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Ketsia Béatrice Safou

Demain j’aurai 25 ans

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Pour Maman Nathalie, morte en 2001
Pour C, mon Amour dans l’ombre.
À papa Michel NGUIMBI.

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Ce qui est touchant dans l’enfance,
c’est qu’il n’y a pas encore de déception.
Marie-Claire Blais – Québec (1995)

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J’ai toujours juré de ne jamais raconter ma vie. De
garder pour moi ce qui ne concerne que moi, des années
de l’enfance aux années folles de l’adolescence.
En mai de cette année, j’aurai 25 ans. À l’âge du
discernement, je vois à présent mes petits frères
commencer à s’élever sur leur propre chemin. C’est dire
que je pense à eux lorsque j’écris les lignes suivantes !
Dans mon pays, quand on est un enfant, on n’a pas
souvent le choix. On s’adapte à la vie que les parents
imposent. « Et point final ! » comme disent les adultes.
C’est même comme ça que je me suis retrouvée en
France. Mon père, après avoir fini ses études, avait décidé
de vivre ici. Et ma mère l’avait rejoint en 2002.
Le jour de son départ, elle m’informe le matin-même
que je vais aller vivre à Pointe-Noire, chez sa grande sœur.
J’étais contente de la nouvelle. Maman Honorine a du fric.
Elle donne de l’argent aux enfants, contrairement à ma
propre maman qui me mettait dans le cartable un bout de
pain, du saucisson et un pot de yaourt pour manger
pendant la récréation.
Quelques années après, il fallait que je rejoigne ma
famille. Maman Honorine me répétait sans cesse que mon
visa sera bientôt prêt. Un visa ? Qu’est-ce que c’est ?

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Finalement, il s’agissait d’un document délivré par les
autorités d’un pays, qu’un étranger doit présenter lors de son
entrée sur le territoire d’un État dont il n’est pas ressortissant.
Grâce à un VISA, on peut partir en Europe ou en Amérique.
Le mien était spécial, ce n’était pas n’importe quel VISA.
Il y a des visas qui permettent aux gens d’aller en
France qu’une fois. Dès le séjour terminé, ils doivent
retourner dans leur pays. Ceux qui ne reviennent pas sont
ceux que les policiers arrêtent à la gare du Nord ou à
Roissy. Quand ils s’entêtent à rester alors que leur VISA est
expiré, ils deviennent des « sans papiers ».
Moi, mon visa, je l’ai obtenu parce que mes parents
avaient fait un dossier. Maman appelle ça un
regroupement familial donc, l’ambassadeur savait très bien
que je partais vivre en France pour toujours.
J’avais presque 11 ans quand je suis arrivée à Pointe-
Noire.
Je basculais désormais dans un autre mode de vie, avec
une tante qui héberge du monde chez elle. La maison était
grande, il y avait beaucoup d’enfants. Moi, mon frère
Naive, et Gaelle la seule fille de maman Honorine.
Comme dans une pièce de théâtre, chaque enfant
jouait un rôle particulier, avait ses qualités et ses défauts.
Moi, j’étais une petite fille rebelle.
Quand on m’envoyait acheter quelque chose à la
boutique, je refusais catégoriquement.
– Je ne suis pas là pour ça !
Ainsi, je prenais des frappes sur la tête, parce qu’on ne
doit pas dire non aux adultes quand on est un enfant. Mais
ça, c’est seulement chez nous, les africains.
On habitait le quartier Mouyondzy. L’oncle de ma
mère y habitait aussi, dans une grande maison avec sa

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famille. Nous passions des journées rayonnantes de joie et
de lumière. Ces moments restent gravés dans mon esprit et
liés à l’amour de la famille et du Congo.
Je comprends, aujourd’hui, que je me suis construite
dans une stabilité affective et le respect des adultes. C’est ce
manque que j’ai tant de fois vu dans le regard de certains
de mes amis noirs des cités de France. Ceux qui n’avaient
jamais connu l’Afrique.
J’ai vécu ces années comme un merveilleux voyage
dont les souvenirs légers et rieurs représentent les périodes
les plus heureuses de ma vie. Mais, je savais que j’étais en
voyage, dans une situation purement transitoire bien
qu’éminemment agréable.
Enfant, j’étais très fière. Fille unique d’une belle jeune
femme. Maman travaillait au ministère des Finances. Une
battante, qui voulait toujours le meilleur pour sa princesse.
Une mère, qui trimait sans relâche au bien-être de son enfant.
Je fréquentais des écoles privées renommées. Je me
souviens de l’école privée les Biquettes située au centre-ville
de Pointe-Noire, tout juste à côté de la Préfecture. Je me
souviens également de l’école privée la Source au quartier
OCH. Toujours bien accoutrée, car mon père m’envoyait
de beaux vêtements dès qu’il y avait quelqu’un qui venait
au pays.
Je me rendais à l’école avec un beau cartable. En plus,
j’avais un petit ordinateur portable que papa m’avait offert
quand j’étais en classe de CE2. Mes camarades n’en avaient
pas. Très jeune, j’avais une bonne maîtrise du clavier.
Quand je rentrais chaque soir de l’école, je répétais
comme un perroquet tout ce que j’apprenais en classe à ma
mère. Elle aimait particulièrement une chanson que je
chantonnais tous les soirs :

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J’aime ma maman, qui toute la semaine.
Va travailler pour m’acheter du pain.
Va travailler pour m’acheter du pain.

Octobre 2006
J’ai 14 ans, je suis en classe de 3eme. Comme
d’habitude, je vois mes cousins chaque matin et me dispute
avec eux quand il y a conflits.
Ma mère appelle régulièrement grande maman pour
savoir si nous suivons l’évolution de mon dossier au
consulat de France. Un jour, c’est moi qui l’informe au
téléphone que sa sœur n’avait jamais appelé le consulat.
– Ah bon ? Écoute, tu vas te rendre là-bas demain toute
seule. Si tu n’y vas pas, c’est ton problème, personne ne le
fera à ta place.
– Ok maman, je vais y aller.
Non mais elle est sérieuse ? Je n’ai que 14 ans ! Qu’est-ce
que je dirai à l’entrée ? Que je suis venue voir l’ambassadeur ?
Les agents de sécurité ne me laisseront jamais entrer. Ce n’est
pas la France ici.
Le lendemain, je rappelle maman, je la dupe :
– J’y suis allée, on m’a dit que je suis trop petite pour
voir l’ambassadeur. Tu vois, je te l’avais pourtant dit !
– Mais Ketsia, ce n’est pas ce que tu devrais dire. Écoute,
tu prends ton passeport et le courrier que j’ai donné à grande
maman. Tu te présentes à l’accueil, ils te laisseront entrer.
– D’accord maman !
Quelques jours plus tard, le consulat appelle grande
maman pour l’informer que mon visa est accepté. Mes
cousins sont au courant et me le cachent. En sortant du
collège, mon téléphone sonne, c’est ma mère.
– Es-tu au courant de la nouvelle ?

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– Oui maman, oui.
Je n’étais évidemment au courant de rien.
Le lendemain, je me rends à 9h au consulat de France.
À l’entrée, je bavarde avec l’agent de sécurité qui me trouve
drôlement courageuse.
– Vous voyez ?! Je suis venue voir l’ambassadeur, je
vais aller en France dans même pas une semaine.
Il me regarde en souriant et me laisse entrer.
Il n’y a personne dans la salle d’attente. Pourtant, il y a
souvent du monde. Je souris toute seule, persuadée que
l’ambassadeur a mis tout le monde dehors pour que je ne
patiente pas.
Soudain, je vois venir une dame qui me tend mon
passeport, « je vous souhaite un bon voyage ». Je sors du
consulat toute satisfaite, mon téléphone sonne à nouveau,
c’est encore maman. Que veut-elle ?
– Écoute moi bien, avec ta tête comme l’ananas, cache
ton passeport. Si on te le vole, tu es foutue compris ?
– Oui maman, je sais.
Je mets mon passeport dans ma culotte et j’arrête un
taxi.
Le chauffeur démarre. Après trois minutes :
– Arrêtez-vous chauffeur ! Arrêtez-vous ! Ma mère a
dit de faire attention à tout le monde, sinon on risque de
me voler mon visa ! Donc laissez-moi ici ! Je vais marcher.
Sans en faire un problème, il me laisse descendre. Je file
au bureau de grande maman aux Chemins de Fer Congo
Océan. Elle présente mon passeport à ses collègues de service,
comme si c’était une nouvelle collection de vêtements.
Je suis contente de rejoindre mes parents. Mais l’idée de
laisser ma mamie me rend malheureuse. Je partageais le
même lit qu’elle. Je sais que je ne la reverrai pas tout de suite.

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– Mémé… Mémé, je vais en France dans quelques jours.
– Ah bon ?
– Oui mémé.
– Je suis contente Kéké.
Contente ? Moi qui pensais qu’elle allait pleurer…
c’est le contraire.

26 Novembre 2006
Ça y est, le dernier jour à Pointe-Noire est enfin
arrivé. C’est le jour de mon voyage. Je vais prendre l’avion
à l’aéroport international de Maya-Maya (Brazzaville)
pour atterrir à Roissy-Charles-de-Gaulle.
Maman dit que c’est l’hiver et que la fraîcheur dépasse
celle de la saison sèche.
Grande maman me stresse dès mon réveil :
– Fais ta valise, dépêche-toi, on va bientôt aller à
l’aéroport !!
C’est la première fois que je m’éloigne de mon frère
Naive. Je sais qu’il en souffre, même s’il donne l’impression
d’être fort. Je m’habille. Il me rejoint dans la chambre et
me donne ses paires de baskets Adidas.
À 14h, on doit quitter la maison. J’ai d’abord un vol
pour Brazzaville. Mes cousins arrêtent un taxi. Je porte ma
petite valise, elle n’est pas chargée.
Pour la première fois, je m’effondre en larmes. Tout le
monde devient triste. Les enfants de ma cousine Romaine
pleurent. L’autre nièce du mari de ma tante « Muliche »
partage la douleur de l’éloignement. « La séparation n’est
jamais un moment de joie » me dit-elle. Cette journée
restera toujours gravée dans ma mémoire.
Arrivés à l’aéroport, on accomplit les formalités. Je
dois maintenant me rendre dans la salle d’attente. Grande

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maman me tend un billet de 2 000 Francs CFA pour que
j’achète des gâteaux. Je commence à partir. Je traverse un
passage. J’entends une voix m’appeler « ké… ké, viens
m’embrasser ! ». C’est maman Honorine.
Je recule de quelques pas et l’embrasse avec beaucoup
d’affection.
Je pleure et je m’en vais. Je ne sais pas quand on va se
revoir. C’est difficile, mais je dois partir.
L’avion commence à décoller. Et 45 minutes après, on
atterrit à Brazzaville.
Hosy m’attend. C’est le fils aîné de grande maman que
j’ai laissé à Pointe-Noire. Tantine Laurence est là aussi.
C’est elle qui va m’accompagner à l’aéroport le lendemain.
Gagely, un ami avec qui j’avais beaucoup de complicité, est
venu me serrer dans ses bras. Nous étions très proches.
Le lendemain matin, Hosy m’emmène voir quelques
membres de la famille. On commence par ma tante Aline.
Dès que je la vois, je saute de joie. Elle me prend dans ses
bras. Hosy lui dit que je suis là pour dire au revoir. Elle crie
de joie et me soulève. J’ai les larmes aux yeux.
La nuit tombe. Je prie avant de dormir. Le lendemain,
mon cousin Thed vient me dire au revoir. Je pleure à
chaudes larmes. Hosy et Gagely, mon pote, me réconfortent.
Une fois les formalités terminées, je me retrouve dans un
grand avion. L’hôtesse annonce le décollage. J’avais opté pour
un siège côté fenêtre, à gauche de l’avion, pour tout voir.
Je revois la gamine que j’étais, en train de dire au
revoir à sa terre natale, pensant aux membres de sa famille
partis trop tôt. Je les aime encore très fort. À écrire ces
lignes, je suis très émue.
Quitter le pays. Quitter mon enfance. Mes vêtements,
mes amis, les paroles de ma grand-mère… Allez Ketsia écris-

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le : quitter Mon pays. J’ai une pensée pour maman Nathalie,
la sœur jumelle de ma mère qui, depuis que je suis toute
petite, priait pour ce moment qu’elle ne vivra évidemment
pas. Des souvenirs d’enfance refont soudainement surface.
Maman Nathalie était aussi ma mère. Un jour, maman
m’annonce son décès. Je pensais qu’elle allait revenir, au
moins pour assister à mon départ. Mais je ne la vois pas.
Elle est donc partie pour toujours. Se souvient-elle toujours
de moi ? De son fils Naïve, mon faux jumeaux ?
Je comprends effectivement que la vie ne fait pas rire.
Et même si un jour je reviens au pays, je ne reverrai plus
maman Nathalie. Pourtant j’ai toujours la certitude qu’elle
demeure à mes côtés.
Les morts qui ont tant compté pour nous ne nous
quittent jamais. On a coutume de dire que tant que nous
pensons à eux, ils ne disparaissent pas. Mais songeons-
nous que nous ne nous éloignons jamais d’eux parce que,
de là où ils sont, eux aussi pensent à nous ? Qu’ils veillent
sur nous et prient pour notre bonheur ?
Je me demande si, en Europe, les gens sont aussi
chaleureux qu’en Afrique. Et même si quelqu’un me dit oui,
je ne serai plus avec les miens et ça, c’est le véritable
problème !

27 novembre 2006
Je suis dans un vol Air France. L’hôtesse annonce
l’atterrissage de l’avion à Roissy.
Mon Dieu ! Maman va-t-elle me reconnaitre après 4
ans ? Et papa avec qui je n’ai quasiment jamais vécu ? Mes
deux frères, que je n’ai jamais vus, me connaissent-ils ? Je
me pose toute une série de questions. J’ai en face de moi
une nouvelle vie, un nouveau monde.

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L’avion ouvre ses portes, je mets ma veste qui ne me
protégeait presque pas, le foulard que tantine Laurence
m’avait donné et je remets mes belles basquets. Debout, me
voilà en train de suivre les autres.
Il fait froid, très froid. Je n’ai jamais vécu une chose
pareille. Quand je parle, de la fumée sort de ma bouche. Où
suis-je Seigneur ? C’est donc ici que je vais vivre désormais ?
Mais comment font-ils pour vivre avec ce froid ?
Je continue à suivre les autres. Ils s’arrêtent. Je vois les
douaniers. Ils regardent les passeports de chaque personne.
C’est maintenant mon tour :
– Est-ce bien vous sur le passeport Mademoiselle ?
– Oui Monsieur, c’est moi. Mais sur la photo, j’étais plus
belle ! C’est normal, j’avais 7 ans. Ma mère était encore au
pays, elle me maintenait elle-même avec ces mains magiques.
Quand elle m’a laissée, il n’y avait plus personne pour
prendre soin de moi. Donc j’ai perdu l’éclat de mon teint.
Le douanier fait signe à son collègue qui s’approche de
moi, il a l’air gentil et me regarde droit dans les yeux. Il me
demande d’attacher mes nattes qui cachent mon visage.
– C’est bien elle.
On m’accorde l’entrée sur le territoire français. Je fais
quelques pas, j’entends la tendre voix de ma mère :
– ké, ké, c’est maman !
Je lève la tête, elle est un peu loin. Mon Dieu que ça
fait longtemps ! Je m’approche d’elle.
– Tu as noirci ! Tu n’étais pas comme ça, regarde tes
petits frères.
Léo a 3 ans et Paul n’a que 18 mois, il se met à pleurer.
J’avais gardé dans mon sac à main le fromage donné dans
l’avion. Je le tends au petit Léo, il est ravi.
Papa me regarde avec insistance. Maman met de

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l’ambiance et on se dirige vers le parking. Mon père avait
garé sa voiture au sous-sol. En sortant, il met un ticket
dans une machine, je trouve tout ça très étrange.
– Tu as vu ? Ici tout est payant, pas comme chez vous
là-bas…
Chez nous ?? J’ai l’impression que mes propres parents
me voient comme une petite africaine qui a tout à
découvrir ! Pourtant, eux aussi ont vécu en Afrique ! Le
Congo est mon pays, pas le leur. Bonjour la France.
Maman me tend un manteau que je ne trouve pas trop
magnifique.
– Il faut m’acheter un autre, celui-là n’est pas beau.
– Oui, on va t’acheter un autre manteau. Ce n’est pas
de notre faute, on ne connaissait même plus ta taille. Tu
feras le choix toi-même.
Nous nous mettons en route pour la maison. Dès
qu’on arrive, papa s’habille et part au travail, maman aussi.
Elle me laisse avec les deux marmots.
– ah Ketsia… je payais cher une malienne pour garder
tes petits frères. Tu es enfin là. Je n’ai plus à m’inquiéter ! Tu
vas garder tes frères.
Avant d’aller au travail, elle passe une dizaine de coups
de fil pour annoncer ma venue. Je lis une grande joie dans
son regard.
– J’ai sommeil maman. Je dois dormir.
– Va dormir yaya.
Je tombe sur le canapé et dors comme un loir. Les
enfants jouent dans la salle de bain. Le petit Paul se fait
mal, il saigne. Moi, je ne suis même pas au courant.
Maman rentre du travail et s’en aperçoit. Elle ne veut pas
me déranger. Quand je me réveille, elle me montre la
blessure du gamin.

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J’ai peur, je me culpabilise. En plus, je ne suis pas chez
moi, au Congo, comme ils me disent déjà. Et si la police
venait pour interroger la petite africaine que je suis ? Ah la la.
Le soir, nous nous retrouvons à table. Maman a fait un
bon plat. C’est la première fois que je vis sous le même toit
que papa et maman. Je suis contente, c’est vrai ! Mais,
Pointe Noire ainsi que toutes les personnes que je voyais
au quotidien me manquent. Même si je ne dois pas le
montrer, au fond de moi ; j’en souffre.
– Es-tu contente de nous retrouver kéké ?
– Oui maman, oui, mais… maman Honorine me
manque affreusement. Elle était toute malheureuse à
l’aéroport.
– Je vais t’acheter une carte Afrique. Tu vas appeler ton
monde, ça te fera du bien.
Ah, enfin ! Elle commence à comprendre que ma vraie
famille me manque.

*
* *

On me disait que la France est un pays magique. Un


pays de cocagne. Je me souviens : avec mes cousins, on se
racontait que les pommes de terre y étaient très grosses.
Incroyable ! Même les légumes étaient mieux nourris.
Les parents qui rentraient l’été au pays rapportaient de
beaux vêtements, des revues, des petites choses qui nous
semblaient des trésors. Ils nous racontaient une France
mythique, avec des fruits doux, des routes parfaites, des
bijoux au cou des Parisiennes, des bâtiments très anciens.
Nous les regardions avec nos yeux écarquillés, plein
d’admiration et d’envie. Me voilà dans cette France.

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*
* *

Maman travaillait beaucoup. Elle était assistante


administrative dans une école maternelle. Dès qu’elle avait un
jour de repos, on partait dans les centres commerciaux faire
les boutiques avec mes deux frères. Elle me racontait sa vie,
tous les moments difficiles qu’elle avait traversés : le chômage,
l’obligation de « quémander » de l’argent à mon père pour
faire les courses, lui qui, malgré un salaire de cadre dans une
très bonne boîte (ID-logistique), ne pensait qu’à lui-même.
À l’instant où elle m’en parle, je jure au fond de moi
de ne jamais laisser mon travail pour suivre un homme.
Je vivais ces scènes comme une humiliation, une
privation absolue de liberté. Je me suis construite sur ce
rejet : jamais je ne dépendrai financièrement de personne.
Je ne demanderai jamais de l’argent à quiconque.
Je n’ai pas oublié cette scène où ma mère s’est rendu
compte, dans un supermarché, qu’elle avait perdu son
porte-monnaie. Je revois sa panique. Elle se demandait
comment elle nous nourrirait les jours suivants, en
attendant de déclarer la perte de tous ses documents (CB
etc.). Je n’avais que 16 ans, mais son expression
malheureuse est restée gravée dans ma mémoire.
Grand-mère me disait qu’on ne dépense pas l’argent
que l’on n’a pas. J’en ai gardé des stigmates : je ne sais pas
« claquer », ni « flamber », je sais me faire plaisir, c’est tout.
Même si j’ai eu une enfance heureuse, je n’avais pas
connu l’argent. Ma mère ne me donnait jamais d’argent de
poche. J’avais tout à la maison : le lait et le yaourt dans le
frigo. Les vêtements de marques dans les belles valises
venaient de France. C’est papa qui les envoyait pour moi.

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L’argent n’était et ne sera jamais mon moteur. Mais, j’ai
quand même peur du lendemain. Ainsi, je pense que les filles
de familles modestes comme moi n’ont pas droit à l’erreur.

*
* *

Quelques semaines après mon arrivée, je passe des


tests au Centre d’orientation afin de débuter l’école.
D’après les résultats, je suis reculée en classe de 4eme. Au
pays, j’étais déjà en 3eme. C’est un scandale !
Maman me traite de tous les noms d’oiseaux. Je me
souviens de « Tu seras la dernière ici… tu es trop bête ».
Je suis malheureuse. Je n’ai personne à qui parler dans
ce pays. Quand tout le monde est dans le salon, moi, je
m’enferme dans la chambre. Je ne suis qu’une africaine
après tout.

*
* *

Un courrier de l’académie arrive par la poste. Je suis


inscrite au collège Descartes, pas loin de la maison. La fille
de la voisine y est aussi. Un peu plus jeune que moi, elle est
en classe de 6eme.
Maman l’informe de mon premier jour au collège. Elle
est ravie de m’emmener avec elle. Le matin, pendant que
moi j’ai du mal à me réveiller à cause du froid, elle est en
forme et mes petits frères aussi.
Je suis prête. Nous nous mettons en route. Elle
commence la conversation, quel âge as-tu ?
– j’ai 14 ans. Au pays, j’étais en classe de 3ème.
– Tu n’es pas la seule. Nous avons l’habitude de

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recevoir des jeunes qui viennent d’Afrique, d’Asie. Mais ce
n’est pas grave, si tu travailles bien, l’année prochaine tu
passeras en 3ème. Tu ne perds qu’une année.
– Oui, mais ma mère dit que je suis stupide.
– Ta mère ? Non tu plaisantes.
Si seulement elle savait ! Chez nous, on ne part pas
voir les psychologues pour évacuer tout ce qu’on a entendu
de méchant. Ça passe et c’est tout.
– Ecoute, ce n’est pas grave. Oublie vite. Tu ne dois pas
être triste à l’école sinon personne ne voudra t’approcher. Il
faut sourire.
Je suis ravie d’avoir Emeline à mes côtés et d’entendre
toutes ces phrases qui me font du bien.
Nous arrivons au collège. Je présente mon carnet de
correspondance à l’entrée. La cour est très grande. Le
bâtiment fait 3 étages et ce n’est qu’un collège. Je n’ai
jamais vu une école aussi grande ! Le lycée doit alors faire 6
étages ou peut être plus !
Le CPE vient m’accueillir. Il me présente aux
surveillants, aux professeurs ainsi qu’à mes nouveaux
camarades de classe. Emeline me laisse pour rejoindre sa
classe. Bonne chance me dit-elle.
Je vois quelques têtes noires dans la classe. Ah j’ai mes
frères ici ! Je me rapproche d’eux et me donnent leur nom
de famille. Ils sont congolais comme moi, mais eux
viennent de la République Démocratique du Congo.
Une collègue me file son numéro et son blog : moi je
m’appelle ni-n’guissa, littéralement « fait bouger ». Je
rigole ! Elle ajoute : tu viens d’arriver en France ? Moi : oui
il y a à peine un mois.
– Tu connais la danse KOTAZO ? ajoute-t-elle. Je suis
hébétée, suis-je en France ou au Congo ?

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Le cours commence. Elle n’arrête pas de me déranger
pendant que le professeur parle. Je lui fais signe pour dire
d’attendre la récréation afin de pouvoir bien discuter.

*
* *

Notre professeur principal s’appelait Monsieur


GUILLOT. Il était prof d’histoire et géographie, très grand
et souvent bien vêtu. Il aimait le théâtre et me forçait à
parler de l’Afrique à mes camarades de classe afin qu’ils
soient conscients de la chance qu’ils ont d’être scolarisés en
France. Moi, bien au contraire, je voulais montrer d’autres
aspects de l’Afrique que la pauvreté et la maladie.
« Tu parles l’Africain ? » « Dis-moi quelque chose en
Africain » voilà l’une des choses les plus stupides que l’on
me demandait. Il m’est arrivée de répondre « et toi, si tu
me disais quelques chose en Européen ? ».
J’avais autour de moi de jeunes écoliers qui ne savaient
que peu de choses de l’Afrique. Voici quelques idées reçues
les plus récurrentes que j’ai entendues.

L’Afrique est un pays


Ce continent a peut-être été divisé en dizaine de pays
pendant la colonisation. Mais qu’il s’agisse du Sénégal, du
Kenya, de l’Angola ou du Congo, les pays d’Afrique sont
tous pareils et ne possèdent aucune histoire particulière
qui vaille la peine d’être apprise ni comprise.

Les africains sont tous pareils


La peau noire, le teint plus ou moins foncé, les cheveux
frisés, le nez plat et les grosses lèvres. Les femmes sont

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rondes aux formes généreuses (c’est ainsi que leurs hommes
les préfèrent), et les hommes ont un sexe immense (c’est
également ainsi que leurs femmes les préfèrent).

Culture
Les africains aiment porter des vêtements aux couleurs
vives, adorent danser et jouer du tam-tam. Ils sont
toujours gais et joyeux malgré leur pauvreté extrême. Ils
vivent, pour la plupart, dans leur habitat naturel, au milieu
des animaux sauvages (qu’ils mangent également).

La civilisation africaine
L’Afrique était un continent resté à l’âge de pierre…
jusqu’à l’arrivée des européens. Ses habitants se font tout le
temps la guerre, vénèrent les crânes de leurs morts,
excisent leurs filles, pratiquent la polygamie. L’homme
blanc leur a heureusement apporté un peu de lumière et de
civilisation grâce à la colonisation.
L’Egypte antique ne compte pas vraiment comme
civilisation africaine, parce qu’elle n’est pas réellement
considérée comme faisant partie de l’Afrique.

Leur intelligence
Les africains sont des gens paresseux, à faible
productivité. Leur QI (quotidien intellectuel) moyen et leur
niveau d’éducation sous la moyenne mondiale.
Malheureusement, c’est la raison pour laquelle les africains
ne s’en sortiront jamais sans aide extérieure.

Leur mode de gouvernance


Les dictateurs comme Mugabe, Bongo, Mobutu, ont

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montré que les africains ne sont pas capables de
s’autogérer. Les régimes sont totalitaires et violents ; les
viols et meurtres monnaie courante.

La colonisation
Oui, il y a eu quelques abus. Mais l’occident l’a fait
plus dans le souci d’apporter la science et la civilisation aux
peuples locaux que pour son propre intérêt.

Le néocolonialisme
Le quoi ? Ils ont eu leur indépendance.

Les animaux sauvages et les paysages


A peu près les seules vraies choses intéressantes que
l’on peut trouver en Afrique.

*
* *

En 2014, les étudiants de l’université d’Ithaca (New-


York) ont lancé une campagne anti-stéréotypes.
Originaires du Ghana, du Kenya ou d’Ethiopie, ces
étudiants africains en avaient assez d’entendre les mêmes
préjugés sur l’Afrique.
Africa is not a country (« l’Afrique n’est pas un pays »).
Ils posaient devant l’objectif, vêtus du drapeau de leur pays
d’origine, affichant des slogans qui rétablissent la vérité tels
« Les Africains ne se ressemblent pas tous », « les Africains
n’ont pas besoin d’être sauvés » ou encore « les femmes
africaines sont des participantes actives de leur propre
histoire ».

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En effet, la télévision française aborde très souvent
l’Afrique par les prismes de la maladie, la pauvreté ou des
conflits politiques.
Les informations palpables sur cette partie de la Terre
sont rares et, en général, les connaissances des
Occidentaux sur les pays africains sont faibles.
LeMonde.fr a publié un jour une vidéo qui reprend 10
chiffres surprenants sur l’Afrique. Par exemple, saviez-
vous que 65 % des députés rwandais étaient des femmes ?
Contre 27 % en France et 18 % aux Etats-Unis. Ou alors
que 18 prix Nobel étaient africains ? On apprend aussi
qu’en 2050, le berceau de l’humanité accueillera un quart
des êtres humains.

*
* *

Ainsi, pendant que mes copains et copines de classe


voulaient à tout prix garder une image négative de ce
continent, moi, au contraire, j’étais fière d’être Congolaise.
Fière de mes valeurs qui faisaient la différence entre eux et
moi.
J’étais plutôt bonne élève, surtout dans les matières
qui me passionnaient comme l’Histoire ou le Français, et
celle où je me sentais à mon aise.
Elève appréciée par ses professeurs, je faisais camarade
seulement avec des élèves dont la réputation au collège
était bonne.
Virginie et Emeline, mes amies les plus proches,
étaient originaires d’Italie et d’Espagne.
Bastien, le jeune intello du collège, était né en Grèce. Il
parlait Grec. Nos professeurs étaient ses amis. Je me

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souviens du jour où Monsieur Guillot nous avait vus en
train de nous embrasser dans un coin de la cour. Il m’avait
glissé « très bon choix, si c’est bien ce que je crois ».
A l’école, je remarquais que mes compatriotes
restaient entre eux. Ils écoutaient de la musique congolaise
dans la cour. Moi, je fuyais cette ambiance.
En fin d’année scolaire, mes parents trouvent un
logement plus grand, à Montfermeil, une autre commune
du 93. J’étais triste de quitter mes amis. Je passe en classe
de 3ème, mais je serai dans un nouveau collège… encore.
Maman me dit que tout ira bien. Le professeur principal
insiste que Pablo Picasso est un bon collège.
Nous déménageons dans le nouvel appartement. Nous
sommes à 2 minutes du centre-ville. L’école des petits est
en face de la résidence et mon collège à deux arrêts de bus.
C’est encore une nouvelle vie, même pour mes parents, car
le logement d’avant était trop petit. Voir ma maman
heureuse me fait du bien.

*
* *

Mes parents étaient stricts : pas de jeu dans la rue à


toute heure ; pas de soirée ou de sortie chez les amis. Après
l’école, je devais courir chercher mes frères à la maternelle.
Ce sérieux m’a protégé des mauvaises influences. Il y en
avait plein dans la rue ! Trafics, voitures brûlées,
règlements de compte, contrôles de police qui tournent
mal…

*
* *

25
En fin d’année scolaire, j’ai obtenu mon Brevet et j’ai
poursuivi ma scolarité au lycée Blaise Pascal de
Villemomble, où je me souviens avoir frappé une camarade
de classe qui m’insultait.

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Début de la vie…

Fini le lycée, c’est les grandes vacances. Je suis admise


au BAC avec mention bien. Mes parents sont ravis, je ne
suis plus agitée comme on me répétait sans cesse durant
mon adolescence.
Je me rappelle avoir caressé, enfant, le rêve de devenir
infirmière. Quand les parents m’interrogeaient à ce sujet,
je répondais avec assurance que je travaillerai dans le
domaine médical pour aider les autres. Mais aujourd’hui,
je m’intéresse à d’autres choses. L’informatique d’abord. Le
droit, pour défendre la cause des femmes. D’ailleurs, lors
de mon stage de découverte des métiers en classe de
terminale, ma tutrice m’avait dit de trouver un autre
métier, que je n’étais pas faite pour les hôpitaux.
Après le Bac, on a plus de conseiller d’orientation.
Plus de professeur principal. On est seul face à son avenir,
il faut donc faire les bons choix.
J’habitais en Seine-Saint-Denis. Les élèves de milieux
moins favorisés socialement, même s’ils ont des talents
particuliers, sont moins bien informés que les autres sur les
voies qui s’ouvrent à eux.

27
*
* *

J’ai 19 ans, je suis majeure. Je dois choisir


intelligemment un domaine qui me passionne pour ne pas
m’ennuyer à l’avenir.
Cette période n’est pas absente d’ombres. Laquelle
pourrait l’être d’ailleurs ? Doutes et souffrances l’ont
traversée. Les ombres n’en ont fait que mieux ressortir les
zones lumineuses.
Depuis la préadolescence, je suis hantée par l’idée de
ne pas faire honte à mes parents. Je m’interdis de renvoyer
de moi une image dégradée. Bien sûr, il s’agit là de
principes personnels et je ne vois pas au nom de quoi les
choses devraient changer.

*
* *

L’été finit bientôt. Je décide d’écrire un livre pour


parler de mes débuts en France. En même temps, ma
copine Laurine me propose de travailler avec sa mère à
Carrefour. Je n’ai aucune expérience professionnelle, mais
je lui donne quand même mon CV et une lettre dans
laquelle j’exprime en quelques mots mes motivations.
La demande ne traine pas. Sa maman me
recommande auprès de la responsable des caisses et je suis
vite contactée pour un entretien.
Je me présente au rendez-vous. On me propose un
contrat étudiant (16h) et me demande mes disponibilités
pour faire des heures supplémentaires.
– Bien sûr, je suis opérationnelle.

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Trois jours plus tard, je commence le job.
C’est la vie de jeune fille dont j’avais toujours rêvée. Je
me sens grande ! A peine ai-je le BAC que je trouve un
petit emploi, dans un grand supermarché.
Ces deux jours de travail par semaine me remplissent
de fierté. Dotée d’une belle tenue de service, j’ai déjà le
sentiment d’être une Chef dans l’entreprise. Mon poste de
travail est toujours propre.

*
* *

A cette même époque, la lecture d’un livre a contribué


à forger mon caractère. Il s’agit du petit ouvrage d’un
Américain, Atkinson, Le pouvoir de la volonté. Ancêtre du
courant que l’on appelle « pensée positive », l’auteur y
fournissait des pistes afin de permettre à l’individu de
dominer des émotions qui, trop souvent, peuvent lui faire
perdre tout moyen. Il vante les vertus de la lucidité face
aux situations auxquelles nous nous trouvons confrontés.
J’ai malheureusement égaré cet ouvrage que m’avait
donné Laurie, ma camarade du Collège Pablo Picasso.
J’aimerais pouvoir revivre ce que j’avais ressenti lors de la
première lecture. L’impression d’une découverte essentielle.
Il m’a alors confortée dans ce que je ressentais de façon
obscure.
Je sais désormais que seule la volonté offre aux
Hommes la possibilité de traverser sans encombre les
périodes difficiles de l’existence. J’avais accueilli ce précepte
comme une leçon de vie. Il me fut un viatique qui me permit
d’avancer.

29
*
* *

Je trouve un studio dans une résidence de jeunes


travailleurs, à Bondy. Puis j’adhère au conseil des jeunes de
la ville. Je deviens de plus en plus occupée que même les
parents me voient rarement, ainsi que mes frères. On parle
beaucoup au téléphone mais on se voit moins.
Le Conseil des jeunes, c’était des causeries libres, des
fous rires et des boums improvisées. Gratitude à tous ceux
qui ont eu l’intelligence de le mettre en place.
Plus tard, j’ai aussi découvert « Pharmaciens sans
frontières » : je participais aux collectes de médicaments
pour les pays du Sud.
Un jour, j’informe mon père de toutes mes activités,
notamment mon admission au conseil de la jeunesse. Ravi,
il me voit déjà Maire Adjointe. Tu es sur le bon chemin, me
dit-il. Je suis heureuse qu’il soit content.

*
* *

J’ai désormais ma petite vie. Quand je sors, c’est pour


aller au travail ou au CDJ. Je passe mon temps dans mon
logement, à écrire mon livre, parfois je le fais lire par mes
amis étudiants.
Aussitôt levée le matin, je mets de la musique. Elle est
l’une de mes principales sources d’émotion dans l’existence.
Tous les moments de ma vie sont ponctués, illustrés,
appuyés par la musique. Brandy, Brenda Fassie, le groupe
3T pour leur chanson « stuck on you » et Matou Samuel
sont avec moi depuis mon enfance.

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Christophe Maé, Sheryfa Luna et Matt Pokora me font
parfois venir les larmes aux yeux. Les chants religieux de
mon pays me rappellent la défunte jumelle de ma mère.
L’un des miracles de la musique est de nous
transformer, selon les styles et les moments, en véritable
caméléon ; notre humeur devient celle du morceau que nous
entendons. Je suis gaie avec Fally, Koffi, Bob Marley. Toutes
ces musiques me font être moi-même.

*
* *

Mon manuscrit est apprécié par mes camarades de la


résidence. J’en parle également à la Directrice de
l’habitation, Madame PHILISTIN, qui salue l’initiative.
Elle m’envoie une liste de maisons d’édition et
m’encourage à proposer mes écrits. Le sujet est fascinant
ajoute-t-elle, seulement, il va falloir défendre tes idées si un
jour tu te retrouves face à un journaliste.
Je commence à avoir une idée de ce qui m’attend.
Mais je n’ai pas peur, je dois publier ce livre.

*
* *

Février 2012
Je commence à proposer mon manuscrit aux maisons
d’édition. Deux semaines plus tard, j’ai trois réponses
positives. Le premier éditeur me contacte et me demande
de participer au financement du travail éditorial. Je trouve
cela étrange, d’ailleurs je n’ai pas d’argent à donner. Je

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continue mes recherches.
Un mercredi après-midi, en rentrant du travail, mon
téléphone sonne. C’est la directrice de la maison d’édition
Edilivre qui veut discuter face à face de ma demande. Elle
me propose un rendez-vous dans une semaine, trop loin
pour moi !
– Je suis disponible pour demain Madame.
– Ok, alors je vous attends demain.
18 ans, c’est le début de la vie, comme me disait
Madame Nessah (lycée Blaise Pascal). Et là, c’est la vie qui
commence bien. Je refais ma coiffure et nettoie bien mes
ongles. En petite robe, avec des bottes, je vais au rendez-
vous de la directrice d’Edilivre.
– Bonjour jeune fille.
– Bonjour Madame.
Je lui tends mon manuscrit et nous évoquons des
sujets d’actualité. L’ennemi du noir c’est le noir, tu cherches
les problèmes, dit-elle. Non Madame je vais assurer, il
s’agit d’un vécu et je ne peux plus me taire.
– Pouvez-vous me parler de la littérature africaine ?
Oui Madame, c’est même mieux d’en parler ici avec
vous car la littérature africaine est avant tout orale. Elle
constitue une littérature à travers laquelle la parole joue un
rôle essentiel dans la transmission des valeurs d’une
génération à l’autre.
Avec l’arrivée des Européens en Afrique, un petit
nombre d’Africains ont eu l’occasion d’étudier en Occident
et de voyager à l’étranger pour poursuivre des études
supérieures.
C’est parmi cette élite qu’ont émergé les premiers
écrivains africains comme L.S. Senghor, Camara Laye,
Ahmadou Kourouma, etc.

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Cette littérature africaine n’a pas hésité à mettre en
relief sa nature militante ainsi que sa révolte contre la
discrimination raciale, l’assimilation, l’exploitation des
Noirs et l’hypocrisie des colonisateurs.
Parmi les écrivains les plus connus de cette littérature,
Ahmadou Kourouma est celui qui s’est distingué d’abord
par les thèmes qu’il aborde, ensuite par un style qui donne à
ses œuvres une particularité. C’est pourquoi cet auteur se
présente le plus souvent tantôt comme un conteur
traditionnel, tantôt comme un griot plutôt qu’un romancier.
Il est auteur de plusieurs citations très édifiantes.
– Intéressant. Votre manuscrit fait combien de pages ?
– 25 pages seulement.
– Merci d’être venue, je reviens vers vous dans deux
semaines ou un mois.
– D’accord Madame.

*
* *

28 juin 2012
Comme chaque matin, je regarde ma boite mail. Mon
téléphone sonne, le numéro m’est inconnu. Je ne réponds
pas mais on me laisse un message vocal. C’est une dame
« bonjour, la maison d’édition Edilivre. Nous avons le
plaisir de vous annoncer que notre comité de lecture a
sélectionné votre manuscrit… ».
Je suis dans la joie, une joie immense. Ça y est, dans
quelques mois on va m’appeler « écrivaine ».
Le processus éditorial se met en place. Chaque matin,
j’appelle la maison d’édition. Ils me disent toujours à très

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bientôt. Mais quand est-ce qu’ils vont vraiment finir ? J’ai
hâte de tenir un livre dont je suis l’auteur.

*
* *

30 Aout 2012
Date de la publication de mon premier essai
« L’ennemi du noir c’est le noir ». Il est vendu en ligne sur
Edilivre.com, fnac et Amazon. Je crée une page sur
Facebook et partage la nouvelle.
Je suis très émue, c’est un moment vraiment rare.
L’une des plus belles joies de mon existence. Un grand
moment d’émotion, surtout quand on me demande où
trouver mon ouvrage.
J’ai vécu cette période d’écriture comme un moment
plutôt euphorique. Il faut partir du principe que, au fond,
rien ne sert à rien : ni l’écriture, ni le travail, ni l’argent…
quand on a conscience de ça, tout se passe bien. On fait
juste ce qu’on a à faire.
Tout le monde a une bonne raison pour écrire. Moi,
c’est la seule façon que j’ai trouvé pour vivre mieux, vivre
en plus grand. Il faut, je crois, être à la fois prétentieux et
très modeste pour aspirer à être publié.

*
* *

Je deviens un personnage public. Le lendemain, je


reçois plus de cent SMS et mails. Je me demande même
comment ils font pour avoir mon numéro, mon adresse
mail exacte.

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Sur Facebook, les invitations se multiplient. Mes amis
d’enfance sont impressionnés. On ne me voit plus comme
une petite fille, mais plutôt comme une grande dame dans
un petit corps. J’ai désormais droit à des formules de
politesse de haut niveau. Très peu ose me tutoyer à travers
les commentaires. Je ne savais pas qu’écrire un livre
pouvait changer le regard des gens à mon égard.
Google ne reste pas indifférent. Quand je fais des
recherches sur moi-même, je découvre des articles dont
j’ignore qui sont les rédacteurs. C’est comme s’ils
dormaient avec moi, ils sont au courant de tout, de la date
de publication, de mes mouvements. On parle d’une jeune
écrivaine congolaise audacieuse. « Elle a osé ».
En regardant les commentaires, je souris. Il n’y a pas
que des messages d’encouragements. Il y a aussi des
critiques sévères. Je n’ose pas répondre. Souvent, ce sont de
faux profils et je ne veux pas parler avec des personnes qui
ne veulent pas s’affirmer.
Une certaine Vanessa NANDJI se moque de mon
ouvrage avec des mots forts et se livre à un débat avec les
autres qui me soutiennent. Je me sens incapable de
l’affronter. Elle écrit tellement bien ! Moi, je ne suis qu’une
petite hardie qui a osé dire ce que d’autres ont du mal à
avouer. Toutes ces critiques m’ont aidée à m’améliorer.

*
* *

Pendant ce temps, mon inscription à l’Institut de Poly


Informatique est validée. Au premier trimestre, je ne suis
pas concentrée. Je deviens accro à l’écriture et passe mon
temps à lire plusieurs auteurs pour me cultiver.

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Je vais me former en Maintenance informatique, pour
travailler dans de grosses sociétés. La formation coûtera
9 milles euros les deux ans.
J’ai mal à la tête. Où trouver cette somme ? Pas de
panique, j’ai un job certes, mais je ne travaille pas chaque
jour. Bon, je vais en parler à ma conseillère à la banque,
peut-être qu’on trouvera une solution. Je suis en CDI
étudiant quand même !

18 Octobre 2012
Je reçois un mail avec pour objet « important ».
Qu’est-ce que sait ? Je jette un coup d’œil, c’est la chaine
africaine Voxafrica qui me sollicite pour une interview. Ne
se sont-ils pas trompés de personne ? Le journaliste me
laisse ses coordonnés. Tout en bas du mail, je vois une
photo de moi en fichier joint. Ah… c’est bien moi qu’ils
veulent rencontrer. Donc je passerai à la télévision. Je suis
impatiente ! Beaucoup de gens vont me regarder.
Demain matin j’appellerai ce journaliste. Non, pas
demain. Ce soir ! Je compose son numéro… Monsieur,
c’est moi l’auteur que vous avez contacté par mail.
Oui, Madame, Euh ! Non c’est Mademoiselle. Ah
désolé, Mademoiselle, pouvons-nous nous rencontrer pour
tourner une émission… Avant même qu’il ne termine, je
réponds déjà oui Monsieur, je suis de repos jeudi matin,
n’hésitez pas à venir.
Et, comme prévu, jeudi à 10h, Olivier ENOGO
accompagné d’une dame se rendent à l’ALJT pour réaliser
l’émission.
– As-tu peur ?
– Non Monsieur, pas du tout.
Nous commençons. Il m’interroge. Ses questions sont

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pertinentes. Je me sens à la hauteur. Il me félicite pour
mon courage « tu n’as même pas eu besoin d’un bonbon ».
Nous terminons l’interview par une courte lecture de mon
livre. Ma petite chambre d’étudiante est filmée aussi, et ça
va passer à la télévision.
Olivier s’en va. Je veux qu’il me donne la date à
laquelle je passerai à la télévision, afin d’informer mon
entourage.
– Bientôt, je t’enverrai un message.
3 jours plus tard, mon téléphone sonne. Olivier
ENOGO. Je t’informe que tu vas passer à la télévision
(voxafrica) dans quelques minutes.
Je change vite de chaîne. Barack OBAMA est à l’écran.
Juste après, la charmante journaliste annonce la
publication d’un ouvrage dont l’auteur est une congolaise
résidant en France. C’est de moi dont il s’agit.
Je reste devant la télévision, émue. Je me demande si
toute la planète me regarde. Mon téléphone commence à
sonner, des messages de félicitations, d’affections et
d’encouragements. Sur ma page facebook, les
commentaires pleuvent. La petite Ketsia à la télévision.
Olivier m’envoie quelques captures d’écran que je
garde en souvenir.

*
* *

Le lendemain, je ne vais travailler qu’à partir de midi.


Alors je décide de me rendre chez les parents. Ça fait
longtemps que je n’ai pas vu mes cadets. A mon arrivée,
maman saute de joie.
– Tu sais quoi ? Tonton Loïc m’a appelé pour me dire

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qu’il t’a suivi à la télévision ! Il était avec un Chef !
– Un Chef ?
– Oui kéké un Chef ! Il m’a dit que ce Monsieur n’est pas
n’importe qui. Il soutient les jeunes du pays, c’est ça son
travail. Il passe souvent à la télévision, mais il dit aussi qu’il
vient régulièrement à Paris. Tu dois donc t’approcher de
Tonton Loïc pour rencontrer ce Chef. Il t’aidera à faire
connaître ton livre.
– D’accord maman, je vais appeler pépé Loïc.

*
* *

L’écriture m’a apportée une magnifique éducation et


m’a ouvert tous les horizons, tous les possibles.
Sans l’écriture, je ne serai pas devenue celle que je suis.
J’ai appris à relever les défis, à me fixer des objectifs très
élevés.
J’ai aimé écrire depuis l’âge où j’ai appris à déchiffrer
les mots. Je passais des heures à la bibliothèque municipale
de Bondy. Ma mère avait même pris l’habitude de nous y
laisser avec mes frères, le temps de faire ses courses, parce
que devant un livre, je devenais très sage.
En grandissant, j’ai beaucoup lu, et bien sûr n’importe
quoi.
Je n’avais personne pour me conseiller.
Comme beaucoup d’habitants de la France, mon père
était abonné au club des livres France Loisirs. Tous les
trimestres, un nouveau livre arrivait à la maison. Je lisais, je
rêvais, j’apprenais. Je me souviens d’avoir demandé le livre
de Rama YADE en cadeau de noël.

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L’Amour dans l’ombre

Aimer un homme marié est une façon de ne pas


s’encombrer du quotidien. C’est ce que disent mes amies
restées au pays, celles qui sont les maitresses d’hommes
riches.
En effet, au début, ça peut paraître ludique. Quoi de
plus exaltant que quelques instants volés dans les bras d’un
homme qui ne vous veut que du bien  ! Mais lorsque
l’amour s’en mêle, tout se complique.
Que l’on soit libre ou nous-même marié, plus
l’histoire est interdite, plus l’amour nait et plus on souffre
de ses empêchements. C’est le cauchemar de «  Back Street
– Fannie Hurst paru en 1931  » : une vie condamnée au
secret, à la discrétion. Pour d’autres, c’est finalement une
façon de ne pas s’encombrer au quotidien, de n’avoir que
le «  sunny side  » de l’amour.

*
* *

Je ne ressens aucun regret lorsque je me tourne vers

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mon passé. Ce que j’éprouve face à lui se nommerait plutôt
« reconnaissance ». C’est mon passé qui a bâti celle que je
suis désormais : une jeune femme forte, fidèle à des
principes de vie, attentive à l’avenir et pétrie de tolérance et
d’attention envers les autres.
On dit que le pêcheur ne nourrit plus le poisson après
l’avoir pêché. Cette citation, bien que drôle, est d’une
pertinence malheureusement évidente.

*
* *

Il avait les mots…


Mon ami Ben, fier de moi et cherchant à m’aider dans
la promotion de mon livre, m’avait donné une liste de
personnes à contacter.
Des personnes qu’il jugeait être utile à la promotion de
mon ouvrage. Parmi ces fameux noms, un certain Coco
avait attiré mon attention. Il est d’une ethnie très proche de
la mienne et portait le même nom que mon grand-père.
Je demande à Ben de me donner plus d’informations
le concernant.
– Il est très gentil, envoie-lui un message et il te rappellera.
C’est ainsi qu’un soir, pendant que je regardais mon
émission préférée « CANTELOUP », je décide de lui écrire.
D’abord, je me présente avec des mots corrects et lui
parle de mon livre que j’aimerais lui présenter. Au moment
où je veux envoyer le petit message, j’hésite. J’allume mon
ordinateur portable puis, je lance la recherche sur Google
en saisissant son nom.
Il est bien connu, plus de dix articles apparaissent. Je
ne suis donc pas la seule vedette ! Je vois même des vidéos

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où il est entouré de journalistes, comme moi le jour où
Voxafrica est venu à ma rencontre.
Ben avait raison, ce n’est pas n’importe qui. J’envoie
mon message. Une heure après, il rappelle :
– Mademoiselle, j’ai bien reçu votre message. Mes
encouragements ! Je vous ai regardé à la télévision avec un
Monsieur qui m’a dit qu’il connait bien votre père.
– Comment s’appelle-t-il ? Pas de réponse. On se dit
au revoir.
Je n’ai aucune idée de l’impression que j’ai donnée.
J’appelle Ben pour l’informer de mon échange téléphonique
avec ce Chef qu’il tient à tout prix que je rencontre.
Une semaine plus tard, il est 7h du matin. Encore au
lit, mon téléphone sonne. C’est rare que l’on m’appelle à
une heure pareille. Mon entourage sait très bien que je
dors beaucoup et que, à l’exception de l’école et le travail,
rien ne m’amène à être debout avant 11h.
Je décroche. C’est Coco, le fameux Chef. J’ai le souffle
coupé. Je dois garder mon sang froid, ne surtout pas
montrer ma panique, parce que, même au téléphone, les
Chefs voient ce qui se passe. Je reste faussement indifférente.
– Comment allez-vous ? me demande-t-il. Moi : Très
bien Monsieur. – Je suis à Paris et j’aimerai vous
rencontrer, mais dans une heure, je ne serai plus disponible.
Il me reste plus d’exemplaire de mon livre. Pas grave,
je descends à l’accueil de la résidence pour imprimer la
version PDF que j’avais dans ma boite mail. J’agrafe le lot
de papiers puis je vais me doucher.
J’avais 19 ans, je pesais seulement 46 kilos. J’avais une
belle taille. Un admirable petit physique comme disaient
les garçons de l’école pendant les cours de natation. Mais je
n’avais aucune confiance en moi. Comment imaginer alors

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que je puisse attirer l’attention d’un homme d’un âge assez
mûr. C’est vrai, la vie est pleine de surprise !
Sur le chemin, il m’a rappelé pour me dire où le
retrouver. Sachant qu’il est un grand Chef, comme ne
cessait de me le répéter Ben, je m’attendais à ce qu’il soit
entouré de gardes du corps. Car, dans mon pays, un Chef
doit être gardé comme un prisonnier. Il doit aussi être
chauve et avoir un gros ventre.
Pourtant ce n’est pas le cas de Coco. Ce n’est pas au
premier coup d’œil que tu peux savoir que c’est un vrai
Chef. Il est plutôt humble et puis, c’est un bel homme.
Il m’attendait à la sortie de la gare Charles de Gaulle-
Etoile, dans une belle voiture qu’il conduisait lui-même. Sa
simplicité ne m’a pas laissée insensible. Je monte dans la
voiture et lui demande s’il est seul. Oui. Je me sens toute
petite et ne sais pas trop quoi lui dire.
Il commence la conversation, depuis quand écrivez-
vous ? Je réfléchis avant de répondre, et de là, la discussion
devient intéressante. Nous évoquons plusieurs sujets
notamment celui des ressortissants congolais qui abusent
des réseaux sociaux.
Quand il me glisse « tu es cent pour cent de chez moi », je
suis flattée. J’ajoute, vous avez le même nom que mon grand-
père, il a été Ministre à l’époque du président LISSOUBA.

*
* *

Nous nous rendons à la librairie Gibert Jeune de Saint


Michel.
Le Chef dit qu’il va acheter des livres pour ses enfants.
Voilà un bon père. Après l’achat des livres, nous

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sortons de la librairie et nous nous dirigeons vers le parking
en sous-sol. C’est là-bas qu’on avait garé sa voiture.
Il me prend la main, nous traversons l’avenue puis,
nous prenons l’ascenseur. Arrivés dans la voiture, il me
glisse « sais-tu garder un secret ? ». Un secret ? A-t-il un
secret à me confier ?
– Oui. Enfin… Ne me confiez pas un crime, je ne le
garderai certainement pas. Je vous écoute.
– Sais-tu qu’une jeune fille peut troubler un grand
Monsieur ?
J’ai du mal à réprimer un fou rire. Moi, troubler ce
Monsieur ? La bonne blague. Je ne suis qu’une jeune fille,
évidemment pas laide. Lui, il peut avoir les plus belles
femmes du monde en claquant les doigts. Et puis, il doit
sans doute avoir un enfant de mon âge. Quel intérêt de me
choisir, moi, une gamine des banlieues parisiennes qui sort
à peine de l’adolescence. Ne sait-il pas que je n’ai que 19
ans ? Nous vivons dans deux mondes différents.
Je lui jette un regard noir. Il a même du mal à me
fixer. À cet instant, il commence à me tutoyer. Moi, au
contraire, je ne peux pas.
Dans les églises, comme dans nos prières, on n’hésite
pas à tutoyer Dieu mais le Chef Congolais non !
Il prend mon visage dans ses mains et m’embrasse
tendrement. Sa langue caresse délicatement la mienne. Il
avait la technique, c’est normal, c’est un adulte. Il dirige
ensuite son index vers ma robe, essayant de retirer mon
collant. J’enlève vite sa main et il n’insiste pas.
Ça va aller, finit-il par me dire après avoir libéré ma
bouche. Il démarre à nouveau la voiture et s’arrête, il me
regarde. J’ai peur de lui montrer ma déception, nous ne
sommes que deux dans la voiture. En plus, dans un

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parking en sous-sol, comment pourrais-je me défendre ? Il
est sans doute plus fort que moi.
Il décide enfin de sortir du parking, nous entamons la
discussion. Etes-vous marié ? Oui. Ah les hommes. Il
remue sa tête, comme s’il voulait me dire que c’est comme
ça : oui, les hommes mariés peuvent toujours s’intéresser
aux autres femmes.
Je me pose la question au fond de moi « quelle place
peut-il me réserver dans sa vie ? ». Comme s’il m’entendait,
il me dit ne réfléchit pas trop.
Il me tend une enveloppe et me raccompagne en
banlieue, plus précisément à Drancy. On se quitte sans se
donner de rendez-vous précis. Ni au Congo, ni en France, ni
ailleurs. Nous avons simplement convenu de nous revoir
bientôt. De mon côté, je ne souhaite pas forcément le revoir.
Une fois descendue de sa voiture, je prends le tram et
m’arrête à Bobigny Pablo Picasso, je vois arriver un taxi,
l’arrête et donne l’adresse de mes parents.

*
* *

Maman est toute seule, Dieu merci.


– Maman, j’ai rencontré le Chef qui m’avait regardé à
la télévision avec papi Loïc, tu te souviens ?
– Oui, est-il fier de sa jeune compatriote ?
– Oui maman, franchement il est gentil. Voici
l’enveloppe qu’il m’a donnée. Tu peux te servir, prend un
billet vert.
– Non Ketsia c’est pour toi. Tu peux acheter du vin
pour ce soir et tu raconteras ta journée avec le grand
Monsieur à ton père.

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Non. Je ne veux pas en parler à mon père, il n’est pas
bête. J’invente un mensonge à ma mère pour éviter le diner
qu’elle veut créer ce soir.

*
* *

Arrivée chez moi, je n’y crois toujours pas. Il a


vraiment osé me prendre dans ses bras ? Mais pourquoi
puisque ce n’était pas l’objectif de la rencontre.
Je cherche à nouveau sur Google tout ce que internet
propose sur lui. N’est-il pas un pédophile déjà connu ? Je
veux tout savoir : sa vie, sa carrière, s’il a des enfants de
mon âge… Ce dernier point m’intrigue.
Avant de dormir, je me rends compte que le Chef n’a
pas mon numéro courant. Il a le Lebara qui me permet de
contacter les gens du pays. Je décide d’éteindre le
téléphone dans lequel était la carte sim Lebara. Comme ça
il ne pourra plus me joindre pendant un bout de temps !
Je me persuade que le Chef est retourné au pays où il
occupe une fonction importante. Croire que je ne le verrai
plus me fait un grand bien.

*
* *

Je passe à autre chose. Ma conseillère m’accorde un


crédit de 3000 euros que je verse directement sur le compte
de l’école. Il me reste 6 000 euros à payer. Avec mon petit
boulot, je payerai petit à petit.
Je suis contente de commencé le premier trimestre
sans stress. Je réduis mes jours de travail à Carrefour, et

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débute la formation. Mon passe Navigo qui trainait dans
mon sac à main est enfin rechargé pour toute l’année.
Je suis de plus en plus occupée. L’école, le travail, tous
les mercredis je me rends au conseil des jeunes de la ville.
Là-bas aussi j’apprends beaucoup sur la république.

*
* *

Cela fait une semaine que je n’ai pas allumé mon


deuxième téléphone. Peut-être que les parents, au pays, ont
tenté de me joindre ! J’allume le téléphone… 3 sms. Le
premier est celui de l’opérateur qui indique que j’ai des
messages vocaux. Et j’ai deux SMS, le numéro m’est nouveau.
Je commence par écouter les messages vocaux. A ma
grande surprise c’est Coco. Son message disait qu’il était
dans ma ville depuis 8h du matin et n’arrivait pas à me
joindre. Le second disait la même chose. Puis, je me mis à
lire les SMS, c’est toujours lui. Il me traite de méchante fille.
J’ai l’impression de rêver ! Ce Monsieur a un problème
ou il n’a rien à faire. En tout cas, je ne suis pas une
intéressée. Je vais l’appeler.
Je prends mon téléphone, rappelle le numéro, il
répond :
– Tu pouvais me dire que je ne t’intéresse pas. Je ne suis
pas un enfant, je peux comprendre. Mais, tu éteins ton
téléphone, ce n’est pas gentil de ta part. Ecoute je repars
demain au pays, permet moi de te revoir.
Son aplomb me laisse sans voix. Comme il veut me
voir, il n’a qu’à se rapprocher, moi je ne bouge pas. 1h plus
tard, il m’appelle, je suis à Bondy. Je ne veux pas lui donner
mon adresse exacte. Je lui demande de trouver une place

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en face du magasin Darty. J’habite à deux rues de là.
Je sors et le retrouve dans sa voiture. J’ai le cœur qui
bat mais je fais semblant d’être flegmatique. Il commence :
– Pourquoi tu fais ça ?
– Mais je n’ai rien fait.
– Tu ne veux passer un bon moment avec moi ?
– Non, je ne veux pas.
– Es-tu sûr ?
– Oui, tu es trop vieux pour moi.
– Oui c’est vrai mais je suis amoureux. J’ai envie de toi.
– Mais toi, t’es un Chef non ?
– Ah donc tu me vois comme le Chef congolais ! Essaye
d’oublier ça. Regarde-moi comme un homme. Mettons tout
ça de côté. J’ai envie de toi.
Une fois de plus, je le trouve très bizarre. Nous nous
sommes rencontrés pour un seul but. Ben m’avait dit que
c’est lui le patron de la jeunesse. J’ai simplement voulu
qu’il m’aide en commandant un bon nombre de mes livres
et maintenant il me parle d’autre chose.
J’accepte de le revoir par respect uniquement et,
malgré tout ce que je fais pour mettre de la distance, il
insiste quand même. Je trouve cela très méchant de la part
d’un homme qui pourrait être mon père.
Nous restons un moment silencieux. Il me prend à
nouveau dans ses bras, me caresse. Cette fois-ci, il va plus
loin en mettant sa main dans mon jean.
– As-tu déjà eu un petit copain ?
– Oui.
– Je serai donc le 2ème…
Il me touche partout, enlève mon manteau et
m’embrasse comme un fou. Je le trouve très mal
intentionné. Pourquoi il veut faire ça avec moi ?

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Il se rend compte que je ne suis sérieusement pas
séduite, je ne participe même pas. Il arrête. On se regarde.
Coco est un bel homme, au teint foncé comme je les
aime. Il a la tendresse mais je n’ai pas du tout envie de
m’envoyer en l’air avec lui ! Je ne le connais même pas. Et je
me demande pourquoi il veut à tout prix avoir des rapports
sexuels avec une fille qui a certainement l’âge d’un de ses
enfants. Il est bien conscient qu’il est trop vieux pour moi. Et
puis, je le trouve imprudent, n’a-t-il pas peur d’un scandale ?
Ne sait-il pas que je peux lui créer de sérieux problèmes ?
Coco est déçu, il n’arrive pas à atteindre son objectif.
– Bon écoute, je vais m’en aller. Tu ne veux pas de moi,
je comprends. Ah. Moi que les femmes suivent comme des
fourmis quand elles voient du sucre ! Aujourd’hui, une
petite fille me fait faire des kilomètres. Ce n’est pas grave.
Je sors de sa voiture, il s’en va également.

*
* *

Le week end approche, je vais aller fêter l’anniversaire


de ma vieille amie Mimètte dans le 16ème arrondissement
de Paris. Coco n’a pas rappelé depuis la dernière fois. Tant
mieux, il a compris.
Après la soirée de Mimètte, je passe la nuit à l’hôtel le
Méridien avec Liliane, une autre amie venue du Canada
pour souffler les 18 bougies de Mime. Le lendemain matin,
je me rends à l’église comme tous les dimanches.
Après le culte, je prends le bus qui m’emmène chez
moi. En rentrant, mon deuxième téléphone sonne.
Numéro inconnu, je réponds quand même.
– Allo, bonjour c’est qui SVP ?

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– Ah tu as carrément effacé mon numéro ! C’est Coco.
– Ah vous allez bien ? Oui, je n’avais plus votre
numéro, désolée.
– Je suis à nouveau en France, j’espère qu’on va se voir.
– Je ne pense pas. J’ai repris les cours, je suis donc très
occupée.
Notre échange téléphonique s’arrête là. J’essaie de me
convaincre qu’il a finalement compris. C’est le moment
d’en parler à maman.

*
* *

Deux semaines passent, sans notion du temps qui


s’écoule. Je me rends compte que ça fait presque un mois
que je suis sans nouvelle de ma famille. Je revois les
innombrables messages reçus par texto de la part de Coco.
Ok, je vais en parler à maman avec les preuves.
Je me rends le soir chez les parents. Ils n’habitaient pas
très loin de chez moi. Mes deux frangins sont heureux de
me voir. J’ai des gâteaux pour eux.
Maman est là ? Oui me répond Léo mon jeune frère. Je
vais frapper à la porte de sa chambre, elle crie de joie.
– Toi là, tu nous as fuis.
Je commence : maman, j’ai des choses à te dire. Tu te
souviens que j’avais rencontré le Chef. Il est gentil certes,
mais il m’envoie des messages où il me dit que je
l’intéresse. Tu te rends compte ?
– OHHHHH ! Pourquoi sont-ils comme ça ? Oui,
j’avais oublié de te dire… ils aiment les jeunes filles toutes
fraiches comme toi. Mais, je ne m’attendais pas à ça de sa
part ! Tu sais, ton grand père, quand il était au pouvoir,

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c’était pareil. Il enceintait mes copines et n’assumait même
pas ses responsabilités. Mais bon, il faut rester polie avec lui,
c’est un grand Monsieur.
Je commence à avoir peur. Je n’aurai pas dû lui en
parler. J’ignore à combien de personnes ma mère en a
parlé. Je ne veux pas dire qu’il m’a touchée sinon maman
va en faire un scandale.
Mais il faut que j’en parle quand même à quelqu’un.
Tiens ! Je vais appeler tante Léonne, elle est plus ouverte
d’esprit.
Je prends l’initiative d’appeler ma tante, elle habite au
pays et vient souvent en France pour ses problèmes de
santé. Je recharge mon Lebara, j’appelle, elle répond.
– Maman Léonne c’est Ketsia.
– Comment vas-tu ma fille ?
– Ça va maman, je voulais causer avec toi.
– Je t’écoute ma fille, tu peux tout me dire.
– Maman, j’ai rencontré une personne que tu connais
très bien. Il travaille au pays là-bas, c’est un grand Chef.
C’était pour qu’il m’aide dans la promotion de mon livre
mais, hélas maman, il veut autre chose, tu vois…
– Ketsia, c’est un homme posé ce Monsieur. Je l’ai
connu quand il travaillait dans un cabinet. Tu n’as pas
intérêt à le repousser. Je travaille même avec la petite sœur
de son épouse. Il est marié c’est vrai, mais, comme sa femme
n’est pas du tout belle, il a parfois envie de se faire plaisir.
Tu seras son bébé. Tu as compris ? Il t’aidera.
La réaction de maman Léonne me surprend. Elle dit
bien qu’il est marié, même si elle ajoute que son épouse
n’est pas « waouh ! », ce n’est pas mon problème ! C’est sa
femme officielle quand même !
Ce petit échange m’a également permis de voir le vrai

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visage de ma tantine : une femme vénale. Elle n’est pas la
seule au pays, beaucoup raisonnent ainsi.
Etre la maitresse d’un homme financièrement puissant
pour être entretenue. Voiture de luxe, bijoux, grande
maison, ma mère n’a pas mené cette vie. L’argent n’est pas
mon moteur.
Après avoir écouté maman Léonne, je comprends que
je dois faire plaisir au Chef pour espérer bénéficier de son
soutien. Mais en quoi va-t-il vraiment m’aider ? Seulement
dans la promotion de mon tout premier livre. Non, ça n’en
vaut pas la peine. Je trouverai un autre sponsor, même ici,
en France.

*
* *

Les jours passent. Je pars en formation et au travail. Je


vois mes amis quand j’ai un peu de temps.
Le samedi, je travaille de 12h 45 à 22h. Je suis à
10 minutes de mon lieu de travail. J’en profite pour faire la
grasse matinée. Alors que je suis au lit, mon téléphone
sonne. Je reconnais le numéro de Coco. Je réponds et, pour
la première fois, il me fait part de son respect à mon égard,
sauf que ma résistance le vexe.
– Dis-moi, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter tout ça.
Ai-je été maladroit ? Ne regrettes-tu pas un peu de m’avoir
repoussé ?
Il commence à me faire de la peine, je me rends
compte que je l’ai réellement marqué. C’est le genre
d’hommes qui part à l’hôtel avec une femme qu’il a
rencontré le même jour. Je trouve ça imprudent pour
quelqu’un qui occupe un poste de ce niveau.

51
– Non je ne t’ai pas repoussé. Tu devrais être fière de
moi. Je suis réaliste : tu es marié, tu ne quitteras pas ta
femme pour moi, tu ne me feras pas d’enfant alors
pourquoi m’engager dans une relation qui n’ira nulle part.
– Tu réfléchis trop. Je ne peux pas te faire d’enfant
parce que je suis un peu vieux pour faire des bébés. Mais
laisse-moi m’occuper de toi, tu ne seras pas déçue.
Je viens à Paris dans un mois, puis j’irai en mission aux
USA et à mon retour, je repasserai par Paris avant d’aller
au pays.
Tu es une fille naturelle, c’est ce qui m’a attiré chez toi.
J’aime les femmes simples comme toi. Il ne faut pas faire ça
à un homme, ce n’est pas bien.
Même s’il essaie de me prouver qu’il est vraiment
intéressé par moi, je continue de croire qu’il n’est pas
raisonnable.
Je revois le Boss les jours qui suivent. On parle
rapidement, pour une fois comme deux adultes qui
s’entendent bien. Il va aux USA pour un séminaire.
Nous gardons contact au téléphone. Il m’appelle
depuis les « states » et m’envoie de gentils messages.
Le lendemain, il m’informe qu’il n’aura pas assez de
temps pour me voir lors de son passage à Paris, que son
programme avait changé.
Il retourne à Pointe-Noire et m’appelle toujours pour
prendre de mes nouvelles. J’ai parfois envie de l’appeler
papa, mais lui veut vivre seulement une relation
amoureuse. Maman est informée de tout.

*
* *

52
Aux doutes continuels, s’ajoutent d’autres éléments.
Des sentiments naissent. Je me sens proche de lui malgré
l’éloignement. Je me pose beaucoup de questions quand il
n’appelle pas. C’est normal, quand on a droit, chaque soir,
à un comment as-tu passé ta journée ?.
Ça devient sérieux, j’ai des sentiments pour le grand
Monsieur. Mais la perspective de devenir son amoureuse
me fait peur. Comment allons-nous faire ? Il vit au Congo,
moi en France. C’est vrai qu’il peut m’emmener avec lui
mais les parents me demanderont les raisons de tous ces
voyages. Coco m’a dit de ne pas trop réfléchir, on verra.

Mars 2012
Je suis officiellement amoureuse !! Désormais, moi
aussi je l’appelle pour prendre de ses nouvelles. Je ne le
vois presque pas mais c’est mieux que rien  : voilà ce que je
me disais. Car, en face de lui, je n’ai parfois plus un mot à
dire. Influencée par l’adulte qui prétendait m’aimer.
Au téléphone, je lui fais des petites scènes de jalousie.
J’avais pour habitude de lui dire que je n’hésiterai pas à
tuer la jeune fille qui oserait l’approcher. Il me répondait
elles ne me calculent même pas.
Aimer quelqu’un sans partager avec lui la vie
quotidienne, sans pouvoir l’embrasser en public, c’est déjà
une frustration terrible. Mais ne jamais pouvoir parler de
cette personne, exprimer cet amour, c’est une vraie solitude.
Plus les mois passent, plus je suis amoureuse et plus
cette position est difficile à tenir, je l’avoue. J’ai parfois essayé
de m’éloigner de lui. J’ai constaté qu’il devenait indispensable
à ma vie. Même si les moments où nous nous voyons sont
très rares, c’est dans leur attente que je trouvais ma force. La
gamine que j’étais préférait les relations à distance.

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Un jour, Coco m’appelle. Il m’informe qu’il est en
déplacement, qu’il passera me voir avant de rentrer au
Congo. Pour une fois, j’ai le courage de lui proposer
quelque chose dont, je suis sûre, il sera ravi.
– D’accord, je vais réserver une chambre d’hôtel pour
qu’on passe la matinée ensemble.
– Enfin, tu es gentille pour une fois.
J’attends impatiemment son arrivée à Paris. J’ai envie
qu’il me prenne dans ses bras. Le soir, il m’appelle et me
dit qu’il arrive tôt le lendemain.
Je cherche un hôtel près de chez moi. C’est la première
fois que je me rends à l’hôtel avec un homme. Je trouve un
IBIS à Pantin, pas très loin de là où j’habite. J’appelle pour
réserver une chambre, j’indique son nom.
Le lendemain pendant que je dors, lui est déjà à
Roissy. Il m’appelle et me dit qu’il sera dans ma ville dans
quelques minutes. Je me lève et cours dans la salle de bain,
je me douche et enfile mon beau pantalon. Savoir que je
vais me retrouver face à lui me stresse. Pourquoi lui ai-je
proposé de nous voir, dans un hôtel en plus ! Je regrette, je
ne suis pas prête à m’enfermer quelque part avec lui.
Trop tard… il est déjà là et m’attend. Je ne vais pas
encore faire ma gamine.
Pendant ce temps, mon téléphone ne cesse de sonner,
il m’envoie un sms tu n’es pas gentille, tu me poses encore
un lapin.
Je ferme ma chambre, je descends. Je le retrouve dans
sa voiture, il est en colère. Je ne sais même pas comment
calmer un homme. C’est lui qui doit supporter mes
caprices, pas l’inverse !
– Tu sais, j’ai beaucoup pensé à toi.
– C’est vrai ? Maintenant je suis à toi, tu me feras ça

54
comme une vraie yombe ?
Je reste silencieuse et passe à un autre sujet, il prend
ma main et la pose sur son truc là. Je ne suis pas encore
douée, c’est même la première fois qu’un homme me
demande de lui caresser le sexe pendant qu’il conduit.
Nous arrivons à l’hôtel. Je sors acheter des préservatifs à
la pharmacie alors qu’il monte m’attendre dans la chambre.
Quand j’arrive à la pharmacie, là encore c’est un problème.
J’ai honte de demander des préservatifs. Mon téléphone
sonne, c’est lui qui m’indique le numéro de la chambre.
C’est bien, j’en profite pour faire comme si quelqu’un
m’avait envoyé : Madame, il dit qu’il veut préservatif. Des
préservatifs vous voulez dire ? Ok je vous les ramène tout de
suite.
Je cours vite à l’hôtel, dans la peur qu’un congolais de
mauvaise foi ne nous voit. Je frappe à la porte, Coco
m’ouvre et avance vers la fenêtre comme s’il voulait
s’assurer que j’étais bien seule.
Je m’approche tout doucement de lui. J’ai le cœur qui
bat. Il me soulève avec ses deux bras, comme un père porte
son bébé qui vient de naître. Il m’embrasse et me repose
sur le lit. Je retire mon pantalon, mon haut. Il se déshabille
également. Je suis étonnée : il a un corps parfait, comme
une personne qui fait beaucoup de sport. Il s’allonge sur le
lit. Je m’aventure à aller vers lui, je prends son truc et essaie
de faire une pipe. Je ne suis pas la pro qui lui fait ça bien
d’habitude. Il se lève et prend l’initiative comme aiment le
faire les hommes.
Les bonnes choses commencent. Il me caresse partout,
il est très excité. Il me touche, je ressens son désir, c’était
quelque chose de très animal. Il a mis son sexe entre mes
cuisses et m’a pénétrée.

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Moment fort, entre douleur et plaisir, je n’hésite pas à
pousser des cris. Je ressens pour la première fois un plaisir
fort et je me sens libre. Il fait ça bien. Comme un dieu.
Mais ça ne dure que quelques minutes, il jouit. Je voulais
bien qu’il reste encore.
Il va dans la salle de bain et revient.
– Tu m’as vite fait jouir, tu es belle et intelligente…
Il me fait des compliments. Je vais dans ses bras. Je ne
sais pas si c’est comme ça qu’il faut faire mais, moi, j’ai
besoin de tendresse.
Au moment où je veux remettre mon beau string, il me
glisse « je n’ai pas encore fini ». Il est tout nu devant moi,
j’admire son corps et lui fait un compliment en retour.
Un instant après, il revient à nouveau. Cette fois-ci, je
lui demande de sucer mon truc. Il le fait bien, c’est sans
doute pour ça que je n’ai pas réussi à oublier Coco.
Ensuite, il me pénètre à nouveau. Je ferme les yeux
pour ne pas voir ce qu’il se passe. Lui bien au contraire. Il
prend du plaisir, moi aussi bien-sûr.
Il jouit pour la deuxième fois. Il se retire, je le prends
avec mes deux mains « reste encore s’il te plaît ».
– Non, je viens à peine de jouir ! Je n’ai pas 19 ans moi !
La magie ne dure qu’un instant. Chéri se rhabille et
s’assoit à côté de moi.
– Je dois partir. Tu sais, on m’attend.
– Reste encore un peu s’il te plait.
– D’accord.
Ces quelques instants de plus à ses côtés me font du
bien. Nous causons. Il peigne ses cheveux puis me serre
fort dans ses bras.
– Je dois partir bébé, je dois te laisser.
Je cours vite dans la salle de bain et reviens. Il est là et

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veut s’assurer que tout est ok pour moi. Je le prends par sa
cravate et lui fait un bisou. Il s’en va. Voilà comment ça se
passe quand on vit une relation avec un homme marié.
Je reste encore un peu à l’hôtel puis quitte la chambre
vers midi. Je rentre chez moi avec l’image de ce moment
qui ne me quitte pas. Je suis heureuse.

*
* *

La nuit tombe. Pendant que je regarde le journal de


20h, je me rends compte que papa chéri n’a pas donné
signe. Est-il bien rentré ? Je m’inquiète, je dois l’appeler.
Mes appels sont rejetés, sans réponse.
J’attends quelques minutes, je réessaye, aucune
réponse. Je me fais des idées. Peut-être qu’il a eu un
accident. Je n’arrête pas d’appeler, je vais insister jusqu’à ce
qu’il me réponde. Je lui envoie un message « bébé, dis-moi
si tu es bien rentré stp ». Je l’appelle à nouveau, il ne répond
toujours pas, je suis en panique.
Il est 23h, je vais essayer de dormir. Je ne trouve pas
facilement le sommeil. Mon téléphone sonne… ouf c’est
lui, enfin !
– allo.
– Oui allo c’est qui s’il vous plait ?
– Comment ça c’est qui ?
Il me raccroche au nez ! Non mais il plaisante ou
quoi ?! Je lui renvoie un SMS « à quoi tu joues ? ».
Silence… il ne répond pas. Je me console en pensant qu’il
était dans son sommeil.
Le lendemain, aucun signe de vie. J’appelle vers la fin
de la journée. Il m’avait dit qu’il repartait au pays dans

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deux jours. Il ne répond toujours pas, que se passe-t-il ?
Deux jours plus tard, c’est lui qui rappelle. Je pensais
qu’il était déjà au pays.
– Mais quand je t’ai demandé qui c’était, tu n’avais pas
compris ? Elle a vu tes messages et tu en renvoies un autre
où tu me demandes à quoi je joue ! Elle m’a fait des
problèmes toute la nuit ! Ecoute, ne m’appelle plus pendant
un moment, je dois régler ça d’abord.

*
* *

Je raccroche, mon visage s’inonde de larmes. Je perds


toutes mes forces et m’écroule sur le lit. Je pleure comme
rarement j’ai pleuré. Personne n’est au courant de cette
relation, donc personne ne peut me consoler.
Ce n’est peut-être pas la première bourrasque que
j’affronte, mais c’est la pire de toutes et je ne suis pas très
vaillante.
Je fouille parmi ma collection de DVD. Je n’ai qu’une
idée : me mettre au lit et essayer d’emmener mon esprit
ailleurs. N’importe où, pourvu que cela m’éloigne de la réalité.
Je choisis le film Elle s’appelait Sarah. Il y a longtemps
que je voulais regarder ce long métrage de Gilles Paquet-
Brenner, tiré d’un roman de Tatiana de Rosnay. L’histoire
d’une journaliste américaine qui enquête sur le Vel’d’Hiv
et remonte le fil de la vie d’une petite Sarah.
Il est à peine plus de 20 heures, je suis sous ma couette
sans la moindre envie de dîner. Mon ordinateur sur les
genoux, je regarde ce film tragique.
Je me coupe du monde et je ne sais plus pourquoi je
pleure : le film ou ma propre vie ? A la dernière image, je

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suis vidée, épuisée. Je mesure ce soir-là l’expression
« pleurer toutes les larmes de son corps ».
Comme les insectes qui se cognent à la vitre, des
pensées vont et viennent dans ma tête. Comment peut-il
me dire ça ? Dieu ! Que les choses ont changé. Ce Mec me
courait après il y a encore quelques jours.
Je suis tombée amoureuse de lui, certes je savais qu’il
était marié, mais c’est lui qui a voulu de cette relation.
Alors pourquoi tant d’inhumanité ?
Cette expérience avec Coco m’avait complètement
traumatisée et déprimée. J’avais cru aimer un homme bon,
un père de famille attentionné, ce n’était qu’égarement !
J’appelle Athmiya, ma vieille amie du collège, une
gentille indienne. Elle se rend vite chez moi, me propose
d’aller voir un médecin parce que je suis trop pâle. Elle
s’inquiète, me demande si je vais tenir le coup.
– Oui, ça va aller.
J’en profite pour lui raconter l’histoire…
– Le salop ! Tu ne peux pas laisser tomber. Non, pas
question il faut continuer à l’appeler il finira par répondre…
où donc était sa vieille épouse quand il te courtisait. Si tu
veux, moi je l’appelle. Allez, je veux son numéro !
– Calme-toi Athmiya.
– Me calmer ? Tu as vu dans quel état tu es ?
– C’est vrai que ça ne va pas, mais il faut se calmer.

*
* *

Cet éloignement empoisonnait ma vie. J’efface le


numéro de Coco et jure de ne plus chercher de ses
nouvelles. Je le maudis au fond de moi. Ce n’est pas de

59
cette façon qu’il devrait me laisser.
Non, je dois quand même lui dire deux mots. Ça ne
peut pas se passer comme ça, c’est trop facile. Il doit savoir
qu’il a fait mal à une personne.
Je prends mon téléphone, je retrouve ces messages et
je réponds sévèrement en ces mots :
– Tu as eu ce que tu voulais, maintenant tu ne veux
plus répondre à mes appels. J’efface définitivement ton
numéro. Tu es comme tous les hommes : un menteur.
Mais ce n’est pas grave, la vie m’a une fois de plus donnée
une bonne leçon.
Pendant ce temps je tremble, j’ai des maux de ventre.
Athmiya frappe à la porte. Je peine à l’ouvrir. Elle m’a
apportée un plat indien, je trouve cela gentil de sa part.
– Alors, il t’a rappelée ou pas ?
– Je viens de lui envoyer un message très grossier, il
n’a qu’à vivre sa vie.
– Pauvre kéké, montre ton téléphone.
Ma copine relit mon message et ne le trouve pas assez
dur. Je vais l’écrire à nouveau. J’ignore ce qu’Athmiya avait
dit dans son sms, elle l’a supprimé juste après.
Le soir Coco rappelle, moi je demande qui c’est.
– tu m’insultes maintenant ? Merci de m’insulter ce
n’est pas grave, insulte moi encore si tu veux.
A nouveau, je lui envoie un SMS, cette fois-ci pour
l’informer que je lui rendrai tout ce qu’il m’avait donnée :
argent, parfum… Il ne réagit pas et m’envoie un sms en fin
de journée :
– Qu’est ce qui t’arrive ? Ecoute, j’ai une réunion, je te
rappelle plus tard.
C’est comme ça avec lui, il est toujours en réunion.
J’imagine qu’il doit certainement être en train de courtiser

60
d’autres jeunes filles afin de prendre son plaisir puis de les
jeter comme des kleenex.
J’ignore le nombre de femmes qu’il a chagriné mais je
suis persuadée que je ne suis pas la seule. J’ai envie de
l’insulter mais je me retiens.
Dans la journée, dès que je peux je lui envoie un
message méchant. Je lui dis tout ce que j’ai au fond de mon
cœur. Avec le temps, il finit par ne plus répondre à mes
messages et moi je retrouve la forme.

*
* *

Dans un métro parisien, je retrouve Virginie une amie


du lycée. Nous sommes contentes toutes les deux. Elle me
demande de lui parler de mes amours alors je lui raconte
ma petite histoire avec le diable. D’abord elle rigole et
ensuite elle me propose de porter plainte, sinon de voir
une psychologue.
L’idée de porter plainte contre Coco ne m’intéresse
pas. Il ne le mérite pas vraiment. Et puis qu’est-ce que je
dirais au Commissariat, il ne m’a pas violée. L’explosion
médiatique que cela provoquerait me fait peur.
Par contre rencontrer une psy, pourquoi pas ?
Virginie me prend un rendez-vous avec Julie, une
psychologue de la ville de Blanc Mesnil. Je me rends là-bas
toute seule. Je ne veux pas que mon amie soit là.

*
* *

Arrivée chez Julie, je frappe à la porte, elle m’ouvre et


commence aussi tôt la conversation. Je parle de l’homme

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qui m’a déçue. Madame… il me courait après. Chaque jour
il m’appelait. Or, ce n’était qu’un menteur, c’est
maintenant que je m’en rends compte. Le mensonge est
ancré en lui, comme… comme…
Je pleure !
– Oui ma petite, les hommes de pouvoir perdent
facilement le sens des limites. On appelle cela « le syndrome du
gagnant ». Tu devenais un défi pour lui, il a foncé jusqu’au
bout. Pas grave, il faut que tu saches aussi qu’ils n’aiment pas
les scandales. Ils tiennent trop à leur image. Alors il faut lui
dire que si ça continue, tu risques de divulguer cette affaire,
que tu en parleras aux journalistes congolais.
– Non, ça aussi je ne peux pas. Je connais très bien
mes compatriotes. Moi-même ils vont me traiter de tous
les noms de bêtes. Il vaut mieux laisser tomber, ce qui est
fait est fait. Même mes propres parents m’en voudront
d’avoir sali un cadre Vili.

*
* *

Une année passe, je me sens encore stupide d’avoir cru


en cet homme mais je ne pleure plus comme avant. J’en
parle à quelques amis qui ne sont pas congolais comme
moi. Ils me disent que ce n’est pas grave.
J’en parle également à tante Léonne qui me rassure en
disant qu’il reviendra un jour. Elle sait bien comment ça se
passe, elle ne veut juste pas me briser à nouveau le cœur.

62
2013-2014
Aux marches du Palais Bourbon

J’ai 21 ans et viens de terminer ma formation à


l’Institut de Poly Informatique dans le 7eme arrondissement
de Paris. Je travaille avec la boite d’intérim CRIT situé à
Opéra, qui me donne des missions de vendeuse dans les
prestigieux magasins de Saint Lazare. L’existence était
matériellement confortable.
Ma relation avec Ludovic, que j’ai rencontré en février
2013, m’apportait sérénité et équilibre. Il m’emmenait
partout avec lui, nous sommes même partis à Bruxelles pour
le mariage d’une de ses ex avec qui il a gardé de bonnes
relations. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer qu’un
jour les choses pouvaient prendre une autre direction.
J’ai rencontré Ludovic dans un TGV. Je partais rendre
visite à mon amie Mimètte qui s’était installée à Beausoleil,
une petite ville à côté de Monaco. Il était assis à côté de moi
et, très vite, nous avons engagé la conversation. Le jeune
homme était intelligent, vif, drôle et je me suis rendue
rapidement compte que je ne le laissais pas indifférent.
Nous étions jeunes. Moi, je n’avais même pas 22 ans et

63
lui avait 5 ans de plus. Célibataires tous les deux. Ce qui ne
l’empêcha pas de multiplier des déclarations auxquelles
j’opposai une sérieuse résistance. Ludovic avait mis toutes
ses forces dans la bataille. Quant à moi, le souvenir de
Coco me hantait encore.
Peu à peu, j’ai eu des sentiments pour cet homme qui
m’entretenait de ses problèmes et sollicitait mon avis, alors
que je restais convaincue de ne pas intéresser les autres.
C’était le monde à l’envers. Celui à qui tout réussissait
s’ouvrait de ses interrogations à celle que le doute habitait
depuis toujours !
Notre relation avait évoluée de manière étrange. Il
venait d’avoir son Master 2 en Economie et passait son
temps à dormir. Moi, je lui rappelais chaque matin qu’il ne
fallait pas perdre de temps. Il fallait trouver un emploi.
Je me souviens de cette journée à la Défense où, après
un déjeuner avec Charles et John ses deux meilleurs amis,
j’ai demandé à Ludovic de déposer ses CV dans les
sociétés.

*
* *

Ni lui ni moi n’avions envie d’une liaison clandestine ;


notre histoire méritait mieux. Ce que nous ambitionnions,
c’était un destin commun, pas une escapade secrète. Mais
rien n’était facile. Ludovic a une mère musulmane et un
père juif. Sa maman est la cheffe de la famille, c’est elle qui
décide de tout et même de qui va sortir avec son fils.
Ludovic avait convié ses parents à un diner, l’occasion
pour lui de me les présenter. Son père, un haut
fonctionnaire, m’avait chaleureusement accueilli

64
contrairement à sa maman qui m’avait l’air d’une femme
bien problématique. A table, elle me souffle : tu sais,
l’homme a le droit d’avoir 5 femmes ou plus, ce que vous, les
chrétiennes, vous n’acceptez pas. J’étais sans voix,
convaincue qu’elle plaisantait.

*
* *

Ludovic trouve un emploi à la BNP dans le 16eme


arrondissement de Paris. Son père lui propose en même
temps de travailler avec son cousin qui était à l’époque
manager chez Mercedes Benz.
Moi, je travaillais seulement dans les boutiques. Puis,
un jour, comme un bon africain, Lulu me demande
d’arrêter avec les petits boulots. Pour moi, c’est impossible.
Je ne suis pas l’enfant d’un haut fonctionnaire comme lui,
il ne peut pas m’imposer une chose pareille.
Il comprit vite qu’il ne pourra pas me faire changer
d’avis.
Ludovic avait fait de moi une princesse. Les années de
ma relation avec lui avaient totalement changé mon
quotidien. Je me déplaçais en taxi pour le rejoindre.
Lorsqu’il s’installa à Neuilly-sur-Seine, la peur de le
perdre me poussa à arrêter mon travail avec la boite
d’intérim, sans le lui avouer pour ne pas paraître soumise.
La seule chose qui m’occupait était la promotion de
mes livres et le conseil des jeunes. Je déposais également
mes CV partout pour trouver un contrat en alternance et
continuer mes études.
Lui, il avait trouvé un job, avec un salaire de cadre. Sa
maman, fière de lui, venait lui faire à manger presque

65
chaque jour. Je n’étais pas totalement d’accord avec ça, mais
je ne voulais pas demander à Ludovic d’interdire à sa mère
de venir tout le temps chez lui. Sais-tu faire du TCHIEP ? me
demandait-il. Je ne sais pas, et alors ? Cette question
m’énervait. J’avais l’impression qu’il voulait me dire « je
veux manger sénégalais alors si tu ne sais pas faire ces plats,
laisse ma mère venir chaque jour pour m’en faire. »

*
* *

Son père me téléphone, la princesse, comment va-t-


elle ? Moi, je vais très bien. J’entends sa mère dire surtout
que Monsieur travaille maintenant.
Je ne demandais rien à Ludovic. Il me versait de l’argent
sur mon compte chaque semaine et, les week-ends, on
s’éloignait de Paris pour passer de bons moments à deux.
Avec l’argent que me versait le pôle emploi, je pouvais
participer aux frais du séjour mais il ne voulait pas. Du
coup, mon argent me servait à faire les boutiques. Je me
souviens d’avoir acheté un sac à main Lancel à 1300 euros
avec mon tout dernier salaire avec CRIT intérim. Sans
inquiétude pour le lendemain, chaque semaine, j’avais
droit à une rémunération venant de Chéri.
A chaque déplacement, il m’offrait sac à main, pochette
porte-monnaie et vernis. Beaucoup de cadeaux. Ludovic est
une personne très généreuse. Moi, je lui offrais de belles
cravates. Je voulais qu’il soit le plus beau au travail. J’ai bon
goût en ce qui concerne les cravates et les parfums !
Je ne présentais pas Ludovic à mes amies, même si
elles se doutaient bien que je fréquentais une personne. J’ai
appris très jeune la nécessité d’un jardin secret. Mes

66
aspirations m’ont toujours poussée vers une existence
discrète, consacrée à ma famille et au souci des autres.
Manoela ma camarade de la résidence ALJT
remarquait que ma garde-robe se remplissait chaque jour.
Parfois, on partait ensemble s’offrir de beaux vêtements.
Mon propre salaire ne servait qu’à ça : faire les magasins de
chaussures et d’habits.

*
* *

1er février 2014. Mon éditeur m’informe par mail que


mon livre La France, une justice sans justesse… avait été
sélectionné, entre autres, pour la journée du livre politique
dont la 23eme édition aurait lieu le 08 février 2014 au Palais
Bourbon.
Il faut dire que, quand on a une vingtaine d’années, se
retrouver dans un tel milieu a quelque chose de fascinant.
La politique constitue une évidence à mes yeux. Car,
elle correspond à ma nature, tournée vers les autres et
soucieuse de leur venir en aide. L’idée de contribuer à
résoudre les problèmes de mes compatriotes, de me
projeter dans l’avenir avec une vision, de définir des
priorités et des moyens à mettre en œuvre pour les
atteindre. Tout cela m’a toujours passionnée.
La politique est, en effet, l’un des seuls métiers où l’on
traite aussi bien d’éducation, de culture, d’économie, de
social et plus généralement de toutes disciplines
concernant l’Homme dans son pays. Cet éventail de
thèmes devient alors mon lot quotidien.
Comment ne pas s’y précipiter avec enthousiasme.
J’informe Ludovic. Le soir même, il m’emmène à Paris,

67
avenue Montaigne, chez Coco Chanel, m’offre une belle
paire de lunettes, un manteau magnifique et une belle robe
chez Alain Manoukian.
Je lis et relis mon ouvrage pour ne pas être ridicule. Je
sais qu’il y aura des journalistes et des individus qui
viendront à la rencontre de chaque auteur. Ils vont sans
doute me poser beaucoup de questions. Je dois assurer.
Je prends un congé. Je passe une semaine enfermée
chez moi. Lecture, interview, je me mets à la place du
lecteur.
Je me fais de plus en plus rare. Ludovic n’est pas
content, il m’envoie un sms, je t’attends ce soir. Non, je ne
peux pas, je suis très occupée ! Il n’insiste pas, tant mieux.

*
* *

Je reçois de la documentation, le thème du débat et la


liste des auteurs qui sont dans le même groupe que moi.
Parmi ces noms, il y a Rama Yade ma star, Pierre Joxe,
Frederick Mitterrand, J.L Debré et une dizaine d’autres
auteurs. Je me sens déjà toute petite.
Je serai parmi ces grosses têtes. Le soir, au conseil des
jeunes, Claude Bartolone est notre invité. Je me rapproche
de la Maire de Bondy pour l’informer de ma présence,
demain, au Palais Bourbon. La Maire me complimente, elle
est formidable notre Ketsia. Le président de l’Assemblée
Nationale me serre la main : mes respects jeune fille. Tout le
monde me regarde.

*
* *

68
08 février 2014.
C’est la 23eme édition du livre politique à laquelle je
vais participer comme beaucoup de célèbres auteurs. On
nous appelle les incontournables de l’année. Mon nom
figure même sur le journal écrit de la chaîne info LCI.
J’arrive à l’Assemblée en taxi. Un accueil chaleureux
m’est réservé, c’est ce qui avait été dit dans le courrier
électronique.
Je suis bien vêtue ce jour-là. Je marche, on me prend
mon sac à main et m’invite, avec des formules de politesse,
à avancer. On m’appelle Madame, moi qui n’aurais que 22
ans bientôt. Alors, je ne suis pas n’importe qui. J’avance
encore. On m’indique le chemin. Un peu plus loin,
j’aperçois un monsieur, debout au bout du tapis : c’est vous
la benjamine du jour. Bravo, allez-y vous êtes attendue.
J’avais invité un journaliste qui était spécialement là
pour moi. Ce dernier ne m’avait jamais envoyé les vidéos.
Je rentre dans la grande salle des auteurs. J’aperçois
mon livre au premier plan, émotion ! Mon éditeur avait
déposé 30 exemplaires pour cette journée.
A la première table, je vois une bouteille d’eau, un beau
stylo et un bout de papier où mon nom est distinctement
écrit en majuscule. C’est ma place. A peine assise, une
dizaine de journalistes et caméramans viennent m’entourer.
Je garde mon sang-froid et réponds calmement aux
questions qui me sont posées.
A ma droite, Pierre Joxe. Il se lève et rejoint ma file
d’attente. Il achète mon ouvrage et me demande une
dédicace. Je suis flattée et me sens à la hauteur. Ce n’est pas
n’importe qui.
Il revient ensuite s’asseoir et commence la conversation.

69
Nous échangeons rapidement sur les biens mal acquis, sujet
que j’ai évoqué dans mon livre. Puis il me vole la vedette. Les
journalistes me laissent pour aller vers lui.
Le thème du jour était « la Démocratie ». J’étais si
impressionnée par l’intelligence de ces personnages que je
n’osais pas prendre la parole. Toujours me collait à la peau
cette réticence à donner un point de vue que je jugeais de
médiocre intérêt.
Ce sentiment a perduré pendant un moment. Puis,
peu à peu, j’ai commencé à entrer dans le jeu des échanges
après m’être longtemps nourrie de multiples informations.
Rama Yade, J.L Debré et Jack Lang avaient beau me
rassurer sur mes capacités à prendre la parole devant les
caméras, j’étais morte de peur. J’avais autour de moi toute
la vieille classe politique de l’époque de Mitterrand, donc
rien à leur apprendre. Il fallait se taire et écouter les experts
en débat.
Ma vie d’auteur pris soudain une dimension
passionnante. Je découvrais un monde nouveau. J’écoutais,
j’apprenais, je m’efforçais de capter au vol toutes les
informations que je pouvais recueillir sans jamais juger
rien, ni personne.
Pour la jeunesse, toute nouvelle découverte est positive
et enrichissante, même si elle semble difficile sur le moment.

*
* *

Je quitte la résidence de Bondy pour m’installer dans


le 9eme arrondissement de Paris. Comme à chaque
déménagement, c’est l’occasion de revivre des moments de
vie. Je regarde encore les photos avec la Maire de Bondy.

70
La vie file comme un rien.
Mon appartement n’est pas loin de la grande gare du
Nord, pas loin de Saint Lazare. Ma copine Manoela s’était
installée à Rosny. Nous continuons à nous voir pour faire
la fête.
Les étudiants congolais de Dakar me sollicitent pour
une séance de dédicace de ma dernière publication « Petite
Yombe de France ». Anic se charge de trouver les contacts
de l’ambassadeur. J’en parle à mon père, il m’apprend que
le petit frère de ce dernier est son ami.
– C’est un vrai intellectuel ce Monsieur, ça m’étonnerait
qu’il te dise non.
Anic m’envoie les contacts de son Excellence Pierre
Michel NGUIMBI. Je l’appelle et lui parle de mon souhait
de présenter mon livre à Dakar. Il me demande de lui
envoyer un mail en précisant tout ce qu’il faut pour la
réussite de ce projet.
Le soir même, je lui envoie un mail. Il me faut une
salle, un micro et des journalistes c’est tout. L’ambassadeur
me répond, voici ce qu’il te faut Ketsia, puisse que tu es,
d’une certaine façon, ma fille. Je suis flattée, voilà un père.
Nous trouvons une date, la cérémonie se tiendra le
18 mars à l’ambassade du Congo au Sénégal. Je dois donc
me rendre en Afrique de l’Ouest.

*
* *

Samedi 11 Mars 2014


Il est 21h 30 lorsque mon vol atterrit à Dakar. Enfin, je
suis au pays de Cheik Anta Diop, au pays de Senghor

71
comme l’indique le nom de l’aéroport.
Il fait beau, il y a de la poussière, je suis bien en
Afrique. Les gens sont correctement habillés, ils sont
naturels. Un jeune homme s’approche de moi, sans même
me proposer de l’aide, il prend ma valise et la porte sur son
dos. Je comprends tout de suite qu’il veut m’aider. Je lui
tends un billet de 10 euros, je n’ai pas de francs CFA. Il est
content et me demande encore si je n’ai pas de pièces en
euro, en précisant qu’il ne servait à rien de les garder « ici
on n’accepte pas ça hein… Laisse tout ». Je souris et lui
donne toutes les pièces que j’avais dans ma poche.
À la sortie, le chargé des relations extérieures à
l’ambassade, Monsieur Boni, m’attend. Il a une belle
voiture. C’est l’ambassadeur qui l’avait envoyé me prendre
à l’aéroport. Un peu plus loin, j’aperçois Anic, Prunel,
Destin et Colombe qui sont là.
On démarre. Arrivés à la résidence, on me présente à
un jeune homme, c’est tonton Achille dit M. Boni. Il est
adorable, je le trouve cool et je sens qu’on va s’entendre.
Le lendemain, Juliard vient me voir. Je suis contente,
c’est un garçon que j’ai vu grandir à Pointe noire. Avant, il
était un tout petit enfant très calme et intelligent.
Aujourd’hui, il est grand et toujours aussi agréable. Stéphane,
mon pasteur sur Facebook est aussi là. On a toujours été
frère et sœur malgré l’éloignement. Il m’offre un beau pagne.
Plus tard, j’aperçois un garçon calme dans la cour,
c’est Brel Kebolo un ancien camarde de CE2 qui disait qu’il
allait m’épouser. C’est marrant de se revoir, il a vraiment
grandi. Je me souviens encore qu’il était tout petit et
prenait plaisir à donner les noms des bavards au maître.
Un peu plus tard, vient Cajole avec un beau petit visage,
Mira, Louisette et Candy smirnof sont aussi venues me

72
rendre visite. Elles sont toutes charmantes et je suis contente
de les voir. J’ai eu la chance de rencontrer également Regis,
un garçon drôle et très intéressant. Il est venu me voir avec
Dada, la grande amie à ma cousine Nora.
Christ Hetouba est calme et posé, j’essaie de lui parler
pour ne pas qu’il s’ennuie. Le jeune Axel, président des
étudiants congolais est également là.
J’ai des cadeaux de la part de Regis, Christ, dada et les
autres. Je suis heureuse de retourner à Paris avec beaucoup
de souvenirs. Je n’oublie pas les BINE BINE que la maman
de ma copine Kadhy m’avait offerts. Ce sont des bracelets
que les jeunes filles portent autour des reins. C’est fait pour
attirer les hommes.
À l’ambassade, je retrouve Merci N’zinga mon
camarade de l’école primaire. Je saute de joie et l’embrasse
avec beaucoup de tendresse. Il me rappelle que j’étais une
fille intelligente à l’école primaire. J’acquiesce mais après je
suis devenue une folle au collège. On rigole. Le soir, il
revient me voir avec son ami Deuge qui m’impressionne
par son silence.
Voilà un briefing de mon séjour au Sénégal. Le jour de
ma dédicace, j’ai pu échanger rapidement avec quelques
étudiants congolais, plutôt ouverts et drôles avec des
questions qui donnent parfois mal à la tête.
Le personnel diplomatique m’avait soutenue. Je n’oublie
pas de dire ma reconnaissance envers Madame Dior
(professeur de philosophie à l’université Cheik Anta Diop).
C’est elle qui avait rédigé une critique correcte sur mon
ouvrage et j’ai beaucoup appris en échangeant avec elle.
J’avais également visité l’île de Gorée (maison des
esclaves). Trop triste pour expliquer ce que j’avais vu. La
traite des êtres humains reste un crime contre l’humanité.

73
A mon retour en France, j’écris un mail à son
Excellence, papa Pierre Michel NGUIMBI, qui ne tarde pas
à répondre. Il me félicite et ajoute que les diplomates ont
gardé un souvenir honorable de moi. Voilà un cadre
congolais à qui je dois beaucoup.

*
* *

Deux mois plus tard, je rentre pour la première fois au


Congo. J’y vais pour voir ma grand-mère et présenter mon
livre. Le séjour se passe bien. Ma séance de dédicaces avait
eu lieu au Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza, dont la
Directrice est Belinda AYESSA, fille du Directeur de
Cabinet du Chef de l’état.
Avant la séance, son DAF m’a emmenée dans son
bureau lui dire bonjour. Grande et plutôt classe, elle est
faussement claire. Les congolais disent qu’elle tente
d’imiter Mickael Jackson. Il parait qu’elle était teint
sombre et qu’elle est soudain devenue métisse. Belinda m’a
bien accueillie et m’a remis sa carte de visite.

*
* *

De retour en France, je deviens amie avec le Ministre


congolais des zones économiques spéciales sur facebook,
un certain Alain AKOUALA, populaire comme le magasin
Weston.
On dit que c’est le Chef des sapeurs. Il s’habille
tellement bien que le Président ne peut pas l’enlever du
gouvernement. Et puis, il parle bien. En Afrique, comme
un peu partout dans le monde, celui qui parle bien est déjà

74
un bon politicien. Celui qui n’a pas l’art de parler, même
s’il est intelligent, personne n’a le temps de l’écouter. Allez
comprendre !
Nous nous laissons des commentaires quand il y a un
sujet polémique sur la toile. Il est cool et aimé par ses
jeunes compatriotes. Mon cousin Dodo l’appelle vieux
Moïs. L’homme est très ouvert aux échanges.
Je lui propose un rendez-vous afin de le voir et
discuter face à face avec lui. Il prend du temps pour me
répondre. C’est après 3 mois que je rencontre le célèbre
Ministre AKOUALA.
Il me propose d’offrir mon ouvrage « PETITE YOMBE
DE FRANCE » à l’épouse du Chef de l’état, maman
Antoinette SASSOU et à Esther GAYAMA, une autre femme
très active du PCT (parti congolais du travail). A la fin de
notre déjeuner, il me tend une enveloppe remplit d’argent.
C’est pour les livres me dit-il et n’oublie pas le mien aussi.
Nous continuons nos échanges sur Internet. Cela
attire l’attention des gens de mauvaise foi. Je me souviens
d’un internaute qui m’avait reprochée de ne jamais
répondre à ses commentaires.
– Tu réponds seulement quand c’est le Ministre disait-il.
Un autre ami, Herman BOUMAKANI, avec qui j’ai
coupé les ponts, m’avait soufflé un jour « celui-là te laisse
des commentaires, je le vois venir ». Or, il était bien au
courant de la tornade médiatique qui se préparait contre
moi. Un bon ami m’aurait prévenue n’est-ce pas ?

22 juin 2014
Je suis au lit. De repos ce jour-là, je faisais ma grasse
matinée. Mon téléphone sonne deux fois, c’est le pays. Qui
est ce ?

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– Oh mais toi tu dors encore, n’es-tu pas au courant de
la publication de Diaspora Tékés à ton sujet ?
C’est Antoine, un jeune auteur congolais. Je ne
comprends pas trop ce qu’il veut me dire. Qui est Diaspora
Tékés ? Il tarde à me répondre. Mon cœur bat très fort, que
se passe-t-il ?
Enfin, il me répond :
– Tu dois démentir ça ma sœur.
– Mais, dis-moi, qu’est-ce qui se passe exactement ?
– Une page Facebook au nom de Diaspora Tékés a
publié une photo de toi et du Ministre Alain AKOUALA. Va
lire toi-même, tu verras.
Je me connecte vite sur facebook. J’ai 56 messages. Un
ami très raisonnable, me dit simplement que, me
connaissant, il ne croit pas ce qui est écrit et a bloqué la page.
Je regarde le reste des messages, les gens prenaient
plaisir à m’identifier sur les commentaires. Grace Hermine
que je connais assez bien capture les commentaires
injurieux et me les envoie. Je comprends qu’elle ne sait pas
ce que ça me fait.
Je me rends moi-même sur la page en question. Je suis
salie comme une moins que rien. On me traite de tous les
noms d’oiseaux. Un titre assassin. Selon le rédacteur, Alain
AKOUALA m’aurait proposée une somme importante
d’argent pour coucher avec lui et financer la promotion de
mon livre. Quel mensonge ! Mon Dieu ! Ce fut le premier
tsunami médiatique pour moi.
Le même compte m’envoie une invitation pour
devenir amis sur facebook. C’est une blague ou quoi ? Je
décline son invitation et celle de nombreux polémistes
congolais qui tenaient à voir ma réaction.
Je publie une phrase simple et ferme sur ma page :

76
« Face à la multiplication des rumeurs visant à salir
mon image et celle du Ministre congolais des Z.E.S, je tiens
à affirmer que je ne suis engagée ni par les écrits, ni par les
déclarations ou témoignages de quiconque, souvent
inexacts. ».
Mes potes sont enchantés de ma réaction. Ils saluent
mon courage et laisse des commentaires pour me fortifier.
Alain AKOUALA reste insensible pendant une semaine.
Son dernier statut indiquait qu’il était à Singapour pour
une mission dans le cadre de son Ministère.
A son retour, il m’écrit un message simple :
« du courage, c’est ça la vie d’un personnage public ».
Ma cousine Liliane ne reste pas indifférente face à ce tollé.
Elle écrit au Ministre pour défendre ma cause. Ce dernier
lui répond qu’il est conscient des enjeux et a une idée de la
personne qui détient ce profil anonyme qui le dénigrait
souvent.
Deux jours au lit, sans boire ni manger, sans même se
brosser les dents pour ensuite aller au Commissariat, le 3eme
jour, avec les captures d’écran.
Croyez-moi, rien n’est plus pénible émotionnellement
que de voir son image salie par des personnes qui, elles-
mêmes, n’ont pas une conduite sainte. Il faut avoir les reins
solides. Et la police française ne s’amuse pas avec.
Comme la plupart des jeunes d’aujourd’hui, j’avais
créé mon compte facebook pour rester en contact avec mes
amis, ma famille quand je suis en déplacement. Car, chez
moi, il y a aussi mon père qui est très actif sur les réseaux
sociaux.
Quand je suis devenu auteure, j’ai vite compris que ce
petit compte pouvait également servir pour la promotion
de mes bouquins, pour partager mes diverses opinions et

77
les moments forts de mon existence.
Avant, je ne pouvais pas m’en passer mais
aujourd’hui, il m’arrive de désactiver mon profil pour une
semaine voir un mois. Cela me fait grand bien.
Pourquoi ? Tout simplement parce que, pour moi,
Facebook devient un réseau social malsain chez une grosse
partie de mes compatriotes. D’ailleurs, même si je parle ici
uniquement de FB, la quasi-totalité des remarques seraient
potentiellement valables pour tous les autres réseaux
sociaux.
Commençons par les raisons évidentes : c’est ce besoin
que certains individus ont à obtenir une reconnaissance
sociale constante, cette fameuse course aux « j’aime » !
Certaines personnes semblent chercher à tout prix à avoir
cette sacro-sainte reconnaissance personnelle, comme si leur
vie et chacune de leurs actions étaient systématiquement
dignes d’intérêt et qu’il fallait que les autres s’y intéressent.
Pêle-mêle, vous retrouverez parmi eux des personnes
qui écrivent tout ce qu’ils font (et dont tout le monde se
fout) et ceux qui tournent autour du pot pour capter
l’attention des autres.
Sans être des personnages publiques, il y’en a qui ont
même plus de 3000 amis dans le monde des réseaux
sociaux. C’est un vrai danger de se retrouver dans une telle
situation.

78
« La vie est la grande école qui
m’a appris d’importantes leçons. »

79
80
Table des matières

Début de la vie… ................................................................. 27


L’Amour dans l’ombre ....................................................... 39
Aux marches du Palais Bourbon ....................................... 63

81
Cet ouvrage a été composé par Edilivre

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ISBN pdf : 978-2-414-06882-1
ISBN epub : 978-2-414-06880-7
Dépôt légal : mai 2017

© Edilivre, 2017

Imprimé en France, 2017

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