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Séquence 1 : Vie en société, vie en solitaire : Un questionnement sur l’Homme depuis le XVIème siècle

Le divertissement ; Blaise Pascal


Pensées → A la fin de sa vie, Pascal essaie de mettre en cohérence des notes qu’il a
écrites au cours de sa vie pour dresser une Apologie du Christianisme.
Les Pensées sont le résultat de cette entreprise inachevée puisque la mort viendra
interrompre ce dessein à la fois philosophique et théologique.
Ce texte sur le divertissement s’inscrit pleinement dans cette démarche philosophique
et religieuse puisqu’il s’agit pour Pascal de montrer que l’homme fuit la misère de sa
condition en s’adonnant à des activités vaines qui le détournent de la vérité.

Blaise Pascal → écrivain du 17ème siècle, ce n’est pas un écrivain classique, il


arrive à la période précédant le classicisme

Type de texte → argumentatif


→ genre de l’essai : Pascal s’exprime et présente ses pensées et ses
réflexions concernant le divertissement, les activités humaines

Questions possibles pour l’exposé :

→ De quelle manière Pascal explique-t-il l’activité humaine ?


→ Comment Pascal, à travers ce texte, explique-t-il l’inquiétude existentielle des
hommes ?
→ En quoi ce texte renvoie-t-il une vision pessimiste de la condition humaine ?
→ Quels sont les buts de Pascal dans ce texte sur le divertissement ?
→ Comment pourriez-vous définir le divertissement pascalien à partir de ce texte ?

I - Une enquête philosophique précise :

1 - Une enquête qui progresse :

→ adopte une démarche scientifique pour montrer à son lecteur la vaine nécessité du


divertissement.
→ raisonnement inductif : part d’observations pour aboutir à une règle générale : l.1-
3 : texte d’une grande rigueur scientifique
→Comme dans un protocole scientifique, l’auteur part de son expérience
personnelle pour accéder à des lois naturelles communes à tous les hommes. C’est
ainsi qu’on observe dans ce fragment le passage de la première personne
« je » au pronom impersonnel « on ».
→ pronom personnel sujet « je » : l.1-3 : le locuteur mène une enquête en son nom
propre
→ passé composé « suis mis », « ai dit » : succession de verbes : progression de
l’enquête
Séquence 1 : Vie en société, vie en solitaire : Un questionnement sur l’Homme depuis le XVIème siècle

→ accumulation : l.1-3 : Pascal a observé un très grand nombre d’activités humaines


→ présent de vérité général « tout le malheur des hommes vient » : à partir des
observations
→Le passé composé (« je m’y suis mis », « j’ai dit souvent », « j’ai pensé », j’ai
trouvé » inscrit l’homme dans la temporalité et le soumet au passage du temps. Mais
Pascal s’extrait de cette temporalité pour envisager les lois immuables : le présent de
vérité générale est ainsi abondamment utilisé dans le dernier paragraphe (« sont si
recherchés », « c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit ».
→Pascal utilise donc un raisonnement inductif : il part de faits particuliers pour en
tirer une loi générale.

2 - Un discours rationnel structuré :

→ Le discours de Pascal dans ce fragment sur le divertissement est rationnel.


→ démarche plutôt scientifique
→Les idées sont reliées par des connecteurs logiques qui ne laissent aucune place au
hasard : « parce qu’on trouverait », « Mais », « Quelque condition qu’on », « Et
cependant », « S’il … », « De sorte que… », « De là vient que… ».
Ces connecteurs logiques créent un tissu rigoureux où les idées s’enchaînent les unes
aux autres par des liens de conséquence ou par des implications de type
mathématique (si …alors). Progression
→Dans ce texte, Pascal applique le rationalisme cartésien (du philosophe Descartes)
dont Pascal a fait l’éloge dans De l’esprit géométrique en 1658.
Exemple théorique, hyperbolique : l.14-21 : l’homme à priori le plus heureux ne l’est
en fait pas
Pour Descartes, l’homme peut accéder à la connaissance du monde par la raison. Or
c’est également ce qu’essaie de prouver Pascal dans ce fragment :
→parallélisme de construction (parce que + cause) : l.6-9 : raisonnement causal
→Verbes de pensée « considérer », « rechercher », « penser » : réflexion de l’auteur
→ termes de logique « raison », « cause » : raisonnement observation → cause →
raison
→conditionnel « s’il savait » : contre-exemple
→connecteurs logiques « ce n’est pas que … mais c’est » : recherche d’une cause
→ La démarche de Pascal est abstraite comme en témoignent les termes scientifiques
« cause » et « effective » et le verbe « penser ». C’est par la raison et un
raisonnement inductif (on part du particulier pour en tirer une loi générale) que
l’homme peut comprendre le monde.
→Dans le troisième paragraphe, Pascal adopte une démarche déductive à travers
l’exemple de la « royauté ». Après avoir déduit des lois naturelles (paragraphe
précédent), il en tire des conséquences.
→Pascal s’ingénie à utiliser les deux démarches inductives et déductives pour
montrer la puissance de la rationalité.
→Dans le prolongement de De l’esprit géométrique, Pascal essaie d’appliquer les
principes mathématiques au discours pour expliquer le divertissement. Néanmoins, la
rationalité n’est qu’un moyen pour approcher ce concept théologique.
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II - Une conception pessimiste de l’Homme et du monde :

1 - Un mépris pour l’agitation du monde

→ accumulation au pluriel : l.1-3 : accumulation des agitations des hommes


→ rythmes ternaires : soulignent l’émotion : l.1-2 : « les agitations et les périls et les
peines » : renforce d’avantage l’impression d’agitation des hommes
Pour Pascal, il existe deux ordres : l’ordre de la nature (les lois naturelles) et l’ordre
de la grâce (les lois divines).
→La raison permet de comprendre les lois naturelles, mais elle est insuffisante pour
comprendre le divin.
→Seule la théologie y parvient d’où la nécessité d’aller plus loin comme le fait
Pascal dans la phrase suivante : « Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après
avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison ». Ce
passage de « cause » à « raison » montre cette transition de l’ordre de la nature à
l’ordre de la grâce.
C’est pourquoi Pascal dénonce les vanités du monde et l’aveuglement des hommes
face à leur condition.
→Le monde de la nature est un monde de désordre et de multiplicité comme le
montre le champ lexical du désordre : « diverses agitations des hommes », « périls »,
« peines » « guerre », « querelles », « passions », « entreprises hardies et souvent
mauvaises », « bouger », « les conversations et les divertissements des jeux ».
→La condition humaine sur terre est minée par la multiplicité et le mouvement
perpétuel : « On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait
insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les
divertissements des jeux que parce qu’on  ne peut demeurer chez soi avec plaisir. »
Pascal utilise ici une esthétique baroque pour dénoncer l’absurdité des affaires
humaines :
→La surabondance du pluriel (« les conversations et les divertissements des jeux »);
→Le parallélisme de construction (« on ne…parce que ») qui montre une circularité
absurde des mondanités.
→Les hommes fuient la vérité de leur condition dans des actions répétitives et
absurdes qui les détournent de leur ennui. Telle est la définition
du divertissement pascalien.
→Par l’énumération qui ouvre le dernier paragraphe (« le jeu et la conversation des
femmes, la guerre, les grands emplois ») Pascal dresse même une rapide caricature
des vanités dans lesquelles les hommes se laissent entraîner par ennui.
Ce mépris du monde souligne la tristesse de la condition humaine sans Dieu.

2 - Le tragique de la condition humaine :


Séquence 1 : Vie en société, vie en solitaire : Un questionnement sur l’Homme depuis le XVIème siècle

→ Pascal exprime la condition de l’homme dans le registre tragique.


→Il a recours à un vocabulaire pathétique comme le montre le champ lexical
du malheur : « guerre », « tout le malheur des hommes », « tous nos malheurs »,
« malheur naturel », « notre condition faible et mortelle », « si misérable », « rien ne
peut nous consoler », « notre malheureuse condition ».
→La dimension tragique de ce champ lexical est accentuée par les
déterminants hyperboliques « tous » et l’adverbe intensif « si ».
→ Répétition « malheur » : l.4, l.11, l.20
→Polysyndète : multiplication de coordonnants : l.12 : « notre condition faible et
mortelle et si misérable » : insistance sur la souffrance humaine mortelle
→Surtout, l’homme est tragiquement enfermé dans sa condition : fatalité du malheur
L’enfermement de l’homme dans le péché transparaît dans le chiasme de construction
: « De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et
plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit ».
Le roi sans divertissement est lui-même pris dans cette tragédie : insistance sur le
malheur
→Le futur « soutiendra », « tombera » a un sens prophétique : il montre
l’inéluctabilité de cette tragédie pour le roi lui-même, personnage théoriquement à
l’abri du malheur : prédiction certaine du malheur
→ condition irréelle « sortirait », « trouverait » : l’homme ne peut pas sortir de sa
condition mortelle
→Cette vision tragique de l’homme est fortement influencée par le jansénisme, un
courant chrétien pessimiste qui a beaucoup compté pour Pascal.
Pascal essaie de donner une issue à cet enfermement en incitant l’homme à non plus
se pervertir ou divertir mais à se convertir.

III - Un encouragement à la conversion :

1 - Le vrai bonheur :

→ le bonheur chez les hommes : bonheur prétendu


→ champ lexical de ce bonheur prétendu : « toutes les satisfactions, tous les biens »
(hyperbole), « le plus beau » (superlatif), « cette félicité », « béatitude », « heureux »
→ ces bonheurs prétendus sont : l’argent (l.24), le jeu (l.22-24), la chasse (l.32), la
conversation des femmes (l.22), la guerre (l.22)
→ il s’agit seulement de divertissement pour oublier la mort et rien de plus
→ le vrai bonheur serait de savoir « demeurer » en repos : l.4, l.3, l.9
→ le vrai bonheur : le recueillement religieux : s’éloigner du monde pour vivre avec
Dieu
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2 - Un encouragement lancé au lecteur en le prenant à part :

→ Ce texte sur le divertissement ressemble à un sermon, c’est à dire à un discours


visant à enseigner la foi religieuse.
→ Par le déterminant possessif « nos malheurs » (l.10) , « nous consoler » (l.13)
« notre » donc 1ère personne du pluriel : Pascal implique le lecteur dans son texte. Il
l’exhorte à passer de l’ordre de la nature à l’ordre de la grâce par un véritable art
de persuader.
→ Pascal s’oppose : toutes les activités, ludiques ou sérieuses, ne sont que des
divertissements pour oublier la mort
→ registre polémique pour inciter le lecteur à choisir son camp : « ceux qui font les
philosophes » : ironie, « ne connaissent guère notre nature » pour laisser entendre que
ce sont des ignorants : litote (dire moins pour faire entendre plus)
→Pour Pascal, seule la foi peut sauver l’homme. C’est pourquoi l’adjectif « naturel »
vient qualifier le substantif « malheur » : « le malheur naturel de notre condition
faible et mortelle » . L’ordre de la nature est celui du péché originel. L’homme ne
peut se libérer de sa condition malheureuse que par la religion.
→Pascal montre donc à son lecteur sa misère pour mieux le convertir.
→Pour cela il joue habilement avec les synonymes du bonheur : « félicité
languissante », « bonheur », « vraie béatitude ».
→Pascal montre toute la palette qui sépare le bonheur illusoire et fugitif de
la béatitude véritable en Dieu. Pour lui, la conversion est un chemin qui amène
l’homme à cette béatitude.

Conclusion :

→Pour Pascal, le divertissement détourne l’homme de sa véritable condition et


l’éloigne de Dieu. Dans les Pensées, il invite le lecteur à renoncer à ses grandeurs
illusoires pour accéder à sa vérité.
→Double aspect dans ce texte : Pascal scientifique qui mène une enquête, Pascal
chrétien qui rejette le monde avec une vision très pessimiste de l’Homme
→ ouverture : Pascal était très proche d’un mouvement religieux de l’époque :
Jansénisme (17ème, 18ème siècle) : lecture extrêmement pessimiste qui met l’accent
sur le péché originel : tous les hommes sont coupables de ce péché commis par Adam
et Eve : le texte est marqué de ce mouvement