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Commentaire de texte : La Princesse de Clèves , Mme de Lafayette

Introduction :
Tournant dans l'histoire du roman, la Princesse de Clèves s'inscrit dans la période la plus
riche de la création classique. Si lors de sa parution le roman va immédiatement susciter les
commentaires il va surtout devenir un très grand succès de la littérature classique.
Inspirée par Le Jansénisme, Madame de Lafayette dénonce le danger des passions et la
corruption de l'homme. Analyses et réflexions les plus aiguës de la nature humaine
s'entrechoquent dans cette œuvre et font du roman une véritable œuvre classique analytique.
L'extrait à commenter traite de la réaction de Mme de Clèves lorsqu'elle découvre que celui
dont elle est éprise a une galanterie avec une autre.

De quelle manière Mme de Lafayette parvient-elle à analyser et dénoncer le danger des passions
en nous proposant une héroïne dévorée par la jalousie , tourmentée par l'amour et luttant entre
passion et raison dans une réflexion sans fin ?

Dans un premier temps, nous verrons comment l'auteure retranscrit la profonde jalousie
ressentie par le personnage. Puis, nous analyserons les tourments de la passion amoureuse
décrits par Mme de La Fayette pour enfin trouver dans l’écriture romancière une analyse
psychologique, nouvelle à l’époque de la parution du roman.

I. La jalousie :

1. Blessée au profond d'elle-même :


La Jalousie ressentie par le personnage est décrite minutieusement dans la réaction de
Mme de Clèves. Plusieurs termes définissent ce sentiment : « affliction; ce mal».
L’héroïne se sent profondément blessée, elle prend à cœur la découverte qu'elle a faite
et se retrouve finalement dans l'incapacité de réfléchir clairement.
« Elle lut cette lettre et la relut (…) ce quelle avait lut » L' insistance sur le verbe lire
montre quelle n'en croit pas ses yeux et lisant sans accepter ce qu'elle lit elle finit par
se sentir dévorée par ce sentiment qui lui fait si mal : La jalousie.

2 . Un sentiment désordonnant :
Dans la phrase : « Elle voyait seulement que Monsieur (…) comme elle » le narrateur
nous expose une situation claire avec l'adverbe « seulement ».
Toutefois Mme de Clèves ne s'en tiendra pas la, elle va réfléchir, regretter, se remettre
en question, s'affliger ... tout faire sauf affronter la réalité décrite dans la lettre. Le
terme « affliction », répété deux fois et définie par deux adjectifs : vive et piquante
montre le pouvoir du sentiment ressenti par Mme de Clèves et qui atteinte par la
jalousie et « toutes les horreurs dont elle peut être accompagnée » se trompe elle-même
en rentrant dans le cercle vicieux du tourment.
Cette jalousie apparaissait aux précieuses au XVI siècle comme une des horreurs de la
passion amoureuse. La douleur de La Princesse de Clèves n'est donc que la terrible
conséquence de sa violente passion pour Monsieur de Nemours.

II. Mme de Clèves, esclave de sa passion amoureuse :


1. Le manque d'objectivité et de clairvoyance
Malgré le fait quelle découvre que monsieur de Nemours à une galanterie avec une
autre qu'il trompe comme elle l'auteure cherche à nous montrer que la princesse ne
parvient pas à se détacher de sa passion amoureuse.
Mme de La Fayette utilise deux fois le terme « prince » afin de nous dire que
Monsieur de Nemours apparaît encore à la Princesse jalouse,affligée et détruite
comme un prince, terme très appréciatif pour l'homme « quelle en jugeait indigne ».

2. Une passion violente voir aliénante :


La passion amoureuse de La Princesse de Clèves définie comme « violente » laisse
penser que Mme de Clèves ne se contrôle pas. Dans « qu'elle maltraitait pour
l'amour de lui » l'auteure montre cet acharnement amoureux qui fait de la Princesse
une mauvaise épouse.
On peut remarquer qu'il est écrit « et dont elle avait été si touchée » par rapport à
la discrétion de Nemours . Le narrateur insinue que aveuglée par son amour, Mme
de Clèves n'avait pas été capable de voir que la discrétion de Monsieur de Nemours
n’était en réalité que la passion pour une autre.

3. Un retour à la raison :
Affligée par le chagrin et détruite par la jalousie (horreur de la passion amoureuse)
Mme de Clèves « pensait tout ce qui pouvait augmenter son affliction et son désespoir
». Elle en vient finalement à regretter certaines choses « elle enviait la force qu'elle
avait eu de cacher ses sentiments à monsieur de Nemours » ; « ou de n'avoir pas suivie
la pensée quelle avait eu de lui avouer l'inclination quelle avait pour Monsieur de
Nemours ».
La lutte entre passion et raison est évidente dans ce texte et les phrases qu'on
prendrait pour des contradictions ne sont que les «combattants» de cette lutte : «
était moindre que d'avoir laissé voir à Monsieur de Nemours quelle l'aimait et de
connaître qu'il en aimait une autre » ; « tout ce qui la consolait était de penser ... »
La fin du texte se termine par « guérie de inclination qu'elle avait pour ce prince » le
verbe guérir pour nous montrer le triomphe de la raison. Toutefois Mme de La
Fayette garde la périphrase « ce prince » peut être afin de nous dire que la passion
amoureuse bien quelle soit guérie ne peut complètement rester un souvenir dans la
mémoire de la Princesse de Clèves.

III.Un roman d'analyse :


1. La réflexion intérieure :
On peut voir apparaître dans ce texte un souhait de l'auteure de donner une
portée analytique et psychologique à travers la réaction de Mme de Clèves le texte
est structuré de de telle sorte a voir dans le déroulement de la pensée du
personnage par focalisation interne du narrateur une progression type du
tourment amoureux.
En effet le texte étant du début à la fin une narration sans dialogues l'auteure nous
immisce dans la réaction de Mme de Clèves et nous entraîne à analyser son
comportement.
On aperçoit beaucoup d'affirmation avec des pronoms interrogatifs : « Quelle vue et
quelle connaissance » et également des adverbes qui intensifient le texte : « jamais
affliction » ; « si insupportable » afin que la douleur et la démesure des sentiments
de La Princesse de Clèves saute aux yeux du lecteur.
2. La progression des sentiments :
En premier lieu Mme de La Fayette décrit la réaction immédiate de La Princesse De
Clèves après avoir lut la lettre. Jalousie, lourde affliction, mal et sentiments
profondément humains viennent brosser le portrait d'une femme chagriné d'amour.
Puis vient la réflexion et la comparaison à l'autre femme dont Monsieur de
Nemours est épris.
Mme de Clèves compare sont comportement à « celle qui avait écrit la lettre » puis
après avoir pensé « tout ce qui pouvait augmenter son affliction et son désespoir » le
personnage regrette et se remet en question : « quels retours ; quels réflexions » puis
elle réalise que le mal est fait et se console, guérie et n'ayant plus rien à craindre
d'elle même.
La progression des sentiments est claire et l'auteure nous montre alors comment la
nature humaine réagit face à la jalousie et aux tourments de l'amour elle expose
également son idéologie inspiré par le Jansénisme : dénoncer le danger des
passions humaines.

3. Le triomphe de la raison :
Par le biais d'une longue méditation du personnage éponyme Mme de Lafayette
veut montrer l’achèvement du tourment amoureux en une victoire de la raison.
L'auteure utilise la gradation ascendante « qui en était indigne qui la trompait qui la
sacrifiait peut être » afin de dévoiler la colère de la princesse de Clèves envers celui
qui lui cause ses tourments. « sacrifiait » est ici pour exagérer la souffrance de la
passion amoureuse et la montrer tel un vice.
Par la réflexion la princesse de Clèves peut se vanter « qu'elle n'a plus rien à
craindre d'elle-même ».

Conclusion :
Dans cette extrait de La Princesse de Clèves, l'auteure met en scène un héroïne profondément
jalouse et tiraillée entre sa passion amoureuse et le regret de ses actes.
A travers le texte l'auteure cherche en fait à analyser la nature humaine. Le récit de la pensée
de Mme de Clèves est utilisé par l'auteur pour exposer ses arguments (argumentation
indirecte). Son héroïne est un modèle de vertu qui s'inscrit parfaitement dans la littérature
classique profondément morale.
Au fil des siècles, la littérature évolue avec la liberté des mœurs. Ainsi au XIX ème siècle ,
Gustave Flaubert écrira aussi un roman avec une héroïne éponyme. Mais, tandis que La
Princesse de Clèves lutte contre sa passion, Emma Bovary représente une femme immorale.
Le roman de Flaubert aura même droit à un procès pour son réalisme vulgaire.

ANNAËLLE CAHN
Seconde BETH HANNA

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