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LES INFRACTIONS ET LEUR

REPRESSION EN DROIT
CONGOLAIS

appartenant
à l'étudiant ISSA MATABARO Jean-Luc
2

CATALOGUE
DES
INFRACTIONS
-
Catalogue des infractions 3

En écrivant ce livre, j’ai à cœur :


- ceux qui disent : « il n’y a pas de lois dans ce pays », pour ex-
primer le fossé qui sépare les lois de leur application effective ;
- les victimes des infractions, les inculpés et ceux qui s’efforcent
de mieux appliquer les lois sur base desquelles ils jugent, assis-
tent, représentent, défendent et dénoncent leurs semblables,
ainsi qu’à toutes les victimes de la justice congolaise et de
l’impunité.
4

Introduction générale

Le phénomène criminel est une donnée sempiternelle de l’histoire de


l’humanité, la lutte contre la criminalité en vue d’assurer la paix publique, une
des fonctions essentielles de l’Etat. C’est pourquoi pour la survie du groupe,
l’Etat édicte des lois. L’Etat définit les comportements interdits. Il sanctionne
les membres de la société qui adoptent des comportements prohibés. L’Etat
s’appuie alors sur la présomption de la connaissance de la loi. Cette présomp-
tion est contenue dans la règle « nemo censetur ignorare legem » ( nul n’est
censé ignoré la loi).
La règle repose sur le principe qu’en contrepartie du droit de sanction-
ner, l’Etat a l’obligation d’informer préalablement la population de ce qu’il
prohibe. De cette façon, chaque individu pourrait être à mesure de savoir à
quelles peines il est exposé en raison de son action , de son omission ou de son
imprudence. A l’opposé, chaque acteur judiciaire devrait connaître la loi pour
mieux l’appliquer.
Il est donc nécessaire que chaque citoyen apprenne les faits, les actes,
les imprudences, les omissions ou inactions réprimés et les peines y appli-
cables. Chacun devrait en plus se prémunir des connaissances utiles pour la
sauvegarde et la défense de ses droits. Le justicier pour sa part devrait faire
montre d’une connaissance approfondie du droit pour l’exercice efficient de sa
mission aux fins de rapprocher le plus la justice du justiciable. En cela,
l’éducation et l’information relèvent d’une stratègie efficiente de lutte contre la
criminalité.

I. De l’évolution générale
Le premier souci des Etats de droit est de déterminer et définir les in-
fractions1 , constituant un acte de respect du contrat social fondateur et assu-
rant la garantie de la sauvegarde concomitante de l’ordre public et des droits
individuels. Le législateur dresse une liste des infractions en définissant leurs
éléments constitutifs et le régime propre à chaque infraction. Ce catalogue
d’infractions constitue le droit pénal spécial. Il occupe la majeure partie de la
législation pénale. Son volume est très important du fait du grand nombre de
comportements incriminés par une inflation législative.

1
Les infractions sont autant nombreuses et variées que les lois qui les créent. Un livre de
cette nature ne peut aucunement prétendre les contenir toutes. Ce livre ne traite pas d’
infractions en matières fiscale et douanière auxquelles nous avons réservé notre précédente
publication. Il ne traite pas non plus d’infractions en matière des sociétés commerciales.
Catalogue des infractions 5

II. Des définitions


Le droit pénal général étudie les règles déterminant les comportements
réprimés par un texte à valeur répressive. Il a comme objet la détermination
des infractions définies comme des comportements déviants sanctionnés par
une peine.
Le droit pénal spécial étudie les diverses infractions du droit positif,
leur régime juridique et leur répression (c’est-à-dire les peines encourues).
Formellement, il représente le catalogue des conduites individuelles qui, à un
moment donné, dans un groupe social, sont considérées comme troublant gra-
vement l’ordre public et qui constituent des actes interdits et réprimés par la
loi. Il représente le pivot central de l’application du droit pénal. Le droit pénal
spécial étudie chaque infraction en détaillant les termes de chaque incrimina-
tion.
Les termes d’incrimination et d’infraction sont synonymes dans le lan-
gage courant. Cependant, ils peuvent recouvrer des dimensions juridiques dif-
férentes. L’incrimination désigne la définition légale proposée par le texte, fai-
sant référence à son élément légal. L’infraction renvoie au comportement re-
proché à l’auteur et se réfère à l’élément matériel.
La qualification2 est le procédé essentiel au sein du droit pénal. L’identification
des éléments constitutifs décrits par une infraction spécifique permet de quali-
fier un comportement et de déterminer la répression applicable. En général,
chaque infraction se compose de trois éléments constitutifs obligatoires.

1. La structure classique des infractions


 L’élément légal, expression du principe directeur de la légalité pénale, est
reflété par le texte d’incrimination lui-même. Un comportement ne saurait
être appréhendé par le droit pénal s’il n’a pas été préalablement défini et ré-
primé par un texte. Ce principe constitutionnel s’impose au législateur, au
juge et au citoyen.
Le juge n’a pas de pouvoir créateur d’infractions et de peine ; il doit se con-
former au droit existant. Le juge ne peut faire d’interprétation par analogie.
Il ne peut choisir d’appliquer l’incrimination à une hypothèse voisine de
celle qui est régie et prévue par le texte. Il doit strictement qualifier les faits
selon les règles existant au moment de l’action. Il n’applique pas une nou-

2
La confrontation rigoureuse des faits (contenus dans la plainte, dans l’assignation à préve-
nu, dans la citation directe ou dans la traduction directe et la décision de renvoi) avec le
prototype de l’infraction définie à l’avance par le texte légal constitue la qualification. Il
s’agira chaque fois de rattacher le fait à une définition légale de l’infraction ; ce qui peut
conduire à plusieurs qualifications avant d’aboutir à celle qui correspond réellement à
l’espèce sous étude. La qualification a une double utilité : savoir si le fait est punissable
mais aussi connaître le régime juridique applicable à ce fait.
6

velle incrimination à un comportement ayant eu lieu avant son entrée en vi-


gueur.
 L’élément matériel constitue le comportement de commission ou
d’omission visé par la répression. Si les attitudes positives ou négatives dans
la perpétration de l’infraction sont punies, leur régime juridique n’est pas
identique. Les infractions de commission ne contiennent pas de définition
obligatoire de l’élément matériel qui peut être déduit des termes de
l’incrimination. Les infractions de pure omission, constituées par une simple
attitude passive, sont réprimées exclusivement lorsqu’elles sont prévues par
un texte spécifique.
 L’élément moral (psychologique ou intellectuel) connait des degrés mul-
tiples, allant de la recherche du résultat, de la conscience de transgresser la
norme pénale à la faute non intentionnelle simple ou caractérisée. Parfois
l’intention n’est pas requise pour qualifier l’infraction, rendant sa preuve
inutile. La simple constatation matérielle peut entraîner l’existence de la
faute suffisant à la qualification juridique. On admet, en outre, des infrac-
tions non intentionnelles lorsque la loi les prévoit expressément. Enfin, la
loi prévoit le dol général, constituant la volonté de violer la loi pénale, et le
dol spécial, représentant la recherche du résultat spécifiquement prohibé.

2. L’intérêt de la qualification
La démarche de qualification est la mission essentielle du juge pénal.
Concrètement , le juge décompose les différents éléments constitutifs d’une
infraction et vérifie leur existence dans le comportement qui est soumis à son
analyse. La vérification de l’élément légal conduit à s’assurer de l’existence d’un
texte et de sa validité. Les éléments matériels et moral reposent sur la prise en
compte du comportement et de l’état de l’esprit de l’auteur des agissements.
Ces éléments sont cumulatifs. Lorsque l’un d’entre eux fait défaut, la qualifica-
tion pénale n’est pas possible et la répression s’en trouve paralysée.

III. Des caractéristiques du droit pénal spécial


Le droit pénal spécial est le droit qui complète les autres droits. Il inter-
vient dans toutes les disciplines juridiques pour sanctionner l’inexécution des
règles juridiques (civil, commercial, travail, urbanisme, élections, affaires,
mines, environnement…). Cette omniprésence dans les autres branches du
droit lui accorde un statut particulier reposant sur son autonomie. Le droit
pénal ne devrait protéger que les valeurs individuelles, sociales et juridiques
essentielles.
Catalogue des infractions 7

IV. Des sources du droit pénal spécial congolais

1. Les sources du droit pénal


Pendant longtemps, on a pensé que seule la loi pouvait être source du
droit pénal. Avec le dirigisme économique et l’évolution technique des sociétés
modernes, il est apparu que, pour les matières les moins graves, la procédure
législative était une source trop lourde et qu’il convenait de faire une place au
règlement et à certains actes administratifs comme sources du droit pénal. La
source principale du droit pénal reste la loi. En dehors des codes, des nom-
breuses lois spéciales traitant de questions de droit pénal ont été promulguées
isolément. Les actes du pouvoir exécutif peuvent être également source de
droit pénal. En principe, les lois étrangères ne sont pas source de droit pénal en
raison de la territorialité du droit pénal. Il en est autrement des traités passés
avec les Etats étrangers. Il convient de noter que les traités, une fois ratifiés,
ont, en vertu de l’article 215 de la constitution, une autorité supérieure à celle
des lois, sous réserve pour chaque traité ou accord, de son application par
l’autre partie.

2. La détermination des infractions


La systématisation des faits punissables et des sanctions qui doivent
leur être appliquées (Droit pénal appliqué aux infractions) est tributaire des
sources. Il s’agit de la loi, de la jurisprudence, de la doctrine, de la coutume, de
l’équité et des principes généraux du Droit.
Le principe de la légalité des infractions et des peines3 est le plus im-
portant du droit pénal. Il est le principe fondateur. La première mission du juge
pénal est de vérifier si les faits lui soumis sont pénalement qualifiables. C’est-à-
dire, s’ils se rattachent à une définition légale abstraite. Ce principe est inscrit
dans la loi fondamentale de la République Démocratique du Congo, de nos
jours à l’article 17 de la constitution du 18 février 2006.

3. La détermination des peines


Le juge ne peut prononcer que des peines expressément prévues par la
loi. Il ne saurait ,par exemple, prononcer une peine d’amende excédant le
maximum prévu par la loi pour l’infraction considérée4. La plupart du temps,
les textes laissent le libre choix entre un minimum et un maximum. D’autres

3
Le principe de la légalité des infractions et des peines est intégré dans le droit positif con-
golais. D’abord,il figure à l’article 11 de la déclaration Universelle des droits de l’homme, à
laquelle notre pays a adhéré. Ensuite, il est repris par l’article 17 de la constitution de 18
er
février 2006. Enfin, l’article 1 du code pénal ordinaire dispose que nulle infraction ne peut
être punie des peines qui n’étaient pas portées par la loi avant que l’infraction fût commise.
4
Cass. Crim. 10 mai 1984 : J.C.P, 84, IV, 227
8

textes permettent d’individualiser la mesure à prendre. Le juge peut accorder


les circonstances atténuantes. Il arrive, par suite d’un oubli du législateur, que
des faits incriminés par la loi ne se trouvent frappés d’aucune peine. Le juge ne
peut se substituer au législateur défaillant. On est en présence d’une loi impar-
faite et aucune sanction ne peut être prononcée par analogie ou autrement.

4. La constitution du 18 février 2006


Des délégués de la classe politique et de la société civile se sont réunis
en dialogue intercongolais. Ils ont convenu dans l’accord global et inclusif si-
gné le 17 décembre 2002 à Prétoria en Afrique du Sud de mettre en place un
nouvel ordre politique fondé sur une nouvelle constitution démocratique. Le
sénat issu de cet accord global et inclusif a déposé, conformément à l’article
104 de la constitution de la transition, un avant-projet de la nouvelle constitu-
tion à l’assemblée nationale. L’assemblée nationale l’a adopté sous forme de
projet de constitution à soumettre au référendum populaire. Le dit projet de
constitution a été soumis et approuvé par référendum du 18 et 19 décembre
2005 par la majorité du peuple congolais. Cette constitution adoptée par réfe-
rendum est entrée en vigueur dès sa promulgation par le Président de la répu-
blique le 18 février 2006. En son article 17, la constitution du 18 février 2006
dispose : « Nul ne peut être poursuivi pour une action ou une omission qui ne
constitue pas une infraction à la loi au moment où elle a été commise et au
moment des poursuites ». « Nul ne peut être condamné pour une action ou
une omission qui ne constitue pas une infraction à la fois au moment où elle
est commise et au moment de la condamnation »

5. Les lois ordinaires


La loi est la source essentielle du droit. Elle en est la forme d’expression la
plus libre et la plus sûre. Des lois qui définissent les infractions et en fixent les
peines destinées à la répression, il faut reconnaître :
- avant tout le code pénal de 1886. Il a été remis en ordre par le décret du
30 janvier 1940 tel que modifié et complété à nos jours ;
- le code pénal militaire, aujourd’hui loi n°024/ 2002 du 18 novembre
2002 (infractions et peines applicables par les juridictions militaires),
autrefois code de justice militaire (Ordonnance-loi n°72/060 du 25 sep-
tembre 1972) ;
- le code de la route (Loi n° 78-022 du 30 août 1978 portant Nouveau
code de la Route) ;
- le code de la famille, le code forestier, le code minier…
Au sens large, fait partie des lois l’ensemble de textes légaux non abrogés
du temps colonial et post-colonial. Au temps colonial, nous pouvons citer les
décrets royaux, les règlements, les arrétés-royaux, les arrêtés-lois, les ordon-
Catalogue des infractions 9

nances du Gouverneur général et les ordonnances législatives. De l’après indé-


pendance à nos jours, il y a notamment les lois, les décrets-lois, les ordon-
nances-lois, les ordonnances, les décrets, les arrêtés ministériels de portée ré-
glementaire pris en application des lois, les édits provinciaux et décisions des
autorités communales ,territoriales et des chefferies à caractère réglementaire. Il
y a également des textes spéciaux éparpillés5 non incorporés au code pénal et
les dispositions normatives reçues et accréditées par le pouvoir telles que les
conventions internationales à caractère normatif approuvées par la loi, les con-
ventions collectives approuvées par arrêté ministériel. Ces lois sont adaptées
aux réalités concrètes par la jurisprudence.

6. La Jurisprudence est une source importante du droit penal appli-


qué
Comme la loi, malgré toutes ses qualités théoriques, ne peut prévoir
toutes les difficultés que son application soulève, les jugements déjà rendus
sont pris en exemples par les plaideurs et leurs conseils pour demander au juge
de statuer de façon identique. La jurisprudence est donc une source importante
de droit6. Etant donné que le législateur congolais continue à s’inspirer du droit
de l’ancienne métropole, souvent mal adapté à la mentalité juridique autoch-
tone, l’embarras est réel pour le juge amené le plus souvent soit à suppléer au
silence du législateur, soit à adapter le droit métropolitain à la mentalité des
justiciables7.
Ainsi, le rôle de la jurisprudence8 est d’adapter les lois aux réalités con-
crètes, aux cas d’espèce. Il existe des recueils spécialement consacrés au recen-
sement et à la conservation des décisions importantes des tribunaux congolais.
Si pour les juridictions de droit commun, il existe des recueils, notamment les
bulletins des arrêts de la Cour Suprême de Justice, le répertoire général de la
jurisprudence congolaise, le répertoire général de jurisprudence de la Cour Su-
5
Notons qu’un effort de codification est enclenché. En 2002, a vu le jour l’édition des codes
du Congo (R.D.C.). Ce sont les codes Larcier, République Démocratique du Congo ; ils sont
er
une sélection des textes légaux en vigueur répertoriés jusqu’au 1 janvier 2002. (Ces codes
sont en voie d’être dépassés par l’inflation législative). Grâce à l’appui du peuple Américain
par l’entremise de l’Agence Américaine pour le Développement International, USAID en
sigle, le Ministère de la Justice vient de publier (2010) le « Code pénal Congolais. Décret du
30 janvier 1940 tel que modifié jusqu’au 31 décembre 2009 et ses dispositions complémen-
taires ».
6
J. PAUWELS. , L’adaptation du droit africain par voie jurisprudentielle : expérience et pro-
jets au Congo, Revue Zaïroise de droit, 1971 n°1 pp. 61 et suivants.
7
KALONGO MBIKAYI et BUKA EKA NGOY. , Le juge zaïrois et l’interprétation des prin-
cipes généraux du droit national, R.Z.D.,n° spécial 1971 spécialement pp.37 et suivants.
8
Généralement, les grands arrêts fondent les solutions applicables en matières des infrac-
tions ou donnent une interprétation remarquée de la règle de droit. On peut s’interroger sur
la nécessité de créer des nouvelles incriminations, dans un arsenal répressif déjà très lour-
dement surchargé, puisque des années après, il n’existe pas toujours de jurisprudence de
la cour suprême de justice relative à plusieurs infractions.
10

prême de Justice, les recueils de jurisprudence des cours et tribunaux du Con-


go, pour ne citer que ceux-là ; l’accès à la jurisprudence des juridictions mili-
taires reste très délicat. Ces recueils ont servi d’outils indispensables à l’instar
de divers traités ou livres d’éminents juristes au titre de la doctrine.

7. La doctrine
Les opinions émises ou les conceptions élaborées au sujet de la règle de
droit jouent un rôle important. Le juge peut s’appuyer sur certains auteurs9 qui
« font autorité » et dont les opinions peuvent se révéler utiles. Les publications
des professeurs Likulia Bolongo, Nyabirungu Mwene Songa, Akele Adau, Ka-
lombo Mbanga, des auteurs Jean Lesueur, Georges Mineur, des magistrats
congolais Katuala Kaba Kashala, Nzangi Batutu, Esika Makombo, Muzama
Matansi, Shakira Mwene Mujinya, Kayumba N’kundi Sultan, du Père De Qui-
rini ainsi que des doctrinaires belges et français ont été indispensable. Les
oeuvres de ces auteurs ont suffisamment retenu ma particulière attention. J’y ai
récouru constamment. Je n’ai surtout pas perdu de vue qu’une doctrine bien
faite tient toujours compte des usages et manières d’être, bref de la coutume.

8. La Coutume crée le droit


La coutume est la règle qui se manifeste uniquement par son applica-
tion répétée indépendamment de toute formulation législative. Les usages, les
habitudes, les manières d’être ont crée et créent encore bien souvent la règle de
droit. En matière commerciale par exemple, il arrive que l’usage supplée au
silence de la loi. La coutume n’est cependant d’application que pour autant
qu’elle n’est pas contraire à la loi et à l’ordre public. Faut-il encore qu’elle ne
porte gravement atteinte à l’équité ?

9. La force de l’intime conviction du juge


L’équité corrige la loi lorsque celle-ci est déficiente ou imparfaite. Le
juge se doit d’appliquer humainement le droit ; et, dès lors ,de juger en équité.
Il a les pouvoirs de juger selon les circonstances de la cause, avec le plus large
pouvoir d’appréciation d’après chaque cas lui soumis. Il ne peut pas, bien en-
tendu, dénaturer l’équité et verser dans l’arbitraire. Aussi, a-t-on jugé qu’en
matière répressive, un fait allégué est établi (prouvé) ou non d’après l’intime
conviction du juge, pourvu que son raisonnement soit motivé10. La motivation
peut être fondée même sur les principes généraux du droit.

9
La pensée et les théories des auteurs de doctrine ont contribué ou contribuent à la vigueur
du droit pénal spécial.
10
C.S.J., R.P, 97, 28 janvier 1976, Bull. 1977, p.20.
Catalogue des infractions 11

10. Les principes généraux s’appliquent au droit pénal spécial congo-


lais

Dans son entreprise d’administration du vaste territoire, l’Etat Indé-


pendant du Congo a été buté à la nécessité d’une organisation judiciaire et
d’une législation. Devant l’impossibilité d’improviser des lois complètes et dé-
taillées, il a édicté une disposition. Celle-ci permettrait aux tribunaux de sup-
pléer à l’absence ou à l’insuffisance des textes. C’est l’ordonnance du 14 mai
1886. Elle stipulait qu’en cas de silence des lois, les contestations seraient ju-
gées d’après les coutumes locales, les principes généraux du droit et l’équité11.
Ce texte, qui était reproduit dans les codes en tête de la législation ci-
vile, s’appliquait en réalité à toutes les branches du droit congolais et au droit
pénal appliqué. Comme disposition fondamentale, elle permettait, pour sup-
pléer aux nombreuses lacunes, de recourir aux principes de droit universelle-
ment reconnus et des droits étrangers, belge et français en l’occurrence.
Cette ordonnance du 14 mai 1886 a été abrogée, depuis le 15 mai 1960, en
vertu des articles 199 et 201 du décret du 07 mars 1960 portant code de procé-
dure civile et de l’arrêté royal du 15 avril 1960.
Cependant, les principes généraux sont des principes communs à tous
les systèmes juridiques. Ils n’appartiennent en propre à aucun système. Il est
donc légitime que la jurisprudence congolaise y recourt en cas de besoin. Mais
elle doit veiller à leur conformité à la loi et au respect de la hiérarchie de
sources du droit. Toutefois, le droit pénal légaliste, dont la méthode
d’approche est de stricte interprétation, ne doit pas voir appliqué de façon in-
considérée et donc sans circonspection, n’importe quel principe général de
droit.

V. Du contenu de l’ouvrage
Plus que la nomenclature des infractions, leurs définitions et éléments
constitutifs, ce livre fait un exposé sur régime répressif, les modalités de ré-
pression, les instances qui sanctionnent ainsi que le délai légal de prescription.
L’ouvrage, pour parer au retard législatif, fait place à l’étude de certains phé-
nomènes sociaux (suicide, parricide, homosexualité, etc..). Ceux-ci ne sont pas
érigés jusque là en infraction. L’opinion est pourtant curieuse d’en connaître la
nature juridique et l’organe répressif ne doit pas rester indifférent et désarmé.
Il y a une amorce, de lege ferenda, d’une ébauche d’amélioration et
d’actualisation de notre législation répressive dans la branche du droit dont

11
Bulletin officiel de l’Etat Indépendant du Congo 1888, page 189.
12

l’existence est la plus connue du grand public12, la plus redoutable et redoutée.


C’est pourquoi ce livre a vocation d’être à la portée de toutes les couches so-
ciales. A ce titre, le livre plaide pour une méthodologie appropriée.

VI. De la méthode appliquée


Pour que l’accès soit facile, j’ai adopté un classement peu habituel.
Ranger les différentes infractions en ordre alphabétique pour en rendre la con-
sultation facile et rapide. Une façon de répondre à ce besoin de rencontrer tout
à la fois le citoyen moyen toujours pas au fait du dédale du droit criminel et le
praticien du droit congolais.
J’ai également privilégié, sans omettre le travail de la jurisprudence, de
citer des exemples pour approcher les moins lotis intellectuellement. Est-ce
que je réussirai à créer un livre usuel et pratique que j’ai souhaité ? Les lecteurs
le diront. Comme titre à leur bienveillance et gage du succès de mon œuvre,
j’invoque le patient labeur que j’y ai consacré, les difficultés rencontrées mais
surmontées, l’expérience acquise au cours de ma vie judiciaire ainsi que le
ferme et constant souci de l’exactitude qui m’a animé tout au long du travail.

12
NYABIRUNGU MWENE SONGA. , Droit pénal Général zaïrois, Editions DES, Kinshasa,
1989 p. 9.
Catalogue des infractions 13

Principales abréviations
AL : Alinéa
AM : Arrêté Ministériel
ART : Article
AT : Amende transactionnelle
B.A. : Bulletin des arrêts
B.O : Bulletin officiel
Bull. : Bulletin
CNS : Conférence Nationale Souveraine
CP : Code Pénal
CPL I : Code Pénal Livre premier
CPLII : Code Pénal Livre second
CPM : Code Pénal Militaire
D.L : Décret - loi
EX : Exemples
FARDC : Forces Armées de la République Démocratique du Congo
IPJ : Inspecteur de Police Judiciaire
JEL : Recueil des journées d’études de Lubumbashi.
JORDC : Journal Officiel de la République Démocratique du Congo
JOZ : Journal Officiel du Zaïre
JT : Journal des Tribunaux
JTO : Journal des Tribunaux d’Outremer
JUR COL : Jurisprudence Coloniale
LGDJ : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence
MC : Moniteur Congolais
MP : Ministère Public
MPR : Mouvement Populaire de la Révolution
NB : Notez bien
NCR : Nouveau Code de la Route
OMP : Officier du Ministère Public
Op.Cit : Œuvre citée
OPJ : Officier de Police Judiciaire
ORD : Ordonnance
ORD L : Ordonnance loi
R.D.C. : République Démocratique du Congo
PCGC : Plan comptable Général congolais
RJCB : Revue juridique du Congo Belge
SP : Servitude Pénale
SPP : Servitude Pénale Principale
TPIR : Tribunal pénal international pour le Rwanda
TPIY : Tribunal pénal international pour la yougoslavie
14

00. Abandon de famille


L’abandon de famille est le fait, pour une personne donnée, de rester
pendant plus de deux mois sans payer à son conjoint, à ses enfants ou à ses
parents la pension alimentaire à laquelle un tribunal l’a condamnée.
L’infraction s’appelle également abandon alimentaire. Elle concerne
aussi bien un époux qui a obtenu le divorce mais qui, de ce fait, se trouve sans
ressources pour assurer sa subsistance, qu’un enfant né hors mariage, un enfant
adoptif ainsi qu’un parent qui se trouve en droit d’exiger de ses enfants deve-
nus adultes de le nourrir au cours de ses vieux jours.

I. Eléments Constitutifs de l’infraction

Pour que l’infraction d’abandon de famille soit établie à charge d’un


prévenu, elle requiert bien des éléments constitutifs. Il faut, d’une part,
l’existence d’une décision judiciaire exécutoire, des bénéficiaires de cette déci-
sion et, d’autre part, le non payement et l’élément moral.

a)L’existence d’une décision judiciaire exécutoire.


L’infraction d’abandon de famille exige, comme premier élément cons-
titutif, l’existence d’une décision judiciaire définitive. Il s’agit d’une décision de
justice civile qui détermine les contours de l’obligation alimentaire ou des pres-
tations compensatoires, sur lesquels le juge pénal va pouvoir asseoir
l’infraction.
Conditions relatives à la dette. Le jugement doit porter sur une nature ali-
mentaire et familiale de l’obligation. Il doit s’agir d’une pension, d’une contri-
bution, des subsides ou des prestations de toute nature dues en raison de l’une
des obligations familiales. La décision de condamnation doit viser le jugement
qui constitue le titre fondateur de la poursuite pénale13 . Il ne doit s’agir ni d’un
donner acte, ni d’une offre de payer, encore moins d’une fixation, mais d’une
condamnation au paiement. La décision doit avoir été prononcée par une juri-
diction. Il peut s’agir également d’une convention judiciairement homologuée14
.

13
Crim 4 juillet1962, Bull.crim ; n°23.
14
Claudia Ghica-Lemarchand, Frederic-Jerôme Pansier . , Droit pénal spécial, Librairie
vuilbert-Août 2007, Paris P. 210.
Catalogue des infractions 15

Toutefois les décisions relatives aux pensions et prestations ou les ordonnances


du juge en matières de famille, quoique provisoires mais exécutoires de plein
droit, doivent être respectées, même si elles sont frappées d’appel ou ultérieu-
rement de pourvoi en cassation. Et même, si elles sont par la suite annulées,
l’infraction d’abandon de famille demeure.
b)Les bénéficiaires.
Ce sont les bénéficiaires des créances familiales qui, en cas de non-
paiement, justifient la condamnation pour abandon de famille. Il peut s’agir des
enfants mineurs, des descendants majeurs, des ascendants, de conjoint.
c)Le non-paiement intervenu pendant plus de deux mois.
Le refus de paiement doit absolument répondre à trois caractères. Il
doit d’abord porter sur l’intégralité de la dette. Ensuite, il doit être prouvé que
le refus de payer est de plus de deux mois. Enfin, le refus de paiement doit être
volontaire.
Refus de s’acquitter intégralement de la dette. Le débiteur doit verser
l’intégralité des sommes auxquelles il a été condamné.Par conséquent, un ver-
sement partiel n’entrave pas les poursuites.
Refus de paiement pendant plus de deux mois. L’infraction doit, pour
exister, s’inscrire dans une certaine durée. C’est la réalisation de la condition
temporelle qui matérialise l’infraction. Il y aura infraction dans le chef de la
personne poursuivie pour abandon de famille si elle n’a pas payé la pension à la
quelle elle a été condamnée pendant plus de deux mois. Le point de départ du
délai de deux mois est fixé au jour où la décision judiciare est signifiée au pré-
venu ou , si le non-paiement intervient ultérieurement, le délai se calcule à par-
tir du jour où le prévenu a cessé de verser les sommes auxquelles il a été con-
damné.
d)L’élément intentionnel.
L’infraction d’abandon de famille est une infraction intentionnelle.
Un refus volontaire. L’auteur doit avoir volontairement décidé de ne pas exé-
cuter la décision de justice le condamnant au paiement. Autrementdit, si le
non-paiement résulte d’une négligence, ou bien s’il résulte d’une véritable im-
possibilité, l’infraction ne sera pas consommée. La démonstration de l’intention
de commettre l’abandon de famille est exigée. La connaissance de la décision
judiciaire portant condamnation au paiement suffit souvent à prouver l’élément
intentionnel.
En d’autres termes, l’inexécution de la pension alimentaire est punissable si
et seulement si :
1. il y a l’existence d’une décision judiciaire, c’est-à-dire un jugement devenu
définitif ;
2. le défaut de paiement de la pension alimentaire a dépassé deux mois ;
16

3. il n’y a pas eu maladie, prison ou autre force majeure empêchant la possibili-


té de payer la pension alimentaire.
Quelques exemples
- Monsieur Bisimwa, commerçant de son état, est condamné par le tribunal
de Kavumu à payer mensuellement à Madame Nzigire, son épouse, cent
dollars américains pour sa subsistance. Six mois durant, il refuse, sans motif
valable, de verser cette pension alimentaire. Sa femme porte plainte devant
le parquet secondaire qui saisit, par requête, le tribunal ; l’infraction est éta-
blie.
- Madame Cirezi qui n’a pas respecté le contrat conclu avec Mudosa, son
époux nécessiteux, d’avec lequel elle s’est séparée de résidence, de lui verser
50.000 FC par trimestre pour sa restauration, ne commet pas l’infraction
d’abandon de famille, faute de décision judiciaire.

II. Poursuites
1. L’infraction d’abandon de famille touche à la famille. Dans les buts
d’assurer l’unité et la cohésion de la famille, l’enclenchement des pour-
suites de l’infraction d’abandon de famille doit être précédé d’une
phase d’enquêtes et de conciliation. En plus, on doit attendre
l’expiration du délai de deux mois.
2. Ne peut saisir le tribunal que l’enfant, mais aussi le conjoint ou le pa-
rent qui ne perçoit plus la pension alimentaire lui allouée par un tribu-
nal.

a) Compétences
Les tribunaux de paix sont compétents15 pour juger les infractions pu-
nissables de cinq ans de servitude pénale principale au maximum et d’amende.

15
Lorsqu’une infraction a été commise, il faut déterminer quelle est, parmi tous les tribunaux
répressifs, celui qui sera spécialement appelé à en juger l’auteur ? C’est le problème de la
compétence des tribunaux répressifs qui se pose. La compétence est définie comme
« l’aptitude d’une juridiction déterminée à connaître d’un procès donné ». Lorsqu’il possède
cette aptitude à juger telle ou telle affaire, on dit alors que le tribunal est compétent. Si cette
aptitude lui fait défaut, on dit qu’il est incompétent.
A la différence des règles de compétence en matière civile ( les règles de compétence terri-
toriale établies dans l’intérêt des plaideurs peuvent être écartées) qui n’ont pas toutes un
caractère d’ordre public, en matière répressive, toutes les règles de compétence sont
d’ordre public, car elles ont toutes été instituées dans un intérêt public, celui de la bonne
administration de la justice pénale.
Il en résulte que les parties au procès pénal ne peuvent jamais, par quelque accord, déroger
aux règles de compétence. La prorogation conventionnelle de compétence est interdite.
Puisque l’ordre public est en jeu, l’incompétence peut être opposée par les parties en tout
état de cause, en appel, si elle ne l’a pas été en première instance, et même pour la pre-
mière fois devant la Cour de cassation, si elle ne l’a pas été en appel, à la condition que le
moyen soulevé ne soit pas mélangé de fait et de droit.
Catalogue des infractions 17

Ils jugent les personnes concernées par la législation sur le vagabondage, la


mendicité et celles qui ne jouissent pas d’un privilège de juridiction. Les tribu-
naux de paix prennent également des mesures de garde, d’éducation et de pré-
servation en matière d’enfance délinquante16 .
Règles communes à la compétence territoriale
En règle générale, est compétent le tribunal du lieu où l’infraction a été
commise. Est aussi compétent soit le tribunal où se situe la résidence de
l’auteur de l’infraction, soit celui du lieu où l’auteur de l’infraction a été trouvé.

b) Quelle est la loi applicable et la sanction prévue pour l’abandon de


famille?
Le décret du 15 juillet 1949 a certes été abrogé, mais les faits n’ont pas
été dépénalisés. La loi n° 87/010 du 1er août 1987 portant code de la famille en
ses articles 475, 479, 480, 926 et 927 a répris lesdits faits. Cette loi, en ses dis-
positions précitées, est désormais le siège de l’infraction d’abandon de famille.
La sanction prévue est de huit jours à deux mois de servitude pénale et
d’amende17 . L’une de ces peines seulement peut être infligée à l’endroit de
l’auteur de l’infraction d’abandon de famille.

Du caractère d’ordre public de la compétence, il résulte que toute juridiction répressive se


doit de vérifier sa compétence, et que même si aucune des parties (ministère public, incul-
pé, prévenu, partie civile) n’a soulevé l’exception d’incompétence, elle doit la relever d’office
et se déclarer incompétente.

er
16
Cette compétence relève des articles 86, 88, 90 alinéa 1 du Code de l’Organisation et
de la Compétence Judiciaires. Cependant, avec l’institution des tribunaux pour enfants, ces
dispositions semblent dépassées.
17
L’amende est une peine pécuniaire qui consiste dans l’obligation de payer une certaine
somme d’argent au trésor public. L’amende a pour siège légal les articles 5, 10, 11, 18, 20
et 27 du code pénal livre premier. Autrefois, les amendes étaient fixées en « franc ». En
1970 le franc a été remplacé par les « makuta » à la suite de l’avènement de la monnaie
« Zaïre » en 1967. Suivront respectivement le « Nouveau-Zaire » et le « franc Congolais »,
de nos jours. Une difficulté réelle se pose du fait que, dans beaucoup de textes de lois, les
amendes demeurent jusqu’à ce jour fixées en monnaie qui n’a plus cours légal et dont
l’équivalence dans la nouvelle monnaie, le Franc Congolais, n’est pas évidente. Il est sou-
haitable que les amendes pénales soient réadaptées et majorées par de nouveaux textes
légaux, car elles relèvent du domaine de la loi. En effet, la peine d’amende doit garder sa
vertu répressive et dissuasive. La peine d’amende du Code Pénal Ordinaire est devenue
dérisoire du fait d’une forte et constante dépréciation monétaire; elle ne remplit plus son rôle
de prévenir les infractions et d’intimider les délinquants potentiels. Devant cette situation
économique et financière du pays qui a rendu modiques les taux des amendes transaction-
nelles et judiciaires,de même que les taxes administratives et financières, l’urgence et la
nécessité ont amené, en attendant la loi, le Premier Président de la Cour Suprême de Jus-
tice et le Procureur Général de la République à signer conjointement la note circulaire N°
789/D.010/GB/CSJ-PGR du 23 avril 1997 . Cette circulaire a fixé le minimum des amendes
transactionnelles et judiciaires à l’équivalent en monnaie ayant cours légal de dix dollars
18

c) Au bout de combien de temps ,après la commission de l’infraction


d’abandon de famille, l’auteur ne sera-t-il plus poursuivi ? (Prescrip-
tion de l’action publique)
L’auteur de l’infraction d’abandon de famille ne sera plus poursuivi
après un délai d’une année, à compter à partir du jour où deux mois se sont
écoulés sans que l’agent n’ait versé la pension alimentaire à laquelle il est con-
traint par décision d’un juge. A cet effet, il a été jugé que prononcer une con-
damnation, alors que l’action publique est déjà éteinte par la prescription, équi-
vaut à violer les articles 24, 25, et 26 du code pénal livre 1er, et entraîne cassa-
tion totale18.

d) Comment la peine à laquelle un individu est condamné peut-elle


disparaître ou s’éteindre ? (Extinction de la peine)
La peine pourra disparaître par son exécution même, par la mort du
condamné ou si la personne poursuivie et condamnée a réussi à se soustraire à
l’exécution de la peine (prescription de la peine).
Il est vrai que la condamnation subsiste, mais elle ne sera plus exécutée.
Pour l’infraction d’abandon de famille et les peines de servitude pénale de dix
ans au moins, il y aura prescription après le délai double de la peine prononcée
sans que ce délai puisse être inférieur à deux ans19.
La personne condamnée à un mois pour abandon de famille verra sa peine
prescrite après deux ans ou après une mesure de clémence du Président de la
République (grâce).

01. Abandon de foyer


L’abandon de foyer est aussi appelé « refus de cohabitation ». L’infraction
consiste pour une femme légitime de se soustraire aux devoirs de cohabitation,
pour un homme de refuser de recevoir son épouse sous le toit conjugal. A vrai
dire, il y a deux infractions distinctes: l’abandon par la femme du domicile con-
jugal contre la volonté de son mari, et le refus par le mari de recevoir sa femme
au domicile conjugal.

américains, et le maximum à mille dollars pour les personnes Physiques. En dépit de cet
accommodement pratique, le problème demeure : la peine ne peut être fixée que par une loi
18
C.S.J., RP 470, 4 février 1986, B.A. Années 1985 à 1989, édition 2002, p. 124.
19
Cette question est réglementée par les articles 27 à 34 du code pénal. Les délais de
prescription des peines sont fixés par les articles 27 à 29 du même code.
Catalogue des infractions 19

I. Eléments constitutifs
Des conditions sont exigées pour que l’infraction d’abandon de foyer
soit imputée à un homme ou à une femme.
a) L’existence d’un mariage
L’infraction d’abandon de foyer , pour exister en droit, requiert
l’existence d’un mariage. Celui-ci répond aux règles de droit civil. Il est soit un
mariage célébré en famille (coutumier) mais enregistré soit un mariage célébré
devant l’officier de l’état civil.
b) L’habitation,
Il y a abandon de foyer lorsque le couple dispose d’une habitation.
L’habitation c’est le domicile, la résidence, le lieu où l’on est logé. Il n’est pas
nécessaire que le couple soit propriétaire de cette habitation. Il peut être ou
locataire ou même sous-logé. Peu importe.
c) Le refus
Pour que l’infraction d’abandon de foyer soit établie, le refus est de
deux ordres , selon qu’il s’agit de l’épouse ou de l’époux. Pour la femme, elle
refuse d’aller résider avec son mari. L’homme, pour sa part, n’accueille pas son
épouse dans la résidence conjugale.
d) Le refus de cohabitation sans motifs valables.
Pour que le refus de cohabiter avec le conjoint soit infractionnel, il ne
doit pas être justifié. L’époux n’est coupable que s’il ne peut invoquer de
« justes motifs ». Ainsi, le fait pour une femme de quitter le toit conjugal pour
ne pas consommer le mariage est constitutif de la prévention d’abandon de
foyer. Par contre, pour une épouse, le fait d’abandonner le domicile conjugal
pour se soustraire aux mauvais traitements du mari n’est pas constitutif de cette
infraction.

II. Régime répressif

L’époux victime peut porter plainte au poste de police le plus proche


ou au parquet, ou encore saisir le tribunal de paix. L’opportunité des poursuites
est laissée à la seule victime. La victime a seule qualité pour porter plainte.
C’est-à-dire qu’il faut une plainte de l’un des époux pour que la poursuite
puisse être engagée. Le retrait de la plainte20 par l’époux plaignant met fin à la
procédure. L’époux plaignant peut même demander l’élargissement de son
conjoint condamné à la servitude pénale.
a) Texte légal prévoyant et sanctionnant l’abandon de foyer
20
Le retrait de plainte de la victime n’est pas une cause d’extinction de l’action publique ; il
est juridiquement indifférent. Toutefois, ainsi qu’en dispose le code de procédure pénale,
l’action publique peut s’éteindre en cas de retrait de plainte lorsque celle-ci est une condition
nécessaire à la poursuite.
20

L’abandon de foyer est une infraction à l’ordre familial. Elle (infraction)


se trouve définie et sanctionnée par les articles 454, 464, 466 et 472 de la loi
portant code de la famille.

b) Quelles peines encourent les coupables ?


Le mari et la femme coupables d’abandon de foyer sont passibles de
réparation coutumière, réparation en nature, sous forme d’objets désignés par
la coutume, ou d’accomplissement de rites coutumiers. Trente jours de servi-
tude pénale maximum (art. 466) peuvent être appliqués à l’endroit des parents
qui incitent le conjoint à abandonner le foyer. Sera condamné entre six mois à
une année de servitude pénale principale celui qui soustrait une femme mariée
aux devoirs conjugaux (art.472).

c) La prescription21 de l’action publique


La prescription de l’infraction d’abandon de foyer est d’une année. La
prescription de la peine est au moins de deux ans ou du délai double de la
peine prononcée. Si le condamné qui subissait sa peine est parvenu à s’évader,
la prescription commence à courir, dispose l’article 32 du code pénal livre 1er,
le jour de l’évasion. La prescription de la peine sera interrompue par
l’arrestation du condamné stipule l’article 33 du code pénal livre premier. Les
règles édictées par les deux articles précités s’appliquent à toutes les infractions.

02. Abandon de poste


Par poste, il faut entendre l’endroit où le militaire doit se trouver à un
moment donné pour l’accomplissement de la mission reçue de ses chefs.
L’infraction d’abandon de poste est prévue et réprimée par l’article 116 de la loi
n°024/2002 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire22, autrefois
articles 483 et 484 du code de justice militaire.

I. Eléments constitutifs

Pour que l’infraction d’abandon de poste soit établie, il faut la qualité


de l’agent, l’acte incriminé et l’élément moral.

21
Puisqu’elle a pour fondement l’intérêt social, plus spécialement la bonne administration de
la justice pénale, la prescription de l’action publique a un caractère général et un caractère
d’ordre public. C’est-à-dire que la prescription s’applique à toutes les infractions, même les
plus graves ; que le délinquant ne peut renoncer à l’invoquer et s’il ne l’invoque pas, elle
doit être constatée d’office par le juge.
22
Le code de justice militaire(C.J.M) institué par l’ordonnance-loi n° 72/060 du 25 septembre
1972 a été abrogé par la loi n° 024/2002 du 18 novembre 2002, portant code pénal militaire.
Catalogue des infractions 21

a)La qualité requise pour l’agent


Le militaire ou l’assimilé est obligé à une présence soutenue à son poste pour
rendre des loyaux services aux forces armées, aux corps assimilés ou à la nation
tout entière. Il est requis donc que, dans ces conditions, l’agent susceptible de
commettre l’infraction d’abandon de poste puisse revêtir la qualité de militaire23
telle que précisée à l’article 107 du code pénal militaire ou celle d’assimilé
b)L’acte incriminé
L’acte interdit par la loi, c’est l’abandon de poste. L’agent doit avoir quitté son
lieu de service sans l’autorisation ou à l’insu de ses supérieurs hiérarchiques. Il
est également interdit d’exhorter, d’engager un acte tendant à amener un mili-
taire ou un assimilé à abandonner son poste.
c)L’élément moral
L’élément moral procède du simple fait pour l’agent d’avoir commis son acte
d’une manière libre et consciente. C’est volontairement que le militaire ou
l’assimilé doit avoir abandonné son poste.

II. Régime répressif

En temps de paix, l’auteur de l’infraction d’abandon de poste est puni


de six mois à cinq ans de servitude pénale (article 116). En temps de guerre ou
pendant les circonstances exceptionnelles, le coupable peut encourir la servi-
tude pénale à perpétuité ou même la peine de mort. L’abandon de poste en
présence de l’ennemi ou d’une bande armée est puni de mort24 . Le militaire ou
l’assimilé en faction, en temps de paix, qui abandonne son poste est puni de six
mois à cinq ans de servitude pénale25. Bien qu’à son poste mais trouvé endor-
mi, il subira six mois à trois ans de servitude pénale. Le coupable de la provo-
cation à l’abandon de poste en présence de l’ennemi ou d’une bande armée est
passible de la peine capitale.
Généralement, l’infraction d’abandon de poste est poursuivie de façon
secondaire en participation avec une autre infraction. Dans la pratique, on pri-
vilégie les sanctions disciplinaires s’il n’y a pas eu grave atteinte au bon fonc-
tionnement du service.

03. Abandon des soins

23
L’article 107 du code judiciaire militaire considère comme militaires tous ceux qui font
partie de la Force Armée. Sont donc militaires les officiers, sous-officiers et hommes de
rang ; ceux qui sont incorporés en vertu d’obligations légales ou d’engagements volontaires
et qui sont actifs. Les réformés, les disponibles et les réservistes, mais aussi les militaires
en congé illimité quand ils sont réputés en service actif, sont également militaires.
24
Article 121 du code pénal militaire.
25
Article 117 du code pénal militaire.
22

L’abandon des soins est aussi appelé «l’orthothanasie ». Il consiste dans le


fait de laisser le malade mourir de sa mort naturelle en s’abstenant de lui prodi-
guer des soins.
La vocation du médecin est de conserver la vie. Le consentement du
malade ne peut avoir d’efficacité pour l’empêcher de remplir son devoir. Mais il
peut arriver que le malade et ses parents après constat de l’état incurable, de-
mandent au médecin de s’abstenir de tout soin en vue d’obtenir la mort du
malade. Pareille demande ne peut justifier le médecin. En droit congolais, le
médecin qui accède et exécute une telle demande commet l’infraction.
Le médecin qui s’abstient de soigner peut être poursuivi pour refus de
porter secours à une personne en danger. La base légale se trouve être l’article
66 quater du code pénal. Nous suggérons que dans l’avenir, il soit envisagé de
faire de l’abandon des soins une infraction spéciale, plus sévèrement punie que
la non assistance à personne en danger.

04. Abandon d’un navire ou aéronef militaire

L’abandon d’un navire ou d’un aéronef militaire est le fait de quiconque


embarqué dans un navire ou dans un aéronef militaire ou assimilé de
l’abandonner sans ordre ou en violation des consignes reçues, alors que le na-
vire est en danger. Les articles 118 à 120 du code pénal militaire portent sur
l’abandon d’un navire ou d’un aéronef militaire ou assimilé.

I. Conditions préalables
Deux conditions préalables doivent être réalisées pour l’existence de
l’infraction d’abandon d’un navire ou aéronef militaire. Il s’agit de l’existence
d’un navire ou aéronef militaire et l’exigence d’un péril ou d’un risque de perte
du navire ou de l’aéronef.

II. Eléments constitutifs proprement dits


a)L’auteur de l’infraction
L’auteur incriminé peut être toute personne embarquée à bord du navire
ou de l’aéronef visé, ou le pilote du navire ou de l’aéronef. Il peut s’agir égale-
ment de tout commandant de navire ou de tout pilote d’aéronef militaire, de
même que tout commandant non pilote d’un aéronef militaire.
b)L’acte incriminé
Ce qui est interdit, c’est l’abandon d’un navire ou d’un aéronef militaire.
L’acte incriminé doit se passer soit en cas de péril, soit avant que la perte soit
totalement consommée.
L’abandon est perpétré sans ordre et en violation des consignes réçues des
chefs hiérarchiques pour la sauvegarde de l’engin et dans l’intérêt du service
Catalogue des infractions 23

(art.118). L’abandon n’est punissable que lorsque le pilote est chargé de con-
duire l’engin, de naviguer avec le navire ou de voler avec l’aéronef mili-
taire(art.119).
L’abandon est perpétré par un commandant ou un pilote qui quitte l’engin
avant le dernier individu embarqué(art.120).
c)L’élément moral
L’élément intentionnel consiste à perpétrer son acte de manière libre et
consciente. L’agent est éxonéré pénalement lorsqu’il pose son acte conformé-
ment à un ordre ou à une consigne de sa hiérarchie.

III. Sanctions susceptibles d’être encourues


L’auteur de l’infraction d’abandon d’un navire ou d’un aéronef militaire
est passible d’une peine de servitude pénale principale dont le taux varie entre
un et cinq ans. La destitution sera encourue par tout officier coupable de cette
infraction, peu importe le taux de la peine principale (art. 118).
Le pilote coupable encourra une peine de six mois à cinq ans de servi-
tude pénale principale (art. 119). La peine de mort sera appliquée à l’endroit de
l’auteur, qu’il soit commandant de navire ou pilote d’aéronef militaire ou com-
mandant non pilote d’un aéronef militaire (art.120).

05. Absence du numéro d’identification nationale


Voir Numéro d’identification nationale, n°379.

06. Absence irrégulière


L’absence irrégulière est une infraction d’ordre militaire qui consiste à
soustraire son auteur de ses obligations militaires. Elle est prévue par l’article
43 du code pénal militaire (article 408 de l’ancien code de justice militaire).
Cette disposition légale définit l’absence irrégulière comme l’absence non auto-
risée du corps pendant plus de trois jours. Cette infraction n’est avérée que le
quatrième jour à partir de la constatation de l’absence du militaire.
Par « absence non autorisée », il faut entendre l’état du militaire qui ne se
trouve pas présent là où il devait être, ou qui se trouve là où il ne peut réguliè-
rement être. L’auteur de l’infraction d’absence irrégulière est punissable de
deux ans de servitude pénale.

I. Eléments constitutifs
Pour sa réalisation, l’infraction d’absence irrégulière exige la réunion
des éléments constitutifs. Ceux-ci sont la qualité requise pour l’agent, les élé-
ments matériels et l’élément moral.
24

a)La qualité réquise pour l’auteur


L’infraction d’absence irrégulière ne peut être commise que par un
militaire ou un assimilé. Aux termes de l’article 106 alinéa 2 du code judiciaire
militaire, les assimilés sont des membres de la police nationale et les bâtisseurs
de la nation pour les faits commis pendant la formation ou à l’occasion de
l’exercice de leurs fonctions.
b)Les éléments matériels.
1. Le fait de quitter son unité sans autorisation
Le déplacement d’un militaire n’est valable que s’il est autorisé par écrit ou
verbalement, selon les distances à effectuer.
2. La durée de l’absence irrégulière
C’est à partir du quatrième jour qu’il est fait le constat de l’absence irrégu-
lière d’un militaire ou d’un assimilé à son unité. Ce qui signifie que la durée
maximum d’absence non infractionnelle est de trois jours. Cette durée consti-
tue un facteur déterminant.

c)L’élément moral
Il est entendu que pour être punissable, l’absence du corps non autorisée
reprochée à un militaire doit être volontaire. C’est le dol général qui est requis26
. L’acte libre et conscient d’un militaire ou d’un assimilé qui se dérobe à ses
obligations militaires ou autres pendant au moins quatre jours.

II. Régime répressif


Le législateur prévoit comme peine le maximum de deux ans de servitude
pénale principale à l’endroit du coupable de l’absence irrégulière. Notons, ce-
pendant, que dans la pratique, les sanctions disciplinaires sont préférées aux
sanctions pénales. Il a d’ailleurs été jugé que l’absence irrégulière du corps
constitue selon le caractère de gravité qu’elle présente, et que le juge apprécie
soit une simple faute militaire, soit l’infraction de désertion27 .

07. Abstention coupable d’un fonctionnaire


L’abstention coupable d’un fonctionnaire est le fait pour un fonctionnaire
ou toute personne chargée de service public de retarder ou de retenir sans mo-
tif valable des fonds ou deniers publics dont il a la gestion, et qui sont destinés
au payement des rémunérations, des créances, des traitements ou sa-
laires…(article 150f du code pénal livre II).
L’infraction vise aussi le fonctionnaire qui s’abstient volontairement de
faire dans le délai lui imparti par la loi ou par les règlements un acte de sa fonc-

26
HCM RP 001/2004 du 5 octobre 2004, M.P.C/Col Alamba et consorts, inédit.
27
C.G app., 19 janvier 1901, Jur. Etat I p. 113.
Catalogue des infractions 25

tion ou de son emploi, qui lui a été régulièrement demandé (art.150 g CPL II).
Est également concerné le retard manifestement exagéré dans
l’accomplissement de l’acte de sa fonction ou de son emploi, lorsqu’un délai
n’est pas expressément fixé.

I. Eléments constitutifs

Sous l’expression « abstention coupable de fonctionnaire », il faut com-


prendre deux infractions distinctes : d’une part le retard de paiement (art 150 f)
et d’autre part les abstentions coupables proprement dites (150 g).
Les éléments du retard de paiement sont :
1. la qualité du sujet de l’infraction qui doit être fonctionnaire ;
2. le retard ou la retenue du règlement de fonds ou deniers publics ;
3. des fonds ou deniers publics devant relever de la gestion du fonctionnaire ;
4. des fonds ou deniers publics devant être destinés au paiement des rémuné-
rations, traitements, salaires et créances dus par l’Etat.
La cour a arrêté que l’infraction d’abstention coupable d’un fonctionnaire est
établie dans le chef d’un président délégué général qui n’a pas signé un nouveau
chèque ou n’a pas procédé au paiement, par d’autres voies en faveur de son
prédécesseur, pour paiement des salaires et indemnités de logement lorsque le
premier chèque ne peut plus être présenté au guichet de la banque, les signa-
tures y apposées n’étant plus valides28.
Les éléments des abstentions coupables sont les suivants :
1. le sujet de l’infraction doit être un fonctionnaire ;
2. l’abstention doit être volontaire ;
3. l’objet de l’abstention doit être l’acte de la fonction régulièrement demandé ;
4. enfin, la durée de l’abstention doit dépasser les délais légaux ou être mani-
festement exagérée.
L’agent payeur de la Banque Centrale du Congo qui refuse de servir le comp-
table public alors que les sommes sont à sa disposition depuis une se-
maine, commet l’infraction. Il en est de même du caissier qui pour sortir
l’argent destiné au fournisseur de son employé, prend une semaine alors que les
signatures ont été complètées. Par contre, le même caissier ne commet pas
d’infraction s’il n’y a pas de liquidités, tout comme l’officier de l’état civil qui
délivre un acte de naissance dans le délai légal.

28
Cour d’Appel de Kinshasa /Matete RP 074, Arrêt du 08 janvier 2004, Ministère public et
partie civile Elumba Nkongolo Jean Bosco contre Mr Mukwene Wawa, Kabukanyi Zila Ya-
maya et la foire internationale de kinshasa, inédit.
26

II. Poursuites
La victime de l’infraction d’abstention coupable du fonctionnaire,
l’employeur du fonctionnaire peuvent saisir un officier de police judiciaire29 ou
un officier du Ministère public. Le ministère public a qualité pour poursuivre.
Le tribunal de paix jugera l’auteur de l’abstention coupable d’un fonctionnaire.
La poursuite peut être faite sur citation directe de la victime, de l’employeur du
fonctionnaire ou sur requête du Ministère public.

29
Il découle des articles 2 et 3 du code de procédure pénale que les officiers de police judi-
ciaire ont le pouvoir de constater des infractions par procès-verbaux (art.3 du CPP). En
effet, la police judiciaire constate les infractions (art.2 CPP) ainsi que toutes les circons-
tances qui les ont entourées. Elle prélève toutes les traces qu’elles ont laissées. Si
l’infraction est flagrante , la police judiciaire est dotée des pouvoirs étendus, non seulement,
pour constater l’infraction, mais également pour rechercher immédiatement tous les rensei-
gnements utiles,et cela à l’aide des moyens coercitifs. Lorsque la police judiciaire vient à
constater une infraction flagrante ou à être avisée d’une telle infraction, elle doit se transpor-
ter sur les lieux. Elle se dépêche sans délais sur les lieux (art.5 du CPP) pour procéder à
toutes constatations utiles. Dès son arrivée sur les lieux, l’Officier de police judiciaire prend
toutes les mesures nécessaires pour veiller à la conservation des moyens de preuve qui
permettront de parvenir à la manifestation de la vérité (art.2).
L’Officier de police judiciaire procède à la saisie des objets se rapportant à l’infraction. Par-
mi ces objets, les moyens de transport ayant servi à commettre l’infraction, ou les choses
paraissant avoir été le produit (art.3).
Pour faire surgir les preuves non apparentes, la police entreprend des investigations. Elle
cherche les papiers, les documents et autres objets susceptibles d’avoir un rapport avec
l’infraction ou d’appeler une certaine lumière sur les circonstances de celle-ci. Elle procéde-
ra au besoin par voie de perquisition, sans que les personnes chez qui ces investigations
ont lieu puissent s’y opposer. Si elles s’y opposent, elles commettent l’infraction de rébellion.
Les perquisitions policières doivent avoir lieu dans des conditions qui ne permettent pas de
mettre en doute la régularité des découvertes auxquelles elles pourraient donner lieu. En
conséquence, les perquisitions dovenit avoir lieu en présence de la personne soupçonnée
d’avoir participé à l’infraction ou de détenir des pièces à conviction ou à défaut en présence
des témoins (art .3 alinéa 2 du CPP). A l’occasion des investigations et perquisitions :
- l’Officier de police judiciaire doit procéder à la saisie de tout ce qui peut servir à la
manifestation de la vérité ;
- l’Officier de police judiciaire peut recourir avec utilité et efficacité à des experts, à
des techniciens, des interprètes,des traducteurs, des médecins pour faire toutes
constatations utiles ou en vertu d’une réquisition de l’officier du Ministère public ;
- l’Officier de police judiciaire peut auditionner (art.64 de l’ord relative à la police judi-
ciaire) des témoins et des suspects ;
- l’Officier de police judiciaire, au cours de l’enquête, peut recourir à la garde à vue
du suspect pendant 48 heures, s’il existe contre la personne en question des in-
dices graves et concordants de nature à motiver l’inculpation (art. 72 de l’ord de
1978) ; c’est le cas quand il y a danger de fuite,identité inconnue ou douteuse ;
- dès que les indices graves et concordants sont réunis, l’Officier de police judiciaire
doit conduire le suspect devant le Procureur de la République (art. 73 de
l’’ordonnance-loi 78-239 du 3 juillet 1968 relative à l’exercice des attributions des
OPJ et APJ près les juridictions de droit commun).
Catalogue des infractions 27

a)Le texte de loi qui réprime l’abstention coupable d’un fonctionnaire.

Le code pénal (Décret du 30 janvier 1940), en son article 150 f et g modifié et


complété par l’article 6 de la loi n° 05/006 du 29 mars 2005, est le texte légal
en matière d’abstention coupable d’un fonctionnaire.

b) Quelles pénalités peuvent être infligées au coupable ?


En cas de retard de paiement, les pénalités sont de deux mois de servitude pé-
nale principale et d’une amende de dix mille à cent mille francs congolais cons-
tants30 ou d’une de ces peines (Article 150 f). Pour les abstentions coupables, il
s’agit de six mois de servitude pénale principale et une amende de dix mille à
cent mille francs congolais constants31 ou d’une de ces peines (Article 150 g).

c) Prescription de l’action publique et des peines

Après écoulement d’une année à compter de la fin du délai légal pour faire
l’acte de sa fonction, l’auteur de l’infraction d’abstention coupable d’un fonc-
tionnaire ne sera plus poursuivi. La décision du juge qui a omis de constater
que l’action publique était éteinte au moment où il en a été saisi doit être annu-
lée32 . Si la peine n’a pas été exécutée normalement, ou si le condamné n’est pas
décédé ou gracié, deux ans après, la peine ne sera plus appliquée.

0.8. Abstention d’accomplir un acte de fonction re-


quis à l’occasion d’abus ou de mise en danger
d’un enfant
Voir protection pénale de l’enfant après naissance, n° 467-1.

09. Abstention d’apporter secours à une per-


sonne
en danger
L’abstention d’apporter secours à une personne en danger est le fait pour
une personne de s’abstenir volontairement de porter à une autre personne qui
est en danger ou en péril une assistance qu’elle pouvait lui prêter sans risque
pour elle ou pour les tiers, soit en intervenant personnellement, soit en provo-
quant le secours.

30
Article 150 f tel que modifié et complété par l’article 6 de la loi n° 05/006 du 29 mars 2005
modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal congolais (JORDC,
ème
47 année, Numéro spécial, 05 octobre 2006).
31
Idem.
32
C.S.J., RPA 38, 23 décembre 1976, B.A. 1977, pp 198-199.
28

I. Conditions préalables et éléments constitutifs

a) Conditions préalables

Comme conditions préalables à l’établissement de l’infraction


d’abstention d’apporter secours à une personne en danger, il faut l’existence
d’une personne humaine en péril et l’absence de risque pour le sauveteur et les
tiers.

b) Eléments constitutifs
L’élément matériel s’entend par l’inaction ou l’abstention de porter se-
cours. L’agent qui a eu personnellement conscience du danger et de
l’impérieuse nécessité d’intervenir immédiatement, mais qui s’abstient pourtant
et volontairement, assume l’élément intellectuel.
S’abstenir de secourir un vieillard sur le point de mourir, ne pas donner de l’eau
à boire à une personne qui meurt de soif, ou encore s’empêcher de jeter à un
chasseur tombé dans un trou profond une machette située non loin de lui et
susceptible de lui permettre de faire des tranchées pour se tirer d’affaires, ce
sont là autant d’ exemples concrets d’infraction d’abstention d’apporter secours
à une personne en danger.

II. Poursuites
Qui peut se porter accusateur33 ?. Indépendamment de la plainte de la
victime, le parquet peut poursuivre le présumé auteur de l’abstention
d’apporter secours à une personne en danger. La plainte peut aussi être dépo-
sée auprès de tout officier de police judiciaire. Par citation directe, le tribunal
de paix peut être saisi par la victime ou par toute autre personne intéressée qui
a subi préjudice.

L’article 66 ter du code pénal livre II issu de l’ordonnance n°78/015 du 04


juillet 1978 prévoit et punit l’infraction d’abstention d’apporter secours à une
personne en danger. Les pénalités sont de trois mois à deux ans de servitude
pénale principale et l’amende ou l’une de ces peines seulement. L’action pu-
blique est prescrite dans un délai de trois années. Quant aux peines, elles sont
prescrites après un délai double de la peine prononcée, mais ce délai ne pourra
pas être inférieur à deux ans.
33
La poursuite est mise en mouvement par une accusation. Un accusateur saisit l’autorité
publique, imputant une infraction à son adversaire. Ce droit appartient à la victime et à ses
proches. Avec l’installation du « procureur » dans notre procédure pénale, il incombe alors à
ce dernier le soin de déclencher la poursuite indépendamment de tout accusateur privé.
C’est l’accusateur spécialisé chargé de représenter objectivement l’intérêt social que nous
appelons Ministère public.
Catalogue des infractions 29

10. Abstention d’assistance contre une infraction


L’abstention d’assistance contre une infraction est le fait pour quiconque
pouvant empêcher par son action immédiate une infraction contre l’intégrité
corporelle de la personne sans risque pour lui ni pour autrui, de s’abstenir vo-
lontairement de le faire.

I. Conditions préalables et éléments constitutifs


Pour que l’infraction d’abstention d’assistance contre une infraction
soit établie, il faut des conditions préalables. L’existence d’une infraction mena-
çant l’intégrité corporelle d’une personne physique, par exemple des coups et
blessures, l’administration des substances nuisibles, l’empoisonnement, etc. et
l’absence de risque pour la personne qui pourrait apporter son concours et
pour les tiers.
a)L’élément matériel
L’élément matériel comprend l’omission d’intervenir dans le chef d’un specta-
teur qui pouvait empêcher la réalisation de l’infraction par une action immé-
diate. L’agent est témoin d’une infraction qu’il pouvait empêcher de se com-
mettre.
b)L’élément moral
L’élément moral consiste en ce que, volontairement, le spectateur s’abstient
consciemment de porter secours. Est susceptible d’être poursuivie et punie
pour abstention d’assistance contre une infraction une femme dont le mari
attrape un voleur. En effet, lorsque cette femme sait que le mari va tuer le
voleur,mais s’abstient d’intervenir pour l’empêcher de réaliser cet homicide, elle
est poursuivable. Le médecin qui assiste à l’avortement criminel pratiqué par
un confrère est tout aaussi poursuivable, comme celui qui laisse son ami voler
les biens d’autrui. Par contre, l’infraction est inexistante dans le cas de celui qui,
menacé par les preneurs d’otage, assiste passivement à leur maltraitance.

II. Poursuites

a) Qui peut exercer l’action publique34 ?


L’officier du ministère public 35(Parquet), même contre la volonté de la
victime, exerce l’action publique dès que l’information lui parvient. La victime

34
L’action publique, que l’on appelle aussi « l’action pour l’application des peines », a pour
but, en effet ,de réprimer le trouble social par l’application d’une peine ou d’une mesure de
sûreté à l’auteur de l’infraction. C’est une action d’intérêt général ou d’ordre public, par op-
position à l’action civile qui est d’intérêt privé. L’action publique appartient à la société, et à
elle seule. Celle-ci a seule le droit de l’exercer ou d’y renoncer. A vrai dire, la société la fait
exercer par des représentants qualifiés, les Magistrats du Ministère public.
35
Les membres du Ministère public auxquels la loi a confié l’exercice de l’action publique
sont les magistrats du parquet. Pour les opposer aux juges, magistrats du siège, on les
30

peut d’elle-même porter plainte. La police est saisie par sa plainte ou sur dé-
nonciation de toute autre personne qui a vu se commettre les faits. La plainte
peut être écrite ou verbale.
Le tribunal de paix peut être saisi par citation directe ou par assignation
à prévenu après requête aux fins de fixation d’audience.

b) Quelles servitudes pénales et amendes l’abstentionniste encourt-


il ?
L’article 66 bis du code pénal livre II issu de l’ordonnance n°78/015 du
04 juillet 1978 prévoit trois mois à un an de servitude pénale et une amende.
Les deux peines peuvent être prononcées cumulativement, ou l’une d’elles seu-
lement. L’action publique s’éteint endéans une année à dater du jour de la
commission de l’infraction36 .
Quant à la prescription des peines , celles-ci ne seront plus exécutées au délai
double de la peine prononcée. Cependant, ce délai ne pourra pas être inférieur
à deux ans.

11. Abstention de combattre l’ennemi


Aux termes de l’article 60 du code pénal militaire est puni de mort, tout
commandant qui, pouvant attaquer et combattre un ennemi égal ou inférieur
en force, secourir une troupe, un navire ou un aéronef national poursuivi par

appelle les « magistrats debout », parce qu’ils se lèvent à l’audience pour présenter leurs
réquisitions.
1° Le Ministère public recherche, en matière répressive ,les infractions aux actes législatifs
et réglementaires qui sont commises sur le territoire national. Il reçoit les plaintes et les
dénonciations. Il pose des actes d’instruction et saisit les cours et tribunaux.
2° Il assiste à toutes les audiences (art.9 alinéa 1er) et donne ses avis dans les cas prévus
par la loi.
3° Il remplit les devoirs de son office auprès des juridictions établies dans son ressort territo-
rial (art.11).
4° Il a la surveillance de tous les Officiers de police judiciaire (art.6 alinéa3). Il peut les char-
ger d’effectuer des devoirs d’enquêtes, des visites de lieux, des perquisitions et des saisies
qu’ils déterminent (art. 12).
5° Il n’est pas juge mais partie. Il agit au nom de la société à laquelle l’infraction a porté
atteinte (il est l’avocat de la société). Il a pouvoir de poursuivre et d’exercer l’action publique.
Il est partie au procès pénal.
6° Le Ministère public est un demandeur. Qu’il ait lui-même mis l’action publique en mou-
vement ou qu’il se soit joint à l’action déclenchée par la partie civile, c’est toujours lui qui
exerce cette action et qui est demandeur à l’action publique.

36
Le point de départ des délais de la prescription est défini par l’article 25 du code pénal le
jour où l’infraction a été commise (dies a quo) et compris dans le délai (art 26, al 2).
Catalogue des infractions 31

l’ennemi ou engagé dans un combat, ne l’a pas fait. Le commandant n’est justi-
fié qu’à la condition d’avoir été empêché par des instructions générales ou des
motifs graves.

I. Conditions préalables

La réalisation de l’infraction d’abstention de combattre l’ennemi requiert


trois conditions préalables.
1. Un contexte temporel exceptionnel. Celui-ci doit être dû soit au temps
de guerre, soit à une opération de police de maintien ou de rétablisse-
ment de l’ordre public, soit encore à une attaque isolée dirigée contre un
navire ou un aéronef battant pavillon congolais sur les eaux territoriales
congolaises, ou dans l’espace aérien national ;
2. L’existence d’une troupe, d’un navire ou d’un aéronef national en dan-
ger ;
3. La qualité de commandant.

II. Eléments constitutifs

L’infraction d’abstention de combattre l’ennemi est caractérisée par


l’élément matériel et l’élément moral.
a)L’élément matériel
L’acte matériel consiste en l’abstention d’attaquer et de combattre l’ennemi, ou
en l’abstention de porter secours à une troupe, à un navire ou à un aéronef
national. Ainsi, l’abstention de combattre l’ennemi, telle que prévue par l’article
60 du code pénal militaire, comprend donc l’omission d’attaquer ou de com-
battre l’ennemi ou l’abstention de porter secours à une troupe, à un navire ou à
un aéronef national.
b)L’élément moral
La responsabilité de l’agent demeure l’exigence indispensable pour la commis-
sion de l’infraction d’abstention de combattre l’ennemi. L’abstention doit être
volontaire, c’est-à-dire manifestée en connaissance de cause, de façon cons-
ciente et délibérée (élément intentionnel).

12. Abstention de donner des soins préventifs re-


quis
à l’enfant
Voir protection pénale de l’enfant, n°466-2.
32

13. Abstention de porter assistance à une femme


en instance d’accouchement
Voir protection pénale de l’enfant avant sa naissance, n°468- 1.

14. Abstention de porter secours à un enfant me-


nacé d’atteinte imminente à sa vie
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-3.

15. Abus de confiance


L’abus de confiance est le détournement d’un bien qui avait été remis et
accepté dans un but précis. L’auteur de l’infraction usurpe la chose ou un droit
portant sur la chose qu’il détient de façon précaire. Incriminé par l’article 95 du
code pénal, l’abus de confiance est le détournement ,au préjudice d’autrui ,d’un
bien préalablement confié au délinquant par la victime à une fin précise, à sa-
voir la restitution, la représentation ou un usage déterminé.

I. Conditions préalables et éléments constitutifs

La structure de l’infraction d’abus de confiance est marquée par la dis-


tinction entre les conditions préalables et les éléments constitutifs. L’abus de
confiance suppose la confiance accordée et la confiance trompée.

a) Conditions préalables
1. La remise : un accord de volonté en vertu duquel la chose a été remise de
façon précaire. Peut donc générer l’abus de confiance : le louage, le mandat, le
nantissement, le prêt à usage, le gage, le dépôt, etc. La validité du contrat est
indifférente à l’égard des poursuites pénales.
La remise est nécessairement préalable et volontaire, mais elle doit être
affectée à un but précis. Le propriétaire n’entend pas se dessaisir de la chose,
mais simplement la remet à un tiers dans un but déterminé. Finalement, l’abus
de confiance est constitué « par la décision de s’arroger sur la chose détenue à
titre précaire des pouvoirs plus énergiques que ceux dont on devrait normale-
ment disposer »37 .

2. L’objet de la remise : La remise doit obligatoirement porter sur les biens


énumérés soit des effets, des deniers, des marchandises, des billets, des quit-
tances (décharges)ou des écrits contenant ou opérant obligation. Ce qui veut
dire que l’objet de l’infraction de l’abus de confiance a un caractère nécessaire-

37
LARGUIER J., Droit pénal des affaires, éd.Armand colin, Paris, p.152.
Catalogue des infractions 33

ment mobilier. Il a été jugé que les rations et loyers sont des deniers suscep-
tibles de faire l’objet de la remise38.

b) Eléments constitutifs

Comme toute infraction, l’abus de confiance, outre l’élément légal, se compose


de trois éléments constitutifs classiques et d’un élément spécifique, qui est le
préjudice. L’élément légal est constitué par l’article 95 du code pénal livreII.
Les agissements constitutifs de l’abus de confiance sont nécessairement fraudu-
leux, et la constatation du détournement inclut nécessairement l’affirmation de
la mauvaise foi39.

1. Le détournement. Le détournement existe dès lors que le propriétaire de la


chose confiée ne peut plus exercer ses droits sur elle. Le prévenu se trouve
dans l’impossibilité de rendre la chose d’autrui. C’est le détournement ou la
dissipation de l’objet reçu. L’infraction n’exige pas que le prévenu se soit ap-
proprié la chose ni qu’il en ait tiré un profit personnel. Le détournement ou
l’usage fait de la chose d’autrui doit faire tort, dommage à quelqu’un (préju-
dice). Il suffit de priver quelqu’un des droits légitimes sur la chose. Même la
victime d’un préjudice indirect est fondée à réclamer un dédommagement. Le
détournement peut consister en l’usage abusif. Un usage impliquant la volon-
té de détourner la chose ou de l’abandonner après l’avoir détournée de son
usage40. Seul un acte positif caractérise l’usage constitutif de l’abus de con-
fiance. Le fait pour un salarié d’utiliser son véhicule de service pour des dépla-
cements personnels constitue l’abus de confiance . Il en est de même d’un di-
recteur salarié d’une entreprise qui commet un détournement en utilisant la
machine de la société à des fins personnelles. Le détournement est constitutif
de l’abus de confiance à condition que l’agent ait connaissance de l’affectation
claire et originale de la chose.
Le détournement peut consister en un refus de restituer. Lorsque la
personne refuse de restituer un bien ne lui appartenant pas et sur lequel elle n’a
aucun droit, l’abus de confiance est constitué. Par contre ne commet pas l’abus
de confiance, l’avocat qui retient les pièces du dossier jusqu’au paiement com-
plet de ses honoraires. Le délaissement constitue un acte de disposition carac-
térisant le détournement. Nous estimons que commet l’infraction d’abus de
confiance la personne ayant loué un véhicule qu’elle délaisse à la suite d’un
accident, sans informer la société du sinistre ou du lieu où se trouve la voiture
qui a été revendue par la suite.

38
Tribunal de paix de kananga, RP 501/CD, 13 août 2004, ministère public et partie civile
Mputu tshibilondi contre le prevenu Badibanga Kankolongo, inédit.
39
Crim. , 5 novembre 1975, Bull., n°237.
40
Crim. , 28 décembre 1934, Bull. n°217.
34

Le détournement peut consister en une impossibilité de restituer. La


qualification dépend essentiellement de l’existence de l’intention frauduleuse. Si
le prévenu a pris des risques et a dissipé les biens, l’abus de confiance est au-
tomatiquement constitué. Le détournement peut consister en un retard dans
la restitution. Le retard dont question doit se traduire par une volonté fraudu-
leuse de la part de l’auteur. Le simple dépassement de la date prévue initiale-
ment dans le contrat et même la mise en demeure de restituer ne suffisent pas à
constituer l’abus de confiance. La volonté de l’agent de détourner le bien est un
trait essentiel de l’infraction d’abus de confiance.

3. Le préjudice. L’abus de confiance consiste en un détournement com-


mis « au préjudice d’autrui », élément constitutif autonome de
l’infraction. Ce qui signifie que la qualification d’abus de confiance
ouvre droit à la réparation au profit des propriétaires, des détenteurs et
des possesseurs des effets détournés. Le préjudice peut être matériel ou
moral. Le repentir actif et la restitution du bien après l’abus de con-
fiance ne font pas disparaître le délit41, car tous les événements qui sur-
viennent postérieurement au détournement sont sans incidence sur la
commission d’une infraction totalement et définitivement commise.

c) L’élément moral

L’abus de confiance n’existe que si le détournement a été commis avec


une intention frauduleuse. C’est la connaissance qu’on a qu’en utilisant pour soi
l’objet reçu d’autrui à d’autres fins, on lui cause dommage et l’on se procure ou
procure à autrui un bénéfice illicite. Un détournement est frauduleux dès que
l’agent dispose de la chose, lorsqu’il a pu prévoir qu’un préjudice pouvait en
résulter, mais il n’est pas nécessaire qu’il ait voulu le causer. L’intention dispa-
rait si l’impossibilité de restituer est due à la force majeure. La notion de force
majeure est appréciable par les juges. De même, l’exception de bonne foi fait
disparaître le caractère pénal du comportement. Lorsque le propriétaire auto-
rise une personne à utiliser les fonds encaissés pour son compte, l’impossibilité
de restituer ne constitue pas le délit d’abus de confiance42 . L’abus de confiance
n’est pas constitué par une simple négligence43 , il suppose que l’agent ait agi
sciemment.

41
Crim. , 17 novembre 2004, Dr.Pén.2005, comm, n°78, obs. Veron.
42
Crim. , 20 février 1980, Bull., n°66.
43
Crim. , 26 février 2002, Bull., n°44.
Catalogue des infractions 35

En effet, dans l’intention frauduleuse44, la fraude consiste pour un indi-


vidu possédant à titre précaire la chose d’autrui, si non à s’approprier cette
chose, du moins à se conduire à son égard comme propriétaire au préjudice de
son véritable propriétaire, possesseur, ou détenteur45 . En outre, a suffisamment
démontré l’existence de l’intention frauduleuse d’abus de confiance, la motiva-
tion fondée sur le fait que le demandeur qui avait, en vertu d’un contrat
d’entreprise, la détention précaire du bois et de l’argent en vue d’un usage bien
déterminé, les a utilisés à ses propres fins46 .
Les exemples d’abus de confiance sont légion. Vendre à un tiers des bi-
joux reçus en gage, le gérant qui détourne à son profit des bénéfices de la so-
ciété, le transporteur qui utilise l’un des objets transportés à l’insu du destina-
taire, le réparateur de montre qui vend une montre lui remise pour réparation
pour faire soigner sa fille malade, le couturier qui détourne le tissu lui remis
pour confection sont autant d’illustrations d’actes constitutifs d’abus de con-
fiance.

II. Régime juridique et Poursuites

a)La répression
L’abus de confiance est une infraction punie de trois mois à cinq ans
de servitude pénale principale et d’une amende ou d’une de ces peines seule-
ment (article 95 du code pénal livre II ). Il y a en la peine d’amende une dissua-
sion sur le plan financier.
b) Particularités de la poursuite
La victime d’un abus de confiance peut porter les faits à la connais-
sance de la police. Elle peut porter plainte au parquet ou traduire le prévenu
devant le tribunal de paix. Le Ministère public peut lui aussi mettre l’action
publique en mouvement. Même quand la partie civile met en mouvement
l’action publique, le Ministère public appelé à cette cause devient seul partie
poursuivante, car la loi lui reconnaît, à lui seul, l’exercice de l’action publique47 .
c) La prescription de l’action publique48
L’abus de confiance est une infraction instantanée consommée au jour
de l’accomplissement du détournement. Selon les délais de droit commun, la
prescription infractionnelle de l’action publique est de trois ans. A compter du

44
Il y a abus de confiance lorsqu’il y a violation d’un contrat translatif de la détention ou de
la possession intervenue avec intention frauduleuse C.S.J., 1er décembre 1976, RP 124,
aff. Nseai c/M.P et Yanga, BA 1977, p.194, tiré de KATUALA KABA KASHALA et alii ; Arrêts
de principe et autres principales décisions de la Cour Suprême de Justice, Editions Batena
Ntambua , Kinshasa 2009.

45
GARRAUD. , Droit pénal français, T. VI, n° 2618.
46 er
C.S.J., RP 124, 1 décembre 1976, B.A. 1977, p. 194.
36

jour de l’accomplissement du détournement si trois années se sont écoulées,


l’auteur du détournement ne sera plus poursuivi.
d) La prescription des peines
La personne condamnée à trois ans pour abus de confiance va voir sa
peine ne lui être plus exécutée après six ans (délai double de la peine prononcée
pour les peines de servitude pénale de dix ans ou moins).
e)La tentative
Le code pénal punit l’abus de confiance consommé, mais il ne prévoit pas
la punition de la tentative49 . Ce manque de répression de la tentative est impo-

47
A. RUBBENS . , Instruction criminelle, tome III , p. 121
48
En droit civil, l’action qui n’est pas exercée dans un certain délai(en règle générale, trente
ans, conformément au code civil congolais livre III) ne peut plus l’être à l’expiration de ce
délai. On dit qu’elle est éteinte par la prescription, ou encore qu’elle est prescrite. Il en est
de même en droit pénal. L’action publique, si elle n’est pas intentée pendant un certain
délai, s’éteint, elle aussi, par l’effet de la prescription extinctive ; le délinquant ne peut plus
être poursuivi et, de ce fait, l’infraction dont il s’est rendu coupable va rester impunie.
49
La tentative pose les problèmes de l’infraction tentée, de l’infraction manquée et de
l’infraction impossible. L’infraction tentée. Une infraction est souvent le résultat d’une série
de réflexions, de résolutions et de préparations. Sans doute ne faut-il pas attendre que
l’infraction soit consommée pour déclencher la répression ; mais on doit se demander à
partir de quel moment les pouvoirs publics sont autorisés à poursuivre l’auteur d’une infrac-
tion non consommée, et quelle peine ils peuvent lui infliger. Il faut des conditions réquises
pour qu’il y ait tentative punissable. Pour qu’il y ait infraction tentée, il faut la résolution de
commettre une infraction déterminée ; des actes extérieurs constituant un commencement
d’exécution de l’infraction projetée et l’absence de désistement volontaire. Constituent un
commencement d’exécution les actes qui font partie des éléments constitutifs de l’infraction
tels qu’ils sont définis par la loi ou des circonstances qui peuvent en renforcer la répression.
Il a été jugé que constituent le commencement d’exécution les actes devant avoir pour con-
séquence immédiate et directe de consommer le crime (Cass, crim. 29 déc. 1970,
J.C.P.1971. II.16770, pour la mise en place par les malfaiteurs d’un puissant dispositif
d’attaque -- arme, gants, lunettes etc. -- qui demontrait que la phase d’exécution de
l’agression était commencée). De même, il a été estimé qu’il y avait tentative punissable en
matière de trafic de stupéfiants dès lors qu’il est établi que celui qui se propose d’acheter a
engagé avec celui qui lui fait offre de vente des pourparlers sérieux » (Cass. Crim. 18 août
1973, Gaz. Pal., 1973, 2,861). La tentative punissable requiert une absence de désistement
volontaire. L’agent même, s’il a franchi le seuil du commencement d’exécution, échappera à
toute sanction s’il s’est volontairement désisté. C’est une dernière chance que la loi lui offre
de rentrer impunément dans le chemin de la légalité. Pour être pris en considération le dé-
sistement doit être volontaire. Il ne faut donc pas qu’il soit dû à un élément étranger à la
volonté de l’agent. Le désistement doit intervenir avant que l’infraction soit consommée. Le
troisième élément, pour que la tentative soit punissable, est l’intention de commettre
l’infraction tentée. C’est ce qui explique qu’il n’y ait pas de tentative des infractions non in-
tentionnelles. L’article 4 du code pénal dispose que la tentative est punissable. Toute tenta-
tive réunissant les conditions rappelées ci-dessus est considérée comme l’infraction elle-
même. Il en est de même de la tentative de l’infraction lorsque la loi la réprime expressé-
ment. L’auteur d’une tentative est donc passible de la même peine que celle qu’il eût encou-
rue si l’infraction avait été consommée. L’infraction manquée : il y a infraction manquée
lorsque l’agent a fait tout ce qui était nécessaire pour réaliser l’infraction, mais a manqué
son but par maladresse ou pour toute autre raison, alors que le but recherché par l’agent
était possible à atteindre, si celui-ci avait été plus adroit , avait agi avec plus de rapidité, etc.
Catalogue des infractions 37

sé par la nature même de l’infraction d’abus de confiance. Seul le refus de resti-


tution consomme ici l’infraction. La jurisprudence définit très largement l’abus
de confiance consommé, ne laissant ainsi aucune place à l’existence de la tenta-
tive.

16. Abus de dot


I. Définition

La dot est une des conditions pour que se réalise le mariage. Le verse-
ment et l’acceptation de la dot sont la preuve nécessaire et suffisante du con-
sentement des parents et des membres des familles des fiancés. Cependant, le
législateur a voulu que la dot reste symbolique, dans le but de mettre fin à cer-
taines pratiques tendant à considérer la dot comme l’occasion propice pour
s’enrichir. C’est pourquoi la valeur maximale de la dot sera fixée, pour chaque
province, par le Président de la République (article 363 du code de la famille).
L’infraction d’abus de dot consiste alors en la violation de l’obligation de ne
pas dépasser la valeur maximale fixée.
Seront donc punies les personnes qui solliciteront une dot supérieure
au montant maximum qui aura été fixé et celles qui céderont à ces sollicitations
(versement ou acceptation d’une dot dont la valeur dépasse le maximum légal).

II. Poursuites

La procédure de conciliation en Conseil de famille est un préalable à


toute poursuite relative à l’abus de dot. Si, en dépit de la conciliation, le conflit
persiste, le tribunal pourra alors être saisi. Le tribunal de paix est l’instance ju-
diciaire compétente.

a)Le texte légal et la sanction

Il y a plus que simple tentative, puisque l’agent a accompli tous les actes qui dépendait de
lui de commettre et n’a pas été arrêté en cours d’exécution, de sorte qu’il n’y a plus aucun
doute à avoir sur son intention d’aller jusqu’au bout. Mais il y a moins que l’infraction con-
sommée, puisque le résultat dommageable ne s’est pas produit. L’infraction manquée est
punie des mêmes peines que l’infraction tentée, car il s’agit d’un comportement qui n’a
« manqué son effet » que par suite de circonstances indépendantes de la volonté de
l’auteur.
L’infraction impossible : c’est l’infraction qui était irréalisable, soit par manque d’objet
(« meurtre » de quelqu’un qui est déjà mort, avortement d’une femme non enceinte), soit à
raison de l’insuffisance des moyens employés (empoisonnement par administration des
substances non toxiques, « meurtre » par un fusil non chargé). Le résultat était objective-
ment impossible à atteindre alors que dans l’infraction manquée, plus d’habilité chez l’agent
aurait permis de l’obtenir à l’aide des moyens mis en œuvre.
38

L’infraction d’abus de dot est prévue et définie par les articles 363 et
427 du code de la famille. Elle est réprimée (article 427 précité) d’une servitude
pénale de sept jours à un mois et d’une amende double des promesses agréées
ou des choses reçues ou demandées au-delà du maximum légalement admis, ou
l’une de ces peines seulement. La sanction est d’application que le mariage ait
lieu ou non.
Si l’auteur est la personne qui doit consentir au mariage du conjoint mineur, les
peines seront portées au double.

b)La prescription de l’action publique50


La prescription de l’action publique relative à l’infraction d’abus de dot
n’interviendra qu’après une année, à compter de la commission de l’infraction.
La prescription de la peine se fera dans le délai de deux ans. Il est à regretter
que depuis l’entrée en vigueur du code de la famille l’autorité habilitée, en
l’occurrence le Président de la République, n’a, à notre connaissance, jamais
procédé à la fixation de la valeur maximale de la dot. Cet état de chose ampute
l’infraction d’abus de dot d’un de ses éléments constitutifs et la rend ainsi ino-
pérante.

17. Abus des biens d’un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-4.

18. Abus des biens sociaux

En droit congolais, l’abus des biens sociaux n’est pas une infraction spécifique.
Il est plutôt un élément du détournement ou de l’abus de confiance. Au regard
de l’évolution des entreprises et en vue d’une évolution législative nous esti-
mons indispensable d’appréhender cette réalité qui, sous d’autres cieux, connaît
une évolution et des réalités importantes.

a)Responsabilité personnelle des dirigeants


Les dirigeants des sociétés commerciales engagent leur responsabilité person-
nelle. C’est le cas, lorsqu’ils disposent du patrimoine social, s’ils abusent de
leurs pouvoirs ou font des biens sociaux un usage contraire ou non conforme à
l’intérêt social. Il revient donc que l’abus des biens sociaux ne concerne que des
dirigeants d’entreprises exploitées sous la forme de sociétés commerciales. Le

50
Prévue et réglementée par le code de procédure pénale (art 24 du code pénal et suivant),
la prescription de l’action publique doit être soigneusement distinguée de celle de la peine.
Elle s’en différencie non seulement par ses effets (la prescription de la peine qui suppose
qu’un individu poursuivi et condamné a réussi à se soustraire à l’exécution de la peine,
éteint la peine prononcée), mais encore par son but et par son fondement.
Catalogue des infractions 39

chef d’entreprise, lorsque celle-ci est exploitée sous la fiction d’une société,
peut être accusé d’abus de biens sociaux ; même si le chef d’entreprise possède
la quasi-totalité des actions ou des parts sociales. Juridiquement, la société dé-
tient un patrimoine propre que son dirigeant ne saurait confondre avec le sien,
sous peine d’être poursuivi. Par contre, le chef d’entreprise, lorsque celle-ci est
sa propriété, ne saurait être accusé puisque l’entreprise constitue un bien qui lui
est personnel.

b)Biens sociaux, objet de la protection légale


Les biens sociaux protégés sont tous ceux qui se trouvent dans le pa-
trimoine social, qu’ils soient meubles ou immeubles, corporels ou incorporels,
qu’il s’agisse des fonds, des titres, des espèces, des factures faussement impu-
tées à la société, du paiement de dépenses personnelles prises en charge de la
société. Sont également punissables les abus de pouvoirs ou de voix (dans les
assemblées générales des sociétés), lorsque les dirigeants les utilisent dans
l’intérêt de parents, d’amis ou pour eux-mêmes.
Sont à assimiler à l’abus de pouvoirs l’utilisation, de mauvaise foi, du crédit de
la société, l’usage partisan des droits de vote attribués à la société dans les as-
semblées générales de sociétés partenaires. Le champ d’application est très
vaste et permet d’incriminer des faits d’abstention ou d’omission commis in-
tentionnellement.

c) Elément intentionnel
Pour que l’infraction soit établie, la notion de mauvaise foi est exigée. Il
doit être établi que le chef d’entreprise savait préalablement que l’usage qu’il
faisait de ses pouvoirs était contraire aux intérêts de la société.

d) Elément matériel
1. Usage des biens sociaux non conforme ou contraire à l’objet social
Il y a une présomption selon laquelle les débours et prélèvements non
justifiés dont les dirigeants sociaux font état (déplacements, réceptions des
clients, expositions, participations à des foires, cadeaux d’entreprises) se trou-
vent automatiquement considérés comme non conformes à l’intérêt social. Si
les justificatifs des dépenses ne sont pas produits ou si les dirigeants sociaux
s’attribuent de leur propre chef des rémunérations excessives, ou encore s’ils
perçoivent un salaire alors qu’ils n’exercent aucune activité dans la société51 ,
l’élément matériel sera déclaré établi.
2. Usage illicite
Tout en employant des biens sociaux dans l’intérêt de la société, le diri-
geant peut faire un usage illicite sans en tirer un avantage personnel. Il en est
51
Par application de la jurisprudence de la cassation française.
40

ainsi des versements effectués à un membre d’une commission pour obtenir


l’attribution d’un marché, la remise d’une somme importante aux inspecteurs
des impôts chargés du contrôle fiscal de la société.
3. Intérêt personnel
L’intérêt personnel est évident : il n’est pas nécessaire de s’approprier défi-
nitivement des fonds sociaux. Nous estimons que sont assimilées à des fins
personnelles les opérations effectuées :
- afin de protéger la réputation de la famille, dans un but électoral, pour
rendre des services à des amis ;
- pour favoriser une autre société ou une entreprise dans laquelle les diri-
geants sociaux étaient intéressés directement ou indirectement ;
- de manière occulte par un dirigeant , car considérées avoir nécessaire-
ment été dans son intérêt personnel.
4. Intérêt du groupe
Il n’y a pas d’abus des biens sociaux lorsque les prêts, avantages, trans-
ferts de fonds sont motivés par l’appartenance des sociétés à un groupe (hol-
dings, filiales, succursales, etc..) dont l’existence est établie. Ces diverses socié-
tés doivent néanmoins avoir en commun un intérêt économique, social ou
financier. Les opérations doivent être réalisées dans le cadre d’une politique
élaborée par l’ensemble du groupe, être compatibles avec la finalité et les pos-
sibilités financières du groupe. Il importe aussi que ces opérations comportent
une contrepartie équilibrant les engagements respectifs des parties.
5. Personnes punissables
Les présidents directeurs généraux, les directeurs généraux, les manda-
taires sociaux, les gérants, les administrateurs etc…engagent leur responsabilité
individuelle pénale. Il s’agit aussi bien des dirigeants de droit que des dirigeants
de fait. Sont passibles des mêmes peines les complices52 dont la participation
aux faits entre dans la définition du code pénal. Seront coupables de recel ceux
qui , en connaissance de cause, auront reçu les biens sociaux dont il a été fait
usage abusif, en particulier les bénéficiaires de détournements.

52
Le sujet de l’infraction fait partie des éléments constitutifs de toute infraction. Si l’on peut
généralement penser à un seul agent, auteur du fait délictueux, la réalité par contre est que
très souvent l’infraction est l’œuvre de plusieurs personnes. Lorsque plusieurs personnes
ont contribué à la réalisation d’une infraction en y prenant une part plus ou moins active et
directe, il y a participation criminelle prévue par les articles 21 à 23 de notre code pénal. La
complicité est une modalité de la participation punissable. Les complices d’une infraction
sont ceux qui apportent à sa réalisation une aide utile, mais non indispensable. La loi a
prévu, de manière limitative, les modes de complicité en l’article 22 du code pénal. Ce sont
les instructions données pour commettre infraction, l’aide accessoire apportée à la commis-
sion de l’infraction et enfin le fait de loger habituellement certaines catégories de malfai-
teurs.
Catalogue des infractions 41

19. Abus des croyances superstitieuses

Il s’agit ici de l’article 78 du code pénal qui ne prévoit pas d’infraction par-
ticulière. L’article 78 dispose que « quiconque abusant des croyances supersti-
tieuses de la population aura sans fondement réel, imputé à une personne un
acte ou un événement vrai ou imaginaire, sachant que cette imputation incite-
rait autrui à commettre une infraction, sera considéré comme complice de
l’infraction ainsi provoquée ». Ce texte se limite à énoncer un cas de complicité,
la provocation par abus des croyances superstitieuses. Pareille complicité est
valable pour toutes les infractions que les personnes provoquées peuvent alors
commettre.
Par exemple,Mukidi répand dans le village que Mpongi a jeté un mauvais
sort à l’enfant de Mabilala. Si ,à la suite de ces propos, Mabilala tue Mpongi,
Mukidi sera complice du meurtre. Si Mabilala incendie la maison de Mpongi,
Mukidi sera complice d’incendie volontaire, etc.
Pour d’autres développements relatifs à l’infraction d’abus des croyances
superstitieuses, le lecteur consultera utilement l’auteur Jean Lesueur53 et
l’infraction d’imputation calomnieuse de nature à inciter autrui à commettre
une infraction.

20. Abus du droit de réquisition


L’infraction d’abus du droit de réquisition est prévue par l’article 110 du
code pénal militaire. Elle comprend le fait d’abuser des pouvoirs conférés en
matière de réquisition ou de refuser de donner reçu des quantités fournies. Elle
consiste aussi dans l’exercice d’une réquisition sans avoir la qualité si cette ré-
quisition est faite sans violence, et dans l’exercice d’une réquisition avec vio-
lence. Il faut entendre par réquisition militaire, tout acte de la puissance pu-
blique consistant dans la main mise par l’autorité indépendamment de tout
consentement du propriétaire quant à la délivrance et au prix de l’objet, sur les
choses qu’elle juge nécessaires aux besoins de l’armée.

I. Eléments constitutifs
Pour être consommée, l’infraction d’abus du droit de réquisition doit
comprendre l’élément matériel et l’élément moral essentiels.
a)L’élément matériel

53
Jean LESUEUR. , Précis de droit pénal spécial, Imprimé par la section de police de
l’Agence pour le Développement International (A.I.D. Ambassade des Etats-Unis
d’Amérique, Kinshasa, 1967, p.42
42

L’agent doit être un responsable militaire ou civil au service de l’armée


et investi des pouvoirs conformément aux lois et règlements54 en vigueur.
L’acte incriminé se matérialise, soit par l’exercice injuste, excessif ou méchant
des prérogatives dont on est investi, soit par les refus de donner un reçu (titre)
des quantités fournies dans la perspective d’une indemnisation au propriétaire.
b)L’élément moral
,L’élément moral comme responsabilité morale de l’agent doit s’avérer
établi par son recours libre aux méthodes fortes intimidatoires à l’intégrité phy-
sique,selon que la réquisition est accompagnée ou non de violences à l’encontre
du propriétaire des biens.
II. Régime juridique

L’auteur d’abus du droit de réquisition encourt une peine de servitude pé-


nale de deux mois à deux ans. Si l’acte délictueux est matérialisé par la violence,
le taux de cette peine varie de trois à cinq ans. Si par contre l’acte incriminé est
dénué de violence, la peine va d’un an à trois ans. Le coupable de cette infrac-
tion doit, en outre, être condamné à la restitution de l’objet réquisitionné.

21. Accès illicite aux zones protégées


Aux termes de l’article 147 du code pénal militaire, le fait pour tout indi-
vidu de s’introduire frauduleusement ou sans autorisation des autorités compé-
tentes dans un terrain, dans les installations ou dans les engins ou des appareils
de toute nature affectés à l’autorité militaire ou placés sous son contrôle pour
les intérêts de la défense est puni de deux ans de servitude pénale. Cette infrac-
tion peut être commise tant par un congolais que par un étranger, par les mili-
taires ou les assimilés que par les civils.

I. Eléments constitutifs
Pour sa consommation, l’infraction d’accès illicite aux zones protégées
exige les éléments matériels et l’élément moral.
a)Les éléments matériels
Aux titres d’éléments matériels, le législateur distingue le fait visé par la loi et
les biens protégés.
1. Le fait visé par la loi

54
Les tribunaux militaires de police, de garnison, la cour militaire opérationnelle, la cour
militaire et la haute cour militaire ont plénitude de juridiction pour juger les individus traduits
ou renvoyés devant eux pour les infractions prévues et punies par la loi (art.73 du code
pénal militaire). Pour les militaires et assimilés (Police Nationale Congolaise et Service Na-
tional), la compétence personnelle est de rigueur. Il a également été jugé que les membres
du corps des « Forces d’Autodéfense Populaire » sont assimilés aux miliciens des Forces
armées et conséquemment justiciables des juridictions militaires (Tribunal de grande ins-
tance de Kinshasa/Kalamu, R.P 8622, 1er mars 2005 inédit.). Il en sera de même d’autres
milices établies sur le territoire national, peu importe leur dénomination.
Catalogue des infractions 43

Ce qui est ici stigmatisé, c’est la présence illicite (commise frauduleusement


ou sans autorisation des autorités compétentes) dans les territoires ou aux cotés
des objets protégés. Le simple accès suffit indépendamment du temps passé
sur les lieux ou en présence de l’objet protégé. La simple présence dans l’hyper
sensibilité du domaine de la défense, même sans manipuler les engins ou les
objets protégés, est infractionnelle.
2. Les biens protégés
Les biens qui bénéficient de la protection sont clairement déterminés.
Généralement, il s’agit des terrains, installations, engins ou appareils de toute
nature affectés au service de l’autorité militaire ou placés sous son contrôle
pour les intérêts de la défense.Tel pourrait être le cas d’un ordinateur contenant
des données informatisées.
b)L’intention coupable.
Elle consiste dans le fait d’accéder à une zone que l’on sait interdite ou à un
engin ou à un appareil connu sous protection, en violation délibérée des
normes y relatives ou de passer outre les injonctions de l’autorité habilitée.
L’action vise généralement à attenter aux intérêts fondamentaux de la nation.

II. Répression
L’accès illicite aux zones protégées est une action libre et consciente vi-
sant à attenter aux intérêts fondamentaux de la Nation. Aux termes de l’article
147 du code pénal militaire, cette infraction expose son auteur à une peine de
servitude pénale principale dont le taux maximum est de deux ans .

22. Accusation de sorcellerie à l’égard d’un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-6.

23. Achat et vente illicite des substances minérales


Voir Code minier, n°73-1.

24. Actes d’anthropophagie


Voir Anthropophagie, n°32.

25. Actes de commerce en temps de guerre


avec un agent d’une puissance ennemie
Voir Correspondances avec un ressortissant d’une puissance ennemie, n°96.

26. Actes de cruauté infligés aux animaux


Voir Destruction méchante des animaux, n°165.
44

27. Actes de violence dans un bureau de vote


Voir élections, n°199-II,1.

28. Activités minières illicites.


Voir Code minier, n°73-2.

29. Administration des substances nuisibles

L’administration des substances nuisibles est le fait pour une personne


d’administrer volontairement à une autre personne des substances qui sont de
nature à donner la mort ou à altérer gravement sa santé, mais sans intention
méchante d’attenter à son intégrité physique.

I. Eléments constitutifs

a)L’élément légal
L’article 50 du code pénal livre II incrimine l’administration de substances
nuisibles ayant porté atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’autrui.
b)L’élément matériel
L’élément matériel consiste en l’administration, par quelque procédé que ce
soit, des substances mortelles ou nuisibles. L’élément matériel peut être consti-
tué d’une remise directe ou indirecte ; seul un comportement positif aboutit à
la qualification juridique.
c)L’élément moral
Dans l’élément moral ou intentionnel le juge doit s’assurer de la volonté de
nuire par des substances nocives. Le prévenu connaît l’effet nuisible de ces
substances sur la santé physique d’une personne humaine. Il agit avec
l’intention de nuire à la santé de la victime.

II.Nature des substances

Il doit s’agir des substances nocives capables de donner la mort, ou


bien qu’incapables de donner la mort, elles peuvent néanmoins altérer grave-
ment la santé.
Il faut que la mort ne s’ensuive pas et qu’il y ait possibilité d’altérer gravement
la santé. Le caractère nocif de la substance administrée est laissé à
l’appréciation des juges qui peuvent recourir à des expertises55. Administrer par
plaisanterie des substances nocives constitue l’infraction d’empoisonnement.

55 ème
Général LIKULIA BOLONGO. ,Droit pénal spécial Zaïrois,tome I, 2 édition, Paris,
LGDJ,1985, p.84.
Catalogue des infractions 45

Par contre, administrer des substances pouvant provoquer la mort dans le but
de guérir ne constitue pas l’infraction. Ainsi, le fait d’avoir administrer des
médicaments indigènes qui finissent par la suite à devenir nuisibles ne constitue
pas cette infraction.

III. Poursuites
L’auteur de l’administration des substances nuisibles pourra être dé-
noncé à la police par tout témoin des faits. Il sera porté plainte au parquet par
la victime contre la personne présumée avoir administré des substances nui-
sibles. L’auteur de l’infraction est aussi poursuivable par le Ministère public ou
par la personne lésée devant le juge.

a) Quel est le tribunal compétent ?


L’article 50 du code pénal livre II est la disposition légale qui prévoit et
définit l’administration des substances nuisibles. Le législateur a été sévère
quant aux pénalités applicables à l’auteur de l’infraction d’administration des
substances nuisibles. Les pénalités sont d’un an à vingt ans. De ce qui précède,
c’est donc le tribunal de grande instance qui est compétent pour connaître de
l’infraction d’administration des substances nuisibles.
b)Compétence du tribunal de grande instance
Le tribunal de grande instance est compétent pour connaître de toutes
les infractions dont la peine applicable est supérieure à cinq ans ou la peine de
mort, ou encore la peine des travaux forcés. Il juge également les personnes ne
bénéficiant pas d’un privilège de juridiction. Les règles de compétence territo-
riale examinées quant au tribunal de paix comme règles communes sont les
mêmes pour les tribunaux de grande instance56 .
c) Peines applicables
Le juge prononcera obligatoirement l’emprisonnement d’un an à vingt
ans et l’amende. Il peut également accorder d’office des dommages et intérêts à
la partie lésée, en réparation du préjudice qu’elle a subi57 .
d) Prescription de l’infraction d’administration des substances nui-
sibles.
L’action publique relative à l’infraction d’administration des substances
nuisibles se prescrit58 après dix ans. La peine dont l’auteur de l’infraction

56
Article 91 du code de l’organisation et de la compétence judiciaires
57
Articles 107 et 108 du Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaires.
58
La prescription de l’action publique repose sur l’idée qu’au bout d’un certain temps, dans
un intérêt de paix et de tranquillité sociale, mieux vaut oublier l’infraction qu’en raviver le
souvenir. On la justifie également par la considération psychologique que le coupable aussi
longtemps qu’il a réussi à échapper à la poursuite ou au châtiment, a dû vivre dans
l’inquiétude et dans l’angoisse, peut-être même torturé par le remords. On la justifie égale-
46

d’administration des substances nuisibles a été condamnée se prescrit, elle,


après vingt ans.

30. Administration volontaire


des substances nuisibles à un enfant
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance,n° 468-5.

31. Adultère

L’adultère est le fait pour une personne mariée d’avoir des relations
sexuelles avec quelqu’un d’autre que son conjoint. L’adultère porte atteinte au
mariage, base de la société. En matière civile, depuis l’avènement du code de la
famille, l’adultère de l’homme ou de la femme n’est plus une cause de divorce.
En matière pénale, si l’adultère de la femme est toujours réprimé, celui du
mari n’est punissable que dans la mesure où il est entouré des circonstances de
nature à imprimer à l’égard de la conjointe un caractère d’injure grave. Il en est
ainsi des scènes de conjonction sexuelle avec un partenaire autre que le con-
joint dans la maison conjugale.

I. Eléments constitutifs

Pour être caractérisée, l’infraction d’adultère exige la réunion de trois


éléments,à savoir l’état de mariage, la conjonction sexuelle, l’intention cou-
pable, outre l’élément propre à l’adultère du mari.
a)L’état de mariage
L’adultère ne peut exister que dans le chef d’une personne engagée dans les
liens du mariage suivant les régles en vigueur59. L’état de mariage dont ici ques-
tion est actuellement, soit un mariage célébré en famille et enregistré, soit un
mariage célébré par l’officier de l’état civil. Le mariage doit être valable et non
dissous, au moment de l’acte incriminé . Il ne peut y avoir nullité du mariage
que sur base d’une décision prononcée par un tribunal civil. Ainsi ,il a été jugé

ment en faisant appel à l’idée de négligence. La société perdrait son droit de punir parce
qu’elle ne l’aurait pas exercé en temps utile. Le dépérissement des preuves est une raison
particulière en faveur de la prescription de l’action publique. Au fur et à mesure que le temps
s’écoule depuis que l’infraction a été commise, les preuves disparaissent ou, du moins,
perdent beaucoup de leur valeur. Plusieurs années après l’infraction, il sera difficile d’en
découvrir les traces et les indices, de retrouver les témoins ; ceux que l’on aurait la chance
de rattraper auront probablement oublié ou n’auront que des souvenirs vagues et imprécis.
Une action exercée trop longtemps après la commission de l’infraction risquerait de provo-
quer une erreur judiciaire. Pour l’éviter, dans l’intérêt même de la justice répressive, le
mieux est d’empêcher l’exercice de l’action publique.
59
Léo.,07 avril 1953.
Catalogue des infractions 47

que tant qu’un mariage n’a pas été enregistré, le tribunal suspendra la procé-
dure tendant à lui faire sortir des effets, jusqu’à ce que cet enregistrement soit
opéré60.
b)La conjonction sexuelle
C’est la consommation des rapports sexuels de l’un des époux avec une
personne autre que son conjoint, qui est l’acte par lequel se caractérise
l’adultère. Il y a nécessairement un complice. Il doit s’agir d’une union de sexes,
même incomplète,d’un homme et d’une femme. Une union consommée des
sexes. Ce qui exclut de la sphère de l’infraction d’adultère les rapports contre
nature entre deux femmes ou deux hommes, la vie commune d’une femme
avec un tiers sans relations sexuelles. Les privautés, même obscènes, ne suffi-
sent pas à constituer l’infraction. Toutefois, il importe peu que la conjonction
sexuelle soit parfaite ou incomplète.
Un seul acte de conjonction sexuelle suffit pour établir l’infraction d’adultère. Il
n’est donc pas nécessaire qu’une femme ou un homme trompe à plusieurs re-
prises son mari ou son épouse.
c)L’intention coupable
L’adultère est une infraction intentionnelle. Il faut que les relations illicites
aient eu lieu sciemment et volontairement. Il doit s’agir d’une consommation
voulue des rapports sexuels en toute connaissance, du caractère délictueux de
l’acte. Une femme qui a été contrainte physiquement ou moralement, ou si elle
est atteinte d’aliénation mentale, ne sera pas poursuivie pour adultère. N’est
pas punissable pour adultère une femme qui a a été violée. N’est pas punissable
non plus la femme qui a été trompée par supercherie et s’est livrée dans
l’obscurité croyant qu’il s’agissait de son époux.
d)L’élément propre à l’adultère du mari
La relation sexuelle d’un mari avec une autre femme que sa conjointe ne
suffit pas à elle seule pour constituer l’infraction d’adultère. Il faut, en plus, des
circonstances pouvant paraître injurieuses pour la femme,par exemple le fait
que l’acte soit accompli dans le domicile conjugal ou que de l’union naisse un
enfant. L’adultère masculin n’est incriminé que s’il « a été entouré de circons-
tances de nature à lui imprimer le caractère d’une injure grave » 61. Ces circons-
tances sont laissées à l’appréciation souveraine du juge.
Il est jugé qu’en s’appuyant sur les témoignages et en appréciant souve-
rainement les faits de la cause, pour considérer que le fait pour le prévenu de
s’enfermer avec une femme mariée dans une maison non éclairée et à des
heures tardives constitue une faute lourde. Qu’ainsi le juge a bien motivé
l’existence de l’infraction d’adultère62 . Celui qui a des relations sexuelles avec sa
60
Tribunal de grande instance de Bukavu, RP 9953, 06 février 2001, ministère public et
partie civile dame Apendeki Kapitula, contre les prévenus Mazimbaka Marume et Nsimire m’
Kanondo, inédit.
61
Article 467, 2 du code de la famille.
62 er
C.S.J., R.P. 234,1 décembre 1981, inédit.
48

belle-sœur alors qu’il est en séparation de corps avec son épouse, commet
l’adultère. Une femme mariée surprise en pleine conjonction sexuelle avec un
partenaire qui interrompt brusquement l’acte sans qu’il y ait eu éjaculation,
commet l’adultère.
1. La complicité d’adultère
En matière d’adultère, la complicité est punie. C’est l’article 22 du code
pénal ordinaire. Le complice d’adultère est en fait le partenaire du mari ou le
complice de la femme. Celui qui participe à l’infraction d’adultère (le complice)
est puni conformément à l’article 22 du code pénal. Cette complicité63 exige :
1° que l’adultère soit établi à charge de la personne légalement et actuellement
mariée ;
2° l’intention coupable du complice. Le complice64 ne sera pas sanctionné s’il
prouve qu’il ignorait que son partenaire était marié.
Les exemples de complicité d’adultère existent. Céder une chambre aux
deux partenaires, mettre les deux partenaires en contact en vue de consommer
des relations sexuelles (faire le « Mukala » dit-on en langue lingala).
2. La tentative d’adultère
La tentative d’adultère est difficile à établir. Le fait pour un mari de
chercher à avoir des relations infractionnelles avec sa belle-sœur, et le fait
d’une femme de donner rendez-vous à un individu et de l’avoir reçu secrète-
ment chez elle,ou se rendre auprès de lui ne constituent point l’infraction
d’adultère. Le fait d’être surpris avant la consommation des rapports sexuels ne
constitue pas non plus l’adultère. Certes, ces tentatives non punissables peu-
vent présumer l’existence de l’infraction d’adultère, de même que les actes li-
cencieux, les familiarités ou les attitudes impudiques ou immorales, mais la
jurisprudence devrait encore faire du chemin.
3. La preuve en matière d’adultèr
La preuve de l’infraction d’adultère peut être rapportée par un en-
semble de présomptions telles que : une lettre d’amour, des explications fausses
sur l’emploi du temps etc. Il a été jugé qu’a défaut d’un constat de flagrant délit
d’adultère, de correspondances saisies, de procès-verbaux d’audition de té-
moins oculaires et compte tenu de ce que , de par sa nature même, l’adultère
63
Pour la réparation du préjudice causé à un époux par l’adultère de la femme, le tiers adul-
tère est condamné aux dommages-intérêts fixés en monnaie nationale, tandis que la préve-
nue est condamnée à la réparation par les objets à désigner par la coutume des deux con-
joints (CSJ., 2 novembre 1995, RPA 196, R.A.J.Z, 1996,p.25°).
64
La répression de la participation criminelle est prévue à l’article 23 du code pénal. Les
sanctions varient selon qu’il s’agit des co-auteurs ou des complices. Les co-auteurs sont
des auteurs. Ils encourent les mêmes peines. Les complices sont passibles d’une peine qui
ne dépassera pas la moitié de la peine qu’ils auraient encourue s’ils avaient été eux-mêmes
auteurs. (Article 23 alinéa 3 du code pénal). Lorsque la loi prévoit la peine de mort ou la
servitude à perpétuité pour les auteurs, les complices encourent la servitude pénale de dix à
quinze ans (article 23 alinéa 4 du code pénale).
Catalogue des infractions 49

est une des infractions sécrètes ne laissant pas de traces, la complicité


d’adultère peut être établie par des moyens de preuve habituels, dont notam-
ment les présomptions précises, graves et concordantes tirées des faits révélés
par des enquêtes, les constats et les témoignages constants et spontanés, même
recueillis à l’instruction préparatoire.65 Par exemple, sont retenues dans les liens
de l’adultère deux personnes surprises en flagrance dont l’une passe aux aveux
et l’autre, malgré ses dénégations, a laissé quelques preuves matérielles sur le
lieu du crime . Il en est ainsi des présomptions sérieuses et concordantes, no-
tamment le fait pour les prévenus de s’être enfermés dans la maison, la sortie
brusque de la dame, prévenue, à l’extérieur en courant, la fuite de l’homme
incriminé après avoir administré un coup de poing violent à la partie civile(la
victime), l’abandon par le prévenu de deux babouches au domicile de la partie
civile , l’aveu du prévenu devant le comité des sages (comité de Justice et paix)
et le paiement partiel de la « pénalité » lui infligée par celui-ci et l’aveu de la
prévenue66.

II. Poursuites

Le législateur a laissé l’opportunité des poursuites à la victime.


L’infraction d’adultère ne pourra être poursuivie que par le seul époux offensé,
sur plainte. A la police, au parquet ou au tribunal, l’époux atteint dans ses sen-
timents d’affection ou d’amour-propre et qui a dénoncé les faits, porté plainte
ou agi par citation directe, peut pardonner à son conjoint. Il peut mettre fin
aux poursuites. Ce désistement n’est plus recevable une fois que le jugement
est devenu définitif. La plainte comme la dénonciation d’une personne autre
que les conjoints ne sont pas recevables.

a)Quel texte légal réprime la violation de la foi conjugale par les per-
sonnes mariées ?
Le Décret du 25 juin 1948 a été abrogé. La loi désormais en vigueur est la loi
n°87/010 du 1er août 1987 portant code de la famille, spécialement ses articles
467, 468, 470 et 472.

b) Quelles sanctions subiront les auteurs et complices ?


La peine est de six mois à un an de servitude pénale et d’amende,ou
d’une de ces peines seulement à l’endroit des auteurs de l’adultère (art 467). Le
mari qui intervient dans le circuit de l’adultère de sa femme sera passible de six
mois de servitude pénale principale au maximum et d’une amende (art 470).

65
CSJ., RPA 196, 21 novembre 1995, tiré de Ruffin LUKOO MUSUBAO . , La Jurisprudence
Congolaise en Droit Pénal, volume I, Editions ON S’EN SORTIRA, Kin 2006, p. 15.
66 er
Tribunal de grande instance de Bukavu, RP 7861, 1 juin 1993, ministère public et partie
civile Djuma Muderhwa contre les prévenus Kafarhire Nicolas et Madame M’Bisharhula,
inédit.
50

Toute personne qui soustrait une femme mariée aux devoirs conjugaux
sera punie des peines prévues pour l’adultère (art 472). Le complice est puni
des mêmes peines que l’auteur principal.
c) Tribunal compétent
Le tribunal de paix, eu égard à la compétence matérielle lui dévolue, est
l’instance habilitée à connaître de l’infraction d’adultère.
d) La prescription
L’adultère de la femme, étant une infraction instantanée, s’il y a eu plu-
sieurs faits, chacun d’eux constitue une infraction distincte, et pour chacun la
prescription court dès le jour où il a été commis. Par contre, l’adultère de
l’homme est une infraction d’habitude et la prescription court dès la cessation
de l’entretien. Si l’auteur des rapports sexuels n’a pas été poursuivi par l’époux
offensé depuis la commission de l’infraction dans un délai d’une année, il béné-
ficiera de l’extinction de l’action publique. Si le même auteur a été condamné et
que deux années se sont écoulées sans exécuter la peine, cette dernière ne lui
sera plus appliquée.

32. Anthropophagie
I. Définition
L’anthropophagie est le fait de manger, de consommer, de se restaurer,
de se nourrir de la chair humaine ou d’absorber du sang ou de la cervelle hu-
maine. L’anthropophagie suppose des actes matériels définis par le législateur
et un élément moral. L’anthropophagie est aussi appelée cannibalisme.

II. Eléments constitutifs

L’anthropophagie suppose un nombre d’éléments constitutifs pour être carac-


térisée.
a)L’élément légal.
L’article 62 du code pénal qui réprime l’anthropophagie la définit. Il réprime
quiconque aura provoqué ou préparé des actes d’anthropophagie, y aura parti-
cipé ou aura été trouvé en possession de la chair humaine destinée à des actes
d’anthropophagie.
b)Les actes matériels
Un nombre d’actes matériels constitue l’infraction d’anthropophagie. En
effet, l’anthropophagie sous-entend le fait :
- de manger la chair humaine, d’absorber du sang ou de se nourrir de toute
partie des restes humains ;
- de préparer, d’inciter par des propos, des gestes ou des attitudes à des
actes d’anthropophagie ; il a été jugé que doit être puni comme auteur
moral de l’infraction d’anthropophagie le chef indigène qui, par abus
Catalogue des infractions 51

d’autorité, provoque directement ses sujets à dépecer un cadavre humain


et à en manger67 ;
- de coopérer avec celui qui commet un acte d’anthropophagie,de l’aider, de
l’assister ;
- d’être trouvé en possession de la chair humaine destinée à des actes
d’anthropophagie. Il en est ainsi du fait pour le prévenu de remettre à
d’autres des cadavres humains destinés à être mangés, sans prendre part
lui-même au repas.68
c)L’existence de la chair humaine
La chair humaine est toute partie du corps humain. La jurisprudence inter-
prète très largement cette notion, allant jusqu’à retenir même du sang et de la
cervelle. Ainsi tombe sous le coup de l’article 62 celui qui absorbe du sang et
de la cervelle d’un cadavre humain69 .
d)L’élément moral
La simple connaissance par l’agent qu’il s’agit de la chair humaine suffit à
caractériser l’infraction d’anthropophagie. Le mobile pour lequel l’auteur se
nourrit de la chair humaine est inopérant. Qu’il s’agisse du souci de se discul-
per, de nutrition, de croyance religieuse, etc., l’infraction d’anthropophagie sera
dite établie.

III. Poursuites

a)Poursuites et tribunal compétent


Le Ministère public poursuit le présumé auteur d’office ou sur dénonciation.
A la police nationale ou judiciaire, l’officier ou l’inspecteur de police judiciaire
peut être saisi par dénonciation ou par lettre plainte70. Il en est de même du
parquet. Le tribunal de paix connaîtra de l’affaire par citation directe ou par
requête de l’officier du Ministère public.
b)Sanctions prévues par le législateur
L’article 62 du code pénal livre II, sanctionne de six mois à trois ans de ser-
vitude pénale principale, et d’une amende ou d’une de ces peines seulement les
auteurs d’actes d’anthropophagie. Si l’anthropophagie est consécutive à un

67
Boma., 14 Avril 1908, jur. Etat II p. 229.
68
Boma., 03 mars 1903, Jur. Etat I p. 256.
69
Distr. Kivu., 17 janvier 1938, R.J.C.B., p.155.
70
Comme nous l’avons indiqué, rechercher les infractions, les constater, en rassembler les
preuves, en identifier les auteurs et appréhender ceux-ci, constitue l’un des rôles essentiels
de la police.
52

meurtre ou à un assassinat, l’auteur sera poursuivi pour deux infractions. Seule


la peine la plus forte sera prononcée, car il s’agira du concours idéal71 .

c)Prescription de l’action publique


Si, dans les trois années après le dernier acte d’anthropophagie, l’auteur
n’a pas été poursuivi, l’action publique y relative sera prescrite.
La prescription peut néanmoins être interrompue72. Par contre, si dans les deux
années qui suivent la condamnation pour anthropophagie, le condamné s’est
soustrait à l’exécution de sa peine, celle-ci ne lui sera plus appliquée.

33. Arrangement avec le pouvoir ennemi


L’incrimination d’arrangement avec le pouvoir ennemi consiste pour tout
militaire ou un assimilé qui, tombé au pouvoir de l’ennemi, s’est engagé per-
sonnellement à obtenir sa liberté sous condition, à ne plus porter les armes
contre l’ennemi. Cette infraction est prévue et sanctionnée, par l’article 142 du
code pénal militaire, de dix à vingt ans de servitude pénale. Pour réprimer ce
comportement infractionnel, les conditions préalables et des éléments constitu-
tifs indispensables doivent être réunis.
Les conditions préalables sont double, à savoir : l’existence d’un état de guerre
et la capture antérieure de l’agent par les forces ennemies.

71
Il y a concours idéal d’infractions justifiant la condamnation du prévenu à une seule peine,
lorsque les infractions retenues à la charge du prévenu sont les produits d’une même entre-
prise criminelle ou sont liées par l’unité d’intention criminelle (C.S.J. , R.P.A 112, 20 no-
vembre 1985, inédit). Par contre, sont en concours matériel les infractions non reliées par
une seule intention persistante pour constituer une infraction collective (C.S.J. , R.P.A. 26 ,
4/5/1974, Bull. 1975, p. 74, texte, p.96, in fine) ,ou celles qui ne sont reliées par aucune
unité d’intention (C.S.J. , R.P.A. 23/C.R. , 26 janvier 1981, inédit).
72
Actes interruptifs de la prescription. Les actes d’instruction et de poursuite interrompent la
prescription, le point de départ du délai étant le dernier acte d’instruction ou de poursuite
(art. 26 du code pénal). Cependant, les actes interruptifs ne peuvent jouer indéfiniment. La
loi a prévu des limites.
Les actes réguliers d’instruction préparatoires accomplis par le magistrat instructeur,
l’officier de police judiciaire tendant à rechercher les éléments de l’infraction, sont des actes
interruptifs. Il en est de même d’un jugement avant dire droit, d’un jugement sur le fond
même non coulé en force de chose jugée, d’un dépôt du rapport d’expertise, et d’une cita-
tion devant le tribunal par le Ministère public.
D’après le dernier état de la jurisprudence , les simples procès-verbaux et rapports de l’OPJ
dressés dans une enquête, les jugements ordonnant les mesures d’instructions, même les
simples remises de causes mentionnées dans les notes d’audience, sont également inter-
ruptifs de la prescription.
Mais ne sont pas des actes interruptifs : la simple invitation à comparaître devant le tribunal,
l’appel du prévenu, l’acte d’opposition du prévenu, la plainte de la partie civile, sauf lors-
qu’elle est un préalable à toute poursuite.
Catalogue des infractions 53

I.Eléments constitutifs
Pour déteminer les éléments constitutifs de l’infraction d’arrangement
avec le pouvoir ennemi, il faut caractériser dans le chef de l’auteur une qualité,
l’acte incriminé et l’élement moral.
a)La qualité de l’auteur de l’infraction
L’auteur de l’arrangement coupable avec le pouvoir ennemi ne peut être
qu’un citoyen volontairement engagé sous le drapeau à défendre la nation,
même au prix de son sang. C’est le militaire ou l’assimilé.
b)L’acte incriminé
L’acte incriminé est le pacte clandestin de paix signé avec le pouvoir ennemi
aux dépens de la patrie par un combattant des forces régulières.
c)L’élément moral
L’élément moral s’entend comme la perpétration libre de l’acte et la con-
naissance de son caractère attentatoire aux intérêts fondamentaux de la nation.
Il y a, dans l’infraction d’arrangement avec l’ennemi, une trahison délibérée du
serment de défendre sa patrie jusqu’au prix de son sang.

II. Sanctions applicables

Le coupable de l’arrangement coupable avec le pouvoir ennemi, parce


qu’il a démissionné devant ses responsabilités et affaibli, de ce fait, les effectifs
des forces régulières engagées dans la défense de la nation, encourt des pénali-
tés. Ces dernières sont d’une peine de servitude pénale principale dont le taux
varie entre dix et vingt ans.

34. Arrestation arbitraire et détention illégale

Le fait d’enlever ou de faire enlever, d’arrêter ou de faire arrêter arbitrai-


rement, de détenir ou de faire détenir une personne quelconque à l’aide de
ruses, de violences ou de menaces, constitue l’infraction d’arrestation arbitraire
et détention illégale. L’arrestation arbitraire suppose, dans le chef de son au-
teur, l’intention de porter atteinte à la liberté individuelle ainsi que la cons-
cience effective de l’illégalité de l’acte posé73 .

I. Eléments constitutifs

a) L’élément légal

73
C.S.J., R.P.A. 112, 20 novembre 1985, inédit.
54

L’article 67 du code pénal Livre II est le texte légal qui incrimine


l’arrestation arbitraire et la détention illégale.
b) L’’élément matériel
L’élément matériel consiste en l’enlèvement, en l’arrestation arbitraire
ou en la détention illégale74, c’est-à-dire :
- le fait, sans consentement, d’entraîner, de détourner, d’amener, de dépla-
cer une personne de l’endroit où elle se trouvait ;
- de se saisir d’une personne, de l’appréhender au corps, de l’empêcher de
continuer sa route, de la priver physiquement de sa faculté d’aller et de
venir à son gré ;
- le fait de garder, de détenir en sa possession, de retenir une personne
pendant une durée plus au moins longue ou de l’incarcérer ;
- le fait de séquestrer . La séquestration est la détention avec surveillance
serrée d’un individu dans un endroit quelconque ;
- quel que soit le lieu (maison privée, cachot, hôtel, magasin, etc.).
Pour se réaliser, l’arrestation arbitraire doit être opérée par :
- tout moyen de coercition qui met un obstacle matériel à la liberté d’aller et
de venir (violences) ; l’infraction d’arrestation arbitraire existe dès qu’il y a
coercition. Celle-ci équivaut à la violence prévue à l’article 67 du code pénal
livre II75 ;
- l’usage de manœuvres qui paralysent la volonté de la victime et la mettent
dans l’impossibilité morale d’user de sa volonté (ruses) ;
- l’annonce d’un mal qui va s’abattre sur la victime si elle se déplace de
l’endroit qu’on lui assigne (menaces).
Il importe de relever que la pratique dite de « prise d’otage » qui consiste en
l’arrestation ou en la garde à vue des membres de la famille du suspect au mo-
ment de l’exécution d’un mandat d’amener en vue de s’assurer de sa comparu-
tion s’il n’est pas trouvé sur les lieux, est interdite. Cette pratique constitue une
arrestation arbitraire, car seul l’auteur d’un acte qualifié de délit peut être puni
pour cet acte76 .

c)Les éléments intellectuels ou moraux


Les actes d’arrestation, d’enlèvement ou de détention doivent être pra-
tiqués illégalement, intentionnellement et arbitrairement, c’est-à-dire sans ordre

74
Il a été jugé par le tribunal de paix de Kananga que le fait d’appréhender quelqu’un au
corps, de l’empêcher de se mouvoir et de l’enfermer dans une maison, est constitutif de
détention illégale(RP 683/CD, 22 décembre 2004, ministère public et partie civile Kabongo
Mushiya contre les prévenus Ngalamulume Mayeli et Mbuyi, inédit.
75
C.S.J., R.P.A 18, 28 mars 1973, B.A. 1974, p.81.
76
NZANGI BATUTU (M). , « L’action policière et les droits de l’homme en R.D Congo »,
Collection Droit, Politique, sociologie, CDPS ASBL, Kinshasa 2003.
Catalogue des infractions 55

de la loi et sans commandement de l’autorité légitime. Ces actes sont posés par
l’auteur de sa propre volonté, pour son bon plaisir et par son propre caprice.
Le tribunal a acquitté un prévenu du fait que la victime, en soutenant la priva-
tion de son droit d’aller et venir à plusieurs reprises n’en a pas démontré
l’illégalité77. Cependant commet l’infraction d’arrestation arbitraire un vice gou-
verneur qui, dans le cadre d’une enquête administrative, confie un agent à la
garde de la gendarmerie, étant donné qu’en sa qualité de haut fonctionnaire, il
devrait savoir que, dans ce cas, la loi ne lui permet pas de procéder ni à
l’arrestation ni à la détention de l’agent incriminé, même pour une durée limi-
tée78 . Il a été décidé qu’est arbitraire et faite en violation de l’article 67 du code
pénal livre II, l’arrestation d’un prévenu opérée par l’officier du Ministère pu-
blic en instruction d’un litige à caractère civil79 . Par contre, ne tombent pas
sous le coup de l’article 67, une arrestation et une détention qui sont ordonnées
ou seulement permises par la loi, telles celles qui, pour des raisons de nécessités
d’instructions judiciaires, sont opérées par un magistrat du parquet ou un opj80 .

d. Circonstances aggravantes
L’arrestation arbitraire est aggravée quand la mort s’ensuit, causée par
les tortures que la victime a subies. Toutefois, les tortures constituent en elles-
mêmes des circonstances aggravantes, même si elles n’ont pas entraîné la mort.
e. Cas jurisprudentiels et exemples
Il est de jurisprudence que le simple dépôt de la plainte par le prévenu,
même si par la suite il a fourni aux agents de l’ordre un moyen de déplacement,
ne saurait suffire pour établir l’élément moral dans son chef. Aussi , le simple
dépôt d’une plainte ne constitue pas un acte de complicité ou de corréité dans
l’arrestation ultérieure par les agents de l’ordre, en vertu de leurs pouvoirs
propres81 . Sont exemples d’arrestations arbitraires et détentions illégales, le cas
d’un magistrat qui maintient en détention une personne acquittée par un tribu-
nal, le fait d’enlever un enfant et d’enfermer, sans motifs valables, une per-
sonne donnée dans une chambre.

II. Poursuites

La victime de l’infraction d’arrestation arbitraire et détention illégale


ainsi que le ministère public enclenchent les poursuites.
77
Tribunal de grande instance d’Uvira, siège secondaire de Muenga/Shabunda, RP 459, 23
novembre 2004, ministère public et partie civile contre le prevenu Mukupi Mukina, inédit.
78
C.S.J., RPA. 112, 2O novembre 1985 B.A, Années 1985 à 1989 édition 2002 p.85.
79
C.S.J., RPA 106/107/108/109/110, 22 novembre1985, B.A. édition 2002, p. 98.
80
Tribunal de grande instance de Bukavu, R.P 83 84, 23 juin 1989, Ministère public et partie
civile Biregeyi kakwemo contre le prévenu Dunia Matandi, inédit.
81
C.S.J., R.P. 15, 10 avril 1976 B.A. 1977p.89 ; C.S.J., R.P. 144,10 avril 1976. B.A. 1977,
p.93.
56

a)Quelles pénalités le législateur a-t-il prévues ?


1. L’arrestation arbitraire ou détention simple est punie d’une année à cinq ans
de servitude pénale ;
2. L’arrestation arbitraire ou détention avec tortures est punie de cinq à vingt
ans de servitude pénale ;
3. Si les tortures ont entraîné la mort, sera infligée la servitude pénale à perpé-
tuité ou la peine de mort.

L’infraction d’arrestation et détention illégale n’est pas punie d’amende.


L’amende n’a pas été prévue par le législateur. Il n’y a donc pas lieu à transiger
avec le prévenu. L’officier de police judiciaire, parce qu’il n’y a pas lieu de tran-
siger, devra transmettre ses procès-verbaux au parquet. L’officier du Ministère
public ne pourra, pour sa part , clôturer le dossier par amende transactionnelle.
Le code pénal militaire, en son article 193 (527 à 529 du C.J.M), punit qui-
conque aura arrêté, détenu ou séquestré des personnes durant les hostilités,
sans ordre des autorités constituées et hors les cas où la loi ordonne de saisir
des prévenus. La sanction, en ce cas, sera de quinze à vingt ans de servitude
pénale.

b) Quel tribunal est compétent pour connaître de ces faits ?


L’arrestation arbitraire ou détention simple est de la compétence du tri-
bunal de paix. Pour les autres cas (tortures), il s’agit du tribunal de grande ins-
tance.

c). Qu’en est-il de la prescription ?


Le délai de prescription de l’action publique est de trois ans pour
l’arrestation arbitraire ou détention simple. Le même délai est de dix ans pour
les autres cas(arrestation arbitraire aggravée, séquestration durant les hostilités
etc.).

35. Arrestation d’un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-7.

36. Assassinat
L’assassinat est le meurtre commis avec préméditation82. La préméditation
peut être définie comme étant « le dessein formé avant l’action ». La prémédita-
tion doit être définie dans son sens étymologique83 . La préméditation suppose
une « méditation préalable », une décision mûrie, prise après une réflexion va-
lable. L’intention homicide doit précéder l’action. La préméditation se mani-

82
Claudia Ghica-Lemarchand, Frederic-Jerôme Pansier. , Droit pénal spécial, Vuibert, Août
2007, p.41.
83
GARCON E., Code pénal annoté, 2eme édition, articles 296 à 298.
Catalogue des infractions 57

feste, entre autres manières, quand l’assassin monte un scénario pour amener la
victime dans ses filets. Il tend un guet-apens à sa victime. Il prépare son crime,
organise et prend un temps pour réfléchir sur la façon dont il va l’exécuter.
Il a été jugé que l’infraction d’assassinat est un meurtre prémédité dont la
commission requiert la réalisation de tous les éléments constitutifs de
l’infraction de meurtre auxquels s’ajoute l’élément préméditation et/ ou le guet-
apens84 .

I. Eléments constitutifs

a)L’élément matériel
L’élément matériel est constitué d’un acte (à l’opposé de l’abstention, de
l’omission ou de l’inaction) ou d’un coup porté avec la main, l’arme, les pieds
ou autre instrument qui entraîne la mort d’une personne humaine ou suscep-
tible de la provoquer. Bien entendu, il faut relever que l’assassinat suppose que
la victime soit une personne humaine, née et vivante ainsi que l’acte positif et
matériel porté produise comme résultat la mort de cette personne85. Il ne suffit
pas de poser un acte matériel et positif pour que l’assassinat soit établi, il faut
en outre que l’acte soit librement voulu et prémédité.
b)L’élément moral
L’élément moral suppose une conscience délibérée (mûrement réfléchie,
non subite et momentanée) avec comme résultat escompté de donner la mort à
la personne d’autrui (animus necandi). Le coupable a conçu le dessein de tuer
sa victime un certain temps avant l’action. Toutefois, il a été jugé que la résolu-
tion de tuer qui, tout en étant conditionnelle, est néanmoins le résultat d’une
volonté non subite, momentanée mais antérieure et sûrement réfléchie, consti-
tue un des éléments de qualification d’assassinat86. A contrario, les juges ont
décidé qu’il n’y a pas d’assassinat lorsque, entre le moment du dessein homicide
conçu dans l’empire d’un vif ressentiment et celui de sa réalisation, le prévenu
n’a pas retrouvé son calme87.

Il s’agit donc d’un acte positif et matériel de nature à donner la mort


après préméditation. La préméditation, dans l’assassinat, exige que le dessein
homicide soit pris avec calme et après mûre réflexion, et non sous l’impulsion
de la colère sans dessein réfléchi d’homicide88. Le guet-apens est une manifesta-
tion de la préméditation. Faute pour le Ministère public de prouver l’élément

84
Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe , R.P 19.063, Ministère public et Fwelo
Mahasa Joseph contre les cités Magloire Kabemba Okandja et consorts, 18 mars 2010,
inédit.
85
Haute cour militaire, RP 001/2004, MP c/ Col Alamba et consorts, 5 octobre 2004, inédit.
86 ère
1 instance Kin, 19 février 1965, RJC. 1969,n°1 p.89 avec note.
87
Kin, 19 janvier 1967, RJC 1967, n° 2,P. 130.
88
Cour d’appel de Lubumbashi, 14 novembre 1968, B.P. c/V.J., in R.J.C. 1968, p.268.
58

de préméditation dans le chef du prévenu, la mort que celui-ci aurait volontai-


rement donnée à un individu reste un simple meurtre89.
La jurisprudence reconnaît que la préméditation requise pour
l’existence de l’infraction d’assassinat est établie par le fait de tenir une réu-
nion90 , par une succession d’actes préparés au moins vingt quatre heures à
l’avance, à savoir le fait d’avoir déjà attiré la victime sur les lieux du crime, por-
teur d’un revolver chargé, mais d’avoir reculé d’agir à ce moment pour divers
motifs91 . Néanmoins, le temps de réflexion varie d’un individu à l’autre et se-
lon les circonstances ; ce laps de temps est un trait de temps variable dans
chaque cas, mais assez long pour permettre à l’auteur de mieux réfléchir et de
se rétracter le cas échéant92.
Un assassin qui avoue avoir tué sa victime après avoir conçu son projet
un mois auparavant, a acheté l’arme du crime, s’est entraîné et a pris les dispo-
sitions avant le crime de prendre fuite aussitôt l’acte accompli, caractérise dans
son chef les éléments constitutifs de l’assassinat.

II. Régime répressif

a) Texte légal
L’assassinat est défini et réprimé à l’article 45 du code pénal, tel que
modifié et renforcé par l’ordonnance-loi n°68/193 du 03/05/1968.
L’assassinat est réprimé de la peine de mort93. L’assassinat comme le meurtre
sont par priorité poursuivis et jugés dans un délai d’un mois maximum (art.6 de
l’ordonnance-loi).
L’assassinat est une infraction relevant de la compétence du tribunal de
grande instance.

89 er
Kinshasa, 1 juin 1967, RJC, 44eme année, janvier-mars 1968, n°1, p. 69.
90 er
Tribunal de grande instance du Nord-Kivu à Goma, RP18.693 RMP 3016/BLK, 1 avril
2008, inédit.
91
C.S.J., R.P 2,10 janvier 1972. B.A 1973, p.88, R.J.Z 1972, p.135.
92
HCM RP 001/2004 du 5 octobre 2004, MP c/ Col ALamba et consorts, inédit.
93
A l'état actuel de la législation en vigueur en République Démocratique du Congo, le légi-
slateur congolais n'a pas encore abolie la peine de mort en dépit des pressions immenses
exercées sur le Gouvernement. Sans nullement être abolitionniste, j’estime que le maintien
de la peine capitale dans l'arsenal répressif congolais n'est pas sans poser quelques pro-
blèmes. La République Démocratique du Congo a signé un moratoire sur les exécutions de
la peine capitale, ce qui entraîne comme conséquence qu'à l'heure actuelle, les condamna-
tions à cette peine continuent d'être prononcées par les juridictions congolaises sans
qu'elles ne soient effectivement exécutées. Les condamnés à mort sont ainsi indéfiniment
maintenus dans une situation d'insécurité juridique, doublée d'un stress intolérable, car ils
ignorent leur sort définitif.
Catalogue des infractions 59

b) Circonstances atténuantes
Le fait qu’un meurtre a été prémédité n’empêche pas d’accorder au
condamné le bénéfice des circonstances atténuantes94. Peut constituer une
circonstance atténuante en faveur du prévenu, l’attitude de la victime qui, fau-
tive au regard de la coutume, peut avoir effectivement été ressentie par le pré-
venu,vieillard de mentalité primitive, vivant sous l’influence complète de la
coutume95.Le désir de venger le meurtre de son frère a également, déjà été re-
tenu comme circonstance atténuante d’un meurtre ou d’un assassinat96.
c) Disqualification des faits
La constitution, en son article 19, dispose que nul ne peut être ni sous-
trait ni distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne, mais le juge peut
disqualifier les faits97 et statuer sur une infraction qui n’est pas matériellement
de sa compétence98.

d) Prescription de l’action publique


L’action publique s’éteint après dix ans si les poursuites n’ont pas été en-
gagées. Quant à la peine de mort, elle est imprescriptible99.

37. Association de malfaiteurs


L’association des malfaiteurs est aussi appelée association formée dans le
but d’attenter aux personnes ou aux propriétés. L’association des malfaiteurs
peut être définie comme une entente entre deux ou plusieurs personnes desti-
née à commettre des infractions100. Une association qui a une certaine perma-
nence dangereuse, qui fait peser une menace durable sur les personnes ou les
biens, bref , sur la société, constitue l’infraction d’association de malfaiteurs.

I. Eléments constitutifs

94
1ère instance App. Cost, 27 novembre 1938, Revue Juridique, 1940, p.112. Tribunal de
grande instance du Nord-Kivu à Goma, R.P 18.759, 7 avril 2009, inédit.
95 ère
Trib. 1 inst. Léo., 28 juillet 1961, in R.jud.C.1962, p.83.
96 ère
Trib.1 inst. Stanleyville., 12 novembre 1962 cité par Ruffin LUKOO MUSUBAO. , la
jurisprudence congolaise en droit pénal, Volume I, Editions ON S’EN SORTIRA, Kin
/RDC2006, p.34.
97 ère
Trib. 1 inst. Léo., 28 juillet 1961, in R.jud.C.1962, p.83.
98
En vertu de l’article 103 du Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaires, qui
dispose « si un tribunal saisi d’une infraction de sa compétence constate que les faits consti-
tuent une infraction dont la compétence est attribuée à un tribunal inférieur, il statue sur
l’action publique et éventuellement sur l’action civile et sur les dommages-intérêts à allouer
d’office », un prévenu peut être soustrait de son juge naturel.
99 e
NYABIRUNGU MWENE SONGA. , op. cit . , 2 éd., DES, Kinshasa, 1995, p.321.
100 e
Dictionnaire de droit, 2 Ed., tome I, Librairie Dalloz, Paris, p. 146.
60

L’infraction consiste à participer au groupement visé par la loi. Il est


précisé les caractères que doit revêtir ce groupement et les objectifs qu’il pour-
suit.

a) Caractères de l’association de malfaiteurs.


L’association de malfaiteurs est une infraction qui existe par le seul fait
de l’organisation de la bande101. Il s’agit d’un groupe, d’un groupement formé
ou d’une entente établie (deux personnes ou plus), quelle qu’en soit la durée,
même si les autres membres ne sont pas identifiés (Crim., 1984). Mais il faut
une concertation sur un plan précis et des prévenus se connaissant (Crim.,
1999). Bref, il faut une organisation. C’est-à-dire, qu’il doit y avoir une entente
préalable, une cohésion. Le nombre des associés n’est pas déterminé. Il suffit
que le juge de par sa sagesse fasse son appréciation.

b) Objectifs de l’association de malfaiteurs.


Le but poursuivi. La loi vise un groupement ayant pour but la réalisation
d’un ou plusieurs crimes. C’est-à-dire que le but est la commission
d’infractions. Le nombre n’est pas arrêté par la loi. Cette dernière ne dit pas
non plus qu’il doive s’agir d’une infraction spécialement déterminée.
1. La préparation doit être caractérisée par un ou plusieurs faits matériels
(exemple vol de voiture) ;
2. Peu importe que les infractions à commettre soient indéterminées ;
3. L’association de malfaiteurs existe indépendamment de la commission des
infractions projetées, préparées ou commises ;

Pour l’existence de l’infraction d’association de malfaiteurs, il est de juris-


prudence constante qu’il soit nécessaire que les prévenus aient formé une asso-
ciation dans le but d’attenter aux personnes ou aux propriétés, c’est-à-dire de
commettre une série d’attentats de cette espèce suivant les occasions, qu’elle ait
été formée expressément pour cet objet et ait reçu une organisation102 , qu’il y
ait entre les prévenus une entente même momentanée dans le but d’attenter
aux personnes ou à leurs propriétés, avec ou sans attentat103 . Aux termes des
dispositions de l’article 156 du code pénal livre II, il est requis l’existence d’une
bande dotée d’une certaine organisation, en vue de porter atteinte aux per-
sonnes et aux biens104 .

101
Article 156 du code pénal livre II ; Cour d’appel de Kinshasa/Matete, RPA 11634, 31 mai
2010, inédit.
102
Elis. , 23 décembre 1913, Jur. Col. 1924, p. 187 ; Elis 6 janvier 1914. Jur. Col. p. 256.
103
C.S.J., R.P 319, 01 juillet 1980, Inédit.
104
C. S. J., RP 29/30/31 CR du 16 mai 1990, M.Pc/ Koyagialo, in RDJA 08/98, p. 460.
Catalogue des infractions 61

Les exemples des buts poursuivis sont nombreux : être faux monnayeurs,
faussaires, escrocs etc. Il est à remarquer que cette infraction existe par le seul
fait de l’organisation de bande (art 156 du code pénal ordinaire).

c) L’élément moral
On a vu que l’infraction existe même en l’absence de dessein de la
commission d’une infraction déterminée. Cependant, il faut que l’auteur ait agi
en connaissance de cause, qu’il ait su qu’il entrait dans une bande de malfai-
teurs ou qu’il fournissait(ne serait-ce qu’une seule fois) des instruments destinés
à la commission d’une infraction par une association de malfaiteurs.

d) Etat de la jurisprudence
- Une association doit, en plus, avoir une certaine permanence dangereuse, en
raison de la menace durable qu’elle fait peser sur la société. L’association
n’est pas faite le matin pour disparaitre le soir, il faut une permanence. C’est
la raison pour laquelle le législateur l’a prévue parmi les infractions contre la
sécurité publique105 ;
- Une réunion éphémère d’individus participant à une action isolée ne tombe
pas sous le coup de l’article 156 du code pénal congolais. Pour tomber sous
le coup de la loi, l’association doit être organisée, c'est-à-dire que la loi exige
entre les membres de la bande une entente préalable106 ;
- La loi n’a pas donné la définition du malfaiteur, mais il n’est pas exigé qu’il
soit un repris de justice, c'est-à-dire une personne qui a déjà subi une con-
damnation pénale ; à vrai dire, sont malfaiteurs tous ceux qui forment une
association dans le but d’attenter, de commettre des infractions contre des
personnes ou des propriétés107 ;
- L’adhésion à une bande est punissable même si l’individu ne participe pas,
ensuite, à l’activité criminelle. Le mobile évoqué est sans influence pour
l’application de la loi pénale108 ;
- Pour que soit reconnue l’association de malfaiteurs, il est nécessaire que
l’entente soit réalisée en vue de la commission de plusieurs infractions, et

105
CA Bruxelles 09 septembre 1947, in Revue de Droit pénal et criminologie 1947, p 109 ;
Trib Milit Garn kin/Gombe RP210/2006 du 16 juin 2006, MP C/Kuthino F et consort, inédit.
106
Cass. B., 11 décembre 1893 pas v1894 1ère partie ; CA Bruxelles 09 septembre 1947, in
Revue de Droit et criminologie 1947, p.109, Trib Milit Garn Kin/gombe RP 210/2006 du 16
juin 2006 MP C/K, inédit.

107
Trib Milit Garn. Kin /Gombe RP 210/2006 du 16 juin 2006 MP C/K, inédit.
108
Idem.
62

non d’une infraction isolée.Sinon tout fait de complexité en matière de


crime constituerait un cas d’association de malfaiteurs109 ;
-
Le législateur a incriminé ,sous ce nom , l’accomplissement d’actes prépara-
toires à la commission d’autres infractions qui, se situant avant même le
commencement d’exécution, ne peuvent constituer une tentative punissable.
La caractéristique essentielle de la préparation à une association de malfai-
teurs réside dans l’existence d’un groupement formé ou d’une entente éta-
blie dans un but bien déterminé. Il ne s’agit pas d’individus réunis par une
simple communauté d’idées ou par le hasard, mais d’individus ayant formé
la résolution d’agir en commun et pris la décision de passer ensemble à
l’action ultérieurement110 ;
-
L’association de malfaiteur n’est pas nécessairement un groupement forte-
ment structuré, hiérarchisé et composé de nombreuses personnes, ni consti-
tué pour commettre un nombre important de crimes. Tombe ainsi sous
cette qualification le fait de recruter une personne pour commettre une
agression, de repérer les lieux et de fournir des instructions et des rensei-
gnements à la personne recrutée111 ;
- L’association de malfaiteurs constitue une infraction indépendante du ou
des crimes et délits projetés. Il en résulte qu’une constitution de partie civile
qui n’invoquerait aucun chef de préjudice distinct de celui résultant des
crimes et délits ensuite tentés ou consommés serait irrecevable112 . Et, si les
infractions préparées sont ensuite mises à exécution, une double poursuite
et une double condamnation pour association de malfaiteurs et pour les
crimes ou délits tentés ou consommés s’avèrent possibles113 .
II. Poursuites

a)Quels sont les textes légaux ?


Les articles 156-158 du code pénal congolais livre II résultant de
l’ordonnance-loi n°68/193 du 03/05/1968 définissent et sanctionnent
l’association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux propriétés. La
loi a fait montre d’une grande sévérité, car elle a prévu la peine capitale.
L’association des malfaiteurs sera par priorité poursuivie et jugée dans un délai
d’un mois maximum (article 6).
b)Champ d’application des articles 156 – 158 du Code pénal
Les articles 156-158 s’appliquent aux personnes suivantes :

109
Cass Fr chambre Crim . , 13 janvier Dalloz 1955 p 291 ; Trib Milit Kin /Gombe RP.
210/2006 du 16 juin 2006 MP c/K, inédit.
110
Cass Fr Crim. , 30 avril 1996 Bull n°176 et Rev sc crim 1997.113 obs Delmas Saint Hi-
laire.
111
Cass. Fr Crim. , 30 avril 1996, idem.
112
Cass.Fr. crim., 8 février. 1979, Bull. n° 58 ; Rev.sc. crim. 1980. 151, obs. J. Robert
113
Cass Fr crim . , 22 janvier 1986 Bull n°29 ; 3 juillet 1991 Bull n°288.
Catalogue des infractions 63

- les provocateurs, ceux qui ont proposé la formation de l’association ;


- les chefs de bande ;
- ceux qui y auront exercé un commandement quelconque ; les assistants de
chefs ;
- ceux qui auront fourni sciemment et volontairement des armes,des muni-
tions ou autres instruments de l’infraction ;
- tous les autres individus faisant partie de l’association.
c)Quelle est la juridiction compétente ?
Sans préjudice de la compétence personnelle des juridictions militaires,
l’infraction d’association de malfaiteurs relève de la compétence matérielle du
tribunal de grande instance. Sa prescription est identique à celle relevée pour
l’infraction d’assassinat.

d )Les personnes poursuivies pour association des malfaiteurs.


Les personnes poursuivies pour association de malfaiteurs parce que pas-
sibles de la peine capitale, doivent être assistées de conseil (avocat ou défenseur
judiciaire). L’Ordre des Avocats pourvoit à cette fin dans des conditions bien
précises.
38. Association formée dans le but d’attenter aux
personnes et aux propriétés
Voir association des malfaiteurs, n°37.
39. Atteinte à la liberté de commerce
Depuis l’Etat Indépendant du Congo (l’acte de Berlin), la liberté de com-
merce est garantie dans les conditions fixées par la loi. Les entraves au com-
merce qui ne découlent pas de la loi constitue une infraction, une atteinte à la
liberté de commerce.
a) Base légale
Deux articles définissent et répriment les pratiques d’atteinte à la liberté
de commerce. Il s’agit des articles 143 et 144 du code pénal, livre II.
b) Faits punis par ces articles 143 et 144 précités
1. Le fait de contraindre, par violences ou menaces, les populations sur les
voies de communication intérieure ou sur les marchés à vendre des marchan-
dises à des personnes ou à des prix déterminés, en dehors de toute réglementa-
tion ;
2. L’action d’empêcher le commerce ou le trafic commercial par violences,
injures, menaces ou rassemblement, ou encore en imposant des amendes ou
des interdictions illégales. Le mot « violences » comprend les coups, les bles-
sures, les violences légères, les voies de fait.
64

Le mot « menaces » signifie aussi des moyens de contrainte morale par la


crainte d’un mal imminent ;
3. Il suffit de causer un préjudice grave aux intérêts commerciaux d’une per-
sonne.
Constitue une atteinte à la liberté du commerce, le fait de s’être livré à des vio-
lences sur la personne d’un concurrent pour l’obliger à quitter une région afin
de l’empêcher de faire du commerce avec les indigènes, et de mettre, par là
même, ceux-ci dans l’impossibilité de trafiquer librement de leurs produits114 .
Menacer de prison un commerçant au cas où il refuserait de céder sa marchan-
dise à tel prix ou à tel acheteur , se livrer à des violences sur la personne d’un
concurrent pour l’obliger à quitter une région déterminée d’activités, sont au-
tant d’exemples pour étayer cette atteinte.
c) Quelles pénalités le législateur prévoit – il ?
Lorsque la contrainte de vendre s’est faite par violences ou menaces, la
peine sera de deux ans de servitude pénale maximum, et l’amende ou l’une de
ces peines seulement (b.1°). Par contre, quand l’action d’empêcher le com-
merce l’est par violences, injures, menaces ou rassemblement, ou en encore
imposant des amendes ou des interdictions illégales, la sanction sera de cinq
ans de servitude pénale, et l’amende ou l’une de ces peines seulement (b.2°).

d) Comment jouent les règles de la prescription ?


L’action publique s’éteint indistinctement pour les deux cas dans un délai
de trois ans. La peine115 , elle, ne sera plus d’application au délai double de la
peine prononcée. Dans tous les cas, ce délai devra être au moins de deux ans.

40. Atteinte à la liberté des cultes et de conscience


Toute personne a droit de manifester sa religion ou ses convictions. Elle
le peut seule, en commun, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement,
les rites, etc. Celui qui l’en empêcherait, en usant des violences, outrages ou
menaces des troubles ou des désordres, porterait ainsi atteinte à la liberté des
cultes ou à leur exercice public ou privé, et à la liberté de conscience.

I. Eléments constitutifs

114
Boma., 29 septembre 1914, Jur. Col. 1925, p. 189.
115
Aux termes des articles 27 à 29 du code pénal, les peines se prescrivent en dix ans
révolus pour les peines d’amende de moins de cinq mille Zaïres,quatre ans pour les peines
d’amende de cinq mille Zaïres et plus ; délai double de la peine prononcée pour les peines
de servitude pénale de dix ans ou moins, sans que ce délai ne puisse être inférieur à deux
ans ; vingt ans pour les peines de servitude pénale de plus de dix ans.
Catalogue des infractions 65

Pour que l’infraction d’atteinte à la liberté des cultes et de conscience se réalise,


la loi exige qu’il y ait eu, soit des violences ou des menaces,soit des outarges,
des troubles ou des désordres.
a)Les violences
Par violence, il faut entendre tout emploi de force. C’est-à-dire tout moyen
de coercition mettant un obstacle matériel à la liberté des cultes et de cons-
cience. C’est le cas lorsqu’on érige un barrage à l’entrée d’une église pour em-
pêcher les fidèles d’y avoir accès.
b)Les menaces
Par menace, il faut entendre l’annonce d’un mal qu’on se propose de faire.
Les menaces constituent à l’égard de la victime une violence morale. C’est le
cas lorsqu’on impose à un élève d’abandonner sa religion sous peine de
l’exclure de l’école.
c)Les outrages
Les outrages sont toute injure ayant une certaine gravité. C’est le cas lors-
qu’une personne parodie les cérémonies ou les manifestations religieuses.

d)Les troubles ou désordres


Les troubles sont des provocations, de l’agitation, des tumultes. Les dé-
sordres sont des confusions créées. A titre d’exemple, le cas de celui qui
trouble les chansons religieuses en y mêlant des vociférations discordantes.

Atteinte à la liberté de conscience


L’atteinte à la liberté de conscience est également réprimée. Le cas de
celui qui trouble les cérémonies coutumières qui ont un caractère religieux se
rend coupable d’atteinte à la liberté de conscience. C’est aussi le cas de celui qui
trouble les cérémonies d’un enterrement civil. D’autres exemples116 ne man-
quent pas. Celui qui dérange jusqu’à faire interrompre la célébration d’une
messe en injuriant le prêtre, doit être poursuivi en vertu de l’article 179 du code
pénal Livre II car l’injure publique n’est passible que de deux mois au maxi-
mum de servitude pénale. Celui qui, pour porter atteinte à la liberté du culte
dégrade, une église doit être poursuivi en vertu de l’article 110 qui punit la des-
truction de construction et qui prévoit un maximum de cinq ans de servitude
pénale.
Un automobiliste qui , pendant la célébration du culte protestant, arrê-
terait sa voiture à proximité de la porte d’entrée d’une église et klaxonnerait
sans arrêt, sera punissable sur base de l’article 179 précité.
II. Poursuites

116
J. LESUEUR. , op.cit. , p.141.
66

L’article 179 du code pénal Livre II n’est d’application que lorsque les
faits incriminés ne constituent pas une infraction en eux-mêmes ou lorsqu’ils
constituent une infraction punie de peines inférieures à deux ans de servitude
pénale.
a) Texte légal
L’article 179 du code pénal Livre II est le texte légal. Il punit les faits
constitutifs de l’infraction d’atteinte à la liberté des cultes et de conscience de la
peine de servitude pénale principale de huit jours à deux ans, et d’une amende
ou de l’une de ces peines seulement.

b) Le tribunal de paix
Le tribunal de paix est la juridiction compétente pour juger des atteintes
à la liberté des cultes et de conscience. L’action publique de l’infraction
d’atteinte à la liberté des cultes et de conscience se prescrit dans le délai de trois
ans.

41. Atteinte à la sûreté de l’Etat


Le législateur sanctionne une série d’actes117 qui mettent en cause la sûreté
de l’Etat, qui mettent en jeu la vie même de l’Etat. Sont ainsi considérées
comme subversives :
1. Les atteintes à la sûreté extérieure de l’Etat. On distingue :
a) Les actes de trahison. Ils sont punis de la peine de mort ;
b) Les actes qui mettent en danger la défense du pays sans qu’il y ait intention
de trahir. Ils sont sanctionnés de dix ans de servitude pénale principale maxi-
mum. Si des hostilités en résultent, la sanction peut aller jusqu’à vingt ans de
servitude pénale principale.
2. Les atteintes à la sûreté intérieure de l’Etat. On distingue :
- l’attentat ou complot contre le chef de l’Etat : la punition est de dix à vingt
ans de servitude pénale principale ou la peine de mort ;
- la provocation à la rébellion ; elle est sanctionnée par la servitude pénale à
perpétuité ;

117
Une série d’actes infractionnels peut donner lieu à un concours d’infractions. Le concours
d’infractions est réalisé lorsque, dans une situation donnée, l’inculpé doit répondre à la fois
de plusieurs infractions dont aucune n’a encore fait l’objet d’un jugement définitif.
Catalogue des infractions 67

- l’attentat, dans le but de dévastation et de pillage, est puni de dix ans de


servitude pénale principale;
- la participation à des bandes armées. La punition est la peine de mort pour
les organisateurs, et de quinze ans de servitude pénale maximum pour les
participants.

I. Poursuites

Les poursuites contre l’atteinte à la sûreté de l’Etat sont enclenchées


conformément au code pénal tel que modifié par l’ordonnance loi du 16 sep-
tembre 1963, et au Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaires.

a) Quels textes prévoient cette infraction ?


Les articles 181 à 187 du code pénal livre II,tel que modifié par
l’ordonnance-loi n°229 du 16 septembre 1963118, sont le siège de matière.

b) Quelles sanctions pourront subir les auteurs ?


L’attentat contre la vie ou la personne du chef de l’Etat est puni de la
peine capitale. Le complot contre la vie ou la personne du chef de l’Etat est
sanctionné de dix à quinze ans de servitude pénale principale, si quelque acte a
été commis pour en préparer l’exécution. Dans les cas contraires, la sanction
est de cinq à dix ans de servitude pénale principale. En cas de proposition faite
et non agréée, la peine est d’un à cinq ans de servitude pénale principale.
c) Quelle est la juridiction compétente ?
La cour de sûreté de l’Etat était autrefois l’instance compétente, tel qu’il
ressort de l’article 96, alinéa 1er de l’ordonnance-loi n°82-020 du 31 mars 1982,
portant Code de l’Organisation et de la Compétence Judiciaires telle que modi-
fiée. Cette juridiction a été dissoute.

II. Dissolution de la cour de sûreté de l’Etat.

Etant donné que la cour de sûreté de l’Etat a été dissoute119, les infrac-
tions qui relevaient de sa compétence tombent dans les règles de droit com-
mun de compétence. En effet, ces incriminations120 ont existé avant la création

118
J.0. ,1964, p .2 et suivants.
119
Aux termes de l’article 225 de la constitution du 18 février 2006, il est stipulé que la cour
de sûreté de l’Etat est dissoute dès l’entrée en vigueur de la présente constitution.
120
Lorsque le même fait constitue plusieurs infractions, la peine la plus forte sera seule
prononcée. Il en est ainsi de celui qui tire un coup de feu dans la foule, tue et blesse plu-
sieurs personnes. Il se rend coupable de plusieurs infractions de meurtre et de blessures
volontaires. C’est le concours idéal d’infractions, il est réglementé par l’article 20 alinéa 1er
68

de la cour de sûreté de l’Etat. La suppression de cette dernière n’a pas dépéna-


lisé les faits constitutifs des infractions d’atteintes à la sûreté de l’Etat. En con-
séquence, ces dernières retombent dans les règles ordinaires de compétence,
conformément au taux maximum des peines à encourir, sous réserve des règles
particulières.

42. Atteinte au secret de la défense nationale


L’atteinte au secret de la défense nationale constitue un ensemble des faits
prévus par l’article 187 du code pénal livre II121 . Celui-ci dispose que sera puni
de deux à dix ans, tout congolais ou étranger qui, sans intention de trahison ou
d’espionnage :
1. s’assurera , étant sans qualité , la possession d’un renseignement , d’un objet,
d’un document, ou d’un procédé qui doit être tenu secret dans l’intérêt de la
défense nationale, ou dont la connaissance pourrait conduire à la découverte
d’un secret de la défense nationale ;
2. détruira, soustraira, laissera détruire ou soustraire, reproduira ou laissera
reproduire tel renseignement, tel objet, tel document ou tel procédé ;
3. portera ou laissera porter à la connaissance d’une personne non qualifiée ou
du public tel renseignement, tel objet, tel document ou tel procédé, ou en
aura étendu la divulgation.

43. Atteinte aux droits garantis aux particuliers


Le fait pour un agent de l’Etat de poser un acte qui porte dommage aux
droits et libertés garantis aux particuliers ou d’abuser de ses fonctions (c’est-à-
dire de poser l’acte hors le cas que la loi prévoit et sans respecter les formes
que la loi prescrit) est qualifié d’infraction d’atteinte aux droits garantis aux
particuliers.

I. Eléments constitutifs

La réunion des éléments matériels et de l’élément moral caractérise


l’infraction d’atteinte aux droits garantis aux particuliers.
a)Les éléments matériels
Les éléments matériels de l’infraction d’atteinte aux droits garantis aux par-
ticuliers sont faits de l’acte incriminé, de la qualité de l’auteur et des circons-
tances de la commission.

du code pénal congolais. On considère qu’en cas de concours idéal, l’infraction est unique
et la peine prononcée est aussi unique car on applique la plus forte.
121
Code pénal congolais. Décret du 30 janvier 1940 tel que modifié jusqu ‘au 31 décembnre
2009 et ses dispositions complémentaires, 2010, p. 50.
Catalogue des infractions 69

1. L’acte incriminé est un acte portant atteinte aux libertés et aux droits garan-
tis aux particuliers ;
2. L’acte doit être commis par un fonctionnaire, le concept « fonction-
naire »étant être pris dans son sens large ;
3. L’acte est commis dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice des fonctions.
L’ élément matériel est constitué de tout acte violant les libertés et droits ga-
rantis par les lois, les décrets, les ordonnances et les arrêtés. L’auteur de l’acte
doit être préposé de l’Etat. C’est-à-dire une autorité administrative ou territo-
riale, provinciale ou centrale. Peu importe le grade de l’autorité. Il suffit que
l’acte soit posé dans l’exercice des fonctions et, en outre, que l’autorité abuse
tout simplement de ses fonctions. Bref, il s’agit de tout dépositaire d’une petite
parcelle d’autorité publique qui en userait de manière abusive.
b. L’élément moral
L’agent agit avec conscience qu’il n’a pas droit. Il sait qu’il viole une loi, ou
encore qu’il ne se fonde sur aucune. Il en est ainsi de l’atteinte à l’inviolabilité
du secret des lettres, du déguerpissement d’un locataire sans jugement par un
officier de police judiciaire.

II. Poursuites

Si l’acte, par lui-même, constitue une infraction punie de peines supé-


rieures122 à celles prévues par l’article 180 (soit quinze jours à un an de servi-
tude pénale et une amende ou l’une de ces peines), il convient de poursuivre
l’auteur du chef de cette infraction. On poursuit de l’infraction d’atteinte aux
droits garantis aux particuliers:
- si les faits à reprocher au fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ne
constituent pas une infraction, ou

122
Toutes les peines prévues pour cette infraction sont retenues parce qu’étant les plus
fortes. Par contre lorsqu’un même sujet accomplit plusieurs infractions distinctes, non réu-
nies par une même intention délictueuse et dont aucune n’a encore fait l’objet d’un jugement
définitif, il y a concours matériel d’infractions. Le concours matériel d’infractions est prévu
par l’article 20, alinéa 2 du code pénal. Il en est ainsi d’un individu qui vole une vache à
Ngakwa le 30 décembre. Le 20 janvier, il tue une personne à Kanyalanga. Les agents de la
police se présentent pour l’arrêter à Bugobe, il frappe l’un avant d’être maîtrisé. Ce cas
constitue un exemple de concours matériel d’infractions de vol, de meurtre et de coups et
blessures. La solution est que le juge qualifiera chaque fait et lui appliquera une peine et
ensuite il additionnera les peines prononcées. C’est ce qu’on appelle le principe du « cumul
des peines ».
70

- si les faits constituent une infraction punissable des peines inférieures à un


an de servitude pénale.
a) Le texte légal est l’article 180 code pénal livre II.
L’article 180 du code pénale érige en infraction spéciale les faits prévus
par cette disposition lorsqu’ils sont commis par un fonctionnaire agissant illé-
galement et arbitrairement ; il n’ya pas concours d’infraction, mais infraction
unique à l’article 180 du code pénale livre II, punie éventuellement des peines
plus fortes, telles que celles prévues à l’article 46, alinéa 2 123 .
b) Quelles sont les sanctions susceptibles d’être appliquées ?
Le législateur a prévu quinze jours à un an de servitude pénale princi-
pale et l’amende ou l’une de ces peines seulement. La responsabilité de l’Etat
peut être engagée conjointement avec celle de l’agent. Conséquemment, l’agent
et l’Etat peuvent être condamnés solidairement à réparer le préjudice causé.
c)Tribunal compétent et prescription de l’action publique
Le tribunal de paix est qualifié pour juger cette infraction. L’action pu-
blique de l’infraction d’atteinte aux droits garantis aux particuliers est prescrip-
tible dans le délai d’une année.

44. Attentat à la liberté individuelle


Voir arrestation arbitraire, n°34.

45. Attentat à la pudeur


Par définition, l’attentat à la pudeur est tout acte contraire aux mœurs,
exercé intentionnellement et directement sur une personne, sans consentement
valable de celle-ci. Il est un acte impudique qui blesse la pudeur, un acte réel-
lement immoral. L’attentat existe dès qu’il y a commencement d’exécution.
Toucher le sexe de quelqu’un, exhiber en public son propre sexe, porter des
habits transparents jusqu’à exposer les parties intimes de son corps sont des
faits à qualifier d’infraction d’attentat à la pudeur.

I. Eléments constitutifs
Deux éléments sont communs à tous les attentats : le fait matériel et
l’intention coupable.
a) Les éléments matériels124
123
Elis. , 14 mai 1949, RJCB., p.139, Léo, 1.10.1935, RJCB, 1936, p.19.
124
Les actes constitutifs de cette prévention peuvent être en concours matériel d’infractions
et exiger le cumul des peines. Le cumul des peines de servitude pénale ne peut dépasser le
double du maximum de la peine la plus forte prévue par la loi, ni être supérieure à vingt
ans. Le cumul des peines d’amendes ne peut dépasser le double du maxima de la peine la
plus forte prévue par la loi. En cas de cumul, la servitude pénale subsidiaire ne pourra dé-
Catalogue des infractions 71

L’existence d’un acte attentatoire aux bonnes mœurs. C’est un acte im-
pudique, immoral par rapport aux us et coutumes d’un lieu donné, exercé sur
une personne avec ou sans violences, ruses ou menaces. Les mœurs sont donc
« un ensemble des principes, des règles régissant une société à une époque
donnée ». L’attentat suppose nécessairement un acte susceptible de causer pré-
judice à une personne humaine dans ce qu’elle peut ressentir comme pudeur.
C’est aussi un acte susceptible de constituer une offense à la moralité publique
au regard de bonnes mœurs d’une région, d’une communauté ou d’un Etat.
Il a ainsi été jugé que le fait d’exhiber sa nudité et de frotter son pénis
contre les parties intimes de la victime constitue la prévention d’attentat à la
pudeur125. Un fait trop peu grave peut constituer une infraction d’attentat à la
pudeur. Il peut présenter un dégré d’impudicité suffisant pour outrager la pu-
deur publique126. C’est l’action physique et immédiate contraire aux mœurs
exercée sur une personne qui constitue l’élément de l’infraction.

b)L’élément moral
L’attentat à la pudeur est une infraction intentionnelle. Il s’agit d’un
acte contraire aux mœurs exercé délibérement, une volonté délibérée de porter
atteinte à la moralité publique. L’agent pose son acte obscène avec la volonté
d’enfreindre les habitudes de la région, d’enfreindre la loi. A ce sujet, il a été
jugé que l’intention coupable de l’attentat à la pudeur se manifeste par la con-
naissance du caractère criminel ou immoral de l’acte127.

II. Poursuites

a) Le texte légal en vigueur.


Le législateur définit, incrimine et sanctionne l’infraction d’attentat à la
pudeur. La base légale est constituée d’une part par les articles 167, 168 du
code pénal Livre II tels que complétés et modifiés par la loi n°06 / 0I8 du 20
juillet 2006 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code
pénal congolais et par l’article 169 du code pénal livre II. Ce dernier article
dispose : « l’attentat existe dès qu’il y a commencement d’exécution »128. Au
regard de ce qui précède, il y a inexistence de la tentative punissable de
l’infraction d’attentat à la pudeur.

passer six mois. La peine de mort et la servitude pénale à perpétuité absorbent toute peine
privative de liberté.
125
Tribunal de grande instance de Kinshasa-Kalamu ; jugements R.P 7691, 8 juin 2000 et
R.P. 8325, 6 février 2003, inédit.
126
Elis.,13 avril 1943, RJCB, p. 132, in Piron, P et Devos, J., op.cit. ,p. 385.
127
Tribunal militaire de garnison de Bukavu, R.P 178/07, 27 mars 2008, affaire MP contre
Amzo Limaadu, inédit.
128
Voir aussi Elis, 22 février 1916, Jur Col 1926, p.320 et note ; Cass., 11 février 1942, Pas.
1942, I, 40.
72

Il y a d’autre part, l’autre base légale est l’article 172 de la loi n° 09/001
du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.

b) Les sanctions devant s’appliquer à toutes formes d’attentat.


Les sanctions sont prévues respectivement par les articles 167 et 168
du code pénal livre II, tel que modifié et complété par la loi n° 06/018 du 20
juillet 2006 d’une part, et d’autre part par l’article 172 de la loi n° 09/001 du 10
janvier 2009 portant protection de l’enfant.
1. le code pénal livre II tel que modifié et complété par la loi n° 06/018 du
20 juillet 2006.
L’attentat à la pudeur commis sans violences , ruses ou menaces sur la
personne ou à l’aide de la personne d’un enfant âgé de moins de dix-huit ans
est puni d’une servitude pénale de six mois à cinq ans(art. 167 alinéa 2).
L’attentat à la pudeur commis avec violences , ruses ou menaces sur des per-
sonnes, peu importe leur sexe, sera puni d’une servitude pénale de six mois à
cinq ans(art. 168 alinéa 1).
L’attentat à la pudeur commis avec violences, ruses ou menaces sur la
personne ou à l’aide de la personne d’un enfant âgé de moins de dix-huit ans
est puni d’une servitude pénale allant de cinq à vingt ans(art. 168 alinéa 2). Si
l’attentat a été commis sur les victimes à l’aide des personnes âgées de moins
de dix ans, la peine sera de cinq à vingt ans (art. 168 alinéa 3).
L’âge de l’enfant pourra être déterminé par examen médical, à défaut
d’acte d’état civil.
2. La loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.
Il s’agit de l’article172. Cette disposition légale stipule : « L’attentat à la pu-
deur sans violences, ruses ou menaces commis sur un enfant, est puni de six
mois à cinq ans de servitude pénale principale. L’attentat à la pudeur avec vio-
lences, ruses, ou menaces commis sur un enfant est puni de cinq à quinze ans
de servitude pénale principale.
Si l’attentat est commis sur un enfant à l’aide d’un ou de plusieurs
autres âgés de moins de dix ans, l’auteur est passible de cinq à vingt ans de ser-
vitude pénale principale. Les peines encourues sont portées de cinq à quinze
ans de servitude pénale principale, et à une amende de quatre cent mille francs
congolais si l’attentat à la pudeur a été commis par des personnes ou dans les
circonstances prévues à l’alinéa 2 de l’article 170 »
Catalogue des infractions 73

c)Tribunal compétent

Lorsque la peine maximale est de vingt ans , l’infraction d’attentat à la pudeur


sera jugée par le tribunal de grande instance. En cas d’une peine maximale de
cinq ans, le tribunal de paix est l’instance compétente. Dans le premier cas, la
prescription de l’action publique est de dix ans.

46. Attentat à la pudeur commis avec violence, ruse


ou menace
L’article 168 alinéa 2 du code pénal congolais livre II, tel que modifié et com-
plété par la loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles, régit
l’attentat à la pudeur commis avec violence, ruse ou menace. Pour les éléments
constitutifs, il sied de se référer à l’infraction d’attentat à la pudeur. Seulement,
le législateur a conféré des moyens de réalisation de l’incrimination qui sont les
violences, les menaces et les ruses.

47. Attentat à la pudeur commis à l’aide des per-


sonnes
1. Attentat à la pudeur commis à l’aide d’un ou plusieurs enfants.
L’élément caractéristique de l’infraction d’attentat à la pudeur commis à
l’aide d’un ou plusieurs enfants est l’âge de la victime. L’attentat à la pudeur
peut être commis à l’aide d’un enfant129 âgé de moins de dix-huit ans.
L’infraction existe, peu importent son sexe, son consentement et l’effet de
l’acte. C’est le cas de figure de l’article 168 alinéa 2 in fine du code pénal livre II
modifié par la loi n° 06 /018 du 20 juillet 2006 complétant et modifiant le code
pénal congolais.
2. Attentat à la pudeur commis sur les personnes ou à l’aide des per-
sonnes âgées de moins de dix ans.
L’attentat à la pudeur peut être commis à l’aide d’un ou plusieurs en-
fants âgés de moins de dix ans. C’est le cas de l’alinéa 2 de l’article 172 de la loi
n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant. C’est aussi le cas
de l’article 168 alinéa 3 in fine du code pénal livre II modifié par la loi n° 06
/018 du 20 juillet 2006 complétant et modifiant le code pénal congolais. Dans
les deux cas, l’auteur est passible de cinq à vingt ans de servitude.
3. Attentat à la pudeur commis par une catégorie spécifique d’auteurs
L’alinéa 3 de l’article 172 de la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant
protection de l’enfant, édicte que les peines encourues sont portées de cinq à

Tout attentat à la pudeur consommé, ou tenté, sans violence sur la personne d’un enfant
129

de moins de dix-huit ans peut être puni.


74

quinze ans de servitude pénale principale, et à une amende de quatre cent mille
francs congolais si l’attentat à la pudeur a été commis par des personnes ou
dans des circonstances prévues à l’alinéa 2 de l’article 170. L’alinéa 2 de
l’article170 de la même loi stipule que le minimum de la peine sera doublé si
l’attentat est le fait :
1° des ascendants ou descendants de l’enfant ;
2° des personnes qui ont autorité sur l’enfant ;
3° de ses enseignants ou de ses serviteurs à gage,ou les serviteurs des per-
sonnes indiquées ci-dessus ;
4° des agents publics, des ministres de culte ayant abusé de leur position ;
5° du personnel médical, para médical ou des assistants sociaux, des tradipra-
ticiens envers les enfants confiés à leurs soins ;
6° des gardiens sur les enfants placés sous leur surveillance.

De même le minimum de la peine est doublé si :


1° l’attentat à la pudeur est commis avec l’aide d’une ou plusieurs personnes
adultes ;
2° l’attentat à la pudeur est commis en public ;
3° l’attentat à la pudeur est commis sur une personne vivant avec handicap ;
4° l’attentat à la pudeur est commis avec usage ou menace d’une arme ;
5° l’infraction a causé à la victime une altération grave de sa santé et ou laissé
des séquelles physiques et ou psychologiques graves.
4. Attentat à la pudeur ayant causé la mort
Il ressort de l’article 171 du code pénal livre II que l’attentat à la pudeur
peut causer la mort de la « personne sur laquelle il a été commis ». La servitude
pénale à perpétuité ou la mort est la peine à infliger si l’attentat à la pudeur a
provoqué la mort. Le tribunal de grande instance reste compétent. La prescrip-
tion de l’action publique demeure décennale.

48. Attentat aux mœurs

L’attentat aux mœurs se définit comme tout acte qui excite, facilite ou favo-
rise la débauche de la jeunesse. Il est une excitation des mineurs à la débauche.
L’infraction d’attentat aux mœurs sous-entend :
a) l’acte matériel : celui-ci consiste à favoriser la débauche ;
b) l’âge réquis : moins de dix-huit ans est l’âge requis pour la victime; :
c)le but escompté :le but est de satisfaire la passion d’autrui.
Catalogue des infractions 75

a)Texte légal
Les articles 172 ( modifié par l’art 5 du décret du 27 juin 1960) et
l’article 173 et l’article 173 du code pénal livre II constituent le siège de
l’infraction d’attentat aux mœurs. La sanction est de trois mois à cinq ans de
servitude pénale principale et l’amende. Dans ce cas, le tribunal de paix est
compétent. La prescription de l’action publique est de trois ans.

b) Circonstances aggravantes
Lorsque l’infraction d’attentat aux mœurs est commise sur un enfant de
moins de dix ans, l’auteur encourt cinq à dix ans de servitude pénale. Si l’auteur
est père ou mère de l’enfant, il peut en outre être privé de ses droits sur
l’enfant. Le tribunal de grande instance est l’instance compétente. La prescrip-
tion de l’action publique en matière d’attentat aux mœurs est de dix ans.

49. Attentats et complots tendant à porter le mas-


sacre, la dévastation ou le pillage
Dans cet intitulé, se trouvent contenues plusieurs infractions. Il s’agit des in-
fractions constituées soit des atteintes contre l’autorité et la personnalité de
l’Etat, soit de véritables actes de guerre civile. On distingue, à cet égard, en
remontant de l’exécution de l’acte à la conception intellectuelle :
- l’attentat qui correspond aux actes d’exécution proprement dits ;
- le complot, caractérisé par la résolution concertée et arrêtée entre plusieurs
personnes d’entreprendre l’action ;
- le complot suivi d’un acte préparatoire ;
- la proposition faite et non agréée de former un complot.

a) Les attentats
Les attentats se divisent en cinq types :
1. Détruire ou changer le régime constitutionnel par des voies illégales ;
2. Exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité de l’Etat. ;
3. Exciter les citoyens ou habitants à s’armer les uns contre les autres ;
4. Porter atteinte à l’intégrité du territoire national ;
5. Porter le massacre ou la dévastation en un même lieu ou en divers lieux
(dans une ou plusieurs zones).

b) Les complots
Les éléments constitutifs du complot sont au nombre de quatre.
1. La résolution d’agir : une volonté précise et bien arrêtée ;
2. Cette résolution doit être concertée entre deux ou plusieurs personnes ;
76

3. Elle (résolution) doit également être arrêtée entre les conjurés, d’où la né-
cessité d’un accord entre eux sur le but et les moyens d’exécution du com-
plot. ;
4. Le complot doit avoir un but particulier : celui de commettre un attentat..
En période de guerre civile ou de troubles graves, ce sont des attentats qui ont
pour but de provoquer :
- le massacre, c’est-à-dire un ensemble de meurtres accomplis par des bandes
d’émeutiers ;
- la dévastation, c’est-à-dire une série de destructions, dégradations, incendies,
etc. exécutés avec violences ;
- le pillage, c’est-à-dire des vols collectifs se produisant au moment des
émeutes.

c) Quels textes définissent et prévoient ces infractions?


Les articles 200 et 201 du code pénal livre II sont les textes qui définissent
et prévoient les infractions d’attentats et complots tendant à porter le massacre,
la dévastation ou le pillage. L’article 200 réprime de la peine capitale les auteurs
de l’incrimination d’attentat tendant à porter le massacre, la dévastation ou le
pillage. Par contre, l’article 201 alinéa 1er sanctionne d’une servitude pénale de
quinze à vingt ans le complot tendant à porter le massacre, la dévastation ou le
pillage, si quelque acte a été commis ou commencé pour en préparer
l’exécution. La servitude pénale est de dix à quinze ans, dans le cas contraire.
La proposition faite et non agréée de former un complot pour arriver au mas-
sacre, à la dévastation ou au pillage est prévue et punie par l’article 201 alinéa 2.
Elle est punie d’une servitude pénale de cinq à dix ans (art.201).

50. Avortement
L’avortement volontaire est interdit. « Malheur à qui profane la beauté in-
nocente de la vie humaine ; malheur à qui en méconnait le droit essentiel, celui
d’exister, ou l’annéantit dès son origine130 ». La loi punit celui qui a fait avorter
une femme. La loi punit aussi la femme qui, volontairement, s’est fait avorter.
Avorter, c’est user des pratiques mécaniques ou chimiques pour interrompre
artificiellement une grossesse, en provoquant l’expulsion du fœtus avant terme,
non dans le but de sauver la vie de la mère porteuse ou d’épargner à l’enfant à
naître tout inconfort moral ou physique.
Le législateur distingue l’avortement par autrui (art 165) de l’avortement
sur soi-même (art 166). Le premier (avortement par autrui) est le fait de qui-
conque, par divers moyens, fait avorter une femme, que celle-ci y consente ou

130
Pape paul VI, in Journal le Monde, 24 décembre 1974, p.10, cité par LIKULIA., op. cit., p.
307.
Catalogue des infractions 77

non. Le second (avortement sur soi-même) est celui que la femme se procure
elle Ŕmême. Le médecin, l’infirmier ou toute autre personne peut provoquer
l’avortement d’une femme enceinte. Ils le peuvent par ruse, violence, curetage,
administration des produits pharmaceutiques abortifs ou indigènes, ou en usant
de tout autre procédé. Ils sont, dès lors, qualifiés de coauteurs de l’avortement.
Dans ce cas, ils seront punis sur base des articles 21 du code pénal livre I, et
165 du code pénal livre II.

I. Eléments constitutifs
Pour être consacrée, l’infraction d’avortement requiert la réunion d’un
ensemble d’éléments matériel et l’élément moral.
a)Les éléments matériels
1.L’expulsion prématurée.
Il s’agit de l’expulsion avant terme du fœtus, quel que soit le stade du déve-
loppement du fœtus, et indépendamment de sa viabilité.
2.L’expulsion provoquée d’une manière artificielle.
L’article 165 du code pénal congolais énumère les aliments, les breuvages,
les médicaments, les violences ou tout autre moyen comme manières artificielle
d’expulser le foetus. Généralement, les moyens de provoquer l’avortement
peuvent être chimiques ou mécaniques. Par les moyens chimiques,on reconnait
l’usage de la quinine, de l’eau de vie allemande, de l’antimoine, etc.
Par les moyens mécaniques, on distingue la sonde, l’injection d’eau savon-
neuse de permanganate, le crayon introduit dans l’uterus pour provoquer la
contraction et l’expulsion, les exercices physiques divers suivis d’hémorragie et
de curetage etc.
Bref, l’expulsion du fœtus est faite à l’aide des aliments, des breuvages,des
médicaments, des violences ou par tout autre moyen131 .
b) L’élément moral
L’auteur doit avoir eu l’intention de provoquer l’avortement. Une femme
grosse qui absorbe des substances abortives, (…) lorsqu’elle a délibérément
recherché l’expulsion du fœtus qu’elle portait, administre par ce fait la preuve
de l’élément moral. Le consentement de la femme est inopérant, car il s’agit
moins de disposer de son propre corps, mais de disposer de la vie d’un être
humain qui, bien que n’étant pas encore fonctionnellement autonome par rap-
port à elle, est déjà « ontologiquement » différent d’elle.
En effet, l’avortement résultant des coups volontaires portés, non dans
le but de faire avorter, mais dans l’intention d’attenter à la personne d’autrui
relève des articles 46 à 48 du code pénal. Aussi, l’avortement pratiqué par un

Au sens de l’article 165 du code pénal congolais livre II, l’avortement doit être considéré
131

comme un accouchement avant terme volontairement provoqué ou procuré par un procédé


quelconque, notamment par la violence ou par l’administration d’éléments, de breuvages et
de médicaments.
78

médecin dans le but de sauver la vie de la mère, faute d’intention délictueuse,


n’est pas punissable. C’est un avortement thérapeutique.
c)Cas jurisprudentiels
Il est de jurisprudence qu’au sens de l’article 165 du code pénal livre II,
l’avortement doit être considéré comme un accouchement avant terme provo-
qué volontairement ou procuré par un procédé quelconque, notamment par la
violence ou par l’administration d’aliments, de breuvages et de médicaments132 .
Lorsque l’élément matériel fait défaut dans le chef du prévenu, il de-
vient superfétatoire pour le juge d’examiner d’autres éléments et, partant,
l’infraction d’avortement criminel sera non établie133 .

II. Régime répressif


L’avortement sur soi même, l’avortement par autrui ainsi que le com-
plice d’un avortement sur soi même ou par autrui, ne sont pas punis des
mêmes peines. La femme qui se sera fait avorter volontairement encourt cinq à
dix ans de servitude pénale (art. 166 du cpL II). Le médecin, la sage-femme, le
pharmacien, l’infirmier ou toute autre personne qui par des aliments, des breu-
vages, des médicaments, des violences ou autres moyens, aura fait avorter une
femme, sera puni de cinq à quinze ans de servitude pénale (art. 165 du cpl II).
Celui ou ceux qui auront provoqué l’infraction d’avortement, fourni des
instructions ou renseignements ainsi que des instruments ou moyens et de
l’aide ou de l’assistance, sont des complices. Les complices seront punis d’une
peine qui ne dépassera pas la moitié de la peine qu’ils auraient encourue s’ils
avaient été eux-mêmes auteurs.
a)Du tribunal compétent et de la prescription
L’avortement est une infraction de la compétence matérielle du tribunal
de grande instance. Elle se prescrit dans le délai de dix ans.
b) De la complicité d’avortement
Sont considérés comme complices et punis par les articles 22 et 23 du
code pénal livre I ainsi que par les articles 165 et 166 du code pénal livre II,
selon le cas, ceux qui auront, en connaissance de cause, prêté à la commission
de cette infraction une aide utile mais non indispensable.
Elle (la complicité) pourra résulter soit de :
1. la provocation à l’infraction par menaces, promesses, abus d’autorité.
C’est le cas d’une mère qui dit à sa fille enceinte : « je ne veux pas d’enfant,
débrouille-toi , tu es une grande fille. Si non, je te chasse »134.C’est aussi le
cas d’un futur époux qui conditionne le mariage à l’avortement de sa fian-
cée ;

132
C.S.J., R.P 290, 20 décembre 1978, B.A, 1979, p.150.
133 er
Tribunal de grande instance de Kinshasa-Kalamu, jugement R.P. 8622, 1 mars 2005,
inédit.
134
LESUEUR., op.cit., p. 122.
Catalogue des infractions 79

2. des instructions ou renseignements pour commettre l’infraction . Par


exemple fournir l’adresse d’un avorteur, conseiller d’user de tel médicament
ou de tel procédé ;
3. la fourniture d’instruments ou de moyens. Par exemple le fait de donner à
une femme une substance abortive, de l’argent pour aller chez l’avorteuse
etc. ;
4. l’aide ou l’assistance. Accompagner une dame pour se faire avorter loin
du domicile paternel ou conjugal, lui donner réfuge pour se faire avorter.
Est complice de l’avortement , l’amant qui accompagne sa maîtresse chez le
médecin en vue de se faire avorter et qui assiste à l’opération même si, au préa-
lable, il a tenté de dissuader sa maîtresse de son projet135.
c)Circonstances aggravantes
La loi congolaise ne prévoit pas de circonstances aggravantes en matière
d’avortement. Même lorsque l’avortement est pratiqué par un profession-
nel(medécin, sage-femme, aide-accoucheuse, infirmier, pharmacien), un parent,
un avorteur d’habitude,etc, il n’y a pas de circonstances aggravantes. Il appar-
tient au juge, dans la fourchette des peines à infliger, de punir plus sévérement
un praticien de la médecine qui a prété serment de préserver la vie, car son
dégré de criminalité parait plus important. Il en est de même des parents,
d’époux ou des supérieurs de la femme avortée, car ils sont redevables d’un
devoir d’exemplarité et de préservation de la vie.
d)Cas de mort de la femme
Il arrive souvent, qu’à la suite de manœuvres abortives, la femme perde la
vie. Il convient alors d’appliquer au coupable, à l’avorteur les peines de l’article
48 relatif aux coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans inten-
tion de la donner. Ces sanctions peuvent aller jusqu’à vingt ans de servitude
pénale. A ce sujet, il a été jugé que le fait de provoquer la mort d’une personne
par injection de nivaquine ayant pour but de la faire avorter, même avec le con-
sentement de la victime, mais qui, au lieu d’aboutir à l’avortement, provoque la
mort de celle-ci, est générateur de deux incriminations, à savoir la tentative
d’avortement et l’homicide préterintentionnel. Les deux infractions étant en
concours formel, la peine la plus forte attachée à l’infraction de coups mortels
a été seule prononcée, absorbant celle de l’incrimination de tentative
d’avortement136.

51. Avortement par autrui


Voir Avortement, n° 50.

52. Avortement sur soi-même


Voir Avortement, n° 50.
135
LIKULIA BOLONGO . ,op. cit., p. 307.
136
Kin, 13 août 1970, R.J.Z. , 1971, p.241, cité par LIKULIA., op. cit ., p.306.
80

53. Banqueroute
Le terme « banqueroute » vient de l’italien « banca rotta », qui signifie
« banc brisé ». En effet, celui dont le commerce coulait et qui ne payait plus ses
dettes, voyait son banc à l’assembnlée des marchands brisé : il ne pouvait plus y
sièger.
La banqueroute est l’état d’un commerçant déclaré en faillite qui, dans la ges-
tion de ses affaires, s’est rendu coupable d’actes frauduleux ou de négligences
et d’imprudences. L’infraction de banqueroute concerne uniquement les com-
merçants. Elle n’est envisageable qu’aux conditions préalables de la qualité d’un
agent commerçant déclaré en faillite. La jurisprudence l’a confirmé137 . Les
conditions pour déclarer en faillite un commerçant se rapportent notamment à
la cessation de paiement et à l’ébranlement du crédit.
Les dispositions légales des articles 86 et 87 du code pénal congolais livre
II sont les textes légaux. A l’analyse de ces dispositions légales, l’on distingue la
banqueroute commise frauduleusement et la banqueroute réalisée sans inten-
tion frauduleuse.
I. Champs d’application de la banqueroute.

Peuvent tomber sous le coup des articles 86 et 87 du code pénal livre II qui
organisent les infractions de banqueroute les commerçants d’abord. Ensuite,
les dirigeants sociaux et les liquidateurs, ainsi que les personnes physiques des
personnes morales, lorsque c’est une personne morale qui est nommée admi-
nistrateur ou membre du conseil de surveillance d’une société. Enfin, la ban-
queroute est applicable aux dirigeants de fait comme aux dirigeants de droit.

Néanmoins l’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation


judiciaire est une condition préalable . Autremendit, il faut un état de cessation
des paiements138, constaté par une procédure collective ouverte contre le débi-
teur.

II. L’élement moral

Bien entendu, la banqueroute est une infraction intentionnelle. Le simple dol


général, en principe, suffit ; aucun dol spécial n’est requis. Parfois, le but pour-

137
Léo. , 27 février 1941, R.J.C.B. 1946, p.26.
138
L’état de cessation des paiements est le fait pour le débiteur de ne plus pouvoir faire face
à ses dettes(le passif exigible) avec l’actif disponible.
Catalogue des infractions 81

suivi, - c’est-à-dire le mobile - est mentionné au texte : est réprime le fait


d’ « avoir employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds ». Ici, la
demonstration du mobile est en principe exigée. Cependant , comme souvent
en droit pénal des affaires, le jurisprudence se contente de l’examen du com-
portement pour en déduire l’intention.

54. Banqueroute frauduleuse


L’infraction de banqueroute frauduleuse(article 86 du code pénal livre II) est
établie lorsque :
- le commerçant en faillite a détourné ou caché une partie de ses biens (dissi-
mulation d’une partie de l’actif);
- le commerçant est reconnu débiteur des sommes qu’il ne doit pas (augmen-
tation factice du passif) ;
- le commerçant a fait disparaître ou altéré des documents comptables (altéra-
tion de la comptabilité) ;
- l’élément moral existe : l’agent doit avoir agi volontairement avec la pleine
conscience qu’il diminue frauduleusement son actif au détriment de ses
créanciers.
La banqueroute frauduleuse est sanctionnée par l’article 86 du code pénal de
trois à cinq ans et d’une amende. Le juge a l’obligation d’infliger les deux
peines.
Le tribunal de commerce est la juridiction pénale compétente pour
connaître des différentes infractions de banqueroute. La prescription de
l’action publique relative à l’infraction de banqueroute frauduleuse est de trois
ans. Elle ne commence à courir que le jour du jugement déclaratif de faillite139 .
Mais il n’est pas nécessaire que ce jugement soit coulé en force de chose ju-
gée140 .

55. Banqueroute simple


L’infraction de banqueroute simple prévue par l’article 87 du code pénal
livre II n’est caractérisée que lorsque les irrégularités ci-dessous sont consta-
tées :
- non tenue des livres comptables et absence d’inventaire ;
- comptabilité incomplète ou irrégulière ;
- engagements excessifs sans contrepartie en valeur ;
- défaut ou déclaration de faillite dans les délais légaux ;

139
Elis. , 15 février 1949, R.J.C.B p.99 et 16 mars 1957 R.J.C.B. p. 230 ; Elis 19 janvier
1954 p. 91.
140
Léo. , 2o septembre 1956, R.J.C.B. 1957 p. 86.
82

- engagement , après cessation de paiement des devises, des dépenses injusti-


fiées ou favorisant un créancier aux dépens des autres ;
- être déclaré deux fois en faillite ;
- ne pas remplir les conditions d’un concordat à la suite d’une faillite précé-
dente ;
- non déclaration de la cessation des paiements, conformément à la loi ;
- défaut de se présenter auprès du juge ou du curateur.
La banqueroute simple est sanctionnée de huit jours à un an de servitude
pénale principale. Cette peine relève de l’article 87 du code pénale livre II. Les
règles relatives au tribunal compétent,à la prescription, sont identiques à celles
énoncées pour la banqueroute frauduleuse.

56. Baptême d’un adepte Zaïrois en lui conférant


une appellation aux résonances étrangères
Le recours à l’authenticité a été une des politiques prônées par le Mouve-
ment Populaire de la Révolution, parti unique sous la deuxième République.
Un des objectifs de cette politique était de faire disparaître du langage culturel
zaïrois les prénoms. A cet effet, étaient singulièrement bannis les noms dits de
baptême. Le port et l’usage des noms interdits furent érigés en infraction par le
biais de l’ordonnance-loi n°72/ 039 du 30 août 1972. Celle-ci a prévu une sanc-
tion de six mois à cinq ans de servitude pénale principale à l’endroit de tout
contrevenant.
Etait passible de cette sévère sanction tout officiant qui, lors du baptême
d’un adepte zaïrois, lui conférerait une appellation aux consonances étrangères.
Avec la libéralisation des cultes, la chute du régime à parti unique, le change-
ment du nom du pays, l’avènement du courant démocratique et son corollaire,
l’organisation des élections, il se pose la question de l’opportunité d’une pareille
infraction. Cela en appelle la révision du texte de loi avec d’autant plus d’acuité
que le port des prénoms et noms des saints, bibliques et étrangers s’est généra-
lisé. Dès lors, il y a lieu de se demander si cette infraction n’est pas tombée en
désuétude141.

141
Cette infraction pose la question de l’abrogation par désuetude de la loi.L’abrogation de
cette loi pourrait résulter du seul fait qu’elle se trouve, en pratique, frappée d’ineffectivité.
Catalogue des infractions 83

57. Bigamie
La bigamie est l’état d’une personne engagée dans le lien d’un mariage enre-
gistré ou célébré devant l’officier de l’Etat civil qui aura fait enregistrer ou célé-
brer un autre mariage sans que le précédent soit dissout ou annulé.
1. Monsieur Lukafu a quitté Kisangani après un mariage célébré le 18 juil-
let 1998 à la commune de la Makiso, avec son épouse, madame Ziyana.
Sans le dévoiler, Monsieur Lukafu voyage pour Matadi où il prépare une
autre union. Mademoiselle Musimwa, son ancienne amie, l’attend à bras ou-
verts. Mr Lukafu s’unit avec Musimwa le 25 janvier 1999 devant l’officier de
l’état civil de la commune de Nzanza.
2. Entretenir « un deuxième bureau142 » ne constitue pas l’infraction de bi-
gamie.
I. Eléments constitutifs
a) Condition préalable.
Il faut en premier lieu que l’époux coupable soit déjà engagé dans les
liens d’un mariage (contracté en République Démocratique du Congo ou à
l’étranger) valable. Il faut qu’il y ait deux mariages valables. Il n’y a pas infrac-
tion si le second mariage est nul pour une cause qui lui est propre 143 . Cas du
mari dont la première femme meurt entre son deuxième et troisième mariage ;
s’il se trouve que la bigamie résultant du deuxième est prescrite, il n’y a pas
d’infraction punissable, puisque le décès a dissout le premier mariage avant la
conclusion du troisième, et que le troisième n’a coïncidé qu’avec un deuxième
qui était nul.
La nullité du mariage s’apprécie selon le droit civil. Elle constitue une
exception préjudicielle au jugement, pour la nullité entachant le premier ma-
riage. Le tribunal répressif statue, au contraire, pour les nullités du second.
b) L’élément matériel
Un premier mariage valable et non dissous. L’élément maté-
riel consiste à contracter un second mariage. L’auteur est déjà lié par un pre-
mier mariage valable et non dissous. Un second mariage valable. Et puis, il
célébre ou enregistre un second mariage avant la dissolution du premier. Ce-
pendant, il n’est pas nécessaire que le second mariage soit contracté comme le
premier. Il peut s’agir d’un simple mariage coutumier.
c) L’élément moral.
Une intention coupable. Il faut que l’auteur agisse en connaissance de
cause ; c’est-à-dire la connaissance de l’existence d’une première union non
dissoute au moment de la célébration du second mariage144. La connaissance,
142
A Kinshasa, «deuxième bureau » signifie concubine ou maîtresse d’un homme marié.
143
Toulouse, 2002 ; Mémentos, Droit Pénal Spécial, 14 ème édition, 2008, Dalloz p.298.
144
Paris, 31 mai 1949, JCP 1949. II. 5163, note Delaume.
84

au moment du second mariage, du fait que le premier subsiste. La preuve de


cette connaissance et de la mauvaise foi du prévenu sera induite des moyens
frauduleux mis en œuvre145. Par exemple, la production d’un faux certificat de
célibat146. Si l’on croit que ce premier mariage subsiste alors qu’il est en réalité
dissous (par exemple le décès du conjoint), il n’y a pas infraction, faute
d’existence de la condition préalable.

II. Poursuites

Les poursuites peuvent être engagées par l’épouse. Elle peut porter
plainte à la police, au parquet ou attraire l’auteur devant le juge de paix. La per-
sonne reconnue coupable de l’infraction de bigamie sera sanctionnée sur base
des articles 408, 409 du code de la famille.

a) Sanctions dévolues
L’époux qui aura fait enregistrer ou célébrer une seconde union sans
que la première ne soit dissoute ou annulée, commet l’infraction de bigamie. Il
encourt un mois à trois ans de servitude pénale principale et une amende ou
une de ces peines seulement.

b) Prescription de l’action publique.


La bigamie est une infraction instantanée consommée , à compter du
jour de la célébration du second mariage. La prescription de trois ans court
donc dès cette célébration.

c) Complicité.
La loi ne prévoit aucune disposition concernant le complice qui épouse
la personne déjà mariée. S’il savait qu’il épousait une personne déjà mariée, on
lui appliquera les dispositions générales sur la complicité. Sera aussi complice,
l’officier public qui a prêté son ministère au mariage constituant la bigamie. Est
également complice l’officier public qui connaissait l’existence du premier ma-
riage. Il sera puni, tout comme l’auteur principal. Tous ceux qui se sont asso-
ciés à l’infraction peuvent également être poursuivis comme complices (té-
moins, second conjoint, agissant en connaissance de cause).

d) Tentative.
La tentative n’est pas punissable. La bigamie est en déclin, car elle
est difficile à commettre en raison des mentions devant être apposées sur les
actes de l’état civil. Elle est ,en outre ,facile à ne pas commettre, en usant du
divorce dans un même dessein(ou en vivant en concubinage).

145
Paris, 27 novembre 1981, D.1983, 14, note Ph. Paire.
146
Paris, 6 juillet 1988, Juris-Data n° 044484.
Catalogue des infractions 85

58. Blanchiment des capitaux


Le blanchiment147 est le fait, soit de faciliter par tout moyen, la justification
mensongère de l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un crime, ou
d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect, soit d’apporter
un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion
du produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit.
Sont constitutifs de l’infraction de blanchiment des capitaux les actes ci-
dessous, commis intentionnellement :
1. la conversion, le transfert ou la manipulation des biens dans le but de dissi-
muler ou de déguiser l’origine illicite desdits biens, ou d’aider toute per-
sonne qui est impliquée dans la commission de l’infraction principale à
échapper aux conséquences juridiques de ses actes ;
2. la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l’origine, de
l’emplacement, de la disposition, du mouvement ou de la propriété réels des
biens ;
3. l’acquisition, la détention ou l’utilisation des biens par une personne qui sait,
qui suspecte ou qui aurait dû savoir que lesdits biens constituent un produit
d’une infraction.
I. Les éléments constitutifs

a)L’élement préalable au blanchiment : l’infraction d’orirgine


l’infraction d’origine doit consister en une infraction à l’instar du recel.
Toute infraction qui permet de dégager des fonds, des biens, des « produits »
auxquels l’auteur veut donner l’apparence de licéité, établit les bases du blan-
chiment. Ainsi, comme le recel, les qualités d’auteur de l’infraction d’origine et
de blanchiment sont incompatibles148.
b)Les formes de blanchiment
Les deux formes que peut prendre le blanchiment sont le blanchiment par
justification mensongère et le blanchiment par concours à une opération finan-
cière.
1° Le blanchiment par justification mensongère
Le blanchiment par justification mensongère est le fait de faciliter, par tout
moyen, la justification mensongère de l’origine des biens ou des revenus de
l’auteur d’un crime ou d’un délit ayant procuré à celui-ci un profit direct ou
indirect. Ainsi, constitue un blanchiment le fait de fournir de faux papiers , des
documents mensongers au délinquant ayant commis l’infraction d’origine, afin
de faire croire à une provenance licite des fonds. Par exemple, signer une
147
H.Robert., « Réflexion sur la nature de l’infraction de blanchiment d’argent », JCP 2008. I.
146 ; Y. Synvet, « La banque face au blanchiment de capitaux », in RD bancaire et fin. No-
vembre 2007, étude 22.
148
En revanche, il est possible d’être à la foi complice et réceleur de l’auteur d’un blanchi-
ment : crim.,20 février 2008, Dr.pénal 2008,comm, 67,obs.Véron.
86

fausse reconnaissance de dettes, émettre de fausses factures, un faux contrat de


travail ou de faux bulletins de paie, truquer une comptabilité, etc,.
Il s’agit, bien evidemment, d’une infraction intentionnelle. L’élement moral,
tout comme l’élement matériel, doit être strictement démontré pour que
l’infraction puisse être retenue149.
2°Le blanchiment par concours à une opération financière
Le blanchiment par concours à une opération financière est le fait d’apporter
un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion
du produit direct ou indirect d’une infraction. C’est la forme la plus « clas-
sique » de l’infraction, celle pour laquelle les profesionnels(banquiers, notaires
ou avocats), doivent faire montre d’une extrême vigilance et éventuellement
opérer une déclaration de soupçon.
Sous cette forme, le blanchiment consiste à apporter son aide à l’auteur d’une
infraction afin de fondre des sommes acquises illégalement dans un circuit fi-
nancier licite ou de les faire disparaître dans des opérations comptables. Le but
poursuivi par le délinquant est d’éviter que quiconque ne puisse remonter la
piste de l’argent et d’en déviner la provenance malhonnête.
La connaissance, l’intention ou la motivation nécessaire en tant qu’élément de
l’infraction peuvent être déduites des circonstances factuelles objectives.
Il a été jugé que pour que soit établie l’infraction de blanchiment, il importe
peu que le prévenu ait eu connaissance, avec précision de l’infraction d’où pro-
viennent les fonds qu’il véhicula après s’être chargé de leur conversion. Il suffit
qu’en raison de circonstances dans lesquelles il œuvra, il ait pu se convaincre de
leur origine illicite150 .

II. Régime répressif

a) Texte légal organisant et réprimant le blanchiment des capi-


taux.
L’infraction de blanchiment des capitaux est de création récente. Elle
est prévue, définie et sanctionnée par les articles 1er, 34, 36 de la loi n°04/016
du 19 juillet 2004. Cette loi porte lutte contre le blanchiment des capitaux et le
financement du terrorisme.

b) Sanctions dont le législateur a assorti cette infraction.


L’article 34 al 1er de la loi du 19 juillet 2004 réprime l’auteur principal de
cette infraction. La sanction est de cinq à dix ans de servitude pénale principale
et d’une amende dont le maximum est égal à six fois le montant de la somme

149
Crim., 25 juin 2003, Dr.pénal 2003,comm.143,obs.Véron, RSC 2004,p. 350, obs. Otten-
hof.
eme
150
Bruxelles ,11 e ch. ,30 juin 2003 et cass. , 2 ch., 14 janvier 2004 – p 584 tiré de la
e
Revue de Jurisprudence de Liége, Mons et Bruxelles, 31 décembre 2004, 110 année, heb-
domadaire, page 1932.
Catalogue des infractions 87

blanchie. L’article 34 al 2e punit le complice de la même peine que l’auteur


principal.

c)Autres sanctions
Aux termes de l’article 36 du même texte légal, il revient que les per-
sonnes morales (sociétés) pourront être condamnées :
1. à l’interdiction, à titre définitif ou pour une durée de cinq ans au plus,
d’exercer directement ou indirectement certaines activités professionnelles ;
2. à la fermeture définitive ou pour une durée de cinq ans au maximum de
leurs établissements ayant servi à commettre cette infraction ;
3. à la dissolution lorsqu’elles ont été créées pour commettre les faits incrimi-
nés ;
4 . au paiement des frais de publication de la décision par la presse écrite ou par
tout autre moyen de communication audio-visuelle.

59. Bris de scellés


Les scellés sont un ensemble de bande de papier ou d’étoffe et de deux
cachets de cire revêtus d’un sceau officiel, employé par les officiers de police
judiciaire, les huissiers ou autres officiels, généralement pour empêcher
l’ouverture d’un meuble ou d’un local. Les scellés sont apposés sur des portes,
fenêtres, meubles, tiroirs ou objets quelconques. Il y a bris de scellés quand une
personne brise à dessein les scellés apposés par l’autorité publique.

I. Eléments constitutifs
L’existence de l’infraction de bris de scellés appelle à la réunion de plu-
sieurs éléments : de l’élément matériel et de l’élément moral.
a)L’existence des scellés
L’existence des scellés apposés sur ordre de l’autorité publique (Gouverne-
ment, Justice ou un fonctionnaire qualifié) dans les formes légales, doivent être
matériellement détruits. La destruction des scellés vise la pénétration dans le
local ou l’ouverture du meuble.
b)La destruction ou l’enlèvement des scellés
Pour qu’il y ait destruction ou enlevement des scellés il faut que la bande ou
l’empreinte ait dû être détruite ou enlevée. Ainsi, le fait de soustraire un objet
placé sous scellés, sans endommager les scellés, constituerait le vol.

c)L’élement moral
La destruction des scellés doit avoir été faite avec connaissance et volonté.
Le législateur utilise le concept « à dessein ». L’infraction de bris de scellés est
donc une infraction intentionnelle.
88

L’infraction est commise par celui qui sait que les scellés qu’il a brisés avaient
été apposés par l’autorité judiciaire. Cette connaissance ne résulte pas exclusi-
vement de la signification à l’auteur du bris de scellés de la décision de justice
ayant décidé de leur apposition, car il peut être un tiers au procès ayant abouti à
cette mesure151.

II. Poursuites
Les poursuites pour bris de scellés rentrent dans le droit commun des
poursuites. Le Ministère public met en mouvement l’action publique, même
sur simple dénonciation. Les personnes intéressées peuvent se constituer par-
ties civiles ou saisir le juge compétent.
a) Quel est le texte légal ?
Les bris de scellés relèvent du code pénal livre II. Les articles 139 et
140 du code pénal LII en sont le siège légal. La répression des actes des bris de
scellés y est définie.
b) Quelles sont les sanctions prévues ?
Ceux qui auront brisé les scellés seront punis de six mois à deux ans de servi-
tude pénale principale, et d’une amende ou d’une des peines seulement. Le
gardien par la négligence duquel le scellé, aura été brisé, ou qui aura lui même
brisé le scellé, peut encourir huit jours de servitude pénale principale, et une
amende ou l’une des peines seulement152. Le gardien qui brise le scellé, ou le
fonctionnaire qui opère le scellé et qui le brise, sera puni de trois ans de servi-
tude pénale principale maximum et d’une amende153.
c) Quel est le tribunal compétent ?
L’infraction de bris de scellés est portée devant le juge compétent. La
compétence matérielle de cette infraction est dévolue au juge de paix.
d) Qu’en est-il de l’action publique ?
L’action publique relative à l’infraction de bris de scellés se prescrit après
trois ans et une année selon qu’il s’agit des cas prévus aux points 1, 3 et au
point 2 ci-dessus. Les peines, elles, seront prescrites au délai double de la peine
prononcée, ou à deux ans si ce délai est inférieur à deux ans.

151
Montpellier, 24 avril 2001,Dr.pénal 2001, comm,137.
152
Article 139 du code pénal livre II.
153
Article 140 du code pénal livre II.
Catalogue des infractions 89

60. Campagne électorale en dehors de la période


légale
Voir élections, n° 199-II, 5.

61. Cannibalisme
Voir anthropophagie, n° 32.

62. Carte nationale d’identité


Dans le cadre d’identification des personnes, le titre d’identité pour ci-
toyens zaïrois (actuellement congolais) est la « carte nationale d’identité ». Elle
est délivrée par le commissaire de zone (aujourd’hui administrateur de territoire
ou bourgmestre). Elle doit être présentée à toute réquisition de l’autorité com-
pétente. La carte nationale d’identité est délivrée à tout citoyen à la déclaration
de naissance. Le port de la carte nationale d’identité munie d’une photo passe-
port est obligatoire dès l’âge de dix-huit ans révolus.

Le texte légal en vigueur est le Décret PM/0008/95 du 10 mars 1995 portant


création de la carte nationale d’identité (Cabinet du Premier Ministre). Notons,
cependant, que ce décret n’a pas fait l’objet d’une publication au journal offi-
ciel. La carte d’identité ainsi définie a existé, mais n’existe plus de nos jours .
Elle n’est plus délivrée.
Sont érigés en infractions :
1° Le défaut ou le refus de présentation de la carte nationale
d’identité sur réquisition de l’autorité compétente (art. 8)
Cette contravention est punie de sept jours au maximum, et d’amende ou
d’une de deux peines seulement.
2° La rétention illicite d’une carte d’identité appartenant à autrui
(art 9)
Est ici concernée l’autorité qui aura retenu une carte d’identité appartenant à
autrui, sans motif valable. Le coupable subira la sanction prévue pour la réten-
tion illicite des documents (article 2 de l’ordonnance 21- 84 du 14 février 1959.)
3° L’usage frauduleux d’une carte d’identité appartenant à autrui
(art. 10)
90

L’usage frauduleux d’une carte d’identité appartenant à autrui est sanction-


né. La sanction est d’une servitude pénale de deux à six mois, et d’une amende
ou de l’une de ces peines.
4° Les fausses déclarations au moment de l’établissement de la
carte nationale d’identité (art. 11 point 1)
Chacune des fausses déclarations concernées est punie. La sanction est
d’une servitude pénale de six à douze mois, et d’une amende ou de l’une de ces
peines.
5° L’abstention de faire les déclarations au moment de
l’établissement de la carte nationale d’identité (art.11 point 2)
La contravention d’abstention de faire les déclarations au moment de
l’établissement de la carte nationale d’identité est réprimée dans le chef de son
auteur. Les sanctions de l’infraction précédente( fausses déclarations au mo-
ment de l’établissement de la carte nationale d’identité) seront subies.
6° Les violences, les voies de fait ou les menaces à l’égard de
l’officier de l’état civil lors de l’établissement de la carte na-
tionale d’identité (art. 11 point 3)
L’auteur des violences et voies de fait cité par l’article 11 point 3 à l’égard
d’un officier de l’état civil lors de l’établissement de la carte d’identité nationale,
est passible des peines. Il subira six à douze mois de servitude pénale et une
amende ou l’une de ces peines.
7° Le refus d’établir, sans motif valable, la carte nationale
d’identité (art. 12)
Ne pas établir, sans motif valable, la carte nationale d’identité est punissable
dans le chef d’un officier public commis à la tâche. Il sera passible d’une servi-
tude pénale de deux à six mois, et d’une amende ou de l’une de ces peines seu-
lement.
Les infractions ci-haut citées sont chacune de la compétence du tribunal de
Paix.

63. Capitulation
L’infraction de capitulation est aussi appelée défaitisme. La capitulation
est une infraction contre le devoir. Elle consiste à capituler devant l’ennemi, ou
à ordonner de cesser le combat, ou encore à amener le pavillon sans avoir
épuisé tous les moyens de défense dont on dispose, et sans avoir fait tout ce
que prescrit le devoir. Les personnes susceptibles de commettre l’infraction de
Catalogue des infractions 91

capitulation sont énumérées. Il peut s’agir du commandant d’une formation


militaire, du commandant d’une unité militaire, du commandant d’une
force militaire, du commandant d’un aéronef militaire et du commandant d’un
navire militaire.

I. Eléments constitutifs
a) Les trois conditions préalables
Trois conditions sont requises pour la réalisation de l’infraction de capitula-
tion : l’existence d’une situation exceptionnelle, le statut de commandant opé-
rationnel pour l’agent et l’avis obligatoire du conseil de discipline sur la culpabi-
lité dudit commandant.
b) Les éléments constitutifs propremendits
Les élements constitutifs sont faits d’une part de l’élément matériel, et
d’autre part de l’élément intellectuel.
1. L’élément matériel
L’élément matériel est caractérisé, soit par la capitulation devant
l’ennemi, soit par l’ordre de cessation de combat, soit encore par le fait
d’amener le pavillon sans avoir épuisé tous les moyens de défense à la disposi-
tion ou sans avoir accompli tout ce qui est prescrit par le devoir et l’honneur.
2. L’élément intellectuel
L’élément intellectuel de l’infraction est fait de l’intention criminelle.
Celle-ci consiste dans la décision, pour un agent libre et conscient, de capituler,
et dans la connaissance de la disponibilité des moyens de défense pouvant lui
permettre de faire valablement face à l’ennemi.

II. Régime répressif


a) La capitulation
La capitulation est une infraction d’ordre militaire. Elle est définie et réprimée
par l’article 58 du code pénal militaire (article 429-430 du code de justice mili-
taire). Etant donné que, par la capitulation, l’auteur cause un énorme préjudice
à l’armée et à la nation, du fait que sont emportés hommes et armement, le
législateur y prévoit de lourdes peines. La sanction prévue est la peine de mort.
Cette peine se fonde sur le fait qu’elle suscite, dans le chef de tout potentiel
auteur de la capitulation, la crainte d’une mort certaine résultant de l’acte ré-
préhensible.
b)Préalable à l’établissement de cette infraction.
Comme déjà énoncé, la personne poursuivie pour infraction de capitula-
tion doit préalablement passer devant un conseil de discipline. Celui-ci donne
préalablement son avis avant les poursuites pénales.
92

64. Cel frauduleux


Le cel frauduleux est défini comme le fait, pour une personne ayant obte-
nu par hasard la possession d’une chose, de la conserver ou de la livrer à un
tiers. L’infraction de cel frauduleux est aussi appelée recel frauduleux. Le cel
frauduleux n’est pas le vol, faute de soustraction. L’infraction de cel frauduleux
se justifie, le fait de garder une chose dont on n’est pas propriétaire étant con-
traire à la justice et à la morale.

I. Eléments constitutifs

a) L’élément légal
L’élément légal de l’infraction de cel frauduleux est défini par l’article 102
du code pénal livre II (issu du décret du 24 décembre 1929).
b)L’élément matériel
L’élément matériel est constitué d’une chose trouvée par hasard ou dont
on a obtenu la possession par hasard. Le cel frauduleux ne porte que sur les
objets mobiliers.
Cette chose doit appartenir à autrui. La chose ne doit pas avoir été abandonnée
sciemment par son propriétaire. Un vieux vêtement jeté ne pourra pas faire
l’objet de cette infraction, car il n’a plus de valeur. Il doit s’agir d’une appro-
priation de la chose en la conservant pour soi ou en la cédant à autrui sous
forme de don, de prêt, de vente, de mise en gage, etc.
c)L’élément moral
L’élément moral est fait, dans le chef d’une personne donnée , de
l’intention frauduleuse de s’approprier une chose qu’elle sait ne pas lui apparte-
nir. Le cel frauduleux, infraction instantanée, est établi dès qu’on est en pré-
sence d’un paiement indu ou d’un enrichissement sans cause, l’intention délic-
tuelle étant manifestée par l’utilisation immédiate des fonds indûment perçus et
causant ainsi préjudice154 . Le tribunal a décidé qu’en conservant ou en retenant
les tuyaux trouvés avec dessein de les rendre dès qu’il en découvre le proprié-
taire, ou dès qu’il a connaissance de leur réclamation, autrement dit en
s’appropriant lesdits tuyaux, le prévenu s’est comporté ainsi en maître de ces
tuyaux et tombe donc sous le coup de l’article 102 du code pénal réprimant le
cel frauduleux155.

154
RJZ. , 8 octobre 1973, septembre- décembre. , n°3, p.274.
155
Tribunal de paix de Kisangani/Makiso., RP 1718, 16 juillet 2004, ministère public et partie
civile contre le prévenu Adel Achour.
Catalogue des infractions 93

Les « exemples d’école » constitutifs du cel frauduleux sont légion. Le


fait de ramasser de l’argent tombé de la poche d’un passant et de s’en servir.
S’approprier une chèvre réfugiée sous son toit ou une bête égarée. Recevoir par
suite d’une erreur de la poste un colis destiné à une autre personne et en faire
usage, en connaissant librement que l’on n’en est pas destinataire.

II. Poursuites

Le propriétaire du bien mais aussi l’officier du Ministère public, pour-


ront entamer des poursuites. La victime déposera plainte, et le Ministère public
pourra se saisir d’office. Toute personne, sans être victime, peut dénoncer les
faits pour les avoir vécus.
a) Quel est le texte légal ?
Le texte qui crée et sanctionne le cel frauduleux est l’article 102 du code
pénal LII (issu du décret du 24 décembre 1929). Il prévoit, pour l’auteur de
l’infraction de cel frauduleux, des peines allant de huit jours à deux ans de ser-
vitude pénale principale, et une amende ou l’une de ces peines seulement. Le
tribunal de paix est la juridiction compétente.
b) Comment se prescrit l’infraction de cel frauduleux?
Le délai de prescription de l’action publique est de trois ans. Les peines
se prescrivent comme à l’infraction des bris des scellés.

65. Change
La matière de change156 est réglementée en République Démocratique
du Congo. Elle est régie par la l’ordonnance-loi n° 67/272 du 23 juin 1967
relative aux pouvoirs réglementaires de la Banque Nationale du Congo en ma-
tière de réglementation du change157 . Constituent une infraction à la réglemen-
tation du change :
1. tout acte non conforme aux dispositions législatives ou réglementaires rela-
tives au contrôle des changes ;
2. l’obtention d’autorisations par des procédés illégaux ou irréguliers telles la
falsification ou l’altération de documents, la fausse déclaration ainsi que
l’utilisation de tels procédés en vue de les obtenir (art.10).
a)Personnes concernées par la réglementation du change
Non seulement les personnes physiques, mais aussi les personnes mo-
rales intervenant, les premières comme les secondes, directement ou indirec-

156
M.C 1967 p. 864 in Codes Larcier R.D.C, tome III, Vol 2, Larcier-afrique Editions 2003,
p.706.
157
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, 49 ème Année, Numéro Spé-
cial, 20 janvier 2008.
94

tement dans la réglementation du change, sont susceptibles de commettre ces


infractions.
b) Constat des infractions à la réglementation du change
Les fonctionnaires de la Banque Centrale du Congo et des services de la
douane revêtus de la qualité d’officiers de police judiciaire sont chargés de
constater les infractions à la réglementation du change. Leur compétence
s’étend sur tout le territoire national. Les procès- verbaux sont d’office trans-
mis à la Banque centrale du Congo. Ces officiers de police judiciaire peuvent
exiger la production des écrits et documents comptables, la communication des
renseignements verbaux et écrits relatifs aux préventions qui donnent lieu aux
recherches qu’ils effectuent.
Tout renseignement et document de nature à faciliter la recherche et le constat
des infractions, doit d’office être transmis à la Banque Centrale Congolaise.
c) Sanctions prévues par les textes légaux
Toute infraction à la réglementation du change est passible d’un mois à
cinq ans de servitude pénale, et d’une amende par infraction ou d’une de ces
peines seulement (art.13 de la loi précitée).
En cas de récidive, ces peines seront portées au double. La déchéance des
droits civils et politiques s’applique aux infractions à la réglementation du
change.
d) Poursuites pénales
Les poursuites des infractions à la réglementation du change sont exer-
cées à la demande de la Banque Centrale. L’article 15 de l’ordonnance-loi du 23
juin 1967 subordonne l’initiative des poursuites du ministère public à la plainte
de la Banque Centrale du Congo en matière d’infractions à la réglementation de
change. Doit être déclarée irrecevable, l’action du Ministère public qui ne se
serait pas conformée à ces dispositions158. A défaut de plainte déposée par la
Banque Centrale du Congo, aucune condamnation pénale ni dommages et inté-
rêts résultant de l’infraction à la réglementation de change ne peuvent être pro-
noncés159 . La Banque requiert d’office auprès de la juridiction compétente,
lorsque l’infraction est accompagnée de corruption ou de concussion de fonc-
tionnaires, ou de détournements de fonds publics. La restitution des devises
transférées illégalement ou frauduleusement soustraites à l’encaissement est
obligatoire indépendamment du jugement définitif.
La Banque est habilitée à transiger avec le délinquant et à fixer les conditions
de la transaction. L’absence de règlement définitif de la transaction entraîne
d’office la transmission du dossier au parquet. La transaction éteint l’action
publique, même en ce qui concerne les peines d’emprisonnement.

158
C.S.J., R.P. 79, 25 juillet 1973, B.A. 1974, p.144.
159
C.S.J., R.P. 174, 04 juillet 1977, B.A. 1978, p.66.
Catalogue des infractions 95

e) Prescription de l’action publique


Les infractions à la réglementation du change se prescrivent par trois ans
à dater du constat de l’infraction, si l’action publique n’est pas interrompue par
des actes d’instruction ou des poursuites. L’action publique est également pres-
crite par l’application des mesures conservatoires de suspension des autorités,
de confiscation et de saisie des biens.

66. Chantage

Le terme est passé dans le langage juridique et consiste dans la menace de


révélations ou d’imputations diffamatoires, pour obtenir soit l’apposition d’une
signature, soit la remise d’un titre ou de fonds. Certains codes, français en
l’occurrence, font du chantage une infraction juridiquement définie160 . Dans ce
cas, l’infraction comprend quatre éléments constitutifs, à savoir :
1. la menace de révélations ou d’imputations diffamatoires. Cette menace peut
être écrite ou verbale ;
2. une menace adressée dans le but d’obtenir un gain illégitime ;
3. la remise de signature ou la remise de fonds, de valeurs ou d’un acte conte-
nant obligation ou décharge ;
4. l’intention coupable. L’auteur doit avoir été de mauvaise foi..
En revanche, en droit Congolais, le chantage ne constitue qu’une des
formes de l’infraction d’extorsion prévue et réprimée par l’article 84 du code
pénal livre II. C’est le cas lorsque qu’il y a extorsion de titre ou de signature.
Par contre, s’il s’agit de remise de fonds, il y a infraction de vol avec violences.
Le chantage exerce ses ravages dans les secteurs les plus divers : politique,
financier, sportif etc. Il est grand temps, pour le législateur congolais, de faire
du chantage une infraction à châtier sévèrement. Il existe aussi un chantage de
mœurs : « la vie sexuelle, secrète par excellence, est son domaine élu ».
67. Chanvre à fumer
L’infraction appelée « chanvre à fumer » frappe quiconque cultive, met en
vente, transporte et détient du chanvre à fumer. Elle concerne également toute
personne qui use du chanvre, soit en le fumant, soit en le consommant de
toute autre manière.

160
Articles 312-10 du deuxième livre code pénal intitulé « Des crimes et délits contre les
personnes ».
96

Il est reconnu que la loi punit, sans distinction, la détention du chanvre à fu-
mer. Celui qui fume du chanvre doit nécessairement en détenir, et il tombe
donc sous l’application de la loi161 .

a) Quel est le siège de cette infraction ?


Les articles 1, 3 et 4 de l’ordonnance législative du 22 janvier 1903 ap-
prouvé par décret du 1er mars 1903 ainsi que le décret du 10 mars 1917162
créent et répriment l’infraction de chanvre à fumer.

b) Quelles sanctions sont- elles prévues ?


L’auteur de l’infraction de chanvre à fumer encourt des sanctions. Elles
sont de quinze jours à un an de servitude pénale principale, et l’amende ou une
de ces peines seulement (article 3). D’autres sanctions existent et sont appli-
quées. Il s’agit de la destruction des cultures, la confiscation et la destruction du
chanvre saisi, la saisie et la confiscation d’instruments destinés ou ayant servi à
fumer du chanvre ou à le consommer, de quelque façon que ce soit163 .
Même en cas d’acquittement, le juge ordonnera la confiscation du
chanvre saisi qui constitue un objet dangereux et nuisible.

c) Juridiction compétente et autres modalités


Le chanvre à fumer relève de la compétence du tribunal de paix.
L’action publique relative à cette infraction est prescriptible dans un délai d’une
année. Les chefs de localité ou de quartier, les notables responsables de la cité
qui n’ont pas prévenu l’autorité ou dénoncé la culture, la mise en vente, le
transport, l’existence ou l’usage du chanvre à fumer dans leurs entités, seront
tenus solidairement responsables du payement des amendes et des frais aux-
quels sont condamnés les coupables.

68. Chasse illicite


La pratique de la chasse est organisée. Ainsi, lorsqu’une personne exploite
la faune par la chasse ou par tout autre mode d’exploitation sans être munie
d’une autorisation de l’autorité compétente, elle est susceptible de commettre
une infraction. Les infractions relatives à la chasse sont diverses.

161
Boma, 30 juillet 1907, Jur. Etat II p.190.
162
B.O., 1903, p.36 et B.O., 1917, p.68 .
163
O- L. du 10 mars 1917
Catalogue des infractions 97

I. Infractions proprement dites en matière de chasse

Comme précisé tantôt, en matière de chasse, les infractions sont multiples.


A titre illustratif, il est interdit :
1° d’introduire des animaux domestiques ou exotiques, des armes à feu, des
pièges ou tout engin de chasse à l’intérieur des réserves de faune sans auto-
risation de l’autorité locale, d’y transporter, de tenir des animaux sauvages
vivants, leurs peaux ou des trophées, leur viande ou tout autre sous produit
de la faune (article 13 alinéa 1er de la loi n°82/002/ du 28/05/1982) ;
2° de poursuivre, de chasser, de capturer, de détruire ,d’ effrayer ou de trou-
bler de quelque manière que ce soit toute espèce d’animal sauvage, sauf en
cas de légitime défense ou de force majeure (art. 13 al 2) ;
3° de détériorer, de quelque manière que ce soit, l’habitat de la faune sauvage
(art. 13 al 3) ;
4° de faire voler un aéronef à basse altitude (art. 13 al 4) ;
5° de tuer,de capturer, de chasser, de poursuivre, de déranger volontairement
ou de faire fuir dans le but de nuire aux animaux totalement protégés par la
loi (art. 27) ;
6° de provoquer volontairement et sans autorisation l’un des animaux proté-
gés ;
7° d’enlever ou de détruire les œufs, les nids, les couvées et les nichées des
animaux de chasse (art. 32).
Commet l’infraction de chasse illicite, l’administrateur territorial qui fait
chasser sans permis régulier pour le ravitaillement de son poste ; la bonne foi
en cette matière n’est pas élisive de cette infraction164 . La circonstance que le
prévenu a fait toutes les démarches possibles pour obtenir le permis de chasse
sans y parvenir, ne peut constituer une raison d’excuse de l’infraction165 . Les
allées et venues d’un chasseur recherchant du gibier constituent un fait de
chasse, alors même qu’il n’aurait pas levé de gibier et n’aurait pas eu l’occasion
de le tirer166 .

II. Régime des poursuites

La loi n°82/002 du 28/05/1982 est le texte légal de référence. Pour


toutes les infractions énumérées, l’auteur encourt cinq ans de servitude pénale
principale au maximum et l’amende ou une de ces peines seulement. Le tribu-
nal compétent est le Tribunal de Paix. Les différentes infractions en matière de
chasse se prescrivent dans le délai de trois ans.

164
Ière Inst. Buta, 19 décembre 1929, Rev . Jur. 1931, p. 271.
165
Elis. , 2 décembre 1911, Jur. Congo 1912 p. 300.
166
Boma, 18 Novembre 1913, Jur. Congo1924, p. 87.
98

69. Cinéma (enfants non admis)


Généralement, les films sont classés par catégories par une commission ad
hoc. Les films jugés immoraux ou trop violents sont classés dans la catégorie
de films dont la présentation est interdite aux enfants. Dans ce dernier cas,
l’entrée de l’établissement et les affiches doivent porter la mention «enfant non
admis ».
Seront coupables de l’infraction, les exploitants ou les gérants des établis-
sements cinématographiques et leurs préposés, qui admettent aux spectacles
représentés les personnes autres que celles autorisées à y assister, en
l’occurrence la présence de mineurs de moins de 18 ans. Par exemple, ils peu-
vent encourir des peines à chaque présentation d’un film classé « enfant non
admis » en présence des mineurs d’âge. Même la personne qui projette un film
de cette catégorie dans les locaux non fermés est passible des peines.

a) Poursuites consécutives
L’auteur présumé de l’infraction « cinéma enfants non admis » peut être
poursuivi sur dénonciation. Il le peut aussi sur plainte de toute personne lésée.
Le Ministère public peut en outre se saisir d’office. L’ordonnance n°23/216 du
04 mai 1959 portant protection de l’enfance en matière de projections cinéma-
tographiques publiques167 est le texte légal. A l’endroit du coupable, une sanc-
tion d’un mois maximum de servitude pénale principale et une amende sont
prévues ou une de ces peines (article 20 de l’ordonnance citée). Le tribunal
pourra ordonner , pendant trois mois , la fermeture de l’établissement.

b) Quel est le tribunal compétent ?


Le tribunal de paix est l’instance habilitée à juger l’infraction « cinéma, en-
fants non admis ». L’action publique s’éteint dans le délai d’une année. Le délai
est à compter à partir de la fin de la commission de l’infraction.

70. Clientélisme
Le clientélisme consiste dans toute pratique ou tout procédé d’attribution
sélective d’avantages indus, se fondant notamment sur des critères d’origine,
d’appartenance ou de non appartenance à une éthnie, une tribu, une région ou
une province, une religion, une association de fait ou de droit, ou encore sur
tout autre critère discriminatoire. Le clientélisme consiste également dans la
création ou l’entretien, sur cette base d’attaches personnelles ayant des inci-
dences manifestes et perverses sur la gestion d’un service ou d’une unité, sur
leur organisation ou sur leur fonctionnement (article 197 du code pénal mili-
taire).
167
B. O. , 1959, p. 1157.
Catalogue des infractions 99

I. Eléments constitutifs proprement dits

a) L’élément matériel
L’élément matériel est constitué de deux actes. D’une part, un acte de
pratique ou de procédé d’attribution sélective d’avantages indus, d’ autre part,
un acte de création ou d’entretien d’attaches personnelles sur base des critères
d’origine, d’appartenance ou de non appartenance à une religion, à une associa-
tion de fait ou de droit, ou sur tout autre critère discriminatoire.

b) L’élément moral
L’élément moral consiste, d’abord , dans la connaissance du caractère
indu des avantages qu’on attribue sélectivement, et dans la résolution libre et
consciente de les attribuer. Il consiste, ensuite, dans la ferme décision de créer
ou d’entretenir une coterie basée sur ces critères négatifs au mépris des effets
néfastes futurs ou réels168 .

II. Régime répressif

Aux termes de l’article 198 du code pénal militaire, toute discrimination


et tout clientélisme sont punissables de deux à quatre ans de servitude pénale.
Ils sont punissables à condition qu’ils consistent à :
- refuser la fourniture d’un bien ou d’un service ;
- entraver l’exercice normal d’une activité militaire quelconque ;
- refuser d’affecter, de désigner à une formation, d’utiliser un militaire ;
- sanctionner un militaire ;
- subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service à une condition fondée
sur l’un des éléments visés aux articles 196 et 197
- subordonner, dans les mêmes conditions, une offre d’affectation ou de mu-
tation, ou mouvement du personnel.
Aux termes de l’article 199 du code pénal militaire, la peine de deux à quatre
ans de servitude pénale sera appliquée au militaire qui fera manifestement in-
tervenir d’autres critères que ceux déterminés par les lois et règlements dans le
recrutement de ses collaborateurs, dans l’accomplissement d’une mission qui
lui est confiée ou dans la gestion, l’organisation ou le fonctionnement du ser-
vice ou de l’unité où il assume, à quelque échelon qu’il se trouve, des responsa-
bilités de direction ou de commandement. Quant à l’article 200 du code pénal
militaire, les infractions de discrimination et de clientélisme qui ont causé une
désorganisation des pouvoirs publics ou de l’armée, des troubles graves, un

168
Laurent MUTATA LUABA . , Droit pénal militaire congolais. Des peines et incriminations
de la compétence des juridictions militaires en R.D. Congo ; Editions du Service de Docu-
mentation et d’Etudes du Ministère de la Justice et Garde des Sceaux, Kinshasa 2005,
p.640.
100

mouvement sécessionniste ou une rébellion seront punies dans le chef du mili-


taire coupable. La sanction prévue est une servitude pénale à perpétuité.

71. Code de marchés publics


Par marché public, il faut entendre tout contrat écrit par lequel un entre-
preneur, un fournisseur ou un prestataire s’engage envers l’autorité publique
compétente soit à réaliser des travaux, soit à fournir des biens ou des services,
soit encore à exécuter des prestations intellectuelles moyennant un prix. En
d’autres termes, les marchés publics sont les contrats conclus à titre onéreux
entre les pouvoirs adjudicateurs(Etat, collectivités teritoriales, établissements
publics….) et des opérateurs publics ou privés, pour répondre à leurs besoins
en matière de travaux, de fournitures ou de services169.

a)Textes légaux en vigueur.


Il y a d’abord l’ordonnance loi n° 41-398 relative à la police des mar-
chés publics. (L’ordonnance-loi n°69/054 du 5 décembre 1969 relative aux
marchés publics, texte autrefois en vigueur vient d’être abrogée170). Il y a en-
suite l’ordonnance n° 69-279 relative aux marchés publics de travaux, de four-
nitures, de transports et de prestations.Il y a enfin la loi n° 10/010 du 27 avril
2010 relative aux marchés publics.

b) Types de marchés publics et définitions


Aux termes de la loi n° 10/010 du 27 avril 2010 relative aux marchés
publics171, les différents types de marchés publics (articles 7, 8, 9,10 et 11) sont
les marchés de travaux, de fournitures, de services et des prestations intellec-
tuelles172.
1. Les marchés de travaux. Ils ont pour objet la réalisation, au bénéfice d’une
autorité contractante, de tous travaux de bâtiment ou de génie civile ou la
réfection d’ouvrages de toute nature.
2. Les marchés de fournitures. Les marchés de fournitures concernent l’achat,
la prise en crédit-bail, la location-vente de produits ou matériels au bénéfice
d’une autorité contractante.

169
F. Linditch., « Une définition élargie des marchés publics destinée à couvrir de larges
pans de l’activité économique », Cahiers de droit de l’entreprise, n° 5 septembre 2007, dos-
sier29.
170
Après harmonisation par la commission paritaire mixte de l’assemblée nationale et du
sénat, le texte a été l’adopté en assemblée plénière et promulgué le 27 avril 2010 par le
Président de la République. Ainsi donc vient d’être abrogée l’ordonnance loi n° 69/054 du 5
décembre 1969 (article 84).
171
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, Cabinet du Président de la
ème
République, 51 Année, Numéro Spécial, 30 avril 2010, 33 pages.
172
Idem, pp 11-12.
Catalogue des infractions 101

3. Les marchés de service ont pour objet la réalisation des prestations qui ne
peuvent être qualifiés, ni de travaux, ni de fournitures.
4. Les marchés de prestations intellectuelles ont pour objet des prestations à
caractère principalement intellectuel. Ils incluent notamment les contrats de
maîtrise d’ouvrage déléguée, les contrats de conduite d’opération, les con-
trats de maîtrise d’œuvre et les services d’assistance technique, les marchés
de prestation, d’études et de la maîtrise d’œuvre, tout comportant des obli-
gations spécifiques liées à la notion de propriété intellectuelle.

c) Infractions à l’occasion de la passation des marchés publics ou de


délégation de service public.
Toute infraction peut être commise à l’occasion de la passation de mar-
chés publics ou de délégations de service public (article 77). Le conflit
d’intérêts, le délit d’initié et la prise illégale d’intérêts peuvent être commis dans
le cadre d’un marché public (article 78)173. Il y a conflits d’intérêts lorsqu’un
membre de l’autorité contractante ou délégante prend part à la prise de déci-
sion concernant le candidat ou le titulaire du marché public auquel il est lié par
des intérêts incompatibles avec ceux de l’Etat.
Il y a délit d’initié lorsqu’un membre de l’autorité contractante ou délégante,
une personne chargée d’un service public ou investie d’un mandat électif four-
nit ou fait usage des informations privilégiées, détenues en raison de ses fonc-
tions ou de son mandat, dans le but d’influencer l’attribution d’un marché pu-
blic ou d’une délégation de service public.
Il y a prise illégale d’intérêts lorsqu’un fonctionnaire, un agent public ou
un élu prend, reçoit ou conserve un intérêt dans une entreprise ou une opéra-
tion dont il a, au moment de l’acte, la charge d’assurer la surveillance,
l’administration ou la liquidation.

c) Peines prévues par code de marchés publics


L’auteur de l’infraction commise à l’occasion de la passation de mar-
chés publics ou de délégation de service public sera puni du double de la servi-
tude pénale prévue pour cette infraction. L’amende sera portée à un montant
ne dépassant pas 50.000.000 de francs congolais (art. 77). Le tribunal pronon-
cera, en outre la confiscation des garanties constituées par l’entreprise et
l’exclusion de celle-ci de la commande publique pour une durée ne dépassant
pas cinq années. L’exclusion de la commande publique sera définitive en cas de
récidive (article 79).
Le conflit d’intérêts, le délit d’initié et la prise illégale d’intérêts commis dans le
cadre d’un marché public et d’une délégation de service public (article 78) sont
punis d’une amende de 25.000.000 à 50.000.000 de francs congolais.

173
Idem, pp 29-30.
102

d) Sanctions administratives174
Sans préjudice des peines définies pour les infractions à la loi pénale,
l’entrepreneur, le fournisseur ou le prestataire de services qui aura commis un
acte d’improbité175 dans la passation ou dans l’exécution des marchés publics
sera passible, de façon séparée ou cumulative, par l’institution chargée de la
régulation des marchés publics de :
- l’exclusion temporaire de la commande publique (l’exclusion ne peut dépas-
ser la durée de cinq ans) ;
- retrait de l’agrément et/ou du certificat de qualification.
En cas de récidive, la déchéance définitive peut être prononcée par la juridic-
tion compétente, à la demande de l’établissement public chargé de la régulation
des marchés.

72. Code forestier

La loi n°011/2002 du 29 août 2002 constitue le code forestier176. Plusieurs


infractions à la réglementation forestière y sont définies et punies par le législa-
teur.

I. Infractions proprement dites et pénalités.

1. Abandon ou provocation de feu dans la forêt ou dans la


brousse (art.. 57 et 149 de la loi susvisée)
Qui abandonne ou provoque un feu dans la forêt ou dans la brousse com-
met une infraction. Il est susceptible d’être puni de deux mois à deux ans de
servitude pénale et d’une amende de soixante mille à un million de francs con-
golais constants ou d’une de ces peines seulement. Est passible des mêmes
peines, l’auteur de chacune de trois autres infractions reprises aux numéros 2, 3
et 4.
2. Allumage de feu dans les réserves naturelles intégrales et les
parcs nationaux (art.. 61 et 149)
3. Allumage de feu dans un rayon de 500 mètres autour des fo-
rêts situées dans la savane ou en bordure de la savane (art.
59 et 149)
4. Allumage de feu en zone de savane le long des routes et
chemins traversant les forêts classées (art. 60 et 149)

174
Les sanctions administratives sont prévues par la même loi relative aux marchés publics
à l’article 80.
175
Le législateur s’est efforcé de définir l’acte d’improbité à l’article 80 de la loi relative aux
marchés publics . Il y a réservé des larges développements.
176 ème
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, 43 année, Kinshasa, 31
août 2002.
Catalogue des infractions 103

5. Contrefaçon ou falsification des marques régulièrement dépo-


sées (146) ;
Sont concernés ici l’usage de marteau contrefait ou falsifié, l’usage de mar-
teau véritable indûment procuré et l’enlèvement des marques. L’auteur présu-
mé subira deux mois à deux ans et une amende de vingt cinq mille à cent vingt
cinq mille francs congolais constants ou une de ces peines.
6. couper, arracher, enlever, mutiler ou endommager des arbres
ou plants d’essences forestières protégées sans autorisations
(art. 148 point 4).
La sanction est de six mois à cinq ans de servitude pénale principale et
d’une amende de vingt mille à cinq cents mille francs congolais constants ou
une de ces peines seulement.
7. Déboisement de la forêt sur distance de 50 mètres de part et
d’autre des cours d’eau ou dans un rayon de 100 mètres au-
tour de leur source (art. 148 point 3)
La répression prévue est celle de l’article 148 point 4 telle que énoncée ci-
dessus.
8. Dégradation d’un écosystème forestier ou déboisement d’une
zone exposée au risque d’érosion ou d’inondation (art.148
point 1)
La punition prévue est similaire à celle de l’article 148 point 4.
9. Emondage ou ébranchage des arbres ou pratique de la cul-
ture par essartage dans une forêt classée (art. 148 point 2)
La sanction prévue est celle de l’article 148 point 4 reprise ci-dessus.
10 . Enlèvement, déplacement ou dégradation des bornes,
marques ou clôture servant à délimiter des forêts ou des con-
cessions forestières (art.148 point 5)
Les pénalités prévues sont de six mois à cinq ans de servitude pénale prin-
cipale et d’une amende de vingt mille à cinq cent mille francs congolais cons-
tants ou une de ces peines seulement.
11. Exploitation des produits forestiers sans autorisations
dans le chef d’un titulaire d’une autorisation de recon-
naissance forestière ou d’inventaire (art. 144 point1).
L’infraction est punie de six mois à trois ans et une amende de cent mille à
cinq cent mille francs congolais constants ou une de ces peines seulement.
12. Exploitation forestière en violation de la loi ou de ses me-
sures d’exécution (art.143 point 1)
La sanction est de trois mois à deux ans de servitude pénale et d’une
amende de vingt mille à cent mille francs congolais constants ou une de ces
peines seulement. La saisie ou la restitution des produits de l’infraction, des
instruments ayant servi à commettre l’infraction sera en outre ordonnée.
104

13. Exploitation par le concessionnaire forestier des produits


forestiers sans autorisation requise (art.147 point 4).
Elle est réprimée d’un mois à trois ans de servitude pénale et une amende
de dix mille à cinq cent mille francs congolais constants ou une de ces peines
seulement.
14. Exportation par le concessionnaire forestier des essences
en violation des restrictions instituées par les mesures
d’exécution du code forestier (art..147 point 3)
Cette incrimination est punie de la même peine que l’exportation par le
concessionnaire forestier des produits forestiers sans autorisation requise (voir
n°13 en haut).
15. Exercice d’un droit d’usage forestier dans une forêt clas-
sée en violation du code forestier ou de ses mesures
d’exécution (art. .150)
Deux mois à un an de servitude pénale et une amende de dix mille à cinq
cent mille francs congolais constants ou une de ces peines seulement sont pré-
vus en guise de sanction.
16. Exercice d’un droit d’usage forestier dans une forêt pro-
tégée en violation du code forestier et de ses mesures
d’exécution (art..151)
Cette disposition légale prévoit un mois à un an de servitude pénale prin-
cipale et une amende de cinq mille à vingt cinq mille francs congolais constants
ou une de ces peines seulement.
17. Falsification d’une des autorisations prévues par le code
forestier et ses mesures d’exécution (art..145).
Cette falsification est punie de six mois à deux ans de servitude pénale et
une amende de vingt mille à cent mille francs congolais ou une de ces peines
seulement.
Les coupes pratiquées sous une autorisation falsifiée sont illicites. La détention
des produits forestiers en vertu d’une autorisation falsifiée est illicite.
Le législateur prévoit d’autres pénalités, à savoir l’arrêt des travaux de coupe et
la saisie des produits, outils, machines et véhicules ayant servi aux travaux.

18. Location, échange ou concession par le concessionnaire


de concession sans autorisation de l’autorité compétente
(art..14 point 2)
Cette infraction est réprimée d’une peine d’un mois à trois ans de servi-
tude pénale et d’une amende de dix mille à cinq cent mille francs congolais
constants ou une de ces peines seulement.
Catalogue des infractions 105

19. Obstacles à l’accomplissement des devoirs des inspec-


teurs forestiers, fonctionnaires et agents de
l’administration chargée des forêts (art..153)
La sanction est d’un an à cinq ans et une amende de vingt mille à cinq cent
mille francs congolais constants ou une de ces peines seulement.
20. Port ou fait d’allumer un feu en dehors des habitations et
des bâtiments d’exploitation situés à l’intérieur des forêts
(art..58 et 149)
Les pénalités sont de deux mois à deux ans de servitude pénale et une
amende de soixante mille à un million de francs congolais constants ou une de
ces peines seulement.

21. Reconnaissance forestière ou déboisement des forêts


sans autorisation y afférente (art..144 point 2).
Six mois à trois ans de servitude pénale et une amende de cent mille à cinq
cent mille francs congolais constants ou une de ces peines seulement pourront
être appliqués à l’auteur de l’infraction.
22. Refus par le concessionnaire forestier de l’accès à sa
concession des agents de l’administration chargée des
forêts ou aux membres du conseil consultatif provincial
des forêts en mission de service (art..147 point 1).
Cette entrave est punie d’un mois à trois ans de servitude pénale et une
amende de dix mille à cinq cent mille francs congolais constants ou une de ces
peines seulement.
23. Transport ou vente du bois obtenu en violation du code
forestier ou de ses mesures d’exécution (art.. 143 point 2).
Cette prévention est réprimée par trois mois à deux ans de servitude pénale
et une amende de vingt mille à cent mille francs congolais constants ou une de
ces peines seulement. Il peut être ordonné la saisie ou la restitution des pro-
duits de l’infraction, des instruments ayant servi à la commettre.

II. Régime répressif

a) Procédure
1. Rôle des inspecteurs forestiers
Les inspecteurs forestiers, les fonctionnaires assermentés et les officiers
de police judiciaire sont les personnes habilitées en matière forestière. Ils peu-
vent procéder à la saisie et à la mise sous séquestre des instruments, véhicules
et objets ayant servi à commettre une infraction forestière ou qui en sont le
produit. Ils ne peuvent procéder à des visites et perquisitions dans les maisons
d’habitation, dans les bâtiments, dans les cours adjacents et dans les enclos que
sur autorisation d’un officier du Ministère public. Ils peuvent appréhender et
conduire devant l’officier du Ministère public toute personne surprise en fla-
106

grant délit d’infraction forestière. Ils peuvent réquerir la force publique pour la
répression des infractions forestières et pour la saisie des produits forestiers
illégalement détenus, transportés , vendus ou achétés. Ils consignent dans leurs
procés-verbaux , la nature, le lieu et les circonstances des infractions consta-
tées, les éléments de preuve relevés et les dépositions des personnes ayant
fourni les renseignements. Les procès-verbaux font foi jusqu’à la preuve con-
traire. Ils sont transmis, dans les meilleurs délais, à l’officier du Ministère pu-
blic. Un rapport est dressé par l’officier de police judiciaire à l’administration
chargée des forêts.
2.Rôle de l’Etat
L’Etat a le droit d’exposer l’affaire devant le tribunal. Il dépose ses con-
clusions, au premier dégré comme devant la juridiction d’appel. Au cas où
l’Etat n’est pas représenté à l’audience, le tribunal prononce d’office les dom-
mages-intérêts (article 135 alinéa 2). Les jugements en matière forestière sont
signifiés au Ministre de la Justice qui en porte connaissance à l’administration
forestière(art. 136).

3. La transaction en matière forestière

En matière forestière, l’action est éteinte par la transaction(article 137


alinéa 4). L’arrêté du Ministre de la Justice définit les formalités et les procé-
dures à observer lors des transactions, la liste des agents habilités à transiger et
les barêmes des transactions(art. 137). Le montant des transactions est acquitté
dans le délai fixé par l’acte de transaction, faute de quoi, il est procédé aux
poursuites. Avant le jugement, les transactions peuvent être consenties dans les
conditions et selon les modalités fixées par l’arrêté du Ministre. Après jugement
définitif, les transactions ne peuvent porter que sur les modalités de réparation
pécuniaire.
Le délinquant peut se libérer d’une transaction soit par un payement en es-
pèces, soit par l’exécution des travaux d’intérêt forestier (article 139 et 140). En
cas de récidive, la transaction n’est consentie que de façon exceptionnelle et
seulement par le Ministre (art. 137 alinéa 3).
4.Constitution de partie civile
Peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne
les infractions forestières, les associations représentatives des communautés
locales et les organisations non gouvernementales nationales agréées et contri-
buant à la réalisation de la politique gouvernementale en matière environne-
mentale. Elles exercent les mêmes droits, en ce qui concerne les atteintes aux
accords et conventions internationaux ratifiés par la République Démocratique
du Congo, causant un préjudice direct ou indirect aux intérêts collectifs qu’elles
ont pour objet de défendre.
Catalogue des infractions 107

b) Tribunal pénalement compétent


Les faits répréhensibles en matière forestière177 sont de la compétence
juridictionnelle des tribunaux de commerce. L’article 17 de la loi 002/2001
portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de commerce
attribue à ceux-ci la compétence en matière des législations et réglementations
économique et commerciale. La législation forestière congolaise faisant partie
de l’arsenal économique et commercial, les délits forestiers sont de la compé-
tence des tribunaux de commerce178 .

c) Prescription de l’action publique


L’action publique en matière d’infraction forestière se prescrit après un an
révolu, si l’infraction n’est punie que d’une amende ou si le maximum de la
peine applicable ne dépasse pas une année. Elle se prescrit après trois ans révo-
lus si le maximum de la peine applicable ne dépasse pas cinq années (article
126).

73. Code minier


Les infractions à la législation minière sont définies, prévues et sanction-
nées par le code minier. Le texte en vigueur est la loi n°007/2002 du 11 juillet
2002 portant code minier179.

I. Infractions et pénalités

1. Achat et vente illicite des substances minérales


L’achat et la vente illicite des substances minérales sont punis à l’article
302 de la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002. La sanction est d’une amende, en
177
Les infractions forestières sont recherchées et constatées, sans préjudice des préroga-
tives des offficiers du Ministère public, par les inspecteurs forestiers, les fonctionnaires as-
sermentés et les autres officiers de police judiciaire dans leur ressort territorial.
178
La situation des tribunaux de commerce est particulière. En effet, les tribunaux de com-
merce ont une compétence d’attribution délimitée par la loi, eu égard, soit à la nature de
certaines infractions, soit à la qualité de certains délinquants. Ils ont été crées depuis 2001
par la loi du 03 Juillet 2001 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux
de commerce. Les juges de ces tribunaux sont donc le juge naturel des litiges relevant de la
législation économique et commerciale (article 17 de la loi citée). Ces juridictions connais-
sent des infractions à la législation économique et commerciale, quel que soit le taux de la
peine ou la hauteur de l’amende (Clément NSAMPOLU IYELA., Organisation, compétence
et procédure devant les tribunaux de commerce. Séminaire de formation des juges consu-
laires et magistrats des tribunaux de commerce, Edité par Avocats sans frontières Belgique
/ Mission permanente en R.D.C, Kinshasa, Août –septembre 2002, p.4.) A la lumière de ce
qui précède, nous pouvons affirmer que les infractions en matière de prix, de registre de
commerce, de banqueroute et cas assimilés, à la réglementation du petit commerce relè-
vent de la compétence des tribunaux de commerce. En attendant l’effectivité des tribunaux
de commerce sur l’étendue du territoire national, les tribunaux de grande instance exercent
leurs attributions là où ils ne sont pas encore installés.
179 ème
JORDC, 43 Année, Numéro spécial, 15 juillet 2002.
108

francs congolais, de l’équivalent de 10.000$ US à 30.000$ US. Le tribunal pour-


ra également saisir et confisquer au profit de l’Etat les substances faisant l’objet
des transactions. Il a été jugé qu’en se livrant au trafic des substances minérales,
sans les autorisations exigées par le code minier congolais, les auteurs ont
commis le trafic illicite des substances minérales180 .

2. Activités minières illicites


L’infraction d’activités minières illicites est prévue et réprimée par
l’article 299 du code minier. Elle a pour sujets les personnes qui se livrent sans
autorisation à des travaux de recherches ou d’exploitation des mines ou des
carrières en violation des dispositions du Code minier. Le coupable connaît
qu’il accomplit un acte que la loi interdit mais tient à en tirer profit. Les auteurs
sont susceptibles de subir une amende en francs congolais de l’équivalent de
10.000$us à 25.000$US. En outre, il sera procédé à la saisie et confiscation par
le tribunal des substances minérales illicitement extraites.

3. Corruption des agents des services publics de l’Etat habilités


à procéder aux opérations minières
Voir corruption passive, n°101.

4. Détournement des substances minérales


L’article 301 est le siège de cette matière. Le détournement des subs-
tances minérales est sanctionné dans le chef du prévenu. Il encourt cinq à dix
ans de servitude pénale et une amende dont le montant en francs congolais est
l’équivalent de 5.000 $US à 20.000 $US.
BZLa facilitation du détournement est aussi punie. Elle est punie dans
le chef de celui qui aura facilité le détournement. La sanction est une servitude
pénale de deux à cinq ans et une amende en francs congolais de l’équivalent de
5.000 à 10.000 $US.

5. Détention illicite des substances minérales


L’article 303 de la loi 007/2002 du 11 juillet 2002 réprime la détention
illicite des substances minérales. Pour qu’il y ait ce délit, l’auteur, au moment où
il détient la substance minérale, ne doit pas être une personne autorisée par la
loi de détenir cette substance. En outre, cette substance minérale ne doit pas
provenir d’une activité minière entreprise par le détenteur en vertu de la loi ou
d’un règlement.
Il a été jugé qu’il convient de prendre en compte la force probante des
procès-verbaux dressés et des déclarations y contenues et qu’il ne peut être
attaché aucune crédibilité aux dires d’un prévenu, connaissant avec pertinence
le diamant pour s’être livré des années durant à son achat, déclarant pour se

180
Cour de Sûreté de l’Etat, RP 2479, 18 mars 2004, inédit.
Catalogue des infractions 109

disculper que les pierres noires trouvées sur lui ne sont pas du diamant alors
que l’expertise du centre d’Evaluation, d’Expertise et de Certification des Subs-
tances Minérales, précieuses et semi-précieuses, CEEC en sigle, atteste qu’il
s’agit bel et bien des substances minérales et plus précisément du diamant in-
dustriel181 . La détention illicite des substances minérales est punie de deux mois
de servitude pénale principale au maximum et d’amende. L’amende à faire
payer est de l’équivalent en francs congolais de 2.000 $US à 20.000 $US. Le
juge peut infliger soit la servitude pénale principale soit l’amende.

6. Entraves à l’activité de l’administration des mines


Il faut entendre par entraves à l’activité de l’administration des mines, le
fait de faire obstacle à l’exécution des travaux ordonnés ou autorisés par les
services de mines. Le texte légal est l’article 310 de la loi minière. L’entrave à
l’activité de l’administration des mines est sanctionné. Le prévenu sera puni
d’une servitude pénale de six mois et d’une amende en francs congolais de
l’équivalent de 2.000 $US à 10.000 $US ou une de ces peines seulement.

7. Outrages ou violences envers les agents de l’administration


des mines
L’infraction d’outrages ou violences envers les agents de
l’administration des mines a été développée dans le cadre général des outrages
aux fonctionnaires. Nous recommandons de s’y référer utilement.

8. Recel des substances minières


L’infraction de recel des substances minières a déjà été traitée en même
temps que l’infraction de vol de substances minérales. Le lecteur lira utilement
les pages y relatives.

9. Transport illicite des substances minérales


Le transport illicite des substances minérales est prévu par l’article 304.
Il est sanctionné d’une servitude pénale de deux mois au maximum et d’une
amende en francs congolais de l’équivalent de 2.000 $US à 20.000 $US. L’une
de ces deux peines peut être infligée exclusivement.

10. Violation des règles d’hygiène et de sécurité


En matière de travaux de recherches ou d’exploitations des mines ou
des carrières, les règles d’hygiène et de sécurité sont de stricte application.
L’article 306 du code minier prévoit , pour tout contrevenant à ces disposi-
tions, des sanctions. Elles sont d’une servitude pénale d’un mois et d’une

181
Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/ Gombe, R.P 263, Ministère public et partie
civile contre le prévenu Ajudiya Pravin Kumar , 18 décembre 2009, inédit.
110

amende équivalant en francs congolais de 5.000 $US à 10.000 $US ou une de


ces peines.

11 . Vol des substances minérales


Voir infraction de vol, n° 73-11, 573.

II. Tribunal pénalement compétent

Les infractions à la législation minière sont créées par la loi n°007 /2002
du 11 juillet 2002. Cette loi, bien que postérieure à la loi n° 002/2001 du 03
juillet créant les tribunaux de commerce, n’a pas déterminé le tribunal pénal
compétent. Nous estimons que, le nouveau code minier faisant partie de la
législation économique et commerciale de notre pays en vertu de l’article 17 de
la loi n° 002/2001, les infractions en matière des mines et carrières relèvent de
la compétence pénale des tribunaux de commerce.

74. Collecte illégale

Le décret du 16 juin 1960 portant approbation de l’ordonnance-loi n°11-


906 du 1er décembre1959 est le texte légal en matière de collecte illégale. Sont
concernées, dans l’infraction de collecte illégale, les quêtes de fonds ou d’objets
qui se font à domicile, sur la voie publique, ou en tout autre lieu public, à
l’exception des édifices du culte.
En effet, les collectes sont soumises à l’autorisation préalable de
l’administrateur de territoire ou du gouverneur de province. Elles ne sont auto-
risées que si le produit est destiné à des actes de piété, de bienfaisance, à
l’encouragement des sciences, des arts, des lettres ou à tout autre but d’utilité
publique.

a) Personnes susceptibles de commettre l’infraction et peines pré-


vue.
Seront punissables d’une servitude pénale de deux mois maximum et
d’amende ou d’une de ces peines seulement (article 9 §1°) ceux qui auront fait
une collecte non autorisée, ceux qui auront contrevenu à l’interdiction et ceux
qui auront employé le produit d’une collecte à une autre fin que celle indiquée.
Seront punissables d’une servitude pénale de quinze jours au maximum et
d’amende ou d’une de ces peines seulement (article 9 § 2), ceux qui auront fait
une collecte autorisée sans avoir été agrées comme collecteurs ou après que
l’agréation leur ait été retirée. Subiront la même peine, ceux qui auront refusé
de produire les comptes et les pièces relatives à la collecte et témoignant de la
destination donnée au produit de celle-ci.
Catalogue des infractions 111

b) Tribunal compétent et prescription de l’action publique


L’infraction de collecte illégale est de la compétence du tribunal de paix.
Le taux de la peine prévue par le législateur conduit à la compétence matérielle
de cette juridiction. L’infraction de collecte illégale se prescrit dans le délai
d’une année.

75. Commerce triangulaire


Voir Prix, n° 457-1.

76. Complot contre le chef de l’Etat


Le complot ou attentat contre la vie ou la personne du chef de l’Etat est
prévu par l’article 194 du code pénal livre II. Dans la réalisation progressive
d’une entreprise contre la sûreté de l’Etat, le complot précède l’attentat. Les
éléments constitutifs sont au nombre de quatre.
1. La résolution d’agir. Elle implique une volonté précise et bien arrêtée. Il est
sans importance qu’elle soit, ou non, tenue secrète, et qu’elle soit condition-
nelle ou assortie d’un terme incertain ;
2. Cette résolution doit être concertée entre deux ou plusieurs personnes. Là
est l’élément essentiel à l’incrimination : l’article 194 du code pénal livre II
ne s’applique pas à la résolution individuelle de commettre un attentat. Il
faut une réunion de plusieurs volontés dans un même but ;
3. Elle doit également être arrêtée entre les conjurés, d’où la nécessité d’un
accord entre eux sur le but et les moyens d’exécution du complot ;
4. Le complot doit avoir un but particulier , celui de commettre un attentat.

a)Texte légal et sanctions


L’article 194 punit d’une servitude pénale de dix à quinze ans s’il existe
un acte matériel pouvant être considéré comme préparatoire. Ce qui constitue
une question de fait. Il sanctionne de cinq à dix ans dans le cas contraire.
Celui qui aura fait une proposition non agréée de former un complot contre la
vie ou la personne du chef de l’Etat sera puni d’une servitude pénale de un à
cinq ans.

b) Tribunal compétent
L’infraction de complot contre la vie ou la personne du chef de l’Etat est
considérée tantôt de par sa nature comme une infraction continue, tantôt elle
est considérée, selon une autre opinion plus nuancée, comme une infraction
instantanée. L’infraction de complot contre le chef de l’Etat est de la compé-
tence du tribunal de grande instance.

77. Complot militaire


112

Le complot militaire a pour but de porter atteinte à l’autorité du com-


mandant d’une formation militaire, d’un navire ou d’un aéronef militaire. Il a
également pour but de porter atteinte à la discipline ou à la sécurité de la for-
mation, du navire ou de l’aéronef. Il y a complot lorsque la résolution d’agir est
concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs personnes.

I.Eléments constitutifs

Il appert que le complot requiert , pour consommation, la réunion des


éléments essentiels à savoir l’existence d’une résolution criminelle, une résolu-
tion criminelle concertée et arrêtée et un but précis et réalisable.
a)L’existence d’une résolution (ou entente) criminelle
Il s’agit d’une résolution (ou entente) criminelle d’agir ou l’animus
agendi conçue par des militaires ou assimilés(éléments de la police nationale,
bâtisseurs de la nation). C’est une conjuration militaire. Ce qui veut dire que
dès lors que la résolution criminelle est partagée avec un civil, les auteurs seront
sanctionnés selon le droit commun. La résolution criminelle est la rencontre
d’idées vouées à la perturbation de l’ordre public.
b) La résolution(ou entente) criminelle doit être concertée et arrêtée
La résolution(ou entente) criminelle procède d’une décision réfléchie de
délinquer conçue par deux agents au moins. C’est ce que le législateur qualifie
de résolution concertée et arrêtée. Les agents élaborent, plannifient un accord
de délinquer. Il a été jugé que le caractère de pluralité voulu par la loi crée entre
les auteurs une participation indispensable pour l’existence de l’infraction qui
écarte l’application des règles de participation accidentelle retenue à l’égard des
infractions pouvant être commises isolément ou à deux ou plusieurs personnes,
prévues à l’article 21 du code pénal ordinaire livre premier182. La résolution est
arrêtée dès lors qu’elle constitue une volonté ferme et inébranlable de matéria-
lisation du projet criminel. Les délinquants finalisent le consensus dégagé par
les conspirateurs afin d’atteindre un but ignoble et clairement déterminé.
c)La résolution (ou entente) criminelle doit viser un but précis et réa-
lisable.
On ne peut concevoir une résolution criminelle sans les buts clairement dé-
finis. Le complot militaire peut poursuivre trois buts.
1. L’entente peut viser à porter atteinte à l’autorité du commandant d’une
formation militaire, d’un navire ou d’un aéronef militaire ;
2. L’entente peut viser à porter atteinte à la discipline militaire ;
3. L’entente peut viser à porter atteinte à la sécurité d’une formation mili-
taire, d’un navire ou d’un aéronef.
II.Régime répressif
182
C.S.J., 11 février 1972, RP1,BA C.S.J 1972, p.18 et suivants.
Catalogue des infractions 113

Le code pénal militaire, en son article 62(art 432-434 C.J.M), châtie les
comportements constitutifs du complot militaire de cinq à dix ans de servitude
pénale. Le maximum de la peine est appliqué aux militaires les plus élevés en
grade et aux instigateurs de l’infraction. En temps de guerre, en périodes ex-
ceptionnelles ou en toutes circonstances pouvant mettre en péril la sécurité de
la formation, de l’aéronef ou du navire ou si le complot a pour but de peser sur
la décision du chef militaire responsable, l’auteur coupable de l’infraction sera
puni de mort.

78. Complots tendant à porter le massacre, la dévastation ou le


pillage
Voir Atteinte à la sûreté de l’Etat, n° 41.

79. Comptabilité
Toute entreprise exerçant une activité lucrative ou non sur le territoire na-
tional, y compris les associations sans but lucratif, a.s.b.l en sigle, qu’elle qu’en
soit la forme juridique doit tenir une comptabilité régulière. Celle-ci est tenue
suivant les formes du Plan Comptable Général Congolais, en sigle PCGC. Ex-
ception est faite des banques et autres institutions financières, des petites et
moyennes entreprises soumises au régime d’imposition forfaitaire ainsi que
celles relevant du régime de la patente ; les infractions en matière de tenue de la
comptabilité sont issues du décret du 31 juillet 1912 tel que modifié par le dé-
cret du 20 avril 1935, de la loi n°76-020 du 16 juillet 1976 et des ordonnances
n°76-150 du 16 juillet 1976 et n°77/332 du 30 novembre 1977.

I. Infractions et sanctions

1. Fournir des renseignements erronés au travers des docu-


ments transmis au Ministère de l’économie nationale
La base légale est l’article 3 de l’arrêté Ministériel n° 008 portant exécution
de l’ordonnance-loi n° 77- 332 du 30 novembre 1977. Cette ordonnance-loi
fixe les modalités d’application obligatoire du Plan Comptable Général. Tout
opérateur économique concerné par l’application obligatoire du Plan Comp-
table Général Congolais est susceptible de fournir des renseignements erro-
nés.Dans ce cas, il peut être poursuivi.
A cet effet, l’auteur qui a fourni des renseignements erronés au travers des
documents transmis au Ministère de l’économie nationale encourt une peine
d’amende. Elle est de 5.000 à 25.000 francs congolais.
2. Non-conformité aux prescriptions du PCGC des documents
comptables dont la publication, la communication à l’Etat ou
114

des tiers font l’objet d’une obligation légale ou réglementaire


dans le chef de l’agent économique
L’article 15 point 2 de la loi n° 76-020 du 16 juillet 1976 portant normalisa-
tion de la comptabilité au Zaïre183 définit cette prévention. La sanction est d’un
mois à un an de servitude pénale et une amende. Néanmoins, une de ces peines
seulement peut être infligée.
3. Non transmission des états financiers au ministère de
l’économie nationale par l’opérateur économique concerné
par l’application obligatoire du PCGC.
L’article 3 point a de l’arrêté ministériel n° 008 du 16 septembre 1993 por-
tant exécution de l’ordonnance-loi n° 77-332 du 30 novembre 1977 et fixant
les modalités d’application obligatoire du PCGC réprime ce comportement
délictueux. La sanction prévue est d’un mois de servitude pénale principale ou
une amende de 500 à 25.000 Francs Congolais.
4. Non transmission de ses états financiers au Ministère de
l’économie nationale dans les six mois suivant la fin de
l’exercice clos.
La personne qui ne transmet pas ses états financiers au Ministère de
l’économie nationale dans les six mois suivant la fin de l’exercice clos commet
l’infraction de l’article 3b de l’arrêté ministériel n° 008 précité. La sanction est
de quinze jours à six mois de servitude pénale principale ou une amende de 250
à 10.000 FC telle que prévue par l’article 3b de l’arrêté précité.
5. Refus de soumettre ses documents de synthèse à l’examen
du conseil permanent de la comptabilité par l’agent écono-
mique.
Il est fait obligation de soumettre ses documents de synthèse à l’examen du
conseil Permanent de la comptabilité par l’agent économique. Le non de res-
pect de cette obligation est punie. La sanction est d’un mois à un an de servi-
tude pénale et une amende ou une de ces peines seulement184 .
6. Toute autre infraction à l’une des dispositions de la législation comp-
table en vigueur est passible d’amende (article 16 de la loi citée).

II. Tribunal pénalement compétent


Les dispositions pénales à la législation comptable font sans conteste par-
tie intégrante de la législation économique et commerciale de la R.D.C. Dès
lors et naturellement, le tribunal de commerce en est l’instance répressive.

183
J.O.Z., n° 16, 15 août 1976 p. 855.
184
Article 15 point 1° de la loi 76-020 du 16 juillet 1976 portant normalisation de la comptabi-
lité au Zaïre.
Catalogue des infractions 115

80. Concours de pronostics

I. Définition

Par concours de pronostic, il faut entendre tout contrat par lequel deux
personnes assurent un gain déterminé à celle qui se trouvera avoir raison sur
l’existence ou la non existence d’un évènement affirmé par l’une et nié par
l’autre185 .
L’infraction de concours de pronostics s’entend du fait d’organiser ou
d’exploiter , pour son compte ou pour le compte d’autrui, des concours de
pronostic ou autres.
a)Domaine d’application de l’interdiction de concours de pronostics
L’interdiction s’applique à toutes sortes de concours de pronostics. En
effet, à la lecture de la loi , sont réprimés, non seulement les concours de pro-
nostics sportifs, mais aussi, tous les autres concours de pronostics. Le lieu où
ce concours de pronostics a lieu importe peu. Pourvu qu’il vise à porter atteinte
au droit de propriété d’autrui. Un seul fait suffit à caractériser l’infraction ,
celle-ci n’étant pas une infraction d’habitude.
b)L’élément intentionnel
L’élément intentionnel est réquis. L’intention s’analyse dans la cons-
cience de violer le droit de propriété d’autrui. Toute personne qui , à titre gra-
tuit ou moyennant rémunération, aura servi d’intermédiaire entre une entre-
prise de concours de pronostics et des particuliers, soit en transférant des
fonds, soit en diffusant des bulletins ou réclames de cette entreprise, sera puni
des mêmes peines que l’auteur principal186.

II. Poursuites

Les poursuites peuvent être faites sur dénonciation. Elles peuvent être
menées par le parquet après plainte ou même d’office. L’officier de police ju-
diciaire, « l’œil et l’oreille du Ministère public » , reçoit les plaintes. Il peut être
saisi sur réquisition, sur dénonciation ou aussi sur plainte187.
a)Quel est le texte légal en vigueur ?
L’ordonnance législative n°II /141 du 16 mai 1951 portant interdiction
des concours de pronostics sportifs ou autres188 définit et réprime la prévention
de concours de pronostics.
b) Quelles pénalités le législateur prévoit-il ?
L’auteur principal de l’infraction de concours de pronostics pourra su-
bir deux mois de servitude pénale principale et une amende ou une de ces
185
LIKULIA BOLONGO. , Droit pénal spécial zaïrois, LGDJ, Paris 1976, p.515.
186
Article 1 de l’ordonnance législative n°/II/141 du 16 mai 1951.
187
En régle générale, en droit congolais la plainte peut être écrite ou orale.
188
B.O., p. 1154.
116

peines seulement. Il encourt, en outre, confiscations de fonds, enjeux, bulle-


tins et matériels d’exploitation. Le complice sera puni des mêmes peines que
l’auteur principal. En cas de récidive dans un délai de deux ans, les peines se-
ront doublées.
c) Devant quel tribunal l’auteur sera traduit ?
Le tribunal de paix connaît de l’infraction de concours de pronostics. Il
peut être saisi par requête du Procureur de la République ou du Procureur Gé-
néral. La partie lésée peut, d’elle-même, saisir la juridiction par citation directe.
Une année après la commission de l’infraction , les faits infractionnels
constitutifs de concours de pronostics cesseront d’être poursuivis (prescription
de l’action publique).

81. Concurrence déloyale

L’infraction de concurrence déloyale est définie, prévue et punie par


l’ordonnance- loi n° 41-63 du 24 février 1950189. Sont qualifiés de concurrence
déloyale, les agissements d’un commerçant ou d’un industriel qui, pour
s’emparer de la clientèle d’un concurrent, utilise des moyens contraires aux
usages honnêtes en matière commerciale et industrielle190 .

I. Actes contraires aux usages honnêtes en matière commerciale et in-


dustrielle

Sont constitutifs de concurrence déloyale (art 2 de la loi précitée) les actes


suivants :
1. créer la confusion ou tenter de créer la confusion entre sa personne, son
établissement ou ses produits et la personne, l’établissement ou les produits
d’un concurrent ;
2. répandre des imputations fausses sur la personne, l’entreprise, les marchan-
dises ou le personnel d’un concurrent ;
3. donner des indications inexactes sur sa personnalité commerciale, sur son
industrie ou ses dessins, marques, brevets, références, distinctions, sur la na-
ture de ses produits ou marchandises, sur les conditions de leur fabrication,
leur origine, leur provenance, leur qualité ;
4. apposer sur les produits naturels ou fabriqués, détenus ou transportés en
vue de la vente ou mis en vente ou sur les emballages de ces produits, une
marque de fabrique ou de commerce, un nom, un signe ou une indication

189
Code Larcier République Démocratique du Congo, Larcier-Afrique Editions 2003, Tome
III, Volume 2, p.504.
190
NGUYEN Chanh Tam, Philippe DARTOIS, Charles SIMON. , Lexique de Droit des af-
faires Zaïrois, Faculté de Droit, Kinshasa, 1972, p79.
Catalogue des infractions 117

quelconque de nature à faire croire que les produits ont une origine ou une
provenance autre que leur véritable origine ou provenance ;
5. faire croire à une origine ou à une provenance inexacte desdits produits, soit
par addition, retranchement ou altération quelconque d’une marque, d’une
dénomination ou d’une étiquette, soit par des annonces, écrits ou affiches
soit par la production de factures, de certificats d’origine ou de provenance
inexacts, soit par tout autre moyen ;
6. faire un usage non autorisé de modèles, dessins, échantillons, combinaisons
techniques, formules d’un concurrent, et, en général de toutes indications
ou de tous documents confiés en vue d’un travail, d’une étude ou d’un de-
vis ;
7. faire un emploi non autorisé du matériel d’un concurrent, de l’emballage,
des récipients de ses produits, même sans l’intention de s’en attribuer la
propriété, ni de créer une confusion entre les personnes, les établissements
ou les produits ;
8. utiliser des dénominations, marques, emblèmes créant une confusion avec
des services publics, des organismes publics, ou tendant à faire croire à un
mandat de l’autorité.

II. Eléments constitutifs


Pour que soit jugée établie, en fait comme en droit, l’infraction de con-
currence déloyale requiert un acte matériel et un préjudice.
a)L’acte matériel
L’existence d’un de ces actes à prendre pour ceux contraires aux usages
honnêtes en matière commerciale ou industrielle que nous venons de citer à
titre indicatif.
b)Le préjudice
Il doit résulter de l’acte un préjudice subi par le concurrent, lequel préjudice
se résume à l’atteinte à son crédit ou au fait qu’il a perdu sa clientèle ou a vu
réduite sa capacité de concurrence de façon générale.

III. Poursuites
En matière de concurrence déloyale, le parquet ne peut pas se saisir
d’office. Les infractions constitutives ne sont poursuivies qu’à la requête des
intéressés ou de l’un d’eux (art 4). Sans aucun équivoque, l’infraction de con-
currence déloyale relève de la compétence des tribunaux de commerce.
118

a)Quelles sont les sanctions prévues


Pénalement , la concurrence déloyale est punie d’amende (art 3).
D’autres sanctions sont prévues. Il s’agit de la faculté, pour le juge,
d’ordonner l’affichage du jugement à l’extérieur des établissements du con-
damné à ses frais et pendant le délai qu’il détermine et la publication du juge-
ment dans les journaux aux frais du même condamné.
b) Récidive en matière de concurrence déloyale
En cas de récidive, une peine de servitude pénale de sept jours à deux
mois sera prononcée. Il y a récidive191 lorsqu’après une condamnation défini-
tive pour manquement aux injonctions ou interdictions d’un jugement ou d’un
arrêt, le condamné commet un nouveau manquement au même jugement ou
arrêt, dans un délai de cinq ans.
82. Concussion

La concussion est le fait pour un fonctionnaire, pour toute personne


chargée d’un service public ou toute personne représentant les intérêts de l’Etat
d’ordonner de percevoir, d’exiger ou de recevoir ce qui n’est pas dû ou ce qui
excède ce qui est dû pour des taxes, contributions, salaires ou tous autres avan-
tages alors qu’elle savait qu’elle n’avait pas le droit d’exiger ces sommes.

I. Eléments constitutifs
L’infraction de concussion n’est établie qu’à condition de réunir dans la
personne d’un auteur déterminé, le fait de poser un acte défini dans une inten-
tion coupable.
a) L’auteur.
L’auteur est un fonctionnaire, une personne chargée d’un service pu-
blic, une personne représentant les intérêts de l’Etat, une personne dépositaire
de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public.. A titre
d’exemple, nous citerons un fonctionnaire de n’importe quel ministère, un
magistrat, un percepteur des douanes ou des impôts, un commis ou un préposé
d’un service public etc.
b) L’acte.
Ce fonctionnaire pose un acte consistant à recevoir, exiger une somme
non due ou excédant celle qui était légalement due. Pour les droits, contribu-

191
L’article 14 a et suivants du code pénal (issu du décret du 08 août 1959) distingue le
récidiviste et le délinquant d’habitude. Les deux phénomènes posent le même problème et
relèvent du phénomène de la réitération de l’infraction, de la rechute dans l’infraction. La
récidive est prévue et réglementée par l’article 14 b du code pénal.
Catalogue des infractions 119

tions, impôts ou taxes publiques : c’est le fait de recevoir, exiger, ou ordonner


de percevoir une somme non due ou excédant celle qui était due, en préten-
dant qu’il s’agit de sommes légalement dues (c’est la différence avec la corrup-
tion).
C’est aussi le fait d’accorder une exonération ou une franchise des
mêmes éléments, en violation des textes, sous une forme quelconque et pour
quelque motif que ce soit. La perception opérée porte sur des droits, contribu-
tions, revenus ou intérêts pour salaires ou traitements.
c) L’intention coupable.
L’auteur doit savoir qu’il exige, perçoit ou reçoit une somme qui n’est
pas légalement due. L’officier public a dû agir de mauvaise foi, sachant qu’il
percevait par exemple une taxe illégitime, peu importe son mobile, même dé-
sintéressé. Le mobile est indifférent , par exemple , pour le percepteur concus-
sionnaire pour combler le déficit de l’Etat. Par contre, il n’y a pas d’infraction
en cas d’erreur , par exemple, pour des fonctionnaires des impôts. Il a été jugé
qu’il n’y a pas d’infraction si la perception est le résultat d’une erreur du fonc-
tionnaire qui, interprétant inexactement les textes, perçoit une somme qu’il
croit due192.
II. Poursuites

a)Texte légal et pénalités


L’infraction de concussion est poursuivable sur base de l’article 146 du
code pénal Livre II. D’office, le Ministère public peut se saisir. La victime peut
également se plaindre.
Les peines de six mois à cinq ans de servitude pénale principale et la
confiscation de la rétribution perçue injustement ou de son équivalent seront
infligées. Pourront aussi être subies des peines accessoires qui sont d’ailleurs
pareilles pour la corruption. Il s’agit de l’interdiction , pour cinq ans au moins
et dix ans au plus, après exécution de la peine du droit de vote et d’éligibilité,
de la confiscation de la rétribution perçue par le comptable ou le montant de sa
valeur lorsqu’elle n’a pu être saisie, de l’interdiction d’accès aux fonctions pu-
bliques et paraétatiques quelque soit l’échelon, de la privation du droit à la con-
damnation ou la libération conditionnelle et à la réhabilitation ainsi que de
l’expulsion définitive, après exécution de la peine si le condamné est étranger.
b)De quel tribunal relève cette infraction ?

192
App., R.U, 15 janvier 1945, RPA 62, inédit.
120

L’infraction de concussion relève de la compétence matérielle du tribu-


nal de paix193 .
c)La prescription de l’action publique
La prescription de l’action publique relative à la concussion se réalise dans
un délai de trois ans. La prescription de l’action publique et de l’action civile du
chef de concussion court pour chacun des actes de perception délictueuse à
dater de sa perpétration, c’est-à-dire que chaque perception est un délit distinct
et séparé194. En cas de pluralité de perceptions indues résultant d’opérations
indivisibles, la prescription de l’action publique ne commence à courir qu’à
compter de la dernière de ces perceptions. Pour chaque fonctionnaire,
l’infraction est commise par sa propre intervention : pour lui, il n’est pas re-
nouvelé par les actes ultérieurs d’autres fonctionnaires (Crim., 1995195 : la solu-
tion est importante pour la prescription). La tentative est punissable.

83. Constitution illégale d’une juridiction répressive

La constitution illégale d’une juridiction répressive est une infraction militaire.


Elle rentre dans la catégorie des infractions portant atteinte à la discipline. Les
infractions portant atteinte à la discipline se caractérisent par des actes d’abus
d’autorité. La constitution illégale d’une juridiction répressive consiste à ériger
et à faire fonctionner une instance chargée de distribuer la justice punitive au
mépris des règles d’organisation et de compétence judiciaires. En effet, ces
dernières règles sont les seules habilitées à instituer les juridictions répressives
militaires permanentes et les juridictions répressives en temps de guerre. Elles
en précisent, en outre, les modalités de fonctionnement.
I. Eléments constitutifs

Pour que soit établie l’infraction de constitution illégale d’une juridiction ré-
pressive, il faut que certaines conditions soient remplies.
a)La qualité réquise pour l’auteur

193
Le tribunal de paix connaît des infractions punissables de cinq ans de servitude pénale
principale au maximum et d’une peine d’amende, quel que soit son taux ou de l’une de ces
peines seulement (art.86 du COCJ). Il connait des individus tombant sous la législation sur
le vagabondage et la mendicité (art 88 du COCJ) ainsi que la prise de mesure de garde,
d’éducation et de préservation en matière d’enfance délinquante (art 90 al. 1. du COCJ).
194
Bruxelles, 12 décembre 1878, B. J. , 1879, p.51.
195
Mementos, droit pénal spécial, 14 ème édition 2008, Dalloz P. 320.
Catalogue des infractions 121

L’auteur de l’infraction de constitution d’une juridiction répressive doit être


un militaire ou son assimilé. Les deux concepts militaire et assimilé ont été
précisé dans les lignes antérieures et postérieures.
b)L’acte incriminé
L’acte incriminé doit consister dans l’institution et le maintien d’une juridic-
tion militaire illégale196 . Il s’agit de l’instauration d’une juridiction militaire illé-
gale et de la composition illégale d’une juridiction militaire. Il est de principe
constitutionnel que les cours, tribunaux civils et militaires ainsi que les parquets
près ces juridictions ne peuvent être institués qu’en vertu de la loi. De même, la
nature, leur compétence, l’organisation, le fonctionnement et les sièges de ces
cours et tribunaux et des parquets ainsi que la procédure à suivre sont fixés par
la loi.
c)L’élément intellectuel
La constitution illégale d’une juridiction répressive doit être intentionnelle.
Elle procède d’un acte délibéré. Le dol général suffit à établir l’infraction. Il
doit être prouvé dans le chef de l’auteur un acte libre et conscient.

II. Régime répressif

L’article 112 du code pénal militaire (art. 479 C.J.M ) dispose que tout militaire
qui, hors les cas prévus par la loi pénale militaire, établit et maintient une juri-
diction répressive, sera puni. La sanction est de dix à vingt ans de servitude
pénale, sans préjudice de peines plus fortes pouvant être encourues du fait de
l’exécution des sentences prononcées.

84. Contamination délibérée d’un enfant du Vih/sida


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-9.

85. Contravention aux dispositions de la loi du 10 janvier 2009


sur les pires formes de travail de l’enfant
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-10.

86. Contraventions routières


Les accidents de la route sont devenus un phénomène social. Ils causent
dégâts matériels, handicaps, infirmités, mutilations et pertes en vies humaines.
Pour les éviter, les agents qualifiés ou policiers de roulage donnent, dans

er
196
Il est stipulé à l’article 1 de la loi n°23/2002 du 18 novembre 2002 portant Code Judi-
ciaire Militaire : « La justice militaire est rendue en République Démocratique du Congo par
les juridictions militaires ci-après : les tribunaux militaires de police, les tribunaux militaires
de garnison, les cours militaires et les cours militaires opérationnelles et la haute cour mili-
taire ».
122

l’exercice de leur fonction, des injonctions aux usagers de la route. Ils règlent
ainsi la circulation. A cet effet, les agents qualifiés constatent des infractions197
relatives à la conduite des véhicules et des animaux, à l’usage des voies ouvertes
à la circulation publique, aux véhicules et à leurs équipements. Ils constatent,
aussi , les infractions ayant trait aux conditions administratives de circulation
des véhicules et de leurs conducteurs, au permis de conduire et aux disposi-
tions générales.
a) Base légale
La loi n°78-022 du 30 août 1978 portant nouveau code de la route est
le siège des contraventions routières, spécialement le livre III qui reprend par
catégories les contraventions de police , en matière de circulation routière et le
livre IV qui traite des sanctions diverses. Bon nombre de contraventions rou-
tières se clôturent par des amendes transactionnelles en lieu et place des peines
privatives de liberté. Nous allons procéder par citer les principales et le texte du
nouveau code de la route y relatif198.
b) Principales contraventions routières

1. Abandon d’un véhicule en panne sur la voie publique


(art. 41-1° et 113-5°NCR) ;
2. Absence de plaque d’immatriculation (art. 60 et 115
al.1°NCR) ;
3. Apposition d’une fausse inscription ou de fausse plaque
sur un véhicule ou remorque (art. 60, 62 et 114-1°et 2
NCR) ;
4. Arrêts et stationnements interdits (art. 23, 24-1° et 106-11°
NCR) ;
5. Avoir brûler le feu rouge
6. Changement brusque de bande (art.21, 2 NCR) ;
7. Chargement et déchargement des personnes sur la voie
publique ;
8. Chargement non conforme des véhicules (art. 42, 43 et
113-7° NCR) ;

197
Nous allons nous limiter à nommer les principales, à indiquer la contravention routière, et
à en donner la référence légale. Nos divers commentaires sur la dépréciation des amendes
en général et des amendes transactionnelles en particulier demeurent, ici, d’application.
198
La nomenclature des contraventions routières proposée pourrait paraître peu heureuse.
Les dispositions légales évoquées peuvent également ne concerner parfois que
l’interdiction, sans évoquer la disposition porteuse de la peine. Nous sommes conscients de
cette non exhaustivité dont nous assumons l’entière responsabilité. En effet, l’incidence du
respect du code de la route sur la préservation de la vie humaine, la pratique des agents
qualifiés sur les routes congolaises et le souci d’oser systématiser nous ont largement in-
fluencé. Pareilles insuffisances pourraient dans les prochaines éditions trouver solution.
Catalogue des infractions 123

9. Chevauchement(art. 13. 7.1 NCR), voir aussi (Marrques


routières), (art. 93.1 NCR)
10. Clignotant continue ;
11. Circulation en sens opposé (art. 10 et 106-1° p. 11 et 52
NCR) ;
12. Corruption ou tentatative de corruption d’un agent quali-
fié, voir corruption n° 97 ;
13. Défaut de casque de protection (art. 54 et 113 al. 6 NCR) ;
14. Défaut de ceinture de sécurité (art. 53 et 113 al. 6° p.30 et
53 NCR) ;
15. Défaut defeux clignotant(art.21.2 NCR );
16. Défaut d’aasurance automobile (voir n° 127 ) ;
17. Défaut d’avertisseur sonore (art. 51, 64 al2°-2 et 113 al 1°
NCR) ;
18. Défaut d’éclairage réglementaire (art. 55, 64 al. 2° et 113
al. 1° NCR) ;
19. Défaut d’entretien de plaques d’immatriculation (plaques
illisibles) art. 66 al. 2° et 113 al. 3° NCR ;
20. Défaut d’extincteur(art. 113 NCR) ;
21. Défaut de dispositif anti-vol (art. 63 et 113 al. 1° NCR) ;
22. Défaut de dispositif réfléchissant(art. 43.2 (nuit) lors du
chargement ;
23. Défaut d’essuie-glace (art. 63 et 113 al. 1° NCR) ;
24. Défaut d’indicateur de vitesse (Art. 63. et 113 al 1° NCR) ;
25. Défaut de permis de conduire (art. 11. 6) ; (art.118-136.1
NCR) ;
26. Défaut de rétroviseur(art. 113 .1.g NCR) ;
27. Défaut de pre-brise ou vitre (art. 113. 1.g NCR) ;;
28. Défaut de plaque d’immatriculation(art. 52.2) ; (art. 59
NCR) ;
29. Défaut de signe distinctif
30. Défaut des feux clignotants (art.art. 12.3 NCR) ;
31. Défaut des feux stop (art.11. 3 ;1 NCR) ;
32. Défectuosité du dispositif de signe de signalisation à bord
des automobiles (art. 63 et 113 al 1° NCR) ;
33. Défectuosité manifeste du dispositif d’échappement, si-
lencieux (art. 63 et 113 al 10° NCR) ;
34. Défectuosité des dispositifs réfléchissants (art. 35 al 5°, 64
al. 2° et 113 al 1 NCR°);
35. Défectuosité manifeste des freins (art. 63, 64 et 113 al 1°
NCR) ;
124

36. Défectuosité manifeste des signalisations sur des véhi-


cules (clignoteurs, feux de position, feux rouges, faux
croisements) art. 35 al, 2°, 55, 57, 64 al 2° et 113 al 1° NCR;
37. Dégradation de la chaussée(art.105, 106 NCR);
38. Délit de fuite (art. 105, voir n°138 );
39. Distance de sécurité insuffisante entre véhicules (art.17 et
106al2° NCR) ;
40. Dommage causé à une voie publique ou ses dépendances
(art. 7 al 1° et 108 NCR) ;
41. Entrave à la circulation des piétons (art. 31 ,32 et 111
NCR) ;
42. Entrave à la circulation par vitesse anormalement réduite
(art. 16 al 4°, 19 al 2° et 106 al 2° NCR) ;
43. Entrave ou tentative d’entrave sur une voie ouverte à la
circulation publique (art. 7, 9 et 110 NCR) ;
44. Excès de vitesse (art. 16 al 2°, 18 al 1° 2° et 106 al 2°
NCR) ;
45. Exposition des personnes en danger ;
46. Fausse plaque ‘immatriculation ;
47. Fausse manœuvre (art. 12. Al1-2 NCR) ;
48. Gène de la circulation (art.72 , 110 NCR);
49. Imprudence au volant ((art 16 al. 2°, et 106 NCR) ;
50. Imprudence du pièton (art.31
51. Incommodation par bruit, poussière, fumée ou gaz nocif
(art. 42 al 2° point 5. 113 al 4° NCR) ;
52. Ivresse au volant (voir n° 330)
53. Manque de miroir rétroviseur (art. 52, 65 al 2° 3 et 113 al 1°
NCR) ;
54. Manque de para-brise et vitres (Art. 63 et 113 al 1° NCR) ;
55. Mauvais arrêt(embarquement ou débarquement des per-
sonnes sur la chaussée) (art. 23. 1. 2 NCR);
56. Mauvais croisement (Art. 15 et 106 al 3° NCR) ;
57. Mauvais dépassement (Art. 13 et 106 al 4° NCR) ;
58. Mauvais stationnement(art. 106 NCR) ;
59. Mauvaise conduite des véhicules et des animaux (Art. 16,
46 et 107 NCR) ;
60. Mauvaise manœuvre de marche en arrière(art.12,2 NCR) ;
61. Mauvaise manœuvre de se porter à gauche ou à droite, cfr
mauvais croisement (art.12.1, 25 NCR).
62. Modification du gabarit des véhicules et leur signalisation
(Art. 68 et 113 al 2° NCR) ;
Catalogue des infractions 125

63. Non-conformité des dimensions des plaques


d’immatriculation (aux plaques officielles) Art. 60 al 3°, 66,
67 al 4° et 113 al 3° NCR ;
64. Non-conformité du signe distinctif sur les plaques (Kn-
KV-KAT-B...) Art. 61 al 2°, 67 et 113 al 3° NCR ;
65. Non détention du permis de conduire approprié (Art. 69,
70 et 108 NCR) ;
66. Non détention des autorisations, pièces administratives
(autorisation de transport, expertise etc.) Art. 116 ;
67. Non fixation de plaque d’immatriculation (art.59, art. 60.1
NCR) ;
68. Non manifestation d’intenetion de virer à gauche ou à
droite( art. 21 al 1-2 NCR) ;
69. Non port de ceinture de sécurité(art. 53, 113.-6 NCR) ;
70. Non prorogation du permis de conduire (Art. 69, 70 ,71 et
119 NCR) ;
71. Non respect de distance entre deux véhicules (art.17.1.2,
106 NCR) ;
72. Non respect de la place sur la chaussée(art. 10.1.2 NCR) ;
73. Non respect de sens à la circulation(art.10.6 NCR) ;
74. Non respect de sens giratoire(art.81.2 NCR) ;
75. Non respect des marques routières et lignes continues
(Art. 93, 79 et 106 al 10° NCR) ;
76. Non respect du signal « STOP » (Art. 79 et 1O6 al 7°
NCR) ;
77. Non respect des signaux lumineux (Art. 3, 79 et 106 al 9°
NCR) ;
78. Non respect des signaux routiers (Art. 3, 79 et 106 al 3°
NCR) ;
79. Obtention ou tentative d’obtention frauduleuse du permis
de conduire (Art. 70, 71, 72, 73 et 123 al 1° NCR) ;
80. Organisation non autorisée de course des véhicules mo-
torisés (Art. 112) ;
81. Panne techniqu e sur la voiepublique(art.41.1,2) ;
82. Passager de moins de douze ans au siège avant du véhi-
cule(art. 38.2 NCR);
83. Permis de conduire non valide (art. 69.5 NCR) ;
84. Permis de conduire expiré(art. 69.3 NCR) ;
85. Plaque d’immatriculation étrangère (art. 59 NCR)
86. Plaque d’immatriculation illisible(art. 113, 3 NCR)
87. Plaque d’immatriculation non conforme(art. 114. 2 NCR)
88. Pneus usés
89. Portières ou coffres ouvertes (art.27 NCR) ;
126

90. Ralentissement non motivé (art.19.2 NCR)


91. Refus de céder le passage (Art. 20, 79 et 106 al 5° NCR) ;
92. Refus de dégager la voie publique d’objets de nature à
distraire l’attention du conducteur (art.43 NCR) ;.
93. Réfus d’amener le véhicule au bureau(art. 6.1 NCR)
94. 48 . Refus d’exhiber les documents de bord (art. 63 NCR)
95. Refus d’obtempérer à la décision d’interdiction de con-
duire (Art. 70, 71, 72, 73 et 123 al 1° NCR) ;
96. Refus d’obtempérer aux injonctions des agents qualifiés
(Art. 4, 5,6 et 127 NCR) ;
97. Refus d’obtempérer aux injonctions visant à dégager la
circulation (Art. 6,7 al 2° et 109 NCR) ;
98. Refus de priorité (Art. 20, 79 et 106 al 6° NCR) ;
99. Refus de restituer le permis de conduire annulé ou sus-
pendu (Art. 70, 71, 72, 73, 119 NCR) ;
100. Refus de se soumettre aux opérations de dépistage
d’alcool(Art. 104 al 3° et 2, 7 NCR) ;
101. Surchargement des personnes et marchandises
dans la carrosserie (art. 42) ;
102. Trafic d’influence (voir n° 527 ) ;
103. Transport illicite(art. 116 NCR) ; Ord.Loi n° 62/236
104. Usage des dispositifs ou équipement non conforme
au type homologué (Art. 51 à 56, 63 et 120 NCR) ;
105. Usage des autorisations et pièces fausses ou alté-
rées (Art. 117 NCR) ;
106. Utilisations des pneus incommodes (Art. 63,65 al 2°
et 113 NCR) ;
107. Vente de dispositif ou équipement non conforme au
type homologué (art.51 à 56, 63 et 128 NCR)…
108. Véhicule en mauvais état sur la chaussée (art. 113
NCR) ;
109. Violation de sens unique (art.106.1) ;
110. Violation des sens opposés à la circulation ;
111. Virage sans manifester l’intention (art. 21.1 NCR) ;

c)Sanctions

1. Amende199

199
La peine d’amende consiste en une somme d’argent que le condamné a l’obligation de
verser au Trésor public à titre de sanction. L’article 10 du code pénal dispose que l’amende
est de un Zaïre au moins. Elle est perçue au profit de l’Etat. Pour qu’elle atteigne le maxi-
Catalogue des infractions 127

Comme dit plus haut, les contraventions routières sont généralement


punies d’amende. En cas de récidive, l’amende est doublée. Il s’agit d’une
amende appelée transactionnelle. L’amende est dite transactionnelle, car son
payement fait l’objet d’un accord entre l’officier de police judiciaire et l’inculpé.
L’inculpé reste libre d’accepter ou de refuser. L’amende transactionnelle est
donc proposée. L’officier de police judiciaire de la police spéciale de roulage ne
peut , ni l’imposer , ni contraindre l’auteur présumé d’une contravention rou-
tière à la payer. Le refus de la proposition conduit uniquement à en dresser
procès-verbal.
L’amende transactionnelle peut, en outre, être payée par le civilement
responsable200 . Le payement de l’amende fait au niveau de l’opj éteint l’action
publique. A la condition que ledit payement soit approuvé par l’officier du Mi-
nistère public. Le payement de l’amende n’implique nullement pas la recon-
naissance par l’inculpé de sa culpabilité (art.9 du CPP). Néanmoins, il produit
les effets suivants :
- le Ministère public qui a approuvé l’amende payée ne peut plus poursuivre
l’action publique ;
- celui qui a payé une amende transactionnelle entérinée ne peut plus être
attrait201 par citation directe ;
- celui qui a exécuté les conditions lui proposées par l’officier de police judi-
ciaire ne peut plus revenir sur son option et demander d’être jugé.
L’amende transactionnelle payée auprès du magistrat instructeur, pour pro-
duire les effets ci-haut cités, doit avoir été approuvée par le chef hiérarchique.
2. La suspension du permis de conduire
Tout véhicule en mouvement ou tout ensemble de véhicules en mou-
vement doit avoir un conducteur. Celui-ci doit posséder les qualités physiques
et psychiques nécessaires et être en état physique et mental de conduite. Il doit

mum de son efficacité, l’on devrait résoudre le problème de son adaptation à la fortune du
condamné et son recouvrement effectif.
200
Les personnes qui d’après les règles du droit civil, sont civilement responsables des
personnes poursuivies, peuvent être appelées devant la juridiction répressive et condam-
nées à répondre civilement des indemnités allouées à la victime(à la suite de l’action civile
portée par celle-ci devant le juge répressif), et du paiement des frais du procès pénal. Dans
certains cas exceptionnels (droit pénal économique…), elles peuvent même être déclarées
civilement responsables du paiement des peines pécuniaires. Elle peut alors pour éviter sa
propre condamnation, soit soutenir que l’infraction n’a pas été commise, soit que les condi-
tions du lien de responsabilité civile font défaut.
201
En application du principe « non bis in idem », il ne peut plus lui être demandé compte
pour les faits qui ont donné lieu à la peine déjà exécutée. L’exécution de la peine est le
mode normal de son exécution. Lorsqu’elle est réalisée, le délinquant est quitte vis-à-vis de
la société ; il a payé sa dette.
128

se faire délivrer un permis de conduire. Le permis de conduire est délivré par


une commission ad hoc. Le permis de conduire sera rétiré après jugement , à
un conducteur qui commet une infraction grave susceptible d’entraîner le re-
trait.

3. L’immobilisation, la mise en fourrière et le retrait de certains véhicules de


la circulation.
L’immobilisation peut être prescrite (art. 136), notamment lorsque le
conducteur est présumé en état d’ivresse, sous l’empire d’un état alcoolique ou
sous l’effet des stupéfiants. Il en est de même s’il n’est pas titulaire du permis
exigé pour la conduite du véhicule ou ne justifie pas d’une autorisation pour
un transport exceptionnel prévu. De même, le véhicule sera immobilisé quand
il provoque des détériorations à la route ou à ses dépendances etc.
La mise en fourière est prescrite (art.142) par l’officier de police judi-
ciaire compétent, notamment en cas de stationnement d’un véhicule à proxi-
mité d’une intersection de routes, d’abandon d’un véhicule pendant quinze
jours au moins sur une voie publique ou ses dépendances, de défaut de sou-
mission à un contrôle technique obligatoire, de circulation d’un véhicule de
transports en commun de personnes sans autorisation de mise en circulation
etc.. Le véhicule sera rétiré de la circulation lorsque, après expertise, il est
constaté qu’il compromettrait gravement la sécurité des usagers(art. 156).
d) Les victimes des accidents de circulation
Une personne peut être lésée dans ses intérêts ou dans sa chair par la con-
travention routière. Elle est alors appelée la victime de la contavention routière.
La victime peut porter, devant la juridiction répressive, son action civile en
réparation du dommage subi. Elle est alors appelée « la partie civile202 ».

87. Contrefaçon

Les inventions, les dessins et modèles industriels, les signes distinctifs, les
dénominations commerciales et géographiques déposés au Ministère de
l’Economie et Industrie sont protégés.
I. Eléments constitutifs

202
Il ya des conditions nécessaires pour se porter partie civile. Pour pouvoir se porter partie
civile, il faut avoir été lésé par l’infraction. Mais cette lésion ne suffit pas ; il faut que le préju-
dice subi (qui peut être matériel ou moral) soit actuel, personnel et direct.
Catalogue des infractions 129

Pour exister l’infraction de contrefaçon requiert :


- 1° l’existence d’un droit intellectuel régulièrement déposé et enregistré ;
- 2° la vente, la détention, l’exposition à des fins commerciales ou indus-
trielles de produits ayant un aspect identique au dessin protégé ou pré-
sentant des différences secondaires ;
- 3° l’intention coupable du contrefacteur.

II. Poursuites

En matière de contrefaçon, le Ministère public n’exerce l’action pu-


blique que sur demande de la personne lésée (art 94 alinéa 1). L’action civile
fondée sur la contrefaçon n’est recevable que si le délit de contrefaçon est éta-
bli pénalement (art.94 alinéa 2).
a) Quel est le texte légal en la matière ?
Il s’agit de l’ordonnance n°89/173 du 07/08/1989 portant application
de la loi n°82-001 du 7 janvier 1982 régissant la propriété industrielle. C’est le
texte qui prévoit et réprime l’infraction de contrefaçon.
b) Quelles pénalités sont-elles prévues ?
En guise de pénalités, le législateur a prévu un à six mois de servitude
pénale203 et une amende ou une de ces peines seulement. D’autres sanctions
sont prévues :
- ordonner la cessation , par le contrefacteur, de toute activité portant at-
teinte aux droits de la partie lésée ;
- confiscquer les objets reconnus contrefaits et les instruments ou usten-
siles destinés spécialement à la fabrication des objets contrefaits.
Le contrefacteur récidiviste est puni du double des peines maximum pré-
vues. Sont également sanctionnés :
- le fait de se prévaloir indûment d’une demande de brevet ou de certifi-
cat d’encouragement ou de se prévaloir indûment titulaire d’un brevet,
d’un certificat d’encouragement ou d’une licence d’exploitation (art.104
de l’ordonnance précitée). La peine est de trois mois à un an et d’une
amende. En cas de récidive, ces peines peuvent être portées au double ;
- le fait de rendre publique l’invention ou la découverte objet de la de-
mande de brevet ou de certificat d’encouragement (art.105 de
l’ordonnance précitée), le fait de divulguer le secret de fabrique, le fait
de délivrer copie des dépôts secrets, le fait d’exploiter librement une

203
La peine de servitude pénale est réglementée par les articles 7 à 9 de notre code pénal.
La servitude pénale est soit à perpétuité soit à temps. La servitude pénale à temps peut
varier entre un jour et vingt ans. La servitude pénale remplace la peine d’amende à défaut
de paiement dans les délais légaux. Dans ce dernier cas, elle prend le nom de servitude
pénale subsidiaire.
130

invention ou une découverte secrète. La peine est d’amende, sans pré-


judice des peines en matière d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Si la viola-
tion porte préjudice à la défense nationale ou à la sécurité d’Etat,
l’auteur sera puni d’un à trois ans de servitude pénale. Sont punis, aux
termes des articles 125 et 126 de l’ordonnance n° 89/173 du 07 août
1989 :
1° le fait de fabriquer, d’importer, de vendre, d’offrir en vente, de livrer, d’user
ou détenir à l’une de ces fins, dans un but industriel ou commercial, un produit
ayant un aspect identique au dessin, au modèle industriel déposé ou ne présen-
tant avec celui-ci que des différences secondaires ;
2° le fait de fabriquer indûment une demande d’enregistrement d’un dessin ou
d’un modèle industriel ou de se prévaloir indûment titulaire d’un dessin ou
d’un modèle industriel. La peine est d’un à six mois et une amende ou une de
ces peines seulement. En cas de récidive, ces peines seront portées au double.

88. Contrefaçon de la propriété industrielle

La propriété industrielle est un ensemble des droits subjectifs sur des


œuvres qui sont des inventions ou des découvertes, les dessins et modèles in-
dustriels, les signes distinctifs, les dénominations commerciales et géogra-
phiques ainsi que les enseignes204 .En effet, les conditions et les modalités
d’octroi et d’enregistrement des œuvres sont réglementées. Le titulaire de ces
droits protégés se voit réserver , par la loi n°82-001 du 7 janvier 1982,
l’exclusivité de la reproduction et de l’usage de ses créations ou de signes dis-
tinctifs permettant à un producteur ou à un commerçant de rassembler et de
retenir une clientèle. Sont donc interdits et sanctionnés205 les faits de la contre-
façon de ces droits, notamment la contrefaçon des dénominations commer-
ciales, géographiques, des insignes, des dessins, des modèles industriels, des
inventions, des découvertes, des marques des fabriques, des services, des
œuvres littéraires et artistiques.

89. Contrefaçon des bulletins de vote


Voir élections, n° 199-II, 9.

204
Article 2 de la loi n°82-001 du 7 janvier 1982.
205
Par l’intervention des sanctions répressives se superposant à l’action en dommages et
interêts , le législateur entend protèger le fruit de travail et de l’esprit de recherche de l’être
humain, tout comme , en matière de vol, il garantit la propriété des choses mobilières.
Catalogue des infractions 131

90. Contrefaçon des dénominations commerciales, géogra-


phiques et des enseignes
Le texte légal demeure la loi n°82/001 du 07 janvier 1982 régissant la
propriété industrielle. Divers articles de cette loi définissent et assortent des
sanctions les faits constitutifs de contrefaçon que nous allons énumérer dans le
texte. Une personne exerçant l’industrie ou le commerce peut choisir une dé-
nomination commerciale en vue d’identifier son entreprise (art.153). C’est le
nom commercial du commerçant, personne physique, une dénomination so-
ciale ou une raison sociale lorsque le commerçant est une personne morale
(art.155).
Pour se prévaloir d’un titre de propriété, il faut avoir, le premier, effectué le
dépôt suivi de l’enregistrement de ladite dénomination commerciale auprès du
Ministère de l’industrie. Le titre d’enregistrement confère au titulaire un droit
d’usage exclusif.
Agissements répréhensibles et élément moral
Le propriétaire d’une dénomination commerciale, géographique ou
d’une enseigne jouit du droit exclusif de l’exploiter, de la vendre ou de la faire
vendre. Il a le droit de s’opposer à toute reproduction, vente, usage ou déten-
tion dans un but industriel ou commercial. Aux termes de l’article 158 de la loi
n° 82-001 du 07 janvier 1982 l’utilisation illicite, d’une manière indirecte ou
directe d’une indication commerciale (c’est-à-dire d’un nom commercial pour
les commerçants ou industriels personnes physiques ou d’une dénomination
sociale ou raison sociale pour les personnes morales ainsi que l’indication géo-
graphique ou d’une enseigne) appartenant à un tiers, constitue un acte de con-
currence déloyale passible des sanctions (Article 165).

91. Contrefaçon des dessins et des modèles industriels

a) Le texte légal est la loi n° 82-001 du 7 janvier 1982.


Les personnes qui , en application de leur esprit inventif, ont procédé à
la mise en place des dessins et modèles originaux et nouveaux susceptibles
d’être exploités comme objet d’industrie ou de commerce (art.106) ont un mo-
nopole d’exploitation temporaire. Il faut que le dessin ou le modèle ait fait ré-
gulièrement objet du dépôt, pour qu’il jouisse du bénéfice du monopole
(art.10)
Tout propriétaire d’un dessin ou d’un modèle industriel régulièrement
déposé et enregistré ou son ayant droit, jouit pendant une durée de cinq ans
renouvelable une fois, du droit exclusif d’exploiter ou de faire exploiter, de
vendre ou de faire vendre le dessin ou le modèle, dans les conditions prévues
par la loi, sans préjudice des droits.
b) Eléments constitutifs de l’infraction
L’infraction de contrefaçon s’analyse en trois éléments constitutifs.
132

1.L’objet protégé
L’objet protégé est un dessin ou un modèle protégé, régulièrement dé-
posé. Il s’agit d’objets matériels en lesquels s’incarne l’idée inventive de l’auteur.
2.Les agissements illicites.
Quand le dépôt est effectué, l’auteur du dessin ou du modèle peut exi-
ger de toute personne le respect de sa propriété. Il peut exercer contre celui qui
méconnaîtrait ses prérogatives une action en contrefaçon. Ce qui est interdit,
c’est toute reproduction, même partielle, même grossière de nature à provo-
quer une confusion dans le public avec le dessin ou le modèle imité. A la re-
production punissable, on assimile la vente des objets contrefaisants ou leur
exposition en vue de la vente, le recel, la livraison, l’usage, la détention de ces
objets ou leur achat effectué de mauvaise foi, c’est-à-dire à l’une de ces fins,
dans un but industriel ou commercial (art.19), ainsi que leur introduction sur le
territoire congolais (art.125).

3. L’intention coupable.
La contrefaçon des dessins et modèles est une infraction intentionnelle. A
partir du dépôt reçu et suivi de l’obtention du certificat d’enregistrement, il
existe une présomption de connaissance de ce dépôt. Il appartient à l’imitateur
poursuivi d’établir sa bonne foi.

92. Contrefaçon des inventions et des découvertes

La protection légale organisée pour les inventions résulte de la loi n° 82-


001 du 07 janvier 1982. Une invention peut faire l’objet d’un titre de propriété
industriel appelé « brevet » (art. 4 de la loi n°82-001 du 7 janvier 1982). Le titre
confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation temporaire.

I. Eléments constitutifs
Il y a trois éléments constitutifs au regard des dispositions des articles
88, 104 et 105 de la loi précitée, à savoir :
- l’objet doit être une invention ou une découverte ;
- les faits manifestant l’activité du contrefacteur ;
- l’intention coupable.

a) L’objet protégé
1. Une invention , c’est-à-dire une invention nouvelle résultant d’une activité
inventive susceptible d’être exploitée comme objet d’industrie ou de com-
merce (art.6) ;
Catalogue des infractions 133

2. Une découverte , c’est-à-dire une activité non inventive aboutissant au cons-


tat de l’existence d’un objet déjà existant mais dont l’exploitation n’a jamais
été rendue publique (art.13).
b) Faits manifestant l’activité du contrefacteur
Nous avons dit que le brevet d’inventions ou de découvertes confère à
son titulaire un droit exclusif d’exploitation temporaire.
1. Le titulaire a le droit d’interdire, à toute personne, l’exercice des activités
couvertes par un brevet. Il peut s’agir, notamment de fabriquer le produit con-
cerné, de détenir celui-ci et l’utiliser aux fins de vente ou de le transformer aux
fins de vente sous autre forme, employer ou mettre en œuvre et même vendre
le procédé breveté (art.48) ;
2. Le fait de se prévaloir indûment d’une demande de brevet, d’une demande
de certificat d’encouragement, de la qualité de titulaire d’un brevet, d’un certifi-
cat d’encouragement ou d’une licence d’exploitation (art.104) ;
3. Le fait de rendre public, de divulguer les inventions et les découvertes décla-
rées secrètes sans autorisations, de divulguer le secret de fabrique, de déli-
vrer copie des dépôts secrets, d’exploiter librement des telles inventions ou
découvertes (art.40). Ce délit est passible de trois mois à un an et d’une
amende.

c) Ces délits sont des infractions intentionnelles.


Les agissements illicites de la personne coupable doivent avoir été
réalisés de mauvaise foi. La mauvaise foi doit être prouvée.

II. Régime répressif

L’action publique ne peut être exercée par le Ministère public que sur
demande de la partie lésée (art.94 al 1). L’action civile fondée sur la contrefa-
çon n’est recevable que si le délit de contrefaçon est établi pénalement (art.94 al
2).
Le tribunal ordonnera la cessation par le contrefacteur de toute activité por-
tant atteinte aux droits de la partie lésée ainsi que la confiscation206 des objets
reconnus contrefaits et des instruments ou ustensiles destinés spécialement à
leur fabrication (art.95 al 2).

206
La confiscation spéciale est prévue par l’article 14 du code pénal. Elle porte sur les
choses ayant un rapport avec l’infraction. Jusqu’à une période récente, il existait la confisca-
tion générale (en condamnant l’auteur du détournement aux travaux forcés, le juge devait
prononcer en outre la confiscation de tous les biens du coupable) qui a été supprimée. La
confiscation spéciale, qui est une mesure de sûreté (art14 du code pénal) peut être exécu-
tée même après la mort du condamné, à condition qu’elle ait été prononcée par un juge-
ment coulé en force de chose jugée du vivant du condamné.
134

93. Contrefaçon des marques de fabrique et service

I. Objets protégés

Une marque est un signe distinctif qui permet de reconnaître ou


d’identifier divers objets ou services d’une entreprise quelconque (art. 128). Il
peut s’agir d’un signe quelconque, soit nominal, soit figuratif permettant de
distinguer les produits commerciaux ou les services assurés par une entreprise.
On distingue les marques de fabrique, de commerce et de service, mais aussi la
marque nationale de garantie qui a pour objet de certifier la qualité des mar-
chandises congolaises. Les marques de fabriques relèvent de la loi n° 82-001 du
7 janvier 1982 régissant la propriété industrielle. Elles sont reprises sous la troi-
sième partie intitulée : « Des signes distinctifs et des dénominations ».
La protection n’est prévue que pour les marques spéciales, c’est-à-dire
celles qui bénéficient d’une autorité dans un secteur commercial déterminé.
Une marque est protégée non en raison de l’usage qui en est fait mais unique-
ment parce qu’elle a été l’objet d’un dépôt suivi d’obtention de
l’enregistrement. L’enregistrement est attributif de la propriété sur la marque. Il
permet au déposant de poursuivre ceux qui sont auteurs des agissements ré-
préhensibles.

II. Agissements répréhensibles et élément moral

Le propriétaire d’une marque jouit du droit exclusif de l’exploiter, de la


vendre ou de la faire vendre et de s’opposer à toute reproduction, vente usage,
ou détention dans un but industriel ou commercial. Les articles 125 et 126 de la
loi du 7 janvier 1972 érigent en infractions les violations concernant les
marques. L’utilisation illicite, directement ou indirectement, d’une marque de
fabrique ou de service constitue un acte de concurrence déloyale. Elle est punie
des sanctions prévues à l’article 165 et celles contenues dans d’autres législa-
tions particulières (voir aussi l’article 163).
L’intention coupable. L’agent doit avoir agi avec une intention délic-
tueuse, frauduleuse. La faute et l’imprudence de l‘auteur de la contrefaçon se-
ront considérées. Le prévenu peut invoquer sa bonne foi lorsqu’il prouve qu’il
a été trompé, par exemple, sur l’identité de celui pour qui il a fabriqué la
marque ou que les Autorités et Services du Département de l’Industrie, lors du
dépôt de la demande de l’enregistrement, ont implicitement autorisé
l’utilisation d’ores et déjà de la propriété industrielle projetée. Tous les signes
susceptibles d’une représentation graphique, notamment les mots, peuvent
Catalogue des infractions 135

constituer des marques, à condition qu’ils soient propres à distinguer les pro-
duits ou les services d’une entreprise de ceux d’autres entreprises207 .

94. Contrefaçon des œuvres littéraires et artistiques

La contrefaçon est à la fois la reproduction, la représentation et la diffu-


sion illicite des œuvres de l’esprit ainsi que leur débit, leur importation ou leur
exportation208 . L’infraction de contrefaçon des œuvres littéraires et artistiques
est une atteinte à l’exclusivité que l’auteur détient sur ses propres œuvres. Tout
être humain possède des droits sur les créations de son intelligence. Ainsi, la loi
reconnaît et protège une véritable propriété de l’individu sur ses œuvres litté-
raires.

I. Eléments constitutifs

a)Source légale de l’infraction


L’infraction sous étude est créée à titre de protection des auteurs et des
artistes. Les législations calquées sur la colonisation se sont succedées les unes
après les autres. Le droit pénal en la matière , résulte des dispositions pénales
consacrées par les articles 96 à 103 de l’ordonnance-loi n° 86-003 du 05 avril
1986.
b) Eléments constitutifs propremendits
Pour être consommée, la contrefaçon des œuvres littéraires et artis-
tiques exige la réunion de trois éléments distincts. Ceux-ci ont trait d’abord
aux œuvres sur lesquelles a porté l’infraction, ensuite aux actes matériels par
lesquels il s’est manifesté et enfin à l’intention coupable.
1.Les œuvres littéraires
Aux termes de l’article 4 de l’ordonnance Ŕloi n°86-003 du 5 avril 1986,
les droits d’auteurs protégés sont toutes les œuvres de l’esprit quels qu’en soit
le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination. Il s’agit notam-
ment209 :
1° des livres, brochures et autres écrits littéraires, artistiques et scientifiques ;

207
Bruxelles ,9eme ch .,27 juin 2003 p.872 in Revue de Jurisprudence de liège, Mons et
Bruxelles ,31 décembre2004,110eme année ,Hebdomadaire p.2023.

208
LUKOMBE NGHENDA. , Le Règlement du contentieux commercial. Tome I, Les tribu-
naux de commerce. Publications des Facultés de Droit des Universités du Congo, Février
2005, p.623.

209
Nous tenons à porter la précision que cette liste bien qu’énumérative n’est pas limitative.
136

2° des conférences, allocutions, plaidoiries, sermons, leçons, mémoires, com-


mentaires et autres œuvres de même nature tant sous forme orale que sous
forme écrite ou enregistrée ;
3° des œuvres dramatiques, dramatico-musicales et des œuvres théâtrales
en général de même que les œuvres chorégraphiques et les pantomimes
dont la mise en scène est fixée ;
4° des compositions musicales avec ou sans paroles ;
5° des œuvres cinématographiques ;
6° des journaux, revues ou autres publications de même nature ;
7° les œuvres de dessin, de peinture, d’architecture, de gravure, de litho-
graphie ;
8° des œuvres photographiques ;
9° des œuvres d’arts appliqués ;
10° des illustrations, les cartes géographiques ainsi que les ouvrages plas-
tiques relatifs à la géographie, à la topographie, à l’architecture ou à toute
autre science ;
11° des plans, croquis et maquettes d’architectes ;
12° des adaptations, traductions, arrangements de musique et autres trans-
formations autorisées par l’auteur de l’œuvre originale lorsque celle-ci
n’appartient pas au patrimoine culturel commun ;
13° des recueils d’œuvres littéraires ou artistiques (encyclopédies, guides,
dictionnaires et anthologies) ;
14° de folklore et des œuvres inspirés du folklore.
Rien, cependant n’empêche un auteur de traiter le même sujet qu’un con-
current, s’il sait marquer son travail des traits de son propre génie210 . Il importe
que l’œuvre contrefaite ait été éditée au Congo ou à l’étranger. L’article 3 pré-
cise que la protection des œuvres consacrée par l’ordonnance-loi n°86-033 du 5
avril 1986 est applicable aux œuvres des congolais. Elle ne s’applique pas aux
œuvres des étrangers, sauf réciprocité ou convention internationale ou si elles
ont été publiées au Congo. Toutefois, aucune atteinte ne peut être portée, ni à
l’intégrité, ni à la paternité des œuvres publiées à l’étranger même en l’absence
de réciprocité ou de convention internationale.
Quant aux œuvres littéraires, la loi congolaise protège contre les imitations de
l’œuvre originale. L’œuvre est originale quand elle est présentée sous sa forme
primitive de création. La loi ne protège pas les idées, les pensées ou les thèmes
qui alimentent l’œuvre.

210
LUKOMBE NGHENDA. , op. cit .p.623.
Catalogue des infractions 137

2. Les actes matériels constitutifs de la contrefaçon


Les actes matériels constitutifs de la contrefaçon sont décrits par les ar-
ticles 96 à 99. Ce sont la reproduction, la vente, l’exposition, la location, la dé-
tention des ouvrages ou objets contrefaits.
c) L’élément moral de la contrefaçon.
L’infraction de contrefaçon suppose chez le coupable l’intention délic-
tueuse.

II. Régime répressif

L’atteinte méchante ou frauduleuse portée en connaissance de cause


aux droits d’auteur (art.96) est punie d’une servitude pénale d’un mois à un an
et d’une amende (art.97). La vente, l’exposition, la location, la détention,
l’importation et l’exportation des ouvrages ou objets contrefaits lorsque ces
actes auront été posés en connaissance de cause et dans un but commercial
(art.98), sont assimilées à la contrefaçon et punies des mêmes peines. Les in-
fractions prévues aux articles 96 et 97 ne peuvent être poursuivies que sur
plainte de la victime (art.102). Le tribunal saisi peut à la demande de la partie
lésée ordonner la publication du jugement dans un journal qu’il désigne et aux
frais du coupable (art.103).
Le juge ordonne, en outre, la confiscation des objets contrefaits, le ma-
tériel spécialement installé en vue de la reproduction illicite. Il confisque aussi
les sommes d’argent égales à la partie des recettes produites pour la reproduc-
tion ou représentation illicite. Il revient de l’article 101 que les objets saisis
peuvent être attribués au réclamant constitué partie civile en proportion de la
part que son œuvre aura dans le montant des sommes perçues.

95. Contrefaçon, falsification ou altération des


documents délivrés par les autorités militaires

L’article 79 du code pénal militaire réprime quiconque aura contrefait, fal-


sifié ou altéré des documents délivrés par les autorités militaires. Les buts de
ces documents sont de constater un droit, une indemnité ou une qualité ou
d’accorder une autorisation. L’article 80 du même code prévoit des pénalités.
Celles-ci seront infligées à celui qui se sera fait délivrer indûment ou aura tenté
de se faire délivrer indûment des documents contrefaits, falsifiés ou altérés, soit
en faisant de fausses déclarations, soit en prenant un faux nom ou une fausse
qualité, soit en fournissant de faux renseignements, certificats ou attestations.
138

I. Eléments constitutifs proprement dits

1. De l’article 79 du code pénal militaire


L’incrimination de contrefaçon des documents délivrés par les autorités
militaires comprend, pour être établie, les éléments matériels, les actes interdits
et l’intention criminelle.
a)L’élément matériel
L’élément matériel est fait d’altération, de contrefaçon et de falsifica-
tion.
- L’altération. L’analyse consacrée à l’élément d’altération dans les cas de
l’infraction de faux en écriture demeure valable.
- La contrefaçon d’un document d’une autorité militaire. Il peut s’agir d’imiter
seulement et librement une œuvre au préjudice de son auteur et ce, dans une
intention frauduleuse. Est constitutif également de la contrefaçon, le fait de
plagier, changer ou modifier l’apparence de quelque chose pour tromper211 .
Il peut s’agir d’imitation de signature ou de sceau. Tel a été le cas d’une note
d’affectation. Cette note était réputée provenir de l’Etat Major Général des
Forces Armées Congolaises pour désigner un officier d’administration res-
ponsable du personnel du 513ème bataillon de la 50ème brigade infanterie. Dé-
posée par le bénéficiaire au secrétaritat de cette unité, l’on s’est vite aperçu
que ladite note était contrefaite par l’imitation de la signature du chef d’état
Ŕmajor général ; de même le sceau sec était remplacé par le sceau à l’encre212
.
- La falsification d’un document d’une autorité militaire.
- L’usage des documents altérés, contrefaits ou falsifiés.
C’est, par exemple, le cas d’un militaire qui se sert d’une autorisation de sor-
tie altérée ou contrefaite ou falsifiée ou encore contenant des mentions incom-
plètes ou inexactes, laquelle autorisation était obtenue suite à un arrangement
personnel entre le bénéficiaire et un agent du secrétariat de son unité213 .
b) Les actes interdits
Les actes prohibés doivent avoir pour but de constater un droit (sur un bul-
letin de paie) de constater une indemnité (contrefaçon d’une lettre remise à
monsieur x par l’Etat Major Général en vue d’être indemnisé par suite de la
réquisition de son automobile), de constater une qualité (altérer une décision de
dissipation d’un commandant d’unité, de bataillon ou de brigade) ou d’accorder
une autorisation (altération d’un bon de retrait d’armement, de fonds, d’une
carte d’accès dans un restaurant militaire).
c)L’intention criminelle.

211
Laurent MUTATA LUABA ; op. cit. ,p.211.
212
Com Kin 04 avril 1999,inédit, cité par Laurent MUTATA LUABA, p.211.
213
Laurent MUTATA LUABA. , op. cit., p.212.
Catalogue des infractions 139

Le dol général suffit à établir la culpabilité de l’agent. Le préjudice subi


par les Forces Armées, des services apparentés ou l’Etat congolais peut même
ne pas exister.
2. De l’article 80 du code pénal militaire
Pour être punissable, l’auteur de l’infraction prévue par l’article 80 du code
pénal militaire peut être :
a) le requérant des documents faux effectivement ou pas, sans titre ni droit. ;
b) l’utilisateur desdits documents même s’il ne les a pas sollicité, dès lors
qu’aucune norme légale n’a été respectée ;
c) l’auteur desdits documents ou celui qui en facilite l’octroi à un individu qui
n’y a aucun droit.
En premier lieu, l’auteur doit avoir tenté d’obtenir ou obtenu effectivement un
document militaire. En second lieu, il doit en avoir fait usage. Enfin, il doit
avoir octroyé ou provoquer l’octroi de ce document.
d) L’élément moral qui peut être aussi bien un dol général qu’un dol spécial
doit exister.
II. Régime répressif

L’auteur du faux de l’article 79 du code pénal militaire ou de son usage se


verra infligé une peine de servitude pénale principale dont le maximum est fixé
à dix ans et une amende n’excédant pas 15.000 francs congolais constants. Il en
sera de même de l’usage du même faux lorsque les mentions invoquées par
l’intéressé sont devenues incomplètes ou inexactes. Ceux qui, sans titre ni droit,
tentent d’obtenir, obtiennent ou utilisent des documents faux ou encore ceux
qui les octroient ou les font délivrer aux individus n’y ayant guère droit (article
80 du code pénal militaire) subiront six mois à cinq ans de servitude pénale et
une amende n’excédant pas 500 francs congolais.
Les mêmes peines seront subies par celui qui fera usage de ces documents
et par celui qui les aura établis sous un autre nom que le sien. L’individu qui
délivrera ou fera délivrer des documents faux à une personne qu’il sait n’y avoir
droit, sera sanctionné de six mois à dix ans de servitude pénale et d’une
amende qui n’excédera pas 10.000 francs congolais constants.

96. Correspondances avec un ressortissant


d’une puissance ennemie

Aux termes de l’article 192 du code pénal livre II, sera puni d’une servitude
pénale de un à cinq ans celui qui, en temps de guerre :
1. entretiendra, sans autorisation du Gouvernement, une correspondance ou
des relations avec les sujets ou les agents d’une puissance ennemie ;
2. fera directement ou par intermédiaire, des actes de commerce avec les sujets
ou les agents d’une puissance ennemie, au mépris des prohibitions édictées.
140

L’infraction de correspondances avec un ressortissant d’une puissance en-


nemie est une infraction d’atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat. Autrefois,
cette prévention était justiciable de la Cour de Sûreté de l’Etat, actuellement
dissoute. Etant donné que l’infraction de correspondances avec un ressortis-
sant d’une puissance ennemie n’a pas été supprimée et qu’aucune incrimination
ne peut manquer de juge, elle est désormais de la compétence matérielle de
l’instance compétente, au regard du taux maximum de la peine prévue.

97. Corruption

I. Définition
Le mot corruption vient du latin « corruptio » signifiant « avilissement, vénali-
té, tare, vice ». Elle est inégalement répandue dans le monde et différentes as-
sociations proposent des classements entre nations.

II. L’infraction : corruption active et passive

La corruption dans le système du code pénal congolais suppose que chacun des
deux agents qui concourent à l’infraction, l’un en corrompant, l’autre en se
laissant corrompre, joue un rôle égal et séparément qualifié. Il s’en suit ,de là,
que la corruption passive constitue une infraction distincte de la corruption
active. Il résulte de ce qui précède que la corruption active ne saurait constituer
un acte de complicité de la corruption passive. Le législateur a considéré la
corruption passive et la corruption active comme des infractions différentes.

III. Eléments constitutifs

a)L’élément légal
La corruption fut prévue et réprimée par les articles 147 à 150 du code pénal
livre II. Ces dispositions furent modifiées par l‘article 2 de la loi n°73/017 du
05 janvier 1973. L’article 2 cité a inséré l’article 149 bis. La loi du 05 janvier
1973 sera, par la suite, complétée par l’ordonnance-loi n°73/010 du 14 février
1973. Cette ordonnance-loi a injecté l’article 149 ter.
Le texte, de nos jours , en vigueur est la loi n°05- 006 du 29 mars 2005
modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal con-
golais. Cette loi a modifié les articles 147, 148, 149, 149 bis, 149 ter du code
pénal. Elle a aussi inséré les articles 147 bis, 149 quater et 149 quinquies au
Code pénal .
b)L’élément matériel : L’acte de corruption
La définition de l’élément matériel de la corruption, soit active, soit
passive (agrément de propositions) porte sur, à tout moment, directement ou
Catalogue des infractions 141

indirectement, des offres214 , des promesses, des dons, des présents ou des
avantages quelconques. Il en est ainsi du fait de demander et de recevoir d’un
suspect la remise d’une somme d’argent pour ne pas procéder à son arrestation
ni ouvrir une instruction à sa charge215

1. Caractère illégitime
L’acte incriminé ne doit pas être commandé, permis ou autorisé par des
dispositions législatives ou réglementaires.

2. Corruption directe ou indirecte


La corruption directe ne met en présence que deux personnes : le corrup-
teur et l’éventuel corrompu. Tel est le cas du délinquant que les policiers verba-
lisateurs ont interpellé et qui, pour qu’ils le libèrent, leur offre une somme
d’argent216 . Il en est de même des entreprises qui proposent, pour obtenir les
marchés, de verser une récompense aux dirigeants chargés de passer les com-
mandes217 La corruption indirecte suppose l’intervention d’un tiers.

3. Notion de pacte de corruption


L’existence d’un pacte de corruption est caractérisé par l’accord qui inter-
vient entre le corrupteur (acte de corruption active : propositions, sollicitations,
dons, offres, etc ;) et le corrompu (qui agrée les offres et procure le résultat
demandé). L’infraction de corruption n’est caractérisée que si la convention
passée entre le corrupteur et le corrompu a précédé l’acte ou l’abstention
qu’elle avait pour objet de rémunérer. La simple sollicitation des dons suffit à
consommer l’infraction ; dès lors il n’importe que la « perception » de ces dons
ait été postérieure à l’obtention de l’avantage recherché218 La seule preuve à
faire, tant dans le chef du corrupteur que du corrompu, consiste dans la dé-
monstration d’une adhésion préalable, par le fonctionnaire, à des propositions
vénales. Tel n’est pas le cas du fonctionnaire qui reçoit comme marques de
gratitude, des dons ou présents, sans qu’il n’y ait, entre lui et le particulier re-
connaissant, une convention préalable illicite219 .

4.Epoque de la corruption
214
Lorsqu’il n’existe aucun élément pour démontrer un commencement d’exécution ayant
consisté pour le prévenu à offrir une certaine somme d’argent destinée à corrompre un agent ;
il subsistera un doute quant à la culpabilité du prévenu (Tribunal de grande instance de
Kinshasa/ Gombe, R.P 263, Ministère public et partie civile République Démocratique du Con-
go contre le prévenu Ajudiya Pravin Kumar, 18 décembre 2009, inédit. ).
215
C.S.J., RPA 12, 03 mars 1972, B.A. 1973.
216
Ibidem
217
Cass. crim. , 10 juin 1948, Bull. crim. n°154.15 note carteret.
218
C.S.J., RP 135, 17 mars 1973, B.A 1974, p. 51.
219
Crim. , 2 avril 1998, Bull.crim. n° 127. ; D.1999. Somm . 158, obs.Segonds.
142

La volonté du législateur est de ne pas restreindre la répression. La cor-


ruption constitue une infraction instantanée constituée par l’acte incriminé. En
cas d’actes successifs et répétés, l’infraction se renouvelle à chaque nouvel acte
de corruption.

5.Nature des offres, dons et promesses


Il n’existe aucune restriction quant à la généralité des termes employés.
L’application de la loi est laissée à la souveraine appréciation des juges. Il s’agit
de « tout avantage » que l’agent, abusant d’une influence réelle ou supposée, a
pu se faire remettre à son profit. Ces offres, dons ou présents peuvent por-
ter sur 220 :
- des biens en nature, une montre en or, des arbres ou du fuel ;
- une rémunération ou une somme d’argent ;
- des facilités d’approvisionnements à des prix inférieurs aux cours normaux ;
- des commissions ou des ristournes ou sur une participation aux affaires
traitées ;
- l’exécution d’un travail gratuit ;
- la promesse de relations sexuelles.
c)L’élément moral
1.La qualité d’agent public
La qualité d’agent public est un élément de l’infraction. Cette qualité est
reconnue, non seulement aux fonctionnaires (personnels des carrières des ser-
vices publics de l’Etat) , mais aussi aux personnes chargées d’une mission de
service public. Elle est, en outre, reconnue aux personnes investies d’un man-
dat électif public (membres du gouvernement, sénateurs, députés, gouverneurs
de province, maires, bourgmestres) et aux personnes ayant un rôle dans le
fonctionnement de la justice (magistrats, greffiers, huissiers, officiers et agents
de police), aux fonctionnaires des impôts etc. Ce sont les dépositaires de
l’autorité publique. La corruption, c’est le fait pour ces personnes, d’agréer ou
de recevoir des offres, promesses ou présents pour commettre une infraction221 .

2.L’objet de la corruption
L’objet de la corruption peut être l’accomplissement ou l’abstention de
l’accomplissement d’un « acte entrant dans le cadre » de la fonction, de la mis-
sion ou du mandat du dépositaire public. C’est aussi lorsque le but, ainsi pour-

220
Ces exemples non limitatifs sont extraits de la jurisprudence française.
221
Il a été jugé que pour tomber sous les coups des articles 147 et 150 du code pénal congo-
lais livre II, il faut qu’il y ait notamment entre l’agent actif et l’agent passif une coopération,
er
c’est-à-dire une entente préalable ou qu’il y ait des promesses agrées (C.S.J ; 1 avril 1980,
RPA 61, Aff. M.P. c/Kahuongo et consorts.
Catalogue des infractions 143

suivi, s’il n’entre pas dans le cadre strict de la fonction, est atteint grâce aux
« facilités » que lui donne sa fonction, ou sa mission, ou son mandat.

3.Les personnes assimilées aux dépositaires de l’autorité publique


L’article 147 du code pénal modifié par l’article 1er de la loi n°05- 006
du 29 mars 2005 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 donne
une autre définition. Il est dit qu’il faut entendre, par agent public, tout fonc-
tionnaire ou tout employé de l’Etat ou des institutions, y compris ceux qui ont
été sélectionnés, nommés ou élus pour entreprendre des activités ou exercer
des fonctions au nom ou au service de l’Etat, à tout niveau de sa hiérarchie.

IV. Actes constitutifs de la corruption

Les actes de corruption sont énumérés limitativement à l’article 147 bis.


Cette définition a été insérée par l’article 2 de la loi n°05- 006 du 29 mars 2005
modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal con-
golais. Sont constitutifs d’actes de corruption :
1. le fait , pour un agent public ou toute autre personne, de solliciter ou
d’accepter directement ou indirectement, des sommes d’argent, tout bien
ayant une valeur pécuniaire ou tout autre avantage, tel qu’un don, une fa-
veur ,une promesse ou un gain pour lui-même ou pour autrui, personne
physique ou morale, en contre partie de l’accomplissement ou de l’omission
d’un acte dans l’exercice de ses fonctions ;
2. le fait d’offrir ou d’octroyer, directement ou indirectement, à un agent pu-
blic ou à toute autre personne des sommes d’argent , tout bien ayant une va-
leur pécuniaire ou tout autre avantage , tel qu’un don, une faveur, une pro-
messe ou un gain pour lui-même ou pour autrui, personne physique ou mo-
rale, en vue de l’accomplissement ou de l’omission d’un acte dans l’exercice
de ses fonctions;
3. le fait d’offrir , de donner ou de promettre directement ou indirectement un
avantage indu à toute personne qui dirige un organisme du secteur privé ou
est employé par ce dernier en quelque qualité que ce soit, ou le fait, pour
cette personne de solliciter ou d’accepter cet avantage indu, directement ou
indirectement à titre personnel ou pour autrui pour qu’elle agisse en contra-
vention de ses devoirs ou qu’elle s’abstienne d’agir ;
4. le fait pour un agent public ou toute autre personne, de solliciter ou
d’accepter, directement ou indirectement un avantage indu pour lui-même
ou pour autrui afin d’abuser de son influence réelle ou supposée , en vue de
faire obtenir d’une administration ou d’une autorité publique un avantage
indu ;
5. l’usage, la dissimulation ou l’aliénation frauduleuse du produit ou des biens
tirés de l’un des actes visés au présent article ;
144

6. le fait d’utiliser la fraude pour échapper ou faire échapper autrui aux obliga-
tions fiscales, douanières et administratives ;
7. l’enrichissement illicite.

V. Régime répressif et règles de poursuites

Le législateur a prévu des peines principales et des peines accessoires.

a)Sanctions principales
L’auteur d’un acte prévu à l’article 147 bis sera puni de six mois à deux
ans de servitude pénale principale et une amende de cinquante mille à deux
cents mille francs congolais (art 148 modifié par l’article 3 de la loi n° 05-006
du 29 mars 2005). La peine sera doublée en cas d’acte injuste ou abstention de
faire un acte qui rentre dans ses attributions. Si le coupable a reçu les dons pour
commettre dans l’exercice de ses fonctions, de son emploi ou de sa mission une
infraction (art. 149), il subira quinze ans de servitude pénale principale et une
amende de cinq cent mille à un million de francs congolais constants.
L’art 149 ter tel que modifié par l’article 3 de la loi du 29 mars 2005
punit de six mois à deux ans de servitude et d’une amende de vingt mille à cent
mille francs congolais constants ou une de ces peines, un agent public ou toute
autre personne qui aura directement ou par personne interposée sollicité don
ou offre pour faire un acte de sa fonction, de son emploi ou de sa mission
même juste, mais non sujet à salaire.
Les actes de représailles ou d’intimidation des témoins ou experts, déposant
contre les actes de corruption ou de trafic d’influence , les actes de représailles
ou d’intimidation à l’endroit des parents de ces témoins ou experts sont répri-
més. L’article 149 quinquies inséré dans le code pénal par l’article 5 de la loi
n°05-006 du 29 mars 2005 prévoit une servitude pénale de trois à cinq ans et
une amende ne dépassant pas deux cents mille francs congolais constants.
L’article 150 punit ceux qui par menaces ou violences, corrompent un agent
public. Ils seront punis de peines portées à l’article 149 quinquies selon qu’ils
visaient un acte injuste, une infraction ou une abstention.
b) Sanctions accessoires
L’article 149 bis prescrit les peines accessoires communes à la corruption
passive et active. La juridiction compétente prononcera , au profit de l’Etat, la
confiscation du produit ou moyen de la corruption de la personne condamnée
ainsi que la rétribution perçue. Elle ordonnera le gel, la saisie, la confiscation et
le rapatriement du produit de la corruption, en conformité avec la législation.
En outre, le coupable sera condamné à :
- l’interdiction pour cinq ans au moins et de dix ans au plus du droit de vote et
d’éligibilité, après exécution de la peine ;
Catalogue des infractions 145

- l’interdiction, pour la même période, du droit d’accès aux fonctions pu-


bliques et paraétatiques, d’exercer la profession de banquier, d’agent de
change, d’agent comptable, d’importateur ou d’exportateur ;
- l’interdiction de soumissionner dans tous les marchés publics pour une pé-
riode de cinq ans ;
- la privation du droit à la condamnation ou à la libération conditionnelle ;
- l’expulsion définitive du territoire de la république démocratique du Congo,
après l’exécution de la peine, si le condamné est étranger.
c) Circonstances aggravantes de la corruption
1. Les actes de corruption en vue d’entraver au bon fonctionnement de la
justice, notamment promettre, offrir ou accorder un avantage indu pour :
- obtenir un faux témoignage, empêcher un témoignage ou la présentation
d’éléments de preuve dans une procédure en rapport avec la commission
d’un acte de l’article 147 bis222 ;
- empêcher d’exercer ses fonctions en rapport avec les faits de l’article
147 bis à un membre de la Commission de l’Ethique et de la Lutte contre
la Corruption, un magistrat, un officier de police judiciaire, un agent des
service de détection et de répression.
2 .Les actes de corruption commis en vue de:
- gagner des marchés publics en violation de la législation en matière de passa-
tion des marchés ;
- obtenir des droits miniers ou des carrières en violation du règlement minier ;
- violer les lois de privatisation ou de désengagement de l’Etat des Entreprises
publiques ;
- soustraire les contribuables aux obligations de la législation fiscale, parafiscale
et douanière ;
- obtenir des concessions forestières en violation du code forestier ;
- faciliter ou dissimuler le blanchiment du produit du crime ;
- obtenir des avantages fiscaux en violation du code des investissements ;
- financer les activités des partis politiques.
3. Les actes de corruption commis dans le cadre d’une organisation crimi-
nelle.
Les tribunaux de grande instance demeurent les juridictions habilitées pour
connaître des circonstances aggravantes de la corruption. Ils puniront leurs
auteurs de quinze ans de servitude pénale principale et d’une amende de cinq
cent mille à un million de francs congolais constants.

222
Cette disposition de l’article 147 bis a été insérée au code pénal par l’article 2 de la loi
n°05- 006 du 29 mars 2005 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant
code pénal congolais.
146

d)Tribunal compétent.
La répression de la corruption de l’article 149 ter et celle constitutive
des actes prévus à l’article 147 bis, deux dispositions insérées223 au code pénal,
est de la compétence du tribunal de paix au regard des peines prévues à l’article
148 alinéa 1er du code pénal modifié par l’article 5 de la loi n°05-006 du 29
mars 2005. Les autres cas relèvent de la compétence du tribunal de grande ins-
tance224 .

e) Prescription de l’action publique


Lorsque l’infraction de corruption est caractérisée par la perception illi-
cite de dons, présents, commissions ou primes, c’est seulement du jour de cette
perception que court le délai de prescription225 . Elle commence à courir à
compter du jour de la sollicitation ou de l’acceptation. La corruption peut par-
fois être une infraction continue226 . En cas de succession de services rendus et
de rémunérations, c’est à compter de la dernière rémunération que commence-
ra à courir la prescription.

f) Complicité en matière de corruption.


Les règles de la complicité sont d’application en matière de corruption.
Celui qui, n’étant ni le corrupteur, ni le corrompu qui a, avec connaissance, aidé
l’un ou l’autre dans la perpétration de l’infraction est un complice. L’avocat
peut être déclaré complice de la corruption. Tel est le cas lorsqu’il élabore, pour
le compte du corrupteur , le montage financier pour masquer le versement des
commissions occultes prévues par l’acte. Il en est de même lorsqu’il donne au
corrompu des instructions pour commettre l’action délictuelle et qu’ensuite, il
l’aide. Il y a complicité, enfin, lorsque l’avocat assiste l’auteur du délit, afin de
permettre le paiement des « pots-de-vin ».

223
Journal officiel de la République démocratique du Congo, 47eme année, Numéro spécial,
05 octobre 2006, p.41et 43.
224
Le Tribunal de Grande Instance juge au premier degré des infractions dont la peine ap-
plicable est supérieure à cinq ans ou la peine de mort ou encore la peine des travaux forcés
(art 91 du COCJ). Au second degré, il connaît des appels des jugements rendus en premier
ressort par les tribunaux des Paix et des décisions prises en matière d’enfance délinquante
(art 92 du COCJ).
La cour d’appel connaît au premier degré des infractions commises par les magistrats (Le
magistrat à titre provisoire, le substitut du Procureur de la République, le juge de paix, les
magistrats du parquet général et de la cour d’appel), les fonctionnaires des services publics
ou para-étatiques revêtus au moins du grade de directeur ou du grade équivalent (art 94 al.
2 du COCJ). Elle connaît également des jugements rendus en premier ressort par les tribu-
naux de grande instance (art 94 al. 1 du COCJ).

225
Crim. , 13 décembre 1972, Bull. crim. n°391 ; Gaz. Pal.,1973.I.Somm. 94(corruption).
226
Crim. , 27 octobre 1977,Bull.crim. n°352.
Catalogue des infractions 147

VI. Particularités

Le Ministère public, les officiers de police judiciaire et les membres de


la Commission de l’Ethique et de la Lutte contre la Corruption obtiennent, sur
demande, de tout agent public et de toute autre personne physique ou morale,
la communication des informations et des documents, dans le cadre des inves-
tigations entreprises à la suite d’une déclaration de soupçon ou de dénonciation
de corruption (art.149 quater). Ils sont tenus au secret des informations et dé-
clarations reçues. Ces informations ne peuvent être utilisées à d’autres fins que
celles nécessitées par la procédure judiciaire.
Celui qui, de bonne foi, en qualité de témoin, d’expert ou de victime,
transmet des informations ou dépose contre les actes de trafic et de corruption
devant l’autorité judiciaire compétente, dans le cadre d’une procédure judiciaire
ou devant la Commission de l’Ethique et de la Lutte contre la Corruption, ne
peut être poursuivi pour dénonciation calomnieuse (article 149 quinquies alinéa
2).

98. Corruption active

La corruption active est le comportement de n’importe quelle personne


publique ou privée qui, par contrainte ou par corruption , conduit l’agent pu-
blic à trafiquer de sa fonction. Pour qu’il y ait corruption active, il faut l’usage
de violences ou menaces, des offres, promesses, dons ou présents, les per-
sonnes visées, l’acte de la fonction et l’élément moral.
a)L’usage des violences ou menaces, des offres, promesses, dons
ou présents
Il faut que l’agent corrupteur ait usé de violences ou menaces, des offres,
promesses, dons ou présents. La corruption par promesses, dons ou présents,
nous en avons déjà fait état. La corruption par violences ou menaces, c’est
lorsque la volonté d’une partie est totalement viciée suite aux voies de fait exer-
cées ou menaces proférées par l’autre partie, il n’y a plus de consentement pos-
sible ni trafic de fonction. Dans ce cas, le corrupteur sera poursuivi pour cor-
ruption sans qu’il n’en soit de même pour le fonctionnaire contraint à faire un
acte de sa fonction.
b)Les personnes visées
La qualité des personnes à l’égard desquelles s’exercent la contrainte ou la
corruption. Nous renvoyons à la qualité de l’auteur de l’infraction de corrup-
tion passive.
c) un acte de la fonction ou de l’emploi ou l’abstention d’un acte ren-
trant dans l’ordre des devoirs du fonctionnaire corrompu.
148

La contrainte ou la corruption du fonctionnaire doit être faite dans le but


d’obtenir la commission d’un acte ou l’abstention d’un acte de la fonction. Le
fait pour un délinquant de présenter une somme d’argent à un inspecteur des
finances dans le but d’étouffer le contrôle que celui-ci doit exercer , mais qui
est repoussée, constitue une tentative de corruption. Le corrupteur a tenté,
dans ce cas, d’obtenir l’abstention d’un acte qui entre dans l’ordre des devoirs
de la personne sollicitée. La corruption active demeure punissable même lors-
qu’elle n’a pas été suivie d’effet. Il importe peu, par exemple, que le fonction-
naire ait accompli ou se soit abstenu de l’acte auquel il s’était engagé.
d) L’élément moral.
L’infraction de corruption active est intentionnelle. Pour être établie, cette
infraction n’exige que la connaissance et la volonté.

99. Corruption dans le secteur privé


Voir rémunérations illicites, n° 513.

100. Corruption des agents des services publics de l’Etat habili-


tés à procéder aux opérations minières
Voir corruption passive, n° 101.

101. Corruption passive

La corruption passive est l’attitude de l’agent public qui trafique de son


autorité, de sa fonction. Trois éléments sont nécessaires pour que la corruption
passive soit établie :

a)L’auteur de l’infraction doit être un agent public


L’agent public est fonctionnaire ou officier public. Il est une personne
chargée d’un service public ou parastatal, une personne représentant les inté-
rêts de l’Etat ou d’une société étatique au sein d’une société privée, parastatale
ou d’économie mixte, en qualité d’administrateur, de gérant, de commissaire
aux comptes ou à tout autre titre. Il peut être mandataire ou préposé des per-
sonnes énumérées ci-dessus, un arbitre ou un expert commis en justice. Cette
énumération est purement exemplaire et indicative.

b)Sollicitation, agréation d’offres ou de promesses ; sollicitation, ré-


ception de dons ou de présents
- L’infraction est consommée dès qu’un accord, même tacite, lie le corrupteur
et le corrompu. C’est un pacte frauduleux, un contrat illicite. Le corrupteur
s’engage , par des offres ou des promesses ou par des remises expresses de
dons ou de présents. Le corrompu agrée ces mêmes offres ou promesses ou
Catalogue des infractions 149

reçoit de dons ou des présents. Ainsi donc, en l’absence d’entente préalable


entre le magistrat et la personne qui lui a donné l’argent, la prévention de
corruption passive n’est pas établie227 .
- La sollicitation, par le fonctionnaire, des offres, promesses dons ou pré-
sents.

c)L’acte de la fonction
L’acte de la fonction est le but de la sollicitation, de l’agréation des
offres ou promesses, de la sollicitation, de l’agréation ou de la réception des
dons ou des présents. Ce but peut consister , soit en l’accomplissement, soit
en l’abstention d’un acte de la fonction. N’est pas corrompu un fonctionnaire
qui s’engage à faire un acte qui sort de sa compétence. Le législateur a distin-
gué les actes de la fonction.

1.L’acte juste
L’article 148 modifié par l’article 3 de la loi n°05- 006 du 29 mars 2005
modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal con-
golais punit la corruption d’un fonctionnaire en vue d’un acte, de sa fonction,
juste mais non sujet à salaire. A commis l’infraction de corruption par
l’agréation de l’offre, pour accomplir un acte juste de ses fonctions, le fonc-
tionnaire qui, dans le cadre de ses fonctions, a recommandé expressément et
exclusivement la conclusion d’un marché à un fournisseur qui l’a gratifié à cet
effet228 .

2.L’acte injuste ou abstention d’un acte juste


L’article 148 alinéa 2 modifié par l’article 3 de la loi n°05- 006 du 29 mars
2005 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal
congolais réprime la corruption qui a pour but l’acte injuste ou l’abstention
d’un acte juste. L’acte injuste est celui qui consiste dans un abus de la fonction.
On exécute la fonction d’une manière contraire aux devoirs professionnels.
Constituent une abstention de l’acte juste229 :
- le fait de s’abstenir d’exercer sur des travaux la surveillance et le contrôle qui
incombent à l’auteur ;
- le fait de s’abstenir d’arrêter un déserteur ;
- l’abstention de dresser un procès-verbal.

227
C.S.J., 4.9.1981 –RPA.65, in Dibunda cité par KATUALA KABA KASHALA., Code pénal
zaïrois annoté, 1995, p.98.

228
C.S.J., R.P.A 22, 1er fèvrier 1973, B.A. 1974 p.17.
229
Novelles, Droit pénal, Tome III, Larcier, 1972, n°4362.
150

3.L’acte infractionnel
L’article 149 modifié par l’article 3 de la loi n°05- 006 du 29 mars 2005 mo-
difiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal congolais
réprime sévèrement la corruption qui a pour but la commission d’une infrac-
tion. L’exemple est celui du faux commis par un fonctionnaire.

d) L’élément moral.
Dès que sont réunis les trois éléments essentiels cités ci-haut, l’élément mo-
ral est constitué par le dol simple . Il suffit que l’agent public, volontairement et
sciemment, sollicite et agrée des offres ou promesses, sollicite et reçoive des
dons ou présents pour faire un acte de sa fonction. Il a été jugé qu’il y a infrac-
tion de corruption après entente préalable l’agréation des dons et promesses, la
réception des dons ou présents pour :
- accomplir un acte de sa fonction juste, mais non sujet à salaire ;
- accomplir dans le cadre de son emploi un acte injuste ;
- s’abstenir de faire un acte qui entre dans le cadre de ses devoirs ;
- commettre une infraction dans l’exercice de sa charge230 .
Le code minier prévoit à son article 307, la corruption des agents des
Services publics de l’Etat habilités à procéder aux opérations minières (Loi n°
007/2002 du 11 juillet 2002). La sanction, en plus des peines prévues aux ar-
ticles 147 à 149, est aussi l’amende. Elle est fixée à l’équivalent de 1000$ US.

102. Coups et blessures

I. Définition
Le coup est un choc, un heurt produit contre le corps d’une personne.
La blessure est une lésion externe ou interne faite au corps humain quel que
soit le moyen employé. Les coups et blessures sont volontaires lorsqu’ils
sont administrés sciemment, en connaissance de cause. Ils sont des atteintes
volontaires à l’intégrité corporelle d’autrui. Les « coups » désignent les contacts
physiques violents n’ayant pas causé d’effusion de sang. Les « blessures » sont
réservées aux plaies et saignements, à la rupture de tissus, aux fractures.

II. Les éléments constitutifs


a)L’élément légal.
Les coups et blessures sont prévus et punis par les articles 43, 46, 47 et 48
du code pénal Livre II. Ce sont des infractions de violence, selon leurs résul-
tats. Seul le résultat distingue ces infractions les unes des autres, car les élé-
ments matériels et intentionnels sont identiques à toutes ces qualifications.

230
C.S.J., R.P.A 22, 1er février 1973, B.A. 1974, p.17.
Catalogue des infractions 151

b)L’élément matériel.
L’infraction repose nécessairement sur la commission d’un acte volontaire.
Il doit s’agir d’un acte positif et matériel. Un acte positif s’oppose à une om-
mission , à une inaction. Un acte matériel peut être un coup porté avec la
main, les pieds, une arme ou tout autre objet ou instrument. Ceci exclut de
l’infraction des coups et blessures des violences ou souffrances morales infli-
gées à quelqu’un. Doivent être considérés comme des coups : le fait de donner
une gifle, un coup de poing, un coup de bâton, le fait de saisir un individu et de
le jeter contre un mur , un arbre , une table ; le fait de heurter quelqu’un pour
le faire tomber ; le fait d’administrer une peine corporelle, prévue par un rè-
glement disciplinaire, sans se conformer aux dispositions de ce règlement231.
Constitue l’infraction de l’article 46 le fait de lancer un corps dur sur une per-
sonne232.
Les coups et blessures peuvent être caractérisés par des comportements
divers, un choc par exemple . Le tribunal ne retiendra pas l’infraction lorsque il
ne réussit pas à établir la certitude des coups ; il doit alors disqualifier plutôt en
voie de fait et violences légères233. Le résultat, comme la mort, résultat plus
grave entraîne l’infraction. Cependant un lien de causalité certain est nécessaire
afin de qualifier la responsabilité pénale de l’auteur des violences, mais son
caractère direct et immédiat n’est pas exigé.
Il a été jugé que le fait matériel de l’infraction des coups et blessures con-
siste soit en des coups, soit en des blessures, qui peuvent d’ailleurs s’accomplir
en un seul acte234. L’écorchure ou l’éraflure sont indépendamment de toute
gravité une blessure235.

c)La personnalité humaine de la victime


Les coups et blessures ne sont punissables , c’est-à-dire coupablement éta-
blis que s’ils sont adressés à une personne humaine autre que soi-même. Les
coups sont portés sur la personne d’autrui, ce qui exclut de la sphère de
l’infraction les coups portés sur soi-même. La personne victime des coups doit
être née et vivante. Les coups portés sur un cadavre ne tombent pas sous cette
prévention.

d) L’élément moral.
L’élément moral est nécessaire. L’infraction comprend l’intention de com-
mettre l’acte volontairement et la volonté d’obtenir un résultat préjudiciable à

231
Boma, 04 mars 1902, Jur.Etat, tome I, p.257.
232
Boma, 10 mai 1904 Jur.Etat, I, p.344.
233
Tgi Bukavu., RP 6911, 03 décembre 1991, ministère public et partie civile Mweze Bas-
himbe contre le prévenu Malengera kavughe, inédit.
234
Haute cour militaire RP 00I/2004, 05 octobre 2004, Col Alamba et consorts, inédit.
235
Cass.,28 novembre 1949, Rev. Dr. Pen.P ;455.
152

la victime (dol général et spécial). Cependant, les violences sont volontaires et


non leur résultat. Le mobile est indifférent à la qualification juridique.
L’infraction de coups et blessures sera dite établie lorsque, de par les aveux
libres et spontanés, le prévenu reconnait avoir administré des coups à la partie
civile236 .
III. Les causes d’irresponsabilité
Les causes d’irresponsabilité jouent un rôle important dans le cadre des
violences volontaires, car elles aboutissent à l’exonération de la responsabilité
pénale. La provocation émanant de la victime, elle, ne constitue pas une cause
d’irresponsabilité237 .
a)La légitime défense.
Elle exonère l’auteur des violences volontaires de sa responsabilité sous
certaines réserves. Ne sont pas justifiées, les violences volontaires alors qu’il n’y
avait pas de nécessité actuelle ou une attaque imminente ou que la riposte
n’était pas proportionnelle à l’attaque. Cependant, les juges ont pu considérer
qu’une attaque verbale grave pouvait justifier une légère riposte physique238 .
Notons qu’une présomption simple de légitime défense peut être combattue
par la preuve contraire.
b)L’ordre de la loi et le commandement de l’autorité.
N’est pas pénalement responsable, la personne qui accomplit un acte
prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires. Même si
les textes permettent la violence, celle-ci doit toujours être utilisée avec modé-
ration, sans excès et dans la seule mesure où elle se révèle indispensable. La loi
autorise tous les citoyens à agir à l’encontre de l’auteur d’une infraction, sous
réserve du respect des conditions. L’acte de violence, pour interrompre une
agression ou pour empêcher la fuite de son auteur, est autorisé par la loi et
neutralise la responsabilité pénale de la personne l’ayant commis.
L’acte justifié doit être normalement exercé. Les dépassements des au-
torisations ou permissions accordées par la loi retrouvent une qualification
pénale et donnent lieu à la répression.

c)Les droits des forces de l’ordre.


Ces droits renvoient indirectement à la notion de « recours à la force
rendu absolument nécessaire ». Les personnes exerçant les prérogatives de la

236
Tribunal de grande instance de Bukavu, R.P 8212/8231, 11 octobre 1994, Ministère
public et partie civile Muhimuzi contre le prévenu Mugula Cirhuza, inédit.

237
Crim. , 29 mars 2006, AJ Pénal 2006, p.311, obs.Roussel.
238
Crim. , 12 octobre 1992, Dr. pén.1994,comm,n°35,obs,Veron.
Catalogue des infractions 153

force publique doivent exercer leur mission dans le respect des limites des in-
fractions de droit commun.

d)L’exercice de la médecine.
Chacun a droit au respect de son corps et il ne peut y être porté atteinte
qu’en cas de nécessité thérapeutique pour la personne elle-même et lorsque le
consentement de la personne a été recueilli au préalable.
e)Le droit de correction.
Le droit de correction tient à la fonction éducative. Notre société re-
connaît un droit de correction aux parents et aux enseignants. L’évolution des
mœurs et la protection des mineurs doivent conduire à une limitation impor-
tante de ce droit. Si donner une gifle à un enfant est encore toléré, certains
actes constituent l’une des infractions des violences volontaires. Tout dépend
des circonstances de l’espèce et relève du pouvoir souverain d’appréciation des
juges. Il a été jugé que le droit de correction est légitime dans une action exer-
cée par un enseignant dans la cour de récréation « lorsqu’elle a comme but de
faire cesser, avec l’autorité physique nécessaire un chahut, une dispute, une
bagarre, une chamaillerie »239 ou lorsque le père utilise « son pouvoir de direc-
tion et de correction exercé de manière très brève et ponctuelle »240 .
En revanche, la qualification pénale est acquise lorsque le comporte-
ment violent des parents a entraîné des lésions graves traduisant une dispro-
portion évidente entre le droit éducatif de correction et les violences infligées
aux enfants.

IV. Les circonstances aggravantes

Les circonstances aggravantes traduisent des tendances actuelles de la


sévérité de la répression. De façon générale, ces circonstances sont de deux
ordres. Les circonstances aggravantes simples et les circonstances aggravantes
complexes.
Les circonstances aggravantes simples tiennent, d’abord, à la qualité de
la victime(mineur d’âge, la victime d’une particulière vulnérabilité , due à son
âge, à une maladie, à une infirmité , à une déficience physique ou psychique ou
à un état de grossesse, l’ascendant légitime ou naturel ou le père et mère adop-
tif), à la qualité professionnelle de la victime (Président de la République, Ma-
gistrat, Ministre, Député, Sénateur). Elles tiennent ensuite à la qualité de
l’auteur (violences commises par une personne dépositaire de l’autorité pu-
blique ou chargée d’une mission de service public dans l’exercice ou à
l’occasion de l’exercice de ses fonctions).
239
Cour d’Appel Versailles 16 juin 2003, RSC, 2005, p.87, obs. y. Mayaud.
240
Cour d’Appel Paris 4 mai et 11 mai 2004, Dr. Pén. 2004, comm. n° 158, obs. Veron.
154

D’autres circonstances simples tiennent au mode de commission de


l’infraction (auteurs ou complices, la préméditation, l’usage ou la menace d’une
arme).
Les circonstances aggravantes complexes par un majeur avec l’aide et
l’assistance d’un mineur (voir protection de l’enfant). Elles tiennent compte à la
fois de la qualité de la victime et de celle de l’auteur : lorsque les violences ont
été commises sur un mineur par un ascendant ou par toute autre personne
ayant autorité sur le mineur. La protection est accordée aux mineurs. La loi
relative à la protection de l’enfant met en place un mécanisme d’aggravation.

103. Coups et blessures aggravés

Des coups et blessures sont qualifiés aggravés241 :


1° lorsqu’ils entraînent une maladie, une incapacité de travail personnel, la
perte de l’usage absolu d‘un organe ou une mutilation grave (art. 47 du code
pénal livre II) ;
a) Maladie : il faut qu’il s’agisse d’une maladie sérieuse ;
b) Incapacité de travail personnel : il faut une incapacité totale, temporaire
atteignant deux mois ou une incapacité définitive dépassant 20% ; il est jugé
qu’en cas de poursuites du chef des coups ayant entraîné une incapacité de
travail, un certificat médical ne peut suffire pour baser une condamnation pé-
nale et une condamnation à des dommages Ŕintérêts : il faut ordonner une
expertise242 .
c) Perte de l’usage absolu d’un organe : perte de la vue, d’un œil, de l’ouïe,
d’une oreille, paralysie d’un membre, perte des facultés mentales, etc.. ;
d) Mutilation grave : perte d’un œil, tympan crevé, perte de la main. La perte du
doigt ne rentre pas dans cette catégorie.
2° lorsqu’ils ont été donnés avec préméditation (art 46 alinéa 2). C’est
l’intention conçue préalablement à l’action de faire du mal à la victime.
3° lorsqu’ils ont causé la mort sans intention de la donner (art 48 alinéa 2).
L’auteur a porté des coups et blessures volontaires ; il n’avait pas l’intention
de tuer mais la victime en est morte. Le fait d’asséner un coup qui d’après le
rapport médical a provoqué un état de coma avant de causer le décès de la
victime243.
Il est de la jurisprudence de la Cour Suprême de Justice qu’est établie
l’infraction de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, reprochée

241
Article 47 du code pénal livre II.
242
Terr. Matadi, 17 mars 1906, Jur. Etat II, p.85.
243
Tribunal de grande instance de Luebo, siègeant en chambre foraine à Tshikapa, RP25
70/RTE, 20 septembre 2004, ministère public contre le prévenu Ilunga Kalonji, inédit.
Catalogue des infractions 155

au prévenu qui, pour ce faire, a agi avec lucidité et par calcul, par abus
d’autorité, caractérisé par la transmission des instructions et ordre illégal et qui
a fourni les menottes pour l’arrestation de la victime dont le décès est attesté
par un certificat médical244 ;
- Ce décès peut intervenir peu importe le délai entre la commission de
l’infraction et le décès. Peu importe que le coup soit insignifiant, porté par
erreur245 et le fait que le décès soit dû principalement à une déficience phy-
sique de la victime ;
L’auteur d’une gifle provoquant la mort d’un cardiaque sera puni des
peines de l’article 48 ;
- Il faut un lien direct de causalité entre les violences et le décès ;
4° lorsqu’ils sont portés sur l’auteur d’un accident de circulation (article 1 du
décret du 03/12/1956). Quand les coups et blessures volontaires adminis-
trés à une personne par une foule en fureur lui ont causé la mort, le doute
peut être retenu au profit du prévenu dont la participation comme auteur
n’a pas été suffisamment prouvée246 .
I. Eléments constitutifs

a)L’élément légal.
L’article 43 définit les coups et blessures tandis que l’article 46 en
donne les éléments matériels.
b)Les Eléments matériels
- Il faut un acte positif et un acte matériel constitués des coups et blessures ;
- La victime doit être une personne humaine et vivante.

C)L’élément moral
L’intention d’attenter à la personne d’autrui. Il a été jugé que celui qui
pousse fortement ou donne un coup de poing à un autre, dans l’intention de
faire cesser une lutte à laquelle cet autre se livrait avec un tiers, sans avoir
l’intention criminelle d’attenter à sa personne, de lui faire du mal, ne se rend
pas coupable de l’infraction de coups et blessures247 .

II. Des poursuites

244
C.S.J. , R.P.A. 123, 30 janvier 1987, B.A. Années 1985 à 1989, édition 2002, p. 251.
245
Tribunal de grande instance du Nord Kivu à Goma, RP 15354, Ministère Public contre le
prévenu Zaire Nziyumvira , 16 novembre 2000, inédit.
246
C.S.J., R.P.A 53, 23 février 1979, B.A 1984, p.17.
247
Boma 13 août 1912, Jur. Congo1914-1919, p. 174.
156

La victime des coups et blessures ainsi que l’organe de la loi (parquet)


peuvent exercer les poursuites. Les bagarres, les coups et blessures pourront
être dénoncés par tout citoyen aux fins de sauvegarder l’ordre et la tranquillité
publique. La difficulté commune à toutes les catégories des coups et blessures
repose sur la difficulté de la preuve. Si les certificats médicaux peuvent établir
l’existence des violences, ils ne peuvent en désigner le responsable248 .

a)Texte légal
Les infractions des coups et blessures sont prévues et punies par les ar-
ticles 43, 46, 47 et 48 du code pénal Livre II.

b) Peines prévues
Les coups et blessures simples (art. 46 al 1) sont punis de six mois de servitude
pénale principale maximum et/ou amende ;
Les coups et blessures donnés avec préméditation (art 46 al 2) sont sanctionnés
d’un mois à deux ans de servitude pénale principale et d’amende ;
Les coups et blessures ayant entraîné une maladie, une incapacité de travail
personnel, la perte de l’usage absolu d’un organe ou une mutilation grave (art.
47) seront réprimés de deux ans à cinq ans de servitude pénale principale et
d’amende. Les deux peines seront appliquées obligatoirement ;
Les coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner (art.
48) sont passibles de cinq ans à vingt ans de servitude pénale principale et
d’amende. Le deux peines seront cumulatives obligatoirement ;
Les coups et blessures portés sur l’auteur d’un accident de circulation sont pu-
nissables de six mois à trois ans de servitude pénale principale. La peine
d’amende n’est pas prévue.
c) La tentative
La tentative des coups et blessures n’est pas expressément incriminée
par le code pénal. Le processus de qualification rend également impossible la
tentative des coups et blessures. En effet, la qualification des coups et blessures
dépend entièrement du résultat.
d) Le tribunal compétent
Le tribunal de paix est compétent lorsque la peine maximale prévue par
le législateur est de cinq années. Le tribunal de grande instance est compétent
lorsque le maximum de la peine est au delà de cinq ans.
e) L’action civile
La victime des coups et blessures peut exercer l’action civile de droit
commun pour obtenir réparation du dommage subi. Le juge pénal est compé-
tent pour connaître de cette action lorsque les dommages découlent des faits

248
Crim. 21 février 2006, AJ Pénal 2006, p.263, obs, Girault.
Catalogue des infractions 157

de la poursuite. Il a été jugé que tous les dommages causés par les coups et
blessures sont du ressort du juge répressif249 .
f) La prescription de l’action publique
Les coups et blessures simples (art. 46) se prescrivent dans le délai
d’une année. Pour les faits de coups et blessures prévus par l’article 46 du code
pénal, prescrits après un an , l’infraction est prescrite , vu qu’aucun acte inter-
ruptif n’est intervenu pendant une période supérieure à un an250 . Lorsque les
coups ont été donnés avec préméditation (art. 46 al2) ou qu’ils ont entraîné une
maladie, incapacité… la perte de l’usage absolu d’un organe ou une mutilation
grave (art. 47), la prescription est de trois ans. Par contre, quand les coups ont
été suivis d’une mort sans intention de la donner (art. 48), la prescription de
l’action publique est de dix ans. Il est jugé qu’aucun acte interruptif n’étant
intervenu sur une période dépassant un an à l’égard des faits qualifiés de coups
et blessures, la prescription de l’action publique est acquise251 .
104. Coups et blessures ayant entraîné la mort
Voir Coups et blessures aggravés, n°103.

105. Coups et blessures ayant entraîné une maladie


Voir Coups et blessures aggravés, n° 103.

106. Coups et blessures donnés avec prémédition


Voir coups et blessures aggravés, n°103.

107. Coups et blessures Involontaires


Voir lésions corporelles involontaires, n°339.

108. Coups et blessures par imprudence


Voir lésions corporelles involontaires, n° 339.

109. Coups et blessures portés sur l’auteur d’un accident de


circulation
Voir coups et blessures aggravés, n°103.

249
Crim. 8 novembre 1960. Bull. n°57.
250
Ibidem
251
C.S.J., RPA 41, 14 janvier 1975, Bull. 1976, p. 5 ; Bull. 1977, p. 7 et RJZ. 1978, p. 82
mentionnant que cet arrêt a été rendu le 16 janvier 1976 cité par DIBUNDA KABUINJI. , op
cit ., p. 179.
158

110. Coups et blessures portés sur les membres des corps


constitués
Les personnes concernées sont :
a) les membres du Parlement (assemblée nationale et sénat), du Gouverne-
ment et de la Cour suprême de justice (art. 138) ; au - delà de ces personnes,
le législateur protège aussi :
b) les membres des cours et tribunaux, les officiers du ministère public, les
officiers supérieurs des Forces Armées, de la Police Nationale et les Gou-
verneurs de province ;
c) les dépositaires de l’autorité publique ou de la force publique.

I. Eléments constitutifs
Les éléments constitutifs de coups et blessures, développés plus haut,
s’appliquent ici. La spécificité est que les coups doivent être portés sur ces per-
sonnes désignées, dans l’exercice de leurs fonctions, à défaut, c’est le droit
commun qui sera appliqué avec circonstances aggravantes.

II. Régime répressif applicable


Le régime répressif de l’infraction des coups et blessures portés sur les
membres des corps constitués connaît une particularité. Les poursuites ne se-
ront engagées que sur plainte de la personne lésée ou du corps dont elle relève.
a)Disposition légale
Les actes des coups et blessures portés sur les membres des corps
constitués sont répréhensibles. Ils se trouvent punis par les articles 138 à 139
du Code pénal LII de différentes sanctions.
1. Lorsque les coups sont portés sans blessures ni effusion de sang :
- sur les personnes prévues au point a) : les peines à infliger seront de six à
trente mois de servitude pénale principale et d’une amende ;
- sur les personnes prévues au point b) : la sanction est de six à vingt quatre
mois et d’une amende ;
- sur les personnes prévues au point c) : on appliquera six à huit mois de ser-
vitude pénale principale et une amende.
2. Lorsque les coups sont portés avec blessures ou effusion de sang ou s’ils ont
causé une maladie :
- sur les personnes prévues au point a) : l’auteur encourt quatre à dix ans de
servitude pénale principale et l’amende ou une de ces peines seulement ;
- sur les personnes prévues au point b) : une servitude pénale de un à trois
ans et une amende ou une de ces peines ;
Catalogue des infractions 159

- sur les personnes prévues au point c) : six mois à deux ans de servitude pé-
nale principale et une amende ou une de ces peines uniquement.

b) De l’instance judiciaire compétente


Les coups sans blessures ou effusion de sang sont de la compétence du
tribunal de paix. Les coups avec blessures ou effusion de sang sur les per-
sonnes visées au point a) relèvent de la compétence du tribunal de grande ins-
tance.

111. Coups et blessures simples


Les coups et blessures simples252 peuvent être définis comme tout acte
matériel et positif porté contre la victime et qui lui cause une lésion corporelle
interne ou externe. Les coups peuvent être administrés directement par une
partie du corps ou indirectement à l’aide d’un objet donné sur n’importe quelle
partie du corps. Donner un coup de poing, un coup de pied sur un individu,
porter des coups de couteaux, de matraque, de bâton sur le bras d’une per-
sonne déterminée constituent des exemples de coups et blessures simples.
Il a été jugé et reconnu que la virginité du casier judiciaire, le jeune âge, le
désistement de l’action civile par la partie civile et les relations de famille peu-
vent constituer des circonstances atténuantes dans la fixation de la peine253 et
de même, lorsque le prévenu est père d’une famille nombreuse254 .

112. Coups et blessures volontaires


Voir coups et blessures, n°102.

113. Coups et blessures volontaires, ayant entraîné la mort, sur


un enfant
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-11.

114. Coups et blessures volontaires, ayant entraîné une inca-


pacité, sur un enfant
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-12.

252
Article 46 du code pénal livre II.
253
Tribunal de Grande Instance de Bukavu, R.P 7528, 18 septembre 1992, Ministère public
et partie civile Nyota Chondo contre le prévenu Mulume Chiragarhula, inédit.

254
Idem, R.P 8212/8231, 11 octobre 1994, Ministère public et partie civile Masumbuko Bu-
nyasi contre le prévenu Mweze Marhegane et Alphonse Muhindo, inédit.
160

115. Coups et blessures volontaires, ayant entraîné une mutila-


tion, sur un enfant
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-13.

116. Coups et blessures volontaires portés sur un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-14.

117. Coups et blessures volontaires portés sur une femme en-


ceinte
Voir protection pénale de l’enfant avant sa naissance, n°468-2.

118. Crédit
L’immixtion du droit pénal dans la sphère des Coopératives d’Epargne et
de Crédit vise à protéger l’épargne et les intermédiaires financiers. Le texte légal
est la loi n° 002/ 2002 du 02 février 2002 portant dispositions applicables aux
Coopératives d’Epargne et de Crédit255 . Il prévoit des sanctions pénales à
l’endroit de toute personne qui participe directement ou indirectement à
l’administration, à la gestion ou au contrôle.
I. Infractions proprementdites
Sont incriminés et définis infractionnels, certains comportements qui sont :
- se prévaloir d’une dénomination ou raison sociale de l’une des appellations ou
d’une combinaison de « Coopérative d’Epargne et de Crédit », « Coopérati
ve Primaire d’Epargne et de Crédit » ou coopec, « Coopérative Centrale
d’Epargne et de Crédit « ou COOCEC » et Fédération des Coopératives Cen-
trales d’Epargne et de Crédit » sans avoir été préalablement agrée (art.100,1) ;
- utiliser pour ses activités l’une des appellations ou une combinaison de « coo-
pérative d’épargne et de crédit », « coopérative primaire d’Epargne et de Cré-
dit » ou coopec, « coopérative centrale d’Epargne et de Crédit « ou
COOCEC » et Fédération des coopératives centrales d’épargne et de crédit »
sans avoir été préalablement été agrée (art.100,1) ;
- créer l’apparence de « Coopérative d’Epargne et de Crédit », « Coopérative
Primaire d’Epargne et de Crédit » ou coopec, « Coopérative Centrale
d’Epargne et de Crédit « ou COOCEC » et Fédération des Coopératives Cen-
trales d’Epargne et de Crédit » sans avoir été préalablement été agrée
(art.100,1) ;
- exercer une activité autre que collecter l’épargne et consentir du crédit ;

255
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo ; 49 ème Année, Numéro spé-
cial, 20 janvier 2008, P.21 à 44.
Catalogue des infractions 161

- être dirigeant d’une coopec en contravention de l’article 49 de la loi


n°002/2002 du 02 février 2002 ;
- obstacle à la mission des personnes mandatées par la Banque Centrale pour
effectuer une inspection (art.100 a) ;
- obstacle à la mission du représentant provisoire (art100 b) ;
- communication des renseignements inexacts ou incomplets (art100c) ;
- contravention aux dispositions des articles 13, 49 à 79 et 83 ; (art. 100, 3) ;
- refus de soumettre livres, comptes et dossiers à l’examen de la Banque Cen-
trale (art.100, 3).
II. Régime des poursuites
a) Régime des sanctions
La peine prévue est d’une servitude pénale d’un mois à un an et d’une
amende de trente mille à trois cents mille francs congolais ou de l’une de ces
peines seulement (article 100). Les coopératives d’épargne et de crédit sont
civilement responsables des condamnations d’amende prononcées (art.101).
Cette responsabilité civile ne joue pas en ce qui concerne les administrateurs,
gérants et représentants provisoires ainsi que les commissaires aux comptes
désignés par la Banque Centrale du Congo.
b) Particularités des poursuites
Les infractions relatives aux coopératives d’épargne et de crédit doivent
être portées à la connaissance de la Banque Centrale par l’autorité judiciaire ou
administrative qui en est saisie (art.102). En tout état de la procédure, les auto-
rités judiciaires saisies des poursuites peuvent requérir la Banque centrale du
Congo pour tous avis et informations utiles. La Banque Centrale du Congo
peut se constituer partie civile en application de la loi (art103 alinéa 2).
La Banque transige et fixe, elle-même, les conditions de la transaction
pour les infractions relatives aux coopératives (art 104). La transaction acceptée
par le Ministère public éteint l’action publique, même en ce qui concerne les
peines de servitude pénale (art. 104 alinéa 2).

119. Crime de génocide

Le terme « génocide » est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale. Il


vient de la connexion entre l’expression grecque genos désignant la race, le
groupe humain et l’expression latine « caeder » qui signifie tuer. Cette con-
nexion exprime l’extermination du groupe humain.
Le génocide est un complot visant à annihiler ou à affaiblir des groupes.
L’auteur n’agit pas en raison d’une animosité personnelle, mais en vertu d’une
politique systématiquement suivie ayant pour but l’extinction d’un groupe revê-
162

tant un caractère massif. L’acte dont il s’agit doit avoir été réalisé en exécution
d’un plan concerté, tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe
national, ethnique, racial ou religieux ou d’un groupe déterminé à partir de tout
autre critère arbitraire.
Le crime de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre
sont généralement qualifiés de crimes internationaux256.

256
Crimes internationaux
a)Les dispositions de droit qui régissent en République Démocratique du Congo les princi-
pales violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Ces dispositions concernent d’une part l’affirmation des principaux droits de l’homme dont la
violation est à la base des crimes internationaux, la définition et les éléments constitutifs des
crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des crimes de génocide et d’autre part les
normes internationales qui permettent de compléter et d’interpréter les dispositions des lois
nationales congolaises en matières des crimes évoqués. En droit congolais , c’est au régime
du droit militaire qu’a été confiée la répression des crimes internationaux. Le législateur
congolais n’a inséré aucune disposition relative aux crimes de guerre, crimes contre
l’humanité ou au crime de génocide dans le code pénal ordinaire.

Les lois congolaises définissant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le
crime de génocide applicables aux violations ont été autrefois dans le code de justice mili-
taire de 1972 et sont actuellement dans le code pénal militaire et dans le code judiciaire
militaire du 18 novembre 2002.

b)La compétence des cours et tribunaux militaires

Seules les juridictions militaires ont la compétence de juger les crimes internationaux, soit
les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le crime de génocide. Dépuis leur
réconnaissance en droit congolais, les crimes internationaux ont toujours relevé de la légi-
slation pénale militaire. Leur définition est prévue au code pénal militaire de 2002. Leur
répression est attribuée aux cours et tribunaux militaires par l’article 76 du Code de justice
militaire de 2002 et par les articles 161 et 162 du code pénal militairede 2002.

1. La compétence matérielle(ratione materiae)

La compétence matérielle des cours et tribunaux militaires sur les crimes internationaux
découle actuellement de l’article 76 du code de justice militaire de 2002 qui stipule que
« Les juridictions militaires connaissent, sur le territoire de la République des infractions
d’ordre militaire ». Stricto sensu, les crimes internationaux ne constituent pas des ‘infrac-
tions d’ordre militaire », mais leur définition en droit congolais n’est prévue qu’au seul code
pénal militaire. En plus, l’article 161 du code de justice militaire affirme qu’en cas
d’indivisibilité ou de connexité d’infractions avec des crimes de génocide, des crimes de
guerre ou des crimes contre l’humanité, les juridictions militaires sont seules compétentes.

2. La competence personnelle (ratione personae)


Catalogue des infractions 163

La compétence personnelle des cours et tribunaux militaires établit la nature des personnes
qui seront justiciables devant la justice militaire. La compétence est limitée aux seules per-
sonnes physiques(article 73 du code de justice militaire) âgées d’au moins di-huit ans(article
114) et peut s’exercer par défaut(article 326). Bien évidemment, les juridictions militaires
auront compétence sur les « militaires des forces armées congolaises et assimilés » inclus
les membres de la police nationale(article 106), de même que les employés civils au service
de l’armée, de la police, du ministère de la défense et du service national(article 108).
L’article 112 élargit la compétence personnelle des juridictions militaires à plusieurs groupes
de personnes qui ne sont pas liés aux forces armées ou à la police nationale, notamment :

- les prisonniers de guerre ;

- les membres des bandes insurrectionnelles ;

- ceux qui même étrangers à l’armée provoquent, engagent ou assistent un ou plu-


sieurs militaires , ou assimilés à commettre une infraction à la loi ou au règlement
militaire ;

- ceux qui , même étrangers à l’armée, commettent des infractions dirigées contre
l’armée, la police nationale, le service national, leur matériel, leurs établissements,
ou au sein de l’armée, de la police nationale ou du service national .

Les attributions de compétence personnelle aux cours et tribunaux militaires s’appliquent


aux crimes internationauxdéfinis en droit militaire. Le code pénal militaire étend la compé-
tence personnelles des juridictions militaires à toutes personnes « au service de
l’ennemi…qui se sont rendues coupables de crimes commis dépuis l’ouverture des hostili-
tés… soit à l’encontre d’un national, d’un étranger ou d’un réfugié…soit au préjudice des
biens de toutes les personnes physiques visées ci-dessus et de toutes les personnes mo-
rales nationales , lorsque ces infractions , même accomplies à l’occasion ou sous prétexte
de l’état de guerre, ne sont pas justifiées par les lois et coutumes de guerre »(article 174du
CPM).

Le code judiciaire militaire étend cette compétence à tous les crimes internationaux dans la
mesure où ils constituent « des infractions commises, dépuis l’ouverture des hostilités par
les nationaux…soit à l’encontre d’un national ou d’un protégé congolais…soit au préjudice
des biens de toutes les personnes physiques visées ci-dessus… lorsque ces infractions…ne
sont pas justifiées par les lois et coutumes de guerre »(article 80 CJM-2002).

c)La responsabilité pénale individuelle

Le code pénal militaire punit les auteurs et co-auteursdes infractions(article 5), les complices
des infractions(article 6), et également les auteurs des tentatives de commettre une infrac-
tion(article 4). En matière de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, le principe du
défaut de pertinence de la qualité officielle et des immunités connexes à telle qualité est
prévu àl’article 163 du code pénal militaire. La notion de la responsabilité du supérieur est
164

I. Eléments constitutifs
a)L’élément légal
Le génocide est le « crime des crimes257 ». Il peut être considéré comme
la forme la plus grave de crime contre l’humanité. Le statut de Rome de la CPI
à son article 6 a repris intégralement la définition258 du génocide établie par
l’article 2 de la convention de 1948 pour la prévention et la répression du
crime de génocide. Le crime de génocide est prévu et défini par l’article 164 de
la loi 024 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire.
Essentiellement, le génocide exige la preuve de deux éléments dins-
tincts : la commission d’un acte énuméré à l’encontre d’un groupe national,
ethnique, racial ou réligieux dans l’intention spécifique de détruire en tout ou
en partie le groupe prtégé .
b)Les actes énumérés
Il s’agit des comportements pouvant conduire à la qualification de gé-
nocide, des actes positifs de commission en exécution du plan concerté. Il faut
entendre par là l’un des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en
tout ou en partie, un groupe national, politique, racial, ethnique ou religieux
notamment :
1. meurtre des membres du groupe ;
2. atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe ;
3. soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant
entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
4. mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
5. transfert forcé d’enfants d’un groupe à un autre groupe.

c)Les actes énumérés sont commis à l’encontre d’un groupe natio-


nal, ethnique, racial ou réligieux

Les victimes doivent appartenir à un groupe national, ethnique, racial ou réli-


gieux. Par groupes nationaux, il faudrait entendre les personnes qui possèdent
une identité distincte en termes de nationalité ou d’origine nationale. Les

prévue à l’article 175. L’article 81applique cette même notion de la responsabilité à tous les
crimes internationaux qui constituent des infractions selon l’article 80 , soit celles « com-
mises par les nationauxdépuis l’ouverture des hostilités à l’encontre d’un national ou d’un
protégé congolais… ».

257
La Cour pénale internationale, Manuel de ratification et de mise en œuvre du Statut de
Rome, Vancouver, Mai 2000.
258
Le crime de génocide est défini « comme l’un quelconque des actes ci-après commis
dans l’intention de détruire, en tout ou en partie , un groupe national, ethnique, racial ou
religieux comme tel ». Cette définition est suivie d’une série d’actes qui representent de
graves violations du droit à la vie et à l’intégrité physique ou mentale des membres du
groupe.
Catalogue des infractions 165

groupes ethniques comprendraient les personnes partageant une même langue


et ayant des traditions communes ou un patrimoine culturel commun.

d)L’élément moral
L’intention spécifique de détruire , en tout ou en partie, le groupe
protégé. C’est l’élément clef du crime de génocide souvent décrit comme un
crime d’intention requérant un dol criminel aggravé. L’élément moral réside en
ce que le génocide constitue la destruction physique et biologique d’un groupe.
Les victimes sont ciblées en raison de leur appartenance à un groupe ; c’est
donc le groupe qui est visé à travers la victime.
L’intention spécifique tend en la destruction d’un groupe humain .Le
niveau d’intention coupable requis est très élevé. Il faut démontrer chez la per-
sonne l’intention de détruire un groupe. Un génocide ne peut pas être commis
par négligence.Les termes « en tout ou en partie » signifient qu’un acte isolé de
violence raciste ne peut constituer un génocide. Il faut avoir l’intention
d’éliminer un nombre cnsidérable de représentants du groupe, sans qu’il ne soit
nécessaire de détruire le groupe au complet.
La preuve de l’intention de détruire un groupe comme tel , en tout ou
en partie pose le plus de difficultés. La preuve doit établir l’existence du but
spécifique qu’avait l’auteur en commettant le crime.

II. Régime juridique


a)Tribunal compétent
Les tribunaux militaires , tout comme les tribunaux ordinaires, peuvent
juger les crimes décrits au Statut. Le Statut n’établit aucune distinction à cet
égard et les Etats parties sont libres de déterminer quels tribunaux internes
auront juridiction pour juger ces crimes259. En République Démocratique du
Congo, à l’état actuel de la législation, seules les juridictions militaires sont
compétentes pour connaître du crime de génocide (article 161 de la loi 024 du
18 novembre 2002)260. Aux termes de pénalités, le génocide est puni de mort
(article 164 du code pénal militaire). Notons aussi que le traité de Rome du 17
juillet 1998 ratifié par notre pays par le décret-loi du 30 mars 2002 s’attribue la

259
Devant les tribunaux militaires, les procédures sont parfois plus expéditives et , dans
certaines juridictions, les garanties procédurales sont moins bien protégées que devant les
tribunaux ordinaires. Toutefois, la CPI ne peut se saisir d’une affaire traitée par des juridic-
tions nationales que si les procédures menées visaient la soustraction de la personne accu-
sée à sa responsabilité pénale ou étaient incompatibles avec l’intention de traduire la per-
sonne accusée en justice.
260
L’exercice en pratique de la compétence exclusive des juridictions militaires sur les
crimes internationaux révéle de nombreux problèmes en RD Congo. En effet, à lire l’exposé
des motifs de la loi n° 23/2002 du 18 novembre 2002 portant code judiciare militaire , vite
l’on y découvre que la justice militaire est « un instrument du pouvoir judiciaire au service du
commandement », ce qui conforte l’impunité quasi-totale en matières des crimes internatio-
naux.
166

compétence à l’égard des crimes de génocide,de crime contre l’humanité, de


crime de guerre et de crime d’agression.

b)La complémetarité de la juridiction de la cPI


Le Statut ne rétire pas aux Etats leur pouvoir de juger eux-mêmes les auteurs
de crimes internationaux. Aussi, la juridiction de la Cour n’est que complémen-
taire à cellle des Etats parties. Le Statut ne rétire pas aux Etats la faculté de
poursuivre les auteurs de crimes qui y sont décrits, mais institue une Cour qui,
s’ils négligent ou ne possèdent pas les moyens de le faire, les poursuivra à leur
place.

En vertu du principe de la complementarité , la CPI n’exerce sa juridiction que


lorsque les Etats parties n’enquêtent pas et n’engagent pas de bonne foi des
procédures judiciares alors qu’un crime décrit au Statut a été commis. La cour
ne peut donc pas se saisir d’une affaire lorsqu’un Etat décide de s’en occuper.
Exceptions au principe
Cependant, il est essentiel que les procédures engagées par l’Etat en question
soient entreprises de bonne foi, c’est-à-dire dans le respect du droit internatio-
nal. Ces exceptions sont prévues à l’article 17 , notamment :
- lorsque l’Etat en question n’a pas la véritable volonté de mener vérita-
blement à bien l’enquête ou la poursuite ;
- lorsque l’Etat se trouve dans l’incapacité véritable de mener à bien
l’enquête ou la poursuite ;
- lorsque la décision d’un Etat de ne pas poursuivre une personne après
avoir enquêté est motivée par une volonté de soustraire cette personne
à lo a justice ;
- lorsque la décision d’un Etat de ne pas poursuivre une personne après
avoir enquêté est motivée par son incapacité de mener des poursuites
judiciares etc.
On remarque ainsi que c’est soit le manque de volonté d’un Etat, soit son
incapacité qui est susceptible d’entraîner l’intervention de la CPI.. Il ya inca-
pacité d’un Etat lorsque :
1° la totalité ou une partie importantede son appareil judiciaire s’est effondrée ;
2° son appareil judiciaire n’est pas en mesure de se saisir de l’accusé, de reunir
les éléments de preuve nécessaires ou de mener autrement à bien la procédure.
La possibilité pour la Cour de juger à nouveau un individu ayant subi un simu-
lacre de procès devant une juridiction nationale constitue techniquement une
exception au principe de droit pénal selon lequel une personne ne peut être
jugée deux fois pour un même crime(Ne bis in idem). Ainsi, pour qu’on consi-
dère que la justice criminelle a été rendue , il faut qu’elle l’ait été selon les règles
établies et conformément aux normes internationales.
Catalogue des infractions 167

c) Règles communes à tous les crimes contre l’humanité


1 . Ni l’ordre de la loi ni le commandement de l’autorité légitime ne sont des
faits justificatifs, (Crim., 1997) rejetant ainsi l’irresponsabilité pour con-
trainte. Néanmoins, l’ordre de la loi et le commandement de l’autorité légi-
time peuvent seulement être pris en compte par le juge dans la détermina-
tion de la peine ;
2. En cette matière, l’action publique et les peines sont imprescriptibles ; il en est
de même pour l’action civile (Crim., Lyon, 1999). D’où l’importance de la
qualification : dès lors qu’il ya crime contre l’humanité, la prescription ne peut
jouer (aff. Touvier : Crim., 1992, 1993 ; aff. Barbie, Crim., 1984, 1988, 1995) ;
3. La participation à un groupement formé ou à une entente établie en vue de
la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, à l’un des
crimes contre l’humanité, est punie comme ces crimes ;
4. La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide
prévoit que sont punissables non seulement l’exécution en tant que telle,
mais aussi l’entente en vue de commettre le génocide, l’incitation directe et
publique, la tentative et la complicité.

120. Crimes contre l’humanité

I. Définition

La définition du crime contre l’humanité s’est précisée dépuis sa pre-


mière formulation en droit international dans le statut du tribunal militaire in-
ternational de Nuremberg du 8 août 1945. Sa codification au paragraphe 1 de
l’’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale énumère des
actes qui , lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou
systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette
attaque constituent des crimes contre l’humanité.
Les crimes contre l’humanité sont donc des violations graves du droit
international humanitaire commises contre toutes populations civiles avant ou
pendant la guerre261. Ils peuvent se commettre entre personnes de nationalité
différente, mais même entre sujets du même Etat. Ce sont de multiples actes
inhumains commis de façon généralisée ou systématique à l’encontre d’une
population civile, en temps de paix ou en temps de guerre262.

261
Ce sont finalement les Statuts des tribunaux internationaux qui sont venus cristaliser la
définition du crime contre l’humanité en droit international (article 3 du Tribuinal pénal inter-
national pour l’ex-Yougoslavie(TPIY) et l’article 3 du Tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR)) avant qu’elle ne soit définitivement codifiée à l’article 7 du Statut de Rome
de la Cour pénale internationale en juillet 1998. Essentiellement, cet arrticle a consolidé la
notion de crime contre l’humanité, qui trouve son fondemént dans les principes généraux du
droit pénal reconnus par toutes les nations civilisées et qui fait partie du droit international
coutumier.
262
Article 7 du Statut de Rome.
168

II. Eléments constitutifs

a)L’élément légal
L’élément légal fait du crime contre l’humanité, en premier lieu, une infrac-
tion internationale. Il sanctionne la coutume internationale, les conventions
internationales, les principes généraux du droit reconnus par l’ensemble des
nations civilisées.
Le crime contre l’humanité est aussi une infraction classique de droit in-
terne. En France, la cour de cassation le qualifie de « crime de droit commun
commis dans certaines circonstances et pour certains motifs précisés dans le
texte qui le définit »263 .
Le code pénal congolais consacre l’autonomie et la gravité extrême de ces
comportements particulièrement odieux. Les articles 165 à172 de la loi 024 du
18 novembre 2002 portant code pénal militaire incriminent divers actes au titre
des crimes contre l’humanité.
Trois éléments principaux doivent coexister dans la qualification du crime
contre l’humanité en plus de l’élement de la connaissance de cette attaque qui
sert à établir la responsabilité pénale individuelle.

a)Les actes énumérés


Infractions constitutives des crimes contre l’humanité
La perpétration d’actes inhumains. Le Statut énumère les actes susceptibles
de constituer un crime contre l’humanité dans le contexte d’une attaque.
Il s’agit d’actes portant atteinte, par action ou par omission , aux per-
sonnes et aux biens notamment :
1. les tortures ou autres traitements inhumains, y compris les expériences bio-
logiques ;
2. le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des
atteintes graves à l’intégrité physique ou la santé ;
3. le fait de contraindre un prisonnier de guerre ou une personne civile à servir
dans les forces armées de la puissance ennemie ou de la partie adverse ;
4. le fait de priver un prisonnier de guerre ou une personne civile de son droit
d’être jugé régulièrement et impartialement ;
5. la déportation, le transfert ou le déplacement illicites, la détention illicite
d’une personne civile ;
6. la prise d’otages ;
7. la destruction ou l’appropriation des biens, non justifiés par des nécessités
militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et barbare ;
8. les actes et omissions non légalement justifiés susceptibles de compromettre
la santé et l’intégrité physique ou mentale des personnes ;

263
Crim., 6 février 1975, Touvier, Bull, n°42 ;D.1975,p.186,rapp ;Chapart, note coste-
Floret,RSC, 1976,p.97,obs.A. Vitu.K.
Catalogue des infractions 169

9. les actes consistant à pratiquer sur des personnes des mutilations physiques,
des expériences médicales ou scientifiques ou des prélèvements des tissus
ou d’organes pour des transplantations ;
10.le fait de soumettre la population civile ou des personnes civiles à une at-
taque ;
11.le fait de lancer une attaque sans discrimination atteignant la population
civile ou des biens de caractère civil ;
12.le fait de lancer une attaque contre des ouvrages ou installations contenant
des substances dangereuses en sachant qu’elle causera des pertes excessives
par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu ;
13.le fait de soumettre, à une attaque, des localités non défendues ou des zones
démilitarisées ;
14.le fait de soumettre une personne à une attaque tout en la sachant hors de
combat ;
15.le transfert ,dans un territoire occupé , d’une partie de la population civile de
la puissance occupante ;
16.le fait de retarder sans justification le rapatriement des prisonniers de guerre
ou des civils ;
17.pratiques d’apartheid ou inhumaines ou dégradantes fondées sur la discri-
mination raciale donnant lieu à des outrages à la dignité humaine ;
18.le fait de diriger des attaques contre les monuments historiques, les archives,
les œuvres d’art ou les lieux de cultes alors qu’il n’existe aucune preuve de
violation de l’interdiction d’utiliser ces biens à l’appui de l’effort militaire, et
que ces biens ne sont pas situés à proximité immédiate des objectifs mili-
taires.

Il a été jugé qu’est établi et constitue un crime contre l’humanité punissable de


la servitude pénale àperpétuité , le viol collectif commis systématiquement par
un groupe des militaires sur plusieurs femmes, filles, fillettes et vieillards indis-
tinctement après les avoir intimidé, terrorisé en paralysant ainsi toute sorte de
résistance de leurs parts et leurs maris et proches maîtrisés, mis hors d’état de
toute résistance avec la circonstance aggravante que ces viols ont inoculé des
maladies sexuellement transmissible pour certaines incurables264.
Ces infractions se rapprochent des crimes contre l’espèce humaine.Un
crime contre l’humanité peut être commis en temps de paix comme en temps
de guerre.

b) Une attaque généralisée ou systématique


Pour que les actes énumérés précedemment soient qualifiés de crimes contre
l’humanité , ils doivent être commis dans le cadre d’une attaque généralisée
ou systématique. L’attaque ne doit pas obligatoirement consister en une

264
Tribunal militaire de Mbandaka siégeant à Songo mboyo, 12 avril 2006, inédit.
170

attaque militaire ou un conflit armé. Néanmoins, le meurtre d’un seul civil


peut constituer un crime contre l’humanité s’il est établi qu’il a été commis
dans le cadre d’une attaque systématique ou s’il fait partie d’une attaque plus
importante.
Le caractère généralisé de l’attaque découle de son ampleur , du nombre de
personnes visées ou de l’effet cumulé d’une série d’actes inhumains ou par
l’effet singulier d’un seul acte de grande ampleur.
Le caractère systématique s’infère du « caractère organisé des actes commis et
de l’improbabilité de leur caractère fortuit ».
Le caractère généralisé signifie que le nombre de victimes est élevé alors que le
caractère systématique se rapporte à un haut degré d’organisation découlant de
la mise en ouevre d’un plan méthodique ou d’une politique.

c) Une attaque généralisée ou systématique lancée contre une


population civile.
La notion de crime contre l’humanité vise à protéger les populations civiles,
d’où l’exigence que l’attaque généralisée ou systématique soit lancée contre
elles. Par population civile , on entend non seulement les personnes sans uni-
forme et sans lien avec l’autorité publique mais toutes les personnes « hors
combat » qui ne participent pas ou plus aux activités du conflit. Une population
peut être qualifiée de civile même si des non civils en font partie, dès lors
qu’elle est en majorité composée de civils. Ainsi les réfugiés dans les camps
constituent une population civile même si des élements armés y sont présents.
Les liens de nationalité ou autres pouvant unir l’auteur et la victime
n’importent pas.

d)L’élément moral
L’élément moral est l’intention de détruire, d’affaiblir ou de persécuter un
groupe ou une communauté. La connaissance d’une attaque généralisée ou
systématique contre une population civile. Pour les actes de persécution, un
mobile d’ordre polique, racial, national, ethnique, culturel, religieux, ou tout
autre mobile universellement reconnu doit être démontré. L’auteur vise sa ou
ses victime(s) en tant que personne(s) appartenant à une certaine race, nation,
ou possédant des convictions politiques ou religieuses. Le fait de prendre part à
l’exécution d’un plan concerté en accomplissant de façon systématique les actes
inhumains et les persécutions incriminées.
Catalogue des infractions 171

III. Sanctions265

Les infractions prévues sont punies de servitude pénale à perpétuité. Si


celles prévues aux points 1, 2, 5, 6, 10 entraînent la mort ou causent une at-
teinte grave à l’intégrité physique ou à la santé, leurs auteurs subiront la peine
de mort. Celles prévues aux points 8 et 9 sont punies de la peine de mort lors-
qu’elles entraînent une maladie incurable, une incapacité permanente de travail,
la perte de l’usage absolu d’un organe, ou une mutilation grave. S’ils (les faits)
ont entraîné des conséquences graves pour la santé publique la peine capitale
sera appliquée. Constituent également un crime contre l’humanité les actes ci-
dessous énumérés, perpétrés en temps de paix ou de guerre, dans le cadre
d’une attaque généralisée ou systématique contre la République ou la popula-
tion civile :
1. meurtre ;
2. extermination ;
3. réduction en esclavage ;
4. déportation ou transfert forcé des populations ;
5. emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique ;
6. torture ;
7. viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation for-
cée et autres formes de violence sexuelle de gravité comparable ;
8. persécution de groupe ou de collectivité identifiable pour des motifs d’ordre
politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux, ou sexiste ou en
fonction d’autres critères.
9. dévastation grave de la faune, de la flore, des ressources du sol ou du sous-
sol ;
10.destruction du patrimoine naturel ou culturel universel.

Tout empoisonnement des eaux ou des denrées consommables, tout dépôt,


aspersion, ou utilisation de substances nocives destinées à donner la mort, en
temps de guerre ou sur une région sur laquelle l’état de siège ou d’urgence aura

265
Le cadre juridique permettant d’identifier le droit applicable par les juridictions internes
pour poursuivre et juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le crime de
génocide provient de la hierarchie des sources de droit prévue par la constitution du 18
février aux articles 153, 213, 214 et 215. L’alinéa 4 de l’article 153 de la constitution stipule
que « Les cours et tribunaux , civils et militaires appliquent les traités internationaux dûment
ratifiés, les lois , les actes réglementaires pour autant qu’ils soient conformes aux lois ainsi
que la coutume pour autant que celle-ci ne soit pas au contraire à l’ordre public ou aux
bonnes mœurs » L’article 215 de la constitution établit clairement la suprématie des normes
découlant des traités et accords internationaux en ces termes : « Les traités et accords
internationaux régulièrement conclus ont, dès leur publicatiuon, une autorité supérieure à
celle des lois, sous réserve pour chaque traité ou accord , de son application par l’autre
partie ». Ces dispositions constitutionnelles sont en harmonie avec le principe du monisme
qui caractérise l’ordre juridique congolais. Elles opèrent une incorporation des traités dans
l’ordre juridique interne congolais dès leur publication au Journal officiel.
172

été proclamé ou à l’occasion d’une opération de police tendant au maintien ou


au rétablissement de l’ordre public, sera puni de mort (art. 170). La mise à
mort par représailles est assimilée à l’assassinat (art.71). L’emploi de prisonniers
de guerre civils à des fins de protection contre l’ennemi est puni de quinze à
vingt ans de servitude pénale. En temps de guerre ou pendant les circonstances
exceptionnelles, le coupable est puni de mort (art.172).

121. Crimes de guerre

I. Définition

Le crime de guerre est défini comme une violation des lois et coutumes de
guerre les plus fondamenetales. Traditionnellement,la notion de « crimes de
guerre » était utilisée en référence aux conflits armées internationaux, et dési-
gnait plus précisement les « infractions graves » aux quatre conventions de gé-
nève de 1949 et à leur premier Protocole Additionnel de 1977. Les comporte-
ments incriminés sont énoncés dans des nombreux instruments internationaux.
Par crime de guerre, il faut ainsi entendre toutes infractions aux lois de la Ré-
publique commises pendant la guerre et qui ne sont pas justifiées par les lois et
coutumes de la guerre266.

II. Les éléments constitutifs

a) Texte légal
Les crimes de guerre découlent essentiellement des conventions de génève
du 12 août 1949 et de leurs Protocoles additionnels I et II de 1977 et des Con-
ventions de la Haye de 1899 et 1907. Leur codification la plus récente se trouve
à l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998. Les
articles 173 à 175 de la loi n° 024 du 18 novembre 2002 portant code pénal
militaire définissent cette incrimination.267

Il ressort des définitions que la commision d’un crime de guerre nécessite la


preuve de quatre éléments principaux, en plus de l’élément mental requis pour
chaque accusé. Les quatre éléments sont les actes prohibés, la commission à
l’encontre de personnes protégées, la péroide de conflit armé et l’existence
d’un lien de connexité entre le conflit armé et l’acte posé.

266
Article 173 de la loi n° 024 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire.
267
Il est important de rappeler que les normes internationales ont la primauté sur les normes
internes en vertu de l’article 215 de la Constitution du 18 février 2006. Ainsi, en cas de
conflit entre les dispositions du droit interne et les disposotions du droit international, no-
tamment en matière de garanties fondamentales, ce sont les normes internationales qui
devraient être appliquées par les juges.
Catalogue des infractions 173

b)Les actes prohibés


Parmi les multiples actes prohibés en vertude la définition des crimes de
guerre, on trouve ceux qui constituent l’essentiel des plus graves violations
desdroits de l’homme , notamment les violations du droit à la vie, à l’intégrité
physique et morale d’une personne, à la liberté et à la sûreté d’une personne.
En droit international humanitaire, les violations sont traitées comme graves-
et par conséquent comme des crimes de guerre- lorsqu’elles mettent en danger
des personnes ou des biens protégés , ou lorsqu’elles enfreignent des valeurs
importantes.
Les actes commis lors d’un conflit armé international et définis comme des
crimes de guerre sont :
1° les infractions commises à l’encontre de membres de forces armées blessés,
malades ou nuafragés, de prisonniers de guerre ou des civils
2° les violations graves de lois et coutumes applicables auc conflits armés in-
ternationaux..
Des approfondissements récents ont cependant élargi le concept pour y inclure
les violations graves des lois et coutumes de la guerre commises dans un conflit
armé, qu’il soit de nature internationale ou interne268.

Les actes pouvant être considérés comme crimes de guerre sont un en-
semble des crimes de guerre commis au cours d’un cnflit armé international ou non internatio-
nal269. A titre illustratif et en s’inspirant du Règlement de procédure et de la preuve270 de la
justice pénale internationale, peuvent être notamment considérés comme crimes de guerre
l’homicide intentionnel, la torture, le traitement inhumain, les expériences biologiques, le fait
de causer intentionnellement de grandes souffrances, la contrainte de servir dans les forces
d’une puissance ennemie, les prises d’otages, les attaques contre les personnes civiles, l’emploi
de poison ou d’armes empoisonnés, l’emploi de gaz, liquides, matières ou procédés prohibés, le
viol, l’esclavage sexuel, la grossesse forcée, la stérilisation forcée, le fait d’affamer des civils
comme méthode de guerre, l’utilisation des boucliers humains etc271.

c)Les personnes protégées


Un deuxième élement nécessaire à la qualification des crimes de guerre con-
cerne la nature des victimes des actes prohibés(ou des biens visés), qui doivent

268
Me Charles-M. MUSHIZI., Justice transitionnelle . Principes-Contenu-Illustrations, Edi-
tions Ethan, p.55.
269
Il y a là une innovation, opérée par le Statut quant au crime de guerre, consistant à con-
sacrer l’évolution récente de la jurisprudence internationale favorisant l’incrimination des
crimes de guerre commis au cours d’un conflit armé non international.
270
Il s’agit du règlement du 10 septembre 2002 adopté à Nex-York le 10 septembre 2002.
Notons qu’il n’a pas fait l’objet d’une publication au Journal officiel de la République Démo-
cratique du Congo.
271
La liste est exhaustive au Code Larcier République Démocratique du Congo, Tome II,
Droit pénal, Larcier-Afrique Editions 2003, pp139-153.
174

faire partie des groupes protégés tels que définis par les conventions de Gé-
nève. Généralement, la définition de ces personnes varie selon les différentes
conventions , la nature du conflit et les actes prohibés à leur encontre. Il s’agit
notamment des personnes qui ne participent pas aux hostilités , partivulière-
ment les populations civiles, ainsi que celles mises hors combat par maladie,
blessure, détention ou par toute autre cause , y compris un combattant ayant
déposé les armes.

d)Le conflit armé


Les actes prohibés à l’encontre d’un groupe protégédoivent être commis au
cours d’un conflit armé. On parle de conflit armé lorsqu’un ou plusieurs Etats
ont recours à la force armée contre un autre Etat, lorsque des forces armées
gouvernementales sont opposées à des groupes armées non gouvernementaux
ou lorsqu’il y a un conflit armé entre certains groupes272.

d)Le lien de connexité


Finalement , il doit exister un lien de connexité entre l’acte prohibé et le con-
flit armé.On exige ainsi que l’auteur de l’acte soit conscient de l’existence d’un
conflit armé au moment où il commet l’acte, que son acte ait lieu dans le con-
texte du conflit armé et y soit associé.

e)Personnes susceptibles de commettre ces infraction.s


Les crimes prévus au Statut sont des infractions commises, la plupart du
temps, par plusieurs personnes. Le crime contre l’humanité et le génocide sont
des infractions généralement commises par un nombre élevé de personnes et
qui impliquent une organisation criminelle complexe. La pluaprt du temps, les
personnes les plus responsables de ces crimes sont des personnes en situation
d’autorité qui n’ont eu aucun contact direct avec les victimes. Elles ont soit
ordonné ces crimes, soit incité des personnes à les commettre, soit fourni les
moyens de les commettre.
Les fonctionnaires, les militaires ou assimilés, les agents ou préposés
chargés d’une mission quelconque qui, lors des faits, sont au service de
l’ennemi ou d’un allié de l’ennemi et qui se sont rendus coupables de crimes,
depuis l’ouverture des hostilités, à l’encontre des personnes physiques ou mo-
rales ou de leurs biens lorsque ces infractions ne sont pas justifiées par les lois
et coutumes de la guerre.
L’article 33 du Statut indique que le fait qu’un crime relèvant de la compé-
tence de la Cour ait été commis sur l’ordre d’un supérieur hiérarchique , mili-
taire ou civil, n’exonère pas la personne qui l’a commis de sa responsabilité

272
Dans son premier arrêt de 1995, la Chambre d’appel du TPIY affirmait « que les princi-
pales dispositions du droit international humanitaire s’appliquaient aussi aux conflits internes
au titre du droit coutumier et qu’en outre les violations graves de ces règles constituaient
des crimes de guerre ».
Catalogue des infractions 175

pénale. L’ordre de commettre un génocide ou un crime contre l’humanité est


toujours manifestement illégal273.
Lorsqu’un subordonné est poursuivi comme auteur principal d’un crime
de guerre, ses supérieurs hiérarchiques non co-auteurs seront considérés
comme complices dans la mesure où ils ont toléré les agissements criminels de
leur subordonné274.

II. Régime répressif

La sanction et le tribunal compétent pour sanctionner l’infraction de


crimes de guerre sont repris à l’infraction crime de génocide. Tant pour les
crimes de génocide, les crimes de guerre que les crimes contre l’humanité,
l’immunité attachée à la qualité officielle d’une personne ne l’exonère pas des
poursuites (art.163 du code pénal militaire). Les crimes contre l’humanité, les
crimes de guerre, les crimes de génocide ne sont pas prescriptibles275 .

III.Complementarité de la juridiction de la Cpi

a)L’imprescriptibilité des crimes prévus au Statut


La CPI n’a pas de juridiction pour juger les crimes qui ont été commis avant
l’entrée en vigueur du Statut. Toutefois, à compter de son entrée en vigueur,
les auteurs des crimes décrits au Statut pourront toujours être jugés et punis
par la Cour, quel que soit le nombre d’années écoulées entre le crime et l’acte
d’accusation. En d’autres termes, en vertu de l’article 29, les crimes soumis à la
juridiction de la CPI ne seront sujets à aucune forme de prescription
L’imprescriptibilité des crimes prévus au Statut est conforme à l’esprit de la
Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre
l’humanité, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1968. La
législation de mise en œuvre du Statut doit prévoir la possibilité de remettre un
accusé à la Cour, même si le crime dont il est accusé est prescrit en vertu du
droit national.

b)L’absence d’immunité pour les chefs d’Etat.


Généralement , dans des nombreuses constitutions, il est prévu que les chefs
d’Etats jouissent d’une immunité face aux poursuites pénales relatives aux actes
posés dans l’exercice de leurs fonctions officielles. D’autres constitutions vont
jusqu’à protèger également des membres du gouvernement ainsi que des
agents de l’Etat. En vertu de l’article 27 du Statut, tout chef d’Etat ou agent de

273
La cour pénale internationale. Manuel de ratification et de mise en œuvre du Statut de
Rome, vancouver , mai 2000.
274
Article 175 de la loi n° 024 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire.
275
L’Assemblée Générale des Nations Unies a approuvé par la résolution RES/2391 (XXIII)
la convention du 26 novembre 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre.
176

l’Etat qui commet uncrime tombant sous la juridiction de la Cour perdra son
immunité pour ce crime et pourra être jugé par la CPI. L’article 27 précité con-
firme la règle selon laquelle des individus ne peuvent se soustraire à leur res-
ponsabilité pénale en alléguant qu’un crime international a été commis par un
Etat ou au nom d’un Etat, car en se conférant ce mandat, ils outrepassent les
pouvoirs qui leur sont reconnus par le droit international276.

c)La remise à la Cour par un Etat de ses propres ressortissants


Généralement, la constitution interdit expressement aux Etats l’extradition de
leurs propres ressortissants. Mais, le caractère particulier de la Cour (article
91(2)c) établit des mesures qui permettent aux Etats parties d’assurer que la
nationalité d’un accusé n’empêche pas sa remise à la CPI.. Lorsque conformé-
ment aux dispositions du Statut et eu égard au principe de la complémentarité
, la Cour demande à un Etat de lui remettre l’un de ses ressortissants , cet Etat
est dans l’obligation d’agréer à cette demande.

d)La responsabilité pénale individuelle


La responsabilité pénale pour les crimes prévus au Statut(crime de génocide, de
guerre, contre l’humanité, crime d’agression) est imputée non seulement aux
personnes ayant directement commis ces crimes, mais également à celles qui y
ont pris part indirectement. En vertu de l’article 25, une personne est pénale-
ment responsable si :
- elle commet un crime individuellment, conjointement avec d’autres
personnes ou par l’intermediaire d’une autre personne, que cette autre
personne soit ou non pénalement responsable ;
- elle ordonne, encourage ou sollicite la commission d’un tel crime, dès
lors qu’il y a commission ou tentative de commission du crime ;
- elle apporte son aide, son concours ou toute autre forme d’assistance à
la commission ou à la tentative de commisiion d’un crime , y compris
en fournissant les moyens de cette commission ;
- elle contribue intentionnellement à la commission ou à la tentative de
commission d’un tel crime par un groupe de personnes agissant de
concert. Cette contribution doit être intentionnelle et , selon le cas viser
à faciliter l’activité criminelle ou le dessein criminel du groupe ou être
faite en pleine connaissance de l’intention du groupe de commettre ce
crime ;

276
A propos de l’immunité des anciens chefs d’Etat pour les actes commis lorsqu’ils étaient
au pouvoir, la chambre des Lords du Rauyaume Uni a décidé que le sénateur Augusto Pi-
nochet ne disposait d’aucune immunité pour les actes de torture commis sous ses ordres
lorsqu’il était chef de l’Etat au Chili. La Chambre a indiqué que puisque les actes de torture
allégués ne pouvaient pas faire partie de l’exercice des fonctions d’un chef de l’Etat, ces
actes n’étaient couverts par aucune immunité.
Catalogue des infractions 177

- s’agissant du crime de génocide, elle incite directement et publiquement


autrui à le commettre ;
- elle tente de commettre un crime.

e)La responsabilité des commandants et des autres supérieures


Le droit international impose aux supérieurs hiérarchiques l’obligation
d’empêcher les personnes sous leurs ordres d’enfreindre les règles du droit
international humanitaire277. Les commandants militaires doivent enseigner
correctement à leurs soldats les règles du droit humanitaire international,
s’asurer que les décisions relatives aux opérations militaires en tiennent compte
et établir un réseau de communication leur permettant d’être rapidement in-
formés de toute violation du droit de la guerre commise par leurs soldats. Ils
devront ainsi prendre les mesures de correction à l’égard de chaque violation
du droit international humanitaire.
1. Commandants militaires
Les commandants militaires sont tenus responsables des crimes commis par
leurs soldats s’ils savaient ou auraient dû savoir que ces crimes étaient commis
et s’ils ont omis de prendre les mesures nécessaires pour prévenir ou réprimer
ces crimes. La responsabilité des commandants militaires comporte trois élé-
ments constitutifs essentiels :
- le supérieur a sous son commandement et son contrôle effectifs les
personnes commettant les crimes ;
- le supérieur savait ou aurait dû savoir qu’un crime était sur le point
d’être commis ou avait été commis ;
- le superieur n’a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables
pour prévenir le crime ou en punir l’auteur.
2. Supérieurs non militaires
Les supérieurs civils visés par la disposition du paragraphe 28(b) du Statut sont
les leaders politiques, les hommes d’affaires et les hauts fonctionnaires. Les
supérieurs non militaires seront tenus responsables des crimes commis par
leurs subordonnés :
- lorsqu’ils savaient ou ont volontairement fermé les yeux sur des infor-
mations indiquant clairement que les subordonnés étaient en train de
commettre ou sur le point de commettre des crimes relevant de la juri-
diction de la CPI. ;
- lorsque ces crimes sont liés à l’activité sous le contrôle des supérieurs,
et que ces derniers ont omis de prendre les mesures nécessaires pour
prévenir ou réprimer ces crimes ou ont omis d’en saisir les autorités ci-
viles compétentes pour enquêter et entreprendre les procédures judi-
ciaires appropriées.

277
Les articles 86(2) et 87 du Premier protocole additionnel aux Conventions de Génève ont codifié
ce pirncipe.
178

3.Relation de subordination
Le pouvoir hiérarchique est une condition nécessaire à la mise en cause de la
responsabilité d’un supérieur. Le facteur déterminant est la possession réelle
d’un pouvoir de contrôle et d’autorité sur les agissements des subordonnés. Ce
pouvoir peut être exercé de droit ou uniquement de fait.

122. Crime en col blanc

L’expression crime en col blanc désigne les activités illégales déployées


par des personnes respectables et de classe sociale élevée qui normalement
portent le « col blanc » en relation avec leurs activités professionnelles.
Il s’agit d’une criminalité des hommes puissants et fortunés, les « délin-
quants en redingote ». C‘est le problème de l’existence d’une criminalité large-
ment répandue et pourtant peu ou pas sanctionnée : la criminalité d’une classe
privilégiée qui se sert de sa puissance économique et sociale pour commettre
une série d’abus. L’expression crime en col blanc n’est pas caractéristique d’une
infraction donnée, elle ne constitue pas non plus une infraction légalement
définie.
Catalogue des infractions 179

123. Débauche
Voir prostitution, n° 463.

124. Débauche, prostitution, jeu et trafic


L’infraction sous étude, infraction de débauche, prostitution, jeu et trafic
ne concerne que les mineurs. Au sens de l’article 1er du décret du 06 décembre
1950 relatif à l’enfance délinquante, le mineur est l’enfant âgé de moins de seize
ans accomplis au moment des faits.
Il s’agit ici des mineurs qui se livrent à la débauche ou cherchent leurs res-
sources dans le jeu ou dans les trafics ou occupations qui les exposent à la
prostitution, à la mendicité, au vagabondage ou à la criminalité (art 4 du décret
précité). Le régime répressif de la débauche, prostitution, jeu et trafic est iden-
tique à celui de l’infraction de mendicité et vagabondage.

125. Débits de boissons et Night-clubs


L’ordonnance 75-153 du 31 mai 1975 porte réglementation des heures
d’ouverture des débits de boissons et interdiction des night-clubs sur toute
l’étendue de la République. Les débits de boissons sont l’ensemble des cafés,
bars, bars-dancings, buvettes, brasseries, bars d’hôtel, bars de restaurant et as-
similés, bars de cantines, de mess, de casino, de clubs privés même constitués
en association sans but lucratif, A.S.B.L en sigle etc..278
Les night-clubs sont des établissements de plaisir ouverts la nuit. L’on y
débite et consomme des boissons alcooliques ; l’on y danse et y assiste à des
spectacles de tous genres. Les maisons de passe ou de tolérance sont des éta-
blissements aménagés pour la prostitution. Les night-clubs (boites de nuit) et
les maisons de passe et de tolérance sont interdits sur tout le territoire de la
République Democratique du Congo (art. 6 de l’ordonnance ci-haut indiquée).

a) Les heures d’ouverture de débits de boissons sont fixées :

1. de 18 heures à 23 heures, du lundi au vendredi , la vente des boissons


devant prendre fin dès 22 heures ;
2. le samedi et veille de jours fériés légaux à partir de 18 heures jusqu’au
lendemain à 6 heures du matin ;
3. le dimanche et jours fériés légaux à partir de 11 heures du matin jus-
qu’à 24 heures, la vente de boisson devant prendre fin dès 23 heures.

278
Article 3 de l’ordonnance 75-153 du 31 mai 1975.
180

b) Exceptions
Bien que non concernés par l’ordonnance n° 75-153 du 31 mai 1975, les
bars destinés aux voyageurs dans les aérodromes et installations portuaires à
l’usage de voyageurs sont soumis à l’interdiction de boissons alcooliques, avant
18 heures, du lundi au vendredi et avant 18 heures, le samedi et veille de jours
fériés légaux (art.4).
Le débit et la consommation des boissons alcoolisées sont autorisés chaque
jour :
- dans les restaurants et snack-bars, entre 12 heures et 15 heures et entre
18 heures et 24 heures.
- dans les bars-dancings attenant aux établissements hôteliers et aux res-
taurants de classe internationale ou semi-internationale, au-delà des
heures réglementaires.
Exceptionnellement, l’autorité (le bourgmestre dans les communes ur-
baines, le chef de collectivité dans les territoires ruraux) peut autoriser le débit
et la consommation des boissons au-delà des heures réglementaires.

c)Pénalités
Ceux qui contreviennent à la réglementation sur les débits de boissons sont
susceptibles de peines. Ils peuvent être punis d’une peine de servitude pénale
de six mois à cinq ans et d’une amende ou d’une de ces peines seulement. Il
s’agit des gérants ou des débitants. Indépendamment de la peine, l’autorité ter-
ritoriale peut procéder au retrait de la licence d’exploitation.

126. Défaitisme
Voir capitulation, n° 63.

127. Défaut d’assurance automobile


Les véhicules automoteurs ne sont admis à circuler sur le territoire de la
République Démocratique du Congo que si la responsabilité civile à laquelle ils
peuvent donner lieu est couverte par une assurance. L’obligation de contracter
l’assurance incombe au propriétaire du véhicule. L’assurance doit couvrir la
responsabilité civile du propriétaire du véhicule et de toute personne ayant,
avec son assentiment exprès ou tacite, la garde ou la conduite du véhicule.
L’assurance doit comprendre les dommages causés aux personnes et aux
biens. Elle doit obligatoirement être contractée auprès de la Société Nationale
d’Assurance, Sonas en sigle, qui est seule habilitée. En effet, la Sonas est une
société d’Etat. Elle jouit du monopole279 en matière d’assurance.

279
Des propositions et des pressions pour mettre fin à ce monopole existent. En effet, le
monopole ne se justifie plus au regard de l’environnement international et de la mondialisa-
Catalogue des infractions 181

I. Des éléments constitutifs


Pour que l’infraction de défaut d’assurance automobile existe, elle requiet
trois éléments.
a)L’existence d’un véhicule automoteur
Par véhicule automoteur, il faut entendre tout véhicule pourvu d’un moteur
de propulsion et circulant sur route par ses propres moyens. Le terme automo-
bile désigne ceux des véhicules à moteur qui servent normalement au transport
sur route de personnes ou de choses ou à la traction sur route de véhicules
utilisés pour le transport de personnes ou de choses.

b)L’existence des dommages.


Il s’agit des dommages résultant à l’occasion de la circulation ou du station-
nement du véhicule. Ils sont causés aux personnes et aux biens. Par dommage,
il faut entendre une lésion effectivement réalisée : mort d’homme(art.53.CP) ;
lésion corporelle(art.54 CP) ; incendie(art. 109 CP) etc. Le fait fautif et le
dommage sont insuffisants s’ils ne sont pas liés entre eux par un rapport causal.
Il y a donc nécessité du lien de causalité.

c)L’inexistence d’un certificat d’assurance en cours de validité.


Le certificat d’assurance est exigé pour tout vévicule circulant sur les routes
de la République Démocratique du Congo. En effet, l’assurance est obligatoire.
Le certificat d’assurance dont est porteur un véhicule doit surtout être en cours
de validité, si non il est inéxistant.

II. Des poursuites

La victime qui a subi des dommages ainsi que ses ayants-droits peuvent
saisir l’instance compétente. Le Ministère public , même d’office, a qualité pour
exercer l’action publique.

a) Soutien légal
L’infraction de défaut d’assurance automobile est prévue et punie par
un texte de loi. Il s’agit de la loi n°73 Ŕ013 du 05 janvier 1973 portant obliga-
tion de l’assurance de responsabilité civile en matière d’utilisation des véhicules
automoteurs280 .

tion des échanges. Le monopole dont jouit la Société Nationale d’Assurance est même mis
en mal. Des courtiers d’assurance sont agrées. Cependant les textes légaux en vigueur
n’ont toujours pas subi de modification. Le monopole de la société nationale demeure léga-
lement consacré.
280 er
J.O. n°5 du 1 mars 1973, pages 301 et 302.
182

b) Quelles sont les pénalités et à qui s’appliquent-elles ?


L’article 14 de la loi précitée désigne les personnes punissables et les sanc-
tions.
1. Le conducteur sera passible d’une peine d’amende ;
2. Le propriétaire encourra deux mois de servitude pénale principale maximum
et une amende ou l’une de ces peines seulement. D’autres sanctions ont été
prévues par le législateur :
1. conduire le véhicule au poste de police de roulage le plus proche ;
2. procéder à la saisie dudit véhicule ;
3. retenir le véhicule jusqu’à la contraction de l’assurance obligatoire ;
4. la saisie du certificat d’assurance irrégulier.
L’Etat et les organismes parastataux désignés par le Président de la Répu-
blique sont dispensés de l’obligation de contracter une assurance pour les véhi-
cules dont ils sont propriétaires, à la condition de couvrir eux mêmes la res-
ponsabilité civile du propriétaire du véhicule, du gardien ou du conducteur du
véhicule (art 3 de la même loi).
La réparation des dommages corporels résultant de l’utilisation d’un véhicule
non couvert de police d’assurance de responsabilité civile automobile sera cou-
verte par le « Fonds National de Garantie pour les victimes des accidents de la
route ». Il ressort de la loi que ce fonds sera institué par ordonnance du Prési-
dent de la République (art 16 de la loi précitée).
c)Tribunal compétent et prescription de l’action publique
Le défaut d’assurance est jugé par le tribunal de paix. L’infraction de dé-
faut d’assurance est prescriptible dans le délai d’une année. La peine, elle, est
prescriptible dans le délai double de la peine prononcée , sans que ce délai soit
inférieur à deux ans.

128. Défaut d’assurance obligatoire de la responsabilité civile


des constructeurs pendant la période décennale

a)Quel est le texte légal ?


Les articles 12 et 17 de la loi particulière n° 74-007 du 10 juillet 1974
portant assurance obligatoire de la responsabilité des constructeurs organisent
l’infraction en étude. Tout constructeur est tenu de souscrire une police
d’assurance couvrant sa responsabilité civile (articles 258 à 260 du code civil,
livre III). La garantie d’assurance de la responsabilité civile des constructeurs
cesse de plein droit dix ans après la réception définitive de l’ouvrage par le
maître de l’ouvrage ou son mandataire.
Catalogue des infractions 183

b) Quelles sont les pénalités à infliger ?


L’amende est la sanction prévue à l’endroit du constructeur défaillant.
Le Ministère public suivant que les ouvrages sont situés dans son ressort terri-
torial est l’organe compétent pour infliger et percevoir l’amende.

c)Quel est le taux de l’amende ?


L’amende transactionnelle ne pourra pas être supérieure au montant de la
prime d’assurance. Elle sera versée par moitié au Trésor Public et au poste Re-
cettes Primes de la branche Risques techniques de la Société Nationale
d’Assurance (Article 17 alinéa 2).

129. Défaut d’assurance obligatoire de la responsabilité civile


des constructeurs pendant la période de construction

Les articles 7 et 17 de la loi particulière n° 74-007 du 10 juillet 1974 por-


tant assurance obligatoire de la responsabilité des constructeurs sont les dispo-
sitions légales.
Tout constructeur est tenu de souscrire une police d’assurance couvrant
sa responsabilité civile (articles 255 à 260 du livre III du code civil) pour toute
la durée des travaux jusqu’à leur réception définitive par le maître de l’ouvrage
ou son mandataire. La sanction applicable en cas d’irrespect de cette obligation
est l’amende.

130. Défaut d’assurance obligatoire de la responsabilité décen-


nale des constructeurs
Tout constructeur est tenu de souscrire une police d’assurance couvrant la
responsabilité décennale telle qu’elle résulte de l’article 439 du code civil livre
III. Cette garantie court à la date de la réception définitive de l’ouvrage par le
maître de l’ouvrage ou son mandataire. Elle s’étend pendant une période de dix
années calendrier sans interruption. Cette infraction est prévue et punie par les
articles 8 et 17 de la même loi n° 74-007 du 10 juillet 1974. Elle est punie de la
peine d’amende.

131. Défaut d’assurance obligatoire des risques d’incendie de


bâtiments
La loi n° 74-008 du 10 juillet 1974 particulière portant assurance obligatoire
des risques d’incendie de certains bâtiments caractérise l’infraction. Les bâti-
ments concernés, qui doivent être obligatoirement assurés sont :
1. tout immeuble à usage administratif, culturel, sanitaire ou scolaire ;
2. les salles de spectacles et/ou de loisirs ;
184

3. les immeubles à usage industriel, agro-industriel, artisanal ou commercial en


général.
La police d’assurance obligatoire couvre les risques d’incendie. Le contenu
des bâtiments doit aussi faire l’objet d’une police d’assurance contre les risques
d’incendie.
L’obligation d’assurance incombe au propriétaire-exploitant. Dans le cas
d’un tiers exploitant, l’obligation incombe à ce dernier. Pour les bâtiments pu-
blics à usage administratif, scolaire, sanitaire et culturel, l’obligation d’assurance
incombe aux organes dont les services utilisent effectivement le bâtiment à
moins que l’Etat ne souscrive une police d’assurance collective qui couvrirait
tous les risques qui surviendraient à ces immeubles. L’article 28 punit d’une
amende transactionnelle qui ne pourra être supérieure au montant de la prime
d’assurance tout contrevenant à cette prescription. La compétence d’infliger et
de percevoir cette amende appartient exclusivement au Ministère public près
les tribunaux de grande instance.

132. Défaut d’assurance tous risques chantiers

L’infraction de défaut d’assurance tous risques chantiers est aussi appelée


assurance obligatoire de l’ouvrage. Elle incombe aux constructeurs, c’est-à-dire
les architectes, ingénieurs et bureaux d’études, ingénieurs-conseils, entrepre-
neurs. Tout constructeur est tenu de souscrire une police d’assurance garantis-
sant le maître de l’ouvrage contre les dommages qui affecteraient , en tout ou
en partie, l’ouvrage en cours de construction et ce, jusqu’à sa réception défini-
tive par le maître de l’ouvrage.
La garantie doit couvrir les dommages résultant de l’emploi des matériaux
impropres ou défectueux, le travail défectueux, les erreurs de dessin ou de cal-
cul, les dommages dus au vol ou au sabotage. Cette garantie s’étend aussi aux
dommages résultant des intempéries, tempêtes, ouragans, foudre, tremblement
de terre, affaissement de terrains, éboulement de terrains, chute de rocher, in-
cendie, cyclones, typhons et raz de marées. Le texte légal et la sanction à infli-
ger sont identiques à ceux prévus en cas de défaut d’assurance des construc-
teurs pendant la période décennale.

133. Défaut de carte d’identité


Voir Carte nationale d’identité, n° 62.

134. Défaut de déclaration de naissance ou fausse déclaration


devant l’officier de l’état civil

I. Définition de l’infraction
Catalogue des infractions 185

L’infraction concerne ici toute personne qui est obligée de faire la déclara-
tion de naissance ou de décès et qui ne le ferait pas dans le délai légal.
En effet, dans le code de la famille le délai, pour déclarer une naissance,
est de trente jours à dater de la naissance. La loi n° 09/001 du 10 janvier 2009
portant protection de l’enfant en son article 16 a ramené ce délai à quatre-vingt
dix jours281 . Quelle est donc la personne responsable pénalement du défaut ou
de la fausse déclaration ? Il peut s’agir :
- du père ou de la mère à défaut du père ;
- de la personne présente à l’accouchement ou au décès (médecin, sage-
femme, aide-accoucheuse, …) ;
- de la personne munie de la procuration du père ou de la mère, etc.
L’infraction concerne également toute personne tenue ou non à cette obli-
gation, qui fait des fausses déclarations devant l’officier de l’état civil sur les
énonciations que doit contenir l’acte, mais aussi toute personne qui aura donné
la mission de commettre de fausses déclarations devant l’officier de l’état civil.
Sera punie, des peines portées par cette infraction , toute personne qui,
convoquée par l’officier de l’état civil pour faire une déclaration ou pour té-
moigner, aura volontairement refusé de comparaître. L’officier de l’état civil
qui aura refusé de recevoir une déclaration pourra être poursuivi sur base des
articles 147 et 148 du code pénal livre II relatifs à l’abstention coupable du
fonctionnaire. Lorsqu’il aura acté une fausse déclaration, il pourra être poursui-
vi sur base des articles 124 à 126 du code pénal livre II relatifs aux faux et
usage de faux en écritures.

II.Poursuites

L’officier de l’état civil ou toute personne lésée par la déclaration faite


ainsi que le Ministère public pourront poursuivre le faux déclarant.

a)Dispositions légales
Les articles 153, 154 du code pénal Livre II et 114, 115 du code de la fa-
mille sont la base légale.

b) Pénalités applicables
Le défaut de déclaration, dans le délai légal , est sanctionné de sept jours
de servitude pénale principale et d’une amende ou d’une de ces peines seule-
ment (art. 114 du code de la famille). Le défaut de déclaration est puni d’une
amende.

281
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, Kinshasa, 12 janvier 2009
p.17-18.
186

Les fausses déclarations faites devant l’officier de l’état civil sont punis-
sables de huit jours à un an et d’une amende ou d’une de ces peines seulement.
Ces mêmes peines s’appliquent à celui qui a donné mission de commettre de
fausses déclarations si cette mission a reçu son exécution (art. 115 du code de
la famille).

c)Le tribunal compétent


Le tribunal compétent est le tribunal de paix. L’infraction de défaut de dé-
claration de naissance ou fausse déclaration devant l’officier de l’état civil se
prescrit dans le délai d’une année.

135. Défaut de qualité pour exercer la profession de commer-


çant
Voir Registre de commerce, n°551- 1 .

136. Délaissement d’un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n°467-15.

137. Délit d’audience

Le délit d’audience282 n’est pas à proprement parler une infraction. Il est


plutôt une procédure qui permet de juger sur le champ toute infraction com-
mise à l’audience. En effet, ceux qui assistent aux audiences doivent se tenir
découverts, dans le respect et le silence. Si quelque irrespect, désobligeance ou
infraction arrive à survenir en pleine audience, il est de la nature même de ses
fonctions que le juge ou le président de la juridiction qui dirige les débats en
exerce la police d’audience.
Il lui appartiendra, dans ce cas, de rappeler à l’ordre, d’expulser ceux qui
troublent le cours normal des débats, de faire arrêter les perturbateurs et, au
besoin, de voir la juridiction condamner sans désemparer les infractions dont
elle est le témoin (principe général de droit).

138. Délit de fuite

Le délit de fuite est le fait, pour un conducteur de véhicule ou engin ter-


restre, fluvial ou maritime sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un
accident, de ne pas s’arrêter et de tenter ainsi d’échapper à la responsabilité
civile ou pénale qu’il peut avoir encourue.
282
Ordonnance-loi n° 70-012 du 10 mars 1970 (M.C n°10 de 1970). Voir aussi Jean
Jacques YOKA MAMPUNGA., Codes Congolais de procédure pénale, Editions yoka, 1999,
p. 91.
Catalogue des infractions 187

Le délit de fuite est une infraction qui possède une nature hybride283. Elle
est tantôt une infraction autonome tantôt une circonstance aggravante.
L’infraction de délit de fuite est une infraction de conséquence, car elle suit
toujours une première infraction.

a)Texte légal et peine


L’article 105 de la loi n° 78-022 du 30 août 1978 portant nouveau code
de la route définit, prévoit et punit le délit de fuite. La peine prévue pour
l’infraction de délit de fuite par le législateur est une amende. L’infraction de
délit de fuite est de la compétence du tribunal de paix. Pour qu’elle
(l’infraction) soit constituée, il faut des éléments sans lesquels elle n’existera
pas.

b)Un accident
Le délit de fuite est une infraction de conséquence. Il faut au préalable un acci-
dent causé par l’auteur. L’infraction première est donc une infraction non in-
tentionnelle : homicide involontaire ou des blessures involontaires.
- L’accident doit être corporel ou même matériel. Il suffit de l’apparence
d’accident, même si aucun dommage ne paraît exister ;
- L’accident doit être causé ou occasionné par n’importe quel type
d’accident(véhicule), par exemple : voiture, moto, bicyclette, bateau, na-
vire ; que l’accident ait été causé (dommage occasionné a une personne, à
un animal, à une chose inanimée, etc.) ; que l’accident ait été causé par un
véhicule (automobile, motocyclette, voiture attelée, etc.) ;
- L’accident doit pouvoir engager la responsabilité pénale ou civile, même si
le conducteur, dans la même poursuite ou dans une poursuite distincte, est
reconnu non responsable de l’accident ; il suffit de l’apparence de responsa-
bilité. Le texte s’applique même pour une voie privée, même si le véhicule
est en situation anormale.

c)L’Absence d’arrêt du conducteur permettant l’identification .


L’arrêt doit être immédiat, volontaire, destiné à permettre
l’identification, même si l’on nie sa responsabilité. L’arrêt est suffisant pour
permettre l’identification. Il a été jugé qu’il y a délit de fuite si l’on tente
d’échapper à sa responsabilité, même si on laisse son véhicule en stationne-
ment pendant qu’on fait son marché (crim. , 1997) ou si l’on « maquille » les
traces d’un accident pour entraver les recherches de la gendarmerie284 .

283
Coralie Ambroise-castérot.,Droit pénal spécial et des affaires, Gualino éditeur, Lextenso
éditions, Paris 2008, p. 119.
284 ème
Crim., 2004 tiré in Mementos, Droit Pénal Spécial, 14 édition 2008, Dalloz, p. 347.
188

Il faut que l’auteur de l’accident ne se soit pas arrêté. La volonté du lé-


gislateur est que lorsqu’un accident a lieu, l’auteur s’arrête pendant un temps
suffisant pour permettre à celui qui a été atteint dans sa personne ou dans ses
biens ou à des tiers de recueillir tous les renseignements utiles sur son identité.

d) L’élément moral

L’infraction est intentionnelle. En effet, l’auteur prend fuite « sachant qu’il


vient de causer ou d’occasionner un accident ». L’intention doit être démon-
trée, mais elle requiert un dol spécial en sus du dol général. En effet, tout
d’abord, il faut démontrer un dol général qui consiste en une volonté de fuir :
l’auteur de l’infraction doit volontairement ne pas s’arrêter et ainsi quitter les
lieux du délit. Ensuite, un dol spécial est réquis, c’est-à-dire qu’il faut que cette
fuite(dol général), soit réalisée avec un mobile particulier(dol spécial).
- Il faut avoir eu conscience de l’accident ; que, par exemple, on a causé
l’accident en éblouissant l’auteur direct de la collision avec un tiers ;
- Il faut un mobile (dol spécial) : le dessein d’échapper à la responsabilité pé-
nale ou civile que l’on peut avoir encourue (même si en réalité l’on n’est pas
responsable).
Prise en compte du mobile de la fuite. L’individu n’est coupable de
l’infraction de délit de fuite que s’il fuit dans le but précis d’échapper à ses res-
ponsabilités. A contrario, s’il fuit pour d’autres raisons(par exemple échapper à
la vindicte populaire, la foule des témoins de l’accident de la circulation se pré-
cipite sur lui en menaçant de l’agresser), l’infraction n’est pas constituée. C’est
un des cas rare où la loi prend en compte les mobiles dans les élements consti-
tutifs.
Sera tenu , pour complice, le propriétaire d’une voiture automobile qui aura
donné l’ordre à son chauffeur de poursuivre sa route, après avoir occasionné
l’accident.

139. Délit de souteneur

I.Définition de l’infraction

Le souteneur est celui qui vit, en tout ou partie, aux dépens d’une per-
sonne dont il exploite la prostitution.
Il en est ainsi de :
- celui qui surveille et protège une femme en quête des clients sexuels pour
éventuellement contraindre le partenaire récalcitrant à payer le prix convenu
ou fixé ;
- du mari qui protège sa femme qui se livre à la prostitution et fixe avec elle le
prix à exiger de ses clients ;
Catalogue des infractions 189

- des parents qui aident leurs enfants à récupérer le produit de la prostitu-


tion285
Le souteneur doit tirer profit du produit de la prostitution d’autrui. S’il n’y a
pas prostitution, il n’y a pas infraction. Ne sera donc pas poursuivi celui qui tire
profit d’un acte sexuel isolé même s’il a assisté ou protégé la personne qui a eu
ces relations.

II.Poursuites

L’action publique est exercée par le Ministère public.

a) Disposition légale
Le délit de souteneur était prévu autrefois par l’ord-loi n°79/007 du
06/07/79. Il est actuellement défini et puni par l’article 174 b point 3 du code
pénal livre II tel que modifié et complété par la loi n° 06/018 du 20 juillet 2006
modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal con-
golais.

b) Pénalités
La disposition de l’article 174 b point 3 du code pénal livre II tel que
modifié et complété par la loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et com-
plétant le décret du 30 janvier 1940 portant code pénal congolais édicte une
sanction. Elle est de trois mois à cinq ans de servitude pénale principale et une
amende ou une de ces peines seulement à l’endroit du souteneur.
Le souteneur est justiciable du tribunal de paix. L’infraction de délit de
souteneur se prescrit (action publique) après trois ans.

140. Délit d’initié

Le délit d’initié comme infraction boursière relève du domaine monétaire et


financier. Il appartient au domaine des infractions boursières. Il n’appartient
au droit pénal des sociétés commerciales, que dans le sens où il va perturber
les marchés financiers et par voie de conséquence la vie des sociétés commer-
ciales.
Le droit congolais ne connait pas encore cette infraction. La République dé-
mocratique du Congo ne connait pas encore l’organisation des bourses et de
l’autorité des marchés financiers y relatif.
En France, par contre , le délit d’initié est réprimé par l’article 465-1 du code
monétaire et financier286. En fait, il y a plusieurs délits d’initié plutôt qu’un seul.

285
LIKULIA BOLONGO. , op. cit. , p. 365.
190

En effet, sont sanctionnés pénalement plusieurs sortes de comportements pro-


hibés, illicitement adoptés par plusieurs variétés d’initiés. Mais tous concenent
la circulation de l’information privilégiée, élement commun préalable et éle-
ment clef de l’ensemble des délits d’initiés.
a)Une information privilégiée
L’information privilégiée est tout d’abord une information confidentielle. Elle
possède donc une sorte de caractère secret et ne doit pas être révelée ou utili-
sée par les initiés, c’est-à-dire ceux qui la connaissent, tant qu’elle n’est pas ren-
due publique.Dès lors que l’information est circonscrite à un cercle, le délit
d’initié peut être carctérisé. En revanche, dès que les investisseurs, les acteurs
de la bourse et les épargnants sont informés(communiqué de presse, journaux
borsiers spécialisés, etc.), l’information devient publique et n’est plus protégée.
Ensuite, cette information doit être également précise. Une information privi-
légiée n’est donc pas une rumeur. En revanche, l’information n’a pas besoin
pour autant d’être certaine ; dans le domaine de la bourse, où prévaut l’aléa,
une telle exigence risquerait d’annihiler l’infraction.
L’objet de cette information est relative aux perspectives ou les perspectives
d’évolution d’un instrument financier admis sur un marché reglementé. Ainsi,
toute information sur les comptes, les pertes, les bénéfices éventuels, la res-
tructuration, la signature d’importants contrats, ou encore les projets de la so-
ciété(fusion, acquisition, par exemple) sont des informations privilégiées, con-
fidentielles qui ne doivent pas être utilisées par les initiés avant qu’elles ne fas-
sent l’objet d’une publicité.
Enfin, elle doit être aussi déterminante- c’est-à-dire permettre de réaliser une
opération illicite sur le marché boursier- et objectivement privilégié. Autrement
dit , la qualité de l’information ne doit pas être appréciée en fonction de la qua-
lité de la personne qui la réçoit : que ce soit la personne mise illicitement dans
la confidence, le délit d’initié est caractérisé.
b)Les initiés
Le cercle des initiés s’est élargi. Il peut s’agir du président, des directeurs géné-
raux, des membres du directoire d’une société, les administrateurs etc. Ces per-
sonnes sont des initiés primaires, des initiés « de droit », celles sur lesquelles
pèse une présomption irréfragable de connaissance de l’information privilégiée.
Il leur est impossible de prétendre ne pas connaître l’ensemble des informa-
tions confidentielles de la société qu’ils dirigent. Il y a aussi des « initiés de fait,
de seconde main (secondaires) »287. Ils sont informés ponctuellement ou par
286
Article modifié par la loi du 26 juillet 2005 ; Cordalie Ambroise –Castérot., Droit pénal
spécial et des affaires, Gualino éditeur Lextenso éditions , Paris 2008, p.470.
287
J.-H. Robert et H. Matsopoulou.,Traité de droit pénal des affaires, PUF, coll. « Droit fon-
damental » ,2004, n° 276.
Catalogue des infractions 191

hasard, du fait de l’exercice de leurs fonctions. Ce sont les employés


d’entreprise (de la société concernée ou d’autres groupes), des agents de
change, des journalists financiers etc..Toute personne peut devenir en fonction
des circonstances, un initié.
c)Les comportements incriminés
Deux types de comportements peuvent être réprimés : d’une part l’utilisation
des informations privilégiées , et d’autre part, la communication de ces infor-
mations.
1.Le délit d’utilisation d’information privilégiée. Est ici prohibé le fait
pour l’initié de réaliser des opérations boursières directement lui-même ou par
personne interposée. Le délit peut donc être réalisé par l’initié primaire, l’initié
secondaire, mais également par un tiers puisque si l’initié communique des
informations confidentielles à un tiers -- ce qui est en soi un délit Ŕ et que ce
tiers les utilise (en spéculant en bourse ) l’infarction est constituée. L’opération
illicite doit, d’une part, être réalisée sur un marché réglementé et, d’autre part,
elle n’est interdite que tant que le public n’a pas connaissance des informations
confidentielles.
2. Le délit de communication d’information privilégiée. Il est le fait pour
une personne disposant dans l’exercice de sa profession ou de ses fonctions
d’une information privilégiée de la communiquer à un tiers en dehors du cadre
normal de sa profession Il s’agit de se livrer à des confidences , des bavardages
mondains, en violation du devoir de discrétion. L’infraction est caractérisée,
quelle que soit la réaction du tiers, que celui-ci profite ou non de la confidence.
d)L’intention
Les comportements incriminés doivent être, bien enetendu, intentionnels.La
conscience de violer les règles du marché suffit. La fonction occupée par la
personne poursuivie suffit grandement à le démonter.

141. Délits de presse

I. Définition

Les délits de presse sont des infractions sui generis commises par voie
de presse écrite ou audiovisuelle (article 74 de la loi n°96-002 du 22 juin 1996
fixant les modalités de l’exercice de la liberté de la presse) par les profession-
nels de la presse, les entreprises de presse, les personnes physiques ou morales
concernées par des écrits ou des messages audiovisuels (article 1er). L’objectif
du législateur est de ramener les usagers de la presse à respecter la loi, l’ordre
publique, les droits d’autrui et les bonnes mœurs.
192

Outre les infractions et sanctions prévues au code pénal ordinaire pour


les infractions de droit commun (imputations dommageables et calomnieuses,
injures, etc.) auxquelles il s’expose, le professionnel de la presse peut com-
mettre des infractions et encourir des peines que prévoit spécialement le légi-
slateur, en cas de délit de presse288 .
Seront punis, comme complices d’une action qualifiée infractionnelle confor-
mément aux articles 22 et 23 du code pénal, livre I, tous ceux qui, soit par des
discours, écrits, imprimés, dessins, gravures, images, peintures, emblèmes ou
tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image, vendus, distribués, dif-
fusés ou exposés dans les lieux ou réunions publics, auront directement incité
l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie
d’effet (Article 76 de la loi précitée).
Seront punis conformément aux dispositions de cet article 76 :
- ceux qui auront directement incité au vol, au meurtre, au pillage, à
l’incendie, à l’une des infractions contre la sûreté extérieure et intérieure de
l’Etat y compris dans le cas où cette incitation n’a pas été suivie d’effet ;
- ceux qui auront directement incité à la discrimination, à la haine ou à la
violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes, en raison
de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une
ethnie, une nation, une race, une idéologie ou une religion déterminée ;
- ceux qui auront fait, par l’un des moyens énoncés ci-dessus, offense à la
personne du Chef de l’Etat ;
- ceux qui auront, par l’un des moyens énoncés à l’article 76, incité les
membres des forces armées et des services de l’ordre, dans le but de les
détourner de leurs devoirs (article 77).
Seront punis, pour trahison, ceux qui, en temps de guerre, ont par les moyens
cités à l’article 76 :
- incité les forces combattantes à passer au service d’une puissance étrangère ;
- sciemment participé à une entreprise de démoralisation de l’armée ou de la
population dans le but de nuire à la défense nationale ;
- livré (directement ou indirectement) à une puissance étrangère, un rensei-
gnement, document ou procédé qui doit être tenu secret, dans l’intérêt de la
défense nationale (Article 78).
Au risque de tomber sous le coup de l’infraction à la présente loi, il est in-
terdit :

288
NIEMBA LUBAMBA Vincent-David. , « La répression des délits de presse en droit pénal
congolais » in Justice et ordre public, publication de l’Institut de Formation et d’Etudes Poli-
tiques sous la direction de Lukieni Lu Nyimi et Masiala Muanda, Kinshasa 1999, p.151.
Catalogue des infractions 193

1° de publier les actes d’accusation et tous actes de procédure judiciaire avant


qu’ils n’aient été lus en audience publique ;
2° de divulguer les délibérations des cours et tribunaux. Il en est de même des
informations sur les travaux et les délibérations du Conseil Supérieur de la
Magistrature sans l’autorisation du Conseil lui-même ;
3° de reproduire la photographie, dessins ou portraits de tout ou partie des
circonstances des crimes de sang, des crimes ou délits tournant aux mœurs,
sauf demande expresse du chef de la juridiction saisie du cas. Cette interdic-
tion s’applique également à toute illustration concernant le suicide des mi-
neurs, sauf autorisation écrite du Procureur de la République ;
4° d’enregistrer, de fixer ou de transmettre la parole ou l’image aux audiences
des cours et tribunaux, sauf autorisation du chef de la juridiction. Il en est
de même pour les procès en diffamation lorsque les faits incriminés concer-
nent la vie privée des personnes ;
5° de publier ou de diffuser des informations sur un viol ou sur un attentat à la
pudeur en mentionnant le nom de la victime ou en faisant état de rensei-
gnements pouvant permettre son identification, à moins que la victime n’ait
donné son accord écrit ;
6° d’ouvrir ou d’annoncer publiquement des souscriptions ayant pour objet de
payer des amendes, frais et intérêts prononcés par des condamnations judi-
ciaires sous peine des poursuites (Article 79).

De ce qui précède, la diffusion d’informations, même exactes, est interdite289


.
Les infractions prévues à l’article 79 ainsi que tous les délits de presse non ex-
pressément assortis de sanctions précises sont punis. La sanction est au maxi-
mum de quinze jours de servitude pénale et d’une amende ou d’une de ces
peines seulement, à moins que les faits ne soient constitutifs d’une infraction
passible de peines fortes (article 81).

L’auteur d’une diffusion ou d’une émission contraire à la loi, à la tranquillité


et à l’ordre public ainsi qu’aux bonnes mœurs est passible des peines. Ces der-
nières sont prévues par la loi, sans préjudice de dommages intérêts auxquels le
fait commis peut donner lieu, notamment à la constitution des sociétés com-
merciales et à la concurrence déloyale ;
En cas de récidive, l’entreprise de radio diffusion sonore et de télévision, de
la station fautive concernée se verra retirer sa licence d’exploitation. L’organe
compétent, pour ce faire , est le tribunal de grande instance compétent, à la
demande du membre du gouvernement ou de l’éxécutif provincial (art. 82).
289
CFPJ (Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes). , « Les droits et les
devoirs du journaliste ». Textes essentiels, co-édition : Presse et formation /les éditions du
CFPJ, Ecole Supérieure du Journalisme de Lille, 1992, p.13.
194

Sans préjudice des poursuites judiciaires, le membre du gouvernement ou de


l’éxécutif provincial peut :
a) requérir la saisie des documents, films ou vidéo cassettes ;
b) interdire la diffusion d’une ou de plusieurs émissions incriminées ;
c) suspendre une station de la radio diffusion sonore ou de la télévision pour
une période n’excédant pas 3 mois, notamment dans les cas de :
- refus de diffuser un droit de réponse, une réplique ou une rectification
conformément au prescrit de cette loi ;
- diffusion des documents, films ou vidéo cassettes contraires aux lois, aux
bonnes mœurs et à l’ordre public.
L’auteur d’une diffusion ou d’une émission contraire à la loi ou à l’ordre
public (art 83) ou aux bonnes mœurs, est passible de peines prévues par la loi
(art 84).
En cas d’urgence dictée par les exigences de l’ordre public, les autorités admi-
nistratives compétentes sont habilitées à prendre des mesures conservatoires.
Elles peuvent interdire d’émettre et de diffuser une émission ou un programme
incriminé, à condition d’en informer , dans les 48 heures, par avis motivé le
tribunal de grande instance du ressort qui prononce la confiscation (art. 85).
Outre ces dispositions répressives, la loi sur la presse contient aussi diverses
dispositions. Celles-ci prévoient des pénalités qui frappent les professionnels de
la presse lorsqu’ils commettent des faits répréhensibles, notamment en cas de :
- refus de publication d’un droit de réponse (arts. 42 et 43) ;
- refus de déclaration de son activité à l’autorité administrative compétente
prévue à l’article 46 (art. 47) ;
- diffusion d’une émission ou d’une diffusion contraire aux prescrits de la loi
(art. 65).

II. Responsabilité pénale

La responsabilité des professionnels de la presse est réglée aux articles 28


et suivants du chapitre I, section 3 du titre 2 de la même loi n°96-002 du 22
juin 1996.
A titre principal, pourront être punis dans l’ordre suivant :
1. l’auteur de l’article ;
2. à défaut de l’auteur, le directeur de publication ou l’éditeur ;
3. l’imprimeur lorsque, ni l’auteur, ni le directeur de la publication, ni
l’éditeur ne sont connus.
Lorsque le directeur de la publication et le propriétaire forment une seule et
même personne, celle- ci est :
1° pénalement responsable du non respect des conditions requises pour la pu-
blication d’un journal ou écrit périodique ;
2° pénalement responsable du contenu du journal ou écrit périodique ;
Catalogue des infractions 195

3° civilement responsable, solidairement avec l’auteur de l’écrit, des condamna-


tions prononcées contre le journal ou contre l’écrit périodique.
Lorsque le directeur de la publication n’est pas propriétaire, le propriétaire
est civilement responsable. Il est civilement responsable solidairement avec le
directeur de la publication et l’auteur de l’écrit, des condamnations prononcées
contre le journal ou contre l’écrit périodique (art. 30).

III. Droit de réponse, rectification et rétractation

a)Le droit de réponse


1. Le droit de réponse dans la presse écrite
Toute personne doit pouvoir, lorsqu’elle est citée dans un journal ou dans
un écrit périodique nominativement ou indirectement, faire insérer une ré-
ponse ou une rectification290 . Cette insertion est obligatoire et gratuite à la
même place et dans les mêmes caractères. Toutefois, les termes d’une réponse
ne doivent pas être contraires à l’ordre public, aux lois et aux bonnes mœurs.
2. Le droit de réponse à la radio ou à la télévision
Le demandeur précise les imputations sur lesquelles il désire répondre. Cette
réponse ne peut excéder la durée réelle de l’imputation à laquelle on veut ré-
pondre.
b) Le droit de rectification
1. Le droit de rectification consécutif à la diffusion des actes des déposi-
taires de l’autorité.
Ce droit se limite à redresser les actes des dépositaires de l’autorité pu-
blique accomplis dans l’exercice de leurs fonctions et qui ont été inexactement
rapportés par un journal ou périodique. Cette rectification ne doit pas dépasser
le double de l’article auquel elle répond ;
2. Le droit de rectification consécutif à la diffusion des actes de dépositaires
de l’autorité à la radio ou à la télévision.
Si ,dans l’exercice de leur fonction, les actes des dépositaires de
l’autorité ont été diffusés de façon inexacte, le droit de faire diffuser une recti-
fication se limitera à redresser les faits, paroles, images, inexactement diffusés.
c) La rétractation des écrits diffamatoires
Elle consiste à revenir sur ce qu’on a écrit dans un bref délai. Néan-
moins, la rétractation n’efface pas les infractions résultant de la publication, car
le préjudice subsiste. La rétractation qui, dès lors , constitue une circonstance
atténuante laisse subsister l’infraction de diffamation.

290
NZANGI BATUTU (M). , « La diffamation et l’injure dans les médias », Collection Informa-
tions juridiques, Kinshasa, janvier 1997, p.24.
196

IV. Tribunal compétent

a. Matériellement
En matière de délit de presse, la compétence matérielle revient à
l’instance compétente pour l’infraction commise, ce, conformément aux pres-
crits des articles 86, 91 et 96 du code de l’organisation et de la compétence
judiciaires.
b. Territorialement
La compétence territoriale du tribunal répressif est fixée par l’article
104 du code de l’organisation et de la compétence judiciaires. Pour les articles
de presse rédigés en vue de leur diffusion à un large public291 , qui franchissent
les frontières nationales, il va de soi que la distribution et la publication réali-
sent tant sur le territoire national qu’à l’étranger l’élément de publicité exigé par
l’article 74 du code pénal.
Le problème ne reste pas moins délicat lorsqu’il s’agit de la répression
du délit de presse, car la publicité est faite en tous lieux où le journal a été pu-
blié, vendu ou exposé, et l’infraction commise en tous ces endroits. Le délin-
quant doit répondre de son fait partout où son article a sapé l’honneur et la
considération de l’individu diffamé, par exemple, et dès lors il doit être réparé
partout. N’a-t-il pas été jugé que le délit d’imputation dommageable est réalisé
partout où a été vendu et publié l’écrit litigieux292 ? Pour Georges Mineur, les
tribunaux congolais sont compétents pour connaître de l’infraction de diffama-
tion ou d’injures contenues dans un journal publié à l’étranger et diffusé au
Congo293 .
S’il est légitime et salutaire pour un journaliste d’assumer pleinement un
regard critique dans le traitement de l’information, il lui faut, toutefois, faire
preuve de vigilance dans l’exercice de celui-ci. La désinformation constitue une
véritable stratégie de conquête des esprits par le mensonge et requiert un haut
degré de préméditation294 .

142. Déni de justice


Il y a déni de justice lorsque le magistrat refuse de procéder aux devoirs de
sa charge ou néglige de juger les affaires en état d’être jugées. Le constat en est
fait par deux sommations faites par l’huissier au magistrat concerné à huit jours
d’intervalle au moins (article 59 ordonnance-loi n° 82-017 du 31 mars 1982)295 .

291
KILENDA KAKENGI BABITA, in Le Bulletin juridique n°2, avril 1989, pp 3 et 4.
292
Tripaix pont Kasa-vubu, jugement R.P10 427, 14 avril 1988, inédit.
293
Georges Mineur. , op.cit., p.179 et suivants.
294
Corr. Dinant ,20 avril 2004 p.799 in Revue de jurisprudence de Liège ,Mons et Bruxelles
e
,31 décembre 2004, 110 me année ,Hebdomadaire p.1932.
295
C’est l ‘ordonnance – loi relative à la procédure devant la Cour Suprême de Justice.
Catalogue des infractions 197

S’agissant du refus de remplir un devoir de sa charge, il vise, non seule-


ment les affaires en état, mais également les requêtes en vue d’obtenir une or-
donnance de juridiction gracieuse ainsi que les actes nécessaires au Ministère
public. Il faudrait pour cela un refus caractérisé, persistant après les deux mises
en demeure prescrites par la loi. Il est jugé que viole les formes substantielles
prévues par la loi et la coutume, le tribunal qui ne statue pas sur l’objet réel de
la demande296 .
Il faut, en premier lieu, que le juge ait refusé soit de statuer, sous prétexte
du silence ou de l’obscurité de la loi, soit de répondre à une requête présentée,
ou de juger les affaires en état, et en cours d’être jugées.
En second lieu, le juge doit avoir été mis en demeure de statuer par deux
sommations faites par l’huissier. Enfin, le juge a dû recevoir un avertissement
de ses chefs hiérarchiques. Il est de jurisprudence constante que sont coupables
de déni de justice les juges qui, en dépit de deux sommations, d’une part n’ont
accompli aucune démarche, soit pour refixer la cause qui était pendante devant
leur siège en passant par le greffe, soit pour faire savoir aux parties qu’il leur
incombait de contacter le greffier de leur juridiction pour faire revenir l’affaire
ainsi que l’exige l’article 69 du code de procédure civile , et d’autre part, après
avoir décidé d’office la surséance en vertu du principe « le criminel tient le civil
en état », n’ont rien fait pour s’enquérir auprès des autorités du Ministère pu-
blic , afin de connaître l’issue de l’action répressive qui avait justifié la sur-
séance297 .
Le déni de justice peut être commis, soit par des juges proprement dits,
tant en matière civile qu’en matière répressive, soit par les magistrats du par-
quet. L’Etat est civilement responsable des condamnations aux dommages
intérêts qu’il encourt. Si le magistrat a été poursuivi avec légèreté ou mauvaise
foi, le requérant sera condamné aux dommages intérêts pour procès téméraire
et vexatoire.

143. Dénonciation calomnieuse


La dénonciation calomnieuse est le fait de porter, à la connaissance d’une
autorité judiciaire, d’un fonctionnaire chargé de saisir cette autorité, un fait que
l’on sait être faux et qui s’il était vrai, est de nature à provoquer des sanctions
pénales contre une personne déterminée298 .

296
Parquet Lwalaba , 22 octobre 1951, J.T.O. , n°29, p.155, a.n.
297
C.S.J., R.P.P.2, 4/ 7/1980, Inédit.
298
Tribunal de paix de Lubumbashi/ Kamalondo. , 24 janvier 1997, inédit.
198

I. Eléments constitutifs
L’infraction prévue par l’article 76 du code pénal livre II requiert à la fois un
élément matériel et un élément moral qui, s’ils sont réunis, sont susceptibles
d’entraîner la répression.
a) Eléments matériels
L’acte de dénonciation. La dénonciation peut être effectuée , selon l’article
76, par tout moyen.Peu importe la forme, donc , qu’elle soit orale ou écrite, ce
qu’elle sera le plus souvent(lettre anonyme, plainte signée, etc.). Peu importe
également que la victime de la dénonciation soit clairement nommée ou qu’elle
soit seulement identifiable299, qu’elle soit une personne physique ou une per-
sonne morale300 : dans tous les cas l’infraction est constituée.
1. Une accusation déterminée par écrit ou verbale à l’autorité judiciaire ou à un
fonctionnaire public sous forme de plainte ou de procès-verbal. Elle est
adressée à l’autorité à laquelle les faits ont verbalement été relatés ;
2. L’accusation doit être portée contre une personne déterminée. Si la per-
sonne (la victime) n’est pas expressément désignée, il suffit qu’il y ait assez
d’indications pouvant l’identifier ;
3. L’accusation doit être spontanée301, c’est-à-dire formulée sans aucune invita-
tion. Si elle est provoquée avec invitation par un interrogatoire auprès de
l’officier de police judiciaire, de l’officier du Ministère public, du juge, d’une
autorité publique ou par une audition en qualité de témoin, elle n’est plus
spontanée et donc non constitutive de l’infraction. A défaut de spontanéité,
c’est-à-dire si la dénonciation résulte , par exemple, de l’exécution d’un de-
voir de rapport à l’autorité hiérarchique ou d’une obligation professionnelle,
l’infraction n’est pas constituée ;
4. La dénonciation doit imputer un fait à une personne qui est susceptible
d’avoir de graves répercussions sur elle : le fait doit être de nature à entraî-
ner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires ;
5. La dénonciation doit être faite aux autorités judiciaires ou aux fonction-
naires qui ont le devoir de saisir l’autorité judiciaire.
Une dénonciation à l’autorité compétente. Les autorités compétentes
sont les officiers de justice, les autorités administratives ou judiciares. Par
exemple, sont autorités judiciaires les magistrats civils et militaires du parquet
et du siège, les officiers de police judiciaire. Sont autorités administratives les
fonctionnaires ayant le devoir de saisir l’autorité judiciaire. Par exemple, les
membres du gouvernement, l’éxécutif provincial, les secrétaires généraux de

299 e
M. Véron., Droit pénal spécial, Sirey, 12 édition, 2008, n° 275.
300
Crim.,22 mai 1959, Bull. crim., n° 265.
301
Crim.,16 octobre 1969, Bull. crim.,n° 254.
Catalogue des infractions 199

l’administration, les mandataires de l’Etat, les ambassadeurs, les officiers de


l’armée et de la police etc.
6. Le fait dénoncé doit être mensonger, faux ou une accusation réelle fausse-
ment imputée à une personne qui n’en est pas l’auteur. La fausseté des
faits dénoncés. Le fait dénoncé doit être « totalement ou partiellement
inexact ». Le caractère mensonger peut s’apprécier, d’une part à l’aune de la
vérité judiciare. C’est le cas lorsque la fausseté du fait dénoncé résulte néces-
sairement de la décision, devenue définitive , d’acquittement, de relaxe ou
declarant que la réalité du fait n’est pas établie ou que celui-ci n’est pas im-
putable à la personne dénoncée. Ainsi, en présence d’une de trois décisions
judiciaires mentionnées302 , le juge saisi de la dénonciation calomnieuse doit
se plier, son jugement devant respecter l’autorité de la précedente décision.
Il importe peu que la relaxe(ou l’acquittement ) soit prononcée « au béné-
fice du doute »., c’est une décision qui permet de constater la fausseté des
fauts dénoncés. J’estime néanmoins pour ma part qu’en présence d’une
transaction ou d’une plainte classée sans suite, le juge n’est pas lié, car de
telles décisions n’impliquent pas la fausseté des faits dénoncés.
Et si les faits objets de la dénonciation sont prescrits, les juges doivent ce-
pendant apprécier la pertinence des accusations, ainsi que la mauvaise foi de
l’auteur : le constat de l’acquisition de la prescription relative aux faits dé-
noncés ne permet pas d’entraîner ipso facto une condamnation pour dé-
nonciatioon calomnieuse.
7. La jurisprudence reconnaît que l’infraction de dénonciation calomnieuse
suppose que soit établie préalablement la fausseté des faits dénoncés ; dès
lors, n’établit pas cet élément la motivation du jugement qui se borne à ap-
précier les faits par un raisonnement à caractère hypothétique303 . Il a été ju-
gé que lorsque le fait dénoncé s’est révélé faux, le prévenu l’a certainement
fait dans l’intention de nuire304 ; que lorsque il appert des éléments du dos-
sier notamment d’un jugement RPA 1996 que la partie civile poursuivie
pour recel a été acquittée, le tribunal retiendra l’infraction de dénonciation
calomnieuse à charge du prévenu et l’en condamnera quant à ce305 ;
L’autorité judiciaire compétente, pour déclarer le fait dénoncé faux ou men-
songer, est le juge saisi de l’action. Le refus de poursuivre du Procureur ne peut
justifier l’application de l’article 76 du code pénal livre II ; une décision de

302
A la condition que la décision soit devenue définitive.
303
C.S.J., RP 93, 04 juillet 1975, B.A 1976, p.168.

304
Tribunal de grande instance de Bukavu, R.P 5944, 23 juin 1989, Ministère public et partie
civile Byumanine Ochidose contre le prevenu Selemani Songa, inédit.
305
Tribunal de paix de Lubumbashi/ Kamalondo . , 24 janvier 1997, inédit.
200

classement sans suite qui n’établit pas la fausseté des faits dénon-
cés n’autorisera pas la victime à saisir le juge.

b) Elément moral
La dénonciation calomnieuse est une infraction intentionnelle qui
requiert donc la mauvaise foi de l’agent. Le dénonciateur doit connaître la faus-
seté totale ou partielle de ses allégations. Volontairement, il a dénaturé ou exa-
géré les faits, peut-être pour se rendre intéressant. Tout compte fait, il connaît
la fausseté des faits qu’il allègue. Il a été jugé qu’un jugement qui retient, dans le
chef du prévenu, l’infraction de dénonciation calomnieuse sans établir
l’élément moral du délit, alors que celui-ci requiert, outre la connaissance par
l’agent des faits incriminés, l’intention de nuire n’est pas légalement motivé et
doit être cassé306 . De même, l’intention méchante requise à l’article 76 peut
résulter de l’esprit de vengeance qui animait le prévenu, qui cherchait par cette
dénonciation, à se protéger contre les poursuites judiciaires engagées contre
lui307 .
Un travailleur qui, pour se venger de son patron qui vient de mettre fin
à son contrat de travail, s’invite devant le Procureur et déclare que son patron
est pédophile ou trafiquant des drogues, déposer une plainte au tribunal sans
preuves sérieuses, une accusation sans fondement, faite par jalousie ou par
vengeance constituent des exemples de dénonciation calomnieuse.

II. Régime répressif


L’infraction de dénonciation calomnieuse n’est consommée que lorsque
la dénonciation parvient à son destinataire. La poursuite du dénonciateur n’est
pas subordonnée à la plainte de la victime. La victime peut porter plainte ou se
constituer partie civile. Mais l’officier du Ministère public308 peut également se
saisir d’office, sans même que la personne lésée ait porté plainte.

306
C.S.J. , R.P ; 47, 4 avril 1973, B.A. 1974, p.91.
307
C.S.J., 12 août 1988, RPA 144, aff. M.P. c/ MUNYOLOLO.
308
Dans le cadre des poursuites, le Ministère public a un rôle essentiel quoique non exclu-
sif. C’est lui qui met en mouvement l’action publique et en suit le développement. Peu im-
porte qu’il y ait ou non plainte de la partie victime ou lésée. Dès qu’il réunit les éléments de
preuve à charge du prévenu, il le défère devant le juge répressif. Après examen et instruc-
tion à l’audience, le juge prononce soit la condamnation si les faits sont établis en se con-
formant à la loi, soit l’acquittement dans le cas contraire. Au sujet de la preuve, il faut souli-
gner qu’elle peut être matérielle, consister en des témoignages, en indices et même en
présomptions du fait de l’homme pourvu que ces dernières soient graves, précises et con-
cordantes. Il sied néanmoins de préciser qu’en matières répressives, il n’existe point
d’hiérarchisation de preuves comme en matières civiles, la seule preuve qui lie le juge ré-
pressif étant son intime conviction. Le Ministère public ne peut dans certains cas, exercer
les poursuites sans :
Catalogue des infractions 201

a) Texte incriminateur et pénalités


L’article 76 du code pénal livre II sanctionne l’infraction de dénoncia-
tion calomnieuse. La peine est de cinq années maximum de servitude pénale et
d’une amende. Toutefois, le juge a la latitude d’infliger à l’auteur de la dénon-
ciation calomnieuse une seule de ces peines.

b) La prescription de l’action publique


La prescription de l’action publique relative à l’infraction de dénoncia-
tion calomnieuse court du jour où la dénonciation est parvenue à l’autorité
judiciaire et non du jour où la fausseté des faits dénoncés est établie309 . Mais
elle est suspendue pendant la procédure tendant à en démontrer la fausseté. La
prescription de la peine est du double de la peine prononcée sans que celui-ci
(double de la peine prononcée) ne soit inférieur à deux ans.

c) La dénonciation calomnieuse
L’infraction de dénonciation calomnieuse est de la compétence matérielle
du tribunal de paix. Le jugement sur la fausseté du fait dénoncé est un préa-
lable au jugement de l’action en dénonciation calomnieuse.

144. Denrées alimentaires


En matière de fabrication et de commerce de denrées alimentaires, le législa-
teur a érigé en infractions plusieurs comportements (Décret du 26 juillet 1910).
Parmi les comportements interdits figurent :
- la falsification des denrées alimentaires (art.1er, 1°) ;
- la vente, la détention des denrées alimentaires falsifiées (art.1er, 2°) ;
- la vente, la détention des denrées alimentaires déclarées nuisibles par une loi
ou un règlement de l’autorité compétente (art.1er, 3) ;
- la vente ou l’exposition en vente des denrées alimentaires gâtées ou cor-
rompues (art.2)310 ;

- la plainte de la victime comme il en est en matière des infractions d’adultère, de grivèle-


rie…
- la demande expresse de la Banque Centrale du Congo pour les infractions à la réglemen-
tation de change.

309
LIKULIA BOLONGO ; op.cit., p.250.
310
La circonstance d’avoir vendu des grains sans cacher qu’ils fussent avariés, n’est pas
er
une raison de justification, pour l’infraction prévue par l’article 1 , 2° du décret du 26 juillet
1910, car l’infraction ne consiste pas dans le fait d’avoir trompé l’acheteur, mais bien dans le
fait d’avoir exposé en vente et vendu des denrées alimentaires gâtées(App.Elis., 14 sep-
tembre 1915, RDJC 1915, p. 34).
202

- la vente, la détention, l’exposition pour la vente sans intention frauduleuse


des substances alimentaires quelconques falsifiées (art.3).

I. Eléments constitutifs

Les faits illicites en matière de fabrication et de commerce des denrées


alimentaires devront comprendre, pour être établis en fait comme en droit, les
éléments matériel et intentionnel.

a)L’élément matériel
L’élément matériel s’entend d’un des actes ou comportements répré-
hensibles décrits posé par le coupable.

b)L’élément moral
L’élément moral sera reconnu chaque fois qu’une intention frauduleuse
est susceptible d’être prouvée dans le chef de l’auteur du fait interdit.

II. Pénalités

Les infractions en matière de fabrication et de commerce des denrées


alimentaires sont définies. Elles sont punies par le décret du 26 juillet 1910311 .
La falsification des denrées alimentaires, la vente, la détention des denrées falsi-
fiées, la vente, la détention des denrées déclarées nuisibles par une loi ou un
règlement de l’autorité compétente (art.1er, 1°,2° et 3°) sont chacune punies de
six mois de servitude pénale au maximum et d’une amende ou d’une de ces
peines. La vente ou l’exposition en vente des comestibles gâtés ou corrompus
(art.2) est punie. La peine prévue est d’une servitude pénale de trois mois au
maximum et d’une amende ou d’une de ces peines.
Dans les cas prévus aux articles 1, 2 et 3, les denrées, boissons, subs-
tances alimentaires falsifiées, nuisibles, la vente, l’exposition, la détention des
comestibles, boissons, denrées ou substances alimentaires quelconques falsi-
fiées sans intention frauduleuse sont punies. La sanction est d’une servitude
pénale de sept jours au maximum et d’une amende ou d’une de ces peines. Au
cas où le juge constate qu’aucune faute n’est imputable au prévenu, il pourra
prononcer seulement la confiscation des denrées falsifiées.
Dans les cas prévus aux articles 1, 2 et 3, les denrées, boissons, subs-
tances alimentaires falsifiées, nuisibles, gâtées ou corrompues trouvées en pos-
session du coupable seront saisies et confisquées. Dans les cas prévus aux ar-

311
B.O., p.657, Codes Larcier R.D.C, Tome III, Droit Commercial et Economique, vol 2-Droit
Economique, Larcier-Afrique Editions 2003, p.817.
Catalogue des infractions 203

ticles 1et 2, le tribunal pourra ordonner que le jugement soit affiché dans les
lieux désignés pendant un délai n’excédant pas un mois.

145. Déplacement ou rétention illicite de l’enfant à l’étranger


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-16.

146. Déportation
Voir Travail obligatoire des civils, n°555.

147. Désarmement ou démoralisation de la troupe


L’infraction de désarmement ou démoralisation de la troupe est définie.
C’est le fait pour tout militaire ou assimilé de désarmer ou de démoraliser la
troupe en répandant la peur ou en causant la panique, le désordre et la confu-
sion, ce, pendant les circonstances exceptionnelles.

a) Base légale et répression


L’infraction de désarmement ou démoralisation de la troupe est prévue et
sanctionnée par l’article 59 du code pénal militaire. La peine est de cinq à vingt
ans de servitude pénale. En cas de gravité de l’infraction et de ses effets, le tri-
bunal peut prononcer la servitude pénale à perpétuité ou la peine de mort. Si le
coupable est, dans tous les cas, un officier, le juge prononce, en outre, la desti-
tution.

b) Conditions préalables
Pour que l’infraction de désarmement ou démoralisation de la troupe
s’établisse, deux préalables s’imposent.
1. La période exceptionnelle
L’infraction de désarmement ou démoralisation de la troupe ne peut être
commise que pendant une période exceptionnelle. D’une part, l’infraction sera
caractérisée au moment des graves menaces d’agression armée ou d’invasion,
de déploiement des forces ennemies aux frontières nationales… bref, le mo-
ment immédiatement antérieur à une guerre. D’autre part, l’infraction ne se
commet que pendant la guerre, la période des hostilités, d’occupation effective
de l’espace géographique national par les forces ennemies au mépris des ins-
truments juridiques internationaux. Enfin, elle se commet au moment d’une
opération de police tendant au maintien ou au rétablissement de l’ordre public.
2. La qualité de l’agent
204

L’auteur de l’infraction ne peut être qu’un militaire ou assimilé. La personne


dont la mission consiste à veiller à la subsistance pacifique ainsi qu’à l’intégrité
de l’Etat congolais 312 .

c) Eléments proprement constitutifs


Outre les préalables ci-haut évoqués, la réalisation de la prévention de dé-
sarmement ou démobilisation de la troupe suppose la réunion des éléments
constitutifs ci-dessous :
1. Les actes matériels
Des actes matériels de désarmement ou de démobilisation. Par désarmement,
il faut entendre toute dépossession illégitime, toute réduction ou tout affaiblis-
sement des moyens de défense dont disposent les troupes loyales engagées dans
les hostilités. Il s’agit d’hostilités en vue de la sauvegarde de la superficie natio-
nale et des attributs de souveraineté de la patrie. L’acte du prévenu doit tendre à
mettre en déroute des troupes régulières quelle que soit leur détermination. Par
exemple, affaiblir les moyens de défense. Ainsi, subira les peines dues à cette
infraction l’agent qui, croyant que la suppression du courant électrique dans une
région affaiblirait les moyens de défense de son pays, mettrait hors d’usage
l’usine centrale ou celui qui ferait sauter un pont sur la route parce qu’il croit que
des troupes armées se trouvant dans son voisinage pourraient s’en servir313 .
Par démoralisation, il faut entendre le fait de décourager, de démotiver ou
d’ébranler moralement.. C’est un acte d’ébranlement de la foi des troupes dans
leurs capacités de résister aux forces ennemies ou de les vaincre en cas
d’affrontements armés. Il a été jugé que se rendra coupable de démobilisation
de la troupe, un élément d’un bataillon opérationnel qui, après s’être retranché
seul dans la forêt non loin d’une position armée, simule une attaque surprise
des forces ennemies en tirant des rafales à la hauteur des compagnons d’armes,
contraints d’abandonner immédiatement la position, d’autant plus que cet
agent rusé, ressorti en catastrophe de son isoloir, crie au débordement de ladite
position par les assaillants314 .
2. Les actes de réalisation de l’infraction répandus par l’agent.
Les actes ne sont pas limités par la loi. Il en est ainsi du fait de répandre la
peur, la panique, le désordre et la confusion au sein des troupes. Divers
moyenspeuvent être utilisés : à travers une causerie, s’il s’agit d’un chef mili-
taire, par une annonce tapageuse d’un péril imaginaire, par des tracts annonçant
la débandade supposée de membres de l’Etat Major Opérationnel, par des af-
fiches mensongères d’une infiltration ennemie, par l’administration des breu-
vages enivrants aux troupes à l’approche des assaillants etc.

312
Laurent MUTATA LUABA., op.cit. , p.113.
313
Commentaire du code pénal congolais, 2ème éd. Bruxelles 1953, p.395.
314
COM Wenga (Basankusu), 21 décembre 1999, in Laurent MUTATA LUABA, op. cit.,
p.115.
Catalogue des infractions 205

3. L’élément intellectuel
L’élément intellectuel consistant dans la connaissance du caractère illégal de
l’acte posé et dans la matérialisation d’une manière délibérée et consciente.

148. Désertion
La désertion est une infraction purement militaire. Elle consiste en une
absence non autorisée, telle que, par sa durée ou les circonstances qui
l’entourent, elle équivaut à la rupture du lien qui rattache le militaire à la hiérar-
chie. La désertion est la plus fréquemment commise des infractions propre-
ment militaires. Le fait, pour un militaire, d’abandonner son corps sans esprit
de retour constitue le délit de désertion315 .
Les articles 44 à 52 du code pénal militaire sont la base légale de la désertion.
En temps de paix, la sanction est de deux mois à dix ans de servitude pénale.
En temps de guerre, d’état de siège, d’urgence ou d’opération, la peine de servi-
tude pénale à perpétuité ou la peine de mort est d’application.

I. Eléments constitutifs
La réalisation de la désertion exige la réunion de trois éléments, à savoir la
qualité de militaire, la rupture définitive de ses liens avec l’armée et l’intention
coupable.
a)La qualité de militaire pour l’agent
La désertion est une infraction continue. Le déserteur conserve sa qualité de
militaire. Il reste totalement soumis à la rigueur de la loi militaire pour toute
délinquance dont il pourrait être responsable.
b)La rupture définitive de ses liens avec l‘armée
La présomption légale découle des délais de grâce clairement déterminés. La
rupture des liens dans le chef du militaire est présumée sept jours au moins
après le constat de son absence.
c)L’intention délictueuse
La responsabilité morale de l’agent pour la consommation de l’infraction
réside dans le dol général : la résolution de rompre ses liens avec l’armée ou
celle d’abandonner son service sous le drapeau et de se soustraire définitive-
ment à ses obligations militaires.
Il y a désertion d’un militaire :
- après six jours d’absence, sans autorisation de son corps, du détachement,
de la base ou formation, de son établissement, de l’hôpital où il est en trai-
tement ;

315
Idem .
206

- douze jours après expiration de la mission, du congé ou de la permission


sans se présenter au corps, au détachement, à la base ou formation ou à
l’établissement fixé pour l’arrivée ou le retour en cas de voyage ;
- après absence sans permission sur le territoire de la République au moment
du départ pour une destination hors du territoire.
En temps de guerre, d’état de siège ou en cas d’état d’urgence, lors d’une
opération de maintien ou de rétablissement de l’ordre public les délais seront
réduits de deux tiers. Il a été jugé qu’il peut y avoir désertion, non seulement
lorsque le militaire a quitté les rangs pour se soustraire au service, mais encore
lorsqu’il a voulu simplement s’absenter du corps auquel il était attaché ou a
quitté le corps dans le but de changer de garnison alors que cette faveur lui a
été refusée316 .
Notons que l’on distingue la désertion simple, avec complot, à l’étranger, à
bande armée et en présence de l’ennemi. La provocation à la désertion, et le
recel de déserteur sont également définis et réprimés.

II. Autres désertions


La désertion à bande armée. Elle est prévue par l’article 49 du code pé-
nal militaire. Par bande armée, il faut entendre un groupe de plus de deux mili-
taires dont l’un, au moins, est porteur d’arme. Pour être réalisée, la désertion à
bande armée suppose l’existence d’une bande armée, l’intégration de ladite
bande par l’agent. Cette intégration doit être libre et consciente. Tout militaire
ou assimilé, qui déserte à bande armée sera puni de dix à vingt ans de servitude
pénale principale.
La désertion à l’étranger. Elle est prévue par l’article 48 du code pénal
militaire.
En temps de paix, la désertion à l’étranger est punie de la servitude pénale dont
le taux varie entre un et cinq ans. En temps de guerre ou pendant les circons-
tances exceptionnelles, la peine prévue est la servitude pénale à perpétuité ou
même la peine capitale.
La désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi. Elle est pré-
vue par l’article 50 du Code Pénal Militaire. Pour être établie, il faut
l’existence d’un ennemi, la qualité requise et l’élément moral.
S’agissant de la qualité requise, il y a le militaire et l’assimilé, mais aussi toute
personne qui fait partie de l’équipage d’un aéronef ou navire militaire. Quant à
l’élément moral, il ne suffit pas que l’agent ait intégré les rangs de l’ennemi ou
rompu ses liens avec l’armée, il faut également qu’il ait posé l’acte de manière

316
C.G, app 19 janvier 19O1, Jur. Etat I p.113 ; C.G app.25 avril 1901.Jur. Etat p143 ; C.G.
app.5 juillet 1914, jur.Col. 1925, p.246.C.G. app.18 novembre 1901, Jur.Etat I p.162.
Catalogue des infractions 207

délibérée. L’agent coupable de désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi


encourt la peine de mort.
La désertion avec complot. Elle est prévue par l’article 46 du code pénal
militaire. Pour exister, il faut la résolution concertée, arrêtée et la résolution
criminelle doit porter sur la désertion. La désertion doit constituer le but d’une
résolution libre et consciente, débattue et arrêtée par au moins trois agents en
vue de rompre leurs liens avec les forces armées ou les services apparentés.
En temps de paix, la désertion avec complot est sanctionnée de deux à dix
ans de servitude pénale principale. En temps de guerre ou de circonstances
exceptionnelles, la sanction est élevée à la servitude pénale à perpétuité et
même à la peine capitale.
La provocation à la désertion (article 53 du cpm) est punie, en temps de
paix, de deux mois à cinq ans de servitude pénale. En temps de guerre ou pen-
dant les circonstances exceptionnelles, la peine est de cinq à vingt ans de servi-
tude pénale. Si le coupable est officier, la peine de mort est prononcée. En plus
de la servitude pénale, les individus non militaires ou non assimilés à ces der-
niers subiront, en outre, une peine d’amende de 5.000 à 10.000 francs congo-
lais.
Le recel de déserteur (article 54 du cpm). Il concerne tout individu recon-
nu coupable d’avoir sciemment recélé ou soustrait des poursuites un déserteur.
Il est sanctionné, en temps de paix de deux mois à cinq ans et, en temps de
guerre ou pendant les circonstances exceptionnelles, de cinq ans à vingt ans de
servitude pénale. L’auteur peut, en outre, s’il n’est ni militaire ni assimilé être
puni d’une amende de 5.000 à 10.000 francs congolais constants.

Prescription de l’action publique


La désertion constituant une infraction continue, la prescription ne com-
mence à courir que du jour où le délinquant rentre dans les rangs317.

149. Désertion à bande armée


Voir désertion, n° 148.

150. Désertion à l’ennemi ou en présence de l’ennemi


Voir désertion, n° 148.

151. Désertion à l’étranger


Voir désertion, n° 148.

152. Désertion avec complot


Voir désertion, n° 148.
317
C.G.app. 14 octobre 1901, Jur. Etat I, p. 163.
208

153. Désertion simple


Voir désertion, n° 148.

154. Destruction
Les destructions, dégradations et détériorations s’inscrivent dans le cadre
des infractions contre les biens appartenant à autrui. Généralement, elles com-
portent un élément matériel et un élément moral.
a)L’élément matériel
L’élément matériel désigne tout moyen de destruction matérielle. La na-
ture du moyen est indifférente, car elle est définie par rapport au résultat pro-
duit. Il peut s’agir d’un meuble ou d’un immeuble. L’infraction de destruction
ou de dégradation méchante de biens mobilier ne peut être établie s’il n’a pas
été établie l’existence de l’élément matériel de cette infraction, à savoir, le bien
mobilier endommagé318. L’infraction s’applique à la dévastation des récoltes.
Elle peut porter sur les biens meubles de valeur moindre. La gravité du dom-
mage est indifférente, car sont incriminées aussi bien la destruction équivalant à
l’anéantissement du bien, que la dégradation et la détérioration visant à com-
promettre l’usage , à mettre en mauvais état ou à abimer le bien.

b)L’élément moral
L’élément moral se caractérise par la volonté délibérée de détruire le bien.
L’auteur doit avoir connaissance de son défaut de propriété. Il doit être cons-
cient du fait que le bien appartenait à autrui. Lorsque les agissements portent
sur un bien propre, l’auteur du comportement exerce simplement son « abu-
sus » sur sa propriété. Il a été jugé que la destruction des biens appartenant à la
communauté des époux conduit à la qualification de l’infraction319 .

155. Destruction d’actes ou de titres


L’infraction de destruction d’actes ou de titres concerne les fonction-
naires, les agents de l’Etat et toute personne chargée d’un service public. Les
actes ou les titres concernés sont des documents, des écrits qui servent à prou-
ver des droits : un acte de naissance, par exemple.

I. Eléments constitutifs

Pour que l’infraction soit établie, l’agent public doit avoir posé un acte ma-
tériel de destruction, dans une intention méchante. Détruire un document, c’est

318
C.S.J.,10 avril 1976, RP 144, aff. Gema c/ M.P et Kingu, B.A., 1977, p. 92.
319
Crim . , 9 mars 1994, Bull., n°94.
Catalogue des infractions 209

l’anéantir, le réduire à néant et, par ricochet, le faire disparaître. Le lacérer, c’est
le déchirer, le mettre en pièces320.

a)La qualité de fonctionnaire dans le chef de l’auteur


La qualité d’agent public est un élément de l’infraction. Cette qualité est re-
connue, non seulement aux fonctionnaires (personnels des carrières des ser-
vices publics de l’Etat), mais aussi aux personnes chargées d’une mission de
service publique et aux personnes investies d’un mandat électif public(
membres du gouvernement, sénateurs, députés, gouverneurs de province,
maires, bourgmestres), aux personnes ayant un rôle dans le fonctionnement de
la justice (magistrats, greffiers, huissiers, officiers et agents de police), aux fonc-
tionnaires des impôts etc. Ce sont les dépositaires de l’autorité publique

b)L’acte matériel de destruction


C’est soit la destruction ou la suppression (la perte) des actes et titres dont
les fonctionnaires sont dépositaires au titre de leur fonction. Détruire, c’est
démolir, brûler, abîmer, déchirer etc.

c)L’élément moral
La destruction ou suppression doit être faite méchamment dans le but de
causer du tort ou d’en tirer un bénéfice. Sera poursuivi, pour infraction de des-
truction méchante ou frauduleuse commise par un fonctionnaire public prévue
par l’article 145 bis du code pénal livre II, tel que modifié par l’ordonnance-loi
du 12 mai 1968, le greffier d’une juridiction qui détruit et supprime frauduleu-
sement un dossier judiciaire dont il avait la garde321 .
La perte des dossiers dans l’administration, résultat d’une action méchante
ou frauduleuse (et non de la négligence), peut donner lieu aux poursuites. Elle
peut être l’objet des sanctions prévues par l’article 145 bis du code pénal livre
II.

II. Poursuites

L’administration dont relève l’auteur de ces faits et la victime de l’acte


peuvent porter plainte auprès de l’officier de police judiciaire. Elles peuvent
saisir le parquet ou intenter des actions au tribunal. Le parquet également peut
d’office se saisir. La prévention de destruction d’actes ou de titres est prévue
par l’article 145 bis du code pénal livre II. Elle trouve sanction au sein du
même article. Le législateur a été particulièrement rigoureux. Il a réservé la
peine de servitude pénale de deux à vingt ans à tout fonctionnaire qui détruirait
les actes ou titres.

320
Haute cour militaire., RP 001/2004 du 05 octobre, inédit.
321
Kisangani. , 20.8.1970, RJC., 1970, n°3, p.285.
210

Le tribunal de grande instance est compétent matériellement pour connaître


de l’infraction de destruction d’actes ou de titres. L’action publique se prescrit
dans le délai de dix ans, à partir de la commission de l’acte délictueux. La peine,
elle, sera prescrite, après vingt ans, conformément aux articles 27 à 34 du code
pénal.

156. Destruction d’animaux


Voir destruction méchante d’animaux, n° 165.

157. Destruction des bulletins de vote


Voir élections, n° 199- II, 10.

158. Destruction des constructions, machines ou autres objets


d’utilité publique
Voir destruction des constructions, machines, tombeaux et monuments-
destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres propriétés n° 159.

159. Destruction des constructions, machines, tombeaux et mo-


numents - destruction et dégradation d’arbres, récoltes et
autres propriétés
Sous cet intitulé, nous regroupons diverses préventions des articles 110,
111, 112 et 113 du code pénal congolais livre II. En effet, le législateur dis-
tingue :
- le fait de détruire, renverser ou dégrader volontairement, même sans inten-
tion méchante des bâtiments, des ports, des digues, des chaussées, des che-
mins de fer, des machines ou toutes autres constructions d’utilité publique
(art 110 CPL II) ;
- le fait de détruire ou endommager volontairement des tombeaux, des signes
commémoratifs, des monuments, des statues ou autres objets de décoration
ou d’utilité publique (art 111 du CPL II) ;
- le fait de détruire ou de dégrader volontairement des arbres, des récoltes,
des instruments d’agriculture ou autres biens meubles ou immeubles appar-
tenant à autrui (art 112 et 113 du CPLII).
Les biens sans maîtres et les biens abandonnés ne sont pas concernés.

I. Eléments constitutifs

a)Destruction de constructions, machines (art 110), tombeaux


et monuments (art 111)
Cette infraction, pour être établie, exige la réunion des éléments ci-après :
- une détérioration matérielle, peu importe le moyen employé ;
Catalogue des infractions 211

- une chose définie par la loi .


Au delà des choses énumérées aux articles 110 et 111 (bâtiments, ponts,
digues, chaussées, chemins de fer, machines, appareils télégraphiques ou télé-
phoniques), le juge peut appliquer l’article 110, dès qu’il y a détérioration d’une
construction. L’intention de nuire n’est pas requise. Seule la volonté de dé-
truire ou tout au moins de détériorer suffit. L’auteur doit savoir qu’il s’agit
d’une chose appartenant à autrui.
Une protection spéciale de la part du législateur entoure certains biens. C’est
le cas, notamment, des sites, monuments et productions de l’art des autoch-
tones, des documents du travail, des palmiers élaeis etc dont la destruction est
infractionnelle.

1. Protection des sites, monuments et production de l’art des autochtones


La destruction, la mutilation ou la dégradation d’immeubles à l’instar des
sites, grottes historiques ou des peintures, sculpture classées ou assimilées est
infractionnelle. Aux termes du décret du 16 août 1939, l’auteur encourt une
servitude pénale de deux ans au maximum et une amende ou une de ces peines
seulement.

2.Protection des documents de travail


La destruction volontaire ou lacération d’un contrat écrit ou le fait de rendre
illisibles les inscriptions qui y sont portées, de les altérer ou de les modifier est
punie. Il en est de même de la destruction La peine est d’un mois de servitude
pénale et d’une amende.

3. La protection du palmier élaeis


Détruire ou abattre des palmiers élaeis en dehors des cas déterminés par le
décret du 19 juillet 1926 est infractionnel. L’auteur encourt une peine de servi-
tude pénale de deux mois et une amende ou une de ces peines seulement.

b)Destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres pro-


priétés (art 112 Ŕ 113)
L’infraction de destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres propriétés
pour se trouver établie, doit remplir, dans le chef de son auteur , les conditions
qui suivent :
- la détérioration, peu importe le moyen employé ;
- une chose définie par la loi, le juge ayant un large pouvoir d’appréciation ;
- l’existence d’une volonté de détruire ou de détériorer ;
- la connaissance, par l’auteur, que la chose est une propriété d’autrui.
212

L’infraction de destruction ou de dégradation méchante de biens mobiliers


ne peut être établie, s’il n’a pas été constaté l’existence de l’élément matériel, à
savoir le bien mobilier endommagé322 . Quant à l’élément moral de l’infraction,
il est de jurisprudence que n’est pas légalement motivé et doit être cassé le ju-
gement qui, pour justifier l’existence de l’infraction de destruction méchante et
volontaire, se borne à constater, sans relever l’élément moral du délit que le
prévenu a reconnu avoir brisé la vitre de l’appartement qui lui avait été donné
en location par la partie civile323 .

II. Poursuites

Les faits décrits à l’article 110 du code pénal livre II sont punis au maximum
de cinq ans de servitude pénale principale et d’une amende ou de l’une de ces
peines. Les faits de l’article 111 du code pénal livre II sont réprimés d’un mois
à un an de servitude pénale principale et d’une amende ou une de peines seu-
lement.
Quant aux faits de l’article 112 du code pénal livre II, ils seront sanction-
nés comme à l’article 110. L’article 113 du code pénal livre II permet de sanc-
tionner les destructions d’arbres, récoltes ou autres propriétés. Les pénalités
sont de sept jours de servitude pénale principale au maximum et d’amende ou
d’une de ces peines uniquement.

160. Destruction des récoltes


Voir destruction des constructions, machines, tombeaux et monuments-
destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres propriétés, n° 159.

161. Destruction des tombeaux, monuments et autres objets de


décoration publique
Voir destruction des constructions, machines, tombeaux et monuments-
destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres propriétés, n° 159.

162. Destruction du matériel de vote


Voir élections, n° 199-II,11.

163. Destruction et dégradation d’arbres, récoltes ou autres


propriétés
Voir destruction des constructions, machines, tombeaux et monuments-
destruction et dégradation d’arbres, récoltes et autres propriétés, n° 159.

322
C.S.J., R.P. 144, 10 avril 1976, B.A. 1977, p.94.
323
C.S.J., R.C 47, 04 avril 1973, B.A. 1974, p.90.
Catalogue des infractions 213

164. Destruction méchante


Voir destruction des constructions… n° 159.

165. Destruction méchante des animaux


La destruction méchante des animaux est le fait de tuer ou de blesser sans
nécessité des bestiaux ou animaux domestiques appartenant à autrui. Par ani-
mal domestique, il faut considérer les animaux de la basse-cour, mais aussi les
animaux sauvages domestiqués. Un animal, sous le contrôle de son maître,
rentre dans cette catégorie, le gros bétail y compris. Par bestiaux, il faut en-
tendre les animaux entretenus pour la production agricole dans une exploita-
tion.
Le mauvais traitement infligé aux animaux est à comprendre comme le
fait de maltraiter publiquement, sans motifs et sans nécessité, les animaux do-
mestiques. Ce mauvais traitement doit dépasser les limites des actes normaux
de correction. Sont ici concernés les animaux domestiques, les animaux appri-
voisés ou tenus en captivité.
Les actes de cruauté infligés aux animaux supposent la réunion de deux
conditions. Il y a, d’une part l’absence de nécessité et d’autre part l’existence de
souffrances. Le mauvais traitement et les actes de cruauté infligés aux animaux
visent toute personne. Cette personne peut être propriéraire ou non, gardienne
ou pas de la bête.

I. Eléments constitutifs

Pour sa consommation, l’infraction de destruction méchante des animaux


exige la réunion des divers faits.

a)L’acte matériel de destruction.


L’acte matériel de destruction consiste en ce que l’animal a perdu la vie ou a
été blessé gravement. C’est-à-dire que l’acte posé sur l’animal doit l’avoir tué ou
l’avoir gravement blessé.
Tuer c’est priver, ôter la vie, abattre, assommer, décimer, massacrer, détruire.
Blesser gravement, c’est altérer l’état physique, porter atteinte à l’intégrité phy-
sique de l’animal. Compromettre, même momentanément, l’existence de
l’animal ou le priver d’un organe ou d’un membre ou même le défigurer, c’est
blesser gravement un animal.
Le moyen employé, pour tuer ou blesser gravement , est indifférent : par
arme, poison, piège peu importe.

b)Les animaux protégés


Les animaux concernés sont les bestiaux et les animaux domestiques. Les
bestiaux sont des animaux qu’on entretient pour la production agricole dans
214

une exploitation rurale à l’exclusion des animaux de basse-cour324. Les vaches,


chèvres, moutons, porcs sont des bestiaux. Les animaux domestiques sont
ceux qui sont apprivoisés par l’homme ou élévés, nourris, soignés par lui, vi-
vent sous son toît ou dans les dépendances de son habitation. Les chiens, la-
pins, chats, animaux de la basse-cour sont des animaux domestiques.

c)La propriété d’autrui de l’animal


L’animal doit appartenir à autrui. Dans la visée du législateur, l’infraction de
destruction méchante des animaux concerne la protection des animaux, no-
tamment des animaux appartenant à autrui. Ainsi, celui qui tue sa propre bête
ne commet pas l’infraction sous étude.

d)L’ élément moral.


L’élément moral consiste en ce que l’animal a été tué ou blessé gravement,
méchamment et sans nécessité, sans motif légitime, sans aucune justification
plausible.
L’auteur agit méchamment et sans nécessité. Il agit par vengeance ou par inten-
tion de nuire à quelqu’un. Ou bien, en tuant ou en blessant un animal, il n’agit
pas pour la défense des personnes ou des propriétés.
Lorsqu’on assomme, à l’aide d’un bâton, un chien d’autrui ou lorsqu’on
enlève des cornes à une chèvre d’autrui, on commet l’infraction de destruction
méchante des animaux. N’est pas coupable de l’infraction de destruction mé-
chante des animaux celui qui abat un chien qui tentait de le mordre. Il en est de
même de celui qui tue ou blesse gravement une chèvre qui détériorait ses plan-
tations, une poule qui picorait dans son jardin.

II. Poursuites

Le propriétaire de l’animal peut porter plainte. L’acte peut être dénoncé


par tout celui qui a vécu l’acte ou en a été informé. Les associations de protec-
tion desdits animaux peuvent porter plainte. Le Ministère public peut se saisir
d’office.

a)Le texte légal en matière de destruction méchante des animaux


L’article 114 du code pénal livre II réglemente la destruction méchante
des animaux. Cette disposition légale prévoit des peines d’un mois à deux ans
de servitude pénale principale et une amende. Toutefois, une de ces peines
seulement peut être infligée. Notons également que le législateur a entouré
d’une protection les animaux. Il a, à cet effet, puni d’une servitude pénale d’un
mois au maximum et d’une amende ou d’une de ces peines seulement (Décret
du 27 novembre 1934) :

324
Pandectes,V° Bestiaux.
Catalogue des infractions 215

- ceux qui imposent à un animal un travail douloureux ou dépassant manifes-


tement ses forces (art. 1er, 2) ;
- ceux qui organisent des combats d’animaux (article 1er 3).
La destruction d’animaux n’est pas punissable si elle a été motivée par la né-
cessité. Ce peut être ou la défense de sa propre personne ou même la protec-
tion d’autres animaux ou des biens. Il y a, néanmoins, des cas où un fait nor-
malement puni par la loi doit être considéré comme objectivement légitime.
C’est le cas, lorsqu’il apparait comme l’exercice d’un droit, voire comme
l’accomplissement d’un devoir. L’acte qui présente toutes les apparences d’une
infraction punissable cesse d’en être une en raison des circonstances dans les-
quelles il a été accompli. On appelle de telles circonstances des causes de justi-
fication325 .
325
Le code pénal congolais ignore les causes de justification. Elles sont une création de
la jurisprudence. Les cours et tribunaux retiennent la légitime défense, l’état de nécessité et
l’ordre de la loi ou le commandement de l’autorité comme des causes de justification et à
titre de principes généraux de droit.
La légitime défense. « Il n’y a ni crime ni délit lorsque l’homicide, les blessures et les coups
étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou
d’autrui ». Pour que la légitime défense soit retenue :
1° l’attaque qui a provoqué la riposte doit être actuelle ou imminente. Si en effet on est en
présence d’une simple menace, il est possible de prévenir la police et l’on n’a pas à se faire
justice soi-même ;
2° l’attaque doit être injuste. Il n’ya pas de légitime défense contre celui qui ne fait
qu’exercer un droit. Nous estimons que la résistance à un policier qui procède à une arres-
tation ou à la dispersion d’une manifestation, par exemple, n’est pas de la légitime défense.
Elle constitue l’infraction de rébellion, quand bien même l’action policière serait entachée
d’irrégularité, voire d’illégalité ;
3°la riposte doit être proportionnée à l’attaque ; mais la proportionnalité de la défense à
l’agression ne peut certes être extrêmement rigoureuse. Si la défense est manifestement
excessive, l’acte ne se trouve plus justifié ;
4° la riposte doit être concomitante à l’attaque. Si le mal a déjà été accompli et que le dan-
ger a cessé, la violence privée est condamnable. La défense est légitime mais la vengeance
ne l’est pas ;
5° La riposte est justifiée non seulement à l’agression dont on est soi-même victime, mais
encore à l’agression dont un tiers quelconque est victime ( et le policier a le devoir
d’intervenir en l’occurrence).
Sur le plan civil aucune indemnité ne pourra être accordée à l’agresseur qui aurait pu subir
un préjudice du fait de la légitime défense. Le dommage qu’il subit est dû exclusivement en
effet à l’agression dont il avait pris l’initiative. Il y a faute de la victime et les règles de la
responsabilité civile suppriment alors toute possibilité de dommages-intérêts. Il appartient à
celui qui invoque la légitime défense de prouver que les conditions de celle-ci s’appliquent à
l’acte qu’on lui reproche.
L’état de nécessité. Il est la situation dans laquelle une personne commet volontairement
une infraction afin d’éviter pour elle-même ou pour autrui un mal grave et imminent. Le mal
dont on est menacé résulte d’un concours de circonstances tandis que dans la légitime
défense il résulte d’un tiers. Ce sera par exemple, le cas pour la mère indigente qui vole un
pain afin d’éviter que son enfant meurt de faim.
216

b) Le tribunal compétent e tla prescription de l’action publique


Le tribunal compétent pour juger la destruction méchante des animaux
est celui de paix. Ceci relève de la compétence matérielle dévolue à cette juri-
diction. L’action publique de l’infraction de destruction méchante des animaux
est prescrite après trois ans. La peine, elle, est prescrite au délai double de la
peine prononcée, mais à tout le moins deux ans.

166. Destruction méchante des biens d’un enfant


Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-18.

167. Détention d’enfants dans le but d’abuser d’eux sexuelle-


ment
Voir protection pénale de l’enfant après sa naissance, n° 467-17.

Pour que l’état de nécessité puisse être invoqué, il faut que soient réunies plusieurs condi-
tions :
1° il faut que la commission de l’infraction apparaisse comme le moyen indispensable
d’éviter le mal dont l’agent est menacé ;
2° il faut que le mal redouté soit imminent. C’est parce que ce caractère n’apparaissait pas
nettement dans les espèces jugées que la jurisprudence a refusé généralement de considé-
rer comme nécessaire l’action des squatters (Nantes, 12 novembre 1956, D. 1957. 30) ;
3° il faut que le mal écarté soit grave, et plus grave que celui qui résulte de l’infraction. Mais
ce mal peut être d’ordre moral et pas seulement matériel (Colmar, 6 déc.1957, Gaz. Pal.
1958. I. 202). L’évaluation de la gravité du mal est parfois très délicate à faire lorsque l’on
doit mettre en balance l’intérêt général et des intérêts particuliers ;
4° il faut que le mal écarté soit injuste : le soldat qui fuit le combat ne pourrait invoquer l’état
de nécessité.
L’ordre de la loi et le commandement de l’autorité légitime. « Il n’y a ni crime ni délit
lorsque l’homicide, les blessures et les coups étaient ordonnés par la loi et commandés par
l’autorité légitime » Celui qui a obéi à la loi et à l’autorité n’a, en effet, accompli que son
devoir et il serait d’une criante injustice de le poursuivre pour cela. Le médecin qui dénonce
une maladie contagieuse que la loi lui ordonne de signaler aux autorités sanitaires ne peut
pas être poursuivi pour violation du secret professionnel. L’huissier qui fait ouvrir une porte
par un serrurier pour opérer une saisie ordonnée par l’autorité judiciaire ne peut être pour-
suivi pour violation de domicile.
On assimile au commandement de la loi la simple permission expresse ou tacite de la loi.
Lorsque l’acte incriminé a été accompli en vertu d’un commandement illégal émanant d’une
autorité légitime, le fonctionnaire est délié de l’obligation d’obéir à un tel supérieur car un tel
ordre est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.
Le commandement de l’autorité légitime ne constitue pas, à lui seul, le fait justificatif. Il re-
quiert cumulativement l’ordre de la loi et le commandement de l’autorité légitime.
Catalogue des infractions 217

168. Détention des animaux sauvages


Le législateur interdit de détenir des animaux sauvages réputés dangereux
ou nuisibles. Il s’agit, notamment , des lions, léopards, hyènes, crocodiles, ser-
pents venimeux, pythons, chiens sauvages, grands oiseaux de proie, chacals,
chats sauvages et autres petits félins etc.. Toutefois, dans un but scientifique ou
dans un intérêt supérieur d’administration, le gouverneur de province peut
donner autorisation de détenir un animal sauvage. Il prescrit, alors, dans
chaque cas les mesures de précaution à prendre dans l’intérêt général ainsi que
toutes autres mesures utiles . Ces autorisations sont toujours révocables.

a)Quel est le texte légal qui réglemente la détention des animaux


sauvage ?
L’ordonnance 54bis/Agri du 05 mai I936 porte divagation des animaux
et détention des animaux sauvages réputés dangereux ou nuisibles. Les articles
10 et 13 de cette ordonnance sont les dispositions pénales légales.

b) Quelles sanctions, les auteurs de l’infraction peuvent-ils encourir ?


L’auteur de l’infraction de détention des animaux sauvages encourt une
servitude pénale de sept jours au maximum et une amende ou l’une de ces
peines seulement. Si l’auteur de l’infraction de détention d’animaux sauvages ne
bénéficie pas de privilège de juridiction, il sera justiciable du tribunal de paix.

169. Détention d’ivoire brut

L’ord- loi n° 73 Ŕ 003 du 05 janvier 1973 est relative à la réglementation et


à la protection de l’ivoire. Les articles 27 et 31 de cette ordonnance sont les
dispositions pénales légales en matière de détention de l’ivoire. La détention, le
trafic, l’achat sans autorisation ni permis de détention légitime d’ivoire brut
sont punis d’une servitude pénale de deux mois au maximum et d’une amende
ou de l’une de ces peines.
Il a été jugé que lorsque le prévenu n’a détenu ni pour lui-même ni pour
autrui, des pointes dont la détention est illicite, mais saisi en cours de transport
, il doit être renvoyé des poursuite. Toutefois, les pointes doivent être confis-
quées, leur seule détention constituant une infraction326 . Si le prévenu a été
trouvé détenteur d’une défense d’un éléphant qu’il avait tué pour sauvegarder
ses plantations, et sans avoir accompli les formalités prescrites, il tombe sous
l’application de cette ordonnance-loi327.

170. Détention et rétention des stocks


Voir prix, n° 457-3.

326
Elis. , 25 juillet 1922, Jur. Kat. I p.296.
327
Elis. ,1 Août 1913, Jur. Congo 1921, p.208.
218

171. Détention illégale d’armes et munitions

I. Considérations

A l’exception des membres des Forces armées de la République Démo-


cratique du Congo(FARDC), de la Police Nationale Congolaise (PNC), con-
formément aux règlements et instructions en vigueur et des personnes por-
teuses des autorisations légales ou administratives, la loi interdit la détention
d’armes et munitions de guerre.

II. Eléments constitutifs

Pour sa consommation, l’infraction de détention d’arme ou munitions


de guerre exige des éléments constitutifs. Il a été décidé que l’infraction de
détention illégale d’armes et munitions étant matérielle , le seul fait de la déten-
tion suffit à lui seul pour rendre parfaite la matérialisation de l’infraction328 .

a)Les éléments matériels


1. La détention, la fabrication, la réparation, l’abandon, l’exposition en
vente, la cession, la distribution, le transfert, l’importation, le dépôt des
armes de guerre ou leurs accessoires ainsi que les munitions conçues
pour ces armes ;
2. La détention, la fabrication, la réparation, l’abandon de toutes armes of-
fensives et secrètes ;
3. La fabrication, la détention ou le port des armes blanches empoison-
nées.

b)Le défaut d’un titre ou d’un droit


Il est une obligation légale que la détention et tous les autres actes ma-
tériels ci-haut cités ne peuvent se réaliser qu’en vertu d’un titre ou d’un droit.
On est donc exposé à la sanction par suite du défaut de titre ou d’un droit.
Logiquement, on est également exposé par défaut de qualité ou par défaut
d’acte de l’autorité compétente.
Il est de jurisprudence que la simple détention d’arme à feu sans permis
de port d’arme est punissable, la loi ne requérant ni dol spécial, ni même une
quelconque volonté de délinquer329

III. De la répression

328
Haute cour militaire., RP 001/2004, 05 octobre 2004, inédit.
329
C.S.J., RP 2, 10 juin 1972, B.A. 1973 , p. 88 ; RJZ. 1972, p. 135.
Catalogue des infractions 219

Ceux qui violent cette interdiction seront poursuivis conformément à


l’ordonnance-loi n°85/035 du 03/09/1985. Ils seront punis d’un mois à dix
ans de servitude pénale principale et d’une amende.

172. Détention illicite des documents


Voir rétention illicite des documents, n° 515.

173. Détention illicite des substances minérales


Voir code minier, n° 73-5.

174. Détournement d’aéronef


Voir Terrorisme, n° 542.

175. Détournement de main-d’œuvre


Le détournement de main d’œuvre est le fait pour un préposé, d’utiliser à
son profit ou au profit d’un tiers, sans l’accord de son patron, les travailleurs
placés sous ses ordres pour exécuter un travail déterminé (G. Mineur)330.
L’infraction de détournement de main-d’œuvre est également appelée « dé-
tournement des travailleurs ».

I. Eléments constitutifs

Pour qu’il y ait infraction de détournement de main-d’œuvre, il


faut l’existence d’éléments constitutifs.

a)Un lien de service avec l’auteur de l’infraction


Ce lien de service peut être une subordination découlant d’un contrat de
travail ou d’un statut. Il y a, d’un côté, les engagés (contrat de travail) ou les
personnes sous statut et de l’autre le maître. Les premiers doivent être sous les
ordres du délinquant.

b)L’utilisation de la main d’œuvre


Les travailleurs placés sous ordre pour exécuter un travail déterminé sont
utilisés pour un autre travail. Ils éxécutent le travail au profit du délinqunat ou
d’un tiers sans l’accord du maître. La qualité ou la quantité du travail exécuté
importe peu, sa nature également . Le détourneur utilise les travailleurs mis à sa

330
Le professeur LIKULIA dans son livre « Droit pénal spécial Zairois, tome I» en page 469
définit le détournement de main d’œuvre comme le fait d’utiliser frauduleusement à son
profit ou au profit d’un tiers les services d’engagés mis sous ses ordres.
220

disposition pour des travaux autres que ceux de l’employeur et aux frais de ce
dernier.
Lorsqu’un chef de chantier prélève des ouvriers parmi ceux mis à sa disposi-
tion331 pour se faire construire une maison ; lorsqu’un architecte envoie des
ouvriers travailler (gratuitement ou pour faire plaisir à un ami) dans une autre
entreprise que celle qui l’emploie, ils peuvent être poursuivis et condamnés
pour détournement de main d’œuvre.
c)L’élément moral
L’intention frauduleuse est réquise. Elle est faite de la volonté de s’enrichir
injustement ou de procurer à autrui un bénéfice illicite. On estime que le fait de
ne pas tenir le maître de l’entreprise au courant de l’emploi fait de sa main
d’œuvre constitue une présomption d’intention frauduleuse332.

II. Poursuites

a)Quel est le texte légal en la matière ?


L’article 97 du code pénal Livre II est le siège de cette incrimination. La dispo-
sition légale définit les faits constitutifs du détournement de main d’œuvre et
réprime l’infraction.

b) Qu’en est-il des pénalités et de la prescription ?


L’auteur du détournement de main d’œuvre est passible des sanctions allant de
trois mois à cinq ans de servitude pénale principale et d’une amende ou d’une
de ces peines seulement. Il pourra être traduit par-devant le tribunal de paix. Si
dans les trois années qui suivent la commission de l’infraction, aucune pour-
suite n’est engagée, l’action publique sera éteinte.

176. Détournement des deniers publics ou privés

Pour parler de détournement, il faut que le fonctionnaire ait eu l’argent ou


les biens à sa disposition. Ces choses doivent lui avoir été confiées à l’occasion
de l’exercice de ses fonctions, soit par l’Etat ou une autre collectivité publique,
soit par les particuliers (administrés, redevables, contribuables etc.), soit enfin
par les utilisateurs d’un service public qui peut opérer des transferts de fonds.
Le détournement suppose que le fonctionnaire sait pertinemment qu’il n’a
pas un droit de propriété sur les fonds ou sur les choses, mais qu’il en est
comptable et qu’il doit veiller à leur conservation ; il ne doit pas se les appro-
prier, ni les utiliser à des fins personnelles.

331
C.S.J. , 10 mai 1978, inédit cité par LIKULIA. , op. cit. ,p. 468.
332
C.S.J.,10 mai 1978, inédit.
Catalogue des infractions 221

I. Eléments constitutifs

En République Démocratique du Congo, les articles 145, 145bis, 145ter


du code pénal LII prévoient et répriment le détournement des deniers publics
ou privés. L’infraction de détournement des deniers publics comporte cinq
éléments constitutifs : la qualité de l’agent, l’objet de l’infraction, la victime,
l’acte incriminé et l’intention criminelle.

a)La qualité de l’agent


Au début, la qualité de fonctionnaire était autant que possible stricte-
ment limitée aux personnes qui bénéficiaient du statut de la fonction publique.
La jurisprudence semble avoir étendu la qualité de fonctionnaire aux agents des
personnes morales de droit public ou même aux personnels des personnes
morales de droit privé d’utilité plus ou moins publique, ou même à des particu-
liers dans certains cas.

1.Les personnes ayant la qualité juridique de fonctionnaire public


Pour déterminer la qualité de l’agent de l’infraction de détournement
des deniers publics, la notion de fonctionnaire est largement étendue. La quali-
té des coupables de l’infraction de détournement de deniers publics n’est pas
limitée aux seuls « dépositaires ou comptables publics, et percepteurs ou com-
mis à une perception publique, mais s’étend, outre tous les fonctionnaires pu-
blics et les officiers publics, à toute personne chargée d’un service public333. Les
auteurs et la jurisprudence donnaient à ces expressions un sens : « les fonction-
naires publics sont les personnes qui participent à un service d’Etat d’intérêt
public, après un acte de nomination et une prestation de serment, tandis que
« les officiers publics sont les personnes chargées d’un emploi public, dont le
concours est nécessaire pour des actes d’intérêt public ou privé334. Les per-
sonnes chargées d’un service public sont les dépositaires ou comptables qui,
sans être fonctionnaires ou officiers publics sont institués pour un intérêt
d’ordre public, et qui reçoivent des deniers ou effets en vertu de leur charge.
Quoiqu’il en soit, la qualité de l’agent de l’infraction de détournement des de-
niers publics permet de réprimer les détournements commis par les fonction-
naires ou employés des « services publics » au sens du droit administratif. Cette
qualité peut prêter à confusion. A ce sujet, il a été dit qu’un batelier de
l’ONATRA, organisme de droit public est un fonctionnaire au sens de l’article
145 du code pénal livre II, tandis qu’un inspecteur engagé par une congréga-
tion religieuse, chargé d’un enseignement subsidié, n’a pas qualité de fonction-

333
Article 145 du code pénal du Congo belge.
334
Cf. PAND. B.V° Officier public, n°1 et Servais, code pénal interprété, article 240, n°1.
222

naire public335. Le tribunal devra le juger sur base de l’infraction d’abus de con-
fiance prévue et punie par l’article 95 du même code336.

2.les personnes assimilées


La loi se contente d’étendre la définition de fonctionnaire telle que donnée
par le droit administratif au plus grand nombre possible d’agents du secteur
public. La loi du 5 janvier 1973 vise expressément les agents des personnes
morales de droit privé, c’est-à-dire des sociétés, entreprises et organismes de
droit privé appartenant à l’Etat, ou encore qui sont déclarés ou jugés d’utilité
publique. En substance : « toute personne représentant les intérêts de l’Etat ou
d’une société étatique au sein d’une société privée, parastatale ou d’économie
mixte, en qualité d’administrateur, de gérant, de commissaire aux comptes, ou à
tout autre titre, tout mandataire ou préposé des personnes énumérées ci-
dessous337. Bref, dans les termes de l’incrimination, la loi s’applique à :
- tout fonctionnaire ou officier public ;
- toute personne chargée d’un service public ou parastatal ;
- toute personne représentant les intérêts de l’Etat ou d’une société étatique
au sein d’une société privée, parastatale ou d’économie mixte en qualité
d’administrateur gérant, commissaire aux comptes ou à tout autre titre, tout
mandataire ou préposé des personnes énumérées ci-dessus.

b)L’objet de l’infraction.
Pour que l’infraction de détournement des deniers publics soit consti-
tuée, il faut qu’il s’agisse de certains biens, c’est-à-dire d’une nature donnée, et
que ces biens aient été confiés à celui qui les a détournés.
1.La nature des biens détournés
Le texte parle des « deniers ». Le denier est une ancienne monnaie fran-
çaise d’or ou argent. L’extension progressive en donne le sens large d’ « espèce
monnayée ». Le législateur congolais parle des « deniers publics ou privés ». Il
importe que les deniers qui sont l’objet de l’infraction, soient la propriété de
l’Etat, d’une province, d’un ministère, d’une commune, d’un territoire, d’un
établissement public ou de simples particuliers. Le texte incrimine celui qui
aura détourné des deniers publics ou privés, « des effets en tenant lieu, des
pièces, titres, actes, effets mobiliers »338. Le détournement peut concerner des
choses non appréciables en argent et des choses appréciables en argent.
2. La détention préalable des biens détournés.
335
Kinshasa. , 06 août et 07 septembre1973, RJZ 1973, Septembre-décembre n° 3 p.269 et
272.
336
C.S.J., R.P 271, 27 juin 1979, B.A 1984.
337 er
J.O.R.Z.,n°5, du 1 mars 1973, p.322.
338
Article 145 du code pénal congolais.
Catalogue des infractions 223

Il faut que les biens aient été remis ou confiés au fonctionnaire ou


agent assimilé, qui les a détournés, et que cette remise ait eu lieu à raison des
fonctions officielles ou de l’emploi dont il était investi. L’article 145 exige que
les biens publics ou privés soient entre les mains du coupable en vertu ou à
raison de sa charge. En matière de détournement des deniers publics par un
fonctionnaire public, la remise peut être opérée uniquement en vertu de la
fonction ou de la charge. C’est le cas, par exemple, du versement à l’huissier de
la somme qui représente les frais de mise au rôle. Elle peut aussi être opérée à
titre de mandat, lequel mandat trouve son fondement dans la fonction ou la
charge du mandataire ; par exemple un greffier qui détourne les deniers qui lui
sont confiés pour payer les amendes et les frais de justice.
La détention doit s’expliquer très exactement par la fonction de l’agent, car le
détournement des deniers publics ne se conçoit qu’à cette condition. C’est ainsi
qu’un inspecteur engagé par une congrégation religieuse chargée d’un ensei-
gnement subsidié n’a pas la qualité de fonctionnaire. La fonction en vertu de
laquelle il détenait les deniers publics n’est pas celle que visent les articles du
code réprimant l’infraction. Il ne peut donc commettre l’infraction de détour-
nement de deniers
Par ailleurs, il n’est pas nécessaire que la remise des deniers ait été faite
directement au prévenu par l’Etat qui a conclu avec le coupable un contrat de
louage de service. Il y a donc remise au sens de l’article 145 du Code Pénal
Congolais, livre II, lorsque le prévenu avait été constitué, d’une manière quel-
conque, possesseur précaire de la somme détournée339.

c) La victime de l’infraction
La victime de l’infraction de détournement des deniers publics ou pri-
vés est généralement l’Etat et les collectivités publiques qui sont les démem-
brements de l’Etat. La victime peut aussi, dans certains cas, être une personne
morale semi-publique, ou même, à la limite, un particulier.

1. L’Etat et les collectivités publiques


L’Etat ou les collectivités publiques sont généralement, soit proprié-
taires des deniers ou des objets, soit bénéficiaires des titres ou des valeurs, etc.
La victime de l’infraction, c’est essentiellement l’Etat et très accessoirement les
collectivités publiques ou les établissements publics.

2. Les personnes morales semi-publiques


La victime peut également être une personne juridique de nature mixte,
au sens que ce n’est ni l’Etat lui-même ou une administration de l’Etat, ni un

339
Kinshasa., 30 décembre 1973, R.J.Z., 1974, n°2, p.99.
224

particulier proprement privé, mais une personne morale dans laquelle l’Etat
possède des intérêts, soit seul (sociétés et entreprises d’Etat), soit en associa-
tion avec d’autres personnes morales de droit privé (sociétés d’économie
mixte), qui souffre dans son patrimoine du fait des agents publics. L’article 145
du code pénal livre II n’assimile pas les personnes morales semi-publiques à
l’Etat et aux collectivités publiques ni les biens des premières à ceux des se-
conds, mais il protège les biens de ces personnes contre les agissements mal-
honnêtes des fonctionnaires publics qui sont appelés à y représenter les intérêts
de l’Etat ou d’une société étatique.

3. Les particuliers
La victime du détournement peut, en effet, être une personne privée,
c’est-à-dire un tiers, un administré, un redevable, un justiciable, une société
privée qui avait confié la chose, le titre, le document ou parfois les fonds, au
fonctionnaire ou à la personne assimilée, mais sans perdre son droit de proprié-
té sur cette chose.
L’article 145 du code pénal congolais livre II vise les « deniers privés »,
c’est-à-dire les deniers appartenant en propriété à des particuliers, à des per-
sonnes privées, en même temps que les « deniers publics », c’est-à-dire ceux
appartenant à l’Etat ou aux personnes morales de droit public. Il existe de
nombreux cas où ce sont les particuliers qui souffrent des dommages occa-
sionnés par les actes malhonnêtes des fonctionnaires. Un ouvrier dont le fonc-
tionnaire chargé de la paie en espèces a détourné le salaire, ou un créancier
saisissant dont le greffier ou l’officier public a détourné les sommes provenant
de la vente aux enchères des biens saisis, ou encore un client qui remet à
l’administration des postes pour le transmettre à un destinataire déterminé, un
pli chargé dont un agent de cette administration détourne le contenu, etc. Le
même détournement peut porter atteinte à la fois à la fortune publique et à la
propriété privée, comme c’est le cas dans le dernier exemple ci Ŕ dessus : le
détournement des taxes ou amendes perçues, sans délivrance de reçu, prive
l’Etat de rentrées de fonds et oblige le redevable à opérer de nouveaux prélè-
vement sur son patrimoine.

d) L’acte incriminé
1.Notions
L’acte incriminé est le détournement. Le détournement est un élément
matériel qui caractérise l’infraction de détournement de deniers publics. Le
détournement est aussi l’élément matériel d’autres infractions telles que l’abus
de confiance. On entend par détournement l’usage ou la disposition d’objets
ou de deniers qui sont dans les mains ou au pouvoir de l’auteur, à une fin qui
Catalogue des infractions 225

ne leur était pas assignée. Il y a détournement dès que l’objet a été distrait de sa
destination et est sorti de la droite voie340.
2.Consommation de l’élément matériel de détournement
Que le détournement soit une dissipation mettant l’auteur dans
l’impossibilité de restituer ou un usage abusif suivi d’un refus de restituer, il est
toujours consommé, en tant qu’élément matériel , dès que l’objet quitte la
« droite voie », c’est-à-dire la place qu’il doit occuper à tel moment. C’est
l’objet qui est dissipé, distrait, caché, « mis à l’ombre », ou déposé chez un tiers.
Peu importe la possibilité de réparation ou de remise en état, la restitution ef-
fective ou l’impossibilité ou refus de restituer, elles sont indifférentes à la réali-
sation de l’infraction. Que l’auteur du détournement ait des ressources suffi-
santes pour rembourser les sommes détournées, qu’il ait offert de les rembour-
ser, qu’il se soit même libéré, tout cela est indifférent341. Il a été jugé que le
détournement de deniers publics est une infraction instantanée et que le rem-
boursement de la somme détournée, dès la toute première réquisition, est par
conséquent inopérant quant à l’existence de cette infraction342.

e) L’intention criminelle
1.Dol spécial et volonté d’appropriation
Il s’agit d’une appropriation injuste ou une rétention injuste. Le détour-
nement, comme la soustraction, impliquent nécessairement l’idée de fraude343.
Il faut donc la preuve de la décision unilatérale et volontaire d’appropriation ou
de rétention, ou, si l’on veut, la preuve de l’intention dolosive ou frauduleuse.
Ainsi, il a été jugé :
- que le détournement de deniers publics est caractérisé par l’utilisation pri-
vative des deniers contrairement à leur destination, dans la conscience que
cet acte de disposition causait ou pouvait causer préjudice et que le fait reste
punissable même si le prévenu n’avait pas eu l’intention de s’approprier dé-
finitivement les fonds344 ;
- que l’allégation mensongère d’un vol fantaisiste invoqué par celui qui avait
la garde des biens, est révélatrice de l’intention frauduleuse de détournement
commis par une personne chargée d’un service public345.

340
Ainsi, il n’y a pas de détournement de derniers publics, quand les sommes prétendues
détournées ont été versées au prévenu à titre de salaire se rapportant à une période de
service actif : cfr KIN, 7 juin 1974, RJZ 1974, n°3, p. 2364 ; novelles, op cit ., n°3357
341
Cf.Novelles n° 3372 ; Nyppels et Servais, op. cit ., T.II, p.94, n°8.
342
Kisangani, 2 mars 1973, R.J.Z., 1974, n°s 1 et 2, P. 48. Voir aussi, cass. Belge, 17 no-
vembre 1952, Pas., 1953, I, 168.
343
cf Novelles, op cit T. III, n°3384 bis ; R Vouin, op. cit. ,par M.L. Rassat, n° 57
344
Cf Kin., 29 décembre 1966, R.J.C. 1967,2 ,128.
345
Kin., 6 août 1973, R.J.Z, 1973-3-269.
226

Pour tomber sous le coup de la loi, le fonctionnaire prévenu de détourne-


ment doit avoir agi avec une intention frauduleuse. Cela signifie qu’il faut un
dol spécial. Celui-ci s’analyse en une volonté d’appropriation, mais peut aussi,
plus spécialement en matière de détournement par fonctionnaire public, se
ramener à une simple volonté d’utilisation momentanée de la chose. En géné-
rale, les seules connaissance et conscience du détournement ne suffisent pas à
constituer l’intention frauduleuse, l’auteur doit être mu par une volonté dolo-
sive. Celle-ci exige, pour la réalisation de l’infraction de détournement, entre
autres, que l’agent ait agi avec une volonté libre. Il en est autrement d’un fonc-
tionnaire qui, chargé de payer les traitements d’un mois, en paie pour deux
mois sous la pression et les menaces des travailleurs346. De même, des déficits
de caisse dus à des erreurs commises dans la tenue de la comptabilité ne suffi-
sent pas, en l’absence de toute intention frauduleuse, à constituer l’infraction
de détournement de derniers publics347 , autrement dit , un simple déficit de
caisse imputable à un agent de l’Etat ne constitue pas un détournement, si la
preuve de l’intention frauduleuse de s’approprier les fonds manquants n’est pas
établi à suffisance348.
L’intention frauduleuse exigée par l’article 145 précité pour l’établissement
de l’infraction de détournement doit être prouvée et non supposée. Le simple
défaut de représentation des fonds ne l’établit pas. Tel est le cas, si par erreur et
bonne foi, le possesseur avait cru faire des fonds un emploi convenu, vu la
confiance spéciale que lui inspirait celui à qui il remettait ceux-ci349. Le carac-
tère frauduleux du détournement réside uniquement dans l’appropriation in-
juste ou la détention injuste.

2.Dol spécial et volonté d’utilisation


Le fonctionnaire ou assimilé peut ne pas avoir eu l’intention de
s’approprier les biens qui lui avaient été confiés. Il avait simplement l’intention
de les utiliser à son profit en comptant les remettre en place ou les rembourser
avant que ne soit découvert l’emploi irrégulier qu’il en a fait. Ce comportement
constitue un manquement grave à la probité. Aux termes de la jurisprudence la
plus répandue, le législateur punit toute personne précitée qui aura détourné
des deniers publics ou privés, des effets tenant lieu de pièces, titres, actes, effets
mobiliers qui étaient entre ses mains, soit en vertu, soit en raison de sa charge.
C’est pourquoi , le détournement de deniers publics n’est pas établi dans le
chef du prévenu quand les fonds ont été gérés uniquement par la caissière sans

346
Cf lub., 11 décembre 1969, RJC. ; 1970-1-51.
347
C. S.J. , de Kin ; 7 juin 1974, penant, 1975-4-541.
348
Kin, 11 juin 1973, RJZ. ; 1973-3-364.
349
Kin., 12 octobre 1973, R.J.Z., 1973-36277.
Catalogue des infractions 227

que le prévenu en ait la détention matérielle ni qu’il ne les ait non plus utilisés350
.
Par contre, l’infraction est établie dans le chef d’un commissaire d’Etat
(Ministre) qui a donné ordre à un officier placé sous tutelle de son département
de payer une facture adressée à ce département, si ce payement a été sans con-
trepartie et que les sommes payées ont été partagées entre l’auteur de l’ordre et
l’auteur de la facture351.
Les fonds déposés dans un compte bancaire dont le retrait ne peut être
effectué que sous la seule signature du prévenu sont entre les mains du préve-
nu et peuvent faire l’objet d’un détournement352.

II. Régime répressif et poursuites

Les poursuites peuvent être engagées par le parquet ou sur dénoncia-


tion. La plainte de la victime de l’infraction de détournement des deniers pu-
blics ou privés n’est pas nécessaire. L’action publique peut être mise en mou-
vement contre l’auteur de cette infraction par le Ministère public, même
d’office.
Les articles 145, du code pénal Livre II modifié par l’art 2 de la loi
n°73/017 du 5/1/1973, 145bis, 145ter du code pénal LII répriment353
l’infraction de détournement des deniers publics ou privés de la peine des tra-
vaux forcés (d’une année à 20 ans), et d’autres peines accessoires :
L’article 145 édicte :
1) l’interdiction pour cinq ans au moins, de dix ans au plus, après expiration de
la peine du droit au vote et du droit d’éligibilité ;
2) l’interdiction d’accès aux fonctions publiques et paraétatiques quel qu’en
soit l’échelon ;

350
C.S.J., R.P.A 56, 29 juin 1979, B.A. 1984, p.139.
351
C.S.J., R.P 20/ C.R. ,15 août 1979, R.J.Z 1979, p.56 ; B.A. 1984, p .194.
352
C.S.J., R.P 2O/ C.R ; 15 août 1979 B.A. 1988 p. 194.
353
Qu’adviendrait-il si le prévenu condamné venait à décéder ? Le décès du délinquant
éteint l’action publique, qu’il survienne avant le déclenchement des poursuites ou après
celui-ci, avant la décision définitive. Par contre l’action civile peut être poursuivie contre les
héritiers du de cujus. La mort du condamné est l’issue normale des peines perpétuelles. La
mort met fin à l’exécution des peines temporaires. Cela est conforme au principe de la per-
sonnalité des peines qui s’oppose à ce qu’on étende l’application de la peine aux héritiers.
Par contre, les condamnations civiles (restitutions, dommages-intérêts, frais) ne constituent
pas des sanctions pénales, et peuvent être exécutées contre les héritiers. De même, dans
le cas où la loi prévoit des civilement responsables de l’amende, ces derniers restent tenus
de la payer en cas de décès du condamné. La confiscation spéciale pourra être exécutée
même après la mort du condamné, à condition que le jugement la prononçant soit coulé en
force de chose jugée du vivant du condamné.
228

3) la privation du droit à la condamnation ou à la libération conditionnelle et à


la réhabilitation ;
4) l’expulsion définitive du territoire national, après l’exécution de la peine, si le
condamné est un étranger ;
5) Ces peines s’appliquent aussi à toute personne qui, sciemment, dissimule ou
cache les biens du condamné, en vue de les soustraire à la confiscation.
L’article 145 bis prévoit que toute personne citée à l’article 145 qui aura mé-
chamment ou frauduleusement détruit ou supprimé, dissimulé ou caché des
actes, des titres ou tout autre document dont il était dépositaire en sa qualité ou
qui lui avaient été communiqués en raison de sa charge, sera punie d’une servi-
tude pénale principale de deux à vingt ans.
Au regard et partant de l’article 145 ter, les infractions du code pénal livre II
visées aux articles 79 à 81 (vol), 89 à 94 (banqueroute) 98 à 100 (escroquerie et
tromperie), 101 à 102 (recel et cel frauduleux), 124 à 127 (faux et usage de
faux) seront punies des peines doubles de celles prévues par la loi lorsqu’elles
ont pour but de réaliser ou de dissimuler le détournement. Il faut signaler d’une
part que l’article 145 prévoit une peine des travaux forcés, tandis que son bis
punit d’une servitude pénale principale. D’autre part, le minimum de la servi-
tude pénale est de un jour alors que celui des travaux forcés est de un an (art 6
du code de procédure pénale modifié par la loi vantée).
Le détournement se prescrit après 10 ans. La peine de la confiscation spé-
ciale se prescrit dans le même délai que la peine dont elle est l’accessoire
(art. 31 du CPL Ier).

III. Restitutions et dommages-intérêts

Aux termes de l’article 15 du code pénal, toute condamnation pénale est


prononcée sans préjudice des restitutions et dommages-intérêts qui peuvent
être dûs aux parties. Il a été jugé :
- conformément à l’article 105 du code de l’organisation et de la compétence
judiciaires que la restitution des fonds détournés suppose que ces fonds ont
été retrouvés354;
- qu’une entreprise publique, victime du détournement de deniers publics, a
droit à la restitution des montants détournés355.

177. Détournement des effets militaires


L’infraction de détournement des effets militaires est à définir comme le
fait de disposer des effets auxquels on accède, dans le but de s’en emparer, en
violation de l’obligation de les rendre au service, de les remettre au destinataire
354
CSJ., 26 août 1980- RP 22/CR, in Dibunda, Op. cit., V° restitutions.
355
CSJ. , 13 avril 1981-RPA 69- in Dibunda, op.cit. ,V° restitution, n° 5,p.213.
Catalogue des infractions 229

ou soit de procurer à autrui un avantage illégitime au préjudice de l’Etat, de


l’armée ou des services apparentés, voire des militaires. Le détournement des
effets militaires est puni par l’article 74 du code pénal militaire.

I. Eléments constitutifs spécifiques

Les indispensables éléments qui suivent doivent être réunis pour que soit
établie l’incrimination de détournement des effets militaires ou des effets de
l’Etat.

a)L’acte de l’auteur
L’acte de l’agent est de s’emparer ou d’enrichir le patrimoine d’autrui des
armes et munitions de guerre, des véhicules à l’usage de l’armée ou des services
apparentés, des deniers publics, effets et autres objets à lui remis pour le ser-
vice ou à l’occasion du service, appartenant à l’Etat ou à des militaires.

b)L’intention frauduleuse
L’intention frauduleuse est à déduire du fait de se procurer, soit à soi-même,
soit à un tiers, un avantage quelconque au préjudice d’autrui, pendant que l’on
est en fonction. Il a été jugé que la bonne foi de l’agent exclut toute intention
frauduleuse356. Il en a été décidé d’un militaire qui bien qu’en possession
d’armes de guerre, les a simplement gardées chez lui deux jours durant, alors
qu’il lui était loisible, au regard de ses fonctions, d’accéder à tout moment au
magasin d’armement357.

II. Régime répressif

L’agent reconnu coupable de détournement des effets militaires ou des


effets de l’Etat peut encourir une peine d’un à dix ans de servitude pénale prin-
cipale. La confiscation spéciale est également prévue . Cette confiscation est
facultative et ne pourra porter que sur les biens déterminés par la loi, ou sur
ceux ayant servi à la commission de l’infraction. Aux termes de l’article 34 du
code pénal militaire, tout militaire ou assimilé condamné pour vol ou détour-
nement d’effets militaires, entre autres : les armes, munitions de guerre, de-
niers, véhicules, bâtiments de guerre, aéronefs militaires, etc. sera d’office ren-
voyé de l’armée ou de son service. Le renvoi intervient automatiquement, peu
importe le taux de la peine, ou encore que le juge l’ait prononcé ou non.

178. Détournement des substances minérales


Voir code minier, n° 73-4.

356
CGG, 5 décembre 1978, RJF, Vol. 0002, 1985 ; éd. Audit Gén., Kinshasa 1986, p.106.
357
CGG, 3 mai 1985, idem, p.99.
230

179. Détournement des travailleurs


Voir détournement de main-d’œuvre, n° 175.

180. Détournement d’objets saisis


Il y a détournement d’objets saisis par le fait de soustraire des objets sous
main de la justice. La saisie peut avoir été opérée par le juge, l’officier du Minis-
tère public ou l’officier de police judiciaire. L’auteur du détournement peut être
le gardien ou toute autre personne.

I. Eléments constitutifs

Pour se caractériser, le détournement d’objets saisis exige des éléments consti-


tutifs.

a)Un élément matériel de détournement


Un élément matériel de détournement ou de destruction d’objet saisi
entre ses mains et confié à sa garde ou à celle d’un tiers. Les juges doivent tenir
compte de toutes les situations dans lesquelles les immeubles et les meubles
ont été légalement placés sous l’autorité de la justice. Le refus d’une personne
de remettre les biens saisis ou la résistance persévérante et non motivée de s’y
opposer, en cas de disparition physique de l’objet , constitue l’infraction358 . Le
déplacement matériel et tout acte de disposition juridique (la donation, ou la
vente du bien ou des parts sociales) tombent sous le coup de la loi. Il a été jugé
que l’autorisation par la partie civile saisissante d’utiliser le véhicule saisi, n’est
pas élisive de l’infraction de détournement d’objets saisis359.

b) Il faut qu’une saisie ait été opérée sur les objets détournés.
L’infraction n’existe pas si l’objet n’a pas été placé sous main de justice.
Il nécessite que l’objet ait été détourné. Le détournement consiste dans
l’enlèvement, le déplacement, le transport dans un autre lieu, ou même le
simple recel ou la résistance non motivée et persistante à représenter l’objet. Le
détournement doit être le fait du propriétaire de l’objet ou du gardien. Peu
importe que le créancier saisissant soit une personne physique ou morale, qu’il
soit une personne de droit publique ou privée360. L’infraction existe même si la
saisie n’est pas aux yeux du droit civil valable et régulière361 ou même si elle a

358
Crim., 6 novembre 1956, Bull. 711 ; D.1957, p.5.
359
Cour d’appel Mbuji-Mayi, RPA 1411, 12 octobre 1995, in RAJ 1996, p. 59.
360
Léo.,26 août 1954, R.J.C.B.,1954, p.320.
361
R.J.A.C.,1963, p.46, avec note ; Léo, 18 décembre 1958,R.J.C.B, 1959 ;E.Lamy., « de
l’autononmie du droit pénal » in R.J.C. , 1964, p.5.
Catalogue des infractions 231

été déclarée ultérieurement nulle en raison d’un vice de procédure ; ceci n’a
aucune incidence sur la culpabilité de l’agent362.

c)Le détournement d’objets saisis est nécessairement intentionnel.


L’intention coupable consiste dans la connaissance par le prévenu que
l’objet avait le statut d’un objet saisi et qu’il l’avait enfreint sciemment. De ma-
nière générale, la mauvaise foi est caractérisée par la conscience que le détour-
nement porte atteinte aux droits du créancier. L’intention frauduleuse requise
peut être manifestée par la discrétion entourant l’opération de vente illicite363 .
L’intention ferait défaut si le détournement avait été opéré avec le consente-
ment du saisissant. L’infraction, en effet, est établie en vue de la protection des
droits des tiers.
Notons que la jurisprudence reconnaît que la remise ultérieure du pro-
duit de la vente effectuée par le coupable n’est pas élisive de l’infraction de
détournement d’objets saisis d’autant plus que cette remise ne fut même pas
spontanée364 . Aussi, en réalisant, au mépris de la procédure sur la vente
d’objets saisis et à l’insu du gardien constitué, la vente d’objets saisis,
l’infraction de détournements d’objets saisis est réalisée 365 La nullité de la sai-
sie ou sa main-levée ne justifie pas l’infraction.
Faire voyager une baleinière saisie, utiliser un véhicule saisi sans autorisation,
déplacer dans le but de les soustraire des meubles saisis sont là des exemples
constitutifs de la prévention de détournement d’objets saisis. L’infraction de
détournement d’objets saisis est établie à partir du moment où le prevenu qui a
connaissance de la saisie a néanmoins changé la destination de l’objet en le
plaçant momentanément hors de l’atteinte du créancier saisissant366.

II. Poursuites

a)Quel est le texte légal et quelles sont les sanctions ?


L’article 83 du code pénal livre II prévoit et réprime l’infraction de dé-
tournement d’objets saisis. Cet article prévoit que l’auteur de cette infraction
sera puni de cinq ans maximum de servitude pénale et d’une amende ou d’une
de ces peines seulement.

b) Qu’en est-il du tribunal compétent et de la prescription ?


Le juge compétent est le tribunal de paix. Il a la faculté de prononcer
soit la peine de servitude pénale principale et l’amende, soit l’une de ces peines

362
Léo.,18 décembre 1958, R.J.A.C.1959, p.149 ;V. R.J.A.C. 1961,p.66.
363
C.S.J., R.P.A, 12, 3 mars 1972, B.A. 1972 p.26.
364
C.S.J., R.P.A. 12, 3 mars 1972, B.A. 1973 p. 26, R.J.Z 1973 , p. 33.
365
C.S.J., idem.
366
Cour d’appel Mbuji-Mayi, RPA 1411, 12 octobre 1995, in RAJ 1996, p. 59.
232

seulement. L’infraction de détournement des biens saisis se prescrit dans le


délai de trois ans.

c)Particularités propres à l’infraction de détournement d’objets saisis.


La qualification pénale peut appréhender diverses situations dans les-
quelles se trouvent les objets sous mains de justice. Ces objets sont des im-
meubles ou des meubles concernés par l’autorité de la justice au moyen de la
saisie immobilière, la saisie arrêt, le séquestre ou même la saisie en vue de la
peine de confiscation prononcée par une juridiction pénale.

181. Détournement d’objets saisis, mis sous séquestre ou con-


fisqués
L’infraction de détournement d’objets saisis, mis sous séquestre ou con-
fisqués est définie aux articles 111 et 132 du code pénal militaire. Elle requiert
des éléments constitutifs propres.

I. Eléments constitutifs de l’infraction

a)L’auteur de l’infraction
Pour être consommée, cette incrimination doit avoir pour auteur dans
le cas de l’article 111 du code pénal militaire tout individu, militaire, assimilé ou
civil. Ce dernier doit avoir détourné des objets placés sous la main des ins-
tances militaires ou des instances judiciaires militaires ou encore, il doit s’agir
du saisi constitué gardien des objets placés sous la main des instances militaires
ou des instances judiciaires militaires. Dans le cas de l’article 132 du code pénal
militaire, l’auteur est un officier du Ministère public militaire ou tout membre
de la Commission des Biens saisis, mis sous Séquestre ou Confisqués.

b)Acte incriminé
L’acte incriminé est un acte d’appropriation indue pour soi-même ou
pour un tiers, d’un bien placé sous la main de la justice ou détenu pour besoin
d’enquête, saisi mis sous séquestre, confisqué et dont on a la garde, la surveil-
lance ou la gestion ; au sens de l’article 132 du code pénal militaire, l’acte in-
criminé consiste en l’utilisation, la jouissance illégitime d’un bien par un offi-
cier du Ministère public, par un membre de la commission des biens saisis
comme s’il en était le véritable propriétaire. Il est jugé que cette infraction sup-
pose, pour sa réalisation, un acte matériel de détournement, une chose saisie,
mise sous séquestre ou confisquée. Le détournement ne peut être puni sur base
de l’article 11 du code pénal militaire que s’il porte sur un objet frappé de la
mesure de saisie, de la mise sous séquestre ou de la confiscation367.

367
Haute cour militaire., RP 001/2004 du 05 octobre 2004, inédit.
Catalogue des infractions 233

Bref, il doit s’agir d’un détournement ou d’une utilisation illégitime de


biens saisis, mis sous séquestre ou confisqués.

c)Nature des biens


Il doit s’agir des biens saisis, placés sous séquestre ou confisqués.
La saisie est soit une voie d’exécution, soit une mesure de précaution.
Le séquestre est un dépôt sous la conservation de l’Etat ou d’un tiers désigné à
cet effet, des biens appartenant à un individu poursuivi devant la justice mili-
taire et qui, sans motif d’excuse légitime, y fait défaut jusqu’à la décision du
juge du fond, et ce pour des infractions limitativement énumérées par la loi.
Les infractions concernées sont la trahison, la désertion à l’étranger, le détour-
nement des deniers publics ou des effets appartenant à l’Etat, l’insoumission
368
.

La confiscation est une peine complémentaire et patrimoniale affectant


les biens du condamné l’ayant servi à la perpétration d’une infraction donnée
ou constituant le produit de cette infraction.

d)L’élément moral
L’élément intentionnel se réalise lorsque l’agent a consommé son acte
délictueux tout en sachant que l’objet concerné était sous la main de la justice.

II. Régime répressif

L’infraction de détournement d’objets saisis des articles 111 et 132 du


code pénal militaire est punie de deux ans de servitude pénale dans le chef du
saisi, du constitué gardien en vertu d’un procès-verbal. Elle est punie de cinq à
dix ans de servitude pénale dans le chef de l’officier du Ministère public ou du
membre de la commission des biens séquestrés.
Si les faits sont commis en temps de guerre ou sur une partie du terri-
toire où l’état de siège ou d’urgence a été décrété, la peine de mort sera encou-
rue.

182. Diffamation
Voir imputations dommageables, n° 300.

183. Diffamation et médias


Voir délits de presse, n° 141.

368
Laurent MUTATA LUABA. , op. cit. ,p.362.
234

184. Discrimination
« Toute distinction » opérée entre les militaires ou assimilés, en raison de leur
origine, de leur appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une tribu, une
région ou une province, à une religion, à une association de fait ou de droit de
quelque nature que ce soit constitue une discrimination (article 196 du code
pénal militaire).

I. Eléments constitutifs de l’infraction de discrimination

L’infraction de discrimination369, pour être caractérisée, exige la réunion


de trois éléments.
a)L’acte incriminé
L’acte incriminé consiste dans le fait d’opérer toute distinction fondée sur
l’origine, l’appartenance ou non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie,
une tribu, une région ou province, à une religion, à une association de fait ou
de droit de quelque nature que ce soit.
b)La qualité de l’auteur
L’agent coupable doit être un militaire ou assimilé, c’est-à-dire les membres
des Forces Armées de la République Démocratique du Congo, les membres de
la Police nationale ou les Bâtisseurs de la République…
c)L’élément moral
L’intention criminelle est à tirer de la volonté libre et éclairée de recherche
d’une prétendue sécurité exigée. Elle est pour soi-même ou pour autrui, fondée
sur des sentiments négatifs vis-à-vis de la victime.

II. Régime répressif

Toute discrimination lorsqu’elle consiste à subordonner la fourniture d’un


bien ou d’un service à une condition fondée sur l’un des éléments visés à
l’article 196 du code pénal militaire est punissable de deux à quatre ans de ser-
vitude pénale370. Il sied de préciser que le régime répressif de l’infraction de
discrimination est identique à celui de l’infraction de clientélisme. Nous re-
commandons de s’y référer pour des plus amples détails.

185. Discrimination à l’endroit d’une personne vivant avec le


VIH/Sida
Voir stigmatisation à l’endroit d’une personne vivant avec le VIH/sida, n° 531.

369
La discrimination est une incrimination innovante issue de la récente réforme du code
pénal militaire. Elle est un fléau avilissant généralisé et affectant quasiment tous les sec-
teurs de la vie sociale. Aucun secteur n’est épargné : privé ou public, civil ou militaire.
L’accès à l’emploi et l’exercice effectif de la profession ne sont pas à l’abri de ce mal.
370
Article 198 du code pénal militaire.
Catalogue des infractions 235

186. Discrimination dans les magasins et autres lieux publics


L’infraction de discrimination dans les magasins et autres lieux publics est
créée par le décret du 13 juin 1960 et l’ordonnance-loi 25-491 du 1er octobre
1959.

a) Actes constitutifs de discrimination


En effet, le maintien, l’aménagement des installations distinctes (à l’instar
des guichets, entrées, comptoirs etc..) réservées à une race ou à une ethnie dé-
terminée dans les magasins et lieux publics est interdit. Pareil acte est constitu-
tif d’infraction de discrimination dans les magasins et autres lieux publics.
L’interdiction s’étend également au placement des inscriptions, dessins ou
signes indiquant les installations distinctes prohibées.

b) Quelles sont les pénalités que le législateur a prévues ?


Quiconque procède au maintien, à l’aménagement ou fait maintenir ou
aménager des installations distinctes réservées à une race ou ethnie déterminée
ou place des inscriptions ,dessins ou signes quelconques indiquant ces installa-
tions distinctes visées sera puni. La sanction est une servitude pénale de deux
mois au maximum et une amende ou une de ces peines seulement. S’il y a réci-
dive, le juge pourra ordonner la fermeture de l’établissement pour une durée
déterminée n’excédant pas deux mois.

187. Dissipation des effets militaires ou des effets de l’Etat


Le droit militaire érige la dissipation (élément constitutif du détournement
en droit commun) en une infraction autonome. Ce qui signifie que l’infraction
de dissipation des effets militaires ou des effets de l’Etat est d’ordre militaire.

I. Eléments constitutifs propres

Une série d’éléments essentiels font établir l’incrimination de dissipation


d’effets militaires.

a)L’élément légal.
L’article 74 du code pénal militaire définit et réprime l’infraction de dissipa-
tion des effets militaires ou des effets de l’Etat.
b)Les éléments matériels
Les éléments matériels sont faits d’actes de dissipation et d’objets suscep-
tibles de dissipation. Dissiper c’est dilapider, gaspiller, prendre en dépenses, en
prodigalités, utiliser abusivement, sans justification, ou à l’occasion du service
des effets appartenant à des militaires, à l‘armée ou à l’Etat.

c)Les éléments intellectuels.


236

Le dol général suffit à établir l’infraction dès lors que l’objet protégé ne fait
plus partie du patrimoine de l’armée (ou services apparentés) ou de la puissance
par le fait de l’agent.

II. Régime répressif

Les infractions regroupées à l’article 74 du code pénal militaire (détour-


nement, dissipation et vol d’effets militaires) sont réprimées de la servitude
pénale principale d’un à dix ans, de la confiscation de l’ensemble des biens ré-
sultats de l’acte délictueux et du renvoi de l’armée. En cas de condamnation
pour vol ou détournement d’effets militaires, peu importe le taux de la peine,
en vue de sauvegarder le patrimoine militaire et de décourager les délinquants
potentiels, le condamné est d’office renvoyé de l’armée ou de son service.
Toutefois, le renvoi de l’armée ne peut jamais être prononcé ni appli-
qué à l’auteur de la dissipation. La peine complémentaire de renvoi de l’armée
heurterait de front la loi.

188. Distillerie clandestine

Pour dire établie en fait comme en droit l’infraction de distillerie clandes-


tine, il faut la réunion des éléments constitutifs.

I. Eléments constitutifs

Il s’agit principalement de l’élément matériel, sans perdre de vue le


texte incriminateur. L’absence de l’élément intentionnel dans l’ordre des élé-
ments constitutifs conduit à qualifier l’infraction de distillerie clandestine
d’infraction non intentionnelle.

a)Elément légal
Divers textes de lois répriment la distillerie clandestine. D’un côté
l’ordonnance-loi n°395/Fine du 26 décembre 1942 modifiée par l’ordonnance-
loi n°30 de décembre 1958. De l’autre, l’ordonnance législative n°33/608 du 10
décembre 1959 et l’ordonnance -loi n°68/010 du 06 janvier 1968371 qui a rem-
placé les textes antérieurs qu’elle a abrogés. Ce sont là les textes légaux relatifs à
l’infraction de distillerie clandestine.

371
Les codes Larcier République Démocratique du Congo, Edition 2003, Larcier-Afrique
Editions, tome V, p.298.
Catalogue des infractions 237

b) Elément matériel.
La fabrication ou la préparation à des fins commerciales, les débits, la
cession et toutes opérations relatives aux alcools et aux boissons alcooliques
doivent être couverts par une licence ( art. 34). A cet effet, il est interdit le débit
et la consommation sur l’étendue de la République de toutes boissons alcoo-
liques titrant de plus de 45° (art.36°). C’est sous l’effet de cet article que la
boisson coutumière « lotoko » ne peut être consommée ni débitée d’autant plus
qu’elle contient un degré d’alcool de loin plus élevé que 45°.

II. Poursuites et pénalités

L’article 51 de l’ordonnance-loi n°68/010 du 06 janvier 1968 relative aux


droits de consommation et régime des boissons alcooliques inflige une servi-
tude pénale de huit jours à un an et l’amende ou une de ces peines. Il y a en-
suite des sanctions administratives telles que la suspension ou le retrait de la
licence, la saisie des alcools, appareils et portions d’appareil de distillation ainsi
que les cuves, vaisseaux et autres machines. La distillerie clandestine est de la
compétence du tribunal de paix. L’action publique de l’infraction de distillerie
clandestine se prescrit dans le délai d’une année.

189. Divagation d’animaux

La divagation d’animaux est le fait pour le propriétaire ou la personne


responsable d’animaux domestiques ou de bétail, de les laisser errer sans sur-
veillance sur la voie publique ou sur le bien d’autrui, au risque de causer de la
perturbation ou un accident.

I. Eléments constitutifs

Pour exister l’infraction de divagation d’animaux requiert l’existence


des éléments suivants.
a)L’existence des zones urbaines ou des cités
L’infraction de divagation d’animaux est une infraction qui ne se com-
met que dans les agglomérations, les zones urbaines ou les cités. C’est-à-dire
que dans les villes et les cités les animaux n’ont droit de cité que sous certaines
conditions.

b)Les animaux concernées


Les animaux domestiques, le bétail ou la volaille (animaux de basse
cour) ne peuvent se déambuler dans les villes et cités sans observer queleques
règles générales tant d’hygiène que de sécurité. Les animaux concernés sont les
bovidés, ovidés, capridés et suidés ainsi que tous las animaux sauvages appri-
voisés, non réputés dangereux ou nuisibles. Toutefois, dans les cités indigènes
238

des circonscriptions urbaines, l’interdiction ne s’applique aux ovidés, capridés


et suidés que sur décision de l’administrateur du terrirtoire.
c)L’errance sans surveillance
Les animaux en concerne ne peuvent se promener dans les circonscrip-
tions des villes et cités que sous la surveillance de leur maître et/ ou gardien.
Ceux Ŕci doivent scrupuleusement respecter les règles d’hygiene et de sécurité.
Les animaux ne doivent mettre ni en péril ni en insécurité la vie humaine. Les
animaux ne doivent non plus être mis en danger par la négligeance de leurs
propriétaire ou gardiens.

d) La voie publique ou dans la propriété d’autrui.


La divagation de animaux est interdite dans les circonscriptions ur-
baines sur la voie publique, dans la propriété d’autrui et sur les biens d’autui.
Ils peuvent causer préjudice aussi bein à des personnes qu’aux biens si des dis-
positions utiles ne sont pas préalablement prises. Dès qu’ils (animaux) sont
répèreés sous la voie publique ou sur les biens d’autrui alors qu’ils ne sont sous
la garde de leus maîtres et ou gardiens l’infraction se caractérise.

II. De la répression liée à cette infraction

a)Texte de loi, tribunal compétent et prescription


La divagation d’animaux s’enracine dans l’ordonnance n° 54-bis/AGRI
du 05 mai 1936 relative à la divagation des animaux et la détention des animaux
sauvages réputés dangereux ou nuisibles 372. Elle y est définie et assortie des
sanctions. Le propriétaire ou le responsable coupable encourt la servitude pé-
nale de sept jours maximum et l’amende ou l’une de ces peines seulement. Le
pénalement responsable de l’infraction de divagation d’animaux sera traduit
devant le tribunal de paix. La divagation d’animaux se prescrit dans le délai
d’une année. La personne lésée ainsi que le Ministère public pourront mettre
en mouvement l’action publique.
b)Cas particuliers des animaux domestiques morts
Aux termes de l’article 1er de l’ordonnance-loi du 26 février 1916373 se-
ront punis d’une amende et d’une servitude pénale de un à sept jours ou d’une
de ces peines seulement :
- les propriétaires ou détenteurs d’animaux morts et sans destination
utile, qui auront négligé de les enfouir dans les vingt-quatre heures à un
mètre cinquante centimètres de profondeur, dans leur terrain ou au lieu
qui leur sera désigné par l’autorité territoriale ;

372
Les codes Larcier, République Démocratique du Congo, tome II, Droit pénal, Larcier-
Afrique Editions 2003, p. 27 ; Code pénal congolais, décret du 30 janvier 1940 tel que modi-
fié jusqu’au 31 décembre 2009 et ses dispositions complémentaires, 2010, p.179.
373
B.A.C. ,1918, p. 94; Les codes Larcier, République Démocratique du Congo, tome II,
Droit pénal, Larcier-Afrique Editions 2003, p. 27.
Catalogue des infractions 239

- ceux qui jetteront des bêtes mortes sur les chemins publics ou sur les
propriétés d’autrui, dans un cours d’eau, lac ou étang ;
- ceux qui auront déterré, en totalité ou en partie et n’importe pour quel
usage, des cadavres ou des débris d’animaux.

190. Divagation des chiens

Le législateur interdit la divagation des chiens dans les circonscriptions


urbaines. En effet, tous les chiens sont à identifier et tout propriétaire doit en
faire la déclaration au bureau de l’administration territoriale le plus proche de
sa résidence. Il faut pour cela, payer une somme et se faire remettre par
l’administration une médaille numérotée. En cas de divagation, l’animal sera
capturé par les soins de l’administration et mis en fourrière. A la fourrière,
l’animal sera nourri et gardé aux frais du propriétaire ou de toute personne
responsable de sa divagation. Si les chiens mis en fourrière ne sont pas récla-
més dans un délai de trois jours, au lieu d’être mis en vente ou abattus ils pour-
ront être mis à la disposition de tout établissement officiel aux fi ns de servir à
des recherches scientifiques.

L’infraction de divagation des chiens suppose le défaut de prévoyance des


conséquences normalement prévisibles ; qu’un propriétaire connaissant les
allures extravagantes de son chien manque d’en prévoir les conséquences374 .

L’ordonnance du 22 janvier 1918375 relative à la divagation des chiens est


le texte qui définit et réprime la divagation des chiens. L’article 1er de ce texte
légal dispose : « ceux qui, sans qu’il en soit résulté aucun mal ou dommage au-
ront excité ou n’auront pas retenu leurs chiens, lorsqu’ils attaquent ou poursui-
vent les passants seront punis d’une amende et d’une servitude pénale de un à
cinq jours ou d’une de ces peines seulement ».

191. Divulgation des informations secrètes

L’incrimination de divulgation des informations sécrètes concerne en réa-


lité la divulgation des informations secrètes ou la réception illicite d’un docu-
ment ou écrit secret. L’article 150 du code pénal militaire parle de ceux qui se
rendent coupables de divulgation, diffusion ou reproduction des informations
visées ou ceux qui en fournissent les moyens. L’article 151 du code pénal mili-
taire dispose : « quiconque se fait remettre tout document ou écrit qui, par sa
nature, est secret… ». L’article 11 du décret-loi376 n°001/2002 du 26 janvier

374
Ière inst. App. Elis .28 mars 1933, Rev. Jur. 1933. p.206.
375
B.A.C., P.94.
376
Codes Larcier, République Démocratique du Congo, tome VI-I, Droit public et administra-
tif, volume 1. Droit public, Larcier-Afrique Editions 2003, p. 234.
240

2002 portant organisation générale de la défense et des forces armées congo-


laises stipule : « quiconque aura utilisé ou divulgué, tenté d’utiliser ou de divul-
guer des renseignements obtenus… ».

I. Eléments constitutifs

Pour que l’infraction de divulgation des informations secrètes soit éta-


blie, elle nécessite la réunion de l’élément matériel et moral.
a)Les éléments matériels
Les éléments matériels sont constitués d’actes de divulgation, de diffu-
sion de publication, de reproduction et de la fourniture des moyens de réalisa-
tion du fait punissable377. Il en est ainsi d’un responsable de radio privée qui
permet à un militaire de diffuser les informations secrètes a travers sa chaîne,
d’un éditeur de journal qui permet la publication de renseignements secrets, du
propriétaire d’une bureautique qui en autorise la production.
L’acte répréhensible, au regard de l’acte 151 du code pénal militaire est
la réception d’un document ou écrit de nature secrète. Les renseignements, les
procédés, les objets, les documents, les données informatisées ou les fichiers
intéressant la défense nationale présentent le caractère de secret de la défense
nationale lorsqu’ils ont fait l’objet de mesures de protection destinées à res-
treindre leur diffusion.
b)L’élément moral
L’incrimination de divulgation des informations secrètes nécessite un
élément moral. La divulgation des informations secrètes est une infraction in-
tentionnelle. L’agent accomplit son acte d’une manière libre et consciente. Ce-
lui qui sait révéler un secret ne peut pas être considéré comme n’ayant pas
l’intention de révéler. S’agissant de l’auteur de l’infraction de l’article 151 du
code pénal militaire, il se fait remettre librement un document ou écrit dont il
connait la nature secrète.

II. Pénalités afférentes

Aux termes de l’article 150 du code pénal militaire seront punis ceux
qui divulguent, diffusent, publient ou reproduisent des informations secrètes,
ceux qui en fournissent les moyens. La peine prévue est de vingt ans de servi-
tude pénale.
En temps de guerre ou dans une région où l’état de siège ou d’urgence
est proclamé ou à l’occasion d’une opération de police tendant au maintien ou
au rétablissement de l’ordre public, les coupables sont punis de cinq à vingt ans
de servitude pénale. Si les auteurs sont fonctionnaires ou agents de l’autorité ils
subiront un à cinq ans de travaux forcés.
377
Ces actes sont répris in extenso par les articles 150 du code pénal militaire et 11 du
décret-loi du 26 janvier 2002 portant organisation générale de la défense et des forces ar-
mées congolaises.
Catalogue des infractions 241

192. Don aux membres des bureaux de vote


Voir élections, n° 199-II,12.

193. Drogues
I. Considérations générales

Depuis la plus haute Antiquité, l’homme a toujours cherché à accéder


aux « paradis artificiels » pour échapper aux contraintes du quotidien. Il a usé à
cet effet de l’alcool, du tabac, du chanvre à fumer et ses diverses formes (mari-
juana, haschisch etc…), de la cocaïne, de l’opium, et des produits de synthèse
comme l’héroïne, dérivé de la morphine, comme les barbituriques et tranquilli-
sants tels que le valium, le rohypnol souvent appelé chez nous « roche »378 .
Les drogues (dépresseurs, stimulants, hallucinogènes, les tranquillisants
etc.) peuvent avoir, à certaines doses, une action toxique sur l’organisme, pro-
voquer des troubles, des lésions, réversibles ou irréversibles, voire mortelles.
Elles peuvent également constituer le mode opératoire des crimes ou sont le
résultat des accidents mais encore déterminer chez l’intoxiqué des perturba-
tions plus ou moins graves dans le comportement familial et social379 . En Ré-
publique Démocratique du Congo, ceux qui s’adonnent à la drogue sont légion
et de tous âges. Avec pincement au cœur l’on peut observer sans effort, voir le
spectacle des « colombiens au stade des Martyrs » et des drogués à Matonge380 :
des jeunes et vieux agglutinés aux coins des rues, perdus dans le paradis artifi-
ciel ou commettant des crimes sous impulsion de la drogue ou abandonnés en
pleine journée au sommeil sous l’action du valium ou d’autres produits con-
sommés généreusement au risque même de leur vie.
L’usage et l’incitation à l’usage des stimulants à l’occasion de compéti-
tions sportives sont des pratiques dangereuses tendant aujourd’hui à se déve-
lopper dans la pratique du sport (dopage sportif). Ces substances destinées à
accroître artificiellement et passagèrement les possibilités physiques sont sus-
ceptibles de nuire à la santé. Le trafic illicite des drogues, l’abus de drogues, les
intoxiqués qui s’administrent la drogue, la possession sans justification médi-
cale des drogues, la production et le commerce des drogues, la fabrication,
l’exportation, l’importation, la distribution et la détention des drogues au delà
378
NDELO di PHANZU (Toxicologue et Directeur de laboratoire de toxicologie de
l’Université de Kinshasa). , « La police et la lutte anti-drogue » in, Police et reconstruction
nationale, publications de l’Institut pour la Démocratie et le Leadership Politique, Kinshasa,
1999, p 95.

379
YAMARELLOS (E) KELLENS (G). , Le crime et la criminologie, Marabout université,
197O, p. 234.
380
Sont appelés colombiens au Stade des Martyrs de Kinshasa, les fumeurs de chanvre et
autres drogués. Ils se sont adjugés dans cette installation sportive des places et aires réser-
vées. Matonge est un quartier populaire de la Commune de Kalamu à Kinshasa, capitale de
la R.D.C.
242

des quantités nécessaires à la médecine et à la recherche scientifique sont des


fléaux. Ils se posent alors l’épineuse question d’empêcher ou de réduire l’abus
de drogues en limitant leur usage aux seules fins légitimes ou en interdisant
toute utilisation. Quel choix faut-il opérer ?

II. Poursuites

L’organisation des Nations Unies a mis sur pied depuis 1961 une légi-
slation internationale sur les stupéfiants. Cette législation est régulièrement
complétée et modifiée. Quant à notre pays, les lois de mise en œuvre n’ont
toujours pas été édictées. La législation et la réglementation existantes au Con-
go-Kinshasa ne sont pas à la mesure des attentes et de l’ampleur du phéno-
mène dévastateur qu’est la drogue. Les textes qui existent sont lacunaires et
inadaptés.

IV. Textes légaux et sanctions

1. L’ordonnance- législative du 22 janvier 1903 approuvée par le décret du 10


mars 1917 ne réprime que le chanvre à fumer. Il est bien certain que
d’autres drogues (stupéfiants et substances psychotropes) ne tombent pas
sous l’application de ce texte évoqué. Les mots « chanvre à fumer » ont tel-
lement un sens bien précis que ce serait aller à l’encontre du principe de
l’interprétation restrictive des lois en matière pénale que d’appliquer, sous
prétexte d’analogie, ce texte légal à l’opium et ses dérivés (morphine, hé-
roïne, codéine etc.) ou à toute drogue autre que celle désignée. L’élément lé-
gal ferait sans ambages défaut.
2. L’article 195 du code pénal militaire punit tout militaire ou tout individu qui
dans une installation militaire ou assimilée se rend coupable de culture, dé-
tention, trafic ou commercialisation de la drogue, du chanvre à fumer, des
stupéfiants ou d’autres substances narcotiques. Les sanctions prévues sont
celles applicables pour violation des consignes (trois à dix ans de servitude
pénale principale).
3. L’article 131 de l’ordonnance72-359 portant mesures d’exécution de
l’ordonnance-loi 72-046 du 14 septembre 1972 sur l’exercice de la pharma-
cie interdit, sauf autorisation, la production, la transformation, l’extraction,
la préparation, la détention, l’offre, la distribution, le courtage, l’achat, la
vente, l’importation, l’exportation des stupéfiants et d’une manière générale
toutes opérations agricoles, industrielles et commerciales relatives à ces
substances inscrites à la liste « S » (stupéfiants et préparations qui les con-
tiennent)

IV. Propositions
Catalogue des infractions 243

Le législateur congolais a intérêt à intervenir pour que désormais la pro-


duction, la distribution, le commerce, l’usage, la détention en dehors des buts
médicaux et scientifiques soient constitutifs d’infractions. Il devra tenir compte
du fait que les peines actuelles sont dérisoires. Elles sont moins dissuasives par
rapport à l’ampleur et aux conséquences néfastes du phénomène de la drogue.
La répression du trafic et de l’usage des stupéfiants par des sanctions pénales
ne devrait pas néanmoins faire oublier de fournir une aide sanitaire et d’opter
en outre pour une prise en charge psycho-sociale des intoxiqués.

194. Droit de correction

Traditionnellement la société admet un droit de correction inscrit dans le


cadre de l’éducation. Ce droit s’exerce dans deux domaines tenant à la fonction
éducative : les parents et les enseignants. L’évolution a conduit à une limitation
importante de ce droit. Si donner une gifle à un enfant ou lui tirer les oreilles
semble encore toléré par la loi, le battre avec un fouet, avec la pomme des
mains, avec un coup de poing constitue l’infraction des coups et blessures. Le
droit de correction est d’appréciation fort délicate en matière de coups et bles-
sures. Il dépend des circonstances de l’espèce relevant du pouvoir souverain
d’appréciation des juges de fond. Nous estimons qu’il y a lieu d’accepter le
principe selon lequel le droit de correction pourrait neutraliser la responsabilité
pénale lorsqu’il y a qualification pénale des violences légères, sauf si les vio-
lences par leur nature ou conséquences dépassent ses limites. La jurisprudence
est quant à ce sans réserve. Le tribunal a jugé que même dans les cas où il
existe, le droit de correction ne peut justifier les coups volontaires occasion-
nant des blessures381.
Le droit de correction est légitime dans une action exercée par un ensei-
gnant dans la cour de récréation « lorsqu’elle a comme but de faire cesser, avec
l’autorité physique nécessaire un chahut, une dispute, une bagarre, une chamail-
lerie » 382 ou lorsque le père utilise « son pouvoir de direction et de correction
exercé de manière très brève et ponctuelle » 383 . Les corrections corporelles
légères infligées aux enfants par les parents , tuteurs et maîtres, dans le but de
les rappeler à leurs devoirs, ne tombent pas osus l’application de la loi pénale,
,l’intention d’attenter à la personne d’autrui faisant défaut384.
Il a été jugé que le droit des instituteurs d’infliger des corrections corpo-
relles à leurs élèves n’est reconnu par aucune loi et ne trouve pas son fonde-
ment dans les principes juridiques dont s’inspire la législation congolaise. Tout

381 ère
1 instance Bas-congo, 18 janvier 1907, Jur. Etat, II, p.163.
382
Cour d’Appel de Versailles 16 juin 2003, RSC, 2005,p.87, obs.Veron.
383
Cour d’Appel de Paris 4 mai 2004 et 11 mai 2004, Dr. Pen.2004, comm.
n°158,obs.veron.
384 ère
Boma, 09 octobre 1900, Jur. Etat, I, p.103 ; 1 Instance Léo., 23 janvier 1909, Jur. Etat,
II, p. 299.
244

au plus pourrait-on soutenir que l’instituteur échappe à la sanction pénale à


raison de l’absence de dol général ou special385. N’a pas le droit de correction
un européen sur sa concubine386 . On ne peut reconnaître le droit de correction
à toute personne ayant une autorité à exercer sur une autre387. Ainsi n’a pas ce
droit un agent de l’Etat sur ses travailleurs388.
En revanche, la qualification pénale est acquise lorsque le comportement
violent des parents a entraîné des lésions graves traduisant une disproportion
évidente entre le droit éducatif de correction et les violences infligées aux en-
fants.

195. Droits intellectuels

Les droits intellectuels font partie des droits patrimoniaux. Ils donnent à
son titulaire une double maîtrise : un droit de nature économique, à une part du
profit procuré par la reproduction de son œuvre, un droit moral à ce que sa
pensée ne soit pas communiquée d’une manière qui la défigure389 .

a) Quels sont les textes légaux ?


En République démocratique du Congo, les textes en matière des droits
intellectuels ont été pendant la colonisation, le décret du 29 octobre 1886, mo-
difié par l’ordonnance-loi n°122/A.E du 13 mars 1941 ; le décret du 26 avril
1888 ; le décret du 24 avril 1822 et le décret du 21 juin 1948. Cette législation
coloniale a été abrogée par la loi n° 82 -001 du 7 janvier 1982 et l’ordonnance
loi n° 86-033 du 05 avril 1986 portant protection des droits d’auteurs et des
droits voisins 390 .

b) Quelles sont les infractions proprement dites ?


Les infractions en matière des droits intellectuels consistent en
l’usurpation de la paternité d’œuvres ou de biens. Les auteurs de ces infractions
présentent des œuvres comme leur appartenant ou issues de leurs activités per-
sonnelles pour en tirer des bénéfices illicites. Ces infractions se résument prin-
cipalement en celles de contrefaçons. La mention du nom de l’auteur ou d’un
signe permettant de l’identifier constitue une présomption de la qualité de
l’auteur mais son absence ne suffit pas pour denier à une personne la posses-
sion du droit d’auteur. Celle-ci peut être établie par toutes voies de droit .

385
Boma, 18 février , Jur. Etat, II, p.218.
386
Boma.18 septembre 1914, Jur. Col.1925, p.161.
387
Boma, 26 octobre 1901, Jur. Etat, I, P.251.
388
Boma, 26 octobre 1901, idem.
389
LUKOMBE NGHENDA. , op. cit . , p. 609.
390
J.O. , 1982, n°2 p.9 et J.O. , 1986, p.31.
Catalogue des infractions 245

196. Duel

Le duel est un combat singulier entre deux personnes. Il se déroule sui-


vant les conditions déterminées à l’avance et a pour but de vider un différend391
. La loi punit aussi bien celui qui se sera battu en duel que celui qui aura provo-
qué au duel. La provocation au duel consiste dans tout fait quelconque qui tend
à amener l’adversaire sur le terrain pour autant que la personne à qui la provo-
cation est adressée en soit réellement touchée. Dans ce cas la sanction sera
différente selon que le provocateur l’aura fait par une injure quelconque ou
non.
Le duel est aussi aggravé lorsqu’il y a eu mort d’homme. La mort de
l’adversaire est l’élément caractéristique du duel aggravé. Les témoins et les
arbitres pourront aussi être poursuivis pour non assistance contre une infrac-
tion. En cas de blessures, les duellistes seront passibles des peines prévues par
les articles 46 ou 47 du code pénal392.

I. Eléments constitutifs

Le duel, pour être établi, exige la réunion des divers éléments.


L’incrimination de duel ne sera avérée que s’il existe un élément matériel et un
élément moral.
a)L’élément matériel
Le duel comprend d’abord un acte positif c’est-à-dire un acte certain, réel,
concret et non une abstention. Il comprend ensuite des actes, des coups, des
coups de poings, des coups des pieds, des coups de bâton, etc. caractérisant le
combat ;
b)L’élément moral
L’élément moral comprend la volonté des parties de se livrer au combat, de
se battre en duel . Sans cette volonté de duel, il y a coups et blessures.
c) Les deux auteurs, les duellistes.
Le duel étant le fait pour deux hommes de se battre, selon des conditions
fixées à l’avance pour régler un différend, il y a nécessairement les duellistes.

391
Bruxelles 26/10/1913, Jur Col 1924 p.189 ; Boma, 26 octobre 1913, Jur. Col. 1924,
er
p.189 ; 1 inst. Coq 7 décembre 1950, J.T.O.M. 1952, p.21.
392
Ces dispositions légales sont respectivement relatives aux infractions de coups et bles-
sures volontaires et de coups et blessures aggravées. Pour l’article 46, les peines sont
d’une part de huit jours à six mois de servitude pénale et d’une amende. D’autre part, en cas
de préméditation, la servitude pénale est d’un mois à deux ans en plus d’une amende. Les
peines de l’article 47 sont la servitude pénale de deux à cinq ans et l’amende.
246

II. Poursuites

a) Disposition légale et Sanctions


La provocation en duel est punie d’amende (art.63 code pénal livre II).
Celui qui, par injure aura donné lieu à la provocation se verra infliger une
amende (art.64 du code pénal livre II). Aux termes de l’article 65 du code pénal
livre II, celui qui se sera battu en duel encourt un mois à trois ans de servitude
pénale principale et/ou une amende. En cas de duel simple, ces peines frappe-
ront exclusivement les deux adversaires pour autant que la rencontre se soit
produite. Celui qui dans un duel aura donné la mort à son adversaire sera pas-
sible de trois mois à cinq ans de servitude pénale et d’une amende ou de l’une
de ces peines (art.66 du code pénal livre II).

b) Quelle est l’instance compétente ?


Au regard des peines, le tribunal de paix est la juridiction compétente
matériellement pour connaître de l’infraction de duel.

c) Comment cette infraction se prescrit-elle ?


Lorsque les faits sont punis d’amende ou d’une servitude pénale d’un
an au maximum, l’action publique se prescrit en une année. Par contre, elle se
prescrit en trois ans lorsque les faits sont punis de cinq ans au maximum.

197. Duel aggravé


Voir duel, n° 196.

198. Duel simple


Voir duel, n° 196.
Catalogue des infractions 247

199. Elections
Les opérations électorales comprennent des dispositions pénales créant
des infractions spécifiques. Sous d’autres cieux, ces infractions sont appelées
« délits électoraux ». Ce sont des infractions relatives à l’exercice des droits
civiques. En République Démocratique du Congo, il y a deux catégories
d’infractions électorales. Les infractions susceptibles d’une part d’être com-
mises lors de la préparation des élections, de l’identification et de l’enrôlement
des seuls congolais en âge (18 ans au moins) de prendre part aux scrutins, et
d’autre part à l’occasion de l’organisation des élections présidentielles, législa-
tives, provinciales, urbaines, municipales et locales.
Deux lois définissent et répriment les délits électoraux. Il s’agit d’un côté
de la loi n°04/028 du 24 décembre 2004 portant identification et enrôlement
des électeurs en République Démocratique du Congo393 et de l’autre de la loi
n°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielles,
législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales. Ces textes légaux
définissent certains faits, les qualifient d’infractionnels, en fixent et en détermi-
nent les sanctions. Par contre, la régularité et la sincérité de l’élection sont ga-
ranties par un contrôle juridictionnel exercé suivant le cas, par la cour suprême
de justice, les cours d’appel, les tribunaux de grande instance, les tribunaux de
paix, suivant une procédure gratuite et simplifiée. Il revient au juge de statuer
sur les contestations concernant la recevabilité des candidatures, les incompati-
bilités, la campagne électorale, le déroulement des opérations de vote, de dé-
pouillement et sur le recours mettant en cause le résultat de l’élection ; bref le
contentieux électoral.
Les dispositions pénales, elles, comprennent les infractions en matière de
préparation (identification et enrôlement des électeurs) des élections et les in-
fractions électorales proprement dites.

I. Infractions à l’occasion de l’identification et de l’enrôlement des élec-


teurs

1) Défaut de preuve de satisfaction aux obligations


d’identification et d’enrôlement des électeurs (art.52)
Peut commettre l’infraction de l’article 52, le témoin ou l’observateur.
Le témoin dont question doit être celui non désigné par un parti politique, non
accrédité par la commission électorale indépendante et non porteur de sa carte
de témoin.

393
Journal officiel de la République Démocratique du Congo, 45ème année, numéro spécial,
Kinshasa, 27 décembre 2004.
248

L’observateur concerné est celui non mandaté par une organisation nationale
ou internationale, ou non agrée par la commission électorale indépendante et
non porteur de sa carte d’accréditation. La sanction est d’une servitude pénale
de 30 jours maximum et/ou une amende n’excédant pas 50.000 Francs Congo-
lais constants.

2) Divulgation des renseignements individuels communiqués à


l’occasion d’opérations d’identification et d’enrôlement (art.50)
Les peines de l’infraction de Révélation du secret professionnel (art.73)
seront infligées à celui qui divulgue ou utilise dans un but autre qu’électoral les
renseignements individuels communiqués.

3) Entrée en armes dans un centre d’inscription (art.46)


L’arme peut être apparente ou cachée. Le coupable encourt une servi-
tude pénale d’un an à deux ans et une amende ne dépassant pas 100.000 Francs
Congolais constants. Ne sont pas ici concernés les membres des Forces Ar-
mées de la République Démocratique du Congo et de la Police Nationale Con-
golaise.

4) Faux en écritures en matière électorale (art.45 de la loi citée)


Le faux en écriture en matière électorale est constitué du fait :
- de se faire identifier et enrôler sous un faux nom, sous une fausse qualité ;
- de se faire identifier et enrôler en dissimulant une incapacité prévue par la
loi ;
- de se faire inscrire frauduleusement sur une liste ;
- de se faire inscrire volontairement plus d’une fois.
Le coupable du faux en écriture en matière électorale sera puni des peines
du faux en écritures. La personne qui se fera inscrire volontairement plus d’une
fois sera rayée de toutes les listes électorales précédentes. Le coupable étranger
subira les mêmes peines.

5) Faux portant sur une carte d’électeur (art.49)


Les peines du faux (art.124) devront être appliquées lorsque, dans une
intention frauduleuse, il y a modification ou remplacement d’une carte
d’électeur.

6) Faux témoignage ou faux document à l’occasion d’opérations


d’identification et d’enrôlement (art. 48)
Il s’agit d’un faux témoignage ou d’une livraison d’un faux document
dans le but de conférer la qualité d’électeur à un tiers. L’auteur subira les péna-
lités de l’article128 du code pénal livre II (faux témoignage).
Catalogue des infractions 249

7) Incitation à des déclarations fausses ou entraves aux déclara-


tions requises (art.55)
L’infraction peut se commettre à l’aide des voies de fait, de violence, de
menaces verbales ou écrites, d’intimidations ou faire craindre la perte d’un em-
ploi, d’une appartenance à une formation politique ou exposer à un dommage
sa personne, son ménage ou ses biens. La servitude pénale de deux mois à
trois ans et/ou d’une amende n’excédant pas 100.000 Francs constants sont les
pénalités prévues par le législateur. Ces infractions sont de la compétence du
Tribunal de paix.

8) Incitation à fausser les informations requises (art.54)


L’acte répréhensible est celui de donner, d’offrir, de recevoir ou de
promettre de l’argent, des valeurs, des biens, des faveurs ou d’autres avantages
en vue de fausser les informations requises. La sanction est de six mois à deux
ans et/ou amende de 100.000 Francs Congolais constants à l’endroit de celui
qui pose pareil acte.

9) Introduction des boissons alcoolisées ou des stupéfiants


dans un centre d’inscription art.47)
Elle est passible de sept jours à trois mois et une amende ne dépassant
pas 25.000 Francs Congolais constants ou une de ces peines.

10) Refus de fournir des renseignements exigés pour les opéra-


tions d’identification et d’enrôlement (art.51)
Est ici concernée la personne qui, de manière directe ou indirecte, re-
fuse de fournir les renseignements exigés en vue de se faire identifier et enrôler.
Une servitude pénale maximale de 30 jours et/ou une amende maximale de
25.000 francs Congolais constants sera encourue par le coupable.

11) Refus ou omission d’enregistrer les renseignements requis


(art.53)
Le préposé qui volontairement commet l’infraction de l’article 53 sera
puni d’une servitude pénale. Celle-ci ne dépassera pas deux mois. Le coupable
subira également une amende n’excédant pas 100.000 Francs Congolais cons-
tants. L’auteur du refus ou de l’omission peut donc être puni de la servitude
pénale et de l’amende ou d’une de ces deux peines.

II. Infractions électorales proprement dites

La loi électorale n°06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des


élections présidentielles, législatives, provinciales, urbaines, municipales et lo-
cales, en ses articles 79 à 99 est le soubassement légal. Cette loi a été prise, en
application de l’article 5 de la constitution, en vue des élections régulières,
250

libres et transparentes. Dans la répression des faits infractionnels relatifs aux


opérations électorales, le code pénal congolais livre II demeure d’application
pour ce qui n’est pas repris par la loi du 09 mars 2006.

1) Actes de violence dans un bureau de vote (art88 al4)


L’infraction de l’article 88 alinéa 4 de la loi électorale n°06/006 du 09
mars 2006 se commet à l’occasion de l’usage à l’endroit d’un électeur des vio-
lences en vue de le déterminer à s’abstenir de prendre part au vote ou
d’influencer son choix.
L’infraction est sanctionnée d’une servitude pénale de six mois à cinq
ans et d’une amende de cent mille à cinq cents mille francs congolais constants.
Sont aussi passibles de ces peines, ceux qui, dans le bureau de vote, incitent à
commettre les actes de violence, usent des menaces ou des injures ou des voies
de fait. Il en est de même de ceux qui engagent des individus en vue d’intimider
les électeurs ou de troubler l’ordre avant, pendant ou après le déroulement du
vote. Au regard du taux de la peine, les actes de violence dans un bureau de
vote sont de la compétence du tribunal de paix.

2) Abstention de remplir ses fonctions (art.82)


Le membre du bureau de vote qui, sans motifs légitimes ne remplit pas
les fonctions qui lui sont confiées commet l’infraction d’abstention de remplir
ses fonctions. Il sera puni d’une servitude pénale principale ne dépassant pas
trente jours et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs congolais
constants. Le juge a la latitude de ne sanctionner que d’une de ces peines seu-
lement.

3) Apposition d’empreinte digitale à la place d’autrui (art.97)


Celui qui appose intentionnellement sa signature ou son empreinte digi-
tale à la place d’autrui ou de la personne dont les noms se trouvent sur les actes
de présentation ou d’acceptation de candidatures est punissable des peines de
faux en écritures.

4) Apposition de signature à la place d’autrui (art.97)


Voir apposition d’empreinte digitale à la place d’autrui.

5) Campagne électorale en dehors de la période légale (art.80)


Se livrer à la campagne électorale en dehors de la période légale est pu-
nissable. La peine est d’une amende de dix mille à cinquante mille francs con-
golais constants.
Catalogue des infractions 251

6) Chercher à connaître l’option de vote d’un électeur (art. 85,


point 2)
Quiconque, sur les lieux d’un bureau de vote cherche à connaître
l’option en faveur de laquelle un électeur se propose de voter ou pour laquelle
il a voté s’expose à la rigueur de la loi. Cette dernière prévoit une servitude
pénale principale de sept jours et une amende ne dépassant pas vingt mille
francs constants. Le juge peut se limiter à n’appliquer que l’une de ces peines
seulement. L’électeur qui fait connaître son option de vote ou l’option pour
laquelle il a voté est aussi en infraction. Il pourra subir les mêmes peines.
L’électeur qui apporte assistance à un autre électeur, communique le choix
pour lequel cet électeur a voté ou abuse de la confiance de la personne assistée
en modifiant son vote est poursuivable. Il est sanctionnable d’identiques
peines. Le membre du bureau de vote qui commettrait les mêmes infractions
subira le double de ces peines.

7) Communication du choix d’un électeur (art.85 al2)


Se référer à l’infraction de chercher à connaître l’option de vote d’un
électeur, n° 199, 6).

8) Confiscation des matériels de vote affectés au bureau (art.83)


Voir Destruction du matériel de vote affecté au bureau, n° 199, 11).

9) Contrefaçon des bulletins de vote (art.96)


Contrefaire les bulletins de vote équivaut au faux en écritures. L’acte est
punissable comme tel conformément au code pénal. En plus, il est ajouté une
amende de cent mille à deux cents cinquante mille francs congolais constants.

10) Destruction des bulletins de vote avant la fin des délais de


contestation de l’élection (art. 95al 3).
L’individu qui sciemment, en connaissance de cause, détruit un bulletin
de vote avant la fin des délais de contestation de l’élection ou celui qui falsifie
le relevé du dépouillement ou le procès-verbal des opérations électorales com-
met l’infraction. Il subira une servitude pénale principale de cinq ans et une
amende de cent mille à cinq cents mille francs congolais. Il sera, en outre, privé
de ses droits politiques pour une durée de six ans.

11) Destruction du matériel de vote affecté au bureau (art.83)


Le membre du bureau peut revendiquer ses droits. Toutefois, sous ce
prétexte, il ne peut détruire ou confisquer les matériels de vote affectés au bu-
reau dont il fait partie ou dont il a la charge. S’il contrevient à cette interdiction,
il sera sanctionné de trente jours et d’une amende de cinquante mille à cent
mille francs congolais constants. Le juge peut lui faire subir une de ces peines
uniquement.
252

12) Don aux membres du bureau de vote (art.87)


Les personnes qui, directement ou indirectement donnent, offrent,
promettent de l’argent, des valeurs, des biens ou des avantages aux membres
d’un bureau de vote et de dépouillement commettent l’infraction. La sanction à
encourir est une servitude pénale principale de six mois à cinq ans et une
amende de cent mille à cinq cents mille francs congolais constants. Les per-
sonnes coupables seront, en outre, privées de leurs droits politiques pour une
durée de six ans. Le membre du bureau de vote qui sollicite ou accepte les
avantages cités ci-haut s’expose au double de ces peines. Dans ce dernier cas,
contrairement à beaucoup d’autres infractions électorales, ces infractions sont
assorties de lourdes peines. En conséquence, le tribunal de grande instance est
la juridiction matériellement compétente.

13) Engagement d’individus pour intimider les électeurs avant,


pendant ou après le déroulement du vote (art.88 al3)
Pour une meilleure appréhension, il sied de consulter l’incrimination
d’actes de violence dans un bureau de vote.

14) Engagement d’individus pour troubler l’ordre avant, pendant


ou après le déroulement du vote (art.88 al3)
Voir actes de violence dans un bureau de vote, n° 199,1) .

15) Entrave à manifestation, rassemblement ou expression


d’opinions pendant la campagne électorale (art.81)
Les droits de manifestation, de rassemblement, ou d’expression
d’opinions sont légalement reconnus. Y porter atteinte pendant la campagne
électorale est constitutif d’infraction. La tentative d’interdiction ou de faire
cesser l’exercice de ces droits est également punissable. Il est prévu à titre de
sanctions une servitude pénale principale de douze mois au maximum et une
amende de cinquante mille à cent mille francs congolais constants.

16) Etat d’ébriété dans le bureau de vote ou de dépouillement


lors des opérations électorales (art.91)
L’infraction d’ébriété dans le bureau de vote ou de dépouillement lors
des opérations électorales concerne les membres de l’organe habilité à organi-
ser les élections. Le membre du bureau de vote, ou de dépouillement trouvé
ivre dans le bureau de vote ou de dépouillement lors des opérations électorales
commet l’infraction. Il pourra, en conséquence, être puni de quinze à un an de
servitude pénale principale et d’une amende de cinquante mille à cent mille
francs congolais constants. Celui qui introduit des boissons alcoolisées ou des
stupéfiants dans un bureau de vote est réprimé des mêmes peines. La tentative
d’introduction des boissons alcoolisées ou des stupéfiants dans ce lieu est aussi
punissable.
Catalogue des infractions 253

17) Facilitation de la fraude au cours de déroulement des opéra-


tions électorales (art.89 al3)
Certaines personnes veulent à tout prix et par tous les moyens gagner
les suffrages. Des candidats véreux peuvent recourir aux services illicites des
membres de la commission chargée d’organiser les élections. Cela peut avoir
lieu au siège de l’organe d’organisation ou dans ses représentations locales.
Celui qui soustrait des bulletins ou pose des actes susceptibles de fausser les
résultats du vote encourt une servitude pénale principale de six mois à cinq ans
et d’une amende de cent mille à cinq cents mille francs congolais. Le cadre ou
l’agent qui s’adonne à cette facilitation sera puni des mêmes peines. Il est, en
outre, puni de la déchéance de ses droits politiques pendant une période de six
ans.

18) Faire connaître son option de vote (art.85 point1.


Cfr chercher à connaître l’option de vote d’un électeur, n° 199, 6).

19) Falsification du procès-verbal des opérations électorales


(art.95 al 2)
Voir Destruction d’un bulletin de vote avant la fin des délais de contes-
tation de l’élection, n° 199,10) .

20) Falsification du relevé du dépouillement des opérations élec-


torales (art. 95 al.2)
Voir Destruction d’un bulletin de vote avant la fin des délais de contes-
tation de l’élection , n° 199, 10).

21) Imitation des paraphes du président du bureau de vote


(art.93°)
Voir modification des paraphes du président du bureau de vote, n°
199,27).

22) Imitation sur une déclaration de candidature de la signature


d’une autre personne (art.92)
Il est interdit et puni des sanctions pénales l’imitation sur la déclaration
de candidature de la signature d’une autre personne. L’article 92 de la loi élec-
torale prévoit douze mois à cinq ans de servitude pénale principale. A la peine
de servitude peut s’ajouter une amende ne dépassant pas deux cents mille
francs congolais constants. Toutefois, le juge pourra infliger une de ces peines
seulement.

23) Injures à l’endroit d’un électeur en vue de déterminer son


vote ou son abstention (art.88 al 2)
Voir actes de violences dans le bureau de vote, n° 199, 1).
254

24) Interruption du déroulement du scrutin (art.84)


Le déroulement du scrutin débute à une heure précise. Le fait, d’un
membre du bureau, sans raison valable de retarder ou d’interrompre le dérou-
lement du scrutin constitue l’infraction. Cette dernière est punie d’une amende
de vingt mille francs congolais constants au maximum.

25) Introduction des boissons alcoolisées ou des stupéfiants


dans un bureau de vote (art 91)
Voir état d’ébriété dans le bureau de vote, n° 199, 16)..

26) Menaces à l’endroit d’un électeur en vue de déterminer son


vote ou son abstention (art.88 al 2)
Voir actes de violence dans un bureau de vote, n° 199, 1).

27) Modification des paraphes du président du bureau de vote


(art 93 al 3).
Commet une infraction celui qui modifie ou imite les paraphes d’un
président du bureau de vote. Il est punissable de douze mois à cinq ans et
d’une amende de deux cents mille francs congolais.

28) Modification du vote d’un électeur (art.85 al2)


Cfr chercher à connaître l’option de vote d’un électeur, n° 199, 6).

29) Pénétration dans les lieux de dépouillement pendant les opé-


rations (art.79)
Voir Pénétration dans les lieux de vote pendant les opérations (art.79),
n° 199.30).

30) Pénétration dans les lieux de vote pendant les opérations


(art.79)
L’entrée dans un bureau de vote ou de dépouillement est réglementée.
Elle est réservée aux membres de l’organe chargé des élections, du bureau des
opérations électorales, à l’électeur dans le ressort dudit bureau, au témoin, à
l’observateur, au journaliste accrédité, ou à toute autre personne autorisée par
le président du bureau. Pénétrer dans le bureau sans l’une de ces qualités vaut
expulsion sur ordre du président ou de son délégué.
En cas de résistance ou de récidive, la pénétration dans les lieux de vote
pendant les opérations sera punie. La peine est d’une servitude pénale princi-
pale de dix à trente jours et d’une amende de dix mille à vingt mille francs con-
golais constants ou de l’une de ces peines seulement. Un procès-verbal en sera
dressé par le président du bureau de vote ou de dépouillement. Celui-ci le
transmettra à l’autorité judiciaire compétente.
Catalogue des infractions 255

31) Pose des actes en vue de fausser les résultats du vote (art.89
al.2)
Voir Facilitation de la fraude au cours de déroulement des opérations
électorales, n° 199, 17).

32) Promesse d’argent aux membres du bureau de vote (art.87)


Voir Don d’argent aux membres du bureau de vote, n° 199, 12).

33) Représentation d’un candidat sur fausse procuration (art.93


de la loi citée)
Voir imitation des paraphes du président du bureau de vote, n°199, 21).

34) Retard du début du scrutin (art84)


Voir Interruption du déroulement du scrutin, n° 199, 24).

35) Révélation des résultats de vote avant la clôture des opéra-


tions de vote (art.90)
Celui qui révèlera les résultats de vote à des tierces personnes avant la
clôture des opérations de vote commet une infraction. Font exception à cette
règle, les personnes autorisées par la loi électorale ou par le code pénal ordi-
naire en matière de secret professionnel. Peuvent être auteurs de l’infraction, le
membre de la commission d’organisation de l’élection concernée ou son repré-
sentant local. La servitude pénale principale à encourir en guise de peine est de
six mois.

36) Souscription d’une déclaration inexacte d’éligibilité (art.98)


De mauvaise foi, celui qui souscrit une déclaration inexacte sur son éli-
gibilité ou sur sa présence sur une liste commet cette infraction. La sanction
prévue est une servitude pénale principale de six mois à cinq ans et une
amende de trente mille à cinquante mille francs ou l’une de ces peines seule-
ment.

37) Souscription d’une déclaration inexacte sur sa présence sur


une liste (art.98)
Voir souscription d’une déclaration inexacte d’éligibilité, n° 199, 36).

38) Soustraction des bulletins en vue de fausser les résultats du


vote (art.89 al.2)
Voir Facilitation de la fraude au cours de déroulement des opérations
électorales, n°199,17).
256

39) Violences à l’endroit d’un électeur en vue de déterminer son


vote ou son abstention (art.88 al 2)
Voir actes de violence dans un bureau de vote, n° 199, 1).

40) Voies de fait à l’endroit d’un électeur en vue de déterminer


son vote ou son abstention (art.88 al 2)
Voir actes de violence dans un bureau de vote, n° 199, 1).

200. Emission de chèque sans provision


Est établie en fait comme en droit l’infraction d’émission de chèque sans
provision à charge de :
- celui qui émet un chèque pour lequel le tiré n’est pas ou est insuffisamment
provisionné au moment de la présentation dans les délais légaux394 ;
- du tireur qui, sauf opposition régulière en cas de perte ou de soustraction
frauduleuse du titre, de faillite du porteur ou de son incapacité de recevoir,
rend indisponible tout ou partie de la provision ;
- celui qui cède un chèque sachant qu’il n’y a pas de provision ou que la pro-
vision est insuffisante ou qu’elle n’est pas disponible.

I. Eléments constitutifs

La commission de l’infraction d’émission de chèque sans provision


exige la réunion des éléments constitutifs.
a)L’émission d’un chèque.
Emettre un chèque c’est avoir mis en circulation un chèque : il a été jugé
que ne constitue pas un chèque, le titre même ainsi qualifié, ne comportant pas
de date ; par conséquent, l’émission d’un pareil titre non provisionné n’est pas
constitutive de l’infraction d’émission de chèque sans provision395 .
b)Absence de provision
Qu’il y ait défaut, insuffisance ou indisponibilité de la provision (fonds en
dépôt) ; il est de jurisprudence qu’est punissable le tireur d’un chèque insuffi-
samment provisionné et présenté à l’encaissement le jour même de son émis-
sion, même si le porteur n’a pas respecté le délai de présentation convenu ver-
balement avec le tireur396 .
c)Moment de la constatation de l’infraction
Il y a infraction d’émission de chèque sans provision, le jour de la présenta-
tion et non de l’émission du chèque.
394
C.S.J., R.P 16, 10 juillet 1976, B.A. 1977. p.148.

395
Idem
396
Kisangani. , 25 septembre 1969, RJC 1969, 45éme année, p.304.
Catalogue des infractions 257

d)L’élément moral
L’intention frauduleuse n’est pas requise. La simple faute ou la négligence
est suffisante. A titre illustratif, l’erreur commise par le tireur du chèque dans la
tenue de son compte. L’inexistence de la provision ; la provision existe mais ne
permet pas de désintéresser totalement le créancier ; la provision existe et elle
est suffisante mais le payement ne peut s’effectuer à cause d’une saisie arrêt qui
a été pratiquée.
Le délai légal de présentation du chèque varie selon qu’il est émis et
payable en République Démocratique du Congo ou émis à l’étranger et payable
en République Démocratique du Congo. Dans le premier cas, le délai est de
soixante jours. Dans le second cas, le délai est de cent vingt jours. En dehors
de ce délai le bénéficiaire n’exigera plus la provision et conséquemment
l’infraction est inexistante.
Le chèque contient des énonciations obligatoires : la signature, la date, le
lieu de paiement, d’émission et la mention chèque. L’établissement d’un chèque
ne contenant pas ces énonciations est constitutif d’infraction. Un chèque post-
daté, antidaté ou non daté, doit avoir de la provision. Ne constitue pas, comme
dit ci-haut, un chèque, le titre ne comportant pas de date ; en conséquence
pareil titre non provisionné n’est pas constitutif de l’infraction. Il y a émission
de chèque à partir de sa mise en circulation.

II. Poursuites

a)Quel est le texte légal en cas d’émission de chèques sans provi-


sion ?
L’Ordonnance-loi n°68-195 du 3/05/1968 est la base légale de
l’infraction d’émission de chèque sans provision. La volonté du législateur a
paru de sévir, d’infliger de lourdes peines. Et pour cause, le législateur entend
veiller à la bonne sécurité et à la sécurisation des opérations bancaires.

b) Quelles sont les sanctions prévues par le législateur ?


Elles sont de cinq à vingt ans de servitude pénale principale et l’amende
quand l’auteur se procure des fonds en tirant un chèque sur une personne qui
n’existe pas ou qui n’est pas débitrice à l’échéance. Sera sanctionné de cinq à
dix ans l’auteur qui émet un chèque sans provision ou pour lequel la provision
n’est pas disponible.
La peine sera réduite au quart (cinq ans ou deux ans et demi) si le coupable
restitue les sommes à la victime. Le législateur a voulu punir moins sévèrement
le coupable qui désintéresse le porteur du chèque avant la saisine du tribunal397
.

397
L’ordonnance-loi n°68- 195 du 03 mai 1968 sur les chèques sans provision est une ex-
cuse atténuante en faveur du tireur de chèque qui aura désintéressé le porteur avant que le
258

c) Quel est le tribunal compétent et le mode de prescription ?


Le tireur du chèque sans provision est justiciable du tribunal de com-
merce. Là où celui-ci n’est pas encore installé, le tribunal de grande instance
demeure compétent. Cela ressort de la compétence dévolue à la juridiction de
commerce par le législateur. Le point de départ de la prescription court du jour
de la présentation du chèque à l’encaissement, c’est-à-dire au paiement et non
du jour de son émission. Le délai est de dix ans. Si l’auteur de cette infraction
subit une servitude pénale de dix ans ou moins, cette peine va se prescrire au
délai double de la peine prononcée, sans être inférieur à deux ans. Par contre,
s’il encourt plus de dix ans, c’est dans le délai de vingt ans qu’elle sera prescrite.

201. Emploi abusif de patrimoine militaire


L’utilisation ou la gestion non conforme aux règles techniques ou admi-
nistratives définies par les lois et règlements d’édifice, d’ouvrage, de navire,
d’aéronef, de véhicule, d’approvisionnement, d’ornement, de matériel ou
d’installation quelconque à l’usage des Forces armées ou concourant à la dé-
fense sont constitutives de l’infraction.

I. Régime répressif

L’infraction d’emploi abusif de patrimoine militaire se trouve définie à


l’article 69 du code pénal militaire. Elle est punie de cinq à dix ans de servitude
pénale. En temps de guerre, la peine est portée à vingt ans de servitude pénale
ou à la peine de mort, si les faits portent des préjudices graves.

II. Eléments constitutifs

a)L’élément matériel.
L’élément matériel est fait de l’emploi abusif de tous les biens susceptibles
de protection légale. L’emploi est abusif lorsque l’utilisation ou la gestion du
bien s’effectue dans l’inobservance des normes techniques ou administratives
connues par les lois et règlements de chacun des biens visés. Les biens ou ob-
jets d’emploi abusif peuvent être des biens meubles ou des biens immeubles :
édifice, ouvrage, navire, aéronef, véhicule, approvisionnements, ornement,
matériel ou toute installation à l’usage des Forces Armées ou concourant à la
défense.
b)Les éléments intellectuels

tribunal ait été saisi. Dans ce cas, « la peine applicable ne dépassera pas le quart du maxi-
mum de la servitude pénale et de l’amende prévues… (art.3)
Catalogue des infractions 259

Les éléments intellectuels sont caractérisés par l’appartenance à autrui ou à


soi-même du bien visé et par l’intention coupable. Les objets protégés doivent
se trouver à l’usage des Forces armées ou contribuer à la défense : biens loués,
affectés, réquisitionnés à cette double fin. L’agent peut donc se retrouver en
possession de son propre bien mis en location, réquisitionné etc.
c)L’intention coupable.
Le fait d’avoir posé son acte de manière libre et consciente rend l’agent mo-
ralement responsable de l’acte répréhensible, sauf s’il apporte la preuve d’un
vice issu de la fabrication du bien ou de la construction de l’édifice ou encore la
preuve d’un cas de force majeure (accident, calamité naturelle, etc.).

202. Emploi d’effet de commerce tiré sans droit


L’emploi d’effet de commerce tiré sans droit est défini à l’article 1er de
l’ordonnance loi n°68- 195 du 03 mai 1968. Elle consiste à se faire frauduleu-
sement procurer des fonds, valeurs ou décharges au moyen d’un effet tiré sur
une personne qui n’existe pas ou dont on savait ne pas être sa débitrice ou ne
pas devoir l’être à l’échéance et qui ne l’avait pas autorisé à tirer sur ceci.
Le législateur sévit contre pareil comportement. Il inflige une servitude
pénale de cinq à vingt ans et une amende au coupable(article 1er)398. Evidem-
ment, l’infraction d’emploi d’effet de commerce tiré sans droit est de la compé-
tence du tribunal de commerce en vertu de l’article 17 de la loi du 3 juillet 2001
portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de commerce.

203. Emploi de l’emblème de la croix rouge


Le décret du 30 avril 1912399 relatif à la protection de la croix rouge ou
Croix-Rouge de Genève, a en son article 1er, réservé l’emploi de l’emblème de
la croix rouge sur fond blanc et des mots Croix-Rouge au service sanitaire de la
Force publique, ainsi qu’au personnel et au matériel des sociétés qu’y auront
droit en vertu de la convention de Genève du 6 juillet 1906 pour l’amélioration
du sort des blessés et des malades dans les armées en campagne.

a)Infractions proprement dites


1. Est constitutif d’infraction le fait pour une personne donnée qui n’a pas
droit en vertu de la convention du 6 juillet 1906 de se servir de l’emblème
ou de la dénomination de Croix-Rouge ou Croix de Genève.

398
Les codes Larcier, République Démocratique du Congo, tome III, volume I, Droit com-
mercial, Larcier- Afrique Editions 2003, p. 10.
399
B.O. , 1912, p.526 et Les codes larcier, République Démocratique du Congo, tome II,
Droit pénal, Larcier- Afrique Editions 2003, p. 25.
260

2. Il en est de même des emblèmes ou de dénominations analogues pouvant


prêter à confusion, soit pour faire appel à la charité publique, soit dans un
but commercial, soit pour toute autre fin.
3. Commet également l’infraction toute personne qui, en temps de guerre,
emploiera, sans y avoir droit, le brassard ou le drapeau de la Croix-Rouge.

b)Sanctions prévues par le législateur


L’article 2 du décret du 30 avril 1912 punit d’une amende qui ne sera
supérieure à 100 francs l’auteur de l’infraction (point 1° et 2°). Les tribunaux
pourront, en outre prononcer la confiscation spéciale des objets marqués con-
trairement aux dispositions du Décret.
L’article 3 du même décret prévoit une servitude pénale maximale de trois
mois et une amende maximale de 200 francs pour l’auteur de l’infraction
(point3°).

204. Emploi de prisonniers de guerre

I. Conditions préalables

L’infraction est nommée « emploi de prisonniers de guerre ou de civils


à des fins de protection contre l’ennemi ». Elle est prévue et réprimée par
l’article 172 du code pénal militaire.

II. Eléments constitutifs

Pour que cette infraction soit consommée il faut, outre les éléments
constitutifs proprement dits, l’existence d’un affrontement armé et la disponi-
bilité de prisonniers de guerre ou de personnes civiles. Les prisonniers de
guerre ainsi que les personnes civiles ne doivent jamais constituer des objectifs
militaires. Le droit international humanitaire protège spécialement les prison-
niers de guerre et les personnes civiles contre les atteintes portées à leur vie, à
leur santé, à leur bien-être physique et mental. Ils sont également protégés
contre les traitements cruels tels que la torture, les mutilations ou toutes formes
de peine corporelle, contre les punitions collectives. L’emploi de prisonniers de
guerre figure parmi les actes constitutifs de crimes de guerre tels que conçus
par l’article 173 du code pénal militaire.
Pour être établie à suffisance de droit, l’incrimination d’emploi des pri-
sonniers de guerre requiert l’acte prohibé et l’élément moral ou intellectuel.

a)L’acte prohibé
L’acte prohibé consiste à faire des prisonniers de guerre ou des per-
sonnes civiles des objectifs militaires.
Catalogue des infractions 261

b)L’élément moral
L’élément moral dans le chef de son auteur procède de l’intention de
l’agent d’adopter un comportement répréhensible et d’en rechercher les consé-
quences. Il procède aussi de la connaissance de la vulnérabilité des prisonniers
de guerre, des personnes civiles concernées et de leur utilisation à des fins in-
humaines indépendamment des effets.

III. Répression
L’agent reconnu coupable de l’emploi de prisonniers de guerre ou de per-
sonnes civiles à des fins de protection contre l’ennemi peut encourir la peine de
servitude pénale principale de quinze à vingt ans. Il peut encourir également la
peine capitale.

205. Emploi des enfants dans les bars et autres


lieux publics
Voir Travail de l’enfant , n°554.

206. Empoisonnement

L’empoisonnement est l’administration volontaire à une autre personne


d’une substance mortelle, avec intention de provoquer la mort de cette per-
sonne400 . La manière dont la substance a été employée ou administrée ne
change pas grand-chose. Il peut s’agir de l’absorption, de l’inoculation, de
l’inspiration, de la piqûre, de l’ingestion d’un breuvage ou d’aliments…

I. Eléments constitutifs

Pour être établie, l’infraction d’empoisonnement requiert l’existence et


la réunion des éléments constitutifs ci-dessous.

a) L’élément légal
L’élément légal se trouve repris à l’article 49 du code pénal livre II.
L’empoisonnement constitue une infraction très actuelle pouvant connaître des
formes modernes très difficiles à identifier(les maladies, les traitements, les
irradiations).

b) L’élément matériel
L’élément matériel se définit par l’emploi ou l’administration des subs-
tances de nature à entraîner la mort. Par « emploi ou administration », il faut

400
Jean LESUEUR. , op.cit., p.20
262

entendre notamment le fait de faire absorber, faire manger, injecter, faire con-
sommer ou faire boire des substances mortelles401. Attentat à la vie d’autrui,
l’empoisonnement est constitué par le fait de remettre à la victime, pour qu’elle
absorbe, des médicaments dont on sait que l’association peut provoquer la
mort (Crim., 1993)402 .
Avant la création d’une infraction spécifique et sous réserve de
l’élément tenant à l’intention coupable, le fait d’avoir des relations sexuelles
alors que l’on se savait porteur du virus du sida constituait l’infraction
d’empoisonnement ; la jurisprudence française en son dernier état préfère la
qualification d’administration de substances nuisibles403 . Sous cette même ré-
serve de l’intention coupable, se pose le problème de la transfusion de sang
contaminé, ou de l’administration d’hormones de croissance.
Il y a empoisonnement chaque fois qu’il y a réunion des faits ci-dessous :
1. Administration à une autre personne d’une substance mortelle. Il faut ex-
clure l’administration d’un poison à soi-même qui est une modalité du sui-
cide, non punissable en droit congolais.
2. Une substance mortelle. Il doit s’agir d’une substance reconnue comme
poison et capable de donner la mort : substance toxique ou vénéneuse, des
bacilles ou des virus.
Il faut recourir à l’expert pour la déterminer, à moins que la substance ne
soit reconnue telle dans le lieu de l’infraction. Le juge devra acquitter le préve-
nu s’il y a impossibilité matérielle de prouver le caractère toxique de la subs-
tance prétendue administrée pour donner la mort404 .
a) Le poison employé peut tuer à petit feu, lentement, ou bien rapidement. La
quantité employée peut être insuffisante ; l’infraction existe s’il s’agit d’une
substance capable de provoquer la mort.
b) Il suffit que le poison soit mis à la disposition de la victime. Si pour une
raison indépendante de la volonté de l’auteur, la victime n’absorbe pas le
poison, l’agent sera tout de même puni au même titre que l’infraction con-
sommée (tentative punissable). En cas d’administration d’un poison