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L3 S1 HdlM Musiques populaires actuelles

1er cours : 16 septmbre « popular music »

Henry Raynor nous parle du concept du « Grand Schisme » :


« Les compositeurs avant devaient pouvoir écrire de la musique de divertissement et de la musique
de cantate et de messe. Chopin, Schumann et Brahms ont raffiné la musique de la danse (Mazurkas,
Polonaises, Valses…) jusqu’à l’abstraction. Lanner et Strauss amènent le style de musique agréable
et légère. » avec la valse viennoise.
Lanner et Strauss ont initié le culte de la « musique légère » et il s’étend dans toute l’Europe.

Dereck Scott nous parle de l’apparition de caractéristiques musicales qui se sont perpétuées sous
différentes formes jusqu’à nos jours.
Il y a la Révolution à Vienne d’abord puis à Londres, Paris et NY des popular musics.
T. Adorno nomme cette musique comme « une forme dégénérée de la musique savante ».
Nous distinguons la musique savante (Art music) de la musique populaire (Popular music) de la
musique traditionnelle (Folk music).
Hubert Parry définit la chanson populaire moderne (popular song) comme « un style qui va chasser
les musiques traditionnelles si nous ne les sauvons pas ».

1) Vienne
A Vienne dès la fin des années 1920, on impose des nouvelles couleurs harmoniques, des nouveaux
rythmes, des nouveaux procédés mélodiques (la sensible qui descend et qui ne se résout pas), des
nouveaux timbres orchestraux. Le terme de « Leichte Musik » désigne les contredanses remplacées
par des danses de couples (la valse à 3 temps et la polka à deux temps).

Heinrich Jacob nous dit que « jusque là, il n’y a eu aucune musique avec une telle force populaire ».
En 1808, l’Apollosaal ouvre ses portes mais l’entrée se fait sur présentation d’un ticket entrainant une
limitation du public aux bourgeois. Par la suite, on danse la Polka de Bohême, le Cadry et la Valse.

Les compositeurs phares de cette musique légère sont :


- Joseph Lanner (1801-1843)
- Johann Strauss, Vater (1804-1849)
- Johann Strauss, Sohn
Ecoute : « An der schönen, blauen Donau »

→ Ce qui définit la « musique de qualité inférieure » est le fait de faire descendre la sensible (elle ne
se résout pas).
→ En 1929, Strauss V innove avec la sixte ajoutée, il n’y a pas de résolution, on la nomme la « sixte
flottante ». Elle nous amènera plus tard à un enrichissement dans les musiques des Andrew Sisters et
dans la chanson She Loves You (1963) par exemple.
→ Nous retrouvons aussi la septième majeure ajoutée dans la « Chanson d’Adèle », Die Fiedermaus,
qui est souvent retrouvé dans le jazz par la suite au XXe siècle.

Dans un Ländler, l’accent est sur le deuxième temps alors que dans la Valse, il est sur le premier.
Ecoute : Strauss V, Frohsinn im Gebirge, Op. 26
La Valse viennoise se définit avec l’anticipation sur le deuxième temps.
Ecoute : Taüberin-Walzer

2) NY
Luciano Berio nous dit que « l’harmonie huilée et sophistiquée des cocktail lounges post-
gerschiniens… avec la routine I, IV, V… était plus ou moins incrustée des 7 e et 9e ».
Le « Feeling » (swing, groove…) est laissé à l’interprétation des artistes.

En 1832, le comédien Thomas D. Rice interprète Jim Crow en noir, avec des habits et des danses
comme celles des afro-américains. Il joue du banjo, des castagnettes, du violon, du tambourin et
travaille avec les Virginia Minstrels.
Lors des concerts et spectacles, les « corner men » avaient la fonction de faire rire le public en
répondant à M. Johnson (d’un côté « bones » et de l’autre « tambo »).
Un autre groupe connu fut The Ethiopian Serenaders (1846).
Charles Hamm nous parle des minstrels comme étant « le premier genre distinctement américain ».

Stephen Foster (1826-1864) est considéré comme le premier compositeur de musique nationale des
États-Unis. Il met en place le système de Call and Response (qu’on retrouve ensuite dans le Gospel,
etc.), c’est le melting pot américain.
Ecoute : « Camptow Races », Ethiopian song, 1850
En 1843, Dan Emmett des Virginia Minstrels chante Old Dan Tucker (écoute), avec des courts motifs
répétés et une couleur pentatonique.

James Bland (1826-1864) est le premier chanteur noir à succès. Il a travaillé pour The Original Black
Diamonds et The Genuine Colored Minstrels.
Ecoute : « Carry me back to old Virginny »
→ Il y a un joueur de banjo avec son pied qui bat la pulsation sur l’estrade et cela contribue à donner
aux musiques populaires un caractère percussif.
→ Ce sont des groupes de jeunes musiciens blancs s’inspirant des musiques noires.
A la fin du XIXe siècle, the Blackface Minstrels tombent en désuétude. Le vaudeville (spectacle basé
sur un nombre de numéros) reprend la main.

3) Londres et le Musical
Le musical est apparu au XIXe siècle et est très rapidement devenu une industrie en contribuant
musicalement et économiquement.
De 1850 à la PGM, on y trouvait une dizaine de numéros avec des comédiens, des musiciens, des
magiciens, des jongleurs… C’était le concept des « taproom concerts » qui avaient lieux dans des
tavernes, avec le public se nourrissant et se désaltérant en écoutant la musique. Ainsi, la fréquence
augmenta rapidement (les gens venaient 1 fois par semaine puis 2 à 3 fois par semaine) et les scènes
furent ajoutées dans les tavernes et enfin, d’authentiques théâtres furent construits pour cette activité
seule.

Exemples de Music halls :


- Canterburry Hall (1852)
- Surrey Music Hall (1856)
- Weston’s Music Hall (1857)
- Oxford Music Hall (1861)
ce qui nous amène à The Music Standard « … the race for music halls »
Le musical de cette époque inspire le vaudeville américain et est repris par les français.

Avec toutes cette évolution, nous trouvons de nouveaux postes et l’écriture des chansons se
professionnalise.
En 1842, il y a le Copyright Act qui sort, les interprètes et auteurs sont encouragés.
Plusieurs types de chansons sont composées : la chanson de camelot, de dandy, les coster songs (qui
sont écrites pour tel ou tel interprète).
Il existe des vedettes de l’époque nommées les « lions comiques » (qui ont une popularité similaire à
celle des boys band des années 90 avec le concept de « star-system ») :
- Georges Leybourne
- Arthur Lloyd
- Alfred Vance
- Gilbert Hastings MacDermott
Ecoute : « It’s Naughty But it’s Nice »
- Lottie Collins
- Marie Lloyd (connue pour son clin d’oeil et autre…), c’est l’époque de l’ère victorienne.
Ecoute : « When I take my morning promenade »

En 1892, Edward Pigott (et Frederick Corder dans la même idée) nous dit que ce style de musique est
« la nourriture la plus adaptée à leur intelligence ».

Le refrain au sens du « chorus » est un procédé qui va évoluer avec la participation active de
l’auditoire. C’est une forme balade et une forme moderne du refrain (avec le chorus de plus en plus
long).
Ecoute : « Champagne Charlie », chanteur de l’époque George Leybourne, version écoutée avec
chanteur Dereck Scott, music by Alfred Lee
Ainsi, après NY et les minstrels et Londres et les Music halls, nous retrouvons :
→ une certaine forme de star-system
→ le refrain au sens moderne du terme.

4) Paris et le Cabaret
Nous allons retrouver les précurseurs des protest songs (exemple de nos jours de Creap).
Le premier café-concert est le Café des Aveugles (1731) qui ouvre dans le sous-sol d’une galerie du
Palais Royal. Les spectacles sont faits avec une demi-douzaine de numéros, les chansons sont
critiques vis-à-vis des autorités.
Les soirées chantantes (les gaugettes) sont surveillées à partir de 1807 mais il y a un mouvement de
libéralisation en 1860 avec Napoléon III, ainsi plusieurs dizaines de café-concerts ouvrent :
- Café-concert des Ambassadeurs (1840) → spectacle
- Eldorado (1858) → uniquement chanson
- Alcazar et Alcazar d’été

Les vedettes de cette région sont :


- Théréza (1876 : peinte par Degas)
- Ouvrad
- Paulus
→ chanson grivoise et comique troupier (typiquement français)
Ecoute : ex. de comique troupier

Le cabaret cultive la satire sociale. Nous retrouvons dans les cabarets montmartrois l’écriture de
paroles propres (typiquement français) avec un accent sur le texte.
- Le Chat Noir (1881) : Boulevard de Rochechouart, ouvert par Rudolphe Salis
- Le Mirliton (1885) : ouvert par Bruant
→ A Grenelle / La Villette / Pantruche / La Bastille / La Chappelle / Batignoles
A. Bruant est originaire de Bordeaux et est choqué de l’Argot Parisien à son arrivée puis est attiré.
Ecoute : « A la Villette » d’Aristide Bruant (la chanson réaliste)
Les vedettes aux 20e siècle sont féminines : Damia, Fréhel, Edith Piaf.

→ Nous retrouvons dans les chansons des paroles engagées


→ Il y a une ambition poétique (de la chanson rive gauche, avec les Singer song writers ensuite)
2e cours : 23 septembre

Certains auteurs envisagent désormais leurs métiers comme une industrie. Nous voyons naître la Tin
Pan Alley dans les années 80, avec 25 000 pianos produits par an et 500 000 américains qui
apprennent le piano par an.
Les premières compagnies qui profitent du nouveau marché sont Willis Woodmark et T-B Harms.
Woodwark s’installe dans le quartier de Union Square et dans les années 80, il devient Witmark and
co. En 1891, Witmark se déplace à la 5e avenue pour se rapprocher de l’industrie du divertissement
(puis elle est rejoint par les autres).

Witmark avait un parcours de commerçant avant, ainsi les partitions sont envisagées comme de purs
produits de consommation.
- La technique de « marketing » est développée en passant des accords avec des artistes/interprètes
en vue pour faire connaître les chansons du catalogue (de l’éditeur), ils signent un contrat en disant
qu’ils sont intéressés par la chanson, à la faire vendre et on leur confit la promotion.
- Des auteurs et compositeurs sont employés, sous contrat, à leur service : les chansons parlent de
sujets d’actualité ou tel ou tel article à promouvoir, ils écrivent à la demande.
- Les musiciens employés sont comme de véritables démonstrateurs : on utilise le terme de « song
plugging », les chansons du catalogue sont interprétées devant des producteurs de salles, avec des
programmes de salles de spectacles...

Dès 1884, les méthodes assez agressives de marketing portent leurs fruits.
Le tube « Wait till the clouds roll by » est vendu à 75 000 exemplaires en un mois.
L’autre tube « After the ball » est un véritable virage industriel des musiques populaires, elle est éditée
par Chas K. Harris. Celui-ci s’aperçoit qu’il a une facilité à faire des chansons appréciées, décide
d’ouvrir sa propre maison d’édition (ouvre une boutique à Mainwalky avec l’étiquette : « Chas K.
Harris, Joueur de banjo et auteur de chansons. Chansons à la commande. ») Il fait du « recording
service » pour le grand public et il parvient à placer deux de ses chansons chez des éditeurs (un peu
plus d’un milliers d’exemplaires sont vendus).

Le marché des « parlor song »

Dans toutes les familles de middle class ou classes aisées, la femme doit à la fin d’un repas jouer un
morceau de piano. Dans ce milieu, il est mal vu qu’un homme joue de la musique. L’éditeur identifie
donc un marché.

Les vedettes du vaudeville sont May Irwin, Dick Jose, Helen Morra. Les spectacles de vaudevilles
itinérants se développent. Il parvient également à faire figurer la chanson « After the ball » dans le
spectacle « A trip to Chinatown » interprété par J. Aldrick Libbey. Cette interprétation ramène 22 000
dollars par semaine et va s’écouler à 5 millions d’exemplaires. C’est la chanson qui assume la
première son statut de marchandise.

Ian Whitcomb écrit un livre pour raconter une histoire à partir de « After the ball ».
En 1906, Harris écrit un livre intitulé « How to write a popular song ».
Les conseils de Harris que l’on retrouve dans son livre sont :
→ Inspirez-vs des journaux pour l’intrigue
→ Tenez-vous au courant du style en vogue
→ Evitez l’argot
→ Connaissez les lois qui régissent le copyright
En 1892, il mettait déjà en pratique ces préceptes, la chanson « After the ball » (où la femme embrasse
son frère et le personnage amoureux apprend seulement après la mort de la femme que c’était son
frère) est une histoire mièvre à souhait (« Published by Chas K. Harris »).
En 1900, le marché était de 4 millions de dollars par an. En 1910, 30 millions de partitions étaient
vendues chaque année. Le nerf de cette industrie était la partition et le principal vecteur de diffusion
était le vaudeville.
Ecoute : « After the ball », de Showboat, 1936, film dont les actions sont dans les années 1890

Le ragtime

Il y a une influence certaine des musiques afro-américaines.


La période de ce style est de la fin des années 1890 jusqu’à l’entrée en guerre des EU en 1917.
Le ragtime est considéré comme l’héritier des BlackFace Minstrels, utilisé par des musiciens blancs
pour pimenter leur musique.

Elijah Wald nous dit que « le ragtime a été le premier genre pop dont nous comprenons aujourd’hui
ce terme... La valse n’était qu’une danse, voire un chiffrage de mesure... ».
→ La pratique musicale afro-américaine prend pour inspiration la musique européenne (goût pour la
syncope, manches, rythmes…).
→ Le genre du ragtime est reconnu nationalement avec « The Mississippi Rag », écrit par William
Krell (1897), il est le 1er à être publié.
→ « Louisiana Rag Two-Step », Theodore Northroup
→ « Harlem Rag »
Ecoute : « Maple Leaf Rag », Scott Joplin (1899), la main gauche marque tous les temps en pompe
(hm pa ou hm papa), la main droite est syncopée et le plan formel est de type aabbaccdd.

A la fin des années 1920, le genre est connu dans le monde entier et a inspiré :
- Stravinsky, Ragtime pour 11 instruments (1918) et L’Histoire du soldat (1917)
- Debussy, Golliwog’s Cake-Walk dans Children’s Corner
- Ravel, L’Enfant et les sortilèges, K.725

A la Tin Pan Alley, Irving Berlin compose « Alexander’s Ragtime Band » (1911).
En avril 1917, Emma Carus l’interprète en petite ville puis à NY puis dans le monde. Berlin est
surnommé « the king of ragtime ».

John Stark et le « classical ragtime » : la forme est souvent aabbaccdd, aabbaccc, aabbcca. Les
vedettes sont :
→ Scott Joplin (1868-1917)
→ Joseph Lamb (1887-1960)
→ James Scott (1885-1938)

Ère du jazz, des films parlants et des comédies musicales : entre deux guerres

L’ère du jazz débute en 1917 avec l’apparition d’un single du groupe The Original Dixieland Jass
Band. La jazz craze ouvre la voie aux Big Bands qui vont faire danser les américains dans les années
1930.
Nous retrouvons des orchestres noirs avec :
Duke Ellignton, Fletcher Henderson, Bennie Moten, Luis Russell
Paul Whiteman compose « The King of Jazz » (white).

Le père des Crooners américains est Bing Crosby. D’autres crooners connus sont :
- Jo Stafford (Tommy Dorsey)
- Franck Sinatra (TD et Harry James)
- Helen Ward (Benny Goodman)
- Billie Holiday (Artie Show, Benny Goodman)
En 1940, il y a des grèves où les musiciens sont syndiqués à l’AFM (American Federation of
Musicians, seulement pour instrumentistes).
Ils cherchent à obtenir de meilleures compensations pour les musiciens accompagnateurs quand ils
participent à des enregistrements.
En 1942, Petrillo interdit les maisons de disques d’enregistrer sans contrat.
C’est la fin des Big Bands car il y a privation des revenus, on privilégie les vedettes chanteurs dans
le contexte de l’enregistrement.

En 1927, Show Boat est créé et connaît un grand succès, on commence à supplanter le vaudeville par
un spectacle de long format avec des liaisons entre les numéros et les chansons.
En 1927, le premier film parlant The Jazz Singer lance la mode des films musicaux. Ce sont de
véritables comédies musicales filmées. En 1929, Cole Porter passe à Paris.
Les auteurs et compositeurs n’arrivent plus à composer seulement une chanson, ils doivent faire un
spectacle entier.
Nous retrouvons dans ces compositeurs :
- Les frères Gerschwin
- Richard Rodgers et Lorenz Hart
- Jerome Kern et Oscar Hammerstein II
- Cole Porter
L’évolution de la musique explique le soucis formel : on développe la forme verse – chorus, les
couplet et refrain sont complètement différents de nos jours. Le couplet à cette époque est une section
introductive avant la chanson (donc de temps en temps, le couplet n’est pas forcément chanté). La
structure typique est aaba, avec b qui est le bridge (ou middle eight ou release).
Ecoute : « Let’s call the whole thing off » dans la comédie musicale Shall we dance, 1937

Le Ragtime et l’influence du jazz sur la chanson française

En 1926, les tous premiers orchestres de jazz français sont créés :


Ray Ventura et ses Collégiens, Fred Adison et son Orchestre, Roland Dorsay et ses Cadets.

C’est la période où le music-hall supplante le café-concert.


Joseph Oller découvre le music-hall à Londres, revient à Paris et crée de multiples music-halls :
Fantaisies Oller (1886), Le Moulin Rouge (1889), L’Olympia (1893)
Bobino (1926), L’Européen, l’ABC (1934)…
Le spectacle se déroule pendant le repas mais avec le music-hall, la salle est plongée dans la pénombre,
on réduit le bruit de fond et il ne reste plus que la scène dans la salle.
L’Alcazar d’été et le Bataclan se reconvertissent en music-halls.
Les vedettes du café-concerts coexistent avec celles des music-halls jusqu’à l’entre deux guerres :
Damia, Yvette Guilbert, Mistinguett et Maurice Chevalier.

Les premiers « crooners » américains

Rudy Vallee, Al Bowlly, Russ Colombo, Bing Crosby


La technique où l’on « fredonne » est développée (swing en F) :
Jean Sablon (accompagné sur scène par Django Reinhardt) et Tino Rossi créent une liaison entre le
monde du café-concert et des crooners français.
- Mireille aussi accompagne Sablon et introduit le Swing en F.
- Charles (Trenet) et Johnny créent la mode des duos, ils posent les bases à une forme d’hybridation.
« Vous qui passez sans me voir », 1936
Charles Trenet est appelé à faire son service militaire et pendant, il écrit « Y’a de la joie » en 1937.
« Je chante ! », 1938
Il écrit ses propres paroles et les chante, il est un ACI (auteur compositeur interprète).
3e cours : 30 septembre

Ère de l’industrie de la musique autour du disque

Deux grands noms sont Stephen Foster et Chas K. Harris.

Dans la Tin Pan Alley, il y a toutes les premières vedettes du disque (comme F. Sinatra).
L’évolution technologique ne menace pas les éditeurs de la Tin Pan Alley. Mais au milieu du 20 e, le
support enregistré est substitué.

En 1807, ce sont les débuts de l’enregistrement.


Thomas Young est le 1er à visualiser les vibrations d’un diapason à l’aide d’un dispositif de son
invention (un diapason en contact avec un cylindre rotatif enduit de noir de fumée nous donne une
inscription graphique des vibrations sur le cylindre). Mais ce dispositif est incapable d’enregistrer des
vibrations acoustiques. Il n’y a pas de reproduction de vibration.

Le phonautographe est une invention française de Edouard-Léon Scott de Martinville.


Il travaille sur la question de la fixation du son en 1854. Le 25 mars 1857, il dépose à l’Académie des
Sciences de Paris le brevet du phonautographe et définit son invention comme « un procédé
permettant d’écrire et de dessiner au moyen du son et de multiplier graphiquement les résultats
obtenus en vue d’applications industrielles ».
Nous pouvons ainsi faire une fixation graphique de la voix, le corps sonore et les vibrations
acoustiques sont enregistrés. La cornée recueille les vibrations acoustiques et se termine par une fine
membrane qui fait office de tympan. Nous sommes proche du futur phonographe.

Au milieu des années 1870, une invention américaine est faite. Charles Cros et Thomas Edison (un
français et un américain) essaient de stocker et reproduire le son. Les recherches de Charles Cros
aboutissent le 30 avril 1877 où il dépose une enveloppe cachetée pour le paléophone.
Edison fait une dizaine de prototypes et en décembre 1877, le phonographe est simple à construire, à
utiliser et marche parfaitement. Le 7 décembre, il fait une présentation et dès le lendemain, des
centaines de personnes souhaitent sa machine. Le cylindre est actionné à la manivelle avec une
aiguille en contact aussi avec embout et un autre dispositif en contact avec la petite membrane.
L’Edison Speaking Phonograph Compagny est créée.

Quelques années plus tard (1885), Alexander Graham Bell dépose une sorte de version améliorée, le
graphophone, où une couche de cire permet de conserver plus longtemps les enregistrements et ceux-
ci sont plus fidèles et précis. Le brevet est déposé le 27 juin 1885.
Edison accuse Bell d’avoir repris son idée et d’autres (idée de cire reprise). Mais l’affaire est réglée
par Jesse Lippincott qui achète les brevets du graphophone et du phonographe peu de temps après.
En 1887, la North American Phonograph Company est créée.

En 1889, plusieurs compagnies sont créées : Colombia, New England, Ohio, Montana, South Dakota
Phonograph Companies. Mais il y a une accumulation de dettes et elles prennent l’initiative d’investir
dans le marché du divertissement.

Les premiers phonographes à pièces sont créés (gardés dans des salles pour phonographe avec des
écouteurs et pour 5 cents, on peut écouter un discours). C’est l’ancêtre du juke box.
En 1891, les enregistrements de musique sont faits des chansons écrites par Stephen Foster ou de
fanfare avec John Phillip Sousa (il a écrit l’hymne américain), il signe le tout 1 er contrat d’exclusivité.
Ecoute : « Whistling Rufus » (sifflement passent très bien à l’enregistrement)
En France en 1890, les 2 frères Charles et Emile Pathé enthousiasment le public, ils font importer la
machine des US. Colombia fait installer un réseau à Paris et à la fin des années 1890, il y a
l’installation au RU de l’industrie du cylindre.

Le gramophone est créé par Emile Berliner. En mai 1888, il reprend les procédés qui ont déjà faits
leurs preuves avec des nouveautés :
- Disque (amplification)
- Cornet acoustique (enregistrement de sons plus faibles)
- Production en série (par pressage)
Il est actionné à la main puis il y a le développement de petits moteurs à ressors puis de l’alimentation
électrique puis de différents types de cire et de laque.
Les enregistrements avec orchestre sont donc possibles. En 1910, toutes les compagnies associées au
cylindre passent au disque. En 1920, la rotation standard passe à 78 tours et en 1950, Victor et
Colombia sont les 2 grandes compagnies.

La part du disque dans l’industrie de la musique

Les éditeurs sont intéressés par les bénéfices des catalogues. En 1880, le marché est organisé autour
des bénéfices grâce à la vente de partition. La chanson qui figure sur le catalogue donne un
pourcentage aux artistes.
Aux EU, la situation évolue avec la partition qui n’est pas forcément nécessaire pour entendre la
musique. Le Jazz et le Blues apparaissent grâce à la radio.
Ecoute : Mamie Smith, « Crazy Blues » (1920)

En 1920, il y a des essors des musiques « noires ». La part des disques croit, au détriment de la
partition. 150 000 000 de disques sont vendus aux EU, 30 000 000 au RU.
Les éditeurs font évoluer la législation où avec le copyright, ils sont associés (taxe reçue).
Ils perçoivent les DRM, Droits de Reproduction Mécanique (reproduction en série) et DEP (Droits
d’Exécution Publique).
The American Federation of Musicians est hostile à la « Can Music », elle milite contre la pratique
de musique enregistrée et la diffusion à la radio pour protéger les musiciens. Il y a un orchestre
résident pour chaque radio. La diffusion de musique enregistrée est perçue comme un manque de
moyens.
Make-Believe Ballroom est une émission lancée en février 1935 sur le réseau WNEW. Martin Block
(présentateur) donne l’illusion d’un concert en enchaînant plusieurs chansons d’un même artiste
comme si l’artiste était réellement présent. En 1940, Martin Block est le présentateur le mieux payé
des EU. Glenn Miller offre l’enregistrement de son orchestre pour remercier la vente de disque
significative.

Il y a un arrêt de la cour suprême des EU en faveur d’une radio : Fred Waring voulait interdire à
WDAS de diffuser des enregistrements de sa musique mais la cour suprême des EU ne laisse pas la
condamnation se faire.

Ecoute : « White Christmas », 1942, interprétation de Bing Crosby, écrite par Irving Berlin
C’est une chanson interprétée par Bing Crosby, qui est une grosse vedette avec sa propre radio. Il
chante la chanson dans le film Holiday Inn puis en fait un enregistrement. Le succès de la chanson
est terrible : le single est édité et vendu par 4 maisons de disques différentes et plusieurs autres
versions sont faites. Berlin est aussi un éditeur de la partition de cette chanson et tente de freiner les
diffusions radio car il a peur que la vente des partitions soit freinée.
En tête de diffusion, il y a la radio, les juke boxes, les partitions vendues, disques vendus, avec les
enregistrements des vedettes telles Ella Fitzgerald.
Les chiffres de vente de disques sont 8 fois plus élevés que ceux des partitions (20 ans plus tard).
Le disque microsillon est un disque 78 tours, limité à environ 3 min de musique. Pour la musique pop,
ce n’est pas un problème mais pour la musique classique, il est donc nécessaire d’interrompre et de
mettre la musique sur plusieurs disques.
Avec le support enregistré, il y a diminution de la vitesse de lecture et réduction de la largeur du sillon,
on peut faire plus de spires du sillon sur la même largeur, ainsi il y augmentation de la quantité de
musique que l’on stocke sur le disque.

Fin 1940, Colombia annonce la mise au point du 33 tours ; en juin 1948, du format MP (format longue
durée) et RCA annonce la mise au point du 45 tours en 1949. Les 33 tours ont 20 minutes de musique
stockée en continu (une symphonie peut donc être divisée en mouvements). Les 45 tours sont au
format chanson, les maisons de disques indépendantes américaines remplacent les disques 18 tours
par des 45 tours. Ainsi, la mutation est vraiment achevée à ce moment-là.

4e cours : 7 octobre

Le musicologue Charles Hamm nous dit que « Les chansons de la Tin Pan Alley étaient destinées à
des Américains blancs, vivants en milieu urbain, éduqués et appartenant à la middle-class, voire à
l’upper-class. » Elijah Wald nous dit que « After the ball » a été jouée par des amateurs dans des
salons, des quatuors à cordes, des fanfares, des violonistes des Appalaches, des sopranos de
vaudevilles, musiciens noirs... ». Le marché de la Tin Pan Alley est donc un marché indéfini, large.

L’expression de « melting-pot » n’a été popularisée qu’en 1908 par le dramaturge Israel Zangwill, où
il définit les EU comme un mélange où toutes les races se confondent et se refont.
700 journaux sont alors disponibles dans des langues étrangères et se vendent à 5 millions
d’exemplaires.

Victor et Colombia sont les premiers à s’intéresser au marché de niches, en faisant des enregistrements
d’hymnes nationaux, de chansons traditionnelles scandinaves, françaises, de ballades irlandaises, de
musiques klezmers, enregistrements de troupes de théâtre chinoises.
Au tournant des années 1920, on a déjà fait des enregistrements pour chaque groupe et chaque sous-
groupe.

La grande migration est le nom donné au vaste mouvement de pop à partir des années 1910 où les
noirs américains ont quittés les campagnes du sud par centaine de milliers pour aller chercher du
travail dans des villes comme Chicago, Detroit ou Philadelphie. Les revenus leur semblent
incommensurables et ils accèdent finalement à la consommation de masse.
La première maison de disque qui prend conscience de cette évolution est la compagnie OKEH. Elle
lance la mode du blues en 1920. Ralph Peer était un dénicheur de talent, directeur artistique qui
suggère l’emploi du terme de « race music » pour promouvoir la musique. C’était une façon tout à
fait courante pour revendiquer son appartenance à un groupe ou sous-groupe.
Le marché de la « race music » est lancé en 1929 par Okeh ; en 1922, Paramount entre sur ce marché
et est suivi de près par Colombia et en 1926 et 1927, Prunswick et Victor.
La « race music » représente ensuite 5 % du marché, ce qui est beaucoup.

Le marché des musiques rurales blanches (Hillbilly music) fait son apparition avec une transition :
les auditions organisées par R. Peer en Atlanta sont décevantes et il se laisse convaincre pour écouter
un violoniste blanc, Fiddlin’ John Carson, qui se débrouille mais malgré cela, Peer est persuadé que
le public susceptible d’acheter ses musiques est inexistant.
Devant l’insistance de l’agence, il prend sur lui de commander 500 exemplaires du disque qui vont
s’écouler en l’espace d’une soirée de concert de J. Carson. Son tube est « The Little Old Cabin in the
Lane » (1923). Par la suite, il va être vendu à 100 000 exemplaires.
En 1925, avec le succès répété de Carson, Peer se décide à lancer une collection spécialisée dans ce
style de musique avec le terme de Hillbilly (au tournant du siècle, ce terme désignait de manière
péjorative la musique de pecno).
Dès 1924, Vocalion (de Brunswick) lance le « Special Records for Southern States », Colombia lance
les «Old Familiar Tunes », Victor lance « Old Time Melodies of the Sunny South » et l’année suivante,
on atteint le million d’exemplaires de Hillbilly music de la « Prisoner’s song » de Vernon Dalhart.
En 1927, Peer va dans le Tennessee et découvre les deux figures emblématiques de la « country
music », Jimmie Rodgers et the Carter Family.

Le Hillbilly va prendre jusqu’à 10 % du marché. Le magazine Billboard, à la faveur du


développement des juke boxes, donne un statut aux titres de la radio. Est lancé un « Harlem Hit
Parade » qui va présenter une liste des disques les plus populaires à Harlem, les mesures sont faites à
partir des disquaires. Il y aura en 1945 un classement des race music les plus jouées par les juke boxes.
Et en 1948, nous trouvons un classement des disques de race music les plus vendus.

Le 25 juin 1949, le billboard → Country and Western + Rhythm and Blues = Rock’n’roll
Hillbilly (Bill Monroe, The Delmore Brothers…)
Western Swing (Spade Colley, Milton Brown, Bob Willis…)
Jump Blues (Louis Joran, Amos Milburn…) (le boogie woogie au piano avec des courts motifs qui
s’adaptent au changements d’accords, 8 notes par mesure)
Les artistes de Jump Blues côtoient les artistes d’autres styles comme le crooner blues (Nat King
Cole).
Crooner Blues (Ivory Joe Hunter, Cecil Gant…)
Blues électriques (Muddy Waters, Howlin Wolf…)
Ecoute : Muddy Waters, 1948
Groupes vocaux (Bird groups with The Orioles, The Ravens…)

La naissance du Rock’n’roll

- Grille de blues de 12 mesures (IIII/IVIV/VVII)


- Utilisation de riffs (courts motifs répétés)
- Utilisation du backbeat (accentuation des temps faibles dans une mesure à 4 temps, à ne pas
confondre avec l’afterbeat qui est l’accentuation des entre-deux pulsations)
Le marché de la pop est pénétré par le rhythm and blues, country et western et donne comme synthèse
le rock’n’roll.

Le média de l’entre-deux-guerres est la radio, puis la télévision. En 1946, 6 000 postes de télévisions
sont vendus aux EU, 3 ans plus tard, on passe à deux millions puis en 1954, 65 % des foyers sont
dotés de postes de télévisions.
Avec le baby-boom, en 1964, l’age médian de la population sera passé en-dessous de 25 ans.
Le jeu de scène de quelqu’un comme Elvis Presley ou Little Richard marque plus que Sinatra. Presley
devient une vedette du jour au lendemain avec son passage à l’émission The Ed Sullivan Show.

En 1957, the American Bandstand Company (ABC) est créée. L’émergence de la télévision par
rapport au RnR va attirer la plupart des annonceurs, donc les radios vont avoir de moins en moins de
moyens, elles vont être de plus en plus enclines à diffuser de la musique enregistrée (moins coûteux)
dont la diffusion leur coutera le moins cher possible. A cette époque, les EU disposent de deux
sociétés d’auteurs, l’ASCAP (American Society of Composers, Authors and Publishers en 1914,
comme la Sacem, Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique en France) qui comptent
90 % des éditeurs associés à la Tin Pan Alley et la BMI (Broadcast Music Incorporated). Les radios
ont créé cette société en 1939 pour les musiques telles que le Hillbilly ou la Race music (pas d’intérêt
de l’ASCAP).
Un des pionniers, Alan Freed, lance l’émission « The Moondog House » en juillet 1951 et s’inspire
des expressions argotiques RnR, pour présenter le rythm and blues quand il en parle à l’antenne.

Il y a trois lignées que l’on peut distinguer dans l’émergence du RnR :


- Les guitaristes chanteurs qui proviennent du country western (Elvis Presley)
Ecoute : Elvis Presley, « That’s All Right » (1954)
« Heartbreak Hotel » (1956) le fait connaître et lance sa carrière.
Ecoute : Jackie Brenston and His Delta Cats « Rocket 88 » (1951), originale
Ecoute : Bill Haley and His Comets « (We’re gonna) Rock Around the Clock » (1955)
- La lignée Rythm and Blues : Little Richard, Chuck Berry and Fats Domino
Ecoute : « Tutti Frutti »
- La lignée Pop : Ricky Nelson, Pat Boone, Paul Anka
Ecoute : « Long Tall Sally » (1956)

5e cours : 14 octobre

Evolution des musiques pop françaises

Il y a la goguette, le café-concert et le cabaret.


On peut considérer que le music-hall a développé une nouvelle forme de diffusion de la musique et
aux concerts. Le public des music-halls ne boit plus et ne parle plus durant le spectacle, il écoute.
Mais le music-hall va se faire concurrencer par des nouvelles formes de divertissement de l’après-
guerre comme le cinéma.
En 1929, l’Olympia est transformé en cinéma jusqu'en 1954 (il est racheté et redevient un music-hall).
En 1931, le Palace est transformé en cinéma et en 1965, ABC est transformé en cinéma.

Le rôle de la SGM dans ces changements de lieux et diffusion de musique

Pierre Dac dirige le comité d’épuration contre les artistes de music-hall qui ne se sont pas bien
comportés pendant l’occupation (Edith Piaf, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Charles Trenet, Yves
Montand).
Prévert dans ses Paroles (1946) nous parle du rôle de la poésie : « l’heure est à la poésie, on se moque
du comique troupier ».
Le centre artistique qui a migré dans le quartier de St Germain-des-Prés est le Café de Flore (après
Montmartre et Montparnasse), l'élite intellectuelle recommence à se mêler de la musique (Juliette
Gréco, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir…).

L’habitude est prise pendant l’occupation de se réfugier dans les sous-terrains. La jeunesse se réunit
donc dans des caves pour fêter la libération de la SGM, parmi les plus célèbres de ces clubs figure le
Tabou (1947), probablement le lieu le plus emblématique de la vie artistique à Saint-Germain-des-
Prés. Aussi, au club Saint-Germain, club souterrain, on y trouve l’élite qui se côtoie ainsi que des
amateurs de jazz et des chansons (cf : Boris Vian).

On va retrouver peu à peu les ambiances des cabarets montmartrois pour se rapprocher à nouveau de
la «chanson vraie», plus sobre, qui se rapproche de la poésie et de la littérature et s’éloigne du music-
hall, on les appelle aujourd’hui Les cabarets Rive Gauche.
Des exemples de cabarets sont : La Rose Rouge, 1947 ; l'échelle de Jacob (ce sont les débuts de
Jacques Brel, Barbara, Serge Gainsbourg, Juliette Greco, Léo Ferré, Charles Aznavour), l'Écluse (qui
révèle Jacques Brel et Barbara). Ce sont de petites salles, et donc il n’y a pas de grands effectifs
instrumentaux (et voire pas même un piano), les chanteurs sont seuls face au public et ils commencent
à s'accompagner à la guitare.
Parmi les chanteurs guitaristes qui tentent des auditions dans des cabarets et réussissent, il y a :
François Lemarque, Georges Brassens, Georges Moustaki, Barbara, Jacques Brel, Léo Ferré, Guy
Béart, Anne Sylvestren, Maxime le Forestier, Bernard Levilliers, Alain Souchon, Yves Duteuil…

La chanson française « s'oriente vers la poésie » (Jean-Louis Calvet) et on a même la mise en musique
de poètes connus tels que Verlaine (par Brassens), Baudelaire (Gainsbourg, Ferré), Aragon (Ferrac,
Ferré, Brassens), Rimbaud (Ferré), les frères Jacques (Juliette Gréco)…
«On peaufine des textes, à écouter et non pas seulement à entendre, des textes qui peuvent prendre le
devant dans la chanson, que la musique se conteste le plus souvent de porter, de mettre en valeur : la
«chanson poétique» ou «à texte» est née. A cause de son origine géographique, on l'appellera la
chanson de rire gauche»...» - Calvet

Le Rock 'n' Roll en France

Jean Fourastié nous parle en 1979 des Trente Glorieuses et du rattrapage des européens sur le style
de vie des américains. Les facteurs vus précédemment expliquent comment le RnR a eu beaucoup de
facilité à s’installer en Europe après.

En France, il y a eu une diffusion lente de la télévision (et donc un rôle moins décisif), aux EU en
1956, 65 % des foyers ont une télévision et en France en 1960, seulement 10 %, mais le rôle des
Vinyles et les postes à transistors est très important dans l'importation du RnR.
En 1955, Black Board Jungle (Graine de Violence) sort au cinéma et fait découvrir le rock en France.
"Rock Around the Clock" de Bill Haley and His Comets est la chanson numéro 1 dans la veine du
RnR, c’est ce disque qui convainc les maisons de disque britanniques à se mettre au rock.

Dans un premier temps, le rock est mal accueilli en France car il y a une barrière par rapport au style.
Une parodie est faite par Henry Cording (Henri Salvador) "Rock and Roll- Mops" (1956) qui est le
premier disque de rock français (avec Mig Bike : Michel Legrand).
"Exiler les teenagers frustrés", le livre de B. Vian de 1958 En avant la Zizique, nous dit que c’est
« pour adapter un rock d’Elvis Presley ». B. Vian adapte « D’où reviens-tu billy boy ! » qui va être
interprété par Danyel Gérard. Il y a une modulation au demi-ton supérieur, la « modulation du
camionneur » (the truck driver modulation). Il fait ensuite une reprise de Speedy Gonzalez, après la
guerre d’Algérie.

Il apparaît dans la compagnie Barclay, qui est le producteur qui a introduit le 33 tours et le 45 tours
sur le marché français. Les labels Mercury et Barclay dès 1955 distribuent des disques micro- sillons.
La même année, la compagnie Teppaz propose un modèle qui lie 78, 45 et 33 tours, Teppaz va vendre
plus d’un demi million d’appareil.
C'est le 45 tours qui va amener le rock américain (Elvis Presley...) au Golf Drouot (salle rive droite).
Il y a une discothèque, une salle de concert, un jukebox, une nouvelle clientèle, de nouveaux chanteurs
qui prennent des pseudos aux consonances américaines : Johny Hallyday, Eddy Mitchell, Sheila,
Long Chris... Et ils chantent leurs premiers morceaux en anglais, ils s’inspirent des EU en utilisant le
"yaourt" (tentative d’imitation phonétique d’une langue).

Du Rock au yéyé

En 1960, Mitchell et Halliday signent avec des maisons de disques, Barclay/Vogue respectivement.
Mais c'est vraiment la radio qui permet l’avènement du RnR de cette génération et la fin des cabarets
etc. Le poste à transistors est vendu à 250 000 exemplaires en 1958 et en 1962, 2 millions de postes
sont en circulation. Mais il n’y a pas beaucoup de chaines pour écouter : une seule chaine RTF a le
monopole. Ce sont donc aux radios périphériques que nous devons la large diffusion de la musique.
Nous avons comme exemples de radios périphériques (3) : la radio Monte-Carlo (1942), la radio-
Luxembourg (RTL, 1945), et Europe n°1 (1955).
L’émission Salut les copains de 1959 (présentée par Daniel Filipachi) entre 17h et 19h est à
destination des jeunes et des chanteurs qui sont jeunes (moins de 20 ans). Elle utilise les méthodes de
promotion américaine avec les jingles, pour le chouchou de la semaine par exemple (exemples de
chouchous de la semaine : Richard Anthony, Johnny Hallyday, les Chaussettes noires, Eddy Mitchell).
Ils incarnent la rupture avec la génération précédente et tournent le dos aux ambitions poétiques.
La chanson de Jo Jones You talk too much est reprise par Eddy Mitchell.
Ces personnes sont les 3 plus grandes vedettes du yéyé en 1962, les magazines reprennent le nom
Salut les copains (500 000 exemplaires à la fin de l’année et un million l’année suivante).

Le 22 juin 1963, un grand concert gratuit est organisé par Salut les copains, 30 000 jeunes étaient
attendus mais 150 000 sont venus, déchaînés et ont créés des dégâts. Il y a une certaine importance
du style, avec le terme de yé-yé utilisé pour décrire ces jeunes, le style vestimentaire et les objets
types veste en jean, guitare électrique avec une panoplie commune…
On a fabriqué des produits spécialement pour eux en leur faisant croire que c’était eux qui l’ont
controlé. « Les adolescents obtenant plus d’argent de poche qu’autrefois, on a fabriqué des
produits... » - JP Sartre

Beaucoup de chanteurs vont se trouver réunis sur une photo de couverture de Salut les copains en
1966, ils l’appellent la photo du siècle. Il y a la présence de Gainsbourg, qui est un compositeur de la
génération précédente, un des rares auteurs compositeurs de la génération rive gauche à s’intéresser
aux nouvelles musiques, ils écrivent des chansons pour Michelle Torr, Françoise Hardy, Claude
François, Eddy Mitchell, France Gall (laisse tomber les filles, poupée de cire, poupée de son…)
En 1966, ce sont les débuts de Michel Polnareff, Antoine, Jacques Dutronc…

6e cours : 21 octobre

La « déprofessionnalisation » des musiques populaires

Ouvrage « How the Beatles estrayed Rock’n’roll »

La musique représente tout ce que les parents de la middle class redoutaient. C’est la musique urbaine,
sexuelle, noire : la musique du diable, un outil de la musique pour une association nationale dans le
but d’embrigader la jeunesse blanche et intégrer les noirs.

La fin de cet âge d’or du rock’n’roll va se traduire par un tournant dans les années 1960 qui apparait
comme une période charnière. Plusieurs facteurs :
- En 1959, le 3 février, a lieu l’accident d’avion qui va couter la vie à 3 chanteurs de rock’n’roll qui
étaient au sommet de leur popularité :
* Buddy Holly qui avait classé pas moins de 7 titres dans le top 40 en 1967-68
* Ritchie Valens qui a écrit notamment « La Bamba »
* The Big Popper qui était connu pour le single « Chantilly Lace ».
La charge symbolique de cet événement sera décrit comme « le jour où la musique est morte ».
« American Pie » en 1971 nous donne les paroles de cet évènement « Le jour où la musique est
morte ».
- Retraites anticipées de :
• Little Richard : qui a une espèce de révélation mystique après avoir échappé de justesse à un
accident d’avion, il annonce à son retour qu’il se retire pour se faire pasteur
• Jerry Lee Lewis : la presse britannique va découvrir et révéler qu’il s’est marié alors qu’il
avait 22 ans, à sa cousine qui avait 13 ans, ce qui fait scandale.
• Chuck Berry : il est arrêté pour détournement de mineurs et condamné en vertu du « Black
Act » : la loi rend illicite la relation sexuelle entre noirs et blancs ; en l’occurence la blanche
avait 14 ans.
• En mars 1960, celui qui avait été l’une des figures les plus emblématiques dans les années
1940, Elvis Presley, va entamer « l’inexorable destin », 2 termes utilisés dans la biographie de
Peter Guralnisk (départ d’Elvis pour l’armée).

Elvis Presley se reproduit dans l’émission Welcome Home le 21 mars 1960 en duo avec Franck
Sinatra qui est contre le rock : « la musique la plus brutale, la plus laide, la plus dégénérée et la plus
vicieuse qu’il lui ai donné d’entendre », il parle de chanteurs « crétins » interprétant des titres de rock
aux « attraits obscures ».

Sept ans après qu’Elvis Presley ait enregistré ses 1 ers 78 tours à ses frais et quatre ans après
l’enregistrement de « Love me Tender » qui montre Elvis sous un autre jour, l’apparition télévisée
d’Elvis Presley annonce ce que va être la suite de sa carrière : il va obtenir ses meilleures ventes,
avec pas loin de sept numéros 1 sur le marché de la pop :
• « It’s now or Never » (1960)
• « Are You Lonesome Tonight ? » 1960 : chanson écrite en 1926 par un duo de la Tin Pan Alley
• « Surrender » 1960
Nous retrouvons des sons basés sur des rythmes latinos : la rumba et la Claveyson (salsa).
Il commence sa carrière a Hollywood avec Blue Hawaii :
« Elvis rencontre une fille, Elvis chante, Elvis rencontre l’ex petite amie de la fille, Elvis se bat,
Elvis gagne, Elvis chante »
Elvis fait pour certains fausse route :
« Elvis est mort à l’armée. C’est là qu’ils l’ont tué : c’est là qu’ils l’ont castré ! » - John Lennon
Single de Sam Cooke : 1957 : « You Send Me »

Une nouvelle tendance va avoir un grand impact dans la musique noire : La Soul Music

Elle éloigne la formule de la musique définissant le rock n roll : cette tendance est le produit d’une
hibernation entre la « ferveur du gospel, les paroles profanes du blues, les arrangements pour big band
du jazz et le rythme de tous ces genres ».
Cette tendance est incarnée dans la seconde moitié des années 1950 par Sam Cooke ainsi que par
James Brown et Ray Charles et elle va dominer la musique noire : Rythm & Blues = La Soul.
Dès 1957, la veine du la Saoul annonce la fin de l’âge d’or du rock n roll.

Le scandale du Payola est le début du déclin d’Alan Freed qui avait popularisé le terme du rock n
roll ; il était décrit comme le principal responsable de l’engouement des jeunes pour le rock n roll.
Payola : néologisme qui provient de « paie » et de « Victrola » : l’un des plus fameux modèles des
tournes disques commercialisé par la compagnie Victor
Payola désigne une pratique définie par John Morland qui paye des diffusions radio en argent ou en
cadeau, finalement rien de nouveau.
Cette pratique avait un tel essor qu’elle semblait finalement hors de contrôle.

En 1936 en Angleterre, le prix moyen pour lancer une chanson sur la BBC était de 2 livres et les
diffusions radio étaient de deux livres de plus. Aux USA, il fallait compter $1 000 pour pousser une
chanson vers le sommet de la liste publiée par le magazine Variety.
7e cours : 4 novembre
Le 15 avril 1966, Time Magazine présente Londres comme la Swinging City : avec Twiggy, Carnaby,
Street, Ad Lib Club, Big Ben, Alfie, The Who, John Lennon.
Londres est la ville qui donne le ton, c’est Swinging London.
Ce magazine ne fait que prendre acte d’un mouvement qui touche presque à son terme à ce moment
là. Le 16 avril 1965, un article sort dans The Daily Telegraph qui parle de personnalités, David
Hockney, Peter Blake (père du pop art britannique), Mary Quant (inventeuse de la mini jupe) : « un
symptôme, la manifestation la plus visible d’une sorte de renaissance anglaise... »
A cette période, il y a le succès en 62-63-64 avec Shawn Connery dans les 007 et les Beatles.
Londres est donc une ville attractive avec les auteurs compositeurs du Bruin Bilding. Le nouveau NY
est Londres.

L’article de 1966 présente 13 pages sur Londres, avec l’accent sur l’association du Swinging London
avec les musiques populaires de l’époque. « Aujourd’hui, c’est le tour de Londres, une ville
imprégnée de tradition, emportée par le changement, émancipée… Elle est la scène », « flou
éblouissant d’op et de pop art », « les Rolling Stones, les Beatles avec Lennon et McCartney,
« Screaming » Lord Sutch… règnent comme une nouvelle famille royale », avec Herman’s Hermits,
The Kinks, The Who, The Small Faces, The Yardbirds, The Dave Clark Five, The Animals…
Boris Johnson nous dit que « They recorded their stuff in London and it was London that helped
propel them around the world ».

Sur une photo nommée Swinging London de Richard Hamilton, nous voyons Mic Jagger et autres.
Peter Blake a fait la couverture de l’album Sergent Pepper. The Indica Bookshop comporte toutes les
musiques pop avec John Lennon qui regarde la vitrine. Le film Blow-up en 1966 a « le mieux capturé
l’esprit de la Swinging London », avec des musiques des Rolling Stones et des Yardbirds (« Stroll
On »).
Jeff Beck était à la guitare soliste et Jimmy Page à la basse. Ils se sont côtoyés dans les Yardbirds et
se sont succédés. Il y avait Eric Clapton en 1963 (part en 1965 pour fonder le groupe Crime l’année
suivante), remplacé par Jeff Beck de 1966 à 1967 (le groupe connaîtra le plus de succès avec 5 tubes
(il part et crée le Jeff Beck Group) et est remplacé par Jimmy Page de 66 à 68 et donnera Led Zepplin
en 68. Les Rolling Stones restent la figure de proue de la musique influencée par le blues, et plus
particulièrement le blues électrique de Chicago.

Alexis Korner, avec Keith Richards (guitariste soliste des RS), est le papa de la scène blues
londonienne. Dès 1954, il commence à se produire toujours avec son acolyte Cyril Davis (décrit par
Jimmy Page comme « le pionnier d’un son qui a inspiré tous les groupes de cette époque et le premier
à imiter le son des groupes de blues de Chicago en Angleterre »). Ils ouvrent l’année suivante le Blues
et Barrelhouse Club (juste au-dessus d’un pub), où ils vont accueillir des musiciens qui donnent leurs
premiers concerts comme Rosetta Tharpe, Big Bill Broonzy, Muddy Waters, Howlin’ Wolf. Ils créent
le tout premier groupe de blues électrique britannique Alexis Korner’s Blues Incorporated. Ils
s’incorporent dans le british Rock, avec Mick Jagger et Jack Bruce. Aussi, nous retrouverons Charlie
Watts comme batteur avec eux (batteur des Rolling Stones). Graham Bond, Rod Stewart, Brian Jones,
Jack Bruce, Ginger Baker, John Mayall…

The Pretty Things, Manfred Mann, Them, The Animals, The Yardbirds ont tous participé à
développer le blues britannique. Ils se lancent donc dans le marché du disque. Nous avons 3 grandes
catégories :
- les groupes de Pit music
- les « Mods » (The Kinks, Small Faces, The Spencer Davis Group, The Who) : ce sont les modernes,
les modernistes qui s’opposent aux traditionalistes. Les mods sont les amateurs de pop ou de hard,
les « trads » apprécient plutôt le jazz ou le swing.
Aussi, il y a les amateurs de rythm and blues et de musique jamaïcaine et de l’autre côté, il y a les
amateurs de RnR américain.
Il y a des codes vestimentaires, capillaires, des modes de déplacement, des amphétamines… Les mods
ou les rockers sont tous les deux appréciés.

Plusieurs de ces groupes sont à cheval sur plusieurs catégories. Les Kings, souvent assimilés au mods,
ont leur premier tube qui ressemble au blues de l’époque.
Ecoute : The Kinks, « You really got me » (1964) → le riff fait une mesure
Ecoute : The Kinks, « All Day and All of the Night » (1964) → le riff fait deux mesures
Ecoute : The Kinks, « Sunny Afternoon » (1966)

Niveau critères sociaux, les rockers sont généralement de la classe ouvrière alors que les mods sont
plutôt de la middle-class.
Ecoute : The Who, « Can’t Explain » (1965)
C’est une question d’attitude.

Les mods ont pour quelques uns débutés dans des écoles de musique. Pour beaucoup des jeunes
musiciens des rockers, ils travaillaient à l’usine comme leurs parents ou alors décidaient de se lancer
dans la musique.
Le Mersey beat est vers Liverpool et Manchester, il y a les Merseybeats, Gerry and the Pacemakers,
The Hollies, Cilla Black, les Beatles… A part les Beatles, les autres ont été oubliés.

En 1962, « Love me do » apparaît et atteint uniquement la 21e place. Mais par la suite, il y a la Beatle
Mania en 1963. EMI, multinationale du disque, dispose d’une branche américaine importante
nommée Capitole. Parlophone, la branche britannique, fait des échanges avec Capitole mais les
américains ne font pas vraiment confiance aux Beatles. Le directeur de Parlophone se résout à
négocier avec des labels indépendants américains comme Vee-Jay (Please Please me ou From me to
You) ou Swan (She Loves You). Le succès des Beatles ne cesse de croître en Europe et le 4 e des Beatles
I want to hold your hand fait pas moins de 50 000 dollars de bénéfice, il est à la 45 e place et deux
semaines plus tard, il atteint la première place de ces charts.

Le 9 février 1964, les Beatles passent au Ed Sullivan Show, ils étaient déjà numéro un sur les charts
mais cela crée un amplificateur de leur succès. Pendant une semaine au mois d’avril 64, ils prennent
à eux seuls les 5 premières places du Billboard, avec Can’t Buy Me Love, Twist and Shout, Love Me
do, I wan’t to hold your hand, She loves you.

C’est l’évènement qui ouvre une brèche dans le marché du disque. Les maisons de disques locales
vont réagir en 2 temps :
- dans un premier temps, elles vont tenter d’acquérir des licences qui permettent de distribuer les
albums des groupes britanniques tant appréciés.
- dans un second temps, elles vont tenter de créer des équivalents locaux.

Mais il y a des problèmes d’indépendance. Les professionnels ont tout repris, les producteurs,
éditeurs… les groupes comme les Beatles et Rolling Stones conçoivent l’essentiel de leurs
arrangements. Ce sont des groupes.

Le rock-garage

Dans les concours régionaux, les Battle of Bands, il y avait une demi-douzaine ou une douzaine de
groupes qui souhaitent gagner de l’argent pour sortir leurs arrangements. Les maisons de disques se
mettent en quête de groupes, déjà constitués et on arrive au rock-garage. Selon Charlie Gillet, on peut
distinguer deux tendances :
- Beaucoup des groupes viennent du Texas (Sam the Sham and the Pharaohs, the Sir Douglas Quintet),
d’autres de Seattle (The Kingsmen, Paul Revere and the Raiders), d’autres près des grands lacs (The
McCoys, The Shondells, the Shadows of the Knight), ce sont les Joke-Boxe Livings. Ces groupes ont
en commun cet attrait pour le rythm and blues qu’ils reprennent sans être totalement aussi bons, il y
a un certain amateurisme. Ils bénéficient de l’intérêt des maisons de disque des EU pour leur fidélité
au rythm and blues.

- La deuxième tendance est constituée des groupes qui vont voir le jour avec cette British Invasion.
Ils seront tous originaire de Californie, en particulier San Francisco et Los Angeles (the Stondells,
Love, the Music Machine). Ils sont dans une logique d’imitation des groupes britanniques.

Michael Hicks prend l’exemple de l’un de ces groupes déjà constitués Paul Rever and the Raiders (ils
ont pris le jour en 1960, vont classer pas moins de 5 singles).
Ecoute : Paul Revere and the Raiders, « Louie, Go home » (1964), I, IV, V
Ecoute : 2e version de la chanson en 1966, avec changements rythmiques (tempo augmenté) et
d’instruments et arrangement avec The Kicks (solo de guitare avec son semblant à celui de la cithare).
Cette chanson nous apprend qu’aucun de ces groupes ne réussira à aller aussi loin que la British
Invasion.

(A Londres, il y a le British R&B qui donne le British Blues Boom et les R&B mods.
A Liverpool etc, il y a le soul.)

8e cours : 18 novembre

Le rock garage apparaît et envahit jusqu’au milieu des années 1960. En 2006, deux historiens de
l’université de LA ont constaté des liens étroits entre les Britanniques et les Américains. En 1990, la
musique british (Eric Clapton, Elton John, Sting...) est toujours très présente dans les charts
américains.

La surf musique perpétue une tradition de groupes instrumentaux. On peut mentionner les Routeurs,
les Markets, les Surfaris qui composent l’hymne de la surf musique.
Ecoute : Whipe Out
Ces groupes se caractérisent par l’amateurisme, dans une tradition américaine, auprès du surf et de la
Californie.

Une nouvelle tendance est lancée avec des groupes vocaux comme les Beach Boys, milieu des années
60. Il sont considérés par la suite comme les représentants de la surf musique. Les Beach Boys
s’imposent comme une véritable institution. L’influence britannique est due à une sorte de rivalité
amicale entre les Beach Boys et les Beatles. Les Beatles en 1965 sortent un album, Ryan Wilson fait
découvrir son propre CD aux Beatles pour montrer ce qu’ils savent faire. Les Beatles sortent l’album
Sergent Pepper et Wilson le considère comme insurpassable.
L’évolution de la musique portera la marque de la British invasion et le single de 1966 « Good
Vibrations » des Beach Boys va faire le buzz. Ce single utilise le violoncelle, le teremin (utilisé dans
le Jour et la Terre), des découpages formels comme dans le rock progressif.

Une autre tendance typiquement américaine est le folk qui va donner naissance au folk rock en 1965.
Mooly, Pett Siger, Belly sont les fondateurs du folk urbain, moderne.
Le folk va devenir populaire avec Bob Dylan, avec son premier single nommé Bob Dylan de 1962.
C’est une tradition éminemment américaine, Dylan est à l’origine de l’électrification dans le folk. La
participation de Dylan à un festival en 1965 donne un place encore plus importante à cette musique,
avec un succès commercial indéniable. Il fait dans ses albums du folk et de l’électrique.
Dans tous ces groupes américains, un influe sur l’ensemble des musiques pop de l’époque : ce sont
The Byrds. Leur son appelé le Gingle Gangle repose sur l’utilisation d’une guitare électrique de 12
cordes américaine. Ce modèle va être utilisé après avoir été vu chez les Beatles (Hard Days Night),
leur premier single reprend une chanson de Dylan avec ce modèle. L’électrification est donc marquée
par les Beatles.

Le psychédélisme

Le psychédélisme est un terme qui trouve son origine chez Huxley et chez Osmond. Osmond
s’intéresse aux effets de certaines drogues, tout particulièrement aux effets du LSD.
En 1964, les Holy Model Raptors sortent un disque de folk avec des chansons traditionnelles ou
anciennes avec notamment un blues des années 1910. La dernière strophe replace un mot par
« psychodelic ». Trois albums utilisent l’adjectif psychédélique vers 1966 et cet esprit se généralise.
Le codage psychédélique est un procédé de traitements sonores, d’altération du timbre (pédale, écho,
mixage…) qui reproduisent le dérèglement des sens au niveau de la perception de l’espace ou du
temps (déplacement en temps réel de son ou distorsion du temps).

A San Francisco en 1967, une mode est lancée avec l’évènement qui proteste contre la loi qui prohibe
l’usage du LSD. A cette manifestation sont présents des écrivains, journalistes, personnalités… Il
attire environ 20 000 à 30 000 personnes, fait un électro-choc dans l’industrie du disque américain.
Les groupes inspirés des Beatles, des Who, des RS, de Dylan deviennent connus. Ils font des concerts
improvisés, sous l’emprise de drogue et par la suite, enregistrent sous l’emprise de la drogue. Des
concerts sont organisés dans des ball-rooms ou des clubs.

Pink Floyd se constitue de 4 artistes, 4 étudiants en architecture qui se consacrent à la musique. En


1965, ils décident de s’associer avec Syd Barrett. Ils commencent à se produire dans des salles de
concerts et des clubs régulièrement. Début 1967, ils se font proposer un contrat par un label, ils vont
hériter d’un ancien ingénieur du son des Beatles, ils concilient donc psychédélisme et succès
commercial plus facilement. Pink Floyd fait paraître son premier album après deux très bons singles
en Angleterre, avec des périodes d’improvisation jusqu’à 20 minutes permises par les nouveaux
disques.

9e cours : 25 novembre

Le concept-album

La musique populaire adopte le disque vinyle 45 tours comme référence. Des genres vont découler
de l’enregistrement. Le disque longue durée de 33 tours permet le développement du « concept
album ». Ce terme est utilisé par les musicologues et en voici une définition :
« C’est un album dont les chansons sont traversées par un fil conducteur, soit narratif soit musical
soit les deux ».

Le « concept-album » se caractérise par son tout systématique (illustration de la pochette, production,


paroles, esthétique commune…). Les premiers concept-albums sont des Beach Boys, des Beatles,
etc. Les concept-albums permettent l’unification des chansons, elles s’enchaînent les unes avec les
autres. Les plages ne sont pas associées de façon arbitraire, elles sont traversées par une idée directrice,
un principe unificateur et cela peut transparaître dans la pochette ou l’illustration et nous avons une
certaine cohérence. C’est le fruit d’un processus qui a vu l’album évolué vers le format album.

L’industrie du disque n’est pas en réalité autour du disque mais du cylindre, avec le disque
gramophone comme support de référence. Les vitesses de rotation se sont stabilisées autour de 78
tours par minute autour des années 1920. A partir de cette époque, l’industrie se reconstruit autour du
78 tours mais il est disponible en 2 formats (25 cm avec 3 minutes 30 de musique et 30 cm avec 5
minutes en continue par face). Pour une question de coût, le 25 cm est une référence dans la musique
populaire alors que le 30 cm est réservé pour la musique classique.

La branche classique dès le tournant des années 1910 fait développer les pochettes de disques avec
environ 4 disques (40 minutes de musique).
La musique populaire fait commercialiser à partir des années 1920 des albums de 78 tours, en
particulier des extraits de comédies musicales de Broadway. A partir de la toute fin des années 1930,
certains artistes adoptent le format album en cherchant à adapter la musique qu’ils enregistrent au
format.

Lee Winy, chanteuse comptée parmi ses amis intimes dans la Tin Pan Alley, avec un ami qui détient
un label, lui propose d’enregistrer directement un album de 78 tours réunissant des chansons qui
permet de donner un recueil. Cette expérience est renouvelée avec Cole Porter l’année suivante et
d’autres les années d’après et cela donne un son nouveau et apprécié du public.

Ces albums font de Lee Winy la première à avoir fait le format de référence des musiques populaires.
Le crooner Bing Crosby va sortir des albums thématiques (de chansons de Noël par exemple,
hawaïennes, de cowboy, latino-américaines...). Mais ce genre reste assez rare à l’ère du 78 tours.

Par la suite, le disque micro-sillon est mis au point. On peut faire tenir d’avantage de musique avec
un diamètre égal. Le disque 33 tours vinyle permet de contenir 15 à 20 minutes sur chaque face. Le
45 tours vinyle autorise une durée maximale de 5 minutes. L’invention du disque 33 tours va permettre
un véritable développement de l’industrie de la musique classique. Mais encore une fois, l’industrie
de la musique populaire prend plus de temps car elle se base sur le format des singles.

A partir du milieu des années 50, le format longue durée est utilisé par Ella Fitzgerald qui sort une
série de huit 33 tours, ce qui lance d’autres musiciens à faire de même, comme Franck Sinatra. Il est
le premier à avoir penser le programme de ses albums 33 tours (Love songs en 1954, In the whistful
hours, The Joly Christmas en septembre 1957 avec la première face qui consiste en chansons récentes
de Noël et la deuxième en chansons plus classiques comme Silent Night…).
Ecoute : Silent Night

Les principes unificateurs sont encore assez primitifs dans le début des années 50. Il faut attendre le
tournant des années 60 pour que les musiciens populaires inaugurent la transformation des 33 tours
en album créatifs. La notion même de concept-album commence réellement avec la vente à l’unité
des disques, elle croit en 1959 jusqu’en 1967 où la vente à l’unité dépasse la vente des singles à l’unité.
Le format longue durée se traduit en terme économique et en mutation du format de création album.

Les deux albums qui annoncent cette mutation sont dus aux producteurs britanniques Joe Meek et
autres et au musicien Johnny Cash. Au cours de sa carrière (crise de démence à sa mort), il avait prévu
de prendre en charge l’intégralité des effets sonores de l’enregistrement. Il était connu pour son
maniement du son.
L’enregistrement d’un disque avec une association à des scènes de films de Joe Meek, était supposé
illustrer en son la vie sur la lune telle que l’imaginait Joe Meek, il était passionné par la science-
fiction et l’espace ce qui a donné des titres de chansons évocateurs et des scènes associées aux paroles.
Ecoute : voix de chipmunks
Dans le principe, avec cet album, on est très proche de la musique à programme (poème, action…)
mais le fait que Joe Meek ait été le premier à importer le procédé dans les musiques populaires a
montré qu’il était assez seul à y penser, seulement 4 titres vont paraître de son vivant sur un 45 tours
commercialisé et vendu à seulement 99 exemplaires. C’est en 1991 qu’une autre maison de disque a
édité en CD la version du disque de Joe Meek.
En 1959-60, Johnny Cash de l’autre côté de l’Atlantique allait faire paraître son 8 e album Ride this
train en utilisant un procédé novateur d’unification. Il associait chaque plage du disque à un texte lu
par Johnny Cash en guise d’introduction. Ce disque va manquer de reconnaissance.
Ecoute : Ride this train, voyage en train pour revisiter les Etats-Unis

Le Christmas album de Phil Spector, Freak Out de Franck Zappa et Pet Sounds des Beach Boys sont
sorti comme étant les premiers concept-albums. Il ont en commun d’avoir été mentionnés par les
Beatles comme inspiration pour Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band, qui est considéré comme
le plus influent des concept-albums.

Phil Spector s’est imposé comme une figure incontournable de la musique de producteur. Il
envisageait son métier comme une industrie et production à l’unité. Il voulait se distinguer en
produisant un disque longue durée qui rompt avec la formule classique, introduisant deux tubes et 10
chansons (avec l’esprit de Noël).
Ecoute : Silent Night de A Christmas Gift for You

Bryan Wilson, la tête pensante des Beach Boys, va à son tour franchir un pas vers le format de création.
Il fait son propre album de Noël en s’enfermant dans un studio unique, en essayant de surpasser Phil
Spector. Il jouait ses idées musicales, les musiciens transcrivaient, arrangeaient et modifiaient les
harmonies. Il a ajouté l’idée de cohérence dans l’écriture.
Franck Zappa dans Freak Out appelle l’auditeur à se défoncer. Il se trouve que les faces C et D de ce
double-album introduisait un procédé inédit. Les décrochements permettent à l’auditeur de faire une
pause entre chaque plage.
En juin 1967, Sergent Pepper sort avec une cohérence thématique (spectacle de vaudeville américain),
conciliée avec la cohérence sonore (enregistré au cours d’une longue série de séances en studio de 5
mois). Certains plages s’enchainent ou non (idée du musical mais aussi du vaudeville qui enchaine
des sketchs).
Ecoute : Sergent Pepper
On retrouve même le procédé avec une plage à la fin du disque qui reprend la première du disque en
changeant les paroles qui remercient les auditeurs d’avoir écouté. Les ventes sont exorbitantes, c’est
un véritable triomphe.

10e cours : 2 décembre

Janis Joplin, Jim Morrison et Jimi Hendrix sont 3 figures majeures du psychédélisme qui disparaissent
au tournant des années 1970.
En 1970, les Beatles se séparent, Paul McCartney annonce officiellement son départ.
En décembre 1969 a lieu en Californie le fameux tristement célèbre festival gratuit qui attire 300 000
personnes. La sécurité était prise en charge par des motards qui se retrouvent ivres donc des combats
ont lieu et un jeune noir américain est tué pendant un concert de Hell’s Angels.
Cet événement est considéré comme « la fin de la contre-culture » - John Morthland.

Ecoute : Raindrops keep falling on my head, BJ Thomas (Hal David/Burt Bacharach)


Ce contraste avec la scène d’avant et au show business préfigure les années 1970.

Fragmentation du psychédélisme

Edward Macan dans Rocking the Classics nous dit que « certains éléments contribuent à unifier la
musique de l’ère psychédélique » : les morceaux de dix minutes, solos à rallonge, l’expérimentation
électronique…
John Covach dans What’s that sound ? nous dit que « la musique des années 1970 sépare des
caractéristiques de cette musique ». Les cheveux longs, les signes de paix, tous ces éléments sont
présents dans la musique de cette période.
Reebee Garofalo nous dit que « des changements sociaux et culturels durables se sont produits dans
les années 1970. Le RnR a toujours été commercial dans son essence. L’art et le commerce ont
toujours été synonymes ».
Le rock envisagé comme un commerce nous amène à l’industrie capitaliste et le rock envisagé comme
un art à la contre-culture. Celle-ci englobe le rock progressif, les singer-songwriters et à certains
égards, le métal. A l’inverse, l’industrie capitaliste est composée du glam rock, du rock glitter.

Le glam rock apporte un soin tout particulier à l’apparence des artistes, à leur façon de se mettre en
scène et à leurs costumes. Les grandes figures du genre seront par exemple The New York Dolls
(travestissement), Kiss (1973, maquillage), Alice Cooper (goût pour le travestissement et le
maquillage).
Ecoute : Alice Cooper, « I’m Eighteen » (1971)

La Grande-Bretagne est considérée comme le berceau de ces auteurs.


Ecoute : Marc Bolan avec son premier groupe Tyranosaurus Rex
Top of the Pops est une émission de télévision hebdomadaire (1964-2006) où les animateurs
présentaient les meilleures ventes de la semaine et un groupe des charts.
En 1971, Hot Love passe à la télévision avec T Rex bien maquillé, paillettes inclues et danseuses en
maillot de bain.
L’autre grande figure du début des années 70 est David Bowie. Son androgénie choque. Michel
Polnareff aussi.

La contre-culture est caractérisée par une quête de légitimité culturelle. Elle passe par le besoin
d’affecter. Le fait que ce besoin soit ressenti par des musiciens britanniques tient à ce que le Royaume-
Uni a une culture de la musique savante.
Ecoute : The Beatles, « All you need is love » (1967)
Dans la coda, nous pouvons retrouver du Bach (Invention à deux voix 8), Glenn Miller In the mood,
Greensleeves…

Il y a une utilisation chez les Beatles du quatuor à cordes, du clavicorde, d’une trompette marine,
Stockhausen et Cage sont présentés par McCartney. Et la tendance va prendre de l’ampleur parmi les
musiciens de l’époque.

Ecoute : The Moody Blues, Days of Future Passed (1967)


Un enregistrement rock de La Symphonie du Nouveau Monde est fait avec le London Festival
Orchestra, The Moody Blues profite du mois en studio et du chef pour enregistrer un spectacle
décrivant la journée d’un homme. Ce mois d’enregistrement permet un concept-album.

Le groupe The Nice envisage le format album adapté aux musiques populaires.
Ecoute : « Rondo », The Thoughts of Emerlist Davjack (1968)
Toccata et fugue en ré mineur de Bach
Ecoute : Ars Longa Vita brevis

Le groupe King Crimson avec Ian McDonald, Greg Lake et Robert Fripp est découvert dans un
concert des Rolling Stones à Hide Park. Ils aiment reprendre des extraits de symphonies, des sortes
de suites plutôt que des chansons.
Ecoute : « Mars the Bringer of War », King Crimson

(Emerson, Lake and Palmer


Yes
Jathro Tull
Pink Floyd)

Le heavy metal

Le heavy metal peut être considéré comme un art.


The Yardbirds révèlent ces trois stars : Eric Clapton, Jeff Beck, Jimmy Page. Ils créent respectivement
trois groupes et Jimi Hendrix crée The Jimi Hendrix Experience (1966).
Le terme de Heavy metal est popularisé par le critique rock Lester Bangs pour qualifier Led Zeppelin
et Black Sabbath. Cela permet un développement des catégories du métal (trash metal, black…)
Van Halen utilise l’amplification électrique de la guitare.
Ecoute : « Eruption » (1978)
Malmsteen compose le Concerto Suite for Electric Guitar and Orchestra in E flat minor Op. 1 (1988).

Les singer-songwriters

Ces personnes américaines écrivent des chansons personnelles, intimes, introspectives, sur le ton de
la confession. Il s’agit de se confronter aux grandes figures de la poésie. On peut mentionner Carole
King, James Taylor, Joni Mitchell.
Ecoute : Joni Mitchell, « Woodstock » (1970)

11e cours : 16 décembre

La musique punk

La musique punk refuse d’être envisagée comme un art mais aussi comme un simple produit de
l’industrie culturelle. Cette musique est la forme contemporaine du rock progressif. Le punk est le
« sale gosse, mal élevé » mais il s’élève à la sophistication culturelle.

Lenny Kay se fait connaître comme guitariste du groupe de Paty Smith (pionnière du punk new
yorkais) et il réalise la compilation Nuggets (Pépites) qui met en avant le rock garage. Grand amateur
du genre et souhaitant se souvenir des artistes du genre, il n’a cessé de rééditer ces chansons. Lenny
Kay ajoute des notes à la compilation, en expliquant pourquoi le terme utilisé à l’époque de punk
rock était pertinent.

22 ans plus tard, Greg Show accompagne les notes de la réédition du CD nous dit que le punk rock
et le rock garage ont longtemps été synonymes mais après les années 70, ils se divisent : l’esthétique
punk a pris forme. En 1999, ce concept de punk est dit assez flou mais on arrive à en tracer quelques
caractéristiques. De 1976 à 1979, il s’est surtout manifesté chez les Clashs ou les Sex Pistols. Il n’avait
aucun programme philosophique mais il était caractérisé par le nihilisme, la spontanéité et le « do it
yourself ». Le punk est le produit d’un effort collectif, les britanniques et les américains contribuent
à parts égales à son développement. Son apparition d’après les idées reçues a lieu en 1973-74 vers
New York et sa fin est donnée en 1979, année de mort du guitariste des Sex Pistols.

CBGB est un sigle de Country, Bluegrass and Blues. Cette déclinaison est un club qui ouvre en 1973
dans les locaux d’un ancien parc de motards à Manhattan (délabrement). Il se consacrait à ces styles
de musique, enracinés dans la grande tradition américaine mais il se retrouve très vite à accueillir le
groupe Television ou le groupe des Ramons, qui a façonné le son New Yorkais.
Ecoute : The Ramons, 3 chansons enchaînées
Patty Smith, chanteuse représentante du punk new yorkais qui connaît le succès, a son premier album
avec la chanson Gloria qui arrive à la 47e place des charts.
Des groupes issus de cette scène musicale vont assumer les influences compatibles avec le soucis
commercial, en particulier Blondie ou encore les Talking Heads, ces groupes qui incarnent la New
Wave. La New Wave s’applique aux EU mais au RU, elle désigne l’art à pluie, les singer-song writers,
les nouveaux romantiques…
Ecoute : Denis, de Blondie

Le punk-rock se développe au RU grâce à Malcolm McLaren. Il ouvre deux boutiques sur Kings
Road, se développe dans la mode et s’associe avec la musique des NY Dogs en tournée en 1973 au
RU. Ils lui proposent de devenir leur manager et il passe aux EU pour découvrir le genre. En revenant
au RU, il crée son groupe, les Sex Pistols (en référence au nom d’une de ses boutiques). Ils provoquent
dans leur son, leurs tenues, leurs paroles.
Ecoute : Anarchy in the UK, Sex Pistols

Le deuxième single intitulé God Save The Queen comporte des paroles outrageantes et profite de
l’évènement de sortie du single pour faire interpréter une autre chanson qui les amène jusqu’en prison.
Les Sex Pistols doivent leur place à leur bassiste qui est toxicomane, alcoolique, il assassine sa copine
et meurt d’over dose. Ils contribuent à définir et à pousser le genre du punk dans leur son, leur
apparence et leur mode de vie.

Les Clashs voient le jour en 1976 dans le sillage des Sex Pistols et font leur première partie pour une
tournée. C’est par eux que les notions du punk vont se développer. Ils ont pris la colère du punk et en
ont fait un programme esthétique et politique, ils étaient protestataires.
Ecoute : The Guns of Brixton, The Clash, chanson qui annonce les émeutes raciales de Brixton en
1981

Indépendamment du jugement qu’on peut porter sur cette musique, c’est un style majeur dans la
musique populaire pour plusieurs raisons : Charlie Gillet nous dit que les baby-boomers ont fait tous
les styles. L’avènement du punk rompt donc avec ces générations (des musiciens et du public) qui ont
dominé le marché des musiques populaires depuis le début des années 50. Le punk occupe une place
centrale aussi car il ressuscite régulièrement (dans les années 90 avec Green Day ou le « Grunge »
avec Nirvana). L’idée d’authenticité est façonnée par le punk et est à l’origine du rock alternatif (au
RU, on parle de rock indépendant) : c’est une longue tradition qui sera incarnée par des labels.

Le reggae

Le succès du reggae à la fin des années 1970 est l’un des faits les plus déterminants dans l’évolution
des musiques populaires. C’est un genre originaire de la Jamaïque, où il y a avait une tradition ancrée
de musiques populaires, avec un brassage musical que l’on appelle le mento. Avec l’essor de la radio,
la musique jamaïcaine s’engage sur la voie qui va les conduire à devenir une catégorie à part entière
de musique populaire globalisée. Ils avaient du mal à reproduire les rythmes de la musique américaine
à la radio et cela a donné le ska.

Dans le ska, on retrouve les deux éléments à la base du reggae : le skank (marquage de la subdivision
par des accords) et le one-drop (accentuation des temps faibles par la grosse caisse et caisse claire).
Puis le tempo du ska commence à ralentir, on l’appelle le rock steady.

A l’internationale, le reggae se développe grâce au chanteur Jimmy Cliff qui interprète dans le film
The Harder They Come plusieurs chansons (sort en 1972 et succès considérable).
Ecoute : The Harder They Come
Bob Marley commence à enregistrer dès les années 1960 mais signe avec un label en 1972 et sa
carrière décolle. Les deux premiers albums avec ce label, Catch a Fire et Burning (sortis en 1973),
vont lui procurer ses premiers succès sur le marché international. Tiré de Burning, la chanson I shot
the Sheriff va lui procurer son premier numéro 1 grâce à Clapton.
Ecoute : I shot the sheriff
Au tournant des années 1980, Marley a une renommée mondiale, connu dans tous les recoins du
monde. Il avait côtoyé de nombreux musiciens comme Clapton, Gainsbourg, etc.

Le succès planétaire du reggae préfigure une tendance plus générale de l’industrie du disque, la
« world music » en tant que catégorie commerciale. Les professionnels de l’industrie organisent une
réunion à la suite de l’album Graceland de Paul Simon. Ils ne savaient pas dans quel catégorie ranger
cet album. Les contours de certaines catégories musicales sont assez difficiles à tracer et c’est encore
plus difficile dans le cadre de la « world music ». Beaucoup de styles de musiques africaines,
indiennes, de bossa nova sont utilisés. Le « world beat » avait presque autant de définitions que
d’étiquettes. On pense aux musiques enregistrées contemporaines issues du tiers-monde (Afrique,
Asie), aux musiques ethniques, aux collaborations entre les occidentaux et les non-occidentaux.