Vous êtes sur la page 1sur 309

HYDRAULIQUE

MARITIME ET FLUVIALE

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


HYDRAULIQUE
MARITIME ET FLUVIALE

Par
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale ii

Préambule
Le présent cours est essentiellement destiné aux personnes intéressées par l'hydraulique tant
maritime que fluviale. Il traite d'une manière succincte les phénomènes liés à la dynamique de la mer
et des cours d'eau. Il résume les différentes notions et les grands principes, notamment des courants,
marées, houles et leurs effets sur les structures maritimes et fluviales, de la morphologie maritime et
fluviale et ses conséquences, des aménagements de protection côtiers et portuaires et ainsi que des
voies d'eau et du dragage.

Il est rédigé de manière à servir comme manuel de cours pour des étudiants des facultés des
sciences appliquées et des instituts polytechniques des universités, et ainsi que des écoles techniques
supérieures d'ingénieurs.

Les notions reprises dans le présent cours nécessitent de la part du lecteur des connaissances
approfondies acquises au cours de sa formation antérieure, notamment, des notions d'hydraulique,
d'hydraulique appliquée et d'hydrodynamique générale.

Pour une meilleure compréhension et une plus grande facilité de lecture, nous suggérons au
lecteur de recourir aux notions et termes qu'il aurait eus au cours de son cursus antérieur dans le
domaine de la mécanique des fluides

Bonne lecture………..

Kinshasa, le 14.03.2011

Yasar Argun ISIN


Docteur en Sciences Appliquées
Ingénieur Civil des Constructions Navales
Océanologue

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale iii

Table des Matières


PARTIE I. Hydraulique maritime

Chapitre I. Morphologie maritime


• Introduction
• Les classifications descriptives
• Les classifications selon le mode de formation
• Les côtes primaires
• Les côtes secondaires

Chapitre II. Ondes et Courants et Marées


• Introduction
• Ondes
• Ondes de haute fréquence
• Ondes de basse fréquence
• Ondes de marée
• Courants
• Courants de surface
• Courants de profondeur
• La remontée d'eau (upwelling)
• La circulation thermohaline
• Courants dus aux vagues
• Courants dus aux vagues non déferlantes
• Courants dus aux vagues dans la zone de déferlement
• Courants de marée
• Marées
• Introduction
• Les forces à l'origine des marées
• Théorie statique des marées
• Composantes harmoniques
• Spectre de la marée
• Age de la marée
• Marnage
• Calcul du coefficient de marées
• Surcotes et décotes
• Prévisions et applications
• Période de retour
• Calcul des marées
• Calcul simplifié des marées

Chapitre III. Houles fondamentales


• Introduction
• Hypothèses et définitions
• Equations générales
• Conditions cinématiques
• Conditions dynamiques
• Les modèles déterministes
• Généralités
• Hypothèses et définitions
• Equations générales

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale iv

• Houles non linéaires


• Conservation de la masse
• Quantité de mouvement
• Linéarisation
• Les houles rotationnelles
• La houle de Gerstner
• La houle de Miche
• La houle de Biesel
• Les houles irrotationnelles
• Les houles de Stokes
• Représentation
• Conditions aux limites
• La houle d'Airy
• Les houles d'ordre supérieur
• La houle cnoïdale
• L'onde solitaire
• La houle R.T (Théorie de Réflexion)
• Commentaires à propos des modèles déterministes
• Les modèles statistiques
• Généralités
• Analyse statistique simple (vague par vague)
• Distribution probabilistique de l'état de la mer
• Distribution des hauteurs des vagues
• Distribution des périodes des vagues
• Analyse spectrale
• Notion de spectre d'énergie
• Spectres "one sided" ou "two sided"
• Énergie prise en compte
• Largeur d'un spectre
• Distribution statistique des extrêmes
• Cas particulier d'un processus étroit
• Cas général (spectre large)
• Application à l'étude de la houle

Chapitre IV. Comportement de la houle


• Introduction
• Le déferlement
• Développements théoriques
• Remarques
• Déferlement en eau profonde
• Déferlement en eau peu profonde
• La réfraction
• Développements théoriques
• Tracé des plans de vagues
• Tracé des orthogonales (rayons) au front de vagues
• Calcul de l’amplitude des vagues
• Note sur la réfraction des vagues
• La diffraction
• Calcul de l’amplitude des vagues
• Diffraction et réfraction simultanée
• La réflexion
• Méthodes de calcul
• Réflexion sur le musoir

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale v

• Superposition des vagues progressives linéaires


• Vagues obliques
• Réflexion totale
• Réflexion des vagues obliques
• Réflexion partielle

PARTIE II. Effets hydrodynamiques

Chapitre I. Forces hydrodynamiques


• Généralités
• Notion de couche limite
• Écoulement permanent
• Paradoxe de D'Alembert
• Écoulement non permanent
• Notion de masse ajoutée
• Cas du corps en mouvement dans un fluide au repos
• Cas du corps fixe dans un écoulement non permanent
• Cas du corps en mouvement dans un écoulement non permanent
• Détermination de la masse d'eau ajoutée
• Forces dues aux vagues
• Forces hydrodynamiques
• Forces de viscosité
• Forces d'inertie
• Potentiel incident
• Potentiels diffracté et radié
• Paramètres importants

Chapitre II. Corps de petite dimension (D/L<0,2)


• Introduction
• Équation de Morrison
• Linéarisation de l'équation de Morrison
• Le cas des piles inclinées
• La force de portance latérale
• Le cas des piles en mouvement
• A propos des coefficients CI, CD et CL
• Détermination des valeurs des coefficients hydrodynamiques
• Valeurs des coefficients hydrodynamiques en écoulement alterné

Chapitre III. Corps de grande dimension (0,2<D/L<1)


• Introduction
• La théorie de diffraction
• La condition de radiation
• Solution de Mac Camy et Fuchs
• Analyse spectrale
• Effets de non linéarité et de viscosité
• Méthodes numériques
• Méthode des singularités (fonction intégrale, fonction de Green)
• Le potentiel de l'onde incidente
• Le potentiel de l'onde émise par le corps
• Méthodes des éléments finis fluides
• Problème à la frontière
• Formulation du problème discrétisé

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale vi

Chapitre IV. Sollicitations des structures


• Introduction
• Rappel des facteurs environnementaux
• La mer
• Le fond
• L'atmosphère
• Sollicitations des structures marines et portuaires
• Charges sur les ouvrages
• Sollicitations dues aux accostages
• Énergie d'impact
• Vitesses d'accostage
• Systèmes de défenses des structures d'accostage
• Ouvrages d'accostage
• Quais d'accostage
• Les ducs d'Albe
• Types de ducs d'Albe
• Méthodes de calcul des ducs d'Albe souples
• Ouvrages de protection côtière
• Sollicitations des vagues non déferlantes sur un mur vertical
• Équations de Nagaï
• Équation simplifiée de Sainflou
• Influence de l'obliquité des vagues
• Sollicitations des vagues déferlantes sur un mur vertical
• Approximation de Carr
• Sollicitations des vagues non déferlantes sur un mur incliné
• Généralités
• Calcul de la hauteur d'ascension de la houle
• Quelques formules empiriques
• Effets de la rugosité
• Calcul des pressions
• Sollicitations des vagues déferlantes sur un mur incliné
• Formule proposée par Tzimopoulos
• Formules proposées par AIPCN

PARTIE III. Hydraulique fluviale

Chapitre I. Morphologie fluviale


• Définitions
• Évolution du lit
• Formes en plan (styles fluviaux)
• Évolution dans les courbes
• Mécanisme d'évolution des berges
• Érosion des berges par le courant
• Glissement des berges
• Éboulement des berges
• Déformation des berges
• Seuils et mouilles
• Règles d'équilibrage des méandres

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale vii

Chapitre II. Principes d'hydraulique à surface libre


• Définitions essentielles
• Les paramètres géométriques
• Les paramètres hydrauliques
• Régimes d'écoulement
• Régime permanent
• Régime transitoire

Chapitre III. Calcul des écoulements


• Écoulements permanents uniformes
• Équation de continuité
• Équation du régime uniforme
• Formulations de Chézy et de Manning-Strickler
• Rugosité composée
• Cas d'un lit majeur
• Écoulements permanents graduellement variés
• Équation de la ligne d’eau
• Tirant d’eau critique
• Écoulement fluvial, écoulement torrentiel
• Calcule d'une courbe de remous
• Écoulements rapidement variés
• Ressaut hydraulique
• Types et longueur du ressaut
• Position du ressaut
• Seuil dénoyé ou noyé
• Loi de seuil dénoyé
• Loi de seuil noyé
• Seuils profilés
• Écoulements transitoires
• Equations de base
• Problèmes réels rencontrés
• Propagation des crues dans les chenaux à forte pente et à champ
d'inondation réduit
• Propagation des crues dans les chenaux à très faible pente
• Conclusion sur la propagation des crues en rivière

Chapitre IV. Transport et estimation du débit solide


• Transport solide
• Hydraulique fluviale et/ou torrentielle
• Charriage et suspension des matériaux non cohérents
• Érosion du fond, dépôt
• Saturation en débit solide
• Taille des grains
• Contrainte tractrice et mise en mouvement d'une particule
• Notion de contrainte tractrice efficace
• Tri granulométrique, pavage
• Estimation du débit solide
• Formule de transport par charriage
• Cas des rivières à granulométrie uniforme
• Cas des rivières à granulométrie étendue

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale viii

• Formule de transport solide total


• Utilisation des formules de transport solide et limites
• Profondeur des fonds perturbés

PARTIE IV. Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques

• Systèmes de mesure
• Observations
• Modèles
• Altimétrie
• Appareils de mesure
• Appareils de localisation (Balise ARGOS)
• Appareils d'hydrologie
• Sonde CTD (Conductivity, Temperature, Depth)
• Bathysonde
• Appareils de courantométrie
• Les Courantomètres
• Les largeurs acoustiques
• Flotteurs dérivants
• Mesures des profondeurs (Bathymétrie)
• Sondes à main
• Sondeurs ultra-sons
• Dragages hydrographiques
• Données géologiques
• Mesure des hauteurs d'eau
• Le limnimètre
• Le limnigraphe à flotteur
• Le limnigraphe à pression (bulle à bulle)
• Les sondes
• Mesure de débits
• Les méthodes
• Jaugeage - champ de vitesses
• Jaugeage par ouvrages calibrés
• Jaugeage par dilution
• Mesure du transport solide
• Mesure du transport en suspension
• Mesure du transport de fond
• Mesure de l'infiltration
• Mesure de l'humidité du sol

PARTIE V. Voies maritimes et fluviales

Chapitre I. Principaux ouvrages côtiers et portuaires


• Introduction
• Aménagements littoraux
• Effets des ouvrages et leurs actions dans le profil
• Réduction de l'action érosive
• Protection contra l'action érosive
• Mesures de compensation
• Ouvrages naturels
• Les ouvrages de défense côtière
• Les épis
• Les ouvrages longitudinaux
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale ix

• Les ouvrages de protection portuaire


• Les digues verticales
• Les digues à talus
• Les digues mixtes
• Les ouvrages d'accostage et d'amarrage
• Quai
• Appontement
• Les ducs d'albe
• Conception des ouvrages d'accostage
• Sur sol de bonne portance
• Sur sol de faible portance

Chapitre II. Navigabilité


• Introduction
• Hydrographie
• Cartes de navigation
• Levés hydrographiques
• Méthodes de repérage de la position en plan
• Triangulation
• Topographie
• Nivellement
• Sondages - Mesures des profondeurs
• Sondes à main
• Sondeurs par ultra-sons
• Dragages hydrographiques
• Données géologiques
• Aménagement des voies navigables
• Ports
• Principes d'implantation des ports
• Chenal d'accès aux ports
• Aides à la navigation et balisage
• Balisage maritime
• Balises et signaux maritimes internationaux
• Balisage fluvial
• Balises et signaux fluviaux internationaux
• Voies navigables en RDC
• Voies fluviales et lacustres
• Signalisation en usage

Chapitre III. Notions de dragage


• Introduction
• Généralités
• Nature des terrains dragués
• Coefficient de foisonnement du dragage
• Mixtures
• Propulsion - Déplacement - Force motrice
• Papillonnage
• Les pieux
• Propulsion - Force motrice
• Dragage en grande profondeur

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale x

• Engins de dragage
• Engins terrestres
• Pelle rétro
• Grue à benne preneuse
• Engins flottants
• Engins mécaniques
• Drague à benne preneuse
• Drague à cuiller
• Drague à godets
• Engins hydrauliques
• Drague aspiratrice-refouleuse stationnaire
• Drague aspiratrice porteuse au point fixe
• Drague aspiratrice trainante
• Dragues spéciales
• Drague à désagrégateur
• Déroctage
• Généralités
• Engins de déroctage
• La pilonneuse
• Marteau dérocheur (briseur de roches)
• Bateau perforateur
• Transport et reprise des produits dragués
• Généralités
• Engins de transports
• Chalands à fond fixe
• Chalands à clapets
• Chalands basculeurs
• Omnibarges (porteurs de déblais)
• Engins de reprise
• Les refouleurs à déblais
• Les élévateurs à déblais
• Engins de servitude

Annexe - Signaux de la navigation fluviale


Bibliographie - Références
Nomenclature

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime I.1
Chapitre I - Morphologie maritime

Partie I. Hydraulique maritime


Chapitre I. Morphologie maritime
• Introduction
Les différentes morphologies sont présentées en donnant plusieurs types de classification. Les
classifications les plus simples sont basées sur l'observation de la morphologie et des phénomènes
physiques, d'autres tiennent comptent des conditions de formation et de leur évolution.

• Les classifications descriptives


§ Première approche
La classification basée sur la taille des matériaux, la composante est souvent utilisée pour sa simplicité
et distingue :
▫ Les côtes boueuses: elles sont composées de sédiments inorganiques de taille moyenne inférieure à
63 microns. Ces sédiments proviennent en majorité de l'érosion des continents et sont transportés
par les fleuves mais ils peuvent aussi venir des falaises et du volcanisme (archipel Indonésien). Ce
type de côte se forme par dépôts là où l'accrétion de la boue est temporairement arrêtée. Des
conditions de faible érosion sont favorables, par exemple lorsque les phénomènes maritimes sont
prépondérants sur les phénomènes fluviaux. Elles se caractérisent aussi par des pentes douces, des
eaux brunes, et l'absence de grand déferlement, en effet, le comportement viscoélastique des boues
absorbe l'énergie des vagues. Ce type de littoral se rencontre des régions tropicales aux zones
subarctiques et plus particulièrement en Asie : Chine, Inde, Thaïlande, Malaisie, Corée et se trouve
sur environ 5 à 10% des littoraux.
▫ Les côtes sableuses: Ce sont des zones de dépôts dus à l'action des vagues et à leurs courants
induits (prédominant les courants induits par la marée et le vent), dont les grains sont compris
entre 0.063 et 2 millimètres. En général les côtes sableuses sont ouvertes aux vagues de vent et leur
morphologie est très variable : elles peuvent être de longues plages plates et droite à faible énergie
comme des côtes escarpées et irrégulières type baie-cap à forte énergie. Leur formation est récente
(de l'ordre de quelques milliers d'années), lorsque la montée du niveau de l'océan s'est ralentie. Les
côtes sableuses représentent entre 10 et 15% du littoral.
Plage de sable
▫ Les côtes à graviers et galets: Ces côtes se caractérisent par des débris grossiers compris entre 2 et
256 millimètres de diamètre. Elles son généralement escarpées, irrégulières et abruptes. Elles sont
fréquentes aux moyennes et hautes latitudes autrefois glaciaires : Nord de l'Europe de l'Ouest, côte
Est de l'Amérique du Nord, ainsi que les littoraux les plus au Nord du Pacifique. On les trouve
aussi près des falaises les moins solides érodées par les vagues et le long des côtes à activité
tectonique où les forts courants transportent des matériaux grossiers sur le littoral.
▫ Les côtes rocheuses et à falaises: elles sont généralement hautes et escarpées sans véritable plage.
Les matériaux peuvent être durs ou meubles et d'origines diverses : granite, basalte, argile, calcaire.
Souvent, à la base de la falaise se trouve un banc rocheux plat et érodé qui peut être nu (littoral
érosif : les débris sont pulvérisés et entraînés au large) ou posséder une couche épaisse de
matériaux grossiers (littoral d'accumulation). Ces deux derniers types de côtes représentent 75 à 85
% des littoraux (Fig. I.1).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime I.2
Chapitre I - Morphologie maritime

(Fig. I.1)
§ Deuxième approche
Une autre approche est de classer les littoraux en fonction du rapport entre les forces induites par les
vagues et celles induites par la marée. Pour ce faire on introduit le rapport K entre l'amplitude Am de la
marée et la moyenne annuelle de la hauteur HA des vagues (K = Am/HA). Elle distingue aussi quatre
catégories de côtes:
▫ Les côtes dominées par les fleuves: les eaux fluviales et leurs sédiments influencent
majoritairement la morphologie du littoral, ceci se traduit par la formation de delta par exemple.
▫ Les côtes dominées par l'énergie des vagues (0,5<K<1) : les éléments morphologiques sont de
longues, droites et étroites barrières avec des plages développées. Le plus souvent ces côtes sont
sableuses mais certains types de côtes à graviers et boueuses entre dans cette catégorie.
▫ Les côtes dominées par l'énergie des marées (K>3) : caractérisées par de grandes baies en forme
d'entonnoir à l'intérieur desquelles de gros éléments sableux sont orientés parallèlement aux
courants de marée.
▫ Les côtes à énergie mixte (1<K<3).
Cette classification est intéressante pour l'étude des sédiments présents sur le littoral: en effet vagues et
marée favorisent seulement certains types de dépôts (Classification dominée par énergie et vagues:
Fig. I.1)

(Fig. I.2)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime I.3
Chapitre I - Morphologie maritime

• Les classifications suivant le mode de formation


Elles présentent l'avantage d'être plus ordonnées. Les facteurs considérés sont:
▫ La configuration du terrain;
▫ Les mouvements verticaux relatifs du sol et de la mer;
▫ Les modifications de la côte par les phénomènes physiques (érosion et sédimentation liés à
l'aérodynamique, l'hydrodynamique, la morphodynamique, la géodynamique et l'écodynamique du
littoral étudié).
De nombreuses classifications de ce type ont été proposées. En voici une qui regroupe deux catégories
de côtes : les côtes primaires et les côtes secondaires.
Dans la première catégorie les phénomènes non maritimes sont majoritaires pour la formation du
littoral. Dans la seconde catégorie la morphologie observée est due majoritairement aux phénomènes
décrits en première partie.
§ Les côtes primaires
▫ Les côtes à érosion sous-marine: des sortes de canyons sous-marins se comportent comme des
éviers pour les sédiments et sont la principale cause de l'érosion côtière.
▫ Les côtes à érosion des terres: la hausse du niveau des mers ou l'enfoncement du sol à engendré la
submersion de vallée fluviales et glaciaires (fjord) (Fig. I.2)

(Fig. I.2)
▫ Les côtes de dépôts sur basses terres glaciaires: ces côtes sont modelées par les glaces.
▫ Les côtes à dépôts émergés Delta: ils se forment lorsque le fleuve transporte plus de sédiments que
les vagues et les courants emportent. Leur forme dépend de la force et du débit du fleuve (Fig. I.3).

(Fig. I.3)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime I.4
Chapitre I - Morphologie maritime

▫ Les plaines alluviales: ce sont des côtes droites en pente douce dont les sédiments sont apportés
par des cours d'eau venant des montagnes environnantes.
▫ Les côtes à dépôts éoliens: elles sont caractérisées par des dunes de formes et directions différentes
suivant le vent et par des plaines de sable (Fig. I. 4).

(Fig. I.4)
▫ Les côtes formées par glissement de terrain sous-marin: provoqué par un mouvement terrestre
(tremblement de terre par exemple).
▫ Les côtes volcaniques: elles sont formées par des coulées de lave et généralement coniques.
▫ Les côtes formées par une faille.

§ Les côtes secondaires


▫ Les côtes à érosion marine: les roches tendres qui les composent sont facilement érodées par les
vagues. Généralement ce sont des falaises. Si les matériaux sont homogènes la côte est droite et il y
a une petite plage devant la falaise. Sinon, les vagues et les courants désagrègent les roches les plus
tendres et des promontoires apparaissent. Elles se caractérisent aussi par leur irrégularité, des
grottes, des arches, des petites baies (Fig. I.5).

(Fig. I.5)
▫ Les côtes à dépôts marins: ces côtes s'étendent en direction de la mer par un processus de dépôt dû
aux vagues et aux courants.
▫ Leur principale caractéristique est la formation d'une plage: les sédiments déposés sur le rivage
peuvent être de la vase, du sable, des graviers, des cailloux apportés par les vagues et les courants.
La morphologie d'une plage (Fig. I.6) est caractérisée par:
▫ des accotements (berme: voir schéma);
▫ des formations en arc dont la concavité est face à la plage;
▫ des systèmes d'arêtes et de creux parallèles à la plage;
▫ des ruisselets (système de drainage à petite échelle).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime I.5
Chapitre I - Morphologie maritime

(Fig. I.6)
Les principaux types de plages sont:
▫ celle formée à l'intérieur des baies (les sédiments proviennent de l'altération des
promontoires);
▫ les plages droites (les sédiments sont abondants et il n'y a pas d'obstacle);
▫ les plaines: ce sont de grandes plaines de sable formées dans des conditions de basse
énergie
La figure I.7 illustre en dessin les autres caractéristiques des côtes à dépôts marin.

(Fig. I.7)
▫ Les côtes avec récif de corail: elles sont formées par les organismes coralliens. Les plages sont
composées de sable provenant de l'érosion des organismes morts.
▫ Les mangroves: ce sont des forêts immergés qui se trouvent en général sur les côtes alluviales des
régions tropicales humides (côte sud-ouest de la Floride par exemple).
▫ Les côtes à herbe marécageuse: elles se forment dans des conditions de dépôt lent: les marées et
l'énergie des vagues doivent être très faibles.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.1
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Chapitre II. Ondes, Courants et Marées

• Introduction
Dans la zone littorale les phénomènes hydrodynamiques à prendre en compte sont les ondes (de vent et de
marée) et les courants (d'origine variable: marée, vent, vague, gradient de densité).
On divise le littoral en trois grandes zones où les forces dominantes sont différentes (Fig. II.1):
▫ La plage et les dunes où les forces du vent et des ondes dominent.
▫ La côte peu profonde: c'est une zone de frottements et de mélange turbulent produits par le
déferlement et les courants induits. Par temps calme, cette zone est très étroite et devient beaucoup
plus importante lors des tempêtes en atteignant les zones de 8 à 10 mètres de profondeur.
▫ La côte profonde: c'est la zone de profondeur supérieure à 20 mètres. Elle est dominée par les
courants dus aux marées, aux vents et aux gradients de densité; la force de Coriolis joue aussi un
rôle dans cette zone. On la divise en trois couches aux comportements différents: les deux zones
de contact (couches limites) avec l'air et le sol, et la couche interne.
La zone de transition (entre côte profonde et côte peu profonde) est souvent classée dans les côtes
profondes en tenant compte toutefois en plus des ondes non-déferlantes.

(Fig. II.1)

• Les ondes
§ Ondes produites par le vent
• Ondes de haute fréquence
Il s'agit de la houle dont la période est généralement comprise entre 5 et 15 secondes. En s'approchant du
littoral, elle subit de nombreuses évolutions suite à la réfraction, la réflexion, la diffraction, aux
frottements avec le sol, et au déferlement. Elle à un rôle prépondérant dans la zone d'eaux peu profondes
où elle contrôle les courants, les transports de sédiments et les changements au niveau du sol. En effet le
déferlement provoque un changement dans le profil de vitesse qui va entraîner une hausse du niveau d'eau
moyen ainsi que des courants longitudinaux et transversaux au littoral.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.2
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Le déferlement est la conséquence de la réfraction: lors de l'approche d'une vague de la côte, la diminution
du niveau du sol entraîne une hausse de l'amplitude de la vague. Cette augmentation d'amplitude continue
jusqu'à une hauteur critique (atteinte environ lorsque la vitesse du fluide en sommet de vague devient
égale à la vitesse de l'onde) où le déferlement va commencer. Il existe trois types de déferlement (frontal,
plongeant et glissant) dépendant de la pente du fond et de la cambrure de la vague. On peut distinguer
trois phases dans le déferlement:
§ dans la première phase, au début du déferlement, la forme de la vague change rapidement
(formation de rouleau ou de tourbillons de grande échelle) et une grande partie de l'énergie
potentielle du fluide est transformée en énergie cinétique.
§ Dans la deuxième phase, l'énergie cinétique organisée en rouleaux et tourbillons se dissipe et se
localise dans de petits mouvements turbulents. C'est dans cette phase que les courants
longitudinaux et transversaux sont générés ainsi que la hausse du niveau d'eau moyen.
§ La dernière étape est caractérisée par le mouvement de va-et-vient de bord de mer. Ce sont des
ondes de basse fréquence qui dépendent, en général, linéairement de la hauteur de vague.
• Ondes de basse fréquence
Leur formation est complexe: elles naissent des interactions des vagues entre elles, ou des vagues avec la
topographie et les courants.
Il existe notamment pour les vagues des interactions non linéaires qui forment pour deux vagues
incidentes de fréquences différentes (f1, f2) une onde de fréquence |f2-f1|.
Un autre mécanisme produisant des ondes basse fréquence est la variation du point de début de
déferlement (possible dans certaine circonstances comme lors de tempêtes): la hauteur de vague au point
de déferlement varie, ce qui entraîne une variation du niveau d'eau moyen et conduit à la formation d'une
onde basse fréquence.
Les ondes de basse fréquence se traduisent à l'observation lorsque par exemple elles sont réfléchies sur la
côte et rencontre une série de vague: l'amplitude des vagues sera ainsi diminuée puis augmentée, c'est la
modulation d'amplitude. Ces ondes peuvent aussi être piégées le long du littoral par réfraction et se
propager longitudinalement, elles se manifestent par une ondulation horizontale de l'eau en bord de mer.
§ Ondes de marée
Elles sont la conséquence des interactions entre la Terre, la Lune et le Soleil. Ce sont des grandes ondes
dont la fréquence dominante généralement observée est de 12 heures mais par endroits elle peut être de 24
heures.
Elles sont aussi déformées par la réfraction, les frottements au fond (amortissement), la réflexion aux
limites et la différence de vitesse de propagation au sommet et au creux de l'onde. La force de Coriolis,
perpendiculaire au mouvement du fluide (vers la droite dans l'hémisphère Nord), joue aussi un rôle: par
exemple en se combinant à la réflexion elle produit les points amphidromiques.

• Les courants
Un courant marin est un déplacement d'eau de mer caractérisé par sa direction, sa vitesse et son débit. On
distingue quatre types de courants, notamment:
▫ Courants de surface dus aux vents;
▫ Courants de profondeur dus aux différences de densité (gradient de densité);
▫ Courants dus aux vagues (courants de dérive); et
▫ Courants de marée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.3
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

• Courants de surface
Les principales causes des courants sont le rayonnement solaire, les vents et la pesanteur. La Terre reçoit
de façon inégale l'énergie solaire : elle n'est pas la même selon que l'on se trouve au pôle (car les rayons
arrivent de manière très inclinée) ou à l'équateur. La zone intertropicale reçoit ainsi autant d'énergie que le
reste de la planète. Ce déséquilibre met en mouvement l'atmosphère et les océans qui vont rééquilibrer
thermiquement l'ensemble. Il génère aussi des vents qui sont les facteurs principaux des courants de
surface. Ces mouvements sont influencés par la force de Coriolis due à la rotation de la Terre.
Les courants océaniques de surface sont généralement provoqués par le vent ; ils sont typiquement
orientés dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère nord et dans le sens antihoraire dans
l'hémisphère sud, du fait de la répartition des vents.
Ils peuvent être séparés en deux catégories:
▫ Les courants dus aux rafales, de courte durée de vie.
▫ Les systèmes de circulation à grande échelle générés par les alizés ou les systèmes de pression
atmosphérique.
Dans les courants provoqués par les vents, l'effet de la force de Coriolis se traduit par une déviation
angulaire par rapport aux vents qui en sont à l'origine. La localisation des courants change notablement
avec les saisons ; ce phénomène est particulièrement sensible pour les courants équatoriaux.
Les vents forment des profils rapidement décroissant avec la profondeur parallèles à sa direction (Fig.
II.2) mais l'action de la force de Coriolis va former des courants non parallèles suivant la spirale d'Ekman
(Fig. II.3). Cette répartition de courant est difficilement observable en eau peu profonde car les gradients
de pression dus aux variations de hauteur d'eau dévient les courants. De plus pour des profondeurs faibles
(inférieures à 10 mètres), la réponse à l'excitation du vent est rapide et les courants résultants sont donc
parallèles aux vents.
Les courants de surface concernent environ 10% de l'eau des océans. Ils se limitent généralement aux 300
premiers mètres de l'océan.

(Fig.  II.2) (Fig. II.3)


Le courant induit par un vent transversal au littoral produit une variation du niveau de la mer qui va
donner un gradient de pression horizontal perpendiculaire au littoral. Un courant de fond va ainsi être
formé (Fig. II.4).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.4
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

(Fig. II.4)
Les vents longitudinaux par la force de Coriolis produit aussi un courant de retour en fond toutefois moins
important comme nous l'avons expliqué (Fig. II.5). Le courant résultant est plus complexe:

(Fig. II.5)

• Courants de profondeur
Le mouvement de l'eau profonde est causé par des forces dues à la densité et à la pesanteur. La différence
de densité est fonction de la température et de la salinité. Le déséquilibre énergétique entraîne également
des différences de température suivant la latitude. Cette différence de température entraîne une différence
de salinité de l'eau et donc de densité (gradients de température et de densité) créant ainsi les courants de
profondeur.
Dans la zone littorale, ils sont dus aux variations de densité du mélange eau-sédiment à cause des
variations de températures, de pression, et de concentration de sédiments. Ils sont observables notamment
aux embouchures des fleuves.
Dans l'océan, les eaux profondes s'enfoncent dans les bassins océaniques situés aux latitudes élevées, où
les températures sont assez basses pour que la densité augmente. Les variations de densités engendrent,
dans les bassins océaniques, les courants profonds dits thermohalins, phénomène aussi appelé la
"circulation thermohaline", ou encore le "tapis roulant". Ces courants, qui s'écoulent sous la surface
océanique sont donc difficiles à détecter, sont assimilables à des "rivières sous-marines". Les zones de
courants ascendants (remontées d'eau ou upwellings) et descendants sont des régions où on observe des
mouvements verticaux significatifs.
Les vents n'ayant plus d'influence après 800 m de profondeur, ils ne peuvent être les moteurs des
circulations océaniques profondes.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.5
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Ces courants sont basés sur des différences de température (l'eau froide est plus dense que l'eau chaude) et
de salinité (l'eau salée est plus dense que l'eau douce), entre les différentes couches de l'océan. Les plus
profonds portent le nom de courant thermohalin et ceux qui vont un peu moins en profondeur portent le
nom de circulation thermohaline.
Les eaux chaudes de surface se chargent en sel, à cause de l'évaporation ce qui tend à les rendre plus
denses. En hiver, lors de la formation de la banquise, la glace une fois formée expulse le sel qui alourdit
encore davantage l'eau non gelée qui devient tellement dense qu'elle plonge vers les profondeurs.
§ La remontée d'eau
La remontée d'eau (upwelling) est un phénomène océanographique qui se produit lorsque de forts vents
marins (généralement des vents saisonniers) poussent l'eau de surface des océans laissant ainsi un vide où
peuvent remonter les eaux de fond et avec elle une quantité importante de nutriments.
Les phénomènes de remontée d'eau se localisent par leurs résultats : une mer froide et riche en
phytoplancton. Concrètement pour les pêcheurs, la remontée d'eau se traduit par une augmentation
importante du nombre de poissons.
Il existe au moins cinq types de remontées d'eau dont le plus connu est le type côtier:
▫ Si des vents soufflent de la côte vers la mer, ils entraînent avec eux l'eau qui se trouve en surface.
S'ils soufflent le long de la côte et que celle-ci est à leur droite dans l'hémisphère sud (ou à leur
gauche dans l'hémisphère nord), la force de Coriolis va faire tourner les courants créés par les
vents vers le large. Dans ces deux cas, la couche d'eau en surface est emmenée vers le large. Le
vide qui est alors créé est compensé par les eaux de fond qui vont remonter.
Les remontées d'eau peuvent également se produire grâce au pompage d'Ekman:
▫ Lorsqu'un cyclone tropical passe sur une zone à une vitesse inférieure à 8 km/h. Le déplacement
des eaux de surface par les forts vents de la tempête crée un appel d'eau des profondeurs pour les
remplacer.
▫ Dans le milieu des océans, lorsque des vents forts et réguliers repoussent la couche de surface
dans une direction, les eaux des profondeurs vont les remplacer. Ceci se produit en particulier
dans l'océan au large de l'Antarctique où la circulation est d'ouest sur de longues distances, sans
interférence de zones côtières.
▫ Dans la zone des alizés d'ouest près de l'équateur, les vents soufflent dans la même direction dans
chaque hémisphère mais la déviation due à Coriolis se fait vers les Pôles.
Ceci veut dire que l'eau de surface se dirige vers le nord dans l'hémisphère nord et le sud dans
celui du sud, laissant un vide qui est comblé par une remontée d'eau des profondeurs.
▫ Des résurgences peuvent également se produire dans les tourbillons d'un courant marin.
Finalement certains obstacles sous-marins causent également des remontées d'eau profonde. Les courants
de profondeurs sont forcés vers la surface par de tels obstacles. Un cas de ce type est celui de
l'embouchure de la rivière Saguenay au Québec. Cette rivière fut creusée par les glaciers et sa sortie dans
le fleuve Saint-Laurent, salé à ce point, comporte un talus de moraine qui force les eaux de profondeurs de
type arctique à remonter.
Les eaux de fond sont froides mais riches en nutriments (nitrates, phosphates, etc.) qui sont le résultat de
la décomposition des organismes marins. Lorsqu'ils sont ramenés à la surface, les nutriments nourrissent
le phytoplancton qui utilise également le gaz carbonique dissous pour sa photosynthèse.
C'est pourquoi les remontées d'eau sont à l'origine d'une importante production de phytoplancton en
comparaison avec les autres zones de l'océan. Et puisque le phytoplancton est la base de l'alimentation de
nombreux animaux marins, ces effets se propagent dans la chaîne alimentaire.
Ils produisent ainsi des îlots de vie, importants pour les espèces en migration (comme les baleines) et pour
l'activité humaine.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.6
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Les régions où le phénomène de remontée d'eau côtière est connu sont : les côtes du Pérou, du Chili, côtes
ouest africaines (Mauritanie), mer d'Oman, côtes ouest de l'Afrique du Sud et de l'Afrique du Nord, côte
est de la Nouvelle-Zélande, et côte Californienne, qui sont toutes riches en poissons.

§ La circulation thermohaline
La circulation thermohaline est la circulation permanente à grande échelle de l'eau des océans,
engendrée par des écarts de température et de salinité des masses d'eau. La salinité et la température ont en
effet un impact sur la densité de l'eau de mer. Les eaux refroidies et salées plongent au niveau des hautes
latitudes (Norvège, Groenland, etc.) et descendent vers le sud, à des profondeurs comprises entre 1 et
3 km. Elles sont alors réchauffées sous les Tropiques, et remontent à la surface, où elles se refroidissent à
nouveau, et ainsi de suite au travers de courants à forte composante latitudinale transverse. On estime
qu'une molécule d'eau fait le circuit entier en environ 1 000 ans. La circulation thermohaline a un impact
encore mal estimé aujourd'hui sur le climat.
Il existe deux moteurs à l'origine de cette circulation:
▫ des différences de température : l'eau de mer est d'autant plus dense que sa température se
rapproche de 4 degrés C.;
▫ des différences de salinité (concentration de l'eau en sels) : une eau plus concentrée en sel qu'une
autre est plus dense.
Une eau froide de forte salinité sera ainsi nécessairement plus dense qu'une eau comparativement plus
chaude et moins concentrée en sels. Dans les régions polaires (océan Arctique et mer de Weddell
notamment), l'eau de mer se transforme en glace. Lors de la solidification, les sels sont rejetés car la glace
ne les intègre pas dans sa structure : l'eau liquide s'enrichit en sels réfractaires et voit sa densité augmenter,
ce qui amorce une plongée vers les fonds marins et, à terme, une convection de large échelle.
Le rôle de ces boucles convectives est essentiel car il permet le transport de chaleur, libérée dans
l'atmosphère, de l'équateur vers les pôles. Si ce transfert n'existait pas, il ferait plus chaud à l'équateur et
plus froid aux hautes latitudes. Le Gulf Stream et le Kuro Shivo réchauffent ainsi les eaux respectivement
situées au large de l'Europe et du Japon. La convection océanique joue aussi un rôle important dans le
cycle du carbone. En effet, en plongeant les eaux marines entraînent une grande quantité de dioxyde de
carbone (CO2) qui a été capturé de l'atmosphère et qui y est dissous. Ce dioxyde de carbone est restitué en
partie à l'atmosphère lorsque les eaux profondes refont surface.
Point important, les courants de surface et les courants profonds ainsi formés se trouvent interconnectés.
On a alors introduit l'expression imagée de tapis roulant pour décrire le transport d'eau profonde de
l'Atlantique vers le Pacifique et son retour en surface. Grâce à la capacité thermique de l'eau, l'océan est un
énorme réservoir de chaleur. Son inertie thermique étant beaucoup plus importante de celle de l'air, il
tempère les changements thermiques saisonniers des masses d'air, qui autrement seraient beaucoup plus
importants. Ainsi les courants chauds des couches de surface peuvent réchauffer le climat d'une région. À
l'inverse, les eaux froides qui remontent en surface modèrent la température des eaux des régions
équatoriales. Cependant cette circulation reste mal connue car difficile à mesurer directement.
Note
L'océan joue ainsi un rôle essentiel pour la régulation du climat de notre planète et il assure un transport
de chaleur de l'équateur vers les pôles aussi important que l'atmosphère.
Les courants jouent un grand rôle dans le climat mondial, notamment en régulant et dispersant la chaleur
des continents qu’ils bordent et en entretenant l'humidité de l'air (cycle de l'eau). En effet, l'ensoleillement
est réparti de manière inégale sur la Terre, le rôle du courant marin sera donc d'essayer d'égaliser au
maximum cette différence. Ils distribuent de grandes quantités d’énergie / chaleur des régions chaudes
vers des zones plus froides grâce à leur forte inertie thermique. Les eaux chaudes de surfaces peuvent
donc réchauffer une région, et inversement.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.7
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

L’océan joue donc un rôle important pour la régulation du climat et il assure un transport de chaleur des
régions tropicales vers les pôles tout aussi important que l’atmosphère.
Une interruption du tapis roulant peut se traduire par des dérèglements climatiques importants (et/ou en
être une conséquence, selon les époques). Ce tapis roulant avait fortement ralenti vers 2001, mais a
redémarré (peut-être provisoirement) en 2008, grâce à un hiver froid.

• Courants dus aux vagues (courants de dérive)


Le courant de dérive, aussi appelé la dérive de Stokes, est principalement dû aux vagues et houles. Il est
le mouvement de transport de matière associé à la propagation d'une onde dans un milieu matériel.
Pour les ondes de surface dans l'eau (marée, vagues, onde solitaire, etc.) ce transport peut être interprété
comme l'eau transportée entre les creux et les crêtes des ondes. En effet, sous la crête, la vitesse des
particules est dans le sens de propagation de l'onde. Donc la vitesse moyenne à la hauteur de la crête est
dans le sens de propagation. C'est le point de vue Eulérien.
Dans le cas le plus simple des ondes d'Airy (vagues périodiques sur fond plat, en absence de courant
moyen) ou des ondes de Kelvin (ondes d'Airy de grande longueur d'onde modifiées par la rotation de la
Terre), le transport ne se produit qu'aux niveaux situés entre creux et crêtes. Dans le cas de la marée on
parle aussi de courant résiduel Lagrangien, qui englobe le courant résiduel Eulérien (causé par l'asymétrie
du courant de marée) et la dérive de Stokes.
On peut aussi interpréter ce transport comme le déplacement des particules fluides. C'est le point de vue
Lagrangien. Dans ce cas le transport s'étend sur toute la colonne d'eau, décroissant depuis la surface.
Les deux points de vue sont bien sûr compatibles: le transport sur l'ensemble de la colonne d'eau est égal
dans les deux cas. Pour des vagues périodiques, ce débit de masse par unité de longueur de crête est égal à
Et / C avec Et la densité d'énergie mécanique des vagues par unité de surface, et C la vitesse de phase des
vagues.
En pratique la dérive de Stokes est une partie importante de la dérive à la surface de l'océan,
généralement supérieure aux courants moyens générés par le vent. C'est particulièrement vrai dans l'océan
où la dérive de Stokes en surface de l'ordre de 1 à 2% de la vitesse du vent local, alors que le courant
moyen induit par le vent est fortement mélangé par la turbulence induite par le déferlement, avec des
vitesses en surface plutôt proches de 0.5% de la vitesse du vent.
Toutefois, du fait de la rotation de la Terre, le transport de masse associé aux vagues, la somme des
dérives à toutes les profondeurs, est nul dans l'océan profond, car la force de Coriolis a une tendance à
générer un courant opposé à la dérive de Stokes, mais relativement homogène sur la verticale. En fait, les
vagues dans l'océan génèrent une dérive importante en surface, dans leur direction de propagation, mais
aussi, en profondeur, une dérive opposée, qui annule le transport de Stokes (Fig. II.6).
Dans la zone littorale, les vagues et les courants qu'elles provoquent interagissent par de nombreux
mécanismes notamment:
▫ La réfraction des vagues par les courants horizontaux.
▫ Génération de courants de fond par les vagues.
▫ Génération de courants longitudinaux par le déferlement.
▫ Modification de la vitesse des vagues ainsi que du profil de vitesse par les courants.
▫ Augmentation du cisaillement en fond et de la dissipation de l'énergie des vagues à cause des
interactions avec la couche limite du courant.
§ Courants dus aux vagues non déferlantes
La propagation des vagues implique un flux de matière dans le même sens que celui des ondes,
observation qui se retrouve par la théorie si le modèle choisi est non linéaire. En considérant un flux nul
de matière sur toute la hauteur d'eau, ceci implique un flux opposé en profondeur.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.8
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

En tenant compte de la viscosité (fluide réel), le profil théorique de vitesse est le suivant:

(Fig. II.6)
§ Courants dus aux vagues dans la zone de déferlement
Lorsque des vagues à incidence oblique déferlent dans la zone d'eau peu profonde, un ensemble
compliqué de courants se met en place caractérisé par:
▫ Des courants longitudinaux.
▫ Des courants de fond transversaux en direction de la mer.
Ils peuvent s'expliquer par les gradients transversaux de quantité de mouvement (longitudinale et
transversal) dans la zone de déferlement.
Le gradient de quantité de mouvement transversale est compensé par un gradient de pression qui forme un
courant de retour à la mer.
Le gradient de quantité de mouvement longitudinal est compensé par les frottements et la dissipation par
cisaillement. Ils sont localisés dans la zone entre la plage et le déferlement.
Théoriquement les courants devraient être uniformes sur une plage régulière mais on observe un
changement de direction des courants longitudinaux vers la mer qui conduit à la formation de couloirs de
retour et à un système de circulation d'eau (Fig. II.7).
.

(Fig. II.7)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.9
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

§ Courants de marée
Les courants de marée sont des courants marins engendrés par les marées. Leur force et leur direction
évoluent avec le moment de la marée. Il est notable près des côtes bordant les mers influencées par la
marée. Le courant de marée est plus marqué lorsque la topographie de la côte et des fonds impose aux
eaux sous l'influence de la marée de transiter dans une zone resserrée : il peut alors constituer une gêne ou
un danger pour la navigation des bateaux.
Les courants de marée sont contrôlés par:
▫ Les gradients de pression (hauteur d'eau, variation de densité).
▫ Les frottements avec le sol (prépondérant pour des profondeurs inférieure à 10 mètres).
▫ La force de Coriolis (peu importante pour des profondeurs inférieures à 10 mètres).
Ils sont de l'ordre de 0.1 à 1 mètre par seconde et principalement longitudinaux près des côtes (car peu
déviés par la force de Coriolis). Les courants transversaux sont faibles mais amplifiés par les courants dus
aux vents et aux variations de densité.
La vitesse maximale du courant de marée en un lieu donnée dépend à la fois de l'amplitude du marnage de
la marée et de la configuration des fonds : ce courant peut être particulièrement fort dans, les raz, les
entrées de rias ou de rivières ou de bassins fermés soumis à la marée
Le courant de marée généré par la marée montante est appelé le courant de flot et celui créé par la marée
descendante le jusant. Entre les deux phases du courant, le courant devient nul durant une période variable
selon le lieu : c'est l'étale ou la renverse. Le courant de marée change de direction et de force au fur et à
mesure de l'avancement de la marée.
Le flot et le jusant ne coïncident pas exactement avec la marée montante et la marée descendante. Le
décalage est d'autant plus important que l'on se situe loin des côtes. Selon le lieu, les courants de marée
peuvent être alternatifs ou giratoires.
▫ Lorsque le courant est alternatif le flot a, pendant toute sa durée, une direction à peu près
constante qui est à l'opposé du jusant. Dans les zones de courant fort, le courant de marée est
majoritairement alternatif,
▫ Lorsque le courant est giratoire, la direction du courant change progressivement tout au long de la
marée tout en variant en force.
Le courant de marée, lorsqu'il s'oppose à la direction de la houle ou du vent, lève une mer qui peut être
très dangereuse lorsque la force du courant est importante : les vagues sont hautes, abruptes, et souvent
viennent de directions différentes.
En navigation, le franchissement des zones dans lesquelles le courant de marée est particulièrement
important peut mettre en danger la sécurité des navires, lorsque les conditions météorologiques sont
défavorables et si on ne peut pas les éviter, il est conseillé de les traverser au début de l'étale, en
privilégiant l'étale qui précède une phase de courant favorable à la progression du navire, ou à défaut,
durant la phase où le courant porte dans le même sens que le vent.
Il faut se reporter aux Instructions nautiques pour connaître précisément les conditions de franchissement
les plus favorables des zones les plus dangereuses car celles-ci sont également influencées de manière
complexe par la configuration locale de la côte et des fonds.
De manière plus générale, le courant de marée doit être pris en compte en navigation maritime car il influe
sur le cap suivi par le navire et sa vitesse de progression sur le fond.
Les guides nautiques fournissent pour un lieu donné la vitesse maximum du courant pour une marée de
mortes eaux moyenne (V1 coefficient 45) et une marée de vives eaux moyenne (V2 coefficient 95). Si C est
le coefficient de la marée en cours, la vitesse maximum du courant de marée V sera égale à :
V = V1 + (C - 45) x (V2 - V1) / 50
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.10
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Pour les zones comportant des courants de marée importants les guides fournissent, heure par heure, la
direction et la vitesse du courant. Pour les autres zones il est possible, lorsque le courant est alternatif,
d'extrapoler la vitesse du courant à partir de la vitesse maximum.
La vitesse du courant varie rapidement en début et en fin de flot et de jusant. Si la période s'écoulant entre
deux étales est divisé en six périodes égales d (proches généralement d'une heure) et si t est la fin de
l'étale, la vitesse du courant s'établit comme suit :
t t+d t + 2d t + 3d t + 4d t + 5d t + 6d
0 3/6. V 5/6. V V 5/6. V 3/6. V 0

• Les marées
Parmi les phénomènes de la nature, la marée est l'un des plus majestueux par son ampleur et par sa
puissance; l'un des plus surprenants par sa régularité et par la discrétion de ses causes. On comprend sans
peine non seulement qu'il se soit imposé à l'attention des navigateurs mais encore qu'il ait, depuis la plus
lointaine antiquité, suscité les recherches des savants les plus émérites.
Cependant, comme il participe à la fois de la mécanique céleste en raison des forces qui l'engendrent, et de
la mécanique des fluides par suite du milieu sur lequel elles s'exercent, la connaissance et l'explication de
ce phénomène n'ont pu se préciser qu'au fur et à mesure du progrès des sciences mathématiques.
Le but primitif de ces études était de s'intéresser particulièrement aux marées existant aux voisinages des
côtes; le problème posé étant alors celui de la prédiction du phénomène en un lieu donné: il est
théoriquement résolu de manière théorique, mais la simulation numérique est en proie à ses propres
limites ainsi qu'à une connaissance imparfaite des reliefs sous marins.
Les fondements de ces approches informatiques paraissent définitifs mais ces points de vue sont très
empiriques et font appel aux observations in situ.
Le deuxième point de vue, procède d'un esprit de synthèse. Il s'agit de rechercher l'explication théorique
des causes particulières qui font varier en chaque point la physionomie du phénomène, de découvrir
comment la marée se propage à travers mers et océans et quelles influences viennent modifier son
caractère.
Malgré un nombre colossal d'observation passé, on est bien loin de pouvoir prédire les marées actuelles
d'une manière purement théorique. Ce désarroi est encore plus flagrant s'il s'agit de les déterminer pour un
point quelconque du globe par la seule théorie.
Seule l'observation minutieuse et laborieuse permet d'anticiper localement les marées.
Ainsi on observe, sur la cote atlantique deux marées hautes et basses par jour; une prépondérance des
marées dites semi-diurnes par rapport aux diurnes.
Mais ces phénomènes ne sont pas valables partout au monde.
Par exemple:
▫ dans l'océan pacifique nord, un système diurne, de l'Amérique à l'Asie.
▫ dans l'océan indien, un système semi-diurne limité au sud par une bande joignant l'Australie à la
Somalie.
Concernant les amplitudes, la marée diurne est presque toujours faible, dépassant rarement un mètre mais
atteignant exceptionnellement 11 m au cap Astronomique (plus forte marée diurne connue). La marée
semi-diurne a ainsi presque partout une prépondérance marquée.
Les plus faibles amplitudes s'observent dans les mers presque fermées; insensibles en mer noire et de 10 à
20 cm sur les cotes méditerranéenne française. Mais aussi au cœur des océans, comme le montre Tahiti
(0,4 m) et la Réunion (1 m).
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.11
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

• Les forces à l'origine des marées


Les marées hydrographiques sont le résultat de l'application de deux forces sur la Terre (Fig. II.8):
▫ Une force d'attraction gravitationnelle d'une part, exercée par un astre comme la Lune ou le
Soleil. Cette force est plus intense si l'astre en question est proche de la Terre et sa masse
importante.
▫ Une force centrifuge d'autre part, liée à la rotation de la Terre sur son orbite, et qui s'exerce de
manière identique en tout point du globe.

(Fig. II.8)
Pour les plus exigeants, voir le calcul des marées (en annexe), qui détaille avec plus de précisions les
forces liées aux marées, ainsi que les équations mathématiques.

• Théorie statique des marées


Si l'on considérait la surface de la Terre comme parfaitement sphérique et recouverte d'eau, elle prendrait
alors la forme d'une ellipsoïde dont l'axe serait dirigé vers l'astre générant la marée.
On observerait alors des marées dont les pleines et basses mers auraient lieu deux fois par jour et toujours
à la même heure. On appelle cette situation la marée statique.
Pourtant, cette marée idéale n'est jamais obtenue. En effet les masses d'eau déplacées lors des marées
conservent une certaine inertie, et la surface de la Terre présente de nombreux obstacles aux océans,
comme des talus continentaux, ou des variations de profondeur. Les marées s'en trouvent alors accélérées
ou au contraire freinées, et l'on observe ainsi, au fil des marées, des différences de marnage et de
fréquence selon les régions (Fig. II.9).

(Fig. II.9)
§ Composantes harmoniques
Une marée peut-être assimilée à la somme de marées élémentaires strictement périodiques, que l'on
appelle les composantes harmoniques.
On distingue quatre types de composantes harmoniques :
▫ Les ondes semi-diurnes, ayant une période de douze heures.
▫ Les ondes diurnes, dont la période est voisine de vingt-quatre heures.
▫ Les ondes de longues périodes, mensuelles, semestrielles ou annuelles, dont les périodes
s'étalent, comme leurs noms l'indiquent, sur une période pouvant aller d'un mois à une année.
▫ Les ondes supérieures de périodes quarts ou tiers-diurne, qui présentent des périodes de trois ou
quatre heures.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.12
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Dans la plupart des cas, les ondes diurnes et semi-diurnes sont nettement prédominantes. Elles génèrent la
forme générale des marées. Toutefois, dans les zones de faibles profondeurs, les ondes supérieures et
composées peuvent jouer un rôle important.
▫ Type diurne
A l'inverse des marées de type semi-diurnes, on parle de marées diurnes lorsque les composantes semi-
diurnes sont négligeables devant les composantes diurnes. On observe alors une pleine mer et une basse
mer par jour.
▫ Type semi-diurne
On parle de marées de type semi-diurnes lorsque les composantes diurnes sont négligeables devant les
composantes semi-diurnes. Il y a alors deux pleines mers et deux basses mers par jour, d'importances
sensiblement égales. Ce type de marée est prépondérant en Atlantique et en Manche.
▫ Type semi-diurne à inégalité diurne
Il s'agit d'un cas intermédiaire entre les deux types de marées présentés précédemment. Aucune des
composantes n'est négligeable, elles ont toutes deux leur importance quand au calcul du spectre. Il y a
alors deux pleines et basses mers par jour, dont les hauteurs peuvent être très différentes.
▫ Type mixte
Ici encore, il s'agit d'un cas intermédiaire, dans lequel les composantes diurnes sont très importantes. Deux
cas se présentent :
▫ Soit la Lune est à l'équateur, et on constate alors deux pleines mers et deux basses mers par jour.
▫ Soit la déclinaison de la Lune est à son maximum. Dans ce cas, on observe une pleine mer et une
basse mer.
Le phénomène des marées est généré par la Lune et le Soleil. Les actions de ces deux astres peuvent donc,
en fonction de leurs positions relatives, s'ajouter, créant des marées plus importantes, ou se contrarier,
créant alors des marées plus faibles.
Les variations de hauteur d'eau sont conditionnées en priorité par les phases de la Lune:
▫ Le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés, les forces s'additionnent, les marées sont importantes
(Fig. II.10).

(Fig. II.10)
▫ Le Soleil, la Lune et la Terre forment un angle droit, les forces se contrarient, les marées sont
faibles (Fig. II.11).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.13
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

(Fig. II.11)
Lorsque le marnage passe par un maximum, la marée est dite de vive-eau. Elle correspond aux phases de
nouvelle et de pleine Lune appelées syzygies. Elle s'explique par les effets conjugués de la Lune et du
Soleil.
A l'inverse, lorsque le marnage passe par un minimum, la marée est dite de morte-eau. La lune en est alors
à ses premiers et derniers quartiers, appelés quadratures.
En résumé, à chaque pleine Lune et à chaque nouvelle Lune, environ tous les quinze jours, les amplitudes
de marées passent par un maximum. A chaque premier et dernier quartier, les amplitudes de marée passent
par un minimum.
§ Spectre de la marée
Pour chaque zone du globe, on peut établir une carte d'identité de la marée, appelée spectre de la marée.
La figure II.12, ci-dessous, donne un exemple de spectre d'une marée semi-diurne.

(Fig. II.12)
Ce spectre indique l'importance relative de chacune des ondes harmoniques en un lieu donné. Il permet
ainsi de calculer précisément les horaires des pleines et basses mers.
On peut distinguer quatre grands types de marées. Ceux-ci sont différentiables selon deux critères :
▫ Les importances relatives des composantes diurnes et semi-diurnes de la marée.
▫ L'emplacement géographique du phénomène étudié.
Nous verrons plus tard que les marées varient effectivement en fonction de la position géographique.
§ Age de la marée
On remarque parfois que les marées de vives-eaux et de mortes-eaux ont lieu avec un temps de retard par
rapport aux syzygies et aux quadratures. Ce retard est appelé l'âge de la marée.
Les masses d'eau déplacées par les flux et reflux gardent en effet une certaine inertie, et ne peuvent donc
s'accorder parfaitement avec la position de la Lune. Ce retard s'étend généralement de deux à cinq jours.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.14
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

§ Marnage
On appelle marnage la différence de hauteur d'eau entre une pleine mer et une basse mer successive.
La variation du marnage s'organise en 2 périodes :
▫ La période de vive-eau, où le marnage est le plus fort.
▫ La période de morte-eau où le marnage l'est le moins.
▫ Des marnages différents
Les marnages peuvent être très différents d'une zone à l'autre, même si ces zones sont géographiquement
peu éloignées.
Ils dépendent principalement de 2 facteurs :
▫ Un premier facteur, astronomique, c'est à dire fonction de la position des astres, dont nous
parlerons un peu plus tard.
▫ Un second facteur lié, lui, à la configuration du bassin. L'onde provoquée par la Lune va ainsi
devoir se frayer un chemin parmi les continents, les détroits, les côtes de presqu'îles, les hauts
fonds, etc. L'onde va donc être affaiblie ou au contraire renforcée, ce qui aura une influence
importante sur le marnage.
Par ailleurs, la rotation de la Terre a également une incidence sur ce marnage, puisqu'elle modifie la
propagation des ondes crée par les astres voisins de la Terre. La figure II.13, ci-dessous, est un exemple
des différences de marnages qui se produisent en Manche.

(Fig. II.13)
§ Calcul du coefficient de marée
Le coefficient de marée est calculé pour une pleine mer. On le calcule en faisant le quotient du marnage
semi-diurne, par la valeur moyenne du marnage pour les marées de vive-eau d'équinoxe.
La formule exacte est la suivante :
C = (H – N0) / U
Où H est la hauteur de pleine mer, N0 le niveau moyen de la mer et U l'unité de hauteur.
L'unité de hauteur correspond à "la valeur moyenne de l'amplitude de la plus grande marée qui sui d'un
jour et demi environ l'instant de la pleine ou de la nouvelle lune, lors de l'équinoxe." Il s'agit de la valeur
moyenne du marnage pour les marées de vive-eau d'équinoxe.
Le résultat est un nombre sans dimension compris entre 20 et 120 et qui indique la force de la marée et qui
varie peu d'un jour sur l'autre. Par convention, le coefficient de marées 100 est attribué au marnage semi-
diurne moyen des marées de vives-eaux voisines des équinoxes (21 mars et septembre).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.15
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Les grandes marées ou marées de vives-eaux se produisent lorsque la Lune et le Soleil se trouvent en
conjonction ou opposition (on parle de syzygie) par rapport à la Terre (situation de pleine ou de nouvelle
Lune) : leurs forces d'attraction s'ajoutent.
Ce phénomène explique que les plus grandes marées (marées d'équinoxes) ont lieu lors de la première
syzygie qui suit l'équinoxe (21 mars et 21 septembre).
Inversement, les marées sont faibles (marées de mortes-eaux) lorsque la Lune est à 90° de l'axe Soleil-
Terre (situation de premier ou dernier quartier). De même, les plus faibles ont lieu aux alentours des
solstices d'été et d'hiver (21 juin et 21 décembre).
▫ Coefficients de marée
▫ C = 20 la plus faible marée possible
▫ C = 45 définit une morte-eau moyenne
▫ C = 95 une vive-eau moyenne
▫ C = 100 une vive-eau équinoxiale moyenne
▫ C = 120 la plus forte marée possible
Si U est, en un lieu donné, le demi marnage de la plus forte marée de vive-eau survenant après une
syzygie équinoxiale moyenne (C = 100), alors la hauteur d'eau (h) à la pleine mer d'une marée de
coefficient (C) est d'environ :
hpm = (1,2 + C)*U
De même la hauteur d'eau à la basse mer sera approximativement: hbm = (1,2 - C)*U
Note :
▫ Dans ces deux précédentes formules, le coefficient C ne doit pas être exprimé en centièmes. C variant de 20
à 120, dans ces formules il prendra les valeurs de 0,2 à 1,2.
▫ U est également appelé Unité de hauteur du lieu considéré.
Malgré tout, dans un même endroit, les hauteurs d'eau prédites, correspondant à un même coefficient de
marée, peuvent être légèrement différentes. En effet, la détermination des coefficients de marées se fait à
partir du marnage.
Or celui-ci est calculé en ne tenant compte que des ondes semi-diurnes, alors que les hauteurs d'eau
prédites, elles, sont calculées en prenant en compte toutes les ondes.
§ Surcotes et décotes
Les surcotes et les décotes sont les différences entre les prédictions de marées et les hauteurs d'eau
observées en réalité. Une surcote est un écart positif, c'est à dire qu'il y a plus d'eau que prévu. Les
décotes, à l'inverse, sont des différences négatives, l'eau étant montée moins haut que prévu.
Le principal facteur déclencheur dans ces phénomènes est la météorologie. Il est ainsi courant de voir une
dépression entraîner un effet de surcote et un anticyclone provoquer un effet de décote.
Les vents peuvent en effet contrarier ou amplifier les effets de marées, et aller ainsi à l'encontre des
prévisions faites.
§ Prévisions et applications
Aujourd'hui, on peut calculer les périodes de retour et les probabilités d'observation de ces niveaux
exceptionnels. Grâce à cela, les scientifiques déterminent la cote des plus hautes mers et indirectement la
limite des domaines terrestres. Ces mesures sont alors utilisées par les géographes, de manière à
représenter au mieux les contours de nos frontières maritimes.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.16
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

§ Période de retour
La période de retour est la période pour laquelle on a observé en moyenne une fois la hauteur d'eau donnée
sur une durée donnée de mesures. Bien entendu, plus la durée d'étude est longue et meilleurs sont les
résultats.
La probabilité d'observation des surcotes est la probabilité d'observer une hauteur supérieure à la surcote.
On a vérifié, hors zone d'estuaire, que la probabilité d'observation des surcotes est indépendante des
hauteurs d'eau prédites.

• Calcul des marées


Pour imaginer ce qui se passe, prenons une bulle de particules (représentant la Terre), et voyons
comment chaque particule est attirée par un gros objet (représentant le Soleil).
Au départ, imaginons la bulle au repos. Du fait de l'attraction du soleil, chaque particule va se mettre en
mouvement. Chaque particule se trouve accélérée selon l'intensité de l'attraction. Il y a évidemment une
petite différence d'intensité selon la distance de la particule au soleil.
L'accélération est plus forte pour les particules plus proches. Sous cet effet, la sphère de particules se
déforme pour devenir un ellipsoïde (Fig. II.14).
Le phénomène de marée résulte en fait de deux effets principaux, à
savoir:
• Différentiel d'attraction verticale:
▫ attraction plus grande sur les particules plus proches.
▫ attraction moins grande sur les particules plus éloignées.
• Attraction centripète:
▫ attraction légèrement vers le centre sur les particules des côtés.
Bien que la force d'attraction classique est inversement proportionnelle
au carré de la distance des deux masses, donc D². Dans le cas des
marées cette force d'attraction, entre la Terre et les planètes (Soleil et
Lune), s'exerce en D3. Avec D3, la Lune exerce plus de force
d'attraction que le Soleil, car elle est 2,2 fois plus forte que le Soleil.
Autrement dit, la marée due au Soleil n'est égale qu'à 47% de celle de
la Lune. (Fig. II.14)
Ainsi:
Paramètres Soleil Lune Rapport Soleil / Lune
§ Masse  en  kg   2 1030 7,4 1022 27 millions
§ Distance  à  la  Terre  en  m   1,5 1011 3,8 108 390
2
§ M/D   9 107 5 105 180
3
§ M/D   0,0006 0,0013 0,47

▫ Quelques marées
§ Marée  maximum   Canada 16,7 m
§ Marée  maximum  en  France   Grandville 14,6 m
§ Marée  sur  la  croûte  terrestre   0,40 m
§ Marée  sur  le  grand  collisionneur  LEP  du  CERN  
Genève 1 mm
(26,7  km  de  périmètre)  

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.17
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

▫ Auto-synchronisation (Un jour = un an sur la Lune)


▫ La force gravitationnelle exercée entre deux corps massifs relativement proches provoque
leur déformation en ellipsoïdes.
▫ Les deux objets tournent autour de leur axe de masse commun (rotation sur orbite) et sur
eux-mêmes (rotation propre).
▫ Si la rotation propre est rapide, et en sachant que la déformation de l'ellipsoïde n'est pas
instantanée, "ça ne tourne pas rond ".
▫ La force gravitationnelle va tendre à mettre de l'ordre dans tout ça.
▫ Elle va aligner l'axe de l'ellipsoïde sur l'axe du système des deux corps.
▫ Elle freine la rotation propre du corps jusqu'à la rendre synchrone de la rotation en orbite.
De ces faits:
▫ Une journée lunaire est égale à une année lunaire.
▫ La plupart des satellites du Système Solaire sont dans ce cas.
▫ Quant à la Terre, elle ralentit avec les siècles (21 heures pour un jour, il y a 400 millions
d'années).
▫ Ralentissement de la Terre :
En années Ralentissement / jour
500 106 4 h
500 106 14,4 103 s
34,7 103 1 s
34,7 1 ms
1 28,8 µs

Ainsi, il faut 30 000 ans pour ralentir d'une seconde.


§ Calcul simplifié des marées (Fig. II.15)
▫ Si l'attraction lunaire était identique en chaque point de la Terre, il n'y aurait pas de marées.
▫ Il faut donc déterminer les différences.
▫ On simplifie, en considérant 1 kg d'eau à l'équateur et aux pôles.
▫ On calcule la force d'attraction par rapport au centre de la Terre.
FB

FC FO FA

r
LUNE

TERRE

(Fig. II.15)
▫ Formule générale
F = g. (m. m')/d2
Avec m = masse de la lune et m' = 1 kg.
F0 = g. m/R2; FA = g. m/(R – r)2; FB = g. m/(R2 – r2); FC = g. m/(R + r)2
▫ Forces par rapport au centre
fA = FA - F0 = g. m/(R - r)2 - g. m/R2 = g. m. {R2 - (R2 - r)2} / {R2. (R - r)2}
fA = g. m. (2R2 - r2) / (R4- 2R3r + R2r2) ≈ g. m. 2Rr/R4 = 2g.m. r/R3
Car r << R, on peut négliger certains termes.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime II.18
Chapitre II – Ondes, Courants et Marées

Par le même type de calcul, on trouve :


fA = fB = fC =
2 g m r / R3 - g m r / R3 - 2 g m r / R3
=2f =-f =-2f

La force due à la Lune est deux fois plus forte en horizontal qu'en vertical de signes opposés sur
l'horizontale, ce qui entraîne une déformation prononcée (elliptique) vers l'équateur (Fig. II.16).

(Fig. II.16)
La Lune créé deux marées à la fois d'un côté de la Terre et de l'autre. On a ainsi deux marées par jour
au même lieu:
▫ celle de la Lune qui attire (de ce côté-ci de la Terre).
▫ celle de la Lune qui repousse (du côté opposé de la Terre).
Tout ce passe comme si deux mains aplatissaient la Terre, faisant bomber le haut et le bas en même temps.
Il existe aussi des logiciels de calcul des marées. Destiné à tous les marins, pêcheurs ou encore plongeurs,
ce logiciel permet de calculer pour une date et un port donné l'ensemble des informations relatives aux
marées (coefficients de marées, hauteur d'eau, horaires des pleines mers et basses mers etc.).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.1
Chapitre III - Houles fondamentales

Chapitre III. Houles fondamentales

• Introduction
Les différents mouvements ondulatoires d'un fluide représentent un processus de transmission de
l'énergie apportée par une perturbation extérieure, et selon la nature de cette perturbation, le
mouvement sera dit capillaire, élastique ou gravifique.
On ne s'intéressera qu'aux ondes de gravité qui apparaissent du fait que le fluide se trouve dans le
champ de pesanteur.
Parmi ces ondes, on peut noter les marées induites par les positions de la lune et du soleil, les tsunamis
d'origine séismique ou volcanique et la houle engendrée par le vent. Une classification coutumière des
ondes de gravité est donnée, d'après Munk, dans la figure III.1.

(Fig. III.1)
La houle, qui est génératrice des efforts hydrodynamiques dans notre étude, se présente comme une
fluctuation irrégulière, désordonnée et chaotique de la surface de la mer. Ce désordre semble
davantage dû à l'instabilité du phénomène générateur qu'à une dégénérescence du mouvement.
Cependant, à travers cet aspect chaotique de la surface de l'eau, on distingue une direction privilégiée
de propagation et un pseudo périodicité dans l'espace et dans le temps, on parle ainsi de hauteur, de
longueur d'onde, de période et de célérité de la houle; ces termes suggèrent une ondulation
harmonique simple que l'on retrouve dans le canal à houle des laboratoires.
Le modèle de houle régulière a bénéficié de l'intérêt d'un grand nombre de mathématiciens et
d'hydrodynamiciens qui ont essayé de modeler la houle avec plus ou moins de précision.
A la fin des années 40 les travaux de Rice sur le bruit dans les circuits électroniques ont été repris et
ont permis une approche statistique plus proche de la réalité du phénomène.
La formulation mathématique de la houle est un problème pratiquement difficile à résoudre sinon à
poser, il s'agit de déterminer le mouvement d'un fluide réel dans un champ de force uniforme soumis à
des sollicitations extérieures et se propageant dans un domaine donné. Le problème est que ces
sollicitations et ce domaine de propagation ne sont pas faciles à déterminer.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.2
Chapitre III - Houles fondamentales

§ Les sollicitations
Il s'agit essentiellement de la genèse et de l'amplification des vagues par le vent. Les mécanismes de
transfert dynamique à travers une interface air-eau ont fait l'objet de nombreuses recherches depuis
une vingtaine d'années. Il est bien connu que le transfert de quantité de mouvement et d'énergie entre
deux écoulements superposés d'air et d'eau se fait essentiellement par l'intermédiaire, d'une part, de la
pression et, d'autre part, du frottement tangentiel à l'interface.
Kinsman a montré que le mode de transfert par pression peut induire un mouvement irrotationnel,
tandis que le mode de transfert par frottement induit nécessairement un mouvement rotationnel.
A cette méconnaissance du transfert s'ajoute celle de l'écoulement lui-même. L'écoulement d'air au-
dessus d'une interface donnée est turbulent (couche limite). Les paramètres de cet écoulement se
caractérisent par des propriétés statistiques et non par des grandeurs déterministes. Ce double inconnu
explique le fait que toutes les théories de houle s'intéressent à des houles se propageant loin de leurs
lieux de formation et pour lesquelles la pression est supposée constante et le vent nul.
§ Le domaine de propagation
Le fond de la mer est assimilé à un plan horizontal, au large, ou incliné près des côtes, qui imposent à
la houle une direction de propagation unique et induit un écoulement plan, aucun transfert ne se fait
dans la direction perpendiculaire à celle de la propagation.
Cette simplification est légitime dans la mesure où la connaissance et la mise en équation du fond
marin sont impossibles, d'autant plus que c'est la profondeur moyenne du fond, et éventuellement son
inclinaison dans le cas de déferlement, qui influe sur les caractéristiques de la houle.
§ Le fluide
L'eau de mer est un fluide qui est loin d'être homogène, ses principales caractéristiques (température,
densité, salinité, pression, viscosité, etc.), variant d'un point à un autre, peuvent même présenter des
discontinuités: stratification des densités, variation brusque de sa limite près des embouchures.
Le problème est donc d'intégrer tous ces paramètres, et leurs variations, dans les équations régissant le
mouvement; ce problème est contourné en assimilant l'eau de mer à un fluide parfait de densité
donnée.
Le fait de négliger la viscosité de l'eau n'a pratiquement pas d'influence sur les vagues ayant quelques
mètres de longueur: Boussinesq a calculé qu'une houle de 100 mètres pouvait traverser l'Atlantique
sans perdre par viscosité 1% de sa hauteur.
Ces trois remarques ponctuelles montrent qu'il serait illusoire de chercher une solution exacte, il est
donc nécessaire de faire des hypothèses simplificatrices, quitte à les vérifier à posteriori.
Aux hypothèses du tableau III.1, qui résume tant les hypothèses et leurs conséquences, communes aux
ondes de surface, s'ajoutent d'autres, propres à tel ou tel modèle de houle, telle que des conditions sur
la trajectoire des particules du fluide, (Gerstner), ou des conditions d'irrotationnalité du mouvement
(Stokes).
§ Equations de l'hydrodynamique
a). Equations générales du mouvement en variables d'Euler:
Soit : - La pression p (x, y, z, t)
- La masse volumique ρ (x, y, z, t)
- La vitesse du fluide V de composantes u, v, w (x, y, z, t)
- La viscosité cinématique ν. (ν = µ/ρ et µ étant la viscosité dynamique)
- Les forces extérieures F (dont la force de Coriolis) de composantes X, Y, Z.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.3
Chapitre III - Houles fondamentales

(Tableau III.1)
Pour un fluide incompressible (∂p/∂x=0), en coordonnées cartésiennes l'équation vectorielle de
Naviers-Stokes s'écrit:
dV
ρ. = F − ∇p + µ∇ 2 V
dt
où ∇ est l'opérateur vectoriel nabla ou del qui appliqué tel quel à un vecteur, définit le gradient ou
grad(...) , sous forme ∇.(..) et ∇ 2(..) ou Δ(..), comme opérateurs scalaires, définit respectivement la
divergence ou Div(..) et le laplacien et enfin sous forme de ∇ Λ(..) ou ∇ x(..) appliqué comme
opérateur vectoriel à un vecteur vitesse U(u, v, w), définit le rotationnel . Ces opérateurs sont
exprimés par les relations:
∂ ∂ ∂
∇ = ( .e x + .e y + .e z ) (Opérateur vectoriel nabla)
∂x ∂y ∂z
∂2 ∂2 ∂2
∇2 = ( + )+ (Opérateur scalaire le laplacien)
∂x 2 ∂y 2 ∂z 2
∂ ∂ ∂
∇ .(...) = ( + + ) (Opérateur scalaire la divergence)
∂x ∂y ∂z
∂w ∂v ∂w ∂u ∂v ∂u
∇Λ( U )  = ( − ).e x − ( − ).e y + ( − ).e z (Opérateur vectoriel rotationnel)
∂y ∂z ∂x ∂z ∂x ∂y
où ex, ey et ez sont les vecteurs unitaires respectivement selon les axes ox, oy et oz.

Les composantes par rapport ox, oy et oz de l'équation de Naviers-Stokes sont données par les
expressions:
du ∂p
ρ. =X− + µ∇ 2 u
dt ∂x

dv ∂p
ρ. =Y− + µ∇ 2 v
dt ∂y

dw ∂p
ρ. =Z− + µ∇ 2 w
dt ∂x

Dans le cas de fluide parfait (µ = 0), en mouvement permanent (∂u/∂t = ∂v/∂t = ∂w/∂t = 0), soumis
uniquement à la pesanteur, l'équation de Naviers-Stokes se réduit à l'équation d'Euler et s'écrit:
dV 1
= g − .∇p
dt ρ
Avec
dV 1 1
= γ = 2.ωΛV + ∇ ( .V 2 ) et ω = .∇ΛV
dt 2 2

Où γ représente le vecteur accélération de la particule fluide et (∇ xV) ou (∇ ΛV) ou encore rot ( V )


représente le rotationnel de la vitesse V.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.4
Chapitre III - Houles fondamentales

b). Equation de continuité:


∂ρ
L'expression de l'équation de continuité ( + ∇ . (ρ.V ) = 0 ), dans le cas de fluide incompressible
∂t
∂ρ
= 0 se réduit à: ∇. (ρ.V) = 0 ou encore Div (ρ.V) = 0, c'est-à-dire, la divergence de la vitesse V est
∂t
nulle.

I. Modèles déterministes

• Généralités
Depuis le premier modèle de houle proposé par Gerstner en 1802, un grand nombre de modèles ont
été étudiés, ces modèles, dont le nombre prouve à l'évidence leur faiblesse, ont été presque tous
élaborés par des mathématiciens.
La première solution rigoureuse en profondeur infinie a été donnée par Gerstner. Lagrange a montré
que le mouvement de liquides parfaits ayant pris naissance sans choc sous l'effet de forces dérivant
d'un potentiel (pesanteur) était nécessairement irrotationnel.
La houle d'Airy ou "houle infiniment petite", qui sert le plus couramment dans la pratique (base de
l'approche statistique, calcul de diffraction,...), est irrotationnelle. Mais les houles finies ne le sont pas
en général. Une classification des houles les plus connues est donnée dans le tableau III.2 en fonction
du rotationnel
1 1
ω = .rot ( V ) ou ω = .∇Λ V
2 2

(Tableau III.2)
En 1847, Stokes trouva des solutions approchées jusqu'au cinquième ordre, mais ne put en démontrer
la convergence.
C'est seulement en 1925, que Levi-Civita démontra ce dernier point et obtint une solution rigoureuse
en profondeur infinie. Pour ces houles, les trajectoires des particules ne sont pas fermées; il y a, par
conséquent, un courant lié à la houle et partant dans la direction de propagation. Ce mouvement est un
"mouvement d'entraînement" ou un "transport de masse" dans cette direction. La vitesse de
propagation dépend de la hauteur de la houle, à partir de la 3ème approximation.
Ces solutions rigoureuses sont obtenues dans l'hypothèse d'une mer infiniment profonde; en
profondeur finie, pratiquement. Dès que cette profondeur devient de l'ordre de grandeur de la longueur
d'onde, la solution du problème est plus difficile; mais on y retrouve la même variété de solutions
qu'en profondeur infinie.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.5
Chapitre III - Houles fondamentales

Stokes a aussi donné en 1847 les expressions des houles des deuxième et troisième ordres
d'approximation par profondeur finie constante. Comme pour la houle en profondeur infinie, la célérité
est celle de la houle infiniment petite, pour la deuxième approximation.
Pour la troisième, la célérité croît en fonction de l'amplitude (U.S. Beach Erosion Board, 1942). Ces
houles sont accompagnées d'un mouvement d'entraînement.
La convergence du développement de Stokes n'a été démontrée qu'en 1926 par Struik, utilisant la
méthode de Levi-Civita. A l'époque Stokes avait été amené à faire la remarque suivante: "En fait, des
ondes d'oscillation de grande hauteur tendent à prendre le caractère d'une série d'ondes solitaires et
la hauteur maximum possible dépend essentiellement de la profondeur fluide et n'est guère influencée
par la longueur d'onde." (Lacombe, Cours d'Océanographie physique, 1965).
Enfin depuis les années 1940, de nouvelles théories ont été présentées par Miche, Biesel, Skjelbreia,
etc.:
- Développement de la houle de type Stokes à un ordre élevé (on en est au 11ème ordre).
- Houles de Miche.
- Houle cnoïdale, onde solitaire, etc.
Actuellement, il existe près de 25 modèles de houles dont cinq ou six sont utilisés pour le calcul des
structures marines. Le tableau III.3 donne les théories de houle irrotationnelle les plus utilisées.
Avant d'entreprendre l'étude de quelques modèles déterministes de houle, définissons quelques termes
intervenant dans l'étude de la houle.

(Tableau III.3)
§ Hypothèses et définitions
L’expression mathématique des modèles des houles est assez simple. Par contre, d'une manière
générale, un certain nombre d’hypothèses sont faites selon les modèles étudiés. Notamment:
▫ la pression atmosphérique (p) est constante en tout point de la région modélisée;
▫ l’océan est un fluide parfait, homogène, incompressible et pesant;
▫ le mouvement est supposé périodique, selon les modèles, des hypothèses supplémentaires sont
faites sur la profondeur et la pente des fonds marins;
▫ et que la houle (le modèle) est étudiée en absence du vent, donc une fois que le vent a cessé de
souffler.
On prend une coupe verticale, dans la mer, et on définit un écoulement bidimensionnel dans ce plan
oxz, ox étant dirigé dans le sens de propagation de la houle, et oz étant orienté vers le haut (Fig. III.).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.6
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.2)

Les paramètres définissant une houle sont au nombre de quatre:


H la hauteur, qui est la distance verticale de la crête au creux;
L la longueur d'onde, qui est la distance horizontale entre deux crêtes ou creux successifs;
T la période qui est le temps, généralement exprimé en secondes, entre deux passages successifs du
profil en crête ou en creux. Dans le cas d'onde simple c'est aussi le temps écoulé entre deux
passages successifs du profil à un niveau déterminé, dans le même sens, par exemple le niveau
moyen (NSM);
(d) la profondeur d'eau, qui est la distance entre le fond de la mer supposé plat et le niveau de la
surface libre au repos (NSL).
La connaissance de trois de ces quatre paramètres suffit à déterminer complètement la houle et sa
cinématique. Par contre, pour étudier l'ensemble des houles, les notions suivantes sont aussi
nécessaires:
(NSL) niveau au repos correspondant au niveau de la mer calme;
(NSM) niveau moyen, défini par la mi-distance entre un creux et une crête; il ne coïncide pas
nécessairement avec le niveau au repos;
(a) amplitude de la houle, égale à la mi-hauteur (H/2) de la houle et définit donc le niveau moyen
(NSM).correspond au niveau de la mer;
σ (= 2.π/T) la fréquence de la houle et la réciproque de la période T représentant le nombre de
houles passant en un endroit par unité de temps;
(k) le nombre d'ondes défini par la relation k = 2 π/L;
(c) la célérité, qui est la vitesse de propagation de la houle dans un milieu liquide, elle est définie
par la relation c = L/T.
Pour étudier le comportement des houles et comparer les différents modèles, on définit les paramètres
suivants sans dimension:
γ (=H/L) la cambrure, qui est le rapport entre la hauteur et la longueur d'onde. Celle-ci a une
limite supérieure qui correspond à la stabilité propre de la houle, au-delà de laquelle
l'instabilité se produit sous forme de déferlement. La cambrure limite pour la houle de Stokes
est de 0,14 selon Michell; 0,13 selon Gwyther et 0,148 selon Havelock. Pour des faibles
profondeurs la cambrure de déferlement est donnée par le critère de Miche, γd = 0,14. th (kd);
H/d est la hauteur relative de la houle. Pour des profondeurs d'eau supérieures à 100 m, les faibles
valeurs de (H/d) correspondent à des houles de hauteur non négligeable. La seule
connaissance de ce paramètre ne suffit pas à déterminer tous les types de houles;
d/L est la profondeur relative. Aux très petites valeurs de ce paramètre correspondent les faibles
profondeurs. (d/L « 0,05). Lorsque les valeurs de ce paramètre sont faibles (0,05 < d/L < 0,5),
on doit tenir compte de la profondeur d'eau. Par contre pour (d/L > 0,5), la présence du fond ne
modifie aucunement les caractéristiques des houles et la profondeur d'eau peut être considérée
comme infinie.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.7
Chapitre III - Houles fondamentales

En eau profonde, le paramètre qui est le plus significatif est (H/d), et dans le domaine intermédiaire
c'est le paramètre d'Ursell défini par (H/L).(L/d)3 qui trouve son utilisation. Suivant l'ordre de grandeur
des paramètres ainsi définis et suivant les problèmes à résoudre, trois types de méthodes sont
employés pour obtenir une représentation mathématique de la houle à partir des équations de base de
l'hydrodynamique.
1. La linéarisation appliquée aux houles de faible amplitude. La condition de Bernoulli est
linéarisée et les termes quadratiques ne sont pas pris en compte.
2. Le développement en série de puissance, pour les houles de plus grande amplitude en faible
ou grande profondeur. Les développements de Stokes correspondent à ce cas.
3. Les méthodes numériques telles que la représentation des houles à l'aide de la fonction de
courant et ou de la fonction de potentiel est obtenue numériquement.
§ Equations générales
Dans un fluide incompressible, la propagation de la houle est étudiée en fonction des équations des
fluides assorties des conditions aux limites particulières correspondant au phénomène qu'on étudie.
On part donc des équations de conservation de la quantité de mouvement et de la masse appliquées au
fluide dans lequel les houles naissent et propagent. Du fait du l'incompressibilité de l'eau, l'équation de
la conservation de la masse se réduit à une divergence nulle de la vitesse.
Dans un système de coordonnées cartésiennes (Fig.III.2), la position des particules de l'eau est définie
en tout point par un vecteur P(x, y, z) ou encore par un vecteur horizontal à deux composantes X = (x,
y), donc dans le plan horizontal x, y et la position verticale z.
Les vitesses sont, dès lors, définies par leurs dérivées temporelles, donc, du vecteur vitesse V(u, v, w)
ou du vecteur vitesse U(u, v) dans le plan x, y et w dans la direction z.
Ainsi, en coordonnées cartésiennes, l'étude de la houle se fait à travers les équations de Navier Stokes
et de la conservation de la masse. On a, dès lors:

∂U ∂U 1 ∂ 2u
+ U.∇U + w . = − ∇p + ν .(∇ 2 U + 2 )
∂t ∂z ρ ∂z
∂w ∂w 1 ∂ 2w
+ U.∇w + w . = − g − + ν .(∇ 2 w + )
∂t ∂z ρ ∂z 2
∂w
∇ .U + =0
∂z
Où ρ est la masse volumique de l'eau, g la gravité et p la pression.
Ces équations assorties des conditions aux limites de continuité des vitesses et des contraintes
(pression et tension de cisaillement) permettent de définir les quatre inconnues que sont u, v, w et p.
Comme conditions aux limites on considère les conditions cinématiques et dynamiques:
▫ Conditions cinématiques
Les conditions cinématiques à considérer sont celles du fond et de la surface libre.
- Condition au fond:
On considère qu'au fond il n'y a pas de glissement, ce qui s'exprime par:
w = − U.∇d sur z = -d(x,y)
Pour un fond horizontal constant, donc d constant, cette condition se réduit à:
w = 0 pour z = -d.
- Condition à la surface libre:
En surface, z = η, la surface libre est telle que toute particule qui s'y trouve y reste, la surface est une
ligne de courant, se qui s'exprime par:
d ∂η
( z − η) = w − U.∇η − = 0 sur z = η
dt ∂t
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.8
Chapitre III - Houles fondamentales

▫ Conditions dynamiques
Les conditions dynamiques, qui, en négligeant la tension en surface (due au vent) et la tension de la
surface, se réduisent à la continuité de la pression qui est supposée égale à une pression atmosphérique
connue pa uniforme. Dès lors à la surface libre on obtient:
p = p a sur z = η
§ Houles non linéaires
Dans le système des coordonnées cartésiennes ox, oz (Fig. III.3) et sur base des hypothèses et des
définitions précités, pour définir les équations générales, on considère, pour un déplacement vertical
η(x, y) de la surface libre, la colonne de fluide déterminée par dx, dy et d(x, y) représentant le niveau
moyen (NSM) du fluide au repos (la profondeur). On étudie sous forme différentielle le flux à travers
la colonne en appliquant les lois de conservation de la masse et des quantités de mouvement.

(Fig. III.3)
▫ Conservation de la masse
A tout moment, l'accroissement du volume élémentaire (∂η/∂t).dxdy dans la colonne doit être
équilibré par le volume du flux à travers les quatre facettes de celle-ci.
Dès lors, on considère, dans le plan horizontal, un écoulement de vitesse V dont ses composantes u et
v sont fonctions de x, y et t, et où la profondeur d est fonction de x et y.
En éliminant les termes de l'ordre supérieur en dx et dy (infiniment petits) dans les différentes
expressions traduisant la conservation de la masse du flux dans la colonne, on obtient l'expression
vectorielle traduisant la condition de conservation de la masse du fluide dans la colonne:
∂η
+ ∇ .{V .(η + d )} = 0
∂t
Ou encore:
∂η ⎡ ∂ ∂ ⎤
= − ⎢ {u.( η + d )} + { v.( η + d )}⎥
∂t ⎣ ∂x ∂y ⎦
(Ces équations sont non linéaires du fait du produit quadratique des inconnues V et η )

▫ Quantité de mouvement
Pour la houle en profondeur limitée, l'équilibre de la quantité de mouvement vertical est dominé par le
gradient de la pression et la pesanteur ce qui signifie que la distribution de la pression p est
hydrostatique et définie par:
p = ρ.g.(η − z )
Où la pression atmosphérique sur la surface libre est ignorée.
En considérant les quantités de mouvement selon les axes ox et oy, notamment dues, d'une part, au
taux de variation du temps, et d'autre part, au flux net à travers les quatre facettes verticales, et en
égalisant le taux de changement de la quantité de mouvement à la force de pression nette sur les
facettes et au fond de la colonne d'eau, on aboutit à l'expression vectorielle:
∂V
+ V .∇V = − g.∇η
∂t
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.9
Chapitre III - Houles fondamentales

Ou encore selon les directions respectives ox et oy:


∂u ∂u ∂u ∂η
+ u. + v. = − g. (Direction ox)
∂t ∂x ∂y ∂x
∂v ∂v ∂v ∂η
+ u. + v . = − g. (Direction oy)
∂t ∂x ∂y ∂y
Les équations principales ainsi obtenues à travers la conservation de la masse et des quantités de
mouvement, constituent un système de deux équations à dérivées partielles non linéaires pour les trois
inconnues scalaires, c'est-à-dire, les composantes u et v de la vitesse V et η.
Comme condition aux limites, on considère que sur la ligne de rive on ne peut pas avoir de flux
normal, donc: d. (V).n = 0 où n est le vecteur normal unitaire pointé dans la direction de ox. Cette
condition est aussi bien applicable pour une rive où d est finie (falaise) que pour une rive où d = 0, et
ce, aussi longtemps que le phénomène de déferlement n'apparaît pas.
De même que comme condition initiale, on considère que le déplacement η(x, y, t) et la vitesse
verticale ∂η/∂t de la surface libre entière sont connus en temps t = 0.
▫ Linéarisation
Les équations ainsi établies peuvent être simplifiées pour des houles de petites amplitudes en
considérant que η/d << 1. Cette hypothèse, pour une houle d'amplitude a, de longueur d'onde L et de
période T, progressant dans un milieu de profondeur d, revient à considérer que a/d << 1.
De même que, l'échelle du temps étant caractérisée par la période de la houle T et celle de la longueur
horizontale par sa longueur d'onde L, le rapport a/T équivalant à ud/L, l'hypothèse sur a/d peut aussi
s'écrire sous forme de uT/L << 1.
Dès lors, ces hypothèses permettent à linéariser les équations quadratiques principales établies
précédemment. Ainsi, les équations, traduisant la conservation de la masse et la quantité de
mouvement, se réduisent respectivement à:
∂η
+ ∇ .(d.V ) = 0 (Conservation de la masse)
∂t
∂V
= − g.∇η (Quantité de mouvement)
∂t
De même que la condition aux limites traduisant l'absence du flux normal sur les rives se réduit à:
∂η
d. =0 (Sur les rives)
∂n
Si on considère la dérivée partielle par rapport au temps de l'équation obtenue pour la conservation de
la masse et ainsi que la divergence de l'expression de la condition limite sur le rivage, on obtient
respectivement:
∂ ∂η
{ + ∇ .(d.V )} = 0
∂t ∂t
∂V
∇ .(d. ) = −∇ (g.d.∇η)
∂t
En les soustrayant membre à membre, on obtient:

∂ 2η
= ∇ .(g.d.∇η)
∂t 2
Dans le cas ou la profondeur d est une constante, cette expression se réduit à:

1 ∂ 2η
= ∇ 2η
2 2
c ∂t
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.10
Chapitre III - Houles fondamentales

Où c = (g.d) 1/2 est la célérité de la houle en eau à faible profondeur, et l'expression traduit l'extension
de l'équation de la houle bidimensionnelle.

Note:
Pour η(x, y, t) et d(x, y) le détail des calculs ci-dessous permet de suivre l'acheminement utilisé pour établir les
expressions traduisant la conservation de la masse et de la quantité du mouvement.
- Conservation de la masse:
La différence du flux entrant et sortant à travers les facettes de la colonne d'eau normales à l'axe des x s'écrit:
⎡ ∂ ⎤
− [{u.(η + d )}x + dx − {u.(η + d )}x ].dy = − ⎢ {u.(η + d )} + o(dx ) ⎥ dx.dy
⎣ ∂x ⎦
La différence du flux entrant et sortant à travers les facettes avant et arrière de la colonne d'eau normales à
l'axe des y s'écrit:
⎡ ∂ ⎤
[ ]
− {v.(η + d)}y+dy − {v.(η + d)}y .dx = −⎢ {v.(η + d)} + o(dy)⎥dx.dy
⎣ ∂y ⎦
En omettant les termes d'ordre supérieur en dx et dy, en égalisant l'accroissement du volume élémentaire
∂η
.dx.dy à la somme des termes de droite, on obtient:
∂t
∂η ⎡ ∂ ∂ ⎤
.dx.dy = −⎢ {u.(η + d)} + {v.(η + d)} + o(dx , dy)⎥dx.dy
∂t ⎣ ∂x ∂y ⎦
Dans les limites tendant vers zéro de dx et dy cette expression sous forme vectorielle s'écrit dès lors:
∂η
+ ∇.[V.(η + d)] = 0 (I)
∂t
- Quantité de mouvement:
La force de pression nette sur les facettes de la colonne d'eau normales à l'axe des x s'écrit:
∂ η ∂ µ
dx.dy. ∫ p.dz = −dx.dy. ∫ ρ.g.( η − z).dz
∂x −d ∂x −d

= ρ.g.( η + d) (η + d).dx.dy
∂x
La réaction hydrodynamique due à l'inclinaison du fond s'écrit:
∂d ∂d
− p .dx.dy = ρ.g.(η + d). .dx.dy
∂x ∂x
Comme le changement de la quantité de mouvement est dû, d'une part, à la variation temporelle de la colonne
d'eau exprimée par:
⎡ ∂ ⎤
⎢ ∂t {ρ.u.( η + d)}⎥.dx.dy
⎣ ⎦
et d'autre part, du flux net à travers les quatre facettes verticales de la colonne d'eau exprimé par:
∂ ∂
{ρ.u 2 .(η + d)}.dx.dy + {ρ.u.v.(η + d)}.dy.dx
∂x ∂y
En égalisant le taux de changement total de la quantité de mouvement à la force de pression nette sur les
facettes et au fond de la colonne d'eau, on obtient:
∂ ∂ ∂ ∂ ∂d
{ρ.u.(η + d)} + {ρ.u 2 .(η + d)} + {ρ.u.v.(η + d)} = −ρ.g.(η + d).{ (η + d)} + ρ.g.(η + d).
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x
Où les termes de gauche, en tenant compte de l'équation (I) de la conservation de la masse et de celle de
∂u ∂v
continuité ( + ) = 0 , peuvent s'écrire sous forme simplifiée:
∂x ∂y
∂u ∂u ∂u ⎡ ∂η ∂ ∂ ⎤ ∂u ∂u ∂u
ρ.{ + u. + v. }.(η + d) + ρ.u.⎢ + {u.(η + d)} + {v.(η + d)}⎥ = ρ.{ + u. + v. }.(η + d) (II)
∂t ∂x ∂y ⎣ ∂t ∂x ∂y ⎦ ∂t ∂x ∂y

Tandis que les termes de droite se réduisent à:


∂ ∂d ∂η
− ρ.g.(η + d).{ (η + d)} + ρ.g.(η + d). = −ρ.g.(η + d). (III)
∂x ∂x ∂x

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.11
Chapitre III - Houles fondamentales

En égalisant les termes (II) et (III) on obtient l'expression traduisant la quantité de mouvement suivant l'axe des
x:
∂u ∂u ∂u ∂η
{ + u. + v. } = −g.
∂t ∂x ∂y ∂x
De même que, suivant l'axe des y, d'une manière similaire, on obtient:
∂v ∂v ∂v ∂η
{ + u. + v. } = −g.
∂t ∂x ∂y ∂y
Ces deux expressions se résument en une équation vectorielle:
∂V
+ V .∇V = − g .∇η
∂t

• Les houles rotationnelles


Sont toutes celles dont le rotationnel ω = 1/2.∇ ΛV est non nul.
§ La houle de Gerstner
En 1802, Gerstner a défini une théorie de houle exacte du point de vue mathématique, valable en
profondeur infinie, pour un fluide parfait. Cette houle était ignorée de tous jusqu'en 1863, date à
laquelle Rankine en ignorant complètement la publication de Gerstner dans un obscure journal de
Bohème, a présenté la même solution. Pendant longtemps cette houle a porté le nom de "Houle de
Rankine" jusqu'au jour où l'on a découvert les travaux de Gerstner.
Le mouvement obtenu est rotationnel et les trajectoires des particules sont des cercles dont le rayon
décroît exponentiellement avec la profondeur. La surface libre est constituée par une cycloïde réduite
dont on montre que, l'ordonnée moyenne (niveau de repos) est située plus bas que le niveau moyen.
Chaque particule de fluide est supposée tourner autour d’un point de coordonnées (x0, z0) en décrivant
une circonférence de rayon R0, ce dernier décroissant exponentiellement en fonction de sa distance à la
surface.
Cette décroissance est pondérée par un coefficient, qui, sous les hypothèses de satisfaction de
l’équation de continuité du fluide, vaut k. La vitesse de rotation des particules dépend classiquement
d’un coefficient σ de vitesse angulaire.
Les coordonnées de chaque particule (Fig.III.4) sont données par les expressions:
x = x 0 − R sin(kx 0 − σt )
z = z 0 + R cos(kx 0 − σt )

Où R = R 0 .e kz 0 est le rayon décrivant le mouvement des particules d’eau.

Dès lors, la pression (p) est donnée par l'expression:


p σ 2R 2 σ2
= g.( −z 0 ) − ( − 1).gR cos(kx 0 − σt )
ρ 2g gk

La pression étant considérée constante durant le mouvement, la surface est donc isobare, quelque soit
le temps, si:
σ2R2 gT 2
=1 ⇔ L=
gk 2π

A la surface, la pression s'exprime par:


σ2R2 πR 2
p = ρ.g.( − z 0 ) ⇔ p = ρ.g.( − z0 )
2g L

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.12
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.4)

La surface libre étant le lieu décrit par les particules et où la pression étant constante et nulle (p = 0),
elle est caractérisée par z0 = π R2/L.
Le centre de la circonférence décrite par les particules de la surface libre est donc situé à la hauteur z0
= π H2/4L. Si, au temps t=0 la coordonnée z=0, dès lors, on obtient η = π H2/4L (Fig.III.5).
Ainsi, les particules en déplacement sont situées sur une trochoïde. Si kR < 1, la courbe générée est
située sur une trochoïde, si kR = 1, la courbe est une cycloïde, enfin, dès que kR > 1 la trajectoire des
particules ne correspond plus à un phénomène naturel. La figure (III.6) illustre les différents types de
comportements des particules (profil de la surface libre) correspondant aux différentes valeurs de kR.
La surface libre et toutes les surfaces d’égale pression sont caractérisées par la cote z0 et le rayon R.
Les particules correspondantes sont situées sur la trochoïde. Il s’agit du lieu décrit par un point A d’un
disque de rayon 1/k qui roule sans glisser, tel que: OA = R.

(Fig. III.5)
A l’instant t1, tous les points de même z0 et R auront tourné sur leur trajectoire circulaire d’un angle
égal à (σ. (t1 - t0) = 2π (t1 - t0) /T).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.13
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.6)

La surface sera déplacée dans le sens de rotation des cercles; la trochoïde représentant la surface libre
et toutes les surfaces d’égale pression, se déplacent donc d’un mouvement de translation non déformée
(Fig.III.7). Il faut noter que seule l’onde se déplace à la surface, les particules de fluide ont un trajet
circulaire situé autour de leur position de repos. De ces faits, la houle de Gerstner est communément
appelée la houle trochoïdale.

(Fig. III.7)

De même que les vitesses des particules sont tangentes à la crête et au creux. Ces vecteurs vitesse sont
dirigés dans le sens de la propagation sur la crête et en sens inverse dans le creux. Ainsi, un objet à la
surface aura tendance à aller dans le sens de propagation de la houle lorsqu’il se trouve sur la crête et à
revenir en arrière lorsqu’il se trouve dans le creux (Fig.III.8).

(Fig. III.8)
Les composantes horizontale u et verticale w de la vitesse des particules sont données par les
expressions:
dx
u= = σ.R cos(kx0 − σt )
dt
dz
w= = σ.R sin(kx0 − σt )
dt
Enfin, on peut déterminer la cambrure maximale de la houle de Gerstner. L’amplitude maximale Hmax
est obtenue lorsque R=1/k ⇒ Hmax =2/k = L/π . La valeur maximale de la cambrure devient: Hmax =
(L/π)/L = 1/π = 0,31.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.14
Chapitre III - Houles fondamentales

Cette théorie n'est guère utilisée de nos jours. En effet, le rotationnel obtenu en crête de vague par le
calcul est opposé à celui provoqué par le vent. De plus, le profil de la surface libre obtenu diffère assez
fortement de celui produit par une houle réelle.
§ La houle de Miche
En 1944, Miche a publié une étude importante relative à divers aspects de la houle, il a présenté entre
autres les équations générales des houles rotationnelles de deuxième approximation en mettant en
évidence quelques caractères très importants de ces houles. Pour son étude, Miche emploie les
coordonnées de Lagrange qui dans le cas particulier du problème de la houle ont l'avantage
considérable sur celles d'Euler d'exprimer facilement la condition de pression constante à la surface.
Malheureusement, cette théorie conduit à l'emploi de fonctions difficiles à résoudre.
Le fondement de la méthode est sensiblement le même que celui des houles de type Stokes. Par
rapport aux coordonnées initiales au repos (x0, z0) d'une particule, Miche développe en série entière de
l'amplitude, a = H/2, les coordonnées actuelles (x, z) de cette particule et la pression à laquelle elle est
soumise.
1. La solution du premier ordre est irrotationnelle et conduit à un potentiel des vitesses (φ), à une
fonction arbitraire du temps près.
2. La solution générale du deuxième ordre possède un rotationnel arbitraire et un courant
d'entraînement, chacun en fonction de la seule profondeur. En se donnant le rotationnel, on se fixe
la valeur du courant d'entraînement à une constante près. La forme de la surface libre diffère très
peu d'une trochoïde elliptique (symétrique par rapport à la verticale et toujours plus pointue sur
les crêtes que sur les creux).

Le rotationnel ω = 1/2.∇ ΛV vaut:


∂ν sh{2k (d − z 0 )}
ω = −a 2 .( + k 2σ )
∂z 0 sh 2 (kd)
Où ν(zo) est une fonction arbitraire de z0 représentant le courant d'entraînement des particules.
Comme Miche, Biesel aussi a donné la solution générale du deuxième ordre en coordonnées d'Euler.
3. Cas particuliers
a. Pour ω=0, on a la houle de Stokes et le courant d'entraînement, pour lequel la constante
d'intégration est déterminée par l'annulation du flux global entre la surface et le fond.

b. Le courant d'entraînement est nul, la houle de Boussinesq (Réf. 26) pour:


sh{2k (d − z 0 )}
ω = −a 2 k 2 σ
sh 2 (kd)
(Le rotationnel ω est négatif, donc, opposé à la propagation)

Plus généralement on peut se donner, comme le fait Miche, le rotationnel sous une forme qui permet
de retrouver les houles classiques en donnant au coefficient (µ) des valeurs numériques simples
quelconques:
sh{2k (d − z 0 )}
ω = µ.a 2 k 2 σ
sh 2 (kd)

Le rotationnel est maximum en surface et décroît, en grandeur, de la surface vers le fond. Le


courant d'entraînement est alors donné par:
a 2 kσ sh( 2kd)
a 2 ν( z 0 ) = (µ + 1). {ch{2k (d − z 0 )} − }
2sh 2 (kd) ( 2kd)

Et le flux global sur une verticale est nul. Ces houles sont dénommées les houles rotationnelles
normales qui ont comme cas particuliers la houle de Stokes (µ= 0) et la houle de Boussinesq (µ= 1).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.15
Chapitre III - Houles fondamentales

On peut classer les diverses houles dites normales selon la valeur de (µ) :
µ>0 le rotationnel est dans le sens de la rotation des particules sur leur orbite. Ce genre de
houle peut faire penser à une houle soumise à un vent soufflant dans la direction de
propagation.
µ=0 est la houle irrotationnelle de Stokes, ce cas correspond à des actions tangentielles
négligeables en surface.
0 > µ > -1 le rotationnel est négatif mais le courant superficiel d'entraînement est dans le sens de
la propagation.
µ = -1 le courant d'entraînement est nul.
µ < -1 le rotationnel et le courant d'entraînement sont dans le sens opposé de la propagation,
c'est le cas probable d'une houle soumise à un vent soufflant dans le sens contraire de la
propagation.
Ce ne sont là que des cas particuliers. Le fait même du caractère arbitraire du courant d'entraînement
avec z0 permet de retrouver les formes de profil du courant d'entraînement rencontrées en modèle
réduit et dans la nature.
§ La houle de Biesel
Le modèle de houle dit de Biesel se place dans le cas de la description complexe de la houle arrivant
sur un rivage tenant compte des changements de vitesse des particules et de la formation du
déferlement.
Dans ce modèle, la trajectoire circulaire des particules d’eau situées à la surface se transforme
progressivement en ellipse dont le grand axe s’aligne à la pente (Fig.III.9). Ceci permet de prendre en
compte les frottements des particules sur le fond. A faible profondeur, la houle est freinée et ainsi
déformée.

(Fig. III.9)
En général les théories paramétriques ne sont valables qu’à partir d’une certaine profondeur, la limite
inférieure est toujours au moins égale à une profondeur d’une demi-longueur d’onde. Entre la surface
libre et cette profondeur limite, toutes les particules d’eau sont en mouvement.
Lorsque les vagues s’approchent du rivage, des frottements sur le sol interviennent et la houle est
ralentie. On peut remarquer que seule la période reste constante.
La longueur d’onde L est plus courte au bord du rivage que L au large et peut être calculée en

fonction de la profondeur d par la relation:


L / L ∞ = k / k ∞ = th(kd )
La hauteur théorique H de la houle décroît continûment jusqu’à 91% de sa valeur au large avant
d’augmenter jusqu’au point de déferlement. Elle peut, à chaque point où la profondeur d est connue,
être déduite par la relation (Fig.III.10):
−1 / 2
H / H ∞ = [th(kd ).{1 + 2.kd / sh(kd )}]
Le modèle de Biesel tient compte de la modification d’amplitude et permet de décrire une vague
jusqu’à son point de déferlement Les figures (III.11 -12) illustrent la houle de Biesel en bord de rivage
en 1ère et 2ème approximations pour une pente 1/10ème (tg (α)=0,1) du fond.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.16
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.10)

En coordonnées cartésiennes et avec les notations de la figure III.2, par rapport à une position initiale
(x0, y0, t0) des particules et en considérant que k varie suivant la loi {k=k .th(kd)}, les équations

paramétriques de la surface libre sont données par les expressions:


x0 x0
x = x 0 + A x . sin{ ∫ k .dx − σt } − B x . cos{ ∫ k .dx − σt }
0 0

x0 x0
z = z 0 − A z . cos{ ∫ k .dx − σt } − B z . sin{ ∫ k .dx − σt }
0 0

Où les paramètres Ax, Az et Bx, Bz sont représentés par les expressions:


A x = C1 / th(kd ) et A z = C1
B x = C1 .C 3 .{tg(α) / th(kd )} et B z = C1 .C 4 .{tg(α) / th(kd )}
Avec C1, C2, C3 et C4, fonctions de R et kd, définis par les relations:
C1 = R /{C 2 .th(kd )}1 / 2 et C 2 = 1 + {2.kd / sh( 2kd )}
C 3 = {1 + kd .th(kd )} /{C 22 .th(kd )} + kd.{kd + 2.th(kd )} /{C 2 .sh( 2kd )} − {kd + th(kd )}
C 4 = {kd + th(kd )} /{C 22 .th(kd )} + kd .{2 + th(kd )} /{C 2 .sh( 2kd )} − {1 + kd.th(kd )}

(Fig. III.11)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.17
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.12)

La répartition du courant d'entraînement des houles réelles a été étudiée de plus près par Bertin et
Caligny, Bouasse et Lhermitte. Ajoutons aussi que diverses études sur les approximations de la houle
ont vu le jour pour des cas assez généraux; comme exemples citons les travaux de Daubert et de
Chabert d'Hieres, pour clôturer les houles rotationnelles.

• Les houles irrotationnelles


Sont toutes celles dont le rotationnel ω = 1/2.∇ ΛV est nul.
Lagrange a montré que pour un fluide parfait, si le mouvement a pris naissance sans choc et sous
l'effet des forces dérivant d'un potentiel, alors ce mouvement est nécessairement irrotationnel (ω = 0),
donc le champ de vitesse dérive d'un potentiel (φ).
Cette hypothèse simplifie l'étude, car elle permet d'accéder à la pression à l'intérieur du liquide, par le
théorème de Bernoulli. Parmi ces houles, on trouve la houle de Stokes à divers ordres
d'approximation, la houle cnoïdale ou elliptique et l'onde solitaire qui sont les plus utilisées pour le
calcul des structures marines et océanographiques.
§ Les houles de Stokes
◦ Représentation
On suppose que le mouvement progressif de la surface suivant ox est formé de crêtes et de creux
parallèles dont les génératrices sont des horizontales et perpendiculaires à ox; oz est vertical et dirigé
vers le haut.
L'origine des coordonnées o est pris dans le plan de la mer, supposée au repos (NSM), et la profondeur
d est supposée constante (Fig. III.13).

(Fig. III.13)
D'autre part, on suppose que l'eau est un fluide parfait et incompressible; la seule force appliquée est la
pesanteur qui dérive du potentiel (Ω = g.z).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.18
Chapitre III - Houles fondamentales

Dans ces conditions, le théorème de Lagrange montre que le mouvement est irrotationnel (ω=0), c'est-
à-dire que les vitesses u et w, respectivement dans la direction des axes de ox et oz, dérivent d'un
potentiel (φ) tel que V = ∇φ. Dès lors, on obtient:

u=
∂φ
et w = ∂φ
∂x ∂z

L'équation de continuité ∇.V = ( ∂φ + ∂φ + ∂φ ) = 0 , du fait que ( ∂ φ ) = 0, se réduit à:


∂x ∂y ∂z ∂y
∂φ ∂φ
∇.V = ( + )=0
∂ x ∂z
Dès lors, en y introduisant le potentiel (φ), on obtient:
2 2
∇ 2φ = ( ∂ φ + ∂ φ ) = 0
2 2
∂x ∂z
Note:
Les vitesses dérivent d'un potentiel (φ) tel que V=∇ φ . Le signe positif est tout à fait conventionnel. Le signe
positif indique que les vitesses évoluent dans le sens du potentiel croissant tandis que le signe négatif indique
leur évolution dans le sens du potentiel décroissant. Les deux signes sont valables car dans chaque cas les
conditions de Cauchy-Riemann traduisant les conditions d'orthogonalité entre les lignes de courant et celles de
potentiel, se trouvent être respectées. Dans un écoulement irrotationnel l'orthogonalité entre φ et ψ se traduit
par les conditions ∂φ = ∂ψ et ∂φ = − ∂ψ .
∂x ∂y ∂y ∂x

◦ Conditions aux limites


ú Conditions cinématiques:
- le fond est imperméable, la vitesse normale w au fond est nulle, dès lors:
∂φ
w=( ) = 0 pour z = - d
∂z
- les particules de la surface libre ne quittent pas celle-ci. Dès lors, l'expression traduisant cette
condition dans le système des coordonnées oxyz, s'écrit:
∂η ∂φ ∂φ ∂η ∂φ ∂η
= − . − .
∂t ∂z ∂x ∂x ∂y ∂y

Du fait que ∂η/∂y = 0 pour z = η, cette condition s'écrit:


∂η ∂φ ∂φ ∂η
={ − . } pour z = η
∂t ∂z ∂x ∂x

Où η représente l'élévation de la surface libre.


ú Condition dynamique:
En prenant la pression atmosphérique comme référence, pour un fluide incompressible, la condition
dynamique à la surface libre, traduisant l'existence d'une surface libre, se déduit de l'équation de
Bernoulli qui permet de définir la pression sous forme de:
∂φ ρ.g ∂φ 2 ∂φ 2
p = −ρ. − {( ) + ( ) } − ρ.g.z
∂t 2 ∂x ∂z
Du fait que la pression p à la surface libre (z = η) est nulle, cette expression se réduit à:
1 ∂φ 1 ∂φ ∂φ
η= − { }z = η − {( )2 + ( )2 }z = η
g ∂t 2 ∂x ∂z

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.19
Chapitre III - Houles fondamentales

Finalement, on aboutit au système d'équations:

(1). ∇ 2φ = 0
∂φ
(2). ( )=0 pour z = - d
∂z
∂η ∂φ ∂φ ∂η
(I) (3). ={ − . } pour z = η
∂t ∂z ∂x ∂x
1 ∂ φ 1 ∂φ 2 ∂φ p
η=− − {( ) + ( )2 } −
(4). g ∂ t 2 ∂x ∂z ρg pour z = η

La difficulté de résolution provient du fait que les équations I. (3) et I. (4) sont non linéaires. Pour
contourner cette difficulté, on se ramène à un problème linéaire en supposant que les déformations
η(x, t), de la surface libre restent infiniment faibles par rapport à la longueur d'onde L.
La solution sous cette forme linéaire, dite de première approximation ou d'ordre un, a été proposée par
Airy en 1846.
§ La houle d'Airy
La houle d'Airy présente l'avantage d'être relativement aisée à développer, et permet de voir les
caractéristiques communes aux différentes théories de houle, et sert de point de départ aux théories
probabilistiques. Les variations de la surface libre étant considérées suffisamment faibles par rapport à
la longueur d'onde (H/L << 1), par rapport à la profondeur d'eau (H/d << 1), les composantes des
vitesses des particules ∂φ/∂x; ∂φ/∂z et la pente ∂η/∂x de la surface libre sont faibles. Dès lors, les
termes, (∂φ/∂x) 2 et (∂φ/∂x). (∂η/∂x) sont, en première approximation (théorie linéaire 1er ordre),
négligeables devant les termes linéaires. Ainsi les équations (I) se réduisent à:

(1). ∇ 2φ = 0
∂φ
(2). ( )=0 pour z = - d
∂z
(II) ∂η ∂φ
(3). = pour z = η
∂t ∂z
1 ∂φ
(4). η= − pour z = η
g ∂t

Les équations II. (3) et II. (4) donnent la condition dite de Poisson à la surface libre:

∂ 2φ ∂φ
2
+ g. = 0 pour z = η
∂t ∂z

◦ Caractéristiques en profondeur finie


La houle périodique sinusoïdale se propageant dans le sens des x positifs, la déformation de la surface
libre sera prise sous la forme:

η = a.e i(kx−σt )
L'équation de la continuité, ∇ φ = 0, ainsi que la forme de η suggèrent une recherche de potentiel sous
la forme:

φ = P( z + d).e i(kx−σt )
En introduisant cette expression du potentiel (φ) dans l'équation II. (1), on obtient l'équation
différentielle:
d 2 P( z + d )
2
− k 2 P( z + d ) = 0
dz

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.20
Chapitre III - Houles fondamentales

Qui a pour solution: P(z + d) = A.e k(z+d) + B.e − k(z+d) , d'où:

ϕ = (A.e k(z+d) + B.e − k(z+d) ).e i(kx−σt)


k (0) -k (0)
La condition au fond II. (2) donne: A.e = B .e = 1/2. C

On obtient ainsi:
φ = C.ch{k(z + d)}.e i(kx−σt )
En appliquant la condition II. (3) ou II. (4), on obtient:

− i.a.σ.e i(kx− σt ) = C.k .sh{k ( η + d )}.e i(kx− σt )


Or par hypothèse (H/d <<), donc sh{k(η+d)} ≅ sh(kd) (car | kη | ≤ π.H/L) et comme H/L << 1, dès
lors, |kη| << 1, par conséquent | η | << d). Dès lors, on a:

C = −i.
aσ et φ = −i. aσ . ch{k ( z + d)} .e i(kx−σt )
k .sh (kd) k sh(kd)

Ainsi, en considérant les parties réelles de (φ) et de η, on obtient:


η = a. cos(kx − σt)
aσ ch{k ( z + d)} ag ch{k ( z + d)}
φ= . . sin(kx − σt ) ou φ = . . sin(kx − σt )
k sh(kd) σ ch(kd)

Tandis que les parties imaginaires sont données par les expressions:
η = a. sin(kx − σt )

aσ ch{k ( z + d)} ag ch{k ( z + d)}


φ=− . . cos(kx − σt ) ou φ = − . . cos(kx − σt )
k sh(kd) σ ch(kd)

La condition de Poisson établie précédemment permet d'écrire la relation de dispersion reliant la


fréquence σ au nombre d'ondes k;
g.T 2
σ 2 = g .k .th(kd ) et L = .th(kd)
2.π
Les expressions des composantes des vitesses et des accélérations des particules s'obtiennent par
simple dérivation de l'expression du potentiel (φ). Ainsi pour:
η = a. cos(kx − σt )

aσ ch{k (z + d)}
φ= . . sin(kx − σt )
k sh(kd)
On a successivement:
ú Vitesses:
∂φ ch{k ( z + d)}
u= = aσ. . cos(kx − σt )
∂x sh(kd)
∂φ sh{k (z + d)}
w= = aσ. . sin (kx − σt )
∂z sh(kd)

La vitesse horizontale u est en phase avec la variation η du niveau de la surface libre, atteignant ses
valeurs extrêmes à la verticale des crêtes (où elle est dirigée dans le sens de propagation de l’onde) et
des creux (où elle est dirigée dans le sens inverse).
De plus, la condition préalable d’imperméabilité du fond w = 0 pour z = -d est vérifiée. L’absence de
frottement au fond se traduit par la non nullité de u pour z = -d. Ces expressions sont surtout utilisées
lorsqu’on cherche à évaluer les efforts exercés par la houle sur une structure fixe.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.21
Chapitre III - Houles fondamentales

ú Accélérations:
∂u ch{k (z + d)}
= aσ 2 . . sin(kx − σt )
∂t sh(kd)
∂w sh{k ( z + d)}
= −aσ 2 . . cos(kx − σt )
∂t sh(kd)

ú Trajectoires:
Les particules de fluide décrivent des orbites pratiquement fermées dont les dimensions sont assez
petites devant la longueur d’onde. En première approximation, les vitesses u et w peuvent donc être
confondues avec leur valeur au centre xc, zc de chaque orbite. D’où la position d’une particule donnée
par:
t
∫ u( x c , z z ).du
0
∂ξ x ∂ξ z
Dès lors, en y introduisant les expressions: =u et =w
∂t ∂t
Et en les intégrant on obtient:
ch{k(z + d)}
ξ = −a. . sin(kx − σt)
x sh(kd)
sh{k(z + d)}
ξ = a. . cos(kx − σt)
z sh(kd)

Les particules décrivent des ellipses (Fig.III.14) dont les semi axes sont donnés par:
ch{k ( z + d )}
- le demi-axe horizontal ⇒ R = a.
x sh(kd)
sh{k ( z + d )}
- le demi-axe vertical ⇒ R = a.
z sh(kd)
Et la distance focale par: FF' = 2.a/sh(kd)

(Fig. III.14)

Le rapport des demi axes est de th{k(z+d)}; en surface (z = o), dès que d est assez grand (supérieur à
1/2.L), les trajectoires sont pratiquement circulaires.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.22
Chapitre III - Houles fondamentales

Au fond (z = -d), l'ellipse est infiniment aplatie, le déplacement horizontal est a/sh(kd) autour de sa
position moyenne (mouvement de va et vient); il tend à croître au-delà de toute limite quand d décroît.

ú Pression:
La pression est donnée par les expressions:
p ∂φ p ch{k(z + d)}
=− − g.z soit = −ag. . cos(kx − σt ) − g.z
ρ ∂t ρ ch(kd)
Pour passer de l'amplitude de la fluctuation de pression au fond à l'amplitude de la houle en surface,
on multiplie la fluctuation par ch(kd). Les fluctuations de pression (pression dynamique) autour de la
valeur hydrostatique (-g.z) dans l'eau au repos ont une amplitude qui diminue, quand la profondeur
augmente.
◦ Caractéristiques en profondeur infinie
En reprenant les expressions établies pour la houle en profondeur finie et en faisant tendre d vers
l'infini, on obtient celles de la houle en profondeur infinie.
Pour { η = a. cos(kx − σt ) } on obtient successivement les expressions suivantes:

ú Potentiel:
aσ kz
φ= .e . sin(kx − σt )
k
ú Vitesses:
u = aσ .ekz . cos(kx − σt ) et w = aσ .e kz . sin( kx − σt )
ú Accélérations:
∂u ∂w
= aσ 2 .e kz . sin(kx − σt ) et = −aσ 2 .e kz . cos( kx − σt )
∂t ∂t
ú Trajectoires:
ξ x = −a.e kz . sin( kx − σt ) et ξ z = a.e kz . cos(kx − σt )
ú Pression:
p
= −ag.e kz . cos(kx − σt ) − g.z
ρ
kz
Ainsi les particules décrivent des cercles de rayon a.e qui décroît avec la profondeur. Donc, en
grande profondeur (d/L > 1/2) ou en profondeur infinie, le fond n'a pratiquement pas d'influence sur la
houle, et les particules décrivant des cercles avec une vitesse angulaire σ = (g.k) 1/2, leur mouvement et
les fluctuations de pression diminuent exponentiellement quand la profondeur augmente; ce qui
justifie l'appellation d'ondes de surface.
En profondeur infinie, la célérité c = (g.L/2π) 1/2 ne dépend que de la longueur d'onde. Si au contraire
la profondeur devient très faible ou si la longueur d'onde est très grande par rapport à la profondeur, la
célérité est alors définie par l'expression c = (g.d) 1/2 et elle est indépendante de la longueur d'onde.
Nous remarquons que les notions de profondeur ont une grande influence sur les comportements et
caractéristiques des houles. Ainsi, dans la littérature sur les houles les définitions suivantes sont de
rigueur.
▫ Eau profonde si d/L ≥ 1/2
▫ Profondeur intermédiaire si 1/200 < d/L < 1/2 avec L = g.T2/2π
▫ Profondeur faible si d/L ≤ 1/200
La figure III.15 illustre le champ des vitesses correspondant aux cas de profondeurs limitée, illimitée
et intermédiaire selon que d tend vers 0 ou à l'infini ou prend des valeurs intermédiaires.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.23
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.15)

◦ Dispersion, vitesses de phase et de groupe


Comme précisé précédemment, l'équation II. (4), (η=-1/g.{∂Φ/∂t}z=η) définissant une des conditions à
la surface libre (z=η), appliquée au potentiel Φ correspondant à la forme de la surface libre η
(sinusoïdale) permet d'obtenir une relation dite relation de dispersion qui relie la fréquence σ au
nombre d'onde k.
Ainsi, pour une surface libre représentée par { η = a. cos(kx − σt ) }, elle est donnée par l'expression:
g.T 2
σ 2 = g .k .th(kd ) et L = .th(kd)
2.π
qui, pour d → ∞, s'écrit σ 2=g.k.
Sous forme résolue on a donc: σ(k) = ±{g.k.th(kd)}1/2 ou pour les valeurs finies de d et σ(k) = ±(g.k)
1/2
pour d → ∞. Elle se simplifie dans les deux limites de l’eau peu profonde, d << L, soit (kd) << 1, ou
de l’eau profonde, d >> L.
Dans le premier cas on a th(kd) ~ (kd) et donc σ = ± c.k avec c = (g.d) 1/2, où c est la célérité des
ondes et est constante: il n’y a pas de dispersion.
Dans le second cas, on a th(kd) = 1 et σ prend la même forme que dans le cas d = ∞. La célérité des
ondes dépend constamment de leur longueur d’onde, il y a dispersion.
Un mouvement ondulatoire compliqué de la surface libre se présente généralement sous la forme η(x,
t) = Φ(x, t).cos{ε(x, t)} ou η(x, t) = Φ(x, t).sin{ε(x, t)} où ε(x, t) est une phase variant rapidement,
généralement de la forme (kx − σt + ε 0), tandis que Φ est une fonction variant lentement qu’on
appelle l’enveloppe (Fig.III.16). Dire que ε varie rapidement, et Φ lentement c’est dire que k et σ sont
très grands devant ∂φ/∂x et ∂φ/∂t. En outre en général k est aussi une fonction à variation lente de (x,
t), tandis que σ est une fonction de k (Relation de dispersion).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.24
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.16)

Dans un tel cas on appelle vitesse de phase ou célérité C le rapport σ/k. Dès lors, si un observateur se
ε

déplace par rapport à la surface libre η à la vitesse C il observe toujours la même phase ε, c’est-à-dire,
ε

se trouve toujours au même endroit de la sinusoïde cos(ε) ou sin(ε). Par contre l’enveloppe des
oscillations évolue autour de lui. Comme k = k(x, t), V va aussi évoluer lentement.
ε

Par contre, si un observateur se déplace par rapport à la surface libre η avec une vitesse dite vitesse de
groupe Cg, définie pour un nombre d'onde k0 par la relation:

Cg = (k 0 )
dk
Du fait que x=Cg(k0).t, il voit un paysage constant autour de lui (à l'exception de la phase rapide cos
ou sin(kx0 - σ(k0).t + π/4) ). Les vagues à courte longueur d’onde défilent sous lui, mais l’enveloppe
est fixe. Notons cependant qu’à d’autres parties du profil enveloppe, correspondant à des valeurs
différentes de k0, sont associées des vitesses de groupe différentes.
Ainsi la vitesse de groupe maximale pour la propagation des ondes de surface est C0, ce qui veut dire
que, à t donné, la valeur maximale de x où l’on peut observer une enveloppe notable est C0.t. On
appelle cette zone le front d’onde, c’est-à-dire le point où l’onde commence à se manifester.
Clairement la valeur de k correspondante est voisine de 0, ce qui correspond à un régime très peu
dispersif (on a presque σ = C0.k). Au contraire pour x << C0.t on est dans le régime de grand k, c’est-
à-dire, d’eau profonde, où σ = (g.k) 1/2 qui est très dispersif.
L'expression de la vitesse de groupe Cg s'obtient ainsi, en dérivant la relation de dispersion σ(kd) par
rapport au nombre d'onde k:
d d 1/2 σ 2.kd
Cg = σ(kd) = {g.k.th(kd)} ⇒ C g = 1 / 2. .{1 + }
dk dk k sh ( 2.kd)

Ou encore en y substituant la célérité c=σ/k:


C 2.kd
Cg = .{1 + }
2 sh ( 2.kd)

Par conséquent, en eau peu profonde la vitesse de groupe est égale la célérité de la vague, par contre en
eau profonde elle vaut la moitié de la célérité de la vague, car:
ú pour kd << 1 ⇒ sh(2kd) ~ 2kd ⇒ Cg = C.
ú et pour d → ∞ ⇒ 2kd/sh(2kd) → 0 ⇒ Cg = C/2, donc Cg = ½ σ/k
Note:
La vitesse de groupe est en fait la vitesse à laquelle l'énergie de houle se propage. Les orbites des
particules d'eau étant périodiques, les vagues linéaires ne correspondent à aucun courant moyen. Par contre, la
propagation des vagues est associée à un flux d'énergie.
En effet, les vitesses et pressions sont en phase, si bien qu'une colonne d'eau effectue un travail W sur sa voisine
située dans la direction de propagation.
η
W = ∫ p.u.dz
−d

ch{k ( z + d )} a.g.k ch{k (z + d)}
p = −a.ρ.g. . cos( kx − σt ) − ρ.g.z et u = . . cos(kx − σt )
ch(kd) σ ch(kd)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.25
Chapitre III - Houles fondamentales

En introduisant les expressions de p et de u dans l'intégrale,


g.k η
W = −ρ.g.a2 . . cos 2 (kx − σt ). ∫ ch 2 {k ( z + d)}.dz
σ.ch 2 (kd) −d
Et en prenant la moyenne sur une période, on obtient:
g.k η
W = 1 / 2.ρ.g.a 2 . . ∫ 1 / 2.{1 + ch{k ( z + d)}}.dz
σ.ch 2 (kd) −d
Comme 1/2.ρ.g.a2 est l'énergie totale E de la houle développée sur une période, en intégrant on obtient;
g.k d 1 g.k d kd
W = E. .{ + .sh( 2kd )} ⇒ W = E. .{ + }.th(kd)
2 2 4k σ .k 2 sh( 2kd)
σ .ch (kd )
En remplaçant g.k.th(kd) par σ 2, on aboutit à l'expression finale:
σ d kd
W = E. .{ + } ⇒ W = E.C g
k 2 sh( 2kd)
Avec
σ d kd
C g = .{ + }
k 2 sh( 2kd)
W est un flux d'énergie et Cg est la vitesse de groupe qui est donc la vitesse moyenne de cette énergie. Le nom de
vitesse de groupe vient du fait que Cg=dσ/dk qui est la vitesse de propagation d'un groupe de vagues contenant
des fréquences différentes mais proches.
◦ Energie de la houle
La houle renferme de l'énergie sous deux formes: l'énergie potentielle EP nécessaire pour déformer la
surface libre et l'énergie cinétique EC pour communiquer aux particules leur mouvement orbital.
Pour une surface libre représentée par {η = a.cos (kx-σt)}, l'énergie potentielle EP nécessaire à élever
de (1/2.η) la masse d'eau (ρ.η.dx) contenue dans la longueur dx est égale à (1/2. ρ.g.η 2.dx).
Sur une longueur d'onde, l'énergie potentielle EP vaut donc:
L L
EP = ρ.g. ∫ 1 / 2.η2 .dx = 1 / 2.a2 .ρ.g. ∫ cos2 (kx − σt ).dx
0 0

D'où:
E P = 1 / 4.a 2 .ρ.g .L
L'énergie cinétique EC s'obtient en résolvant la relation:
d L
E C = 1 / 2.ρ. ∫ ∫ (u 2 + w 2 ).dx .dz
0 0
Soit:
E C = 1 / 4.a 2 .ρ.g.L

L'énergie totale ET se compose donc de deux termes égaux (EP = EC) et a pour valeur:
E T = E P + E C = 1 / 2.a 2 .ρ.g .L

Ou encore en remplaçant (a) par (H/2):


E T = 1 / 8.H 2 .ρ.g.L

◦ Énergie perdue par viscosité


La viscosité tend à faire diminuer l'amplitude d'une lame selon une loi que l'on peut établir. En
l'absence de viscosité et en profondeur finie, on a:
η = a. cos(kx − σt )

aσ ch{k (z + d)}
φ= . . cos(kx − σt )
k sh(kd)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.26
Chapitre III - Houles fondamentales

Et
ch{k ( z + d)}
u = aσ. . cos(kx − σt )
sh(kd)
sh{k ( z + d )}
w = aσ. . sin(kx − σt )
sh(kd)

Ce type de mouvement à potentiel peut subsister même en présence de viscosité si des forces
extérieures non strictement normales sont appliquées. Ces forces sont données par les expressions:
∂u ∂w ∂u ∂w
Pxx = −p + 2.µ . ; Pzz = − p + 2.µ . ; Pxz = Pzx = µ .( + )
∂x ∂z ∂ z ∂x
Sur la surface libre (z=0), on obtient:
ch(kd) ch(kd)
Pxx = −p − 2.µ.a.σ.k . . sin(kx − σt ) ; Pzz = −p + 2.µ.a.σ.k . . sin(kx − σt )
sh(kd) sh(kd)
Pxz = P zx = 2.µ.a.σ.k . cos(kx − σt )
Le travail de ces forces par unité de surface de la mer et par unité de temps est donné par:
τ = Pxx .u + Pzz .w + Pxz .w + Pzx .u
En substituant les valeurs correspondantes, et prenant les valeurs moyennes sur une période, on obtient
l'énergie moyenne dissipée par unité de temps:
τ m = 2.µ .g.a 2 .k 2

En régime supposé uniforme dans l'espace et en présence de cette seule dissipation, on obtient:
d
E Tm = − τ m où E Tm = 1 / 2.a 2 .ρ.g
dt
Dès lors:
d d
E Tm = − τ m ⇒ (1 / 2.ρ.g.a 2 ) = −2.µ.g.a 2 .k 2
dt dt
Soit:
da da
ρ.g.a. = −2.µ.g.a 2 .k 2 ⇒ = −2.ν .k 2 .a
dt dt
Qui a pour solution:
2
a = a 0 .e − 2.ν.k .t

Ainsi la surface libre peut-être représentée, en tenant compte de l'amortissement de l'amplitude par
viscosité, par l'expression:
2
η = a 0 .e − 2.ν.k .t . cos(kx − σt )
Le potentiel des vitesses, dans ce cas, a été donné par Lamb pour une profondeur infinie et par Basset
pour une profondeur finie.

§ Les houles d'ordre supérieur


Dans la première approximation, les termes non linéaires ont été négligés; cette théorie s'applique
donc aux houles d'amplitudes faibles par rapport à la longueur d'onde. La méthode de calcul des
houles d'amplitudes non infiniment petites consiste à développer 1es coordonnées x, z et la pression p
en série de puissances des coordonnées du point moyen x0, z0. Comme on cherche une houle
périodique de profil constant qui ne peut être obtenue par une superposition quelconque de termes
harmoniques mais par une superposition de termes harmoniques bien déterminée, il faut donc
maintenir une vitesse de propagation constante. Le potentiel des vitesses se compose dès lors d'une
somme de fonctions sinusoïdales de (kx-σt), 2(kx-σt)...La vérification des équations générales se fait
par approximations successives.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.27
Chapitre III - Houles fondamentales

La houle d'Airy n'est qu'une première approximation de la condition aux limites de la surface libre.
Par cette méthode, on peut aussi mieux approcher la condition aux limites de la surface libre par des
développements d'ordres supérieurs à un paramètre ε (ε < 1 pour des raisons de convergence de la
série), du potentiel et de la surface libre écrits sous forme de:

Φ( x, z , t ) = ε.Φ 1 ( x, z , t ) + ε 2 .Φ 2 ( x, z , t ) + ε 3 .Φ 3 ( x, z , t ) + .....

η( x, t ) = ε.η1 ( x, t ) + ε 2 .η 2 ( x, t ) + ε 3 .η 3 ( x, t ) + .....
Dès lors, afin d'obtenir les équations linéaires à tous les ordres, on introduit ces expressions dans le
système d'équations (I) et on identifie les relations pour les diverses puissances du paramètre ε.
La houle d'Airy est celle qui est le plus souvent utilisée pour calculer les forces et sollicitations
hydrodynamiques. Elle ne diffère de la houle sinusoïdale d'amplitude non infiniment petite que par des
termes correctifs d'ordres supérieurs.
Ces houles sont du types Stokes, notamment, celle de Wehausen et Laitone qui correspond au
développement d'ordre 2, celle de Borgman et Chappelear au développement d'ordre 3, et celle de
Skjelbreia et De au développement d'ordre 5.
Par l'introduction d'harmoniques d'ordre supérieur avec ε =H/L (valeur proposée par Stokes), on peut dès
lors obtenir les équations des différentes houles non linéaires de Stokes. Notamment, à titre
d'exemples, les développements d'ordre 1, 2 et 3 aboutissant aux expressions suivantes:
ú Stokes d'ordre 1.
η1 = a. cos(kx − σt )
a.g.T ch{k ( z + d )}
Φ1 = . sin(kx − σt )
2.π sh(kd)

g.T 2
L= .th( 2.π.d / L)
2.π
ú Stokes d'ordre 2.
π.a {3 − th 2 (kd)}
η 2 = η1 + . . cos{2(kx − σt )}
8.L th 3 (kd)
2
3.π.a ch{2k ( z + d)}
Φ 2 = Φ1 + . . sin{2(kx − σt )}
64.T sh 4 (kd)
g.T 2
L= .th( 2.π.d / L)
2.π
ú Stokes d'ordre 3.
3.π .a 3 {1 − 8.ch 6 (kd)}
2
η3 = η2 + . . cos{3(kx − σt )}
2
1024.L sh 6 (kd)

π 2 .a 3 {11 − 2.ch( 2kd)}


Φ3 = Φ2 + . .ch{3k ( z + d)}. sin{3(kx − σt )}
1024.L.T sh 7 (kd)

g.T 2 {14 + 4.ch 2 ( 2kd)}


L= .th( 2.π.d / L).{1 + (k .β ) 2 . }
2.π 4
16.sh (kd)

3.β
3
{1 + 8.ch 2 ( 2kd)}
a = 2.β + .
2
32.L sh 6 (kd)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.28
Chapitre III - Houles fondamentales

Ces houles sont surtout utilisées pour le calcul des efforts exercés par la houle sur des structures en
mer telles que les plates formes pétrolières. Des calculs aussi complexes ne sont pas nécessaires dans
le cas de calculs de réflexion, de réfraction et de diffraction de la houle, notamment, dans les surfaces
portuaires. En effet, la houle n’y est pas régulière et subit beaucoup de modifications dues aux
variations du sol, des digues, des brises lames, etc.
§ La houle cnoïdale
La houle cnoïdale est une houle transitoire entre les houles en grande profondeur et l'onde solitaire.
Elle est la solution d'une équation différentielle issue des deux conditions suivantes:
- La houle simple se propage à célérité constante (c); elle représente un écoulement permanent
dans un système d'axe se déplaçant à la vitesse (-c). Le débit de cet écoulement est donc
constant.
- La somme des énergies cinétique et potentielle est invariable le long d'une ligne d'écoulement et
donc le long de la surface libre si on ne suppose aucune action extérieure et aucune déperdition.
Elle est obtenue en développant le potentiel en série de Taylor. Elle porte le nom de houle cnoïdale
parce qu'elle nécessite l'emploi de la fonction cosinus elliptique. Bien qu'elle soit irrotationnelle,
comme les houles de Stokes d'ordre supérieur à 2, elle est accompagnée d'un transport de masse. La
forme de la surface libre s'apparente à celle des houles sinusoïdales pour des faibles valeurs de H/d et
à celle de l'onde solitaire pour les grandes valeurs de ce rapport.
Pour la première fois, c'est en 1895 que Korteweg et De Vries ont développé la théorie de la houle
cnoïdale, suivis de Keulegan et Patterson en 1940 et Keller en 1948. C'est en 1957 que Littman a
démontré l'existence des houles périodiques permanentes de ce type. Benjamin et Lighthill ont
développé considérablement la théorie, comme Iwasa, pour l'étude des sauts hydrauliques.
Pour une houle cnoïdale de hauteur H et période T propageant dans la direction ox dans une eau de
profondeur constant d, l'élévation de la surface libre η(x, t) est exprimée par:
η =η min + H .cn 2 (θ, m )
Où cn est le cosinus elliptique et cn(θ, m) est le jacobien de la fonction elliptique d'argument θ et de
paramètre elliptique m.
L'argument θ est une combinaison de x et t, et défini, en fonction de la longueur d'onde L dans la
direction ox de la propagation et de l'intégrale elliptique complète de 1er ordre K(m), par la relation:
t x
θ = 2.K (m ).( − )
T L
L'élévation du creux de la houle η min (< 0) est donnée par l'expression:
1 E(m )
ηmin = d.{ .(1 − ) − 1}
m K (m )

Où E(m) est l'intégrale elliptique complète du 2ème ordre.


Le paramètre elliptique m (0 ≤ m < 1) est la solution au nombre d'Ursell ou de Stokes (Ur), traduisant
le rapport de non linéarité (H/d) et de dispersion (d/L) des houles, exprimé par:
H .L2 16
U =
r
= .m.K 2 (m )
d3 3

La célérité (c = L/T) et la longueur d'onde L de la houle cnoïdale s'obtiennent dès lors par les
expressions:
1/ 2
c = [g.d.{1 + ( H / d ).A(m )}]
1/ 2
L = T.[g .d.{1 + ( H / d ).A(m )}]

Où la fonction A(m) est définie par l'expression:


2 3 E(m )
A(m ) = −1− .
m m K (m )

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.29
Chapitre III - Houles fondamentales

Dans le cas de la houle cnoïdale oblique ayant une direction de propagation (α) dans le plan (x, y) du
système d'axes cartésiens (x, y, z) avec des nombres d'onde kx et ky correspondants et des longueurs
d'onde Lx et Ly dans les directions ox et oy respectives, l'élévation de la surface libre de la houle
cnoïdale η(x, y, t), en fonction de la longueur d'onde L dans la direction de propagation, peut être
définie par les expressions:
η( x, y , t ) =η min + H .cn 2 (θ, m )
t x y
θ( x, y , t ) = 2.K (m).( − − )
T L L
x y

2.π L 2.π L
Lx = = et Ly = =
kx cos( α ) k y sin(α )

Les fonctions elliptiques intervenant dans les expressions de ces théories sont données dans la
littérature sous forme de diagramme, notamment dans Wiegel.
La houle cnoïdale n'est pas souvent employée car les expressions des composantes de la vitesse sont
d'un maniement très complexe.
Note:
Les intégrales elliptiques complètes K(m) et E(m) respectivement du 1er et 2ème ordre sont définies par les
expressions analytiques:
π/2 dθ 1 dν
K (m ) = ∫ =∫
2 2 1/ 2 2
0 {1 − m . sin ( θ)} 0 {(1 − ν ).(1 − m 2 .ν 2 )}1 / 2
π/2 1
E(m ) = ∫ {1 − m 2 . sin 2 ( θ )}1 / 2 .dθ = ∫ {(1 − ν 2 ).(1 − m 2 .ν 2 )}1 / 2 .dν
0 0

§ L'onde solitaire (Soliton - Tsunami)


L'onde solitaire est une intumescence cylindrique de périodes temporelle et spatiale infinies qui se
propage sans déformation à une célérité constante. Cette houle programmable est utilisée pour le
calcul des structures en mer très peu profonde où les théories de houle sophistiquées (3ème et 5ème
ordre) deviennent numériquement instables. Du fait du quasi linéarité de la relation de dispersion σ/k
de l'onde, celle-ci propage sur une très longue distance sans déformation.
Les expressions du profil de la surface libre et de la célérité découlent de la théorie des oscillations
limites en très faible profondeur d'un fluide soumis au champ de gravité.
Dans un fluide parfait et incompressible, pour un écoulement irrotationnel, aux voisinages de la
valeur 1 du nombre d'Ursell (H.L2/d), les ondes sont cnoïdales et, en particulier, l'onde solitaire, ainsi,
il existe une solution sous forme de potentiel harmonique répondant aux équations de Boussinesq.
En fait, l'onde solitaire est une solution particulière, appelée aussi Soliton, de l'équation de Korteweg
et De Vries qui découle de celles de Boussinesq écrites pour une propagation unidirectionnelle. Cette
solution est définie comme une onde dont la célérité (c) et l'amplitude (a) sont constantes, si la
surélévation H de la surface libre par rapport à la profondeur au repos d et la profondeur d sont
constantes. Donc une onde qui se propage sans se déformer en profondeur constante.
La surface libre η est définie, en fonction de l'amplitude H, la profondeur constante d et la célérité
constante c, par l'expression:
η( x, t ) = H .ch −2 ( 3.H / 4.d 3 )1 / 2 .( x − ct )
Où la célérité de l'onde est donnée par:
H
c = g.d .(1 − )
2.d

En un point x, la variation de hauteur d'eau à t = 0 lors du passage de l'onde est donnée par:
η( x ) = H .ch −2 ( 3.H / 4.d 3 ) 1 / 2 .x

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.30
Chapitre III - Houles fondamentales

Dès lors, pour un écoulement supposé unidirectionnel, en considérant que L = (d3/H) 1/2 est la longueur
caractéristique de l’onde, on obtient, en fonction de la largeur Ly de l'onde, le volume d'eau déplacé
entre -x et x, exprimé par:
+x 4 η( x) 1 / 2
∇( x) = ∫ η( x).dx = .H1 / 2 .d 3 / 2 .(1 − ) .Ly
−x 3 H

Soit un volume total soulevé:


4
∇= .d3 / 2 .H1 / 2 .Ly
3

Pour une expression simple de la célérité C = {g.(H+d)}1/2 tirée des essais en bassin de houles, les
expressions des vitesses des particules selon Munk sont données par:
{1 + cos( M .y / d ).ch(M .x / d )}
u = C.N.
{cos(M .y / d ) + ch(M .x / d )}2

{1 + sin( M .y / d ).sh (M .x / d )}
w = C.N.
{cos(M .y / d ) + ch(M .x / d )}2

Et la vitesse horizontale maximum umax qui apparaît pour x et t zéro, est donnée par:
C.N
u max =
1 + cos( M .y / d )
Où y est mesuré à partir du fond et M et N sont fonctions de H/d (Fig.III.17).
Sans tenir compte d'un éventuel déferlement de l'onde, qui selon Miles apparaît pour {(H/d)max=0,78},
(ordre retenu étant faible), ceci procure au système une énergie potentielle qui peut être importante.
D'autre part la célérité de l'onde est grande et fournit une énergie cinétique très forte. Dès lors,
l'énergie totale ET de l'onde est donnée par l'expression:
8
ET = .ρ.g.H3 / 2 .d3 / 2 .Ly
3 3

(Fig. III.17)
Note:
La signification japonaise du mot Tsunami, "vague de port", résume parfaitement l’idée commune que l’on se
fait de ce phénomène redoutable qui est en fait le déferlement sur les côtes d’un gigantesque mur d’eau. Un
tsunami comprend en pratique trois étapes: déclenchement, propagation et déferlement.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.31
Chapitre III - Houles fondamentales

Le déclenchement des tsunamis ne fait pas l’objet en soit d’une théorie bien établie. En revanche, on dispose
d’une théorie de la phase de propagation, comprenant à la fois les équations générales qui régissent la
propagation des tsunamis, et les caractéristiques du tsunami lors de sa propagation, articulées autour d’une
solution mathématique appelée le soliton.
Lors de la phase de propagation, on observe que les ordres de grandeurs caractéristiques des tsunamis vérifient
: d << H <<L et que, comme observée dans la réalité, la vitesse est très bien approximée par la formule v = (g.d)
½
, ceux qui justifient l’étude de la propagation des tsunamis dans le cadre de l’approximation des eaux peu
profondes.
§ La houle R.T. (Théorie de réflexion)
"Une onde se propageant en profondeur infinie se déforme, donc lorsqu'elle atteint un milieu de
profondeur finie de manière telle que les équations, qui la caractérisent, s'obtiennent en tenant compte
d'une réflexion par un fond situé à cette profondeur.
Il apparaît dans l'absolu tout aussi logique de tenir compte également d'une réflexion à la surface
libre, séparation entre deux milieux fluides différents. Alors que la réflexion par un fond rigide
s'accompagne d'un renversement du sens du mouvement orbital, celle à la surface libre conserve
celui-ci dans le même sens." Marchal.
En complétant les hypothèses habituelles par celle de la réflexion à la surface libre, Marchal obtient
les équations des caractéristiques d'une houle irrotationnelle dont en seconde approximation, les
orbites des particules ont la forme en "œuf aplati" et sont fermées.

Cette théorie donne une importance plus grande aux axes horizontaux des orbites, celles-ci étant plus
écrasées; les vitesses, les accélérations et donc les efforts horizontaux seront plus importants.

• Commentaires à propos des modèles déterministes


La théorie de la houle trochoïdale de Gerstner a le mérite de satisfaire aux équations fondamentales de
l'hydrodynamique et aux conditions aux limites, contrairement à la houle du type Stokes, et ce, même
pour des amplitudes non infiniment petites; cela ne signifie cependant pas qu'elle représente
correctement le mouvement réel. On peut montrer facilement que pour la houle, seules les deux
conditions sur la surface libre ne sont généralement pas satisfaites de par la forme des
développements.
Pour l'onde solitaire de Munk et la théorie de la fonction de courant, la condition cinématique est
automatiquement satisfaite.
La forme de la surface libre de la houle de Gerstner n'est pas symétrique par rapport à l'axe horizontal;
les crêtes ont des pentes plus fortes et les creux des pentes plus faibles que celles de la trochoïde; de
plus les vitesses des particules ne sont pas constantes. Cependant la houle de Gerstner peut servir de
base de calcul dans une première approximation.
Les houles de Stokes, contrairement à celle de Gerstner considèrent un mouvement irrotationnel. A la
2ème approximation, bien que le potentiel des vitesses et la célérité aient les mêmes expressions qu'en
1ère approximation, les profils de la surface libre diffèrent et les particules ne décrivent plus des orbites
fermées; il existe un faible transport de masse (de vitesse d'autant plus grande que la longueur d'onde
est petite) comme dans le phénomène réel, mais la totalité du fluide se transporte dans la direction de
la célérité, ce qui ne peut être vrai, car un courant compensateur doit exister à une certaine profondeur.
La houle de 3ème ordre coïncide avec celle de Gerstner, qui elle-même tend vers une houle cycloïdale
qui est sa limite. Le courant d'entraînement, dû au fait que les orbites des particules restent ouvertes,
est donné pour le 3ème ordre par:
U = k 2 .a 2 .c.e 2kz

La solution de Stokes définit une forme limite de la houle dans laquelle les tangentes à la surface font
entre elles un angle de 120° tandis que Gerstner définit cette limite par la cycloïde générée par le
cercle de roulement de rayon L/2π.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.32
Chapitre III - Houles fondamentales

Enfin, si pour Gerstner la célérité de la houle ne dépend pas de son amplitude, pour Stokes par contre
la célérité augmente d'une quantité proportionnelle au carré du rapport entre l'amplitude et la longueur
d'onde. En réalité cependant, pour la plupart des houles rencontrées, la trochoïde de Gerstner donne
un profil d'onde assez fidèle.
Dean a comparé les différentes théories de houle en calculant par la méthode des moindre-carrés les
erreurs des équations des conditions aux limites, introduites par les différents ordres d'approximation,
comme indicateurs de validité relative de ces théories (Fig. III.18).
Les erreurs ont été évaluées pour différentes hauteurs de houle et comparées avec les hauteurs de
déferlement. De même que Laitone a utilisé comme critère de comparaison les célérités calculées par
les différentes théories de houle.
Enfin, Estrade a montré que la théorie numérique de la fonction de courant satisfait, à la précision
désirée, aux conditions aux limites; cette théorie, développée jusqu'au 10ème ordre, a été prise comme
référence pour classer les théories usuelles de houle. Mais, l'emploi d'une telle théorie est prohibitif,
compte tenu des temps de calculs relativement longs, et des résultats très voisins obtenus par des
théories plus simples.
Au point de vue d'utilisation des différentes théories de houle dans le calcul des efforts et des
sollicitations des structures off-shore Hogben et Standing ont fait la comparaison entre la théorie
linéaire et 5ème ordre de la houle de Stokes, ayant mêmes amplitude et période. Les valeurs de ces
paramètres étaient choisies dans les enregistrements de houle de la Mer du Nord.

(Fig. III.18)
La figure III.19 illustre les profils de houles les plus usuelles découlant de ces différentes études
théoriques.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.33
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.19)
Ils ont découvert que les forces totales d'inertie sur une colonne cylindrique, calculées par les deux
théories, différaient de 7%, tandis que la contribution de la force de traînée était moins de 13%.
En conclusion, ils recommandent l'utilisation de la théorie linéaire de la houle de Stokes pour les
structures où les forces dominantes sont du type inertiel, exception faite pour des composantes des
structures où les forces de traînée sont prédominantes, particulièrement à proximité de la surface libre.
Ils trouvent que les erreurs, introduites dans la prise en considération des longueurs immergées des
structures par le fait de considérer la hauteur d'eau au repos, sont plus importantes que celles
introduites par l'utilisation de la théorie linéaire à la place de celles d'ordres supérieurs.
Cette discussion n'est valable que pour des fluides parfaits; quelle que soit la théorie choisie, on ne
tient pas compte d'un fluide réel visqueux.
Dès lors, il ne semble pas utile de choisir une théorie d'ordre élevé. Par contre, il est beaucoup plus
important d'analyser les théories existantes en 1ère ou 2ème approximation pour l'utilisation qu'on veut
en faire et d'y apporter des améliorations éventuelles.

II. Modèles statistiques


• Généralités
La mer est composée de très nombreuses vagues différentes en hauteur, longueur, direction et
assemblées dans une confusion évidente; le profil de la surface libre est difficilement assimilable à une
courbe d'allure sinusoïdale, comme le font les modèles de houle périodique à potentiel des vitesses.
D'un enregistrement de houle réelle, il est en effet peu facile de déduire une houle périodique de creux
et de longueur bien déterminés. Et pourtant, ces modèles, de part leur simplicité, ont rendu et rendront
encore dans les années à venir de grands services, surtout si l'on connaît leurs limites de validité et si
l'on prend quelques précautions dans le choix des houles retenues comme houle de projet (Réf. 57).
Les vagues de l'océan peuvent être classées en deux catégories:
▫ Les vagues de mer: sous forme de trains de vagues évoluant localement dans une zone où elles
sont générées et entretenues par le vent prédominant. Ils sont composés de vagues à crêtes courtes
dont leurs longueurs peuvent atteindre 2 à 3 fois la longueur apparente de la vague. Ces vagues sont
très irrégulières, les hautes vagues sont suivies, d'une manière imprédictible, par les basses et vice et
versa. Les crêtes des vagues individuelles paraissent propager dans différentes directions avec des
dizaines de degré de déviation par rapport à la direction principale de la propagation.
Leurs crêtes sont assez aigues et parfois on y observe de petites vagues ou des saillies sur les larges
~
crêtes ou creux. La période T virtuelle ou apparente des vagues varie continuellement comme
~
d'ailleurs sa longueur virtuelle ou apparente L

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.34
Chapitre III - Houles fondamentales

▫ Les houles: vagues évoluant hors de la zone de leur génération, donc ne dépendant plus du vent et
pouvant propager sur des centaines de kilomètres en absence du vent. Elles sont, individuellement,
plus régulières et leurs crêtes sont plus arrondies que celles des trains de vagues, les longueurs de leurs
crêtes sont plus longues et peuvent atteindre 6 à 7 fois la longueur virtuelle de la vague et leurs
hauteurs sont prédictibles. En cas de houles hautes, en un point donné, 5 à 6 houles d'hauteurs
approximativement égales, peuvent y être observées. De même qu'en cas de houles basses, elles
peuvent rester basses pendant plus d'une minute même quand l'élévation de la surface reste irrégulière.
En général, les vagues irrégulières sont le résultat, dans une zone donnée, de la superposition des
houles et des trains de vagues de mer.
Le traitement des vagues irrégulières peut se faire par deux méthodes distinctes, à savoir: la méthode
dite d'analyse statistique du train de vagues ou méthode de vague par vague et celle dite spectrale.
La première méthode consiste à analyser les enregistrements des vagues (hauteurs et périodes
correspondantes) par rapport au temps en un point fixe donné. La seconde par contre consiste à
procéder à l'analyse du spectre des vagues obtenu à travers les enregistrements temporels de la surface
libre de la mer et leur traitement par la transformation de Fourrier. Celle-ci, malgré sa grande
complexité est la méthode d'approche le plus usuelle et appropriée mathématiquement pour analyser
les enregistrements temporels et trois dimensionnels de la surface libre de la mer.

• Analyse statistique simple (vague par vague)


Les enregistrements des vagues irrégulières obtenus à travers les observations en un point donné
permettent d'établir une banque de données et de les traiter par de simples analyses statistiques. Pour
obtenir des informations significatives et fiables les enregistrements doivent être faits sur une durée au
moins égale 100 fois la période de la plus longue vague observée.

(Fig. III.20)
Sur de tels enregistrements la courbe des ondulations doit être divisée en plusieurs segments dont
chacun est considéré comme une vague individuelle. Les principaux paramètres, la hauteur et la
période, de chaque vague sont dès lors enregistrés. C'est ainsi que, sur chaque segment de
l'enregistrement, les caractéristiques statistiques de l'enregistrement sont estimées et les données sont
compilées.
Dans le cas des vagues irrégulières, le caractéristique principal, la hauteur de vague, peut être défini de
plusieurs façons, notamment sous forme de hauteur moyenne H , hauteur moyenne quadratique HMQ et
de hauteur significative HS définie comme la hauteur moyenne des 1/3 des vagues les plus hautes H1/3
et qui est plus utilisée et ainsi que la hauteur maximum Hmax.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.35
Chapitre III - Houles fondamentales

Dans le même ordre d'idée, la hauteur moyenne 1/N des plus hautes vagues parmi toutes les vagues de
l'enregistrement est H1/N où on assigne un ordre N aux hauteurs allant de la plus haute à la plus courte
hauteur (N= 1 à N), par conséquent la hauteur significative HS ou H1/3 correspond à la hauteur moyenne
des 1/N premières plus hautes vagues. De même que, le deuxième caractéristique principal, la période,
est défini sous forme de période moyenne T , période moyenne d'intersection de la ligne zéro TZ, etc.
(Fig.III.20).
En pratique, d'une manière générale, la période moyenne T peut être facilement déterminée de la
période des croisements ascendants de la courbe des η avec l'axe du temps t, ou de la période
moyenne des crêtes ou des creux. Le moyen plus simple consiste à diviser la durée de l'enregistrement
par le nombre (n-1) des croisements ascendants ou descendants comptés de η avec l'axe du temps t.
La hauteur moyenne H des vagues par contre nécessite la mesure des hauteurs des vagues et leur
classement par groupe d'intervalles et ainsi que le comptage du nombre d'hauteurs de vague inclus
dans chaque groupe. Pour obtenir le quotient de fréquence ou la fonction f(x) de la distribution de
probabilité, ces nombres d'hauteurs de vague de chaque groupe sont, dès lors, divisés par le nombre
total d'hauteurs de vague. Enfin, ces quotients de fréquence sont cumulativement additionnés pour
obtenir les quotients cumulatifs des fréquences.
La fonction f(x) de la distribution de probabilité des hauteurs de vague est souvent représentée sous
forme d'histogramme (Fig.III.21). Plus le nombre de vagues enregistrées est élevé, plus cette fonction
a une forme stable.
La fonction f(x) de la distribution de probabilité des hauteurs de vague permet ainsi d'obtenir des
informations statistiques, comme par exemple, la probabilité que la hauteur de vague H dépassant un
certain seuil a donnée par la relation:

P{H > a} = ∫ f ( x).dx
a

(Fig. III.21)

La probabilité que la hauteur des vagues soit supérieure ou inférieure ou égale au seuil a fixé des
vagues peut s'obtenir par:
m m
P{H > a} = et P{H ≤ a} = 1 −
N N

Et la hauteur moyenne quadratique { H MQ } est égal au moment d'ordre (2) de cette distribution;

1 N 2 1/ 2
H MQ = { . ∑H }
N n=1 n

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.36
Chapitre III - Houles fondamentales

Ainsi, si on considère, comme exemple, les données du tableau accompagnant la figure (III.21) et qui
reprend les différentes valeurs extraites d'un certain enregistrement des hauteurs des vagues, la
probabilité de trouver des hauteurs de vague supérieures à un seuil d'hauteur de vague de a (= 3,25 m)
s'obtient par:
5+1
P{H > 3,25} = ou P{H > 3,25} = 0,033 + 0,007 = 0,04
150

De même que la hauteur significative H1/3, définie comme étant la moyenne des hauteurs du 1/3 des
plus hautes vagues enregistrées, se déduit soit par le calcul:
2,0x 21 + 2,5x14 + 3,0x9 + 3,5x5 + 4,0x1
H = = 2,51m
1/ 3 50

Soit du quotient de fréquence f(x):


2,0x0,140 + 2,5x0,093 + 3,0x0,060 + 3,5x0,033 + 4,0x0,07
H = = 2,51m
1/ 3 50

Une approche similaire peut être utilisée pour la période. Ainsi, sur un enregistrement de longueur Tr,
on définit TZ la période moyenne d'intersection de la ligne zéro et TC la période des crêtes de vagues,
représentant la période moyenne entre deux crêtes de vagues voisines, par les expressions:
Tr T
TZ = et TC = r
NZ NC
Où, NZ et NC sont respectivement le nombre de points d'intersection de la ligne zéro et celui des crêtes
des vagues enregistrées. Signalons que par définition TZ ≠ TC et que la quadratique de l'élévation de la
surface libre η MQ définit la déviation standard (σ) de l'élévation de la surface libre et la hauteur
significative HS relative à η MQ est donnée par la relation: HS = 3,8.η MQ =4. η MQ.
La hauteur significative HS ou H1/3 est le paramètre le plus important utilisé pour la description de l'état
de la mer, et sa valeur moyenne, comme on a précitée, est donnée par la relation:
1 N/3
HS = . ∑ Hi
N / 3 i =1

Où N est le nombre d'hauteurs de vagues individuelles Hi de l'enregistrement classées de plus haute à


la plus courte.
Il est bien connu que tout signal périodique η(t) avec valeur moyenne nulle peut être décomposé à ses
composantes de fréquence par l'analyse de Fourier standard. Ainsi, les enregistrements des vagues
périodiques peuvent généralement être traités par le processus aléatoire gouverné par les lois de la
théorie probabilistique. Des vagues sont dites aléatoires si leur enregistrement, comme dans la
majorité des cas, a la particularité d'un signal aléatoire. Les propriétés statistiques d'un signal aléatoire,
comme le profil de la surface libre de la vague, ne peuvent, dès lors, être obtenues que de plusieurs
observations simultanées donc d'un ensemble de signaux {η 1(t), η 2(t), η 3(t),..}, et non d'une seule.
Une seule observation, même si elle est infiniment longue, ne peut suffire à la détermination de la
variabilité spatiale des statistiques des vagues. Un ensemble est constitué en fait de différentes
mesures de η(t) effectuées en des locations connues, et qui permet de définir les propriétés des vagues
sous certaines hypothèses, notamment:
▫ qu'au cours du processus d'enregistrement {η (t)} est stationnaire, c'est-à-dire, que ses propriétés
statistiques sont indépendantes de l'origine des mesures temporelles, donc elles restent invariables
vis-à-vis du temps et par conséquent, sans dérive temporelle du comportement statistique, ce qui
permet de développer une distribution probabilistique des vagues. Cette distribution peut être
obtenue en prenant les η 1(t1), η 2(t1), η 3(t1),.., comme variables indépendantes de l'instant t1. Si
en plus, η (t) peut être mesuré en des points différents et que ses propriétés en sont indépendantes
ou n'en dépendent pas, dès lors, le processus peut être considéré homogène.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.37
Chapitre III - Houles fondamentales

En réalité η (t) ne peut être considéré stationnaire et homogène à l'endroit des mesures que
pendant une durée limitée (2 à 3 heures), au-delà de laquelle, ses propriétés peuvent être
assujetties aux changements.
▫ que η (t) est assumé être ergodique, c'est-à-dire, que la moyenne d'un enregistrement singulier
d'un ensemble est la même que celle des enregistrements de l'ensemble. Pour un processus
ergodique la moyenne de l'échantillon sur l'ensemble tend à la moyenne réelle µ et la variance de
l'échantillon tend à la variance σ du processus, donc de l'état de la mer. L'ergodicité de η (t)
implique que la valeur mesurée η 1(t1) est typique de toutes les autres valeurs possibles η 2(t1),
η 3(t1),.., toutes mesurées en un instant t1. Ce concept d'ergodicité permet, dès lors, de dériver d'un
enregistrement singulier les différentes informations statistiques utiles, et d'éliminer ainsi la
nécessité de recourir aux enregistrements multiples à des points différents.
Ces deux hypothèses constituent la colonne vertébrale du développement des statistiques des vagues
sur base des mesures effectuées (enregistrements des vagues). Il est implicitement assumé que de
telles hypothèses existent et sont valables dans la réalité, particulièrement pour l'état de la mer.
Pour appliquer ces concepts aux vagues de la mer, on considère η(t), représentant l'état de la mer
pendant un temps fini T et obtenu à travers un ensemble d'enregistrements. La moyenne η ou µ ou la η

valeur probable E{η} de l'état de la mer est définie par l'expression:


1 +τ / 2
µ µ = E{η(t )} = . ∫ η(t ). dt où E est la valeur probable de η(t).
τ −τ / 2
D'une manière similaire la valeur quadratique moyenne de η correspond au second moment E{η 2} de
η et la déviation standard σ ou la moyenne quadratique du processus correspond à la racine carrée de
η

celui-ci. La variance σ 2η de η peut être exprimée en terme de la variance du processus V par


l'expression:
σ 2η = V{η(t )} = E{η2 } − µ 2η

La déviation standard σ est la racine carrée de la variance et aussi appelée le second moment central
η

de η(t), elle caractérise la dispersion des valeurs de η(t) par rapport à la moyenne.
La fonction d'autocorrélation ou d'autocovariance R de l'état de la mer, relit la valeur de η au temps t
η

à sa valeur au temps (t+τ). Elle est définie par l'expression:


R η {t, (t + τ)} = E{η(t ) η(t + τ)}

La valeur de R donne une indication sur la corrélation du signal avec lui-même pour différents pas de
η

temps τ, elle est la mesure de la variation temporelle de η(t) avec le temps. Si le signal est
parfaitement corrélé avec lui-même pour le pas τ zéro, son coefficient d'autocorrélation est dès lors
définie par la relation:
E{η(t ) η(t + τ )} Rη
ρη = =
E{η 2 } E{η 2 }
Qui sera égale à 1.
Pour deux signaux aléatoires différents η 1 et η 2 le coefficient de corrélation croisée R peut être défini
par l'expression:
1 +τ / 2
R = E{η1 (t ) η 2 (t + δt )} = . ∫ η1 (t ).η 2 (t + t ).dt
τ −τ / 2
Qui mesure le degré de corrélation entre les deux signaux. Ce concept est très utile notamment au
cours des mesures effectuées en de points différents pour obtenir les vitesses des vagues et les
pressions. Signalons que le processus η(t) est stationnaire que µ et σ sont constants pour toutes les
η η

valeurs de t et que R est seulement fonction de τ = t2 - t1.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.38
Chapitre III - Houles fondamentales

§ Distribution probabilistique de l'état de la mer


Comme on a précisé précédemment, les enregistrements des états irréguliers de la mer ne sont en fait
formés que des signaux aléatoires.
Pendant un projet maritime, pour un utilisateur des caractéristiques des vagues irrégulières les
propriétés des enregistrements des vagues individuelles doivent être accompagnés des statistiques des
vagues déjà traitées par la théorie probabilistique.
C'est ainsi que Rice a développé la théorie statistique des signaux aléatoires pour l'analyse du bruit
électrique et Longuet et Higgins l'ont appliqué à l'élévation de la surface libre des vagues de la mer
pour décrire leurs statistiques avec quelques hypothèses simplificatrices. Ils ont démontré que les
paramètres des signaux des vagues aléatoires suivaient les lois probabilistiques connues.
La distribution de probabilités P(x) est la fraction (pourcentage) d'événements qui n'excède pas un
événement particulier. Elle peut être obtenue directement de la courbe des proportions des valeurs
n'excédant pas une valeur particulière et ce en fonction de la valeur particulière de la variable x0.
Elle s'exprime par:
P(x) = probabilité {x ≤ x0}
La densité de probabilités p(x) est, par contre, la fraction (pourcentage) d'événements dont un
événement particulier est escompté apparaître.
Elle représente le taux de changement de la distribution et peut être tout simplement obtenue en
prenant la différentielle de P(x) par rapport à son argument x, donc:
d
p(x) = P(x)
dx
La distribution de Gauss (ou normale) et la distribution de Rayleigh sont les deux distributions
communément le plus utilisées pour l'étude des vagues aléatoires.
La distribution de Gauss (Fig.III.22) est utilisée pour décrire la probabilité à court terme de l'élévation
de la surface η de la mer et sa densité de probabilités est donnée par l'expression:
( x − µ x )2
−{ }
1 2σ 2
p( x) = .e x
σ x 2π
Où µx et σx sont respectivement la moyenne et la déviation standard. Il est à noter que la distribution
gaussienne P(x) est l'intégrale de la fonction de densité p(x), et elle est ouverte. Elle ne peut pas être fermée.
Dans la littérature elle est donnée sous forme de tables en fonction des paramètres:
x − µx
p(x) = N(µ x , σ x ) et P(x) = Φ{ }
σx
Qui pour la moyenne nulle (µx = 0) et la déviation standard unitaire (σx = 1) se réduisent à:
x
1 2
p( x) = . e − x / 2 et Φ( x) = ∫ p( y ).dy
2π 0
x
Où l'intégrale ∫ p( y ).dy est la fonction d'erreur.
0
La probabilité Q(x) d'excéder un événement particulier peut être déduite de celle P(x) de ne pas
excéder ce même événement, en écrivant:
x − µx
Q{x(t ) > x 1 } = 1 − P{x(t ) < x 1 } = 1 − Φ{ }
σx
(L'expression de la probabilité que x excédera x1 sur une période t, représentée par la partie hachurée de la
figure III.22).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.39
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.22)

Dans les applications des structures maritimes, on est plutôt concerné par la hauteur des vagues que
par l'élévation de la surface libre η de la mer. Pour définir la distribution des hauteurs des vagues on
n'a en fait besoin que d'examiner les statistiques de l'enveloppe (lentement variante) de l'élévation η(t)
de la surface libre. Longuet et Higgins ont déduit de la théorie statistique que les amplitudes et les
hauteurs des vagues suivaient la distribution de Rayleigh (Fig.III.23). Une distribution toujours
positive et qui pour des valeurs croissantes de x décroît asymptotiquement vers zéro sans l'atteindre.

(Fig. III.23)
La densité de probabilités p(x) et la distribution cumulative P(x) sont données par:
π x 2
− .( )
π.x 4 µx
p( x) = .e pour x ≥ 0
2.µ 2x

π x 2
− .( )
4 µx
P( x) = 1 − e pour x ≥ 0

ú Distribution des hauteurs des vagues


Les hauteurs des vagues individuelles peuvent être considérées comme variable stochastique
représentée par la fonction de distribution de probabilités. La distribution peut ainsi être obtenue de
l'histogramme des hauteurs normalisées avec les hauteurs moyennes des différents enregistrements
(mesures) effectués en un point donné (Fig.III.23).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.40
Chapitre III - Houles fondamentales

Si l'énergie des vagues est concentrée dans une bande étroite des périodes, les maxima du profil des
vagues coïncident dès lors avec les crêtes et les minima avec les creux des vagues.
Dans ce cas, les hauteurs H des vagues sont représentées par la distribution de Rayleigh dont la densité
et la distribution cumulative sont définies par les expressions:

2H − ( H 2 H MQ
2 ) − ( H 2 H MQ
2 )
p( H ) = .e et P(H) = 1 − e
2
H MQ
La hauteur significative H1/3 est dès lors le centroïde de la surface sous la fonction de densité p(H)
pour H ≥ HΦ et où H > HΦ correspond aux vagues de la gamme des 1/3 les plus hautes (Fig.III.24). Dès
lors, de P(HΦ) en écrivant:
− ( H 2 H MQ
2 )
P(H Φ) = 1 − 1 / 3 = 1 − e

(Fig. III.24)
On obtient HΦ = 1,05 HMQ. En utilisant les propriétés mathématiques de la fonction d'erreurs on trouve:

H 1 / 3 ≈ 4,00. m 0 = 1,416. H MQ

H 1 / 10 = 1,27. H 1 / 3 = 5,091. m 0 = 1,80. H MQ

H 1 / 100 = 1,67. H 1 / 3 = 6,672. m 0 = 2,36. H MQ

H max = 1,86. H 1 / 3 (Pour 1000 cycles de vague de l'enregistrement)


Pour un enregistrement contenant N vagues, en fonction de la hauteur HMQ, la hauteur maximum le
plus probable de vague est donnée par l'expression de Longuet et Higgins:
H max = { log(N) + 0,2886 log(N) − 0,247 {log(N)}3 / 2 }. H MQ

La valeur Hmax obtenue de cette manière peut être étendue à des plus longues périodes de temps en
ajustant la valeur de N obtenue sur base de la période moyenne de la méthode d'intersection de la ligne
zéro décrite précédemment.

ú Distribution des périodes des vagues


La fonction de distribution des périodes des vagues obtenue par Longuet et Higgins et par
Bretschneider, en considérant que le carré de la période T des vagues suivait la distribution de
Rayleigh, est très similaire à la distribution normale avec la période moyenne définie par T0, 1 = m0/m1,
où les moments m0 et m1 sont définies en terme de fréquence cyclique (Hertz). Pour cette distribution,
la densité de probabilités de la période T est exprimée par:
T3 4
p ( T ) = 2 ,7 . . e − 0,675.τ où τ = T T
T

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.41
Chapitre III - Houles fondamentales

Signalons que dans la littérature on trouve d'autres distributions de la densité de probabilités de la


période, notamment celle établie par Longuet et Higgins en fonction du
paramètre de la largeur spectrale et des moments du spectre des vagues. De
même qu'il y existe des distributions à plusieurs variables comme celles utilisant
les hauteurs et les périodes des vagues, très commodes quand il n'y pas de
relation entre celles-ci.

• Analyse spectrale
Une approche différente est celle de l'analyse spectrale qui consiste à définir la
mer comme la juxtaposition d'un grand nombre de houles sinusoïdales de
différentes longueurs d'onde, mais toutes de petites amplitudes, et toutes
juxtaposées sans aucune relation apparente sauf celle de se propager dans une
direction commune (Fig.III.25).
L'élévation η de la surface libre est donc dans ces conditions:
N N
η = ∑ ηn = ∑ 1 / 2.H n . cos(ω n .t + ε n )
n=1 n =1

Cette approche a pris naissance après 1950, avec les travaux Longuet - Higgins, puis ceux de Saint-
Denis et Pierson, Pierson - Neuman et James, Mc Kay.
Des travaux antérieurs sur le bruit dans des circuits électroniques (Réf.8) ont trouvé une application
particulièrement importante dans les domaines océanographique et off-shore.

§ Notion de spectre d'énergie


Une houle réelle est caractérisée par son énergie totale qui doit nécessairement être égale à la somme
des énergies de toutes les composantes. On définit une fonction de la fréquence angulaire ω, S(ω),
appelée densité spectrale d'énergie et exprimée en (m2.s), de telle façon que:
N
S( ω).Δω = ∑ H n2
n =1

Où Δω représente l'intervalle de fréquences successives considéré Fig.III.26).


ú Spectres "one sided" S1(ω) ou "two sided" S2(ω) (Fig.III.27)
En utilisant les notations de Crandall et Mark (Réf. 62), dans le domaine des fréquences positives,
c'est-à-dire le spectre "one sided" S1(ω) avec ω > 0, on obtient, entre la densité spectrale d'énergie
S1(ω) et la fonction d'autocorrélation R(τ), les relations importantes définies par:
+∞
R ( τ ) = E{ x(t ), x(t + τ )} = ∫ S 1 (ω).e iωτ .dω
0

(Fig. III.26)
Avec:
1 +∞ 1 +∞
S1 (ω) = . ∫ R( τ ).e− iωτ .dτ ou S 2 (ω) = . ∫ R( τ ).e − iωτ
.dτ
π −∞ 2π − ∞

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.42
Chapitre III - Houles fondamentales

Et la fonction d'autocorrélation R(τ) pour τ=0 et la variance σ2:


+∞ +∞ +∞
R(0) = ∫ S 2 (ω).dω = ∫ S1 (ω).dω = 2. ∫ S 2 (ω).dω
−∞ 0 0

σ 2 = R( 0) − {E( x )} 2
Et en particulier:
S 1 (f ) = 2.π.S 1 (ω) = 4.π.S 2 (ω)

f (Hz) > 0 ; ω (rad/s) > 0 ; -∞ < ω < +∞

(Fig. III.27)

ú Energie prise en compte


Pour une onde sinusoïdale de creux Hn = 2.an l'énergie totale est égale à 1/8.Hn2 ou 1/2.an2. Mais
certains auteurs prennent pour le calcul de S1(ω) une énergie qui est l'énergie fondamentale 1/2.an2
multipliée par 2p (p = 1, 2, 3, 4) d'où des spectres de différentes natures:
▫ Spectre d'amplitude S 1 (a 2 ) , demi-spectre d'amplitude 1 / 2.S 1 (a 2 )
▫ Spectre d'hauteur S 1 ( H 2 ) , double spectre d'hauteur S 1 ( 2H 2 )

ú Largeur d'un spectre


D'après Cartwright et Higgins (Réf. 64), la largeur d'un spectre peut être caractérisée par le
paramètre:
m 22
ε2 = 1−
m 0 .m 4
Avec

+∞ +∞ n
m n = ∫ ω n .S 1 (ω).dω = ∫ ω .S 2 (ω).dω
0 −∞

On parlera d'un spectre étroit quand ε sera faible (ε < 0,5) et d'un spectre large quand ε sera voisin de
1. La valeur de ce paramètre est souvent discutée.
On peut calculer la valeur de ε à partir d'un enregistrement temporel du processus aléatoire en
déterminant le nombre N0+ de fois que le processus coupe le niveau moyen par valeurs croissantes, et
N 0+
N1 le nombre de maxima positifs: ε2 = 1−{ }2
N1

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.43
Chapitre III - Houles fondamentales

Théoriquement le calcul d'un spectre se fait à partir du calcul de la fonction d'anticorrélation R(τ) dont
on prend la transformée de Fourier. Mais en pratique de nombreux problèmes se posent, en particulier
ceux de la cadence d'échantillonnage, de la durée de l'enregistrement, du filtrage.
• Distribution statistique des extrêmes
Les deux paramètres, ε largeur du spectre et m0 valeur quadratique moyenne des amplitudes, suffisent
à caractériser la distribution des maxima d'une fonction aléatoire.
§ Cas particulier d'un processus étroit
Dans le cas d'un spectre étroit le paramètre "a" considéré est la moitié du creux de la houle, c'est-à-dire
la demi différence entre une crête et un creux consécutifs; c'est un paramètre essentiellement positif.
On montre dans ces conditions (ε < 0.5 en pratique) que les maxima sont distribués suivant une loi de
Rayleigh. La courbe du spectre, pour m0 représentant la surface sous la courbe du spectre et x la
variable étudiée, est définie par l'expression:
2
f (x) = (x m0 ). e− (x 2.m0 )
Qui peut être utilisée pour spectre plus ou moins étroit comme le spectre normal de vagues. Ces
spectres ne sont pas très larges et leurs fréquences ω varient entre 0,2 à 1,5-2,0.
Avec cette distribution la probabilité que l'amplitude η a de la vague dépasse la valeur a du seuil fixé
comme amplitude, peut être calculée en utilisant:
∞ ∞ 2
. ∫ x.e − ( x 2.m0 ) .dx
1
P{ηa > a} = ∫ f ( x).dx =
a m0 a
2
P{ηa > a} = e− (a 2.m0 )
§ Cas général (spectre large)
Dans le cas d'un spectre large, on considère comme paramètre la différence η entre une crête et le
niveau moyen; c'est un paramètre qui peut être positif ou négatif. La distribution des pics a été étudiée
par Rice: elle est uniquement fonction de ε et m0. Quand ε =0 on retrouve la distribution précédente de
Rayleigh; quand ε = 1, on a la distribution normale.

• Application à l'étude de la houle


Comme on a précisé précédemment, on admet généralement que la surface libre des océans est
assimilable à un processus aléatoire dans le temps, mais:
▫ stationnaire, c'est-à-dire que toutes ses propriétés statistiques sont invariantes dans tout
changement de l'origine des temps;
▫ ergodique, c'est-à-dire que les moyennes d'ensemble sont égales aux moyennes temps
réels.
▫ gaussien, c'est-à-dire que la loi de distribution des maxima de surface libre est la loi
normale.
Dans ces conditions, la cote η d'un point, par rapport au niveau moyen est représentée par
l'expression:

η(t ) = ∫ cos{ωt + ε(ω)}. S1 (ω) 2 . dω
a
0
Où S 1 (ω) est la densité spectrale d'énergie.
a2
Cette fonction peut être calculée directement à partir des données expérimentales, mais ces dernières
étant fort coûteuses à obtenir, on a souvent recours à di verses expressions formulées à partir de la
vitesse U du vent. Les formules les plus usuelles sont données dans le tableau de la figure (III.28); la
plus usitée semble être celle de Pierson - Moskowitz établie à partir des travaux théoriques de
Kitaigorodski en 1961.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.44
Chapitre III - Houles fondamentales

(Fig. III.28)

Signalons aussi le spectre Jonswap (Joint North Sea Wave Project) qui a été postulée pour essayer de
tenir compte des plus hauts pics du spectre dans la situation de tempête, pour la même énergie totale,
comparée avec celle de Pierson - Moskowitz.
Le spectre Jonswap a été établi à la suite des mesures extensives de vagues effectuées en 1968 et
1969 le long d'une ligne de 185,2 km située dans la Mer du Nord en partant de l'Île Sylt. Les données
obtenues ont permis de formuler un spectre pour des vagues générées par les vents dans une zone de
génération limitée.
En 1984 le 17ème Conférence ITTC a proposé l'utilisation du spectre moyen de Jonswap pour des cas
des vagues de zone de génération limitée. Ce spectre est défini par:

320.H12/ 3 − {1950 / ω4 .Tp4 }


S1 (ω) = .γ A . e
ω5 .Tp4
Avec
− {( ω / ω −1) / σ 2 }
p
A=e
γ = 3,3 (facteur d'irrégularité);
ωp = 2.π/Tp (fréquence angulaire du pic);
Tp (période du pic);
σ (fonction échelon de ω) : si ω < ωp ⇒ σ = 0,07 et si ω > ωp σ = 0,09 ⇒

A
Signalons que, si on prend pour γ la valeur de 1,522 et Tp comme période du pic, on retrouve le plus
vieux et populaire spectre de vagues formulé par Bretschneider et qui convient pour les vagues des
zones de haute mer. Ce spectre est défini par:
4
2
173.H1 / 3 − {692 / ω .T14 }
S1 (ω) = .e
ω5 .T14
Pour des spectres de vagues non tronquées, autres définitions de la période de vague peuvent être
utilisées en y substituant:
T1=1,086.T2 ou T1=0,772.TP
L'utilisation simple de ces spectres dits météorologistes supprime l'un des inconvénients majeurs de
l'analyse spectrale, à savoir celui du traitement relativement long des données pour obtenir des
spectres.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime III.45
Chapitre III - Houles fondamentales

Les avantages de la méthode spectrale sont nombreux:


▫ prise en compte de toutes les fréquences composantes avec leur niveau d'énergie
correspondante;
▫ position relative des fréquences de résonance par rapport aux fréquences composantes
d'énergie élevée (connaissance indispensable pour les structures par grande profondeur
d'eau);
▫ calculs des fréquences moyennes zéro up-crossings, crête-à-crête ... de la houle;
▫ connaissance de la loi de distribution des maxima de surface libre (Hl/3, H1/8, H1/10, etc.);
▫ connaissance sous forme de densité spectrale de la réponse de la structure assimilée à un
résonateur linéaire d'après la formule classique:
2
Densité spectrale sortie = (Densité spectrale entrée) x (FT)
Où (FT) représente une fonction de transfert préalablement déterminée et qui est donnée par le rapport
(Réponse) /(Excitation).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.1
Chapitre IV - Comportement de la houle

Chapitre IV. Comportement de la houle

• Introduction
La propagation des vagues prés des rivages en présence des hauts fonds est fortement influencée par la
bathymétrie du fond et les courants La pente, les ondulations ou la présence des ornières ou canyons au
fond de la mer peuvent entraîner de grands changements dans la hauteur et la direction de propagation des
vagues. Les hauts fonds, dans certains cas, peuvent, notamment, engendrés des doublements des hauteurs
des vagues qui les traversent, et d'autres caractéristiques bathymétriques peuvent engendrer
l'amortissement des hauteurs.
La magnitude de ces comportements est particulièrement sensible à la période et la direction de
propagation des vagues et de même qu'à la manière dont l'énergie des vagues se disperse en fréquences et
directions (Fig. IV.1). L'interaction des vagues avec le fond peut entraîner leur atténuation. Malgré la
complexité de la transformation que subissent les vagues sous l'influence des fonds marins de profondeurs
limitées, la hauteur des vagues reste un paramètre très important de tout projet de génie maritime.

(Fig. IV.1)
Les phénomènes de transformation que subissent les vagues au cours de leur propagation de large (eau
profonde) vers les rivages (eau de faible profondeur) peuvent être résumés en trois groupes selon leur
source d'effets:
▫ Réfraction, shoaling (approche côtière) et diffraction dues aux effets de la propagation et
résultant de la convergence ou divergence des vagues causées par la forme bathymétrique du fond
influençant la direction de la propagation des trains de vagues et la concentration ou la dissipation
de leur énergie. En résumé, il y a réflexion lorsqu'elles rencontrent un obstacle et sont renvoyées
sur elles-mêmes, il y a diffraction lorsqu'elles contournent un obstacle et enfin, il y a réfraction
lorsqu'elles subissent l'influence du fond.
▫ Dissipations par frottements et percolation et le déferlement constituant les phénomènes
d'absorption d'énergie des vagues étant donné qu'ils enlèvent l'énergie du champ des vagues.
▫ Grossissement additionnel due au vent et les interactions vague-courant et vague-vague dues à
l'apport d'énergie par le vent.
La diffraction apparaît aussi à l'encontre des obstacles qui interrompent la propagation des vagues et la
présence des courants importants peut affecter la propagation et la dissipation des vagues. Les interactions
vague-vague résultent tant de l'accouplement non linéaire des composantes des vagues que du transfert de
l'énergie de certains vagues à d'autres. Ces phénomènes cessent au-delà de la zone de surf (ressac).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.2
Chapitre IV - Comportement de la houle

I. Le déferlement
Comme on a déjà vu dans les chapitres précédents, les vagues sont des ondes de surface périodiques qui se
propagent sans transporter de matière mais avec un transport d'énergie considérable. Par vent faible, il y a
tout d'abord apparition de rides, qui sont essentiellement contrôlées par la tension superficielle et l'inertie.
Lorsque le vent forcit, on passe progressivement des rides aux vagues, dont l'amplitude augmente avec la
vitesse du vent. Le mouvement ondulatoire est alors essentiellement contrôlé par la gravité et l'inertie
(ondes de gravité). Aux grandes ondulations, il y a superposition des ondulations de plus petites
amplitudes et de plus faibles longueurs d'ondes. Lorsque le vent s'arrête et que la vague persiste, on parle
alors de houle, pouvant être ramenée schématiquement à un profil sinusoïdal.
Le creux de la houle ne peut pas prendre une valeur trop élevée, les vagues ne sont plus stables lorsque
leur cambrure atteint une valeur limite. Cette valeur critique peut-être atteinte soit par accroissement local
du creux soit par réduction de la longueur d'onde par suite de la diminution de la profondeur. Alors la
vague est partiellement ou totalement détruite: la houle déferle.
Lors de ce déferlement, l'énergie de la vague est en grande partie libérée, avec un fort degré de turbulence.
Ce phénomène est visible au voisinage du rivage, mais également en pleine mer.
Ainsi le phénomène de déferlement survient lorsque la houle arrive près de la côte (phénomène de
réfraction). En effet, lorsque la houle se rapproche du rivage, sa célérité ne dépend que de la profondeur
locale et diminue avec cette dernière. La longueur d'onde de la houle, étant liée à la célérité diminue aussi
avec la profondeur locale. Par conséquent, ces lignes de crêtes ont tendance à se resserrer près de la côte.
La densité d'énergie par unité de surface augmente (par conservation de l'énergie), ce qui entraîne
l'augmentation de la hauteur de la vague. La hauteur augmente jusqu'à une certaine limite. En effet,
lorsque la hauteur atteint une fraction fois la profondeur, la vague devient instable et déferle.
En fait, le déferlement est un phénomène au cours duquel l’onde est partiellement détruite; il est
caractérise par un haut degré de turbulences et une grande dissipation d’énergie. Une vague ne déferle pas
uniquement en eaux peu profondes. Il arrive couramment de voir les vagues se briser en pleine mer. Du
point de vue hydrodynamique, le phénomène se produit lors des éventualités suivantes:
▫ la vitesse des particules sur la crête dépasse celle de l’onde,
▫ l’accélération des particules sur la crête est supérieure à la pesanteur,
▫ la surface devient verticale et la gravité écrase le sommet de la vague.

§ Développements théoriques
Très près des côtes, la hauteur des vagues H augmente à cause de la diminution de la profondeur et donc
de la vitesse de groupe Cg, en particulier pour une incidence normale θ = 0. Pour une incidence oblique, la
réfraction tend a réduire cet effet car le flux d'énergie 1/4.Cg.H2.cos (θ) vers la plage est constant et cos (θ)
augmente (pour une bathymétrie uniforme le long de la côte, le rapport (sin (θ))/C est conservé). Or plus
les vagues sont hautes, plus elles sont pentues et la vitesse des particules d'eau augmente. Pour une vague
de Stokes, la pente maximale des vagues H/L est environ 1/7, au-delà de cette valeur, l'accélération
verticale dépasse la gravité g et la vague devient instable.
La vitesse des particules d'eau sur les crêtes peut aussi dépasser la vitesse de phase des vagues, ce qui
provoque aussi le déferlement. Par la théorie linéaire, la hauteur H d'une houle monochromatique est
limitée par la profondeur d, où H < d/2.
En pratique on mesure que le déferlement d'une vague régulière se produit lorsque sa hauteur dépasse γ.H
avec γ variant entre 0,4 et 1 suivant les conditions.

Le déferlement dépend aussi de la pente du fond: plus elle est forte et plus les vagues seront réfléchies et
moins le déferlement sera important. Pour des vagues régulières, la réflexion partielle à la côte forme une
onde stationnaire.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.3
Chapitre IV - Comportement de la houle

Si la pente du fond est assez abrupte alors la pente de la surface devient verticale et le déferlement
apparaît. En représentant l'amplification locale des vagues par rapport à leur amplitude au large, cela
donne un critère du type ε 0 = 1 pour le déferlement avec:
ε0 = 2.π .σ 2 . a0 / g. tg5 / 2 (α)
Où a0 est l'amplitude des vagues en eau profonde (pour kH >> 1) et tg (α) est la pente du fond.
En eau profonde σ2 = g.k et donc ε σ est le rapport entre la pente des vagues au large ka0 et une fonction de
la pente du fond tg (α). On peut aussi ignorer l'amplification des vagues depuis le large pour obtenir le
nombre d'Irribarren IB aussi appelé paramètre de déferlement ou surf parameter, qui est donné par
l'expression:
tg ( α )
IB = ou encore IB = tg (α)
2
( 2.π .H .T ) 1/ 2 H 1/2
{ }
L
Qui permet de classifier le déferlement en trois types (Fig. IV.2): déferlement glissant (spilling) pour (IB <
0,4), déferlement plongeant (plunging) pour (0,4 < IB < 2) et déferlement écroulant (collapsing) pour (IB >
2).

(Fig. IV.2)
Dans le cas des houles progressives irrotationnelles le déferlement est donc lié à une valeur maximale de
la cambrure γ = H/L.
C'es ainsi que, 1orsque la profondeur diminue, la seule caractéristique de la houle qui semble rester
constante est la période T. Pour étudier comment varient les autres paramètres, on considère le cas simple
d'un fond en forme de plan incliné de pente faible, sur lequel une houle monochromatique de période T et
de hauteur H, se propage dans la direction de la plus grande pente du fond. Et on suppose de plus que la
plage n'induit pas de houle réfléchie (ce qui est vrai pour les pentes de moins de 10%).
Dès lors, en utilisant les expressions obtenues par la théorie linéaire de Stokes, et en y désignant par Co et
Lo la célérité et la longueur d'onde au large, c'est-à-dire pour une grande profondeur, on obtient:
L 0 = g.T 2 2.π et C 0 = (g.L 0 2.π)1 / 2
Pour la profondeur d on obtient:
L = L 0 .th(kd) et C = C 0 .th(kd)

En considérant (des observations faites) que les crêtes de houle sont parallèles aux lignes de niveau, on
fait l'hypothèse de la conservation de l'énergie transmise entre deux plans parallèles à la direction de
propagation des ondes, car si ce n'était pas le cas, il y aurait accumulation d'énergie entre deux plans
parallèles aux crêtes.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.4
Chapitre IV - Comportement de la houle

En fonction de la hauteur H0 des vagues au large, il est donc possible d'écrire l'expression de l'énergie
totale ET sous forme de:
2kd
E T = 1 / 16. ρ.g.H 2 .C.{1 + } = 1 / 16.ρ.g.H 02 .C 0
sh (2kd)
D'où
H ch (kd)
=
H 0 {kd + sh (kd). ch (kd)} 1 / 2

Ainsi le rapport H/H0 est une fonction explicite du rapport d/L donc de d/L0 du fait que
d L0 = (d L).th(kd) et sa dérivée s'annule pour d/L0 = 1/2.π = 0,15. Par conséquent, pour d < 0,15 L0, le
creux relatif décroît de H0 à 0,91 H0, pour croître par la suite (Fig. IV.3).

(Fig. IV.3)

De ce fait, la cambrure γ varie (rapportée à celle du large γ0 = H0/L0)


γ H .L 0 coth (kd). ch (kd)
= =
γ 0 H 0 .L {kd + sh (kd). ch (kd)}1 / 2

Dont la dérivée s'annule pour γ = 0,985 γ0, donc le maximum est inappréciable.
Du fait du frottement sur le fond et de la non-linéarité de la houle, dans la réalité le phénomène est plus
complexe, néanmoins, il est intéressant d'étudier la variation des vitesses orbitales en restant dans le cadre
des hypothèses simples. Pour une faible profondeur, les valeurs des composantes uo et wo de la vitesse au
large s'écrivent sous la forme:
g.H
u0 ≈ . cos (kx − σt ) et w0 ≈ 0
2.C

On remarque que la vitesse horizontale et la cambrure sont liées par les relations:
g.H g.T.γ
u0 = =
2.C 2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.5
Chapitre IV - Comportement de la houle

On peut donc en conclure que lorsque la cambrure augmente vers l'infini, il en est de même pour uo. La
cambrure augmentant au fur et à mesure de l'approche du rivage, la vitesse des particules se rapproche de
la valeur de la célérité, jusqu'à l'atteindre : c'est la forme limite de la houle. Le déferlement commence
alors, les particules d'eau s'écroulent sur le versant côté rivage.
Grâce aux observations et constatations qu'on vient de faire, on peut expliquer le phénomène de
déferlement. En effet, lorsque la distance au fond diminue, la cambrure de la vague augmente. Les
particules d'eau vont passer d'un mouvement circulaire en eau profonde, à un mouvement elliptique, pour
tendre finalement vers un mouvement horizontal. Arrivé à la cambrure critique, la vitesse des particules
d'eau va dépasser la célérité de la vague. Il y aura alors déferlement.
Pour trouver la cambrure critique, différentes théories ont été développées et plusieurs auteurs ont établi
des critères, notamment (pour des houles progressives irrotationnelles):
γ = H/L < 0,142 en eau profonde (Michell);
γ = H/L < 0,14 th (kd) en eau de profondeur intermédiaire (Miche);
γ = H/d < 0,78 en eau peu profonde (Munk).
En profondeur très faible, th(kd) peut être confondu avec d/L, la hauteur de déferlement HC en fonction de
la profondeur de déferlement dC est exprimée par la relation dC = 1.14. HC établie par Miche. De même
que selon la théorie de Munk, qui consiste à considérer chaque vague prête à déferler comme une onde
solitaire de hauteur HC, la hauteur de déferlement HC en fonction de profondeur de déferlement dC est
définie la relation: dC = 1.28 HC.

§ Remarques
▫ Déferlement en eau profonde
En pleine mer, l’augmentation de la hauteur d’une vague ne peut pas provenir de l’influence du sol. Le
vent, qui est aussi la cause de la houle, est le facteur majeur influençant l’amplitude de la vague. Etant
donné qu’en pleine mer la longueur d’onde d’un train de vagues est quasiment stable, lorsque l’amplitude
tend vers 0,142.L, la vague devient instable et un moutonnement en crête apparaît.
Comme on a précisé précédemment, pour Michell, la cambrure maximale H/L en pleine mer est de 0,142
et d'après Lacombes, la longueur d’onde limite Lmax avant déferlement est égale à 1,193 fois sa valeur
correspondant aux faibles hauteurs.
Or selon la théorie de Gerstner cette longueur d'onde maximale est exprimée par:
g.T 2
L max = 1,193.
2.π
On peut, donc, en déduire la valeur de l’amplitude maximale Hmax au point de déferlement en fonction de
la période T de la houle:
g.T 2
H max = 0,142 . 1,193 . = 0,265. T 2
2.π

▫ Déferlement en eau peu profonde


Comme on a vu précédemment, en eau peu profonde, le type de déferlement (Fig. IV.2) dépend
essentiellement de la pente du fond marin en bord de côte, donc du nombre d'Irribarren. Sur un fond de
pente faible, la vague déferle en glissant sur sa face avant (déferlement glissant). Lorsque la pente du fond
augmente, le déferlement s’effectue sous la forme connue des rouleaux plongeants. Enfin sur fond très
incliné, le déferlement se manifeste par l’écoulement progressif d’un front d’ondes. Dans le cas des houles
de grande longueur d'onde on peut aussi y inclure le mascaret qui est une onde solitaire déferlante sur
fond quasiment plat.
La figure IV.4 ci-dessous, permet de déterminer le type de déferlement en fonction de la pente de la plage
et de la cambrure de la vague au large.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.6
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.4)
Signalons enfin que, l’angle compris entre le front montant de la vague et le front descendant est aussi un
moyen efficace pour déterminer le point de départ d’une vague déferlante. Stokes propose comme valeur
limite 120° (Fig. IV.5).

(Fig. IV.5)

II. La réfraction
Parmi les phénomènes principaux concernant la transformation des vagues, à savoir: la réfraction,
diffraction et réflexion, c’est la réfraction qui est la plus manifeste. Il s’agit de la déviation des
orthogonales (rayons) au front de vagues en fonction du relief qui fait varier la vitesse de phase de l’onde.
Ainsi, l’évolution du sol agit de manière similaire à des variations continues d’indice de réfraction lors de
la propagation d’ondes lumineuses. Du point de vue visuel, c’est la réfraction qui explique la déformation
des trains de vagues propageant vers les côtes.
A l’approche d’une côte, les vagues atteignent des eaux peu profondes. Les fronts de vagues sont alors
ralentis et leur longueur d’onde décroît. Ceci est dû aux frottements de l’eau sur le fond marin. Ces
frottements s’amplifient avec la diminution de la profondeur ce qui explique que, sur un sol non uniforme,
les trains de vagues sont déformés.
D’autre part, la réfraction induit aussi des variations d’amplitude de la vague. Lorsque les orthogonales
convergent, il y a concentration de masse d’eau et l’amplitude augmente. Lorsqu’elles s’écartent, la masse
d’eau est alors répartie sur une plus grande surface de sol et l’amplitude diminue (Fig. IV.6).
L'étude de la réfraction doit être fine. Le relief du sol et la bathymétrie doivent être connus avec précision.
De petites irrégularités du fond peuvent avoir des conséquences importantes.
§ Développements théoriques
Pour évaluer la réfraction, on utilise deux grandes méthodes: Le tracé des plans de vagues développé par
Huyghens et le tracé des orthogonales aux fronts de vagues de Johnson, O’Brien et Isaacs.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.7
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.6)
La première méthode positionne graphiquement les crêtes des trains de vagues en fonction des lignes de
crêtes précédentes. La seconde utilise une génération de la réfraction à deux échelles des orthogonales au
front de vagues et n’est utilisée que pour les grandes étendues.
▫ Tracé des plans de vagues
Cette méthode proposée par Huyghens consiste, en partant d’une ligne de crête initiale, à retrouver les
lignes de crête suivantes. En tout point Pi d’une ligne, le calcul de la vitesse Ci de l’onde en fonction de la
profondeur di et de la période T est effectué. Le point Pi situé sur la crête suivante se trouve donc à une
distance Ci. T de Pi. On peut donc, de proche en proche, tracer la ligne de crête suivante qui correspond à
l’enveloppe des circonférences centrées sur la ligne de crête initiale et de rayons Ci. T (Fig. IV.7).

(Fig. IV.7)
▫ Tracé des orthogonales (rayons) au front de vagues
Cette méthode permet de contrôler les effets de la réfraction à deux niveaux. Un premier calcul est
effectué à grande échelle suivant un plan dit d’approche permettant d’avoir une idée globale de la
propagation de la houle depuis le large jusqu’au voisinage de la côte. Un deuxième plan, dit local, peut
être utilisé pour obtenir plus d’informations sur les crêtes de vague obtenues à partir du plan d’approche.
Les rayons sont générés à partir du large, ils progressent en parallèle tant qu’ils ne subissent pas de
réfraction (ni d’ailleurs de diffraction et réflexion).
La déviation des rayons aux fronts de vagues est fonction de la vitesse de propagation C de l’onde et donc
fonction de la profondeur d. La variation de la vitesse est donnée par l’équation:
g
C = L / T ou encore C= . th (kd) (profondeur limitée)
σ
On a ainsi, dans le cas d'une bathymétrie où les courbes de niveau sont constantes (profondeurs uniformes
et la pente du fond est linéairement variables) aux points P1 (C1;d1) et P2 (C2;d2) d'une ligne de crêtes (front
de vagues) avec d2 > d1 on obtient la relation (Fig. IV.8):
g g
C2 = . th (kd 2 ) > C1 = . th (kd1 )
σ σ

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.8
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.8)
Quant à la déviation, elle est obtenue à partir des valeurs précédentes, à travers la loi de Snel:
sin( θ1 ) sin(θ2 )
=
C1 C2
Où C1 et C2 sont les vitesses de l’onde avant et après la courbe de niveau et θ1 et θ2 sont respectivement les
angles d’incidence et de réfraction du rayon sur la courbe de niveau (Fig. IV.9).
Pour calculer la déviation de chaque rayon en fonction des phénomènes de réfraction, il faut connaître la
configuration du terrain en tout point de la zone considérée. Donc un relevé bathymétrique précis est
nécessaire.

(Fig. IV.9)
Les vagues tendent à devenir parallèles aux courbes de niveau de fond (isobathes). A l’approche de la
côte, les vagues toucheront le fond d’abord en face des caps (qui se prolongent sous l’eau sous forme de
hauts-fonds) ensuite dans le prolongement des baies. Étant donné qu’une crête de vague ne sera pas
influencée par le fond au même moment, il en résulte une convergence vers les caps (on dit que les vagues
s’enroulent autour du cap) et une divergence dans les baies (les vagues s’étalent dans la baie).
Les vagues ont toujours tendances à s’aligner avec le rivage et donc, les rayons orthogonaux aux fronts de
vagues à être perpendiculaire avec la côte (Fig. IV.10).
▫ Calcul de l’amplitude des vagues (en fonction de la réfraction)
La méthode précédente rend possible un calcul aisé de l’amplitude (hauteur) de la vague en fonction de la
réfraction en tout point du champ des vagues. L’énergie transmise entre deux rayons de distance Δ∞ est
constante tout au long de leur trajectoire.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.9
Chapitre IV - Comportement de la houle

Si elles ne subissent pas d’autres phénomènes tels que la réflexion ou la diffraction, le volume d’eau
compris entre deux rayons est, par conséquent, constant (conservation de l’énergie et incompressibilité du
fluide).

(Fig. IV.10)

Ceci influence directement la hauteur de la vague qui varie en raison de l’inverse de la racine carrée de la
distance entre les rayons:
Δ∞
H1 = H ∞ .
Δ1

Où H∞ et Δ∞ sont respectivement la hauteur de la vague et la distance entre les rayons au large et H1 et Δ1


en un point considéré du calcul. Donc, la caractéristique d’une vague est donnée par: H2.Δ = Cte
Si deux rayons se divergent en raison de la réfraction, leur hauteur diminue et réciproquement, elle
augmente lorsqu’ils convergent. Les différents calculs d'hauteurs sur les rayons sont menés pas à pas, les
relevés et calculs effectués en partant des données initiales sont conduits pour les points suivants
considérés en utilisant les résultats précédents, donc on évolue d'un point à l'autre en utilisant chaque fois
les résultats du point précédent. Ainsi, en partant des données des vagues au large (indice ∞) les
paramètres des points successifs P1 et P2 sont calculés en fonction des écartements successifs des rayons et
des hauteurs précédentes calculées (Fig. IV.11). En effet, comme:

(Fig. IV.11)

Δ∞ Δ∞
H1 = H ∞ . et H 2 = H ∞ .
Δ1 Δ2

Dès lors:
H2 Δ∞ / Δ2 Δ1
= ⇒ H 2 = H1 .
H1 Δ ∞ / Δ1 Δ2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.10
Chapitre IV - Comportement de la houle

Dès que la distance entre deux rayons est supérieure à un seuil fixé pour la commodité des calculs, un
nouveau rayon est créé. Ce seuil vaut a priori le double de la distance entre deux rayons initiaux mais peut
être modifié en fonction des besoins. Les propriétés initiales (amplitude, phase, vecteur vitesse, direction
de propagation, ...) sont obtenues par interpolation linéaire avec celles de ses deux voisins. En cas de
génération d'un nouveau rayon, on obtient:
Δ1
H 2 = H 3 = H1 .
Δ 2 +Δ 3

Au pas suivant, on utilise les valeurs calculées et ainsi de suite.


Pendant le tracé des rayons, par convention pratique, un rayon touchant la plage suit le rivage dans le
prolongement de la direction de son arrivée. Par contre, certains rayons arrivant sur la côte peuvent être
déviés par réfraction de telle sorte qu’ils s’éloignent de celle-ci. C’est là qu’on crée de nouveaux rayons le
long de la côte, pour pouvoir assurer la continuité entre les rayons fortement écartés par la réfraction.
Lorsque sur la côte, deux rayons très rapprochés se joignent (conjonction), ils se superposent dans la
même direction de leur arrivée et suivent la ligne de rive (Fig. IV.12).

(Fig. IV.12)
§ Note sur la réfraction des vagues
Dans le cas des courbes de niveau du fond marin uniforme donc à pente constante dans la direction des x
perpendiculaire à la ligne de rive et sans variation dans la direction de l'axe des y parallèle à la ligne de rive (
d
d( x, y) = 0 ), pour une vague monochromatique, pour déterminer le vecteur nombre d'onde k , la fonction de phase
dy
s'écrit:
κ ( x, y , t ) = (k . cos θ + k . sin θ − σ .t ) ⇒ k = ∇ . κ ⇒ ∇ Λ k = ∇ Λ ∇ . κ = 0
Car par définition k est le gradient d'un scalaire et le laplacien d'un scalaire est égale à zéro.

En y substituant les composantes du vecteur k on obtient:


∂ (k . sin θ) ∂ (k . cos θ)
− =0
∂x ∂y

En y introduisant la relation de dispersion reliant le nombre d'onde k à la vitesse de propagation C (k = 2.π/C.T et


T est constant), on obtient:
d sin θ sin θ
{ }= 0 ⇒ = C te.
dx C C
C'est ainsi que, en connaissant la vitesse de propagation C0 et l'angle de la direction de propagation de la vague θ0
au large, on en déduit en chaque point du rayon les nouvelles valeurs de C et θ courants (Fig. IV.13):
sin θ sin θ 0
= (Loi de Snel)
C C0

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.11
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.13)
La variation de la hauteur de vague le long d'un rayon peut être évaluée en considérant deux rayons successifs et
proches l'un de l'autre et séparés d'une distance b0. Au large, en un point P0 (H0, Cg) le flux d'énergie (E.C) ou
(E.Cg), à travers la distance b0 du front de vagues, est estimé par {(E.C)0 . b0}. Considérant un point proche P1 (H1,
Cg1) le long du rayon, le flux d'énergie est, dès lors, donné par {(E.C)1 . b1}. Or, comme les fronts des vagues sont
orthogonaux aux rayons, il n'y a pas de transfert d'énergie à travers les rayons. Dès lors, le principe de conservation
d'énergie permet d'écrire:
(E.C) 0 .b 0 = (E.C)1 .b 1

En y introduisant l'expression de l'énergie totale de la vague monochromatique E=1/8.ρ.g.H2, on obtient:


C g0 b0
H1 = H 0 . . ou encore H1 = H 0 .K S .K R
C g1 b1

Où KS ( = Cg0/Cg1 ) et KR ( = b 0 /b1 ) sont respectivement coefficients de shoaling et de réfraction.

Pour des lignes de niveau uniformes rectilignes et parallèles, en fonction de θ, le coefficient de réfraction est donné
par l'expression:
b0 cos θ 0 (1 − sin 2 θ 0 ) 1 / 4
KR = = ={ }
b1 cos θ 1 (1 − sin 2 θ 1 )

Dans le cas où la topographie du fond présente des variations dans la direction de l'axe des y l'équation complète de
κ doit être utilisée. Dans ce cas les coordonnées cartésiennes (x, y) sont remplacées par celles curvilignes (s, n) où s
est pris le long du rayon et n dans la direction de la normale. Algébriquement, l'équation de l'angle de la direction
de propagation θ est alors établie dans le système des coordonnées attaché au rayon (Fig. IV.7), par les relations:
∂θ 1 ∂k 1 ∂C
= . =− .
∂s k ∂n C ∂n
Et le rayon est défini par:
ds dx dy
=C ; = C. cos θ ; = C. sin θ
dt dt dt
Le coefficient de réfraction, par contre est plus complexe à exprimer. Munk, en posant β=b/b0, a donné comme
solution:
∂ 2β dβ
K R = {1 / β}1 / 2 ⇒ + p. + q.β = 0
2 ds
∂s

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.12
Chapitre IV - Comportement de la houle

Avec
cos θ ∂ C sin θ ∂ C sin 2 θ ∂ 2 C sin 2θ ∂ 2 C ∂ 2C
p( s ) = − . − . et q(s) = . − . + cos 2 θ.
C ∂x C ∂y C ∂x2 C ∂ x.∂ y ∂y 2

L'ensemble de ces équations est à résoudre pour des groupes de rayons en fonction de chacune des paramètres de la
vague dont on veut étudier l'évolution.
Ce mode calcul simplifié permet de faire un rapide estimation, or dans la réalité la configuration du fond est
beaucoup plus compliqué et nécessite une bathymétrie précise qui pourrait être utilisée pour discrétiser le fond afin
de traiter le phénomène de réfraction par un programme numérique.

III. La diffraction
Le phénomène de diffraction, comme celui de réflexion, est essentiel lorsque les trains de vagues
rencontrent des obstacles émergés accompagnés d’une rupture brutale de la pente du sol. C'est le cas
notamment, lorsqu'un train de vagues rencontre une digue à l’entrée d’un port. La simulation de ce
phénomène, comme celui de la réflexion d'ailleurs, est un atout pour la conception d’ouvrages portuaires.
La diffraction des vagues est un phénomène visible derrière une digue. Quand on observe un train de
vagues parallèle à une digue rectiligne, on remarque qu'une partie de celui-ci se réfléchit et de plus, à
partir du bout de la digue, on constate l’apparition de vagues situées derrière cet obstacle. Elles ont une
forme circulaire. Elles sont en fait issues de la diffraction de la vague incidente née à l’extrémité de la
digue aussi appelée musoir.
En l’absence de réfraction, la houle se propage de manière rectiligne et lorsqu’elle heurte une digue, elle
est réfléchie. La partie évitant la digue et se trouvant à une distance raisonnable de la digue continue sa
propagation rectiligne. Ainsi, sans diffraction, aucune agitation (ou vague) ne devrait être perceptible
derrière la digue (Fig. IV.14), or, ce n’est pas le cas.

(Fig. IV.14)
Tout se passe comme si le musoir était un générateur d’ondes. Ces dernières situées derrière la digue sont
de forme circulaire et leur amplitude dépend de celle de la houle incidente et de leur distance au musoir.
Dans cette partie, les ondes sont amorties et les crêtes des vagues diffractées prolongent de manière
continue celles des trains d’ondes incidents (Fig. IV.15).
La difficulté principale du tracé de ces ondes diffractées réside dans le calcul de l’amplitude. Dans la
littérature de nombreuses méthodes existent comme celle de Larras exposée ci-dessous.
§ Calcul de l’amplitude (hauteurs) des vagues
La méthode de Larras, malgré qu'elle soit proposée pour des digues semi infinies et d’épaisseur
infinitésimale, elle est souvent utilisée, en pratique sur le terrain, pour calculer l’amplitude derrière les
digues. Lorsque plusieurs musoirs existent sur une digue, ils sont pris en compte indépendamment.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.13
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.15)
L’amplitude en un point est la somme des amplitudes diffractées et l’épaisseur de la digue n’intervient que
pour l’identification des musoirs. Dans un système de coordonnées polaires (r, θ), on calcule l'agitation en
tout point P(r, θ) derrière la digue, dans la zone dite d'ombre, comme une combinaison d'une onde
incidente d'hauteur Hi diffractée et d'une onde réfléchie d'hauteur Hr. Ce découpage n'est possible que si
on considère le phénomène comme étant séparable. Dès lors, la hauteur de l'onde incidente Hi, ne peut être
calculée que si la digue est supposée parfaitement absorbante donc rigide (Fig. IV.16).

.
(Fig. IV.16)
Ces deux ondes (incidente et réfléchie) dépendent respectivement de deux coefficients géométriques Ui et
Ur qui s'expriment par les expressions:
Ui = 2. π.r / L sin (π / 4 − θ / 2)

Ur = 2. π.r / L sin (π / 4 − θ / 2 − ϕ)

Où ϕ est l’angle entre la crête incidente et la jetée.


Notons que, pour les points situés derrière la digue et soumis à la diffraction, un des coefficients Ui ou Ur
est nécessairement négatif.
Une autre formulation où la hauteur Hi de l'onde incidente en fonction de Ui ou encore celle de l'onde
réfléchie Hr en fonction de Ur, est donnée par les équations (intégrales) de Fresnel (Fig. IV.17):
1/ 2
⎡ ∞ ∞ ⎤
H i = ⎢{ ∫ cos (1 / 2.π.r 2 ).dr} 2 + { ∫ sin (1 / 2.π.r 2 ).dr} 2 ⎥
⎢⎣ Ui Ui ⎥⎦
1/ 2
⎡ ∞ ∞ ⎤
H r = ⎢{ ∫ cos (1 / 2.π.r 2 ).dr} 2 + { ∫ sin (1 / 2.π.r 2 ).dr} 2 ⎥
⎢⎣ Ur Ur ⎥⎦

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.14
Chapitre IV - Comportement de la houle

Finalement, l'amplitude (hauteur) HM au point P s'obtient par le produit de l'amplitude au musoir avec
l'amplitude Hd, dite relative, calculée par l'expression:

H d = {H i2 + K r2 .H r2 + 2.α.H i .H r . cos ϑ


r
ϑ = 4.π. . sin (ϕ). cos (θ) + ϕ
L
Et Kr est un coefficient de réflexion de la digue dont la valeur est comprise entre 0 et 1 et α est la pente de
l’obstacle par rapport au plan moyen de l’océan.

(Fig. IV.17)
§ Diffraction et réfraction simultanée
Il est clair que les rayons diffractés subissent aussi la réfraction. Comme a précisé précédemment, le calcul
de l’amplitude en fonction de la distance entre deux rayons voisins est donné par:
Δ∞
H1 = H∞ .
Δ1

Où Δ∞ et Δ1, comme d'ailleurs H∞ et H1 sont respectivement les distances en deux rayons voisins et les
hauteurs d'onde avant et après un pas de progression des fronts d’onde. Comme l'amplitude (hauteur
d'onde) et le pas de calcul sont constants, la distance entre deux rayons diffractés sans réfraction émis à
partir du musoir vérifie l’équation:
Δ ∞ d∞
=
Δ1 d1
Où d∞ et d1 sont les distances entre le musoir et les points considérés avant et après un pas de progression.
Dans le cas o`u il y a réfraction, la précédente formule n’est plus satisfaite. On peut dès lors y apporter une
correction (pondération) sur l'amplitude sous forme de:
Δ ∞ d1
H1 = H∞ . .
Δ1 d∞

Pour un tracé méthodique des fronts de vagues réfléchies et afin de calculer leur amplitude en fonction de
la réfraction à n’importe quel point du champ des vagues, on peut utiliser une formule générique de la
forme:
Δ
H1 = H∞ . µ . ∞
Δ1

Avec µ = 1 pour les rayons non diffractés et µ = d1/d∞ pour les rayons diffractés.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.15
Chapitre IV - Comportement de la houle

IV. La réflexion
La réflexion est un phénomène simple à envisager. Une vague heurtant violemment un obstacle rebondit
sur celui-ci. L’obstacle absorbe alors une partie de l’énergie de la vague. La loi régissant la réflexion des
orthogonales au front de vagues est identique `a celle de la réflexion optique. L’angle de réflexion est égal
à l’angle d’incidence. Si l’obstacle est perpendiculaire au plan moyen de l’océan, la réflexion est
spéculaire car la dissipation d’énergie dans l’obstacle est négligeable.
La réflexion de la houle est, donc, le phénomène qui traduit le rebond d’une vague sur un obstacle.
Comme la réfraction, elle peut être étudiée par l'intermédiaire de deux méthodes: méthode géométrique et
méthode énergétique. La nature de l’obstacle où se produit la réflexion influe notablement sur ces deux
méthodes.
§ Méthodes de calcul
La méthode géométrique est basée sur les lois des ondes optiques. Lorsque l’onde incidente touche un
obstacle, une onde réfléchie est générée obéissant aux lois de Snel (égalité des angles d’incidence et de
réflexion). La composée de ces deux ondes s’appelle houle gaufrées. Toutefois, lorsque l’angle
d’incidence est de 0°, il se crée devant la digue un état d’agitation stationnaire appelé clapotis. Dans ce
cas, on ne parle plus d’onde gaufrée puisque l’intersection entre l’onde incidente et l’onde réfléchie n’est
plus visible. Les trajectoires des particules d’eau ne sont alors plus des cercles ou des ellipses mais des
segments verticaux.
La méthode énergétique se traduit par une variation de l’amplitude de l’onde incidente qui naturellement
diminue au moment de l’impact contre l’obstacle. Cette perte d’énergie dépend d’un coefficient Kr, dit de
réflexion, qui varie en fonction de la nature de l’obstacle et de la pente α de cet obstacle par rapport à la
surface libre. Lorsque la pente est inférieure à 10%, la réflexion devient négligeable. La perte d’énergie
peut être exprimée par le rapport entre l’amplitude Hi de l’onde incidente juste avant la réflexion et
l’amplitude Hr de l’onde juste après l’impact.
H r 2.K r . sin (α )
=
Hr γ i .π 2
Où Hi et Hr sont les amplitudes respectives des ondes incidente et réfléchie et γi la cambrure de l’onde
incidente.
Lorsque l’onde incidente n’est pas déferlante, la cambrure γi admet une valeur limite donnée par
l'expression formulée par Miche:
2. α sin 2 (α )
γi = .
π π

En cas de déferlement, une grande partie de l’énergie de l’onde disparaît. Il est évident que le coefficient
de réflexion comme d'ailleurs celui de la diffraction dépend tant de la géométrie de l'obstacle que sa
constitution, donc, de la nature des matériaux le constituant. Dans la littérature spécialisée on trouve
plusieurs valeurs pour le coefficient Kr de réflexions selon les matériaux utilisés pour la construction des
digues.
Notamment:
ú Kr = 0,9 à 1 pour les revêtements lisses en béton;
ú Kr = 0,7 à 0,8 pour les revêtements en maçonnerie;
ú Kr = 0,6 à 0,7 pour les enrochements en pierre;
ú Kr = 0,5 pour les massifs en blocs d'enrochement.
Il est à signaler qu'au cours du calcul de la valeur de l’amplitude de l’onde réfléchie, on doit tenir compte
de la modification de la trajectoire circulaire ou elliptique des particules d’eau.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.16
Chapitre IV - Comportement de la houle

Car l'amplitude est, en fait, perturbée par la superposition de l’onde incidente et réfléchie. L’onde
incidente s'atténue légèrement, tandis que l’onde réfléchie s'amortie. Ce phénomène peut être introduit, au
processus des calculs, sans qu'on perturbe l'onde incidente, sous forme d'une fonction amortissement
classique pour l'onde réfléchie, définie par l'expression:
− ( Hi Hr ). d
φ (d) = e
Où d est la distance parcourue par l’onde depuis la réflexion et le quotient Hi/Hr traduit le fait que plus
l’amplitude incidente est proche de l’amplitude réfléchie, plus l’amortissement de l’onde réfléchie est
faible. Dès lors l’amplitude HP1 en point P1 s'obtient par la relation (Fig. IV.18):
H P1 = φ(d) . H r

(Fig. IV.18)
C'est ainsi, dès que l’amplitude de la vague réfléchie passe en dessous d’un certain seuil, l’onde ne
progresse plus.
§ Réflexion sur le musoir
Comme on a précisé précédemment, le musoir est certes un point de diffraction, mais aussi un point de
réflexion particulier. En effet, en un tel point il y a une réflexion dans toutes les directions qui se traduit
par de petites ondes circulaires réfléchies (Fig. IV.18).
Au cours du tracé des fronts de vagues et du calcul des amplitudes, on tient compte de ces fines
ondulations partant du musoir, on y rajoutant des rayons de type réfléchis à partir de ce musoir, c'est ce qui
permet d'assurer une certaine continuité entre l’onde réfléchie et l’onde transmise. Pour assurer qu'au
cours du processus des calculs l’amplitude des rayons décroît en fonction de leur éloignement à la
première onde réfléchie, on peut utiliser une formule empirique, fonction de α et θ, dont sa valeur vaudrait
1 dans la direction de réflexion et 0 dans la direction de la houle incidente:
π. (α + θ)
ψ (α,θ) = cos { }
4.θ

L'amplitude HP2 au point P2, en fonction de l’amplitude Hr de l’onde juste après impact au point M2,
s'écrit, dès lors:
H P2 = ψ (α, θ) . φ (α) . H r

§ Superposition des vagues progressives linéaires


▫ Vagues obliques
Dans le système des coordonnées cartésiennes (x, y, z) de la figure (IV.19), la surface libre des vagues
propageant à une vitesse VP dans une direction faisant un angle θ avec l'axe des x est donnée par
l'expression:
η = a cos (kx. cos θ + ky. sin θ − σt )

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.17
Chapitre IV - Comportement de la houle

Ou encore en considérant les composantes kx et ky du vecteur nombre d'ondes k (kx, ky) tel que:

k . x = kx . cosθ + ky . sin θ
Elle est exprimée par:
η = a cos (k xx + k y y − σt )

(Fig. IV.19)
Ainsi que le potentiel et le coefficient de dispersion s'écrivent respectivement par:
g.a ch k ( z + d )
φ= . . sin (kx. cos θ + ky. sin θ − σt )
σ ch (kd)
σ 2 = g.k . th (kd)
Avec
kx = k.cosθ et ky = k.sinθ ⇒ k = (kx+ky) 1/2
▫ Réflexion totale (vagues stationnaires)
Lorsque une houle rencontre, sans déferlement, un mur vertical normal à sa direction de propagation, la
vitesse de chaque particule d'eau se réfléchie sur la paroi imperméable. La vague réfléchie η r est identique
à la vague incidente η i mais de direction opposée.
Les deux vagues peuvent se superposer et les trajectoires des particules sont des droites horizontales aux
nœuds d'oscillation N, verticales aux ventres V, l'amplitude au ventre étant 2a (Fig. IV.20).

(Fig. IV.20)

Si on exprime la vague monochromatique incidente η i et celle réfléchie η r respectivement par:


η i = a cos (kx − σt ) et ηr = a cos (−kx − σt)

Dès lors, pour la vague résultante η T on obtient:


ηT = ηi + ηr = a. cos (kx − σt ) + a. cos (−kx − σt ) = 2.a. cos kx. cos σt

Et le potentiel φ est exprimé par:


2.a.g ch{k ( z + d)}
φ=− . . cos kx. cos σt
σ ch (kd)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.18
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.21)
Ainsi, si on considère (Fig. IV.21) qu'au cours de la réflexion sur une barrière verticale et fixe la vitesse
normale doit être nulle, on obtient:
∂η ∂φ nπ nL
≈ = ... sin kx = 0 aux points x = 0, =
∂x ∂x k 2
D'où
∂φ
x =0
∂x

Donc, obtenir une vague stationnaire, on doit avoir, pour x = 0, une réflexion totale et parfaite sur
l'obstacle. Quand la vague stationnaire se produit en eau profonde d>>L, on se trouve devant le
phénomène de clapotis.
Par contre si elle se produit en eau peu profonde d<<L, dans un bassin fermé de longueur LB et de
profondeur d ou semi-fermé, le phénomène s'appelle seiche. Dans le premier cas la vitesse de la vague
étant (c=(gd) 1/2), le temps que met la vague à traverser la longueur LB du bassin sera (t=LB/(gd)1/2) et la
période de 1er ordre s'écrira (T1=2LB/(gd)1/2). Les ordres supérieurs (n) sont définis en fonction du nombre
de nœuds engendrés donc pour nème de la période Tn, (T1/n). (Fig. IV.22)

(Fig. IV.22)
Dans le cas d'un bassin semi-fermé ouvert à la mer, la période correspondant au plus petit ordre est double
de celle correspondant au plus petit ordre du bassin fermé. Donc, la longueur d'onde effective de la vague
est double de la longueur du bassin. Dès lors, dans le bassin semi-fermé la période de 1er ordre est définie
par T1=4LB/(gd)1/2. Des seiches d'ordres supérieurs, avec la période T1/n, sont de nouveaux possibles.
Le coefficient de réflexion Kr se définit dès lors par le rapport: Kr = ar/ai, où ar et ai sont respectivement
les amplitudes des vagues réfléchies et incidentes. Le coefficient de réflexion est égal ou plus petit que
l'unité (Kr ≤ 1). Pour une réflexion totale il est égal à l'unité (Kr = 1).
▫ Réflexion des vagues obliques
Pour une réflexion totale (Kr = 1, donc pour ai = ar = a) des vagues obliques, les expressions de la surface
libre de la vague incidente η i et de celle réfléchie η r s'écrivent respectivement (Fig. IV.23):
η i = a cos (kx. cos θ + ky. sin θ − σt ) et η r = a cos {kx. cos (π − θ) + ky. sin (π − θ) − σt}

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.19
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.23)

Dès lors, la surface libre résultante η T s'écrit:


ηT = ηi + ηr = 2a. cos (kx. cos θ). cos (ky. sin θ − σt )

k x x = kx.cos θ (Vague stationnaire propageant dans la direction de l'axe des x)
(k y y − σt ) = (ky.sin θ − σt ) (Vague stationnaire propageant dans la direction de l'axe des y)
Avec

Lx = (Longueur d'onde de la vague propageant dans la direction de l'axe des x)
k cos θ

Ly = (Longueur d'onde de la vague propageant dans la direction de l'axe des y)
k sin θ
VPx = 0 (Vitesse de propagation de la vague propageant dans la direction de l'axe des x)
σ
VPy = (Vitesse de propagation de la vague propageant dans la direction de l'axe des y)
k sin θ
Et dont
∂η ∂φ
≈ = ... sin (kx. cos θ) = 0 pour x = 0
∂x ∂x

▫ Réflexion partielle
La réflexion partielle apparaît soit, quand la vague réfléchie sur un obstacle (talus) présente un déphasage
δ par rapport à la vague incidente dont les raisons pourraient provenir de la forme de l'obstacle (incliné ou
autre forme) ou de sa qualité physique (perméabilité, porosité, rugosité, etc.) entraînant un amortissement,
réduction d'amplitude, etc. La réflexion est, donc, fonction de l'angle α du talus (le rapport diminue très
vite avec α), de la nature de la surface du talus, et de la cambrure γ au large (le rapport diminue quand la
2
cambrure augmente) dont la valeur limite au large est donnée selon Miche par ( γ i = 2. α . sin (α) ).
π π

Le coefficient de réflexion aura, dès lors, une valeur inférieure à l'unité (Kr < 1) et les expressions de la
surface libre de la vague incidente η i et de celle réfléchie η r pourraient s'écrire respectivement (Fig.
IV.24):
η i = a i . cos (kx − σt ) = a i . ℜ e {e i(kx−σt ) } et η r = ar . cos (kx + σt + δ) = ai . ℜe {Kr . e−i(kx−σt ) }

Kr y étant le coefficient de réflexion sous forme de nombre complexe, on écrit:


a
K r = K r . e− δ avec Kr = r
ai
Dès lors l'expression de la surface libre résultante s'obtient par:
ηT = η i + η r = ai . ℜe {ei(kx−σt ) . (1 + Kr . e−ikx )}
Et
ηT = ai . {1 + Kr + 2. Kr . cos (2kx + δ)}
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie I - Hydraulique maritime IV.20
Chapitre IV - Comportement de la houle

(Fig. IV.24)

Ainsi, on obtient les valeurs absolues de η T de la surface libre en un nœud et en un ventre par les
expressions:
Au nœud ( η T = η T N ) ⇒ ηT = ai . {1 − Kr } pour cos ( 2kx + δ ) = −1 ou ( 2kx + δ ) = ( 2n + 1) π

Au ventre ( ηT = ηT V ) ⇒ ηT = ai . {1 + Kr } pour cos ( 2kx + δ ) = +1 ou cos ( 2kx + δ ) = +1

ηT V − ηT N
D'où, pour x = LB ⇒ 2k L = 2π ⇒ LB = L/2 et ⇒ Kr = = K r (k )
ηT V + ηT N

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.1
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Partie II. Effets hydrodynamiques


Chapitre I. Forces hydrodynamiques
• Généralités
Il est connu des mécaniques des fluides que le déplacement des corps dans un fluide subit de la part du
fluide une certaine résistance qui est, d'une manière générale, fonction de la vitesse de déplacement du
corps et des caractéristiques tant du corps (forme et dimensions) que du fluide (poids spécifique et
viscosité).
Le corps peut être flottant évoluant, par conséquent, dans l'interstice de deux fluides à savoir l'eau et l'air.
De ce fait, au cours de son déplacement dans un fluide au repos, il subit la résistance de ces deux fluides,
l'une appelée résistance hydrodynamique due à la présence de l'eau et l'autre appelée résistance
aérodynamique due à la présence de l'air. Ainsi, dans son mouvement la partie immergée du corps subit
une résistance de la part de l'eau, tandis que sa partie émergée subit une résistance de la part de l'air.
L'ensemble de ces deux résistances, sans tenir compte d'une éventuelle résistance due à l'existence
simultanée des deux fluides, constitue la résistance à l'avancement du corps se déplaçant dans un fluide
au repos.
En général, la résistance à l'avancement du corps émergé dans un fluide au repos, dans sa plus simple
expression, se compose de trois composantes principales:
▫ RF "résistance de frottement" ou "résistance visqueuse", fonction du nombre de Reynolds Re
et de la rugosité relative ε/L de la surface du corps, due au mouvement du corps dans un fluide
visqueux;
▫ RR "résistance résiduaire" composée de RW "résistance de vague", fonction du nombre de
Froude Fr, due à l'énergie que le corps doit fournir au système de vagues qu'il engendre sur la
surface de l'eau au cours de son mouvement et de RTB "résistance tourbillonnaire" due à la
formation des tourbillons aux changements de forme du corps;
▫ La somme des résistances RF (résistance de frottement ou résistance visqueuse) et RR
(résistance résiduaire), en eau calme et en absence des appendices, constitue la "résistance
hydrodynamique " RH du corps;
▫ RAir "résistance de l'air" ou "résistance aérodynamique" due au mouvement du corps, plus
précisément, de sa partie émergée dans l'air.
Dans le cas d'un corps présentant des appendices et éventuellement évoluant sous l'action des forces
externes comme les vagues, il y a lieu d'ajouter à ces trois composantes principales, deux autres
composantes, notamment:
▫ RApp "résistance des appendices" due à la présence des appendices sur le corps (protubérances,
dérive, ailerons, etc.), qui engendrent tant de la résistance de frottement que de la résistance
tourbillonnaire.
▫ RAdd "résistance additionnelle" due à l'état de mer (effets des vagues).
Dans le cas de l'étude d'un écoulement autours d'un corps fixe, l'étude de la "résistance à l'avancement"
est tout simplement remplacée par celle des "forces hydrodynamiques" et concerne seulement (donc
abstraction faite de la résistance de l'air) les effets des phénomènes de l'eau sur les corps flottants ou
immergés, donc à fortiori, la force hydrodynamique engendrée par le fluide en mouvement sur le corps et
qui est composée de forces provenant de plusieurs phénomènes que l'on distingue dans l'étude mais dont
les interactions sont intimement mêlées.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.2
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Elle est menée selon la nature de l'écoulement. Les caractéristiques de l'écoulement et du fluide et ainsi
que la forme et les mouvements des structures déterminent la nature des forces sur les structures. Selon la
nature de l'écoulement (permanent ou non, laminaire ou turbulent), du fluide (réel ou idéal) et de la
structure (fixe ou en mouvement, bien profilé ou non, lisse ou non), la détermination des forces
hydrodynamiques nécessite des approches différentes influencées par les différents phénomènes étudiés
précédemment dans le cadre des houles fondamentales.

§ Notion de couche limite


Dans le cas où le fluide n’est pas très visqueux (nombre de Reynolds pas trop petit), la viscosité n’a
d’effet que dans les régions où le gradient de vitesse est important. Or, étant donné que le fluide adhère
aux parois solides, c’est au voisinage de ces parois que le gradient de vitesse est le plus important; c’est
également là que naît et se développe la turbulence.
En schématisant, on peut donc distinguer dans le fluide deux régions :
▫ à quelque distance des parois solides, le fluide se comporte comme un fluide parfait;
▫ au voisinage de parois, au contraire, dans une couche mince appelée couche limite, les forces de
viscosité et éventuellement de turbulence, ne peuvent pas être négligées.
La couche limite étant très mince, on peut calculer l’écoulement extérieur, supposé parfait, en admettant,
en première approximation, que ses limitantes sont confondues avec les parois solides (ou mieux, avec des
parois fictives distantes des parois réelles d’une longueur égale à l'épaisseur de déplacement).
L’écoulement à l’intérieur de la couche limite peut être laminaire ou turbulent.
Sur la paroi, la vitesse est identiquement nulle, non seulement en moyenne mais à chaque instant. La
turbulence, qui est une agitation du fluide, est donc forcément nulle sur la paroi. Par conséquent,
l’écoulement, immédiatement au contact de la paroi, demeure laminaire même si la couche limite, dans
son ensemble, est turbulente: la zone fluide correspondante est appelée sous-couche laminaire (ou film
laminaire). Le développement de la couche limite et de celle laminaire le long d’une plaque plane est
schématisé dans la figure I.1.

(Fig. I.1)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.3
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Dans le cas de l'écoulement laminaire, dans un fluide idéal (non visqueux) et en absence de toutes
perturbations, les lignes de courant sont uniformes, rectilignes et parallèles. Autour d'un corps bien profilé,
l'écoulement laminaire est caractérisé par des lignes de courant uniformes et parallèles, qui près du corps
suivent, sans enchevêtrement, son contour (Fig. I.2).

(Fig. I.2)

Par contre, dans le cas d'un fluide réel, l'écoulement autour du corps profilé change d'aspect et on observe
une zone perturbée le long et à l'arrière du corps. Le long du corps apparaît une zone dite couche limite où
les lignes de courant ne sont plus uniformes et parallèles mais sont enchevêtrés les unes dans les autres et
à l'arrière du corps on observe une zone de fortes perturbations appelée sillage avec décollage de la couche
limite et l'apparition des tourbillons. On est, dès lors, en présence d'un écoulement turbulent autour du
corps. Au-delà de la couche limite, donc, de l'épaisseur de la couche limite, l'écoulement reste laminaire et
se déroule comme si le contour du corps était remplacé par celui de la couche limite (Fig. I.3).

(Fig. I.3)

Normalement si le corps est bien profilé, comme c’est le cas d'un navire ou aile d'avion ayant des lignes
continues et bien profilées, la couche limite enveloppe complètement le corps, son épaisseur variant de
quelques centimètres à l’avant à quelques décimètres voire un mètre à l’arrière. A l’énergie absorbée par
le travail des forces de viscosité dans cette couche limite, correspond une force qui tend à s’opposer à la
progression de la carène et qu’on appelle généralement la résistance de frottement. La figure I.4
représente la couche limite et la répartition des vitesses autour d'un corps bien profilé.

(Fig. I.4)

Pour un écoulement réel autour d'un corps élancé (type navire) on observe quatre zones d'écoulement: une
zone d'écoulement laminaire à l'amont du corps, une zone d'écoulement turbulent autour du corps, une
zone d'écoulement dit séparé (décollage de la couche limite) et enfin une zone tourbillonnaire à l'arrière du
corps (sillage). La figure I.5 schématise l'écoulement réel autour d'un tel profil.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.4
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

(Fig. I.5)

Le point de séparation, où le décollage de la couche limite s'opère, est un point d’arrêt pour la ligne de
courant infiniment proche de la paroi : en aval de ce point, il se produit un courant de retour ; mais comme
à l’intérieur de la couche limite le courant est dans le sens normal, cette ligne se replie rapidement sur elle-
même pour former un remous tourbillonnaire. Le corps semble alors traîner derrière elle un gros sillage
tourbillonnaire où ces tourbillons s’agglomèrent souvent en vortex parfaitement visibles (Fig. I.6).

(Fig. I.6)

§ Ecoulement permanent

Dans le cas d'un écoulement visqueux permanent d'une vitesse donnée, la force hydrodynamique FHy
engendrée par le fluide en mouvement sur un corps immergé peut s'exprimer sous forme de deux
composantes, l'une appelée la "force de portance" (lift force) FL engendrée dans la direction
perpendiculaire à celle de l'écoulement, et l'autre appelée "force de rencontre ou la traînée" (drag force)
FD engendrée dans la direction de l'écoulement.

La force hydrodynamique est ses deux composantes sont exprimées en fonction de la vitesse U de
l'écoulement, des coefficients hydrodynamique CHy, de traînée CD et de portance CL et ainsi que des
dimensions ou de la surface caractéristique S et la masse spécifique ρ du fluide.
Pour un écoulement visqueux ces forces sont respectivement définies par les expressions:
1
FHy = .C Hy .ρ.S.U 2 (Force hydrodynamique)
2
1
FD = .C D .ρ.S.U 2 (Composante de traînée)
2
1
FL = .C L .ρ.S.U 2 (Composante de portance)
2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.5
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Ces expressions peuvent aussi être utilisées dans le cas d'un corps en translation avec une vitesse U dans
un fluide au repos. Donc, elles sont valables tant dans le cas d'un fluide en mouvement et le corps fixe que
dans le cas où le corps est en mouvement et le fluide au repos. Dans les deux cas la vitesse U peut être
considérée comme étant la vitesse relative de l'écoulement par rapport au corps fixe.
La force de traînée est due au comportement visqueux du fluide, donc aux frottements du fluide sur le
contour (surface mouillée) du corps. En fait, le fluide peut être considéré comme étant formé de couches
superposées qui sont en mouvement les unes par rapports aux autres. La couche en contacte avec la
surface du corps y adhère, donc sur la surface de frottement, elle a une vitesse tangentielle nulle si le corps
est fixe par rapport à l'écoulement ou égale à celle du corps si le corps est en mouvement par rapport au
corps (condition de non glissement). Tandis que la couche suivante se frotte sur la précédente et ainsi de
suite (voir couche limite ci-dessus). Ces frottements engendrent dès lors une certaine force (force de
frottements) à cause de la viscosité. En absence de viscosité cette force tendrait logiquement à zéro.

▫ Paradoxe de D'Alembert
Sur base de la théorie potentielle, D'Alembert a procédé, en vue d'étudier la variation de la force
hydrodynamique en fonction de la viscosité du fluide, à des essais et mesures de traînée sur des sphères
placées dans un écoulement permanent. Il a trouvé que la force exercée sur le corps au lieu de tendre à
zéro quand la viscosité du fluide approchait zéro, qu'elle convergeait, au contraire, vers une valeur finie
non nulle.
Dans le système de coordonnées cartésiennes (x, y, z), pour un écoulement uniforme ayant une vitesse U
dans la direction de l'axe des x (Fig.I.7), le potentiel des vitesses φ autours d'une sphère de rayon (a), en
coordonnées polaires (r, θ), s'écrit:

a3
φ(r , θ) = U.(r + 2
). cos θ
2.r

(Fig. I.7)

La force hydrodynamique exercée sur la sphère par un écoulement non permanent est donnée par
l'intégrale de la pression qu'exerce le fluide dans son mouvement uniforme autours de celle-ci. Sa
composante Fx dans la direction de l'axe des x est exprimée par:
∂φ 1 2
Fx = ∫∫ p.n x .dS = −ρ.∫∫ { + ∇φ .n x .dS
∂t 2
Où p est la pression donnée par l'équation de Bernoulli et nx représente la composante dans la direction de
l'axe des x (direction de l'écoulement) du vecteur normal n (nx, ny, nz).
La dérivée temporelle du potentiel étant zéro l'écoulement est permanent et par conséquent la vitesse est
indépendante du temps. Dès lors, en coordonnées sphériques les composantes de la vitesse sur la surface
de la sphère, en r = a, sont obtenues en prenant le gradient du potentiel, tel que:
∂φ 1 ∂φ 1 ∂φ
V = ∇φ = ( Vr , Vθ , Vϕ ) = { , , }
∂ r r ∂ θ r sin θ ∂ ϕ

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.6
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

En tenant compte des conditions aux limites, notamment, de la condition de non glissement sur la surface
de la sphère, donc Vr=0 pour r=a, on obtient:
3
V = (∇φ) r =a = (0, − .U. sin θ, 0)
2
Et par conséquent:
1 9
∇ 2 φ = .U 2 . sin 2 θ
2 8

Dès lors, en introduisant dans l'expression de la force hydrodynamique et en intégrant sur une période (0,
π) on obtient successivement:
9 π 9 π
Fx = .ρ.π .a 2 .U 2 . ∫ sin 3 θ. cos θ.dθ ⇒ Fx = .ρ.π.a 2 .U 2 . 1 / 4. sin
4
θ =0
4 0 4 0

Donc, "dans un écoulement permanent sans viscosité, il n'y a pas de force hydrodynamique qui s'exerce
sur le corps"
C'est ainsi que, l'absence de la force hydrodynamique dans un écoulement permanent d'un fluide non
visqueux autour d'un corps fermé, est connue, sous le nom de "paradoxe de D'Alembert". Autrement dit:
la force s'exerçant sur un corps arbitraire qui se meut dans un fluide incompressible et idéal à vitesse
constante selon une trajectoire rectiligne est égale à zéro, pourvu que la circulation autours du corps soit
nulle (cas des corps cylindriques), donc absence de portance.
L'explication physique de ce résultat est la suivante. La puissance mécanique U.FX fournie par une force
de résistance doit être transformée au sein du fluide soit en chaleur, soit en énergie cinétique. Cela
représenterait un débit continu d'énergie vers l'infini; dans le premier cas, par un transport en aval de
l'énergie interne croissante du fluide; dans un deuxième cas par un transport d'énergie cinétique sous
forme de mouvement ondulatoire. Cependant, par hypothèse dans un écoulement idéal aucun mécanisme
de dissipation d'énergie ne peut exister; il en est de même en ce qui concerne les phénomènes ondulatoires
dans un fluide incompressible d'étendue infinie. De ce fait la force FX ne peut pas exister.
Par contre, le paradoxe de d'Alembert ne s'applique pas en présence d'un mécanisme de transport d'énergie
ou de quantité de mouvement. Par exemple, des ondes de surface peuvent être engendrées à la surface
libre d'un fluide incompressible idéal. Celles-ci sont susceptibles de transporter de l'énergie et de la
quantité de mouvement vers l'infini. Par conséquent, les ondes de surface sont liées à une force de traînée.
Il s'avère des considérations précédentes, que la force totale résultante s'exerçant sur deux corps, situés
ensembles dans un écoulement idéal, est nulle à condition que le paradoxe de d'Alembert soit applicable
pour chacun des corps pris isolément dans ce même écoulement. Ceci n'exclut pas toutefois l'existence de
forces non nulles s'appliquant individuellement sur chacun des éléments placés ensemble dans
l'écoulement.
Dans le cas des corps cylindriques le paradoxe de d'Alembert n'est valable que si la circulation autour du
cylindre est égale à zéro.
Dans le cas contraire, la circulation engendre une force FZ de direction perpendiculaire à la direction de
l'écoulement et qui ne contribue pas à la production d'énergie dans l'écoulement, mais dont la résultante
sur le corps constitue la force de portance FL.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.7
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

§ Écoulement non permanent

▫ Notion de masse ajoutée


Dans un fluide au repos le mouvement d'un corps (ou vice et versa) est accompagné d'entraînement du
fluide par celui-ci dans son mouvement. La quantité ou la masse du fluide entraîné dépend essentiellement
de la forme géométrique du corps et de la direction du mouvement.
Ainsi, dans le cas des écoulements non permanent autours des corps ou dans le cas du mouvement
temporel d'un corps dans un fluide au repos ou encore dans le cas du mouvement temporel du corps et du
fluide, on est ramené, du fait de ce phénomène, à considérer l'augmentation des forces inertielles du fluide
s'ajoutant à la force hydrodynamique totale exerçant par le fluide sur le corps. Tout se passe comme si
dans son mouvement la masse propre du corps était augmentée d'une masse du fluide entraînée et que la
force hydrodynamique exercée par le fluide sur le corps était augmentée d'une force d'inertie additionnelle
due au fluide. Cette masse de fluide est ainsi appelée la masse ajoutée ou masse d'eau ajoutée.
En effet, si on considère le mouvement non permanent d'un corps animé d'une vitesse Uc(t) dans un fluide
irrotationnel et non visqueux au repos (Uf=0), et la masse ajoutée ma du fluide, la force fonction du temps
exercée sur le corps par le fluide sera directement proportionnelle à l'accélération du corps. Cette force
d'inertie additionnelle ou la force de la masse d'eau ajoutée sur le corps, qui serait d'ailleurs nulle en cas
de fluide non visqueux (paradoxe de D'Alembert) est, dès lors, donnée par l'expression:
dU c (t )
F( t ) = − m a .
dt

▫ Cas du corps en mouvement dans un fluide au repos


Dans le cas d'un corps (sphère de rayon a) animé d'une vitesse UC(t) dans un fluide au repos, les
expressions du potentiel φ satisfaisant à la condition de non glissement sur la surface de la sphère et
l'expression de la vitesse radiale Vr sont données respectivement par:
∂φ a3
Vr = = U C (t ). cos θ et φ = − U C (t ). 2
. cos θ
∂r r =a 2.r

Dès lors, en coordonnées sphériques on obtient successivement:


1 2 1
V = (∇φ) r = a = ( U C (t ). cos θ, .U C (t ). sin θ, 0) ⇒ ∇φ = U C2 . cos 2 θ + .U C2 . sin 2 θ
2 4

et
∂φ d U C (t ) a 3 1 d U C (t )
{ }r =a = −{ . 2 . cos θ}r = a = − . .a. cos θ
∂t dt 2.r 2 dt
π
Par conséquent, sachant que ∫∫ ds = ∫ (a.dθ ).( 2.π .a. sin θ) , en intégrant l'expression de la pression p sur la
C 0
surface de la sphère, on obtient :
d U C (t ) 2
Fx = − .{ .ρ.π.a 3 }
dt 3

Sachant que le volume de la sphère est donné par VS = 4/3.π.a3 et que 2/3.ρ.π.a3 de l'expression de la force
Fx est l'unité de la masse, on obtient tout simplement:
d U C (t ) 1
Fx = − .{ .ρ.VS }
dt 2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.8
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

L'expression de la force de la masse d'eau ajoutée sur un corps sphérique animé d'un mouvement à
accélération variable en fonction du temps et où 1/2.ρ.VS représente la masse d'eau ajoutée ma de la
sphère.

▫ Cas du corps fixe dans un écoulement non permanent


Dans le cas d'un corps fixe (sphère de rayon a) dans un écoulement non permanent de vitesse UF(t), on
obtient, d'une manière similaire au cas précédent, les différentes expressions conduisant à la force
hydrodynamique Fx. On a ainsi successivement:

a3
φ(r , θ, t ) = U F (t ).(r + 2
). cos θ
2.r

et
3 1 9
V = (∇φ) r = a = (0, − .U F (t ). sin θ, 0) ⇒ ∇ 2 φ = .U F2 . sin 2 θ
2 2 8

et
∂φ 3 d U F (t )
{ }r = a = . .a. cos θ
∂t 2 dt
Et par conséquent:
d U F (t )
Fx = .{2.ρ.π.a 3 }
dt

En y introduisant le volume de la sphère VS et l'expression de la masse d'eau ajoutée (ma=1/2.ρ.VS), cette


expression s'écrit:
d U F (t )
Fx = .{ρ.VS + m a }
dt
Où le terme (ρ.VS) est dû au gradient de la pression nécessaire pour accélérer le fluide autour de la sphère.
C'est comme un effet de flottabilité du corps.

▫ Cas du corps en mouvement dans un écoulement non permanent


Dans ce cas où le corps (sphère de rayon a) est animé d'une vitesse UC(t) dans un écoulement non
permanent de vitesse UF(t), la force hydrodynamique Fx s'obtient, en combinant les deux cas précédents
par l'expression:
d U C (t ) d U F (t )
Fx = − .m a + .{ρ.VS + m a }
dt dt
D'où
d d
Fx = ρ.VS . {U F (t )} + m a . {U F (t ) − U C (t )}
dt dt

§ Détermination de la masse d'eau ajoutée

Pendant la formulation des équations du mouvement non permanent des corps dans un fluide au repos ou
d'un écoulement non permanent d'un fluide autour des corps, on doit tenir compte de l'effet additionnel de
la force résultant de l'action du fluide sur le corps. Cet effet additionnel est la masse ajoutée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.9
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Pour des petits mouvements les comportements linéaires de la plupart des structures flottantes peuvent
être modélisés par un système d'équations similaires à celles du système d'oscillations linéaires, bien
connu de la mécanique classique, composé d'un corps de masse m, d'un ressort ayant un coefficient de
raideur k et d'un amortisseur ayant un coefficient d'amortissement linéaire b. L'équation générale des
oscillations linéaires d'un tel système, pour un déplacement x du corps s'écrit:

d2x dx
m. 2
+ b. + k .x = f (t )
dt dt

La fréquence naturelle d'oscillations ω est simplement:

k
ω=
m

Physiquement, la masse ajoutée ma est la masse qui est ajoutée au système du fait qu'au cours de
l'accélération ou de décélération du corps, celui-ci entraîne dans son mouvement (mouvement non
permanent dU/dt≠0) une quantité de fluide de son entourage qui constitue la masse ajoutée en question.
La force de la masse ajoutée s'oppose au mouvement du corps et peut être introduite dans l'équation
précédente en l'écrivant:

d2x dx d2x d2x dx


m. + b. + k .x = f (t ) − m a . 2 ⇒ (m + m a ). 2 + b. + k .x = f (t )
dt 2 dt dt dt dt

Dès lors, la nouvelle fréquence naturelle d'oscillations ω' en substituant dans le système la nouvelle masse
(m'=m+ma) devient:
k k
ω' = =
m' (m + m a )

Il est clair que, dans la réalité, les mouvements des structures océaniques ou marines se produisent dans
plusieurs directions, par conséquent les forces de la masse ajoutée peuvent apparaître dans une direction
sous l'effet des mouvements dans plusieurs directions. Pour cette raison, on doit considérer pour la masse
ajoutée les effets des mouvements dans le cadre des six degrés de liberté des structures, donc en
considérant la matrice de dimension 6x6 constituées par les coefficients de la masse ajoutée.

(Fig. I.8)
En considérant le système des coordonnées cartésiennes (Fig. I.8) en 2D et 3D, les vitesses de translation
Ui=1,2,3 selon les axes (directions) principaux 1,2 et 3 et ainsi que les vitesses de rotation Ui=4,5,6
respectivement Ωi=1,2,3 , autours de ses mêmes axes normaux (comme Ω3 autours de la direction 3),
représentant en fait les directions des moments, la matrice (tenseur) des coefficients de la masse ajoutée
s'écrit sous forme de:
mij avec i,j=1,…,6

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.10
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

Où mij est associé à la force exercée sur le corps dans la direction i avec l'accélération unitaire dans la
direction j. D'une manière explicite elle s'écrit telle que illustrée dans la figure (I.9). Les valeurs mij sont
données dans la littérature sous forme de tableau selon les formes des corps considérés.

(Fig. I.9)
Ainsi pour une sphère pour des raisons de symétrie, on obtient:
m11 = m22 = m33 = ½. ρ .VS = ma
Et les autres mij = 0.
En 2D, pour d'autres formes géométriques centrées sur l'origine des axes 1 et 2, on obtient notamment:
- Cercle de rayon a: ⇒ m11 = m22 = ρ .VC = ρ .π.a2
- Ellipse: ⇒ m11 = ρ .π.a2 et m22 = ρ .π.b2 (a et b sont les demi axes situés respectivement dans
les directions 2 et 1).
- Plat: ⇒ m11 = ρ .π.a2 et m22 = 0 (plat d'épaisseur négligeable et de hauteur 2a
perpendiculaire à la direction 1).
- Carré de coté 2a: ⇒ m11 = m22 ≅ 4,754 ρ .a2

• Forces dues aux vagues


En plus des efforts hydrostatiques, un corps placé dans une houle subit des efforts hydrodynamiques.
Suivant les dimensions du corps et les caractéristiques de la houle, l'étude des efforts hydrodynamiques est
menée de manière différente, et deux types de facteurs sont à considérer:
§ La présence du corps modifie le champ des vitesses de la houle, de telle sorte que le potentiel résultant
ne correspond plus à celui de la houle incidente. Cependant, si le corps est très petit vis-à-vis de la
longueur d'onde de la houle, on peut, en première approximation, considérer que la houle n'est pas
perturbée par la présence du corps et que les efforts qu'elle engendre sur celui-ci, peuvent être calculés à
l'aide du potentiel de la houle incidente.
Par contre, si le corps est très grand par rapport à la longueur d'onde de la houle, il constitue un obstacle
qui réfléchit entièrement la houle incidente. Entre ces deux extrêmes, la houle est diffractée par le corps et
il est nécessaire de tenir compte d'une manière appropriée de l'interaction fluide-corps.
Si D est une dimension caractéristique du corps dans la direction de propagation de la houle (D représente,
par exemple, le diamètre dans le cas des colonnes cylindriques) et L la longueur d'onde de la houle
incidente, les résultats pratiques d'expérience permettent de définir les critères suivants:
D/L > 1 ⇒ pure réflexion
0,2 < D/L < 1 ⇒ diffraction importante
D/L < 0,2 ⇒ houle non perturbée
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.11
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

§ Les efforts hydrodynamiques engendrés par les houles, dans leurs sens de propagation, peuvent être
décomposés en deux familles (Fig. I.10):

(Fig. I.10)

▫ les forces d'inertie dues au caractère instationnaire du mouvement des particules d'eau: elles sont en
phase avec l'accélération et proportionnelles au volume du fluide déplacé.
▫ les forces de traînée dues à la viscosité de l'eau: elles sont en phase avec la vitesse et proportionnelles
à une surface de référence.
Plus précisément, pour la houle de Stokes de 1er ordre on a les relations suivantes:
∂V
FI ≈ x Volume ≅ k .σ .φ.D
3 et FD ≈ V 2 x Surface ≅ k 2 .φ 2 .D 2
∂t

Où V est la vitesse des particules de l'eau et φ le potentiel des vitesses exprimé sous forme φ ~(a.g/σ){..}.
Dès lors en fonction de l'amplitude a de la houle en profondeur finie d et de la longueur caractéristique D,
on obtient les relations:
FI D FI D
≅ th (kd) ⇒ ≅
FD a FD W
Où W = a/th(kd) est l'amplitude de l'orbite des particules d'eau en surface.
Ainsi, on obtient les limites de la prédominance des efforts exprimées par:
D/W >> 2.π ⇒ les efforts d'inertie sont prépondérants; et
D/W << 2.π ⇒ les efforts de traînée sont prédominants.
On voit que, pour une houle donnée, les forces d'inertie sont d'autant plus importantes que le corps est
grand et que les forces de traînée ont leur domaine d'action sur les corps de faibles tirants d'eau. Mais
l'importance relative de ces dernières, proportionnelle au creux de la houle, se trouve également bornée
par la limitation de ce creux par le déferlement.
La figure I.11 donne les différents régimes de charge au niveau de l'eau au repos (SWL) et qui peuvent, en
fonction de la longueur caractéristique D et la longueur d'onde L de la houle, se résumer en général par:
▫ En cas de fluide parfait :
D/L > 1 ⇒ Réflexion pure;
0,2 < D/L < 1 ⇒ Diffraction importante.
▫ Quand la viscosité est prise en compte :
D/L < 0,2 ⇒ Houle non déformée;
D/W >> 2.π ⇒ Inertie prédominante;
D/W << 2.π ⇒ Traînée prédominante.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.12
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

(Fig. I.11)

§ Forces hydrodynamiques
Les forces hydrodynamiques sur un corps soumis à l'action de la houle sont ainsi de deux types: forces de
viscosité et forces inertielles (Fig.I.12).

(Fig. I.12)

Ainsi, une houle (Fig.I.12), dont la surface libre est représentée par η(x, t), ayant une amplitude a, une
longueur d'onde L et une période T et propageant dans la direction x avec une vitesse U, exerce sur un
corps de longueur caractéristique D, une force hydrodynamique globale FH donnée par l'expression:

FH = C H .ρ.g .a.D 2

Dont le coefficient CH est une fonction de plusieurs paramètres tels que:


a a a D d ε
CH = ℑ { , , , , , , Re, Kc , ....}
L D d L L D
Où les paramètres sans dimension a/L, a/D, a/d, D/L, d/L et ε /D représentent respectivement la pente de la
surface libre et l'effet de la cambrure de la houle, influence de la réflexion, l'amplitude relative de la houle,
influence de la diffraction, profondeur relative de l'eau, rugosité relative de la surface du corps et ainsi que
les nombres de Reynolds et de Keulegan-Carpenter.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.13
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

▫ Forces de viscosité
Les forces de viscosité ou visqueuses sont fonctions tant du nombre de Reynolds Re, défini par la relation
D.U/ν que du nombre de Keulegan-Carpenter NKC défini par U.T/D. Elles sont exprimées sous forme de
force de traînée de forme FD et de force de traînée de frottement FF.
La traînée de forme FD est due principalement à la séparation du flux d'écoulement et aux contraintes
normales (Fig.I.13). Pour un écoulement de vitesse U et d'un corps de surface de rencontre (section) SD,
elle peut être formulée par l'expression:
1
FD = .C D .ρ.S D .U 2
2

(Fig. I.13)

La traînée de frottement FF par contre est due aux contraintes τ de frottement du fluide sur la surface
ω

mouillée SM du corps et spécialement à l'intérieur de la couche limite. Etant égale à l'intégrale de surface
de ces contraintes (sur la surface mouillée), elle peut être formulée par l'expression:
1
FF = .C f .ρ.S M .U 2 ou encore FF ≈ ∫∫ τ ω . dS
2

▫ Forces d'inertie
Les forces d'inertie FI sont principalement celles dues à la pression autours du corps et définies par celle
de Froude-Krylov, de diffraction et de radiation. Dans un écoulement potentiel elles s'expriment par
l'intégrale de la pression autours de la surface mouillée SM du corps. On a ainsi:

FI = ∫∫ p.n.dS
SM

La pression p est exprimée en fonction du potentiel φ par la relation:


∂φ 1 2
p = − ρ. { + g.z + ∇φ }
∂t 2

Où le terme 1 ∇φ 2
est nul pour la théorie linéaire (amplitude de houle est petite).
2
Dans le cas de la théorie linéaire (houle d'Airy), du fait qu'on peut additionner linéairement des différents
potentiels, le potentiel des vitesses φ peut être décomposé en ses composantes: incidente, diffractée et
radiée et ainsi que la pression p à ses composantes correspondantes. Dès lors, on écrit:
φT = φI + φD + φR

Où φ T, φ I, φ D et φ R sont respectivement le potentiel total des vitesses et ceux de la houle incidente,


diffractée et radiée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.14
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

La pression p s'écrit aussi comme étant la somme des pressions correspondantes à ces différents
potentiels:
∂φ ∂φ ∂ φD ∂ φR
p = − ρ.{ T + g .z } = −ρ.{ I + + + g .z }
∂t ∂t ∂t ∂t

ú Potentiel incident
Dans le cas où la longueur significative (dimension) D du corps par rapport à la longueur d'onde de houle
L est telle que D<<L, le champ des vagues incidentes n'est pas perturbé (ou modifié), d'une manière
significative, par la présence du corps. Dès lors, on ignore les potentiels diffracté et radié (corps de petite
dimension ⇒ absence de diffraction et de radiation). C'est l'approximation de Froude-Krylov est la force
hydrodynamique obtenue en intégrant la pression p sur la surface mouillée du corps s'appelle force de
Froude-Krylov (FFK). Elle est donnée par l'expression:
∂ φI
φ T ≈ φ I et p ≈ −ρ.{ + g .z }
∂t
∂ φI
⇒ FFK = ∫∫ − ρ{ + g.z }.n.dS = ∫∫ p I .n.dS
SM ∂t SM

Note: Approximation mathématique


En appliquant le théorème de divergence, la force FFK s'écrit:

FFK = − ∫∫ p I .n.dS = − ∫∫∫ ∇ p I .dV


SM V

Où V est le volume du corps immergé.


Si les dimensions du corps sont très petites en comparaison avec la longueur d'onde L de la houle, on peut
considérer que ∇pI est approximativement constant à travers le volume du corps. Dès lors, en le sortant
hors de l'intégrale, on obtient la force FFK approximative donnée par l'expression:
FFK ≅ {∇ p I }.∫∫∫ dV = V.∇ p I
V
Où ∇pI est calculé au centre du corps.
Cette expression est très usuelle pour des corps de petites dimensions dont la forme géométrique est
régulière à l'exception des corps à section rectangulaire (points de discontinuité aux arêtes).

ú Potentiels diffracté et radié (Fig.I.14)


Dans le cas où la longueur significative (dimension) D du corps par rapport à la longueur d'onde de houle
L ne peut plus être considérée petite (D</<L), le champ des vagues incidentes est perturbé (ou modifié),
d'une manière significative, par la présence du corps, même si celui-ci est stationnaire. Dès lors, on ne
peut plus ignorer les potentiels diffracté et radié (corps de grande dimension ⇒ existence de diffraction et
de radiation).

(Fig. I.14)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.15
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

La force hydrodynamique FD engendrée par l'action de la houle diffractée est calculée en fonction du
potentiel diffracté φ D en intégrant l'expression de la pression correspondante autours de la surface
mouillée SM du corps.
Elles donnée par l'expression:
∂ φD
FD = ∫∫ − ρ.{ }.n.dS
SM ∂t

Tandis que la force hydrodynamique de radiation est crée par le mouvement propre du corps et ce
même en absence de la houle incidente, dans un fluide au repos. Le mouvement du corps crée
ainsi des vagues dites radiées génératrices des forces d'inertie. C'est ainsi que les forces de la
masse ajoutée et les forces d'amortissement entre en jeu. Cette force est calculée en fonction du
potentiel diffracté φ R en intégrant l'expression de la pression correspondante autours de la surface
mouillée SM du corps. Elles donnée par l'expression:
∂ φR ∂ U j (t )
FR = ∫∫ − ρ.{ }.n.dS = −m ij . − d ij .U j (t )
SM ∂t ∂t
Où mij et dij sont respectivement les tenseurs des coefficients de la masse ajoutée et d'amortissement.

§ Paramètres importants
L'étude des forces hydrodynamiques engendrées par la houle autours des corps fait intervenir deux
paramètres très important à savoir: le nombre de Keulegan-Carpenter NKC et le paramètre de diffraction
D/L, qui sont reliés l'un à l'autre par le paramètre a/L définissant la limite de l'amplitude a de la houle par
rapport à sa longueur d'onde L (paramètre de linéarisation, houles de faibles amplitudes). Ainsi:
U.T a D
NKC = = 2.π. et
D L L
Avec la relation:
a a L
≤ 0,07 ⇒ ( ) . ( ) ≤ 0,07
L L D

En fonction des valeurs du nombre de Keulegan-Carpenter NKC on obtient les différentes prédominances
des forces comparées les unes par rapport aux autres en fonction de celles des phénomènes dus à l'action
de la houle sur le corps (Fig.I.15).

(Fig. I.15)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques I.16
Chapitre I - Forces hydrodynamiques

On a ainsi, en résumé:
o NKC ≤ 1
Il n'y a pas de séparation du flux d'écoulement autours du corps et les effets de viscosité n'apparaissent que
dans la couche limite n'ayant qu'une épaisseur très mince. Ainsi, les effets de viscosité étant négligeables,
on appliquera dans ce cas la théorie potentielle.

Pour ces valeurs de NKC, si en plus on examine les limites des valeurs de D/L, on remarque selon le cas
que:
▫ pour D/L << 1, la diffraction et les effets de radiation sont négligeables (dij ≈ 0 et mij ≈ mij,
masse ajoutée dans un fluide infini). Pour déterminer la force hydrodynamique on utilise
l'approximation de Froude-Krylov.
▫ pour D/L >> 0,20, les phénomènes de diffraction et de radiation {a/D ≤ 0,07/ (D/L) ≤ 0,035}
apparaissent, donc on doit en tenir compte.

o NKC >> 1
Il existe une importante séparation du flux d'écoulement autours du corps, par conséquent les forces
visqueuses ne peuvent plus être négligées. Si d'autre part, on a { D ≤ 0,07 } et par conséquent { D << 1 },
L (a / D ) L
dès lors, on néglige la diffraction et on utilise l'approximation de Froude-Krylov. Ainsi, la force en
fonction de la vitesse relative U(t) du fluide est donnée par l'expression:
1
F= .C D .ρ.D 2 .U(t ). U(t )
2
Où le coefficient de traînée CD est une fonction du nombre de Reynolds Re.

o Valeurs intermédiaires NKC


Pour les valeurs intermédiaires nombre de Keulegan-Carpenter NKC, les effets tant visqueux qu'inertiaux
sont importants. Dès lors, la force hydrodynamique se calcule par la formule de Morrison.
1 ∂ U( t )
F= .CD .ρ.D2 .U(t ). U(t ) + CI .ρ.D3 .
2 ∂t
Où le coefficient de la force de traînée CD est une fonction du nombre de Reynolds Re, tandis que le
coefficient de la force d'inertie CI est une fonction à la fois du nombre de Reynolds Re et du nombre de
Keulegan-Carpenter NKC.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.1
Chapitre II - Corps de petite dimension

Chapitre II. Corps de petite dimension

• Introduction
On définit un corps comme un corps de petites dimensions quand un de ses éléments géométriques est
pris comme une dimension active influençant les interactions entre le corps et le phénomène du fluide
dans lequel il évolue. Dans le cas des corps cylindriques soumis à l'action de la houle cette dimension
significative est définie par son diamètre D et il est comparé à la longueur d'onde L de la houle. Le rapport
D/L constitue dès lors le paramètre principal comparatif des différents phénomènes d'interaction entre le
corps et la houle. On parle ainsi d'un corps de petite dimension quand le rapport D/L < 0,2.
Dans un fluide accéléré, considéré comme incompressible et non visqueux, existe un champ de force qui
accélère ce fluide, ce même champ de force tentant à accélérer tout corps plongé dans ce fluide; la force
résultante est proportionnelle à la masse du fluide déplacée par le corps. De plus, le fluide devant
contourner l'obstacle représenté par le corps, subit de ce fait une décélération. Il s'ensuit une force
supplémentaire, qui est représentée par une augmentation fictive de la masse du fluide déplacé, appelée la
"masse ajoutée".
L'équation de Newton écrite sous la forme:
du
F I = (m + m a ).
dt
Qui représente la "force d'inertie" FI exprimée en (kgf), et où:
m est la masse du fluide déplacé (kg);
ma est la masse ajoutée (kg) qui dépend de la forme du corps et des caractéristiques de l'écoulement autour
de celui-ci; et
du/dt est l'accélération (m/s2) du fluide au centre de gravité du volume de fluide déplacé par le corps.
Dans le cas de la théorie linéaire de Stokes où l'amplitude de la houle est considérée très petite, en
négligeant les termes de l'accélération convective et en ne gardant que le terme de l'accélération locale du
fluide, on obtient:
du ∂ u
=
dt ∂ t
Et par conséquent, l'équation de la force d'inertie FI s'écrit:
∂u ∂u
FI = C I .ρ.V . = C I .m.
∂t ∂t

CI = 1+Cm est le coefficient d'inertie;
Cm = ma/m est le coefficient de la masse ajoutée;
m = ρ.V est la masse du fluide (kg), avec ρ et V respectivement la masse volumique du fluide (kg/m3) et
le volume du fluide déplacé (m3).

D'autre part, dans tout fluide réel, il existe une force additionnelle due à la viscosité qui dépend du nombre
de Reynolds, de la forme du corps, de la turbulence, de la rugosité, etc.
Cette force est due aux différences de pression entre les parties aval et amont de l'obstacle, causées par la
séparation de l'écoulement, le phénomène de sillage et les efforts de cisaillement visqueux et
turbulents dans les couches limites sur les parois.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.2
Chapitre II - Corps de petite dimension

Cette force appelée "force de traînée" FD est exprimée par la relation:


1
FD = .C D .ρ.A.u 2
2


A est l'aire (m2) projetée du corps perpendiculairement à la direction de la vitesse instantanée u; et
CD est le coefficient de traînée qui dépend des facteurs précités.

• Équation de Morrison
En 1950, J.R. Morrison et ses associés ont donné comme résultat de leurs expériences, une formule
empirique pour le calcul des forces sur des piles cylindriques fixes (pas nécessairement circulaires) en
présence des vagues de surface. Ils supposent que la force totale peut être obtenue en ajoutant linéairement
les forces de traînée, d'inertie, et éventuellement, quand cela s'avère nécessaire, de portance latérale.
En écoulement non permanent, pour une pile de longueur infinie, en faisant abstraction de la force de
portance latérale, ils donnent comme expression de la force totale qui agit sur le corps dans le sens de la
propagation de la houle, et par unité de longueur, la formule empirique suivante:
∂u 1
dFT = dFI + dF D =C I .ρ.S. + .C D .ρ.D.u. u
∂t 2

Où le terme non linéaire u. u , à la place de u2, permet de maintenir son signe propre à la force de traînée.
2
S et D sont respectivement la section (m ) et le diamètre (m) de la pile.

Le maximum de la force totale dépend de la variation de dFI et dFD au cours du cycle de la houle et ce
maximum ne se produit pas nécessairement au moment où la crête de la vague est au droit de la pile.
Il est évident que la formule de Morrison n'est pas rigoureuse, et est même sujette à caution, surtout
lorsque l'on voit que l'équation de la force de traînée viole les hypothèses de celle d'inertie.
Cette remarque est particulièrement vraie dans le cas de la houle car la vitesse s'inverse périodiquement de
telle sorte que la pile se trouve face à son sillage à chaque changement de sens de 1a vitesse du fluide,
donc dans un champ de vitesse perturbé par sa propre présence. La formule de Morrison n'utilisant que les
expressions de la vitesse et de l'accélération des particules fluides non perturbées et les évaluant à l'axe de
la pile comme si celle-ci n'existait pas, ne tient pas compte des interactions fluide-structure qui modifient
complètement le champ de vitesse du fluide.
Néanmoins, du point de vue des applications de l'ingénieur, cette méthode reste acceptable, car elle
conduit à des résultats pratiques et elle est de plus la seule utilisable à l'heure actuelle.

§ Linéarisation de l'équation de Morrison


Le terme de traînée de l'équation de Morrison est non-linéaire. Si nous postulons qu'il existe un coefficient
de traînée C D pour le terme linéarisé, nous pouvons dès lors écrire:
∂u 1 1 1
dFT = dFI + dFD =C I .ρ.S. + .C D .ρ.D.u. u + .C D .ρ.D.u − .C D .ρ.D.u
∂t 2 2 2
Et
∂u 1
dFT =C I .ρ.S. + .C D .ρ.D.u + E
∂t 2
Où E = 1 .ρ. D.{CD .u. u − CD .u} peut être interprété comme une fonction d'erreur.
2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.3
Chapitre II - Corps de petite dimension

En minimisant E par la méthode de moindre-carrés:


∂ E2
< >= −2. < {C D .u 2 u − C D .u 2 } >= 0
∂ CD

Où le terme < > signifie la variation temporelle, on obtient:


< u2 .u >
CD = CD .
< u2 >

En assumant que l'élévation de la surface libre η, et la vitesse u, ont une distribution Gaussienne, à une
moyenne nulle, on obtient:
< u 2 >= σ u2 ; < u >= 8 / π .σ u

< u 2 . u >= 8 / π .σ u3

Dès lors:
C D = C D . 8 / π .σ u

Où σu est la variance du processus gaussien qui nécessite la connaissance de la distribution des vitesses u.
L'équation linéarisée de Morrison s'écrit alors:
∂u 1
dFT =C I .ρ.S. + C D . 8 / π .σ u .ρ.D. u
∂t 2

§ Le cas des piles inclinées


Dans l'équation de Morrison la force horizontale ne dépend que des composantes horizontales de la vitesse
et de l'accélération du fluide. Les composantes tangentielles sont négligées; si on omet les effets de
friction, elles n'ont pratiquement pas d'effet sur la pile. Les coefficients qui représenteraient ces effets
seraient d'ailleurs 30 à 120 fois plus faibles que ceux de la traînée et de l'inertie.
Dans la littérature on ne trouve pas de méthode unanime pour l'extension de l'équation de Morrison aux
cas des piles inclinées.
Ainsi Wade et Dwyer discutent sur quatre formulations différentes et démontrent qu'il y a des différences
allant de 10 à 20 % suivant les méthodes utilisées. Ces différences entre les méthodes deviennent d'autant
plus importantes que la pile se trouve dans un régime où 1a force de traînée est prédominante.
Ippen propose de remplacer les composantes horizontales de la vitesse et de l'accélération, par les
modules des vecteurs vitesse et accélération, dans les cas où ces vecteurs font un angle inférieur à 60°
avec l'axe de la pile. Dans le cas des piles verticales cette méthode ne conduit pas à l'équation originale de
Morrison.
D'autres méthodes présentent des coefficients pour sections elliptiques et font des assomptions sur la
pression normale à la pile. En améliorant la méthode proposée par Borgman, Chakrabarti donne pour une
pile inclinée de et α° par rapport à z et de β° par rapport à y l'équation vectorielle de Morrison dans
laquelle la vitesse et l'accélération horizontales sont remplacées par les vecteurs de la vitesse et de
l'accélération normales.
Ainsi, pour l'unité de longueur, la force totale est donnée par:
d  1  
dFT = C I . ρ.S. Vn + CD . ρ.D.V n . Vn
dt 2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.4
Chapitre II - Corps de petite dimension


Où les composantes de Vn suivant x, y et z sont données par les expressions:
Vnx = u − (u. sin α. cos β + w. cos α). sin α. cos β

Vny = − (u.sin α.cos β + w. cos α).sin α. sin β

Vnw = w − (u. sin α. cos β + w. cos α). cos α

Notons que pour une pile verticale α = 0 et Vn = (u, 0, 0) on retrouve la formule de Morrison.

§ La force de portance latérale


La formation et le détachement des tourbillons autour de la pile créent une force résultante transversale à
la direction de propagation de la houle avec une fréquence correspondante à celle du décollement des
tourbillons. Cette force de portance latérale est donnée par l'expression:
1 2
FL = .C L .A.u m
2

Où CL est le coefficient de portance latérale, et um la composante horizontale de la vitesse maximum des


particules fluides.
En écoulement non permanent, comme dans le cas de la houle, et pour une pile fixe de longueur infinie,
cette force par unité de longueur est exprimée par:
1 N
dFL = .ρ.D.u 2 . ∑ C nL . cos(n.ω.t + ψ n )
2 n =1


ω est la fréquence angulaire de la houle incidente;
ψn est l'angle de la phase du nème harmonique de force;
ème
C nL est le coefficient de portance latérale du n harmonique et qui dépend du nombre de Keulegan-
Carpenter NKC.

§ Le cas des piles en mouvement


Dans ce cas, dans l'absence de tourbillons, donc de la force de portance latérale, l'équation de Morrison
prend la forme donnée par l'expression vectorielle:
dr dv 1
dFT = C M .ρ.S. + ρ.S. + .ρ.C D .D.r. r
dt dt 2

Où r est la vitesse relative du fluide V (u, v , w ) et de la pile Vs (u s , v s , w s ) , donc; r = V − Vs .

Pour une translation de la pile verticale dans la direction de la propagation de la houle, l'expression
précédente devient:
dr du 1
dFT = C M .ρ.S. + ρ.S. + .ρ.C D .D.r. r
dt dt 2
Ou encore:
d du 1
dFT = C M .ρ.S. (u − u s ) + ρ.S. + .ρ.C D .D.(u − u s) . u − u s
dt dt 2
Sous forme linéarisée, l'expression s'écrit:
d du 1
dFT = C M .ρ.S. (u − u s ) + ρ.S. + .ρ.C D 8 / π .σ r .D.(u − u s) . u − u s
dt dt 2
Dans ce cas-ci, la distribution gaussienne de r, nécessaire pour la technique de linéarisation, n'est pas
justifiée.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.5
Chapitre II - Corps de petite dimension

On obtient la variance σr par la procédure cyclique, qui en partant de σu de la distribution gaussienne des
vitesses du cas de la pile rigide, permet d'atteindre la convergence de la solution. Il est important de noter
que l'utilisation σu initial sans aucun ajustement dans le calcul de la variance σr, peut conduire à des
erreurs, surtout quand les effets de la force de traînée ne sont pas négligeables vis-à-vis de ceux d'inertie.
De même, la force de portance latérale peut s'exprimer, dans le cas des piles en mouvement, par
l'expression:
1 N  
2
dFL = .ρ.D. rm . ∑ C nL . cos(n.ω.t + ψ n ) où rm = max( V − Vs )
2 n=1

Si on désire linéariser cette expression, comme dans le cas de la force de traînée, en assumant pour r une
distribution gaussienne, on retrouve pour rm une distribution de Rayleigh.

• A propos des coefficients CI, CD et CL


L'utilisation de la formule de Morrison nécessite la connaissance de CI, CD, ∂ u et u. Si on suppose un
∂t
instant que CI et CD sont connus avec leur valeur exacte, ce qui postule la validité de la formule et
l'existence réelle de CI et CD, dès lors, il ne restera qu'à introduire pour ∂ u et u les valeurs correctes. Or,
∂t
les mesures effectuées sur 1a hou1e sont en général en termes d'hauteur H (d'amplitude a) et de période T,
les mesures de vitesse et d'accélération étant en pratique difficiles à réaliser, il est nécessaire de passer par
une théorie de la houle, dont il est bien connu qu'il n'en existe pas de rigoureuse.
Le choix d'une théorie de houle dépend du type de houle mais aussi des préférences de l'auteur. Il en
résulte une première source de dispersion sur le calcul des efforts dus à la houle.
Ensuite, il faut choisir les valeurs de CI et CD. D'abord, il faut remarquer que CI n'aura pas la même valeur
en présence d'une surface libre que dans un fluide infini, aussi les expériences de Murtha donnent pour un
cylindre circulaire des valeurs de CI = 1,5 - 1,6 près de la surface et 2, à deux diamètres en-dessous de la
surface.
De plus, les effets de la viscosité modifient le champ des vitesses dont il découle un changement de la
valeur de la masse ajoutée. Il faut donc s'attendre à une interaction des coefficients CI et CD à l'intérieur de
l'équation de Morrison. Bien qu'un effort important ait été fait depuis quelques années pour évaluer CI et
CD, les résultats restent très dispersés.
La première idée qui vient pour mesurer CI et CD, c'est de se placer dans un cas où la cinématique est bien
connue. Ceci n'est possible qu'en laboratoire et a conduit à d'innombrables essais en houle régulière. Dans
tous les cas, les résultats sont très dispersés. Ceci tient en partie au fait que les vitesses et accélérations
sont déduites de la mesure de la surface libre et ne sont pas mesurées directement.

L'imprécision est donc très grande sur u et ∂ u et par conséquent sur CI et CD. Un autre facteur de
∂t
dispersion vient du fait que les coefficients CI et CD dépendent d'autres paramètres que le nombre de
Reynolds.
Ainsi, une analyse complète des paramètres qui peuvent avoir une influence sur ces coefficients conduit
aux relations:
a aD 2 π a 2 π d z t
CI = ℑ{ , , , , , }
D νT gT 2 gT 2 d T

a aD 2π a 2π d z t
C D = ℑ' { , , , , , }
D νT gT 2 gT 2 d T

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.6
Chapitre II - Corps de petite dimension

Où ν est la viscosité cinétique du fluide; a et T, respectivement l'amplitude et la période de la houle; d la


profondeur d'eau et z la profondeur à laquelle se trouve le corps.
Le terme aD/νT est un nombre de Reynolds et son influence, sous une forme quelconque, sur CD et parfois
sur CI est la seule qui soit démontrée dans la littérature par Wiegel et Aagaard. Parmi les autres termes
caractérisant la houle, a/D est un paramètre relatif au développement du champ des vitesses autour de
l'obstacle. D'après les expériences de Iversen et Salent, sur les disques, de Keulegan-Carpenter sur des
plaques planes et des cylindres et de Sarpkaya sur des cylindres, le paramètre a/D a une influence très
importante sur les valeurs de CI et CD (Fig.II.1) et il semble raisonnable d'attribuer une partie de la
dispersion de leurs valeurs trouvées dans la littérature à influence de ce paramètre.

(Fig. II.1)

§ Détermination des valeurs des coefficients hydrodynamiques


Il est évident qu'un écoulement périodique (la houle) autour d'une pile est un phénomène trop complexe
pour qu'on puisse le calculer. En conséquence, il faut déterminer les coefficients d'inertie, de traînée et de
portance latérale, à l'aide de modèles réduits hydrauliques. Il existe deux méthodes:
▫ On peut mettre la pile dans un canal, engendrer une houle et mesurer les forces exercées par la houle
sur la pile. Pour obtenir les coefficients CI, CD et CL, on utilisera des houles régulières.
Si on mesure les composantes horizontale et transversale de la houle sur une petite section de la pile,
on pourrait en outre mesurer la composante horizontale de la vitesse orbitale à la hauteur de cette
section.
▫ On peut aussi faire osciller la pile dans l'eau au repos avec une période et une amplitude donnée. On
mesure alors la force à appliquer dans le sens d'oscillation à la pile pour qu'elle exécute ce
mouvement. Dans ce cas, la houle régulière est schématisée par un mouvement translatoire, et
l'influence de la composante verticale de la vitesse orbitale est négligée.
Pour obtenir les coefficients CI, CD et CL, on dérive du profil de la houle la répartition des vitesses en
fonction du temps, sur une verticale. Donc, on choisit une théorie de houle et on applique cette théorie au
profil de houle qu'on a mesuré. Il est extrêmement important d'utiliser la même théorie pour la dérivation
des coefficients et pour les calculs pratiques. Quand on obtient les courbes des composantes horizontale et
transversale de force et les répartitions des vitesses et des accélérations horizontales en fonction du temps,
on peut alors définir FI, FD et FL et, dès lors, CI, CD et CL (Fig.II.2).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.7
Chapitre II - Corps de petite dimension

(Fig. II.2)
Le coefficient de portance latérale se déduit de la composante transversale de la force et de la répartition
des vitesses, or les coefficients CI et CD se déduisent tous les deux de la composante horizontale de la
force et des répartitions des vitesses et des accélérations. La composante horizontale contient ainsi à la fois
la force d'inertie et la force de traînée, tandis que la composante transversale ne contient que la force de
portance latérale. Les coefficients CI et CD s'obtiennent de plusieurs manières:
▫ Par l'analyse de Fourier des enregistrements de la force, de la vitesse, et de l'accélération, en tenant
compte de la relation quadratique entre la force de traînée et la vitesse.
▫ En considérant le maximum de la force, et regardant sa valeur et la différence de phase qui le sépare
du maximum de la vitesse horizontale et du maximum de l'accélération horizontale (la différence de
phase entre vitesse et accélération maximales ne sera pas de 90° en général). Ce procédé donne la
valeur exacte de la force maximale mais présente des déviations pour les valeurs intermédiaires des
forces.
▫ En définissant comme force de traînée la force qui se produit au moment du passage de la crête de la
houle et comme force d'inertie, celle qui se produit un quart de période avant ou après le passage de la
crête au droit de la pile. Cette méthode bien qu'elle puisse donner des valeurs incorrectes pour la force
maximale, est néanmoins employée par plusieurs compagnies pétrolières.
▫ Enfin, par la méthode des moindres carrés.
La détermination des coefficients par des essais avec des piles oscillantes s'effectue de la même manière,
mais c'est un peu plus facile, puisque la vitesse et l'accélération sont des fonctions connues du temps.
Chacune des méthodes a sa propre imprécision. L'effet de cette incertitude peut être minimisé en utilisant
le même procédé pour la détermination des coefficients et pour l'application des résultats d'essais.

§ Valeurs des coefficients hydrodynamiques en écoulement alterné


En fonction de ce qui a été dit précédemment, il faut prendre avec circonspection les valeurs des
coefficients hydrodynamiques que l'on trouvera dans la littérature.
La meilleure manière de procéder consiste donc à effectuer des essais sur modèle réduit dans chaque cas
particulier. Dans ce domaine, les seules valeurs publiées proviennent des études sur les cylindres
circulaires verticaux, les sphères et les plaques planes; pour d'autres formes, l'absence de publications est
quasi-totale; les seules valeurs disponibles sont celles recommandées par les sociétés de classification
comme Bureau Veritas, Lloyd, Norske Veritas, etc. Les seules valeurs qu'on examine dans le cadre d'ici ce
sont les valeurs des coefficients hydrodynamiques des cylindres circulaires verticaux.
Keulegan-Carpenter ont trouvé d'après leur expérience sur les cylindres circulaires verticaux, que le
meilleur paramètre pour caractériser CI et CD était défini par:
U max .T
N KC =
D
Où la vitesse est définie par U = Umax.cosσt, et T et D sont respectivement la période de la houle et le
diamètre du cylindre.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.8
Chapitre II - Corps de petite dimension

Ce paramètre, en fait, version temporelle du nombre de Keulegan-Carpenter, vu précédemment, est appelé


paramètre de Keulegan-Carpenter où la vitesse U est une fonction qui dépend du temps, il est
proportionnel au rapport du mouvement horizontal des particules d'eau sur le diamètre du cylindre.
Ainsi, à l'aide de la théorie linéaire de la houle de Stokes, on obtient:
π.H ch k ( z + d)
u max = .
T sh kd
Et l'amplitude de l'orbite des particules d'eau:
ch k ( z + d )
κ = H.
sh kd
Dès lors:
U max .T π. κ
N KC = =
D D
Le raisonnement dimensionnel effectué précédemment et où NKC (en fait κ/D) caractérisait le rapport entre
la force d'inertie et de traînée, justifie donc théoriquement l'emploi du nombre de Keulegan-Carpenter
comme paramètre caractérisant les sollicitations de structures soumises à l'action des houles. Ce paramètre
peut donc être interprété comme coefficient qui compare l'importance relative de l'inertie et de la traînée
dans la formule de Morrison.
Des résultats des expériences de Keulegan-Carpenter reproduits à la figure II.3, il apparaît que CI et CD
présentent un extremum pour NKC = 15
Ces observations permettent d'expliquer les faibles valeurs de CI et les valeurs élevées de CD aux
voisinages de NKC = 15 et l'apparition de la force de portance latérale pour NKC > 15.

(Fig. II.3)

Par contre Bidde a signalé la séparation de l'écoulement pour NKC ≅ 2-3, la formation de tourbillons et
l'apparition de la force de portance latérale pour NKC ≅ 3, et l'organisation des tourbillons en allée de Von
Karman pour NKC > 3-4. Les observations de Bidde étaient purement visuelles et les arguments de Shaw
jettent un doute sur ses résultats.
De son côté, Chakrabarti donne, pour des valeurs de NKC < 18, les variations de CI et CD des cylindres
circulaires et signale que pour NKC ≅ 15 le module de la force horizontale obtenu en tenant compte de la
force de portance latérale est de 60% plus que la force donnée par l'équation de Morrison (Fig. II.4).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.9
Chapitre II - Corps de petite dimension

(Fig. II.4)

Les résultats des expériences de laboratoire de Keulegan-Carpenter ont été comparés par Wiegel, Beebe et
Moon, avec les essais effectués en mer sur un tronçon de pile circulaire (essais d'Oavenport). Cette
comparaison a fait apparaître que la courbe CD de Keulegan-Carpenter représentait une enveloppe
supérieure et celle de CI une enveloppe inférieure des résultats en houle réelle. Au point de vue pratique,
cette courbe enveloppe CI met en doute sa validité par le fait de représenter des valeurs très faibles de CI
comparées à celles obtenues en houle réelle.
Il est à signaler que les essais de Wiegel suivent une loi gaussienne avec une valeur moyenne de CI = 2,5 et
une valeur significative à 95% de CI = 4,4. Le tableau de la figure II.5 donne une idée générale sur les
principaux résultats de CI et CD obtenus par des essais en houle réelle.

(Fig. II.5)

Pour le coefficient de portance latérale CL le nombre de Reynolds Re = Umax.D/ν et le nombre de Keulegan-


Carpenter NKC = Umax. T/D, semblent être les deux paramètres les plus significatifs.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.10
Chapitre II - Corps de petite dimension

Pour des valeurs de NKC suffisamment grande, les tourbillons peuvent se détacher de la pile. A cause de la
dissymétrie de l'écoulement, le cylindre est soumis à des forces transversales à la direction de propagation
de la houle et d'une fréquence fL plus élevée que celle de la houle.
D'où la possibilité de mise en vibration du cylindre si fL est voisine d'une fréquence propre de ce dernier.
Il faut donc vérifier que fL n'est pas dangereux au point de vue résonnance de la structure et ajouter aux
sollicitations en ligne (équation de Morrison) une force FL transversale.
Ainsi la figure II.6 représente les variations du coefficient de portance latérale en fonction du nombre de
Reynolds pour diverses valeurs du nombre de Keulegan-Carpenter NKC.

(Fig. II.6)

Les valeurs de CL données par ce diagramme conduisent à des forces de portance latérale qui peuvent être
du même ordre de grandeur que la force donnée par la formule de Morrison. Elle ne peut donc en aucun
cas être négligée
Enfin, Chakrabarti a obtenu, pour un cylindre circulaire de 76 mm de diamètre, en faisant varier le
nombre de Keulegan-Carpenter et en appliquant une analyse harmonique à la force de portance latérale,
les 5 premières harmoniques du coefficient de portance latérale CL en fonction de NKC (Fig. II.7).

(Fig. II.7)
En guise de conclusion, le tableau de la figure II.8 extrait du rapport original de BSRA résume les valeurs
de CI et CD des cylindres circulaires lisses, en fonction des nombres de Reynolds et de Keulegan-
Carpenter, telles qu'on en rencontre dans la littérature.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.11
Chapitre II - Corps de petite dimension

(Fig. II.8)

Quant à la fréquence fL de la sollicitation latérale, elle est en général étudiée en fonction du nombre de
Strouhal exprimé par:
Str = fL. D/umax
Cette fréquence dépend du nombre de Keulegan~Carpenter et du nombre de Reynolds.
Le rapport fL/fW de la fréquence des tourbillons à la fréquence des vagues est une valeur entière qui est
donnée à la figure II.9 en fonction de NKC. Pour NKC < 5, aucun tourbillon ne se forme et il n'y a pas de
portance latérale, Pour NKC compris entre 5 et 16, fL/fW = 2. Pour des valeurs de NKC plus grandes, le
rapport des fréquences augmente (tout en restant un nombre entier) bien qu'il faille considérer toutes les
valeurs inférieures de ce rapport. Ainsi, si on trouve fL/fW = 6, les tourbillons peuvent se produire à une
fréquence 6, 5, 4, 3, ou 2 fois plus élevée que la fréquence des vagues.
L'influence de Re doit également être prise en compte en considérant des valeurs de Str allant de 0,125 à
0,2 pour Re valant de 103 à 106 respectivement; l'interpolation se fera linéairement pour des valeurs
intermédiaires de Re. Pour un cylindre horizontal, il faut majorer de 2 la valeur de fL/fW trouvée à la figure
II.9.

(Fig. II.9)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.12
Chapitre II - Corps de petite dimension

Concluons en rappelant que le peu de certitudes acquises dans ce domaine oblige l'ingénieur à prévoir des
forces de portance non négligeables qui peuvent être d'autant plus fâcheuses pour la structure qu'elles se
produisent à des fréquences plus élevées que celles de la houle (de 2 à 5 fois dans les cas les plus
courants).
Peu d'expériences ont été réalisées à ce sujet jusqu'à ce jour (les seules existantes ayant étudié des
cylindres circulaires); aussi les abaques que nous avons donnés sont à utiliser avec précaution.

§ Effets pouvant affecter la valeur des coefficients hydrodynamiques (cas des cylindres circulaires)

▫ Influence de la rugosité
Les courbes de CD sont en général établies pour des corps lisses Or, la majorité des structures en mer se
couvrent de salissures, de telle sorte que la rugosité est augmentée, ce qui a pour effet de modifier la
structure de la couche limite. Une rugosité importante conduit à des CD qui restent importants pour des
nombres de Reynolds Re importants.
Certaines études ont abouti à la conclusion que CD croît de 0.57 (surface lisse) à 1.02 (pour un état de
surface correspondant à une épaisseur moyenne de barnacles sur un pieu de 60 cm de diamètre).
On représente la rugosité par un paramètre E qui est une mesure de la hauteur moyenne des protubérances.
La figure II.10 donne la valeur de CD pour un cylindre circulaire en fonction du nombre de Reynolds
"apparent" de l'écoulement, qui est défini comme suit:
Re = Re. {ε / (D. 35.10-6)}
(Car un cylindre considéré comme lisse donne des résultats qui correspondent à une rugosité relative
ε /D= 35.10-6).
Les courbes en pointillé correspondent au cas de l'écoulement permanent et celles en trait plein, au cas de
l'écoulement alterné.
En ce qui concerne les salissures marines les plus courantes (et aussi les plus grandes) ont peut dire que
l'on a :
▫ pour les moules ε ≅ 2 à 3 cm
▫ pour les barnacles ε ≅ 0.5 cm
Signalons qu'une couche normale de ces animaux se forme en 2 ans à peu près, et qu'il faut tenir compte
de l'augmentation correspondante de CD (mais aussi du diamètre de la pile) ou qu'il faut prévoir un service
d'entretien pour enlever ces salissures régulièrement, au moins dans les 10 mètres en-dessous du niveau
d'eau au repos.

(Fig. II.10)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.13
Chapitre II - Corps de petite dimension

▫ Effet de proximité
Nous avons étudié jusqu'à présent le cas d'un cylindre seul, mais la présence d'autres corps aux alentours
peut créer une interférence. Il s'agit essentiellement:
▫ de l'influence d'une paroi proche d'un cylindre: application au cas des tuyaux posés sur le fond.
▫ de l'influence d'un ou plusieurs cylindres proches du cylindre étudié (application aux piles de
plates-formes).
Lorsque l'entredistance entre cylindres est faible, il peut y avoir une augmentation de la force totale (par
rapport à la somme des forces de tous les cylindres considérés comme seuls) due à un l'effet de blocage,
(il y a un volume de fluide littéralement emprisonné entre les cylindres) ou une réduction de celle-ci due à
un effet de protection des piles avals par les piles amonts. Il n'existe pratiquement aucun résultat sur ces
effets en fluide réel, aussi on ne peut que conseiller d'effectuer des essais sur modèle dans chaque cas
particulier. Un exemple d'un tel effet de blocage est montré aux figures II.11, 12 et 13 ci-dessous relatant
des essais de Sarpkaya. La formule de Morrison, en écoulement plan oscillatoire dans un tube U, est
employée sous la forme:
F = 1/2. ρ. CD. um2. ΣDi. |cos (ωt)|. cos (ωt) + π/4. ρ. L. CM. ΣDi2. um. sin (ωt)
Où les coefficients CD et CM étant des coefficients "moyens" pour l'ensemble des tubes. On peut voir
l'augmentation importante de CM traduisant l'effet de blocage.

(Fig. II.11)

(Fig. II.12) (Fig. II.13)


Toutefois, on peut considérer qu'il n'y a aucune interaction entre piles de même diamètre D si X/D > 4 et
Y/D > 2, où X est la distance entre piles dans le sens de l'écoulement et Y la distance entre piles dans le
sens perpendiculaire au sens de l'écoulement. Dans ces conditions, on peut simplement sommer les efforts
relatifs à chaque pile.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.14
Chapitre II - Corps de petite dimension

▫ Effets dus à l'inclinaison du cylindre


Il est évident que le champ des vitesses n'est pas le même lorsque le cylindre est incliné, que lorsqu'il est
vertical; il en résulte donc une modification des coefficients hydrodynamiques. Les valeurs de CD et CM
pour des différents angles d'inclinaison par rapport à la verticale présentent de grandes dispersions.
Ces coefficients ne définissent que la force dans la direction de l'écoulement mais il est évident qu'il y a
aussi une composante latérale qui varie de manière complexe et dont le problème de la modélisation ne
semble pas être résolu à l'heure actuelle. Pour des différentes inclinaisons, on peut en première
approximation trouver la traînée en ligne, en multipliant la traînée du cylindre vertical par (cos ) 3/2 où
est l'angle compris entre la vitesse et la normale au cylindre, le coefficient de masse ajoutée gardant une
valeur proche de 2.

§ Cas de la sphère
Morrison et O'Brien ont réalisé des essais sur des sphères petites vis-à-vis de la longueur d'onde de la
houle. Ils ont trouvé pour CM une valeur moyenne de 1.59 (la valeur théorique étant de 1.5).
Les valeurs pour CD en fonction du nombre de Keulegan-Carpenter présentent aussi une très grande
dispersion allant de 0,70 à 40 et plus.

§ Cas des plaques planes verticales


Le cas des plaques planes verticales placées perpendiculairement au sens de l'écoulement a été étudié par
Keulegan-Carpenter; leurs résultats se trouvent à la figure II.14.
Le coefficient CM est associé au volume déplacé par un cylindre circulaire ayant le même maître couple
que la plaque c'est-à-dire ayant un diamètre D égal à la hauteur h de la plaque.

§ Cas de pipe-lines posés sur le fond


Ce genre de corps se retrouve dans beaucoup de cas et on ne peut pas ne pas tenir compte de l'influence du
fond sur la sollicitation hydrodynamique vu que l'écoulement ne peut se faire par le dessous du pipe-line.
La vitesse est accrue aux environs, et cet accroissement est associé à une diminution de la pression qui
engendre une force de portance vers le haut. Le cylindre doit résister à cette force par son poids et celui de
son contenu (diminués de la force d'Archimède).
La force de portance est maximum lorsque la vitesse horizontale est maximum, c'est-à-dire lorsque la
force de traînée est maximum. La situation est schématisée à la figure II.14.

(Fig. II.14)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.15
Chapitre II - Corps de petite dimension

Les forces en jeu sont, par unité de longueur:


▫ Force de traînée: FD = 1/2. ρ. CD. D0. U2Max
▫ Force de portance: FL = 1/2. ρ. CL. D0. U2Max
▫ Force massique résultante: FW = poids du pipeline et de son contenu.
FB = poussée d'Archimède.
FW – FB = π/4. {(D02 - Di2). ωP} + π/4. {Di2. ωC}- π/4. {D02. ωW}
= π/4. {D02. (ωP - ωW) + Di2. (ωC - ωP)}

ωW est le poids spécifique de l'eau;
ωP est le poids spécifique du matériau dont est fait le tuyau
ωC est le poids spécifique du liquide ou du gaz véhiculé;
CD est le coefficient de traînée
CL est le coefficient de portance
U est la vitesse dans le fluide lorsque le pipeline n'est pas présent.
On a de plus une force de frottement:
FF = f. (FW - FB - FL)
Où f est le coefficient de frottement entre le pipeline et le sol.
Remarquons que d'autres formes que le cylindre sont possibles et que notamment une forme trapézoïdale
(Fig. II.15 B) est très appropriée pour compenser la force de portance par un poids élevé.

(Fig. II.15)
De plus, on voit à la figure II.15 A qu'un moment de torsion est exercé sur le tube, moment qui est très
aisément supporté par la large base de la forme trapézoïdale. Comme pour tous les cas rencontrés
jusqu'ici, les valeurs expérimentales pour CD et CL sont peu nombreuses.
Les valeurs les plus couramment employées sont CD = CL= 0.5 ou 1 suivant les auteurs. D'autre part, il
existe une force d'inertie qui est en quadrature de phase avec les forces de traînée et de portance; elle doit
donc être calculée séparément et comparée à la résultante des précédentes. Cette force est définie de la
manière classique par l'expression:
(FM) max = π/4. {ρ. CM. D02}. (∂u/∂t) max

La valeur généralement admise pour CM est de 2,5. La force FM maximale se produit lorsque le niveau
d'eau passe par le niveau de la surface libre au repos. Il faut noter que le terme FL dans l'expression de la
force de frottement ne sera pas présent dans le cas où FF est engendré par les forces d'inertie.
Enfin, de graves problèmes d'affouillements peuvent survenir; ils sont encore très peu connus et ont
conduit à la destruction de plusieurs pipelines d'installations offshore, notamment dans le golf du
Mexique.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.16
Chapitre II - Corps de petite dimension

§ Présence du courant
Il ne suffit pas toujours d'ajouter la vitesse du courant estimée à celle des particules d'eau agitées par la
houle pour se représenter le phénomène réel. On sait en effet qu'une houle se creuse dans un courant
contraire alors qu'elle s'allonge en se calmant dans un courant de même direction qu'elle (la période des
vagues ne subissant aucune modification).
On admet cependant habituellement que la superposition linéaire des vitesses est conservative, de sorte
que le terme de traînée de la formule de Morrison s'exprime en (V + u) où V est la vitesse du courant (qui
varie avec la profondeur) et u la vitesse des particules due au mouvement des vagues. La question est
alors de savoir si le coefficient de traînée CD pour les mouvements oscillatoires reste encore valable.
Cette méthode n'est pas justifiée pour les calculs de fatigue où l'on a besoin d'approcher le spectre des
sollicitations réelles.
En particulier, il est faux de croire que la présence du courant n'influera pas sur les contraintes
dynamiques dans la structure, même si la période de ce courant est très grande devant celle de la houle.
Ceci vient de ce que la traînée étant proportionnelle au carré de la vitesse, la dynamique des forces n'est
pas une fonction linéaire de celle des vitesses rencontrées. On ne peut donc négliger la présence de
courants et il est en outre souhaitable de tenir compte de leur interaction avec la houle.
Les conclusions les plus importantes des études réalisées à l'heure actuelle sont les suivantes:
▫ la superposition linéaire du courant au champ des vitesses est une approximation justifiée dans le
cas de la profondeur infinie. L'erreur commise sur les vitesses est maximale dans les creux (où les
efforts sont moins importants) et de l'ordre de 10 % (valeur obtenue pour une houle de 1,5 m dans
30 m d'eau avec deux nœuds de courant en surface).
▫ mais ce procédé n'est plus justifié dans les eaux peu profondes où un phénomène de surélévation
des crêtes se manifeste (le niveau moyen des vagues se situe au-dessus du niveau de la surface libre
au repos). Dans ce cas, les théories existantes étant sans signification réelle, un essai sur modèle
sera nécessaire.
▫ Il faut tenir compte d'une modification de la longueur d'onde et de la hauteur de la houle, la période
restant constante.
On a
T = L/C = Cte. ⇒ L0/C0 = L/(C + VC)
Où L0 et C0 sont la longueur d'onde et la célérité de la houle sans courant, et L et C sont celles avec le
courant, VC est la projection du courant sur la direction de la houle (orientée dans le sens de la
propagation). Avec:
C0 = {g/k0. th (k0.d)} 1/2 et C = {g/k. th (k.d)} 1/2
On est ainsi capable de calculer, par approximations successives, la longueur d'onde et par suite la hauteur
des vagues en présence de courant. A titre d'exemple, la figure II.16 donne le rapport L/L0 en fonction de
T pour quatre directions d'un courant d'une vitesse de 2 nœuds.

Signalons encore que dans le cas d'un courant oblique par rapport à la houle, celle-ci change en outre de
direction. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet qui doit être traité par des théories de diffraction.

§ Le slamming
On désigne ainsi le phénomène d'impact qui se produit lors de la rencontre d'une structure avec la surface
libre. De tels chocs sont fréquents sur les parties avant d'un navire se déplaçant à grande vitesse dans une
houle. Historiquement, le problème si est posé de façon aiguë à propos de l'amerrissage des hydravions et
du lancement des torpilles. Dans le cas des plates-formes pétrolières, on rencontre ces forces d'impact sur
les entretoises horizontales situées dans la zone de marnage ou au-dessus. C'est pourquoi leur nombre est
en général réduit au minimum possible dans cette zone, à la suite d'un certain nombre d'incidents qui ont
dans certains cas provoqué la destruction totale des entretoises.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.17
Chapitre II - Corps de petite dimension

La manière dont cette sollicitation se développe est encore très peu connue à l'heure actuelle; Aussi, les
rares études expérimentales entreprises considèrent que la force de slamming vaut 2 à 3 fois la force de
traînée. Pour une analyse approchée, une valeur de CD = 3,5 a été suggérée pour le calcul de la force
verticale dans l'équation de Morrison.

(Fig. II.16)

§ Forces exercées par la houle déferlante


La force exercée par une houle déferlante peut atteindre plusieurs fois celle que causerait une houle
imaginaire de caractéristiques identiques mais ne déferlant pas. De nombreux travaux ont été menés sur
les effets du déferlement sur les digues et autres ouvrages portuaires, mais on trouve peu de
renseignements à propos des cylindres (où l'effet de l'air comprimé n'existe plus).
On comprend cependant facilement que, la raideur de la vague augmentant, le profil incident devient
fortement dissymétrique et lion peut avoir, à la limite, un phénomène de choc lorsque le cylindre est
attaqué par une muraille d'eau quasi-verticale animée d'une grande vitesse.
On a proposé la formule suivante pour le calcul de la force totale FB due aux vagues déferlantes:
FB =ρ. g. CB. D. HB2
Où CB est un coefficient valant 1.2 à 3.0, D est le diamètre du cylindre et HB est la hauteur des vagues
déferlantes.

§ Force hydrodynamique sur structure en mouvement


Si le corps possède une réponse dynamique ou est une partie d'une structure flottante, il faut tenir compte
de son mouvement propre dans l'expression de la formule de Morrison.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques II.18
Chapitre II - Corps de petite dimension

Dès lors, la force hydrodynamique est donnée par l'expression:


F = 1/2. ρ. CD. A. |(U - Ub)|(U - Ub) + ρ. CM. V. (∂U/∂t - ∂Ub/∂t) + (ρ. V - M). ∂Ub/∂t
Où Ub et ∂Ub/∂t sont la vitesse et l'accélération propres du corps et M sa masse.
Si le corps flotte ou si son accélération est nulle, le dernier terme est nul et la vitesse et l'accélération
doivent seulement être ajoutées vectoriellement dans la formulation standard de la formule de Morrison.
Cependant, l'équation complète ci-dessus doit être utilisée pour une partie d'une structure flottante, lorsque
la masse de fluide déplacé par cette partie n'est pas égale à sa masse propre.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.1
Chapitre III - Corps de grande dimension

Chapitre III. Corps de grande dimension

• Introduction
On définit un corps comme un corps de grande dimension, comme dans le cas des corps de petite
dimension, quand, cette fois-ci, pour le paramètre principal D/L comparatif des différents phénomènes
d'interaction entre le corps et la houle, a les valeurs situées en 0,2 et 1, donc, 0,2 < D/L <1.
Pour cette catégorie de structures, il est permis de négliger les effets dus à la viscosité du fluide. Par
contre, l'hypothèse suivant laquelle la houle incidente n'est pas perturbée par la présence de la structure
n'est plus valable. La force hydrodynamique se compose, en toutes généralités, de trois termes;

o Si le corps est fixe:


▫ FI (force de Froude-Krylov): force calculée en intégrant sur le corps la pression
due à la houle incidente.
▫ FD : la force due à la composante diffractée.

o Si le corps est en mouvement:


On ajoute aux deux forces précédentes, une force de radiation FR, qui traduit le fait que l'énergie est
perdue par le corps dans son mouvement. Il s'ensuit la formation de vagues dont la fréquence est la même
que celle du mouvement de la structure.
On résout le problème ainsi posé en faisant les hypothèses que le fluide est parfait et son mouvement
irrotationnel, qui permet de développer une théorie basée sur le fait que les vitesses dérivent d'un potentiel
scalaire. (Théorie potentielle).

• Théorie de diffraction
Dans la théorie de diffraction, l'analyse des efforts, due à l'action de la houle sur un corps fixe de forme
quelconque, se ramène à la recherche d'un potentiel φ qui vérifie toute une série de conditions. Ainsi dans
un écoulement bidimensionnel où le corps de section quelconque considéré vertica1 est soumis à une
houle linéaire d'amplitude a et de fréquence σ, le potentiel φ doit vérifier successivement les conditions
aux limites étudiées précédemment (Fig.III.1):

(Fig. III.1)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.2
Chapitre III - Corps de grande dimension

Pour, V(u, 0, w) = −∇φ , ses conditions s'écrivent:

∂φ ∂φ
(1) ∇ 2 φ = 0 avec u = − et w = −
∂x ∂z

∂φ
(2) = 0 en z = 0
∂z

∂ φ σ2
(3) = . φ en z = d
∂z g

Et enfin condition de non glissement sur la surface du corps:


∂φ
(4) = 0 sur le contour du corps immobile où n est la normale extérieure au corps.
∂n

Les trois premières conditions traduisant successivement le mouvement irrotationnel: les conditions aux
limites au fond et à la surface libre du fluide, sont celles qu'on a déjà rencontrées pendant l'étude de la
houle. Par contre, la condition (4) appelée condition de glissement ou d'imperméabilité, traduit la présence
du corps au sein du fluide. Dans le cas d'un corps en mouvement cette condition s'écrit:
∂φ
= n . u (Sur le contour du corps)
∂n
Où n et u représentent les vecteurs, normale extérieure et vitesse du corps.
En pratique, généralement on décompose le potentiel φ en deux parties (cas du corps immobile) ou en
trois parties (cas du corps en mouvement) (Fig. III. 2).

(Fig. III.2)

Ainsi,
φ = φ I+ φ D (Corps immobile)
Ou
φ = φ I+ φ D+φ R (Corps en mouvement)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.3
Chapitre III - Corps de grande dimension


φ I est le potentiel de la houle incidente, c'est-à-dire le potentiel en l'absence du corps.
φ D est le potentiel de la houle diffractée, donc dû à la présence du corps fixe au sein du mouvement
du fluide.
φ R est le potentiel de radiation, c'est-à-dire le potentiel que l'on ajoute dans le cas où le corps est en
mouvement au sein du fluide; il représente le potentiel des ondes rayonnées par 1es mouvements
du corps dans le fluide au repos.
La détermination du potentiel φ (ou φ T) en utilisant les conditions précitées permet d'obtenir l'expression
de la pression sur le contour du corps. L'expression de la pression est donnée par l'équation de Bernoulli:
∂φ 1 ∂φ 2 ∂φ 2
p = ρ.{ − .{( ) +( ) }} + ρ. g. (d − z )
∂t 2 ∂x ∂z

En utilisant la houle de Stokes en théorie linéaire, l'expression s'écrit:


∂φ
p = ρ. + ρ. g . (d − z )
∂t

Dès lors, la force hydrodynamique sur le corps s'obtient en intégrant l'expression de la pression sur la
surface totale du corps. Ainsi:
F = − ∫ p. n.dS
S

Où n est le vecteur- normal extérieur au corps.


La détermination du potentiel φ D et φ R nécessite en plus des conditions précitées, une condition dite
condition de radiation qui exprime la disparition complète de la perturbation engendrée par la présence du
corps.

§ La condition de radiation
Dans la solution de φ (ou φ D et φ R) on est souvent ramené à exprimer φ D et φ R en une somme
infinie de fonctions propres correspondant à la géométrie du corps et satisfaisant l'équation de Helmholtz.
On sait, d'autre part, que seules les fonctions propres divergentes émanant du corps sont à retenir.
La condition dite de radiation permet justement le choix de ces fonctions propres divergentes propres
satisfaisant la géométrie du corps et l'équation de Helmholtz.
L'équation des ondes pour φ(x, y, t} s'écrit:
∂ 2φ
c2 .∇ 2φ =
∂ t2
Où c est la célérité des perturbations ondulatoires, solutions de cette équation.
Si on doit résoudre cette équation dans le domaine borné S contenant les corps solides et les sources, on
doit chercher la condition de radiation à appliquer à la frontière Γ (en particulier, dans les méthodes
d'éléments finis et d'éléments frontières, sur l'élément extérieur de frontière).
Ainsi, en considérant le petit segment δΓ de la frontière Γ et ainsi que, sur celui-ci les coordonnées
orthogonales locales (s, n) comme indiquées sur la figure III.3, et en estimant que près du segment δΓ la
courbe est localement rectiligne, dès lors, dans le système des coordonnées ainsi définies, l'équation des
ondes s'écrit:
2
2 ∂ φ ∂ 2φ ∂ 2φ
c .( + )=
∂ s2 ∂ n2 ∂ t2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.4
Chapitre III - Corps de grande dimension

(Fig. III.3)
Le segment δΓ étant très petit, on peut estimer que φ est approximativement constant le long de celui-ci et
ne considérer que la variation de φ suivant la normale n. Ainsi,
∂ 2φ* 1 ∂ 2φ *
φ (s, n, t ) = φ S .φ * (n, t ) ⇒ = .
∂ n2 c2 ∂ t2

Et en prenant les coordonnées caractéristiques; ξ et ζ données par:


ξ = n − ct et ζ = n + ct

On obtient:
∂ ∂ 1 ∂ ∂ ∂ 1 ∂
= − et = +
∂ξ ∂n c ∂t ∂ζ ∂n c ∂t
Et par conséquent,
∂ 2φ *
=0
∂ ξ .∂ ζ

La solution générale de cette équation fois par D'Alembert est de la forme:


φ * (ξ, ζ ) = f (ξ) + g(ζ ) = f (n − ct ) + g(n − ct )
Où f et g sont deux fonctions dont la dérivée première est continue.
La fonction f (n-ct) ou f (ξ) représente l'onde à profil constant passant à travers le segment δΓ dans la
direction des n croissants avec la célérité c, c'est-à-dire vers l'extérieur du champ borné, par contre
g(n+ct) ou g(ζ) représente l'onde traversant vers l'intérieur du champ borné. C'est cette dernière qu'on
désire éliminer. Dès lors, sur l'élément δΓ , pour la condition de radiation on obtient:
∂g ∂ φ*
g( ζ ) ≡ 0 ⇒ ≡ 0 ou =0
∂ζ ∂ζ

En utilisant les variables locales et le potentiel original φ, on obtient:


∂φ 1 ∂φ
+ =0
∂n c ∂t

C'est la condition de radiation que l'on doit appliquer à chaque petit segment de la frontière Γ (la fonction
φ doit aussi être bornée sur Γ ). En particulier, si on assume pour φ la fonction:
φ (x, y, t ) = φ (x, y ) . e i σt
L'équation de l'onde devient:
σ
∇ 2φ + k 2 . φ = 0 où k=
c

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.5
Chapitre III - Corps de grande dimension

Dès lors la condition de radiation s'écrit:


∂φ
+ ik .φ = 0
∂n

Cette condition aux limites ne s'applique que si la frontière Γ est infiniment loin des corps solides et des
sources qui produisent les ondes. Une expression similaire a été plus rigoureusement décrite par
Sommerfeld, d'où le nom de la condition de radiation de Sommerfeld.
Sachant que le potentiel φ satisfait l'équation de Helmholtz, c'est-à-dire:
∇ 2φ + k 2 . φ = 0 avec φ = φ I + φ D
D'où
∇ 2φ D+ k 2 . φ D= − (∇ 2φ I + k 2 . φ I )

La houle linéaire incidente satisfaisant aussi l'équation de Helmholtz:


∇ 2φ I + k 2 . φ I = 0 ⇒ ∇ 2φ D + k 2 . φ D = 0

D'où
∂ φD
limr → ∞ r .{ + ik . φD } = 0 et limr → ∞ r . φD < ∞
∂r

Où r est la coordonnée globale radiale et r dérive du facteur dispersion qui tient compte de l'énergie
dispersée par la source d'ondes en deux dimensions. L'énergie de l'onde étant proportionnelle au carré de
l'amplitude, elle est aussi proportionnelle à φ 2D dans le champ de dispersion. Comme la même énergie est
distribuée sur des cercles de plus en plus larges centrés sur la source, les amplitudes des ondes doivent
décroître comme 1 r ; c'est le facteur dispersion.

Dans le cas des corps cylindriques à sections circulaires, la solution de l'équation de Helmholtz avec la
condition de radiation de Sommerfeld est une fonction de Hankel, telle que:
▫ pour + iσ t
∂φD
limr → ∞ r .{ + ik . φ D} = 0
∂r

Et la solution est H(02) (kr) = J 0 (kr) − i Y0 (kr) donc:


+∞
φD (r, θ, t ) = ∑ An .H(n2) (kr).cos(nθ).ei σt
n = −∞
▫ pour − iσ t
∂φD
limr → ∞ r .{ − ik . φ D} = 0
∂r

Et la solution H(01) (kr) = J0 (kr) + i Y0 (kr) donc:


+∞
φD (r, θ, t ) = ∑ An .Hn(1) (kr).cos(nθ).e− i σt
n = −∞

§ Solution de Mac Camy et Fuchs


En appliquant la méthode de Havelock à une pile circulaire verticale, Mac Camy et Fuchs établirent
l'expression de la force hydrodynamique engendrée par une houle linéaire.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.6
Chapitre III - Corps de grande dimension

Ainsi, en partant de l'expression du potentiel de la houle incidente exprimé en coordonnées rectangulaires


par:
− gH ch {k ( z + d)} i ( kx − σt )
φI= . .e
2σ ch (kd)
Et en y développant eikx en coordonnées polaires, en une série de fonctions de Bessel:

e i kx ⇒ ei kr cos θ = J 0 (kr) + 2. ∑ in .Jn (kr).cos(nθ)
n =1

On obtient, dès lors, l'expression du potentiel incident en coordonnées cylindriques sous forme:
−gH ch {k(z + d)} ∞
φI= . .{J 0 (kr) + 2. ∑ in .Jn (kr).cos(nθ)}.e− iσt )
2σ ch (kd) n =1

En se donnant comme potentiel diffracté:


+∞
φD = ∑ An .H n(1) (kr).cos( nθ).e− i σt
n= 0

Qui satisfait simultanément l'équation de Helmholtz et la condition de radiation de Sommerfeld et où


ère
H(n1) (kr) = Jn (kr) + i Yn (kr) est la fonction de Hankel de 1 espèce et les coefficients An se déterminent par
la condition d'imperméabilité à la surface de la pile exprimée par:
∂φ
{ } r = R = 0 avec φ = φ I + φ D
∂r

Cette force hydrodynamique, obtenue d'ailleurs par plusieurs autres auteurs depuis lors, n'est autre que
l'intégrale de l'expression de la pression sur la pile le long de sa longueur immergée.
Ainsi, pour une profondeur limitée, cette force hydrodynamique, obtenue par la théorie de diffraction,
agissant dans la direction horizontale, est exprimée par:
2H
FT = ρ.g. 2 . th (kd). A(kr).cos( σt − α )
k
De même que le moment par rapport à la base de la pile est donné par:
2H A(kr)
M = ρ.g. 3 . .{1 − ch (kd) + kd. sh (kd)} . cos( σt − α )
k ch (kd)
Dont
J'1 (kR)
A(kr) = {J'12 (kR) + Y'12 (kR)}−1 / 2 et α = arctg { }
Y'1 (kR)

Où J'1(kR) et Y'1(kR) sont respectivement les dérivées de J1(kR) et de Y1(kR) prises en respectant
l'argument kR.
Pour des diamètres faibles comparés aux longueurs d'onde de la houle incidente, l'expression de la force se
réduit à:
FT ≅ ρ.g.π.H.R 2 .th (kd).cos σt

La force hydrodynamique calculée par la théorie de diffraction est une force d'inertie et peut être
comparée à celle donnée par l'équation de Morrison. Cette comparaison permet d'obtenir l'expression du
coefficient hydrodynamique d'inertie donc celui de la masse d'eau ajoutée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.7
Chapitre III - Corps de grande dimension

Ainsi, nous obtenons:


▫ par l'équation de Morrison
∂u
F I = ρ.CI .π.R 2 .
∂t
∂u
Où est l'accélération des particules d'eau de la houle incidente.
∂t
▫ par l'équation de Mac Camy et Fuchs
2H
FI = ρ.g. 2 . th (kd). A(kr).cos( σt − α )
k
Dès lors, en remplaçant l'expression de ∂u/∂t dans l'équation de Morrison et en égalisant les deux
formules, on obtient:
4 cos (σt − α )
CI = 2
.A(kR).
π.( kR) cos σt

Or, pour t >> α/σ, cos(σt - α)/cos(σt) tend vers 1 et CI = 4.A(kR)/π.(kR)2, par contre pour une valeur de ka
donnée, CI tend de 4.A(kR).cosα/π.(kR)2 vers 4.A(kR)/π.(kR)2 qui sont ses valeurs limites pour t → 0 et t
>> α/σ respectivement.
§ Analyse spectrale
L'analyse spectrale de la force hydrodynamique peut se faire, pour une houle réelle, par la méthode de
Borgman. Un aperçu détaillé de cette méthode est donnée avec une application pratique par Michel dans
le cadre de l'étude des forces hydrodynamiques sur des piles cylindriques verticales fixes par un spectre de
houle.
Dans le cas où les amplitudes de la houle réelle sont considérées être d'un processus ergodique, gaussien et
de moyenne zéro, les forces d'inertie calculées par la théorie de diffraction et par la formule de Morrison
peuvent être représentées par un spectre. Ainsi le spectre de puissance des forces SFF(o, z) peut être pour
1es forces respectives de Mac Camy et Fuchs, et de Morrison:
16 S ηη (σ )
SFF (σ, z )T = .ρ2 .g 2 . et SM 2 2 2 4 2
FF (σ, z )T = 4.ρ .g .π .R .th (kd).Sηη(σ)
4 2
k H' 1(1)(kR)
Le rapport du spectre de Morrison à celui de la diffraction nous permet de comparer les forces
hydrodynamiques évaluées par ces deux méthodes. Ainsi la figure III.4 donne pour les différentes valeurs
a du rayon des piles cylindriques verticales fixes, dans un éventai1 des valeurs des fréquences σ du
domaine off-shore, les variations du rapport γ défini par:
SM (σ ) π2 2
γ (σ, a, d) = FF T = .(kR)4 . H' 1(1)(kR)
SFF (σ )T 4

(Fig. III.4)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.8
Chapitre III - Corps de grande dimension

Ainsi qu'on l'observe sur la figure III.5, en-dessous d'une certaine fréquence critique σc qui dépend de la
valeur du rayon de la pile, le spectre de Morrison sous-estime la force hydrodynamique de plus ou moins
6%, tandis qu'au-dessus de cette fréquence critique, il la surestime (spécialement pour des larges piles).

(Fig. III.5)
§ Effets de non-linéarité et de viscosité
Plusieurs auteurs et chercheurs se sont attachés à appliquer des théories de houles non linéaires pour
obtenir l'expression de la force hydrodynamique (force d'inertie) dans le cas des piles circulaires,
verticales et fixes, en profondeur finie. Dans l'application de la théorie de diffraction, ils négligèrent les
effets de viscosité et utilisèrent comme expression de la houle incidente celle de Stokes du 5ème ordre
(houle de Skjelbreia) ou appliquèrent la méthode des perturbations, décrite par Wehausen. La plupart du
temps la condition aux limites de la surface libre resta insatisfaite aux voisinages de la pile.
En utilisant la théorie des houles du 2ème ordre, Garrison arriva, pour la première fois, à résoudre
numériquement les problèmes posés par les conditions aux limites dans le cas des structures fixes en
profondeur finie.
Par contre, en discutant les aspects physiques du problème et en se basant sur ses observations, Isaacson
affirma l'inexistence de la théorie non linéaire. Néanmoins, cette affirmation ne repose pas sur des bases
rigoureuses de justification mathématique. D'ailleurs Hunt et Baddour démontrèrent que l'affirmation
d'Isaacson provenait de la propriété non analytique de la solution des conditions aux limites à l'interaction
du cylindre et de la surface libre, et conclurent que ceci ne permettait pas de mettre en doute la méthode
d'expansion de Stokes. De même que Miloh signale que Wehausen utilisait des arguments similaires pour
réfuter l'affirmation d'Isaacson.
Une autre analyse douteuse a été faite par Oortmerssen qui tout en utilisant la théorie linéaire de houle
introduisit les termes non linéaires (énergie cinétique locale) dans l'équation de Bernoulli avant d'intégrer
la pression pour obtenir la force hydrodynamique. Néanmoins, les résultats théoriques et expérimentaux
qu'il communique semblent concorder.
La force de résistance constante due aux termes non-linéaires, provenant de l'énergie cinétique locale des
particules d'eau, dans l'expression de la pression donnée par l'équation de Bernoulli ainsi que la force
variable, due à la variation de la surface libre par rapport au niveau moyen de la surface libre au repos et
calculée en considérant comme une pression hydrostatique la pression engendrée par cette variation de la
surface libre, sont toutes les deux proportionnelles au carré de l'amplitude de la houle.
Par conséquent, elles ne doivent être prises en considération que dans l'ana lyse de la force
hydrodynamique par la théorie des houles non linéaires, le contraire violerait les hypothèses de départ de
la théorie linéaire.
Une étude analytique par la théorie non linéaire de diffraction a été faite par Chakrabarti, qui en utilisant
la houle de 5ème ordre établit l'expression analytique de la force par unité de longueur de la pile circulaire,
verticale et fixe en profondeur finie.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.9
Chapitre III - Corps de grande dimension

Cette force est exprimée par:


5

dFx (σ, z, t ) = ∑ C I(n) .ρ.π.R 2 .V n
n =1
Avec
 = k .σ.n 2 .λ .ch {nk(z + d)}. cos (nσt − δ ) et 4
Vn n n CI ( n ) = .A(nkR )
π (nkR )2

2 2
tg(δ n ) = J 1' (nkR) / Y1' (nkR) et A(nkR ) = {J 1' (nkR ) + Y1' (nkR )} −1 / 2

En intégrant sur la longueur immergée de la pile jusqu'au niveau au repos, l'expression s'écrit:
5
Fx = ρ.π .σ .R 2 . ∑ CI (n ) .sh (nkd ).cos (nσt − δ n )
n =1

En considérant linéaire, la distribution de la pression p sur la surface de la pile au-dessus du niveau d'eau
au repos et s'annulant à la surface libre, pour 2a/d > 0,2, on y ajoute la force variable (ou force corrective)
donnée par:
1 2π
F xc= .ρ.g.R . ∫ η2 . cos θ.dθ où η = { p} / ρ.g en z = d
2 0

La figure III.6 donne la variation des coefficients CI(n) en fonction de kR, où CI(l) représente le coefficient
d'inertie obtenu par la théorie linéaire de diffraction (Mac Camy et Fuchs).
L'étude faite par Isaacson sur le calcul de la force totale d'inertie engendrée par une houle non linéaire du
second ordre présente un intérêt remarquable à cause de la comparaison faite entre les résultats des
différents auteurs.

(Fig. III.6)
Ainsi, la force totale d'inertie est exprimée sous la forme:
π H
F= .ρ.g.H.D2 .th (kd). {sin(kx − σt ) + .f (kd). sin 2 (kx − σt )}
4 L
Elle permet de comparer les expressions de f(kd), trouvées par d'autres auteurs, en fonction de kd, et de
donner une expression approximative de la force maximale d'inertie sous la forme:
π H π 3 3
F= .ρ.g.H.D2 .th(kd).{1 + 2.{ .f (kd)}2 } où f (kd) = 2
.{6. coth (kd) + .sh (kd) − .kd}
4 L 4. sh (kd) 4 2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.10
Chapitre III - Corps de grande dimension

Qui minimise les écarts, pratiquement sans importance, existant entre les résultats des autres auteurs, et
qui présente, par rapport à l'expression du 1er ordre, une correction de faible pourcentage, généralement
négligeable.
En guise de conclusion des effets de non linéarité de la théorie de diffraction, et d'après les résultats
expérimentaux obtenus par Hellstrom et Rundgren, Laird, Bonfille et Germain, Tsuchiya et Yamaguchi
et Chakrabarti et Tam, il est bon de signaler que:
▫ pour des faibles profondeurs d'eau, la houle cnoïdale donne de meilleurs résultats que la houle
sinusoïdale;
▫ les effets de non-linéarité sont moins marqués quand la diffraction est importante et la force
d'inertie prépondérante.
En d'autres termes; la théorie non linéaire de diffraction est nécessaire pour d/L < 0,24; les effets de non
linéarité, restent appréciables même pour H/d ≅ 0,1 et deviennent évidents pour H/d ≅ 1/3 et les valeurs de
ka élevées. La théorie du 2ème ordre surestime la force pour H/d ≅ 1/5 – 1/4. La théorie de diffraction reste
valable pour H/d ≤ 0,25 et 0,3 < kR ≤ 3, et la théorie approchée de Morrison donne des résultats
satisfaisants pour kR < 0,3.
Bien que les effets de la viscosité aient été étudiés, dans le cadre de la théorie de la houle linéaire, par
Stokes, Lamb, Basset, Kinsman et d'autres, dans le cadre de la théorie de diffraction appliquée à des piles
circulaires, verticales et fixes, nous ne pouvons tout juste signaler que les travaux de Black et de
Chakrabarti. Dans la suite, dans le cadre de l'étude d'une pile articulée, on introduira les effets de
viscosité dans le calcul de la force hydrodynamique, par le biais de la théorie linéaire de diffraction en
s'inspirant de ces travaux.

§ Force de résistance constante


En plus de la force oscillante que nous venons d'analyser, un objet dans une houle régulière subit une force
constante dans la direction de propagation des vagues. L'amplitude de cette force est proportionnelle au
carré de la hauteur des vagues.
Dans la plupart des cas, cette force est petite en comparaison de la force oscillante et elle est donc
négligée, mais dans le cas de très grandes structures, elle peut revêtir une importance non négligeable.
Puisque cette force varie avec la fréquence des vagues, elle n'est plus constante dans une houle irrégulière;
elle est alors connue comme une force oscillant lentement, avec une période de plus ou moins 10 fois celle
de la période moyenne des vagues.
Si l'on considère l'équation de Bernoulli complète, la pression dynamique est définie par:
P = - ρ. {1/2. v2 + ∂φ/∂t}
La force oscillante résulte du second terme, tandis que la force constante est l'intégrale du premier. On a
ainsi:
Fxc = - ∫∫ S 1/2. ρ. {(∂φ/∂x)2 + (∂φ/∂y)2 + (∂φ/∂z)2}. cos (n,x).ds
Où x est une direction quelconque n est la normale extérieure à la surface du corps.
Dans le cas d'un cylindre circulaire allant du fond jusqu'à la surface libre, la force constante horizontale a
pour valeur:
Fhc = {1 + 2kd/sh (2kd)}. Fhc∞
Où Fhc∞ est la force pour un cylindre infiniment long et d la profondeur de l'eau.
Cette fonction est tabulée à la figure III.7 en fonction de πD/L.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.11
Chapitre III - Corps de grande dimension

(Fig. III.7)
Dans le cas où le cylindre ne s'étend pas jusqu'à la surface libre mais à une hauteur h, on peut adopter
l'expression approchée suivante:
Fhc = 1/sh (kd). {sh (2kd) - sh (2k(d-h)) + 2kh}. Fhc∞
L'erreur commise en appliquant cette formule diminue lorsque kR augmente; or, comme Fhc n'a une
importance que pour des corps de grandes dimensions, cette formule sera satisfaisante pour les
applications pratiques. La distance du point d'application de la force constante au-dessus du fond vaut:
lC = [h.{sh (2k(d-h) - 2kh} - 1/2.{ch (2kd) - ch (2k(d-h))}] / {sh (2kd) - sh (2k(d-h)) + 2kh}.(1/k)
Notons que les expériences réalisées confirment la validité de ces formules.

§ Interaction avec des piles voisines


De même que pour les corps de petite dimension, un effet de protection peut se développer ainsi qu'un
effet de blocage.
▫ Effet de protection
Nous reproduisons ci-dessous les résultats d'une théorie potentielle développée par Chappelear, résultats
qui sont formulés par un terme de correction à appliquer à la force des vagues calculées, comme si le
cylindre était seul.
La force sur un groupe de N cylindres est définie comme suit:
Fg = N. CR. FS
Où CR est le coefficient de correction défini au tableau III.1 pour différentes situations et FS la force sur un
cylindre considéré comme seul.

▫ Effet de blocage
Cet effet est relatif à l'eau qui reste emprisonnée par
l'ensemble des cylindres; c'est un effet à prédominance
inertielle. Nous reproduisons, à titre indicatif, dans ce cas
l'étude de Chang sur des cylindres de diamètre d disposés
suivant un arc de cercle de diamètre D. La figure III.8 donne
la valeur du coefficient de masse ajoutée à employer dans le
calcul de la force d'inertie sur chaque cylindre en fonction du
facteur Σ(d/πD).Signalons que peu d'études existent à ce sujet
et que des essais sur modèles sont nécessaires dans la plupart
des cas.
(Fig. III.8)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.12
Chapitre III - Corps de grande dimension

(Tableau III.1)

• Forces hydrodynamiques dues aux courants


▫ Force sur un cylindre vertical
Nous appellerons courant, un flux que l'on pourra considérer comme permanent, c'est-à-dire, dont la
période de fluctuation sera d'au moins quelques heures.
La vitesse de l'eau dans un courant pourra en général varier avec la profondeur. Dès lors, on peut
considérer que la vitesse moyenne Vm serait constante pour des portions de cylindres sur lesquels le
courant agit.
En écoulement permanent, les forces de traînée constante (la force d'inertie étant nulle) et de portance
variable perpendiculaire à l'écoulement due aux tourbillons se formant alternativement de chaque côté du
cylindre (tourbillons de Von Karman), en fonction de Vm peuvent être exprimées (telles qu'ont été définies
dans les chapitres précédents) par les expressions:
FD = 1/2. ρ. CD. Vm2. A (Force de traînée)
FL = 1/2. ρ. CL. Vm2. A (Force de portance)
Où CD et CL sont respectivement les coefficients de traînée (fonction du nombre de Reynolds Re dans le
cas du cylindre circulaire) et de portance et A le maître couple du cylindre perpendiculaire à l'écoulement.
La force de portance varie avec la même fréquence fL que celle à laquelle une paire de tourbillons se
détache du cylindre. De plus, ces tourbillons engendrent une force oscillante dans la direction de
l'écoulement, force qui est associée à la formation d'un tourbillon et varie avec une fréquence 2fL.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.13
Chapitre III - Corps de grande dimension

Elle est donnée par l'expression:


F'D = 1/2. ρ. C'D. Vm2. A (Force de traînée fluctuante)
Où C'D est le coefficient de traînée fluctuante.
La fréquence fL de décollement des tourbillons est liée pour les cylindres circulaires au nombre de
Reynolds (Vm.D/ν), où ν=10-6m2/sec pour l'eau et D une dimension caractéristique du cylindre transversale
à l'écoulement (le diamètre dans le cas du cylindre circulaire).
En général, on représente de manière adimensionnelle la fréquence de décollement des tourbillons parle
nombre de Strouhal (Str = fL.D/ Vm). Ce nombre sera fonction du nombre de Reynolds pour le cylindre
circulaire et sera en général constant pour les autres types de cylindre.
Dans la littérature spécialisée on trouve les valeurs de CD, CL, C'D et Str pour différentes formes de
cylindres (Tableau III.2) et en particulier leur variation en fonction du nombre de Reynolds pour le
cylindre circulaire.

(Tableau III.2)
Il convient de s'assurer que les fréquences d'oscillation fL et fD ne sont pas trop proches des fréquences
propres d'oscillation de la structure, donc qu'il n'y a pas risque de résonance. Dans le cas où ce phénomène
pourrait se produire, il faut prévoir des dispositifs (déflecteurs, carénages, etc.) destinés à perturber la
création de ces tourbillons.
De plus, la fréquence des tourbillons peut s'approcher d'une fréquence propre d'ovalisation d'une coque
cylindrique, engendrée par les fluctuations de pression. Notons encore que les oscillations et ovalisations
peuvent être amplifiées par l'effet du sillage turbulent d'une structure située en amont.
▫ Effet de l'inclinaison du cylindre
Certaines modifications doivent être apportées pour des cylindres qui ne sont pas perpendiculaires à
l'écoulement. Malheureusement, il y a une grande dispersion dans les résultats expérimentaux pour les
grandes inclinaisons mais les formules qui suivent sont conservatives.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.14
Chapitre III - Corps de grande dimension

En fonction de l'inclinaison (φ) du cylindre (Fig. III.9) par rapport à la direction de la vitesse
d'écoulement, les corrections suivantes sont à apporter aux différents coefficients. Telles que:
CD (φ) = CD. sin2(φ)
C'D (φ) = C'D. sin2(φ)
CL (φ) = CL. sin2(φ)
Et pour des cylindres circulaires:
Vm. sin (φ)/fL.D = 5

(Fig. III.9)

Ces équations sont bien vérifiées par l'expérience pour 45° < φ < 90° et peuvent être étendues pour d'autres
valeurs de φ.
▫ Effet de voisinage
Nous avons jusqu'ici considéré que le cylindre était seul. En fait, s'il y a d'autres cylindres ou une paroi
proche, il peut y avoir comme dans le cas des vagues un effet de protection ou au contraire une
augmentation de la sollicitation due au sillage d'une pile amont par exemple.
Aucune théorie valable n'existe à ce sujet, aussi, on recommandera des essais sur modèle dans chaque cas
particulier.
Si le courant devient oblique par rapport aux directions définies au tableau III.2 (pour les sections autres
que la section circulaire), une force F combinant une force de traînée et la force pulsante de portance peut
apparaître dans la direction d'un axe faible du cylindre (Fig. III.10). On a ainsi:
F = 1/2. ρ. CF. V2. A avec CF = CL. cos (α) + CD. sin (α)

(Fig. III.10)
Cette force est susceptible d'engendrer un phénomène de résonance dans la direction de F (non
perpendiculaire à la direction du courant), appelé "galloping". C'est le même phénomène que celui qui se
produit dans l'air avec les câbles électriques suspendus.
Notons enfin que les coefficients CL et CD varient avec l'angle d'incidence (α) et qu'il faut en tenir compte
dans les calculs.
Signalons enfin que au cours de la conception des structures tant maritimes que fluviales, en plus des
effets qu'on vient de passer en revue, il faut aussi introduire les effets du vent et dans de zones froides
celles de la glace.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.15
Chapitre III - Corps de grande dimension

• Méthodes numériques
Dans la littérature, nous avons recensé deux méthodes numériques pour résoudre le problème des corps
soumis à une houle incidente. Il s'agit de méthodes qui recherchent la fonction potentielle φ (fonction de
x, y, z, t) solution du problème par une méthode de discrétisation numérique traitée sur ordinateur; ce sont
donc des méthodes approchées pour trouver la solution mathématique du potentiel φ. Ces deux méthodes
sont:
▫ la méthode des singularités (équation intégrale, fonction de Green);
▫ la méthode des éléments finis fluides.
Dans un but d'information, on se bornera à donner seulement le principe de ces méthodes. La formulation
pratique des équations qui en découlent et leur traduction pour être traitée sur ordinateur peuvent être
consultées par le lecteur intéressé dans la bibliographie citée dans ce chapitre.
§ Méthode des singularités (fonction intégrale, fonction de Green)
La méthode la plus générale pour calculer les efforts hydrodynamiques fut formulée vers les années 50 par
John. Cette méthode qui est applicable à des corps de formes arbitraires, utilise la fonction exacte de
Green donnée par l'auteur et le théorème de Green pour obtenir une équation intégrale du potentiel aux
surfaces frontières du problème. Les variantes de cette méthode utilisent la fonction de Green ou la
solution fondamentale qui ne satisfait pas toutes les conditions aux limites, par exemple la condition de
surface libre, ce qui implique l'intégration de différentes quantités sur les surfaces où ces mêmes quantités
ne satisfont pas les conditions nécessaires.
Une autre variante importante de la méthode fut développée par Black. Cette méthode en utilisant la
fonction symétrique de Green qui est séparable suivant les coordonnées, permet de résoudre avec plus
.d'efficacité le problème des corps présentant une symétrie axiale.
La littérature spécialisée abonde de résultats obtenus par cette méthode générale et ses variantes,
notamment Boreel et Hogben et Standing. Dans ces applications le corps est représenté par une matrice
de sources dont la magnitude est telle qu'elle annule le flux du fluide à travers la surface du corps.
La méthode de l'équation intégrale peut aussi être utilisée pour calculer les forces d'inertie sur les corps en
faible oscillation. Une liste exhaustive de littérature sur ce sujet est donnée par Wehausen. Le mouvement
du corps est modélisé en remplaçant le flux du fluide, résultant du mouvement du corps, à travers la
surface du corps pendant sa position moyenne par une distribution de sources.
Un autre outil important de l'analyse des forces des houles est donné par les relations de Haskind
expliquées en détail dans Newman. Ces relations exploitent la réciprocité entre les problèmes de radiation
et de diffraction. Le théorème de Haskind fournit une méthode d'évaluation des forces des houles sur des
corps fixes, par l'amplitude des ondes radiées qui seraient gérées par les mêmes corps en oscillation.
Une première particularité de la méthode des singularités consiste à utiliser un principe de superposition
de plusieurs fonctions potentielles, la théorie employée conduisant à des équations linéaires. On
décompose le potentiel φ solution du problème, en une somme de deux termes:
▫ Le potentiel de l'onde incidente
Il s'agit du potentiel d'une houle φ I de période (T) et d'amplitude (a) qui s'étend sur toute la surface de la
mer et vient donc de l'infini. Ce potentiel est connu au départ sur la base d'une théorie de houle, donc il
vérifie la condition de continuité, les conditions aux limites sur le fond et à la surface libre et il a la même
valeur sur toute l'étendue de la mer.
▫ Le potentiel de l'onde émise par le corps
Il s'agit de l'onde diffractée par le corps considéré comme fixe, de potentiel φ D et de l'onde rayonnée par
les mouvements du corps de potentiel φ R.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.16
Chapitre III - Corps de grande dimension

Ainsi le potentiel φ, solution du problème, est donné par:


φ = φ I + φ D+ φ R
La condition de radiation de Sommerfeld, dans le cas de la méthode des singularités, s'écrit:
φ D → 0 et φ R → 0 pour x et z tendant vers ± ∞
Pour déterminer les potentiels φ D et φ R, on utilise les méthodes précitées qui permettent de ramener le
problème tridimensionnel dans le domaine fluide à un problème bidimensionnel sur le corps. Ainsi, dans
la méthode de fonction intégrale on suppose que l'écoulement réel du fluide autour du corps peut être
représenté de manière équivalente par un écoulement associé à une densité de sources et de puits répartis
sur la surface immergée du corps.
Le potentiel des vitesses en un point P du fluide s'exprime en fonction de la densité de sources inconnues f
(P') du point P' situé sur la surface immergée SC du corps:
1
Q( P ) = . ∫∫ f ( P' ).G ( P, P' ).dS
4.π S
C

Où la fonction G (P, P') appelée fonction de Green, décrit potentiel d'une source élémentaire de débit
variable.
Q = 4.π. cos ( 2.π.t / T)

La forme de G est choisie de manière à satisfaire automatiquement à la condition de continuité et à toutes


les conditions aux limites à l'exception de celle de glissement sur le corps. Cette condition de glissement
sur la surface SC permettant de déterminer la répartition des densités de sources sur cette même surface
s'écrit:
1 ∂ 1
∀ P ∈ SC ⇒ Vn ( P ) = . ∫∫ f ( P' ). G ( P, P' ). dS − .f ( P )
4 .π S ∂n 2
C

Où Vn (P) et n sont respectivement la vitesse normale et le vecteur normal à la surface SC du corps.


Cette équation intégrale, avec la fonction f pour inconnue, se résout par la méthode des singularités en
introduisant deux approximations:
▫ la surface immergée SC est remplacée par un ensemble de N facettes Si;
▫ la densité de source f (P) est supposée constante sur chaque facette.
Une fois les intégrales de surface remplacées par des sommes finies, le problème se ramène à un système
linéaire de N équations à N inconnues. La valeur du potentiel se déduit, dès lors, de la densité de sources
discrétisées. Elle permet de calculer la pression pi sur chaque facette et d'en obtenir la force
hydrodynamique par sommation du produit pi.Δδ i sur le nombre total de facettes.
Le principal avantage de cette méthode réside dans l'élimination du domaine fluide infini par le transport
du problème à résoudre sur la surface immergée du corps pour ne plus se préoccuper de surface frontière
limitant le domaine étudié. Par contre, cette méthode rencontre au niveau de sa mise en oeuvre de
sérieuses difficultés d'intégration numérique.
Notamment la résolution de l'équation intégrale de Fredholm obtenue par la condition de glissement sur la
surface immergée SC du corps, à l'intersection de SC avec la surface libre introduit deux complications: le
noyau ∂ G ( P, P' ) de cette intégrale possède des singularités sur la courbe d'intersection de SC avec la
∂n
surface libre et d'autre part pour certaines fréquences de l'onde, l'intégrale peut avoir des fonctions
propres.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.17
Chapitre III - Corps de grande dimension

§ Méthode des éléments finis fluides


La méthode des éléments finis est une méthode numérique de résolution approchée de champs qui peuvent
s'exprimer sous forme variationnelle.
Elle peut être considérée comme une extension de la méthode de Rayleigh-Ritz, au lieu d'appliquer cette
dernière à l'ensemble du champ cherché dans le domaine étudié, la méthode des éléments finis l'applique à
des petites régions de ce domaine dont la juxtaposition reconstitue le champ complet.
L'avantage et la puissance de cette méthode résident dans le fait que dans les sous régions fragmentant le
domaine, on peut choisir pour approcher le champ cherché des fonctions beaucoup plus simples que celles
qui serviraient à décrire le champ complet. Grâce à la subdivision du domaine, on peut s'adapter aisément
à une forme compliquée de ce dernier, en particulier sur son contour. On élimine ainsi une des grandes
difficultés de la méthode de Rayleigh-Ritz, à savoir des fonctions décrivant le champ complet et le respect
des conditions aux limites.
Physiquement, le domaine est considéré comme formé d'un assemblage de composants individuels, les
éléments finis. Le domaine est subdivisé en un nombre fini de tels éléments liés par un nombre fini de
conditions de continuité, exprimées en certains points communs à plusieurs éléments, les noeuds. Ces
conditions stipulent simplement l'égalité des paramètres des divers champs aux noeuds communs.
Cette méthode, développée il y a une quarantaine d'années, a actuellement prouvé sa capacité à résoudre
toutes sortes de problèmes relatifs à des milieux continus. Elle a surtout été appliquée pour la recherche
des champs des contraintes et de déformations dans des milieux élastiques. Sous l'impulsion de
Zienkiewics, Newton et Holland, son application dans le domaine de la mécanique des fluides s'est
développée avec l'introduction des éléments fluides qui a permise la résolution du champ potentiel en se
basant sur l'équation de continuité.
Le problème de réfraction et de diffraction a été traité pour la première fois par Berkhoff en discrétisant la
région entourant un obstacle ainsi que les régions de profondeurs variables par un réseau d'éléments finis
et en résolvant l'équation de propagation des ondes sur ce réseau pour différentes îles et haut fonds
circulaires. La méthode d'application de la condition de radiation paraît néanmoins semblable à la méthode
utilisée par Chen et Mei.
▫ Problème à la frontière
Dans l'application de la méthode des éléments finis fluides, le fait que le domaine fluide s'étende à l'infini
dans la direction des x pose une difficulté dans la mesure où il n'est évidemment pas raisonnable d'étendre
à l'infini un maillage par éléments finis pour raison de temps et coût de calcul sur ordinateur.
Trois solutions existent pour surmonter cette difficulté, en utilisant une frontière artificielle à distance
finie:
o Imposition de la condition de radiation sur cette frontière en exprimant qu'à une distance r du corps, la
perturbation due à la présence du corps s'organise suffisamment pour que le champ de vitesses
corresponde à cet endroit à une onde de gravité s'éloignant de la structure avec une célérité c, donc un
potentiel φ fonction de z et (x-ct).
La condition de radiation en x = r s'écrit alors:
∂φ 1 ∂φ
=− . avec φ = f (z). g (x − c.t )
∂x c ∂t

Notons qu'il n'y a pas de critère mathématique qui permet de définir la distance r, en général, on procède
par approximations successives en augmentant progressivement r jusqu'à ce que la solution se stabilise
d'un calcul à l'autre. Sur la base de cette méthode empirique, Newton conseille:
rmin = n.d + a avec n = 1,5 à 3

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques III.18
Chapitre III - Corps de grande dimension

Où d est la profondeur du fluide et a la demi largeur du corps symétrique par rapport à son axe vertical et
dans la direction de la propagation. Dans le cas des piles cylindriques verticales a représenterait le rayon
de la pile.
o Utilisation des éléments fluides infinis pour se raccorder au domaine extérieur. La seule différence
entre ces éléments et les éléments classiques est que le domaine d'application des premiers s'étend à
l'infini. Cela crée aussi quelques problèmes d'intégration numérique. Cette approche très prometteuse du
problème, bien qu'elle ne soit pas beaucoup utilisée, a l'avantage d'une grande homogénéité dans le
traitement des problèmes intérieur et extérieur, qui se trouvent modélisés par un ensemble d'éléments finis
ou infinis, relevant du même type d'approximation.
o Possibilité de raccorder sur cette frontière la solution intérieure (éléments finis) avec une solution
extérieure obtenue par une méthode choisie (équations, séries de "fonctions propres", etc.). Dans la
littérature très peu de renseignements sont disponibles sur ce type de solution.
▫ Formulation du problème discrétisé
En divisant le domaine fluide en plusieurs éléments, le potentiel des vitesses à l'intérieur de chaque
élément discrétisé par:
φ = G T .ψ.e i σt
Où ψ est le vecteur des valeurs du potentiel complexe aux nœuds de l'élément, G est le vecteur des
fonctions de pondération et eiσt exprime que le potentiel est harmonique de fréquence σ.

La résolution approchée du problème de Laplace s'effectue par la méthode de Galerkin. Dans le cas d'un
problème plan:
T 2 ∂ 2φ ∂ 2φ
∫ G .∇ φ. dΩ = 0 où ∇ 2 φ = 2
+
2
Ω ∂x ∂z

Dès lors, par le théorème de divergence, on obtient:


∂ GT ∂ GT ∂ φ ∂ φ ∂φ
∫{ , } .{ / }. dΩ = ∫ G T . . dΓ
Ω ∂x ∂z ∂x ∂z Γ ∂n

Où Γ est la frontière du domaine fluide Ω et n est une coordonnée locale dans la direction de la normale
extérieure à la frontière.
En remplaçant φ par son expression discrétisée et exprimant par le second membre les différentes
conditions aux frontières, on retrouve un système linéaire d'équations matricielles du type:
[K]. Ψ = [ P]
qui peut être résolu numériquement.
La méthode des éléments finis ne pose plus à l'heure actuelle de problème de convergence numérique et
elle permet de plus de traiter n'importe quelle forme de structure et de fond. Il faut cependant noter que,
quelle que soit la méthode utilisée pour résoudre le problème de champ, on est ramené à utiliser un
ordinateur puissant, et que la mise au point d'un tel programme n'est pas à la portée de tous.
Aussi, utilise-t-on souvent, dans chaque cas particulier, un programme général existant, ce qui ne se fait
malheureusement pas sans difficultés. L'utilisation d'un tel programme comme une boîte magique impose
à l'utilisateur toute une série de problèmes à résoudre; notamment au niveau du volume des données et
d'interprétation des résultats, sans oublier le coût des opérations.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.1
Chapitre IV - Sollicitations des structures

Chapitre IV. Sollicitations des structures

• Introduction
Ayant passé en revue les actions de la houle et du courant sur les différentes structures, dans ce chapitre
on expose, en résumé, les principales actions environnementales marines notamment des houles et des
courants (sans se préoccuper des actions du vent et des glaces) et des sollicitations engendrées par les
manœuvres des navires (accostage) sur structures telles que des murs de quai, des ducs d'Albe et par les
vagues sur des digues et des jetées destinées à protéger les côtes contre leurs actions.
Les structures de protection côtières, soit renvoient l'énergie contenue dans les vagues vers le large (digues
verticales), soit amortissent cette énergie en cassant les vagues (digues en enrochements), soit encore
servent de barrière pour uniquement diminuer l'agitation à l'intérieur d'une zone (digues flottantes, de
parois percées de trous, etc.).
Ces mêmes structures sont utilisées dans les grands lacs et dans les estuaires des fleuves de grandes
dimensions. Par contre dans les fleuves la plupart des ouvrages sont celles de type portuaire et plus
souvent celles servant à l'accostage des bateaux (murs de quai, ducs d'albe, etc.). De ce fait, les principes
de calcul utilisés pour les structures marines restent, en faisant abstraction des effets de la houle,
applicables à ces ouvrages fluviaux.
Au point de vue des sollicitations, ces structures ne sont pas calculées aux actions du vent et du courant
mais uniquement à l'action des vagues (et des bateaux dans le cas des murs de quai).
Bien qu'on en ait construit depuis longtemps, leur calcul aux actions marines était resté très sommaire. Le
développement de grands ports extérieurs ces dernières décennies a fait sentir le besoin d'un calcul plus
poussé de ces structures, leur dimension importante faisant qu'elles supportent ces actions de manière
accrue.
Le point le plus important constitue la détermination des caractéristiques de la houle au droit de la
structure. Ce point est très délicat, en effet, on connaît en général les caractéristiques Ho, Lo, T (hauteur,
longueur d'onde, période) de la houle en haute mer et non les caractéristiques sur la côte. Il faut tenir
compte des effets de réfraction dus au fond incliné de la mer, réflexions dues à la présence de caps, de
baies et des structures côtières elles-mêmes. Il est donc nécessaire d'établir un plan de vagues pour
déterminer, en fonction de Ho et Lo les caractéristiques de la houle au droit de l'ouvrage à calculer.
Signalons enfin que la conception et le calcul structurel de ces différents ouvrages sont du ressort du génie
maritime et de ce fait, hors du contexte de notre exposé.

• Rappel des facteurs environnementaux


Les facteurs d'environnement concernent l'ensemble des actions de la nature sur l'installation étudiée. Ces
facteurs peuvent être divisés en trois grandes classes: ceux relatifs à la mer, ceux relatifs aux fonds marins
et ceux relatifs à l'atmosphère. Rappelons que les deux premiers facteurs furent développés dans la
première et troisième partie du cours.
§ La mer
Les conditions d'environnement relatives à la mer sont évidemment les premières à prendre en compte
pour une structure marine car ce sont elles qui donnent lieu aux sollicitations les plus importantes. C'est
sur ce sujet que nous nous étendrons le plus mais tout en gardant dans l'esprit l'applicabilité de ces
différents facteurs selon le milieu que concernerait l'implantation de ces différentes structures.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.2
Chapitre IV - Sollicitations des structures

▫ Profondeur d'eau et marée


La profondeur d'eau est le premier facteur d'environnement à prendre en compte. C'est en effet ce
paramètre qui influence le plus les caractéristiques de l'ouvrage projeté. C'est lui qui, bien souvent, en fixe
le prix, c'est enfin lui qui, si on est parti sur de mauvaises bases, rendra le projet irréalisable.
La profondeur d'eau impose ses limites par plusieurs effets. Les dimensions des plates-formes fixes
augmentent avec elle, ce qui entraîne des problèmes de résistance mécanique et de stabilité. En effet, les
forces de houle et de courant agissant sur une installation fixe augmentent avec la profondeur. La pression
hydrostatique pose, pour certaines architectures, les problèmes de résistance les plus sérieux lorsque la
profondeur devient grande.
Enfin, les reconnaissances de sol avant mise en place et les interventions sur les œuvres immergées en
cours d'exploitation, pour contrôle et réparation, deviennent plus difficiles lorsque la profondeur
augmente.
La connaissance de la profondeur est donc primordiale. Encore faut-il noter que la profondeur d'eau en un
lieu donné varie avec la marée et les surélévations atmosphériques.
Cependant, pour des considérations d'espace d'air sur le pont d'installations fixes en particulier, la
profondeur d'eau doit être connue avec une bonne précision. La connaissance, au large, de l'élévation des
plus hautes marées et de la surélévation atmosphérique est aujourd'hui loin d'être parfaite. Aussi se fixe-t-
on généralement une marge de sécurité que l'on pourra d'ailleurs encore augmenter pour tenir compte
d'une certaine indétermination sur la hauteur maximale de houle, de façon à s'assurer que le pont se
trouvera en toutes circonstances hors d'atteinte de la houle.
▫ La houle
La houle applique aux structures des forces variables qui peuvent être très importantes. Il faut évaluer ces
forces, avec le plus de précision possible, pour pouvoir procéder à l'analyse structurale de l'installation.
L'élévation maximale de la houle intervient, en liaison avec la profondeur d'eau pour fixer la hauteur totale
d'une structure fixe. Les problèmes de l'évaluation de ces facteurs de houle viennent du fait que celle-ci est
un phénomène aléatoire.
Par exemple, on s'intéresse à la hauteur maximale de houle sur 50 ou 100 ans, alors que l'observation
systématique de la mer ne remonte pas â plus de 20 ans. On pourrait penser se fixer des valeurs maximales
de hauteur correspondant à la limite physique de stabilité de la houle, en fonction de la longueur d'onde et
de la profondeur d'eau, mais, à part le cas de très faibles profondeurs d'eau et de très faibles longueurs
d'onde, ces valeurs sont beaucoup trop supérieures aux maxima que l'on a rencontré jusqu'à présent pour
être utilisables. Il est donc nécessaire d'extrapoler les valeurs d'observations que l'on possède, dans le
temps et, aussi bien d'ailleurs dans l'espace. Ce problème complexe, faisant intervenir des théories
statistiques, ne constitue pas le but de notre exposé.
En ce qui concerne la modélisation mathématique de la houle, les théories les plus employées sont la
théorie linéaire de Stokes au 5ème ordre. Nous nous contenterons de l'analyse au 1er ordre (voir Partie I.
Chapitre I).
Le principal avantage de la houle au premier ordre est qu'elle est linéaire (on peut définir une amplitude)
et permet de ce fait une approche spectrale pour représenter les états de mer complexes et leurs effets
(mouvements, contraintes, fatigue).
En effet, la mer ne peut être représentée par une houle simple, avec une seule période et une seule hauteur;
la mer est complexe et elle constitue une combinaison de houles simples.
En théorie spectrale, on représente un état de mer, dont on étend la durée jusqu'à plusieurs heures (12 ou
24 h) par une combinaison de houles au premier ordre.
▫ Le courant
Le courant a une action directe sur les structures et c'est de plus un paramètre dont il faut tenir compte
pour les opérations marines de remorquage et d'immersion.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.3
Chapitre IV - Sollicitations des structures

La connaissance parfaite du courant demande une assez longue étude; par exemple, une campagne de
mesure d'une durée de l'ordre de l'année. Le courant n'est pas en effet un phénomène simple. Il est la
superposition de plusieurs phénomènes, constants, périodiques ou aléatoires. Ces composantes sont
brièvement revues ci-dessous.
Le courant de marée peut avoir une période de retour de 6 ou 12 h. Son amplitude, sa vitesse maximale
sont variables avec l'amplitude des marées.
Les courants dits constants sont des courants résultant de la rotation de la terre et des différences
thermiques des masses d'eau qui peuvent varier saisonnièrement. Les courants aléatoires sont dus aux
surélévations de la surface de la mer crées par le vent ou la pression barométrique; par exemple, des
courants de ce type naissent en cas de tempête.

La connaissance de ces courants doit s'étendre de la surface au fond: en effet, la variation en altitude de
leur vitesse est importante pour le calcul des efforts sur les structures fixes, en particulier en ce qui
concerne les sollicitations de renversement. La variation de vitesse avec la profondeur est souvent
appréciable et il est difficile de s'en faire une idée, et même s'inverser avec la profondeur. Des mesures sur
sites sont donc indiquées.
Il est à noter que, à cause des influences de surface, le courant en profondeur peut être déterminé avec plus
de précision que le courant en surface. Comme pour la houle, il faut noter que la connaissance de la
direction des courants est importante. En son absence, on fait l'hypothèse que le courant peut avoir toute
direction.
▫ La température de l'eau et salissure
La température de l'eau est un paramètre dont il faut tenir compte surtout lorsqu'elle est basse (aux
environs de 0°C). Dans ce cas, c'est surtout le choix des matériaux qu'elle influence, du point de vue de la
résilience, en ce qui concerne les parties immergées. Des températures élevées pourraient poser des
problèmes de contraintes thermiques. La température de l'eau présente des variations beaucoup plus
faibles que les températures de l'atmosphère.
La salissure par les organismes marins modifie les dimensions et
l'état de surface des éléments de structure affectés avec, pour résultat,
une augmentation du poids de la structure et des modules des forces
d'environnement relatives à la mer. Il est donc important de disposer
d'informations sur la salissure à l'endroit considéré. Le tableau IV.1
reproduit les poids de salissure à prendre en compte faute d'autres
informations. (Tableau IV.1)
§ Le fond
Pour les engins flottants qui sont ancrés en position de travail, la connaissance de la nature du fond est
importante pour l'évaluation de la tenue des ancres. Cependant, en général, ces engins sont équipés d'une
gamme d'ancres prévues pour une variété de fonds.
Il est certain toutefois qu'un fond rocheux ou extrêmement vaseux doit être évité et donc que la nature du
fond sur le site d'opération doit être connue.
On procède néanmoins toujours à des essais de traction sur les ancres, ces essais donnant les seules
indications de tenue si aucune reconnaissance n'a eu lieu. Pour des reconnaissances, un simple
pénétromètre à masselotte peut être avantageusement employé.
Pour toutes les structures reposant sur le fond par contre, celui-ci est un paramètre primordial dans la
mesure où c'est lui qui assure la stabilité.
La connaissance de la granulométrie et de la cohérence du fond sont nécessaires pour prévoir la
susceptibilité à l'affouillement, car l'écoulement de l'eau est accéléré aux pieds de la structure.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.4
Chapitre IV - Sollicitations des structures

Pour l'étude des fondations, les caractéristiques du sol doivent être connues, non seulement dans les
couches superficielles, mais aussi en profondeur, même si la structure est du type poids et ne fait que
reposer sur le fond.
Pour le cas particulier des grands radiers, il est de première importance que le fond soit extrêmement plat;
autrement dit, il faut en connaître la topographie avec la précision du décimètre. Pour cela, les mesures par
sondeur à ultra-sons, avec les précautions d'usage dans la mise en oeuvre (filtrage du pilonnement) sont
généralement employés de façon satisfaisante. Une connaissance approchée des couches en profondeur
peut être obtenue à distance par matériel sismique remorqué.
Néanmoins, seuls les sondages peuvent préciser la nature géologique, la cohésion, la résistance et la teneur
en eau des différents terrains rencontrés. Il convient de préciser qu'en mer, ces mesures sont difficiles à
faire, puisqu'il faut éviter le remaniement des échantillons, dans toute la mesure du possible.
Pour fournir un point de comparaison avec les essais qui seront faits sur des échantillons envoyés dans un
laboratoire à terre, et donc auront inévitablement subi des remaniements, il est indiqué de faire un
minimum d'essais à bord du navire de reconnaissance.
On peut noter que le plus grand soin doit être apporté à la localisation (une opération difficile en mer) si
l'on veut s'assurer que l'installation sera effectivement mise en place à l'endroit exact où la reconnaissance
a été faite.
Pour souligner l'importance de ce facteur d'environnement, signalons que la littérature en la matière en est
pleine d'exemples d'accident qui s'est produit pour cause d'insuffisance de données approfondies sur le site
projeté.
Un dernier paramètre relatif au sol est le risque de secousses sismiques dans la zone d'implantation. Cette
information ne peut prévenir que d'observations antérieures, assez rares dans la plupart des cas pour
pouvoir faire l'objet de statistiques. En guise de synthèse, les recommandations des Sociétés de
Classification et/ou de Contrôle constituent une base de référence nécessaire pour le calcul des ouvrages
en mer.
§ L'atmosphère
▫ Le vent
Le plus important des facteurs atmosphériques d'une façon générale est le vent. Celui-ci exerce en effet sur
les structures des efforts qui peuvent être considérables et peuvent compromettre leur équilibre. La
connaissance du vent, surtout celui de rafale, présente, comme celle de la houle, des difficultés
d'acquisition des données, bien que les points de mesure soient plus nombreux.
De plus, les extrapolations mathématiques sont ici encore plus incertaines que pour la houle et il faut le
plus souvent adopter des valeurs maximales conservatives. En ce qui concerne les rafales, leur durée en
fonction de la vitesse du vent a une très grande influence sur la réponse dynamique des structures.
Faute de connaissances plus précises, on adopte des rafales standards, ayant une vitesse maximale donnée
(100 nœuds par exemple) et une durée donnée (10 sec. selon les habitudes internationales en ce qui
concerne la mesure du vent; 35 sec. selon le Règlement du Département; de l'Énergie britannique). Ici
encore, les mesures locales revêtent une grande importance.
La variation de la vitesse du vent en fonction de l'altitude est assez bien connue à terre. Les formules
classiques souvent employées ne sont strictement valables que sur la terre et il convient de les remplacer,
chaque fois que c'est possible, par des lois déterminées pour les conditions en mer et donnant, en fonction
de la vitesse du vent mesurée à 10 m au-dessus de l'eau (qui est la mesure standard du vent), la variation
avec l'altitude et la probabilité d'arrivée tous les 50 ou 100 ans. Les recommandations des Sociétés de
Classification et/ou de Contrôle constituent, comme dans le cas de la houle, la base de référence pour le
calcul au vent d'une structure.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.5
Chapitre IV - Sollicitations des structures

Dans des modèles, on considère indépendamment une vitesse moyenne et une vitesse de rafale, l'une et
l'autre servant à des vérifications différentes (étude de stabilité, efforts locaux), mais il n'est pas utilisé un
modèle qui pour une vérification de stabilité par exemple ferait intervenir simultanément le vent moyen et
les fluctuations autour de cette moyenne, dues à la turbulence.
▫ La température, neige et glace
D'autres paramètres atmosphériques que le vent sont à prendre en compte pour la mise au point
d'installations de génie océanique. Ces paramètres ont évidemment une influence directe sur les opérations
d'exploitation, comme le vent aura d'ailleurs une influence sur l'opération des hélicoptères. Ils limitent les
opérations de soudage à la construction ou à la réparation.
Les températures de l'air peuvent prendre des valeurs beaucoup plus extrêmes que ce n'est le cas pour
l'eau. Les basses températures (au-dessous de 0°C) ont une influence déterminante sur le choix des aciers.
Les hautes températures (au-dessus de 30°C) causent des dilatations qu'il faut prévoir.
L'accumulation de neige et surtout de glace peut créer des charges additionnelles non négligeables et, pour
les installations flottantes, il peut être nécessaire d'en tenir compte, non seulement dans l'analyse
structurale, mais encore pour l'étude de stabilité.
Dans tous les cas, ce sont les conditions extrêmes qu'il faut connaître, aussi des observations sur de
longues périodes sont nécessaires. Comme, généralement, on ne connait que des moyennes mensuelles, il
convient de les majorer suffisamment pour obtenir une bonne sécurité.
Enfin, dans certaines zones, il faut tenir compte de la présence de glaces et étudier les renforts nécessaires
pour permettre à la structure de résister aux impacts. En ce qui concerne les icebergs, il serait vain de
prévoir des renforts pour éviter les dommages causés par un abordage et ce sont donc les abordages qu'il
faut éviter.

• Sollicitations des structures marines et portuaires


La description des différents ouvrages marines et portuaires est donnée au Chapitre I "Principaux
ouvrages côtiers et portuaires" de la cinquième partie "Voies maritimes et fluviales" du présent cours. De
ce fait, dans les paragraphes suivant nous nous bornerons qu'à des différentes méthodes de
dimensionnement des ouvrages d'accostage et de protection côtière.

§ Charges sur les ouvrages


Les charges qui doivent être prises en compte pour la conception et les études des structures marines et
portuaires peuvent être classées en deux catégories, telles que:
§ Charges dues aux facteurs environnementaux (houle, marée, courant, vent et glaces), exposées dans
les chapitres précédents.
§ Charges autres que celles environnementales, telles que:
▫ Charges de gravité purement statiques;
▫ Charges dues aux opérations:
- charges résultant de l'exploitation
- charges résultant de l'ancrage
- charges résultant des opérations de levage
- charges résultant de l'appontage d'hélicoptères
- charges dues aux accostages
- charges dues aux opérations de construction et mise en place
- charges dues aux opérations de remorquage.
Les spécifications concernant ces charges sont données par les différentes Sociétés de Classification et/ou
de Contrôle et ne nécessitent aucun commentaire particulier, à part les charges dues aux accostages qui
font l'objet du paragraphe ci-après.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.6
Chapitre IV - Sollicitations des structures

Dans la suite du présent chapitre, nous nous bornerons, plutôt, à exposer les sollicitations de la houle ou
des vagues et ainsi qu'à celles causées par les manœuvres d'accostage sur les ouvrages marines et
portuaires (digues, jetées, murs de quai, ducs d'Albe, etc.).

• Sollicitations dues aux accostages


Le ravitaillement en nourriture et matériel des ouvrages (plates-formes ou autres) en mer, se fait souvent à
l'aide de navires qui doivent pouvoir accoster l'ouvrage; d'autre part, le transport du pétrole se fait souvent
à l'aide de navires pétroliers qui doivent accoster durant les opérations de chargement et déchargement. Il
en est de même dans les installations portuaires. Ces parties des structures doivent être dimensionnées de
manière à pouvoir supporter sans dégât ces efforts dus à des manœuvres de bateaux aux alentours.
Dans des conditions de mer extrêmes, il arrive de plus en plus fréquemment des collisions entre les
ouvrages (structures) et les navires (de ravitaillement ou même de passage aux alentours). Dans les ports,
par contre, on assiste aux chocs d'accostage contre les murs de quai, pontons et les ducs d'Albe, etc.
Il s'agit donc d'imaginer un système de défense qui soit à même d'absorber toute l'énergie d'un impact au
cours de manœuvres normales, sans dégâts au navire, aux structures marines et aux ouvrages portuaires.
Pour l'accident, les dégâts peuvent être acceptés jusqu'à un certain point, mais aucun dégât ne peut être
toléré pour les parties vitales des ouvrages.
De plus, la possibilité d'une catastrophe doit être aussi envisagée (cas où un gros bateau à la dérive
contre les ouvrages). Dans ce cas, il est inutile de penser que le système de défense puisse reprendre de
tels efforts. La probabilité d'une telle catastrophe peut être réduite en faisant appliquer aux navigateurs les
règles en matière d'accostage et de manœuvres dans les ports et ainsi qu'en mer près des structures
marines.
• Énergie d'impact
En général, on rapporte l'énergie d'accostage à l'énergie cinétique du navire présentée sous la forme:
2
EC = PV /2g
Où V est la vitesse d'accostage, P le poids du navire, c'est-à-dire, son déplacement et g l'accélération de la
pesanteur.
L'énergie d'accostage s'en déduit par l'intermédiaire de différents coefficients multiplicateurs, et est aussi
déterminée par une formule du type:
EAC = CM. CE. CP. CD. PV2/2g

▫ CM est, tel qu'exposé dans les chapitres précédents, le coefficient de masse hydrodynamique, ou de
masse d'eau ajoutée qui traduit le fait que le navire semble avoir dans l'eau une inertie plus grande que
son inertie propre, car dans son mouvement il entraîne en partie l'eau qui l'entoure. Parfois, on
considère simplement que l'eau entraînée par reconduit à une majoration de l'énergie cinétique de 20 à
30 % et on prend CM = 1,2 ou 1,3.
Si l'approche du bateau s'effectue, comme c'est le cas le plus souvent, selon une trajectoire circulaire,
Vasco Costa arrive à la formule:
CE = {R2 + L2. cos2 (α)} / (R2 + L2)
Où R étant le rayon de giration du navire, L la distance entre le point d'impact O et le centre de gravité
G du navire et α l'angle entre la ligne OG et la direction de la vitesse du navire (Fig. IV.1).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.7
Chapitre IV - Sollicitations des structures

(Fig. IV.1)
La condition la plus défavorable arrive lorsque le point d'impact O coïncide avec G ; on a alors CE égal
à 1. Les valeurs les plus couramment admises sont comprises entre 0,5 et 0,7.
▫ CP est le coefficient tenant compte de l'effet de piston du "matelas" d'eau coincé entre le navire et la
paroi d'accostage. Dans le cas de structures ouvertes telles que les plates-formes métalliques, on a CP =
1.
Dans le cas de murs pleins, on prendra, en général, CP = 0,8 (cette valeur n'ayant aucune signification
scientifique mais résultant plutôt d'une intuition pour donner une valeur à un phénomène que l'on sait
exister mais qu'on ne parvient pas à cerner).
▫ CD est le coefficient prenant en compte la part d'énergie absorbée par la déformation de la structure du
navire. Pour les grands navires l'énergie absorbée par les déformations élastiques de la coque est faible;
des calculs faits par les chantiers navals pour déterminer les déformations conduisent à un enfoncement
maximal de l'ordre de 2 cm lorsque l'acier travaille au voisinage de la limite élastique. Cette déflexion
est beaucoup plus faible que celles des défenses modernes. L'énergie absorbée par le navire est donc
faible. Pratiquement, on prend CD = 0,9 à 1.
• Vitesse d'accostage
▫ Lors d'une manœuvre normale: Par comparaison avec les vitesses rencontrées habituellement lors
d'accostage sur des quais de ports exposés, une vitesse de 0,5 m/s semble la plus probable.
▫ Conditions accidentelles: Comme dit plus haut, on peut permettre dans ces conditions quelques
dommages aux ouvrages, mais celle-ci ne peut pas être mise hors-service. L'énergie d'impact calculée
sera fort dépendante de l'exactitude obtenue dans l'estimation de la vitesse du bateau au moment où il
heurte la structure.
Un navire abandonné à lui-même va dériver sous l'impulsion des forces dues aux vagues, au vent et au
courant. Supposant que le bateau se trouve du côté de l'ouvrage exposé au vent et que le vent, le
courant et les vagues agissent dans la même direction, la contribution à la vitesse d'impact de ces
différents éléments peut être calculée à partir d'études statistiques sur 1esquelles nous ne nous
étendrons pas ici. Nous donnons à titre d'exemp1e les résultats obtenus, en termes des vitesses
maximales prévisibles, pour des conditions d'environnement correspondant à la mer du nord.
• Vagues: Les plus mauvaises conditions pour les navires de ravitaillement se présentent pour des
vagues de 3 à 4 m de haut, avec une période moyenne de 7,5 s. Il y correspond une vitesse
maximum pour ce type de bateau de Vw = 3,3 m/s.
• Courants: On peut considérer que le bateau se déplace à la même vitesse que le courant, en
régime établi. Les statistiques donnent pour la partie centrale et nordique de la mer du nord:
- un courant maximal annuel de 0,5 nœud;
- un courant induit par les vents pris égal à 1 % de la vitesse d'un vent établi maximum de 26
nœuds, soit un courant de 0,26 nœud.
Nous aurons donc Vc = 0,76 nœud soit 0,37 m/s.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.8
Chapitre IV - Sollicitations des structures

• Vitesse engendrée par des forces de traînées dues aux vagues et au vent
Le navire est exposé aux forces du vent et aux forces de trainées de vagues, dues à la
configuration irrégulière de la mer. Ces forces, engendrent une augmentation de la vitesse de
dérive jusqu'à ce qu'elles soient contrebalancées par la résistance du bateau dans l'eau. On peut
ainsi compter sur une vitesse de VT = 0,8 m/s.
Au total, la vitesse d'impact, lorsque le navire est à la dérive, peut donc atteindre VTotale = 4,47 m/s soit 36
km/h. L'énergie de l'impact peut alors être considérable, compte tenu des masses en jeu.
§ Systèmes de défenses des structures d'accostage
▫ Types de défenses
Nous n'évoquerons ici que les défenses modernes en caoutchouc qui absorbent l'énergie du choc du navire
en se déformant. On peut distinguer deux types d'amortisseurs en caoutchouc:
- ceux qui se déforment surtout par effet de compression.
- ceux qui se déforment surtout par effet de cisaillement.
Dans le premier type, il s'agit de structures creuses, de formel et de section diverses: cylindres de section
circulaire, trapézoïdale, en forme de V, défenses de forme tronconique.
L'énergie maximale qui peut être absorbée normalement correspond à l'écrasement complet de la défense,
jusqu'au moment où la cavité se réduit à néant. Au-delà, le caoutchouc peut continuer à être comprimé
(compression pure) mais les efforts augmentent très rapidement pour de faibles déflexions et risquent
alors de provoquer des déformations au niveau de la coque du navire.
Dans le second type, les amortisseurs sont généralement constitués par des empilages en "sandwich" de
plaques épaisses en caoutchouc frettées entre des plaques minces en acier. Nous ne nous étendrons pas sur
ce type dont l'emploi est moins courant.
▫ Dimensionnement des défenses et efforts sur la structure
On se réfère en général aux abaques que les fournisseurs procurent aux clients. Tels que ceux produits pas
la Société Kleber-Colombes; il s'agit dans ce cas de défenses cylindriques qui présentent l'avantage de
pouvoir être utilisées dans toutes les applications maritimes (ports, jetées, plates-formes, etc.).
Ces abaques, donnent, à partir de l'énergie en tonnes-mètres, et ce pour chaque défense de la gamme, la
déformation de la défense en mm et l'effort exercé sur la structure en tonnes. Ils résultent d'essais en vraie
grondeur (écrasement des défenses sous des presses hydrauliques par exemple) et sont donc en principe
fiables.
Cependant, certains paramètres ont certainement une influence non négligeable sur l'énergie admissible
(température ambiante, vitesse de choc, hystérésis, vieillissement). On a constaté par exemple que
certaines défenses cylindriques s'ovalisent avec le temps et donc que l'énergie absorbable doit diminuer.
On s'arrange alors pour garder une certaine sécurité en ne se situant pas trop loin sur le diagramme de
déformation des défenses.
On recommande ainsi comme principe de dimensionnement dans le cas de structures marines et même
portuaires:
◦ condition de manœuvre: On choisit un type de défense tel que l'énergie puisse être absorbée sans
écraser complètement la défense (il faut rester en-dessous du coude dans le diagramme effort-
compression).
◦ conditions accidentelles: On admet l'écrasement complet de la défense. Il faut alors vérifier que
l'effort transmis à la structure n'occasionne à celle-ci que des dommages locaux.
▫ Hauteur du système de défenses
La hauteur nécessaire du système de défenses est déterminée par les facteurs suivants (les chiffres sont
ceux retenus pour les conditions en mer du nord):
◦ Amplitude des marées, variant de 0 (point amphidromique) jusque 2.0 m;
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.9
Chapitre IV - Sollicitations des structures

◦ Variation météorologique de - 0,40 m à +0,6 m;


◦ Hauteur des vagues (pour les pires conditions dans lesquelles les navires peuvent travailler), de
4.0 m d'amplitude;
◦ Tirant d'eau en charge et franc-bord à vide du bateau;
◦ Hauteur supplémentaire de 0.5 m en haut et en bas.
Dans certaines circonstances, il faut aussi tenir compte du tassement de la structure et fonction de la nature
et la qualité du fond (sol).
Si l'on détermine la hauteur des défenses en appliquant ces recommandations, on pourrait aboutir à des
hauteurs de défenses considérables. Dans certains cas de structures existantes, les défenses n'ont été
placées sur la moitié de la hauteur proposée. Cela résulte à la fois du manque de réglementation et de
considérations économiques, car un système de défenses important engendre des forces de vagues accrues
et un renforcement subséquent de la structure. Pour éviter, ces forces importantes sur des défenses
permanentes, d'autres solutions peuvent être envisagées telles que des défenses flottantes.

• Ouvrages d'accostage
Les structures susceptibles d'avoir à subir ces efforts sont les quais verticaux d'accostage dans les ports
ainsi que les ducs d'Albe (ouvrages isolés permettant l'amarrage ou le guidage des bateaux).
Le calcul de ces sollicitations se fait comme dans le cas des structures offshores les vitesses d'accostage
n'étant cependant pas les mêmes.
§ Quais d'accostage
Les vitesses prises en compte varient suivant l'importance du plus grand navire pour lequel le quai est
prévu, ainsi que suivant la situation du quai en rapport avec son exposition aux vents et houles.
Dans certains cas, la vitesse maximum d'accostage est déterminée en considérant qu'elle est due en partie à
l'action de la houle, du vent et des courants. La vitesse d'accostage à prendre en compte peut être estimée
par la formule:
V = 0,20 + 1/2. VTC + 1/20. H + 0,10 VLC (en m/s)
Avec VTC la composante transversale du courant dans la zone d'accostage, H l'amplitude de la houle et VLC
la composante longitudinale du courant.
A titre d'exemple, le tableau IV.2 donne les vitesses à prendre en compte pendant le dimensionnement des
quais d'accostage.

(Tableau IV.2)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.10
Chapitre IV - Sollicitations des structures

§ Les ducs d'Albe


▫ Types de ducs d'Albe
Ces ouvrages sont en gros de 3 types:
- Cellule pleine, massive, de type gabion (Fig. IV.2). Ces structures sont calculées à la stabilité
d'ensemble comme des murs de quai.
- Ensemble de pieux sécants reliés en tête pour qu'ils forment bloc (Fig. IV.3). Les efforts dans les
pieux se calculent de manière statique (traction et compression dans les pieux).
- Ensemble de pieux verticaux reliés en tête pour qu'ils agissent en bloc (Fig. IV.4).
Les deux premiers types sont rigides et se calculent par des méthodes classiques, l'absorption de l'énergie
étant assurée par les défenses. Le troisième type possède une élasticité propre d'où le nom de duc d'Albe
souple.
Dans ce dernier cas, il se déforme sous la sollicitation et est donc capable d'absorber lui-même une partie
de l'énergie d'accostage. C'est pour ce type de duc d'Albe qu'on se propose de mentionner différentes
méthodes de calcul.

(Fig. IV.2)

(Fig. IV.3) (Fig. IV.4)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.11
Chapitre IV - Sollicitations des structures

▫ Méthodes de calcul des ducs d'Albe souples


• Méthode de Blum
Les calculs sont conduits pour des équilibres limites de rupture du sol, la sécurité est assurée par une sur-
longueur de la fiche ou une minoration des caractéristiques du sol.
On suppose les hypothèses suivantes:
- La force maximale admissible sur le duc d'Albe est équilibrée d'une part par la butée du terrain sur
une hauteur fo, d'autre part, au bas du tube par une contre butée s'exerçant sur une hauteur qu'on
prend généralement égale à 0,2 fo.
- La contre butée peut être assimilée à une force concentrée.
- La butée mobilisable à une profondeur h comprend 2 termes, l'un proportionnel à h, l'autre à h2; on
suppose ainsi qu'il y a élargissement de la zone de terrain mobilisé par le duc d'Albe, et qu'à la
rupture, celui-ci entraîne un prisme de terrain derrière lui.
La butée élémentaire b est alors donnée par l'expression:
b = γ'. KP (a. h + 1/2.h2)
Avec γ' le poids spécifique du sol déjaugé, KP le coefficient de butée et a la largeur du duc d'Albe
(largeur du tube ou du groupe de tubes).
En se donnant la valeur de la force F en tête, on peut alors calculer les efforts qui s'exercent sur le duc
d'Albe, puis la fiche, la déformée et le déplacement en tête avec une hypothèse supplémentaire sur les
déplacements du tube.
Par exemple que la tangente à la déformée est verticale en pied de fiche; ou encore, on prend l'hypothèse
simplificatrice de Muller qui suppose que le déplacement en tête est le même que si le tube était une
console parfaitement encastrée à un niveau fictif situé à 0,78 fo au-dessous du niveau du sol.
Ayant le déplacement en tête d, l'énergie absorbée est obtenue par l'expression:
E = 1/2. F. d
• Méthode élastique
Elle est basée sur l'hypothèse de Winkler, c'est-à-dire que la pression P(x) du sol sur un tube vertical au
niveau x est proportionnelle au déplacement du tube V(x) et au module d'élasticité du sol KM:
P(x) = KM. V(x).
Il en résulte que:
d4V(x)/dx4 + KM.V(x)/EI = 0
Avec E le module d'élasticité du tube et I l'inertie du tube.
L'intégration de cette équation se fait par un ordinateur assez facilement. En se donnant la force F en tête
du tube, on a 4 coefficients s aux limites donnés par les valeurs des moments M et des efforts tranchants T.
▫ Au point d'application de F: M = 0 et T = F
▫ Au pied du tube: M = 0 et T = 0
Pour la détermination de la fiche, plusieurs méthodes sont employées. La plus courante consiste à la
prendre égale à 3l0 où b étant la largeur du tube, l0 est donnée par l'expression:
l0 = {4.EI/KM. b} 1/4
▫ Vitesses d'accostage
A titre d'exemple le tableau IV.3 donne les vitesses prises en compte lors de l'étude de ducs d'Albe pour
l'appontement des pétroliers et ainsi que leurs caractéristiques détaillées.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.12
Chapitre IV - Sollicitations des structures

(Tableau IV.3)

• Ouvrages de protection côtière


Les ouvrages du littoral ont pour but de protéger les côtes des différentes actions érosives de la mer et de
même que de permettre une exploitation efficace des infrastructures côtières, notamment les ports.
Les ouvrages classiques de protection des ports ou des plans d'eau sont la digue verticale, la digue à talus
et la digue mixte.
Ces digues arrêtent la houle par destruction locale de son énergie dans le cas de digues à talus et par
réflexion dans le cas de digue verticales. Ces ouvrages sont conçus pour résister à l'action de la houle
locale la plus forte et ceci dans le cas le plus défavorable d'une tempête.

§ Sollicitations des vagues non déferlantes sur un mur vertical


C'est le cas des digues verticales et à caisson non perméables. Ainsi, si un mur vertical est fondé dans une
eau suffisamment profonde, une houle parallèle à ce mur se réfléchira entièrement sur celui-ci avec la
formation d'un clapotis de hauteur 2H (voir chapitre sur le comportement de la houle). En réalité, la
réflexion n'est jamais totale mais les calculs faits en tenant compte de cette hypothèse majorent les effets
dus aux vagues et sont donc du côté de la sécurité.
De nombreuses théories très complexes ont été développées pour analyser les pressions dues au clapotis
provoqué par une houle régulière mais elles ne semblent pas mieux correspondre aux essais de laboratoire
que les théories simples basées sur des théories de houle linéaire de faible amplitude. Dans les paragraphes
suivants, nous nous contenterons donc de ces théories en reproduisant les résultats pratiques obtenus par
Nagaï.

• Equations de Nagaï
Nagaï calcule un potentiel différent suivant la profondeur relative d/L et considère 3 domaines différents
qui ont pour point commun que le maximum des pressions simultanées se produit au niveau de la surface
libre au repos.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.13
Chapitre IV - Sollicitations des structures

De plus, bien que la pression près du fond puisse varier à une fréquence double de la fréquence du
clapotis, le maximum des pressions simultanées apparaît dans tous les cas au moment où la pression est
maximum au niveau de la surface libre.
Pour l'axe des x pris positivement dans le sens de propagation des vagues et l'axe des z verticalement vers
le haut, la déformation de la surface libre, dépendant de la distance x et du temps t, pour une profondeur d
et hauteur des vagues H=2a, il obtient successivement:
▫ Eaux peu profondes 0,135 ≤ d/L ≤ 0,35
Le potentiel a alors pour expression:
𝐇𝛔 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
𝛟=  -­‐   sin  (σt)  sin  (kx)  
𝐤 𝐬𝐡  (𝐤𝐝)
Pour trouver ce potentiel Nagaï impose la condition de Poisson au niveau z=0, car en eau peu profonde,
les vagues sont de faible hauteur.
On prend l'origine des coordonnées de telle manière que, au droit du mur, sin (kx) = 1. Dès lors,
l'expression de la pression s'écrit:
𝐩 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
= −𝐳 + 𝐇  𝐜𝐨𝐬  (𝛔𝐭)
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)

La pression maximum se produit pour cos (σt) = 1, soit au où la vague est en position haute au droit du
mur. On a ainsi:
𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
= −𝐳 + 𝐇  
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)
Puisque cette équation ne satisfait pas à la condition p= 0 en z=H, on suppose au-dessus du niveau de la
surface libre au repos une répartition triangulaire des pressions avec p=0 en z=H et p=ρ.g. H en z=0.
La résultante des pressions vaut alors:
𝐩𝐀 𝟏 𝟐 𝐇
= 𝐝 + 𝐇 𝟐 +  𝐭𝐡  (𝐤𝐝)
𝛒𝐠 𝟐 𝐤
L'allure des pressions dynamiques ainsi calculées donne des résultats satisfaisants par rapport à celles
obtenues expérimentalement, et aucune valeur expérimentale ne dépasse pA, le rapport entre les valeurs
mesurées pE et calculées pA valent: pE/pA = 0,8 à 1.
▫ Eaux profondes d/L ≥ 0,35
Dans ce cas, la hauteur des vagues ne peut plus être négligée et la condition de Poisson doit être imposée
en z=H, de sorte que le potentiel est défini par:
𝐇𝛔 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
𝛟=  -­‐   sin  (σt)  sin  (kx)
𝐤 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝛈 }
En prenant sin (kx) = l, l'équation donnant la pression s'écrit:
𝐩 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
= −𝐳 + 𝐇  𝐜𝐨𝐬  (𝛔𝐭)
𝛒𝐠 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝛈 }

Lorsque η = η max = H, on a cos (σt) = 1 et


𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
= −𝐳 + 𝐇
𝛒𝐠 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐇 }
L'expression qui donne bien p=0 en z=H et de plus, en z=0, on a le pic de pression exprimé par:
𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)
{ }𝐳!𝟎 = 𝐇
𝛒𝐠 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐇 }

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.14
Chapitre IV - Sollicitations des structures

La résultante des pressions est obtenue par intégration entre le fond et le niveau supérieur atteint par les
vagues:
𝐇
𝟏 𝟐𝐇
𝐩𝐁 = 𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐝𝐳 = 𝛒. 𝐠. 𝐝𝟐 − 𝐇 𝟐 +  𝐭𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐇 }
!𝐡 𝟐 𝐤
Les valeurs ainsi calculées sont en bon accord avec celles des résultats expérimentaux où l'on voit que
l'accord est très bon. Dans les expériences de Nagaï la valeur du rapport pE/pB varie entre 0,8 et 1,1.
▫ Eaux très peu profondes : d/L < 0,135 et H/L < 0,040
Dans une eau très peu profonde, le déferlement se produit très facilement, le clapotis ne pouvant alors se
former que lorsque la cambrure de la vague progressive est très faible, d'où la condition restrictive sur le
rapport H/L.
Pour ces houles progressives, les creux sont en général plus plats et plus longs que ceux de houles en eaux
plus profondes et de plus grande cambrure; la distance verticale entre le creux et le niveau de la surface
libre au repos est plus petit que celle de la crête à cette même surface libre au repos. Il s'ensuit que le
clapotis généré par un tel type de vagues "monte" plus haut que la hauteur H des vagues sur un mur
vertical.
Selon Nagaï, le niveau de montée est en moyenne de 1,3 H. Les pressions au-dessus de la surface libre au
repos sont alors définis par une répartition triangulaire où:
pmax = 0 en z = 1,3 H et pmax = 1,3 ρgH en z = 0
En dessous du niveau de la surface libre, on aura:
𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 } 𝐇(𝐝 + 𝐳)
= −𝐳 + 𝐇 + 𝟎, 𝟑
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝) 𝐝
La résultante des pressions sur le mur, vaut:
𝐩′𝐀 𝟏 𝟐 𝟐
𝐇
= 𝐝 + 𝟏, 𝟑𝐇 +  𝐭𝐡   𝐤𝐝 + 𝟎, 𝟏𝟓  𝐇𝐝
𝛒𝐠 𝟐 𝐤

• Équation simplifiée de Sainflou


Les expressions de Nagaï correspondent bien aux expériences de laboratoire effectuées sur des houles
régulières. Les houles réelles en mer sont cependant fondamentalement irrégulières, de sorte que les
conditions de laboratoire ne reproduisent qu'imparfaitement les conditions réelles. Au stade de l'avant-
projet, une théorie plus simple approchant suffisamment la réalité peut donc être employée avec intérêt.
La théorie la plus employée est la théorie de Sainflou. D'après les expériences de Nagaï, la formule de
Sainflou est bonne pour 0,155 < d/L< 0,20 et H/L ≤ 0,035. Par contre, lorsque d/L augmente, cette théorie
diffère de plus en plus de l'expérience, notamment, lorsque d/L > 0,35, des rapports pS/pA peuvent
atteindre jusqu'à 2 ou 3.
Signalons, d'autre part, que la théorie de Sainflou donne toujours des efforts trop grands, elle est donc du
côté de la sécurité.
La théorie de Sainflou suppose que la courbe des pressions définie par l'équation:
𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐜𝐡  {𝐤 𝐝 + 𝐳 }
= −𝐳 + 𝐇
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)

Elle peut être approchée par une ligne droite tout en gardant la même pression sur le fond, soit:
𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐇
=𝐝+
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.15
Chapitre IV - Sollicitations des structures

De même que, lorsque le creux se trouve au droit du mur, la pression minimum sur le fond vaut:
 

𝐩𝐦𝐚𝐱 𝐇
=𝐝−
𝛒𝐠 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)
Wiegel conseille de tenir compte d'une surélévation du niveau moyen de la surface libre qui résulte d'une
théorie au second ordre due à Miche. On a ainsi:
𝛑𝐇 𝟐 𝟑 𝟏
∆𝐝 = 𝟏+ − 𝐜𝐡  (𝐤𝐝)
𝐋 𝟒  𝐬𝐡𝟐 (𝐤𝐝) 𝟒  𝐜𝐡𝟐 (𝐤𝐝)

Dès lors, l'élévation maximum au-dessus du niveau de la surface libre au repos est donnée par H+Δd et
l'élévation minimum au-dessous de ce niveau par Δd-H.
Dans le cas où il y a de l'eau au même niveau des deux côtés du mur, avec des vagues d'un seul côté, la
force résultante R et le moment résultant M par unité de longueur du mur, ainsi que la hauteur du point
d'application de R au-dessus du fond sont donnés par les équations suivantes, où l'indice c se rapporte à
l'élévation maximale et l'indice t à l'élévation minimale.
𝟏 𝟏 𝟏 𝟏
𝐑 𝐂 = (𝐝 + ∆𝐝 + 𝐇) 𝐝 + 𝐇 𝐜𝐡(𝐤𝐝) − 𝐝𝟐 ; 𝐌𝐂 = 𝐝 + ∆𝐝 + 𝐇 𝟐
𝐝 + 𝐇 𝐜𝐡(𝐤𝐝) − 𝐝𝟑 ; 𝐥𝐜 = 𝐌𝐂 𝐑 𝐂
𝟐 𝟐 𝟔 𝟔
𝟏 𝟏 𝟐 𝟏 𝟐 𝟏
𝐑𝐓 = 𝐝 + ∆𝐝 − 𝐇 𝐝 − 𝐇 𝐜𝐡(𝐤𝐝) − 𝐝 ; 𝐌𝐓 = 𝐝 + ∆𝐝 − 𝐇 𝐝 − 𝐇 𝐜𝐡(𝐤𝐝) − 𝐝𝟑 ; 𝐥𝐓 = 𝐌𝐓 𝐑 𝐓
𝟐 𝟐 𝟔 𝟔
2 3
Lorsqu'il n'y a de l'eau que d'un côté du mur il faut supprimer les termes en d /2 et d /6.

§ Influence de l'obliquité des vagues


Lorsque la houle ne se propage pas dans une direction perpendiculaire au mur, il se forme un profil
complexe de la surface libre appelé "clapotis gaufré"; il s'ensuit que la hauteur HR des vagues réfléchies
n'est plus égale à 2 fois la hauteur des vagues incidentes HI. Le coefficient de réflexion HR/HI varie en
fonction de l'angle d'incidence α des vagues.
Pour des angles α << 45°, le coefficient de réflexion HR/HI << 2 et le profil des crêtes est différent près de la
structure que plus loin. Les crêtes sont à peu près perpendiculaires au mur dans la zone proche de celui-ci,
cet effet est appelé "effet match" (par analogie au régime supercritique de propagation des ondes dans
les gaz) où la hauteur des vagues HS peut être très différents de celle de la houle incidente ou réfléchie.
En fait, à une certaine distance du mur, on observe bien un clapotis gaufré. Pour 45°< α < 90°, la longueur
où l'effet match apparaît est réduite à zéro et le coefficient de réflexion HR/HI ≅ 2.
Perroud, en analysant les flux d'énergie incidente et réfléchie pour π/8 ≤ α ≤ π/2 aboutit aux équations
suivantes:
𝐇𝐑 𝐇𝐈 = {𝐬𝐢𝐧(𝟐𝛂) 𝐬𝐢𝐧(𝟐𝛒)}𝟏/𝟐 et 𝐇𝐒 𝐇𝐈 = 𝟏 + {𝐬𝐢𝐧(𝟐𝛂) 𝐬𝐢𝐧(𝟐𝛒)}𝟏/𝟐
Où α et ρ sont respectivement les angles d'incidence et de réflexion.
Une partie de 1'énergie se transforme en une forme autre que des vagues, par exemple en courants le long
du mur. Signalons aussi que le coefficient de réflexion le long d'une digue n'est pas le même en chaque
point de la digue; le rapport HS/HI peut excéder largement la valeur de 2 donnée par les théories du
clapotis. Il faut donc faire très attention dans le choix de la hauteur des vagues à prendre en compte dans
les calculs; une fois de plus, un essai sur modèle dans chaque cas particulier est très recommandable
lorsque la houle peut arriver ob1iquement, la hauteur du clapotis pouvant atteindre 3 fois la hauteur de la
vague progressive correspondante.

▫ Cas particulier des parois verticales formées de gabions


Lorsque la paroi est formée de tubes circulaires placés côte à côte, et qui peuvent être soit en béton, soit en
palplanches, la distribution verticale des pressions est la même que celle du mur plan vertical, les
intensités à un niveau donné variant le long de la périphérie du cylindre.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.16
Chapitre IV - Sollicitations des structures

L'énergie des vagues se concentre aux points de jonction entre les cylindres, où la hauteur des vagues est
plus importante que sur un mur plan, d'à peu près 10 %. Au point de vue stabilité d'ensemble au
renversement, la force totale agissant sur un cylindre sera moindre que sur un caisson carré de même
dimension transversale.

• Sollicitations des vagues déferlantes sur un mur vertical


Les vagues non déferlantes que nous avons analysées jusqu'ici causent des pressions que l'on peut
considérer comme "statiques" vis-à-vis des pressions dynamiques causées par les vagues déferlantes.
Une vague déferlante est capable de provoquer sur un mur vertical une montée en pression très rapide et
très intense appelée "gifle", dont la durée est très courte et de l'ordre de 1/100ème de seconde; cette gifle est
suivie d'une pression plus faible de plus longue durée appelée "bourrage".
Les expériences montrent également que le maximum de la pression se produit entre le niveau de la
surface libre au repos et la crête de la vague. Il semble que les lames déferlantes soient surtout
défavorables non pas au point de vue stabilité d'ensemble des digues mais plutôt en provoquant une
désagrégation de surface du béton constituant la paroi.
Il n'existe pas de modèle théorique valable pour calculer l'action des lames déferlantes, aussi, les
considérations qui vont suivre doivent uniquement être comprises comme des éléments permettant une
première approximation de calcul et une compréhension physique des phénomènes entrant en jeu.
L'effet de la gifle ne se produit dans la nature que pour environ 2% des vagues déferlantes sollicitant un
mur. Les fortes pressions (pouvant aller jusqu'à plus de 100 t/m2) ne se produiront donc qu'assez rarement
mais doivent cependant être prises en compte vu le nombre de vagues arrivant chaque année sur un mur.
La faible probabilité d'effet de gifle s'explique par le fait que pour que cet effet se produise, la vague doit
déferler selon le type "plunging" et doit commencer à déferler juste au droit du mur.
La seule manière de travailler est de faire des expériences sur modèle et d'en déduire des courbes
enveloppes pour la force totale due à l'effet de gifle et le moment total par rapport au pied du mur.

▫ Approximation de Carr
Dans la littérature, les résultats des expériences de Carr sont exprimés sous forme de diagrammes donnant
2
F.T/2Ub (exprimé en feet/s ) en fonction de H0/T2 pour plusieurs valeurs de d/T2 et plusieurs inclinaisons
du fond.
Dans ces expressions, F est la force totale, T la période, Ho hauteur de la houle au large, d la profondeur
d'eau au pied du mur et Ub = 55.5 Hb5/2 avec Hb représentant la hauteur de la vague déferlante. Dès lors, le
moment est exprimé par l'expression:
M = F. CBL
Où CBL est la valeur du bras de levier de la force F par rapport au pied du mur.
En ce qui concerne la valeur locale maximale de la pression, Runtgen a réalisé des expériences et donné
les valeurs de (pmax/ρgH0) en fonction de Ho/Lo sous la forme:
pmax/ρgH0 = 3,5 (H0/L0)1/3 ou encore pmax/ρgH0 = 3.5 (L0H02)1/3
Cette dernière relation paraît raisonnable lorsqu'on sait que Ho/Lo2 est l'énergie contenue dans une vague
au large, et elle peut encore être mise sous la forme:
pmax/ρgH0 = 1,9 (g/H0)1/3 T2/3
Enfin, la valeur maximale théorique de la pression à laquelle on pourrait s'attendre correspond au cas où la
couche d1air est réduite à néant. C'est alors la compressibilité de la couche d'eau seule qui peut
emmagasiner l'énergie du choc.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.17
Chapitre IV - Sollicitations des structures

On a alors un phénomène analogue au coup de bélier dans les tuyauteries et la valeur de la pression
maximum théorique vaut:
pmax = ρc. Ce
Où c est la célérité de la vague et Ce la vitesse de propagation du son dans l'eau.
Signalons que la détermination de Ce pose des problèmes: en effet, l'eau contient des bulles d'air suite au
déferlement et le son se propage moins vite dans ce milieu composite que dans l'eau pure.
Les expériences donnent en général une concentration de 1%, ce qui correspond à Ce = 130 rn/s.
Notons enfin qu'il peut y avoir un phénomène d'interaction résonante entre la digue verticale et les ondes
de choc déferlantes. Cet aspect est extrêmement complexe et fort mal connu actuellement.
Il semble cependant établi que dans presque tous les cas, les mouvements du brise-lames sont
indépendants des ondes de choc dues au déferlement.
Il apparaît que la fréquence propre du brise-lames est très difficile à déterminer, compte tenu du
comportement plastique du sol au cours des premiers chocs. Aucun résultat pratique, n'est à ce jour
disponible dans ce domaine, mais il faut être attentif à ce problème qui peut causer la ruine d'une digue.

• Sollicitations des vagues non déferlantes sur un mur incliné


• Généralités
Les brise-lames sont parfois construits avec des parois inc1inées qui ont l'avantage de ne pas réfléchir
entièrement la houle. Miche a montré que pour des murs peu inclinés d'un angle β sur la verticale, pour
une houle de hauteur H0 et de longueur d'onde L0, respectant la condition:
(H0/L0) < {cos2 (β)/π}. {1-(2β/π)} 1/2
Le calcul pouvait être mené comme pour un mur vertical avec un clapotis de hauteur 2Ho.
Lorsque cette condition n'est pas respectée, il faut faire le calcul en tenant compte de l'inclinaison du mur,
qui provoque un étalement de la vague à sa rencontre.
• Calcul de la hauteur d'ascension de la houle
La hauteur du niveau maximum atteint par l'eau sur le mur (Fig. IV.5) est déterminante pour le calcul des
pressions agissant sur celui-ci.

(Fig. IV.5)
La hauteur R est fonction des caractéristiques de la houle et de 1'angle d'inclinaison α du mur ou, selon
Shoto, du rapport l/L. Les valeurs proposées, qui sont valables pour une paroi lisse, sont représentées à la
figure IV.6.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.18
Chapitre IV - Sollicitations des structures

(Fig. IV.6)

• Quelques formules empiriques


Les formules empiriques ci-dessous sont établies par leurs auteurs sur base des essais en laboratoires qu'ils
auraient effectués et de ce fait elles ne sont valables que dans les limites de validités desdits essais.
◦ Formule proposée par Hunt (D'après Waterways Experiment Station et Beach Erosion Board).
R/H = K.tg (α) / {H/T2) 1/2
Avec K = 1,27 pour H en (m) et T en (s). Elle est valable si {H/T2) 1/2 ≥ tg (α) et H ≅ H0.
◦ Formule proposée par Larras (D'après Hunt, Savage, Saville, V.S. Army).
R/H = A. {g T2/π) m
Avec A = 0,054 sh {π/2.(3π/2 – α)} et m = 0,025 sin (6α). ch {π/2 (π/2 – 3α)}.
Elle est valable si 0 < α <26° 34'.

• Effets de la rugosité
Dans le cas d'une surface rugueuse, la turbulence est augmentée ce qui produit une dissipation d'énergie.
Cette turbulence transmet des tensions tangentielles τ de la forme générale:
τ =ρ. k. V2
Où V est la vitesse au fond et k un facteur dépendant des éléments rugueux.
D'après Miche, la vitesse d'une particule de l'eau au fond, pour une vague non déferlante qui monte une
pente d'angle α, est:
Vmax = {π H/sin (α)}. (g/L) 1/2
Pour une houle donnée, cette vitesse augmente lorsque l'angle α diminue, par conséquent les tensions
tangentielles augmentent aussi. La rugosité a donc le plus d'influence sur la hauteur d'ascension de la
houle pour des pentes douces.
Les formules empiriques existantes qui tiennent compte des effets de la rugosité sont:
◦ Formule proposée par Djounkouski
R/H = 3,2. k. tg (α)
Avec k = 0,77 pour des gros enrochements et k = 1 pour mur lisse. Elle est valable pour 14° < α <45°.
◦ Formule proposée par Pichkine
R/H = 0,565 / {cotg (α). (εn) 1/2}
Où εn est le coefficient de rugosité de Ganguillet et Kutter.

• Calcul des pressions


La manière la plus simple est de considérer un accroissement de pression hydrostatique sur le mur jusqu'à
la hauteur d'étalement. Shuto développe une théorie au premier ordre qui donne des pressions moindres et
s'approche un peu plus de la réalité expérimentale.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.19
Chapitre IV - Sollicitations des structures

L'expression de cette pression est donnée par:


(p / ρg) = [{α-4π2 (H/L). (P/L)}. {1+2π2 (l/L)2} / {α+4π2 (H/L). (l/L)}. {1+2π2 (l/L)2}]. [αx+2H {2π2 (l/L)2}]
+ 4H/3 {1+2π2 (l/L)2}. [{2π2 (1/L). (αx/L)+4π2 (H/L). (l/L) {1+2π2 (l/L)2} / {α+4π2 (H/L). (l/L)}. {1+2π2 (l/L)2}]2

§ Sollicitations des vagues déferlantes sur un mur incliné


Peu de résultats existent dans la littérature à ce sujet. Les remarques à faire sont du même type que dans le
cas du mur vertical. La figure IV.7 valable pour un mur incliné 1/4, montre l'allure du diagramme des
pressions qui sont surtout localisées au niveau recevant le jet d'eau provenant du déferlement de la vague.
Les valeurs de (pmax/ρgH) sont modestes dans cet exemple car elles ne résultent que de la chute de la lame
d'eau de la crête de la vague. C'est la différence essentielle avec les murs verticaux.

(Fig. IV.7)
◦ Formule proposée par Tzimopoulos
Dans le cas des digues en enrochements ayant un talus incliné à 2/1, pour le calcul de la hauteur
d'ascension de la houle Tzimopoulos propose la formule suivante:
R/H = 0,473 (H/L) -0,255
Il arrive à la conclusion que la profondeur d devant l'ouvrage n'influence pratiquement pas la hauteur
maximale d'ascension. Cette hauteur est une fonction décroissante de la cambrure devant l'ouvrage et en
conséquence R croit avec la longueur d'onde ou la période.
◦ Formules proposées par AIPCN
Dans le cas des digues (jetées) mixtes l'AIPCN propose, en fonction des paramètres tels que: la profondeur
d'eau d au pied de la jetée, la profondeur h au-dessus de la berme de la jetée, la largeur B de la berme, la
profondeur critique dcrit de déferlement au large donné et la longueur d'onde L, les formules reprises au
tableau IV.4.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie II - Effets hydrodynamiques IV.20
Chapitre IV - Sollicitations des structures

(Tableau IV.4)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.1
Chapitre I - Morphologie fluviale

Partie III. Hydraulique fluviale


Chapitre I. Morphologie fluviale
Le lit d'une rivière étant façonné par les eaux qu’il transporte, on conçoit que ses dimensions soient
fortement liées au régime hydrologique, or cela n'explique en rien les évolutions en plan d'une rivière, de
ses méandres en particulier, ni la forme des sections. Pour cela, il faut aussi considérer les courants
secondaires. Pour expliquer l'allure du profil en long, il faut aussi s'intéresser aux différents types de pertes
de charge.

• Définitions
▫ Lit mineur, lit moyen, lit majeur (Fig. I.1)
Le lit mineur est l'espace occupé par l'écoulement pour des crues courantes. Il est toujours constitué d'un
ou plusieurs chenaux bien marqués. Le tracé du lit mineur peut se déplacer plus ou moins rapidement
selon la dynamique du cours d'eau. En fait, le tracé du lit mineur est susceptible de balayer tout le lit
majeur, pour une échelle de temps de quelques milliers d'années.
Dans le cas des rivières à bras multiples séparés par des bancs, le lit mineur est composé par l'ensemble du
lit et des bancs non fixés par la végétation.

(Fig. I.1)
Le lit majeur est la plaine inondable. Il est limité par les plus hautes eaux. Les parties extrêmes du lit
majeur ne sont mises en eau que pour les crues extrêmes avec une hauteur d'eau assez faible. Les vitesses
d'écoulement y sont faibles et les particules les plus fines (limons, argiles) se déposent par sédimentation.
Ces zones sont généralement extrêmement plates et les limites précises du lit majeur ne sont pas faciles à
délimiter dans les grandes plaines alluviales. La végétation du lit majeur lorsqu'elle est présente est une
forêt de bois durs (frênes, ormes, chênes). Avant d'être très mécanisée, l'agriculture était bien adaptée à
l'occurrence d'inondations avec les prairies pâturées au bord de la rivière puis les prairies de fauche dans
les zones plus élevées du lit majeur.
Le lit moyen (intermédiaire), pour certaines rivières, est inondé pour des crues dont la période de retour
est de l'ordre de 1 à 5 ans et qui est constitué de bancs éventuellement végétalisés par des arbustes et
arbres à bois tendre. Du point de vue hydraulique, le lit moyen participe aux écoulements des crues alors
que le lit majeur joue plutôt un rôle de stockage. Du point de vue morphologique, le lit moyen est
fréquemment remanié, on parle de bande active.
▫ Rive, berge
Rive et berge sont souvent confondues à tort. La berge est le talus incliné qui sépare le lit mineur et le lit
majeur. Sa localisation est donc assez précise. La rive est le milieu géographique qui sépare les milieux
aquatique et terrestre. Elle démarre au sommet de la berge et constitue une partie plate plus ou moins
étendue qui reste sous l'influence du milieu aquatique.
▫ Ripisylve
C'est la formation végétale naturelle située sur la rive. Elle peut être limitée à un cordon arboré étroit qui
souligne le bord du lit mineur de la rivière ou bien elle est une véritable forêt alluviale s'étendant sur
plusieurs dizaines ou centaines de mètres de part et d'autre du lit mineur. Cette forêt occupe tout u partie
du lit majeur.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.2
Chapitre I - Morphologie fluviale

C'est un milieu inféodé à la rivière, particulièrement riche en termes de diversité floristique. Il comporte
des strates herbacées souvent très diversifiées et des strates arbustives et arborescentes composées d'un
nombre restreint d'espèces.
Les arbres qui poussent au pied de berge sont bien entendu plus fréquemment inondés que les autres. Cela
leur confère une originalité. Ils sont plus que les autres blessés par les corps flottants transportés dans le
cours d'eau. Ces blessures peuvent faciliter des maladies. La poussée du courant peut les faire pencher
vers l'aval. Les tourbillons provoqués par les débordements et la vitesse du courant les déracinent plus
facilement. Ces deux raisons, blessures et arrachements, expliquent qu'en moyenne les arbres de pied de
berge sont plus jeunes que les autres.
De leur coté, les arbres de haut de berge sont les plus exposés au vent et finalement ce sont les arbres qui
poussent à mi-berge qui sont souvent le plus protégés.
▫ Alluvions et substratum
Une rivière coule généralement sur ses alluvions. Les alluvions sont les grains fins ou grossiers
alternativement déposés ou repris par le courant. Les alluvions recouvrent le substratum rocheux formé
d'une roche dure ou bien d'une roche plus ou moins tendre (schistes, grés, marnes…).
Le transport solide est le déplacement vers l'aval d’une partie des alluvions selon un processus de
charriage ou de suspension. Si l'on considère l'ensemble du cours d'eau de sa source à la mer, il stocke à
chaque instant un volume d'alluvions considérable comparé aux apports solides annuels. Bien que très
mobile, ce recouvrement alluvial constitue une protection du substratum. En effet, si l'enfoncement du
fond de lit dans ses alluvions est un phénomène de type réversible, l'érosion du substratum mis à nu est un
mécanisme souvent extrêmement très lent, parfois rapide mais toujours irréversible.

• Évolution du lit
Les dimensions adoptées par le cours d'eau ne sont pas dues au simple hasard. On considère trois
possibilités:
▫ soit le lit est façonné au fil des ans par les débits à faire transiter (théorie du débit dominant ou débit
morphogène);
▫ soit, pour évacuer un même débit, la rivière dispose d’une infinité de solutions en jouant sur sa
largeur, sa profondeur et sa pente (théorie des variables de contrôle et des variables de réponse);
▫ soit les dimensions adoptées sont stables ou susceptibles de modifications chaotiques en cas de
nouvelle donne (théorie de l'équilibre dynamique).
• Formes en plan (styles fluviaux)
De l’amont vers l’aval, la taille des sédiments va en diminuant. En règle générale, il en va de même de la
pente de la vallée et de la capacité de transport. La figure II.2 illustre la décroissance du profil en long des
cours d'eau. Cette règle générale peut souffrir des exceptions pour des raisons d'ordre géologique ou à
l'aval d'affluents à fort transport solide.
Dans la partie amont des rivières issues des régions montagneuses, c'est la zone d'érosion qui produit les
sédiments et les transporte. Le lit est à très forte pente et son tracé est quasiment rectiligne. La vallée est
étroite.
Plus en aval, les rivières coulent entièrement dans leurs propres alluvions avec trois styles qui se
rencontrent successivement, style en tresses, style divagant à bras multiples sinueux et enfin style à
méandres (Fig. I.2). Cette succession se produit en moyenne, mais on pourra trouver des tronçons en
tresse à l'aval de tronçons à méandres.
Le tracé en tresses est symptomatique d'une forte charge alluviale. Le lit est très large et plat. Plusieurs
chenaux instables sont séparés par de nombreuses îles.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.3
Chapitre I - Morphologie fluviale

Ces chenaux gardent sensiblement la direction de l’axe de la vallée et transportent une charge solide dont
la part grossière est importante. Les rivières qui ne prennent pas leurs sources en montagne n'ont pas de
fort transport solide et n'offrent pas de style en tresses.

(Fig. I.2)
A l’occasion de dépôts ou d’embâcles, des débordements du lit mineur ont pu creuser des chenaux
anastomosés dans le lit majeur. Ceux-ci ayant à évacuer des débits liquides et solides modérés ont un tracé
nettement plus sinueux, donc une pente faible et un tracé relativement stable.
Plus à l’aval, on passe à un style divagant. La charge grossière à évacuer diminue, le nombre de tresses
diminue, et un tracé principal sinueux s’organise. Le lit est moyennement large et comporte de un à trois
bras, mais les bancs de galets ou de sable sont encore nombreux et larges. Ce style est intermédiaire entre
le style en tresses et le style à méandres. Il se distingue du style en tresses par l’apparition d’un lit
principal bien marqué et fortement sinueux.
Plus en aval encore, dans les zones de plaine, de plus en plus sinueux, le cours d’eau adopte un tracé à lit
unique et à méandres. Il est nettement calibré. Dans les méandres de piémont, le transport solide est mixte
(suspension et charriage), alors qu'en plaine il a lieu quasi exclusivement par suspension. Il est composé
de sables fins et de limons.
Le débouché en mer est un estuaire ou un delta selon la quantité de matériaux solides encore transportés à
ce stade.
La cause du méandrement des rivières est encore controversée. Une meilleure explication pourrait être
trouvée dans la recherche par la rivière d'une pente plus faible que celle de la vallée pour permettre le
transit du matériau solide entrant tout en adoptant un tracé sinueux. Ce tracé sinueux semble organisé pour
minimiser les changements de direction, à sinuosité donnée.
De manière résumée, on peut constater en moyenne de l'amont vers l'aval :
▫ la diminution de la pente, du rapport L/H, de la taille des sédiments, de l'étendue granulométrique et
de la capacité de transport ;
▫ l'augmentation de la sinuosité, de la part relative du transport par suspension et de la stabilité
latérale du tracé.
Les rivières produisent et transportent des sédiments: la fonction production l’emporte dans les tronçons
en tresses; la fonction transport l’emporte dans les tronçons à méandres.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.4
Chapitre I - Morphologie fluviale

Un affluent prépondérant ou un changement de morphologie ou de géologie de la vallée peuvent modifier


cette tendance en introduisant une discontinuité forte. Les affluents importants introduisent des motifs de
modification morphologique.
Dans les secteurs amont, les affluents peuvent être des torrents de montagne qui amènent une charge
solide importante par rapport à leur débit liquide. Ils entraînent des exhaussements locaux importants. Le
cours d'eau doit s'adapter à cette nouvelle donne en se dotant d'une capacité de transport plus forte, c'est à
dire en augmentant sa pente.
Dans les secteurs aval, les affluents qui ne proviennent pas des parties montagneuses peuvent mener un
débit solide faible par rapport à leur débit liquide. Dans ce cas au contraire, la capacité de transport solide
augmente alors que le volume à transporter ne change presque pas. Le cours d'eau principal s'adapte en
adoucissant sa pente.
▫ Rôle de la ripisylve
La ripisylve joue plusieurs rôles importants positifs tant sur le plan écologique qu'au point de vue de
l'écoulement des crues et de la tenue des berges. Mais, elle présente aussi des inconvénients tels que: forte
consommation d'espace pour une valeur économique assez faible; alimentation de la rivière en bois
arrachés par les crues, susceptibles de créer des embâcles, d'obstruer les ponts et d'aggraver les crues
localement; apport de matière organique dû à la décomposition des feuilles; consommation d'eau pouvant
diminuer les débits d'étiage; accès difficile aux rives, etc.
Le rôle de la ripisylve sur les crues peut être important. Lorsqu'elle occupe une part significative du lit
majeur, elle augmente notablement la rugosité du lit. D'où trois conséquences de nature hydraulique:
▫ localement une augmentation des débordements, ce qui ne constitue pas forcément une gêne tout au
moins dans ce type de milieu ;
▫ une diminution des vitesses dans le lit majeur, et donc une réduction des effets érosifs du courant ;
▫ globalement, pour l'aval, un écrêtement des crues.

• Évolution dans les courbes


En étudiant la distribution des vitesses, on démontre que dans une courbe d'un canal ou d'un cours d'eau,
l'eau a un dévers qui provoque un courant hélicoïdal. On démontre que la pente de la ligne d’eau dans un
coude de rayon de courbure R a pour valeur V2/2gR, V étant la vitesse moyenne.
La vision en section (haut de la figure II.3) montre que le courant a une composante (a) dirigée vers le
fond qu'il creuse et une composante (b) qui au contraire remblaie l'autre berge. Cela explique le profil
dissymétrique avec une berge concave presque verticale et une berge convexe à pente douce. Il y a érosion
de la berge mais aussi du pied, non visible depuis la berge. Cette érosion du pied aussi appelée
affouillement est évidemment plus forte en crue. Elle est d'autant plus forte que la berge est plus verticale.
Le point le plus profond de la fosse d'affouillement est situé en aval du point de courbure maximale.
En considérant les projections en plan du courant hélicoïdal, on constate qu'un courant de surface rapide
présente un angle d’attaque vers la berge concave et qu'un courant de fond plus lent s'oriente
tangentiellement à la berge convexe (Fig. I.3a). Le courant de surface est capable d’éroder la berge
concave (ou extrados). Au contraire, le courant de fond, qui est plus lent, a tendance à déposer les
matériaux solides transportés par la rivière. Plus la courbe est prononcée, plus la plage de dépôt est large.
Cette vision en plan explique la tendance au déplacement des coudes avec attaque des berges externes et
remblaiement des berges intérieures. Lorsque la rivière est à méandres, on parle de reptation ou de
translation (Fig. I.3). Ce phénomène naturel est très lent.
Le coefficient de sinuosité est le rapport entre la longueur d'un tronçon de cours d'eau et la longueur de
vallée correspondante. La rivière est dite rectiligne quand ce coefficient est inférieur à 1,05 ; elle est dite
sinueuse jusqu'à 1,25 ; très sinueuse jusqu'à 1,5 et méandriforme au-delà. Les rivières à berges cohésives
sont les plus sinueuses.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.5
Chapitre I - Morphologie fluviale

(Fig. I.3)
Dans les rivières méandriformes qui déposent des sédiments fins (sables, limons), des méandres peuvent
se recouper lorsque le trajet de la coupure devient très court (Fig. I.4). On parle de recoupements par
tangence. Ces évolutions sont extrêmement lentes.

(Fig. I.4)
Dans les zones de piémont, les rivières sinueuses, plus rapides, déposent des matériaux plus grossiers
(galets). Les coupures sont plus brutales, par érosion en crue de la langue de terre (Fig. I.3a). On parle,
dès lors, de recoupement par déversement.
Les parties recoupées deviennent des bras morts plus ou moins connectés hydrauliquement avec le lit
mineur ou sa nappe d’accompagnement. Lors des crues, les sédiments qui se déposent tendent à les
combler. Néanmoins, ils continuent à constituer une zone humide du lit majeur et contribuent fortement à
la diversité écologique des marges fluviales.
Si l'on veut un peu théoriser sur la migration des courbes, disons qu'elle est le mode de réajustement6 de la
rivière pour s'adapter aux variations imposées de débit liquide et de débit solide. Elle est très progressive
dans le cas des rivières à méandres et peut être plus brutale dans le cas des rivières à tresses et des rivières
divagantes.

• Mécanisme d'évolution des berges


Les matériaux constitutifs des berges de cours d'eau ont généralement moins homogène que ceux du fond.
Ils peuvent comporter des matériaux plus fins (argile, limons), qui confèrent aux berges une certaine
cohésion. La végétation lorsqu'elle est présente joue bien entendu un rôle sur la tenue des berges.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.6
Chapitre I - Morphologie fluviale

Aussi les mécanismes que nous allons étudier ici ne sont pas exactement identiques à ceux que nous
étudierons pour les matériaux du fond.
▫ Principes généraux
Les mécanismes d’évolution de berge peuvent être fondamentalement différents, et les techniques de
protection sont aussi fort différentes. D'une manière générale, l'érosion désigne tout un ensemble de
mécanismes dus aux divers agents atmosphériques et qui se manifestent dans tout le bassin versant et pas
seulement dans le lit.
Les berges de cours d’eau peuvent se déformer selon trois processus principaux très différents: l’érosion
due au courant; le glissement en masse et l’éboulement.
▫ Érosion des berges par le courant
L’érosion de berge est l’enlèvement de grains de matériaux constitutifs de la berge par l’eau de la rivière.
Cet enlèvement de particules est possible lorsque la vitesse du courant et sa turbulence sont capables de
vaincre le poids des particules et leur cohésion éventuelle. En fait, le phénomène est analogue à un choc
qui arrache des grains à la berge et les entraîne plus en aval où ils peuvent se déposer. Il est plus brutal
lorsque la direction du courant fait un angle avec la berge. C'est donc un phénomène affectant
principalement les berges concaves des courbes comme vu au § 5, mais se produisant aussi dès qu’un
obstacle perturbe les filets liquides. Ainsi un arbre abattu peut provoquer l’érosion de la berge opposée
d’une petite rivière, par courant réfléchi. Le tourbillon provoqué par le tronc d’un arbre en place peut
éroder la berge. A l’aval d’un seuil, les tourbillons tendent à éroder les deux berges aval. Un
rétrécissement créé par une souche avancée crée un courant de retour qui peut amorcer une encoche
d'érosion (Fig. I.5).

(Fig. I.5)
Les vagues d’un plan d’eau ou celles que provoque le passage d’un bateau déclenchent également une
érosion des berges selon un mécanisme relativement analogue, les forces dues à l’eau étant orientées
différemment. Ce processus d’érosion se produit aussi bien sur la berge visible qu'à son pied sous l’eau.
D’autres mécanismes de déformation des berges existent, mais ils sont moins fondamentaux en général,
notamment; l’érosion due au ruissellement, le passage de personnes ou du bétail, le creusement de terriers
et les fentes de retrait sous les climats chauds. Mais nous préférons les présenter comme des causes
secondaires. Elles peuvent cependant accélérer l'érosion ou le glissement des berges.
Dans les coudes, le courant de surface rapide tend à "attaquer" la berge concave, tandis qu'un courant de
fond lent tend à déposer sur la berge convexe des matériaux transportés et provenant de l'amont.
L'érosion dans les coudes affecte aussi le pied des berges, qui sont affouillés d'autant plus profondément
que la crue est plus prononcée. Ce phénomène est pernicieux, d'une part car situé sous l'eau il est assez
peu visible, d'autre part parce qu'après la crue des dépôts viennent colmater une partie de la fosse
d'affouillement. Ce n'est pas suffisant pour que la tenue des berges ne soit pas affectée.
L'affouillement peut saper la berge sous l'enracinement d'un arbre, sous le pied de protection de berge ou
sous la semelle d'une culée de pont. Bien sûr, la stabilité de l'arbre ou de l'ouvrage est alors menacée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.7
Chapitre I - Morphologie fluviale

Les matériaux arrachés à la berge sont transportés à l’aval où ils pourront se déposer à la faveur d’une
zone plus lente ou lors d’une décrue. Ils participent à la charge solide transportée par le cours d’eau au
même titre que les matériaux prélevés au fond du lit ou apportés par l’érosion des parcelles riveraines ou
des versants.
Selon la courbure du coude, la nature des matériaux et l’importance de la végétation, ce phénomène
d'érosion peut être très rapide ou quasiment absent. Les berges en argile ou en limon résistent mieux à
l’érosion que les berges sableuses ou graveleuses, grâce à la cohésion qui est une attraction reliant
fortement les grains de sol.
L’érosion des berges des rivières en tresse est plus difficile à prévoir que celle des rivières à méandres.
Elle peut affecter plus facilement des tronçons rectilignes.
Les mécanismes d’érosion et de dépôt sont possibles même pour les faibles débits. Cependant, ils sont
plus intenses pendant les crues puisque les vitesses sont plus fortes. En outre, lors des crues, les courants
ont tendance à se redresser. La portion érodée se situe alors un peu plus en aval. De même, les éléments
les plus fins des dépôts présents avant la crue sont emportés et le dépôt s’engraisse par l’aval et avec des
matériaux plus grossiers (Fig. I.6).

(Fig. I.6)
Si érosion et dépôts cohabitent dans une même section, ils ont cependant des conséquences fort
différentes, irréversibles pour l’érosion mais plutôt réversibles pour les dépôts. Les bancs de sable ou de
graviers qui émergent en basses eaux sont repris en crue. Ils ne deviennent irréversibles que quand la
végétation est capable de les coloniser.
▫ Glissement des berges
L’équilibre d’un talus dépend de sa géométrie, des caractéristiques mécaniques des matériaux et de la
présence d’eau dans le sol. Lorsque par exemple on augmente la pente d’un remblai, il arrive un moment
où il glisse en masse (Fig. I.7). Les forces motrices dues au poids des terres au-dessus de la surface
potentielle de glissement l’ont emporté sur les forces résistantes dues au frottement le long de la surface de
rupture. Lorsque le talus est une berge de cours d’eau, l’eau de la rivière joue un double rôle pendant les
hautes eaux: elle sature le sol et apporte une poussée stabilisatrice.

(Fig. I.7)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.8
Chapitre I - Morphologie fluviale

Lors d’une décrue, la stabilité dépend des pressions interstitielles de l’eau dans la berge, mais la poussée
favorable de l’eau du chenal diminue. Pour les sols pulvérulents (dépourvus de cohésion) l'angle de
stabilité α lim d'un talus est proche de l'angle de frottement interne du sol ϕ si le talus n'est pas saturé, mais
il est à peine supérieur à la moitié si le talus est saturé et sans plan d'eau stabilisateur.
𝛂𝐥𝐢𝐦 = 𝐚𝐫𝐜𝐭𝐠{ 𝛄𝐬𝐚𝐭  ! 𝛄𝐰 /𝟐. 𝛄𝐰 }. 𝐭𝐠(𝚹)
où γ s et γ w sont respectivement les poids volumique des grains et de l'eau.
La décrue constitue donc la circonstance la plus défavorable pour la tenue d’une berge de cours d’eau. En
pratique, on observe effectivement que les glissements de berge se produisent très souvent à ce moment.
Ce risque de glissement à la décrue affecte plus particulièrement les sols peu drainants: argiles, limons,
sables contenant des fines, graviers dans matrice limoneuse, etc.
Lorsqu’un glissement s’est produit, il peut déclencher de nouveaux glissements par régression. Ces
derniers seront plus ou moins importants selon que les terrains déplacés par le premier glissement seront
encore en place ou emportés par une crue.
Selon le même mécanisme que celui des décrues, l’abaissement d’un seuil placé en aval, supprime la
poussée stabilisatrice de l’eau et peut provoquer le glissement des berges amont auparavant stables.
▫ Éboulement des berges (ou effondrement)
Dans le cas où les berges sont très cohérentes, l’érosion par le courant peut conduire à la création de zones
en surplomb (Fig. I.8). Cette possibilité est facilitée lorsque le profil en travers du lit de la rivière est
stratifié avec, de bas en haut, des galets, des graviers, du sable, des limons.

(Fig. I.8)
A terme, ces surplombs ne sont pas stables. Ils s’effondrent brutalement sous leur propre poids. Ce
mécanisme d’effondrement a des similitudes avec celui du glissement. Dans les deux cas, c’est une masse
qui se déplace en bloc, avec une ligne de cisaillement qui sépare la zone déplacée et la zone qui reste en
place. L’éboulement est plus rapide que le glissement, car il n’y a pas au pied une zone qui participe au
mouvement en tendant à s’y opposer. L’analogue d’un effondrement de berge est la chute de blocs
rocheux dans une falaise.
L’effondrement se produit plutôt pendant une crue, alors que le glissement se produit presque toujours
pendant une décrue. L’effondrement est une conséquence directe de l’érosion de la berge, alors que le
glissement ne l’est pas systématiquement.
▫ Déformations des berges dues à un enfoncement du lit
Le fond de la rivière peut s’enfoncer pour deux types de raisons:
▫ de manière durable par érosion régressive ou progressive;
▫ de manière passagère par mobilisation en crue des matériaux du fond, y compris en section rectiligne.
L'érosion régressive se produit en amont des travaux qui tendent à accroître le transport solide:
prélèvements, calibrage du lit, diminution de sa rugosité, endiguement rapproché, coupures de méandre.
L'érosion régressive se développe de l'aval vers l'amont tant qu'un seuil stable, naturel ou artificiel, n'est
pas rencontré.
L'érosion progressive se produit en aval d'une intervention qui diminue le transport solide: prélèvements
ou barrage.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.9
Chapitre I - Morphologie fluviale

Dans les deux cas, la hauteur de berge se trouve augmentée et la stabilité au glissement est diminuée. La
figure II.9 illustre l'enfoncement du lit par érosion régressive ou progressive. En conséquence, une berge
stable peut glisser à la suite d’un enfoncement généralisé dont la cause est à rechercher à l’amont ou à
l’aval. Elle peut aussi glisser en masse lors d’une grosse crue qui érode (ou affouille) une hauteur
importante à son pied. Ce rôle aggravant est décuplé si l’enfoncement du lit atteint un matériau plus
affouillable.
▫ Relations entre érosion et glissement
Les deux phénomènes peuvent se succéder. Une berge érodée pendant une crue prend un profil davantage
vertical et moins stable au glissement. L’érosion peut donc enclencher un glissement.
A l’inverse, à la suite d’un glissement, les matériaux qui ont glissé sont à la fois désorganisés et
rapprochés de l’axe du cours d’eau. Ils sont plus facilement emportés par le courant. De même, la partie
verticale du sommet d'une berge ayant glissé est sensible à l'érosion en cas d'arrivée de hautes eaux (Fig.
I.7). Un glissement peut donc être suivi par une érosion de berge.

(Fig. I.9)
▫ Autres facteurs aggravants pour la tenue des berges
Les cheminements créés par le bétail pour aller boire peuvent affaiblir la berge et permettre le
déclenchement d’érosions localisées. Ce n’est jamais bien grave, surtout si l’on prend la précaution de
choisir les berges convexes. De même, les terriers de castors, ragondins, rats musqués peuvent affaiblir
très localement une berge. Cela ne nous a jamais paru bien conséquent. Il en va très différemment pour les
digues.
Dans les pays chauds, les berges argileuses sont affectées par des fentes de retrait qui facilitent l’érosion
soit par le ruissellement de la pluie soit par le courant.
▫ Rôle des arbres et des arbustes sur la tenue des berges
Au plan de la tenue des berges, un arbre de berge peut jouer différents rôles, selon sa taille, sa position,
son espèce. Nous allons aborder tour à tour son effet, positif ou négatif, vis à vis de l'érosion de la berge et
de son pied et celui vis à vis du glissement.
D’une part, en surface, le chevelu racinaire, s'il tapisse la berge, la protège de l'érosion en jouant le rôle
d'écran vis-à-vis du courant. Ce même rôle positif n'existe pas pour le mécanisme d'érosion du pied de
berge (ou d'affouillement) dans les coudes lors de crues, car les racines des arbres ne sont pas présentes.
La protection des coudes de rivière par les arbres atteint sa limite pour les très fortes crues et les coudes
les plus affouillables.
Quant aux aspects négatifs des arbres, au point de vue de l'érosion, en pied de berge, les troncs sont un
obstacle à l’écoulement. Ils engendrent un tourbillon capable d’éroder la berge (sauf les jeunes arbustes à
tige souple). Des arbres qui auraient basculé peuvent provoquer des érosions par courant réfléchi ou bien
constituer une amorce d'embâcle.
Enfin, les crues violentes sont capables de créer de très grosses érosions de berge déstabilisant les arbres
même sur des tronçons rectilignes et de les transporter vers les points de débordements, ce qui crée de gros
embâcles dans certains rétrécissements ou parfois même contre les arbres du haut de berge.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.10
Chapitre I - Morphologie fluviale

Dans les coudes des cours d'eau violents, l'enracinement des arbres n'est généralement pas assez profond
pour tenir les berges compte tenu de l'importance des fosses d'affouillement pour les grosses crues.
La végétation arbustive et arborée a aussi pour effet de ralentir le courant à proximité du sol ce qui limite
également l'érosion de la berge et limite aussi l’affouillement potentiel autours des troncs d’arbres adultes.
En considérant maintenant la répartition en volume des racines, celles ci constituent une véritable
armature du sol, et ont un rôle favorable vis à vis du glissement. Des arbres naturellement présents dans
une ripisylve sont très efficaces de ce point de vue. Lorsque ces arbres poussent en haut de la berge, leur
enracinement joue un rôle efficace surtout pour des berges d'une hauteur faible (jusqu'à 3 m).
Au contraire, en haut du talus il joue un rôle défavorable. S’il glisse avec le talus, il emporte un paquet de
terre important et peut provoquer un courant réfléchi qui érode la berge opposée. De plus, les arbres de
haute tige au port instable ou dépérissant sont susceptibles de basculer par exemple en cas de tempête.
Dans ce cas, la berge se trouve entaillée par le basculement de la souche et fragilisée. Ainsi selon les cas,
le rôle d'un arbre peut être positif pour la tenue des berges, ou au contraire négatif (Fig. I.10).

(Fig. I.10)
Au plan morphologique, la végétation a un rôle important. Lorsque les berges sont végétalisées, le lit est
moins large et plus profond et la pente des berges est un peu plus forte. Le lit d’une rivière végétalisée est
donc naturellement plus calibré. Au total, les arbres ont un rôle complexe, mais globalement ils stabilisent
les berges. En moyenne l’influence de la végétation est la suivante:

▫ Indices aidant au diagnostic des causes de dégradation des berges


Une bonne observation des berges permet de relever des indices sur l'état de celles-ci. Il est clair que
l'observation d'un long tronçon est infiniment préférable à la seule observation de la zone incriminée.
La nature de la berge est un indice fort: une berge cohérente (argile, limon) résiste bien à l'érosion mais
peut glisser en cas de décrue rapide. Une berge drainante (gravier ou sable grossier sans fines) est
pratiquement aussi stable à la décrue que dans les autres situations ; par contre, elle est sensible à l'érosion.
La hauteur de berge peut donner une petite indication: si elle est élevée, le risque de glissement est accru,
toutes choses égales d'ailleurs, alors que le risque d'érosion est le même.
Quant aux traces d'enfoncement du lit, elles sont assez faciles à observer soit au niveau d'ouvrages soit au
niveau des bancs et de la végétation.
L'observation des ponts, des revêtements de berge, des prises d'eau ou du pied aval des seuils permet très
facilement de diagnostiquer un enfoncement, et même parfois de le quantifier. Les bancs de gravier
lorsqu'ils présentent une partie verticale en bordure de l'eau sont aussi un indice net.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.11
Chapitre I - Morphologie fluviale

Au niveau des berges, les racines des arbres lorsqu'elles pendent traduisent soit un affouillement localisé,
soit un enfoncement généralisé. Il suffit de parcourir un tronçon de rivière assez long pour trancher.
Classiquement, on observe de la base vers le sommet une partie de graviers sans fines, surmontée par une
couche de graviers emballés dans des limons puis une couche de limons. Lorsque la couche de graviers
atteint une épaisseur largement supérieure au mètre, il y a fort à parier qu'un enfoncement s'est produit.
▫ Conclusion sur la déformation des berges
Il y a trois mécanismes essentiels de déformation des berges: l’érosion, le glissement et l’éboulement. Les
matériaux pulvérulents sont plutôt emportés grain par grain. Les matériaux cohérents sont plutôt emportés
en masse. L’enfoncement du lit est un important facteur aggravant. Ces divers mécanismes peuvent se
succéder de la façon suivante:

• Seuils et mouilles
L'observation montre que le profil en long des rivières à méandres comporte des irrégularités de grande
amplitude :
▫ des mouilles (zones d'eau profonde) situées dans les extrados des courbes;
▫ des seuils plutôt situés aux points d'inflexion entre chaque courbe.
Au droit des seuils, le tirant d'eau étant plus faible que dans les parties voisines, la force tractrice est
également plus faible. Les seuils de ce fait résistent bien au courant. En crue, ils provoquent des dépôts et
se surélèvent. On rencontre également des alternances seuils-mouilles dans les rivières en tresse, mais sans
localisation préférentielle dans les extrados ou dans les points d'inflexion, d'ailleurs peu marqués car les
tracés des rivières en tresses sont peu sinueux.
Les mouilles se localisent plutôt après la confluence de deux bras. Elles sont d'autant plus profondes que
la courbe est prononcée, le point le plus profond de la mouille étant plus à l'aval que le point de courbure
maximal ; en crue les mouilles s'approfondissent (Fig. I.11) et à la décrue elles se remblaient de matériaux
fins. Ensuite, en basses eaux elles deviennent des zones sans vitesse et provoquent la décantation des
particules encore plus fines. Les mouilles sont des zones où le courant ralentit et permet le dépôt de
matériaux fins.

(Fig. I.11)
Une observation attentive permet de constater que les fines sont déposées non seulement dans les espaces
entre les éléments grossiers mais aussi en petites plages qui tapissent une partie de la face remontante coté
aval de la mouille. La première position permet aux fines d'être relativement abritées par les grosses
particules. Dans la deuxième position elles sont par contre extrêmement mobiles.
Si l'on veut théoriser un peu sur cette caractéristique du profil en long, disons que l'alternance seuils-
mouilles dissipe mieux l'énergie de l'eau qu'un profil parfaitement régulier.
Si le profil en long était purement rectiligne, les seules pertes de charge seraient linéaires, et il faudrait un
tracé très long pour dissiper assez d'énergie en hautes eaux. Grâce à des seuils naturels, la rivière introduit
des pertes de charges singulières qui sont plus efficaces.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I.12
Chapitre I - Morphologie fluviale

De plus ces seuils sont en fait des organes mobiles et effaçables qui s'adaptent automatiquement aux
variations de débit c'est à dire aux variations d'énergie, alors qu'un profil en long rectiligne n'aurait de
marge de manœuvre qu'en changeant de longueur. On constate l'ingéniosité de ce système qui permet de
garder un tracé relativement stable et auto-ajustable aux modifications imposées.
Les évolutions décrites ci-dessus, surélévations des seuils en crue, comblement des mouilles à la décrue,
sont des réajustements mineurs du cours d'eau pour s'adapter aux variations de débit qui lui sont imposées.
Pour une crue exceptionnelle, ce type de réajustement mineur pourra s'avérer insuffisant. Le cours d'eau
pourra alors modifier fortement son tracé et/ou son calibre pour dissiper une énergie inhabituelle.
En montagne ou en zone de piémont, la création d'un seuil naturel peut s'observer lorsqu'un torrent
affluent apporte de gros blocs que la rivière principale arrive à étaler mais non à évacuer, du moins avant
l'arrivée d'une grosse crue. Ce seuil entraîne un exhaussement du lit en amont.

• Règles d'équilibrage des méandres (Equations du régime)


On appelle coefficient de sinuosité le rapport entre la longueur d'un tronçon de cours d'eau et la longueur
de vallée correspondante. La rivière est dite rectiligne quand ce coefficient est inférieur à 1,05; elle est dite
sinueuse jusqu'à 1,25 ; très sinueuse jusqu'à 1,5 et méandriforme au-delà. Les rivières à berges cohésives
sont les plus sinueuses.
Dans le cas des rivières à méandres, il a été possible d'établir de manière empirique des corrélations entre
les grandeurs moyennes définissant une succession de méandres. Ces relations sont souvent appelées
équations du régime, par référence historique à l'étude des canaux à profil stable. Soient A l'amplitude, ρ
le rayon de courbure, λ la longueur d'onde et L la largeur du lit (Fig. I.12). La largeur du lit est la largeur
de plein bord mesurée au niveau de tronçons rectilignes ou des points d'inflexion.

(Fig. I.12)
Dès lors on a les relations suivantes :
7. L < λ < 11. L; 2 .L < ρ < 3 .L ; A≈ 2,5. λ
Pour une rivière en cours d'étude, il peut être intéressant de vérifier ces ordres de grandeur. Si l'on s'en
écarte significativement, c'est sans doute le signe d'un dysfonctionnement du cours d'eau dont il faudra
alors diagnostiquer l'origine.
Il n'existe pas de formules équivalentes pour les rivières en tresses dont les tracés et les formes sont
nettement plus fluctuantes que ceux des rivières à méandres. L’amplitude et la longueur d’onde n’y
auraient d’ailleurs pas grand sens.
On considère que le lit est à méandres lorsque la pente est inférieure à:
-0,44
i = 0,013.Q
Sinon il est en tresses. Pour cette limite, on propose une formule qui introduit la taille des sédiments:
-0,44
i = 0,50. d1,14. Q
Où les unités sont m et m3/s. Lorsque la pente est sensiblement supérieure à la valeur limite donnée par
cette formule, le style en tresses est vraisemblablement durable.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I I.1
Chapitre I - Principes d'hydraulique à surface libre

Chapitre II. Principes d'hydraulique à surface libre


Dans une approche unidimensionnelle la rivière à lit unique ou canal (le chenal) peut être raisonnablement
considéré comme rectiligne. Sa géométrie peut alors être parfaitement définie par une succession de
sections perpendiculaires à son axe. Il existe donc une direction privilégiée de l’écoulement appelée axe
de l’écoulement.
Par voie de conséquence, la surface libre est supposée horizontale d’une rive à l’autre (absence de dévers).
Les composantes verticales de l'écoulement ainsi que les composantes de rive à rive sont donc négligées.
Tous les paramètres géométriques peuvent être considérés comme des fonctions de l’abscisse mesurée sur
l’axe d’écoulement. Les vitesses sont supposées homogènes dans une section.
Ce type d’approche est celle de la modélisation filaire (ou à une dimension) dite modèle 1D. La rivière est
supposée avoir des parois (le fond et les berges) fixes, et en outre, elle est supposée transporter de l'eau
claire.

• Définitions essentielles
§ Les paramètres géométriques
Les paramètres géométriques sont relatifs à une section du chenal dans un plan perpendiculaire à son axe,
dont la position est définie par une abscisse (x). Les paramètres essentiels sont le tirant d’eau (y), la
section mouillée (S), la largeur au miroir (L) ou largeur de la section mouillée et le périmètre mouillé (P),
(Fig. II.1).
Il faut noter que le périmètre mouillé représente la longueur de paroi au contact de l'eau (berges et fond),
mais ne comporte pas le contact entre l’eau et l’atmosphère. Le tirant d’eau est mesuré
perpendiculairement au fond du chenal. Il ne doit théoriquement pas être confondu avec la hauteur d’eau
qui est une mesure verticale. Mais en rivière à faible pente, ces deux valeurs sont pratiquement égales.

(Fig. II.1)
Par définition, le rayon hydraulique est le rapport entre section mouillée et périmètre mouillé, R = S/P. Si
le chenal est rectangulaire, alors R = L. y / (L + 2y). Si le chenal est infiniment large, alors R = y.
La pente du chenal, notée (i) est la pente de son fond, mesurée tout le long de son axe, et comptée
positivement si le chenal est descendant.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I I.2
Chapitre I - Principes d'hydraulique à surface libre

Si zf désigne la cote du fond mesurée positivement vers le haut, alors:


(i) = - dzf/dx = sin (α)
Tous les paramètres L, y, S, P, R dépendent du débit et ne sont donc pas des constantes géométriques.
Seule la pente (i) est, dans notre hypothèse, une constante géométrique (c'est-à-dire indépendante du
débit), mais certes, elle peut varier dans l’espace.

§ Les paramètres hydrauliques (rappel)


▫ Masse volumique
La masse volumique de l'eau est notée ρ et vaut 1000 kg/m3 dans le cas de l’eau sans matières en
suspension.
▫ Poids volumique
Le poids volumique de l'eau est noté ω = ρ. g et vaut 9,81 kN/m3 pour de l’eau sans matières en
suspension où g désigne l'accélération de la pesanteur et vaut 9,81 m/s2. Il ne doit pas être confondu avec
la masse volumique définie plus haut ou avec la densité qui est un nombre sans dimension.
▫ Débit
Le débit (Q) est le volume d’eau qui traverse une section perpendiculaire à l’axe du chenal par unité de
temps.
▫ Vitesse en un point de l’écoulement
Par définition, la vitesse (v) en un point de l'écoulement est celle de la particule qui passe en ce point au
moment considéré.
▫ Vitesse moyenne
La vitesse moyenne est par définition v = Q/S, c'est-à-dire:
v = 1/S ∫∫v.ds
Où ds désigne un élément de surface (S = ∫∫ds).
▫ Ligne de courant
Une ligne de courant est une courbe tangente en chacun de ses points P au vecteur vitesse en ce point. En
écoulement non permanent, la vitesse v au point P évolue dans le temps et les lignes de courant se
déforment avec le temps. En écoulement permanent, les lignes de courant ne se déforment pas et
constituent des trajectoires de particules d’eau. Le profil de la surface libre est une ligne de courant
particulière.
▫ Pression hydrostatique en un point
Dans un liquide au repos, (zp + p/ω) est constant en tout point P de la masse liquide où zp désigne la cote
du point P et p désigne la pression appliquée à une facette passant par ce point et ne dépend pas de
l’orientation de cette facette. Elle s'exprime en Pascal (symbole Pa ou N/m2). Dans ce qui suit, p désignera
la pression relative (autrement dit, en surface d’un liquide la pression est nulle). A une profondeur h sous
la surface libre, p = ω .h.
▫ Charge hydraulique en un point d’un liquide en mouvement
Par définition, la valeur de la charge hydraulique en un point P d’une ligne de courant est donnée par
l'expression:
Hp = zp + p/ω + v2/2g
Où, zp est la cote du point, p la pression en ce point et v la vitesse au point.
Si Δz désigne la différence d'altitude entre le point et la surface libre, la pression (relative) en P est donnée
par: p = ω. Δz (Fig. II.2).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I I.3
Chapitre I - Principes d'hydraulique à surface libre

Si yP désigne la distance du point à la surface et si α désigne l'angle du fond avec l'horizontale, dès lors, yP
= Δz / cos (α). Donc,
p =ω. yP. cos (α)
Dans les problèmes courants de rivières ou de canaux, la pente est très faible (quelques ‰ à quelques %)
et cos (α) ≈ 1. D’où p =ω. yP comme pour un problème hydrostatique. Donc, en hydraulique à surface
libre et pour une pente faible, la charge en un point peut s’écrire:
Hp = zp + yP + v2/2g
Jusqu'à un angle de 8° par exemple, c'est à dire une pente de 14%, l'erreur due à cette approximation n'est
que de 1%.

(Fig. II.2)
▫ Charge moyenne dans une section ; charge spécifique
L'intégration de (Hp = zp + yP + v2/2g) dans une section donne la charge moyenne exprimée par:
H = zf + y + β. v2/2g
Où zf désigne la cote du fond et y le tirant d’eau pour la section. Le coefficient de Coriolis β vaut 1 si la
répartition des vitesses dans la section est uniforme. Sa formulation est donnée par:
β = ∫∫v3.ds/(V3.S)
En rivière, il est généralement compris entre 1 et 1,2.
La ligne de charge moyenne est obtenue en reportant graphiquement (v2/2g) au-dessus de la ligne
piézométrique, le tirant d'eau est assimilé à la distance verticale entre le fond et la surface libre, toujours
compte tenu de l'hypothèse de pente faible (cette approximation sera conservée par la suite).
La charge spécifique est la charge moyenne mesurée par rapport au fond du chenal (Fig. II.3):
HS = H - zf = p/ω + β.v2/2g
Si la pente est faible, p = ω.y . D’où :
HS = y + β.v2/2g

(Fig. II.3)
▫ Poussée sur une paroi du canal
L’eau exerce sur les parois du chenal une poussée égale à celle qui existerait si l’eau était au repos. Sur un
élément de paroi de section ds, la poussée P est donnée par l'expression (Fig. II.4):
dP = p.ds avec p = ω .y
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale I I.4
Chapitre I - Principes d'hydraulique à surface libre

(Fig. II.4)
▫ Frottement sur une paroi du canal
L’eau étant en mouvement, exerce aussi sur un élément de paroi de section ds, une force de frottement
habituellement exprimée par :
dF = τ 0.ds
Où τ0 est la force de frottement par unité de surface ou contrainte tangentielle à la paroi (Fig. II.4). Elle est
aussi appelée contrainte tractrice pour étudier les conditions de stabilité des grains qui constituent le fond
ou les berges.

• Régimes d'écoulement
D'une manière générale et purement théorique, dans les rivières, on constate deux régimes principaux
d'écoulement et des variantes, à savoir; régime permanent avec écoulement permanent uniforme ou
varié, et régime transitoire.
 
§ Régime permanent
En régime permanent, le chenal véhicule un débit Q constant dans le temps. Le tirant d'eau y en un point
donné est donc aussi constant. En pratique, on peut calculer en régime permanent des canaux d'irrigation,
des écoulements en rivière à l'étiage ou en régime moyen. Mais le calcul d'un écoulement en crue rapide
ne peut pas être abordé par le régime permanent.
Permanent: Q indépendant de t ⇒ y indépendant de t
Le régime permanent peut être uniforme ou varié selon la géométrie du chenal.
▫ Écoulement permanent uniforme
Les caractéristiques géométriques du chenal sont constantes tout au long du tronçon considéré: section
mouillée S, pente (i) ainsi que la rugosité des parois. Le tirant d’eau est constant tout au long du tronçon
(appelé tirant d’eau normal). Dans le cas contraire l'écoulement est dit varié.
Ainsi un écoulement est dit permanent uniforme si:
▫ S, i (>0) et rugosité indépendantes de x;
▫ Q indépendant de t; et
▫ y indépendant de x et de t (appelé tirant d'eau normal).
▫ Écoulement permanent varié
L'écoulement est varié lorsque la géométrie ou la rugosité ne sont pas constantes. Mais il l'est aussi dans
un tronçon dont la géométrie et la rugosité sont constantes si le tirant d'eau n'est pas constant. On distingue
aussi les écoulements graduellement ou rapidement variés.
§ Régime transitoire
En régime transitoire, le débit varie en fonction du temps, et il en va donc de même du tirant d'eau en
chaque point du cours d'eau. Le calcul du laminage d’une crue par un barrage est typiquement un
problème de calcul transitoire; de même le calcul d'un écoulement de rivière en crue.
 
 

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.1
Chapitre III - Calcul des écoulements

Chapitre III. Calcul des écoulements


Comme on a déjà vu les régimes principaux d'écoulement et des variantes sont: régime permanent avec
écoulement permanent uniforme ou varié, et régime transitoire (Fig. III.1). En régime permanent, le
chenal véhicule un débit Q constant dans le temps. Le tirant d'eau y en un point donné est donc aussi
constant. En pratique, on peut calculer en régime permanent des canaux d'irrigation, des écoulements en
rivière à l'étiage ou en régime moyen. Mais le calcul d'un écoulement en crue rapide ne peut pas être
abordé par le régime permanent. Le régime permanent peut être uniforme ou varié selon la géométrie du
chenal.

(Fig. III.1)

• Écoulements permanents uniformes


Un écoulement permanent est en outre uniforme lorsque la géométrie, la pente et la nature des parois
restent inchangées et lorsque le tirant d’eau (y) garde une valeur constante. Un écoulement réellement
uniforme se rencontre rarement dans les rivières, mais plutôt dans les canaux de grande longueur, à
section et pente constantes. C’est néanmoins un écoulement auquel on se réfère souvent, même dans
l’étude des problèmes réels non uniformes. Souvent par simplification de langage, nous nous contenterons
de parler d'écoulement uniforme, au sens d'écoulement permanent et uniforme.
▫ Équation de continuité
L’équation de continuité exprime que la masse de liquide sortant d’une section (2) est égale à celle qui
entre dans une section amont (1) pendant le même intervalle de temps Δt. D’autre part, le liquide est
supposé homogène et incompressible (ω = constante). Il y a donc aussi continuité du volume.
Le volume entrant (Q1. Δt) est donc égal au volume sortant Q2. Δt ⇒ Q1 = Q2. Donc,
"En écoulement permanent (uniforme ou non), le débit se propage en restant constant".
En outre (y) étant constant par définition, S est aussi constant, ainsi que la vitesse moyenne V = Q/S. Donc,
"En écoulement permanent uniforme, section mouillée et vitesse moyenne sont constantes".
▫ Équation du régime uniforme
Soit (i = - dzf / dx) la pente du fond. La pente de la surface libre lui est aussi égale car le tirant d’eau est
constant dans l’espace. La charge moyenne en une section est par définition:
H = y + z +V2/2g
Entre une section (1) et une section (2), la charge varie d’une quantité (H1 - H2) appelée perte de charge
(Fig. III.2).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.2
Chapitre III - Calcul des écoulements

(Fig. III.2)
Le théorème de Bernoulli exprime que dans un écoulement permanent d'un fluide parfait (viscosité nulle),
la charge est constante le long d’une ligne de courant. Mais nous nous intéressons à des liquides réels,
donc visqueux. Le théorème de Bernoulli généralisé exprime simplement que la variation de la charge ΔH
est égale à la perte de charge (j.Δx).
La perte de charge linéaire (j) est donc identique à la pente de la ligne de charge: j = - dH/dx. D'où:
𝐝 𝐝𝐳𝐟
𝐣=− 𝐲 + 𝐳𝐟 +   𝐕 𝟐 /𝟐𝐠 = −  
𝐝𝐱 𝐝𝐱
Car (y) comme (V) sont constants. Il en résulte que (i = j). Au passage, constatons qu'un écoulement
uniforme n'existe que si la pente est positive.
"Dans un écoulement uniforme la ligne de charge, la surface libre et le fond sont parallèles".
▫ Formulations de Chézy et de Manning-Strickler
En écrivant que dans l’écoulement uniforme, les forces appliquées à la masse fluide comprise entre deux
sections espacées d’une distance (l) sont en équilibre, on démontre que:
V = C. (R. i) 1/2 (formule de Chézy)
Le coefficient de Chézy C dépend de la nature des parois et du rayon hydraulique R. Pour l'estimer, une
des formules expérimentales les plus utilisées est celle de Manning-Strickler:
C = K. (R) 1/6
K étant le coefficient de Strickler de dimension (L1/3.T -1). Il dépend de la rugosité des parois du chenal,
mais contrairement au coefficient de Chézy, il dépend très peu du tirant d’eau.
En partant de la formule de Chézy et de la valeur du coefficient C donnée ci-dessus, nous obtenons la très
classique et très importante formule de Manning-Strickler:
V = K. R 2/3. i1/2 ou encore Q = K.S.R2/3.i1/2
Avec Q = S.V et où:
V est la vitesse moyenne; K le coefficient de rugosité (ou de Strickler) du lit; S la section mouillée; R le
rayon hydraulique (R = S/P); P le périmètre mouillé et (i) la pente (constante par hypothèse) du tronçon de
cours d'eau (pente du fond).
Dans cette relation, R et S sont des fonctions du tirant d'eau (y). La résolution de l'équation donne (y) en
fonction de Q. Le tirant d'eau obtenu est par définition le tirant d'eau normal baptisé yn. La pente de la
ligne d’eau est égale à celle du chenal et aussi à la perte de charge par unité de longueur.
Cas particulier :
Dans une rivière très large, et de forme rectangulaire, le rayon hydraulique devient sensiblement égal au
tirant d’eau. On en déduit:
Q = K. L. y5/3. i1/2
Il existe donc dans ce cas particulier une relation explicite donnant le tirant d’eau en fonction du débit:
y = Q3/5. K−3/5. L−3/5. i−3/10
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.3
Chapitre III - Calcul des écoulements

Le Tableau III.1 donne quelques ordres de grandeur du coefficient de Strickler.


Nature des parois Valeur de K en m1/3/s
Béton lisse 75 - 90
Canal en terre, non enherbé 60
Canal en terre, enherbé 50
Rivière de plaine, sans végétation arbustive 35 - 40
Rivière de plaine, large, végétation peu dense 30
Rivière à berges étroites très végétalisées 10 - 15
Lit majeur en prairie 20 - 30
Lit majeur en vigne ou taillis 10 - 15
Lit majeur urbanisé 10 - 15
Lit majeur en forêt <10
(Tableau III.1)
Dans le cas d’une rivière à lit de gravier et à berges non végétalisées, existent aussi des formules
empiriques telles que:
▫ formule de Strickler : K = 21/ d501/6
▫ formule de Meyer-Peter et Müller : K = 26/d901/6
▫ formule de Raudkivi : K = 24/d651/6
Dans ces formules, K est exprimé en (m1/3 /s), dn désigne le diamètre (en mètres) des grains du lit tel que
n% en poids aient un diamètre inférieur. L’emploi de la première formule est recommandé lorsque la
granulométrie est étroite et la seconde lorsqu’elle est étalée. Il ne faut pas employer ces formules pour des
sables, elles conduiraient à des valeurs nettement trop élevées. Mais même dans le cas des rivières à
graviers, elles ne donnent le coefficient de Strickler global du lit mineur que pour des tronçons de rivière
de forme régulière et dénués de végétation où la turbulence n’est expliquée que par la taille des matériaux.
Le coefficient de rugosité du lit d’une rivière réelle varie en fait en fonction du tirant d’eau, c’est à dire en
fonction du débit pour trois raisons:
▫ la rugosité du fond et celle des berges ne sont généralement pas identiques (matériaux plus fins,
présence de végétation ou de protection);
▫ en cas de débordement, le lit majeur a une rugosité a priori différente de celle du lit mineur;
▫ enfin, la rugosité du fond varie selon que le fond est plat ou bien comporte des dunes.  
Si l’on s’intéresse au seul lit mineur, il est donc utile de distinguer le coefficient relatif au fond (Kf), celui
des berges (Kb) et le coefficient global (K).
▫ Rugosité composée
Il est assez fréquent que la rugosité du fond Kf et celle des berges Kb soient différentes. Einstein a proposé
de calculer la rugosité équivalente K de la manière suivante:
P/K = Pf/Kf + Pb/Kb
Dans le calcul des périmètres mouillés Pf et Pb relatifs aux berges ou au fond, seuls les contacts terre- eau
sont à considérer (Fig. III.3).

(Fig. III.3)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.4
Chapitre III - Calcul des écoulements

▫ Cas d'un lit majeur (Fig. III.4)


La section est découpée en sous sections et le débit total est obtenu par l'expression:
Q  = Kj . Sj .R2/3
j .ij
j

Dans le calcul des périmètres mouillés Pj, seuls les contacts terre-eau sont à considérer. Dans le cas d’un
chenal avec risbermes (partie horizontale d'un remblai ou d'un déblai en pente), les pentes ij sont toutes
pratiquement égales. Mais dans le cas du lit majeur d’un cours d’eau, i1 = i3 représente la pente du lit
majeur et i2 (< i1) celle du lit mineur.

(Fig. III.4)
En pratique, on ne mesure pas séparément les coefficients des lits mineur et majeur. Par calage d’une ligne
d’eau non débordante, on peut faire une estimation du coefficient K2 du lit mineur, et si l’on peut observer
une crue débordante, on peut faire une estimation du coefficient global.
Ramette et Nicollet, à la suite de mesures en laboratoire à Chatou, proposent pour le coefficient global:
K = 0,9.Km5/6.KM1/6
Où Km représente le coefficient de rugosité du lit mineur au moment du début de débordement, et KM le
coefficient du lit majeur. Cela traduit le fait qu’au moment du débordement, l’écoulement dans le lit
mineur est perturbé par les tourbillons qui se développent au contact des deux lits.
La formule du régime uniforme présente un intérêt pour les écoulements non uniformes, mais à condition
de ne pas confondre pente du fond et pente de la ligne de charge.
En résumé, pour un écoulement uniforme, on a:
▫ Q = K.S.R2/3.i1/2
▫ Pente surface libre = pente ligne de charge = pente du fond;
▫ y = constante (tirant d’eau dit normal).

• Ecoulements permanents graduellement variés


En pratique dans un chenal uniforme, c’est à dire de section, pente et rugosité uniformes, le tirant d’eau
n’est constant qu’à une grande distance des extrémités. Près des extrémités, l’écoulement est varié, c’est-
à-dire que le tirant d’eau varie. Plus généralement, l’écoulement est également non uniforme lorsque le
chenal est non uniforme (sa géométrie et/ou sa rugosité sont variables).
Un écoulement graduellement varié est obtenu lorsque:
▫ les dimensions, les formes, la rugosité, la pente du chenal varient faiblement sans brusquerie;
▫ le tirant d’eau varie faiblement.
La figure II.6 illustre un exemple où l'écoulement est varié dans deux tronçons successifs.
▫ Équation de la ligne d’eau ; tirant d'eau normal
Supposons connues la géométrie et la rugosité du chenal ainsi que la valeur du débit permanent.
On cherchera la ligne d’eau, c'est-à-dire la relation entre le tirant d’eau et l’abscisse.
La perte de charge est donnée par l'expression: j = - dH/dx, on démontre facilement que:
dy/dx = (i - j) / (1 - Q2.L/g.S3)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.5
Chapitre III - Calcul des écoulements

Dans le second membre, Q et (i) sont des constantes connues et L et S sont des fonctions connues de (y).
Reste le terme (j). On considère que la perte de charge a la même valeur qu’en régime uniforme pour le
même tirant d’eau et le même débit.
Donc, j = Q2/K2.S2.R4/3 d’après la formule de Manning Strickler. C’est donc aussi une fonction connue de
(y). On a bien une équation différentielle de la ligne d’eau. Puisqu’elle est du premier ordre, le problème
sera complètement résolu si l’on se fixe une condition à la limite.
(Remarque: lorsque i = j on retrouve dy/dx = 0 (y = constante), c’est-à-dire le régime est uniforme)

Par définition, le tirant d'eau normal (yn) est la solution de l'équation différentielle en (y):
dHS/dx = 0.
Or, HS = (H - z) ⇒ dHS/dx = (i - j), par conséquent (yn) est la solution de l'équation en (y):
Q = K. S. R2/3. i1/2
On constate qu'en régime uniforme (i = j), le tirant d'eau réel est forcément le tirant d'eau normal. En
régime non uniforme, si la pente est négative, il ne peut exister de tirant d'eau normal. Enfin, si la pente est
positive, le tirant d'eau réel n'a aucune raison d'être égal au tirant d'eau normal.
▫ Tirant d’eau critique
Par définition le tirant d’eau est dit critique lorsque l'énergie spécifique est minimale. Or on démontre très
facilement que l’énergie spécifique vérifie (dHS/dy = 1 – Q2. L /g. S3)

Le tirant d’eau critique vérifie donc (Q2.L/g.S3 = 1). Cette valeur est désignée par (yc). Dès lors, l’énergie
spécifique minimale est donnée par l'expression:
HSC = yc + SC/2L
Dans le cas d’un chenal rectangulaire, le tirant d’eau critique peut s’expliciter ainsi par:
yc = (Q2/g.L2)1/3 = V2/g
Et l’énergie spécifique minimale par:
HSC = 3/2 yc
▫ Écoulement fluvial, écoulement torrentiel
L'expression du nombre de Froude s'écrit:
F = (Q2. L/g. S3)1/2 ou encore F = V/ (g. ym) ½
Où (ym) = S/L, représente le tirant d'eau moyen dans la section.
Le nombre de Froude est un nombre sans dimension dont le carré représente le rapport de l’énergie
cinétique du liquide en mouvement à l’énergie potentielle de la pesanteur. Il a un rôle tout à fait
fondamental pour caractériser les écoulements.
En section rectangulaire, comme S = L.y, le nombre de Froude s'écrit:

F = V/ (g.y) 1/2
Il est souvent pratique d’utiliser le débit linéaire ou débit par mètre de largeur du lit q = Q/L. Dès lors, le
nombre de Froude en section rectangulaire s’écrit aussi:
F = q/ (g.y3) 1/2
En section quelconque, le nombre de Froude s'écrira sous la forme:
F = q/ (g.ym3) 1/2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.6
Chapitre III - Calcul des écoulements

C'est ainsi que, de ce qui précède:


▫ Lorsque F = 1, le tirant d’eau devient critique et de plus, on obtient: dHS/dx = 1 - F2;
▫ Lorsque F < 1 (ou lorsque yC > y) le régime est dit fluvial. Dès lors, HS est une fonction croissante
de y et l’on se trouve sur la branche de droite de la courbe (Fig. III.5);
▫ Lorsque F > 1 (ou lorsque yC< y), le régime est dit torrentiel.

(Fig. III.5)

La notion de régime fluvial, torrentiel ou critique s’applique évidemment au cas particulier du régime
uniforme. Lorsque yn < yc, l’écoulement est uniforme torrentiel, et lorsque yn > yc, l’écoulement est
uniforme fluvial.
La figure II.5, ci-dessus, a l’intérêt de montrer que pour une même énergie spécifique, deux tirants d’eau
sont possibles l’un fluvial, l’autre torrentiel. Bien entendu, la connaissance de la condition à la limite
aiguillera vers l’un ou vers l’autre, selon sa position par rapport à yc.
▫ Calcule d'une courbe de remous
Il s’agit simplement de résoudre une équation différentielle du premier ordre du type dy/dx = f(y)
connaissant une condition aux limites y = y0 pour x = x0. Cette condition doit être donnée à l’amont si
l’écoulement est torrentiel et à l’aval s’il est fluvial. Donnons un exemple avec un changement de pente
net (Fig. III.6).

(Fig. III.6)

La ligne d’eau amont est fluviale et le tirant d’eau tend vers l’amont vers le tirant d’eau normal yn1. La
forme de la ligne d’eau est imposée par un contrôle aval, ici yC = y.
De même, dans la partie torrentielle, le tirant d’eau tend vers le tirant d’eau normal yn2 vers l’aval. Le
contrôle est amont (le même, yC = y).

• Écoulements rapidement variés


Les écoulements rapidement variés se rencontrent soit en cas de changements de géométrie brutaux en
plan (convergents, divergents), soit dans le cas d’écoulements dont les lignes de courant deviennent très
courbes (en profil).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.7
Chapitre III - Calcul des écoulements

▫ Ressaut hydraulique
Lorsqu’un écoulement torrentiel «rencontre» un écoulement fluvial, la jonction se fait avec une forte
discontinuité du tirant d’eau, et une importante agitation qui dissipe une grande part de l’énergie acquise
dans le tronçon torrentiel. L'observation montre de grands tourbillons, des remous ainsi que de
nombreuses bulles d'air entraînées. Cette zone agitée est baptisée ressaut hydraulique.
En supposant les parois fixes, on démontre que:
y2 = - y1/2 + y1/2 (1 + 8. F12)1/2
Où F1 désigne le nombre de Froude amont, y1 le tirant d’eau amont et y2 le tirant d’eau aval.
On arriverait de même à:
y1 = - y2/2 + y2/2 (1 + 8. F12)1/2
Où y1 et y2 sont appelés tirants d’eau conjugués.
La perte de charge dans le ressaut est donnée par:
ΔH = (y2 - y1)3/ 4. y1. y2
(Dans l’hypothèse d’un chenal uniforme rectangulaire à fond horizontal).
Ces différentes formules sont intégrées dans l'abaque de la figure III. 7, fortement inspiré de Lencastre.
Pour F1 > 3, la formule se simplifie en:
y2 = - y1/2 + (2)1/2. F1

(Fig. III.7)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.8
Chapitre III - Calcul des écoulements

▫ Types et longueur du ressaut


D'après Lencastre, sont distingués cinq types de ressaut (Fig. III.8).
▫ Le ressaut ondulé est obtenu pour des nombres de Froude inférieurs à 1,7. Seules quelques légères
rides sont observées en surface.
▫ Le ressaut faible est obtenu pour des nombres de Froude compris entre 1,7 et 2,5. Des petits
tourbillons ou rouleaux prennent naissance.
▫ Le ressaut oscillant apparaît pour des nombres de Froude compris entre 2,5 et 4,5. Des turbulences
fortes se produisent non seulement en surface, mais aussi au fond et cela de manière irrégulière.
Ces turbulences peuvent se propager loin à l'aval.
▫ Lorsque le nombre de Froude est compris entre 4,5 et 9, le ressaut est dit établi ou stationnaire. Il
est bien localisé et efficace en terme de dissipation de l'énergie.
▫ Enfin, au-delà d'un nombre de Froude de 9, ce qui ne se rencontre pas en rivière, le ressaut est dit
fort. De véritables paquets d'eau sont projetés par intermittence.
D’une manière générale, lorsque le nombre de Froude croît, le ressaut devient moins ondulé et présente un
rouleau marqué. Il est donc plus facile à stabiliser.

(Fig. III.8)
La longueur du ressaut est par définition la distance entre sa face amont et la zone atteinte lorsque toute
l'énergie est pratiquement dissipée et ne provoque pas plus d'érosion que l'écoulement fluvial aval. Il faut
être conscient de l’imprécision de cette définition. L'abaque de la figure 10 permet d'estimer la longueur
Lr du ressaut en fonction du nombre de Froude à l'extrémité du tronçon torrentiel et du tirant d'eau fluvial
aval. Selon Sinniger et Hager, on peut également appliquer la formule:
Lr  /  y2  =  35.  (F1)1/2/  (8  +  F1)  
Qui est valable au-delà de F1 = 3 et qui conduit aux mêmes résultats.
Lorsque l'on dimensionne le bassin de dissipation d'énergie d'un ressaut, il est important de bien noter que
l'écoulement aval est indépendant du ressaut, et qu'il n'y a aucune raison pour que la ligne d'eau fluviale
aval rejoigne le tirant d'eau conjugué calculé. Lorsque le tirant d'eau aval est supérieur, le ressaut est dit
submergé.
La dissipation d'énergie demande plus de place, et selon Lencastre, la longueur du ressaut submergé est :
Lr = 4,9.yaval + 1,2.y2

▫ Position du ressaut
Il est important de positionner les ressauts car c’est une zone à forte dissipation d’énergie où se produisent
de fortes érosions des berges et du fond.
Un ressaut se positionne à l’endroit où le tirant d’eau conjugué du tirant d’eau torrentiel amont devient
égal au tirant d’eau fluvial aval. Cette approche théorique conduit en fait à supposer que la longueur du
ressaut est nulle.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.9
Chapitre III - Calcul des écoulements

En pratique, la longueur du ressaut, comme on l'a vu au paragraphe précédent, est assez importante et vaut
environ Lr = 4,5 à 6.y2. Cela permet alors de positionner avec plus de précision le début et la fin du
ressaut. Sur la figure III.9, le ressaut se positionne là où la distance horizontale entre la ligne d’eau aval est
écartée de Lr de la courbe amont des tirants d’eau conjugués.

(Fig. III.9)
▫ Seuil dénoyé ou noyé
Un seuil est dénoyé tant que l'écoulement aval n'influe pas sur l'écoulement au droit du seuil. Cela revient
aussi à dire qu'il subsiste à l'aval du seuil une portion d'écoulement torrentiel. Le seuil contrôle alors
l’écoulement (au sens où la connaissance de la valeur du débit suffit à imposer la valeur de la cote de
l’eau). Lorsque le débit est suffisant pour que l'écoulement aval conditionne l'écoulement au droit du seuil,
le seuil devient noyé ; le niveau d'eau obtenu à l'amont est alors supérieur à ce qu'il serait si les conditions
aval permettaient un fonctionnement dénoyé.
o Loi de seuil dénoyé
L'écoulement reste dénoyé tant que H'< 2/3.H, où H et H’ sont les charges spécifiques relatives à la crête
du seuil (Fig. III.10). L'expression de H étant:
H = y + V2/2.g - p = y + Q2/(2.g.S2) - p
La loi du seuil s'écrit:
Q = µ.L.(2.g)1/2.H3/2
Où L est longueur du seuil; p la pelle du seuil et µ le coefficient du débit du seuil qui varie entre 0,32 et
0,50 selon que le seuil est mal ou bien profilé et selon la charge sur le seuil.

(Fig. III.10)

o Loi de seuil noyé


Lorsqu’au contraire H' > 2.H/3, le tirant d'eau aval influence l'écoulement au droit du seuil qui est dit noyé.
La loi devient alors :
Q = µ'. L. H'. {2.g. (H – H')} ½ avec µ' = 3. (3)1/2. µ/2
Cette formulation respecte la continuité des résultats obtenus lorsque H' = 2.H/3. Pour un même débit, la
charge amont est supérieure à celle qui aurait été obtenue pour un écoulement dénoyé. Le seuil n’est plus
une section de contrôle.
Lorsque l’on fait croître le débit, la limite dénoyé-noyé apparaît pour H' = 2.H/3 c’est-à-dire environ pour
y' = 2.y/3.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.10
Chapitre III - Calcul des écoulements

Or, au niveau critique:


H = yC + VC2/ (2.g) = 3.yC/2
La limite noyé-dénoyé apparaît donc lorsque y’ atteint yC. Ceci n’est bien sûr possible qu’en écoulement
fluvial. On en déduit que lorsque l’écoulement du tronçon aval du seuil est torrentiel, le seuil est dénoyé
pour tout débit. (Ce résultat est intéressant pour la conception des évacuateurs de crue des barrages).
Note:
Dans le langage courant, un seuil noyé désigne plutôt un seuil ne provoquant pas de forte dénivelée de la ligne
d'eau. Cela est gênant, car au début du vrai ennoiement, il reste encore une dénivelée égale au tiers de la différence
de charge. Pour éviter toute confusion, il convient de réserver l'appellation de seuil noyé au cas où les conditions
aval influent sur la charge sur le seuil. Pour qualifier un seuil qui ne marque plus vraiment l'écoulement, nous
préférons dire qu'il est complètement noyé. Donc, lorsque le débit croît, un seuil est successivement dénoyé puis
noyé puis complètement noyé.
En résumé pour les lois de seuil, on a:
▫ Si H' < 2.H/3 ⇒ Q = µ.L.(2.g)1/2.H3/2
½
▫ Si H' > 2.H/3 ⇒ Q = µ'. L. H'. {2.g. (H – H')} avec µ' = 3. (3)1/2. µ/2
▫ Seuils profilés
Pour améliorer au mieux l'écoulement et éviter des dépressions entre la lame d'eau et le béton, il est
recommandé de donner aux seuils la forme de la surface libre d'une lame déversante. Le profil
classiquement utilisé est le profil dit Creager d'équation:
z = 0,50.x1, 85 / H0, 85

Où x (positif vers l'aval) et z (positif vers le bas) sont les coordonnées d'un point du profil de sommet x= z
= 0, et H0 la charge pour laquelle le seuil est calculé. Elle est comptée au-dessus du sommet du seuil. Pour
une charge égale à H0, la pression appliquée par l'écoulement au seuil est égale à la pression
atmosphérique. La pression est supérieure à la pression atmosphérique si la charge est supérieure et
inversement.

Le raccordement entre le parement amont et la crête a une forme courbe constituée d’un arc de cercle (Fig.
III.11). Le rayon de l’arc de cercle et la distance de l’extrémité d’arc à l’axe de la crête sont:
r = 0,40.H0 ; d = 0,28.H0 (Source US Bureau of Reclamation)
Le coefficient de débit d'un seuil Creager est d'environ µ0 = 0,50 lorsque la charge est voisine de H0, alors
que pour un seuil plat il est de l'ordre de 0,32 seulement. Le bénéfice est donc significatif.
Lorsque la charge H est très faible, le coefficient de débit tend vers 0,385. Lorsqu'elle est très forte, il vaut
environ 0,55. Selon V.T. Chow, le coefficient de débit varie ainsi en fonction de la charge:
µ = µ 0 (H/H0)0, 12 pour 0,2. H0 < 2.H0 avec µ 0 ≈ 0,50

(Fig. III.11)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.11
Chapitre III - Calcul des écoulements

• Écoulements transitoires
▫ Equations de base
Le problème est supposé unidimensionnel et l’eau est supposée incompressible (ce qui est parfaitement
licite). Comme pour le régime permanent, nous supposons connues la géométrie du chenal, sa rugosité, et
nous nous fixons un hydrogramme entrant Q(t). q (supposé connu) désigne un apport latéral en m3/s/m
(positif si c’est un apport, négatif si c’est un départ, nul si le problème est conservatif).
On cherche la ligne d’eau, c'est-à-dire la relation entre le tirant d’eau et l’abscisse. Mais cette fois ci, on a,
à chaque instant, deux inconnues: Q et y.
En écrivant la conservation de la masse et celle de l’énergie, on obtient le système de deux équations
différentielles à deux inconnues:
𝛛𝐒 𝛛𝐐
+   =𝐪
𝛛𝐭 𝛛𝐱
𝟏 𝛛𝐐 𝟏 𝛛(𝐐𝟐 𝐒) 𝛛𝐲 −𝐐𝟐
  +     +   − 𝐢 = −𝐣 =   𝟐 𝟐 𝟒/𝟑
𝐠. 𝐒 𝛛𝐭 𝐠. 𝐒 𝛛𝐱 𝛛𝐱 𝐊 .𝐒 .𝐑

Le terme 𝛛𝐐 𝛛𝐭 traduit la raideur de l'hydrogramme. Il est souvent négligeable dans les cas courants de
propagation de crue. Il ne l'est pas lors de crues provoquées par la rupture d'embâcles ou de barrages.
Ces deux équations de base sont les équations de Barré de Saint Venant. Elles sont valables tant pour des
sections rectangulaires que pour des sections de forme quelconque. Signalons que dans ces équations, les
inconnues Q, V, y sont des fonctions de x et t. De même que R et S sont des fonctions de x et y. La pente i
est fonction de x (modèle à fond fixe) et K est une constante (ou éventuellement une fonction de x et même
de y).
A partir de ces deux équations de base on démontre que la relation (dx/dt = V ± c) exprime que est la
célérité des intumescences (vitesse pour un observateur qui suit l’écoulement) vaut:
c = (g. ym) 1/2 avec ym = S / L
Remarque:
Une autre façon de caractériser les régimes est la suivante :
▫ Si V < c, le régime est fluvial;
▫ Si V > c, le régime est torrentiel;
▫ Si V = c, le régime est critique.
L'observation de ronds dans l'eau permet de déterminer la nature de l'écoulement. Si la partie amont des
ronds progresse vers l'amont pour un observateur fixe, l'écoulement est fluvial. Si l'écoulement est
torrentiel sans être trop agité, l'observateur peut voir que tous les ronds sont emportés vers l'aval.

▫ Problèmes réels rencontrés


Les équations de Barré de Saint Venant permettent de résoudre tous les problèmes d’hydraulique
transitoire dès lors que la courbure des filets liquides n’est pas trop forte et que la pression reste
hydrostatique, notamment:
▫ propagation d’une crue en rivière;
▫ ondes provoquées en amont et en aval d’une vanne fermée brutalement, ou ouverte brutalement;
▫ phénomène analogue pour la vidange ou le remplissage d’une écluse de canal navigable;
▫ phénomène analogue lors de l’arrêt ou de la mise en marche des turbines d’une centrale
hydroélectrique ;
▫ onde de crue provoquée par une rupture de barrage.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.12
Chapitre III - Calcul des écoulements

▫ Propagation des crues dans les chenaux à forte pente et à champ d'inondation réduit
Dans le cas des chenaux à forte pente, et lorsque le lit majeur n'est pas très large, les termes d’inertie
𝟏 𝛛𝐕 𝐕 𝛛𝐲 𝛛𝒚
(   + ) sont négligeables et la variation de profondeur ( ) est négligeable devant celle du fond (i).
𝐠 𝛛𝐭 𝐠 𝛛𝐱 𝝏𝒙
L’équation dynamique se réduit alors à i = j (ce qui revient à considérer que l’évolution du débit est
suffisamment lente pour que l’écoulement soit assimilé à une succession d’états où l’écoulement est
uniforme). L’onde de crue est alors dite cinématique. Elle ne s’atténue pas (Fig. III.12).
D’où, Q = K. S. R2/3. i1/2, ce qui constitue une relation univoque entre Q et y.

(Fig. III.12)
Pour un chenal rectangulaire large dont la rugosité ne dépend pas du tirant d’eau, et en admettant la
formulation de Strickler pour les pertes de charge, on montre que la célérité de l’onde de crue vaut:
cc = 5/3. V
Comme les intumescences se propagent à la célérité V + c = V + (g.y) 1/2, on aurait c = cc si:
V + (g.y) 1/2 = 5.V/3 soit si 2.V/3 = (g. h) 1/2, c’est-à-dire, si F = 1,5 (nombre de Froude)

En rivière, généralement F < 1,5. La crue se propage donc moins vite que les intumescences.

▫ Propagation des crues dans les chenaux à très faible pente


Ce type de phénomène peut être résolu de manière approchée en négligeant les termes d’inertie (c’est-à-
dire de quantité de mouvement) dans l’équation dynamique. L'équation dynamique se résume alors à:
𝝏𝒚
= (i – j) (Équation de l’onde diffusive)
𝝏𝒙
Il est facile de démontrer comme au paragraphe précédent que si la section est rectangulaire, large et
uniforme, si la pente du fond i est constante et si la rugosité ne dépend pas du tirant d’eau, la crue se
propage avec une célérité cd = 5.V/3.
L’onde de cette crue (Onde diffusive) s’amortit au fur et à mesure de sa propagation vers l’aval (Fig.
III.13), contrairement à l’onde cinématique.

(Fig. III.13)
Avec les hypothèses ci-dessus, il peut être établi que le coefficient d’atténuation de l’onde de crue vaut:
σ = Q/ (2L. y) = K2.L.y10/3/2.Q
Une crue s’atténue donc d’autant mieux que le lit est large et que le tirant d’eau est élevé.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale III.13
Chapitre III - Calcul des écoulements

L'onde diffusive a pour équation:


𝛛𝐲 𝐐𝟐
− 𝐢 + 𝟐 𝟐 𝟒/𝟑 = 𝟎
𝛛𝐱 𝐊 .𝐒 .𝐑
En introduisant la formulation de Strickler. Ce qui se transforme en:
𝛛𝐲   𝟏/𝟐
𝐐 = 𝐊. 𝐒. 𝐑𝟐/𝟑 . (𝐢 − )
𝛛𝐱
On écrit Q pour ne pas alourdir les équations, mais il faudrait écrire Q(x, t) pour éviter toute confusion
avec le régime permanent. Contrairement au cas du régime permanent uniforme, ou à celui de l’onde
𝝏𝒚  
cinématique,  𝐐 = 𝐊. 𝐒. 𝐑𝟐/𝟑 . 𝐢𝟏/𝟐 celle de l’onde diffusive (où i est remplacé par 𝒊 − 𝝏𝒙 ) n’est pas univoque.
Dans un problème de type diffusif, à chaque valeur de Q correspondent donc deux tirants d’eau y
différents en crue ou en décrue (Fig. III.14).

(Fig. III.14)
Aussi, pendant une crue, se succéderont l’instant où la vitesse est maximale, celui où le débit est maximal
et celui où le tirant d’eau est maximal.
▫ Conclusion sur la propagation des crues en rivière
o Lorsque la pente est forte, et lorsque le champ d’inondation est réduit, la crue se propage sans
s’amortir, et la relation (Q-y) reste univoque (onde cinématique).
o Lorsque la pente est faible, la crue s’amortit et la relation (Q-y) n’est pas univoque (onde diffusive).
L’amortissement d’une crue souligne le rôle bénéfique des champs d’inondation. Les digues ou les
remblais en lit majeur ont pour effet de supprimer ces amortissements. En l’ignorant, on transforme une
onde diffusive en onde cinématique (Fig. III.15). Les conséquences peuvent en être très graves pour les
riverains à l'aval. Les champs d’inondation ont également un important bénéfice écologique, c’est un autre
sujet.

(Fig. III.15)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.1
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Chapitre IV. Transport et estimation du débit solide

• Transport solide
Une rivière transporte des matériaux granulaires qui proviennent soit du bassin versant soit du fond ou des
berges du lit mineur.
Les matériaux du bassin versant peuvent provenir de l'ensemble de sa surface sous l'effet du vent, de la
pluie, de la fonte des neiges et des cycles gel-dégel. Ce mode d'érosion est dit aréolaire (par opposition à
linéaire) et se produit soit en nappes soit en rigoles. Une partie seulement du produit de cette érosion
aréolaire parvient au réseau hydrographique. Les particules produites et transportées sont fines et souvent
cohésives. Dans les bassins versants montagnards, des formes d'érosions ou de transports plus localisés
peuvent produire brutalement de grandes masses de matériaux. Ce sont les glissements de terrain, les
avalanches, les laves torrentielles.
L’érosion du fond du lit ou des berges est dite linéaire. Elle persiste même lorsque la pluie cesse. Elle met
en œuvre des forces plus considérables que l’érosion aréolaire et peut donc mobiliser des matériaux
nettement plus grossiers.
Nous appellerons transport solide le transport de matériaux granulaires (matériaux alluvionnaires ou
autres matériaux granulaires apportés à la rivière). Mais les cours d’eau transportent aussi d’autres
matériaux solides et tout particulièrement les arbres arrachés aux berges ou au lit majeur et la glace.
En toute rigueur, il faudrait ici parler de transport granulaire. Mais nous garderons l’appellation transport
solide qui est d’emploi plus courant. Cette remarque vaut aussi pour l’appellation débit solide.

• Hydraulique fluviale et/ou torrentielle


La définition des rivières et des torrents peut se résumer en fonction de la pente. Ainsi:
§ les rivières ont une pente inférieure à 1% ;
§ les rivières torrentielles ont une pente comprise entre 1 et 6% ;
§ les torrents ont une pente supérieure à 6%.
L'hydraulique fluviale concerne les rivières ou les rivières torrentielles et l'hydraulique torrentielle, qui
n'est pas l'objet de ce cours, concerne les torrents.
En hydraulique fluviale, nous pouvons considérer indépendamment la phase liquide et la phase solide,
certes en tenant compte de l’évolution de la topographie due au transport solide. Ce n'est qu'une
approximation, mais elle ne conduit pas à de grandes erreurs. Toutefois, il faudra tenir compte, comme
nous le verrons, des modifications du fond en fonction de l’importance du débit liquide, ce qui entraîne en
particulier une évolution du coefficient de rugosité. Cette approche est dite découplée.
Par contre en hydraulique torrentielle, la présence de la phase solide perturbe fortement l'écoulement
liquide. Selon Smart et Jaeggi au-delà d'une pente de 6 à 10 %, la hauteur d'écoulement est
significativement supérieure à ce qu'elle serait en présence d'eau seule.
De plus dans la même gamme de pentes, nous ne pouvons plus considérer que le fluide a un
comportement newtonien. Enfin, certains torrents peuvent être le siège d'événements exceptionnels
appelés laves torrentielles, mélanges de boue et de pierres pouvant parcourir de grandes distances et
atteindre des hauteurs bien supérieures à ce que produirait une crue liquide. Les transports solides très
spectaculaires des torrents de montagne et les laves torrentielles ne seront pas traités dans ce cours
consacré à l'hydraulique fluviale.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.2
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Lorsqu'on parle de rivière torrentielle, cela ne présuppose rien sur le type d'écoulement, fluvial ou
torrentiel, tel que défini à partir du nombre de Froude. En rivière torrentielle, l'écoulement est plutôt de
type fluvial, avec des passages torrentiels au droit des seuils naturels ou des cascades.
A l’inverse, en rivière non torrentielle (c'est à dire rivière de plaine ou fleuve), l'écoulement torrentiel est
rare mais peut survenir sur certains tronçons. Mieux vaudrait d'ailleurs parler comme les Anglo-saxons
d'écoulement subcritique au lieu de fluvial et supercritique au lieu de torrentiel.

• Charriage et suspension des matériaux non cohérents


Dans un cours d’eau, qui coule sur des alluvions de taille à peu près identique, pour les faibles vitesses,
rien ne se passe au fond du cours d’eau: les matériaux solides restent au repos.
Pour les vitesses plus élevées, les matériaux solides se déplacent sur le fond en roulant, en glissant ou en
effectuant des bonds successifs : ce phénomène est appelé charriage. Les grains se déplacent à une vitesse
nettement inférieure à celle de l'eau, moins d'un mètre par heure.
Pour des vitesses encore plus élevées, les matériaux prélevés sur le fond sont emportés par le courant : le
phénomène est appelé transport en suspension. Les grains se déplacent à la vitesse de l'eau au voisinage du
grain.
Dans une rivière, dont le fond et les berges sont constitués de matériaux de tailles différentes: par exemple
des sables fins, des graviers et des galets, pour une vitesse donnée, il y a simultanément transport par
charriage des matériaux les plus lourds et transport en suspension des matériaux plus légers (Fig. IV.1).
Lorsque la vitesse augmente, les matériaux qui étaient simplement charriés sont à leur tour mis en
suspension. Dans les rivières à graviers, le transport solide se fait essentiellement par charriage; mais dans
les rivières à sable, le transport par suspension peut constituer la quasi-totalité du transport.

(Fig. IV.1)
Le charriage est le mouvement des grains près du fond par roulement ou glissement des grains les uns sur
les autres ou par petits sauts. Le charriage est un déplacement mais bien sûr pour qu’il y ait déplacement il
faut qu’il y ait d’abord arrachement du grain. Ces déplacements sont dus à la traînée et à la portance.
Selon les conditions, la rivière adopte un fond plat ou un fond ondulé. Ce n’est que lorsque la turbulence
de l’écoulement devient forte que le grain est susceptible d’être emporté par suspension malgré son poids.
Il peut alors se déplacer sur de longues distances sans rejoindre le fond.
Un grain déjà mis en mouvement par charriage passe en suspension lorsque la composante de la vitesse
turbulente est supérieure à sa vitesse de chute. Le charriage concerne plus particulièrement les sables,
graviers, galets et blocs. La suspension concerne plus particulièrement les sables, les limons et les argiles.
La limite précise entre charriage et suspension reste un peu imprécise: il y a une certaine continuité entre
les deux mécanismes comme schématisé dans la figure IV.2.

(Fig. IV.2)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.3
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Par la suite, les matériaux en suspension considérés seront les matériaux provenant du lit et en interaction
avec lui. Les matériaux fins provenant du bassin versant sont transportés en auto-suspension et
n’interagissent pas avec le lit mineur. Pour cette raison, il n’est pas nécessaire de les étudier ici. Par contre
ces matériaux fins se déposent dans le lit majeur lors des décrues. Les Anglo-saxons distinguent le bed
load pour le transport solide en interaction avec le lit et le wash load pour la suspension sans interaction.
L'observation du fond des lits des rivières à sable, montre que le transport des matériaux peut se faire de la
manière suivante au fur et à mesure que le débit augmente :
▫ par charriage sur fond plat;
▫ par charriage sur dunes : les dunes ont un profil semblable à celles du désert: elles ont un front
amont à faible pente et un front aval raide et elles avancent lentement vers l’aval; leur hauteur est
inférieure au tiers du tirant d’eau ; leur espacement est de 4 à 8 fois le tirant d’eau;
▫ par suspension et dunes;
▫ par suspension sur fond plat (les dunes ayant été effacées);
▫ pour certains fleuves à fort tirant d’eau, par suspension intense sur antidunes (sortes de dunes à
profil relativement symétrique qui se propagent vers l’amont); le régime est torrentiel;
▫ et, dans le cas de matériaux fins de diamètre inférieur à 0,5 à 0,8 mm, par rides (sortes de mini-
dunes hautes de moins de 4 cm).  

• Erosion du fond, dépôt


Dans une rivière naturelle, l'écoulement n'est jamais uniforme soit parce que des paramètres géométriques
changent (pente, largeur, etc.), soit parce qu'il y a des singularités (méandres, seuils). Il y a donc des
zones à plus forte vitesse et des zones à plus faible vitesse.
Dans les zones à forte vitesse, il y a davantage de matériaux prélevés : ce sont des zones d'érosion du fond.
Dans les zones à faible vitesse, les matériaux provenant de l'amont peuvent se déposer à nouveau, ce sont
des zones de dépôt. Les dépôts prennent la forme de bancs (ou plages ou grèves) ou d'îles.
Une rivière naturelle présente donc une double variabilité de son lit:
▫ dans l'espace: il y a des zones privilégiées d'érosion, et des zones privilégiées de dépôt;
▫ dans le temps: des matériaux fins déposés en régime moyen pourront être emportés en crue.
Erosion du fond et dépôts sont des conséquences de l'évolution des débits au sein du cycle hydrologique
annuel. Ils traduisent une variabilité naturelle à court terme des conditions d'écoulement et de transport
que l'on compare souvent à une respiration. En ce sens, ces modifications sont plutôt de type réversible : le
dépôt est repris en crue puis se reconstitue à la décrue à peu près au même endroit. La respiration est un
mouvement réversible du fond autour d'une valeur moyenne.
En raisonnant maintenant sur une longue période, (de un à cent ans par exemple), des évolutions
naturelles (climatiques) ou anthropiques (reboisement du bassin versant) peuvent provoquer des dérives
du fond moyen. Le cours d'eau s'adapte progressivement par une tendance générale à l'érosion du fond ou
aux dépôts.

• Saturation en débit solide


Le débit solide est le volume de matériaux granulaires transportés par le courant par unité de temps.
Il s'exprime en m3/s.
Pour une vitesse donnée, le cours d'eau a une capacité de transport solide, liée à l'énergie de l'eau.
Le cours d'eau transporte toujours autant de matériaux qu'il est capable d'en transporter, à condition bien
sûr que ces matériaux soient disponibles sur place, c'est-à-dire sur le fond ou sur les berges. A chaque
instant, l'écoulement est donc saturé en débit solide (charriage et suspension).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.4
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Dans cette situation, le tronçon de rivière considéré est en équilibre et le débit solide entrant est égal au
débit solide sortant.
On dit aussi que le taux d'érosion est égal au taux de dépôts. Si le débit solide sortant est inférieur, il y a
dépôt dans le tronçon considéré ; si le débit solide sortant est supérieur, il y a érosion du fond ou des
berges dans le tronçon considéré.
Pour un tronçon de rivière qui ne serait pas saturé en débit solide, l'expérience et la théorie montrent que
lorsque le charriage est prédominant, la distance nécessaire pour le retour à la saturation est faible,
quelques dizaines de mètres.
Par contre, lorsque la suspension prédomine, l'inertie est plus grande et la distance nécessaire est
importante, quelques kilomètres.

Le principe de saturation en débit solide est fondamental pour expliquer la dynamique fluviale. Ainsi:
▫ Si débit solide > capacité de transport ⇒ dépôt (une eau fortement chargée dépose).
▫ Si débit solide < capacité de transport ⇒ érosion du fond (une eau peu chargée érode).

• Taille des grains


La courbe granulométrique représente le pourcentage en poids des grains de dimension inférieure à d en
fonction de la dimension d d'un grain. En laboratoire, elle est obtenue par tamisage pour les grains de
dimension supérieure à 80 µm. La dimension d est la maille du tamis.
La partie inférieure de la courbe granulométrique est obtenue par densimétrie pour les grains de dimension
inférieure à 80 µm, d est dans ce cas le diamètre d'une sphère de même poids que le grain, mais en rivière
il est peu fréquent de mesurer cette partie fine.
Soit dx la dimension de grain correspondant à x % en poids de tamisat (ce qui passe au travers du tamis).
On appelle coefficient d'uniformité (ou de Hazen) le rapport d60/d10. Un sol tel que d60/d10 < 3 est dit à
granulométrie uniforme ; un sol tel que d60/d10 > 3 est dit à granulométrie étalée.
Exemple
Sur la courbe de la figure IV.3, ci-après, d60 = 5 mm et d10 = 0,2 mm. D’où d60/d10 = 25. Le diamètre
médian d50 vaut 3 mm. La partie fine qui devrait être étudiée par densimétrie n'a pas été représentée, car
elle ne présente pas un grand intérêt pour la morphologie. La figure IV.3 résume également la définition
granulométrique habituelle des termes sable, graviers, cailloux, etc.
Lorsque les dépôts sont grossiers, la mesure en laboratoire est très peu pratique et même infaisable.
Une méthode simple consiste à déplier un décamètre en ligne droite ou brisée sur un banc de galets ou de
cailloux, puis à prélever chaque grain de surface dont le centre se trouve le plus près possible de la
graduation pour un pas d'espace défini.
On mesure alors le diamètre de tous les grains prélevés (sur le terrain pour les plus grossiers et
éventuellement au laboratoire pour les plus fins, du moins si la partie fine de la courbe présente un
intérêt).
Pour les grains non sphériques, il s'agit du diamètre intermédiaire (on imagine les épaisseurs dans trois
directions orthogonales, et on ne retient ni la plus grande épaisseur ni la plus petite). La courbe est alors
construite en fréquence d'apparition des diamètres.
On choisit un pas d'espace supérieur au d90, c'est-à-dire pratiquement supérieur ou égal au plus gros
diamètre, et de réaliser au minimum 100 prélèvements. Par exemple, si le pas d’espace est de 20 cm, il
faut opérer sur une longueur de 20 m. Il est conseillé de répéter l'opération au moins deux fois pour
chaque granulométrie souhaitée. Toute subjectivité dans le choix du grain situé sous la graduation doit
évidemment être évitée.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.5
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

(Fig. IV.3)

• Contrainte tractrice et mise en mouvement d'une particule


Les sédiments d'un cours d'eau sont susceptibles d'être mis en mouvement sous l'action des forces
hydrodynamiques appliquées par l'écoulement et compte tenu de leur propre poids.
Considérons un écoulement permanent uniforme de tirant d’eau y. L’eau étant en mouvement, exerce
aussi sur les parois du chenal une force de frottement habituellement notée: dF = τ0 .dS, où τ0 est la force
de frottement par unité de surface ou contrainte tangentielle à la paroi (Fig. IV.4).

(Fig. IV.4)
En écrivant que dans l’écoulement uniforme, la masse fluide comprise entre deux sections rapprochées est
en équilibre sous l’action de son poids et des frottements sur les parois, il peut être démontré que:
τ 0 = γ w. R. i
Ce qui peut être confondu avec:
τ 0 ≈ γ w. y. i (lorsque le lit est large)
Pour étudier la possibilité de mise en mouvement d’un grain sans cohésion de diamètre d dont le poids
volumique est (γs), considérons les différentes forces auxquelles il est soumis (Fig. IV.5), où (γs) est le
poids volumique spécifique des grains, c'est à dire de la roche constitutive. Il est presque toujours compris
entre 26 et 27,5 kN/m3 environ.

(Fig. IV.5)
Démonstration
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.6
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Si la particule est sphérique, de diamètre d, son poids est P = π. γ s. d3/6. Pour une particule de forme quelconque, le
poids s’écrit sous la forme P = a. γs. d3, d étant le diamètre caractéristique du grain supposé sphérique. Le poids
immergé est la résultante du poids P et de la poussée d'Archimède P' = a. γw. d3. Le poids est vertical, mais la
poussée d'Archimède est normale à l'écoulement.
Le poids immergé peut donc se décomposer en une composante normale:
Pn - P' = a. (γs .cos (α) - γw). d3
Et une composante tangentielle:
Pt = a. γs. d3. sin (α)
Où α étant l’angle du fond avec l’horizontale (i = sin (α)).
▫ La force de frottement engendrée par la composante normale du poids immergé, vaut:
F = a. (γs .cos (α) – γw). d3. tg (φ)
Où tg (φ) est le coefficient de frottement grain sur grain mesuré sous l’eau (grains supposés sans cohésion).
▫ La force d’entraînement due à l’écoulement (ou traînée) est proportionnelle à la section du grain:
E = b. τ 0. d2
Où b étant un coefficient de forme, et τ0 la force tractrice.
▫ La portance (ou sustentation) de la forme:
S = c. γ w. d2. V2/2.g
Où V étant la vitesse de l'eau au voisinage du fond et c un autre coefficient de forme.

▫ Au seuil de mise en mouvement E = F - Pt.


La force tractrice limite vaut donc τc tel que :
b. τ c. d2 = a. {(γ s. cos (α) - γ w). tg (γ) - γ s. sin (α)}. d3
D’où
b. τc. d2 = a. (γs – γw). d3. tg (φ)
Si α petit, c’est-à-dire:
τc = a. tg (φ). (γs - γw).d. b

En écrivant cette égalité sous forme adimensionnelle, on obtient:


τ c / {(γs - γw). d} = a. b. tg (φ)
Le premier terme est classiquement appelé paramètre de Shields et noté τ*. Le second terme est indépendant de
l'écoulement et dépend de la forme des grains et de leur frottement lui-même dépendant de leur forme.
Dans un secteur donné, ce terme est donc relativement constant. Or τ0 = γw. R. i.

On a ainsi établi que le début de mouvement d'un grain de diamètre d se produit quand un paramètre
adimensionnel, appelé paramètre de Shields (τ*), ci-dessous, dépasse une certaine valeur relativement
constante.
τ* = γ w. R. i / {(γ s - γ w). d}
Où R est le rayon hydraulique; i la pente de l’écoulement; γs le poids volumique spécifique des grains
solides (γs ≈ 26 à 27 kN/m3); γw le poids volumique de l'eau (γw ≈ 10 kN/m3) et d le diamètre du grain.
Sur le fond du lit, le début de mise en mouvement s'analyse à partir d'une contrainte de cisaillement due au
courant, aussi appelée contrainte tractrice.
Dans le cas des matériaux de la berge, la pesanteur s'ajoute à la contrainte tractrice pour faciliter le début
de mouvement. La contrainte tractrice sur une pente d'angle β avec l'horizontale vaut:
τ = {1 – sin2 (β)/sin2 (φ)} 1/2. τ 0
β

Où φ est l'angle de repos du matériau, toujours supposé sans cohésion.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.7
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

D'après Lane, pour un granulat de 1 cm, l'angle de repos varie entre 24 et 35° selon que le matériau est
très arrondi et très anguleux. Il varie de 30 à 38° pour un granulat de 2 cm, de 36 à 41° pour un granulat de
5 cm et de 38,5 à 41° pour un granulat de 10 cm.
D'après les expériences de Shields, pour une granulométrie uniforme, la loi de mise en mouvement des
grains peut être exprimée par une simple relation entre τ* et le nombre de Reynolds du grain:
R* = u*.d / ν
1/2 1/2
Où u*= (τ0/ρw) = (g. R. i) est la vitesse de frottement près du fond et ν est la viscosité de l'eau (1,77.
10-6 m2/s à 0°C, 1,32. 10-6 m2/s à 10°C et 1,01. 10-6 m2/s à 20°C). Cette expression faisant intervenir τ0 en
abscisse et en ordonnée n’est pas très pratique. Par contre, la présentation de Yalin (transformé de la
relation de Shields) donne une relation entre τ* et d* = d. {(γ s - γ w. g) / γ w. ν 2}1/3 (Fig. IV.6).

(Fig. IV.6)
A titre d'exemple, en supposant que γs/γw = 2,6, et en se plaçant à 20°C, la viscosité cinématique vaut
ν = 10-6 m2/s, et il vient plus simplement, dans ce cas, d* = 25.000.d. La figure III.6 montre donc qu’à
20°C, le matériau correspondant au plus faible paramètre de Shields a pour diamètre environ 0,8 mm
(sable). D’autre part le critère d’apparition des rides est d* ≤ 15, ce qui correspond à des diamètres de
l’ordre de 0,6 mm (à 20°C).
Une autre classification pratique est proposée par Ramette, telle que pour:
▫ τ* < 0,027 (grain de diamètre d est au repos ; le fond est plat);
▫ 0,027 < τ* < 0,047 (apparition des tous premiers mouvements, insuffisant pour générer un débit solide);
▫ 0,047 < τ* < 0,062 (grain est charrié sur fond plat);
▫ 0,062 < τ* < 0,25 (grain est charrié par dunes);
▫ 0,25 < τ* < 2,5 (grain est transporté par dunes en suspension);
▫ τ* > 2,5 environ (grain est transporté en suspension sur fond plat).
Les antidunes apparaissent pour des paramètres de Shields (τ*) de l’ordre de 4,5 à 5.
Les valeurs limites données dans le tableau précédent ou même dans le diagramme de Yalin-Shields sont
approximatives car les conditions de détachement des grains sont fluctuantes du fait de la turbulence de
l'écoulement. Elles sont plutôt vraies lorsque la granulométrie est uniforme. Pour une granulométrie
étalée, le critère de Shields donné ci-dessus est conservatif. En effet, l'effet d'imbrication de grains de
tailles différentes retarde le début de mouvement par charriage.
Selon Parker, le critère de début de charriage est dans ce cas τ* > 0,138 (au lieu de 0,047), le paramètre τ*
étant calculé à partir du diamètre médian d50 des sédiments:
τ* = τ 0 / {(γ s - γ w). d50}
Cela revient à dire que pour déplacer un grain de dimension donnée dans un substrat de granulométrie
étalée, il faut une force tractrice plus grande que si le substrat est homogène.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.8
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Par contre, le critère de Shields est inchangé, même en granulométrie étalée, pour déterminer le seuil
d'arrêt des particules en mouvement.
Dans le cas des matériaux très fins et cohérents, les procédés de mouvements des grains ne dépendent plus
de leur seule granulométrie. La cohésion intervient également ainsi que le degré de consolidation des
matériaux et la composition physico-chimique de l’eau. La détermination du seuil de mise en mouvement
de ces matériaux est un sujet de recherche.
En résumé
Contrainte tractrice sur fond plat: τ 0 = γ w. R. i (kPa).
Sous forme adimensionnelle: τ* = τ 0 / {(γ s - γ w). d} (paramètre de Shields).
Contrainte tractrice sur pente d’angle β avec l’horizontale: τ = τ 0. {1 – sin2 (β)/sin2 (φ)} 1/2 (kPa).
β

Granulométrie Départ d'un grain du fond Dépôt d'un grain en mouvement


▫ uniforme τ* ≥ 0,047 τ* ≤ 0,047
▫ étalée τ* ≥ 0,138 τ* ≤ 0,047

• Notion de contrainte tractrice efficace


La rugosité des fonds (traduite par le coefficient Kf) est due à la fois à la rugosité individuelle des grains,
ou rugosité de peau (coefficient Kgrains) et à l’irrégularité des fonds, c’est à dire aux dunes. Donc Kf est
inférieur à Kgrains.
De même, la contrainte tractrice totale τ0 peut être considérée comme la somme d’une contrainte tractrice
due à la rugosité de peau (β. τ0) et d’une contrainte tractrice due aux dunes. La contrainte tractrice (β. τ0)
qui n’est pas utilisée pour vaincre les frottements dus aux irrégularités du fond est appelée contrainte
tractrice efficace (Fig. IV.7).

(Fig. IV.7)
Cette contrainte tractrice efficace, (β. τ0), est la contrainte tractrice totale qui serait obtenue sur fond plat.
Le coefficient β vaut bien sûr 1 lorsque le fond est plat car les deux rugosités sont alors égales. On a ainsi:
▫ τ 0 = γ w. R.i (contraintes tractrices totales).
▫ β. τ0 (contrainte tractrice due aux grains, c’est la contrainte tractrice efficace).
▫ (1 - β).τ0 (contrainte tractrice due aux dunes).
Selon cette théorie, pour (β. τ*) ≥ 0,047, il y a donc un réel transport solide mesurable en terme de volume.
On admet couramment que β = (Kf/Kgrains) 3/2 où β est un paramètre adimensionnel compris entre 0,35 et
1.
Selon Ramette, Kf/Kgrains = (0,06/τ* + 0,41.τ*) 5/8, donc β = (0,06/τ* + 0,41.τ*) 15/16.
Bien sûr, le coefficient de rugosité des fonds Kf ne peut être supérieur à celui de rugosité des grains, et β
vaut 1 lorsque cette formule conduit à une valeur supérieure, c’est-à-dire lorsque τ* < 0,062 ou τ* > 2,5.
Ces deux valeurs sont en conformité avec ce qui a été dit plus haut concernant la mise en mouvement des
matériaux. On préfèrera toujours faire le vrai calcul de ce coefficient β lorsqu’on en aura les moyens c'est-
à-dire lorsque le coefficient de Strickler est connu.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.9
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Pour calculer β, il peut être admis que, pour une granulométrie étalée Kgrains = 26/d901/6 et que pour une
granulométrie uniforme Kgrains = 21/d501/6.
Les rides sont le plus prononcées lorsque β est minimal, c'est à dire lorsque τ* = 0,38. En résumé, les
dunes apparaissent pour τ* = 0,062, sont maximales pour τ* = 0,38 et disparaissent pour τ* = 2,5.

• Tri granulométrique, pavage


Dans une rivière, de l'amont vers l'aval, la pente décroît (en moyenne), ce qui entraîne un dépôt des
éléments les plus grossiers dans le cours amont alors que les éléments les plus fins continuent à transiter
vers l'aval. Ainsi, dans les parties amont, l'étendue granulométrique est large (par exemple blocs, cailloux,
graviers, sables et même limons). Lorsque la plaine est atteinte, l'étendue granulométrique se resserre.
C'est la raison pour laquelle, les formules de transport solide que nous allons présenter plus loin, qui ne
font intervenir qu'un paramètre de taille médiane des sédiments, y donnent a priori de meilleurs résultats.
Dans les parties amont où les rivières sont torrentielles, le charriage de tous les jours enlève les parties
fines, et laisse en surface une couche de matériaux grossiers, qui constitue peu à peu une protection des
sédiments sous jacents.
D'autre part, en observant bien le rôle de chaque grain en fonction de sa forme, et de sa position il est
constaté que les gros blocs jouent un rôle déterminant. Ils se comportent en fait comme des seuils qui
abritent des grains plus petits à leur amont et qui induisent une petite fosse à leur aval, laquelle se remplira
en décrue de petits grains. A la prochaine crue, les grains amont seront protégés et les grains aval seront
emportés, même s'ils ont une taille égale.
Donc, certains gros grains en fonction de leur position et de leur taille ont un rôle structurant pour
l'ensemble des classes de taille et permettent que s'organise une armature de surface, appelée pavage10.
Seule une forte crue pourra détruire la couche pavée et permettre la saturation en débit solide.
Lorsqu'une rivière est pavée, le transport solide peut être très inférieur à celui qui est calculé sans en tenir
compte, sauf toutefois pour les très gros épisodes.
En s'intéressant à la largeur du cours d'eau, il peut être constaté que les éléments les plus grossiers sont
situés au fond, les éléments moyens sur les plages et les éléments les plus fins en partie haute des berges.
La couche de pavage a un rôle différent sur le transport solide en fonction du débit liquide:
▫ pour les faibles débits, jusqu'à une certaine valeur seuil, la protection du fond est totale et aucun
grain du fond ne peut être emporté : le pavage est dit statique;
▫ pour les débits plus forts, jusqu'à un second seuil, quelques grains de la couche pavée commencent
à se déplacer par charriage. Les sédiments sous jacents peuvent alors être mis en mouvement, par
suspension, mais le transport solide total reste très faible : le pavage est dit dynamique;
▫ enfin, au-delà du second seuil, la couche pavée est entièrement détruite et tous les sédiments
peuvent participer au transport solide qui devient intense.
Pour reconnaître visuellement si une rivière est pavée, il faut observer finement la pellicule de cailloux de
surface. S'ils ont tous une taille supérieure à une certaine valeur (par exemple absence de sable), lors que
les matériaux recouverts ont aussi une partie fine, il s'agit certainement d'un pavage. Il peut même être
constaté que les faces supérieures des galets sont recouvertes de mousse ou d'invertébrés et que les faces
inférieures sont propres. Cela prouve clairement que ces galets n’ont pas pu être déplacés par le courant
depuis longtemps et qu'ils participent au pavage.
Le pavage affecte plus particulièrement les rivières à pente forte ou moyenne, et par voie de conséquence,
le pavage affecte peu les rivières à sable. Sur ces dernières, les formules de transport solide donnent une
approximation correcte du transport réel.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.10
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

En résumé
Le pavage est un phénomène qui affecte principalement les rivières à graviers. Il peut avoir plusieurs
origines, plus ou moins complexes qui aboutissent à la formation d'une couche protectrice en surface.
Cette couche participe à la relative stabilité du lit et contribue à l'équilibre dynamique du cours d'eau, du
moins jusqu'à ce qu'une crue plus forte ne la détruise.
La force tractrice nécessaire pour initier le transport solide est supérieure à celle qui marque la fin du
transport.
"La capacité de transport d’une rivière à lit pavé ne peut pas être assurée que pour des écoulements
importants".

• Estimation du débit solide


De nombreux hydrauliciens ont cherché à établir des relations permettant d’estimer le débit solide d'un
cours d'eau, à partir de nombreuses mesures en modèle réduit ou sur des fleuves. Ces différentes formules
donnent rarement des résultats comparables, car elles ont été établies dans des conditions différentes. Il n'y
a pas de formule universelle de transport solide.
Nous donnons à titre indicatif deux des formules les plus utilisées, l’une pour le charriage seul, l’autre
pour le transport solide total. Il existe un grand nombre d’autres formules et le lecteur est invité à se
reporter aux ouvrages spécialisés. Les deux formules choisies donnent généralement des résultats corrects
et ont une expression simple.
Ces formules évaluent la capacité de transport solide constitué des sédiments présents au fond du lit ou sur
les berges.
Ces formules font intervenir le rayon hydraulique R (directement ou via le paramètre de Shields τ*).
En hydraulique fluviale, cette hauteur se calcule en négligeant l'interaction entre les deux phases liquides
et solides, par exemple par application de la formule de Manning-Strickler si l’on fait l’approximation du
régime uniforme. Il faut néanmoins tenir compte de l’évolution des fonds à la fois au plan topographique
(enfoncement lorsque le débit croît) et au plan de la rugosité (différente sur fond plat ou sur dunes).

• Formule de transport par charriage


§ Cas des rivières à granulométrie uniforme
La formule empirique de Meyer-Peter et Müller donne la capacité de transport solide par charriage,
lorsque les sédiments ont une taille uniforme.
Sous la forme complète adimensionnelle:
qs / {(γ s/γ w - 1). g. d3}1/2 = 8. (β. τ* - 0,047)3/2
Avec
τ* = R. i / {(γ s/γ w - 1).d}
2
En remplaçant g par 9,8 m/s , il vient plus simplement:
qs = 32. (β. τ* - 0,047)3/2.d3/2 pour (γ s/γ w) = 2,6 à 2,65; et
qs = 33. (β. τ* - 0,047)3/2.d3/2 pour (γ s/γ w) = 2,7 à 2,75.

▫ qs est le débit solide en m3/s par mètre de largeur de lit, exprimé en volume de grains, c’est à dire
sans tenir compte du volume des vides (voir la remarque en fin du présent paragraphe);
▫ τ* le paramètre de Shields, sans dimension;
▫ d le diamètre des sédiments en mètre;
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.11
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

▫ γw et γs le poids volumiques de l'eau et du matériau solide, valant 9,8 kN/m3 et généralement 26 à 27


kN/m3;
▫ β = (Kf / Kgrains) 3/2 le paramètre adimensionnel compris entre 0,35 et 1 qui dépend de la rugosité des
grains et de la rugosité du fond Kgrains = 21.d501/6 pour une granulométrie uniforme. β vaut 1 lorsque
le fond est plat car les deux rugosités sont alors égales. On voit donc apparaître dans cette
formulation la notion de transport solide efficace.
Les conditions d'utilisation de la formule de Meyer-Peter et Müller sont:
▫ écoulement uniforme;
▫ 0,01m < y < 1,20m;
−4 −2
▫ 4.10 < i < 2.10 ;
▫ 0,4mm < d < 30mm;
▫ granulométrie uniforme.
En outre, l’emploi de cette formule est limité au cas où τ* < 0,25, c’est-à-dire au cas des transports sans
suspension. A l'instant de la mise en mouvement, β vaut 1 car le transport solide n'est pas commencé et il
n'y a pas encore de déformation du fond.
Dans la formule de Meyer-Peter et Müller, la largeur du lit intervient. Or les berges ne contribuent
généralement pas au charriage. La largeur à considérer est donc celle des bras vifs et ne prend pas en
compte la largeur des berges végétalisées. Selon les auteurs, le coefficient de Strickler qui intervient dans
β est celui du fond Kf ou le coefficient global K.
Lorsque la rivière est large, il n’en résulte pas de difficulté car la rugosité due aux berges influence peu la
rugosité globale. Sinon, c’est théoriquement le coefficient du fond qu’il faut considérer, à condition de
calculer τ* avec le rayon hydraulique de la section du lit mineur correspondant au fond (Rf), soit:
τ* = Rf. i / {(γ s/γ w - 1).d}
Or, en appliquant la formule de Strickler, et en supposant que le débit total est confondu avec celui qui
coule au-dessus du fond, il vient: K. R2/3 = Kf. Rf2/3.
Il s'en déduit rapidement que (β .τ*) peut être calculé indifféremment avec Kf et Rf ou bien avec K et R. En
pratique, le Strickler global est connu plus facilement que celui du fond et on applique la formule avec K
et R.
Dans cette formule, le volume solide considéré est celui de la matière solide constituée de grains et de
grains seuls sans tenir compte des vides. Le débit solide est la quantité de matière solide qui passe dans
l'écoulement par unité de temps.

Pour passer à un volume de matériaux en place, il faut tenir compte de la porosité n (ou de l’indice des
vides e). Le volume de matériaux déposés/arrachés est égal au volume solide calculé divisé par (1- n) (ou
multiplié par 1+ e).
En général n est proche de 0,25 à 0,3. Pour éviter toute confusion, on désigne par Qs les débits solides
apparents (point de vue du géotechnicien) et par 𝐐𝐬 les débits solides exprimés en volume de grains dans le
courant (point de vue de l'hydraulicien).
Par exemple, pour n = 0,3 et (γs / γw) = 2,6 la formule de Meyer-Peter et Müller exprimée en débit solide
apparent devient:
𝐪𝐬 = 45,5. (β. τ* - 0,047) 3/2.d3/2 ou puisque τ* = y.i / 1,6.d ⇒ 𝐪𝐬 = 22,5. (β. y. i - 0,075. d) 3/2

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.12
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

§ Cas des rivières à granulométrie étendue


Dans le cas des rivières à graviers, c'est à dire à des matériaux de dimension non uniforme. Comme on a
décrit le phénomène de pavage et d'imbrication des grains qui retarde le début du transport solide et qui en
diminue l'importance. Pour τ* désignant le paramètre de Shields calculé pour le diamètre médian d50,
d'après Parker, on a:
▫ pour τ*< 0,088, (il n'y a aucun mouvement);
▫ pour 0,088 <τ*< 0,138, (il y a apparition des tous premiers mouvements pour quelques grains de l'armure,
mais pas assez pour générer un débit solide);
▫ pour τ*> 0,138 environ, (l'armure est détruite, et tous les grains du substrat alimentent le débit solide).
A partir des travaux de Parker, il peut être établi que la formule de Meyer-Peter et Müller reste applicable
aux rivières à granulométrie étalée, en remplaçant le seuil critique (0,047) par (0,138), le paramètre β
valant 1, on obtient:
qs = 32. (τ* - 0,138) 3/2.d3/2
Dans cette formule, le diamètre d considéré est le diamètre médian d50 de l'ensemble des sédiments,
incluant la couche de pavage. Cette simple indication suffit d'ailleurs à faire toucher du doigt l'incertitude
du résultat.
Une autre approche plus théorique qu'expérimentale pourrait consister à calculer la force tractrice critique
correspondant au diamètre médian mesuré pour la seule couche de pavage. Dès lors:
▫ Pour un débit conduisant à une force tractrice inférieure, le transport solide est nul ou en tout cas très
faible.
▫ Pour un débit supérieur, la couche protectrice de surface est détruite, et le volume solide peut être
calculé par la formule classique de Meyer-Peter et Müller, le diamètre à considérer étant celui des
sédiments du fond calculé sans tenir compte de l'armure. Le seuil de Shields à considérer est alors
0,047. Bien sûr ces deux calculs ne conduisent pas forcément au même résultat.

Synthèse de la formule de Meyer-Peter et Müller  


Pour une granulométrie étroite avec 0,4 mm < d < 30 mm:
§ Le débit solide charrié à saturation exprimé en volume de grains (vides non compris):
qs = 32. (β. τ* - 0,047)3/2.d3/2 (en m3/s/m) si (γ s/γ w) = 2,6;
Et
qs = 33. (β. τ* - 0,047)3/2.d3/2 (en m3/s/m) si (γ s/γ w) = 2,7.
Avec
β = (Kf / Kgrains) 3/2, τ* = R. i / {(γ s/γ w - 1).d}, L largeur des bras vifs, R rayon hydraulique du lit
mineur global, et K coefficient de Strickler global du lit mineur.
§ Le débit solide apparent (vides compris):
𝐪𝐬 = qs / (1-n) où n est la porosité.

• Formule de transport solide total


La formule empirique d’Engelund et Hansen donne, avec une précision satisfaisante, le transport solide
total en volume de grains à saturation pour des sédiments non cohésifs (charriage et suspension, mais pas
auto-suspension):
qs / {(γ s/γ w - 1). g. d3}1/2 = 0,05. τ*5/2. (K2. R1/3)/g (forme adimensionnelle)
Où K est le coefficient de Strickler global du lit mineur incluant la rugosité des berges, celles des grains
constituant le fond et le cas échéant celle des ondulations du fond (dunes). Cette formule est établie pour
0,15mm < d < 5mm (sables).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.13
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

En remplaçant g par sa valeur, et en supposant (γs/γw) = 2,6, on obtient la formule suivante,


dimensionnelle mais plus pratique:
qs = 0,020. K2. R2/3. τ*5/2.d3/2
Ou bien en éliminant τ* = y. R/1,6.d
qs = 0,00620. K2. R17/6. i5/2.d-1 (m3/s)
De même que pour (γs/γw) = 2,7, on obtient:
qs = 0,021. K2. R2/3. τ*5/2.d3/2
Comme la plupart des formules de transport solide total, cette formule néglige l’effet de seuil de mise en
mouvement, puisque le moindre écoulement génèrerait un débit solide.
Il serait donc assez logique de ne l’appliquer qu’au-delà d’une certaine valeur du paramètre de Shields τ*,
cette valeur étant au moins égale à 0,25. Signalons en outre que l'indétermination sur la valeur du
coefficient de rugosité est une cause d'imprécision de cette formule.
Synthèse de la formule de Engelund et Hansen  
Pour des diamètres médians des particules 0,15 mm < d < 5 mm et un τ*> 0,25;
§ Le débit solide total en volume de grains à saturation (m3/s/m):
qs = 0,020. K2. R2/3. τ*5/2.d3/2 si (γs/γw) = 2,6
Et
qs = 0,021. K2. R2/3. τ*5/2.d3/2 si (γs/γw) = 2,7
Avec
K coefficient de Strickler global du lit mineur et Qs =ℓ .qs, avec ℓ largeur des bras vifs.
§ Le débit solide total apparent (vides compris):
𝐪𝐬 = qs / (1-n) ou 𝐐𝐬 = Qs / (1-n)
Où n est la porosité.

Rappelons que les formules citées donnent le débit solide à saturation, c’est à dire la capacité de transport
solide.
▫ Si le débit solide est inférieur au débit à saturation, il y a érosion des berges ou du fond du lit
mineur jusqu’à ce que progressivement l’écoulement soit saturé en débit solide. Mais, nous
l’avons déjà vu, en cas de pavage, la saturation ne peut être obtenue.
▫ Si le débit solide est supérieur au débit à saturation, il y a dépôt sur le fond du lit mineur. La cote
du fond du lit augmente.
Par voie de conséquence, les formules citées ne sont valables que pour des cours d’eau qui se déplacent
dans leurs propres alluvions, celles qu’ils ont eux même transportées et qu’ils pourront à nouveau
reprendre.

• Utilisation des formules de transport solide et limites


▫ Toutes les formules de transport solide total ou par charriage doivent être utilisées avec la plus
grande prudence car elles sont établies à partir de mesures dans des fleuves ou en laboratoire dans
des conditions particulières de topographie, granulométrie, vitesse… La comparaison de leurs
résultats conduit à des résultats pouvant varier dans un rapport de 10.
▫ Il vaudra toujours mieux utiliser ces formules en tentant de les recaler, c’est tout l’intérêt de leur
formulation en variables adimensionnelles.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.14
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Par exemple, des mesures topographiques en amont d'un seuil existant ou construit pour
l'occasion permettent de caler la formule de Meyer-Peter. Ce n'est pas non plus
complètement évident car deux paramètres sont mal connus : le diamètre moyen et le seuil
de début d'entraînement. Il y a donc intérêt à jouer sur quelques crues.
▫ Deux raisons d'être malgré tout optimiste. Un calcul de transport solide bien conduit peut conduire
à une estimation imprécise dans l'absolu, mais très utile en relatif pour apprécier un impact. De
plus, dans le cas des très grosses crues, l'imprécision sur le seuil de début de transport s'estompe et
ne reste que celle sur la granulométrie.
▫ Le débit solide Qs = L.qs dans une section s'obtient en multipliant qs par la largeur L du lit. En
général, il n'est pas tenu compte de la largeur des berges car celles-ci contribuent peu au transport
solide.
Si le fond du lit n'est pas sensiblement horizontal d'une berge à l'autre, c'est à dire si le tirant d'eau
est variable, le débit solide dans la section se calcule par intégration:
𝐋
𝐐𝐬 =   𝐪 .
𝟎 𝐬.
{y(u)}.du
Où u désigne l'abscisse dans le sens perpendiculaire à l'écoulement.
▫ Pour passer du débit solide (Qs) au volume solide (Vs), il faut se garder de considérer un débit
moyen annuel. Il faut au contraire prendre en compte les durées pendant lesquelles les seuils de
mise en mouvement sont dépassés et calculer les volumes solides pour diverses gammes de débit
liquide. Si l'on s'intéresse au volume réel des sédiments (Vs), vides compris, ne pas oublier en
outre de tenir compte de la porosité en considérant le débit solide apparent donnée par la relation
{𝐐𝐬  = Qs / (1-n)}.
Pour finir, ne pas oublier de tenir compte de la largeur L du lit si l’on utilise le paramètre qs qui
s'exprime par mètre de largeur du lit. Si la largeur du lit peut souvent être variable en fonction du
tirant d'eau, c’est en fait la largeur du bras vif qui doit être prise en compte, et celle-ci dépend
assez peu du tirant d’eau.
Sur un intervalle de temps T, par exemple un an, le volume solide transporté est:
𝐓
𝐕𝐒 =   𝟎
𝐋. 𝐪𝐬 𝐲 . 𝐝𝐭.
C'est le volume des grains seuls et le volume solide déposé est donné par:
𝐓
𝐕𝐒 =   𝟎
𝐋. 𝐪𝐬 𝐲 . 𝐝𝐭.
Pour faire le calcul, il faut commencer par estimer le tirant d'eau pour lequel a lieu le début du
transport solide, c'est à dire pour lequel qs n'est pas nul. Le poids se calcule indifféremment par la
formule:
PS = γ s. VS ou par PS = γ. 𝐕𝐒
Où γ est le poids volumique humide des grains, soit γ = γs. (1− n).

• Profondeur des fonds perturbés


Suite à des travaux d'Izard et Bradley, puis à des essais au LNH de Chatou, Ramette propose une formule
de profondeur maximale des fonds perturbés (ou susceptibles d’être affouillés) au voisinage de
rétrécissements locaux.
fP = 0,73. q2/3/ d1/6
Où:
▫ fP est la profondeur des fonds perturbés par rapport à la ligne d'eau correspondant au débit Q;
▫ q = Q/L le débit liquide par unité de largeur en m3/s/m; et
▫ d le diamètre moyen des sédiments, en m.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie III - Hydraulique fluviale IV.15
Chapitre IV - Transport et estimation du débit solide

Ce calcul est intéressant pour le calcul des protections des ouvrages non fondés au substratum rocheux
(culées ou piles de ponts). Cette formule conduit à des profondeurs importantes pour des rivières à sable.
Certes, dans le cas des rivières pavées, cette formule n'a de sens que pour des débits suffisamment forts
pour rompre la protection de peau assurée par le pavage. C'est bien dans cette hypothèse qu'il faut
cependant se placer si l'on s'intéresse à la tenue à long terme d'un ouvrage.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.1

Partie IV. Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques

• Systèmes de mesure
L'hydrographie maritime et fluviale, tel que l'océanographie physique, est l'étude de l'état et des
processus physiques au sein des océan, mers et fleuves, principalement des mouvements (courants,
vagues, marées), des phénomènes d'érosion et de sédimentation, des profondeurs (bathymétrie), des
crues des rivières, etc., et ainsi que des propriétés des masses d'eau.
En sus des systèmes hydrographiques revus précédemment, pour mesurer des tendances, des
corrélations entre différents paramètres physiques, vérifier des théories, les océanographes et les
hydrographes disposent de plusieurs outils:
§ Observations
Les observations in-situ ont été les premières sources d'information sur le milieu marin, fluvial et
lacustre. Des instruments très divers ont été produits au cours de l'histoire, actuellement parmi
tous les appareils de mesure ont peut citer:
▫ des flotteurs dérivants, principalement des flotteurs (balises) ARGOS, mais aussi PROVOR
et MARVOR;
▫ des mesures de thermosalinographe embarquée à bord de navire de commerces, militaires ou
océanographiques;
▫ des XBT2 (Xpendable Bathythermograph) lancés en mer par les militaires surtout avant les
années 2000;
▫ des bouées ancrées à des positions définies, près des côtes, dans les estuaires mais aussi au
large, dans les rivières;
▫ des sondes CTD (Conductivity, Temperature, Depth) généralement réalisées lors de
campagnes hydrographiques et océanographiques;
▫ des marégraphes;
▫ des gliders sous-marins.
Et ainsi que:
▫ des limnimètres, limnigraphes;
▫ des sondes électromagnétiques, ultrasons, sondes à neutrons, etc., précitées;
▫ des courantomètres, moulinets, sondes à effets Doppler;
▫ des infiltromètres, turbidimètres, nasses et pièges, matériel de prélèvements, etc.
§ Modèles
Les modèles physique, notamment en laboratoires d'hydraulique appliquée, sont des
représentations physiques ou encore mathématiques-informatiques de variables physiques tel que
les courants, les vagues, les marées, les crues des rivières, les tsunamis, les niveaux des mers, des
rivières, des estuaires, la sédimentation, la température, la salinité, etc. Ils sont de plus en plus
souvent couplés avec l'atmosphère et des modèles biochimiques.
Ces modèles sont des outils faciles d'utilisation qui peuvent renseigner sur des zones
géographiques où il y a peu d'observation mais ces modèles peuvent être loin de la réalité et seront
toujours contraints par des observations par des forçages et ou de l'assimilation.
§ Altimétrie
Des satellites comme ERS2 apportent d'autre informations sur la surface océanique comme la
rugosité de l'eau (les vagues), la couleur de l'eau (turbidité), la hauteur des océans (Sea Surface
Heigth), ou encore la salinité. Ces données altimétriques alimentent également des modèles
d'océans et sont parfois croisées avec les données in-situ.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.2

La technique d'altimétrie est basée sur la mesure de la hauteur instantanée de la mer à l'aide d'un
radar (onde à environ 13 GHz) embarqué sur un satellite artificiel. L'onde radar émise par le
satellite se réfléchit sur la surface de la mer et est renvoyée à bord. Le satellite mesure alors le
temps aller-retour et analyse la forme d'onde reçue, permettant respectivement de déterminer la
distance entre le satellite et la surface de la mer ainsi que la rugosité de la surface, qui peut être
reliée à la hauteur des vagues.
L'altitude de la surface de la mer est ensuite déduite de la différence: altitude du satellite - distance
mesurée, où l'altitude du satellite est calculée de façon extrêmement précise à partir du suivi
permanent de la trajectoire réalisé depuis le sol par des stations de poursuite comme celle installée
depuis plusieurs années sur le plateau de Calern (OCA) dans l'arrière pays de Grasse.
Cette équation simple met en évidence l'importance de réaliser un calcul d'orbite très précis afin
de déterminer sans ambiguïté l'altitude de la surface de la mer. C'est sûrement l'un des domaines
qui ont connu les progrès les plus importants ces dernières années, passant d'une précision d'un
demi-mètre dans les années 1980 (avec les satellites Seasat et Geosat) à 2-3 cm dans le cas du
satellite océanographique TOPEX/Poseidon.
Cette amélioration est due notamment à l'utilisation de mesures de poursuite de satellite comme la
télémétrie laser et le système DORIS, techniques développées par le CNES, l'IGN et l'OCA, qui
permettent de situer le satellite très précisément. En outre, au site de Calern (OCA) déjà existant
s'ajoute, dans l'objectif du lancement de Jason-1, un nouveau site de suivi et d'étalonnage des
satellites océanographiques en Corse. Ce double site doit permettre de surveiller la Méditerranée
de façon très précise sur plusieurs années.
L'ensemble des hauteurs de mer ainsi déterminées le long de la trajectoire du satellite tous les 6 à
7 km permet d'obtenir une image de la surface des océans. Sur une durée de plusieurs années, le
satellite altimétrique donne donc accès à une cartographie évolutive de la surface des océans avec
une précision meilleure que 5 cm.
En océanologie, à la topographie permanente, au moins à l'échelle de milliers d'années, vient se
superposer un relief créé par les courants océaniques. La vitesse de ces courants est
proportionnelle à la pente locale de la surface de l'eau. Par ailleurs, dans l'hémisphère Nord les
courants tournent dans le sens des aiguilles d'une montre autour des " bosses " et dans le sens
inverse autour des " creux ": ce phénomène s'inverse dans l'hémisphère Sud du fait de la rotation
de la Terre. L'amplitude typique du relief de la surface des océans lié aux courants (appelée
topographie dynamique) est de ±1 m.
Lorsqu'on sait qu'un courant comme le Gulf-stream (au nord de l'atlantique nord), créant un relief
de l'ordre du mètre, est capable de transporter un flux de 100 millions de m3 d'eau par seconde
(environ 100 fois le total des rivières du globe) il n'est pas difficile d'imaginer tout l'intérêt d'être
capable de mesurer la surface des océans avec une très grande précision. En effet, ces énormes
masses d'eau transportent avec elles l'énergie thermique emmagasinée par l'océan et servent donc
de régulateur thermique.
Toute variation dans la quantité d'eau transportée, ou dans la direction du courant, aura donc une
influence sur les phénomènes météorologiques (précipitation et évaporation) ou climatiques pour
des modifications importantes à long terme. L'exemple récemment médiatisé du phénomène El
Niño illustre bien cet aspect. En effet, les quelque deux mille milliards de mètres cubes d'eau
chaude transportés en quelques mois des rivages Australiens vers les côtes péruviennes sont à
l'origine, durant plusieurs mois, de conditions météorologiques inhabituelles et d'une succession
d'événements désastreux à l'échelle de la planète.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.3

En modélisation océanique, la prévision ne peut se faire qu'au moyen de modèles.


L'océanographie spatiale doit encore engranger des informations sur de grandes échelles de temps
pour être à même de construire des modèles climatiques fiables, au moins à l'échelle de quelques
années. Les enjeux et les besoins d'observation font en quelque sorte de l'océanographie et de la
météorologie des sœurs jumelles. Ainsi, l'altimétrie opérationnelle en fournissant à la fois des
informations sur la vitesse et la direction des courants, la hauteur des vagues et la force du vent,
etc., établit un trait d'union entre la météorologie marine et l'océanographie physique.

• Appareils de mesure
• Appareil de localisation "Balise ARGOS"
Le système ARGOS est un système mondial de localisation et de collecte de données
géopositionnées par satellite. Il permet de localiser les balises n'importe où à
la surface de la Terre avec une précision d'environ 150 mètres.
La balise (Fig.IV.1) peut être installée sur un voilier, un canot de sauvetage,
des bouées, une station météo automatique dérivante, etc. comme sur un
animal (phoque par exemple. Dans ce cas c'est un système complémentaire à
celui du radiotracking).
Il s'apparente aux systèmes de positionnement par satellite tels que le GPS,
mais fonctionne sur le principe de l'effet Doppler. De plus, la principale
différence est que la position des mobiles (balises Argos) est connue du
système (centres de traitement des données) et non des mobiles eux-mêmes
comme pour le GPS. (Fig. IV.1)

Le système Argos est par contre très voisin, dans son principe, du système Cospas-Sarsat destiné à
fournir des informations d'alerte et de localisation de balises de détresse. Le segment utilisateur du
système ARGOS fait appel aux fréquences suivantes :
- 150,012 MHz : liaisons des balises de poursuite.
- 400,033 MHz : liaisons des balises de poursuite.
- 401,570 MHz à 401,700 MHz : liaisons des données de télémétrie.
- 401,650 MHz : liaison uplink de télémétrie des balises au sol.
- 406,000 à 406,100 MHz : radiolocalisation et identification des balises Cospas-Sarsat.
- 465,980 à 468,880 MHz : liaisons downlink des satellites.
- 470,000 MHz : liaisons de radiolocalisation des stations de calcul au sol.
Le segment spatial du système ARGOS fait appel aux fréquences suivantes :
- 2 212,500 MHz : données de télémétrie.
- 2 262,500 MHz : données de télémétrie.
Le réseau mondial ARGOS est assuré par les satellites météorologiques et climatologiques américains
NOAA.
• Appareils d'hydrologie
§ Sonde CTD (Conductivity, Temperature, Depth)
Une CTD est une sonde mesurant la conductivité, la température et la
profondeur (Conductivity Temperature Depth) de l'eau. C'est un
instrument utilisé en océanographie physique. Elle est souvent montée
au centre d'une rosette de bouteilles de prélèvements (Fig. IV.2). Elle
est composée généralement d'un cylindre d'une soixantaine de
centimètres contenant des capteurs de pression et conductivité, la CTD
comporte une sonde thermique à l'une de ses extrémités et est reliée au
bateau par un câble à son autre extrémité. (Fig. IV.2)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.4

Contrairement aux XBT, la CTD nécessite l'arrêt du bateau. Les CTD servent en très grande
majorité à la recherche en océanographie.
Les hydrographes l'utilisent aussi pour connaître la célérité (indirectement) de l'eau et calibrer
les sonars.
§ Bathysonde (équipée d'une rosette de 30 bouteilles pour prélèvements)
Cette technique consiste à descendre, à partir du navire à l'arrêt, un
châssis équipé de bouteilles de prélèvements et de divers instruments
de mesures (sonde Neil Brown, ADCP, thermomètres et
pressiomètres à renversement) au bout d'un câble électroporteur,
pouvant descendre jusqu'a 6.000 mètres de profondeur (Fig. IV.3).
Les mesures sont transmises en temps réel à bord du navire et traitées
par un ordinateur embarqué dans un conteneur. Lorsque la
bathysonde a atteint le fond, on la remonte en refermant les bouteilles
une à une, à différent niveau. L'eau ainsi prélevée sera analysée à
l'arrivée de la bathysonde sur le pont (mesure de salinité, oxygène,
sels nutritifs, etc.). Une partie de ces analyses (S, O2) serviront à
calibrer les mesures de la sonde. (Fig. IV.3)
Au cours des campagnes CTD, l'acquisition des données s'effectue en temps réel via le logiciel
AMBRE (Acquisition des Mesures Bathysonde et Rejeu). Ce logiciel, permet de:
▫ enregistrer les données de la sonde Neil Brown MarkIIIB (Pression, Température,
Conductivité, Oxygène) à la cadence de 32 mesures par seconde (31.25 Hz);
▫ gérer le déclenchement des bouteilles au cours du profil remontée;
▫ suivre en temps réel les tracés qui visualisent les mesures des différents capteurs.
Les données acquises sont ensuite moyennées et réduites à une valeur par mètre de profondeur
(1dbar) grâce au logiciel TpsDiffere. Ce logiciel permet aussi la saisie des résultats d'analyse
chimie. Ces 2 logiciels sont exécutés en mer, à chaque station.
Au cours d'un profil, la sonde effectue des mesures de
pression, température, conductivité et oxygène dissous. Ces
données sont transmises sous forme de signal numérique via le
câble électroporteur au bateau. Un appareil de bord décode le
signal des capteurs et le transmet au système informatique
d'acquisition.
AMBRE est implanté sur une station SUN qui permet la
vérification, l'archivage, ainsi que de la visualisation des
données. Ce système peut être connecté au réseau local
Ethernet du bord à partir duquel les informations de position,
de bathymétrie et de longueur de câble filé sont
automatiquement saisies.
• Appareils de courantométrie
Pour mesurer les courants en un point sur une grande période, on
met en place des lignes de mouillages (Fig. IV.4). Celles-ci sont
équipées de courantomètres, de flottabilités, de largueurs
acoustiques. Il s'agit en général de mouillages subsurfaces, c'est à
dire, que rien n'apparaît à la surface des océans: ils sont ancrés sur
le fond par l'intermédiaire d'un lest et maintenue verticale grâce à
des flottabilités réparties sur la ligne (acier ou kevlar) à différentes (Fig. III.11)
profondeurs. (Fig. IV.4)
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.5

§ Les courantomètres (Fig. IV.5), permettent de mesurer la vitesse et direction du courant en un


point de la ligne de mouillage. Ils stockent les données recueillies sur bande magnétique ou sur
enregistreur numérique.
Une nouvelle génération d'instruments commence à apparaître: les courantomètres à effet
Doppler ou temps de trajet (Fig. IV.6).

(Fig. IV.5)

Courantomètre RCM9 (doppler) ADCP (Acoustic Doppler Current Profiler)


(Fig. IV.6)
§ Les largueurs acoustiques permettent de relier la ligne de mouillage au lest posé sur le fond.
Pour déclencher la remontée du mouillage, un signal acoustique est envoyé à partir du navire
vers le largueur. A la réception de ce signal, le largueur libère le lien mécanique qui le relie au
lest: l'ensemble de la ligne remonte alors vers la surface grâce à la flottabilité positive de
l'ensemble.
• Flotteurs dérivants
Ces flotteurs, du type MARVOR (Fig. IV.7), permettent l'étude des masses d'eau
profondes sur une grande période. Leur fonctionnement nécessite au préalable la
mise en place d'un réseau de sources acoustiques.
Ces flotteurs sont immergés en un point donné, ils plongent jusqu'a une profondeur
d'équilibre comprise entre 500m et 2.500m (choisi par l'utilisateur) et dérivent dans
la masse d'eau. La réception des signaux émis par le réseau de sources acoustiques
permet de positionner le flotteur géographiquement à un instant donné.
Ils sont programmés pour remonter à la surface après quelques semaines d'immersion
afin de transmettre les informations collectées au cours de la plongée via les satellites
du système ARGOS, puis replongent à leur profondeur de consigne pour un nouveau
cycle. (Fig. IV.7)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.6

• Mesures des profondeurs (Bathymétrie)


§ Sondes à main
Les sondes à main qui souvent utilisées pour des travaux de bathymétrie sont:
▫ des perches graduées, utilisables pour des profondeurs de quelques mètres;
▫ des plombs de sonde constitués par une masse de plomb suspendue à une ligne graduée:
on lance la sonde vers l'avant du navire de façon qu'elle touche le fond au moment où elle
est verticale, ce qui demande une certaine habitude de la part du sondeur.
Ces sondes ne sont pratiquement plus utilisées à l'extérieur des ports, où elles sont remplacées
par les sondeurs à ultra-sons.
§ Sondeurs ultra-sons
• Le principe
Leur principe consiste à mesurer la durée du trajet aller-retour d'une onde ultra-sonore (US)
entre l'émetteur-récepteur et le fond de la mer.
▫ La fréquence utilisée est comprise entre 15 et 500 kilocycles par seconde;
▫ La profondeur est donnée par la formule H = ½.V. t ≈ 750 t (unités: m, s) t étant la
durée aller et retour de l'onde ultrasonore.
▫ La vitesse V de propagation des ultra-sons dans l'eau a une valeur moyenne de 1500
m/s et varie avec:
◦ la masse spécifique de l'eau suivant la loi de Newton:
V = (E/ρ) 1/2 ≤ E
où E est le coefficient d'élasticité et ρ la masse spécifique de l'eau;
◦ la température: elle augmente de 2,50 m/s par degré centigrade,
◦ la pression: elle augmente de 1,50 m/s pour dix atmosphères,
◦ la salinité: elle diminue de 4% en eau douce par rapport à une eau salée dont la
salinité est de l'ordre de 30 g/l.
• Les avantages des ondes ultrasonores
Les ondes ultrasonores sont faciles à diriger et peu sensibles aux bruits de faible fréquence;
les émetteurs-récepteurs ont des dimensions limitées (φ10 à 30 cm) qui sont cependant
grandes par rapport aux longueurs d'ondes (0,3 à 10 cm), ce qui permet d'utiliser l'émetteur
comme récepteur; les signaux doivent être brefs et renouvelés à grande cadence.
Un sondeur à ultra-sons reçoit toujours le premier signal réfléchi par l'obstacle qui émet une
onde sphérique: les fosses peuvent échapper, mais ce phénomène ne réduit pas la sécurité
du sondage pour le navigateur (Fig. IV.8).
L'absorption de puissance est grande pour les profondeurs importantes mais, négligeable
pour les profondeurs au voisinage des côtes.

(Fig. IV.8)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.7

• Appareils émetteurs-récepteurs
Appareils basés sur la piézo-électricité (appareils à quartz): une mosaïque de quartz de 2 à
5 mm d'épaisseur mise entre deux lames d'acier (d'épaisseur de 2 à 3 cm) parcourues par un
courant électrique émet une onde US. Réciproquement, cette mosaïque excitée de l'émetteur
est de 2 500 volts; l'onde produite a une directivité aigu, mais la puissance est limitée.
Appareils basés sur la magnétostriction: un champ magnétique provoque des contractions
dans certains métaux (Fe, Ni, Co...). Le phénomène inverse (effet Villari) permet d'obtenir
des courants d'induction périodiques en appliquant au métal des vibrations à fréquence
ultrasonore.
Les puissances pouvant être ainsi mises en jeu sont très élevées: un champ de 50 gauss
donne une pression de 30 kg/cm2.
Les appareils les plus courants utilisent deux types d'oscillateurs: les uns sont du type spiral,
à vibration longitudinale, les autres de type annulaire, à vibration radiale.
Les appareils récepteurs comportent toujours une amplification du signal reçu.
Le système indicateur est constitué par:
▫ des dispositifs optiques (indication instantanée).
▫ des oscillographes cathodiques (indication instantanée).
▫ des enregistreurs électriques avec bandes de papier électrolytique (peu pratique), ou
papier métallisé (le plus utilisé).
Les ensembles émetteurs-récepteurs comportent différentes échelles et un réglage de la
sensibilité.
Des tops de repérage peuvent être inscrits sur les bandes des récepteurs. Il faut toujours
régler le sondeur avant le sondage et vérifier le réglage à la fin du levé. En effet, sur la
bande;
▫ la position relative correcte de l'oscillateur (émetteur-récepteur) par rapport au plan
d'eau doit être affichée;
▫ l'échelle des hauteurs doit être correcte.
Pour ce qui concerne le premier point, on note simplement le tirant d'eau du navire avant le
sondage qui est fonction de son état de charge (approvisionnement en combustibles, etc.).
Ce tirant d'eau peut varier en cours de sondage, du fait d'une modification de l'assiette
consécutive à la vitesse de déplacement. L'incidence de cette variation d'assiette au niveau
de l'oscillateur doit être déterminée une fois pour toutes lors de la mise en service du bateau.
Ce tirant d'eau varie également du fait des mouvements dans la houle qui rendent le
sondage imprécis et qui peuvent même entraîner dans certains cas la perte de l'écho par
suite de brusques variations d'inclinaison de l'émetteur. On peut s'affranchir du roulis et du
tangage:
▫ soit avec un inclinomètre relié au sondeur, qui permet de ne retenir les sondes que
lorsque l'angle du faisceau avec la verticale est inférieur à une certaine valeur
(quelques degrés);
▫ soit en disposant l'oscillateur sur une plate-forme gyroscopique.
Il est également possible de faire des corrections de pilonnement, grâce à un accéléromètre
installé à bord du navire.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.8

Pour ce qui concerne le deuxième point, on règle l'échelle des hauteurs de l'enregistrement:
▫ soit en plaçant sous l'oscillateur à une distance connue de l'émetteur une plaque
métallique;
▫ soit en utilisant un célérimètre qui donne la vitesse exacte de propagation des ultra-
sons, vitesse qui est fonction de la salinité, de la densité et de la température de l'eau.
La cadence des émissions et la vitesse de déroulement de la bande doivent être réglées
d'après le résultat cherché: pour les fonds faiblement variables on adopte une cadence de
300 sondes/minute, et un déroulement de la bande de 3 à 10 cm/minute; pour le lever de
profils en travers des digues, la cadence doit atteindre 500 sondes/minute et le déroulement
de la bande, 50 cm/mn.
La lecture de la bande du récepteur permet de déceler les épaves (échos isolés) ou les fonds
vaseux (double écho):
▫ Avec des oscillateurs de fréquences élevées 200 kcs, les fonds sans consistance
apparaissent nettement (Fig. IV.9).

(Fig. IV.9)
▫ Avec des oscillateurs de basses fréquences 15 kcs les fonds sans consistance
apparaissent beaucoup moins. Le fond plus dur est mis en évidence et même dans
certains cas la structure des couches inférieures.
La pénétration est en effet d'autant meilleure que la fréquence est plus faible. La
précision obtenue par un sondeur US moderne est de 10 cm pour profondeur comprise
entre 5 et 30m.
• Sondeurs à faisceaux multiples
Pour avoir une connaissance plus fine des fonds que celle résultant de profils espacés de
plusieurs dizaines de mètres, on peut utiliser des sondeurs à faisceaux multiples où les
oscillateurs sont:
▫ soit répartis sur deux bras articulés transversalement au bateau (Fig. IV.10). Il est ainsi
possible d'utiliser sur chaque bras une dizaine d'oscillateurs distants de 2 m environ,
cette technique n'étant valable qu'en eau abritée.
▫ soit regroupés sous le bateau-sonde et orientés en éventail dans un même plan vertical
(Fig. IV.11), l'ensemble étant installé sur un support gyroscopique.

(Fig. IV.10)

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.9

• Automatisation de l'exécution des plans de sondages


Les dispositifs radioélectriques de positionnement du navire rendent possible un
enregistrement numérique des coordonnées du bateau-sonde et les sondeurs modernes à
ultra-sons permettent un enregistrement numérique de la hauteur d'eau. Toutes les
informations peuvent donc être regroupées au fur et à mesure du levé des fonds sur un
support approprié (ruban perforé, bande magnétique, CD, etc.) et être traitées par
ordinateur. Une table de tracé reliée à l'ordinateur peut être réalisée pour le report sur carte
des points de sonde et le tracé des isobathes.
Dans les secteurs soumis à l'influence de la marée, la hauteur d'eau relevée par le sondeur
doit être corrigée de la cote de marée. Dans un estuaire, la connaissance de cette cote en
chaque point et à chaque instant nécessite l'installation de marégraphes transmettant leurs
informations à terre, et la mise au point d'un modèle mathématique d'interpolation de la
marée entre deux marégraphes consécutifs.

(Fig. IV.11)
§ Dragages hydrographiques
Le dragage hydrographique est plus souvent utilisé au cours des sondages bathymétriques sur
les rivières, dans les ports et leurs chenal d'accès. Le bateau sondeur ne mesurant la profondeur
qu'à la verticale du point où il se trouve, aussi serré que soient les profiles de sonde, le dragage
hydrographique ne permet pas toujours d'avoir la certitude qu'aucun danger n'existe entre deux
profil, et ne donne pas la garantie d'une cote minimale des dangers sous l'eau.
Le dragage hydrographique consiste dès lors à déplacer dans la zone à étudier, au moyen de
deux embarcations, un fil d'acier ou un profilé (rail) horizontal immergé à une certaine
profondeur afin de détecter tout obstacle ignoré par le sondage.
§ Données géologiques
Parmi les données qui importent pour les travaux de dragage et de remblayage, le facteur le
plus important est sans doute le matériau auquel on aura affaire pendant le projet (à savoir
l'état du sol et de la roche).
Cette information est vitale à tous les stades de l'étude préalable, des tracés et de l'exécution,
étant donné que les types prédominants de sol ou de roche dicteront probablement, pour une
bonne part, le type de drague à utiliser, bien que l'exposition du site aux conditions
météorologiques et à la mer ait certainement aussi un rôle important à jouer.
Les études géologiques peuvent être subdivisées en:
▫ Sondage des sols, échantillonnage et essais in situ;
▫ Forage des roches, carottage et essais in situ;
▫ Autres méthodes d'examen que celles qui sont mentionnées ci-dessus (utilisation de
pénétromètres pour des sondages d'essai par exemple);
▫ Tests en laboratoire des échantillons et des carottes;
▫ Analyse des résultats globaux.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.10

Pour que l'information, qui peut être collectée sur les lieux et en laboratoire, soit exprimée en
termes qui réduisent au minimum les possibilités de malentendus, le tableau IV.2 du chapitre
IV "Notions de dragage", constitué par AIPCN (Association internationale des Congrès de
Navigation) permet d'avoir un langage commun entre ceux qui œuvrent dans ce domaine, qu'il
s'agisse de clients, d'ingénieurs conseils ou d'entrepreneurs de travaux de dragage.
• Mesure des hauteurs d'eau
Sur le littoral, dans les ports et les chenaux d'accès portuaire, la mesure des hauteurs d'eau (la
limnimétrie) ou de la variation d'un plan d'eau s'effectue généralement de manière discontinue par la
lecture d'une règle graduée (échelle limnimétrique) fixée sur un support. Pour connaître en continu
les variations d'un plan d'eau, on utilise des limnigraphes qui fournissent sur un support un
enregistrement continu des variations du niveau d'eau dans la rivière en fonction du temps
(enregistrement graphique sur bande papier, enregistrement magnétique sur cassette, etc.).
Par contre, en mer, sur les océans, les hauteurs d'eau sont déterminées par des mesures
altimétriques. Elles permettent de mesurer la hauteur instantanée de la mer à l'aide d'un radar
embarqué sur un satellite artificiel. (Voire chapitre II. Systèmes de mesure)
§ Le limnimètre est l'élément de base des dispositifs de lecture et d'enregistrement du niveau de
l'eau : il est constitué le plus souvent par une échelle
limnimétrique (Fig. IV.12) qui est une règle ou une tige graduée
en métal (éventuellement en bois ou en pierre), placée
verticalement ou inclinée, sur le bord de cours d'eau ou dans les
canaux, et permettant la lecture directe de la hauteur d'eau à la
station. Si l'échelle est inclinée, la graduation est corrigée en
fonction de l'angle d'inclinaison avec la verticale. La lecture de
l'échelle limnimétrique se fait généralement au demi-centimètre
près. Le zéro de l'échelle limnimétrique doit être placé au-dessous
des plus basses eaux possibles dans les conditions de creusement
maximum du lit dans la section de contrôle, et ce pour ne pas avoir
de cotes négatives.
§ Le limnigraphe à flotteur (Fig. IV.13) est un appareil qui
maintient un flotteur à la surface de l'eau grâce à un contrepoids,
par l'intermédiaire d'un câble et d'une poulie. Le flotteur suit les
fluctuations du niveau d'eau, qui sont reportées sur un graphe
solidaire d'un tambour rotatif (à raison d'un tour par 24h ou par
semaine ou par mois). La précision de la mesure est de 5 mm
environ.
§ Le limnigraphe à pression ou "bulle à bulle", mesure les
variations de pression causées par les changements de niveau d'eau. (Fig. IV.12)
Cet appareil comprend une bonbonne de gaz comprimé, un dispositif de contrôle de pression et
un tube immergé relié à la bonbonne. Un débit d'air constant sous pression est envoyé au fond
de la rivière.
Par un manomètre à mercure, on mesure la pression de l'air dans le tube qui est proportionnelle
à la hauteur d'eau au-dessus de la prise installée dans la rivière.
§ Les sondes destinées à remplacer les échelles limnimétriques et autres limnigraphes classiques,
permettent l'automatisation du réseau de mesures des hauteurs d'eau. Le point commun de la
plupart de ces capteurs est l'emploi de paramètres électriques qui varient en fonction d'une
pression exercée sur le système. Citons à titre d'exemple le capteur capacitif et le capteur à
ultrasons.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.11

Le capteur capacitif, principal instrument de mesure utilisé à l'HYDRAM, est notamment basé
sur le principe du condensateur. Une variation de la distance entre les deux plaques du
condensateur induit une variation de tension mesurable.

(Fig. IV.13)
L'appareil, constitué d'une plaque fixe et d'une plaque mobile selon la pression, peut ainsi
mesurer des différences de hauteur d'eau lorsqu'on l'immerge verticalement dans le cours d'eau.
La pression de l'eau est transmise par l'intermédiaire d'une membrane solidaire de la partie
mobile du condensateur.
• Mesure des débits
• Les méthodes
Pour mesurer le débit d'un écoulement naturel (cours d'eau, canal, dérivation...), il existe
quatre grandes catégories de méthodes.
§ Les méthodes volumétriques (ou jaugeage capacitif) permettent de déterminer le débit
directement à partir du temps nécessaire pour remplir d'eau un récipient d'une contenance
déterminée. Compte tenu des aspects pratiques inhérents à la méthode de mesure (taille du
récipient nécessaire, incertitude sur la mesure du temps, aménagement spécifique
éventuel), cette méthode n'est généralement pratiquée que pour des débits très faibles,
quelques l/s au plus.
§ Les méthodes d'exploration du champ de vitesses consistent à déterminer la vitesse de
l'écoulement en différents points de la section, tout en mesurant la surface de la section
mouillée. Ces techniques nécessitent un matériel spécifique (moulinet, perche, saumon,
courantomètre, etc.) et un personnel formé à son utilisation. Parmi les nombreuses
méthodes d'exploration du champ de vitesse, les jaugeages au moulinet et au flotteur sont
présentés ci-dessous, ainsi que le principe de fonctionnement des capteurs
électromagnétiques.
§ Les méthodes hydrauliques tiennent compte des forces qui régissent l'écoulement
(pesanteur, inertie, viscosité...). Ces méthodes obéissent aux lois de l'hydraulique.
§ Les méthodes physico-chimiques prennent en compte les variations, lors de l'écoulement,
de certaines propriétés physiques du liquide (concentration en certains éléments dissous).
Ces méthodes consistent généralement à injecter dans le cours d'eau un corps en solution,
et à suivre l'évolution de sa concentration au cours du temps. Ce sont les méthodes dites
«par dilution» ou encore «chimique».
Toutes ces méthodes de mesures des débits nécessitent généralement un régime d'écoulement
en régime fluvial, sauf les jaugeages chimiques, qui sont appropriés en cas d'écoulement
torrentiel.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.12

• Jaugeage - Champ de vitesses (Fig. IV.14)


Rappelons que la vitesse d'écoulement n'est jamais uniforme dans la section transversale d'un
cours d'eau. Le principe de cette méthode consiste donc à calculer le débit à partir du champ de
vitesse déterminé dans une section transversale du cours d'eau (en un certain nombre de points,
situés le long de verticales judicieusement réparties sur la largeur du cours d'eau).
Parallèlement à cette exploration du champ de vitesse, on relève le profil en travers du cours
d'eau en mesurant sa largeur et en effectuant des mesures de profondeur.
Le débit Q (m3/s) s'écoulant dans une section d'écoulement S (m2) d'une rivière peut être défini
à partir de la vitesse moyenne V (m/s) perpendiculaire à cette section par la relation :
Q=VxS
La section d'écoulement peut être évaluée en relevant la profondeur d'eau en diverses verticales
réparties régulièrement sur toute la largeur. Plusieurs méthodes permettent de déterminer la
vitesse moyenne de l'eau.
§ Le moulinet hydrométrique (Fig. V.15) permet de mesurer la vitesse ponctuelle de
l'écoulement. Le nombre de mesures sur une verticale est choisi de façon à obtenir une
bonne description de la répartition des vitesses sur cette verticale. De manière générale, on
fera entre 1, 3 ou 5 mesures suivant la profondeur du lit.
La vitesse d'écoulement est mesurée en chacun des points à partir de la vitesse de rotation
de l'hélice située à l'avant du moulinet (nombre de tours n par unité de temps).
La fonction v = f(n) est établie par une opération d'étalonnage (courbe de tarage du
moulinet).
Suivant le mode opératoire adopté pour le jaugeage, le moulinet peut être monté sur une
perche rigide ou sur un lest profilé appelé saumon.

(Fig. IV.14) (Fig. IV.15)


Dans le cas du montage sur perche, le moulinet peut être manœuvré de deux manières :
▫ directement par l'opérateur placé dans l'écoulement (jaugeage à gué), la perche
reposant sur le fond du lit du cours d'eau. Cette méthode est utilisable dans des
sections de profondeur inférieure à 1 mètre et avec des vitesses d'écoulement
inférieures à 1 m/s.
▫ à partir d'une passerelle, la perche étant suspendue à un support permettant les
déplacements verticaux.
Les différents modes opératoires du jaugeage au moulinet monté sur un lest sont présentés
dans le tableau ci-dessous.
Modes opératoires Limites de la méthode
• Mesures à partir d'un pont Profondeur < 10 m et vitesse < 2 m/s
• Mesure à l'aide d'un canot Profondeur < 10 m et vitesse < 2 m/s
• Mesures à partir de stations téléphériques Lorsque les vitesses à mesurer dépassent 3 m/s
Lorsque la rivière est large (> 200 m), uniforme et sans
• Mesures à partir d'un bateau mobile
présence de hauts-fonds afin d'y manœuvrer facilement.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.13

Finalement, le calcul de la vitesse moyenne de l'écoulement sur l'ensemble de la section S


de longueur L se fait par intégration des vitesses vi définies en chacun des points de la
section de profondeur pi (variant pour chaque verticale de 0 à une profondeur maximale
P) et d'abscisse xi (variant pour chaque verticale de 0 à L) :
𝒑 𝒙
𝑸= 𝑽. 𝒅𝑺 = 𝒗𝒊 . 𝒅𝒑. 𝒅𝒙
𝟎 𝟎

L'énorme avantage de la méthode du moulinet est d'être une technique éprouvée quel que
soit son mode opératoire. Le moulinet reste l'appareil le plus utilisé pour la mesure des
débits en rivière par exploration du champ des vitesses. Cependant cette méthode
nécessite un matériel lourd ainsi qu'un personnel nombreux et de qualité.
§ Le jaugeage au flotteur: lorsque le jaugeage au moulinet ne peut pas être effectué en
raison de vitesses et de profondeurs excessives ou au contraire trop faibles, ou de la
présence de matériaux en suspension, il est possible de mesurer la vitesse d'écoulement au
moyen de flotteurs . Il s'agit dans cette méthode de mesurer uniquement des vitesses de
surface, ou plus exactement les vitesses dans la tranche superficielle de l'écoulement (les
20 premiers centimètres environ).
Les flotteurs peuvent être soit artificiels (bouteilles en plastiques) soit naturels (arbres,
grosses branches, etc.). Le déplacement horizontal d'un flotteur de surface durant un
temps t permet de déterminer la vitesse de l'écoulement de surface. Plusieurs mesures de
vitesse du flotteur doivent être réalisées.
La moyenne de ces mesures est ensuite multipliée par un coefficient approprié pour
obtenir la vitesse moyenne de l'élément de section. En général, la vitesse moyenne dans la
section est de l'ordre de 0,4 à 0,9 fois la vitesse de surface.
Cette méthode donne de bonnes approximations du débit, parfois suffisantes pour les
études envisagées.
§ Les sondes électromagnétiques
Différents principes de mesure peuvent être mis en œuvre, basés sur le développement
récent des instruments utilisant des sondes électromagnétiques. On peut citer :
▫ Les mesures au capteur électromagnétique, basés sur l'application de la loi
d'induction de Faraday selon laquelle un conducteur électrique traversant
perpendiculairement un champ magnétique induit une tension. En débitmétrie, cette
tension est proportionnelle à la vitesse de passage du liquide considéré et est
indépendante des caractéristiques du liquide à mesurer telles que densité, viscosité,
conductivité électrique, mais non des caractéristiques de sa charge particulaire.
▫ Les capteurs à ultrason Doppler, fixés sur un coté de l'écoulement, émettent un
signal ultrasonique dans le flux du liquide. Lorsque ce signal est réfléchi par les
particules solides ou les bulles d'air, sa fréquence se modifie proportionnellement à la
vitesse du fluide. On peut signaler ici l'existence d'un profileur de courant à effet
Doppler, l'ADCP (Acoustic Doppler Current Profiler) qui permet de mesurer des
profils verticaux de la vitesse de l'eau, en utilisant l'énergie acoustique.
•    

▫ Les mesures au capteur à ultrason de transfert, basés sur la vitesse de transfert en


fonction du courant.
Ce domaine de la débitmétrie est caractérisé par la diversité des facteurs à prendre en
compte et par les multiples principes de mesures susceptibles d'être mis en œuvre. Le
choix d'un appareil suppose que, préalablement toutes les conditions d'utilisation soient
identifiées avec rigueur.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.14

• Jaugeage par ouvrages calibrés


La construction d'un déversoir ou d'un canal calibré pour la détermination des débits d'un cours
d'eau a pour but l'obtention d'une relation entre le niveau de l'eau H et le débit Q aussi stable
que possible, et en principe sans jaugeage sur le terrain. Le débit est alors obtenu par des
formules hydrauliques et par étalonnage sur modèles.
Les canaux jaugeurs et les déversoirs calibrés sont notamment utilisés dans le cas de petits
cours d'eau aux lits étroits, instables, encombrés de blocs et à faible tirant d'eau, pour lesquels
l'installation de stations à échelles limnimétriques et l'exécution de jaugeages au moulinet ne
sont pas recommandés. Leur fonctionnement obéit aux lois de l'hydraulique classique.
• Jaugeage par dilution
Cette méthode de jaugeages par dilution s'applique à des torrents ou des rivières en forte pente
où l'écoulement est turbulent ou pour lesquels on ne trouve pas de section se prêtant à des
jaugeages au moulinet.
Le principe général consiste à injecter dans la rivière une solution concentrée d'un traceur (sel,
colorant,...) et à rechercher dans quelle proportion cette solution a été diluée par la rivière, par
prélèvements d'échantillons d'eau à l'aval du point d'injection (Fig. IV.16).
Cette dilution est notamment fonction du débit, supposé constant le long du tronçon, concerné
pendant la durée de la mesure. On a la relation suivante dans laquelle le rapport C1 / C2
représente la dilution :
𝑸 = 𝒌. 𝑪𝟏 𝑪𝟐
Où :
Q : débit du cours d'eau (lt/s) ;
C1 : concentration de la solution injectée dans le cours d'eau (gr/lt) ;
C2 : concentration de la solution restante dans des échantillons prélevés à l'aval du point d'injection dans le cours
d'eau (gr/lt) ;
k : coefficient caractéristique du procédé et du matériel utilisé.

(Fig. IV.16)
Les conditions suivantes sont nécessaires pour que les méthodes par intégration ou dilution
puissent être appliquée :
- le débit de la rivière doit rester à peu près constant pendant la mesure ;
- le traceur doit passer dans sa totalité par l'emplacement de prélèvement des échantillons ;
- à la hauteur des prélèvements, le mélange doit être tel qu'en chaque point de la section du cours
d'eau, doit passer la même quantité de traceur.
On utilise différents traceurs minéraux ou organiques, tels que la fluorescéine ou la rhodamine.
Suivant le débit à évaluer, on n'utilisera pas le même traceur.
Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN
Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.15

§ La méthode de l'injection à débit constant consiste à injecter dans le cours d'eau un débit
constant connu q d'une solution de traceur, à la concentration C1 (solution mère), pendant
un temps déterminé. La durée de l'injection doit être telle que la concentration C2 du
traceur à la section de prélèvement reste constante pendant un certain laps de temps,
appelé palier. A partir des hypothèses suivantes :
- le débit Q du cours d'eau est constant pendant la mesure (régime permanent);
- le débit q du traceur à la section de prélèvement est égal à celui de l'injection (pas de
pertes); et négligeable devant Q;
- le mélange est homogène à la section de prélèvement.
Alors, et dans l'hypothèse de la conservation de la masse de traceur, on a :
𝑸 = 𝒒. 𝑪𝟏 𝑪𝟐
§ La méthode par intégration (injection instantanée): consiste à injecter en un point du
cours d'eau un volume V de traceur en solution concentrée C1. Au terme d'un parcours
suffisamment long pour que le mélange avec l'eau de la rivière soit bon, des échantillons
sont prélevés, et cela pendant toute la durée T de passage du nuage de traceur.
Les prélèvements sont effectués en plusieurs points de la section d'échantillonnage de
façon à fournir une valeur moyenne de la concentration C2 qui évolue en fonction du
temps et du point de prélèvement.
L'intégration au cours du temps des différentes valeurs de concentration C2 (t) donne une
!
valeur moyenne 𝑪𝟐 (=!! ! 𝐶! (𝑡) . 𝑑𝑡).
Dans l'hypothèse de la conservation de la masse du traceur, on peut exprimer le débit
comme suit :
𝑴
𝑸= = (𝑽. 𝑪𝟏 )/(𝑻. 𝑪𝟐  )
𝑻. 𝑪𝟐
Avec :
Q : débit du cours d'eau (lt/s ou m3/s) ;
M : masse de traceur injecté (gr); M = V.C1 ;
V : volume de la solution lâchée dans le cours d'eau (lt ou m3) ;
C1 : concentration de la solution lâchée dans le cours d'eau (gr/lt) ;
𝑪𝟐 : concentration moyenne du traceur dans les échantillons, obtenue par intégration (gr/lt) ;
C2 (t) : concentration de l'échantillon prélevé au temps t (gr/lt) ;
T : durée du prélèvement (s).

§ Cas particulier: jaugeage au sel avec sonde conductimétrique


Dans ce cas, on injecte en un point du cours d'eau une masse connue de sel (NaCl) diluée
dans un volume d'eau de la rivière. On place une sonde conductimétrique en aval de
l'injection, à une distance suffisamment longue pour que le mélange soit bon. La sonde
mesure la conductivité électrique de l'eau au cours du passage du nuage de sel. On peut
alors tracer la courbe conductivité en fonction du temps.
Une relation linéaire existe entre la conductivité de l'eau et sa concentration en sel dissous.
On peut donc en déduire la courbe concentration en fonction du temps. Le débit est alors
obtenu par intégration de la concentration au cours du temps.
• Mesure du transport solide
La quantité de sédiments (ou, flux solide, charge solide 1, débit solide 2) transportée par un cours
d'eau à une section donnée pendant un temps Dt (Dt=1 jour, 1 mois, 1 année) est composé de la
charge en suspension (suspended load) et du transport de fond (glissement ou roulement sur le
fond et saltation).

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.16

(1). Le terme charge solide est utilisé pour une période déterminée (par exemple: charge annuelle).
(2). Chez les hydrologues, on parle de débit solide, qui correspond au poids total des matériaux transportés par les cours d'eau,
d'une manière ou d'une autre, passant à travers une section par unité de temps. On l'exprime généralement en kg.s-1. On distingue
ensuite le débit solide en suspension et le débit de charriage associés aux deux modes de transport des matériaux.

Différentes méthodes de mesures sont possibles :


• Collectes d'échantillons à hauteur d'une section de mesure pour suivre dans le temps les
variations du transport solide, puis mesures par filtration au laboratoire.
• Levers topographiques et bathymétriques de lacs ou de retenues artificielles pour évaluer
l'apport global de sédiments pendant une période déterminé (entre deux instants connus).
• Utilisation de traceurs de sédiment ou d'éléments dont les signatures permettent d'étudier
surtout les taux de sédimentation (exemple Pb218, Cs137).
On s'intéresse ici particulièrement aux mesures sur les cours d'eau. Signalons que la question
sempiternelle dans tous les programmes de surveillance du transport solide est de savoir comment
peut-on estimer celui-ci avec un coût non prohibitif, sachant que le bilan exact des matériaux en
suspension transportés demeure inaccessible.
Outre les erreurs analytiques produites, la majeure source d'erreur dans la mesure de la charge
solide d'un cours d'eau est en relation avec la variabilité des concentrations en sédiment à travers le
temps et la possibilité du programme d'échantillonnage de caractériser précisément cette variabilité.
Ce dernier point peut être déterminé dans une large mesure par la fréquence d'échantillonnage
adoptée.
• Mesure du transport en suspension
En pratique, on mesure une concentration en Matières En Suspension (MES) qui correspond à
la quantité de matériaux en suspension recueillie à travers une membrane poreuse (la taille
moyenne des pores est en général de 0,2 µm). Elle s'exprime en milligrammes par litre d'eau
brute.
Une large gamme d'options est aujourd'hui disponible pour mesurer la quantité de sédiments en
suspension transportée par un cours d'eau. La méthode la plus rigoureuse pour obtenir une
estimation de la charge solide en suspension consiste à procéder, comme pour la mesure du
débit liquide, à une intégration de différentes concentrations et des vitesses sur plusieurs
verticales.
Cette technique nécessite un matériel de prélèvement adapté aux caractéristiques de la section
de mesure. Le contrôle en continue de la charge solide est possible grâce aux programmes
d'échantillonnages intensifs avec des pompes automatiques ou, de manière indirecte, avec
l'installation de turbidimètres.
§ Matériel de prélèvements
Outre les prélèvements manuels réalisés dans des récipients généralement en
polypropylène (Fig. IV.17), il existe du matériel de prélèvements plus ou moins
automatisé qui peut être classé en trois catégories principales :
▫ Les préleveurs instantanés: Ils sont constitués d'un récipient largement ouvert qui
peut se refermer, de façon quasi instantanée, au moyen d'une commande appropriée.
▫ Les préleveurs à pompe: Un embout formé d'un tube métallique faiblement coudé,
fixé sur un lest ou une perche, permet d'effectuer, à l'aide d'un tuyau flexible et d'une
pompe, des prélèvements en divers points de la section de mesures.
▫ Les préleveurs par intégration: Ils prélèvent des échantillons durant un intervalle de
temps suffisamment long pour atténuer les fluctuations de concentrations. Ils peuvent
selon les modèles, fonctionner point par point ou par intégration le long d'une
verticale.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.17

Dans ce dernier cas l'échantillon recueilli permet de mesurer la concentration


moyenne pondérée par les débits sur toute une verticale. Le plus simple d'entre eux
est constitué d'une bouteille à large col fixée à une perche. A travers le bouchon,
passe un ajustage d'admission qui doit être dirigé face au courant tandis qu'un
deuxième conduit, dirigé vers l'aval, permet à l'air de s'échapper. Des systèmes
obéissant au même principe peuvent être installés sur des saumons de lestage.

(Fig. IV.17)
§ Calcul du débit solide en suspension
En considérant la section S d'un cours d'eau de largeur L, chaque verticale V peut
être définie par son abscisse l (distance à l'une des 2 rives), et sa profondeur totale
P. Si en un point d'une verticale V, situé à la profondeur p, sont mesurées à la fois
la vitesse du courant v et la concentration c de matériaux en suspension, le débit
solide qs sur la surface ds de la section S s'écrit : qs = c. v. ds.
Le débit solide total sur l'ensemble de la section S s'obtient par intégration :
𝑸𝑺 = 𝒒𝒔 = 𝒄. 𝒗. 𝒅𝒔 = 𝒄. 𝒗. 𝒅𝒍. 𝒅𝒑

Avec : QS : débit solide du cours d'eau (kg/s). 𝑸𝑳  (= 𝑣. 𝑑𝑠)  étant le débit liquide total
sur la section S, la concentration moyenne Cm dans la section S est définie par le rapport :
C m = Q S / Q L.
Cette méthode pour mesurer la quantité de sédiments transportée par un cours d'eau est
évidemment très coûteuse. Les mesures sont donc généralement simplifiées. Elles sont
surtout utiles pour valider les protocoles d'échantillonnages des réseaux de surveillance du
transport en suspension.
§ Mesures en continu
L'échantillonnage en continu est en faite basé sur deux types de mesures :
▫ Une mesure des matières en suspension à l'aide de préleveur d'échantillon
automatique réglé pour un certain pas de temps. Ce type d'instrument comprend un
dispositif de programmation, une pompe, un tuyau d'aspiration et de transfert entre la
crépine (au bout) et la série de flacons. Pour être significatifs, les prélèvements
doivent être proportionnels au débit ou effectués à des intervalles de temps
prédéterminés lorsque le débit est constant. Si le débit est variable, on peut coupler le
préleveur à un débitmètre. Dans ce cas, le préleveur peut être programmé pour
fonctionner selon un volume prédéterminé.
▫    

▫ Une mesure de la turbidité à l'aide de turbidimètres. La turbidité correspond à la


réduction de la transparence d'un liquide due à la présence de particules en
suspension.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.18

Elle se mesure en faisant passer un faisceau lumineux à travers l'échantillon à tester


et en déterminant la lumière qui est diffusée par les particules en suspension. Cette
mesure nécessite en générale un calibrage préalable. Les appareils de mesure de
turbidité (turbidimètres) sont très nombreux sur le marché.
• Mesure du transport de fond
Parmi les équipements de mesures actuellement disponibles on peut décrire très
sommairement :
▫ Les nasses constituées d'une poche de grillage montée sur un cadre métallique qui laisse
passer les matières en suspension, mais retient les matériaux grossiers.
▫ Les pièges constitués de récipients très aplatis de section longitudinale triangulaire dont le
bord correspondant au sommet du triangle est dirigé vers l'amont. A l'opposé dans la
partie supérieure aval du récipient, une série de petites cloisons inclinées vers l'aval
constitue le piège où viennent se prendre les matériaux (sable essentiellement).
▫ Les sondeurs à ultrasons permettent de suivre le déplacement des dunes dans les fonds
sableux à faibles pentes.
Hors des parcelles et des petits bassins versants dont les exutoires peuvent être équipés de
pièges ou de fosses à sédiments, la mesure du transport de fond reste imprécise. Les dispositifs
communément utilisés perturbent en effet de manière non négligeable le régime du transport de
fond.
• Mesure de l'infiltration
Divers paramètres du processus d'infiltration peuvent être mesurés. En particulier, l'infiltration
cumulative est obtenue par la détermination de profils hydriques successifs. Une autre méthode
simple, pouvant être réalisée facilement en divers sites, permet d'évaluer la capacité d'infiltration
(vitesse maximale à laquelle un sol donné, dans des conditions données, peut absorber de l'eau par
unité de surface). Celle-ci est basée sur l'application d'une lame d'eau sur une partie délimitée de
sol. On mesure le débit nécessaire pour maintenir la lame d'eau à un niveau constant (méthode à
charge constante), ou alors on détermine sa vitesse d'abaissement (méthode à charge variable).
Les méthodes les plus connues pour mesurer directement et ponctuellement l'infiltration sont les
suivantes :
§ Infiltromètre de Müntz
La méthode de l'infiltromètre de Müntz (Fig. IV.18) est fondée sur le principe de l'infiltration à
charge constante.
Un réservoir gradué entretient un niveau d'eau constant de 30 mm dans un cylindre implanté
dans le sol. Les variations, en fonction du temps, du niveau de l'eau dans le réservoir
d'alimentation gradué détermine le taux d'infiltration.
§ Infiltromètre à double cylindre
Deux cylindres concentriques sont implantés dans le sol. Le cylindre externe est rempli d'eau
de façon à saturer le sol autour du cylindre central et limiter également l'écoulement latéral de
l'eau infiltrée dans le sol à partir de ce dernier. (Fig. IV.19). On favorise ainsi un flux vertical
de l'eau. La mesure est basée sur le principe de l'infiltration à charge variable. Après
remplissage des deux cylindres, les variations du niveau d'eau dans le cylindre central sont
mesurées au cours du temps. Cette méthode permet donc d'évaluer l'infiltration verticale de
l'eau dans le sol.
§ Infiltromètre de Guelph
Cet appareil est constitué de deux tubes concentriques. Le tube intérieur permet l'entrée d'air et
le tube extérieur sert de réservoir d'eau pour l'alimentation.

Prof. Dr. Ir. Yasar Argun ISIN


Hydraulique Maritime et Fluviale - Partie IV - Systèmes et Appareils de mesures hydrographiques IV.19

L'introduction de l'eau, à charge constante (3 à 25 cm), se fait dans un cylindre métallique de


petit diamètre (~ 10 cm) fiché dans le sol jusqu'à environ 1 à 5 cm. Cette méthode permet la
détermination de la conductivité hydraulique et de l'absorptivité à partir des mesures de flux
entrant dans le sol, et en tenant compte du comportement de la zone non saturée.

(Fig. IV.18) (Fig. IV.19)


§ Infiltromètre à aspersion utilise le principe du simulateur de pluie mis au point à l'IRD
(Institut de Recherche pour le développement, ex-ORSTOM). L'arrosage d'une micro-parcelle
expérimentale est assuré par un gicleur animé d'un mouvement de balancier. La micro-parcelle
comporte un cadre et une gouttière collectant les eaux de ruissellement. L'infiltration est
mesurée indirectement par l'évaluation de la lame d'eau ruisselée. Cet appareil permet
également d'étudier la hauteur de pluie d'imbibition qui est la pluie tombant avant le
déclenchement du ruissellement.
• Mesure de l'humidité du sol
L'humidité du sol peut être déterminée de plusieurs façons soit par méthode directe, qui consiste à
peser les échantillons avant et après étuvage, soit par des méthodes indirectes, qui sont établies sur
des relations entre les propriétés physiques (conductivité électrique, température) ou chimiques des
sols et leur teneur en eau. Afin de suivre dans le temps l'évolution de l'humidité du sol, il est
nécessaire de recourir à des méthodes indirectes qui sont non destructives, telles que les mesures
neutroniques, les mesures de conductivité électrique ou de la constance diélectrique dans le sol.
§ Sonde à neutrons (Fig. IV.20)
La mesure neutronique de la teneur en eau du sol repose sur les propriétés de réflexion que
possèdent les molécules d'eau à