » espagnols ; et les

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28 L’Espagne contre Napoléon

Anglais en profitent pour débarquer au Portugal, transformant


de la sorte la « guerre d’Espagne » en guerre péninsulaire.
Cependant, l’automne et l’hiver sont marqués par un retourne-
ment de la situation en faveur des occupants français qui
obtiennent une victoire importante à Espinosa de los Monteros.
De surcroît, l’Empereur, convaincu que son intervention en
personne sera décisive, se rend en Espagne, s’ouvre le chemin
de la capitale grâce à la victoire de Somosierra et oblige les
Anglais à se replier précipitamment vers le Nord-Ouest. Une
fois Madrid occupé, début décembre, Napoléon peut croire à
un rapide et heureux dénouement de cette « affaire d’Espagne »
si mal engagée.
Mais l’année 1809 commence sous de mauvais auspices avec
le départ inopiné de l’Empereur contraint de regagner Paris
pour faire face à de nouveaux et graves dangers. En Espagne le
théâtre de la guerre s’étend à toutes les régions, le nombre de
guérilleros croit, les combats s’intensifient, la violence se
déchaîne, la résistance populaire devient acharnée, notamment
à l’occasion du siège de plusieurs villes (Saragosse et Gérone).
Malgré quelques victoires brillantes, dont celle d’Ocaña, les
Français ne parviennent pas à se rendre maîtres de la situation.
Il serait excessif de dire que l’année 1810 est la plus faste ;
elle est seulement la moins désastreuse : sous les ordres du Roi
Joseph, les troupes impériales pénètrent profondément en
Andalousie, atteignant même Cadix, qu’elles assiègent, mais en
vain. Derrière les murs de cette ville, les députés « patriotes » se
réunissent en Cortès et commencent à élaborer une Constitu-
tion moderne et libérale.
En 1811, la situation se dégrade de tous côtés, à l’exception
du Levant et de l’Aragon où Suchet accomplit une œuvre de
pacification digne d’éloges, dans plusieurs domaines.
L’année 1812, qui est aussi celle du désastre de Russie, est
aussi l’année noire en Espagne : Napoléon commet l’erreur
impardonnable de vouloir annexer la rive gauche de l’Ebre,
c’est-à-dire la majeure partie de la Catalogne et de l’Aragon ;
Wellington contraint les Français à s’éloigner de l’Estrémadure
après leurs défaites de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz ; en juillet,
il leur inflige la lourde défaite des Arapiles, près de Salamanque ;

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Les principaux événements militaires 29

le Roi Joseph abandonne définitivement Madrid et se met à


l’abri plus au Nord.
En 1813, la défaite est consommée pour les occupants : une
pitoyable débâcle accompagne le désastre de Vitoria en Pays
Basque intérieur (juin).Depuis l’Allemagne, Napoléon confie au
maréchal Soult la mission impossible de reprendre Pampelune
et de rejeter les Anglais au-delà de l’Ebre. À l’été, les Français
abandonnent Saint-Sébastien. En septembre, les premières
troupes anglo-espagnoles pénètrent en Pays Basque français. De
son côté, Suchet a dû s’éloigner successivement de Valence, de
Barcelone et de Gérone. En principe, la guerre d’Espagne prend
fin, en décembre, avec la signature du traité de Valençay, lieu
où avaient été déportés les princes d’Espagne : ce traité rétablit
Ferdinand VII sur le trône, stipule que leurs collaborateurs des
Français (les « afrancesados ») ne seront pas poursuivis et
annonce l’évacuation de l’Espagne par les Français. En réalité,
les dernières places occupées en Catalogne ne seront rendues
aux Espagnols qu’au printemps de l’année suivante.
Pour 1814, on ne peut encore parler stricto sensu de guerre
d’Espagne, mais plutôt de son prolongement en territoire fran-
çais où Soult mène d’honorables batailles de retardement, per-
dues, à Orthez (février), puis à Toulouse (avril) ; quand Soult
abandonne cette dernière ville, il est dans l’ignorance que
l’Empereur a abdiqué quelques jours plus tôt.

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CHAPITRE 1

PRÉLUDES ET INCERTITUDES

Les Français et l’Espagne

La Guerre d’Indépendance ne s’inscrit pas dans une tradition


d’inimitié entre la France et l’Espagne. Le conflit de 1793-1795
a valeur d’exception. Une alliance vieille d’un siècle mais à sens
unique régit les rapports entre les deux nations ; le gouverne-
ment français s’attribue volontiers un rôle de tuteur en préten-
dant inspirer la politique extérieure du pays voisin ; l’Espagne
est vouée à servir la France. Déjà le Directoire s’intéressait aux
laines espagnoles et aux mines américaines. Napoléon, de son
côté, caresse le projet ambitieux de contrôler tout le bassin
méditerranéen dont l’Espagne est une pièce maîtresse. Ses
visées économiques se précisent au début du siècle ; les dra-
piers français lui adressent de pressantes requêtes ; ils désirent
que les éleveurs espagnols leur fournissent la totalité de la laine
des mérinos et qu’une partie des terres espagnoles soit réservée
à la culture des variétés de coton qu’ils réclament 1.
Au demeurant, le gouvernement anglais se livre au même cal-
cul que son homologue français ; leur double intervention en
1808 masque une véritable collusion d’intérêts économiques ;
elle ne serait, au dire d’un historien moderne 2, qu’une « tenta-
tive de castration de la vie industrielle espagnole ». Effective-
ment, les soldats britanniques et impériaux s’emploient à
détruire les grandes fabriques textiles de Ségovie et d’Avila.
Français et Anglais se lancent dans une course de vitesse pour la
domination de la péninsule.

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32 L’Espagne contre Napoléon

Le premier enjeu, à vrai dire, n’est pas espagnol mais portu-


gais : presque tout le commerce du Portugal se fait avec l’Angle-
terre qui y a investi de gros capitaux, en particulier dans le
vignoble ; les contrebandiers de tous horizons y trouvent un
refuge et une base de ravitaillement. Le Portugal, au double titre
de sa situation de quasi-colonie anglaise et de sa relative
richesse, est une proie convoitée par Napoléon. Avant même
de songer à occuper l’Espagne, l’Empereur, qui n’est pas en
mesure d’opérer un débarquement au Portugal, cherche à obte-
nir pour ses troupes terrestres le droit de traverser le territoire
espagnol. Pour ce faire, il faut obliger le gouvernement espa-
gnol à s’incliner, ce qui est dans la logique d’une alliance entre
un État puissant et un État réputé décadent.
Les sentiments personnels nourris par l’Empereur à l’égard
des Bourbons entrent aussi en ligne de compte ; son antipathie
déclarée à l’égard de toute la dynastie retombe sur Charles IV,
estimé mauvais voisin, dangereux à l’occasion. À partir de 1807,
la diplomatie napoléonienne s’ingéniera à troubler les relations
franco-espagnolesn 3. Mais, pour l’heure, Napoléon n’envisage
pas d’en finir avec les Bourbons d’Espagne ni a fortiori d’appe-
ler un membre de sa famille à régner outre-Pyrénées : ce projet
a germé tardivement, peut-être au cours des entrevues de
Bayonne qui mettent en lumière la désunion de la famille royale
espagnole, la faiblesse de Godoy et la duplicité du prince
Ferdinand.
La force d’une nation se mesurant, dans le système de pensée
napoléonien, à la qualité des souverains — plus précisément à
leur détermination, à leur roublardise — et au nombre de régi-
ments bien équipés, il ne fait pas de doute que l’Espagne sera
emportée en cas de conflit. L’Empereur fait des gorges chaudes
lorsqu’à Bayonne, Escoiquiz souligne les difficultés de l’entre-
prise espagnole : « Si ceci devait me coûter 80 000 hommes, je
ne le ferais pas, mais il ne m’en faudra pas 12 000 ; c’est un
enfantillage : ces gens-ci ne savent pas ce qu’est une troupe
française ; croyez-moi, cela finira vite, mais quand mon grand
char politique est lancé, il faut qu’il passe ; malheur à qui se
trouve sous ses roues 4. »

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Préludes et incertitudes 33

L’Empereur ne porte pas seul la responsabilité d’un jugement


aussi péjoratif et sommaire. Dans l’incapacité de se faire une
opinion personnelle sur l’Espagne, Napoléon fait siens les préju-
gés de ses compatriotes. Les Espagnols, tels qu’ils sont évoqués
dans les ouvrages publiés en France, ont beaucoup dégénéré de
leurs ancêtres ; les vertus essentielles de la race ibérique se sont
émoussées ; la fierté s’abâtardit et tourne à la vantardise, aux
rodomontades proprement ridicules ; le courage légendaire de
l’Espagnol s’est assoupi et ne s’éveille plus qu’à l’invitation de la
haine, de la jalousie ou du fanatisme ; il ne porte plus à
l’héroïsme mais à la férocité. Les mérites encore reconnus à
l’Espagnol sont la patience, la résignation et la sobriété, mais ce
sont les pâles contreparties de défauts congénitaux plus consi-
dérables : la passivité, l’acceptation de la misère et de la déca-
dence nationale. Victime de l’illusion collective, Napoléon attri-
bue aux moines l’inertie des Espagnols. « Croyez-moi, chanoine
— confie-t-il à Escoiquiz —, les pays où il y a beaucoup de
moines sont faciles à subjuguer ; j’en ai l’expérience 5. »
Les rapports détaillés transmis aux ministres par de soi-disant
connaisseurs de la réalité espagnole, loin de détromper l’Empe-
reur, le confirment dans la conviction que la monarchie espa-
gnole est un grand édifice en train de crouler. Au printemps de
1808, le Moniteur universel développe l’opinion commune
pour persuader les Français que l’Espagne en perdition appelle
au secours : les finances sont un chaos, la dette publique un
gouffre ; « tous les ressorts de l’administration sont démontés et
rompus ». On devine la suite : seul « l’Empereur peut substituer
l’ordre au désordre, la loi au caprice, la justice à l’oppression...
La Providence protectrice a employé la main irrésistible (de
Napoléon) pour arracher l’Espagne à l’abîme 6. » L’Empereur se
campe ainsi en sauveur de l’Espagne.
Comme si l’argument de la nécessaire régénération de
l’Espagne ne suffisait pas à convaincre les gens « éclairés » des
deux nations, les idéologues partisans de l’intervention
recourent à des arguments transcendantaux qui sont autant
d’arguties et de faux-fuyants ; on entend dire que « la philo-
sophie, la politique et l’humanité peuvent attendre de nobles et
heureux résultats de l’abolition de la Maison des Bourbons ». En

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34 L’Espagne contre Napoléon

définitive, l’expédition d’Espagne dérive d’une série de considé-


rations parmi lesquelles figurent pêle-mêle la faiblesse militaire
de l’État voisin, la complaisance des souverains espagnols, la
pression des manufacturiers français, la nécessité de bouter les
Anglais hors du Portugal, l’animosité de l’Empereur à l’égard de
la dynastie des Bourbons, les impératifs d’une stratégie poli-
tique à l’échelon du monde méditerranéen, enfin, pour couron-
ner le tout et pour masquer des calculs sordides, les desseins
secrets de Dieu ou les exigences d’une philosophie faite sur
mesure 7.

L’Espagne en 1808

I. La situation du pays

L’Espagne vraie ne ressemble que de très loin à l’image peu


flatteuse que s’en font les Français en 1808. Ce décalage qui est
le produit d’une erreur de jugement et d’un défaut d’informa-
tion, va peser lourd dans la balance car les moyens mis en
œuvre pour terrasser un adversaire réputé débile se révèleront
vite insuffisants et inadéquats.
De 1765 à 1800, la population espagnole est passée de 9 à
10,5 millions d’habitants. En 1808, elle doit approcher 12 mil-
lions. La Guerre d’Indépendance frappe un pays en période
d’essor démographique. La masse croissante de main-d’œuvre
et, partant, le nombre grandissant de chômeurs expliquent, en
partie du moins, la ruée aux armes de la population mâle.
Bien que l’année 1804 ait marqué, en Espagne, l’apogée de
l’expansion industrielle et que des signes d’essoufflement se
multiplient, la conjoncture, favorable depuis 1794, ne s’est pas
renversée en 1808. De toute manière, la crise qui se dessine ne
saurait être que sporadique : seules la Catalogne et Valence ont
des industries de transformation.
La production agricole l’emporte largement en valeur sur la
production industrielle. L’historien Vicens Vives fait observer
que le prix du safran récolté égale celui des produits miniers et
encore que le blé compte autant que l’industrie dans son

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Préludes et incertitudes 35

ensemble 8. Que le cultivateur et le berger désertent la cam-


pagne et c’est l’économie tout entière en péril. Le style et
l’issue de la guerre vont dépendre de l’engagement du paysan.
La répartition de la population corrobore cette opinion :
pour 150 villes, l’Espagne compte plus de 20 000 bourgades et
hameaux. À côté des deux grands centres urbains (Madrid :
200 000 habitants ; Barcelone : 140 000 habitants) une capitale
historique et place stratégique telle que Burgos n’a pas
10 000 habitants. La Catalogne commerçante et industrielle est
beaucoup moins peuplée que la Galice à prédominance rurale.
Ainsi donc, si le conflit concerne essentiellement les popula-
tions urbaines, d’ailleurs fort hétérogènes, il a toutes chances
d’être un phénomène mineur. Si, à l’inverse, la population
rurale est entraînée, c’est l’embrasement général.
Dans les villes, les classes moyennes (hommes de loi, artisans,
commerçants) sont en train de se constituer. Conscientes du
rôle moteur qu’elles sont appelées à jouer, elles aspirent avant
tout à la paix et à l’ordre ; elles défendent la liberté de com-
merce et s’opposent aux corporations sclérosées qui installent
les travailleurs dans la routine ; elles se heurtent de front à la
noblesse qui prétend exercer le pouvoir politique au côté du
roi ou qui s’accroche à ses propriétés terriennes rendues inalié-
nables. En un mot, un conflit armé dérange les projets de cette
bourgeoisie montante. Toutefois, elle n’est pas en mesure de s’y
opposer. Au mieux, elle pourrait l’infléchir dans le sens de ses
intérêts.
Dans le cas d’une guerre qui ne verrait pas s’affronter deux
armées régulières mais deux peuples, l’intervention des classes
populaires, en dépit de leur désunion, serait, à coup sûr, déci-
sive. Insister sur la misère de ces millions d’êtres — agriculteurs
accablés d’impôts, petits artisans réduits à vivoter, mendiants et
sans-emploi qui prolifèrent dans les villes — serait à la fois aisé
et dangereux. Aisé, car les témoignages apportés par des voya-
geurs étrangers ne manquent pas, qui versent dans le senti-
mentalisme et ne rendent compte que de la surface des choses
(dénuement vestimentaire, insuffisance de la nourriture) ; dan-
gereux, car l’assimilation s’opérerait trop naturellement entre
cette indigence insupportable et le déferlement d’une colère

.
.

36 L’Espagne contre Napoléon

enfin débondée. Que les paysans miséreux prennent les armes


mûs par le désespoir ou la haine, c’est évident. Qu’ils aient
conscience de former un corps homogène est plus que dou-
teux. Et l’objet de leur haine, sera-ce le noble qui possède de
trop vastes domaines ? ou Godoy ? ou seulement l’envahisseur
français ?
Contre toute apparence, la noblesse, elle aussi, a besoin de se
rassembler. Les grands qui occupent de hautes fonctions poli-
tiques, administratives et militaires, qu’ont-ils à voir avec les
nombreux hidalgos désargentés qui se fondent dans la masse
des populations urbaines ? Les revenus des plus favorisés pro-
cèdent de deux sources : des « charges réservées » (« oficios vin-
culados ») vendues ou attribuées gracieusement par la Cou-
ronne ; et des seigneuries (« señoríos »), titres transmissibles qui
permettent au noble d’exercer dans son fief des pouvoirs admi-
nistratifs et judiciaires 9. Mettre en cause ces privilèges et ces
traditions serait précipiter l’agonie de la noblesse, attaquée de
surcroît par les représentants de la « pensée éclairée » au nom
de son inutilité et de son incompétence. L’esprit bourgeois qui
valorise le travail et réhabilite le profit est antagonique de l’idéal
aristocratique jugé rétrograde. La noblesse espagnole arrivée à
un moment crucial de son histoire joue sa survie : ou bien elle
tergiverse, s’abandonne et, dans ce cas, la nouvelle bourgeoisie,
tôt ou tard, la supplantera ; ou bien elle se ressaisit et entre-
prend la reconquête du pouvoir politique en s’y faisant porter
— suprême adresse — par plébiscite populaire.
Pour le clergé, le moment de contre-attaquer est également
venu. Pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les Aranda,
Arroyal, Jovellanos, Cabarrús l’ont critiqué ouvertement ou insi-
dieusement. Le dogme a été épargné mais l’ignorance du
clergé, le relâchement de sa morale, les préjudices causés par
les biens de mainmorte (inaliénables), l’arbitraire de ses privi-
lèges juridiques sont dénoncés par les « esprits forts » ou seule-
ment par des économistes soucieux de la prospérité publique.
Par ailleurs, le clergé a la hantise de « l’hydre révolutionnaire »
qui ravage le pays voisin. Il n’est pas aux abois — tant s’en faut
— mais il tient pour nécessaire une reprise en main de la situa-
tion. Or il en a les moyens : il est établi dans 30 000 couvents, il

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Préludes et incertitudes 37

accueille la population dans 19 000 églises ; 15 000 sacristains,


16 000 curés, 60 000 moines, novices et frères lais peuvent lan-
cer une croisade de rechristianisation.

II. La famille royale et Godoy, prince de la Paix

Dans la partie qui s’engage, le souverain espagnol et le prince


héritier sont appelés à jouer un rôle déterminant, le premier en
raison des pouvoirs quasiment illimités qu’il détient, le
deuxième en raison des espoirs mis en lui. En 1808, pour la pre-
mière fois depuis l’avènement des Bourbons en Espagne (1700)
l’image du souverain s’est altérée. Charles IV est pourtant plus
irrésolu qu’inintelligent. Il est vrai que la domination exercée
sur lui par son épouse Marie-Louise de Parme, plus légère que
dépravée, ternit encore son prestige. Mais il serait excessif de
penser que la famille royale et la dynastie tout entière sont
entrées dans une sombre décadence. Tout bien pesé, Charles IV
est comparable par la médiocrité de ses talents aux souverains
précédents. Trop peu attaché au pouvoir et trop peu soutenu,
Charles IV est très vite écarté de l’échiquier politique au profit
du prince des Asturies qui suscite autour de sa personne les
sentiments et les opinions les plus contradictoires et les plus
véhéments.
Autant Charles IV est un être plat et sans mystère, autant son
fils manifeste une personnalité inquiétante, objet, plus tard,
d’études médicales et psychanalytiques : la timidité et la dupli-
cité du futur souverain seraient en rapport avec l’éducation
étouffante qu’il reçut durant son adolescence. Des précepteurs
insinuants lui apprirent à détester Godoy et le maintinrent dans
un rigoureux isolement. Ferdinand, élevé au trône, continuera à
s’appuyer sur des conseillers qui, tels le chanoine Escoiquiz
ambitieux et adulateur, prennent sur lui un grand ascendant et
servent d’écran entre le prince et la réalité espagnole. Les
observateurs français se trompent assurément qui le trouvent
faible et nigaud. Napoléon lui-même se méprend lorsqu’il asso-
cie malignité et sottise. « Le prince des Asturies est très bête,
très méchant, très ennemi de la France. Vous sentez bien —
écrit-il à Talleyrand — qu’avec mon habitude de manier les

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38 L’Espagne contre Napoléon

hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en impo-


ser 10. » Nous conviendrons qu’à Bayonne Ferdinand opposa une
bien faible résistance à l’Empereur ; la guerre d’Espagne n’est
pas gagnée pour autant car les Espagnols, ignorant tout de la
personnalité rebutante du jeune prince, embellissent à l’envi
son image qui devient mobilisatrice d’énergies.
Cette rapide mythification du personnage est due paradoxale-
ment à son ennemi déclaré, c’est-à-dire au prince de la Paix,
ministre tout-puissant que la population charge de tous les
maux ; les Espagnols lui pardonnent plus facilement son « titre »
d’amant de la reine que son train de vie somptueux. Ancien
garde du corps royal, il est loin d’être l’individu irresponsable et
« obscurantiste » qu’ont fait de lui ses détracteurs coalisés ; son
œuvre de politique intérieure relève d’une pensée éclairée 11.
La Guerre d’Indépendance ne peut être comprise, du moins
dans ses origines, si l’on ne rend pas compte des jalousies, des
haines et des vengeances que suscite Godoy de toutes parts. La
noblesse se sent humiliée par l’élévation immotivée d’un simple
hidalgo et par son maintien au pouvoir pendant quinze ans ; le
clergé ne lui pardonne pas son hostilité à l’égard de l’Inquisi-
tion ; certains « ilustrados » (personnages éclairés) lui
reprochent d’avoir fait arrêter le plus éminent d’entre eux :
Jovellanos ; les hommes d’affaires dénoncent sa gestion finan-
cière qui se traduit par la dépréciation des « vales » (sorte d’assi-
gnats royaux) et par l’alourdissement de la dette publique ; les
négociants craignent le rapprochement avec la France qui
implique la rupture avec l’Angleterre et, partant, une menace
sur les fructueuses relations commerciales entre la métropole et
les colonies d’outre-mer ; les défenseurs des traditions sont
effrayés par une politique réformatrice en matière d’enseigne-
ment ; enfin, le peuple le rend seul responsable des misères cau-
sées par la guerre contre l’Angleterre. Bref, le caractère nova-
teur de la politique de Godoy blesse les sentiments, heurte des
intérêts, entame des privilèges. Pour l’heure, Godoy catalyse les
mécontentements ; une alliance contre lui aurait toutes chances
de se fortifier. En 1806, elle ne parvient pas à se nouer ; au prin-
temps de 1808, elle se conclut. Le rôle des Français est encore
accessoire.

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Préludes et incertitudes 39

III. L’affaire de l’Escurial et le soulèvement d’Aranjuez

Au centre du procès de l’Escurial intenté par Godoy au


prince Ferdinand figurent des chansons et pamphlets tous hos-
tiles au prince de la Paix. La large diffusion de ces documents
prouve qu’une campagne anti-Godoy est dirigée en sous-main
et subventionnée par le prince héritier. Les nobles se sont char-
gés de répandre ces feuilles à travers lupanars et tavernes.
Godoy est même accusé d’avoir provoqué la mort par empoi-
sonnement de la jeune épouse de Ferdinand. Ce qui importe
peu ici, c’est le degré d’authenticité des pièces versées au dos-
sier ; le tour et les implications de l’affaire retiennent l’intérêt 12.
Sans recourir à l’arbitrage du roi Charles IV, Godoy et Ferdinand
règlent leurs comptes. Sortant de son isolement, le prince héri-
tier s’entoure d’« éminences grises », de nobles intrigants et peu
éclairés. Au lieu d’informer l’opinion publique, ces agitateurs
cherchent à gagner la plèbe, facile à duper et à mobiliser. La
popularité du futur souverain se fonde de la sorte, non pas sur
l’adhésion des classes moyennes et de l’élite « ilustrada » ni
même sur celle des travailleurs manuels, mais sur la fraction du
peuple la moins recommandable. La répression ordonnée par
Godoy tourne à la déroute de ce dernier : son impopularité
croît à la mesure de sa rigueur vengeresse. Ferdinand y gagne
une auréole de martyr ; le prince injustement persécuté,
croit-on, s’affirme comme le meneur d’une campagne anti-
Godoy qui s’intensifie.
En dépit de ses ramifications dans les lieux publics, l’affaire
de l’Escurial peut-être ramenée à une intrigue de palais. Les par-
tisans du prince héritier se donnent bientôt des objectifs plus
ambitieux que le renversement de Godoy : ils s’emploient à ins-
taller Ferdinand sur le trône. L’occasion d’investir le pouvoir se
présente en mars 1808. Face à la menace napoléonienne, la
famille royale se transporterait, dit-on, d’Aranjuez à Séville et,
de là, s’embarquerait pour l’Amérique ; les habitants d’Aranjuez
attribuent à Godoy cette décision néfaste. Le 17 mars, la foule
assaille la demeure du favori, s’empare de sa personne et
réclame la chute du ministre tout-puissant. Il est à remarquer
que cette foule, en dépit de la haine qu’elle porte à Godoy,

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40 L’Espagne contre Napoléon

n’abuse pas de son avantage ; elle malmène la victime, mais ne


la massacre pas ; elle donne l’impression d’être disciplinée ou
contenue ; elle ne songe pas à détourner à son profit les biens
du vaincu ; elle manifeste une volonté purificatrice plutôt
qu’elle n’assouvit sa convoitise ; en un mot, les émeutiers, à
l’heure du triomphe, sont étrangement raisonnables. Un mysté-
rieux individu armé d’un bâton clouté aurait conduit la popu-
lace sale et négligée. Cette circonstance a suffi pour que les
absolutistes voient là l’irruption sur la scène politique de la
plèbe amie de l’anarchie. L’insurrection est-elle aussi spontanée
et populaire qu’on s’est plu à le dire ? Godoy et plusieurs histo-
riens de l’époque ont fait observer que, la veille, des étrangers
inconnus avaient parcouru la ville et provoqué des attroupe-
ments ; il pouvait s’agir d’une conspiration. On va jusqu’à dire
que le prince Ferdinand lui-même aurait déclenché l’insurrec-
tion en faisant apparaître une lumière à sa fenêtre ; d’autres per-
sonnages cachent leur identité sous des pseudonymes, tels que
« el tío Pedro », « el tío Coleto », « el Aragonés », « el Extre-
meño ». Le recours à ce subterfuge est précisément un des
signes distinctifs de la Guerre d’Indépendance. En cas d’échec,
le pseudonyme entrave les poursuites ; il est, en outre, raco-
leur : la populace se sent de plain-pied avec un leader dans
lequel elle croit reconnaître un individu de sa condition ; quel-
ques mois après les événements d’Aranjuez, « le Manchot »,
« l’Empoissé », « Trois Poils » viennent se substituer, pour un
autre combat, au « père Pierre » et à « l’Estrémègne ». L’affaire
d’Aranjuez introduit le thème de la guérilla et pose déjà la ques-
tion : la participation de la masse à un soulèvement exclut-elle
que le peuple puisse être inspiré, conduit et contenu par des
éléments qui appartiennent à un milieu social différent et
défendent des intérêts antagoniques ?
À Aranjuez, les acteurs célèbrent la victoire par des chants,
des danses et des feux de joie, dès l’annonce de la destitution
de Godoy ; leurs cris de « Mort au Prince de la Paix ! Vive le
roi ! » marquent l’étroitesse de l’objectif poursuivi. Mais c’est
oublier qu’à partir d’Aranjuez se développe un mouvement cen-
trifuge qui atteint avec une surprenante rapidité les confins du
pays ; le portrait de Godoy est lacéré çà et là, au milieu de la

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Préludes et incertitudes 41

liesse générale ; à Sanlúcar de Barrameda, la population s’en


prend au jardin d’acclimatation créé par Godoy 13 ; le cocotier et
le quinquina semblent tenus pour des essences intruses et sub-
versives ; le jardin d’acclimatation porte la marque rédhibitoire
de la « pensée éclairée » et, à ce titre, sa destruction, loin d’être
un faux pas de la foule, prouve que la nouveauté est mal reçue
par le peuple espagnol.
Les instigateurs du soulèvement d’Aranjuez, indifférents à ses
avatars provinciaux, portent ensuite leur action à Madrid, afin
d’obtenir l’élévation de Ferdinand au trône. Désormais la foule
n’a plus rien à voir dans l’affaire qui retombe au niveau des
manigances ; le peuple — ou pour mieux dire, des éléments
populaires disparates — a été acteur occasionnel dans un rôle
qu’on lui a probablement soufflé. Les libéraux s’empressent de
dire qu’au détour d’une brève insurrection, le peuple a atteint
sa majorité politique ; leur œuvre de régénération de l’Espagne
repose sur ce fragile postulat.
À Barcelone, les événements d’Aranjuez ont un grand reten-
tissement ; militaires, négociants se complimentent pour la vic-
toire remportée et les Français redeviennent, pour un temps,
populaires : on pense qu’ils ont contribué à la chute de Godoy.
Or il n’en est rien : les autorités impériales, à Aranjuez et à
Madrid, volent au secours de Godoy. À Barcelone, le méconten-
tement succède à la surprise. En avril éclatent les premières
rixes entre Espagnols et soldats français. C’est en mars 1808
que les Français ont perdu la guerre d’Espagne : en jouant
Godoy contre Ferdinand, ils s’aliènent la sympathie des Espa-
gnols ; d’alliés secourables, ils se muent en tyrans ; l’immixtion,
tolérable si elle avait coïncidé avec le vœu des Espagnols,
devient ignominieuse.
Jusqu’au 10 avril, date du départ de Ferdinand pour Bayonne,
le nouveau roi gouverne de façon empirique. Les conseillers
dont il s’entoure — on peut déjà parler de « camarilla » — réap-
paraîtront en 1814, au moment de la restauration de l’absolu-
tisme : Escoiquiz, Ceballos, San Carlos, Infantado n’ont aucune
inclination pour la pensée libérale. Pour commencer, Ferdinand
fait établir la liste de son personnel domestique, qu’il gratifie
d’importants pourboires. On a voulu voir dans ce premier acte

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42 L’Espagne contre Napoléon

la preuve d’une connivence entre le prince et le menu peuple


des cochers, tambours, valets qui avaient participé aux événe-
ments d’Aranjuez. Une autre série de décisions est inspirée par
l’esprit de vengeance : Ferdinand maintient à leur poste les
ministres connus pour leur animosité à l’égard de Godoy ; il
libère les personnalités que le favori avait poursuivies ; il sus-
pend la vente des biens ecclésiastiques cherchant par là à effa-
cer l’œuvre de Godoy et à se réconcilier avec l’Église. La plu-
part de ces mesures, fragmentaires et de faible portée, signifient
le retour au statu quo ante Godoy. Bas calculs, vengeance,
courts élans de générosité expliquent, selon le cas, la genèse de
cette politique myope.

IV. Le 2 mai à Madrid

Cette date, pour les uns « d’amère mémoire, de deuil et de


peine » (Toreno, historien libéral), pour les autres rappel d’une
folie héroïque sans précédent, marque le début du conflit
franco-espagnol. La journée madrilène du 2 mai 1808 livre la
Guerre d’Indépendance, dès ses premiers moments, à la mythi-
fication. L’insurrection d’Aranjuez est loin d’avoir subi la même
métamorphose, et pour cause : le peuple maître de la rue
donne l’impression d’avoir contraint un ministre à la démission
et un roi à l’abdication : événements majeurs s’il en est, et dont
la leçon remplit d’effroi souverains, hommes politiques, libé-
raux et conservateurs. Selon les patriotes espagnols, le 2 mai
1808 sonne la déroute des troupes impériales ; l’interprétation
des Français, moins connue, est aussi peu fondée ; les fanfaron-
nades et l’aveuglement de Murat éclatent à plein lorsque le lieu-
tenant général du royaume écrit à l’Empereur : « Les résultats
des événements du 2 mai assurent à Votre Majesté des succès
décisifs. Le prince des Asturies perdit ce jour-là sa couronne.
Son parti complètement battu se range du côté du vainqueur.
Votre Majesté peut disposer de la couronne d’Espagne et la
tranquillité ne sera plus troublée ». Impossible de déterminer le
nombre des victimes : 25 Français et 25 000 Espagnols si l’on se
réfère aux comptes rendus impériaux ; 200 et 1 000 si l’on en
croit les rapports espagnols.

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Préludes et incertitudes 43

Plutôt que de raconter par le détail des événements que les


tableaux de Goya ont rendus familiers, il nous paraît indiqué de
relever quelques particularités qui, d’ailleurs, brouillent plus
qu’elles ne l’éclairent le sens général de l’insurrection 14. Ainsi,
la prédominance de l’élément populaire ne doit pas masquer la
participation minoritaire, mais sans doute déterminante, de
l’élément aristocratique. Le 2 mai au matin, un homme du
peuple crie à la trahison, transforme le départ de l’Infant Anto-
nio en enlèvement perpétré par les Français et lance le cri de
« Mort aux Français ! » Un Grand d’Espagne resté anonyme, pro-
bablement un majordome de semaine du roi Ferdinand,
reprend le cri sous une forme distincte : « Vassaux ! aux
armes ! » La hiérarchie des conditions est ainsi préservée, ce qui
n’exclut pas que le soulèvement madrilène donne une impres-
sion d’unanimité.
Dans la chasse aux Français, les observateurs contemporains
ont tenu à distinguer, pour souligner ce caractère de cohésion
sociale, un prêtre, un architecte, un médecin, des commer-
çants, des officiers, dont les deux artilleurs Daoiz et Velarde éle-
vés plus tard au rang de héros nationaux. Mais en réalité, la
répartition des rôles est bien établie : il y a ceux qui se battent
et ceux qui poussent à se battre. Parmi ces derniers figurent
vraisemblablement des nobles. Le recensement des morts par
des alcades de quartiers fait apparaître que les victimes identi-
fiées sont en majorité des ouvriers, des domestiques, des ven-
deurs des rues ; les victimes inconnues sont foule, ce qui donne
à penser que des étrangers à la ville ont participé en masse à la
lutte ; il s’agit, semble-t-il, de paysans des environs venus en
grand nombre au marché de la veille (dimanche 1er mai) et res-
tés dans la capitale ; à quelle fin ? L’hypothèse d’un vaste
complot se trouve fortifiée. Mais saura-t-on jamais qui a ameuté
cette foule paysanne ?
Deux autres étrangetés retiennent l’attention : cette masse
hétérogène de combattants, au lieu d’agir à l’aveuglette, se frac-
tionne adroitement en groupes mobiles d’une cinquantaine
d’hommes qui harcèlent l’adversaire : l’apparition de la guérilla
urbaine est-elle spontanée ou, au contraire, le fruit d’une pen-
sée théorique et d’efforts concertés d’organisation ? Les gens du

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44 L’Espagne contre Napoléon

peuple ont-ils été dirigés par des militaires de carrière qui, pour
la circonstance, auraient abandonné l’uniforme ? En effet des
témoins ont reconnu, dans la foule, des soldats appartenant à la
compagnie des Fusiliers des forêts royales, unité qui n’est pas
casernée habituellement dans la capitale. Aux côtés de ces
acteurs dont la présence sur les lieux des combats est inatten-
due, figurent également de nombreux serviteurs de la Maison
royale : ils sont les victimes de la première mitraillade de la
Garde impériale. Les Fusiliers des forêts royales, les paysans des
environs et les domestiques du prince étaient-ils en service
commandé ? La réponse, difficile à donner, serait capitale : ou
bien le soulèvement madrilène est spontané, ou bien il est
l’aboutissement d’un vaste complot dont les instigateurs, néces-
sairement influents, ont su demeurer cachés.
Au cours de l’émeute, une disjonction s’opère entre la rue et
la maison ; conscience populaire et conscience bourgeoise
divergent, a-t-on dit par extrapolation 15. Dans la rue, on se fait
tuer : c’est le sort réservé aux soldats, aux paysans. Le bour-
geois, lui, s’abrite dans sa demeure avec la possibilité de choisir
entre un rôle actif et un rôle de spectateur ; dans le premier cas,
il tire au fusil depuis le balcon ou par la fenêtre entrebâillée ;
dans l’autre cas, il se claquemure s’il y a danger, ou observe s’il
n’y a pas péril. Le libéral Alcalá Galiano, enfant en 1808, se sou-
vient que ses parents — des bourgeois respectables — lui inter-
dirent d’aller se mêler aux insurgés, « presque tous des classes
les plus basses » ; « les gens sensés et judicieux » n’ont pas à se
jeter dans la lutte ; « les gens de la classe supérieure étaient aux
balcons, aux points où il n’y a pas d’échange de coups de feu
et, de là, en regardant et écoutant, ils s’efforçaient de se tenir au
courant de ce qui se passait » 16.
La journée madrilène du 2 mai préfigure la Guerre d’Indépen-
dance : guerre populaire si on prend en compte exclusivement
la condition sociale des acteurs (qu’il ne faut point confondre
avec les instigateurs) ; guerre féroce ; propice aux actes indivi-
duels d’héroïsme ; insensée si l’on songe que les Espagnols,
dans leur détermination aveugle, tiennent pour négligeable leur
évidente infériorité militaire. Mais le 2 mai madrilène fait jaillir

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Préludes et incertitudes 45

aussi des questions fondamentales : quelle est la participation


réelle des classes moyennes ? L’insurrection, prélude à un sou-
lèvement national, est-elle spontanée ? Si non, dans quel sens et
par quels moyens souterrains s’exerce sur la conscience popu-
laire le poids (spirituel ou financier) des meneurs restés à
couvert ?

Les Espagnols à l’heure du choix.

I. Les motivations des « patriotes »

À l’exception des ultra-conservateurs, les Espagnols, patriotes


et collaborateurs, attribuent au peuple l’initiative du soulève-
ment anti-français 17. L’« afrancesado » Reinoso lui donne une
allure d’évidence : « Personne n’ignore que c’est le peuple, dans
sa partie la moins instruite, qui décida la guerre et l’on ne peut
douter que sa résolution naquit plutôt d’un sentiment que d’un
calcul 18. » Déjà affleure la condamnation d’un mouvement qui
serait contraire à la raison, étranger à toute considération de jus-
tice, dominé enfin par la passion, source d’aveuglement et de
fanatisme. L’historien libéral Toreno favorable, lui, aux insurgés
admet implicitement que la réaction populaire anti-française a
bien été d’ordre sentimental ; il recourt à des expressions du
genre « colère et rage » « provinces émues, altérées et rendues
furieuses », « habitants enflammés d’un feu patriotique ». Ce
déferlement d’impressions fortes, de réactions viscérales aurait
interdit une analyse serrée de la situation, selon l’interprétation
commune aux libéraux, aux « afrancesados » et aux généraux
d’Empire : convergence exceptionnelle qui incite les historiens
à ne pas chercher ailleurs une explication radicalement
distincte.
Restent à discerner l’origine et les composants de ce senti-
ment qui pousse les classes populaires à refuser la présence
française. Une francophobie latente aurait-elle trouvé à s’ali-
menter ? Rien de moins sûr ; à preuve ces proclamations de
juntes catalanes qui expriment la volonté de ne pas confondre

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46 L’Espagne contre Napoléon

les troupes impériales — le véritable ennemi — et le mal-


heureux peuple français subjugué par un tyran ; à preuve égale-
ment le bon accueil que reçoivent de nouveau, en 1814, les
Français qui circulent en Espagne ; enfin, neuf ans après cette
guerre impitoyable qui a meurtri la plupart des familles, l’expé-
dition du duc d’Angoulême en 1823 tourne à la promenade
triomphale, des Pyrénées à Cadix.
En 1808, l’Espagnol du peuple a une connaissance concrète
des Français à travers les colporteurs, les artisans établis dans
les villes, les ecclésiastiques chassés par la Révolution, toutes
personnes qui lui sont sympathiques ou, au pire, indifférentes ;
enfin il a entendu parler des prestigieux soldats qui se sont cou-
verts de gloire en Europe ; il est porté à les admirer sans devoir
les craindre. Tout change avec l’entrée des troupes impériales
en Espagne ; au lieu de voir défiler des soldats impressionnants
par leur discipline et leur brillante tenue, il découvre des sou-
dards brutaux et dépenaillés ; leur image de marque s’efface.
Les Espagnols estiment que de pareils soldats sont à la merci
d’adversaires plus nombreux et plus résolus. Si au lieu
d’envoyer cet amalgame de grognards et de blancs-becs,
l’Empereur avait fait parader sa Garde impériale, le peuple des
badauds eût réagi différemment, du moins en cette phase
immédiatement antérieure à la guerre.
Passé ce moment de surprise, les Espagnols des provinces
basques, de Catalogne, des Castilles observent la conduite des
troupes impériales ; leur installation dans des forteresses pro-
voque les premières réactions hostiles de la population ;
l’occupation de Montjuich coïncide à Barcelone avec les pre-
mières invectives et provocations ; à Pampelune, le défilé des
troupes se déroule dans l’indifférence, mais l’investissement par
surprise de la citadelle dresse les esprits contre des « alliés »
sournois et malintentionnés ; à Madrid, l’annonce du rapt des
infants royaux met le feu aux poudres. La présence des troupes
impériales dans la péninsule ne suffit pas à provoquer le sou-
lèvement populaire ; celui-ci répond à la violence, au défi, à la
traîtrise des Français.
Une vieille notion est revigorée, que l’on pouvait croire
éteinte depuis des lustres : la « honra » ou sentiment de l’hon-

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Préludes et incertitudes 47

neur. Aux côtés des classes dirigeantes, la plèbe revendique le


droit de défendre la patrie. L’un des traits remarquables de cette
guerre qui n’est plus l’affaire exclusive des nobles et des mili-
taires de carrière, c’est que, de la masse de la population, sur-
gissent des leaders qui par le poignard, la parole ou la plume
appellent au combat. Quand le général français Sébastiani écrit
à Jovellanos pour l’inviter à se rallier et que ce dernier répond
dans une forme courtoise et relevée en dépit du refus catégo-
rique, ce sont encore les anciennes manières qui ont cours ; ces
deux personnages que leurs fonctions et leur culture placent
au-dessus du vulgaire savent tenir leur rang. Le fait nouveau est
que la lettre de Sébastiani suscite des réponses de la part d’un
laboureur, d’un savetier — ou d’un intellectuel se faisant passer
pour tel — ; les uns et les autres ont l’envie et la possibilité de
répliquer sur pied d’égalité à un empereur ou à un général
étranger ; et ces soi-disant hommes du peuple, au lieu de don-
ner dans le raffinement, se complaisent dans la trivialité ; l’un
d’eux lance à Sébastiani : « Votre Excellence pensait que ces
Cafres barbares se conquéraient par des mots et de bons
conseils ; mais ils sont si nigauds et si têtus qu’ils méprisent en
tombant culotte (“a calzón quitado”) les hautes réflexions de
Votre Excellence sans pouvoir contenir le fou rire chaque fois
qu’elles leur passent sous les yeux 19. »
Plus encore que ses généraux, Napoléon est la cible préférée
d’innombrables auteurs de pamphlets et poésies qui mêlent
considérations politiques et railleries. L’Empereur, et lui seul en
dernière analyse, est rendu responsable de tous les maux ; les
Espagnols lui prêtent, à juste titre, de mauvais calculs ; Rocca
traduit fidèlement le sentiment populaire quand il écrit : « Les
Espagnols devaient nous opposer une résistance d’autant plus
opiniâtre qu’ils croyaient que le gouvernement français voulait
faire de la péninsule un seul État secondaire irrévocablement
soumis à la domination française 20. » L’un des thèmes mobilisa-
teurs de la résistance surgit ainsi ; le combat contre l’allié sour-
nois devenu envahisseur, contre un tyran redoutable, contre
des soldats pillards acquiert une dimension idéologique ; il
devient combat pour le maintien de l’intégrité du territoire et
pour le rétablissement de la dynastie.

.
.

48 L’Espagne contre Napoléon

Plus accessible que le terme de « nation » d’emploi encore


peu courant, la notion de « roi » se surimpose à toute autre, car
elle s’incarne dans la personne de Ferdinand. Ce prince adulé
symbolise en effet, selon l’expression de Martínez de la Rosa,
« l’innocence poursuivie par le malheur et l’oppression ». Bien
qu’il n’ait pas songé à se soustraire à l’emprise de Napoléon, sa
faute politique — faiblesse et aveuglement — est assimilée à
une infortune émouvante ; sa captivité en territoire étranger
excite l’imagination ; l’excès de ses épreuves lui tient lieu de
mérite.
La patrie, le roi : la trilogie est incomplète, il manque la reli-
gion. La notion même de patrie, notion jusque-là plus senti-
mentale que politique, se renforce d’une coloration religieuse.
Voici dans quel sens et dans quel ordre la Junte centrale entend
conduire son action : « Les outrages de la religion seront répa-
rés ; votre Monarque ou rétabli sur son trône ou vengé ; les lois
fondamentales de la Monarchie restaurées » 21. Les ecclésias-
tiques développent l’idée qu’une menace pèse sur la religion
catholique et sur l’Église espagnole : « Nous étions suivant eux
— c’est Fée, militaire impérial, qui parle — des athées nourris
des principes de Voltaire dont le nom, très populaire en
Espagne, y est synonyme d’Antéchrist 22. » Le soldat français,
déclaré envahisseur et ennemi juré du catholicisme, se désigne
aux coups conjugués des patriotes et des croyants (ils ne font
qu’un, le plus souvent).
À l’inverse des Espagnols qui, restés hors de l’Eglise, se re-
trouvent en 1808 sans chef ni principe d’organisation, les
catholiques pratiquants constituent dès le départ un vaste corps
homogène. Hormis quelques prélats qui se réfugient dans
l’attentisme ou optent délibérément pour la nouvelle dynastie,
le clergé, très tôt, dénonce l’occupation française. « Les prêtres
espagnols — précise Rocca — haïssaient les Français par patrio-
tisme et par intérêt ; car ils savaient qu’on voulait abolir leurs
privilèges, les priver de leurs biens et de leur puissance tem-
porelle 23. » Curieuse coïncidence entre certains militaires impé-
riaux et les prêtres espagnols résistants : les uns et les autres
prêtent au gouvernement impérial et à celui de Joseph une poli-
tique ouvertement anticléricale, laissant entendre que l’on pré-

.
.

Préludes et incertitudes 49

pare la ruine de l’institution ecclésiastique ; les uns et les autres


procèdent en réalité à une extrapolation aventurée qui, dans le
cas des prêtres espagnols, relève d’une adroite stratégie.
L’acharnement de certains généraux napoléoniens contre les
moines sert à merveille le clergé qui amplifie l’émoi populaire
et attire sur lui-même la commisération. Dans le même temps, il
proclame très haut son indéfectible attachement au roi et se re-
trouve là aussi en profonde harmonie avec la masse des fidèles.
A-t-on suffisamment souligné que les premiers appels au
combat, diffusés par proclamations ou lancés du haut des
chaires, se situent doctrinalement aux antipodes de la pensée
libérale ? Dès la fin du mois de mai 1808, l’évêque Rafael Tomás
Menéndez de Luarca, porté à la tête de la junte de Santander,
déclare : « Les souverains eux-mêmes sont ceux qui, à eux seuls,
créent ou annulent, agrandissent ou ruinent, dégradent, appau-
vrissent ou font briller et prospérer leur États 24 », ce qui revient
à dire que les sujets doivent s’en remettre entièrement à la
volonté du souverain. Les prélats espagnols engagent la lutte
contre les Français sous le signe politique de la réhabilitation de
l’absolutisme royal. Personne, hormis les « libéraux », ne voit là
de danger eu égard à la vénération dont Ferdinand est l’objet.
Certes, il est des évêques et des chapitres acquis à l’idée d’une
réunion des Cortès mais c’est seulement vers 1809 qu’ils font
connaître leur opinion. Au printemps de 1808, les ecclésias-
tiques les plus décidés à se battre sont plus souvent ultra-
conservateurs que partisans de réformes. Portés les premiers à
la tête de la résistance, ils en décuplent l’efficacité ; ils vili-
pendent les soldats impériaux à cause de leurs exactions, ils
étendent à tous les Français l’appellation de régicides et trans-
forment le complot contre l’envahisseur en une croisade contre
l’athéisme et l’hétérodoxie ; l’évêque Menéndez de Luarca, déjà
cité, proclame : « Luttons pour la religion, pour Dieu, pour
Jésus-Christ, pour le roi, pour la patrie, pour le peuple, pour la
justice et pour notre sécurité » ; la signification, principalement
religieuse, du combat est clairement soulignée par le choix et la
place des termes employés. Nombre d’ecclésiastiques, épris de
concorde, ayant découvert la force irrésistible des sentiments
populaires, passent outre leur crainte de l’aventure et, de peur

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.

50 L’Espagne contre Napoléon

d’être débordés par le peuple soulevé, se portent sans tarder —


ou se laissent porter — à sa tête ; ils choisissent de contribuer à
la victoire plutôt que de laisser la plèbe gagner seule une guerre
désormais inévitable.
« Là, comme dans la Vendée de 1793, — écrit le comte de
Ségur — le peuple seul avait commencé. Les grands, les riches,
les autorités civiles, l’armée espagnole même, tout ce qui cal-
culait enfin, tout ce qui avait intérêt à l’ordre et ne concevait de
force que la force organisée, tout cela hésita et temporisa 25. »
De fait, pendant le mois de mai 1808, les preuves d’adhésion au
régime imposé par les Français continuent d’affluer : les
conseillers de Castille, les grands réunis à Bayonne, le gouver-
neur militaire du Campo de Gibraltar qui n’est autre que Casta-
ños — le futur vainqueur de Baylen —, Luis de Borbón, cardi-
nal-archevêque de Tolède, plusieurs ministres nommés par
Ferdinand VII au moment de son avènement en mars 1808, tous
ces notables, réticents ou non, se rallient à l’autorité étrangère.
L’hésitation des nobles, surtout quand ils sont investis de fonc-
tions administratives ou politiques, est indéniable, pendant le
mois de juin 1808 tout au moins. En ordre dispersé et par des
voies diverses, les nobles rejoignent cependant peu à peu le
camp des patriotes, mais ils se mêleront rarement à la guérilla.
Le général Hugo observe qu’« on ne trouve aucun des noms
illustres de la noblesse espagnole parmi les chefs de ces gué-
rilleros qui ont tant et si courageusement harcelé l’armée fran-
çaise ». Les nobles préfèrent servir dans l’armée régulière ; leurs
titres, leur formation, leur compétence supposée les désignent
pour des grades élevés. Tandis que dans les guérillas, l’énergie,
voire la témérité, tient lieu de mérite et pallie la rusticité, dans
l’armée régulière les intérêts des aristocrates sont avantageuse-
ment défendus ; à Gérone, au moment de la mobilisation géné-
rale, les nobles sont promus, quasi automatiquement et sur
l’heure, « cadetes » (élèves officiers) ; moyennant un sacrifice
financier — l’offre de payer vingt-cinq uniformes — le baron de
Foxá est fait commandant en second de l’escadron de Saint-
Narcisse, qu’il parraine. Au sein de l’armée régulière, le noble
ne tarde pas à gravir, plus vite qu’un « vilain », les échelons
hiérarchiques.

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Préludes et incertitudes 51

À l’inverse de la plèbe qui a peu à perdre, les Espagnols les


plus capables de réflexion mettent dans la balance intérêts à
préserver, impératifs moraux, considérations religieuses, poids
de circonstances ; le fléau, en mai 1808, oscille sans pencher
franchement de l’un ou l’autre côté. À cette époque, autant
l’Espagnol du peuple, noblement aveuglé, n’hésite guère,
autant l’Espagnol « éclairé » (ou fortuné) vit un drame. Pour
commencer, la perspective historique de la lutte est appréciée
différemment ; Napoléon n’est l’Antéchrist que pour le clergé et
la plèbe ignorante ; l’image de la France pour un Espagnol qui a
lu et réfléchi un tant soit peu est d’une extrême mobilité. Pour
l’Espagnol inculte qui s’est battu contre les soldats du Direc-
toire, la France continue d’évoquer Robespierre, les régicides,
l’immoralité, l’athéisme et le bouleversement sans fin ; Napo-
léon, disciple et continuateur de la Révolution, est un germe
d’anarchie à détruire. Les Espagnols éclairés procèdent à une
analyse plus fine des événements qu’a traversés la France entre
1789 et 1808 ; il n’y a plus ni hiatus ni confusion : l’Empire, saisi
comme irréversible altération du Consulat, est pris pour ce qu’il
est : pour un néo-despotisme militaire, agressif et annexion-
niste. Par suite, les « afrancesados » culturels, ceux qui de
longue date observent avec intérêt ce qui se passe au-delà des
Pyrénées pour y rechercher modèles ou thèmes de réflexion —
ces « afrancesados » qu’il ne faut pas confondre avec les « afran-
cesados » collaborateurs du roi Joseph — s’opposent à Napo-
léon, non pas tenu pour porte-drapeau de la Révolution, mais
dénoncé comme tyran destructeur de la souveraineté popu-
laire. Pour les conservateurs, l’Empereur incarne « l’hydre révo-
lutionnaire » ; pour les libéraux, il est un « liberticide ». Le choix
des libéraux serait simple en définitive si Napoléon, en fin stra-
tège, n’avait pas donné à sa politique espagnole une façade sus-
ceptible de séduire les partisans de réformes. La perspective
d’une « régénération » de l’Espagne par le rajeunissement de ses
institutions et par la réunion de ses Cortès, si elle devait heurter
de front les ultra-conservateurs, était propre à mettre dans
l’embarras des libéraux ; d’où leur désarroi au printemps 1808.
Le combat du peuple espagnol, combat pour le roi, la patrie,
la religion — quel que soit l’ordre des termes — prend le sens,

.
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52 L’Espagne contre Napoléon

on l’a vu, d’une défense opiniâtre de quelques valeurs politico-


religieuses toutes solidement établies et consacrées par la tradi-
tion. La lutte est fondamentalement, sinon antirévolutionnaire,
du moins conservatrice. Les libéraux espagnols répugnent à
l’admettre. Le poète Quintana, pourfendeur de l’absolutisme, va
jusqu’à prendre le contre-pied de l’évidence en écrivant : « Sup-
poser que les Espagnols entreprirent d’affronter les maux ter-
ribles et la désolation épouvantable de cette guerre cruelle sans
autre objet que celui d’assurer leur indépendance et de retrou-
ver leur roi, croire qu’ils ne pensaient ni à tirer quelque avan-
tage intérieur de leurs prodigieux efforts, ni à porter remède
aux abus que leur causaient tant de calamités, c’est songer à des
absurdités 26... » ; la suite du raisonnement, on la devine : à la
faveur de la guerre, les Espagnols poursuivent, selon les libé-
raux, un objectif plus ambitieux que le salut du souverain, à
savoir la réforme des institutions politiques et civiles. Quintana
voit ses compatriotes à travers sa propre image ; il les fait cham-
pions du progrès car capables de raisonner et enclins à préférer
la marche en avant au maintien du statu quo.
Le secret des pensées place hors du champ d’étude bien des
calculs et bien des impulsions de tous ordres, nobles ou sor-
dides. Si l’esprit de lucre peut expliquer, pour maint homme
d’affaires, un attentisme précautionneux suivi d’un ralliement
sans éclat à la cause nationale, parallèlement, pour maint guéril-
lero l’esprit d’aventure ou encore celui de revanche peut moti-
ver un choix qualifié de « patriotique ». L’examen des cas parti-
culiers révélerait une infinité de mobiles, parfois saugrenus : « el
Empecinado » aurait pris les armes pour venger la mort du petit
Carlos, fils de sa marraine ; le curé Merino aurait fait de même
pour effacer une humiliation : des soldats français n’avaient-ils
pas eu l’impudence de l’utiliser, comme bête de bât, au trans-
port d’une grosse caisse et de cymbales ! 27 Et nous ne parlerons
pas des forçats en rupture de ban, des déserteurs de l’armée
régulière, des vagabonds, des paysans désireux d’échapper aux
contributions : cohorte disparate qui va grossir — et parfois
dévoyer — les guérillas levées pour défendre la cause de la reli-
gion et du roi. L’étude des motivations menace de déboucher
sur un inextricable fouillis. À mi-chemin de l’imbroglio et du

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Préludes et incertitudes 53

schématisme se trouvent, pour le salut du chercheur, des « fol-


letos » (feuilles volantes) et des manifestes dont les uns
débordent de fanatisme religieux et dont les autres recèlent des
pensées de réformes. Faute de pouvoir introduire à toute force
l’unité dans ce qui n’est qu’une alliance temporaire face à un
ennemi commun, l’historien se résigne d’ordinaire à admettre,
comme Alcalá Galiano, qu’« ils ont raison, mais pas en tout,
ceux qui disent que les Espagnols, en se dressant contre Napo-
léon, aspirèrent à empêcher la régénération de la patrie, (...), à
faire triompher la cause de l’aristocratie et du clergé ; en
somme, à soutenir notre monarchie caduque et branlante. Ils
ont raison également ceux qui affirment que les Espagnols, en
cette même occasion, aspirèrent à libérer leur patrie de
l’influence et du pouvoir étrangers en établissant des lois sages
et justes faites pour freiner l’arbitraire, réformer et conduire (le
pays) à son »ilustración« , à la liberté et à son bonheur futurs 28 ».
Comme il était fatal, cette alliance entre libéraux et conserva-
teurs, informelle et fragile au départ, ne cessa de s’effriter. Elle
n’était que le simulacre de l’unanimité. Une fois chassé
l’ennemi commun, les anciens alliés, regroupés en formations
plus ou moins homogènes, vont s’entre-déchirer : cette lutte
fratricide n’est pas encore terminée.

II. Les raisons du ralliement aux Français

L’« afrancesamiento », dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle,


désigne un phénomène multiforme qui va de l’imprégnation
culturelle due à la lecture d’ouvrages français jusqu’à l’adoption
des modes vestimentaires parisiennes en passant par l’utilisa-
tion intempérante de gallicismes dans le parler. La tentation est
donc forte de mettre en rapport direct, de cause à effet, cet
« afrancesamiento » culturel et l’« afrancesamiento » politique
qui signifie strictement, à partir de 1808, le ralliement à la nou-
velle dynastie. Si les « afrancesados » de l’époque de Charles III
étaient tous devenus sujets du roi Joseph, nous devrions retrou-
ver dans le même camp Meléndez Valdés, Cabarrús, Moratín,
mais aussi Jovellanos et Quintana. Or, au mépris des amitiés qui
les liaient parfois — c’est le cas de Jovellanos et de Cabarrús —

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54 L’Espagne contre Napoléon

les trois premiers cités deviennent « colaboracionistas » (des col-


laborateurs) et les deux autres « patriotas ». L’« afrancesa-
miento » culturel n’implique pas le ralliement au roi Joseph ;
dans certains cas, il y prédispose ; dans d’autres — en dépit de
la contradiction apparente — il en détourne 29. D’une part,
l’Espagnol qui, au début du XIXe siècle, parle ou s’habille « à la
française » n’est pas tenu d’accueillir avec empressement les
soudards qui, en 1808, envahissent et pillent le territoire espa-
gnol, détruisant par là l’image de marque de la France. D’autre
part, la France de 1808 n’a plus grand-chose à voir avec celle de
1750, de 1792 ou de 1802. « La conversion en Empire de la
République française — commente le patriote Alcalá Galiano —
avait divisé ceux qui, lui rendant un culte personnel, aspiraient
à la prendre pour modèle. »
L’examen rétrospectif de l’histoire d’Espagne révèle égale-
ment de sensibles divergences d’opinions. Les patriotes
exècrent à ce point Godoy qu’ils lui imputent tous les malheurs
qu’a traversés l’Espagne ; par voie de conséquence, Charles IV
demeure à l’abri de toute attaque irrévérencieuse. Au contraire,
les « afrancesados », en partageant entre le roi et son ministre la
responsabilité des mêmes échecs, portent des coups à la dynas-
tie elle-même ; ils restent fidèles à la forme monarchique du
pouvoir mais n’adhèrent pas inconditionnellement à la famille
royale ; ils estiment ne pas faire violence à leurs principes en
transférant leur fidélité de Charles IV à Joseph Bonaparte, non
point à une personne, mais à l’incarnation du pouvoir monar-
chique. Les « afrancesados » jugent avec sévérité le prince Ferdi-
nand ; pour eux, il a fait, très tôt, la preuve de son incompé-
tence et de son indignité en tombant dans le traquenard tendu
par Napoléon et en abandonnant à leur sort les Espagnols
désemparés : cette faute et cette défection leur inspirent le
mépris ou, au mieux, de la défiance ; mais leur légalisme, d’une
raideur suspecte, les conduit à se soumettre aux ordres royaux
même s’ils invitent — comme ce fut le cas — à ne pas résister à
Napoléon ; de là leur condamnation du patriotisme instinctif et
aveugle qui porte les Espagnols à se jeter dans la lutte contre les
Français avec de faibles chances de triompher et sans l’approba-
tion formelle du roi.

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Préludes et incertitudes 55

En acceptant, sans trop d’émoi, l’abdication de Bayonne, ils


se dénoncent comme suppôts de l’absolutisme royal ; ils
refusent d’admettre que Ferdinand tire son pouvoir d’un sou-
lèvement populaire ; s’ils se rallient au roi Joseph, c’est, en par-
tie, pour ne pas légaliser le coup de force d’Aranjuez ; la
racaille, « le vulgo » a intronisé Ferdinand : son pouvoir porte un
vice rédhibitoire. Qu’un souverain étranger (Napoléon) ayant
reçu l’acte d’abdication du prince espagnol remette la cou-
ronne à l’élu de son choix (Joseph) leur paraît d’autant plus
admissible que le récipiendaire passe pour être « éclairé »,
mesuré et soucieux du bien de l’Espagne.
Nous ne dirons pas que ce dénouement imprévu les comble
d’aise ; leur acceptation assortie de réticences serait plutôt de la
résignation. La force des circonstances les met en devoir de
définir une stratégie périlleuse : entre la guerre qu’ils croient
perdue d’avance et la capitulation qui laisserait les Français
maîtres du terrain, ils optent pour une résistance non violente
dans le cadre de la légalité. Ils s’efforcent d’être présents à tous
les échelons ; ils envisagent de constituer une administration,
espagnole autant qu’il se peut, afin de doubler et éventuelle-
ment de contrecarrer l’administration militaire mise en place
par les états-majors impériaux. En argumentant ou en rusant, ils
comptent éteindre le désir de conquête des Français ; ils sont
décidés à ne céder que pied à pied.
L’examen des forces en présence les porte au pessimisme. Ils
sont effectivement mieux informés que la plupart des
« rebelles », se disent plus lucides, plus réfléchis. Leurs convic-
tions ne sont pas exaltées et agressives mais raisonnées et rai-
sonneuses. L’arme à laquelle ils recourent n’est pas le fusil —
instrument moderne de barbarie — mais le dialogue. Misant
avec légèreté sur la bonne foi du gouvernement impérial, ils se
refusent à croire à son cynisme et à ses visées expansionnistes.
Ils interrogent le passé et concluent aux bienfaits d’une étroite
alliance franco-espagnole qui, selon eux, s’inscrit dans la nature
des choses. Ils ont le souci de conserver à l’Espagne ses terri-
toires d’outre-mer, et estiment qu’une guerre dans la métropole
favoriserait les tentatives d’émancipation.

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56 L’Espagne contre Napoléon

Il ne suffit pas de dire que les « afrancesados » sont par nature


épris de paix — la plupart des patriotes le sont tout autant — ;
ils sont hantés par le spectre de la révolution ; l’anarchie, outre
qu’elle est un péché contre la raison, offre au peuple l’occasion
d’investir le pouvoir et ces anti-démocrates que sont les « afran-
cesados » tremblent à l’idée que le soulèvement d’Aranjuez
ouvre la voie à d’autres usurpations ; ils sont les champions du
maintien de l’ordre à tout prix ; la préservation des biens privés
les préoccupe. L’évêque Suárez de Santander semble se jeter
dans les bras des envahisseurs autant pour échapper aux exac-
tions populaires que par sympathie pour les Français : « Durant
cette époque ténébreuse — explique-t-il — le désordre gagnait
toutes les populations et l’on commettait impunément les pires
atrocités. Tout le monde se mettant à commander, personne ne
s’astreignait à obéir et sous le prétexte spécieux de défendre la
patrie, on saccageait les maisons, on injuriait et volait les pro-
priétaires, on arrachait les jeunes des bras de leurs père et
épouse, on imposait d’énormes et arbitraires contributions dans
les villages et on lâchait la bride aux appétits les plus désordon-
nées. » Il est donc déraisonnable de croire que les « afrancesa-
dos » voient dans l’appui offert par le gouvernement impérial la
possibilité d’instaurer en Espagne un régime démocratique, peu
ou prou révolutionnaire. Ceux qui abritent cet espoir choi-
sissent le camp opposé et militent en faveur de la réunion des
Cortès.
Le goût des « afrancesados » pour la stabilité, la modération et
l’ordre éclaire une sorte de constante psychologique : nous ne
dirons pas que les patriotes du printemps 1808 sont des vio-
lents, des irresponsables et des fanatiques tandis que les « afran-
cesados » sont couards mais ceux-ci, dans leur ensemble, appa-
raissent plus froids, plus mesurés et plus calculateurs ; ils
excellent dans les manœuvres, préfèrent la demi-teinte aux tons
tranchés ; ils n’apprécient pas les éclats, les gestes théâtraux,
l’emphase ; ils se croient sages pour la seule raison qu’ils se
résignent avec sérénité tout en croyant détenir la vérité,
laquelle coïncide avec le juste milieu. L’« afrancesado » est celui
qui, persuadé en son for intérieur d’avoir raison contre vents et
marées parce qu’il a purgé sa réflexion de toute réaction affec-

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Préludes et incertitudes 57

tive et de toute supputation hasardeuse, fait fausse route en


définitive ! 30
Les motivations des « afrancesados » varient encore selon les
états, les fortunes, les métiers. Les collaborateurs des Français
se retrouvent alliés de facto alors que ni leurs intérêts, ni leurs
opinions ne coïncident toujours. Le hasard de la situation géo-
graphique joue un rôle non négligeable : il est facile — et ten-
tant — d’être patriote dans une ville non occupée par les
troupes impériales ; au rebours, il est malaisé d’abandonner une
ville dominée par les Français. Une pression double et contra-
dictoire s’exerce souvent sur les notables : l’une est le fait de la
population empressée à prendre les armes, l’autre des autorités
impériales désireuses de s’appuyer sur des individus nantis
d’une quelconque autorité ; pris entre deux feux, le notable, s’il
n’a pas le goût du sacrifice, se soumet alors au parti le plus
menaçant. Les militaires qui passent au service de Joseph au
printemps de 1808 — ils ne sont pas foule — emboîtent le pas
des supérieurs qui ont pris à la lettre l’ordre royal invitant à la
soumission. La désertion massive, tant des officiers que de la
troupe, décuple par ailleurs les chances de promotion dans
l’armée espagnole au service de Joseph.
De façon générale, l’aspiration à la paix immédiate détermine
bien des ralliements. La tendance à l’hédonisme, à l’embour-
geoisement et à la mollesse porte effectivement à faire une
douce violence aux sentiments les plus nobles (religieux,
patriotiques, monarchiques) : c’est ce qu’explique le journal
« afrancesado » El Imparcial : « Il est indéniable que la partie la
plus saine, et sans conteste, la plus nombreuse de la nation : les
propriétaires, ceux qui vivent du produit de leur travail et de
leurs efforts désirent avec le plus d’empressement que
s’apaisent ces troubles et qu’avec la tranquillité, le bon ordre et
la justice on commence à jouir des biens pour lesquels a été éta-
blie la société entre les hommes » 31.
L’ambition, le besoin ou l’intérêt expliquent bien des rallie-
ments. Comment un négociant en grains refuserait-il un marché
important que lui offre un intendant militaire ? Comment des
individus sans grand mérite n’accepteraient-ils pas, moyennant
avantage financier, de servir les Français, de se faire agents

.
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58 L’Espagne contre Napoléon

secrets, domestiques, voituriers, logeurs sans avoir une idée


précise de la signification politique de leur attitude ? On voit
même un professeur d’université alléguer la « nécessité vitale »
pour justifier son ralliement au roi intrus !
Les ecclésiastiques, quant à eux, argumentent avec prolixité :
les plus faibles en dialectique — comme le chanoine de Tarra-
gone — rappellent que « Dieu dont les intentions sont inson-
dables dispose des souverains à sa guise » ; de là à laisser
entendre que Joseph est l’oint du Seigneur, il n’y a qu’un pas...
D’autres font valoir que le nouveau souverain, respectueux de
la religion, fera régner la justice « afin que se maintiennent dans
tous les ordres l’obéissance indispensable et le bon ordre qui
sont le fondement de la vraie prospérité et de la paix » 32.
Ces prises de position révèlent l’imbrication des motifs qui
portent à choisir le camp des Français, mais elles ont l’inconvé-
nient, pour notre propos, de ramener à des individus parti-
culièrement « éclairés » qui savent scruter l’horizon politique et
débattre de la situation pour eux-mêmes et pour le public. Or il
importe de dire que la plupart des Espagnols n’ont pas eu à
choisir en pleine connaissance de cause et d’effet. Ou bien, en
se tenant hors du conflit, ils vivotent, hébergent la troupe,
acquittent les contributions exigées par l’un ou l’autre parti ; ou
bien, sans trop savoir comment, ils se retrouvent sous les armes
ou prisonniers ou gratifiés d’un emploi avantageux. Entre-
prendre d’étudier les motivations des « afrancesados » et des
insurgés, c’est commettre l’erreur, presque fatale, de croire que
le combattant espagnol de 1808, placé devant un dilemme cru-
cial, a eu suffisamment de temps et de lumières pour choisir
son camp.

.
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CHAPITRE 2

LES FORMES MULTIPLES DE LA LUTTE

Distincte à la fois des guerres civiles antérieures qui faisaient


rage dans telle région d’Espagne plus qu’ailleurs (par exemple
en Catalogne au moment de l’avènement des Bourbons) et des
conflits qui opposaient les troupes espagnoles à des envahis-
seurs dans des secteurs névralgiques (zone pyrénéenne en
1793-1795), la Guerre d’Indépendance secoue le pays tout
entier, alors même qu’ici et là les Français se sont retirés de
bonne heure. Il faudra attendre, semble-t-il, le cataclysme de
1936-1939 pour retrouver l’exemple d’une guerre qui
n’épargne véritablement aucune des provinces et aucune des
catégories de la population, exception faite des contrées
reculées vivant depuis toujours dans un total isolement ou des
individus, soit suffisamment fortunés pour poursuivre une vie
retirée, soit assez protégés par leur employeur pour échapper à
l’enrôlement forcé.

Les Espagnols dans la guerre

I. Les « Afrancesados »

En dépit du sérieux renfort que représentent les Andalous ral-


liés au roi Joseph après sa campagne de 1810, le nombre des
« afrancesados » va décroissant de 1808 à 1814. Les deux aban-
dons provisoires de la capitale par le nouveau roi démoralisent
et mettent en difficulté ses partisans : à peine 10 000 Espagnols

.
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60 L’Espagne contre Napoléon

accompagnent Joseph à Valence. À la fin de la guerre, on estime


à environ 12 000 familles le nombre d’Espagnols qui vont cher-
cher refuge en France.
Pendant le conflit, le sort incertain des armes, la menace des
« patriotes » et une conviction politique peu assurée réduisent
considérablement la portée de leur action. Dans les grandes
villes dominées par les Français et à Madrid en particulier, les
« afrancesados » — en dehors des ministres et de leurs conseil-
lers 33 — sont, pour l’essentiel, des fonctionnaires surtout sou-
cieux de percevoir leur rémunération. Leurs supérieurs se
plaignent de leur manque de zèle et de conscience profes-
sionnelle ; certains d’entre eux travaillent en coulisse pour le
compte des patriotes. Reinoso, leur porte-parole, les défend
non sans exagérer un peu : « Que de services particuliers n’ont-
ils pas rendus en préservant les patriotes de désagréments et de
persécutions, en les tirant souvent des prisons, en leur évitant
l’exil ou en arrêtant le couteau levé au-dessus de leur gorge ! »
L’ambassadeur La Forest, les conseillers français du roi, les mili-
taires impériaux se plaignent à tout moment de cette masse
inerte de soi-disant collaborateurs sur lesquels ils ne peuvent
compter. L’un des « afrancesados » les plus connus en raison de
ses écrits, le chanoine Llorente, nommé directeur des biens
nationaux, fait état, pour sa propre défense, de ses « inter-
ventions humanitaires » auprès du roi et auprès de Jourdan :
« Qui alors servait le mieux la patrie — interroge-t-il — celui qui
résidait à Cadix inutilement, ou celui qui adoucissait les maux
d’une guerre dont il n’était pas la cause ? » 34 À l’instar de Llo-
rente, les « afrancesados » les plus dévoués à la cause qu’ils ont
embrassée se cantonnent dans ce rôle de médiateurs entre
occupants et « occupés » 35. Ils n’ont pas le loisir de bâtir une
œuvre. Aux plus convaincus, il reste la possibilité de manier la
plume.
La littérature appelant à la collaboration se signale par sa
variété. Les écrits « afrancesados » ont pour auteurs des ecclé-
siastiques, des magistrats, des chefs de province, des alcades,
des hommes de lettres éminents, ou de simples individus sans
fonction précise. Ils consistent en des proclamations, édits,
avis, actes de soumission, manifestes, circulaires. Reinoso pré-

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.

Les formes multiples de la lutte 61

cise qu’« il faudrait inclure aussi les harangues, les félicitations,


les protestations d’adhésion, les vœux en faveur de la tranquil-
lité adressés à Bonaparte, à son frère, aux maréchaux et autres
chefs ; et aussi les discours tenus au peuple sur la soumission,
les exhortations faites dans toutes les églises au moment de la
proclamation de l’amnistie... ». À cette longue liste, il faudrait
encore ajouter les quelques journaux soutenant la cause du roi
Joseph et les ouvrages composés en exil, à partir de 1814, par
les « afrancesados » soucieux de justifier leur conduite passée.
Les « afrancesados » capables d’écrire sont, pour la plupart, des
néo-« ilustrados » ; en tant que tels, ils se sentent appelés à la
direction spirituelle de leurs compatriotes temporairement éga-
rés : « Celui qui croit avoir plus d’informations ou d’intelligence
que la multitude n’est-il pas obligé de manifester son opinion
afin, si possible, d’éclairer les décisions ? » (Reinoso). C’est
pourquoi les « afrancesados » recourent à l’écrit et, en parti-
culier, au journal.
El Imparcial est l’un de ces journaux condamnés à une vie
éphémère. Les nouvelles en provenance de l’étranger — de la
France notamment — et les prises de position en faveur de la
collaboration occupent une bonne place ; des considérations
savantes portent sur le sens des termes de « patrie » et « patrio-
tisme » dont se recommande aussi l’adversaire ; on rend hom-
mage au nouveau roi qui se préoccupe de l’instruction
publique ; on loue le nouveau gouvernement qui « s’efforce de
fonder la félicité de la nation sur les bases solides d’une éduca-
tion libérale et éclairée et sur l’instruction la plus complète
dans chacune des branches dont dépend la prospérité
publique » ; les adversaires sont naturellement stigmatisés, qui
« adulent avec vilenie la populace et manient les invectives et
les injures les plus ignominieuses, les sophismes les plus
absurdes, les inepties les plus irrationnelles ». La guérilla est,
plus que tout, exécrée : « La guerre des insurgés se réduit désor-
mais à des larcins et à des assassinats commis par des bandits. »
Excepté ces gazetiers prosélytes, les écrivains courtisans, les
ministres au service du roi intrus et, de façon générale, tous les
Espagnols qui dans le cadre du nouveau régime bénéficient

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62 L’Espagne contre Napoléon

d’une promotion due à leurs convictions affichées, les « afrance-


sados » s’évertuent à passer inaperçus, à sauver leur vie ou leurs
revenus, sans s’interdire, à l’occasion, de tirer avantage de leur
situation protégée.

II. Profiteurs et « embusqués »

Les « afrancesados » font partie d’une collectivité plus vaste


qui ne connaît pas de frontières idéologiques, qui ne s’embar-
rasse pas de principes : celle des profiteurs dont la personnalité
est, sans doute, peu attachante. L’histoire des Espagnols qui ont
tiré bénéfice du conflit franco-espagnol reste à faire : entreprise
malaisée et, au surplus, quelque peu périlleuse car « la noble
cause » des patriotes peut s’en trouver ternie. Bien évidemment,
les profiteurs sont en majorité du côté des Français ; leurs inté-
rêts, leur opportunisme ou la force des circonstances les ont
conduits à se ranger du côté du plus fort de 1808 à 1810. Si la
résistance avait été matée, les collaborateurs se seraient, soit
élevés dans la hiérarchie, soit enrichis par l’acquisition de biens
nationaux. Mais la défaite, en les acculant à l’exil, les ruine. La
roue de la fortune tourne, qui fait de certains patriotes des pro-
fiteurs. Ayant su choisir le bon camp, ces patriotes chanceux
n’ont pas eu à rendre compte de leur ascension ; nous vou-
drions les débusquer.
De bas en haut de l’échelle sociale, chez eux comme chez les
collaborateurs, l’opportunisme, les bas instincts et les considé-
rations d’intérêts se mêlent aux motifs les plus nobles. Tous les
guérilleros ne se battent pas pour défendre la patrie et la reli-
gion ; Espoz y Mina n’en fait pas mystère quand il déclare
accueillir dans sa troupe, pêle-mêle, des vagabonds, des déser-
teurs, des prisonniers évadés, des aventuriers, des conscrits
insoumis. Les êtres instables abondent dans ces quadrilles, tel
ce « cabecilla » (chef d’une bande de guérilleros) nommé Joa-
quín Calvo Domínguez qui, avant de trouver sa voie dans la vio-
lence, avait déjà tâté à plusieurs emplois avant de devenir
vicaire !... Se porter à la tête d’une bande, c’est pouvoir gravir
quatre à quatre les échelons hiérarchiques ; c’est, à la limite,
passer en quelques mois de laboureur à maréchal.

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Les formes multiples de la lutte 63

L’armée régulière autorise tout autant les intrigues et les


passe-droits. Les généraux ambitieux se heurtent et parfois
complotent, tel le comte de Montijo, « auteur d’un soulèvement
à Grenade tendant à ce que le peuple le nomme — et il le
nomma — capitaine général » 36. Préludant aux coups de force
qui se succéderont entre 1814 et 1820, des chefs militaires tels
La Romana ou Ballesteros confondent volontiers conduite de la
guerre et jeu politique. En Catalogne, le marquis de Cam-
poverde attache son nom à ce qui est l’une des premières tenta-
tives de « pronunciamiento » du XIXe siècle ; la Junte de la Princi-
pauté déclare en effet : « Qu’on ne nous parle pas de cette
ridicule troupe de comparses, d’hommes de la plus basse
classe, abusés ou payés, qui venaient proclamer général le mar-
quis de Campoverde sans le connaître, entraînés par un cordon-
nier monté à cheval avec un drapeau rouge sur la route de
Reus ! » 37
Un grade élevé, obtenu sans peine, est un bon adjuvant pour
se lancer dans la carrière politique. Au contraire, d’autres mili-
taires de carrière, oublieux de contraintes que leur impose leur
état, placent leur bonheur dans une vie éloignée des combats ;
l’ordre inséré dans la Gaceta de la Regencia du 27 janvier 1814
tend à les confondre : « L’excellentissime général en chef des
armées espagnoles a appris qu’à Séville, Cadix, Grenade, Saint-
Jacques et autres villes, il y a une multitude d’officiers éloignés
de leurs drapeaux à la faveur d’autorisations et prétextes variés.
Comme il est injuste qu’un militaire se soustraie aux peines et
aux risques, une enquête sera entreprise pour rechercher ces
mauvais officiers. » Ainsi donc une « multitude d’officiers »
seraient de mauvais patriotes ! Le service militaire n’est pas tou-
jours une perspective alléchante : Espoz y Mina en est si bien
persuadé qu’avant d’entrer dans un village, ses troupes le
cernent pour éviter la fuite des hommes en état de porter les
armes 38. Dans la bourgade catalane de Valls, toutes les per-
sonnes fortunées parviennent à se faire exempter du service
militaire.
De façon générale, la contribution des gens riches à l’effort
de guerre est, comme il se doit, financière ; mais elle n’est pas

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64 L’Espagne contre Napoléon

toujours massive et enthousiaste. En Catalogne, la Junte cen-


trale de la Principauté qui charge les juntes locales de percevoir
les impôts est loin de se tenir pour satisfaite ; elle attend par
exemple des Barcelonais un million et demi de réaux mais n’en
reçoit que 500 000 ; aussi est-elle obligée de procéder à la
détention de contribuables récalcitrants ; à Sarriá, sur six per-
sonnes arrêtées, figurent quatre riches (« pudientes ») que la
guerre contre les Français laisse froids.
En Catalogne et en Navarre, certains commerçants excellent
à profiter de la situation : Espoz y Mina se heurte à des
« hommes opulents et avides » qui spéculent sur les grains.
Lorsqu’il établit des douanes entre Irún et Pampelune concur-
remment à celles installées par les Français, le trafic s’intensifie
au lieu de décroître car les commerçants n’hésitent pas à verser
aux Français et aux Espagnols les sommes exigées ; sur les
grands axes routiers, les marchandises sont sous la protection
des Français, et sous celle des guérilleros dans les villages et sur
les chemins ; les industriels français équipent partiellement les
troupes d’Espoz y Mina ! 39 À l’autre bout des Pyrénées, la fron-
tière est également perméable ; la Junte de Vich, en autorisant
le maintien des relations commerciales avec la France, fait les
beaux jours des hommes d’affaires catalans. Les fournisseurs
des armées patriotes s’enrichissent, tel ce Pedro Camp chargé
par la Junte de la Principauté d’introduire en Espagne des gants
de Grenoble destinés aux troupes insurgées 40. Si, à Barcelone,
la présence française gêne la marche des affaires, à Tarragone,
la totale liberté de mouvements provoque, en 1810, une véri-
table ruée de commerçants qui spéculent intensément ; le trafic
du port est décuplé ; avec les négociants afflue une foule parasi-
taire qui porte la population tarragonaise de 10 000 habitants
(en 1808) à environ 25 000 (au début de 1811) 41. La guerre qui
voue au chômage de nombreux ouvriers dans Barcelone
occupée « engraisse » la région de Tarragone contrôlée par les
insurgés. À Madrid où le commerce est traditionnellement
moins florissant que dans le Levant, les personnes fortunées
limitent leur activité à la dissimulation de leurs capitaux : être
patriote pour ces Espagnols-là, c’est seulement ne pas verser
d’argent dans les caisses du roi Joseph ; le manège de ces « résis-

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Les formes multiples de la lutte 65

tants » (fiscalement parlant) n’échappe pas à l’ambassadeur La


Forest qui dénonce cette « foule d’hommes connus pour avoir
été riches, qui ont enfoui leurs capitaux, qui vivent dans des
quatrièmes étages avec toutes les apparences de la médiocrité ;
qui prétendent avoir été ruinés et échappent, en haine du gou-
vernement, à toutes les prises que les lois fiscales pourraient
avoir sur eux » 42.
La guerre, en réactivant le commerce des grains, des armes,
des vêtements et des propriétés contribue, dans les deux
camps, à fonder des fortunes alors même que le conflit pro-
voque, à l’échelon du pays, un profond marasme économique.
Cette relance partielle de l’économie s’observe dans des
domaines inattendus ; songe-t-on, par exemple, que la multi-
plication des journaux, des « folletos » et autres publications,
outre qu’elle marque la virulence de la lutte anti-française
conduite par le moyen de la plume, accroît les profits des impri-
meurs et des fondateurs de journaux ? L’auteur anonyme d’un
article paru dans le Vigía nacional de Cadix dénonce ses col-
lègues qui, sous couvert d’un noble patriotisme, tentent surtout
de s’enrichir : « Prenant dans leur délire les rames de papier
imprimé pour des sacs d’indigo, certains se sont associés de
façon mercantile pour bâcler les quotidiens avec le doux espoir
de se partager quatre mille douros par an » 43.
La guerre favorise et légitime certains procédés délictueux en
d’autres temps : le vol commis au détriment des Français est
toléré, de même que la fabrication de fausses monnaies qui
contribuent à mettre en difficulté les finances du roi Joseph.
La guerre anti-française n’est pas associée, dans l’esprit de
tous les Espagnols, à privations, angoisse et mort. Dans les deux
camps se multiplient les fêtes organisées pour célébrer les vic-
toires. Aux bals masqués, aux corridas et aux représentations
théâtrales qui se déroulent dans le Madrid du roi Joseph,
répondent les mêmes divertissements dans les villes libérées. À
Cadix, le théâtre abandonne en partie les lieux publics pour se
replier dans les maisons particulières ; les riches bourgeois orga-
nisent chez eux des représentations théâtrales et — détail capi-
tal — « obligent les spectateurs des deux sexes à payer des prix
excessifs », comme le rapporte un témoin 44. La ségrégation par

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66 L’Espagne contre Napoléon

l’argent permet d’écarter le public populaire ; les comédies se


jouent « bien que nous soyons en carême et entourés de calami-
tés et de dangers ». Cadix assiégée où les bourgeois s’amusent
sans vergogne ne ressemble en rien à Saragosse dont les habi-
tants se tendent dans le même effort de la lutte. Le patriotisme
des Espagnols résistants, variable selon les classes et les indivi-
dus, admet de larges accommodements.

III. Les ecclésiastiques

Par leurs propos et leur action, les ecclésiastiques jouent un


rôle déterminant dans la Guerre d’Indépendance. Les militaires
français, dans leurs Mémoires 45, corroborent cette opinion du
dominicain Fray Antonio Miguel Yurami : « Que l’on vérifie et
on trouvera à ce jour beaucoup de religieux, soit soldats, soit
officiers, les uns employés comme secrétaires, les autres dans
les hôpitaux, ceux-ci aumôniers, ceux-là guérilleros. Cela
n’est-il pas servir le public ? Quand il y a eu des insurrections
dans les villages, le clergé régulier les a apaisées ou, du moins, a
contenu la population » 46. La première partie du jugement qui
souligne la diversité des formes de participation du clergé à la
lutte ne souffre pas contestation. La dernière phrase revêt un
intérêt singulier car elle marque dans quelles limites s’exerce
cette action multiforme : le soulèvement anarchique, trop péril-
leux pour la collectivité, est intolérable ; les prêtres donnent
l’impulsion mais gardent le contrôle du nouveau populaire.
Le jugement de Fray Antonio comporte une sérieuse lacune ;
par calcul ou par modestie, il passe sous silence le rôle préé-
minent joué, au côté des évêques et des curés, par les moines.
Le roi Joseph s’y est très mal pris pour ruiner leur pouvoir : au
lieu de les isoler, il les dissémine dans la population en décidant
la suppression des ordres monastiques ; frappés par cette déci-
sion ou conscients d’une menace, de nombreux moines aban-
donnent les couvents, regagnent leur famille, se cachent dans
les villages occupés par les Français ; certains sont déportés
outre-Pyrénées, mais la majorité d’entre eux, échappant à tout
contrôle, fomentent la résistance ; les uns s’établissent dans des
paroisses abandonnées par le clergé séculier ; les autres

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Les formes multiples de la lutte 67

prennent le maquis : les voilà « cabecillas » comme « el Capu-


chino » et « el Fraile » ; d’autres encore se font aumôniers dans
les armées régulières. Les moines pénètrent de la sorte dans
tous les milieux et communiquent à la population leur fureur
antinapoléonienne, fureur toujours contrôlée, adroitement
canalisée ; car les moines sont amis de l’ordre et, comme tels,
appréciés. Ainsi l’un des héros de Saragosse assiégée, le Père
Consolation, doit à l’ascendant qu’il exerce sur les gens du
peuple d’avoir reçu une promotion politique.
Le ministre de la Police Fouché croit avoir découvert les pires
ennemis des Français en la personne des frères quêteurs : « Ces
hommes se répandent dans toutes les maisons à la ville et à la
campagne. Ce sont des gazettes ambulantes. On leur demande
ce qu’ils pensent, ce qu’on pense dans leur couvent sur les
affaires du temps ; et les impressions qu’ils ont ou par eux-
mêmes ou par leurs supérieurs sont répandues dans la masse
avec rapidité et y germent profondément. Si leurs chefs
veulent, de bonne foi, ramener les esprits égarés, ils peuvent
produire un grand bien par leurs quêteurs, gens communs mais
patelins et adroits, connaissant et sachant manier les gens aux-
quels ils ont affaire pour leur subsistance et celle du
couvent » 47.
À l’échelon des paroisses, l’activité patriotique des curés et
des vicaires n’est pas moins intense et décisive que celle des
moines. Pendant le siège de Saragosse, les prêtres s’enrôlent
comme soldats, servent dans les hôpitaux, conseillent les auto-
rités civiles ; il en va de même en Navarre où « le clergé secou-
rut et fomenta les quadrilles d’hommes armés qui s’étaient mis
sur les rangs ; les maisons des curés principalement étaient par-
fois les asiles pour les malades et les blessés, parfois des dépôts
d’armes et de munitions ; et Espoz y Mina qui savait cela mieux
que quiconque se crut obligé de lui faire des concessions (au
clergé), de le respecter, de le protéger » 48 ; à dire vrai, le « cau-
dillo » ne subit aucune contrainte de la part des ecclésiastiques ;
il les recherche plutôt pour en faire des conseillers comme il le
reconnaît dans ses Mémoires : « J’avais l’occasion d’entendre
discourir sur l’état de la nation de nombreux curés dont l’aide

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68 L’Espagne contre Napoléon

me fut très utile pendant tout le temps de la guerre. » La collu-


sion entre l’Église et le pouvoir politico-militaire né de la guerre
est manifeste. De la sorte, c’est à tous les échelons que peut
s’exercer l’influence du clergé : sur les foules, par l’entremise
des sermons et des festivités patriotico-religieuses ; sur les âmes
prises individuellement, dans le secret du confessionnal ; sur les
responsables politiques, par le biais des conseils et de l’aide
prodigués.
Tandis que le pouvoir politique subit des altérations qui
entravent son action et brisent des habitudes, l’Église demeure
un édifice stable, une machine efficace. Pour un moine Nicolas
qui s’agite sans rime ni raison 49, pour un curé Merino qui
conduit sa « partida » indépendamment de la hiérarchie ecclé-
siastique, combien de chapitres œuvrent à l’unisson ! Nous
prendrons pour exemple celui de Saragosse, à l’époque du
siège 50. Dès le début de juin 1808, Palafox le charge de rédiger
la Gaceta et le Diario de Zaragoza de telle manière « qu’en
rien ils ne portent préjudice aux mœurs saines et à la bonne
morale des habitants ». À la mi-juin, le marquis de Lazán, gouver-
neur militaire, à son tour fait appel au chapitre, instance pré-
cieuse pour calmer la population ; c’est le chapitre qui désigne
les individus chargés de procéder à des rondes à travers les rues
et les places « afin que tous les artisans et laboureurs, ainsi que
les autres habitants distingués continuent à acquitter leurs obli-
gations respectives sans être troublés ni importunés par qui-
conque » ; voilà qui est clair : le chapitre participe au maintien
de l’ordre public, protège la vie des citoyens et s’oppose à la
suspension du travail. Ce n’est pas tout : comme en juillet il a
remis, au titre de contribution à l’effort de guerre, la somme
considérable d’un million de réaux — tout en refusant de com-
muniquer aux autorités civiles l’inventaire des bijoux
qu’abritent les deux cathédrales — il reçoit le monopole de la
collecte des aumônes « patriotiques ». Ses attributions ne
cessent de s’étendre : il est porté à la tête des « œuvres
sociales » ; il s’occupe de l’approvisionnement en pain, accepte
de construire deux boulangeries. Il sert d’intercesseur entre
l’administration et les soldats : quand « les uns disent qu’on ne
leur fournit pas les rations et (que) les autres réclament de

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Les formes multiples de la lutte 69

l’argent », l’intendant Lorenzo Calvo se tourne vers le chapitre


qui désigne des surveillants chargés d’examiner les plaintes. Le
chapitre prend part à la gestion des finances publiques sans
délaisser pour autant les intérêts de l’Église, jalousement préser-
vés ; il se plaint par exemple de ce que, dans des villages avoisi-
nants, on paie les contributions de guerre avec les fonds desti-
nés aux dîmes que perçoit l’Église. Le chapitre serait moins
généreux qu’il n’y paraît si l’on en croit plusieurs « ayuntamien-
tos » (municipalités) qui ont l’audace de lui réclamer une contri-
bution plus importante à l’effort de guerre.
Par le prêche, la contribution financière, la fête religieuse, la
diffusion des lettres pastorales, le clergé espagnol donne
l’impulsion et s’érige en exemple. Et comme le partage entre le
religieux et le politique ne s’opère pas dans cette guerre où
l’ennemi, dans le même temps envahisseur et hérétique,
convoite pêle-mêle mérinos et vases sacrés, les ecclésiastiques
espagnols, même s’ils y répugnent, occupent le devant de la
scène politique. Dans la province de Catalogne, moins que
d’autres soumise au clergé, les personnes appelées à donner
leur avis sur le travail des futures Cortès se répartissent ainsi :
face à 14 laïcs, on ne compte pas moins de 10 ecclésiastiques (1
archevêque, 3 évêques, 1 chanoine, 1 archidiacre, 1 prieur de
monastère, 1 abbé et 2 professeurs d’université). Nous verrons
ailleurs la place privilégiée qu’occupent les prêtres au sein des
juntes locales et régionales. « Quand on entre dans le salon où
se tiennent les Cortès ordinaires, on croit avoir affaire à un
concile », commente le journaliste du Conciso (numéro du
23 janvier 1814) ; les ecclésiastiques y sont en masse ; il n’est
question que de rentes et de privilèges ; « nous sommes forcés
de le dire — poursuit le journaliste — : l’état ecclésiastique
séculier va peut-être gouverner le peuple espagnol ; et si,
comme individus, nous les considérons (les prêtres) à l’égal des
autres hommes, comme corporation, on a tout à redouter d’une
pareille époque ».
Autre fait remarquable : entre 1808 et 1814, les ecclésias-
tiques jouant un rôle politique dans le pays rejoignent d’ordi-
naire le camp du conservatisme pour faire échec au libéralisme
qui triomphe aux Cortès. La trajectoire idéologique de l’évêque

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70 L’Espagne contre Napoléon

d’Orense est à ce titre caractéristique : en 1808, il attribue aux


futures Cortès le droit de reconnaître comme roi celui qu’elles
estimeraient légitime ; en 1810, il leur dénie celui d’incarner la
nation ; plus tard, il entre en franche opposition avec elles. Avec
d’autres prélats qui, de la même façon, finissent par condamner
le libéralisme, l’évêque d’Orense prépare le rétablissement de
l’absolutisme ; et comme il est fort d’une autorité spirituelle
dont ne peuvent se prévaloir les députés aux Cortès, il contri-
bue à le faire accepter par le peuple.

IV. La masse du peuple

« Une circonstance digne de remarque et qui imprime à la


guerre d’invasion en Espagne un caractère tout particulier, c’est
que, pareille à la guerre de Vendée, c’était une guerre toute
populaire. » Pendant que des grands et des nobles rendent hom-
mage à Joseph, précise le général Hugo « de simples laboureurs,
des artisans ignorés qui n’avaient point participé aux faveurs
des Bourbons et aux honneurs brillants de la Cour, s’armaient
pour défendre des principes qu’ils ne connaissaient peut-être
que par les vexations de leurs ministres, mais auxquels ils
avaient voué leur foi » 51. Le combat de ces simples citoyens
dépourvus d’ambition nous intéresse en ce moment.
Toute une littérature apologétique a trop insisté sur la ferveur
et l’unanimité du peuple espagnol en armes pour que nous ne
soyons pas tenté de tracer une frontière, fatalement imprécise,
entre le sacrifice librement consenti et la contribution forcée.
Car tous les villages espagnols ne ressemblent pas à cette bour-
gade de la « serranía » de Ronda, en Andalousie, dont les
500 habitants s’enorgueillissent d’avoir réuni, dans des « qua-
drilles » temporaires, jusqu’à 300 habitants armés 52. N’oublions
pas que certains « cabecillas » catalans sont obligés de lancer
des expéditions punitives contre des villages dont la population
accueille les Français avec trop de bienveillance. En 1812, le
général Copóns ordonne aux habitants d’Olot de lui fournir
20 000 pesos ; sinon, les communications avec les autres vil-
lages seront coupées et la ville sera laissée à la discrétion des
soldats pendant vingt-quatre heures. Les populations des

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Les formes multiples de la lutte 71

régions dominées par les Français et cependant parcourues par


les « quadrilles » d’insurgés sont particulièrement accablées de
maux. Aux guérilleros, les villageois doivent fournir le gîte, le
ravitaillement, les bougies de suif, les torches de résine, parfois
une aide financière et un renfort en hommes valides ; quand les
mêmes villageois tombent sous la coupe des Français, s’ils ont
la chance d’échapper au pillage, ils sont soumis d’ordinaire à de
lourdes sanctions financières. Il faut encore compter avec les
Anglais qui, imitant les Français sur ce point, entendent « vivre
sur le pays ». Les subsides octroyés par le gouvernement espa-
gnol ne suffisant pas, les alliés britanniques se tournent soit vers
les autorités locales, soit vers la population qui — le fait est à
souligner — répugne souvent à fournir l’aide demandée. La
guerre représente ainsi pour la population, sans parler même
des dévastations et des pertes en vies humaines, un sacrifice
répété.
L’effort de guerre évoqué jusqu’à présent est le fruit d’une
contrainte ; il va de pair avec une attitude ancestrale de résigna-
tion chrétienne et avec l’habitude de soumission aux autorités
supérieures. Mais ce serait faire injure au peuple espagnol que
de passer sous silence le combat multiforme dans lequel il s’est
lancé de son plein gré. Des quolibets aux massacres des
escortes en passant par les enlèvements, les empoisonnements,
les services rendus aux guérilleros, il y a place pour toutes les
attitudes exprimant la haine et la résistance. De nouveau, l’his-
toire de la Guerre d’Indépendance tournerait au fatras anec-
dotique si l’on se mêlait d’évoquer le peuple espagnol en
guerre. Les mémoires des Blaze, Rocca, Thiébault, Fée, aux-
quels nous renvoyons, fourmillent de détails sur cette action
des civils qui ne relève d’aucune stratégie et qui use irrémé-
diablement l’adversaire. Les Espagnols désireux d’éprouver le
Français ont mille manières de s’y prendre : ils peuvent lui ser-
vir de guide pour mieux l’égarer, épier ses mouvements, faire le
vide à son approche, maltraiter les prisonniers, libérer les
otages, dépouiller les isolés. Devant une telle débauche de ruse
et de malignité, Fée conclut, en plein désarroi littéraire : « Cette
guerre ne ressemblait à aucune autre. »

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72 L’Espagne contre Napoléon

À la désagrégation du pouvoir central en 1808 correspond, à


l’échelon local, l’apparition de leaders populaires totalement
inconnus jusque-là. Mais l’installation des juntes locales fait
resurgir des notables, partisans de l’Ancien Régime, qui isolent
et neutralisent les leaders populaires incompétents dès qu’il
s’agit de légiférer. L’aventure sévillane de l’ancien contreban-
dier Tap y Núñez se reproduit dans d’autres villes et se termine
habituellement par l’escamotage du dangereux intrus 53 : un
moine turbulent, un cordonnier enflammé « tiennent » la rue
pendant quelques jours ou quelques semaines, mais ils sont
finalement circonvenus. C’est que l’aspiration massive du
peuple à l’exercice du pouvoir ne s’exprime pas clairement.
Dans plusieurs villes, les anciens représentants de l’autorité
sont destitués et parfois assassinés ; mais il importe de savoir qui
perpètre ces actions et à qui elles bénéficient : en Galice, le
général Filangieri est abattu par un sergent entouré d’une sol-
datesque brutale et indisciplinée ; selon l’historien Toreno, ces
soldats navarrais n’avaient pas accepté leur transfert au Ferrol.
À Madrigal, le corregidor et plusieurs alguazils sont assassinés
en raison de leur rapacité. Le gouverneur de Ciudad Rodrigo
subit le même sort ; il paie ainsi les faveurs dont Godoy l’avait
gratifié. Nous aimerions en savoir plus sur les meurtriers du
directeur de la fabrique de farine de Monzón : s’agirait-il d’une
poussée de colère chez des gens du peuple qui souffrent de la
faim en ayant sous les yeux le remède à leur mal ? La Guerre
d’Indépendance, bien que marquée à ses débuts par la destitu-
tion de certaines autorités, ne peut être assimilée à un soulève-
ment des miséreux contre les nantis ou les notables.
Les excès de la « plèbe et de la soldatesque » — selon
l’expression de Toreno — ne sont point aveugles pour autant ;
la population soutient volontiers les chefs surgis de son sein
quand ils la conduisent à exiger des autorités qu’elles choi-
sissent le bon camp sans tergiverser ; le peuple attend des auto-
rités non point qu’elles s’effacent mais qu’elles opèrent une
mutation dans le sens désiré ; il se garde d’usurper le pouvoir
qui est à prendre en cette période de désarroi et de « vide poli-
tique » ; il se tient pour satisfait quand on lui octroie un simu-
lacre de souveraineté par le truchement de plébiscites qu’ont
préparés en sous-main les nouveaux aspirants au pouvoir.

.
.

Les formes multiples de la lutte 73

À considérer sommairement ces places de village noires de


monde, ces acclamations qui montent vers les nouveaux res-
ponsables, on pourrait croire que le peuple espagnol, devenu
subitement majeur, assume son destin politique. Qu’il s’y inté-
resse en masse est déjà un grand progrès ; qu’il le prenne en
main est l’illusion qu’entretiennent à la fois les ultra-libéraux et
les ultra-conservateurs. Ces derniers, convaincus que les Espa-
gnols se battent sous la bannière de la religion et du roi contre
les Français impies et antimonarchistes, ne répugnent pas à
reconnaître le caractère éminemment populaire de la Guerre
d’Indépendance : en réplique au libéral Canga Argüelles, un de
ces conservateurs écrit : « C’est le bon peuple qui a brandi
l’étendard de la liberté, en renversant deux oppressions à la
fois. C’est lui qui a entrepris la défense glorieuse, sans prépara-
tifs. À son impulsion, les classes distinguées ou éclairées
doivent de n’avoir pas hésité ou claudiqué davantage. Sa fer-
meté décisive renverse, ne laisse pas reposer l’ennemi. En un
mot, c’est à lui que nous devons tous l’indépendance » 54. Voilà
de quelle manière la pensée ultra-conservatrice chante les
louanges du bas peuple qui entraîne, mais ne renverse pas —
notons-le bien — une autre classe d’Espagnols définie, de
manière floue, par sa mentalité plus que par son niveau de
richesse. Dans l’autre camp, seule l’avant-garde du libéralisme
croit à la réalité d’une guerre sociale, celle des pauvres contre
les riches ; l’auteur du Robespierre espagnol glorifie également
le bas peuple, mais dans une nouvelle perspective : la plèbe
s’opposerait directement aux Grands, méprisables en raison de
leurs atermoiements ou de leur trahison : « Seule la plèbe brisa,
impavide, les chaînes le 2 mai ; les magnats épouvantés tenaient
pour entreprise téméraire la résistance au barbare oppresseur
(...). Seule la plèbe, saisie d’une sainte fureur, arracha des vic-
toires à l’ennemi au cours de la première campagne ; bouche
bée, les grands se résignèrent à peine à croire ce qu’ils avaient
sous les yeux » 55. Le style est élevé, la véhémence anti-nobi-
liaire, superbe.
Par malheur pour ce bel exalté, la Révolution française ne
pousse pas en Espagne de rejetons tardifs ; cet idéologue chante

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74 L’Espagne contre Napoléon

la plèbe espagnole mais se dispense d’examiner son rôle effec-


tif, hélas, moins édifiant : la « plèbe » ou « le bas peuple » —
pour reprendre les termes employés à cette époque — fait
montre d’un certain indifférentisme politique, qu’expliquent
aisément son inculture et l’attention exclusive portée aux pro-
blèmes de son simple maintien en vie. C’est parmi la population
des bas quartiers que les agents du roi Joseph recrutent, moyen-
nant quelques pièces, une pauvre claque ; lors de son entrée
dans la capitale, dans les rues semi-désertes, les quelques
applaudissements sont ceux de la populace préalablement
« achetée ». C’est encore elle qui accourt aux corridas rétablies
par le nouveau roi. Dans les campagnes, « la plèbe » tend à
constituer, peut-être pour expulser l’envahisseur mais plus pro-
bablement pour s’enrichir par le pillage, des « quadrilles » mar-
ginales, redoutées et honnies par la population. L’ambassadeur
La Forest distingue à juste titre « les corps nombreux, avoués,
encouragés et dirigés par les autorités insurrectionnelles, et cet
essaim de véritables brigands rôdant par petites bandes dans
tous les sens et devenu le fléau des communes ».
Très tôt, une distinction s’opère entre « le bas peuple » et « le
peuple vrai ». Au premier, on impute les excès, au deuxième on
attribue la geste héroïque. Ce bas peuple est plus ou moins assi-
milé à la population des bas quartiers citadins ; le peuple, au
sens noble du terme, est plutôt celui des campagnes. Soult par-
tage l’opinion commune quand il écrit : « C’était dans les cam-
pagnes qu’était le peuple vraiment espagnol, peuple rude,
presque sauvage, fait aux privations, aimant la vie aventureuse,
habitué à porter les armes, exalté par les passions les plus
vives ».
Parmi ces « passions vives » figurent au premier rang l’amour
du roi Ferdinand et celui de la religion 56. Le sentiment religieux
ou plus exactement la conviction que la religion catholique est
en péril porte le peuple espagnol à défendre des institutions
que les esprits éclairés tiennent pour néfastes et caduques. Les
libéraux de Cadix, en abolissant l’Inquisition, prétendent
répondre au vœu unanime de la population ; rien n’est moins
sûr. Même à Cadix, le Saint Tribunal a ses défenseurs, a fortiori
dans les provinces éloignées du foyer de libéralisme ; les dépu-

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Les formes multiples de la lutte 75

tés catalans aux Cortès, eux-mêmes indécis quant à l’opportu-


nité d’abattre la vénérable institution, rendent compte de
l’appui qu’elle trouve auprès du peuple : « Ce qui est certain —
observent-ils — c’est que le tribunal, supprimé à Barcelone par
la violence française, trouva asile et protection, pour s’établir à
Tarragone, sans opposition ni réclamation, avec les membres
qui s’étaient enfuis de la capitale catalane » 57.
Le clergé espagnol qui s’est porté à la tête de la croisade anti-
napoléonienne n’a aucun mal à donner plus d’apparat à des
rites qui s’étaient vidés d’une partie de leur force ou de leur
signification : nous ne songeons pas seulement au renouveau de
la foi qui porte la masse des Espagnols à se tourner vers saint
Jacques ou vers la Vierge aragonaise du Pilar ; nous songeons
plutôt à la foule de saints locaux que l’on vénère avec une fer-
veur redoublée, aux petites chapelles rurales que l’on se remet
à fréquenter, aux images du Sacré-Cœur de Jésus qui ornent la
poitrine des guérilleros, aux civils qui sous la direction des
prêtres constituent des « cruzadas » (croisades). En cette épo-
que où l’organisation des courses de taureaux est malaisée, le
seul dérivatif proposé aux populations assemblées est la fête
patriotico-religieuse, célébrée en dehors des dates fixes, à
l’occasion des victoires militaires. D’où les nombreuses proces-
sions grâce auxquelles le clergé réoccupe la rue, si tant est qu’il
l’ait jamais abandonnée.
Ce réinvestissement pacifique de la rue à la faveur de réjouis-
sances collectives se produit à un moment où les libéraux
tentent la même opération mais à une autre fin : le serment à la
Constitution, le baptême d’une place (« place Royale » devenant
« place de la Constitution ») devaient être l’occasion de festivi-
tés « patriotico-populaires » dont l’initiative échapperait au
clergé. Or, en dépit des comptes rendus enthousiastes qu’en
présente la presse « constitutionnaliste », il n’est pas établi que
ces solennités aient attiré la grande foule ; la cérémonie du ser-
ment à la Constitution ne se déroule pas partout ; Espoz y Mina,
qui se fera connaître plus tard par son libéralisme militant, n’y
soumet pas ses troupes ; le général de la 7e armée rapporte
qu’en Biscaye on dut suspendre la « jura » (la prestation du ser-
ment) en raison de l’opposition des habitants qui croyaient

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76 L’Espagne contre Napoléon

menacés leurs « fueros », c’est-à-dire l’ensemble des lois, privi-


lèges et franchises propres à leur province. La laïcisation
des festivités populaires, voulue par les libéraux, semble avoir
été un demi-échec. Le saint local parle plus à l’imagination
que les expressions de « code sacré », « vertu civique » ou
« despotisme ».

V. Francisco Goya

Faute de pouvoir étudier dans le détail la position idéolo-


gique et le rôle durant la guerre de quelques personnages émi-
nents tels que le roi Ferdinand prisonnier à Valençay, l’écrivain
Jovellanos ou le héros de Saragosse, Palafox, nous choisissons
de faire un sort au peintre Goya pour cette double raison qu’il
est un des rares Espagnols à nous avoir laissé sur la guerre un
vaste témoignage pictural et que, pareil en cela à la majorité de
ses compatriotes, son existence et sa carrière professionnelle
furent affectées par l’événement historique directement vécu.
En avril 1808, Goya, gagné par l’enthousiasme populaire,
flatte le portrait de Ferdinand dont on lui a passé commande ; il
se garde en particulier de souligner toute marque héréditaire
qui pourrait renvoyer le spectateur au Charles IV bonasse et à la
Marie-Louise revêche du tableau de la famille royale peint quel-
ques années auparavant.
L’explosion du 2 mai surprend Goya à Madrid. Il est impro-
bable qu’il ait assisté de sa fenêtre à la charge des mameluks sur
la Puerta del Sol et, tout autant, qu’il ait observé à la longue-vue
les exécutions ordonnées par Murat au bord du Manzanarès. De
la même façon que l’insurrection madrilène frappe de stupeur
la population, Goya, hors d’état de brosser ses deux grands
tableaux du « Dos de Mayo » et du « Tres de Mayo », trace tout
au plus ces jours-là quelques croquis rapides. Que le peintre
évacue son humeur anti-française en couvrant ses toiles de
taches colorées et rageuses est encore une fable. Ces deux
tableaux célèbres datent vraisemblablement de 1814 : à cette
époque, le combat a pris un sens et chaque Espagnol éclairé a
choisi son camp. Pour l’heure, en proie à la confusion idéolo-
gique et à l’effroi, Goya recourt à l’allégorie pour commenter

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Les formes multiples de la lutte 77

l’événement de façon étrange et sibylline : « le Colosse » mena-


çant qu’il fait surgir à l’horizon d’une vaste plaine couverte
d’êtres humains affolés évoque on ne sait trop qui : la guerre
inéluctable ? Napoléon ? la Faim ? Cette composition prélude à la
série goyesque des « peintures noires ».
Après Baylen et l’abandon de la capitale par le roi Joseph,
Goya rasséréné reprend et termine le portrait équestre de Ferdi-
nand. Se déclarant très attaché à la gloire de sa patrie, il répond
favorablement à l’invitation de Palafox et va contempler les
ruines de Saragosse à la fin du premier siège. Jusque-là, Goya
fait montre d’un patriotisme résolu.
Il n’en va pas de même après la capitulation de Madrid en
décembre 1808. À l’exemple de ses amis, Azanza, Moratín et
Urquijo, il prête serment d’obéissance au nouveau roi et dans
son for intérieur approuve peut-être certaines réformes impo-
sées par Napoléon, telles que la suppression du tribunal de
l’Inquisition qu’il a en horreur. Comme il ne s’est pas démis de
ses fonctions de peintre du roi, il doit faire face à une
commande compromettante : chargé de peindre le nouveau
souverain, il prend prétexte du séjour de Joseph en Andalousie
pour composer une « Allégorie de la Ville de Madrid » au sein de
laquelle Joseph est réduit à occuper un médaillon relégué dans
un coin. Goya ruse, élude les prises de position, préserve ses
fonctions et l’avenir. Par prudence il dédaigne de porter sur son
habit la décoration de l’Ordre royal d’Espagne dont Joseph l’a
gratifié ; il évite de se montrer au palais. Une nouvelle
contrainte l’engage un peu plus encore sur la mauvaise voie : au
côté de deux autres artistes, il est désigné pour choisir une cin-
quantaine de peintures destinées au Musée du Louvre ; dans le
lot figurent seulement trois Vélasquez, quatre Ribera, cinq Zur-
baran et deux Murillo ; pour le reste, ce sont de petits maîtres et
quand une copie existe, l’original reste en Espagne 58. Manifeste-
ment, Goya répugne à cautionner ce pillage ; on a même parlé
de « sabotage » 59. Goya se laisse aller toutefois à peindre des
compatriotes éminents ralliés au nouveau régime : le ministre
Romero qui arbore « la Berenjena » (« l’Aubergine » ou sous une
appellation plus révérencieuse : l’Ordre royal d’Espagne), Llo-
rente, directeur des Biens nationaux. Certes, il prête à cette

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78 L’Espagne contre Napoléon

série de personnages un caractère froid, rébarbatif, un tantinet


ridicule en raison de la surcharge ornementale, mais l’intention
sarcastique n’a rien d’évident. Et c’est oublier que Goya peint
également des généraux d’Empire. Le patriotisme de Goya subit
— on le voit — de graves distorsions.
À ne retenir que ces portraits avant tout académiques, on
pourrait penser que la Guerre d’Indépendance dérange le
peintre sans bouleverser son existence, ni déteindre sur son art.
En réalité, la guerre détermine une cassure dans la partie de son
œuvre qui n’est pas de commande. La série des dessins et gra-
vures intitulée « Los desastres de la guerra », tout comme les
tableaux du « Dos de Mayo » et du « Tres de Mayo » signifieraient
le rejet de tous les préceptes picturaux de l’art chrétien 60.
Appliquée au domaine de la guerre, cette peinture tradition-
nelle tendait à magnifier les triomphes et à exalter les héros
plus qu’à transcrire les événements. Goya rompt avec cette
convention en évoquant une guerre émiettée en épisodes sans
transcendance ; le conflit vu par les yeux du combattant ano-
nyme ou du spectateur projeté au cœur de la mêlée cesse d’être
l’affaire du souverain et du stratège : c’est le peuple qui conduit
et subit la guerre devenue cataclysme avec son effroyable suite
de pillages, sévices, exodes et famines. L’intention narrative et
le souci chronologique disparaissent. Au demeurant, la fron-
tière se brouille entre la guerre et le banditisme, entre le cou-
rage et la barbarie. Avec Goya, plus de batailles navales, de
déploiements militaires, de sièges de villes, de redditions de
places. Dans le camp adverse, le tableau de « Carle » Vernet, inti-
tulé « Napoléon à Chamartin », est pompeusement académique.
Goya ne peint ni Baylen, ni les Arapiles, ni Saragosse ; le seul
sacrifice au genre conventionnel est le portrait de quelques
héros : Espoz y Mina, Wellington. Les seules compositions ayant
une valeur documentaire sont les deux petits tableaux intitulés
« La fabrication de la poudre » et « La fabrication des balles dans
la Sierra de Tardienta » 61. Le contraste est saisissant entre la
tenue disparate, grossière et négligée des guérilleros de Goya et
celle du « majo » qui, dans le tableau de Vernet, implore la pitié
de l’Empereur : bonnet gracieux, cape jetée sur l’épaule, gilet

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Les formes multiples de la lutte 79

où ne manque aucun bouton, telle est l’invraisemblable tenue


du parlementaire madrilène.
Dans le tableau du « Dos de Mayo », Goya tourne le dos aux
normes de la composition classique : pas de héros central, pas
de stricte hiérarchie entre les personnages. Goya évoque, non
point le nœud de l’épisode historique, mais une péripétie parmi
d’autres. Toutefois gardons-nous de voir là une composition
bâclée : si la palette est réduite, le jeu des couleurs contrastées
est savant ; certaines parties du tableau sont travaillées avec raf-
finement ; le désordre n’est qu’apparent : les principales lignes
de force paraissent s’inscrire dans une parabole.
De son côté, la scène des « Fusilados de la Moncloa » révèle
aux yeux de l’observateur attentif un subtil jeu chromatique
dans les ocres et les gris ; le « Tres de Mayo » présente comme
l’envers du « Dos de Mayo » ; aux assaillants de la Puerta del Sol
immobilisés dans des attitudes semblables (l’arme levée)
répond la masse uniforme des grenadiers faisant feu ; réunis
tout à l’heure dans le combat à l’arme blanche, les civils se
désunissent face à la mort. Un personnage se détache et c’est
un plébéien : l’homme à la chemise blanche en pleine lumière.
Chacun de ses compagnons d’infortune, loin d’apparaître
comme un comparse, impose son individualité ; l’élan unanime
de bravoure devient, à l’heure d’être fusillé, peur animale,
imploration, défi, prière, hébétement. Soulignant cette affirma-
tion de l’individu ìn extremis et quelques autres caractères
(l’horreur, la mort, la noirceur), plus d’un critique a placé
le tableau du « Tres de Mayo » tout au début du romantisme
pictural.
Dans la série des « Desastres de la guerra », Goya force la note
pathétique en évoquant la cruauté des envahisseurs qui pillent,
violent et mutilent ; il n’épargne pas pour autant ses compa-
triotes qui se livrent à de féroces représailles. Sans prétendre
tenir une chronique graphique de la guerre, le peintre traduit
en réalité une obsession personnelle en transmuant en fin du
monde ce moment où la peste, la famine, le banditisme, le dérè-
glement de la raison exterminent l’humanité. Et ce cri
d’angoisse, en dépit de sa tonalité inouïe, trouve un écho chez
les compatriotes de Goya. Les critiques soulignent la rencontre

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80 L’Espagne contre Napoléon

secrète de l’artiste et de la collectivité nationale à laquelle il se


rattache. « Par des galeries souterraines de l’âme — dit un
essayiste moderne, Carlos Rojas 62, — il atteint le cœur intra-
historique de son pays ». Goya convertit en « intra-histoire »,
l’histoire événementielle et externe de la Guerre d’Indépen-
dance. Enfin, il assure, par un saut brutal, le passage de la pein-
ture espagnole du « siècle néo-classique de la raison au siècle de
la subversion romantique » (Gómez de la Serna). L’impression
d’harmonie sociale et d’euphorie qui régnait dans les composi-
tions antérieures à 1808 fait place à une vision tourmentée de
l’existence, toute traversée de luttes et secouée de passions. De
là, peut-être, la vertu de « modernité » que l’on se plaît à
reconnaître à la peinture de Goya.

La guérilla

Autant la masse de la population se sent éloignée des affaires


politiques, autant elle prend à bras-le-corps le combat contre
l’envahisseur, ennemi concret. L’armée régulière demeurant la
chose des nobles et des militaires de carrière, les gens du
peuple conçoivent, à la mesure de leurs goûts indisciplinés et
de leur ignorance de l’art traditionnel de la guerre, une forme
de lutte qui leur appartient en propre : la guérilla.
Par malheur pour l’historien, le terme de guérilla recouvre
une réalité mobile, insaisissable qui a laissé peu de traces écrites
dans les archives mais qui, en revanche, a alimenté une littéra-
ture abondante, rendue suspecte par l’enflure et l’exaltation.
Plutôt que de donner, à notre tour, dans le pittoresque,
l’héroïque ou l’horrible, nous avons préféré relever quelques-
uns des traits marquants de la guérilla et tout d’abord sa nature
évolutive.
La guérilla pratiquée en 1813 diffère de celle de 1808 ; une
« partida » vieille de quelques années, parfois même de quel-
ques semaines, ne ressemble plus à ce qu’elle était peu après sa
naissance. La guérilla, de phénomène sporadique, est devenue
phénomène de masse. Le structuré fait place à l’informe. La

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Les formes multiples de la lutte 81

guérilla, simple geste de refus à son origine, acquiert une signifi-


cation politique.
Une certaine spontanéité préside à la constitution des « parti-
das » (ou « quadrilles » dans la langue des militaires impériaux).
En 1809, ce sont des poignées d’hommes qui « prennent le
maquis » : Javier Mina en entraîne moins d’une douzaine quand
il entre en dissidence ; un mois plus tard, il en commande deux
cents. La « partida » naît de la rencontre d’un chef et d’un
groupe de subordonnés dont la docilité contribue encore à ren-
forcer l’autorité du « cabecilla ». Les échelons hiérarchiques
sont réduits à l’extrême ; le commandant s’appuie d’ordinaire
sur un homme sûr, mais cet officier subalterne fait plutôt fonc-
tion d’ordonnance que de second ; les grades de capitaine, lieu-
tenant et sous-lieutenant apparaissent sur le tard ; l’absence de
grades intermédiaires confère de l’homogénéité au corps.
Les « cabecillas » connus sous leur nom véritable (José
Romeu, Palarea, le curé Merino) sont moins nombreux que
ceux portant un surnom ; on trouve Chaleco (gilet), Caracol
(Escargot), Dos Pelos (Deux poils), el Manco (le Manchot), el
Empecinado (l’Empoissé), el Estudiante (l’Étudiant), el Pastor
(le Berger), el Capuchino (le Capucin). Les surnoms qui font
allusion, soit à des particularités vestimentaires, soit à des traits
physiques, soit à l’origine sociale, mettent la piétaille de plain-
pied avec le chef ; ils ne marquent, à son égard, ni dérision ni
irrespect ; ils signifient plutôt le refus, purement formel, de la
hiérarchie militaire traditionnelle.
L’ascendant personnel du « cabecilla » s’explique dans cer-
tains cas par son origine sociale : il est naturel qu’un ancien offi-
cier ait des talents particuliers pour la direction d’un groupe,
qu’un propriétaire terrien habitué à commander à des journa-
liers se retrouve à leur tête, qu’un curé mène au combat une
partie de ses ouailles ou encore qu’un étudiant ayant fait ses
classes d’éloquence excelle dans l’endoctrinement d’un petit
auditoire. Mais comment expliquer qu’un berger, un fils de cor-
donnier (el Empecinado) ou un laboureur réussissent tout
autant à entraîner et à diriger des hommes ? Le tempérament
joue-t-il seul ? Espoz y Mina, avec ses violents transports de

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82 L’Espagne contre Napoléon

colère et ses subits accès de larmes, semble répondre aux


conditions exigées par la fonction de chef.
Tous les subterfuges et toutes les simagrées sont licites quand
il s’agit de conduire des masses constituées — selon le général
Bigarré — par « les douaniers et contrebandiers dont l’Espagne
était couverte sous le prince de la Paix, les sbires qui servaient
d’escorte avant la guerre et les prisonniers qui s’échappaient
des mains des soldats français » 63. Espoz y Mina accueille dans
sa troupe les repris de justice, les vagabonds, les chômeurs, les
déserteurs de l’armée régulière et les transfuges des troupes
impériales qui sont essentiellement des Suisses, des Allemands,
des Polonais et des Italiens. Le « cabecilla » navarrais confie à un
ami : « Vous ne savez pas à quelles gens j’ai affaire. Je me trouve
dans la triste obligation de devoir protéger par moments ma
propre vie. Je dois à la hâte employer quelques cartouches pour
me faire craindre. »
En l’absence de toute réglementation, le meneur navarrais,
de même que « el Pastor », « el Manco » et Longa, exerce une
justice expéditive. Ou bien on relâche le guérillero accusé ; ou
bien on le fusille sur-le-champ, ou bien on lui coupe une oreille,
parfois même le nez lorsqu’il s’agit d’espions et de traîtres (c’est
pourquoi en Navarre les guérilleros sont parfois appelés
« coupe-oreilles » par les Français). Et pourtant une justice aussi
brutale ne suffit pas à empêcher l’inconduite et la forfaiture. Un
édit du chef politique de la Navarre fait état du développement
d’une guérilla marginale, proche du simple banditisme. « Ayant
appris que ces villages sont infestés de malfaiteurs et de voleurs
qui entravent les communications, troublent la tranquillité,
dépouillent les voyageurs, pour maintenir l’indispensable
sécurité et le bon ordre intérieur, j’ai fait appel au maréchal de
camp Espoz y Mina afin qu’au titre de commandant militaire, il
m’apporte l’aide de la force armée. » Si, en 1813, le chef poli-
tique régional recourt à l’ancien « cabecilla » pour assurer
l’ordre public, c’est que celui-ci ne commande plus à six volon-
taires mais à neuf régiments d’infanterie et deux de cavalerie.
Dans le même temps, des « partidas » continuent à se constituer
dans l’anarchie ; nées bien souvent en marge de la légalité, elles
éveillent la méfiance et parfois l’animosité des pouvoirs civils.

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Les formes multiples de la lutte 83

Ne parlons pas du déplaisir éprouvé par quelques curés et


riches laboureurs qui ont vu s’envoler, les uns des vases sacrés,
les autres des réserves de grains. Les « partidas » ne pratiquent
pas systématiquement le pillage.
Le manque d’armes à feu et de munitions explique la tactique
adoptée par les guérilleros (si tant est qu’il y ait une tactique
clairement conçue) ; ces anciens contrebandiers, laboureurs ou
bergers n’ont aucun talent particulier pour manier le poignard
ou la baïonnette ; le choix de l’arme blanche révèle un sous-
équipement plus qu’une constante caractérielle (la férocité, le
mépris de la mort) qu’on a voulu assigner au peuple espagnol.
La haine de l’envahisseur rend peut-être le guérillero plus impé-
tueux et plus hardi que le soldat de carrière, mais il ne le rend
pas plus adroit. Si les « cabecillas » autorisent leurs troupes à
dépouiller les adversaires tués, ce n’est pas pour leur permettre
d’assouvir leurs bas instincts : c’est pour que les armes et les
vêtements récupérés améliorent le « standing » de l’unité. Si le
guérillero rêve de s’emparer d’un cheval, c’est pour accéder au
rang enviable de cavalier. Les promotions tiennent parfois à la
possession d’un cheval, d’un fusil ; elles ne récompensent pas à
tout coup des qualités innées de bravoure ou d’intelligence.
Au début du soulèvement, la tenue des guérilleros, fort hété-
roclite, les fait ressembler plus à des chasseurs ou à des contre-
bandiers qu’à des soldats. L’espadrille, le chapeau et le gilet de
peau n’ont rien de martial. Dans les groupes les mieux équipés,
le fusil remplace le tromblon, le poignard et le grand couteau.
Au fur et à mesure que les unités reçoivent un statut régulier,
l’équipement s’améliore : dans son petit sac à dos, le combat-
tant dispose alors d’une chemise, d’une paire d’espadrilles, de
quelques provisions ; quand l’uniforme, d’origine anglaise, fait
son apparition, il se substitue aux tenues volées aux hussards,
aux voltigeurs et aux gendarmes impériaux. Shako, capote,
guêtres, souliers et pantalon donnent alors à la bande un aspect
plus policé, mais nuisent à sa mobilité. La « partida », en
s’accroissant, s’alourdit. Un curieux mimétisme la fait ressem-
bler à l’adversaire.
La guérilla à ses débuts n’est pas une science ; elle est, tout au
plus, un art si on entend par là l’adresse déployée dans le

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84 L’Espagne contre Napoléon

maniement de l’arme blanche, la connaissance des herbes qui


aident à faire briller les aciers, l’astuce qui consiste à mettre en
réserve dans la bouche deux balles pour gagner du temps au
moment du tir.
Pour refréner les excès et contrôler la guérilla, les autorités
centrales préparent très tôt la progressive intégration des corps
francs à l’armée régulière. Dans le cas particulier de la Cata-
logne, la guérilla s’inscrit naturellement dans des moules
anciens qui contribuent à imposer stabilité, discipline et homo-
généité. Les « miquelets » formés en « tercios » (bataillons) sont
mi-guérilleros mi-soldats réguliers. À l’approche des combats,
ces montagnards pyrénéens — bergers, guides et chasseurs
d’isards — reçoivent le renfort des « somatenes » dont il est diffi-
cile de dire s’ils constituent une milice ou un corps d’inter-
vention. Ils tirent leur nom du « somatén », tocsin qui les
appelle à prendre les armes pour un certain laps de temps 64. La
politique d’institutionnalisation de la guérilla répond à l’attente
des Espagnols éclairés qui ont horreur de l’anarchie. Les libé-
raux de Cadix, y compris ceux qui proclament l’efficacité des
« partidas », souhaitent que la guérilla soit élevée au rang d’une
science, maîtrisée par l’entendement au niveau de la théorie et
appliquée avec rigueur au niveau de la réalité.
Des traités de la guérilla encore frappés au sceau de l’empi-
risme sont publiés ici et là, ou envoyés manuscrits aux autorités
gouvernementales : souvent anonymes et naïfs, conçus dans
l’exaltation patriotique, ils manifestent dans les détails une ima-
gination débordante ; ici on vante les mérites du lance-pierres,
là on préconise la musique martiale pour enflammer les esprits.
Ces écrits signalent l’éclosion de la science du « combat rappro-
ché », comme l’appellent les Français.
L’historien Miguel Artola en a étudié les principes de base
dans un article très ordonné 65 ; nous nous bornerons à les énu-
mérer ici. Pour que la guérilla soit pleinement efficace, il faut
que la population civile collabore avec les insurgés ; que les par-
tisans connaissent parfaitement le terrain et que — paradoxe
apparent — les guérilleros soient, à l’échelon du pays, infé-
rieurs en nombre à l’adversaire. Les trois conditions se trouvent
remplies à l’époque qui nous intéresse.

.
.

Les formes multiples de la lutte 85

Les civils fournissent aux guérilleros l’approvisionnement, ils


les soignent et les cachent. Nous voudrions insister sur un rôle
peu connu que la population exerce avec adresse dans le
domaine de l’information. Le système est particulièrement ingé-
nieux en Navarre : en raison de la nature escarpée du relief, les
bons marcheurs sont plus rapides que les chevaux ; les « anda-
rines » (marcheurs) et « verederos » (messagers courant les sen-
tiers) sont rétribués au nombre de lieues parcourues. Les
« confidentes » (indicateurs), mieux payés encore que les por-
teurs de plis, se renseignent sur la marche et les forces de
l’ennemi. En Navarre, le prieur du hameau de Ujué dirige un
véritable quartier général centralisant les informations d’ordre
militaire. Des commissionnés travaillent dans tout l’Aragon, à
Bayonne et même à Paris.
À l’inverse des Français qui s’évertuent à « tenir » une ville, les
guérilleros parcourent à grande allure les zones rurales pour
tomber à l’improviste sur l’adversaire. L’armement léger et
l’espadrille contribuent à la grande mobilité des « partidas ». Les
combattants recourent aussi au camouflage. Miot de Mélito
parle de « l’armée invisible » des paysans qui, sur le point d’être
surpris, cachent leur arme pour reprendre leur bêche ou leur
faucille.
L’examen du rapport numérique des forces détermine le
comportement de la « partida ». S’il est favorable, l’attaque est
déclenchée, ce qui revient à dire que les grosses unités de
l’armée impériale sont moins menacées que les arrière-gardes,
les petites escortes, les éclaireurs et les courriers. Dans le cas
contraire, ou bien les guérilleros se dispersent ou bien ils pra-
tiquent un harcèlement plus démoralisateur que meurtrier.
Enfin, avant que le combat tourne à l’écrasement, le « cabecilla »
n’hésite pas à ordonner la retraite qui n’est plus considérée
comme une preuve infamante de lâcheté ; la retraite, désormais
réhabilitée, acquiert une signification positive : elle prélude à la
contre-offensive.
Les guérilleros livrent aussi une guerre d’usure qui affecte le
potentiel économique de l’adversaire. Cet aspect n’a guère été
étudié par les historiens. Les « partidas » combattent simultané-
ment les troupes impériales en gênant leur approvisionnement

.
.

86 L’Espagne contre Napoléon

et le gouvernement « joséphin » en épuisant ses finances. Elles


raflent les troupeaux de mérinos qui guignent les maréchaux
d’Empire. Pour leurs besoins propres et aussi pour en priver
l’ennemi, elles réquisitionnent armes, rations et chevaux.
Quand les Français entrent dans un village abandonné par les
insurgés, ils ne peuvent espérer s’y ravitailler. Au moment de la
moisson, il arrive aux guérilleros d’abandonner la « partida »
pour sauver la récolte ; les fonctionnaires du roi Joseph et les
troupes impériales la convoitent aussi : c’est à qui l’enlèvera.
Les bandes d’« Amor » se font remettre par la municipalité
d’Alfaro, en août 1811, 40 bœufs, des grains, 400 outres de vin
et plus de 100 000 réaux. Comment les habitants pourront-ils
acquitter ensuite les contributions exigées par le gouvernement
« intrus » ? Les impôts levés par les « cabecillas » frappent,
de préférence, les populations des régions contrôlées par les
Français.
De ce que les Espagnols fortunés étaient, au premier chef, les
victimes de ces mesures coercitives, certains témoins de l’épo-
que et, plus tard, certains historiens ont déduit que les guérille-
ros menaient un « combat social ». Il est vrai que des troupeaux
de moutons ont été enlevés, que des magasins à blé apparte-
nant à des évêques ou à de riches particuliers ont été vidés. Le
général Caffarelli écrit à Berthier : « c’est à proprement parler la
guerre des pauvres contre les riches » 66 — dangereuse schéma-
tisation. Certes, les guérilleros, dans leur masse, appartiennent
aux classes déshéritées de la nation ; mais n’est-il pas hasardeux
d’assimiler des excès et des réquisitions à la mise en œuvre
d’une politique qui tendrait à niveler les fortunes ou à installer
de pauvres hères à la place de riches laboureurs ? Les transferts
massifs de biens et de terres restent à dénombrer. Hormis les
« cabecillas » ambitieux ou cupides, les guérilleros sans grade ne
s’enrichissent pas : le sentiment religieux qui habite beaucoup
d’entre eux sert de frein ; l’Église catholique — rappelons-le —
approuve dans son ensemble la guérilla et tout spécialement les
« croisades » ; des curés et des moines conduisent des « parti-
das ». Si, par ailleurs, les bourgeois et les nobles sont patriotes à
leur façon — en contribuant par des dons à l’effort de guerre

.
.

Les formes multiples de la lutte 87

—, comment les guérilleros, excepté les hors-la-loi, se jette-


raient-ils sur la propriété privée de leurs compatriotes défen-
seurs de la même cause ? Les guérilleros espagnols sont plus
« chouans » que « partageux ».
Leur action est vigoureuse dans les régions où l’emprise du
clergé est forte : Galice, Navarre, Catalogne intérieure. Ces trois
provinces abriteront plus tard les principaux foyers de carlisme
et d’ultra-royalisme militant. La guérilla qui resurgit pendant le
Triennat constitutionnel (1820-1823) et s’étend à partir de 1833
a pour dénominateur idéologique, comme en 1808 : le roi, la
patrie, la religion. Le guérillero paysan, quand bien même il
aspirerait à un partage des terres ou à une plus juste distribu-
tion des fortunes, est dans l’impossibilité de mettre en cause
l’ordre social. À l’heure où l’on étouffe toute tentative d’éman-
cipation régionale et coloniale, où l’on voit dans tout discours
subversif la marque de « l’anarchie » et du « jacobinisme », où
l’on développe le thème de l’unité nationale, la guérilla révolu-
tionnaire, à supposer qu’elle existe, ne peut que revêtir la
forme dégradée du banditisme.
Si la guérilla ne signifie pas l’accession du peuple — et du bas
peuple en particulier — à la majorité politique, du moins elle
contribue à valoriser un type humain systématiquement dépré-
cié jusque-là. Au sortir d’une époque où les penseurs « éclairés »
ont défini un homme idéal qui se situe au-dessus du commun
par son savoir et son sens de la mesure, le guérillero qui n’a pas
honte de son ignorance et de sa rudesse, réhabilite à travers lui
le miséreux qui a le sens du sacrifice suprême, le laissé pour
compte qui a le sens de la collectivité. L’image du guérillero
s’embellit peu à peu ; on ne parle pas de la petite vérole qui
marque son visage, de ses mœurs primitives, de ses rodomon-
tades ; on lui applique le proverbe « pour être un bon guérillero,
il faut avoir le cœur d’un lion, les pieds d’un lièvre et le ventre
d’une mouche » ; on l’accable de vertus. Peu importe de savoir
en définitive si le guérillero répond bien ou mal à son élogieuse
définition. Ce qui demeure, c’est que la Guerre d’Indépen-
dance, par l’entremise de la guérilla, anoblit l’homme du
commun.

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88 L’Espagne contre Napoléon

La littérature de combat

Avant même que la liberté d’expression instaurée par les


députés de Cadix ne fasse proliférer la littérature, les péripéties
de la lutte anti-française, au fur et à mesure qu’elles se suc-
cèdent, sont rapportées ou glosées par écrit. De leur côté, les
proclamations, édits, et autres pièces officielles suscitent ou
contrôlent l’événement 67.
La première caractéristique de cette littérature née de la
guerre est son extraordinaire abondance ; les écrits ne compor-
tant qu’une ou deux pages pullulent ; beaucoup furent détruits ;
il est vrai que bien souvent, ils ne méritaient pas un meilleur
sort eu égard au négligé de leur mine. Un religieux sévillan
s’appliqua à réunir les opuscules qui lui tombaient entre les
mains ; sa collection dépasse le millier de titres ! À ces feuilles
volantes, il faut ajouter les journaux, les poésies, les allocutions,
les manifestes, les communiqués publiés par les états-majors,
les « papiers extraordinaires », les pamphlets, les écrits doctri-
naux, les polémiques politico-littéraires, les essais de tous
genres concernant la meilleure façon de fabriquer de la poudre,
de tendre une embuscade ou de lever une contribution de
guerre.
Les conditions de travail sont trop précaires en raison de la
menace ennemie, et l’actualité trop foisonnante, pour que les
écrivains trouvent le temps de fignoler leur prose ; l’improvisa-
tion, la hâte, l’indigence — financière et intellectuelle —
expliquent le caractère souvent décevant de cette littérature à
l’emporte-pièce.
Faisant le partage entre cette littérature de bas étage, en
cours de dégradation, et la noble littérature, le rédacteur du
Nuevo Diario s’engage à apporter à ses lecteurs de « solides
principes de politique et de législation applicables au caractère
espagnol bien connu et adaptés aux circonstances présentes de
la monarchie » 68. Cette précision nous fait entrevoir plusieurs
autres des caractères dominants de cette littérature : la poésie
et le théâtre, à moins qu’ils n’interprètent l’actualité, sont
supplantés provisoirement par le texte en prose qui convient

.
.

Les formes multiples de la lutte 89

mieux à l’expression des « principes de politique et de


législation ».
Cette littérature se détourne, pour un temps, de l’étranger,
même de la nation anglaise pourtant alliée. Pour flatter le peuple
espagnol qui défie le géant napoléonien, elle donne souvent
dans un chauvinisme outrancier. Elle porte à l’extrême intensité
ses différentes tonalités : l’exaltation confine au délire ; la gravité
se fait emphatique ; la noble colère suscitée par l’adversaire
appelle l’invective qui n’exclut pas le grossier et le scatolo-
gique ; et l’Espagnol distingué, pour étaler son savoir, donne
dans l’érudition et la cuistrerie. Cette littérature, d’origine popu-
laire pour une bonne part, loin de faire triompher le bon sens et
la simplicité, s’installe curieusement dans la recherche labo-
rieuse de l’effet. Le lecteur moderne ne peut manquer d’être
surpris par le grand nombre de citations latines, de références à
la mythologie, à l’histoire biblique ; c’est une confuse remontée
de tous les vestiges du savoir. La littérature de la Guerre d’Indé-
pendance se nourrit volontiers d’éléments formels empruntés à
la littérature espagnole des siècles passés ; on voit par exemple
le rédacteur du Robespierre español transcrire à la lettre des
pages de Saavedra Fajardo, se contentant de remplacer « vassal »
par « citoyen » et « prince » par « régence » ! Les avis politiques
donnés par l’écrivain du XVIIe siècle rendent un son tout nou-
veau ! Les écrivains de 1808 effectuent les transferts les plus
acrobatiques, les imitations les plus contre nature.
Malgré tout, il serait erroné de croire que ces écrits cir-
constanciels dictés par l’actualité étouffent la littérature
conforme aux canons classiques. Tous les Espagnols cultivés ne
sont pas entraînés dans la guerre. Dans le secret des cabinets,
ces Espagnols bienheureux continuent à lire des ouvrages qui
ne portent pas la marque des événements contemporains. La lit-
térature étrangère à la guerre ne subit pas de renouvellement,
sauf peut-être dans le domaine des sciences ; elle est si pauvre
et si disparate que nous ne l’examinerons pas. Bornons-nous à
établir qu’elle existe, répondant à un besoin incontestable
d’évasion.
Les lecteurs sont particulièrement nombreux à Cadix. Alors
que Madrid perd son titre de principal foyer littéraire, le port

.
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90 L’Espagne contre Napoléon

andalou s’affirme comme capitale du journalisme et de la lutte


politique en général. De 1808 à 1814, Cadix représente la plus
grande concentration d’hommes cultivés habiles à discourir et à
manier la plume. Comme, de surcroît, le libéralisme triomphe
aux Cortès, les écrits gaditans sont, en majorité, de tendance
réformatrice. Une carte géographique de l’Espagne littéraire se
dessine : rivale de Cadix qui se déclare « berceau de la liberté »,
Séville se porte à la tête du mouvement littéraire conservateur.
À cause de la longue occupation française, Madrid est dans
l’impossibilité de produire une littérature patriotique abon-
dante. Pour la même raison — à laquelle il faut peut-être ajouter
la tiédeur idéologique des classes moyennes —, on imprime
peu à Barcelone ; la petite ville catalane de Manresa a vu
paraître beaucoup plus de journaux que la capitale catalane.
Saint-Jacques-de-Compostelle, la Corogne et, surtout, Palma de
Majorque sont aussi des foyers actifs d’édition, bien que diffi-
cilement comparables à Cadix. Toutefois, on aurait tort d’imagi-
ner les Gaditans inondant de leurs ouvrages le reste de la pénin-
sule. La diffusion de ces écrits est plus faible qu’il n’y paraît. Les
grandes polémiques qui secouent la presse gaditane après la
publication du Dictionnaire raisonné manuel et du Diction-
naire critique burlesque ne trouvent guère d’écho dans le
pays. À tous points de vue, Cadix se distingue du reste de
l’Espagne : le libéralisme, alors même qu’il se croit victorieux
de tous côtés, s’installe en réalité dans un ghetto.
Les écrivains qui rallient le camp des réformateurs — ils sont
de loin les plus nombreux — s’efforcent pourtant de briser
l’isolement dans lequel étaient enfermés les hommes de lettres.
Avec la Guerre d’Indépendance, l’écrivain sort dans la rue, non
pas pour faire le coup de feu, pas davantage pour jouer les
mages inspirés ou pour accéder aux premiers rôles politiques,
mais pour éclairer et pour entraîner au combat ses compa-
triotes par la vertu de l’éloquence. « Nous voudrions — déclare
le rédacteur du Conciso — que tout le monde finisse par se per-
suader que la guerre par la plume est très efficace ; que c’est
elle qui a ruiné le prestige de Napoléon et que grâce à elle, on a
fomenté la désertion dans ses armées » 69. Les écrivains
prennent conscience de la responsabilité qui leur incombe.

.
.

Les formes multiples de la lutte 91

Mieux encore, les écrits antérieurs à 1808 prennent un sens à la


lumière de la Guerre d’Indépendance et déterminent la position
politique de leur auteur ; pour avoir chanté Padilla et Pelayo,
héros de l’indépendance espagnole en des temps reculés, Quin-
tana estime qu’il ne peut se soumettre aux Français. À partir de
1808, écrire c’est combattre. Et les hommes de lettres sont
conscients que l’enjeu de la guerre n’est pas seulement le
départ de l’envahisseur mais la définition d’un nouveau système
de gouvernement.
Cette littérature répond à de nouveaux critères : le mérite
d’une œuvre se mesure à son audience et à son pouvoir ; les
auteurs recherchent moins la sincérité que l’harmonie entre
eux et les lecteurs ; les notions d’école, de règles, de conve-
nance se dissolvent ; les frontières s’effacent entre des genres
habituellement distincts ; l’apparente rigueur scientifique subit
de graves distorsions ; les alliances conceptuelles les plus
étranges se nouent ; d’où la floraison de « baromètres poli-
tiques », « théâtres du monde » et « géographies militaires ». La
géographie, science réputée neutre, se met au service d’une
cause déterminée ; une géographie circonstancielle et prag-
matique voit le jour, conçue dans l’optique du combat du gué-
rillero contre l’envahisseur.
La littérature étend son domaine comme le révèle le prospec-
tus du journal El Observador : « Elle doit comprendre toutes les
inventions, tous les projets de physique, mathématique et forti-
fication qui peuvent être utiles partiellement ou généralement
dans la guerre actuelle. Un plan de tactique, d’amélioration
pour les différentes armes de l’armée sont souvent les produc-
tions d’un homme instruit sans être militaire et appartiennent
par conséquent à la branche des lettres » 70.
La Guerre d’Indépendance provoque un grand bouleverse-
ment sémantique à tous les niveaux. Le parler populaire subit
moins que d’autres la contamination de l’envahisseur ; à peine
peut-on relever l’introduction ou le renforcement d’emploi de
quelques termes militaires tels que « edecán » (aide de camp),
« vivandera » (vivandière) ou « caserna » (caserne) ; l’apparition
de « plepa » pour désigner un mauvais cheval en Andalousie
relève trop de l’anecdote plaisante pour qu’on puisse faire fond

.
.

92 L’Espagne contre Napoléon

sur cet exemple : les Andalous s’entendaient dire « il ne me plaît


pas » lorsque les autorités impériales trouvaient défectueux un
cheval réquisitionné ! Un peu dans les mêmes conditions le
« venez ici » serait passé dans la langue espagnole sous la forme
tombée en désuétude de « benisi ».
Sous un vêtement inchangé de nombreux termes subissent
un considérable transfert de sens ; l’étude systématique de ces
mutations reste à faire 71.
Des définitions, burlesques ou graves, abstraites ou imagées
sont soumises à examen, par exemple, les termes de publiciste,
diplomate, citoyen, ochlocratie, patrie, peuple, libéral, égalité
sociale. Autour des étiquettes de « servile », « philosophe »,
« janséniste » se déchaînent des polémiques. Certains termes,
échappant au domaine de la réflexion, deviennent des armes
de combat. L’à-peu-près, l’amalgame et l’ésotérisme règnent
en maîtres comme l’illustre cet extrait d’un « catéchisme
politique » :
« Question : Combien sont les ennemis de l’âme ?
Réponse : Beaucoup, Père.
Question : Quels sont-ils ?
Réponse : Les afrancesados, les maçons, les matérialistes,
jacobins, jansénistes, libéraux, discoureurs, journalistes, le
monde, le démon et la chair et la foule confuse dont nous
sommes entourés » 72.
Le manque de place nous contraint à ne proposer ici qu’un
petit nombre d’exemples significatifs de cette vaste mutation
conceptuelle, surtout perceptible dans le domaine de la théorie
politique : ainsi le terme d’« anarchie », peu à peu disjoint de
celui de « désordre », s’applique à une guerre sociale, à une vic-
toire à tous égards redoutable, des déshérités sur les nantis ;
l’« anarchie », c’est très précisément pour les libéraux la viola-
tion du droit de propriété ; quant à la « démocratie », si elle éta-
blit l’égalité théorique des citoyens, elle doit respecter l’inéga-
lité des fortunes. « Patrie », « nation » et « gouvernement »
cessent d’être assimilés. On conçoit que la patrie espagnole
n’existe pas in aeternum ; ses contours ne coïncident pas avec
des frontières qui en défendraient l’intégrité purement territo-
riale ; certains libéraux voient dans la patrie l’heureuse alliance

.
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Les formes multiples de la lutte 93

d’une réunion d’hommes libres. Pour qu’il y ait patrie, il faut


que les natifs constitués en une société bien réglée puissent
jouir des droits imprescriptibles du citoyen. Par voie de consé-
quence, ceux qui naissent dans un pays d’esclavage n’ont de
patrie que dans le sens où les troupeaux en ont une. On laisse
entendre que la patrie espagnole date de mai 1808.
Faute de vocables pouvant s’appliquer à des réalités poli-
tiques nouvelles, certains idéologues accueillent des termes
venus en droite ligne de l’étranger ; cette perméabilité de la
langue espagnole qui révèle une déficience congénitale est res-
sentie douloureusement par les Espagnols patriotes. Pour les
plus sourcilleux, être patriote c’est rejeter les termes français.
Déjà raillée au XVIIIe siècle par Cadalso dans les Cartas Marrue-
cas, la gallomanie verbale est dénoncée comme une trahison.
Mais la grande différence tient au domaine sémantique consi-
déré ; les mots mis à l’index n’appartiennent plus aux domaines
de la gastronomie, des jeux de société et des vêtements,
mais principalement à celui des institutions et des mœurs
politiques 73.
Dans l’offensive anti-française menée plume à la main, il y a
place pour toutes formes de combat. Les poètes eux-mêmes ne
se tiennent pas en marge. Quintana appelle à composer des
chants de feu pour exalter noblement l’ardeur des Espagnols.
La guerre donne naissance à une poésie tumultueuse. Napoléon
et les Français servent de repoussoir et inspirent la diatribe ;
l’amour de la liberté, de la patrie et du roi élève encore le degré
d’exaltation. Le rythme précipité des événements interdit de
tenir en réserve des compositions faites pour être « consom-
mées sur l’heure ». La formule du recueil est périmée qui
implique durée, réflexion, ordonnancement, perspective. La
nouvelle poésie, jaillissante et circonstancielle, trouve sa place
dans la presse. Les rédacteurs, ouvrant volontiers les colonnes
de leurs journaux aux poètes bons ou médiocres, provoquent
un véritable déferlement poétique. Les événements madrilènes
du 2 mai sont chantés par les poètes les plus connus et aussi
par des centaines de rimeurs anonymes. La dimension excep-
tionnelle de l’événement et la fièvre collective ne suffisent pas à
expliquer cet engouement. À partir de 1808, comme le fait

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94 L’Espagne contre Napoléon

observer Albert Dérozier, la censure gouvernementale moins


rigoureuse que celle imposée par Godoy et ses devanciers
donne plus libre cours aux épanchements poétiques.
La poésie en ces temps de guerre c’est — dans l’ordre de la
littérature — le péché mignon des Espagnols. Si les idéologues
se battent gravement pour ou contre le « servilisme », l’Inquisi-
tion ou la Constitution, les épigrammes, sonnets et autres
compositions alertes reçoivent aussi un bon accueil. Les poètes
consacrés qui ont parfois l’élégance — ou la sagesse — de dissi-
muler leur nom sous des initiales exploitent les mêmes filons
que les obscurs rapsodes.
L’application des poètes à traduire les sentiments populaires
va-t-elle donner naissance à une poésie triviale et rude ? Non
point, car hormis un certain nombre d’auteurs qui poussent la
grossièreté jusqu’à l’outrance pour mieux offenser l’adversaire,
les versificateurs de cette époque se recommandent plutôt par
leur application besogneuse et leur distinction, ce qui ne peut
manquer de surprendre. Dans la forme, ils bannissent le terme
trop plébéien, même s’ils développent des sentiments ordi-
naires ; ainsi la colère se fait harmonieuse bien que tonnante ;
les métaphores, au lieu d’être puisées à un fond populaire, sont
empruntées volontiers à l’Antiquité, ce qui conduit à se deman-
der si cette poésie, en dépit de sa prolifération, n’est pas due à
une élite lettrée, à moins d’admettre que le langage commun a
intégré depuis longtemps et plus massivement qu’on ne l’aurait
cru toute une foule de comparaisons, de métaphores qui ont
cessé d’être savantes.
En dépit de quelques faux pas et outrances, la poésie patrio-
tique l’emporte en qualité et en quantité sur la poésie « afrance-
sada » qui ne dispose pas du support de la presse et qu’inspirent
des sentiments plus retenus. L’amour porté au roi Joseph ne
peut aller jusqu’à cette vénération qui, dans l’autre camp,
entoure la figure divinisée de Ferdinand ; l’espoir en la régénéra-
tion de l’Espagne exclut la foi aveugle. Cette poésie « afrance-
sada », sans parler de la poésie courtisane qu’elle inclut, est trop
fade, dépassionnée, bridée par le bon sens et soucieuse de
mesure pour produire des chefs-d’œuvre.

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Les formes multiples de la lutte 95

Les compositions qui échappent à l’emprisonnement des


recueils et trouvent refuge dans les journaux envahissent égale-
ment la scène théâtrale et le domaine musical. Le théâtre
accueille maintenant des spectacles variés 74 ; pour commémo-
rer les événements d’Aranjuez du 19 mars 1808, on donne dans
une salle madrilène une symphonie accompagnée de chansons
et d’illuminations. On lit sur scène des communiqués de guerre.
Les divertissements traditionnels subsistent toutefois sous la
forme de « sainetes » et de « comedias ». La nouveauté tient au
succès sans précédent remporté par les pièces héroïques. Le
théâtre de simple divertissement est en crise ; les œuvres de
Quintana et de Martínez de la Rosa triomphent parce qu’elles
donnent une leçon d’énergie. Un des principaux mérites d’une
œuvre théâtrale, quand elle renvoie à un passé lointain, est la
possibilité d’être « actualisée ». L’exemplarité n’est plus morale
mais civique ; les composants habituels de ce théâtre sont le
perfide Napoléon, le bien-aimé Ferdinand mais aussi la Vierge
protectrice ou les mânes du roi Pélage ; la revivification de
récits mi-historiques mi-légendaires fait resurgir le théâtre allé-
gorique dont les personnages ont nom l’Espagne, le Despo-
tisme, l’Ambition, la Gloire, le Peuple madrilène. La mise en
scène fait croire à un retour du baroque avec la réapparition du
globe de feu ou la métamorphose d’un sépulcre en temple
d’amour. Le mouvement l’emporte sur le débat intérieur ;
l’intrigue perd de sa force ; les personnages, artificiels, valent
surtout par les discours qu’ils tiennent, par les modèles qu’ils
présentent au public. Le langage théâtral échappe à la conven-
tion du genre : le style des proclamations militaires s’y intègre ;
les récits de bataille constituent des points forts. Les pièces,
conçues et écrites à la hâte pour célébrer une victoire militaire
ou commenter une décision politique, ne peuvent avoir une
grande ampleur. Leur brièveté renforce l’impression de dyna-
misme que créent les multiples changements de tableaux ; la
fougue des personnages et la vivacité des dialogues, tout cela
est propre à échauffer l’auditoire qui participe activement au
spectacle par des applaudissements, des sifflets et la reprise des
couplets patriotiques.
Si la comédie bouffonne ne sied pas à la gravité de l’heure,
néanmoins la gaieté n’est pas exclue du spectacle théâtral. À

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96 L’Espagne contre Napoléon

Cadix, la seconde partie comporte toujours des chansons et des


danses populaires du genre « boleros » et « zapateados ».
Comme pour la presse, Cadix se situe à l’avant-garde du mouve-
ment : on estime que les futurs grands poètes romantiques
(Martínez de la Rosa, le duc de Rivas) y ont pris goût à l’expres-
sion théâtrale. Le renouveau du genre y est favorisé par l’heu-
reuse rencontre d’un public déjà formé, d’écrivains de premier
ordre et d’un régime politique partisan de ce divertissement. La
vieille polémique renaît pourtant autour de son bien-fondé : les
libéraux voient en lui un moyen de promouvoir le courage et
l’esprit patriotique, un remède contre le jeu et la prostitution ;
ils font même valoir un argument financier : les représentations
fournissent de l’argent qui sera employé à l’entretien des
armées. Dans l’autre camp, on brode sur une opinion ressas-
sée : le théâtre serait un divertissement irréligieux et immoral.
En réalité, la querelle porte plutôt sur la signification idéolo-
gique des pièces que sur la nature du genre : la collusion effec-
tive entre les auteurs dramatiques et les libéraux suffit à effarou-
cher les traditionalistes. De leurs rangs ne surgit pas l’écrivain
capable de répliquer à Quintana ou à Martínez de la Rosa. Les
conservateurs sont plus habiles à composer des articles de
presse ou des traités moraux qu’à bâtir un drame ; le public
gaditan, de surcroît, leur serait défavorable.
À Madrid, le roi Joseph s’évertue à promouvoir le théâtre ; il
fait ouvrir les salles dès son entrée dans la capitale, accorde des
subventions, fait donner des représentations gratuites, place
sous sa protection le Théâtre du Prince ; il se garde de « franci-
ser » à outrance le répertoire ; les « comedias » du Siècle d’or et
les drames du XVIIIe siècle reçoivent un traitement de faveur.
Mais ce théâtre placé sous l’égide du « roi intrus » est boudé par
le public.
Ni la poésie, ni le théâtre ne représentent en définitive
l’expression littéraire marquante de la Guerre d’Indépendance :
ce sont plutôt les journaux 75 et accessoirement les brefs écrits
politico-militaires du genre « proclamas » et « folletos ». La Junte
centrale et la Régence ont vu le parti à tirer de la presse, seule
capable, avec les proclamations, de diriger l’opinion publique.
Les autorités « joséphines », de leur côté, font imprimer des

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Les formes multiples de la lutte 97

feuilles, mais les Espagnols patriotes s’acharnent à les détruire ;


des écrivains de talent tels que Lista, Marchena et Estala en
étaient les principaux rédacteurs. Mais quel pouvait être le
poids de quelques gazettes face à la centaine de feuilles qui
paraissent entre 1808 et 1814 dans les seules villes de Cadix et
Séville ? Ne nous y trompons pas toutefois : les journaux de
Cadix, de tendance libérale dans leur majorité, n’inondent pas le
pays comme ils inondent la ville des Cortès ; au mieux, ils sont
lus dans les centres urbains, mais ils ne circulent guère dans les
campagnes. Par ailleurs, l’abonnement à un journal n’offre
aucune garantie car les gazettes ont souvent une vie éphémère :
tel Diario napoleónico semble n’avoir pas dépassé le numéro
un ! Comme les rédacteurs redoutaient une disparition prématu-
rée de leur œuvre, ils jettent parfois tous leurs feux dans ce pre-
mier numéro, assorti d’un « prospecto » qui, non content de van-
ter le produit, a valeur de profession de foi ; ce « prospecto »
situe alors le journal sur l’échiquier politique ou bien il s’en
prend à un journal rival. C’est dire l’intérêt tout particulier que
revêtirait l’étude systématique de ces prospectus.
Pour l’année 1813, 96 titres ont été recensés, ce qui donne
une idée de la prolifération des journaux surtout sensible à par-
tir de 1812. À la multiplication des titres répond une certaine
diversification du public. Les journaux sont si nombreux sur le
marché qu’ils ne peuvent toucher tous les lecteurs possibles ; ils
s’efforcent de retenir une clientèle définie. Le Diario Mercantil
de Cádiz fait partie de ces publications qui assurent leur stabi-
lité financière en s’adressant à une catégorie de la population
locale : en l’occurrence les hommes d’affaires qui trouvent dans
ce journal des annonces commerciales, un marché de valeurs,
la liste des arrivées et des départs de bateaux, toutes informa-
tions utiles à la profession. Travaillant sur cette base sûre, le
Diario Mercantil de Cádiz, à l’inverse de la plupart de ses
confrères, traverse sans hiatus la période 1810-1813. Il n’est pas
par vocation un journal de combat comme ce Robespierre espa-
ñol ou, dans l’autre camp, El Censor general, mais plutôt un
journal caméléon. Au lieu de prétendre façonner l’opinion de
ses lecteurs, il la reflète ; il nous permet ainsi d’avancer cette
hypothèse que les hommes d’affaires gaditans, évoluant dans le

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.

98 L’Espagne contre Napoléon

même sens que leur journal favori, passent entre 1810 et 1814
de l’anti-réformisme à un libéralisme résolu et de nouveau à un
semi-indifférentisme politique après la levée du siège de la ville.
Un journal qui se maintient de 1810 à 1814 subit presque
fatalement une mutation qui obéit tantôt à des impératifs finan-
ciers, tantôt à un déplacement des goûts ou des convictions de
sa clientèle : la plus notoire de ces mues du public tient à
l’approfondissement de son intérêt pour la politique. Le rédac-
teur de El Espectador Sevillano explique ainsi l’abandon de la
parution quotidienne : « Quand nous ouvrîmes ce journal, nous
pensions donner un petit papier quotidien dans lequel, en trai-
tant avec légèreté et aménité certaines matières littéraires et
politiques, nous pourrions fournir au public une instruction
agréable. En dépit de notre projet, l’état de choses et l’élan irré-
sistible qui pousse les Espagnols à s’instruire dans le domaine
politique de préférence aux autres ont fait que notre publica-
tion s’est convertie imperceptiblement en un journal poli-
tique ». La gravité du style et la place de choix réservée aux
considérations politiques accompagnent cette métamorphose
de la gazette fourre-tout en un journal d’idées. Mais il s’en faut
de beaucoup que toutes les gazettes élèvent le débat pour
répondre au mûrissement politique des lecteurs. Les journaux
édités dans les petites villes échappent rarement à l’indigence.
Avec les rapports sur l’activité des guérilleros, les récits de
batailles, les listes de livres mis en vente, les proclamations, les
taux de change, les réflexions politiques, l’état des trafics por-
tuaires, les innombrables gazettes provinciales sont néanmoins
une mine presque inépuisable d’informations susceptibles
d’éclairer maints domaines à la fois : ceux de la vie quotidienne,
de la littérature, de l’économie, de la sémantique, pour ne citer
que les principaux 76. Enfin, cette presse fourmillante est le plus
fidèle reflet d’une époque qui, bien que troublée par la guerre,
n’est pas marquée par une asphyxie de l’esprit créateur mais,
au contraire, par une ébullition générale qui signifie, dans
l’ordre des lettres, foisonnement et véhémence.

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.

CHAPITRE 3

LES FORMES NOUVELLES DU POUVOIR

À la bipolarité (résistants/envahisseurs) à laquelle on peut


réduire la lutte armée, ne répond pas, dans l’ordre politique,
l’opposition diamétrale de deux pouvoirs (gouvernement
patriote/gouvernement d’occupation). Il serait erroné de vou-
loir introduire unité et stabilité dans les deux camps, là où entre
1808 et 1814 on ne perçoit que mutations et cacophonie. Le
Levant contrôlé par le duc d’Albufera, la région madrilène
tenue par le roi Joseph, la ville de Cadix livrée aux députés des
Cortès, les Asturies gouvernées presque sans interruption par
les patriotes, relèvent d’autorités politiques quasiment irréduc-
tibles les unes aux autres. En l’espace de quelques années, les
Espagnols connaissent des régimes extraordinairement variés,
rétrogrades ou progressistes, traditionnels ou inédits.

Les gouvernements intrus

I. L’administration militaire impériale

Pour les territoires dominés par les troupes impériales, nous


ne parlerons pas des simulacres de gouvernements instaurés
par les généraux incompétents ou sans vergogne qui se
contentent de dévaliser le pays et de faire régner la terreur.
Nous nous pencherons seulement sur le cas de Suchet, duc
d’Albufera, qui représente l’heureuse exception du militaire
éclairé et intègre, appliqué à gouverner plus qu’à écraser 77.

.
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100 L’Espagne contre Napoléon

Suchet se distingue d’abord en Aragon par l’efficacité et la


vigueur de ses décisions : il impose une sévère discipline à ses
soldats, réorganise les douanes et la police, fait construire
canaux, hospices et fontaines. Dans le Levant, après avoir sou-
mis Valence, il fait preuve de mansuétude : il accorde le pardon
aux membres de la Junte de défense et de gouvernement du
royaume et n’exerce sa rigueur que sur les moines (cinq sont
passés par les armes). Dans le même temps, il multiplie avec
adresse les manifestations religieuses : bénédiction pour lui-
même, Te Deum en la cathédrale. Une garde nationale dont
l’état-major est constitué par de grands bourgeois et par des
laboureurs fortunés veille sur la tranquillité de la population.
L’ordre moral règne : trois jours de prison pour le moindre lar-
cin ; les galères en cas de récidive. Des mesures d’hygiène col-
lective sont imposées à la population, qui renâcle : le refus de
vaccination contre la variole est passible d’amende. La destruc-
tion d’un quartier insalubre, l’aménagement de larges prome-
nades, des plantations d’arbres, la démolition des fortifications
aèrent la ville. Le projet de contribution unique, à l’étude en
1813, doit faire disparaître, pour la plus grande satisfaction des
habitants, les impôts portant sur le vin, le vinaigre, l’eau-de-vie
et l’huile. Le prix du tabac est abaissé ; celui du pain est
contrôlé par le Tribunal du « Repeso ». L’assiette de l’énorme
contribution de guerre infligée aux Valenciens révèle que les
« grands » sont plus lourdement frappés que les commerçants.
Le gouvernement de Suchet ménage les classes moyennes et
charge financièrement la haute aristocratie et le clergé. Les
biens des émigrés et des ordres religieux supprimés sont décla-
rés biens nationaux et donnés en fermage. La signification poli-
tico-sociale de cette mesure est transparente : pas plus que pen-
dant le Triennat libéral (1820-1823) ou que sous Mendizábal,
ces biens confisqués ne sont distribués aux paysans sans terre ;
par le jeu des enchères qui laissent place aux ententes, les
« laboureurs » déjà propriétaires ou les bourgeois qui souhaitent
le devenir ont la possibilité d’agrandir leurs domaines ou
d’investir leurs capitaux. La paysannerie pauvre voit s’éloigner
la perspective d’acquérir des terres ou de disposer de terrains
communaux plus vastes. Si révolution sociale il y a, d’une part

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Les formes nouvelles du pouvoir 101

elle est, nous semble-t-il, pro-bourgeoise et non populaire,


d’autre part c’est dans les territoires soumis aux Français qu’elle
commence à s’inscrire dans les faits.
La Catalogne annexée par la France échappe plus encore que
le Levant à l’emprise du roi Joseph 78. L’autorité de l’Empereur
est même escamotée par les gouverneurs généraux. Les décrets
supprimant l’Inquisition, la justice seigneuriale, les droits féo-
daux et les douanes intérieures sont publiés tardivement et
restent lettre morte. La Catalogne continue d’être traitée
comme un territoire envahi au lieu de l’être comme province
intégrée à l’Empire. Les autorités militaires ont pour seul souci
de subvenir aux besoins de leurs troupes ; privés des subsides
que Paris leur refuse, les généraux s’érigent en administrateurs
financiers qui fixent le montant des contributions et recourent
à des pressions, à des réquisitions et à des razzias. Dans le
domaine commercial, ils s’ingénient à tourner le décret impé-
rial qui fait obligation aux commerçants de détruire les produits
coloniaux entreposés. Une vaste contrebande s’organise dont
bénéficient les caboteurs pirates, les armateurs britanniques qui
acheminent les produits américains, les autorités impériales qui
se laissent suborner et les commerçants catalans qui écoulent
les marchandises prohibées. La Catalogne, au lieu de pâtir du
blocus continental, devient un vaste comptoir semi-officiel de
produits coloniaux qui transitent souvent par les Baléares. De
façon générale, elle connaît un sort moins rigoureux que bien
des provinces parcourues par les troupes des deux camps. En
1812, alors que la récolte de céréales est gravement déficitaire
en Espagne, il entre à Barcelone plus de blé qu’en 1811.
L’industrie textile est toutefois gravement touchée par les diffi-
cultés d’approvisionnement ; c’est une aubaine pour les manu-
facturiers français qui comptent placer leurs produits dans la
péninsule. De leur côté, les commerçants catalans et les géné-
raux d’Empire qui acheminent vers la France la précieuse laine
des mérinos réalisent des affaires lucratives ; plus que les
tableaux de maîtres et les vases sacrés qui intéressent les seuls
collectionneurs et les pillards, la laine et le coton bruts espa-
gnols sont au centre d’un commerce très actif : le 26 août 1810,
le Moniteur universel consacre une page entière à l’annonce

.
.

102 L’Espagne contre Napoléon

de la mise en vente de 2 821 balles de laine espagnole. L’impor-


tance que les drapiers français attachent à l’industrie textile
catalane — une rivale à briser — et à l’acquisition de la matière
première explique la place de choix attribuée à la Catalogne
dans l’affaire d’Espagne. Mais en dernière analyse, les objectifs
n’apparaissent pas accordés ; les occupants tirent à hue et à dia ;
l’Empereur est obsédé par la présence anglaise au Portugal ;
Joseph rêve d’affermir son trône au cœur de l’Espagne ; com-
merçants et manufacturiers s’intéressent à la côte méditerra-
néenne. D’où cette campagne d’Espagne conduite cahin-caha.

II. La politique du roi Joseph

Le gouvernement du roi Joseph ne prétend pas anéantir


l’adversaire mais le gagner à la bonne cause. À cette fin, il
redouble ses efforts de propagande et lance une campagne de
presse, moderne dans sa conception. Dans le même temps, il
négocie en coulisse avec les autorités insurgées ; on saura plus
tard que l’évêque d’Orense, le doyen du Conseil de Castille, les
généraux Cuesta et Castaños reçurent du « gouvernement
intrus » des lettres chargées d’amorcer le dialogue : il y était dit
que l’Espagne courrait à la ruine si elle poursuivait le combat ;
que l’influence anglaise grandissante substituerait l’hégémonie
à l’alliance ; que le gouvernement de Joseph avait entrepris de
rendre à l’Espagne son ancienne splendeur. Peut-être conduite
sur ce point à l’insu de l’Empereur, l’action diplomatique
échoue, mais il est important de signaler qu’elle vise non à écra-
ser les « insoumis » mais à les faire renoncer à la lutte.
Dans cette attente, le gouvernement « joséphin » applique sur
le territoire qu’il contrôle tant bien que mal une politique admi-
nistrative qui a de forts relents de « despotisme éclairé » 79 ; les
vice-rois réapparaissent, dotés de pouvoirs étendus. À la double
menace de désagrégation (liée à la guerre) et d’étouffement
(provoqué par l’extension du pouvoir militaire impérial) le gou-
vernement répond par le renforcement et la centralisation du
pouvoir royal. Son contrôle s’exerce avec rigueur sur la presse ;
les effectifs de la police s’accroissent ; sous la conduite du

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.

Les formes nouvelles du pouvoir 103

ministre Arribas, les agents secrets surveillent l’administration


et les lieux publics.
Pour se racheter, le gouvernement annonce une « politique
culturelle » résolument novatrice ; la suppression de nombreux
établissements religieux ayant rendu nécessaire la réorganisa-
tion de l’enseignement, des lycées sont créés dans les capitales
de province ; les jeunes filles ont accès à des maisons d’éduca-
tion spéciales ; une école d’agriculture est ouverte. En 1811, une
Junte d’instruction publique rassemble des hommes de lettres
éminents comme Meléndez Valdés et Estala. La régénération de
l’Espagne passe par l’ouverture progressive des esprits.
Le souvenir de la politique éclairée de Charles III, visible dans
le domaine de l’enseignement et de la culture, marque égale-
ment la politique religieuse du gouvernement « joséphin ». Avec
une lenteur précautionneuse, il met à exécution les mesures
décidées par l’empereur : abolition du tribunal de l’Inquisition,
réduction d’un tiers du nombre des couvents. Le gouvernement
« intrus » se défend de toute agressivité à l’égard de l’Église,
quoi qu’en disent les écrits des « patriotes ». En dépit de l’appar-
tenance de Joseph à la maçonnerie — volontiers anticléricale à
cette époque — en dépit du voltairianisme de son ministre
Urquijo et de l’indifférentisme religieux de plusieurs conseil-
lers, il évite de heurter le clergé, l’incite à prêcher la paix et
souhaite le voir avaliser le changement de dynastie. Les ecclé-
siastiques, menacés par des mesures susceptibles de réduire
leur implantation géographique, justifient leurs violentes
attaques par les vues destructrices de toute religion qu’ils attri-
buent abusivement au roi Joseph. Cette contre-propagande a eu
pour effet d’attacher à la politique des Français en Espagne un
caractère exagérément anticlérical.
L’évocation succincte des principales activités du gouverne-
ment « joséphin » ne permet pas, on le voit, de recenser beau-
coup de réussites ; c’est que Joseph se bat à reculons ; ses pro-
jets ambitieux dégénèrent en mesures empiriques de portée
réduite et d’application malaisée. Son gouvernement n’est pas
parvenu à conquérir l’opinion publique. Il a été victime, en
outre, de la pénurie financière : la conduite de la guerre l’oblige
à lever des impôts nouveaux particulièrement maudits quand ils

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104 L’Espagne contre Napoléon

frappent un pays épuisé. Les percepteurs « joséphins » se


déploient en vain ; ils sont d’ailleurs devancés, pour la levée des
contributions, par les généraux d’Empire, les « quadrilles » et les
autorités insurrectionnelles. Les finances du roi sont en situa-
tion quasi permanente de banqueroute : « La détresse du Trésor
royal et ses fatales conséquences — commente l’ambassadeur
La Forest — sont le thème dont chaque ministre séparément est
sans cesse occupé et dont, réunis, ils importunent le souve-
rain » 80. Alors qu’ils cherchent à faire respecter l’indépendance
de leur gouvernement, ils ont la faiblesse de se tourner vers
l’Empereur pour implorer une aide financière qui, hélas pour
eux, ne va pas sans contrepartie.
Ils se sont défendus, plus tard, d’avoir été les serviteurs
dociles de l’Empereur. Il n’empêche qu’ils ont dû céder du ter-
rain, en une retraite honorable mais continue. La manifestation
la plus tangible de leur recul est la réduction du territoire
contrôlé ; à deux reprises le roi Joseph abandonne la capitale,
de sorte que, pour les Madrilènes, « Pepe Botella » (« Joseph la
Bouteille) est un souverain à éclipse qui, à partir de 1810, règne
sur une Espagne amputée de plusieurs provinces. Vers la fin de
son règne, Joseph ne commande plus que de maigres troupes
espagnoles et 15 000 Français.
L’agonie commence. Joseph désemparé feint alors d’ignorer
les ukases impériaux, maintient la fiction d’une Espagne intacte
et rend applicables à toutes les régions, même à celles confis-
quées par la France ou reconquises par « les insurgés », les déci-
sions de son gouvernement. Son autorité militaire s’est dis-
soute ; les maréchaux indisciplinés tiennent le roi en piètre
estime ; Soult se rend indépendant ; Suchet, quoique plus res-
pectueux des formes, pacifie le Levant à sa guise ; Dorsenne se
refuse à correspondre avec Jourdan, adjoint du souverain pour
la conduite des campagnes. La faiblesse caractérielle de Joseph
éclate à plein ; indécis et démoralisé, le roi divague ; l’obstina-
tion avec laquelle il réaffirme le principe de sa politique désor-
mais caduque — liberté, indépendance et intégrité de la nation
— désespère les ministres. Au moment du pitoyable exode de
Valence, la désertion massive des soldats et des fonctionnaires
réduit la suite royale à un cercle de courtisans. Les phrases du

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Les formes nouvelles du pouvoir 105

souverain rapportées par La Forest s’encombrent de jérémiades


et de regrets. Avant même la déroute de Vitoria, le gouverne-
ment « joséphin » avait cessé d’exister.

Le régime des juntes

I. Les juntes locales et les juntes régionales

Si la guérilla est l’expression militaire de l’engagement du


peuple espagnol, les juntes locales en sont l’expression poli-
tique. Connaître les circonstances de leur naissance, l’origine
sociale de leurs membres, la nature de leurs activités éclairerait
d’une lumière nouvelle le comportement politique des Espa-
gnols plongés dans la guerre. L’incertitude tient déjà à la chro-
nologie. Un jugement a priori conduirait à penser qu’en raison
de la défaillance des autorités centrales, la charge du pouvoir a
été assumée spontanément par la population à l’échelon des vil-
lages et bourgades (« municipios » et « corregimientos ») ; la ten-
dance naturelle à l’unification aurait ensuite rendu possible la
constitution des juntes provinciales et celle de la Junte centrale.
Rien n’est moins sûr : dans plusieurs anciens royaumes, les
juntes supérieures précèdent les juntes de « corregimientos »,
ce qui donne à penser qu’un mouvement centrifuge se serait
développé, non pas à partir de la capitale provisoirement
déchue mais à partir d’unités régionales ; un fédéralisme instinc-
tif aurait ainsi resurgi à la faveur de l’effondrement du pouvoir
central. Par malchance, l’examen approfondi des situations par-
ticulières découvre beaucoup de confusion et souligne
l’absence de coordination. En Galice, par exemple, les juntes se
constituent à la hâte, sans directives ; la junte de la Corogne et
celle de Saint-Jacques-de-Compostelle se disputent le titre de
« souveraine ».
Deux courants antagoniques se font jour : l’un porte à
l’émiettement du pouvoir (les rivalités ancestrales entre bour-
gades proches et le jeu des ambitions font proliférer les juntes
locales) ; l’autre, sensible surtout au niveau des juntes provin-
ciales, incite à la concentration.

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106 L’Espagne contre Napoléon

Le processus de constitution d’une junte locale est très


variable. Nous écarterons le cas des juntes nées dans l’ordre et
la légalité, selon les directives venues de l’échelon provincial, et
chercherons ailleurs quelques exemples révélateurs d’un
ensemble composite. À Soria, la population rassemblée
demande aux conseillers municipaux la création d’une junte ; la
municipalité, choisie en confiance comme interlocuteur, a
toutes chances de coexister harmonieusement avec la nouvelle
instance ; c’est le cas habituel. En bien des lieux, l’articulation
entre l’ancienne municipalité — qui subsiste — et la nouvelle
junte demeure obscure ; elle est souvent source de conflit. Par-
fois, la population qui donne l’impulsion au mouvement de
résistance finit par en perdre la maîtrise. Ainsi, le 12 mai, les
habitants de Villagarcía, bourgade située à une cinquantaine de
kilomètres de Saint-Jacques-de-Compostelle tirent quelques
coups de canon, en guise de déclaration de guerre aux Fran-
çais 81. Cette détermination populaire contraste avec l’inertie
des autorités de Saint-Jacques. Alarmées cependant par le geste
de défi des villageois, elles finissent par se mettre en branle, à
l’instigation de l’archevêque et d’un noble. La population
réclame la constitution d’une junte d’armement et de défense ;
elle l’obtient mais — chose capitale — le président provisoire
n’est pas l’ouvrier qui conduisait les manifestants mais un maré-
chal de camp qui aura tout pouvoir pour faire distribuer les
armes à la plèbe — ou les lui refuser —. Le personnage qui a
tiré le principal avantage de la situation insurrectionnelle est
ainsi, paradoxalement, un représentant éminent de « l’Ancien
Régime ». Appelée à confirmer cette désignation et à composer
la junte, la foule voit son rôle limité à l’acclamation d’une ving-
taine de noms que lui livrent les notables locaux. L’archevêque,
le plus applaudi, est porté à la présidence ; bien que cette fonc-
tion lui répugne, « il condescend aux désirs du peuple avec élé-
gance et componction ». Voilà comment, au sortir d’un laby-
rinthe d’intrigues, la population se retrouve derrière un
archevêque.
Le Tiers État est souvent faiblement représenté au sein des
juntes locales. Ainsi, à Alicante, la junte, outre les anciens
membres de l’« ayuntamiento », s’adjoint le doyen du chapitre,

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Les formes nouvelles du pouvoir 107

quatre chanoines, deux curés, un commandant, un membre de


l’Audience, deux nobles, deux capitaines retraités, deux avo-
cats et un commerçant. Même dosage à Huesca, à Gérone... On
comprend mieux, dès lors, cette réflexion anonyme d’origine
incontestablement populaire dans son négligé syntaxique : « Les
gens du peuple ne voulaient pas de juntes ; pas les riches, mais
les pauvres et les muletiers : c’étaient eux qui devaient
commander ; ils ne voulaient pas non plus de papiers ni
d’écrits, mais que tout fût fait par des somatenes ».
Les juntes portent leur principal effort dans le domaine de la
guerre ; les unes comme celle de Burgo de Osma remettent de
l’argent au commandant militaire de la région ; les autres
complètent ou lèvent des unités ; celle de Soria constitue un
bataillon de volontaires et l’offre, armé et équipé, au général
Cuesta. De nombreuses juntes s’emploient à garantir la sécurité
individuelle parfois menacée par les débordements des guérille-
ros. Ce souci de maintenir l’ordre explique des mesures dont
on n’a pas souligné, nous semble-t-il, la signification politique :
à Alicante la junte organise des patrouilles nocturnes, et décide
que « l’élément ecclésiastique et régulier pacifiera le peuple par
des sermons et des réflexions ». Les juntes locales surgies, on le
sait, à la faveur d’une vacance du pouvoir central, pouvaient
être l’émanation directe de la population ; en théorie, elles pou-
vaient exprimer les aspirations des catégories sociales les plus
déshéritées. Il n’en est rien. Au milieu d’une période troublée
qui rend possibles les bouleversements hiérarchiques, elles
apparaissent, dans la plupart des cas, comme un facteur de sta-
bilité. Leur prêter des vues subversives est hasardeux, à moins
d’appeler « mesures révolutionnaires » l’imposition de contribu-
tions financières à des ecclésiastiques et à des aristocrates.
Entre juntes locales et juntes régionales, la principale dif-
férence tient à la nature de leur composition sociale 82. Quand
les secondes songent à renforcer leur représentativité, elles
recourent à des députés élus mais aussi à des membres de droit
qui, cela va sans dire, appartiennent d’ordinaire à la classe des
notables. Un laboureur faisant partie d’une junte villageoise n’a
pratiquement aucune chance de la représenter à l’échelon de la

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108 L’Espagne contre Napoléon

province. La « démocratie directe » qui a pu exister dans telle


bourgade en 1808 n’a plus cours ensuite.
La grande affaire des juntes provinciales est la définition du
pouvoir dont elles relèveront. Comme le fait observer Miguel
Artola, la Junte Centrale représente en théorie la solution révo-
lutionnaire car elle légalise a posteriori les juntes locales nées
d’un soulèvement populaire. Seule, la junte de Valence, oppo-
sée à la convocation des Cortès, revendique pour les juntes pro-
vinciales le pouvoir législatif en les identifiant hardiment à la
nation. La tendance fédéraliste est ici manifeste, mais elle est
exceptionnelle. Dans l’ensemble, les juntes régionales appellent
à l’« union sacrée » et aspirent à la création d’un organisme
assez rigide de direction. La menace d’éclatement politique et
de fédéralisme est aisément conjurée.

II. La Junte Centrale

La Junte Centrale a compté en son temps plus de détracteurs


que de partisans 83. Le plus illustre de ses membres, l’écrivain
Jovellanos, s’est vu dans l’obligation de répliquer aux attaques
par un Mémoire pour la défense de la Junte Centrale. Les ultra-
conservateurs lui font grief d’avoir permis l’établissement d’un
gouvernement représentatif au lieu de se consacrer exclusive-
ment à la conduite de la guerre. De leur côté, les libéraux en
dénoncent les continuels va-et-vient. De fait, quand la Junte se
met en place, la conjoncture est favorable à une audacieuse
politique de réforme : toute mesure de salut public serait avali-
sée par la population ; de plus, à l’inverse des Cortès dont la
« souveraineté » s’exerce en réalité sur la seule ville de Cadix,
les « Centrales » règnent sur une fraction importante du terri-
toire national (environ les deux tiers). Contre le vœu des parti-
sans de l’Ancien Régime, la Junte Centrale annonce la mise en
chantier d’une vaste œuvre réformatrice susceptible de régéné-
rer le pays. Or cette œuvre n’a été accomplie que partielle-
ment ; pis encore, sa signification politique a été dénaturée.
Comment aurait-il pu en être autrement lorsque, parmi les
35 membres qui se réunissent en septembre 1808, les nobles
sont en majorité ? Le Tiers État ne compte guère que trois repré-

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.

Les formes nouvelles du pouvoir 109

sentants ; le président est le vieux comte de Floridablanca,


ennemi de toute innovation 84. En face de lui, Jovellanos n’est,
somme toute, que le porte-drapeau du despotisme éclairé qui
implique anti-démocratisme intransigeant et extrême modéra-
tion dans les réformes. Albert Dérozier fait observer que le
texte du premier manifeste de la Junte ne pouvait que déplaire
par son style sec et hautain, par l’emploi blessant du terme de
« vassaux » appliqué aux Espagnols, par l’appel réitéré à l’obéis-
sance, par l’imposition de sacrifices présentés sans justifications
ni contreparties, enfin, par l’usurpation, offensante pour le roi,
du titre de « souverain ».
Entre les réformes annoncées et les décisions prises, il y a un
monde. Les conservateurs, qui voyaient dans la Junte un simple
organisme technique de coordination, ne sont pas encore tran-
quillisés et pourtant certaines mesures sont propres à les satis-
faire : suspension de la vente des œuvres pies, autorisation du
retour des jésuites, rétablissement du Conseil Royal de Castille
appelé à constituer une authentique force contre-révolution-
naire capable de faire échec à la Junte elle-même. Les réformes
sont ajournées ; en revanche, les levées de lourdes contribu-
tions sont mal accueillies par la population ; les armées, à qui
devaient aller ces fonds, continuent à être mal équipées et mal
nourries.
Incapable de concevoir une stratégie, la Junte passe son
temps à déplacer les responsables militaires qu’elle juge trop
indociles et ambitieux. Les Espagnols ne comprennent pas ces
mesures qui frappent de préférence les chefs entreprenants et
ils prêtent aux membres de la Junte le dessein d’entraver
l’action des militaires et de vouloir se maintenir au pouvoir. Un
vent de fronde souffle sur les juntes régionales ; celle de
Valence, puis celles d’Andalousie, arborent la bannière de
l’insurrection. Pour calmer les indociles, la Centrale envoie des
commissaires, souvent maladroits dans leur rôle de médiateurs.
Les « centrales » en viennent à craindre pour leur vie quand ils
se trouvent au milieu de la plèbe. Jovellanos lui-même n’est pas
à l’abri de la vindicte populaire.

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110 L’Espagne contre Napoléon

Quand la Junte repliée à Séville se dissout fin janvier 1810, au


terme d’un processus d’inéluctable désagrégation, c’est à une
régence qu’elle transfère son autorité.
Malgré ce dénouement et les échecs antérieurs, les libéraux
de l’époque peuvent revendiquer une partie de l’œuvre de la
Junte : la suppression de la gabelle ; l’instauration de la liberté
d’impression et, dans le domaine du discours et de l’exposé
doctrinal, les manifestes et les proclamations de Quintana. Il y a
surtout une décision qui engage l’avenir : la réunion des Cortès.
En préparant leur convocation, les membres de la Junte cen-
trale établissent comme postulat que la solution à de graves pro-
blèmes passe par la réunion des Cortès, véritable panacée. Plus
tard, les modalités de désignation des députés, leur regroupe-
ment en « états », chambres ou partis, détermineront des cli-
vages dans le camp libéral.

Les Cortès et la Constitution de Cadix

I. Portrait des députés

« Rejetons les Français ; comme si c’était seulement les Fran-


çais qui nous accablent, comme si le fait de fermer les chemins
du mauvais gouvernement qui les attira en Espagne devait nous
distraire de les poursuivre ou tempérer la haine avec laquelle
nous les haïssons. Rejetons les Français ; comme si après les
avoir rejetés, nous fussions assurés de voir établis nos droits au
milieu de l’ivresse du triomphe ! » Ainsi s’exprime le libéral
Blanco White dans un article du Semanario Patriótico 85. Pour
lui, l’expulsion de l’envahisseur et la régénération politique
doivent aller de pair ; ce champion des réformes attend du
combat engagé contre les Français qu’il débouche sur l’instaura-
tion d’un nouveau régime. En 1809, un large secteur de l’opi-
nion éclairée espagnole estime que les Cortès sont seules habili-
tées à légiférer. Leur convocation devient « la grande affaire »,
comme l’écrit en français Jovellanos à son ami le lord Holland.
Par la faute des régents, les Cortès de 1810 se réunissent dans
l’improvisation et le flou. Au début, l’isolement de chaque
député est total car, au sein de cette Chambre unique — avatar

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.

Les formes nouvelles du pouvoir 111

espagnol de la Constituante française ou de la Convention, a-


t-on dit —, la représentation par « états » a été bannie ; Alcalá
Galiano y voit le fidèle « reflet de la nation ». Reflet mouvant en
tout cas : le nombre des députés qui augmente au fur et à
mesure des séances (il passe de 104 à 223) rend malaisée une
répartition par catégories socio-professionnelles : Fernández
Almagro 86 dénombre huit « Títulos » (représentants de la très
haute noblesse), 97 ecclésiastiques, 16 professeurs d’université,
37 militaires, 60 avocats, 55 fonctionnaires publics, 15 proprié-
taires, 9 marins, 5 commerçants, 2 médecins, 4 écrivains. « La
révolution étant populaire a tiré d’elle-même un corps popu-
laire » avait dit Alcalá Galiano. Nous en sommes loin. Le clergé
compte grosso modo pour un tiers de l’ensemble, ce qui est
beaucoup. Le « Tiers État » brille par son absence : les artisans,
les ouvriers d’industrie, les journaliers agricoles n’ont pas de
porte-parole. Alors que par sa participation massive la paysanne-
rie a pris la tête du combat anti-français, elle figure à peine à
Cadix. Comment se reconnaîtrait-elle dans ces Cortès ? Tout au
plus peut-elle se sentir proche des curés de paroisse mais alors,
à supposer qu’elle revendique un allègement des contributions
ou une plus juste répartition des terres, elle trouvera dans ces
prêtres des défenseurs plus préoccupés de repousser l’envahis-
seur hérétique que désireux d’entreprendre des réformes fon-
damentales. Les Cortès de Cadix sont l’émanation des villes ; en
cela elles sont modernes. La bourgeoisie libérale y entre en
force. Que de magistrats appelés à jouer un rôle décisif au
moment de discuter les articles de la Constitution ! Les classes
moyennes, pour la première fois dans l’histoire espagnole,
investissent le pouvoir législatif. Une autre circonstance —
l’état de guerre — contribue à renforcer le camp des nova-
teurs : de nombreuses provinces occupées ne sont pas en
mesure d’élire leurs représentants ; qu’à cela ne tienne, on leur
en choisit sur place, à Cadix, fief du libéralisme. Par ailleurs, les
Français n’ayant pas la maîtrise des mers, les régions péri-
phériques ouvertes au commerce étranger et aux courants
d’idées modernes ont toutes facilités pour envoyer, par mer,
leurs représentants aux Cortès 87.

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112 L’Espagne contre Napoléon

La ville est assiégée par les Français. En conclura-t-on qu’un


sentiment d’angoisse préside au vote, hâtif et résigné, des
mesures législatives ? Nullement. Les Gaditans coupés de
l’Espagne en guerre vivent dans une sorte d’oasis. Les libéraux
élaborent la Constitution dans l’euphorie. Les dépêches
envoyées à Stockholm par l’ambassadeur suédois à Cadix en
font foi : le commerce entre l’Espagne et l’Angleterre s’intensi-
fie ; « journellement se concluent de grandes affaires de laines et
de vin » 88. La seule menace provient de la fièvre jaune. Malgré
l’afflux de réfugiés sans ressources, l’approvisionnement de la
ville est assuré. Il ne fait pas de doute que si les habitants et les
députés avaient pâti de la disette ou des bombardements, ils se
seraient jetés à corps perdu dans la lutte armée au lieu de s’inté-
resser aux débats des Cortès 89.
La participation de la population gaditane à l’œuvre constitu-
tionnelle reste un point controversé : de soi-disant témoins,
hostiles aux libéraux, prétendent que le public — peut-être
acheté — envahissait les tribunes de l’église Saint-Philippe Néri
faisant office de salle de congrès ; de là, par ses acclamations ou
ses invectives, il aurait fait pression sur les orateurs. La Constitu-
tion de 1812 serait une concession faite à la canaille usurpatrice
du pouvoir. Naturellement, les députés libéraux ne disent mot
de ces violences susceptibles de frapper leur œuvre de nullité.
L’historien Ramón Solís a établi que la tribune était de dimen-
sion exiguë et que le fameux « Cojo de Málaga » (le « Boiteux de
Malaga ») était plus spontanément braillard que responsable de
la claque pro-libérale 90.
Dans le procès intenté par les conservateurs au libéralisme,
figure en bonne place l’accusation d’avoir été enfanté par les
sociétés secrètes. Pendant la restauration fernandiste (1814-
1820), il deviendra courant d’affirmer, sans la moindre preuve,
que la plupart des députés libéraux s’affiliaient à la maçonnerie,
entre autres raisons pour bénéficier d’une protection et avoir le
droit de monter à la tribune ! Ramón Solís fait observer que les
journalistes les plus furieusement anti-maçons n’ont jamais pu
prouver l’appartenance d’un seul député libéral à la secte. Les
deux loges établies à Cadix depuis la fin du XVIIIe siècle sont
tenues pour « afrancesadas ». Au début du soulèvement de
1808, sous la pression hostile de la foule, les confréries gadi-

.
.

Les formes nouvelles du pouvoir 113

tanes doivent abandonner leur local et suspendre leurs activi-


tés ; « en faire partie — confirme Alcalá Galiano — était encore
considéré comme une semi-preuve d’adhésion à la cause des
Français, lesquels les protégeaient et les développaient dans les
villes occupées par leurs troupes » 91.
Au demeurant, toute autre filiation idéologique serait difficile
à établir. Les députés de Cadix ne peuvent ni se rattacher à des
doctrines politiques encore dans les limbes, ni s’inscrire dans
des partis qui ne sont pas constitués. La discipline de vote
n’existe pas, et comme les députés sont pour la plupart
novices, leurs réactions sont confusément motivées ; elles
s’expriment par des votes parfois en contradiction avec la
marche du débat ; un député peut émettre, à quelques séances
de distance, des opinions opposées. La « préoccupation électo-
raliste » ne joue guère. À peine l’origine géographique du
député transparaît-elle dans certains votes : Pierre Vilar a fait
remarquer que la modération politique des députés de Cata-
logne reflète la faible influence qu’exercent sur le milieu rural
de leur province les vestiges du régime seigneurial ; les députés
du Levant se montrent plus violents, peut-être parce que le
féodalisme, qui n’a point évolué dans cette région, y est plus
insupportable 92.
De cette masse hétérogène et balbutiante surgissent très vite
des leaders dont la personnalité compte plus que la doctrine
encore inconsistante. Les Cortès de Cadix voient le triomphe de
l’intelligence plus que celui de la science politique. Les
harangues couchées par écrit dans le Diario de las Cortes
perdent l’essentiel de leur force ; les Cortès de Cadix intro-
nisent l’éloquence parlementaire ; les « ténors » y perfec-
tionnent leur art ; les émules appliquent des recettes. Mais, dans
les deux cas, l’orateur est jugé sur sa faconde, sur sa passion,
sur son souffle : d’où ces interventions-fleuves, souvent empha-
tiques, bourrées de métaphores et de redondances. Le libéra-
lisme espagnol entend fonder son règne sur la maîtrise du
verbe. Que retiendra-t-on de Calatrava ? Qu’il est violent ; que
Mejía, « esprit agile », se distingue par la clarté de ses propos ;
que le « divin Argüelles » pèche par défaut de lyrisme. Les que-
relles qui surgissent amalgament la politique et la littérature.

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114 L’Espagne contre Napoléon

Lorsque le député Capmany a maille à partir avec le secrétaire


de la Junte centrale, le poète Quintana, il est peu question de
leur désaccord idéologique qui porte sur le rôle politique de la
Junte ; la dispute verse sur les tournures fautives employées par
Quintana. Pour un homme politique, « les belles images et les
effets sentis » comptent autant que la portée des propos. Inver-
sement, une intervention individuelle dans une joute littéraire
peut déterminer, bon gré mal gré, un ralliement à une cause
politique.
Cette alliance, mieux encore cette confusion entre écrivains
et politiciens renforce, au sein des Cortès, la position du libéra-
lisme. En raison de leur éloquence, de leur capacité d’abstrac-
tion, les députés libéraux l’emportent sur leurs adversaires
conservateurs plus falots. La masse des députés se laisse entraî-
ner, voire berner.

II. Les grandes décisions

Pour commencer, le « marais » gobe le discours inaugural du


libéral Muñoz Torrero ; loin d’être une pure formalité, ce dis-
cours énonce l’objectif fondamental des Cortès : la restructura-
tion de l’État. Par-delà l’effort de guerre qu’elle doit intensifier,
l’Assemblée se reconnaît le droit de légiférer. Le problème de la
souveraineté nationale divise les députés en deux camps : pour
les absolutistes appelés péjorativement « serviles », la souverai-
neté nationale n’existe que par référence au monarque ; encore
plus rétrogrades, d’autres absolutistes — qui n’osent se faire
entendre à la tribune des Cortès — continuent à penser que le
pouvoir royal de droit divin ne peut coexister avec le pouvoir
usurpé par les sujets du roi. Dans la conception des libéraux
(les « jacobins »), la nation est placée au-dessus du souverain qui
se borne à entériner et rendre exécutoires les décisions prises
par les Cortès, première institution du royaume. Sur ce point
aussi il y a malentendu : les absolutistes concèdent aux Cortès
le seul droit de voter des contributions de guerre, de réformer
des règlements archaïques, bref, de parer au plus pressé ; pour
les libéraux, la finalité des Cortès est autre : elles ont pour but
de définir les termes d’une charte de coexistence entre les

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.

Les formes nouvelles du pouvoir 115

citoyens et le roi. Les libéraux feront de la Constitution un objet


de culte ; ils souhaitent en effet que l’adoration populaire, se
détournant peu à peu de la personne du roi, se porte sur le
« Code sacré ».

Le pouvoir législatif
Le pouvoir législatif appartient exclusivement aux députés
réunis en une seule chambre. Le rejet du bicamérisme signifie
le triomphe des libéraux les plus « exaltés ». En ne fixant pas de
quorum, les libéraux donnent aux meneurs la possibilité
d’accroître leur influence ; une réflexion simpliste les conduit à
penser que leurs opinions sont suffisamment fondées pour qu’à
l’avenir les grands orateurs de leur camp soient, comme à
Cadix, les plus entraînants. La distribution des députés par
ordres est abandonnée ; c’est que les adeptes du libéralisme se
recrutent, ici et là, dans le Tiers État, dans la petite noblesse et
surtout en marge des « brazos » (ordres) traditionnels. En élimi-
nant les représentants des corporations, les libéraux ne
cherchent pas à exclure les artisans, mais la défense de la
liberté du travail passe par la dissolution des « gremios » (corpo-
rations) sclérosés. Pour éviter que s’opposent en des combats
anachroniques les intérêts d’une ville morte à ceux d’une ville
en expansion ou encore ceux d’une province décadente à ceux
d’une province dynamique, le député ne représentera plus un
fief, une clientèle, mais une fraction de la nation indivise. Le
pouvoir législatif mis en place par les libéraux exclut une struc-
ture fédéraliste et met sous l’éteignoir de possibles poussées
séparatistes. Si les industriels de Biscaye ou les hommes
d’affaires barcelonais trouvent leur compte dans le nouveau
régime, les Navarrais ou les paysans catalans souffriront de voir
mises en cause les traditions politiques propres à leur région.
Les paysans sont d’ailleurs les premières victimes du régime
électoral institué ; pour prétendre à la députation, il faut « avoir
des revenus annuels adéquats, assurés par des biens propres » :
les paysans sans terre, et de façon générale, les travailleurs
manuels salariés (journaliers, ouvriers d’industrie...) ont droit
de suffrage, mais sont privés du pouvoir de décision. Il en va de

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.

116 L’Espagne contre Napoléon

même pour les nombreux ecclésiastiques qui ne possèdent pas


de biens à titre personnel.

La place et le rôle du souverain


Les prérogatives royales sont sérieusement réduites. Des bar-
rières s’élèvent contre les abus ou caprices du souverain réputé
faillible. Comme les libéraux redoutent qu’il s’appuie sur les
anciennes classes privilégiées — l’aristocratie et le haut clergé
— ils lui accordent le droit d’opposer un veto suspensif, mais
deux fois seulement ; ils l’astreignent à solliciter des Cortès
l’autorisation de se marier, de s’absenter longuement, de
vendre des biens nationaux. Toutes ces mesures composent « le
programme d’une révolution bourgeoise future mais encore
irréalisable » (Fernández de Castro) 93.
Les libéraux recherchent l’appui de l’opinion populaire. La
liberté d’impression — essentielle dans le système mis en place
— doit permettre la circulation de la bonne parole ; les écrits
serviront à « éclairer » les citoyens, lesquels, en retour, chante-
ront les bienfaits du régime. Limités dans l’exercice de leur sou-
veraineté, les Espagnols ne pourront pas élire de prolétaires car,
pour être député, il faut disposer — nous l’avons vu — de reve-
nus substantiels ; grâce à ce stratagème, la bourgeoisie a toutes
chances d’être majoritaire aux Cortès. Elue du peuple souverain
— n’exerce-t-il pas le droit de vote ? —, elle pourra régner en
toute bonne conscience aux côtés d’un monarque, qui ne peut
plus lui faire obstacle.
La Constitution de Cadix, tout en déclarant sacrée et invio-
lable la personne du roi, restreint son pouvoir exécutif après
avoir réduit à néant son pouvoir législatif. On flanque le souve-
rain d’un secrétaire d’État et d’un organisme consultatif : le
Conseil d’État. Entre le roi et les citoyens s’interposeront les
« chefs politiques », dotés de vastes pouvoirs et annonçant les
puissants gouverneurs civils de l’époque moderne. À l’échelon
local, l’« ayuntamiento », dépouillé de tout pouvoir législatif,
n’est plus qu’un agent d’exécution ; ses activités seront détermi-
nées par des règles uniformes. Les « fueros » (législation et privi-
lèges propres à telle ou telle province) sont bousculés. Le cen-
tralisme préconisé au nom de l’efficacité s’applique également

.
.

Les formes nouvelles du pouvoir 117

aux possessions d’outre-mer. Les libéraux sont convaincus que


le nationalisme en Amérique et le régionalisme dans la métro-
pole conduisent, ici à la désagrégation, là au démembrement.

Les mesures financières


En 1811, la dette publique s’est beaucoup alourdie par suite
de l’accroissement des dépenses de guerre. La quantité de
« vales reales » (bons sur le Trésor royal) en circulation grandit
dangereusement. La banqueroute par laquelle le nouveau
régime ne reconnaîtrait pas les dettes contractées par le régime
absolutiste antérieur est une des solutions possibles. Or la
défense du papier-monnaie laisse indifférents la noblesse et le
clergé qui détiennent peu de « vales reales ». Par un singulier
renversement des rôles, aristocrates et ecclésiastiques ne sont
pas disposés à endosser les dettes royales, ce qui est une
manière de se désolidariser de l’Ancien Régime dont ils sont, à
d’autres égards, les plus sûrs défenseurs. Dans l’autre camp, les
libéraux décident le maintien de la valeur nominale des « vales
reales » ; ils assument ainsi les erreurs commises par des souve-
rains irréfléchis et par l’odieux prince de la Paix. L’intérêt prime
la conviction. L’argument mis en avant pour justifier la recon-
naissance solennelle de la dette publique est que la nation, ne
pouvant s’identifier à tel souverain fautif mais s’inscrivant dans
la durée, doit rassurer les créanciers de l’État ci-devant créan-
ciers du trésor royal : les « vales reales » seront donc échangés
contre des billets, sortes de lettres à vue sur la nation. Les libé-
raux souhaitent malgré tout la disparition de cette monnaie de
papier dénonciatrice de finances malsaines. Pour que le trésor
public puisse la racheter sans danger, un moyen est envisagé
qu’ont tout lieu d’approuver les classes moyennes : la mise en
vente publique de biens dits « nationaux ».

La réforme judiciaire
En vertu du principe général suivant lequel les citoyens
doivent être soumis à une juridiction unique, les libéraux s’en
prennent aux restes du féodalisme en abolissant les monopoles

.
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118 L’Espagne contre Napoléon

de chasse, les banalités et l’emploi du terme « vassaux ». Mais


dans la réalité des faits, le régime seigneurial n’est pas totale-
ment aboli. Les nobles trouvent des paravents juridiques leur
permettant de maintenir le statu quo dans bien des cas. Dans
ce domaine plus qu’ailleurs, il y a loin entre l’affirmation de
principe, globale et impérative, de l’abolition des « señoríos » —
ce que la propagande libérale va exploiter et la postérité retenir
— et les mesures d’application, accommodantes et casuelles.

La politique agraire
La prudence des libéraux en ce qui concerne la terre
s’explique partiellement par l’incompatibilité des principes
dont ils se recommandent. « Liberté, égalité et propriété —
déclare Canga Argüelles — sont des droits naturels donnés par
Dieu et que les hommes doivent protéger quand ils entrent en
société » 94. Or le « droit de propriété » est ambivalent : il signi-
fie droit d’accès à la propriété et aussi obligation de respecter la
propriété ; il n’y aura donc pas, en théorie, possibilité d’ordon-
ner des transferts massifs de biens. Le fermier est, plus que
jamais, dépendant du bon vouloir du propriétaire. Le droit de
pacage est menacé : les paysans sans terre se trouvent lésés.
C’est peu de dire que les libéraux protègent la propriété indivi-
duelle contre tout empiétement ; dans certains cas, ils étendent
les prérogatives du possesseur. En milieu rural, fermiers et
petites gens vont être amenés à se détourner du libéralisme.
Ne pouvant se jeter sur les vastes domaines qui appar-
tiennent à l’aristocratie — le libéralisme n’a rien à voir avec la
lutte contre les « latifundia » — les libéraux convoitent d’autres
terres qui ont l’avantage de n’être point des propriétés indivi-
duelles : les terres de la Couronne, de l’Église et des municipali-
tés. La politique de « désamortissement » (« desamortización »
en espagnol), définie sous Charles III, s’inscrit dans des textes
pour la première fois. Tout le XIXe siècle espagnol s’y trouve en
germes, de Mendizábal à Madoz 95. Parmi les biens appelés à
être vendus aux enchères publiques figurent les biens apparte-
nant aux jésuites, aux quatre ordres militaires, aux couvents
supprimés par le gouvernement « joséphin », enfin la moitié des
« baldíos » (terrains communaux) et des « realengos » (domaines

.
.

Les formes nouvelles du pouvoir 119

relevant de la juridiction royale). Le « désamortissement » ecclé-


siastique, repris avec une grande vigueur sous le ministère Men-
dizábal (1835-1836) est, pour l’heure, très timide : les libéraux
ne touchent pas aux biens du clergé séculier. Une partie seule-
ment des « baldíos » sera distribuée gratuitement aux combat-
tants qui ont bien mérité de la patrie ; une autre part ira à des
paysans sans terre, mais à charge pour eux de verser à la muni-
cipalité une somme importante ; enfin, une troisième partie sera
attribuée aux plus offrants qui seront tenus d’acquitter les deux
tiers du prix avec des « crédits » sur la dette nationale. Outre
que les détenteurs de ces « assignats » menacés de dévaluation
ont tout intérêt à s’en dessaisir au profit de biens-fonds, les pay-
sans désargentés ne pourront pas participer à ces enchères
ouvertes aux seuls individus fortunés ; d’autre part, il suffira que
ceux-ci s’entendent au préalable pour enlever les terres convoi-
tées à des prix anormalement bas, c’est-à-dire au détriment du
Trésor public. C’est ce qui se produit à Badajoz où, depuis
1810, les biens se vendent parfois au huitième de leur prix. Les
libéraux œuvrent à contre-courant de l’opinion populaire et
force est d’admettre que le sentiment général est exprimé, non
par les députés jacobins mais par les traditionalistes ; il
n’échappe pas à ces derniers — par exemple au député Terrero
— que les ventes locales des biens communaux font l’affaire
des « trois ou quatre richards qui, en déboursant bien
peu d’argent, serviront leurs propres intérêts au détriment de la
collectivité ».

Le commerce et l’industrie
En milieu urbain, si les libéraux peuvent compter sur l’appui
des hommes d’affaires et des maîtres artisans, ils risquent de
s’aliéner les sympathies des travailleurs manuels salariés. Aux
commerçants, ils offrent la possibilité de fixer librement les
prix « qui doivent être laissés à la volonté des vendeurs » ; aux
chefs d’entreprise, ils reconnaissent le droit de fonder ou de
développer un atelier sans autorisation préalable ; aux travail-
leurs, ils accordent la liberté (illusoire) de s’attacher à
l’employeur de leur choix. Pour les libéraux, la liberté des
ouvriers passe par la suppression des corporations accusées de

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.

120 L’Espagne contre Napoléon

perpétuer le népotisme. Les corporations ne décerneront plus


ni titres, ni autorisations d’exercer une quelconque tâche. Pour
routinières qu’elles fussent, elles assuraient à leurs membres
quelques garanties en fixant le montant des salaires et en veil-
lant sur les conditions de travail. Leur caractère médiéval, leur
ankylose, l’empreinte de la religion les faisaient tenir, non sans
raison, pour symbole de l’Ancien Régime. En décidant de les
supprimer et, surtout, en n’imaginant rien pour les remplacer,
les libéraux endossent une lourde responsabilité : ils mettent
l’ouvrier à la merci du patron et l’exposent aux fluctuations de
l’économie. En vertu des principes de liberté et d’égalité,
ouvriers et patrons sont assimilés à deux parties situées juri-
diquement de plain-pied. Dans la réalité des faits et eu égard à
l’évidente inégalité des rôles, l’ouvrier est, en fin de compte,
désarmé.

La religion
Beaucoup plus que les mesures « anti-corporatistes » prises à
la dérobée, les décisions concernant de près ou de loin la reli-
gion soulèvent les passions aux Cortès. Signe que les députés
libéraux les plus radicaux s’abstiennent de lancer une attaque
frontale contre la religion est l’approbation, à l’unanimité, de
l’article XII de la Constitution : « La religion de la nation espa-
gnole est et sera éternellement la catholique, apostolique,
romaine, seule vraie. » Aucune des décisions prises n’affecte le
dogme, ne réforme le rite. Et pourtant les députés de Cadix
sont souvent taxés de voltairianisme. C’est que l’atmosphère
gaditane dans laquelle baignent les Cortès est singulièrement
échauffée ; une attaque contre un impôt aussi désuet que le
« voto de Santiago » provoque une levée de boucliers. Toucher à
l’Inquisition, c’est toucher à l’âme de l’Espagne comme l’a dit,
non sans raison, Menéndez y Pelayo 96. Depuis longtemps, le
Saint Tribunal avait cessé de démasquer les protestants et les
juifs ; à l’époque de la Révolution française, il avait connu un
regain d’activité ; chargé de renforcer le cordon sanitaire établi
à la frontière, il avait entrepris d’examiner les écrits subversifs ;
une fois la paix revenue, il était entré dans un sommeil annon-
ciateur de l’agonie, selon les libéraux. Ces derniers croient lui

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.

Les formes nouvelles du pouvoir 121

porter le coup de grâce en le dénonçant comme une institution


oppressive, malfaisante et médiévale, ce qui est tout dire. C’est
oublier que depuis le début du soulèvement, cette institution
qui n’a pas cessé, en fait, d’être populaire, réassume son rôle
historique de protectrice de la religion menacée tout à la fois
par les envahisseurs mécréants et par les ennemis de l’intérieur,
les « jacobins ». Au lieu d’achever un adversaire moribond, les
libéraux ne font que causer une blessure superficielle mais irri-
tante à un corps ragaillardi ! Le deuxième coup porté à l’Église
atteint les communautés religieuses ; la réforme qui les touche
est justifiée par le bouleversement dû à la guerre ; certains cou-
vents ont été détruits, d’autres abandonnés par les moines
fuyant les Français ; au nom de considérations financières, les
libéraux entreprennent une réforme administrative ; ils
poussent à des regroupements ou envisagent des suppressions.
Incontestablement, ces mesures tendent à freiner le développe-
ment des communautés religieuses ; leur puissance économique
est battue en brèche par l’interdiction qui leur est faite d’acqué-
rir des biens. Avec moins de violence agressive que certains
généraux d’Empire acharnés à détruire l’institution monacale
espagnole, les libéraux gaditans œuvrent dans le même sens
que l’adversaire mais de façon plus enveloppée. Quoi qu’il en
soit des tactiques adoptées, l’échec est inhérent à l’entreprise
car la guerre, nous l’avons vu, en vidant de nombreux couvents,
répand à travers l’Espagne des moines qui, en raison de leur
fanatisme et parfois de leur indigence intellectuelle, se trouvent
en harmonie avec le peuple et le conduisent loin de l’action
réformatrice. Pour miner l’édifice monacal, les libéraux ont mal
choisi le moment.

III. Le sens et la portée de l’œuvre constitutionnelle

Consacrer une si large place à l’œuvre constitutionnelle


entreprise à Cadix pourra paraître abusif, car cette œuvre est
frappée d’une singulière faiblesse ; d’une part, comme le
reconnaît Alcalá Galiano 97, la Constitution, de même que les
autres résolutions des Cortès, était pratiquement ignorée de la
masse du peuple espagnol ; d’autre part, la Constitution a pu

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122 L’Espagne contre Napoléon

être biffée d’un trait de plume, en 1814, sans que personne se


dresse pour la défendre. Renvoyée de la sorte au néant, méri-
tait-elle d’en sortir ? Non sans doute, si l’on se rallie à l’opinion
de Menéndez y Pelayo : cette « Constitution abstraite et inappli-
cable que le vent le plus léger devait abattre » ne serait « que le
fruit de toutes les tendances désorganisatrices du XVIIIe siècle où
fermente, en se réduisant à des lois, l’esprit de l’Encyclopédie et
du Contrat social ». Et pourtant cette œuvre, jugée sévèrement
par les conservateurs, continue à vivre en Espagne et à l’étran-
ger 98. Elle est revendiquée, naturellement, par les libéraux espa-
gnols ; Quintana dans ses Lettres à lord Holland, Alcalá Galiano
dans son examen du Caractère de la révolution d’Espagne en
1808, Flórez Estrada dans sa Défense des Cortès plaident en sa
faveur, ici avec fougue, là avec pondération. Dès 1814, les « pro-
nunciados » (auteurs de soulèvements politiques) se battent
pour son rétablissement. Et après le triomphe du soulèvement
de Riego, le roi est obligé de prêter serment au texte qu’il abo-
mine. Avec la restauration d’un régime de monarchie constitu-
tionnelle refont surface en 1820 des personnages politiques qui
avaient fait leurs premières armes à Cadix et avaient définitive-
ment supplanté les politiciens formés sous les règnes de
Charles III et de Charles IV. Laissons Menéndez Pelayo les trai-
ter tous d’« utopistes et idéologues solitaires ». De son accusa-
tion nous retiendrons toutefois cette idée que les Argüelles,
Toreno, Mejía étaient des « idéologues », c’est-à-dire que leurs
interventions aux Cortès se fondaient sur des présupposés phi-
losophiques. La place manque ici pour les étudier minutieuse-
ment comme ils mériteraient de l’être.
En ayant soin d’écarter les axiomes spécifiquement poli-
tiques, nous nous bornerons à noter que tout le système écha-
faudé à Cadix repose sur une conception de l’homme à la fois
optimiste et pragmatique : la notion de faute originelle
s’estompe ; l’homme, bien que voué au travail, doit considérer
ce dernier, non plus comme une peine infligée par le Créateur,
mais comme un présent de Dieu. L’homme, en partie inno-
centé, n’est pas naturellement porté au péché et à l’erreur : « Il
ne peut être mauvais que si on le maintient dans l’ignorance,
soit de la vérité, soit de ses propres intérêts ». La motivation de

.
.

Les formes nouvelles du pouvoir 123

son comportement est élucidée avec assurance et simplisme : à


une force négative (les passions et, parmi elles, le fanatisme)
s’opposent des forces positives qui sont la raison (d’où, en poli-
tique, le culte de la raison et le bien-fondé des compromis) et
l’intérêt. Celui-ci est anobli et non plus renvoyé du côté de
l’égoïsme et de la cupidité. À la faveur d’un glissement qui
s’opère entre « felicidad » et « dicha », le bonheur, en incluant
désormais le bien-être et la fortune, se « déspiritualise », pour
ainsi dire. « La production et l’acquisition des richesses sont un
devoir imposé à chaque particulier », estime Alcalá Galiano.
L’objectif ultime de la politique est ainsi tracé : dans le respect
du double contrat qu’ont passé les citoyens entre eux et avec le
roi, le gouvernement doit assurer le bonheur du plus grand
nombre.
La parenté entre le libéralisme naissant et la philosophie du
e
XVIII siècle espagnol est manifeste. Pourquoi, dès lors, pré-
tendre que les libéraux de Cadix se détournèrent systématique-
ment de tout ce qui était ancien ? Le principal reproche fait aux
« constitutionnels » de 1812 est d’avoir proposé « une copie
décolorée et exsangue de l’Assemblée Législative française »,
c’est-à-dire d’avoir importé des modèles étrangers. Ces Espa-
gnols furent accusés de manquer de clairvoyance, d’imagina-
tion et de patriotisme. S’il est indéniable que la Constitution de
Cadix offre de notables coïncidences avec la Constitution fran-
çaise de 1791, il n’en est pas moins vrai que ses auteurs s’inspi-
rèrent également de modèles consacrés par l’usage ; ils y recou-
rurent chaque fois que ces modèles n’impliquaient pas le
maintien du despotisme, du préjugé et de l’ignorance. À
l’inverse des révolutionnaires parisiens qui voulaient rompre
avec le passé, les législateurs gaditans se sont lancés dans une
entreprise plus ardue mais moins destructrice qu’on ne l’a dit
dans le camp des conservateurs ; ils ont tenté la gageure de
concilier révolution et réformisme, inspiration étrangère et tra-
dition nationale.

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BILAN :

L’ESPAGNE À LA FIN DE LA GUERRE

Les marques visibles du conflit

Nul besoin d’attendre la fin du conflit pour en observer les


effets désastreux en terre espagnole. Plus que les provinces
exclusivement rurales, la Catalogne littorale a été affectée par la
guerre ; l’industrie barcelonaise, à l’exception de quelques
fabriques d’indiennes, est anéantie ou, plus exactement, elle a
éclaté en unités plus petites qui se sont installées tant bien que
mal à la périphérie de la ville. La population est réduite à la
misère par les lourdes contributions qui ne cessent de la frap-
per ; elle a versé aux Français dix fois plus d’argent qu’elle n’en
donnait au gouvernement espagnol antérieur. D’autres villes
proches de Barcelone ont souffert cruellement de l’occupation
ennemie mais d’une autre manière : Gérone est dévastée ; plus
au sud, « Tarragone, bombardée et brûlée par les Français en
1811, par les Anglais en 1813 et entièrement démantelée dans
la nuit du 18 août, n’offre plus qu’un monceau de ruines », com-
mente le duc d’Albufera, en septembre 1813.
Dans le reste de l’Espagne, les Français, pour venir à bout
d’une ville assiégée, bombardent les maisons pour démoraliser
l’habitant et entraver les manœuvres de résistance ; après s’être
emparés d’une place forte ou d’un ouvrage militaire, ils les
détruisent afin que l’ennemi ne puisse les fortifier de nouveau ;
c’est pourquoi maints châteaux, couvents, palais, citadelles
sont rasés. Mais il reste à dire que les Français n’ont pas le triste
privilège d’avoir été les démolisseurs d’ouvrages d’art ; les

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126 L’Espagne contre Napoléon

Anglais ont laissé en piteux état la ville de Saint-Sébastien et les


Espagnols eux-mêmes — le sait-on ? — ont prêté la main à
l’œuvre de dévastation. Espoz y Mina a sur la conscience la
ruine du couvent San Francisco à Estella et celle du palais des
rois de Navarre à Olite ; il rend compte ainsi de son expédition à
Tafalla : « Une fois terminée l’opération, j’ai fait détruire le fort
et les ouvrages de fortification, de même qu’un couvent tout
proche qui avait été occupé par des récollettes et un vieux
palais, parce que j’estimais qu’ils auraient pu convenir à l’éta-
blissement d’une garnison ennemie ».
Peu ou prou, la physionomie des villes se modifie sous l’effet
des préparatifs militaires (creusement des fossés, construction
de fortifications), des destructions et, dans une plus petite
mesure, des travaux de réfection entrepris par le gouvernement
« joséphin ». Pour sa part, le général Thiébault s’enorgueillit
d’avoir embelli Burgos et le règne de Joseph — selon le général
Hugo — « a laissé des semences et des germes qui ne seront pas
perdus. Madrid avait besoin de places et de fontaines
publiques ; Joseph en a laissé de fort belles » 99. Nous en
conviendrons, mais pour quelques promenades et quelques
cimetières aménagés, que de fortifications, d’églises et de mai-
sons anéanties !
La campagne espagnole, bien qu’elle n’offre pas à la vue un
spectacle aussi désolant que Saragosse détruite ou que Cuenca
pillée, n’en est pas moins touchée aussi profondément que les
villes 100 : après dix-huit mois de guerre, les hameaux de
l’Ampurdan sont déserts ; en raison de la réquisition générale
des animaux de bât, la vie paraît se retirer des régions rurales et
la paysannerie ne peut tirer profit de la forte hausse des prix
des produits agricoles.
La misère est à ce point meurtrière que les armes à feu n’ont
pas fait plus de victimes, semble-t-il, que les épidémies et la
famine. Le typhus, la dysenterie, la « fièvre des prisons » déci-
ment les populations insuffisamment alimentées et la crise de
subsistances de 1812 élimine les plus faibles. La Guerre d’Indé-
pendance fait ainsi apparaître dans la courbe démographique
ascendante (la population de 45 communes catalanes passe de

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.

L’Espagne à la fin de la guerre 127

83 558 habitants en 1787 à 100 050 en 1815) un double flé-


chissement en 1809-1810 et en 1812 101.

La restauration du despotisme

Ce ralentissement de la croissance démographique hypo-


thèque moins l’avenir, tout compte fait, que le coup d’arrêt
donné par le roi à la politique de progrès engagée par les libé-
raux de Cadix. Le traité de Valençay signé le 11 décembre 1813
ramène l’Espagne au printemps de 1808 : l’Espagne délivrée de
toute présence étrangère — britannique comme française — se
trouve à un carrefour de choix politiques. Par malheur, Ferdi-
nand, sans consulter la nation, décide seul. Désormais et jusqu’à
sa mort, il domine ou plutôt écrase la vie politique et intellec-
tuelle du pays. La Guerre d’Indépendance qui a porté sur le
devant de la scène des hommes de tous bords, de toutes condi-
tions, refoule dans les coulisses tout ce monde et, pour le final,
rappelle le roi..., et quel roi ! L’ambassadeur La Forest compose,
en mars 1814, l’un des plus pénétrants portraits que l’on
connaisse : « Ferdinand a un grand désavantage : il ne sait que
causer familièrement et ne peut parler. Il exprime fort bien une
idée simple, il se tire très mal d’une idée compliquée. Son exté-
rieur est imposant. Il sera obstiné quand il aura été bien
conseillé mais il sera également obstiné s’il est mal conseillé.
Les princes et lui ont pris à Valençay la mauvaise habitude
d’écouter jusques à leurs valets. Si l’on ne la leur fait pas perdre,
je prévois qu’il y aura des intrigues autour d’eux par des canaux
bien bas et les meilleurs ministres auront à en souffrir » 102.
Ferdinand fait son entrée en Espagne « entouré — au dire de
l’“afrancesado” Llorente — de gens nuls ou essentiellement per-
nicieux ». Ces suppôts de l’absolutisme sont assez unis pour
rédiger des manifestes, assez fortunés pour avoir une presse à
eux, assez résolus pour refuser toute transaction avec les libé-
raux, assez sournois pour les présenter comme des adversaires
déclarés du roi. En quelques jours, le roi triomphe sans avoir à
combattre : des monarchistes fervents et dociles se rangent

.
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128 L’Espagne contre Napoléon

à ses côtés 103. Ce ralliement flatteur et décisif interdit tout


scrupule à l’égard des libéraux, d’autant plus que le peuple
espagnol, à première vue, opte pour le rétablissement du
despotisme.
Il en coûte aux constitutionnels de l’admettre. Et pourtant les
signes abondent : à Valence, la population rassemblée sur la ci-
devant place de la Vierge des Désemparés arrache l’inscription
portant « Place de la Constitution » et lui substitue celle de
« Place royale Ferdinand VII » ; le texte de la Constitution est
brûlé à Badajoz, Murcie, Saragosse, Vitoria, c’est-à-dire là même
où le libéralisme, qui coïncide approximativement avec les
classes moyennes, est le plus fortement implanté. Dans sa
logique étroite, le peuple espagnol qui a mis tous ses espoirs
en Ferdinand n’entend pas que son pouvoir souffre la moindre
restriction.
Les libéraux qui ne partagent pas ce fol espoir assument le
rôle ingrat de trouble-fête et celui, plus dangereux, de Judas ;
certains constitutionnalistes, par raison, opportunisme ou souci
de ne pas aller à contre-courant du sentiment populaire,
désertent à l’ennemi. Le futur chef libéral Espoz y Mina fait pla-
cer le texte de la Constitution sur une chaise... et le fait fusiller
par un peloton. La cause du libéralisme s’effondre de tous
côtés, attaquée de l’extérieur, minée au-dedans 104. La bourgeoi-
sie citadine courbe le dos. La paysannerie a conscience d’avoir
largement contribué à la victoire ; elle va peser dans le sens
rétrograde. L’essor de la civilisation urbaine espagnole va s’en
trouver freiné.
Le premier grand acte politique du roi est le décret du 4 mai
1814 par lequel il fait aux libéraux quelques concessions for-
melles : il promet de réunir les Cortès, s’engage à respecter les
libertés individuelles et se déclare ennemi du despotisme. Mais
l’accent porte sur l’affirmation des prérogatives du souverain et
sur le respect dû aux traditions. Qui plus est, le roi s’oppose à la
reconnaissance de toute l’œuvre constitutionnelle réalisée à
Cadix et déclare illégitimes et nulles, car attentatoires à la
dignité royale, les Cortès elles-mêmes. Il prend pour époque
de référence le mois de mars 1808 (soulèvement d’Aranjuez).
De la Guerre d’Indépendance, on ne retient désormais que

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L’Espagne à la fin de la guerre 129

l’année 1808, la seule d’« heureuse mémoire » puisque ni l’insur-


rection d’Aranjuez, ni le 2 mai madrilène, ni la victoire de Bay-
len ne portent en germes l’« usurpation libérale » 105.
L’Ancien Régime ressuscite : les chefs politiques créés depuis
peu laissent la place aux capitaine généraux ; les Audiences,
l’Inquisition, le Conseil royal, le Conseil des Indes sont rétablis ;
tous les journaux, sauf deux, sont supprimés ; la réunion des
Cortès est remise aux calendes grecques 106.
Pour masquer sa faiblesse congénitale, le nouveau régime
donne dans la répression ; une vague d’arrestations déferle ; elle
emporte régents, ministres, députés, hommes de lettres.
L’année 1814 ouvre l’ère des procès politiques en Espagne 107.
En l’absence d’une législation préexistante, la part de l’arbi-
traire, de la vindicte y est exorbitante ; pis encore, il arrive au
roi d’intervenir personnellement et de pousser à l’aggravation
des peines. Les procès de purification concernent des person-
nages éminents, mais aussi la foule des petits fonctionnaires res-
tés au service du roi Joseph. De l’acquéreur de biens nationaux
à la femme qui a eu des relations suspectes avec des militaires
impériaux, toute personne qui n’a pas rallié ostensiblement le
camp des patriotes est passible de poursuites. En un temps où
la population espagnole, lasse de violence, est prête à l’oubli,
un des plus graves péchés de Ferdinand est d’entretenir les
haines et les divisions. Absent, il a été un rassembleur d’éner-
gies ; présent, il scinde l’Espagne en deux camps. Pour échap-
per à l’incarcération, une dizaine de milliers de familles
compromises se résignent à l’exil en 1814. L’histoire de la pré-
sence espagnole en France, ouverte par l’afflux, entre 1808 et
1814, de prisonniers de guerre, d’otages et de suspects, aborde
un nouveau chapitre.
Que les « afrancesados » ralliés au « roi intrus » attendent
d’être amnistiés se conçoit encore ; mais que les libéraux,
patriotes à leur manière, soient pourchassés avec une égale
férocité a de quoi scandaliser. Pour les libéraux, le choix est
entre l’Espagne et l’Angleterre, c’est-à-dire entre la captivité et
l’exil. Argüelles, Martínez de la Rosa, pour ne citer que les plus
célèbres, connaissent la prison ou le bagne ; d’autres s’en

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130 L’Espagne contre Napoléon

remettent à l’allié britannique : des liens personnels se ren-


forcent ainsi, de même que l’influence idéologique de l’Angle-
terre sur la pensée libérale espagnole. Au contraire des « afran-
cesados » tenus à l’œil par la police de Napoléon, puis par celle
du roi Louis XVIII, les Espagnols réfugiés en Angleterre
s’adonnent à la politique. Ils constituent un intéressant foyer de
création littéraire et d’opposition à l’absolutisme. Ils figurent en
raccourci l’envers de l’Espagne bâillonnée et assoupie.

Les effets de la guérilla

Dans la péninsule même, d’autres opposants vont passer à


l’action violente ; l’ère des « pronunciamientos » s’ouvre. Les
premiers, entre 1814 et 1820, sont de signe libéral : il est impor-
tant de le faire observer, ne serait-ce que pour ruiner cette idée
tenace qui attache le « pronunciamiento » à l’implantation d’un
pouvoir despotique ou réactionnaire. Les « pronunciamientos »
espagnols du premier tiers du XIXe siècle sont liés aux boulever-
sements considérables que la guérilla a introduits au sein de
l’armée. Les militaires de carrière ont de bonnes raisons de
jalouser les jeunes officiers qui, à la faveur de la guérilla, ont
progressé plus vite qu’eux. Face à l’inflation de hauts grades,
Ferdinand VII accorde sa préférence aux anciens militaires de
carrière qui lui paraissent plus dévoués, moins ambitieux et
moins contaminés par l’hérésie libérale que les officiers issus de
la guérilla. Procédant à l’égard des militaires comme à l’égard
des civils, le roi, peu désireux de faire régner la concorde,
menace dans leurs intérêts les officiers suspects de sympathies
libérales ou maçonniques. Ces derniers, amers, et pour finir
mécontents, se détachent peu à peu de Ferdinand ; certains en
viendront à l’action violente, amalgamant considérations d’inté-
rêts et convictions politiques. Ainsi en est-il pour Espoz y Mina
que l’on a vu faire fusiller la Constitution en mai 1814 et qui,
quelques mois plus tard, part en guerre contre les ministres de
Ferdinand, les hauts responsables de l’armée et les « serviles »
(les absolutistes, selon le parler des libéraux) en général. Ce
combat range ipso facto Espoz y Mina dans le camp du libéra-

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L’Espagne à la fin de la guerre 131

lisme. De là à dire que les instigateurs militaires des premiers


« pronunciamientos », — Espoz y Mina, Porlier, Lacy — sont des
libéraux par hasard, il n’y a qu’un pas, et les historiens « traditio-
nalistes » n’ont pas manqué de leur faire ce procès d’intention.
La guérilla qui place certains de ses chefs en situation margi-
nale par rapport à l’armée régulière puis en situation d’hétéro-
doxie politique par rapport à l’absolutisme restauré introduit de
surcroît un élément d’instabilité au cœur de la population. On
s’accorde à penser que la guérilla a habitué les Espagnols à reje-
ter les normes de la vie en société, à se placer hardiment hors la
loi, à légitimer le recours à l’action violente ; de « cabecilla » à
brigand ou à tyranneau la différence qualitative est ténue. De ce
point de vue, la guérilla du début du XIXe siècle aurait marqué le
reste du siècle 108. Les carlistes, pour ne citer qu’eux, en
auraient fait leur profil : ils se battront en Navarre ou en Galice
contre les libéraux comme ils avaient appris à le faire contre les
Français. La guérilla a été élevée au rang de manifestation spéci-
fique — admirable ou néfaste — des peuples ibériques. Le
romancier Pérez Galdós a rendu compte avec éloquence de cet
ensemble de qualités contraires que fut la guérilla de 1808 à
1814 : « La Guerre d’Indépendance fut la grande académie du
désordre. Personne ne lui dispute sa gloire, non, monsieur ; il
est possible que, sans les guérilleros, la dynastie intruse se fût
implantée en Espagne, au moins jusqu’à la Restauration en
France. C’est à eux que l’on doit la permanence de la nation, le
respect que le nom d’Espagne inspire encore aux étrangers et
cette certitude vaniteuse mais fondée que nous avons eue pen-
dant un demi-siècle que personne n’oserait nous chercher
noise. Mais la Guerre d’Indépendance, je le répète, fut la grande
école d’apprentissage des “caudillos” : c’est là que les Espagnols
passèrent maîtres dans l’art, pour d’autres incompréhensible,
d’improviser des armées et de dominer une contrée pendant un
temps long ou bref ; ils s’initièrent à la science de l’insurrection
et les merveilles d’alors, nous les avons pleurées ensuite avec
des larmes de sang » 109.

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132 L’Espagne contre Napoléon

Le catholicisme revigoré

Nous livrons comme simple hypothèse de travail cette autre


idée que la guerre anti-française, élevée au rang de croisade
contre l’athéisme et l’anticléricalisme, détermine un renouveau
du culte. On voit se multiplier les messes des morts, les fêtes
d’action de grâces, les prières patriotico-religieuses, les proces-
sions. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une rechristianisa-
tion : l’athéisme ne s’était pas affirmé en tant que doctrine ;
mais les pratiques religieuses sont revivifiées. Par ailleurs, le
clergé, en faisant du soldat impérial un hérétique, a obtenu des
fidèles soumission et dévouement. Une fois l’envahisseur
repoussé, les bergers gardent sous leur houlette le troupeau,
quelque peu désuni jusque-là. Et comme le danger de l’hérésie
(libérale) n’est pas exorcisé, le clergé, sur sa lancée, va entrete-
nir le « militantisme » des croyants. Il s’attribue désormais un
rôle prééminent 110. S’il est vrai que la guérilla de 1808 est une
des causes lointaines des soulèvements multiformes du XIXe siè-
cle, il ne faut pas confondre les « pronunciamientos » libéraux,
fomentés par des minorités, avec les puissantes factions
souvent inspirées et conduites par des ecclésiastiques. Les
curés Merino et Santa Cruz, conducteurs de foules, viennent en
droite ligne de la Guerre d’Indépendance. Les armées de la Foi
de 1826 rappellent les « Croisades » de 1808. Tel passage de la
lettre du prétendant Carlos à son père semble repris des procla-
mations de l’évêque d’Orense : « D’abord la gloire de Dieu, la
sauvegarde et la splendeur de la sainte religion. Qu’il y ait une
sainte terreur de Dieu et avec cela de bonnes mœurs, des ver-
tus, la paix, la tranquillité, la joie et tout ! »

La Guerre d’Indépendance et la littérature

Les lectures proposées aux Espagnols de 1814 sont significa-


tives du tournant idéologique que prend le régime. Il n’y a pas
seulement appauvrissement — les œuvres d’inspiration libérale
disparaissent de la vente — mais choix concerté d’œuvres édi-
fiantes. Dans la Gaceta de Madrid du printemps 1814, parmi

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L’Espagne à la fin de la guerre 133

les publications annoncées, on relève pêle-mêle des sermons,


des ouvrages « anti-afrancesados » (Les fameux traîtres réfugiés
en France), des histoires de la Révolution française (du genre
Trames des philosophes modernes pour parvenir à la Révolu-
tion), des hymnes patriotiques (où la nation espagnole est rem-
placée par Ferdinand) et des manifestes de la Guerre d’Indépen-
dance (mais de préférence ceux de Lardizábal qui accusait les
Cortès de vouloir remplacer la monarchie par la république). La
Guerre d’Indépendance, on le voit, reste au centre des pré-
occupations, mais, contre toute attente, elle sert plutôt de
repoussoir. Le peuple en lutte, les chefs guérilleros, les législa-
teurs voient leur rôle amoindri ou dénoncé. Seul est glorifié
celui qui n’y a pris aucune part active : le souverain.
Dans le même temps, la Guerre d’Indépendance inspire en
France une littérature abondante, souvent de qualité, qui contri-
bue, sinon à rectifier, du moins à nuancer l’opinion que l’on se
faisait de l’Espagne et des Espagnols 111. Les jugements péjoratifs
deviennent l’exception. La plupart des participants à la cam-
pagne d’Espagne ont la révélation d’un peuple, non plus pares-
seux et vil, mais fier et courageux, en fin de compte digne
d’estime. On lui reconnaît de la virilité. Stendhal, plus tard,
exploitera ce thème pour justifier l’admiration qu’il porte à
l’Espagne. De façon générale, la « guérilla » fascine les commen-
tateurs ; qu’ils la dénoncent pour son caractère de croisade fana-
tique ou l’apprécient pour son efficacité, ils la rendent respon-
sable de l’échec des troupes de Napoléon : l’armée impériale
n’a pas été défaite par une armée régulière, manifestement infé-
rieure, mais par un soulèvement populaire qui la prenait au
dépourvu. Par la bande, on sauve ainsi l’honneur des armes
françaises. Parallèlement, on reconnaît qu’une guerre idéolo-
gique qui oppose le peuple tout entier à une armée de métier
ne peut être gagnée par celle-ci. Dès 1818, Rocca ose écrire :
« La force réelle des Etats ne réside pas tant dans le nombre et la
puissance des armées de ligne que dans un sentiment religieux,
patriotique ou politique assez puissant pour intéresser tous les
individus d’une même nation à la cause publique comme si
c’était la leur propre. » La Guerre d’Indépendance, exploitée en
Espagne de telle sorte qu’elle tourne à la gloire du souverain et

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134 L’Espagne contre Napoléon

à la honte des libéraux voués aux gémonies, sert de support, en


France, à des réflexions historico-philosophiques subversives
dans le contexte de la Restauration. Et nous ne parlons pas des
innombrables récits, épouvantables, burlesques ou édifiants,
que publient les témoins et les acteurs ; de l’apothicaire Blaze
au maréchal Soult en passant par la duchesse d’Abrantès et
l’obscur prisonnier sur les pontons de Cadix, tous ont quelque
chose à rapporter. A eux tous, ils mettent une certaine Espagne
à la mode et préparent ainsi la nouvelle « campagne
d’Espagne », pacifique celle-là, que vont lancer les écrivains
romantiques.

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DOCUMENTS

Coup d’œil sur l’Espagne

I. LA POPULATION (dénombrement de 1788).

Tableau des provinces de l’Espagne et de leur population


Andalousie 1 829 106
Galice 1 350 000
Vieille Castille 1 190 180
Nouvelle Castille 940 649
Catalogne 814 412
Royaume de Valence 783 084
Royaume de Léon 665 432
Aragon 623 308
Estramadure 416 922
Asturies 350 000
Royaume de Murcie 337 686
Biscaye 307 758
Royaume de Navarre 287 382
Manche 206 160
Total 10 102 079 habitans

Tableau des provinces,


d’après le nombre de leurs ecclésiastiques, en 1788.
Andalousie 24 487
Vieille Castille 17 787
Nouvelle Castille 14 237
Catalogne 12 409

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136 L’Espagne contre Napoléon

Aragon 10 006
Valence 9 920
Léon 9 232
Estramadure 6 590
Biscaye 4 523
Galice 4 000
Murcie 3 723
Navarre 3 549
Asturies 3 500
Manche 2 088
Total 126 050 ecclésiastiques

Tableau des provinces, d’après le nombre de leurs nobles


Asturies 150 000
Vieille Castille 146 036
Biscaye 116 923
Navarre 13 054
Nouvelle Castille 12 687
Andalousie 9 914
Aragon 9 144
Léon 9 000
Galice 6 000
Murcie 4 704
Estramadure 3 724
Catalogne 1 266
Valence 1 076
Manche 603
Total 484 131 nobles

Les principales observations que doivent suggérer ces


tableaux sont celles-ci :
1. Les provinces les plus montueuses et les moins fertiles, la
Galice et la Biscaye, sont proportionnellement les plus peu-
plées.
2. Les provinces septentrionales le sont en général davantage
que celles du Midi.
3. Les provinces situées sur les bords de la mer le sont davan-
tage que celles de l’intérieur.

.
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Documents 137

4. La population de la plupart des provinces est proportion-


née au nombre de leurs ecclésiastiques.
5. Les provinces septentrionales sont les plus riches en
noblesse ; ce qui s’explique par la féodalité établie originaire-
ment dans le Nord.
6. L’Espagne pourrait nourrir 25,000,000 d’habitans si elle
était peuplée partout comme en Galice, et ce ne serait pas trop.

II. L’agriculture

L’Espagne qui, d’après le calcul d’un de ses écrivains, pour-


rait nourrir 80,000,000 d’hommes, ne suffit pas aujourd’hui à
l’entretien de ses habitans. Un tiers d’entre eux tire du dehors
les premiers besoins de la vie : les provinces d’Alava, d’Aragon,
d’Estramadure, de Murcie, d’Andalousie, de Léon et des deux
Castilles, sont les seules qui recueillent sur leur propre sol de
quoi s’alimenter ; encore ne sont-elles pas toujours à l’abri de la
disette. Un des pays les plus fertiles de l’Europe se trouve ainsi
dans le même cas que l’île la plus productive, la Sicile. Le
manque de pain s’y fait sentir plus souvent et plus durement
que dans d’autres lieux moins comblés des dons de la nature.
(...)
La réunion d’une foule de circonstances peut seule expliquer
le déplorable état de l’agriculture dans une contrée si riche-
ment dotée par le ciel.
La première et la plus importante est le défaut de bras. Une
population de 12,000,000 d’hommes est trop faible sans doute
pour un royaume comme l’Espagne ; elle suffirait cependant
pour le cultiver mieux qu’il ne l’est aujourd’hui, si un grand
nombre de ses membres n’étaient perdus pour l’agriculture.
Il ne reste que 2,267,000 hommes pour la culture des terres,
nombre dont il faut encore retrancher une foule de vauriens, de
criminels aux galères, et tous ceux que des circonstances parti-
culières empêchent de travailler. (...)
Ces 2,267,000 hommes qui restent pour la culture des terres
font-ils leur devoir ?
Non, et pour différents motifs. La plupart ont leur source
dans leur caractère et dans leur manière de vivre. En général,

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138 L’Espagne contre Napoléon

l’Espagnol n’est pas actif ; il aime le far niente et la sieste autant


que l’Italien : c’est un fumeur déterminé, et sa cigare suffit pour
l’occuper. Comme la nature a compensé par la fertilité du sol ce
qui manque en activité aux peuples méridionaux, l’agriculture
espagnole aurait pu fleurir si elle n’avait pas rencontré d’autre
obstacle ; mais l’Espagnol a d’autres défauts qui lui sont
funestes : un des plus fâcheux est son aversion pour toute nou-
veauté, et la résistance qu’il oppose ainsi aux progrès du
temps : il est trop fier ou trop paresseux pour consentir à chan-
ger, et il a peine à concevoir qu’une chose puisse être mieux
qu’elle n’a été depuis des siècles. Aussi accueille-t-il avec peine
tout changement dans les méthodes d’agriculture, dût-il lui
offrir une véritable amélioration ; depuis la découverte de
l’Amérique, cette science est restée presque stationnaire. Son
économie et sa manière de s’enrichir ont un caractère parti-
culier fatal à la culture des terres ; il est dans l’usage d’entasser
les épargnes en argent monnayé, et de les laisser dormir dans
ses coffres. Rarement il les emploie à améliorer ses biens, à aug-
menter son bétail, à rendre sa demeure plus saine et plus
commode. Pour le placement de ses capitaux, il manque
d’occasion, et surtout de confiance, preuve incontestable du
triste état des manufactures et du commerce, ainsi que de la
mauvaise administration de la justice et de l’imperfection de
tous les genres d’industrie.

III. État des fabriques barcelonaises en 1801

Objets de fabrication Remarques et noms


des propriétaires

34 fabriques pour tisser les Le coton vient presque en


coton. Un grand nombre de entier de Malte et de l’Amé-
fabriques pour mettre en cou- rique espagnole. Ces fabriques
leur et imprimer les étoffes de occupent 20 000 hommes : le
coton tiers des produits se con-
somme dans le royaume de
Valence ; le reste va dans les
colonies.

.
.

Documents 139

91 filatures de coton, sous


le nom de Compania de Hila-
dos de al Godon de America.
Une grande verrerie.
Instruments de chirurgie, Juan Gonzalez
de mathématiques et de phy-
sique.
Gazes. Jayme Travesa
Parfumeries. Juan Jordana
Chapeaux. De toutes qualités et du prix
de 32 à 160 réaux. — Juan
Amat
Chapeaux. Vingt-quatre ouvriers — Joseph
Planas
14 fabr. de galons et autres
objets semblables.
285 métiers pour des bas
de soie.
Bas de coton.
Treize ouvriers en laine.
Étoffes de soie et de coton. Juan Catala y Folch

L’Espagne en 1808... par J.F. REHFUES, bibliothécaire de S.M. le


roi de Würtemberg (ouvrage traduit en français sur le manuscrit
en langue espagnole), Paris, Strasbourg, 1811, 2 vol. (extraits :
t. I, p. 316 et 319-320 ; t. II, p. 1 sq et 44).

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La réaction de Murat
aux événements madrilènes du 2 mai 1808
Lettre au général Dupont

Monsieur le Général, la tranquillité publique a été troublée


dans la capitale ; depuis deux jours tous les discours et le grand
nombre de paysans introduits dans Madrid nous annonçaient
une crise. En effet, dès les huit heures du matin, hier, la canaille
de cette ville obstruait toutes les avenues du palais, ainsi que les
cours. La reine d’Etrurie devait partir pour Bayonne : un aide de
camp, que j’envoyais pour la complimenter, fut arrêté par la
populace à une des portes du palais, et il aurait été assassiné
sans un piquet de ma garde que j’envoyai pour le délivrer. Un
second aide de camp, qui portait des ordres au général Grou-
chy, fut assailli à coups des pierres. Alors, on battit la générale,
et les troupes coururent sur les points qu’elles avaient ordre
d’occuper en cas d’alarme. Plusieurs colonnes marchèrent
contre différents rassemblements : quelques coups de canon à
mitraille les dispersèrent, et tout est rentré dans l’ordre. Cin-
quante paysans, pris les armes à la main, ont été fusillés hier
soir ; cinquante autres l’ont été ce matin. La ville sera désarmée,
et une proclamation va annoncer que tout Espagnol à qui l’on
trouvera quelque arme que ce soit, sera considéré comme sédi-
tieux et fusillé. Cette proclamation sera envoyée par le gouver-
nement à tous les capitaines-généraux et à tous les officiers
commandant les différents corps de l’armée espagnole, en les
rendant responsables des événements. L’ordre du jour suivant
sera envoyé en même temps que la proclamation. Au moyen de
la bonne leçon que je viens de donner, la tranquillité publique
ne sera plus troublée. J’ai appris qu’il y avait eu une alarme à

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142 L’Espagne contre Napoléon

Aranjuez, dimanche soir, à cause de quelques coups de fusil


tirés d’une maison, et j’ai donné ordre au général Vedel de
convoquer une commission militaire, et de faire fusiller les pay-
sans que l’on a trouvés en armes dans la maison, laquelle doit
être brûlée ou démolie. Faites afficher mon ordre du jour à
Tolède, à Aranjuez et dans vos différents cantonnements : ayez
soin qu’on distribue les différentes gazettes et les imprimés qui
y seront joints ; envoyez des officiers pour vous informer des
mouvements de l’armée du général Solano, et je suis convaincu
qu’elle n’en fera pas un seul dont vous ne soyez instruit. Décla-
rez publiquement que l’Empereur a fait notifier au prince des
Asturies qu’il ne le regardait que comme prince des Asturies,
que le vieux Roi et ce Prince ont choisi l’Empereur pour arbitre
de leur différend, et que dans ce moment il doit être terminé.
Témoignez à la noblesse et au clergé que la conservation de
leurs privilèges dépendra de la conduite qu’ils tiendront vis-à-
vis de l’Empereur et de ses troupes, et que l’intérêt de la nation
espagnole est d’être constamment unie avec la France. Annon-
cez encore que l’Empereur se rend garant de l’intégrité et de
l’indépendance de la monarchie espagnole.
Dans la journée d’hier il y eut au moins 1 200 hommes de
tués, soit de la populace, soit des bourgeois de Madrid ; et de
notre côté, nous n’avons eu que quelques centaines de blessés,
et cela parce qu’ils s’étaient trouvés seuls dans les rues.
Sur ce, Monsieur le Comte, je prie Dieu qu’il vous ait en sa
sainte et digne garde.
Madrid, le 3 mai 1808.
Joachim.

Exposition des faits et trames qui ont préparé l’usurpation


de la couronne d’Espagne et des moyens dont Buonaparte
s’est servi pour la réaliser (Paris, 1814, pp. 62-63).

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Proclamation de Napoléon
aux Espagnols — 1808

NAPOLEON, empereur des Français, roi d’Italie, et protecteur de


la Confédération du Rhin, etc., etc., etc., à tous ceux qui les
présentes verront, Salut :
Espagnols,
Après une longue agonie, votre nation périssait. J’ai vu vos
maux ; je vais y porter remède. Votre grandeur, votre puissance
fait partie de la mienne.
Vos princes m’ont cédé tous leurs droits à la Couronne
d’Espagne. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais je
veux acquérir des titres éternels à l’amour et à la reconnais-
sance de votre postérité.
Votre monarchie est vieille : ma mission est de la rajeunir.
J’améliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir des
bienfaits d’une réforme sans froissements, sans désordres, sans
convulsion.
Espagnols, j’ai fait convoquer une assemblée générale des
députations des provinces et des villes. Je veux m’assurer moi-
même de vos désirs et de vos besoins.
Je déposerai alors tous mes droits, et je placerai votre glo-
rieuse couronne sur la tête d’un autre moi-même, en vous
garantissant une Constitution qui concilie la sainte et salutaire
autorité du souverain avec les libertés et les privilèges du
peuple.
Espagnols, souvenez-vous de ce qu’ont été vos pères ; voyez
ce que vous êtes devenus. La faute n’en est pas à vous, mais à la

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144 L’Espagne contre Napoléon

mauvaise administration qui vous a régis. Soyez pleins d’espé-


rance et de confiance dans les circonstances actuelles ; car je
veux que vos derniers neveux conservent mon souvenir et
disent : Il est le Régénérateur de notre Patrie.
Donné en notre Palais Impérial et Royal de Bayonne, le
25 mai 1808.
Napoléon.

Archivo Histórico Nacional Madrid (Consejos, leg. 5511,


no 10).

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La Constitution de Bayonne,
proclamée le 7 juillet 1808

Acte constitutionnel de l’Espagne


Constitución
En el nombre de Dios todo poderoso : Don Josef Napoleón,
por la gracia de Dios, Rey de las Españas y de las Indias ;
Habiendo oído á la junta nacional congregada en Bayona
de orden de nuestro muy caro y muy amado hermano Napo-
león, Emperador de los Franceses y Rey de Italia, protector de
la Confederación del Rin, etc., etc., etc.
Hemos decretado y decretamos la presente constitución
para que se guarde como ley fundamental de nuestros esta-
dos, y como base del pacto que une á nuestros pueblos con
nos, y á nos con nuestros pueblos.

Constitution
Au nom du Dieu tout-puissant Don Joseph-Napoléon, par la
grâce de Dieu, roi des Espagnes et des Indes ;
Après avoir entendu la junte nationale, réunie à Bayonne par
les ordres de notre très cher et bien aimé frère Napoléon,
empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la confédéra-
tion du Rhin, etc., etc., etc.
Nous avons décrété et décrétons le présent statut constitu-
tionnel, pour être exécuté comme loi fondamentale de nos
Etats, et comme base du pacte qui lie nos peuples à nous et
nous à nos peuples.

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146 L’Espagne contre Napoléon

Título primero
De la religión
Art. 1o. — La religión católica, apostólica y romana, en
España y en todas las posesiones españolas, será la religión
del Rey y de la nación : y no se permitirá ninguna otra.

Titre premier
De la religion
Article premier. — La religion catholique, apostolique et
romaine est en Espagne et dans toutes les possessions espa-
gnoles la religion du roi et de la nation : aucune autre n’est per-
mise.

Título II
De la sucesión á la corona
Art. 2. — La corona de las Españas y de las Indias será
hereditaria en nuestra descendencia directa, natural y legí-
tima, de varón en varón, por orden de primogenitura, y con
exclusión perpetua de las hembras.
En defecto de nuestra descendencia masculina, natural y
legítima, la corona de España y de las Indias volverá á nues-
tro muy caro y muy amado hermano Napoleón, Emperador
de los Franceses y Rey de Italia, y á sus herederos y descen-
dientes varones, naturales y legítimos ó adoptivos. (...)

Titre II
De la succession à la couronne
Art. 2. — La couronne d’Espagne et des Indes est héréditaire
dans notre descendance directe, naturelle et légitime, de mâle
en mâle, par ordre de primogéniture [et à l’exclusion perpé-
tuelle des femelles].
À défaut de notre descendance masculine, naturelle et légi-
time, la couronne d’Espagne et des Indes sera dévolue à [notre
très cher et bien aimé frère] l’Empereur Napoléon, Empereur
des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du

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Documents 147

Rhin, et à ses héritiers et descendants mâles, naturels, légitimes


ou adoptifs (...)

Título IX
De las Cortes
Art. 61. — Habrá cortes ó juntas de la nación compuestas
de ciento setenta y dos individuos en tres estamentos, a
saber :
El estamento del clero ;
El de la nobleza ;
El del pueblo.
El estamento del clero se colocará á la derecha del trono, el
de la nobleza a la izquierda, y en frente del estamento del
pueblo.
Art. 62. — El estamento del clero se compondrá de veinte y
cinco arzobispos y obispos.
Art. 63. — El estamento de la nobleza se compondrá de
veinte y cinco nobles, que se titularán grandes de cortes.
Art. 64. — El estamento del pueblo se compondrá :
1o De sesenta y dos diputados de las provincias de España
e Indias
2o De treinta diputados de las ciudades principales de
España e islas adyacentes
3o De quince negociantes o comerciantes
4o De quince diputados de las universidades, personas
sabias o distinguidas por su mérito personal en las ciencias ó
en las artes (...)
Art. 72. — Para ser diputado por las provincias o por las
ciudades, se necesitará ser propietario de bienes raices.
Art. 73. — Los quince negociantes o comerciantes serán ele-
gidos entre los individuos de las juntas de comercio, y entre
los negociantes más ricos y más acreditados del reino (...)

Titre IX
Des Cortès
Art. 61. — Il y aura des Cortès ou assemblées de la nation,
composés de 172 membres et divisés en trois bancs, à savoir :

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148 L’Espagne contre Napoléon

Le banc du clergé ;
Le banc de la noblesse ;
Le banc du peuple.
Le banc du clergé sera établi à la droite du trône ;
Le banc de la noblesse à la gauche ;
Le banc du peuple en face.
Art. 62. — Le banc du clergé sera composé de vingt-cinq
archevêques ou évêques.
Art. 63. — Le banc de la noblesse sera composé de vingt-cinq
nobles, qualifiés de Grands des Cortès.
Art. 64. — Le banc du peuple sera composé :
1o De soixante-deux députés des provinces, tant d’Espagne
que des Indes
2o De trente députés des principales villes (de l’Espagne et
îles adjacentes)
3o De quinze négociants ou commerçants
4o De quinze députés des universités, savants ou hommes
distingués par leur mérite personnel, soit dans les sciences, soit
dans les arts (...).
Art. 72. — Les députés des provinces et des villes ne peuvent
être choisis que parmi les propriétaires de biens-fonds.
Art. 73. — Les quinze négociants ou commerçants seront
choisis parmi les membres des chambres de commerce et les
négociants les plus riches et les plus considérés du royaume
(...).

Título X
De los reinos y provincias españolas de América y Asia
Art. 87. — Los reinos y provincias españolas de América y
Asia gozarán de los mismos derechos que la metrópoli.
Art. 88. — Será libre en dichos reinos y provincias toda
especie de cultivo y de industria.
Art. 89. — Se permitirá el comercio recíproco de los reinos y
provincias entre sí y con la metrópoli (...).

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Documents 149

Titre X
Des royaumes et provinces espagnoles d’Amérique et d’Asie
Art. 87. — Les royaumes et provinces d’Amérique et d’Asie
jouiront des mêmes droits que la métropole.
Art. 88. — Toutes espèces de culture et d’industrie seront
libres dans lesdits royaumes et provinces.
Art. 89. — Le commerce réciproque d’un royaume ou d’une
province avec l’autre et desdits royaumes et provinces avec la
métropole est permis (...).

P. CONARD, La constitution de Bayonne, Paris, 1910, Biblio-


thèque d’Histoire Moderne, t. 2, fascicule IV.

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Le choix des « afrancesados » en 1808

« Quinta época : En la que se exponen los principios políticos


que guiaron a Azanza y O’Farril y a toda la parte de la nación
que abrazó el nuevo orden de cosas, durante la revolución de
España, desde las renuncias de Bayona hasta la restitución del
señor D. Fernando VII al trono.
Cuando a mediados de julio de 1808 capituló en Bailén el
cuerpo de ejército que mandaba el general Dupont, se exaltó el
entusiasmo nacional y se dedujo de este suceso que podía
hacerse la guerra con iguales y aun mayores ventajas. Precisa-
dos los franceses a concentrar sus fuerzas y a retroceder al
Ebro, tuvo el rey José que evacuar a Madrid en fin de julio, y
este acontecimiento, poniendo a todos en libertad de elegir y
decidirse por el partido que juzgasen podía prevalecer, cada
uno obró conforme al juicio que formó de las vicisitudes y
consecuencias ulteriores de la guerra. Entonces puede decirse
que se formaron los dos partidos, si así se quiere Ilamarse a dos
opiniones, abrazadas por unos y otros de buena fe y que tenían
por objeto lo que más convenía al bien de la nación en el
concepto de cada uno. De ahí provino que los unos, o sobresal-
tados con las amenazas del pueblo y sus atroces venganzas, o
consultando su posición personal y relaciones e intereses de
familia, o favorecidos de la circunstancia de no haber hecho
nada que diese a conocer su opinión política, se decidieron a
quedarse en Madrid, mientras que otros se resolvieron a salir de
la capital, retirándose con el ejército del rey José a Vitoria.

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152 L’Espagne contre Napoléon

En todo esto no se ve obrar otro principio que el de la opi-


nión sobre el éxito probable de la guerra. ¿ Y qué otro princi-
pio ha guiado en todos tiempos y países a los hombres cuando
han visto conjuradas contra su patria la política y una fuerza
superior e irresistible ? Sería un delirio el querer suponer fac-
ciones en un estado y en una guerra en que no se trataba de
mudar la forma de gobierno ni existían bandos que aspirasen o
se disputasen el mando supremo : guerra que no presentaba
entonces otro objeto que el derramar arroyos de sangre para
probar a la nación si, hallándose privada de sus antiguos sobera-
nos, le convenía conservar su independencia y recibir un rey
constitucional sostenido por las fuerzas de un Imperio que daba
la ley a toda la Europa. Cualquiera otro país o nación donde
hubiesen sucedido los acontecimientos que en España, hubiera
infaliblemente presentado los mismos fenómenos, la misma
diferencia de opiniones y de conducta, siendo compatible con
una y otra la mejor intención ; ningún hombre imparcial hallaría
dificultad en reconocer que todos aspiraban sinceramente a sal-
var la patria : los unos por la sumisión y los otros por la guerra
(...).
A vista de este cuadro que presentaba la nación ; ¿ qué hay
que admirarse de la fluctuación e incertidumbre en que osci-
laba la opinión y conducta de los hombres más sensatos ? La
reprobación de la guerra estaba pintada en el semblante de
todos ellos, y la general reserva que todos observaban en su
porte se hizo tan notable, que fueron muy contados los
hombres de un cierto mérito que pudieron evitar la nota de sos-
pechosos. Todas las pasiones se desencadenaron y los homici-
dios se aplaudían como actos positivos de patriotismo. Destituí-
das todas las autoridades, el mando supremo se halló de
repente depositado en manos inexpertas : unas, porque a favor
de la confusión y del desorden lo arrebataron ; otras, al contra-
rio, porque las intimidaron y forzaron a ejercer funciones, las
más ajenas de sus conocimientos y profesión. Libertad de deli-
berar, ninguna o precaria, porque las Juntas que se reconocían
mandatarias del pueblo soberano, nada se atrevían a disponer
sin esperar su iniciativa. En fin, si la apariencia de nuestros
recursos, cuya desproporción no era dada a todos conocer,

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Documents 153

mantenía en unos la duda y en otros la confianza que se podía


combatir sin temeridad el desorden y la anarquía, a que no se
veía un término sino remoto, los hicieron a todos desmayar.
¡ Felices en tan delicada crisis los que no teniendo cargo alguno
en el Gobierno podían esperar en silencio y en sus casas a que
se serenase la general tormenta y a dejarse conducir al puerto
en la nave que a otros incumbía gobernar ! ¡ Pero desgraciados y
dignos de compasión los que por sus empleos han contraído la
obligación de dirigir y aconsejar, y cuyo ejemplo y conducta se
han de mirar siempre como un fallo y juicio deducido de princi-
pios bien calculados, como que han de servir de guía a los
demás !
Constituídos en la obligación de no ver las cosas a otra luz
que la de la más pura imparcialidad, y a no desmentir el testimo-
nio de nuestras conciencias, ¿ qué podíamos pronunciar sobre
los resultados más probables de la guerra, sino hacer esta sola
reflexión ? Una población de once millones de almas y un pie
de ejército de sesenta mil hombres, aunque se cuadruplique
con nuevas levas, no resisten mucho tiempo a una población
de cuarenta millones y a un ejército de cuatrocientos mil
hombres de tropa, las más aguerridas de la Europa y dirigi-
das por una sola cabeza, que está en posesión de triunfar en
todas partes. Este juicio se ha frustrado, es verdad ; pero sin una
inspiración divina, ¿ quién haría enfonces la predicción contra-
ria y la de todo lo que ha pasado ?

Memoria de D. Miguel José de Azanza y Gonzalo O’Farril


sobre los hechos que justifican su conducta política desde
marzo de 1808 hasta abril de 1814, Paris, 1814 (Memorias de
tiempos de Fernando VII, B.A.E., t. 97, pp. 313-319).

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La guerre contre les Français,


« unique salut de la patrie » — 1808

(...) Con esta guerra, terrible, pero saludable, instrumento


para nuestra eterna prosperidad, no nos inocularán mas el
impío filosofismo, y la corrupcion de costumbres de sus vene-
nosos libros, que tanto daño han hecho en la juventud, trans-
formando á hombres y mugeres en arrendajos de su lenguage,
ideas, y fingida moralidad teatral : porque entre los franceses
todo es farsa empezando por la virtud. La gente que Ilamamos
culta y literata, todos eran hijos de España, pero gran parte
tenian su corazon en Francia, es decir, que enamorados de sus
libros, estaban casados con los autores : y de este casamiento
¿ cómo podrán salir ciudadanos defensores de la patria que
nunca amaron ? Tratarémos amigablemente con los moros, que
no nos desprecian ni aborrecen, y nos guardan la fe que no
conoce el infame Gobierno francés. Nos darán trigo, gallinas y
ganados, si lo necesitamos, y caballos para la guerra. No nos
vendrán á quitar el pan y la carne, que á ellos les sobra, ni el
vino que no beben, y nos enviarán dátiles, miel y cera, en lugar
de balas, acíbar y llamas de pólvora que nos han regalado los
christianísimos franceses.
Con esta guerra vendrán los frutos y caudales de América,
detenidos quatro años hace : surcarémos el Océano otra vez,
abriendo las comunicaciones entre ámbas Indias, y renacerá la
contratacion marítima, de que nos tenia privados el bárbaro
Napoleon desde que nos ató al carro de su estéril y funesta
gloria.

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156 L’Espagne contre Napoléon

Con esta guerra volverémos á ser españoles rancios, á pesar


de la insensata currutaquería, esto es, volverémos á ser
valientes, formales y graves. Tendrémos patria, la amarémos, y
defenderémos, sin necesidad que nos proteja el Protector tirano
de la esclava Confederacion del Rhin. Tendrémos costumbres
nuestras, aquellas que nos hicieron inconquistables á las armas,
y á la política extrangera. Cantarémos nuestras xácaras, baylaré-
mos nuestras danzas, vestirémos nuestro antiguo trage. Los que
se llaman caballeros montarán nobles caballos, en vez de tocar
el fortepiano, y de representar caseros dramas sentimentales
apestando á francés. Volverémos á hablar la castiza lengua de
nuestros abuelos, que andaba mendigando ya, en medio de
tanta riqueza, remiendos de xerga galicana. Aprenderémos el
árabe, el griego y el inglés, y despues el italiano y el aleman si se
sacuden de la dominacion napoleónica ; y si no, no. Nuestra len-
gua volverá á ser de moda quando el ingenio y seso de los espa-
ñoles produzca obras dignas de la posteridad, y quando la moral
y la política, cuya jurisdiccion vamos á fixar, salgan en trage y
lenguage castellano.
Con esta guerra reconquistarémos, no dominios ultramarinos
que nos acarrearian otras nuevas ; sino lo que es mas glorioso y
precioso, nuestro nombre, aquel nombre tan respetado en otro
tiempo de cultas y de bárbaras naciones. Renovarémos nuestra
antigua fuerza fisica y moral, que forma la potencia política de
los gobiernos : y la mejorarémos con nuevas leyes fundamen-
tales, sentadas sobre bases eternas é indestructibles. Darémos
exemplos de sabiduría á los demas pueblos de Europa, de la
suerte que hoy se los damos de fortaleza y valor para recobrar la
libertad perdida, en cuya heroyca empresa, hemos tenido la glo-
ria de ser nosotros los primeros. Aprendan las naciones del
esclavizado continente el arte de romper la bárbara cadena que
sufren : nosotros les enseñarémos á vencer, ó á morir para no
ser vencidas.
Con esta guerra limpiarémos la Guia de foresteros de los
nombres asquerosos de las familias reynantes napoleónicas, y
de sus satélites coronados. Recobrarémos la libertad de publicar
la Gazeta de nuestra Corte toda de nuestra cosecha, ó eleccion,
y no dictada al beneplácito de los Embaxadores de Francia, que
tenian atadas las manos al compositor en los artículos concer-

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Documents 157

nientes á noticias políticas y militares del resto del mundo :


pues debian copiarse sevilmente del mentiroso Monitor y
Publicista de París, únicos periódicos que se permitian leer y
extractar. Esta dura dependencia, por no decir servidumbre, ha
tenido que sufrir algunos años nuestro Gobierno, obligado á
mantener engañada y alucinada la nacion, ignorante del estado
político de la Európa,y de la verdad de los hechos que des-
figuraban, y de los que ocultaban los papeles públicos de Fran-
cia, que solo decian lo que el ministerio les manadaba, ó les per-
mitia decir.
Con esta guerra, única salud de la patria, saldrémos del peli-
gro espantoso de perecer todos al rigor de una hambre general,
si por última desgracia no nos hubiese favorecido el cielo con la
abundante cosecha del año último y del presente : pues los
decretos del bárbaro é iracundo enemigo de la Inglaterra, ántes
de habernos conquistado con las armas nos tenian cerrados los
puertos de esta península á todo pabellon. Ni de moros, ni de
christianos, por la represalia y despecho de la Inglaterra, podia-
mos esperar socorro en caso de necesidad. ¡ Qué horrorosa
perspectiva se presentaba á mi imaginacion, quando, para acre-
centar mas mis temores, veia entrar legiones de demonios ó
franceses, á comernos nuestro pan !

Centinela contra franceses por D.Antonio de Capmany ;


dedícalo al Excmo Señor D.Henrique Holland, lord de la Gran
Bretaña (Madrid, 1808, pp. 16-21).

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Appel de la Junte Centrale


au clergé espagnol — 1808

(...) Notre révolution eut pour causes le patriotisme et l’amour


de la religion qui heureusement existent encore dans ce royaume
catholique ; mais ces puissants mobiles ont perdu de leur force et
disparaîtraient peut-être complètement si nous n’adoptions des
mesures efficaces et péremptoires pour les ranimer et les raffer-
mir. La Junte, qui ne peut tolérer de voir perdues en un moment
la Patrie et la Religion, a cru qu’elle devait se faire aider dans cette
tâche si héroïque par les ecclésiastiques, car, si d’un côté ce sont
les plus intéressés au maintien de notre sainte religion, leur mis-
sion est aussi la plus propre à enflammer le peuple qui écoute
comme des oracles les ministres de l’autel.Il en est parmi eux de
fort instruits, d’énergiques et de populaires, qualités requises
chez quiconque doit persuader des hommes quels qu’ils soient ;
la Junte pense devoir s’appuyer sur ces dignes sujets pour,
comme nous l’avons dit, ranimer le patriotisme, et exciter
l’enthousiasme qui jusqu’à présent nous a donné tant de victoires.
La juste cause que nous défendons fournit assez de moyens
pour qu’il soit inutile de préciser ceux qu’il faudrait utiliser en
cette occasion et dans le but en question. Le danger que court la
Patrie est évident, le laisser-aller des populations trop manifeste,
ses résultats aussi inéluctables qu’épouvantables. Si le malheur
veut que l’Espagne succombe, la religion pourra-t-elle survivre à la
ruine de la Patrie gouvernée par un athée qui, au moment où il
essayait de nous tromper par de pompeuses promesses, laissait
ses soldats profaner les temples, violer les vierges sacrées et sacri-
fier les ministres de l’autel ? qui faisait écrire à ses infâmes agents

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160 L’Espagne contre Napoléon

des injures scandaleuses et des satires indécentes contre les mys-


tères les plus sacrés de la religion ? qui détrônait avec une audace
inouïe le Souverain Pontife, tête visible de l’Eglise ? Et si la religion
se perd, sera-t-il possible de conserver les vertus morales qui,
même dans des périodes de corruption, ont été dans notre pays
une digue contre la dépravation du siècle ? La Junte suprême ne
peut se faire à cette idée sans la plus grande douleur et la plus
grande tristesse, et elle est persuadée que Votre Excellence, ani-
mée des mêmes sentiments, sera convaincue de la nécessité d’avi-
ver la foi des fidèles et de leur montrer que la guerre dans laquelle
nous nous trouvons est une guerre sainte et religieuse : il serait
peut-être plus particulièrement opportun à ce sujet d’accorder,
comme au temps de la Croisade, des indulgences à ceux qui pren-
draient les armes, et d’envoyer aux Armées quelques Religieux,
notoirement connus pour leur vertu et leur éloquence, pour
haranguer les soldats au moment d’entrer en action (...).
Ces considérations et bien d’autres qui n’échapperont pas à la
sagacité de Votre Excellence ont amené la Junte à penser qu’indé-
pendamment de la mesure indiquée plus haut, il serait fort oppor-
tun de recommander spécialement à tous les curés desservants de
faire à la population dans les conversations privées, dans les ser-
mons doctrinaux et dans tous les actes publics, une peinture
fidèle du sort terrible qui l’attend si elle ne se défend pas vigou-
reusement jusque dans ses foyers ; de faire les mêmes recom-
mandations aux religieux de tous les couvents, chargeant les plus
énergiques des localités importantes pour les enflammer et les
amener jusqu’à s’armer en masse le jour où cette mesure sera
nécessaire pour sauver la Patrie.
Telles sont les idées de la Junte suprême, idées que, espère-
t-elle, Votre Excellence favorisera par tous les moyens que lui dic-
teront son zèle et son patriotisme, et qu’exige le succès d’une
cause qui importe autant à la religion qu’à l’Etat. Par décret royal,
j’en adresse communication à Votre Excellence pour qu’elle en
prenne connaissance et l’exécute.

Archivo Histórico Nacional, Madrid, Sec. Estado, leg.22, letra


G, in Textes historiques — 1799-1815, Delagrave, Paris, 1960,
pp. 145-147.

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Lettre d’un « vrai patriote » : abus et incurie


au sein de l’armée espagnole — 1808

Excmo Senor Presidente, y demas vocales dela suprema Junta


Central gubernativa del Reyno de España y de Yndias
Excmo Señor.
Un zeloso dela Religion, dela Patria, y amantisimo de nuestro
amado Soberano dn Fernando VII cuya persona representa S.M.
esa Suprema Junta, con el mas profundo respeto expone a V.M.
lo siguiente. En este Reyno de Galicia se cometieron y cometen
cada dia, los mayores despropositos contrarios alas criticas cir-
cunstancias qe nos cercan. El alistamiento qe se hizo pa la forma-
cion del exercito de esta nacion fue lieno de fraude, incluyendo
los mas menesterosos y dejando una infinidad de mozos robusti-
simos, qe se libertaron con dinero entregado a los Señores delas
Juntas de Provincia, Cirujanos y Medicos qe asistian en la de San-
tiago, para declarar su supuesta inutilidad. Lo mismo hicieron
los Jueces y Alcaldes delos Pueblos, engrosandose terrible-
mente, cuando muchos de ellos debian coger las armas pr no
tener impedimto alguno. Salen pa Lugo y en aquella ciudad se
empieza a despachar enlos pocos qe fueron a costa de 40 o 50
rs, qe acaso no llevarian los infelices conscriptos, franqueandole
su pasaporte, y libertad. En el dia se halla este exercito sin sol-
dados, el enemigo casi en ntros hogares, y los pueblos llenos de
gente util pa las armas. Unos estan ocultos, otros vagueando de
lugar en lugar, y las calles llenan el vacio con infinitos paseantes
motivo pr qe pongo en la alta consideracion de V.M. este papel,
y qe exige pronto remedio.

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162 L’Espagne contre Napoléon

Se trata de formar nuevos cuerpos de Milicias, pero ya veo


preparar los Jueces y Alcaldes para nuebos fraudes, y estafas. El
mejor metodo (salvo las sabias disposiciones de V.M.) será nom-
brar personas fieles, desinteresadas, y buenos patriotas para ins-
peccionar los mozos qe hay, obligando alos Curas exiban los
libros de Bautizados, y los padres qe dicen tienen sus hijos en el
exercito, presenten documentos o noticia en qe cuerpo de
Regimto sehallan, pa qe las Justicias ordinarias estan llenas de fal-
sedad, ocultando los qe en conciencia deben ir, ya con regalos,
ya con dinero e ya por respetos. Si algun interesado clama pr
algunos, al punto le mandan callar y alo mas le satisfacen con
nobleza, enfermedad habitual, y excepcion qe no tienen ni debe
valer. Delo contrario, ni parecerá la gente, ni se organizarán las
Milicias con la prontitud tan necesaria. Sin embargo veo algu-
nos de estos qe dan muestras de su patriotismo pretendiendo
ser oficiales ; ¿ y para qe lo hacen ? Para huir al frente del ene-
migo, pa hombrear con sus honores, y pa con ellos cometer
mayores excesos. Esto es constante. Lo mismo es llegar a un
Pueblo qe preguntar pr los Cafees, pr las Tertulias, casas de
juego y prostitucion. De aqui se siguen consequencias fatales
como son el abandono de si mismos, los robos en las mismas
compañias, los petardos qe pegan alos buenos que le franquean
lo necesario hasta el cobro de sus intereses, la muchedumbre
de enfermos enlos Hospitales, y la relaxacion enla tropa pr ver a
sus superiores entregados a todo vicio y desorden, quando
debian ser los mas exemplares. Fuera de esto, carecen de ins-
truccion en el manejo de armas y aunqe se proponen adquirirla,
inmediatamente se cansan por llamarles la atencion sus diver-
siones y pasatiempos, y tener pr bajeza qe un Cabo o Sargento
les enseñe su obligacion sino les llenan de improperios. Estos
sugetos se deben emplear en clase de soldados, y si quieren
grandes honores qe los ganen con proezas militares. Los unicos
oficiales pa las nuebas Milicias deben ser los Sargentos, y Cabos
qe ya sirvieron, aquellos en la clase de Capitanes, y estos enla de
Oficiales pr estar instruidos y acostumbrados a sufrir los trabajos
qe acarrean las campañas. Aman al soldado prqe conocen las
calamidades qe padecen enlas marchas, guarniciones, comidas y
dormidas. Son fieles, prqe no quieren Juegos, Tertulias, Cafees,
entretenimientos inutiles y comidas esplendidas. No tienen

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Documents 163

vicios, prqe su crianza no ha sido relajada, y se apartan de todo


qto el mundo les lisongea. Ultimamente no huyen al enemigo
como se experimenta en el dia, prqe saben van ala defensa de
ntra sagrada Religion, ntra amada Patria y los legitimos derechos
de ntro Rey dn Fernando VII. Con estos dignos Gefes se congra-
tulará la tropa, y con ellos correrá el soldado al frente del ene-
migo prqe ve son los primeros qe se presentan a vencer o morir.
El sabio conocimto qe V.M. tiene de estas verdades realizara
mis deseos, pa qe este nuebo exercito merezca los aplausos de
todos pr su disciplina militar y buenas costumbres, sirviendose
perdonarme el atrevimíento en coger la pluma pa informar a
una Junta Suprema y tan sabia, pr la que ruega al Señor le ilu-
mine pa el mejor acierto este Que B.L.P. de V.M.
El verdadero Patriota.
Santiago Diziembre 8 de 1808.

Archivo Histórico Nacional Madrid (sec. Estado, Junta Cen-


tral).

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Catéchisme espagnol de 1808

« Capítulo I.
— Dime hijo : ¿ qué eres tú ?
— Soy español, por la gracia de Dios.
— ¿ Qué quiere decir español ?
— Hombre de bien.
— ¿ Cuántas obligaciones tiene un español ?
— Tres : Ser cristiano y defender la patria y el rey.
— ¿ Quién es nuestro rey ?
— Fernando VII.
— ¿ Con qué ardor debe ser amado ?
— Con el más vivo y cual merecen sus virtudes y sus desgracias.
— ¿ Quién es el enemigo de nuestra felicidad ?
— El emperador de los franceses.
— ¿ Quién es este hombre ?
— Un malvado, un ambicioso, principio de todos los males, fin
de todos los bienes y compuesto y depósito de todos los vicios.
— ¿ Cuántas naturalezas tiene ?
— Dos : una diabólica y otra humana.
— ¿ Cuántos emperadores hay ?
— Uno verdadero en tres personas engañosas.
— ¿ Cuáles son ?
— Napoleón, Murat y Godoy.

Capítulo II.
— ¿ Qué son los franceses ?
— Antiguos cristianos y herejes modernos.

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166 L’Espagne contre Napoléon

— ¿ Quién los ha conducido a semejante esclavitud ?


— La falsa filosofía y la corrupción de costumbres.
— ¿ Cuándo se acabará su atroz despotismo ?
— Ya se halla cercano su fin.
— ¿ De dónde nos puede provenir esta esperanza ?
— De los esfuerzos que haga nuestra amada patria.
— ¿ Qué es patria ?
— La reunión de muchos gobernados por un rey, según nues-
tras leyes.
— ¿ Qué castigo merece un español que falte a sus justos
deberes ?
— La infamia, la muerte material reservada al traidor y la muerte
civil para sus descendientes.

Capítulo III.
— ¿ Es pecado asesinar a un francés ?
— No, padre ; se hace una obra meritoria librando a la patria de
estos violentos opresores.

Capítulo IV.
— ¿ Qué debemos hacer en el combate ?
— Aumentar la gloria de la nación, defender nuestros hermanos
y salvar la patria.
— ¿ Quiénes deben tomar las armas ?
— Todo el que pueda ; los designados por el gobierno menos
necesarios para los destinos públicos.

Capítulo V.
— ¿ Cuál debe ser la política de los españoles ?
— Las máximas de Jesucristo.
— ¿ Cuáles son las de nuestros enemigos ?
— Las de Maquiavelo.
— ¿ En qué consisten éstas ?
— En el egoísmo.

Capítulo VI.
— ¿ Qué felicidades debemos esperar ?
— Las que los tiranos no nos pueden dar.

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Documents 167

— ¿ Cuáles son ?
— La seguridad en nuestros derechos, el libre uso de nuestro
santo culto, el restablecimiento monárquico con arreglo a las
Constituciones españolas y las relaciones con la Europa.
— Pero, ¿ no las teníamos ?
— Sí padre ; mas degradadas por la adulación de las autoridades
que nos han gobernado.
— ¿ Quién debe restablecerlas y asegurarlas ?
— La España reunida en Cortes, a quien sólo compete este dere-
cho, tan luego como tenga sacudido el yugo extranjero.
— ¿ Quién nos autoriza a esta grande empresa ?
— Fernando VII, que deseamos a todo nuestro corazón ver
entrar entre nosotros por los siglos de los siglos. — Amén. »

F. DIAZ PLAJA, La historia de España en sus documentos — El


siglo XIX (Instituto de Estudios Políticos, Madrid, 1954, pp. 71-
73).

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Chansons de la Guerre d’Indépendance

A Ferdinand VII
Comparo la memoria Cantad, cantad, españoles,
del rey Fernando y todos a una voz
al olor que las rosas digan : Fernando reine
tienen por mayo. y también la Inquisición.
En su hermosura
es como el Arco Iris
que nos saluda.

A Napoléon
Bonaparte en los infiernos Mi madre no quiere
tiene una silla poltrona, que vaya a la plaza,
y a su lado está Godoy porque los soldados
poniéndole la corona. me dan calabazas.
Sus compañeros No quiero pepitas,
van de dos en dos : ni quiero melón,
Murat, Solano, que quiero cabezas
Junot y Dupont. de Napoleón.

A Joseph Bonaparte
Pierde cuidado, Pepe, Si no’m dones cent mil homes
que aunque no quieras, me’n tornaré prontament
has de ser rey de España a n’el meu regne de Nápols,
por tus botellas, sino’m ficaré a un convent.

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170 L’Espagne contre Napoléon

pues ellas solas


te harán de tus estados
gran rey de copas.

A ux guérilleros
Mina de mi vida, Es mi novio, un lancero
Longa de mi amor, de don Julián ;
Don Gaspar de Jáuregui si él me quiere mucho,
de mi corazón. yo le quiero más.
El corazón me lleva
puesto en la lanza :
¡ Que vivan los lanceros
y muera Francia !

A ux villes assiégées
La Virgen del Pilar dice Con las bombas que tiran
que no quiere ser francesa, los fanfarrones
que quiere ser capitana hacen las gaditanas
de la tropa aragonesa. tirabuzones.

J. GELLA ITURRIAGA, « Cancionero de la Guerra dela Independen-


cia » (Estudios de la Guerra de la Independencia, t. II, Insti-
tución Fernando el Católico, Zaragoza, 1965, pp. 374-403).

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Tragédie burlesque « El Fin de Napoladrón »

Duroc saldrá hecho un demonio de puro alborotado.

Duroc
Señor : Bayona toda sublevada
hacia aquí se endereza, y segun veo,
no con buena intención.

Voces dentro
Muera... que muera...
muera el tirano vil del universo...
muera Napoleón.

Napoleón
¿ Qué es lo que escucho ?
¿ Muera Napoleón ? ¡ Qué atrevimiento !
¡ Qué desacato es este ! Mis soldados...
mi guardia... mis gendarmes... luego... luego...
poned la artillería, y abrasadme
este villano y descarado pueblo.

DUROC, que habrá estado asomado a una ventana


Gastar pólvora en salvas me parece
será ya todo, pues se pasa el pueblo
de largo, y me parece se retira.

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172 L’Espagne contre Napoléon

Napoleón
De mi amenaza oirían el acento :
el estallido del cañón, no hay duda,
pone en paz en un punto al orbe entero :
es la única razón de los Monarcas,
y de que deberán usar sin miedo
para desvanecer quantos tumultos
y motines se formen en su reyno.
Tú, vete a descansar hermano mío,
mientras tanto que yo miro de nuevo
el grande plan que tengo ya formado
de dilatar y enriquecer mi imperio
con la Rusia, Suecia y Alemania.

Retírese el tío Pepe

Duroc
¡ Cáspita !... ¡ y quanto abraza ese proyecto !

Napoleón
¿ Mucho ? pues sábete no están seguros
de mí el Sultán, el Persa, ni el Marrueco.
Siendo mía la España, sus riquezas
y valor servirán a mis intentos,
pues con sus Indias llenaré mi bolsa,
y con quinientos mil de sus guerreros
y bravos habitantes (que a las armas
aplicaré sin pérdida de tiempo)
cátame ya absoluto Soberano
de las tres partes de este mundo inmenso.
Nací para mandar, y así no extrañes
la disforme extensión de mis proyectos :
haré por parecerme al Antecristo,
como ya se sospechan muchos necios,
y quiero remedarle en sus victorias,
aunque jamás en sus abatimientos.

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Documents 173

Duroc
¡ Qué valor tan heroyco y tan bizarro !
¡ Qué ánimos tan terribles y estupendos !
Solo temo, Señor, que no se adapten
los Españoles al intento vuestro,
y llamándose a engaño, desvanezcan
ese plan tan horrible y estupendo !
porque ellos son fatales, y si empiezan
a decir, que no quiero, que no quiero,
a Dios Napoleón, a Dios Franceses,
a Dios planes, y a Dios todo tu imperio.

Napoleón
No vuelvas a mentar los Españoles,
porque te haré sufrir el más severo
castigo, qual sufrió dias pasados
el impresor que sabes de Burdeos.
El estómago ya se debilita,
vámonos al café.

Duroc
Vamos corriendo.

Tragedia burlesca El fin de Napoladrón por sus mismos


sequaces, con una carta del infierno al Emperador de los dia-
blos en que le da quejas de su mal proceder.
P.D.Y.O.Y
Madrid, 1808 (pp. 5-9).

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Les souffrances de la population de Gérone


pendant le siège de 1809

À partir de la première entrée des Français en Catalogne, en


1808, jusqu’au mois d’août 1809, les maladies qui se manifes-
tèrent à Gironne furent peu dangereuses et sans contagion : sur
cent personnes entrées dans les hôpitaux, il n’en mourut que
cinq dans les temps les plus critiques.
Mais la disette n’ayant fait que s’accroître dans cette ville dès
les premiers jours de septembre jusqu’au 10 décembre qu’elle
capitula, elles augmentèrent en proportion des souffrances des
habitans ; en septembre, on vit paraître le scorbut, la dyssente-
rie et la fièvre d’hôpital. Le nombre des morts, en septembre,
fut de sept sur cent, de douze en octobre, de vingt-trois en
novembre, disproportion qui paraîtrait extraordinaire si l’on ne
faisait pas attention à la réunion de causes qui l’occasionna.
Par sa longue et héroïque défense, Gironne souffrit tous les
résultats du siège le plus cruel. Accablée par un travail conti-
nuel, par une manière de vivre extraordinaire, par les peines
d’esprit, la privation du sommeil, dans des lieux souterrains,
humides et privés de lumière, par un bombardement continuel,
des attaques sans cesse répétées, par la disette d’alimens, le
manque absolu de vin, eau-de-vie et liqueurs, qui forcèrent à
faire un trop grand usage d’eaux de mauvaise qualité, les habi-
tans ainsi que la garnison ne tardèrent pas à en ressentir les per-
nicieux effets. La faiblesse physique de toute la constitution et
spécialement du système nerveux joints à l’influence de l’atmo-
sphère, engendra, chez les uns, la fièvre gastrique nerveuse,
chez d’autres, la dyssenterie, chez ceux-là le scorbut. (...)

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176 L’Espagne contre Napoléon

Il faut joindre à cela l’état malheureux des hôpitaux où, par


suite du bombardement, il ne restait plus ni toits, ni voûtes, ni
fenêtres, ni matériaux pour les reconstruire. Les malades étaient
exposés à toutes les variations de l’atmosphère si funestes dans
les temps de pluie : on y manquait de balais, de baquets, de
chaises percées, enfin de tout ce qui est indispensable pour
entretenir la propreté ; il n’y avait ni bois, ni charbon, ni
vinaigre, ni aucune des substances nécessaires pour faire des
fumigations ; en un mot, tout s’y réunissait pour rendre les mala-
dies plus cruelles et plus contagieuses : la plupart des malades
étaient étendus sur la terre nue, faute de paille, de tréteaux et
de planches de lit, un grand nombre couchés sur une simple
paillasse pourrie ou sans paille ; tous sans chemises, sans draps,
sans oreillers, sans couvertures. Le manque de vinaigre, de vin,
ou autres liqueurs, la disette de pain et d’alimens empêchaient
les convalescens de parvenir à une guérison entière ; enfin la
privation des remèdes et drogues médicinales, ainsi que d’infir-
miers, de médecins et de chirurgiens, augmentèrent la mortalité
au point que l’on peut dire qu’à la dernière époque du siège, il
périssait soixante-quinze personnes sur cent malades.
Quelques-unes des places de la ville sont entourées
d’arcades. Elles étaient, au moment de la capitulation,
encombrées de malades, de mort et de mourans.
L’armée française n’ayant point d’approvisionnemens régu-
liers, ne recevant qu’avec peine et rarement des convois de
France, ne vivait que de réquisitions forcées et des enlèvemens
qu’elle faisait, à main armée, des blés, fourrages et animaux,
etc. Il est facile de concevoir qu’il régnait un grand désordre
dans ces actes de violence, et que l’on gaspillait autant que l’on
consommait. Qu’on juge, d’après cela, ce qu’ont dû souffrir les
communes environnant Gironne et celles qui se trouvaient dans
la ligne d’opérations, pendant ce long siège, et par la présence
de deux armées, celle française, de dix-huit à vingt mille
hommes ; celle des Espagnols, de vingt à trente mille. On se fera
une idée de l’état de misère auquel fut réduite la campagne des
environs, en apprenant que sur deux cent soixante-treize
paroisses ou communes, plus de la moitié resta sans culture

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Documents 177

pendant deux ans, par la destruction des habitations, l’enlève-


ment des bestiaux, et la fuite des habitans.

Journal d’un officier de la garnison de Gironne pendant le


siège de cette place en 1808 et 1809 (Mémoires de Duhesme,
de Vaughan, de D. Maria Ric et de Contreras, Paris, 1823,
pp. 210-214).

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Rapport du commandant d’une troupe


de guérilleros — 1809
Lettre du marquis de Monsalud à la Junte Centrale

Señor
La superior Junta del Gobierno de esta Provincia dispuso
viniese yo a este punt pa entregarme del mando de los patriotas
leales extremeños qe se han ido rehuniendo en el pa defensa de
la provincia y impedir qe el enemigo pueda seguir sus correrías
de saqueo. Asimismo qe me acompañasen los Sres dn Gonzalo de
Valdobinos vocal de dha superior Junta y Auditor de Guerra del
Exercito, dn Fernando Trabado y dn Josef Casillas Abogados de
los Rs Consejos y Auditores de Guerra honorarios, en calidad de
Jueces pa sustanciar militarmte los diferentes excesos qe puedan
cometer estos paisanos ; en cumplimiento de la orden qe me
pasó la citada junta, me puse en marcha inmediatamente y me
presenté en esta villa el dia 29 de Abril ultimo con mis dos Ayu-
dantes de Campo los tenientes Coroneles dn Laureano de las
Fuentes y dn Blas de Vidarte. Inmediatamente empezé a tomar
todas las medidas conducentes pa el mejor arreglo de este pelo-
ton de paisanos y poderlos subdividir en tercios, qe es el mas
analogo a su caracter, y el qe considero mas aproposito pa las
correrías contra el enemigo, incomodarle interceptandole
viveres y no dejarle tener ningun descanso en los diferentes
pueblos qe por desgracia ocupa. Asi se ha empezado a verificar
ya, pues habiéndose presentado a mis abanzadas en 30 de abril
ultimo un paisano aquien obligaron los Franceses a llebar una
orden de su comandte en Sta Marta por la qe pedía las raciones a
la villa de Feria, amenezandola qe si al otro dia no se las llebaban
iria con un fuerte destacamento por ellas, dispuse sin la menor

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180 L’Espagne contre Napoléon

dilacion qe el teniente de la Compa de tiradores Paisanos dn


Felix Sanchez Sardinero y el Alferez de vatallon de Cazadores de
Zafra dn Josef Asensio con treinta hombres de su Batallon,
veinte dragones de Cáceres y algunos paisanos armados fuesen
adha villa pa impedir un saqueo y escarmentar al enemigo. Tubo
tan buen efecto esta providencia, qe acosa de una legua de este
punto se encontraron con una partida de veinte y cinco dra-
gones franceses con los qe se batieron ; y fue tan feliz el resul-
tado qe se pusieron los enemigos en una precipitada fuga,
habiendoles hecho quatro prisioneros, el uno bastante herido,
cogiendoles seis caballos, dejando ademas uno muerto en el
campo, diferentes armas, ochomil ochocientos rs en dinero,
quatro relojes, un vaso de plata, y algunas otras menudencias
como medallas de plata, no habiendo sufrido ntra tropa ni la
mas leve lesion. Los prisioneros mande se llebasen sin deten-
cion a la plaza de Badajoz, y que todos los demas efectos se ven-
diesen y repartiese su importe entre todos los indibiduos qe se
hallaron en la accion.
No puedo menos de hacer presente a V.M. el vigor qe reina
en estos Paisanos, y los deseos qe tienen de qe se les presente
ocasion de batirse con el enemigo, pero, Señor, son como
ciento cinquenta y seis paisanos tan solo los qe tienen armas de
fuego, y los restantes estan armados de chuzos, arma aproposito
pa defender un puesto parapetado, pero no pa batirse a cuerpo
descubierto : de los pocos paisanos montados qe no pasa su
numero de ciento ochenta y seis, lo estan en Yeguas y Jacas
pero al natural conforme se usa en este pais ; y la unica fuerza qe
tengo disciplinada consiste en una compa de Cazadores de Zafra
y cien hombres del Regimiento de Dragones de Caceres. Aunqe
con tan cortisimo numero me prometo sin embargo quando se
presente la ocasion qe todos haremos un esfuerzo pa hacer ver
al enemigo el valor y patriotismo qe reina en los valerosos extre-
meños ; y si ser posible fuese qe de la plaza de Badajoz se me
pudiesen rehunir aunque no fuesen mas qe dosmil hombres dis-
ciplinados, con unos doscientos o trescientos cahallos, me pro-
metia desalojar a los enemigos de Sta Marta, y los otros dife-
rentes puntos qe ocupan en corto numero por estas
immediaciones.

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Documents 181

Enfin, Señor, mis deseos son defender la patria como leal


vasallo, y no omitiré diligencia alguna pa qe este punto qe se me
ha confiado se defienda, arrolle al enemigo, interceptandole los
viveres, y impedir sigan el saqueo en los pueblos qe hasta ahora
no han tenido la desgracia de ser saqueados. Estoy trabajando
incesantemente dia y noche pa poner estos paisanos en termi-
nos qe parezcan militares, y puedan hacer el servicio con algun
conocimto .
Aier los hize formar, y exorte a qe todo contribuiesen, y se
prestasen adefender hasta perder la ultima gota de ntra sangre
la justa causa qe nos anima ; y pa mañana tengo dispuesto hagan
el juramento solemne de fidelidad, como la primer vase de todo
militar.
Tambien he oficiado a todas las justicias delos pueblos cir-
cumbecinos exortando la alarma general, y ba surtiendo mui
buenos efectos porqe diariamte se ban presentando en este
punto infinidad de paisanos, pero sin armas.
No puedo menos de recurrir a V. M. pa qe mande se conduz-
can a este punto algunos fusiles, como tambien dinero pa poder
sostener y atender a lo mucho qe cada dia ocurre ; pues la plaza
de Badajoz considero no me los puede facilitar y la alta penetra-
cion de V. M. conocerá quan indispensables son los dos auxilios
qe con toda sumision pido.
Nro Sor gue la importante vida de V. M. muchos años.
Nogales 2 de maio de 1809
El Marqs de Monsalud

Archivo Histórico Nacional Madrid, Sec. Estado, Junta Cen-


tral, leg. 41, letra B.

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Opinion de Jovellanos
sur les Cortès de Cadix — 1810
Lettre à lord Holland

Muros de Noya, diciembre de 1810


La última carta que escribí fue de 30 de agosto, y la última
que recibí de Vm de 25 de septiembre. Pero este día era muy
señalado, como aniversario de la instalación de nuestra des-
graciada Junta y como primero de las deliberaciones de nues-
tras Cortes, ¡ utinam felices ! Habíanse abierto el día anterior.
Nada diré de sus resoluciónes, que hasta ahora parecen buenas,
aunque precipitadas. Mucho que celebrar, porque al fin han
consagrado la libertad de imprenta, aunque no sé todavía
como está concebida la ley. No por eso dejaré de decir que la
resolución me parece muy precipitada, y que temo que los pri-
meros que se aprovecharán de esta libertad para enredar y tur-
barnos acá y en América, serán los franceses. Esta libertad no
puede ser buena sino bajo de una buena Constitución, y para
que sea la nuestra no debe empezar por aquí. Dirá Vm que sin
ella no se puede formar una buena Constitución ; mas yo creo
que sí. No son luces adquiridas de repente las que deben suge-
rir su plan ; luces, estudios, observaciones hechas muy de ante-
mano deben concebirle, proponerle, demostrar su bondad y
obtener su sanción. Fuera de que, hablando en general, Vm
debe reconocer que no somos muy sabios en política, que sin
escritores, sin imprentas, sin compradores de libros, la luz que
nos puede venir por este medio es escasa y tardía. La ley, pues,
será buena y obrará su efecto en adelante ; pero en el día puede
ser dañosa, si nuestro enemigo con los poderosos medios que
tiene en la mano compra escritores que perviertan la opinión

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184 L’Espagne contre Napoléon

pública y perturben la paz interior, cosa no muy difícil, pero


muy peligrosa en medio de la actual fermentación y exaltación
del espíritu público.
Pero me da mucho que temer su organización. Las Cortes se
han constituido en una forma demasiado libre, y en ninguna
manera arreglada. Han puesto al poder ejecutivo, ya antes muy
débil por su naturaleza y falta de apoyo en la opinión, en abso-
luta dependencia del legislativo ; ni le han dado ninguna especie
de veto, ni derecho de revisión, ni de sanción ; se han consti-
tuido en una sola Cámara ; no han tomado ningún medio de
duplicar la discusión, y lo que sobre todo puede ser funestí-
simo, las proposiciones, discusiones y deliberaciones se hacen
al golpe, que es decir, sin la reflexión y meditación que requie-
ren las graves materias que deberán resolverse.
Vm verá ahora cuánto esto dista del plan con tanta madurez
concebido y propuesto en nuestro último decreto ; plan que la
Regencia hubiera podido establecer sin peligro, por lo mismo
que le hicieran otros, que hubiera servido de apoyo a su auto-
ridad, también sin peligro de que abusase de ella, y que al fin
hubiera preparado el camino para una excelente Constitución,
que era su primer objeto. ¿ Espera Vm algo semejante de la orga-
nización adoptada ? ¿ Espera Vm que, excluidos de las primeras
Cortes hombres de instrucción y de juicio, entre los cuales des-
cuella, según dicen, nuestro Agustin Argüelles, quantam lena
solent inter viburna cupressi : pero sé que hay otros cuyos
principios políticos son bebidos sin reflexión en J. J., Mably,
Locke, Milton y otros teoréticos que no han hecho más que
delirar en política.
Y en tal situación, ¿ cree Vm que yo deba volver a Cádiz ? A
qué ? ¿ Quién oiría mi débil voz ? ¿ No estoy mejor aquí para cui-
dar de mi salud y mi reputación y restablecer una y otra ? Yo,
como dije a Vm en mi última, viendo tan dudosa la suerte de
Asturias, y que algunos me deseaban en Cádiz, estuve muy incli-
nado a volver allí ; mas ya no lo haré, si no me fuerzan las pun-
tas de la espada o del hambre, porque hace ocho meses que no
se me paga mi pobre sueldo, y va para dos que no recibo una
sola carta de Cádiz. Así que, mientras me olvidan allá cuido de
mí en este rincón.

JOVELLANOS, Obras (B.A.E., t. 86, pp. 470-471).

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Portraits comparés des libéraux


et des conservateurs — 1811

« Guerra político-literaria entre liberales y serviles y prelimi-


nares de paz que propone un aventurero. »
« No sólo Napoleón y sus viles satélites intentan entronizar el
despotismo a sangre y fuego hollando insolentemente los dere-
chos del hombre y acabando con toda especie de cultura ; sino
que entre nosotros mismos se ha levantado una numerosa secta
de prevaricadores políticos que honrándose con el noble dic-
tado de patriotas tratan de embrutecer y preparar el yugo a la
patria ; o más bien quieren a costa del bien común afianzar el
suyo particular ; y con este propósito corren por imprentas y
librerías atizando el fuego de la discordia, ya que no pueden
soplar el de las hogueras inquisitoriales.
Dormían estos góticos y abatidos siervos en el regazo de la
ignorancia arrullados por el pestilente egoísmo, quando la voz
de la razón que en el congreso nacional promulgó la libertad de
imprenta y la soberanía del pueblo, los despertó de su escolás-
tico letargo ; y a semejanza de un toro aguijoneado con banderil-
las de fuego, comenzaron a dar brincos, corcobos y bramidos,
exalándose en injurias e imprecaciones contra los sensatos
reformadores. Como ignorantes en el arte de escribir tardaron
muchos días en manejar la pluma, hasta que un osado escolar se
atrevió a publicar un folleto, y desde entonces comenzaron a
formarse partidas de bárbaros, que aunque mal armados y faltos
de disciplina, no dexaron de causar algun daño en la républica
literaria. Despreciáronlos al principio los aguerridos alumnos de
Minerva ; con lo qual se ensobervecieron y aumentaron aquéllos

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186 L’Espagne contre Napoléon

de tal suerte que han llegado a componer un copioso exército,


y es el que hoy pelea en Cádiz contra los defensores de la
constitución y de la libertad. De ella toman los últimos la deno-
minación de liberales en contraposición a aquellos salvages que
apellidamos serviles, porque combaten por la servidumbre.
El exército de liberales se distingue más por su excelente tác-
tica, disciplina y pericia, que por el número de los comba-
tientes. Tiene varios generales de sobresaliente mérito que en
disponer un plan de ataque y harengar con elocuencia a las tro-
pas son aventajadísimos, si bien se les tacha de poco diestros en
formar y mantener alianzas. El estado mayor se compone de ofi-
ciales expertos y valientes llamados periodistas, porque peri-
ódicamente molestan a los serviles. Las tropas ligeras de este
exército, conocidas con el nombre de volanderos, son también
muy señaladas y siempre arrollan a los cuerpos avanzados del
enemigo, que son sumamente torpes y pesados. Los liberales
están además bien provistos de municiones y demás pertrechos
de guerra : pelean a pecho descubierto y nunca vuelven la
espalda : hacen mucho uso de la arma blanca : no conocen la
traición ni la alevosía, y llevan en sus banderas esta divisa :
Libertad de la patria.
Los serviles, aunque muy numerosos, no forman un todo
regular y uniforme, sino que a fuer de gente inculta se asocian
tumultuariamente para la pelea ; gritan mucho y dan pocos
golpes : sus armas tomadas y mohosas apenas hacen mella :
usan frecuentemente de la metralla, que por lo común es de
pergaminos y papeles ahumados ; pero la puntería de sus
cañones es tan incierta que casi todos los tiros se pierden en el
aire : atrinchéranse detrás de gruesos tomos en folio, y desde
allí disparan cohetes incendiarios, cuyo fuego suele ser fatuo.
No tienen caballería, y en lugar de ella se valen de jumentos, sin
freno, enseñados a rebuznar y dar coces en lo más sangriento
de la pelea. No conocen el derecho de gentes, y así es que
quando hacen algún prisionero le queman en parrillas dan-
zando al rededor de él como caribes : son muy dados a la trai-
ción, y quando pueden a su salvo herir por la espalda, lo hacen
sin escrúpulo alguno : la calumnia es su arma favorita ; con ella
acometen a los honrados patriotas llamándoles públicamente

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.

Documents 187

hereges y ateos para que el incauto pueblo los deteste y per-


siga ; si bien éste conoce ya quién es su verdadero enemigo y
quién el defensor de sus derechos ; por cuya razón no son de
temer tales acusaciones. Finalmente estos caníbalos llevan en su
negro estandarte la siguiente divisa : Persecución y despotismo.

Semanario Patriótico, 3a época, jueves 29 de agosto de


1811, pp. 125-128 (Hemeroteca Municipal Madrid).

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Constitution politique
de la monarchie espagnole,
promulguée à Cadix le 19 mars 1812

Au nom de Dieu le tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit,


auteur et législateur suprême des sociétés.
Les cortès généraux et extraordinaires de la nation espagnole,
bien convaincus, d’après un long examen et une mûre délibéra-
tion, que les anciennes lois fondamentales de cette monarchie,
modifiées par une organisation et appuyées d’une garantie, qui
assurent d’une manière stable et permanente leur entière exé-
cution, rempliront le grand objet désiré, celui de la gloire, de la
prospérité et du bien-être de toute la nation, décrètent, pour le
bon gouvernement et la bonne administration de l’Etat, la
constitution politique suivante :

TITRE I
De la Nation espagnole et des Espagnols

CHAPITRE PREMIER

De la Nation espagnole

Art. 1. La Nation espagnole se compose de tous les Espagnols


des deux hémisphères.
Art. 2. La Nation espagnole est libre et indépendante ; elle
n’est ni ne peut être le patrimoine d’aucune famille ni d’aucune
individu.
Art. 3. La souveraineté réside essentiellement dans la nation ;

.
.

190 L’Espagne contre Napoléon

et, par la même raison, c’est à elle qu’appartient exclusivement


le droit d’établir ses lois fondamentales.
Art. 4. La Nation est obligée de conserver et de protéger, par
des lois sages et justes, la liberté civile, la propriété ainsi que les
autres droits légitimes de tous les individus qui la composent.

CHAPITRE II

Des Espagnols

Art. 5. Sont espagnols :


1o Tous les hommes libres, nés et domiciliés dans les posses-
sions des Espagnes, ainsi que leurs enfants ;
2o Les étrangers qui ont obtenu des lettres de naturalisation
des cortès ;
3o Ceux qui, sans ces lettres de naturalisation, sont domici-
liés, conformément à la loi, depuis dix ans dans quelque ville ou
village de la monarchie ;
4o Les affranchis, dès qu’ils ont acquis la liberté dans les
Espagnes.
Art. 6. L’amour de la patrie est un des principaux devoirs de
tous les Espagnols, ainsi que la justice et la bienfaisance.
Art. 7. Tout Espagnol est obligé d’être fidèle à la constitution,
d’obéir aux lois et de respecter les autorités constituées.
Art . 8. Est également obligé tout Espagnol, sans aucune dis-
tinction, de contribuer, à proportion de ses facultés, aux
dépenses de l’Etat.
Art . 9. Tout Espagnol est encore obligé de défendre la patrie,
les armes à la main, quand il est appelé par la loi.

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Documents 191

TITRE II
Du territoire des Espagnes, de sa religion,
de son gouvernement et des citoyens espagnols

CHAPITRE II

De la religion

Art. 12. La religion de la nation espagnole est et sera perpé-


tuellement la religion catholique, apostolique, romaine, et la
seule vraie. La nation la protège par des lois sages et justes, et
défend l’exercice de toutes les autres.

CHAPITRE III

Du gouvernement

Art. 13. L’objet du gouvernement est le bonheur de la nation,


car le but de toute société politique n’est autre chose que le
bien-être des individus qui la composent.
Art. 14. Le gouvernement de la nation espagnole est une
monarchie limitée héréditaire.
Art. 15. Le pouvoir de faire les lois réside dans les cortès avec
le roi.
Art. 16. Le pouvoir de faire exécuter les lois réside dans le
roi.
Art. 17. Le pouvoir d’appliquer les lois dans les causes civiles
et criminelles, réside dans les tribunaux établis par la loi.

CHAPITRE IV

Des citoyens espagnols

Art. 18. Sont citoyens les Espagnols nés de pères ou de mères


originaires des domaines espagnols dans les deux hémisphères,
et domiciliés dans une commune de ces domaines.
Art. 19. Est également citoyen l’étranger qui jouissant déjà

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192 L’Espagne contre Napoléon

des droits d’un Espagnol, obtiendra des cortès des lettres spé-
ciales de citoyen.

TITRE IV
Du roi.

CHAPITRE PREMIER

De l’inviolabilité du roi et de son autorité

Art. 168. La personne du roi est sacrée et inviolable. Le roi


n’est sujet à aucune responsabilité.
Art. 169. Le roi aura le titre de majesté catholique.
Art. 170. Le pouvoir de faire exécuter les lois est l’attribution
exclusive du roi, et son autorité s’étend à tout ce qui a pour
objet la conservation de l’ordre public dans l’intérieur et la
sûreté extérieure de l’état, en se conformant à la constitution et
aux lois. (...)
Art. 172. L’autorité royale est soumise aux restrictions sui-
vantes :
1o Le roi ne peut empêcher, sous aucun prétexte, la réunion
des cortès aux époques et dans les circonstances prévues par la
constitution, ni les suspendre, ni les dissoudre, ni en aucune
manière entraver leurs séances et délibérations.
Ceux qui le conseilleraient ou l’aideraient dans une tentative
ayant pour but des actes de cette nature, sont déclarés traîtres
et seront poursuivis comme tels.
2o Le roi ne peut sortir du royaume sans le consentement des
cortès ; s’il le fait, il est censé avoir abdiqué.
3o Le roi ne peut aliéner, céder, abandonner, ni de quelque
manière que ce soit, transporter à un autre l’autorité royale, ni
aucune de ses prérogatives. Si, pour une cause quelconque, il
veut abdiquer la couronne en faveur de son successeur immé-
diat, il ne peut le faire sans le consentement des cortès.
4o Le roi ne peut aliéner, céder ou échanger aucune pro-
vince, ville, bourg ou village, ni aucune portion, quelque petite
qu’elle puisse être, du territoire espagnol.

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.

Documents 193

5o Le roi ne peut faire d’alliance offensive, ni de traité spécial


de commerce avec aucune puissance étrangère, sans le consen-
tement des cortès.
6o Il ne peut non plus s’obliger, par aucun traité, à fournir
des subsides à aucune nation étrangère, sans le consentement
des cortès.
7o Le roi ne peut céder ni aliéner les biens nationaux sans le
consentement des cortès.
8o Le roi ne peut exiger directement par lui, ni indirecte-
ment, aucuns impôts ou contributions, ou les demander sous
quelque dénomination ou quelque prétexte que ce soit ; mais ils
doivent toujours être décrétés par les cortès.
9o Le roi ne peut accorder de privilège exclusif à aucune per-
sonne ou corporation.
10o Le roi ne peut ôter à aucun particulier, ni à aucune cor-
poration, leur propriété, ni les troubler dans la possession,
usage ou profits de ladite propriété ; et si, dans un cas quel-
conque, il est nécessaire, pour un objet d’utilité commune et
reconnue, de prendre la propriété d’un particulier, il ne pourra
le faire sans l’indemniser sur-le-champ, et sans lui en donner la
valeur bien constatée par experts.
11o Le roi ne peut priver aucun individu de sa liberté, ni lui
infliger aucune peine de son autorité privée. Le ministre qui
signe l’ordre, et le juge qui l’exécute, sont responsables envers
la nation, et punis comme coupables d’attentat contre la liberté
individuelle.
Seulement, dans le cas où le bien et la sûreté de l’Etat exigent
l’arrestation d’un individu, le roi pourra donner des ordres à cet
effet, mais à la condition que, dans les quarante-huit heures, il le
fera livrer et mettre à la disposition du tribunal ou juge
compétent.
12o Le roi, avant de contracter mariage, en fera part aux cor-
tès, pour obtenir leur consentement ; et s’il ne le fait pas, il est
censé abdiquer la couronne.

Constitution politique de la monarchie espagnole promul-


guée à Cadix le 19 mars 1812, traduite de l’espagnol par P.
Delasteyrie (Dentu, Paris, 1814).

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Mesures en faveur des Indiens


décidées par les Cortès — 1812
Decreto CCVII de 9 de noviembre de 1812

Las Córtes generales y extraordinarias, deseando remover


todos los obstáculos que impidan el uso y ejercicio de la liber-
tad civil de los españoles de Ultramar ; y queriendo asimismo
promover todos los medios de fomentar la agricultura, la indus-
tria y la poblacion de aquellas vastas provincias, han venido en
decretar y decretan :
I. Quedan abolidas las mitas, ó mandamientos, ó repartimien-
tos de Indios, y todo servicio personal que bajo de aquellos ú
otros nombres presten á los particulares, sin que por motivo ó
pretexto alguno puedan los Jueces ó Gobernadores destinar ó
compeler á aquellos naturales al expresado servicio.
II. Se declara comprendida en el anterior artículo la mita que
con el nombre de faltriquera se conoce en el Perú, y por consi-
guiente la contribucion real aneja á esa práctica.
III. Quedan tambien eximidos los indios de todo servicio per-
sonal á cualesquiera corporaciones ó funcionarios públicos ó
Curas párrocos, á quienes satisfarán los derechos parroquiales
como las demas clases.
IV. Las cargas públicas, como reedificacion de casas munici-
pales, composicion de caminos, puentes y demas semejantes se
distribuirán entre todos los vecinos de los pueblos, de cualquier
clase que sean.
V. Se repartirán tierras á los Indios que sean casados, ó
mayores de veinte y cinco años fuera de la patria potestad, de
las immediatas á los pueblos, que no sean de dominio particular
ó de comunidades ; mas si las tierras de comunidades fuesen

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196 L’Espagne contre Napoléon

muy cuantiosas con respecto á la poblacion del pueblo á que


pertenecen, se repartirá, cuando mas, hasta la mitad de dichas
tierras, debiendo entender en todos estos repartimientos las
Diputaciones provinciales, las que designarán la porcion de ter-
reno que corresponda á cada individuo, segun las circunstan-
cias particulares de este y de cada pueblo.
VI. En todos los colegios de Ultramar donde haya becas de
merced se proveerán algunas en los Indios.
VII. Las Córtes encargan á los Vireyes, Gobernadores, Inten-
dentes y demas Gefes, á quienes respectivamente corresponda
la ejecucion de este decreto, su puntual cumplimiento, decla-
rando que merecerá todo su desagrado y un severo castigo cual-
quiera infraccion de esta solemne determinacion de la voluntad
nacional.
VIII. Ordenan finalmente las Córtes, que comunicado este
decreto á las Autoridades respectivas, se mande tambien cir-
cular á todos los Ayuntamientos constitucionales y á todos los
Curas párrocos, para que leido por tres veces en la misa parro-
quial, conste á aquellos dignos súbditos el amor y solicitud
paternal con que las Córtes procuran sostener sus derechos y
promover su felicidad.
Lo tendrá entendido la Regencia del Reino para disponer el
mas exacto cumplimiento en todas sus partes, y lo hará impri-
mir, publicar y circular. Dado en Cádiz á 9 de Noviembre de
1812. p Grancisco Morrós, Presidente. p Juan Quintano,
Diputado Secretario. p Josef Joaquin de Olmedo, Diputado
Secretario. p A la Regencia del Reino.

Colección de los decretos y órdenes que han expedido las


Cortes generales y extraordinarias desde 24 de mayo de
1812 hasta 24 de febrero de 1813, mandada publicar de
orden de las mismas (Madrid, 1820, t. 3, pp. 161-162).

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Bolivar, porte-parole
des insurgés vénézuéliens — 1813

Quartier Général de Valencia, le 2 octobre 1813.


À Son Excellence le gouverneur et capitaine général de l’Ile
de Curaçao et de ses dépendances

Excellence,
J’ai l’honneur de répondre à la lettre de Votre Excellence
datée du 4 septembre dernier et reçue hier, qui fut retardée,
pour des raisons que j’ignore, sans doute dans le trajet de cette
île au port de La Guaira.
Le respect que je dois à un chef de la Nation britannique et la
gloire de la Cause américaine m’imposent le devoir sacré de
faire connaître à Votre Excellence les raisons douloureuses de
ma conduite à l’égard des Espagnols. Car nos ennemis ont ruiné
de fond en comble le Venezuela, et commis des crimes qu’on
devrait condamner à un éternel oubli, si la nécessité de justifier
aux yeux du monde la guerre à mort que nous avons décidé de
faire ne nous obligeait à prendre à témoins les échafauds, les
horribles cachots où ils furent commis pour qu’ils les exposent
à Votre Excellence.
Un continent séparé de l’Espagne par des mers immenses,
plus peuplé et plus riche qu’elle, et réduit pendant trois siècles
à une dépendance dégradante, tyrannique, apprend en 1810 la
dissolution du Gouvernement de l’Espagne par suite de
l’occupation du territoire par les armées françaises. Il se met en
branle pour éviter ce même sort et échapper à l’anarchie et au
désordre qui le menacent. Le Venezuela a été la première

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198 L’Espagne contre Napoléon

nation à constituer une junte pour maintenir les droits de Ferdi-


nand VII jusqu’à l’issue finale de la guerre. Il offrit aux Espa-
gnols désireux d’émigrer un asile fraternel. Il investit beaucoup
d’entre eux des fonctions de la magistrature et garda dans leurs
emplois tous ceux qui remplissaient les charges les plus hautes
et les plus importantes. Preuves évidentes que les Vénézuéliens
avaient l’intention de maintenir l’union avec l’Espagne, à quoi
les Espagnols en général répondirent par le vol et la plus noire
perfidie en abusant de la confiance et de la générosité de notre
peuple.
Le Venezuela a adopté en effet cette mesure parce qu’il y fut
poussé par une nécessité inéluctable. Dans des circonstances
moins critiques, des provinces de l’Espagne, moins importantes
que cette contrée, avaient institué des juntes gouvernementales
pour échapper au désordre et aux troubles. Le Venezuela, lui,
ne devait-il pas se mettre également à l’abri d’aussi grandes cala-
mités et assurer son existence contre les rapides vicissitudes de
l’Europe ? N’aurait-il point nui aux Espagnols de la Péninsule s’il
était demeuré exposé aux bouleversements que devait amener
l’absence d’un gouvernement reconnu ? Et les Espagnols ne
devraient-ils donc pas nous savoir gré de nos sacrifices pour
leur procurer un asile inviolable ? Qui se serait attendu à ce
qu’un blocus rigoureux et des hostilités cruelles répondissent à
tant de générosité ?
Persuadé que l’Espagne avait été complètement subjuguée,
comme on le crut partout ailleurs en Amérique, le Venezuela
prit cette initiative, qu’il aurait aussi bien pu prendre longtemps
avant comme il y était autorisé par l’exemple des provinces de
l’Espagne, dont il était déclaré l’égal en droits et en représenta-
tion politique. Vint ensuite la Régence, qui s’établit dans le
tumulte à Cadix, le seul endroit où ne pénétrèrent pas les aigles
françaises ; et de là elle fulmina ses décrets de ruine contre des
peuples libres qui, sans y être obligés, avaient maintenu des
relations et l’unité nationale avec un peuple dont ils étaient
naturellement indépendants.
Tel fut le généreux esprit qui anima la première révolution en
Amérique, révolution sans haine, sans vengeance, sans effusion
de sang. N’aurait-on pu, au Venezuela, à Buenos Aires, en Nou-

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Documents 199

velle-Grenade, manifester de justes ressentiments devant tant


d’affronts et de violences, et jeter à bas ces vice-rois, gouver-
neurs et régents, tous ces mandataires, bourreaux de leur
propre espèce, qui se complaisaient à détruire les populations
américaines, faisaient périr dans d’horribles cachots les plus
illustres et les plus vertueux de nos compatriotes, dépouillaient
les hommes du fruit de leurs travaux, et portaient tort par leurs
persécutions à l’industrie, aux arts utiles et à tout ce qui pouvait
alléger les horreurs de notre esclavage ? (...)
Votre Excellence se prononcera donc : ou bien les Améri-
cains doivent se laisser exterminer patiemment, ou bien ils
doivent détruire une race inique qui, tant qu’il lui reste un
souffle, travaille sans cesse à leur anéantissement.
Votre Excellence ne s’abuse pas quand elle me prête des sen-
timents de compassion : tous mes compatriotes les partagent
d’ailleurs. Nous pourrions être indulgents avec les Cafres
d’Afrique ; mais les tyrans espagnols nous forcent aux repré-
sailles, en dépit de nos sentiments les plus puissants. La justice
américaine saura toujours néanmoins distinguer l’innocent du
coupable ; et Votre Excellence peut être sûre que nous traite-
rons les innocents avec l’humanité qui est due même à la nation
espagnole.
J’ai l’honneur d’être de Votre Excellence, avec la plus haute
considération et le plus grand respect, le très dévoué et attaché
serviteur.
Pages choisies de Bolivar, traduites par C. V. Aubrun (Insti-
tut des Hautes Etudes d’Amérique latine, Paris, 1966, pp. 194-
199).

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Décret royal du 4 mai 1814

(...) Les Cortès, le jour même de leur installation, et pour mar-


quer le début de leur action, me dépouillèrent de la souverai-
neté reconnue peu de temps auparavant par les députés eux-
mêmes ; ils l’attribuèrent nommément à la nation pour se
l’approprier eux-mêmes et lui donner ensuite, à la faveur de
cette usurpation, les lois qu’ils voulurent ; ils lui imposèrent
comme joug l’obligation de les recevoir sous la forme d’une
nouvelle constitution que les députés établirent et qu’eux-
mêmes sanctionnèrent et publièrent en 1812 sans avoir reçu
pouvoir des provinces, villes et juntes, et sans nouvelles des ter-
ritoires représentés — disaient-ils — par les suppléants
d’Espagne et des Indes. Ce premier attentat contre les préroga-
tives du trône, lié à un abus du nom de nation, fut comme la
base des nombreux autres qui suivirent ; en dépit de la répu-
gnance de nombreux députés, peut-être du plus grand nombre,
ces décisions abusives furent adoptées et élevées au rang de lois
déclarées fondamentales par le moyen des vociférations,
menaces et violences des occupants des galeries des Cortès,
moyens grâce auxquels on imposait la soumission et la terreur ;
et ce qui était en vérité l’œuvre d’une faction, on l’enveloppait
du terme spécieux de volonté générale et on fit passer pour
telle celle d’un petit nombre d’individus séditieux qui, à Cadix
puis à Madrid, causèrent aux bons Espagnols des soucis et des
chagrins. Ces faits sont si notoires que c’est à peine s’il est
quelqu’un pour les ignorer ; le Journal des Cortès lui-même
apporte sur eux tous d’abondants témoignages. Une façon de

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202 L’Espagne contre Napoléon

légiférer si étrangère à la nation espagnole provoqua l’altération


des bonnes lois grâce auxquelles elle fut jadis respectée et
heureuse. (...)
Me conformant à la manifestation résolue et unanime de la
volonté de mes peuples, et parce qu’elle est juste et fondée, je
déclare qu’il est dans mes royales intentions, non seulement de
ne pas prêter serment ni donner mon acquiescement à ladite
Constitution ni à un quelconque décret des Cortès générales et
extraordinaires, non plus qu’aux Cortès ordinaires tenant ses-
sion actuellement, c’est-à-dire aux mesures réduisant les droits
et prérogatives de ma souveraineté établis par la constitution et
les lois qui régissent la nation depuis longtemps, mais encore
de déclarer cette constitution et ces décrets nuls, d’aucun effet
ni valeur, à cette heure et à jamais, comme si de pareilles
choses n’avaient jamais existé et qu’on les effaçât du temps, et
sans obligation pour mes peuples et mes sujets de toute classe
et condition de s’y soumettre et de les respecter. Et comme
celui qui, voulant les défendre, contreviendrait à la présente
déclaration royale formulée conformément à une décision et à
une volonté de cette nature, attenterait par là aux prérogatives
de ma souveraineté et au bonheur de la nation et jetterait le
trouble et l’agitation dans mes royaumes, je déclare coupable
de lèse-majesté quiconque oserait commettre ou entreprendre
une pareille action ; comme tel, il se verra infliger la peine capi-
tale, qu’il soit passé aux actes ou que, par ses écrits ou par ses
propos, il ait entraîné ou incité ou d’une quelconque manière
exhorté et poussé à respecter et à observer ladite constitution
et lesdits décrets. Et pour que ne soit pas interrompu l’exercice
de la justice, dans l’attente du rétablissement de l’ordre et de la
situation qui régnait en Espagne avant l’introduction des chan-
gements, rétablissement en vue duquel on prendra, sans perte
de temps, les dispositions qui paraîtront opportunes, je déclare
qu’il est de ma volonté que soient maintenus en fonction les
instances ordinaires de justice établies dans les villages, les
« juges de lettres » là où il y en aurait, les audiences, les inten-
dants et autres tribunaux de justice chargés de la dispenser ; en
matière d’administration civile, seront également maintenues
en l’état les municipalités des villages dans l’attente que l’on sta-

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Documents 203

tue sur ce qu’il apparaîtra opportun de conserver et qu’une fois


entendues les Cortès que je convoquerai soit rétabli un ordre
stable dans ce domaine du gouvernement du royaume. À
compter du jour où le présent décret royal sera publié et com-
muniqué au président en exercice des Cortès qui siègent actuel-
lement, celles-ci suspendront leur session ; leurs procès-ver-
baux, ceux des Cortès antérieures et tous les dossiers qui
pourraient se trouver dans leurs archives ou à leur secrétariat
ou aux mains d’un quelconque individu seront remis à la per-
sonne chargée de l’exécution du présent décret royal et dépo-
sés provisoirement dans les locaux de l’« ayuntamiento » de
Madrid ; la pièce où ils seront placés sera fermée et scellée ; les
livres de la bibliothèque des Cortès iront à la bibliothèque
royale ; quiconque tenterait d’empêcher l’exécution de cette
partie de mon décret royal, quel que soit son procédé, sera
déclaré également coupable de lèse-majesté et, comme tel, se
verra infliger la peine capitale. À compter de ce jour, prendra
fin dans tous les tribunaux du royaume la procédure engagée
pour toute affaire pendante concernant une infraction à la
constitution ; les individus qui pour cette raison se trouveraient
détenus ou, d’une quelconque manière, en état d’arrestation en
l’absence de tout autre motif juste déterminé par les lois, seront
immédiatement remis en liberté. Telle est ma volonté inspirée
en tout par le souci du bien et du bonheur de la nation.
Fait à Valence le 4 mai 1814 — MOI LE ROI —
Le secrétaire du Roi chargé de la promulgation des décrets et
habilité tout spécialement par le Roi : Pedro de Macanaz.

Gaceta Extraordinaria de Madrid, no 70, jeudi 12 mai 1814


(traduction de J. R. Aymes).

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Indignation d’un libéral au moment du


rétablissement de l’absolutisme — 1814

« ¡ Qué carta, ciudadanos ! ¡ Qué sangrienta carta es la que


nuestro adorado Fernando dirige a la Regencia desde Valencey
el día 14 de este mes ! Ríos de sangre y arroyos de amarga hiel
han sido la triste tinta con que la pluma de un tirano ha for-
mado tan horribles caracteres. Sí ; sólo un tirano podía haberla
escrito ; y nuestro rey, ni lo es ni puede serlo. Sin haber salido
todavía de su prisión, sin haber roto las cadenas de su cautive-
rio, ¿ podría amenazar al que le dio la libertad ? Sin haber todavía
vuelto a ocupar un trono que dejó caído, y que la lealtad y el
amor de un pueblo generoso ha vuelto a levantar sobre bases
más sólidas y seguras que el que heredó de sus padres ; sin
haber empuñado todavía un cetro tan hermoso y tan brillante
como el que la Constitución le tiene preparado, ¿ se armaría su
brazo de una espada de fuego para encender la discordia entre
un pueblo que le adora ?
¿ Qué significan aquellas palabras de « en quanto al restableci-
miento de las Cortes como a todo lo que pueda haberse hecho
durante mi ausencia que sea útil al reyno, siempre merecerá mi
aprobación como conforme a mis reales intenciones » ?
¿ Por ventura estaba reservado a Fernando VII la prerogativa
de calificar qué cosa es o no útil al reyno ? Luego, ni abolición
de señoríos, ni extinción de Inquisición, de horca, de azotes, de
tormento, de rentas provinciales y estancadas, de fueros privile-
giados, ni igualdad ante la ley, ni ciudadanía, ni Constitución ! ! !
podrán todavía considerarse asegurados, como « no conformes »
con las reales intenciones de S. M. ? ¿ Con que todavía nos falta

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206 L’Espagne contre Napoléon

que Fernando VII diga : « esto es útil al reyno, y lo apruebo ;


esto es perjudicial, y lo prohibo » ? ¿ Con que hemos estado los
Españoles derramando nuestra sangre siete años por rescatar
nuestra independencia y nuestro Rey, para que este mismo
vuelva a mandarnos a su antojo, a disponer de nuestras vidas,
haciendas, libertad, industria, pensamientos y palabras, a impo-
ner a su arbitrio contribuciones, a empeñarnos en una guerra
civil, que puede hacernos derramar ríos de sangre, en los quales
el mismo Rey deberá ahogarse indefectiblemente ? ¿ Nos arran-
cará nuestros derechos, los derechos del heróico pueblo espa-
ñol ? ¿ Pretenderá rasgar con una espada despótica las sagradas
ojas de nuestra Constitución ?...Eso no : se engaña torpemente
el que así lo imagine ; y si el mismo Rey lo piensa... ¡ el mismo
Rey se engaña !
Esto decía yo en un horroso sueño, del qual desperté despa-
vorido y todo bañado en un sudor frío copiosimo. ¡ Ah ! las
espantosas ideas que me habían agitado no podían menos de
estremecerme ; mas no tardó en volver a mi alma la tranquilidad
al reflexionar que el desgraciado y benéfico Fernando no podrá
menos de amar, jurar y obedecer una Constitución en cuyos
artículos (escritos con sangre española) está el que establece
que su « real persona es sagrada e inviolable » ; y por tanto
« exenta de responsabilidad ». No podrá ocultarse a su reflexión
la idea de que si su desgraciado pariente el Rey de Francia Luis
XVI hubiera tenido en su reyno una Constitución con un artí-
culo como el citado, no hubiera muerto en un cadahalso.
Si vd. ve, señor editor, que este sueño puede servir para que
otros despierten, y para que todos los que nos somos « vasallos »
estemos ojo alerta, puede hacerlo insertar en su apreciable peri-
ódico, y mandar a su afectísimo suscritor Q.S.M.B.
Miguel Cabrera.

El Duende de los Cafées, no 249, mercredi 6 avril 1814


(Hemeroteca Municipal Madrid).

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NOTES

Chapitre 1

1. Cf.TARLÉ, Napoléon (Moscou, s.d.).


2. Il s’agit de J.M. FONTANA, auteur de La Lucha por la industrialización
(Madrid, 1955), cité par A. JUTGLAR dans Ideologías y clases de la España
contemporánea (t. I, Cuadernos para el diálogo, Madrid 1968)
3. Cf. A. FUGIER, Napoléon et l’Espagne (Paris, 1930) et G. LEFEBVRE, Napo-
léon (Paris 1936).
4. Conversation rapportée par Monseigneur de Pradt dans ses Mémoires
historiques sur la révolution d’Espagne (Paris, 1816).
5. Chateaubriand dénoncera plus tard cette méprise en exaltant ces
« milices de cloîtres constituées par des enfroqués, à cheval comme des dra-
gons de feu (...), chargeant leurs escopettes parmi les flammes au son des
mandolines, au chant des boléros et requiem de la messe des morts »
(Mémoires d’Outre-tombe).
6. Numéro du 14 juillet 1908.
7. Pour étudier les objectifs de la politique espagnole de Napoléon, cf.
J. PÉREZ VILLANUEVA, Planteamiento ideológico inicial de la Guerra de la Inde-
pendencia (Valladolid, 1960).
8. Historia social y económica de España y America (t. 4, Barcelona,
1957).
9. Cf. C. CORONA, Revolución y reacción en el reinado de Carlos IV
(Madrid, 1957).
10. Lettres citées par J. THIRY, La Guerre d’Espagne (Paris, 1965).
11. Sur Godoy, cf. C. CORONA, op. cit. ; R. HERR, The eighteenth century
revolution in Spain (Princeton, 1958) ; C. SECO SERRANO : étude préliminaire
des Memorias du prince de la Paix (Col. de la B.A.E., t. 88-89, Madrid, 1956).
12. Des récits détaillés de l’affaire de l’Escorial et du soulèvement d’Aran-
juez se trouvent dans C. CORONA, op. cit. ; M. IZQUIERDO HERNÁNDEZ, Ante-

.
.

208 L’Espagne contre Napoléon

cedentes y comienzos del reinado de Fernando VII (Madrid, 1963) ; et dans


les Memorias du prince de la Paix, op. cit.
Le Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique espagnole vient d’éditer
l’étude de F. MARTÍ GILABERT : El motín de Aranjuez (Universidad de Navarra,
Pamplona, C.S.C.I.C., 1972).
13. Cf. M. NELLERTO (= Llorente), Mémoires pour servir à l’histoire de la
révolution d’Espagne avec des pièces justificatives (3 t., Paris, 1814).
14. L’étude fondamentale demeure celle de PÉREZ DE GUZMÁN, El 2 de mayo
de 1808 (Madrid, 1908). On peut se reporter également aux récits de
M. IZQUIERDO HERNÁNDEZ (op. cit.), de J. THIRY (op. cit.) et du major VANTAL DE CAR-
RÈRE (Relation du massacre de Madrid dans la Collection des Mémoires rela-
tifs aux révolutions d’Espagne mis en ordre et publiés par A. de Beau-
champ, Paris, 1824).
15. J. M. JOVER ZAMORA, Conciencia burguesa y conciencia obrera en la
España contemporánea (2e éd., Madrid, 1956).
16. A. ALCALÁ GALIANO, Memorias (B.A.E., t. 83, p. 337, Madrid, 1955).
17. « Dans toutes les villes, dans tous les villages — rapporte l’écrivain libé-
ral Martínez de la Rosa — le mouvement insurrectionnel a commencé par les
classes inférieures de la société qui paraissaient les moins intéressées au sort
de la nation. Cette partie, la plus saine de la société, tenue à l’abri, par sa vie
laborieuse et sa pauvreté, de l’extrême corruption des mœurs et de la conta-
mination des idées préjudiciables, libre, par suite, du désir dangereux de
changements, attachée aux usages anciens, amante de ses rois et de la sainte
religion de ses pères, ne pouvait être ni arrêtée dans son impulsion par les
suggestions de l’égoïsme que les classes opulentes ont l’habitude d’appeler
indûment prudence, ni corrompue par des promesses séductrices, ni effrayée
par les dangers » (Revolución actual de España, 1810, B.A.E., t. 151, Madrid,
1962).
18. REINOSO, Examen de los delitos de infidelidad a la patria (Bordeaux,
1818, p. 253).
19. Biblioteca de Palacio, Madrid — Série Varios Impresos, vol. 126.
20. ROCCA, Mémoires sur la guerre des Français en Espagne (Paris, 1818,
p. 11).
21. Proclamation de Quintana adressée à la nation espagnole le 26 octobre
1808, in A. DÉROZIER, Manuel Josef Quintana et la naissance du libéralisme
en Espagne (t. 2, Appendices, p. 165, Belles-Lettres Paris et Université de
Besançon, 1970).
22. FÉE, Souvenirs de la Guerre d’Espagne (Paris, 1856, p. 273).
23. ROCCA, op. cit., p. 14.
24. Cité par E. RODRÍGUEZ SOLÍS, Los guerrilleros de 1808 (Madrid, 1887).
25. Général comte de SÉGUR, Un Aide de Camp de Napoléon de 1800 à
1812 (t. I, p. 385, Paris, 1894, 3 t.).
26. M. J. QUINTANA, Cartas a Lord Holland (Carta Ia, p. 534, B.A.E., t. 19,
Madrid, 1946).
27. Ces explications ont été avancées par E. RODRÍGUEZ SOLÍS (op. cit.).

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.

Notes 209

28. A. ALCALÁ GALIANO, Índole de la revolución de España en 1808 (B.A.E.,


t. 84, p. 319).
29. Pour la distinction entre « afrancesamiento » culturel et « afrancesa-
miento » politique, cf. l’article de L. DUPUIS (À propos d’« afrancesamiento »)
paru dans le 1er numéro de la revue Caravelle (Toulouse, 1963).
30. Parmi les « afrancesados » ayant entrepris de défendre par écrit leur
choix politique malheureux, peuvent être cités AZANZA et O’FARRIL, co-auteurs
d’une Memoria justificativa (B.A.E., t. 97, Madrid, 1957) et REINOSO (op. cit.).
Les historiens qui ont étudié ces Espagnols sont principalement M. MÉNDEZ
BEJARANO (Historia política de los afrancesados, Madrid, 1912), M. ARTOLA
(étude préliminaire des Memorias de tiempos de Fernando VII, op. cit.),
H. JURETSCHKE (Los afrancesados en la Guerra de la Independencia, Madrid,
1962), M. DEFOURNEAUX (Pablo de Olavide ou l’afrancesado, Paris, 1959) et
G. DEMERSON (Don Juan Meléndez Valdés et son temps, Paris, 1962).
À paraître : G. DUFOUR, « Infidencia » et « afrancesamiento », quelques don-
nées statistiques (dans Etudes d’histoire littéraire et linguistique publiées par
le Centre de Recherches ibéro-américaines de l’Université de Rouen).
31. El Imparcial o Gaceta política y literaria, 1809, p. 271 (Hemeroteca
Municipal de Madrid).
32. Lettre pastorale de l’archevêque titulaire de Palmira, Félix Amat, citée
par H. JURETSCHKE (op. cit., pp. 45-52).

Chapitre 2

33. Les activités des ministres espagnols et des conseillers du roi Joseph
ont été étudiées par M. ARTOLA dans Los afrancesados (Madrid, 1953).
Cf. également J. MERCADER RIBA : José Bonaparte, Rey de España — 1808-1813
— Historia Externa del Reinado (Instituto Jerónimo Zurita, Madrid, C.S.I.C.,
1971).
34. LLORENTE, Noticia biográfica de su vida (Paris, 1818, p. 134).
35. Sait-on que, pendant le conflit, des « afrancesados » éminents sont jugés
avec respect par des chefs patriotes ? Sous le sceau du secret, le maréchal de
camp Miguel de Álava écrit au chef de l’état-major général, en août 1812 : « Je
demande à Votre Altesse de ne pas oublier qu’ici (à Madrid), au service de
l’Intrus, sont restés des hommes du plus grand mérite et de la plus grande
probité qui ont acquis par leur conduite l’estime générale ; parmi eux se
trouvent plusieurs magistrats qui ont empêché bien des maux qui se seraient
produits si leurs emplois étaient tombés dans d’autres mains » (in C. IBÁÑEZ DE
IBERO, Episodios de la Guerra de la Independencia Madrid, 1963, p. 229).
36. Jovellanos à Lord Holland (lettre 96, Real Isla de León, 2 février 1810,
B.A.E., t. 86, p. 458, Madrid, 1956).
37. J. CARRERA PUJAL, Historia política de Cataluña en el siglo XIX (Barce-
lona, 1958, t. I, p. 243).

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.

210 L’Espagne contre Napoléon

38. Cf. ESPOZ Y MINA, Memorias (B.A.E., t. 146-147, Madrid, 1952).


39. Cf. J. M. IRÍBARREN, Espoz y Mina el guerrillero (Madrid, 1965).
40. Cf. J. MERCADER RIBA, España en el bloqueo continental (Estudios de
Historia Moderna, t. 2, 1952, p. 255).
41. Cf. J. M. RECASENS COMES, La población de Tarragona (Estudios de la
Guerra de la Independencia, Zaragoza, 1964, t. I, pp. 465-487).
42. Correspondance du comte de La Forest, ambassadeur de France en
Espagne (Paris, 1905-1913, t. 6, 14 janvier 1812).
43. El Vigía nacional, Cádiz, 1811 (Bibl. Pal., Varios Imp., vol. 129).
44. Cité par J. CAMPOS, Teatro y sociedad en España (1780-1820) (Madrid,
1969, p. 165).
45. Cf. le Diplôme d’Études Supérieures de G. RITON, Les Espagnols vus par
les soldats de la campagne d’Espagne de Napoléon Ier (Institut Hispanique
Paris, s.d., hors prêt, Directeur : A. Viñas).
46. Bibl. Pal., Varios Imp., vol. 133.
47. E. d’HAUTERIVE, La Police secrète du Premier Empire — Bulletins quoti-
diens adressés par Fouché à l’Empereur (Paris, 1963, bulletin du
31 décembre 1808).
48. Manuscrit intitulé Recuerdos históricos sobre la guerra de Navarra en
1808 in Memorias de ESPOZ Y MINA (op. cit., t. 2, p. 191).
49. La députation de Navarre écrit au général Areizaga à propos de l’un de
ces moines encombrants : « Dites au religieux Frère Nicolas de Pampelune
d’exercer des fonctions correspondant à son caractère ; s’il veut servir la
Patrie, qu’il envoie une représentation à la Junte du clergé régulier établie par
le Gouvernement et on lui trouvera un emploi approprié ». (in IRIBARREN,
op. cit., p. 129).
50. Cf. le recueil de lettres et communications officielles reçues par le cha-
pitre métropolitain de Saragosse durant les années 1808-1809 in Publica-
ciones del Congreso Histórico Internacional de la Guerra de la Independen-
cia y su época (Zaragoza, 1909-1910, t. 1).
51. Général HUGO, Mémoires (Paris, t. 2, p. 263).
52. Gaceta de Madrid (mardi 18 octobre 1814).
53. Cf. CONDE DE TORENO, Historia del levantamiento, guerra y revolución
de España (B.A.E., t. 64, Madrid, 1953).
54. Espíritu irreligioso de las reflexiones sociales de don José Canga
Argüelles, cité par D. SEVILLA ANDRÉS, La constitución de 1812, obra de transi-
ción (Revista de Estudios Políticos ; no 126, novembre-décembre 1962).
55. El Robespierre español, amigo de las letras (Isla de León, 1811, no VI).
56. L’allié britannique n’est pas toujours fêté par les Espagnols comme les
devoirs de la gratitude l’exigeraient ; une violente anglophobie s’exprime
même dans certains écrits. Ainsi peut-on lire dans le Diario crítico general de
Sevilla por el Setabiense (19 décembre 1813) : « Bien dit, sacrebleu ! À la
porte, les Anglais ! Dehors ! Qu’ils aillent au diable et nous laissent tranquilles !
Nous n’en avons aucun besoin. Merci pour ce qu’ils ont fait, et adieu ! »
57. CARRERA PUJAL, op. cit., p. 398.
58. Cf. A. VALLENTIN, Goya (trad. française, Paris, 1951).

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Notes 211

59. Cf. G. GÓMEZ DE LA SERNA, Goya y su España (Madrid, 1969).


60. Cf. E. LAFUENTE FERRARI, El dos de mayo y los fusilamientos (Barcelona,
1946) et La Guerra de la Independencia y Goya (para una introducción a
« Los Desastres ») in Clavileño (no 8, mars-avril 1951).
61. On peut les voir dans la Casita del Príncipe à l’Escurial.
62. C. ROJAS, Diálogos para otra España (Barcelona, 1966).
63. Général BIGARRÉ, Mémoires (Paris, 1830, p. 276).
64. Cf. P. CONARD, Napoléon et la Catalogne (Paris, 1909).
En Catalogne sévissent également « la embrolla » et « la brivalla » ; la première
est une petite troupe qui se livre contre les Français à toutes sortes d’excès ; la
seconde, au service des occupants, recourt aux mêmes procédés ; les « cara
girats » ont pour chef Juan Pujol « Boquica », de sinistre réputation. « Mique-
letes » et « Somatenes » feront leur réapparition, à notre époque, pendant la
guerre civile, dans le camp nationaliste.
65. M. ARTOLA, « La guerra de guerrillas » (Revista de Occidente, Madrid,
2e época, no 10, 1964).
De son côté, M. SÁNCHEZ DIANA a évoqué « el Empecinado » et le curé Merino
dans Burgos en la Guerra de la Independencia (Hispania, no 116, 1970).
66. Cité par R. CARR, Spain 1808-1939 (Oxford, 1966).
67. Cf. A. DÉROZIER, L’évolution irréversible de la littérature espagnole
entre 1789 et 1823 (Besançon).
68. Bibl. Pal. Varios Imp., vol. 132.
69. El Conciso, Madrid, 16 janvier 1814 (Hemer. Munic. Madrid) ; « Per-
sonne n’ignore — observe de son côté Quintana — combien compte l’opi-
nion dans les crises politiques et combien influent sur elles les hommes de
lettres » (Memoria sobre el proceso y prisión de M.J. Quintana en 1814,
Pamplona, 1818).
70. Bibl. Pal., Varios Imp., vol. 153.
71. Elle a été tentée partiellement par V. LLORÉNS (Literatura, Historia, Polí-
tica, Madrid, 1967), par M. C. SEOANE (El primer lenguaje constitucional espa-
ñol, Madrid, 1968) et par P. VILAR (« Patrie et nation dans le vocabulaire de la
guerre d’indépendance espagnole » in Annales historiques de la Révolution
française, tome XLIII, janvier-mars 1971).
72. Bibl. Pal., Varios Imp., vol. 153.
73. Le journal El Conciso rapporte ainsi la déclaration de Capmany lors de
l’examen du nouveau règlement de police des Cortès : « Etant donné la très
grande richesse du castillan, on ne devait pas admettre les termes étrangers
qui infestaient le règlement. Il censura ceux de marche, motion, assemblée,
session, mission, retirer, garant, honorable, barre ; les uns en raison de leur
nature, les autres en raison du sens qu’on leur donnait. Messieurs, conclut-il,
nous devons vivre et mourir en Espagnols. »
74. Cf. J. CAMPOS, Teatro y sociedad en España (1780-1820) (Madrid,
1969).
75. Cf. M. GÓMEZ IMAZ, Los periódicos durante la Guerra de la Indepen-
dencia (1808-1814) (Madrid, 1910).

.
.

212 L’Espagne contre Napoléon

76. Le dépouillement de cette presse constituerait le prolongement natu-


rel, en dépit d’un léger hiatus chronologique, de l’étude entreprise par P. J.
GUINARD, La presse espagnole de 1737 à 1791 — Formation et signification
d’un genre (Thèse de doctorat d’Etat, Paris, 1971).

Chapitre 3

77. Cf. A. ALLAIN, La administración del mariscal Suchet en Valencia :


enero de 1812 — julio de 1813. (D.E.S. — Directeur : R. Ricard, Institut His-
panique Paris, hors prêt, 1968).
78. Cf. les ouvrages ou articles déjà cités de CONARD, CARRERA PUJAL et MERCA-
DER RIBA.
79. Cf. M. ARTOLA, Los afrancesados (Madrid, 1953).
80. LA FOREST, op. cit., 19 mars 1811.
81. Cf. S. PORTELA PAZOS, La Guerra de la Independencia en Galicia (San-
tiago de Compostela, 1964).
82. La composition et les activités de certaines juntes locales et régionales
ont fait l’objet de plusieurs articles parus dans les Estudios de la Guerra de la
Independencia (Zaragoza, 1964-1966, 3 vol.).
83. A. DÉROZIER l’a étudiée en détail dans sa thèse de doctorat d’État consa-
crée à M. J. Quintana (op. cit., t. I, 2e partie).
Cf. également A. MARTÍNEZ DE VELASCO : La formación de la Junta Central (Uni-
versidad de Navarra, Pamplona, C.S.I.C., 1972).
Pour un procès en règle de la Junte centrale, Cf. les articles de Karl MARX
parus dans le New York Daily Tribune : « Not satisfied with hanging as a
dead-weight on the Spanish revolution, they actually worked in the sense of
counter-revolution, by re-establishing the ancient authorities, by forging anew
the chains which had been broken, by stifling the revolucionary fire wheree-
ver it broke out, by themselves doing nothing and by preventing others from
doing anything. » (New York Daily Tribune, oct. 27, 1854, in Revolution in
Spain by Karl Marx and Frederick Engels, London, 1939).
84. Cf. C. ALCÁZAR, « Las ideas políticas de Floridablanca » (Revista de Estu-
dios Políticos, no 79, janvier-février 1955).
85. Cité par V. LLORÉNS, op. cit., p. 96.
86. Cf. M. FERNÁNDEZ ALMAGRO, Orígenes del régimen constitucional espa-
ñol (Madrid, 1928).
87. La remarque est de M. TUÑÓN DE LARA, La España del siglo XIX (Paris,
3e éd., 1971, p. 23).
88. Cf. Publicaciones del Congreso Histórico de la Guerra de la Indepen-
dencia (1909, t. II).
89. Les bombardements n’interrompent pas les représentations théâtrales
et les paroles d’une chanson populaire disent que les Gaditanes se faisaient
des tire-bouchons avec les petits éclats de projectiles.
90. Cf. R. SOLÍS, El Cádiz de las Cortes (Madrid, 1969).

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Notes 213

91. Le récent ouvrage de I. M. ZAVALA, Masones, comuneros y carbonarios


(Madrid, 1971) passe très vite sur la période 1800-1820 pour s’intéresser sur-
tout aux années 1820-1850. À partir de 1814, les libéraux, persécutés ou exi-
lés, trouveront dans les loges espagnoles ou étrangères un milieu d’accueil
favorable à des regroupements et à la fomentation de complots. L’historien J.
L. COMELLAS, sensibilisé à cette étroite relation entre les pronunciamientos libé-
raux de 1814 à 1820 et les sociétés secrètes, l’a étudiée dans son ouvrage Los
primeros pronunciamientos en España (Madrid, 1958).
92. Cf. P. VILAR, « L’Espagne devant Napoléon » in Les pays sous domina-
tion française — 1799-1814 (C.D.U., Paris, 1968).
93. FÉRNÁNDEZ DE CASTRO, De las Cortes de Cádiz al Plan de desarrollo
(Paris, 1968).
94. Cité par M. ARTOLA dans son étude préliminaire des Memorias de tiem-
pos de Fernando VII (B.A.E., t. 98, Madrid, 1957, p. XXXVI).
95. Cf. F. TOMÁS Y VALIENTE, El marco político de la desamortización en
España (Barcelone, 1971).
96. Cf. R. MENÉNDEZ Y PELAYO, Historia de los heterodoxos españoles
(Madrid, 1882).
97. Índole..., op. cit., p. 321.
98. Nous nous abstenons d’ouvrir ici le chapitre qui se serait intitulé :
« Effets de la Guerre d’Indépendance sur les mouvements d’émancipation
dans les territoires espagnols d’Amérique ». Nous renvoyons, d’une part à la
Revista de Estudios Politicos (no 126, novembre-décembre 1962), d’autre
part aux études de P. CHAUNU, tout spécialement à son Interprétation de
l’Indépendance de l’Amérique latine (Revue TILAS, Strasbourg, no 3, 1963).

Bilan

99. HUGO, op. cit., t. III, p. 155.


100. La situation affligeante de la campagne catalane est ainsi évoquée par
la commission chargée de présenter à la Junte suprême un projet de contribu-
tion unique de guerre : « Or donc, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que l’agriculture
ait tant périclité, à ce qu’on voie tant de terres en friche, tant de vignes lais-
sées sans soins et totalement abandonnées en dépit du prix exorbitant de
toutes les classes de comestibles ? » (in CARRERA PUJAL, op. cit., t. I, p. 427).
101. M. REINHARD, « Le bilan démographique de l’Europe : 1789-1815 » in
XIIe Congrès international de Sciences historiques (Vienne, 1965).
102. LA FOREST, op. cit., 13 mars 1814.
103. Les écrits furieusement anti-libéraux du « Filósofo Rancio » et le
« Manifeste des Perses » — embryon de la doctrine traditionaliste — ont été
étudiés notamment par J. HERRERO : Los orígenes del pensamiento reacciona-
rio español (Cuadernos para el diálogo, Madrid, 1971).
104. Cf. M. C. LABORIE ERROZ, Navarra ante el constitucionalismo gaditano
(Príncipe de Viana, no 112-113, Pamplona, 1968).

.
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214 L’Espagne contre Napoléon

105. Le retour au passé, voulu à l’échelon gouvernemental, est rendu sen-


sible au niveau de la vie de la population, comme en témoigne cet avis paru
dans le Supplément de la Gazette de Madrid du 3 septembre 1814 : « La foire
de la ville de Casarubios del Monte qui avait été annoncée dans la gazette du
mardi 30 du mois passé n’est pas franche, mais de même nature que celle qui
s’est tenue habituellement jusqu’en 1808 ».
106. Cf. J. FONTANA, La quiebra de la monarquia absoluta, 1814-1820
(Barcelone, 1971).
107. Cf. I. LASA, « El primer proceso de los liberales » (Hispania, no 115,
1970).
108. Cf. F. SOLANO COSTA, « Influencia de la Guerra de la Independencia en el
pueblo español » (Cuadernos de Historia, no 3, 1952) et S. PAYNE, Los mili-
tares y la política en la España contemporánea (Paris, 1968).
109. B. PÉREZ GALDÓS, Juan Martín el Empecinado (Aguilar, Madrid, t. I,
p. 976).
110. Signe des temps, le clergé se conçoit dépositaire et gérant des fonds
particuliers comme le révèle cet avis paru dans la Gazette du 25 août 1814 :
« Le chapitre de la Sainte Eglise de Jaén, pour concilier le manque de numé-
raire avec le désir de concourir aux obligations de l’Etat, admettra comme
prêts, selon des pactes convenus, les sommes qu’on lui remettra ».
111. Cf. L. F. HOFFMANN, Romantique Espagne — L’image de l’Espagne en
France entre 1800 et 1850 (Princeton et Paris, 1961).

.
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BIBLIOGRAPHIE ORDONNÉE

Les ouvrages et articles signalés par un astérisque * sont parti-


culièrement importants et recommandables.

I — RÉPERTOIRES BIBLIOGRAPHIQUES

— Archives de Joseph Bonaparte, roi de Naples, puis d’Espagne


(Inventaire par Chantal de Tourtier-Bonazzi), Archives Nationales,
Paris, 1982.
— * AYMES (Jean-René), « L’Espagne en mouvement (1766-1814) —
Essai bibliographique », Les révolutions dans le monde ibérique
(1766-1834) — I : La Péninsule, Collection de la Maison des Pays
Ibériques no 39, Presses Universitaires de Bordeaux, 1989, pp. 13-
140.
— Diccionario bibliográfico de la Guerra de la Independencia
española (1808-1814), 3 vol., Servicio Histórico Militar, Ministerio
del Ejército, Madrid, 1944-1952.
— * FREIRE LÓPEZ (Ana María) — Indice bibliográfico de la Colección
documental del Fraile, Servicio Histórico Militar, Madrid, 1983.
Poesía popular durante la Guerra de la Independencia (1808-
1814), Grant Cutler Ltd, London, 1992.
— GARNIER (Jean), « Complément et supplément à la nouvelle bio-
graphie critique des mémoires sur l’époque napoléonienne de Jean
Tulard », Revue de l’Institut Napoléon, no 172-173, 1996 (III-IV).
— GONZÁLEZ-ETCHEGARAY (Carlos), Periódicos y revistas de la Guerra
de la Independencia y reinado de Fernando VII en la Hemeroteca
Nacional, Instituto Bibliográfico Hispánico, Madrid, 1981.

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216 L’Espagne contre Napoléon

— MERCADER RIBA (Juan), « La historiografia de la Guerra de la Indepen-


dencia y su época desde 1952 a 1964 », Indice Histórico Español,
Universidad de Barcelona, ed. Teide, vol. IX, pp. XI-LXXIII.
— * MIRANDA RUBIO (Francisco) coord., Fuentes documentales para el
estudio de la Guerra de la Independencia, Asociación para el Estu-
dio de la Guerra de la Independencia / Ediciones Eunate, Pamplona,
2002.
— * TULARD (Jean), Nouvelle bibliographie critique des mémoires sur
l’époque napoléonienne (...), Librairie Droz, Genève, 1991.

II — DOCUMENTS DE L’ÉPOQUE

— Actas de las Cortes de Cádiz (Antología), por Tierno Galván


(Enrique), 2 vol., Taurus, Madrid, 1964.
— CASTELLS (Irene) y Moliner (Antonio), Crisis del Antiguo Régimen y
Revolución Liberal en España (1789-1845), « Ariel Practicum »,
Éditorial Ariel, Barcelona, 2000 (chap. 2 : « Guerra y Revolución,
1808-1814 », pp. 39-79).
— Colección de los Decretos y Ordenes que han expedido las Cortes
Generales y Extraordinarias (...), 4 vol., Imprenta Nacional,
Madrid, 1820.
— Constitución de 1812 in González Muñiz (Miguel Angel), Consti-
tuciones, Cortes y Elecciones españolas-Historia y anécdota
(1810-1936), ed. Júcar, Madrid, 1978.
— Cortes de Cádiz — Informes oficiales sobre Cortes (t. 1 : Baleares
— t. 2 : Valencia y Aragón — t. 3 : Andalucía y Extremadura),
edición de Suárez (Federico), Universidad de Navarra, Pamplona,
1968-1974.
— Catecismos políticos españoles, Consejería de Cultura de la Comu-
nidad de Madrid, 1989.
— Correspondance du comte de La Forest, ambassadeur de France
en Espagne (1808-1813), 7 vol., ed. Alphonse Picard, Paris, 1903-
1913.
— Crónicas de Cortes del Semanario Patriótico, 1810-1812 (Edi-
ción, introducción y notas de Fernando Durán López), Biblioteca de
las Cortes de Cádiz / 2, Cádiz, 2003.
— Demostración de la lealtad española : colección de proclamas,
bandos, órdenes, discursos, estados de exército y relaciones de
batallas publicadas por las Juntas de gobierno o por algunos par-
ticulares en las actuales circunstancias, 2 vol., Imprenta de Repul-
lés, Madrid, 1808.

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Bibliographie ordonnée 217

— DÉROZIER (Albert), Manuel Josef Quintana et la naissance du libé-


ralisme en Espagne (t. II : Documents inédits et oubliés), Annales
littéraires de l’Université de Besançon et Les Belles Lettres, Paris,
1970.
— GARCÍA-NIETO (M.C.), Donézar (J.M.), López Puerta (L.), Revolución,
1808-1833 — Bases documentales de la España contemporánea,
—, Guadiana de Publicaciones, Madrid, 1971.
— Wellington’s War : peninsular Dispatches, ed. de Rathbone
(Julian), London, 1984.
— Guerra de la Independencia : Proclamas, Bandos y Comba-
tientes, ed. de Sabino Delgado, Editora Nacional, Madrid, 1979.

III — OUVRAGES GÉNÉRAUX ET MISCELLANEA

— ARMILLAS VICENTE (José Antonio) coord., La Guerra de la Indepen-


dencia — Estudios, 2 vol., Ministerio de Educación, Cultura y
Deporte / Institución « Fernando el Católico », Zaragoza, 2001.
— ARTOLA (Miguel), Los orígenes de la España Contemporánea,
2 vol., Instituto de Estudios Políticos, Madrid, 1959.
— AYMES (Jean-René), « La Guerra de la Independencia (1808-1814) y
las postrimerías del Antiguo Régimen : ¿ Sucesión forzosa o suce-
sión abierta ? », Crisis del antiguo régimen e industrialización en
la España del siglo XIX, Cuadernos para el Diálogo, Madrid, 1977.
— DUFOUR (Gérard), La Guerra de la Independencia, « Historia 16 »,
Madrid, 1989.
— Espagnols (Les) et Napoléon (Actes du Colloque International
d’Aix-en-Provence, 13-15 octobre 1983), Études Hispaniques no 7,
Université de Provence, Aix-en-Provence, 1984.
— Estudios de la Guerra de la Independencia, 3 vol., Institución
FERNANDO EL CATÓLICO (C.S.I.C.), Zaragoza, 1964-1966-1967.
— FONTANA (Josep), FERNÁNDEZ DÍAZ (Roberto), ARDIT (Lucas), DE PUIG
(Lluis María), NADAL I FARRERAS (Joaquím), BENGIO (Abraham), CARNERO
(Guillermo), MARCO (Joaquín), SOBOUL (Albert), La invasió napoleó-
nica — Économia, Cultura i Societat, Universitat Autónoma de
Barcelona, Bellaterra, 1981.
— GATES (David), La úlcera española — Historia de la Guerra de la
Independencia, Cátedra, Madrid, 1987.
— Gómez de Arteche (José), Guerra de la Independencia — Histo-
ria militar de España de 1808 a 1814, 14 vol., Madrid, 1868-1903.
— Grandmaison (Geoffroy de), L’Espagne et Napoléon, 3 vol., Plon,
Paris, 1908-1931.

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218 L’Espagne contre Napoléon

— GUERRA (François Xavier), Modernidad e Independencia —


Ensayos sobre las revoluciones hispánicas, Mapfre, Madrid, 1992.
— * HOCQUELLET (Richard), Résistance et révolution durant l’occupa-
tion napoléonienne en Espagne, 1808-1812, La Boutique de l’His-
toire éditions, Paris, 2001.
— LOVETT (Gabriel), La Guerra de la Independencia y el nacimiento
de la España Contemporánea, 2 vol., Ediciones Península, Barce-
lona, 1975.
— MARX (Karl), « España revolucionaria » (artículos de fondo de la
New York Daily Tribune, 1854), Revolución en España, Ariel
Quincenal no 30, Barcelona, 1930.
— NAPIER (W.F.P.), Histoire de la guerre dans la Péninsule et dans le
Midi de la France, depuis l’année 1807 jusqu’à l’année 1814, par
le général Napier ; traduction revue, corrigée et enrichie de notes,
par M. le lieutenant-général Comte Mathieu Dumas (...), 13 vol.,
chez Treuttel et Würtz, Paris, 1828-1844.
— * PRIEGO LÓPEZ (Juan), Guerra de la Independencia (1808-1814),
6 vol., Servicio Histórico Militar, Librería editorial San Martín,
Madrid, 1972-1981.
— ROUX (Georges), Napoléon et le guêpier espagnol, « L’Histoire »,
Flammarion, Paris, 1970.
— Solís (Ramón), La Guerra de la Independencia española, Soler,
Barcelona, 1973.
— THIRY (Jean), La guerre d’Espagne, Éditions Berger-Levrault, Paris,
1965.
— * TORENO (Conde de), Historia del levantamiento, guerra y revo-
lución de España, B.A.E., t. LXIV, Madrid, 1953.
— TRANIER (Jean) — CARMIGNANI (Juan Carlos), Napoléon, 1807-1814
— La campagne d’Espagne, Pygmalion / Gérard Watelet, Paris,
1998.
— VILAR (Pierre), « Quelques aspects de l’occupation et de la résis-
tance en Espagne en 1794 et au temps de Napoléon », in Occupants
occupés, 1792-1815 (Colloque de Bruxelles, 29 et 30 janvier
1968), Institut de Sociologie, Université Libre de Bruxelles, 1969,
pp. 221-252.

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Bibliographie ordonnée 219

IV — MÉMOIRES DE CONTEMPORAINS

A — ESPAGNOLS

— ALCALÁ GALIANO (Antonio), « Recuerdos de un anciano », in Obras


escogidas (prólogo y edición por J. Campos), B.A.E., t. LXXXIII,
Madrid, 1955.
— ALVAREZ VALDÉS (Ramón), Memorias del levantamiento de Asturias
en 1808, « Biblioteca Histórica Asturiana », Silverio Cañada editor,
Gijón, 1988.
— ARGÜELLES (Agustín), La reforma constitucional de Cádiz (prólogo
y edición por J. Longares), Iter Ediciones, Madrid, 1970.
— BLANCO WHITE (José María), « Artículos políticos de El Español », in
Antología (edición de Vicente Lloréns), « Textos hispánicos moder-
nos » no 12, Editorial Labor, Barcelona, 1971.
— CASAMAYOR (Faustino), Los Sitios de Zaragoza — Diario de Casa-
mayor (prólogo y notas de José Valenzuela La Rosa), Biblioteca
« Argensola », Zaragoza, 1908.
— ESPOZ y MINA (Francisco), Memorias (prólogo y edición por
M. Artola), B.A.E., t. CXLVI-CXLVII, Madrid, 1961-1962.
— FLÓREZ ESTRADA (Alvaro), En defensa de las Cortes et Reflexiones
sobre la libertad de imprenta (edición e introducción de J. Munar-
riz Peralta), ed. Ciencia Nueva, Madrid, 1967.
— GARRIDO (Nicolás) — BOULIGNY (Juan) — RAMAEKERS (Cosme), Memo-
rias in Bailén 1808 — Diarios y memorias (edición de Jesús de
Haro Malpesa), Ed. Valldum, Alcázar de San Juan, 1999.
— GODOY (Manuel), Príncipe de la Paz, Memorias (prólogo y edición
por C. Seco), B.A.E., t. LXXXVIII-LXXXIX, Madrid, 1956.
— JOVELLANOS (Gaspar Melchor), Memoria en defensa de la Junta
Central (Introd. de José Miguel Caso González), Clásicos del pensa-
miento político asturiano, Oviedo, 1992.
— MARCHENA (Abate), « Las mujeres en la Guerra de la Independen-
cia », « Personalidades de la Guerra de la Independencia », « Al
gobierno de Cádiz », in Obras en prosa (prólogo y notas de Fer-
nando Díaz-Plaja), « El libro de Bolsillo » no 1095, Alianza Éditorial,
Madrid, 1985, pp. 165-202.
— MARTÍNEZ DE LA ROSA (Francisco), « Espíritu del siglo », in Obras (edi-
ción y estudio preliminar de C. Seco Serrano). B.A.E., t. CLIII,
Madrid, 1962 (Livre VIII, chap. XII à XXII, pp. 324-378).

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220 L’Espagne contre Napoléon

— MESONERO ROMANOS (Ramón de), Memorias de un setentón (edición


y estudio preliminar de J. Escobar y J. Álvarez Barrientos), « Clásicos
madrileños », Éditorial Castalia / Comunidad de Madrid, 1994.
— PALAFOX (José), Memorias, Cuadernos de cultura aragonesa no 15,
Zaragoza, 1994.
— Memorias de tiempos de Fernando VII (prólogo y edición de
M. Artola), B.A.E., t. XCVII-XCVIII, Madrid, 1957.
— POSSE (Juan Antonio), Memorias del cura liberal don Juan Anto-
nio Posse con su Discurso sobre la Constitución de 1812 (edición
a cargo de Richard Herr), Centro de Investigaciones Sociológicas,
Siglo XXI de España editores, Madrid, 1984.
— QUINTANA (Manuel José), Memoria del Cádiz de las Cortes (edición
de Fernando Durán López), Publicaciones de la Universidad de
Cádiz, 1996.
— ROMERO ALPUENTE (Juan), « El grito de la razón al español invencible
o la guerra espantosa al pérfido Bonaparte (...) » et « Wellington en
España, y Ballesteros en Ceuta », Historia de la revolución espa-
ñola y otros escritos (edición preparada e introducida por Alberto
Gil Novales), Centro de Estudios Constitucionales, Madrid, t. I,
pp. 115-54 et 89-135.

B — FRANÇAIS
— BIGARRÉ (Auguste), Mémoires du général Bigarré, 1775-1813, Édi-
tions du Grenadier, Paris. 2001.
— BLAZE (Sébastien), Mémoires d’un apothicaire sur la guerre
d’Espagne pendant les années 1808 à 1814, 2 vol., Ladvocat, Paris,
1828 — Slatkine Reprints, Genève, 1977.
— BONAPARTE (Joseph), Mémoires et correspondance politique et
militaire du roi Joseph, publiés, annotés et mis en ordre par A. du
Casse, 10 vol., Perrotin, Paris, 1853-1854.
— CLERMONT-TONNERRE (Gaspard de), L’expédition d’Espagne (1808-
1810), Perrin, Paris, 1983.
— FOY (général), Histoire de la guerre de la Péninsule sous Napo-
léon, 4 vol., Baudoin, Paris, 1827.
— HUGO (Joseph Léopold), Mémoires du général Hugo, gouverneur
de plusieurs provinces et aide-major des armées en Espagne,
5 vol., Ladvocat, Paris, 1823.
— PRADT (abbé de), Mémoires historiques sur la révolution
d’Espagne, Rosa et Perronneau, Paris, 1816.
— ROCCA (Albert Jean Michel), Mémoires sur la guerre des Français
en Espagne, Gide, Paris, 1814.

.
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Bibliographie ordonnée 221

— SUCHET (Louis Gabriel, duc d’Albufera), Mémoires du maréchal


Suchet, duc d’Albufera, sur ses campagnes en Espagne depuis
1808 jusqu’en 1814, écrits par lui-même, 2 vol., Bossange, Paris,
1828.
— THIÉBAULT (Dieudonné...), Mémoires du général baron Thiébault
(...), 5 vol., Plon, Paris, 1893-1895.

C — ANGLAIS
— BLAYNEY (Lord), L’Espagne en 1810 — Souvenirs d’un prisonnier
de guerre anglais (édition d’Albert Savine), Louis-Michaud éditeur,
Paris, 1909.
— BOUTFLOWER (Charles), The journal of an army surgeon during the
Peninsular War, Spellmount limited, Stapelhurst (Kent), 1997.
— HAMILTON (Anthony), Hamilton’s campaign with Moore and Wel-
lington during the Peninsular War, Spellmount limited, Stapel-
hurst (Kent), 1998.
— WARRE (sir William), Letters from the Peninsula, 1808-1812,
(1re éd. 1909), Spellmount limited, Stapelhurst (Kent), 1999.

V — ÉTUDES RÉGIONALES ET LOCALES

Plusieurs articles de cette nature figurent dans les Estudios de la


Guerra de la Independencia, 3 vol., Institución « Fernando el Cató-
lico », C.S.I.C., Zaragoza, 1964-1967.

A — ANDALOUSIE
— * DÍAZ TORREJÓN (Francisco Luis), Osuna napoleónica (1810-1812),
« Falcata », Fundación Genesian, Sevilla, 2001.
— ESPINAR CASAJÚS (Ana María), Málaga durante la primera etapa
liberal (1812-1814), Centro de Ediciones de la Diputación de
Málaga, 1994.
— * MORENO ALONSO (Manuel), R Sevilla napoleónica, Alfar, Sevilla,
1995.
R La « revolución santa » de Sevilla (La revuelta popular de 1808),
Caja San Fernando, Sevilla, 1997.
R La Junta Suprema de Sevilla, Ediciones Alfar, Sevilla, 2001.
— PEÑA GUERRERO (María Antonia), El tiempo de los franceses — La
Guerra de la Independencia en el suroeste español, Cuadernos de
Almonte, no extraordinario 1, Ayuntamiento de Almonte (Huelva),
2000.

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222 L’Espagne contre Napoléon

— * SOLÍS (Ramón), El Cádiz de las Cortes, Alianza editorial no 160,


Madrid, 1969.

B — ARAGON
— GUIRAO (Ramón) y SORANDO (Luis), El Alto Aragón en la Guerra de
la Independencia, « VII Premio Los Sitios de Zaragoza », Institución
« Fernando el Católico », Zaragoza, 1995.
— LAFOZ RABAZA (Herminio), La Guerra de la Independencia en Ara-
gón — Del motín de Aranjuez a la capitulación de Zaragoza
(marzo 1808-febrero 1809), Institución « Fernando el Católico »,
Zaragoza, 1996.
— MAESTROJUÁN CATALÁN (Francisco Javier), Ciudad de Vasallos —
Nación de Héroes, Institución « Fernando el Católico », Zaragoza,
2001.

C — CASTILLE (Castilla la Vieja et Castilla la Nueva)


— GARCÍA GUTIÉRREZ (Patrocinio), La ciudad de León durante la
Guerra de la Independencia, Junta de Castilla y León, Valladolid,
1991.
— JIMÉNEZ DE GREGORIO (Fernando), El ayuntamiento de Toledo en la
Guerra de la Independencia y su entorno, de 1809 a 1814, Dipu-
tación Provincial, Toledo, 1984.
— SOBRÓN ELGUEA (María del Carmen), Logroño en la Guerra de la
Independencia, Ediciones Instituto de Estudios Riojanos, Logroño,
1987.

D — CATALOGNE
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(1808-1814), Instituto Jerónimo Zurita / C.S.I.C., Madrid, 1949.
— Catalunya i l’Imperi Napoleonic, Publicacions de l’Abadia de
Montserrat, 1979.
— MOLINER PRADA (Antonio) R « La Junta Superior de Cataluña y el pro-
ceso político español (1808-1812) », Trienio, Madrid, no 3, mayo
1984.
R La Catalunya resistent a la dominació francesa (1808-1812), Ed.
62, Barcelona, 1989.
— PUIG I OLIVER (Lluis María de), Girona francesa (1812-1814),
Gothia editorial, Girona, 1976.

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Bibliographie ordonnée 223

— RAMISA (Maties) — Els catalans i el domini napoleónic, Publica-


cions de l’Abadia de Montserrat, 1995.
— Guerra napoleónica a Catalunya (1808-1814) — Estudis i docu-
ments, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, Barcelona, 1996.

E — LEVANT ET BALÉARES
— ÁLVAREZ CAÑAS (María Luisa), Cambio político y crisis del antiguo
régimen en Alicante (1808-1814) : La Guerra de la Independen-
cia en Alicante, Patronato Municipal del V centenario de la Ciudad
de Alicante, 1990.
— ARDIT LUCAS (Manuel), Revolución liberal y revuelta campesina
(chap. 3 : « La guerra del Francés y el primer ensayo revolucionario,
1808-1814 »), Ariel Historia no 11, Barcelona, 1977, pp. 120-218.
— GENOVÉS AMORÓS (Vicent), València contra Napoleó, « L’Estel »,
València, 1967.
— OLIVER (Miguels dels Sants), Mallorca durante la primera revolu-
ción (1808-1814), ed. fac-simil de la ed. de 1901, Palma de Mal-
lorca, 1982.
— * ROURA I AULINAS (Lluis), L’Antic Régim a Mallorca, abast de la
comoció dels anys 1808-1814, Conselleria d’Educació i Cultura del
Govern de Balear, Mallorca, 1985.

F — PAYS BASQUE ET NAVARRE


— * FERNÁNDEZ SEBASTIÁN (Javier), La génesis del fuerismo — Prensa e
ideas políticas en la crisis del Antiguo Régimen (País Vasco, 1750-
1840), Siglo Veintiuno de España Editores, Madrid, 1991 (IIe Partie :
« El periodo napoleónico y la primera experiencia constitucional.
Prensa, publicística y abolición foral », pp. 125-235).
— MIRANDA RUBIO (Francisco), La Guerra de la Independencia en
Navarra — La acción del Estado, Institución Príncipe de Viana,
Diputación Foral de Navarra / C.S.I.C., Pamplona, 1977.
— MUTILOA POZA (José María), Guipúzcoa en el siglo XIX — Guerra,
Desamortización, Fueros, C.E.C.A., San Sebastián, 1982.

G — PROVINCES CANTABRIQUES
— CABARGA (José Simón), Santander en la Guerra de la Independen-
cia, Santander, 1968.
— CARANTOÑA ÁLVAREZ (Francisco), La Guerra de la Independencia en
Asturias, Biblioteca Julio Somoza, Silverio Cañada editor, Madrid,
1983.

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224 L’Espagne contre Napoléon

— FIGUEROA LALINDE (María Luz), La Guerra de la Independencia en


Galicia, Asesores y Editores Leo S.A., Vigo, 1993.

VI — LES PROLÉGOMÈNES

— AYMES (Jean-René), « La »Guerra Gran » (1793-1795) como prefigu-


ración de la « Guerra del francés » (1808-1814) », in Jean-René
Aymes ed., España y la Revolución francesa, Grupo editorial Gri-
jalbo, Crítica, Barcelona, 1989, pp. 311-365.
— DIEGO GARCÍA (Emilio de), « Madrid : De Fontainebleau al 2 de
mayo », in Enciso Recio (Luis Miguel) ed., Actas del Congreso Inter-
nacional « El Dos de mayo y sus Precedentes » (Madrid, 20-22 de
mayo de 1992), Madrid Capital Europea de la Cultura, 1992,
pp. 243-268.
— DUCÉRÉ (Édouard), Napoléon à Bayonne, Jean Curutchet / Éditions
Harriet, Bayonne, 1982.
— * FUGIER (André), Napoléon et l’Espagne, 1799-1808, 2 vol., Librai-
rie Félix Alcan, Paris, 1930.
— * IZQUIERDO HERNÁNDEZ (Manuel), Antecedentes y comienzos del rei-
nado de Fernando VII, Ediciones Cultura Hispánica, Madrid, 1963.
— * LA PARRA (Emilio), Manuel Godoy — La aventura del poder,
« Tiempo de Historia » 20, Tusquets Editores, Barcelona, 2002.
— MARTÍ GILABERT (Francisco), El motín de Aranjuez, Universidad de
Navarra, Pamplona, 1972.

VII — ASPECTS INTERNATIONAUX

— Alianza (La) de dos monarquías : Wellington en España —


Museo Municipal de Madrid (19 octubre-11 diciembre 1998),
Fundación Hispano-Británica, Madrid, 1988.
— ESDAILE (Charles), R The Duke of Wellington and the Command of
the Spanish Army, 1812-1814, Macmillan Press, Basingstoke
(Hampshire), 1990.
R « Relaciones hispano-británicas en la Guerra de la independencia »,
in La Guerra de la Independencia (1808-1814) — Perspectivas
desde Europa, Actas de las « Terceras jornadas sobre la batalla de
Bailén y la España contemporánea », Universidad de Jaén, 2002,
pp. 119-136.

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Bibliographie ordonnée 225

— LANGA LAORGA (María Luisa), « Aspectos internacionales de la Guerra


de la Independencia », La Guerra de la Independencia (1808-
1814) — Perspectivas desde Europa, op. cit., pp. 27-49.

VIII — ASPECTS MILITAIRES

A — L’ARMÉE ESPAGNOLE (Armée régulière et Milices)


— ALMUIÑA FERNÁNDEZ (Celso), « Formas de resistencia frente a los fran-
ceses. El concepto de guerra total », in Diego (Emilio de), etc.,
Repercusiones de la Revolución Francesa en España, Universidad
Complutense, Madrid, 1990, pp. 453-471.
— CÁCERES ESPEJO (Carlos), El ejército de Andalucía en la Guerra de
la Independencia, Algazara, Málaga, 1999.
— ESDAILE (Charles), The Spanish army in the Peninsular War, Man-
chester University Press, Manchester, 1988.
— LA PARRA LÓPEZ (Emilio), « La Central y la formación de un nuevo
ejército : la Junta Militar (1808-1809) », in Antiguo Régimen y libe-
ralismo — Homenaje a Miguel Artola, t. 3 : Política y cultura, Fer-
nández Albaladejo (Pablo) y Ortega López (Margarita) eds., Edi-
ciones de la Universidad Autónoma de Madrid / Alianza Éditorial,
Madrid, 1995, pp. 275-284.
— MARTÍNEZ VALVERDE (Carlos), La marina en la Guerra de la Inde-
pendencia, Editora Nacional, Madrid, 1979.
— PAYNE (Stanley G.), Ejército y sociedad en la España liberal (1808-
1936), Akal Editor, Madrid, 1976, (chap. « Orígenes del Pretoria-
nismo político, 1810-1833 », pp. 17-32).
— * PÉREZ GARZÓN (Juan Sisinio), Milicia nacional y revolución bur-
guesa, C.S.I.C. / Instituto « Jerónimo Zurita », Madrid, 1978,
(chap. 2 de la Ire partie : « Voluntarios, Milicias y Partidas : 1808-
1814 », pp. 23-84).
— SALAS LARRAZÁBAL (Ramón), « Primeros planteamientos estratégicos
(1808) », Actas del Congreso Internacional « El Dos de Mayo y sus
Precedentes » (Madrid, 20, 21 y 22 de Mayo de 1992), Luis Miguel
Enciso Recio ed., Madrid Capital Europea de la Cultura, 1992,
pp. 455-481.

B — LA GUÉRILLA ET LES GUÉRILLEROS — LA


CONTRE-GUÉRILLA
— ARTOLA (Miguel), « La guerra de guerrillas », Revista de Occidente,
Madrid, no 10, Enero 1964, pp. 12-43.

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226 L’Espagne contre Napoléon

— AYMES (Jean-René), « La guérilla dans la lutte espagnole pour l’Indé-


pendance (1808-1814) : amorces d’une théorie et avatars d’une pra-
tique », Bulletin Hispanique, Université de Bordeaux III, juillet-
décembre 1976, pp. 325-349.
— BARTHÈLEMY (Rodolfo G. de), « El marquesito » Juan Díez Porlier,
« General que fue de los Ejércitos Nacionales » (1788-1815), Uni-
versidade de Santiago de Compostela, 1995.
— CASSINELLO PÉREZ (Andrés), Juan Martín « El Empecinado » o el
amor a la libertad, Editorial San Martín, Madrid, 1995.
— DÍAZ TORREJÓN (Francisco Luis), « Guerrilla y delincuencia en la
Andalucía napoleónica », in Merinero Rodríguez (Rafael) ed., Actas
de las segundas jornadas sobre el bandolerismo en Andalucía
(Jauja, octubre de 1998), Ayuntamiento de Lucena / Alcaldía de
Jauja / Fundación para el desarrollo de los pueblos de la ruta del
tempranillo, pp. 121-149.
— ESDAILE (Charles), R « The problem of the Spanish guerrillas », in Ber-
keley (A.) ed., New lights on the peninsular War : International
Congress of the Iberian Peninsula, 1780-1840, The British Histori-
cal Society of Portugal, Lisboa, 1991.
R « Heroes or villains revisited : fresh thoughts on la guerrilla », in
IIo Seminario Internacional sobre la Guerra de la Independencia
(Madrid, 24-26 de octubre de 1994), Ministerio de Defensa,
Madrid, 1996, pp. 191-210.
— GARCÍA GUIJARRO (Luis), La Guerra de la Independencia y el guer-
rillero Romeu, 1908 et réédition en fac-simile par Paris-Valencia,
Valencia, 1993.
— * IRIBARREN (José María), Espoz y Mina el guerrillero, Aguilar,
Madrid, 1965.
— * MIRANDA RUBIO (Francisco), La guerrilla en la Guerra de la Inde-
pendencia, Diputación Foral de Navarra, Pamplona, 1982.
— * ORTUÑO MARTÍNEZ (Manuel), Xavier Mina, guerrillero, liberal,
insurgente — Ensayo bio-bibliográfico, Universidad Pública de
Navarra, Pamplona, 2000.
— PASCUAL (Pedro), Los curas contra los ejércitos napoleónicos, Insti-
tución « Fernando el Católico » / C.S.I.C., Zaragoza, 2000.
— RODRÍGUEZ SOLÍS (E.), Los guerrilleros de 1808, 3 vol., ed. Estampa,
Madrid, 1930.
— ROURA (Lluís), « Guerra pequeña y formas de movilización armada
en la guerra de la Independencia : ¿ Tradición o innovación ? », Trie-
nio, Madrid, no 36, noviembre 2000, pp. 65-93.
— SÁNCHEZ FERNÁNDEZ (Jorge), La guerrilla vallisoletana (1808-1814),
Diputación provincial, Valladolid, 1997.

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moderna 1o / » Guerra irregolare, petite guerre, guerrilla « , Spagna
contemporanea, Torino, 2000, no 18, pp. 9-31 2o / » Fenomenologia
della guerriglia spagnola e suoi riflessi internazionali « , Spagna
Contemporanea, 2001, no 20, pp. 73-167.
— TONE (John Lawrence), La guerrilla española y la derrota de
Napoléon, Alianza Éditorial, Madrid, 1999 (ed. anglaise en 1994).

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— Batalla (La) de Bailén — Actas de las primeras jornadas sobre
la batalla de Bailén y la España contemporánea, Universidad de
Jaén / Excmo. Ayuntamiento de Bailén, 1999.
— Bailén y la guerra contra Napoléon en Andalucía (Actas de las
segundas jornadas sobre la batalla de Bailén y la España contem-
poránea), Excmo. Ayuntamiento de Bailén / Universidad de Jaén /
Junta de Andalucía, 2001.
— BELMAS (J.), Journaux des sièges faits ou soutenus par les Français
dans la Péninsule, 4 t., Firmin Didot, Paris, 1836-1837.
— CÚNDARO (fray Manuel), Historia político-militar de la plaza de
Gerona en los sitios de 1808 y 1809, s.l., 1818 (autre éd. : Instituto
de Estudios Gerundenses, Gerona, 1940).
— DÍAZ-PLAJA (Fernando), Dos de Mayo de 1808, Éditorial Espasa
Calpe, Madrid, 1996.
— ENCISO RECIO (Luis Miguel) ed., Actas del Congreso International El
Dos de Mayo y sus Precedentes (Madrid, 20, 21 y 22 de Mayo de
1992), Madrid, Capital Europea de la Cultura, 1992.
— ESCALETTES (Jean-Paul), 10 avril 1814 — La bataille de Toulouse,
Éditions Loubatières, Portet-sur-Garonne, 1999.
— MONTÓN (Juan Carlos), La revolución armada del Dos de Mayo en
Madrid, Istmo, Madrid, 1983.
— ORTIZ DE ORRUÑO (José María), La Batalla de Vitoria, 175 años des-
pués, Departamento de Cultura, Diputación Foral, Vitoria / Gasteiz,
1988.
— PASTOR MUÑOZ (Francisco Javier) y ADÁN POZA (María Jesús) coord.,
El campo de batalla de Somosierra (30 — XI — 1808), Consejería
de las Artes de la Comunidad de Madrid, no 10, 2001.
— R & D (Resarching & Dragona), Madrid : revue militaire compor-
tant de nombreux récits et plans de batailles (Medellín, Espinosa de
los Monteros...).
— RUDORFF (Raymond), Los sitios de Zaragoza (1808-1809), Gri-
jalbo, Barcelona, 1977.

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228 L’Espagne contre Napoléon

— * SARRAMON (Jean) R La bataille des Arapiles (22 juillet 1812),


Publications de l’Université de Toulouse Le Mirail, série A, t. 38,
1978.
R La bataille de Vitoria : la fin de l’aventure napoléonienne en
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— MARTÍNEZ CACHERO (Luis Alfonso), Alvaro Flórez Estrada — Su
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dios Asturianos, Oviedo, 1961.
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para su estudio », Trienio, Madrid, no 36, noviembre 2000, pp. 5-27.
— RODRÍGUEZ ZURRO (Ana Isabel), « Causas de la ruina de Castilla
durante la Guerra de la Independencia », Cuadernos de Historia
Contemporánea, Universidad Complutense, Madrid, 2001, pp. 271-
298.

XVI — LES RÉPERCUSSIONS

A — L’EXIL ET LES CONSPIRATIONS


— ALONSO BAQUER (Miguel), El modelo español de pronunciamientos,
Ediciones Rialp, Madrid, 1983 (sous-chap. « Los precursores del pro-
nunciamiento de Riego », pp. 47-58).

.
.

Bibliographie ordonnée 239

— BARBASTRO GIL (Luis), Los afrancesados : primera emigración polí-


tica del siglo XIX español (1813-1820), Instituto de Cultura « Juan
Gil-Albert », Alicante, 1993.
— KASPERS (Michael), « Los guerrilleros de la francesada durante el
Trienio Constitucional », Trienio, Madrid, no 23, mayo 1994, pp. 61-
102.
— * LÓPEZ TABAR (Juan), Los famosos traidores — Los afrancesados
durante la crisis del Antiguo Régimen (1808-1833), Biblioteca
Nueva, Madrid, 2001.
— SÁNCHEZ MANTERO (Rafael), Liberales en el exilio, Rialp, Madrid,
1975.

B — LA MÉMOIRE COLLECTIVE
— * DEMANGE (Christian), Mythe et fête nationale — Contribution à
l’étude de la symbolique nationale en Espagne (1808-1936),
Thèse de doctorat, Université de Paris IV, décembre 1997.

C — L’EXPLOITATION LITTÉRAIRE ET FILMIQUE, JUSQU’À NOS


JOURS (simple échantillonnage)
1o / Ouvrages et études espagnols
— ALARCÓN (Pedro Antonio de), « El carbonero alcalde », « El afrance-
sado », « ¡ Viva el Papa ! », « El extranjero », « El ángel de la guarda »,
in « Historietas nacionales » (1859), Obras completas, Ediciones
Fax, Madrid, 1968, pp. 105-129.
— BAROJA (Pío), « El escuadrón del Brigante », « Los caminos del
mundo », in Obras completas, t. III : Memorias de un hombre de
acción, Biblioteca Nueva, Madrid, 1947, pp. 113-382.
— BLASCO IBÁÑEZ (Vicente), ¡ Por la patria ! (Romeu el guerrillero),
Imprenta de « El Correo de Valencia » Valencia, 1888.
— EGIDO (Luciano G.), El cuarzo rojo de Salamanca, Tusquets edi-
tores, Barcelona, 1993.
— FERNÁNDEZ SANTOS (Jesús), Cabrera, Plaza & Janés Literaria,
Esplugues de Llobregat (Barcelona), 1981.
— GÓMEZ FERRER (Guadalupe), « El Dos de Mayo en la literatura histó-
rica », in Enciso Recio (Luis Miguel) ed., El Dos de Mayo y sus Pre-
cedentes, op. cit., pp. 329-352.
— GALLART (Felip), El llarg cami de l’alba, Garsineu Edicions, Tremp,
1999.
— GUERRERO ACOSTA (José Manuel), « La iconografía sobre la Guerra de
la Independencia : una visión actual », Revista de Historia Militar,
Madrid, no 88, pp. 209-224.

.
.

240 L’Espagne contre Napoléon

— MATTEI (Jean-Pierre) dir., Napoléon et le cinéma. Un siècle


d’images, Cinémathèque de Corse, Éditions Alain Piazzola, 1998.
— MONTESINOS (María Isabel), « Novelas históricas pre-galdosianas
sobre la Guerra de la Independencia », in Etreros (Mercedes) —
Montesinos (María Isabel) — Romero (Leonardo), Estudios sobre la
novela española del siglo XIX, C.S.I.C., Madrid, pp. 9-48.
— PEMÁN (José María), Cuando las Cortes de Cádiz..., Librería de San
Martín, Madrid, 5o ed. 1934.
— PÉREZ GALDÓS (Benito), El 19 de marzo (1873) — Bailén — Napo-
léón en Chamartín — Zaragoza — Gerona — Cádiz — Juan
Martin el Empecinado — La batalla de los Arapiles — El equipaje
del rey José (1875), in Obras completas, t. I : Episodios Nacionales,
Aguilar, Madrid, 1968, pp. 359-1280 (Trad. française : Juan Martin
el Empecinado, Les Éditeurs Français Réunis, Paris, 1975).
— SANTA (Angels), « La Guerra de la Independencia y la imagen napo-
leónica », in Boixareu (Mercè) — Lefere (Robin) coord., La Historia
de España en la Literatura Francesa — Una fascinación..., Édito-
rial Castalia, Madrid, 2002, pp. 469-486.
— SENTAURENS (Jean), « La Guerre de l’Indépendance et le cinéma espa-
gnol. Variations musicales autour du patriotisme ». Actes du col-
loque « La musique dans le théâtre et le cinéma espagnols » (Pau,
28-29 janvier 2000), Université de Pau / Éditions Fédéron, 2002,
pp. 167-201.
— SOLÍS (Ramón), Un siglo llama a la puerta, Éditorial Bullón,
Madrid, 1963.
— TÁRRAGO Y MATEOS (Torcuato), El monje negro o el hambre de
Madrid (Novela histórica original), Librería de Garnier Hermanos,
Paris, 1865.
— VALLEJO-NÁGERA (Juan Antonio), Yo, el rey, Planeta, Barcelona, 1985.
— VÁZQUEZ TABOADA (Manuel), El dos de mayo o los franceses en
Madrid (Novela histórica original), Imprenta de la Galería Litera-
ria, Madrid, 1866.

2o / Ouvrages français
— BALZAC (Honoré de), « El Verdugo », in La Comédie Humaine, X :
« Études philosophiques », Pléiade, Gallimard, Paris, 1979, pp. 1123-
1145.
— D’ESPARBÈS (Georges), Le vent du boulet, Collection illustrée Pierre
Lafitte, Paris, 1914.
— FÉVAL (Paul), Le Capitaine Fantôme, « Le livre populaire », Fayard,
Paris, s.d.

.
.

Bibliographie ordonnée 241

— GENOUD (Françoise), Les Galiciens, Roman — Flammarion, Paris,


1978.
— MORAND (Paul), Le flagellant de Séville, Folio no 1382, Fayard,
Paris, 1951.
— PELLISSIER (Pierre) — PHELIPEAU (Jérôme), Les grognards de Cabrera
(1809-1815), Hachette Littérature, Paris, 1979.
— PEYRÉ (Joseph), Les lanciers de Jerez — Les remparts de Cadix —
L’Alcalde de San Juan, Flammarion éditeur, Paris, 1963.
— STENDHAL, « Le Coffre et le Revenant », in Romans et Nouvelles II,
Pléiade, Gallimard, Paris, 1952, pp. 1218-1238.

.
.

.
.

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

ÉVÉNEMENTS MILITAIRES POLITIQUE ET LITTÉRATURE


1807
17 octobre Les troupes de Junot entrent
en Espagne.
27 octobre Traité de Fontainebleau
entre la France et l’Espagne.
30 octobre Début de l’affaire de l’Escu-
rial.
1808
17 mars Emeute d’Aranjuez.
2 mai Soulèvement madrilène.
5 mai À Bayonne, Charles IV et
Ferdinand VII renoncent à la
couronne.
25 mai La Junte de la Principauté
des Asturies déclare la
guerre à la France.
6 juin Victoire des somatenes cata-
lans au Bruch.
12 juin Premier siège de Saragosse
(jusqu’au 12 août).
7 juillet La Junte espagnole convo-
quée à Bayonne par Napo-
léon approuve un projet de
constitution.
19 juillet Capitulation de Dupont à
Baylen.
20-30 juillet Règne éphémère de Joseph
Bonaparte à Madrid.

.
.

244 L’Espagne contre Napoléon

30 août Capitulation de Junot à Cin-


tra : abandon du Portugal.
1er sept. Début de publication à Ma-
drid du Semanario Patrió-
tico.
25 sept. Réunion de la Junte Centrale
à Aranjuez.
octobre Poesías patríoticas de M. J.
Quintana.
2 décembre Entrée de Napoléon à Ma-
drid.
décembre Deuxième siège de Sara-
gosse (jusqu’au 20 février
1809).
27 décembre La Junte Centrale se réfugie
à Séville.
1809
14 janvier Traité d’alliance anglo-espa-
gnol.
17 janvier Napoléon regagne la France.
22 janvier Deuxième entrée de Joseph
à Madrid. Décret « améri-
cain » de la Junte Centrale
(abolition du statut colo-
nial).
28 mars Soult occupe Porto.
mai-décembre Nouveau siège de Gérone.
19 novembre Victoire française d’Ocaña.
1810
29 janvier Le Conseil de Régence suc-
cède à la Junte Centrale.
8 février Décret de Napoléon an-
nexant à l’Empire la rive
gauche de l’Èbre.
janvier-mai Campagne du roi Joseph en
Andalousie.
24 septembre Première réunion à Isla de
León des Cortès générales et
extraordinaires.
5 novembre Décret proclamant la liberté
d’impression.

.
.

Repères chronologiques 245

1811
mars Début de publication du
journal El Robespierre espa-
ñol.
18 mai Carta de un buen
patriota... (Polémique Cap-
many-Quintana).
1er juillet Abolition des privilèges sei-
gneuriaux.
1812
2 janvier Entrée de Suchet à Valence.
19 janvier Wellington s’empare de Ciu-
dad Rodrigo.
19 mars Promulgation de la Constitu-
tion à Cadix.
15 avril Apparition à Cadix du Dic-
cionario Crítico Burlesco
de B.J. Gallardo : début
d’une polémique politico-lit-
téraire.
juillet Représentation au théâtre
de Cadix de La Viuda de
Padilla de Martínez de la
Rosa.
22 juillet Victoire de Wellington aux
Arapiles.
août Joseph abandonne Madrid et
Soult lève le siège de Cadix.
1813
22 février Abolition de l’Inquisition.
21 juin Défaite de Joseph à Vitoria.
30 juillet Les troupes espagnoles
pénètrent dans le Pays
basque français.
1er octobre Première réunion des Cortès
ordinaires.
29 novembre Fin des sessions des Cortès
ordinaires.
11 décembre Traité de Valençay (fin de la
guerre).
1814
22 mars Entrée de Ferdinand en
Espagne.

.
.

246 L’Espagne contre Napoléon

17 avril Premier « pronunciamiento »


militaire pro-absolutiste à
Valence.
4 mai Décret de Ferdinand VII
abolissant la Constitution de
Cadix et les décrets des Cor-
tès.
12 mai Diffusion à Madrid du
« Manifeste des Perses »
(texte doctrinal pro-absolu-
tiste).
4 juin Les Français abandonnent
les dernières places espa-
gnoles (Hostalrich-Figueras).

.
.

INDEX

ABRANTÈS (duchesse d’) : 134 ARGÜELLES (Agustín) : 113, 122, 129


afrancesamiento, afrancesados : ARRIBAS (Pablo de) : 103
45, 53, 54, 56, 57, 59-62, 92, ARROYAL (Léón de) : 36
94, 112, 127, 129 ARTOLA (Miguel) : 18, 84, 108
AGUILAR PIÑAL (Francisco) : 9 Asturies : 99
ALCALÁ GALIANO (Antonio) : 25, 44, Ávila : 31
53, 54, 111, 113, 121, 122, 123 ayuntamiento (conseil munici-
Alfaro (province de Logroño) : 86 pal) : 106, 116
Alicante : 106, 107 AZANZA (Miguel Josef de) : 77
Amérique : 117 Badajoz : 28, 119, 128
Amor : 86 Baléares (Iles) : 101
Ampurdán (région de Catalogne) : BALLESTEROS (général Francisco) :
126 63
Andalousie, Andalous : 26, 28, 59, Barcelone : 29, 35, 41, 64, 75, 90,
70, 77, 91, 92, 109 101, 115, 124,
andarín : 85 BAROJA (Pío) : 25
Angleterre, Anglais : 28, 34, 102, Basques (Provinces) : 15, 27, 29,
112, 124, 126, 129, 130 46
ANGOULÊME (duc d’) : 46 Baylen : 8, 14, 23, 24, 26, 50, 77,
ANTONIO (Infant) : 43 129
Aragon : 28, 84, 85, 100 Bayonne : 38, 50
ARÁGON (Agustina de) : 17 Bayonne (entrevue de — constitu-
« Aragonés (el) » : 40 tion de) : 26, 27, 38
ARANDA (comte d’) : 36 Berenjena (l’Ordre Royal
Aranjuez : 26, 39, 40, 41, 42, 55, d’Espagne) : 77
56, 95, 128, 129 BIGARRÉ (général français) : 82
Arapiles (bataille des) : 8, 14, 21, Biscaye : 75, 76, 115
24, 28 BLANCO-WHITE (José María) : 110

.
.

248 L’Espagne contre Napoléon

BLAZE (Sébastien) : 71, 134 CHAMORRO MARTÍNEZ (Manuel) : 10,


Bonaparte : cf. Napoléon. 16
BORBÓN (Luis de, cardinal-arche- CHARLES III : 14, 53, 103, 118, 122
vêque de Tolède) : 50 CHARLES IV : 14, 26, 31, 32, 37, 39,
BOUDON (Jacques-Olivier) : 8 54, 76, 122
Bruch (el) : 21 Ciudad Rodrigo (province de Sala-
Burgo de Osma (province de manque) : 14, 28, 72
Soria) : 107 « Cojo de Málaga (el) » : 112
Burgos : 35, 126 Conciso (El) : 69, 90
CABARRÚS (Francisco, comte de) : confidente : 85
36, 53, 54 Conseil de Castille : 102, 109
cabecilla : 17, 62, 67, 81, 82, 83, CONSOLACIÓN (Padre) : 67
85, 86, 131 Constitution de Cadix : 24, 25, 28,
CADALSO (José de) : 93 75, 94, 110, 111, 112, 115, 116,
Cadix : 11, 14, 15, 19, 20, 23, 24, 120, 121, 122, 123, 128, 130
28, 65, 66, 74, 84, 88, 89, 90, Consulat (France) : 51
96, 97, 99, 108, 111, 112, 113, COPÓNS (général Francisco de) : 70
115, 120, 121, 122, 123, 127, Corogne (La) : 90, 105
128 corregimiento (territoire sous
CAFFARELLI (général français) : 86 l’autorité d’un magistrat local) :
« Chaleco » : 81 105
Chamartin : 78 Cortès : 18, 49, 51, 56, 69, 70, 75,
CALATRAVA (José María de) : 113 90, 97, 99, 108, 109, 110, 111,
CALVO (Lorenzo) : 69 112, 113, 114, 116, 120, 121,
CALVO DOMÍNGUEZ (Joaquín) : 62 122, 128, 129, 133
camarilla : 41 Cuenca : 126
CAMP (Pedro) : 64 CUESTA (général Gregorio de la) :
CAMPOVERDE (marquis de) : 63 102, 107
CANGA-ARGÜELLES (José) : 73, 118 DAOIZ : 43, 107
CAPMANY (Antonio de) : 25, 114 DÉROZIER (Albert) : 18, 94, 109
« Capuchino (el) » : 67, 81 Diario de las Cortes : 113
« Caracol » : 81 Diario de Zaragoza : 68
Carlisme, carlistes : 87, 131, 132 Diario mercantil de Cádiz : 97
CASTAÑOS (général Francisco Diario napoleónico : 97
Javier) : 50, 102 Diccionario crítico-burlesco : 90
Castille : 46, 63 Diccionario razonado manual :
Catalogne : 15, 28, 29, 33, 34, 35, 90
46, 59, 63, 64, 69, 84, 87, 101, Directoire (France) : 30, 51
102, 113, 115, 124 DORSENNE (général français) : 104
caudillo (chef militaire) : 131 Dos de Mayo (1808) : 21, 27,
CEBALLOS (Pedro de) : 41 42-45
Censor general (El) : 97 DUPONT (général) : 27

.
.

Index 249

« Empecinado (el) » : 8, 40, 81 Gibraltar : 50


Empereur : cf. NAPOLEON. GODOY (Manuel, prince de la
ESCOIQUIZ (chanoine Juan de) : 30, Paix) : 26, 31, 36, 37, 38, 39,
32, 33, 37, 41 40, 41, 42, 54, 72, 94, 117
Escurial (affaire de l’) : 26, 27, 39 GÓMEZ DE ARTECHE (José) : 23
Espectador sevillano (El) : 98 GÓMEZ DE LA SERNA (Ramón) : 80
Espinosa de los Monteros : 28 GOYA (Francisco de) : 19, 25, 43,
ESPOZ Y MINA (général Francisco) : 76, 77, 78, 79, 80
62, 63, 64, 67, 68, 75, 78, 81, GRANDMAISON (Geoffroy de) : 8, 23
82, 126, 128, 130 Grenade : 63
ESTALA (Pedro) : 97, 103 guerrilla, guerrilleros : 19, 21,
Estella (province de Navarre) : 43, 50, 52, 62, 80-88
126 HOLLAND (lord) : 110, 183, 184
« Estudiante (el) : 81 Huesca : 107
« Extremeño (el) (l’Estré- HUGO (général Léopold) : 50, 70,
mègne) » : 40 126
FÉE (écrivain français) : 48, 71 ilustración, ilustrados : 38, 53
FERDINAND VII (Prince des Asturies, Imparcial (El) : 57, 61
puis roi) : 26, 29, 31, 32, 37, 38, INFANTADO (duc de l’) : 41
39, 41, 42, 48, 50, 54, 55, 74, Inquisition : 74, 77, 94, 101, 120,
76, 77, 94, 95, 127, 128, 129, 129
130, 133 Irún (province de Guipuzcoa) : 64
FERNÁNDEZ ALMAGRO (Melchor) : 111 JOSEPH BONAPARTE, roi d’Espagne :
FERNÁNDEZ DE CASTRO (Ignacio) : 21, 23, 25, 26, 27, 28, 29, 48,
116 54, 55, 56, 59, 60, 61, 65, 66,
Ferrol (El) : 72 77, 86, 94, 96, 99, 101, 102,
FILANGIERI (général espagnol) : 72 103, 104, 105, 115, 126, 129
FLÓREZ ESTRADA (Alvaro) : 122 JOURDAN (général français) : 60,
FLORIDABLANCA (comte de) : 109 104
folleto : 53, 96 JOVELLANOS (Gaspar Melchor de) :
FOUCHÉ (Joseph, duc d’Otrante) : 47, 53, 54, 76, 108, 109, 110
67 Junte Centrale : 19, 96, 100, 103,
FOXÁ (baron de) : 50 105, 108, 109, 110, 114
« Fraile (el) » : 67 Juntes locales : 16, 24, 64, 72,
Frères Quêteurs : 67 105, 106, 107
fuero : 76, 116 Juntes provinciales : 105, 106,
FUGIER (André) : 8 107, 201
Gaceta de la Regencia : 53 LACHENQUE (Henri) : 8
Gaceta de Madrid : 132 LACY (général Luis de) : 131
Galice : 35, 72, 87, 105, 131 LA FOREST (ambassadeur de
Gérone : 14, 15, 28, 29, 50, 107, France) : 60, 65, 74, 104, 105,
124 127

.
.

250 L’Espagne contre Napoléon

LARDIZÁBAL (Miguel de) : 133 Móstoles : 17


LAZÁN (marquis de) : 68 MUÑOZ TORRERO (Diego) : 114
LENTZ (Thierry) : 8 MURAT (Joachim, grand-duc de
Levant : 100, 104, 113 Berg) : 9, 26, 42, 76
LISTA (Alberto) : 97 Murcie : 128
LLORENTE (Juan Antonio) : 25, 60, NAPOLÉON : 8, 12, 14, 21, 26, 28,
77, 127 51, 53, 55, 61, 77, 90, 93, 95
LOUIS XVIII : 130 Navarre : 64, 67, 82, 85, 87, 115,
Madrid : 12, 15, 28, 29, 35, 41, 42, 126, 131
46, 60, 64, 65, 76, 77, 89, 90, NICOLAS (moine) : 68
96, 126 Nuevo Diario (El) : 88
Madrigal (province d’Avìla) : 72 Observador (El) : 91
« Manco (el) » (le Manchot) : 40, Ocaña (province de Tolède) : 24,
81, 82 28
Manresa (province de Barce- oficios vinculados : 36
lone) : 90 Olite (province de Navarre) : 126
MARCHENA (José) : 97 Olot (province de Gérone) : 70
MARIE-LOUISE DE PARME, reine ORENSE (évêque d’) : 70, 102, 126,
d’Espagne : 37, 76 132
Martínez de la Rosa (Francisco) : Orthez : 14, 29
48, 95, 96, 129 PADILLA (Juan de) : 91
Medina de Río Seco : 8 PALAFOX Y MELCI (José de) : 68, 76,
MEJÍA (José) : 113, 122 77
MELÉNDEZ VALDÉS (Juan) : 51, 53, PALAREA : 81
103 Palma de Mallorca : 90
MENDIZÁBAL : 100, 118 Pampelune : 29, 46
MENÉNDEZ DE LUARCA (Rafael partida : 20, 81, 82, 83, 85, 86
Tomás) : 49, 50 « Pastor (el) » : 81, 82
MENÉNDEZ Y PELAYO (Marcelino) : PELAYO (premier roi des Asturies) :
120, 122 91
MERINO (curé et guérillero) : 52, PÉREZ GALDÓS (Benito) : 25, 131
68, 81, 132 proclama : 95
MINA (Javier) : 81 Portugal : 27, 32, 33, 34, 102
MIOT DE MELITO (André-François) : pronunciamiento : 130, 131, 132
85 « quadrille » : 71, 81, 104
miquelet : 84 QUINTANA (Manuel Josef) : 25, 52,
Moniteur Universel : 33, 101 53, 54, 91, 93, 95, 96, 110, 114,
MONTIJO (comte de) : 63 122
Monzón (province de Huesca) : REINOSO (Félix Josef) : 45, 60, 61
72 Révolution (française) : 14, 51,
MORATÍN (Leandro FERNANDEZ de) : 73, 120, 133
53 RIEGO (Mafao del) : 122

.
.

Index 251

RIVAS (duc de) : 96 Tafalla (province de Navarre) :


ROBESPIERRE : 51 126
Robespierre español (El) : 73, 89, TALLEYRAND : 37
97 Tap y Núñez : 72
ROCCA (Albert Jean Michel) : 47, Tardienta (Sierra de) : 78
48, 71, 133 Tarragone : 64, 75, 124
ROJAS (Carlos) : 80 tercios : 84
ROMANA (marquis de la) : 63 TERRERO (Vicente) : 119
ROMERO (Manuel) : 77 THIÉBAULT (baron, général fran-
ROMEU (José) : 81 çais) : 71, 126
Ronda (province de Malaga) : 70 « tío Coleto » : 40
Saint-Jacques-de-Compostelle : 90, « tío Pedro » : 40
105, 106 Toulouse : 29
Saint-Sébastien : 20, 29, 126 TORENO (comte de) : 43, 45, 72,
SAN CARLOS (duc de) : 41 122
Sanlúcar de Barrameda (province « Tres Pelos » (Trois Poils) : 40, 81
Triennat constitutionnel (1820-
de Cadix) : 41
1823) : 87, 100
SANTA CRUZ Y PACHICO (Francisco) :
Ujué (province de Navarre) : 85
132
URQUIJO (Mariano Luis de) : 77,
Saragosse : 14, 20, 23, 28, 66, 67,
103
68, 76, 77, 126, 128
Valençay : 29, 76, 127
SARRAMON (Jean) : 8
Valencia : 29, 33, 60, 100, 104,
Sarriá : 64
108, 109, 128
SÉBASTIANI (maréchal français) : 47 vale (real) : 38, 117
Ségovie : 31 Valls : 63
SEGUR (comte de) : 50 Velarde : 43
Semanario Patriótico (El) : 110 veredero : 85
señoríos : 36 VERNET (« Carle ») : 78, 79
servil : 114, 130 VICENS VIVES (Jaime) : 34
Séville : 39, 90, 97, 110 Vich (province de Barcelone) : 64
SOLÍS (Ramón) : 112 Vigía nacional (El) : 65
somatén : 84 VILAR (Pierre) : 113
Somosierra : 8, 28 Villagarcía (province de Ponteve-
Soria : 106, 107 dra) : 106
SOULT (maréchal, duc de Dalma- Vitoria : 8, 21, 23, 29, 105, 128
tie) : 29, 74, 104, 134 VOLTAIRE : 48, 103
SUÁREZ DE SANTANDER (évêque) : 56 WELLINGTON (duc de) : 28, 78
SUCHET (maréchal, duc d’Albu- YURAMI (Fray Antonio Miguel) : 66,
fera) : 28, 29, 99, 100, 104, 124 67

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TABLE DES MATIÈRES

PROLOGUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

Chapitre 1. PRÉLUDES ET INCERTITUDES . . . . . . . . . . . . . . . . 31


— Les Français et l’Espagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
— L’Espagne en 1808 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1. La situation du pays . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2. La famille royale et Godoy, prince de la Paix . . . . . . . 37
3. L’affaire de l’Escurial et le soulèvement d’Aranjuez . . . 39
4. Le 2 mai à Madrid . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
— Les Espagnols à l’heure du choix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1. Les motivations des « patriotes » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2. Les raisons du ralliement aux Français . . . . . . . . . . . . . 53

Chapitre 2. LES FORMES MULTIPLES DE LA LUTTE . . . . . . . . 59


— Les Espagnols dans la guerre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
1. Les « afrancesados » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2. Profiteurs et « embusqués » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3. Les ecclésiastiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4. La masse du peuple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
5. Francisco Goya . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
— La guérilla . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
— La littérature de combat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88

Chapitre 3. LES FORMES NOUVELLES DU POUVOIR . . . . . . . 99


— Les gouvernements intrus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
1. L’administration militaire impériale . . . . . . . . . . . . . . . . 99
2. La politique du roi Joseph . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

.
.

254 L’Espagne contre Napoléon

— Le régime des juntes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105


1. Les juntes locales et les juntes régionales . . . . . . . . . . . 105
2. La Junte Centrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
— Les Cortès et la Constitution de Cadix . . . . . . . . . . . . . . . 110
1. Portrait des députés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
2. Les grandes décisions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
3. Le sens et la portée de l’œuvre constitutionnelle . . . . 121

BILAN : L’ESPAGNE À LA FIN DE LA GUERRE . . . . . . . . . . . . . 125


— Les marques visibles du conflit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
— La restauration du despotisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
— Les effets de la guérilla . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
— Le catholicisme revigoré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
— La Guerre d’Indépendance et la littérature . . . . . . . . . . . 132

DOCUMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
(Les documents en espagnol sont indiqués en italique)
1. Coup d’œil sur l’Espagne (J.F. Rehfues) . . . . . . . . . . . . . . 135
2. La réaction de Murat aux événements madrilènes du
2 mai 1808 (lettre au général Dupont) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
3. Proclamation de Napoléon aux Espagnols — 1808. . . . . 143
4. La Constitution de Bayonne proclamée le 7 juillet 1808 145
5. La guerre contre les Français, « unique salut de la
patrie » — 1808 (Capmany) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
6. Appel de la Junte Centrale au clergé espagnol — 1808 . 159
7. Lettre d’un « vrai patriote » : abus et incurie au sein de
l’armée espagnole — 1808 (anonyme) . . . . . . . . . . . . . . . . 161
8. Catéchisme espagnol de 1808 (anonyme) . . . . . . . . . . . 165
9. Chansons de la Guerre d’Indépendance (anonymes) . . 169
10. Les souffrances de la population de Gérone pendant le
siège de 1809 (journal d’un officier de la garnison) . . . . . . . 175
11. Rapport du commandant d’une troupe de guérilleros
— 1809 (Lettre du marquis de Monsalud à la Junte Cen-
trale) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
12. Opinions de Jovellanos sur les Cortès de Cadix —
1810 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
13. Portraits comparés des libéraux et des conservateurs
— 1811 (« Semanario Patriótico ») . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
14. Constitution politique de la monarchie espagnole pro-
mulguée à Cadix le 19 mars 1812 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
15. Mesures en faveur des Indiens décidées par les Cortès
— 1812 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

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Table des matières 255

16. Décret royal du 4 mai 1814 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201


17. Indignation d’un libéral au moment du rétablissement
de l’absolutisme — 1814 (« El Duende de los Cafées ») . . 205

NOTES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
REPÈRES CHRONOLOGIQUES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
INDEX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 247

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ISBN 2-84736-031-X
Dépôt légal : juillet 2003

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