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Archéologie

Le corail

Le corail est un animal de la famille des cnidaires, soit une espèce spécifique du milieu
aquatique. On trouve généralement des récifs coraliens dans les mers chaudes, mais il en existe
malgré tout dans les mers froides comme c'est le cas au large de la Scandinavie, de la Grande-
Bretagne et de la péninsule Ibérique. On remarque de nombreux types de corail à travers le
monde, l'espèce qui nous intéresse est le corail rouge, qui fait partie des alyonaires et appartient
au genre corallium de l'espèce rubrum. Son exosquelette est rigide et rouge-vif, il est constitué
de carbonate de calcium et d'oxyde de fer qui fait sa coloration. On trouve le corail rouge dans
les eaux méditerranéennes, notamment celles du bassin occidentale.
 Le corail en tant que matière propice à l'artisanat apparaît dans l'Histoire de façon ponctuelle à
des périodes bien déterminées. Une diffusion du corail d'Italie au-delà des Alpes vers des
populations méconnus est notable à la fin du Néolithique et au début de l'Age du cuivre puis à
l'Age du bronze européen où quelques trouvailles de corail ont été trouvées de façon
exceptionnelles.
 L'usage du corail rouge est rarement signalé dans les civilisations antiques mis à part chez les
Celtes du Nord des Alpes. En effet les Celtes semblent être les principaux consommateurs de ce
matériau et ce, malgré d’une part l'usage de ce dernier par les Grecs depuis la fin du IX siècle
avant notre ère et d’autre part, la proximité des Puniques, des Italiques et des Ibères avec les
meilleures zones de coraillage de l'antiquité. Soit, l'usage décoratif du corail se constate
exclusivement dans les pays celtiques ainsi que dans les régions dont on suppose l'exercice
d'une influence celte.
 C'est au cours de l'Age du fer que les premiers produits venus de Méditerranée, dont le corail,
vont arriver chez les populations celtiques. L'apparition du corail chez les Celtes est tributaire
des premières exploitations méditerranéennes qui semblent débuter dès la fin du VII siècle av n.
è. ainsi que le montre la datation des trouvailles vénètes et celles de la culture de Golasecca.
 En quoi la présence du corail dans l'art celtique, générée par de nombreux échanges
commerciaux, est- elle représentative d'une nouvelle croyance ?

 1. L’origine du Corail

1.1 Des échanges commerciaux prolifiques


Le corail en tant que matière décorative fut négligé par les Grecs, les Étrusques ainsi que les
Romains et semble n'avoir été destiné qu'à l'exportation par ces civilisations. Seuls les Celtes
semblent avoir eu un intérêt esthétique pour cette matière. Des circuits de distributions reliant
l'Europe intérieure aux rivages méditerranéens vont donc se mettre en place.
Ainsi une matière dont l'origine géographique se situe en méditerranée va donner naissance à de
nouveaux échanges et faire le bénéfice de l'Europe occidentale.
Pline l'Ancien évoque dans " Histoires naturelles" (XXXII) que le corail le plus estimé provient
des Îles Stoechades, des Îles Eolienne, du Cap Drepanum et de Neopolis Campanie. Toutes ses
localités sont situées sur la côte méridionale de la Gaule et sur la côte occidentale de l'Italie.
Le fait qu'il n'y a pas de zone de pêche sur les territoires celtes, atteste de circuits distributions
précédemment cités,  puisque l'on trouve plusieurs milliers d'objets métalliques datant de l'Age
du fer, de l'Atlantique à l'Europe centrale, qui conservent des traces d'incrustation de matériaux
ornementaux. Ces matériaux ont pour la plupart disparus et n'ont laissé que des rivets et des
traces de colles diverses en guise de vestige de leurs fixation. Parmi les objets ayant conservés
leurs incrustations, on note la présence majoritaire du corail ou de matériaux susceptible d'être
confondu avec lui.
Toutefois cette présence du corail rouge dans la civilisation celtique se limite à certaines
régions. Les sites majeurs apparaissent parsemés dans le milieu transalpin et les régions
danubiennes.
 1. 2 L'apparition du corail dans la civilisation celtique.
 Dès la fin du Hallstatt il y a une apparition du corail décorant les fibules et les épingles dans les
tumulus de l'Allemagne méridionale. Cet usage du corail dans l'ornementation sera plus fréquent
à la période de la Tène. Tout d'abord on remarque la présence d'objets métalliques ornés de
corail dans les nécropoles celtiques allemandes. C'est l'exemple d'une fibule à timbale incrustée
de corail découvert avec des objets de la fin du Hallstatt dans le tumulus d' Allenbach dans le
Bade mais aussi de la fibule en bronze de Schwabsburg sur laquelle le corail fut fixé à l'aide
d'une résine dans des alvéoles pratiquées. Quant aux fragments de corail semi-brut  et les fibules
de typologies anciennes découvert dans l'habitat de La Heuneburg, ils pourraient indiquer qu'un
atelier utilisait le corail dès la première décennie du VI av n. è.
Ainsi on note une importation précoce Nord-Alpine pendant la première moitié du VI av n.è.
Dans cette seconde moitié du VI, le corail lorsqu'il est travaillé est principalement employé pour
orner et rehausser des fibules et têtes d'épingles, et plus rarement des armes.
 Du VI au début du V av. n. è., la vogue du corail s'est généralisée au sein des familles qui
occupaient le sommet hiérarchique de la société. La tombe masculine de Hochdorf témoigne de
l'emploi du corail dans ce qui apparaît être une tombe royale, du moins celle d'une personnalité
cumulant des fonctions politique, religieuse et guerrière.
C'est dans les années - 540/ - 530, en parallèle de l'arrivée de la vaisselle attique, que le corail se
présente de façon systématique dans sites majeurs, qu'il s'agisse de tombes princières mais aussi
de tombes aristocratique de rang inférieur. La plaque de ceinture datant du V s. av. n. è.
découverte à Weiskirchen en témoigne, il s'agit d'une pièce de bronze sertit de fines lamelles de
corail rectangulaire alignées verticalement sur le registre inférieur. La plaque est ornée en son
centre d'un visage flanqué de sphinx adossés, le tout surplombe la partie centrale de l'objet qui
accueille trois boutons de corail.
Plaque de ceinture, Weiskirchen, Merziwadern, Allemagne, V s.av. j.c. Bronze avec incrustation
de corail.
 À la fin du premier âge du fer, les artisans celtiques reçoivent des branches de corail brutes
acheminées avec d'autres produits méridionaux tel que les vins. En effet tout les sites d'habitats
où apparaissent le squelette du polypier, se trouve également des amphores grecques
généralement de provenances massaliète. Par contre la présence du corail brut ne signifie pas
qu'il existait des ateliers destinés à travailler cette matière. On trouve également une multitude
de fibules en bronze avec corail propre à la Tène dans le haut Palatinat, ce qui traduit un
accroissement de l'usage du corail dans l'ornementation celte. On suppose donc, que deux voies
d'acheminements du corail ont coexistées: l'une partant de Massalia et remontant la vallée du
Rhône via les actuelles villes d’Arles et Lyon, l'autre partant de Bologne, Forcello et des grands
habitats de Golasecca.
 L'origine précise de cette vogue du corail peut être localisée dans la culture celtophone de
Golasecca. Ce peuple semble avoir exercé un contrôle sur les négoces transalpins. Des fibules
lombardes portant des incrustations de corail et datant du VI av. n. è. y on été découvertes et
font preuve d'une grande maîtrise de la part des artisans, qui parvenaient à incruster de
minuscules fragments à la surface des agrafes vestimentaires.
 Le corail est  également très fréquent dans la "Gaule indépendante", elle livre beaucoup d'objets
métalliques rehaussés de corail mais seulement à cette période déterminée et dans certaines
régions puisqu'il y a une absence du matériau au moment de la "Gaule romaine" et de la "Gaule
franque".
Si le corail est très prisé dans certaines localités ce n'est que de façon sporadique. On ne trouve
de corail ni en Armorique, ni dans le bassin de la Garonne, ni en Aquitaine. Un seul objet
présentant du corail fut découvert dans la partie méridionale du bassin du Rhône et quelques uns
furent découvert dans la partie septentrionale du bassin Alsacien.
Le corail n'est que très fréquent dans les plaines de la Champagne et particulièrement dans le
département de la Marne. Ce dernier n'y apparaît que vers la fin du premier âge de fer pour se
développer à la période suivante. C'est aux environs de l'an 400 av. n. è. (entre 420 et 380 av. n.
è.) que l'on peut placer l'apogée de cette civilisation. Cette datation s'illustre par la présence
d'objets en bronze de type archaïque propre au V av. n. è. Découverts notamment avec des
céramiques à figures rouges du IV av. n. è comme c'est le cas dans les grandes tombes de
Somme-Bionne, Courcelles-en-Montagne, Klein-Aspergle, Rodenbach ou encore l'Uetliger. La
tombe de Somme-Bionne contenait une oenochoé en bronze de style grec et des objets ornés de
corail ainsi qu'une coupe peinte à figure rouge.
L'abondance du corail méditerranéen dans cette région champenoise démontre une activité
commerciale qu'on ne peut imaginer, si cette région n'avait pas été une des plus prospère de la
Gaule au V et IV av. n. è. En effet il semble que le V av. n. è ait connu un accroissement de
l'aristocratie guerrière, capable de suscité des échanges commerciaux mais aussi d'entretenir un
artisanat de luxe. Pline nous informe que les pêcheries les plus importantes de coraux seraient
au large des Îles d'Hyère et des Îles Stoechades. Les commerçants Marseillais auraient conduit
ce corail jusque dans la vallée de la Marne en même temps que des verroteries et quelques
objets de luxe tel que des oenochoés de bronze et des vases peint. On peut éventuellement
imaginé que les Champenois leur fournissait de l'ambre en échange.
On pourrait donc en conclure que la mode du corail s'est développée en Gaule après son arrivée
dans les régions allemandes.  Bien que cette hypothèse suggère quelques réserves puisque les
échanges, les influences et les mouvements des différents groupes constituant la civilisation
celte restes difficiles à établir. Aussi nous n'avons pas de preuves scientifiques nous permettant
d'affirmer que le travail du corail fut réalisé par des ateliers celtes ou méditerranéen, ce qui à
pour effet de troubler la datation exacte de ces objets.
 Cependant, il est possible d'établir que la civilisation de la Marne appartiendrait, dans une
division tripartite de la Tène, à la première période tandis que la station de la Tène à la seconde
et Alesia à la troisième. Étant donné qu'il y a une absence de corail sur les sites appartenant au
second âge de fer, comme c'est le cas à Alesia ou a la station helvétique de la Tène, on en déduit
que l'emploi ornemental du corail est très limité dans l'espace. On ne retrouve pas de corail à
proximité de grandes épées de fer du type Hallstatt, de fibules à arc simple, de fibules
serpentiforme ou à disque médian, ni à proximité de monnaies gauloises ou romaines.
On observe le corail sur des fibules principalement typiques de la Tène. Les boutons de bronze
sont également souvent rehaussé de corail ainsi que diverses parties de harnachement des
chevaux, sur des bouterolles de fourreaux, sur des casques, des bracelets, des torques, des
chaînettes et sur les têtes d'épingle. On en trouve plus rarement sur des poignées d'épées, des
boucliers et sur des pointes de lances. Tous ces objets sont typiques de la fin du Hallstatt et du
début de la Tène, caractérisée par des fibules à timbale, des fibules à bouton et des fibules à
queue retroussée.
 
L'aspect sporadique de l'usage du corail dans l'artisanat celtique se note également par sa
présence dans d'autres régions que la région Champenoise. Des sites ibériques du Languedoc
occidental livrent des objets laténiens décorés de corail. C'est le cas de l'habitat de l'Ensérume
qui pourrait avoir joué un rôle important dans la diffusion du polype à partir du IV av. n. è..
Le Mont-Lassois en Bourgogne à également fournit des exemples de corail brut présent à côté
de fragment d'attique tardive (525-500 av. n. è.) et des amphores archaïque de production
massaliète.

2.2 Le corail et ses techniques:


 Le corail rouge orne surtout les objets de bronze, et plus rarement ceux de fer et d'or. Il se
trouve généralement dans des sépultures à inhumation, accompagnée de perles d'ambre, de
verroteries et de bijoux d'or. C'est le cas de la chaîne avec pendentif présentant un motif
cruciforme et des éléments triscèle en bronze incrusté de corail, qui fut découvert dans la tombe
à char du site de La Gorge-Meillet, dans la Marne. On retrouve le corail sertit ou incrusté, fixé
par des rivets de fer ou de bronze.
Le sertissage est une opération d'assemblage de deux pièces, il s'agit ici d'enchâsser la matière
afin de la fixer dans le support préalablement travaillé pour la recevoir. Il est important de noter
que le corail apparaît de façon ponctuel, il se présente dans les pleins ou les déliés formés par
les motifs de bronze et qu'ainsi il a pour vertu de souligné ses formes.
Chaîne en bronze et corail, La Gorge-Meillet, Somme-Tourbe, Marne, début du IV s. av. J.C.
Le corail travaillé affecte la forme de cabochons ou de petites boules hémisphérique, il est
parfois taillé en forme d'olive et en lamelles très minces. La fibule en bronze provenant de la
tombe n°57 du site de Saint-Sulpice, datant du IV siècle av. J.C. fournit un bel exemple de
l'usage du corail sous forme de cabochon. Celui-ci vient se fixer à l'extrémité du motif en esse
qu'épouse la forme de l'objet.

Fibule, bronze et corail, tombe n° 57, Saint-Sulpice, canton de Vaud, Suisse. Seconde moitié du
IV s. av. J.C.

Parfois on le retrouve taillé en forme de perle de colliers massives dont le site le plus fournit est
celui de Nordhouse, sous cette forme il sert également à couronner certains objets.
C'est l'exemple des disques de harnachement de chevaux provenant de Saint-Jean-sur-Tourbe,
dans la Marne, constitué de bronze, de fer et de corail et datant du V av. n. è. Ces disques
proviennent du harnachement des chevaux attelés au char de guerre qui avait été déposé dans
une tombe de guerrier. Il s'agit de deux pièces identiques présentant un registre central composé
d'un filet concentrique gravé au tour qui s'étend à la périphérie du pied d'un bouton central
surmonté d'une perle de corail. Le harnais du poitrail, qui est la partie du harnachement la plus
richement décoré, comporte des disques et des appliques de bronze portant des décors
géométriques savants associé à des incrustations de corail.

Fibule en forme de coq. bronze et corail. Tombe princière de Gersheim-Reinheim, Sarre,


Allemagne. fin V- début du IV s. av. J.C.
La surface d'origine de ce type de corail présente un aspect 'ligneux", mais il arrive qu'il subisse
un polissage plus ou moins soigneux destiné à améliorer sa couleur. C'est le cas de la fibule en
forme de coq, datant de la fin du V s. av. n. è., qui est serti de corail rouge qui présente un aspect
lisse et brillant ainsi qu'une teinte homogène.

Paire de phalères ajourées, décorées d'esses enchaînées formant des "vagues continues",
bronze, fer, corail. Saint-Jean-sur-Tourbe, Marne. IV s. av. J.C.

II- Le corail, des échanges économiques aux échanges culturels

2.1 Importations du Corail et du vin

A partir de la 1ère moitié du VIème siècle, les échanges entre les peuples celtes de la région
transalpine et le monde gréco-étrusque se développent considérablement, et se manifestent par
l'importation de denrées alimentaires et de végétaux tout droit venus du monde méditerranéen.
Le corail et le vin sont les principaux produits importés. La Champagne est la région qui profite
le plus de ces importations et ainsi va développer la richesse de ses productions.

Les premiers témoignages archéologiques attestant de la présence du vin remontent au VI ème


siècle et se caractérisent par une forte présence de cruches, de sceaux, de coupes, de récipients
associés à la consommation de ce nouveau produit. La présence du corail est, elle, confirmée
dans toutes la région transalpines, au Nord des Alpes, régions alors essentiellement occupées par
les Celtes et touchées par le commerce du Vin. Cette nouvelle matière, est employée en premier
lieu pour réaliser des incrustations décoratives sur des objets divers, métalliques, dont l'usage
était guerrier, ou personnel, comme on peut le voir sur les parures. Tout d'abord peu
nombreuses, ces importations de corail sont précoces, en effet dès la première moitié du VI ème
siècle des fragments de Corail semi-brut sont retrouvés dans l'habitat de la Heuneburg, dans le
site Hallstatien princier le plus important. L'emploi de ce matériau prend un nouveau tournant
avec l'arrivée de la vaisselle entre -540 et -530 av n è, on le trouve désormais systématiquement
dans les tombes aristocratiques comme c'est le cas dans la tombe de Eberdingen-Hochdorf au
Nord-Ouest de Stuttgart. Dans cette sépulture aristocratique ce sont les statuettes soutenant la
Kliné, ou banquette, qui contiennent les incrustations de corail.

Statuette soutenant la Kilné, tombe de Eberdingen-Hochdorf, VI ème siècle

Cette décoration fait écho aux bracelets, anneaux de chevilles, colliers, et ceintures des femmes
de l'époque. L'utilisation du corail, ici, signifie deux choses, dans un premier temps il représente
les ornements réels portés par les femmes de l'époque et dans un second temps, il définit des
détails anatomiques comme les mamelons ou les yeux. La fin du VI ème siècle est aussi
marquée par une multiplication des fibules qui portent la trace de l'appropriation de cette
nouvelle denrée. Le corail est donc de plus en plus utilisé pour l'ornementation et le
rehaussement de ces agrafes vestimentaires faites en bronze, mais aussi des épingles à cheveux,
des bracelets etc. En général les incrustations de corail se trouvent aux extrémités des fibules.

Cette fibule hallstatienne tardive provenant du site de la Heuneburg et datée de la fin du VI ème
siècle et du début du V ème siècle av. n è, le montre. Cet objet au pied en forme de tête d'oiseau
est fabriqué en bronze et incrusté de corail. Le corail et le bronze est un alliage que l'on retrouve
le plus souvent, il existe bien sur d'autre associations, comme avec l'or, le fer, et même l'argent.
Ces fibules, parmi d'autres objets archéologiques retrouvés témoignent du développement du
« premier style » de cet âge du fer définit par Paul Jacobsthal et naît de l’intensification des
contacts avec le monde méditerranéen.

Les torques marniens datés du laténien initial prouve également la naissance d'un nouvel art, sur
celui-ci issus de Breuvery le corail se trouve sous forme de cabochons et se situe entre les
oiseaux aquatiques, une version plus tardive de ce torque présente les incrustations de corail au
niveau des yeux des oiseaux. Le savoir -faire serait, ici, issus de la région Golasecca en Italie du
Nord. On remarque donc un bouleversement dans l'ornementation celtique. Ces peuples
empruntent au monde méditerranéen des motifs orientalisant, signifiés par les oiseaux
aquatiques, les monstres serpentiformes, et les griffons. On pense donc ici à l'apparition d'une
nouvelle divinité à mettre en parallèle avec la consommation du vin.

Pour continuer, l'utilisation du corail se déploie vers d'autres régions, notamment en France dans
le site ibérique du Languedoc occidental, mais aussi vers les îles britanniques. A partir du IV è
siècle av n.è les contacts entre les celtes et le monde greco-étrusque s'amplifient et malgré
l'effondrement de certaines principautés celtiques, la mode du corail se poursuit en parti grâce
aux migrations, et déplacements de ces peuples au contact le plus direct de la source du vin.
Cette période traduit un épanouissement de l'art celte, d'ailleurs, certaines régions vont
développer leur art en usant du corail sur des compositions surchargées, mais finement
façonnées. Le casque d'Agris découvert en Charente, fait parti des casques de prestiges comme
celui d'Amfreville et de Canosa Di puglia et traduit ce goût des celtes pour l'ornementation
méditerranéenne et les nombreuses incrustations de Corail sur des objets d'apparats.
Casque de Canosa Di puglia, IV è siècle
Casque d'Agris, IV è siècle

Ce casque constitué d'une coque en fer et recouverte de feuille de bronze et d'or fin est rehaussé
de barrettes de corail dans les deux registres supérieurs et inférieur. Ici, le corail contraste avec
le fond doré. Le casque d'Agris, accompagne des pièces d'armement dans une sépulture et
détermine ainsi la position sociale du guerrier. Ainsi, le corail est souvent utilisé sur des objets
de prestige dans les sépultures à inhumation, aux cotés de perles d'ambre, et de bijoux en or.
Ce remarquable changement iconographique et artistique témoigne d'un lien étroit entre
l'importation du corail et du vin. Le corail ayant la couleur rouge du vin, et provenant de la
même région peut signifier la consommation de ce nouveau produit, mais aussi l'ivresse, donc
les effets du vin sur les hommes. En effet, l'ornement en corail, élément rouge, présent sur les
fibules est généralement vasiforme on peut donc ici penser à la représentation d'un contenant par
exemple une cruche qui contiendrait du vin. Aussi, l'époque postérieure du seconde âge du fer,
atteste d'une nouvelles image, masculine, des êtres uniques ou doubles au regard rouges, voire
des masques humains entièrement rouges. On peut le voir sur l'attache inférieur de l'anse d'une
des cruches à vin de Basse Yutz en Moselle datée de la première moitié du IV ème siècle :

On distingue une tête barbue et moustachue coiffée de palmette et de motifs en hesse, la figure
caractéristique de l'arbre de vie entouré du répertoire orientalisant mis en place : oiseaux
aquatiques, griffons, bestiaire monstrueux. Les yeux étaient ici remplis par de gros cabochons
de corail. Ce motif apparaît donc comme la représentation d'une divinité celtique, dans laquelle
le corail signifie l'ivresse à caractère sacré, attribué au pouvoir divin.

Ce nouveau type d'ornementation - motifs orientalisant alliés à l'utilisation du corail - exprime la


fonction cérémonielle de l'ustensile et une signification religieuse, dans la mesure où il est
associé à la présence d'une divinité masculine symbolisée par l'arbre de vie. Les celtes
transalpins offre ici un témoignage de leur coutume en figurant le contenu des récipients qu'ils
utilisaient, et de leur croyance avec l'apparition de cette nouvelle divinité qui semble bénéficier
du pouvoir magique du corail.

2.2 Le rôle magico-religieux du corail

L'importation du vin et du corail qui influencent fortement l'iconographie chez les celtes à partir
du Vè siècle av n è, et qui contribuent à la formation de l'art laténien, sont étroitement liés à un
phénomène religieux voire mythologique d'origine méditerranéenne : d'une part, le corail est
associé a une nouvelle ornementation composé de motifs orientalisant et traduit la présence
d'une nouvelle divinité, d'autre part son utilisation pourrait être lié à des mythe légendaires venu
de la Grèce occidentale.

En effet le corail se trouve le plus souvent sous forme de fragments, de cabochons, ou de


pastilles. Les motifs qui l'accompagnent sont serpentiformes, et parfois même associés un
bestiaire monstrueux : des oiseaux aquatiques, des représentations de béliers notamment. Dans
ce cas l'utilisation du corail se fait au niveau des yeux ce qui donne à l'objet un aspect inquiétant
et pourrai se traduire comme la manifestation d'un pouvoir divin ou apotropaïque. Une des
cruches de basse-Yutz découverte en Moselle et datée du IV è siècle av n è possède des
incrustations de corail au niveau du pied et du bec.

La fonction de cet objet est sans doute cérémonielle, étant donné son existence dans un contexte
funéraire. La présence du corail s'expliquerait alors par une volonté de conjurer le mauvais sort,
de repousser les influences maléfiques. D'ailleurs de nombreux objets archéologiques de cette
époque, moulés en bronze sont rehaussés de corail, ce qui d'une part, tranche avec la couleur
sombre du métal et donc met l'accent sur la teinte sanguine du corail et d'autre part c'est un
moyen de hiérarchiser certains objets et montrer son appartenance au monde aristocratique
celte. Également lorsqu'il est porté, le corail peut prendre une toute autre signification, en
pendeloque par exemple, cela pouvait être un moyen de se protéger. Selon Pline l'Ancien « une
branche corail pendue au cou d'un enfant passe pour le mettre en sûreté. » En effet au début de
l'Empire romain plusieurs textes à visées mythologiques vont accorder au corail des vertus
religieuses et apotropaïques. L'auteur latin Ovide, associe l'origine du corail et l'un des
principaux personnage le plus effrayant de la mythologie, Gorgo plus connu sous le nom de la
« Méduse » dans son poème épique « métamorphose ». Selon la légende, Gorgo serait né de
plantes terrestres ou marines pétrifiée par le regard mort du monstre, ici Ovide, ou coloré par
son sang s'écoulant de la tête coupée. Le corail, lui, est une plante marine, fleurie qui vit sous
l'eau et qui meurt assez rapidement à sa sortie de l'eau, elle sèche et se fige. Comme une
pétrification. On peut donc ici faire un parallèle avec le mythe grec de la gorgone qui pétrifie
d'un seul regard quiconque se trouvant sur son chemin, et, lorsqu'elle meurt, se fige à son tour.
Aux yeux des grecs, la représentation de la gorgone avait un puissant pouvoir apotropaïque, ils
associent donc le port du corail et la consommation du vin, aux pouvoirs meurtriers de la
méduse.
Cette hypothèse permet de faire une comparaison entre le mythe grec et des observations
archéologiques issues du monde celtique. Chez les celtes l'image de la gorgone se manifeste
essentiellement dans la guerre, certaines armes de défense en témoignent avec des incrustations
de matière colorée. Ce détail se retrouve dans le comportement guerrier des celtes, et surtout
dans les motifs des armes, comme c'est le cas pour l'umbo central du bouclier en bronze
découvert dans la Witham et daté du IIIe siècle av n è.

Cet objet est orné de deux oiseaux très stylisés dont on ne voit que la tête et le bec. A l'origine
l’œil était incrusté de corail. En ce sens on peut interpréter la présence du corail comme une
manière de protéger le guerrier qui portait le bouclier. On retrouve également la présence du
corail sur le poignard de la tombe 116 de la nécropole de Hallstatt. Cette arme de prestige
possède une poignée en bronze sur laquelle des pastilles de corail sont incrustées. Une nouvelle
fois le corail est utilisé sur une arme, et dans un contexte funéraire ce qui souligne son rôle
magico-religieux. On peut supposer que le corail qui se trouve en pendeloque fait office
d'amulette, et lorsqu'il se trouve sur des armes, ou dans une sépulture, il protège le guerrier.
Dans les deux cas il repousse les forces maléfiques.

En définitive, la diffusion du corail dans l'art celte est indéniablement liée à l'importation du vin
de méditerranée, ce qui marque un tournant dans l'iconographie celte. Et donc, le lien entre cette
nouvelle ornementation, ces croyances et la mythologie grecque est à souligner. En effet, très tôt
le mythe de la gorgone, ou la Méduse à traversé le monde méditerranéen pour se développer
dans le monde occidental, sous le nom de Gorgoneion un masque représenté au fond des
céramiques qui met en garde celui qui boit contre les méfaits du vin. On peut donc supposer
que les échanges entre grecs et celtes n'étaient pas seulement économiques et commerciaux,
mais aussi culturels, les grecs transmettaient des récits légendaires aux commerçants celtes.
Le corail, bien moins prisé que l'ambre, a tout de même généré, comme ce dernier, des relations
commerciales qui ont fait le profit de l'Europe occidentale, en particulier la région de la
Champagne en France et de l'Europe Nord occidental, l'Allemagne. Les échanges commerciaux
entre le monde greco-étrusque et le monde des celtes transalpins se sont établis à partir du
premier âge du fer, jusqu'au IIIè siècle av n.è et ont fortement contribué au développement d'une
nouvelle iconographie. Celle-ci reprend des thèmes orientalisant et mythologiques issus de la
tradition grecque et témoigne du rôle magico-religieux qu'avait le corail durant cette période ;
un rôle à mettre en rapport avec la consommation du vin issu de la même région. La présence du
corail dans l'art celte témoigne donc d'une influence grecque forte, notamment lié aux récits
légendaires qui accompagnaient les échanges. Ainsi les relations entre la méditerranée et le
monde celtique semblent avoir été au-delà de simples échanges économiques, en raison de leur
portée culturelle.

Néanmoins, la présence du corail dans l'art celte aura été de courte durée. En effet dès le IIIè
siècle av n.è, on constate que les productions celtiques contenant du corail se réduisent jusqu'à
disparaître. Ceci est dû à la rupture des échanges entre grecs et celtes. En effet le corail
provenant des Îles Stoechades à été détourné des voies anciennes qu'il suivait. Il apparaît que le
commerce grec ait pénétré l'Inde à partir de la fin du IV è siècle av n.è, l'enthousiasme des
Indiens pour le corail méditerranéen n'a pu se développer qu'à ce moment là. Cette période
concorde avec la disparition du corail dans l'industrie celtique. Le témoignage de Pline ainsi
qu’un autre ouvrage antique intitulé « Périple de la mer rouge » datant de 85 ap J.C. révèlent un
commerce très actif fondé sur l'importation de perles et l'exportation de corail par les
méditerranéens.

Une des solutions face à la raréfaction du corail en Gaule fut d'usé d'autres matériaux. Ainsi le
verre opaque rouge tout comme l'émail rouge ont constitués les principaux substituts au corail
méditerranéen. Cependant, le corail, le verre et l'émail ne se succèdent pas de façon
chronologique, l'émail, par exemple, apparaît déjà dans les nécropoles du premier âge du fer, et
le métal en tant que décoration avec des verroteries, se constate dès l'époque hallstattienne. Il
semble tout de même que l'émail ait succédé au corail lorsque l'usage de celui-ci a disparu en
Gaule. L'existence de succédanés au corail montre l'importance de ce dernier dans l'art celte, et
dans les croyances qu'il inspire.

BIBLIOGRAPHIE

Venceslas Kruta, « le corail, le vin et l'arbre de vie : observations sur l'art et la religion des
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