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L'antiquité classique

Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec. Croyances


astrales des anciens Grecs
Roland Crahay

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Crahay Roland. Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec. Croyances astrales des anciens Grecs. In: L'antiquité
classique, Tome 36, fasc. 2, 1967. pp. 720-721;

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pas due aux exercices douteux d'artistes virtuoses de l'anatomie, mais


qu'elle est une des expressions de l'archétype de la bisexualité dont le
sens fondamental est nettement positif: symbole de la possession du
double pouvoir génésique, c'est une sorte d'expression de la perfection.
Ce qui s'exprime dans ce symbole est une réalité sacrée, vénérable,
au niveau de la représentation et du rite (celui des échanges de vêtements
entre les sexes, visant à renforcer par superposition les forces vitales des
deux sexes), mais qui ne peut se manifester réellement : c'est une
sentie comme agissante, mais en même temps comme purement
imaginaire. D'où le paradoxe de voir les anciens, si libres dans la
et le rite, être saisis d'horreur devant les malheureux êtres
de cette fantaisie de la nature, et les mettre à mort.
Hervé Rousseau.

Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec. Croyances astrales


des anciens Grecs. Paris, Hachette, 1967. 1 vol. 18 X 24,5 cm,
282 pp., 37 figg., 7 cartes, 24 pli. (Bibliothèque des Guides
bleus). Prix : 58 frs français.
A l'arithmologie sacrée, qui a pour objet de prédilection la Grande
Pyramide, correspond désormais une géométrie ésotérique que M.
Richer découvre dans la répartition topographique des sanctuaires grecs.
Selon lui, ce n'est pas seulement la localisation de chaque monument
qui est régie par certaines aspirations spirituelles : leur position
manifeste un« concert des dieux» (p. 17). La technique est,
la même : on commence par fabriquer un arsenal de «
par mensuration d'un côté, par tracé d'alignements de l'autre.
A partir de là, on utilise toutes les possibilités opératoires d'une
et d'une géométrie élémentaires.
Voilà donc, posé sur la carte de la Grèce, un quadrillage de plus
en plus serré qui révèle des équidistances, des groupements rectilignes
(ou à peu près), des angles intéressants. Du quadrillage émergent des
centres ; ainsi, pour la zone de l'Egée, Delphes, Délos et Sardes.
alors de chacun de ces centres celui d'une « roue zodiacale », qui, à
l'extrémité de ses rayons (l'auteur n'est pas de ces esprits inhibés qui
aiment qu'une roue ait des rayons égaux), présente dans les cultes, dans
les légendes, dans les frontons des temples, dans les épisèmes de boucliers
etc., le signe zodiacal qu'on attendait, à moins que ce ne soit le signe
complémentaire ou encore le résidu d'un zodiaque antérieur.
Les Grecs, dira-t-on, n'ont rien su de tout cela. Si, mais ils ne le savaient
que par une tradition secrète que M. Richer parvient à déchiffrer dans
V Hymne homérique à Hermès (89 et suiv.) comme dans le lion d'Ioulis (134
et suiv.). Ce ne sont là que deux exemples entre mille. D'ailleurs,
lui-même est un moment effrayé par l'abondance de la
qui s'offre à lui et par l'effort d'interprétation qu'elle exige (141).
Du moins a-t-il la satisfaction de voir ses vues confirmées de manière
inattendue : « Le réseau sculpté sur les différentes représentations de Vom-
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plialos delphique figure assez exactement le quadrillage que nous


sur la carte de la Grèce» (69).
Le livre a paru dans une collection destinée aux amateurs de voyages ;
il est admirablement édité et les photographies, excellentes.
Roland Crahay.

Hugo Rahner, Griechische Mythen in christlicher Deutung. 3 e


édition, Zurich, Rhein- Verlag, 1966. 1 vol. 15,5 χ 22,5 cm,
396 pp., 12 pH. Prix : 32 frs suisses.
Appuyant sur les données de l'érudition moderne la thèse
de Clément d'Alexandrie, le P. Rahner montre comment certains
contenus de la religion grecque passent du paganisme au christianisme
et dans quel sens ce passage les transfigure. La première partie traite
d'une « forme » religieuse, celle du mystère, dans laquelle les mythes
viennent s'insérer ; les deux autres s'attachent à deux catégories de
: ceux qui traitent de la guérison de l'âme et du retour de l'homme
à sa nature céleste.
L'essentiel a été dit sur un livre qui en est à sa troisième édition et qui
a été traduit en français. Il suffit de renvoyer au compte rendu qu'en a
fait dans cette revue le P. Des Places (t. XVI, 1947, pp. 193 à 195).
On se bornera à formuler ici quelques observations sur la méthode mise
en œuvre. L'ouvrage est au départ celui d'un théologien : la christiani-
sation des mythes est affectée d'un jugement de valeur, le seul humanisme
vrai étant celui qui voit l'homme sous l'angle de sa transcendance. Il
s'ensuit que l'itinéraire historique que retrace l'auteur est en fait le
d'un itinéraire spirituel qui part des faits chrétiens pour
à des schémas grecs, et trouve ceux-ci, évidemment, dépourvus de la
conclusion, du couronnement qu'on en attendait. Ce qui nous est offert
ici est bien, dans l'esprit de Clément, une propédeutique et toute propé-
deutique procède à reculons. Deux voies s'ouvraient à cette démarche,
celle de la philosophie et celle de la psychologie des profondeurs.
dès le début de son livre, voit les chefs de file de ces deux courants
dans Érasme et dans Bachofen. Il tranche en faveur du second, ce qui
remet en question le postulat théologique initial : dans les pas d'Érasme,
on pourrait encore rebrousser chemin vers la Grèce... ou s'orienter vers
un christianisme différent.
Revu avec soin, le livre du P. Rahner présente encore quelques
mineures (p. 284, le De ratione studii d'Érasme n'a pas été publié
à Bâle, mais à Paris en 1511 ; la position de l'humaniste s'exprime
beaucoup mieux dans d'autres ouvrages) et des définitions un peu
floues (comme celle du gnosticisme chrétien, pp. 51-52). Son succès est
mérité sur deux plans : il retrace fort bien l'histoire de certains symboles
et, qu'on le suive ou non, il illustre à merveille une des attitudes
du christianisme. Roland Crahay.