Vous êtes sur la page 1sur 13

Filière  : Gestion Financière et Comptable

Projet d’ingénierie financière sous le thème

«
 L’opportunité du crowdfunding au profit
des nouveaux projets »

Réalisé par: Encadré par:

BOUSSETTA OUSAMA Mr.Ahmed CHAKIR


Enseignant-Chercheur à l’ENCG-Agadir
EDDERY SALWA

HARRES OUMAIMA

JEBBAR MOHAMED
ROUKHKHOU ASMAA

Présentation du thème
Parmi les problèmes auxquels Année universitaire :sont
les entrepreneurs 2019confrontés
- 2020 dès le début de leur initiative
entrepreneuriale figure la décision de financement ; comment le projet va être financé et
quelle est le chois le plus optimal ?
En effet, malgré l’existence de maintes sources de financement notamment le prêt bancaire,
les initiatives entrepreneuriales qui nécessitent des sommes minimes pour commencer
comptent généralement sur leur environnement proche (amis, famille) ou encore, misent sur
l'épargne propre. Afin de dépasser ce problème de financement inhérent en profitant du
développement des nouvelles technologies d’information et de communication, certains
entrepreneurs ont commencé à compter sur Internet pour demander l'aide financière du grand
public « crowd ».
Cette nouvelle orientation a donné lieu à une nouvelle technique de financement connue sous
l’appellation de «crowdfunding». A la différence du financement traditionnel où le
financement d'un investissement, d'un projet ou d'une entreprise impliquait de demander à
quelques personnes des sommes colossales, le Crowdfunding change cette idée et permet de
lever des fonds en demandant à un grand nombre de personnes –investisseurs potentiels une
petite somme d'argent et se présente donc comme une forme de financement alternative.

Au-delà d’un mode de financement des entreprises et des projets, le financement participatif
est un véritable outil de développement économique et territorial. En effet, il permet aux
entrepreneurs de faire connaître leurs projets et d’accroître leur crédibilité sur le marché. En
créant une campagne de financement, via une plateforme marocaine ou étrangère, les porteurs
de projets ont un accès rapide au marché, ce qui leur permet de tester leurs produits auprès de
leur cible, économisant ainsi du temps et de l’argent.Ce mode de financement par la foule,
privilégié par les innovateurs et les associations, séduit de plus en plus les startups et les
porteurs de projets qui ne peuvent ou ne veulent pas financer leurs projets via les formules
classiques.

Choix du thème et objectif de la recherche


Le crowdfunding est un nouveau mode de financement qui prend forme au Maroc. Il viendra
élargir la palette de l’offre disponible sur le marché national. Conscient de son utilité, le
gouvernement marocain vient récemment de proposer un projet de loi relatif à ce financement
va venir régir son fonctionnement afin de renforcer l’inclusion financière au Royaume. Ce
projet trace le cadre d’un mécanisme qui implique le grand public dans la collecte de fonds.
l’objectifest en fait de promouvoir l’entrepreneuriat et l’innovation et soutenir l’émergence de
projets sociaux, culturels et créatifs en se basant sur le progrès technologique comme
principale moteur notamment l’internet et les réseaux sociaux.
C’est ainsi que notre choix s’est porté sur le financement par la foule comme une alternative
de financement en faveur des jeunes entrepreneurs.
Le présent travail se trace comme objectif d’explorer comment le crowdfunding dit aussi
socio-financement peut être un levier incontournable pour favoriser et promouvoir
l’entrepreneuriat au Maroc en présentant et étudiant les divers concepts liés au crowdfunding,
les plateformes à l’origine de sa propagation ainsi qu’une étude qualitative à son propos.
‫ملخص‬
‫تزايد في اآلونة األخيرة اهتمام الدول المتقدمة و النامي<<ة على ح<<د س<<واء بموض<<وع المش<<اريع الص<<غرى نظ<<را ألهميته<<ا في‬
‫ و يتمث<ل ه<دا االهتم<ام في دعم المق<اوالت‬.‫تحريك عجلة االقتصاد و ارتباطها الوثيق بحرك<ة التنمي<ة< في مختل<ف المج<االت‬
.‫الصغرى و سن قوانين و تشريعات من شأنها تسهيل عملية حصول المقاولين الشباب على التمويل الالزم لبدء مشاريعهم‬

‫ عن‬،‫ خاص<<ة الص<<غرى و المتوس<<طة منه<<ا‬،‫ يعتبر التمويل التشاركي الذي هو آلي<<ة جدي<<دة لتموي<<ل المش<اريع‬،‫في هدا النطاق‬
‫ به<<دف تموي<<ل المب<<ادرات المبتك<<رة و دعم المش<<اريع‬،‫ مباشرة ل<<دى الجمه<<ور‬،‫ عموما مبالغ محدودة‬،‫طريق جمع التمويالت‬
.‫ حال ناجعا‬،‫ الثقافي و اإلبداعي‬،‫التنموية ذات الطابع االجتماعي‬

‫حيث يق وم ص احب االبتك ار أو الفك رة بتق ديم نب ذة عن مش روعه‬ ،‫و تتميز عملية التمويل ع بر الجمه ور ببس اطتها وس هولة تنفي ذها‬
‫ غالبا ما تكون بواسطة فيلم ترويجي مختصر يشرح‬،‫بطريقة مغرية و مقنعة عن طريق خدمات توفرها منصات إلكترونية متخصصة‬
.‫ ليختم باإلعالن عن تاريخ غلق باب التبرع‬، ‫فيه أساسيات فكرته و المبلغ المطلوب إلنجاز المشروع‬

‫ وتتحدد قيمتها بحسب إمكانياتهم وحسب م<<ا يقدم<<ه لهم‬،‫ويقوم المتصفحون الذين تغريهم الفكرة بتقديم المساهمة التي يريدون‬
‫ ويتنوع هدا األخير بين مكافئات معنوية ك اإلشارة إلى شخصه في تنويهات مصاحبة‬.‫صاحب الفكرة كمقابل لهذه المساهمات‬
‫ أو اقتراحات أخ<رى يتف<<رد به<<ا ك<ل موق<<ع و ك<ل مق<ترح‬،‫ وبين الدخول كشريك مساهم في رأسمال المشروع‬،‫للعمل المنجز‬
.‫مشروع‬

‫ تهدف هذه الورقة البحثية إلى التعريف بالتمويل الجماعي و اإلحاطة بحيثياته مع التركيز بشكل‬،‫باالعتماد على عدة بحوث‬
‫أساسي على عرض وضعيته بالمغرب و موقف الحكومة و المشرع المغربيين منه كوسيلة مبتكرة لتش<<جيع روح المقاول<<ة و‬
.‫إنعاش االقتصاد‬

.‫ التشريع‬،‫ التعاون‬،‫ المالية التشاركية‬،‫ األخالق‬،‫ التمويل التشاركي‬: ‫الكلمات المفتاح‬

Résumé

L’apparition de la finance islamique a eu lieu avec l’avènement de l’islam, il y a quatorze


siècles. Aux premiers temps de l’islam, la forme de financement couramment appliquée
consistait à associer le prêteur et l’emprunteur ; un marchand aisé finançait une opération
menée par un entrepreneur et partageait à égalité profits et pertes. Cette forme de finance
associative – qui inspirera le système de commandite en droit français – relève d’une logique
similaire à celle du capital-risque popularisé par la « nouvelle économie ». Mais les principes
théoriques de la finance islamique, comme nous les connaissons aujourd’hui, ont une histoire
relativement récente, ayant été formulés en grande partie par le théologien pakistanais Sayyid
AbulAla Maududi à partir des années 1940. En effet, c’est sur cette même logique se fonde la
notion du crowdfunding, ce nouveau mode de financement qui prend récemment forme au
Maroc,il viendra élargir la palette de l’offre disponible sur le marché national.De ce fait,
le crowdfunding vient du concept de crowdsourcing où la foule intervient en prodiguant idées,
feedbacks ou solutions pour qu’un entrepreneur, ou un porteur de projet, puisse développer
ses activités. Par ailleurs, la question centrale qui suscite l’attention des spécialistes et
chercheurs est de déterminer si ce nouveau type de financement constituera un atout envers la
croissance des nouveaux projets au Maroc. Cet article vise essentiellement à positionner la
dimension du financement participatif ainsi que le crowdfundingau cœur de sa nouvelle
réglementation, et d’expliciter les éventuelles solutions de remplacement potentielles de ce
système. Ceprésent article constitue un amas des avis des gestionnaires bancaires et des
spécialistes en finance.

Mots-clés : Crowdfunding, Ethiques, Finance participative, Finance solidaire,


Réglementation.

Abstract
The appearance of Islamic finance took place with the advent of Islam fourteen centuries ago.
In the earlydays of Islam, the common form of financing was to involve the lender and the
borrower; a wealthy merchant financed an operation led by an entrepreneur and shared profit
and loss equally. This form of associative finance - which will inspire the sponsorship system
in French law - is based on a logic similar to that of venture capital popularized by the "new
economy". But the theoretical principles of Islamic finance, as we know them today, have a
relatively recent history, having been formulated largely by the Pakistani theologian
SayyidAbulAlaMaududi from the 1940s. is based on this same logic is based the concept of
crowdfunding, this new mode of financing which is taking shape recently in Morocco, it will
widen the palette of the offer available on the national market. Therefore, crowdfunding
comes from the concept of crowdsourcing where the crowd intervenes by providing ideas,
feedbacks or solutions so that an entrepreneur, or a project leader, can develop their activities.
In addition, the central question that attracts the attention of specialists and researchers is to
determine whether this new type of financing will constitute an asset towards the growth of
new projects in Morocco. This article aims essentially to position the dimension of
crowdfunding as well as crowdfunding at the heart of its new regulations, and to explain the
possible potential alternatives to this system. This article is a collection of advice from bank
managers and finance specialists.

Keywords : Crowdfunding, Ethics, Participative finance, Solidarity finance, Regulations.


Introduction
Au cours des dernières années, le crowdfunding est devenu une source considérable de
financement pour les entrepreneurs qui cherchent un financement externe. Même s’il semble
difficile de le dater, le crowdfunding n’est pas considéré comme un phénomène nouveau.
Mais ce qui différencie les anciennes initiatives et son explosion dans sa version actuelle est
l’utilisation du web comme socle phare de son développement. En effet, les analyses
empiriques existantes signalent un engouement très impressionnant des fonds collectés via le
crowdfunding dans le monde entier. Celui-ci permet aux entrepreneurs de lever des fonds par
le biais d'un appel ouvert sur Internet. L’une de ses caractéristiques les plus importantes
constitue les avantages privés supplémentaires dont les bailleurs de fonds bénéficient en
participant au mécanisme de crowdfunding. Ces avantages privés supplémentaires varient
avec les formes de crowdfunding, allant d'un modèle à base d'actions, régime de participation
aux bénéfices, et prêts à des dons purs et simples. Bien que le crowdfunding puisse prendre
différentes formes, sa notion reste ambigüe en termes de compréhension théorique des
facteurs économiques qui déterminent le choix d'un entrepreneur d'une forme particulière de
crowdfunding.
Principale alternative aux circuits de financement traditionnels souvent trop longs et
bureaucratiques, diverses plateformes de crowdfunding sont aujourd’hui présentes dans
plusieurs pays dans le monde. Face à l’importance de ce phénomène, certaines juridictions se
sont même dotées d’un cadre législatif régulateur.
Ainsi, le présent travail tend à présenter, sur la base des productions littéraires existantes, une
vue d’ensemble de ce mécanisme qui semble être une alternative idéale pour le financement
de l’entrepreneuriat. Dans une première partie nous exposerons une présentation générale du
financement participatif et son histoire. Dans une deuxième partie, nous détaillerons la
démarche du crowdfunding et de ses différents acteurs suivie par la discussion de la situation
du mécanisme au Maroc pour finir par une étude qualitative du concept pour mettre le point
sur ses forces et faiblesse, opportunités et menaces.

I. Historique et genèse du Crowdfunding

«
Le financement participatif peut casser le monopole des banques »1

Cette prédiction prend tout son sens ces dernières années. En fait, la marée financière
conventionnelle s'est retirée plus loin que quiconque l'avait anticipé dévoilant ainsi les failles
des institutions financières classiques qui se sont révélés largement exposés aux défauts
massifs de remboursements des emprunts à risques et aux réserves insuffisantes.

Par conséquent, pour concurrencer la finance classique, la finance participative doit relever
les défis de financement à un niveau acceptable. Sa mise en œuvre génère des coûts non
négligeables provenant de la mise en pratique de ses principes et de son univers d’action
restreint par l’application des critères d’exclusion.

1
Jérôme KERVIEL, ancien trader, lors des 2èmes Rencontres Euro-méditerranéennes du Crowdfunding
à Marseille le 5 novembre 2015.
Le terme « crowdfunding » ou financement participatif apparaît régulièrement dans les médias.
Il signifie littéralement le financement (funding) par la foule (crowd). Selon la définition de
(Schwienbacher et Larralde 2012), le financement par la foule se définit comme « un appel à
tous, essentiellement via Internet, pour obtenir des ressources financières, soit sous forme de
don, soit sous forme d'échange d'une certaine forme de récompense, soit sous forme de droits
de vote ».

En outre, ce terme fut utilisé par la première fois par (Jeff Howe et Mark Robinson 2006), le
définissent de la manière suivante : « Simply defined, crowdsourcing represents the act of a
company or institution taking a function once performed by employees and outsourcing it to
an undefined (and generally large) network of people in the form of an open call. This can
take the form of peer production (when the job is performed collaboratively), but is also often
undertaken by sole individuals. The crucial prerequisite is the use of the open call format and
the large network of potential laborers ».

Selon (Gobble 2012) annonce que le terme «financement participatif» est assez récent - il n'a
été inventé qu'en 2006 par Michael Sullivan. De l’autre côté, (Sigar 2012) décrit le
financement participatif comme une méthode innovante de collecte de fonds pour les
entrepreneurs qui est devenue de plus en plus populaire à l'ère d'Internet. Également, (Lynn &
Sabbagh 2012) décrivent le Crowdfunding comme un travail basé sur la capacité de mettre en
commun l'argent de personnes qui ont un intérêt commun et sont disposées à apporter de
petites contributions à l'entreprise. Tout d'abord, le Crowdfunding peut être perçu comme un
processus (Ramsey, 2012), une approche (Bechter, Jentzsch, Frey, 2011), une stratégie de
formation de capital (Sigar, 2012), une méthode de collecte de fonds (Wheat, Wang, Byrnes,
Ranganathan 2012) ou un mécanisme financier (European Crowdfunding Network; Powers,
2012) et tout cela serait vrai. De plus, différents auteurs mettent l'accent sur différents aspects
du financement participatif - ce n'est pas seulement une nouvelle façon de connecter les
entrepreneurs aux supporters ou aux investisseurs, mais aussi une nouvelle source de
financement, une possibilité pour les gens ordinaires d'investir de petites sommes et, ce qui est
perçu de nos jours en tant que priorité élevée, le financement participatif est basé sur Internet.

Bien avant l’apparition des centaines


de plateformes et d’acteurs dans le
monde entier, le système
du financement participatif tire son
origine dans la sphère des Etats-Unis
pour financer des projets.
Notamment, l’exemple de la Statue
de la Liberté qui elle-même a été
construit en partie grâce
au Crowdfunding en 1884. Les
ressources pour la construction du
monument étaient insuffisantes et c’est Joseph Pulitzer, un journaliste américain d’origine
hongroise, qui a utilisé le « New York Journal » afin de récupérer à travers tous les États-Unis
les fonds permettant de construire la base de la statue de la liberté.
Plus de 100 000 citoyens américains ont été séduits par l’idée et ont envoyé des petites
sommes d’argent qui ont permis la récolte de plus de 100 000 dollars.

II. Le crowdfunding : modèles, démarche et acteurs

Permettant la rencontre de porteurs de projets avec une foule de financeurs potentiels, le


crowdfunding s’inscrit aujourd’hui comme une tendance majeure du financement de projets
de toute nature (culturels, créatifs, solidaires ou encore entrepreneuriaux). Le déploiement de
plateformes dédiées au financement participatif témoigne du rôle grandissant de la foule dans
le financement de projets. Le phénomène du financement participatif n’est cependant pas
nouveau et trouve ses origines dans le secteur non lucratif (don, mécénat) comme le rappelle
le financement du piédestal de la Statue de la Liberté à New York qui débuta en France en
1875 par une campagne de promotion qui rassembla plus de 200 000 donateurs.

A l’appui de nos sources documentaires, nos observations nous conduisent à considérer que le
crowdfunding se décompose en cinq modèles de financement :
 un modèle basé sur le don : les individus donateurs n’attendent rien de tangible en
retour ;
 un modèle basé sur la récompense : les individus sollicités effectuent des versements
dans l’attente d’une récompense matérielle ou intangible (remerciements,
invitations…) ;
 un modèle basé sur le préachat : en contrepartie de leur apport, les financeurs attendent
un exemplaire du produit ;
 un modèle basé sur le prêt : en contrepartie de leur apport, les financeurs attendent un
remboursement à une échéance convenue avec ou sans le versement d’intérêts ;
 un modèle basé sur l’investissement : les internautes se voient attribuer des parts leur
permettant d’être associés aux bénéfices voire, de concourir aux décisions lorsque ces
parts leur confèrent le statut d’actionnaire.

Le financement participatif consiste pour un porteur de projet à s’en remettre à la foule pour
obtenir une source de financement. L’argent est la ressource principale qui est attendue en
provenance d’une « foule aux œufs d’or ». Les fonds collectés peuvent servir à financer des
projets à but commercial ou non, de nature sociale, créative ou personnelle (Kappel, 2009, p.
375), de petite ou moyenne taille (Ordanini, 2009). Les fonds peuvent être collectés pour
financer un projet ou des actions déjà engagées (Kappel, 2009). Cette collecte peut
s’apparenter à une donation ou se faire en échange d’une contrepartie (Rubinton, 2011, p. 3)
pouvant prendre la forme d’une récompense ou d’une participation aux bénéfices que
dégagera le projet financé (Lambert & Schwienbacher, 2010, p. 6 ; Belleflamme & al., 2011,
p. 7).

La collecte se fait essentiellement par Internet, par un site créé par le porteur de projet ou le
plus souvent par l’intermédiaire d’une plateforme spécialisée qui met en contact le créateur
avec la foule (Gerber &al. 2012). La plateforme reçoit une demande de financement d’un
porteur de projet. Après une éventuelle sélection, chaque porteur de projet retenu expose son
projet sur la plateforme à l’appui de textes, photos, vidéos ou encore de liens vers des sources
d’informations externes.

Le porteur de projet définit la somme qu’il souhaite collecter et la période durant laquelle la
collecte va s’effectuer. Pendant cette période, les internautes choisissent ou non d’investir en
échange d’une contrepartie préalablement définie en référence à une échelle de contreparties.
Contributeurs et porteurs de projets reçoivent des informations tout au long de l’évolution de
la collecte et peuvent éventuellement communiquer entre eux.

La collecte de fonds est régie selon la règle du « tout ou rien » (les sommes sont collectées si
l’objectif fixé par le porteur de projet est atteint) ou du « tout est pris » (les sommes collectées
sont versées au porteur que l’objectif de collecte ait été atteint ou non). Le modèle
économique des plateformes est assez simple : elles prélèvent une commission sur les sommes
collectées et versent le solde au porteur de projet. (Gerber & al. 2012) et (Hemer. 2011)
soulignent que ce financement vise surtout les créateurs qui rencontrent des difficultés à lever
des fonds dans les phases initiales d’un projet qui peut apparaître trop risqué, trop innovant ou
complexe aux yeux des institutions financières traditionnelles.

Ainsi, le crowdfunding peut être qualifié comme une relation entre trois acteurs à savoir: le
porteur de projet qui a besoin de fonds, l'épargnant qui possède ces fonds à investir, et la
plateforme, intermédiaire entre le porteur de projet et l'épargnant, qui permettra à la foule de
connaître les projets, de choisir parmi eux et d'investir (BECHTER, C. 2011).

Toutefois, c'est une approche un peu réductrice des acteurs du financement participatif selon
BECHTER, car il ne faut pas oublier les banquiers et les assureurs, parfois concurrents des
plateformes sur le marché du financement des entreprises, les experts comptables et les
avocats, conseils des porteurs de projets, notamment pour les petites entreprises. Autres
intervenants sur ce marché du financement participatif : les pouvoirs publics et le législateur,
ou encore les autorités de contrôle, en particulier l'AMF (Autorité des marchés financiers -
Equivalent de l’AMMC au Maroc).

En fait, Le crowdfunding fait partie des rares marchés sur lesquels l'offre a anticipé la
demande. Ce sont les particuliers et les entreprises qui sont allés à la recherche d'un public
pour présenter leurs projets et objectifs dans le but de se faire financer par le plus grand
nombre d’investisseurs.

Certaines plateformes s’adossent à des partenaires financiers tels que les banques afin de
respecter la réglementation en ce qui concerne la collecte de fonds en particulier, ainsi on
remarque une présence des business angels et du capital-risque qui sont parfois actionnaires
des opérateurs de crowdfunding quel que soit leur modèle (don, prêt, investissement) et
peuvent intervenir aux côtés des plateformes de crowd-equity pour compléter les levées de
fonds. Ces acteurs sont forts de leur connaissance des jeunes entreprises innovantes et du
marché de l’entrepreneuriat, ils participent souvent à la sélection des projets proposés par les
plateformes. Ils interviennent principalement auprès des plateformes dédiées à
l'entrepreneuriat.
De plus en plus souvent, les plateformes spécialisées dans l’ESS, collaborent avec des ONG
(organisation non gouvernementale), ou associations. Ces organismes assurent la relation de
proximités avec les entrepreneurs et les investisseurs. Par exemple, ces ONG accompagnent
les créateurs d'entreprise dans leur démarche et qui est partenaire de plusieurs plateforme de
crowdfunding.

Les ONG ainsi que les Institutions de micro-finance sont donc des acteurs majeurs du
crowdfunding qui connait une montée considérable depuis quelques années. En effet, il est de
plus en plus constaté que la majorité des plateformes du financement participatif opèrent
ensemble avec ces IMF, ONG et associations différentes. Dans ce sens, ces dernières ont pour
rôle de promouvoir la relation de proximité entre les investisseurs à la source du fonds et les
entrepreneurs à l’initiative du projet. Notons que les deux derniers sont également des acteurs
principaux garants de la réussite du crowdfunding.

Dans certains pays comme la Grande Bretagne, le gouvernement a choisi de soutenir les PME
par le biais du financement participatif. Il s'est engagé via le "Department for Business
Innovation & Skills" à prêter 110 millions de livres sterling aux PME par le biais de
plateformes de financement participatif2. Cette initiative découle du fait que les acteurs du
financement traditionnel ne se sont pas montrés réactifs devant les moyens mis en place par
l’État, de plus ce dernier a revu à la baisse ses budgets. Il a donc fallu trouver des actions de
soutien aux PME avec un effet de levier plus performant.

En gros, le crowdfunding consiste en un système de financement par la foule, dans lequel


plusieurs acteurs opèrent en collaboration pour promouvoir l’intérêt public, et notamment
l’intérêt personnel de chaque agent.

III. Crowdfunding au Maroc 

Les deux principaux aspects qui caractérisent une startup (incertitude extrême et potentiel de
croissance élevé) ont été expliqués par (TEKFI SALIHA, 2018)3, quelque peu le paradoxe entre
leurs difficultés à recourir au financement bancaire dont les exigences restent inadaptées et les
opportunités qu’elles peuvent représenter pour des financeurs dont l’appréhension du risque
est plus mesurée. Selon les étapes de leur développement et leurs perspectives d’évolutions,
les startups font appel à des financements adaptés à leur modèle. Les fonds d’amorçage pour
des entreprises ayant besoin de finaliser leur produit et dont le chiffre d’affaires est encore à
zéro, le capital-risque pour celles qui ont déjà des perspectives de vente ou encore les
concours de startup qui restent une piste privilégié par les jeunes talents à la recherche d’une
visibilité pouvant aboutir à des prises de participation.

Actuellement, l’écosystème marocain des startups bénéficie d’une bonne dynamique insufflée
par des initiatives privées et publiques mais souffre encore d’une insuffisance de
financements qui freine l’innovation. Le Maroc s’est fixé des objectifs pour combler le déficit
de l’offre de financements par capitaux propres pour aider les startups innovantes notamment

2
AMF (2014). « Financement participatif - Crowdfunding : Présentation », http://www.amf-france.org/
3
Revue Marocaine de recherche en management et marketing, N°18, Juillet-Décembre 2018
à travers la loi de finance 2017 qui prévoit un certain nombre de mesures destinées à
encourager l'investissement privé.

De son côté, l’Economie sociale et solidaire au Maroc n’est pas encore totalement définie et
reste encore trop souvent réduite au concept « produits du terroir ». Compte tenu de ses
perspectives d’évolution, elle ne devrait pas être appréhendée uniquement à travers le statut
des entités qui la composent (coopératives, mutuelles et associations) mais également à
travers la finalité de ses institutions orientées vers l’intérêt collectif et sociétal. En produisant
des biens et services dans divers domaines qui intéressent directement le quotidien, elles
contribuent de manière significative au développement des collectivités territoriales et à la
création d’emplois de proximité. Ces aspects sont placés au cœur des priorités de
développement du royaume, alors que son écosystème y est encore marqué par des contraintes
d’ordre juridique, institutionnel et socioéconomique. Il est toutefois en pleine mutation depuis
le changement constitutionnel de 2011 et le projet de loi qui vise à mieux le structurer. Le
Maroc s’est d’ailleurs, doté d’une stratégie nationale de l'économie sociale et solidaire 2010-
2020 pour en faire un vecteur de développement local en valorisant les activités génératrices
de revenus et en favorisant l’intégration des populations vulnérables.

Aujourd’hui, le socio-financement s’impose comme un moyen important de financement des


projets, avec 34,4 Milliards de dollars collectés dans le monde en 2015, contre 16,2 Milliards
de dollars en 2014 (Capteur de réussite, 2017). Dans ce cadre, le Maroc prend la tête du
classement au Maghreb avec un nombre de 274 campagnes de Crowdfunding lancées de 2009
à 2015, c’est en 2014 que le Crowdfunding a vu le jour, avec la fondation de quatre
plateformes dédiées au financement participatif, notamment les plateformes de dons
Atadamone et smala & co.

D’une manière générale, l’économie collaborative s’inscrit dans les nouvelles philosophies de
consommation du citoyen qui reprend le pourvoir et souhaite s’affranchir des intermédiaires
pour accéder aux services ou aux biens qu’il convoite. Axées sur le partage et l’échange,
l'économie sociale et solidaire et le Crowdfunding sont portés par des valeurs communes que
l’on retrouve également dans les startups (l’esprit collaboratif et l’esprit solidaire). L’intérêt
que peut représenter le Crowdfunding aussi bien pour les startups que pour les institutions
relevant de l’ESS, n’est donc plus à démontrer. Évoluant tout trois dans la même sphère, leurs
valeurs sont basées sur une approche très similaire et très complémentaire. Transparence,
confiance, innovation adhésion, passion, autant de valeurs qui constituent les piliers du
financement solidaire, de l’économie solidaire ou des jeunes entreprises innovantes.

En guise de conclusion, nous retenons que le Crowdfunding au Maroc présente quelques


enjeux tels que : l’absence de cadre règlementaire qui puisse gérer les activités du
Crowdfunding et la présence de plateformes de dons ou d’équity Crowdfunding et une
absence de plateformes de prêts avec taux d’intérêts.

IV. Etude qualitative du crowdfunding

Etant une alternative innovante de levée des fonds et de financement des investissements, Le
financement participatif a des partisans et des opposants. Pour analyser et évaluer ce nouveau
mécanisme, (VALANCIENE.L & JEGELEVICIUTE.S, 2013), sur la base d’une abondante
littérature, ont proposé une étude qualitative basée sur l’analyse SWOT considéré comme un
outil d’évaluation qualitative puissant.

Commençant par les forces, en fait, lorsque le capital destiné à financer un projet ou un
investissement est levé en ayant recours au crowdfunding, les porteurs du projet ne perdent
pas le droit de prendre eux-mêmes les décisions relatives à la gestion du dit projet
contrairement au cas dans lequel le projet est financé par le capital-risque où les investisseurs
contrôlent considérablement les décisions de l’entreprise.

En outre, le financement participatif représente une opportunité incontournable pour les


jeunes entrepreneurs, avec des ressources limitées et souvent marginalisés par rapport aux
sources de financement traditionnelles, en les connectant directement avec la communauté des
bailleurs de fonds qui souhaitent encourager l’entrepreneuriat et garder ces énergies dans la
communauté. Il constitue ainsi une solution idéale pour les porteurs d’idées novatrices qui
rencontrent des difficultés à se financer via le capital risque du fait que, d’une part, la plupart
sont inéligibles au capital-risque puisqu’ils sont inaptes à se développer rapidement et d’autre
part, il y a un manque d’investisseurs en capital risque comparablement aux entrepreneurs qui
ont besoin de financement (BECHTER & al, 2011).

Par ailleurs, c’est une stratégie de collaboration communautaire qui au-delà de la simple
participation financière, il permet de fédérer et se faire entourer pour accompagner son projet
vu que ce mécanisme est basé sur l'attraction d'un grand nombre de personnes qui, trouvant
une idée de projet intéressante, se portent volontaires à investir leur argent, leur temps et leur
attention. Chose qui est indispensable pour des associations ou jeunes créateurs d’entreprises.
Ainsi, le socio-financement permet indirectement de réaliser une étude de marché et d’être à
l’écoute de ses clients potentiels et de pouvoir profiter gratuitement de leur point de vue
entant que consommateurs.

Quant aux faiblesses, elles sont généralement qualifiées par de nombreux auteurs (SULLIVAN
& Ma. 2012, SIGAR. 2012) et autres) comme étant des caractéristiques d’origine interne
défavorisant le financement participatif par rapport aux autres moyens de financement.

En effet, La communauté en tant que principal moteur du crowdfunding laisse les


entrepreneurs cherchant à financer leurs entreprises dans la nécessité de tenir compte des
contraintes administratives, principalement la communication et diffusion de l’information
financière et comptables qu’ils ont à confronter. Selon (SIGAR, 2012), « le financement par la
foule nécessiterait une comptabilité méticuleuse et laborieuse de tous les investissements et
parts de l'entreprise pour déterminer la part des bénéfices à laquelle chaque investisseur a
droit ».

De plus, les entrepreneurs cherchant à financer leurs entreprises risquent de se faire voler leur
idée par les investisseurs vu que la divulgation de l’idée, pour qu’elle fasse l’objet d’une étude
minutieuse, est un critère obligatoire du mécanisme de financement participatif. Par la même
occasion, le socio-financement est une approche dématérialisée basée sur la technologie 2.0
(Internet). Ainsi, le fait que les rencontres réelles soient substituées par des réunions
virtuelles pourrait rendre l’investisseur douteux de la véracité et la fiabilité des informations
publiées concernant le projet financé.

Etant une nouveauté en plein engouement, le financement participatif bénéficie d’une


multitude d’opportunités principalement l’évolution spectaculaire de la technologie. En fait,
Le financement participatif, outre que les plateformes qui lui sont dédiées, peut faire appel
aux réseaux sociaux pour la promotion des projets et l’appel à la collecte des fonds. Selon
(BLECHTER et al, 2011), les réseaux sociaux peuvent servir de support pour promouvoir un
projet auprès de sa tribu (amis et de leurs amis) qui par sa contribution dans la phase initiale,
deviendra une clientèle fidèle qui à son tour va se mobiliser pour le projet et deviendra de
véritable ambassadrice du projet.

De plus, Le crowdfunding constitue une pousse pour l’entrepreneuriat apportant un nouveau


souffle aux esprits innovateurs et au développement économique principalement via la
création d’emploi. Dans cette perspective et dans le cadre de leur stratégie de développement
économique, les pays favoriseront l’accès aux marchés de capitaux publics pour les
entreprises émergentes ou en croissance ce qui lui offre une opportunité incontournable.

Toute solution novatrice est vulnérable aux menaces en raison du manque d'expérience et des
forces négatives existantes dans l'environnement. Le crowdfunding n’est évidemment pas
épargnés. En effet, La nature risquée des petites entreprises pourrait être considérée comme
une menace pour le financement participatif. Selon (SIGAR, 2012), les entreprises en
démarrage sont traditionnellement plus risquées et sont très vulnérable à l’échec par rapport
aux autres entreprises et par conséquent il existe un manque de confiance quant au
développement de leurs produits et services. Dans la même perspective, (SULLIVAN et Ma,
2012) expriment la crainte que de nombreux investisseurs en financement participatif soient
tristement déçus lorsque les entreprises dans lesquelles ils investissent échouent ce qui peut
non seulement s’arrêter à la déception, mais engendrer des poursuites légales surtout que les
plateformes jouant le rôle d’intermédiaire ne leur présentent aucunes garanties en cas de perte
des capitaux.

Le crowdfunding semble être une alternative très intéressante vu que les jeunes entrepreneurs
ont de plus en plus du mal à lever des fonds via les voies de financement traditionnelles.
Toutefois, il est indispensable d’étudier son attractivité pour, d’une part maintenir les forces et
renforcer les faiblesses, et d’autre part bénéficier de ses opportunités et se protéger de ses
menaces.

Conclusion

Le crowdfunding a connu un essor sans précédent, lié surtout à l’apparition d’internet et des
divers progrès technologiques et de communications révolutionnaires. Ce mode de
financement a ainsi concerné plus ou moins tous les secteurs, ce qui a facilité le recours à un
tel circuit de financement pour un nombre très important des projets. De ce fait, et si l’on
analyse de près les influences qu’ont eues lieu sur l’économie mondiale, le crowdfunding a
contribué à bannir les procédures et documents administratifs qui rigidifient la mise en place
des projets. Il a permis aux promoteurs d'idées de libérer leur créativité, ce qui a mis en
marche divers projets sans pour autant avoir le consentement des banques qui exigent des
conditions contraignantes.

Favorisé par les limites atteintes par le système de financement traditionnel, le financement
participatif repose sur des tendances sociétales fortes comparables à la consommation
collaborative, transparente et horizontale en s’appuyant sur la puissance communicationnelle
de l’Internet et des réseaux sociaux.

Références
BECHTER, C. JENTZSCH, S. FREY, M. (2011). From wisdom of the crowd to
crowdfunding. Journal of Communication and Computer, 8, p. 951-957.

ONNEE, S & RENAULT, S. (2014). Crowdfunding : vers une compréhension du rôle joué
par la foule, Revue Management & Avenir 8 (N° 74), 117 – 133.

SIGAR, K. (2012). Fret no more: inapplicability of crowdfunding concerns in the internet age
and the JOBS Act’s safeguards. Administrative Law Review, 2 (64), p. 474-505.

SULLIVAN, B. MA, S. (2012). Crowdfunding: potential legal disaster waiting to happen.


Retrieved from Forbes.com.

TEKFI. S. (2018). Caratéristiques et fonctionnement du crowdfunding au Maghreb, Revue


Marocaine de recherche en management et marketing, N°18, Juillet-Décembre 2018, 15-22.

VALANCIENE, L. & JEGELEVICIUTE, S. (2013). Valuation of crowdfunding: benefits and


drawbacks. ECONOMICS AND MANAGE MENT. Volume N° 18. 39 – 48.

Vous aimerez peut-être aussi