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Droit de la concurrence et de

la consommation

Pr . Driss JOUIDI
Plan du cours

INTRODUCTION

Ière partie : LIBERTE DES PRIX ET LIBERTE D’ENTREPRENDRE ENTRE


LIBERTE ET ENCADREMENT ADMINISTRATIF

Chapitre 1 : principe du libre jeu de la concurrence

Section 1 : La liberté des prix

Section 2 : Le libre accès au marché

Chapitre 2 : la règlementation et l’encadrement de la liberté des prix

Section 1 : Des biens, produits et services dont le prix est règlementé

Section 2 : Sanctions administratives du non-respect des prix réglementés

IIème partie : NORMES ET REGLEMENTATION DES PRATIQUES DES AGENTS


ECONOMIQUES

Chapitre 1 : les opérations de concentration

Section 1 : conditions générales

Sections 2 : rôle du conseil de la concurrence

Chapitre 2 : les pratiques restrictives de la concurrence

Section 1 : l’obligation de transparence entre professionnel

Section 2 : l’entreposage illégal

Conclusion
Introduction

Depuis toujours, le Maroc opte pour une économie libérale, donc une économie ouverte et
concurrentielle. Ceci intervient à un moment ou l’économie se mondialise après une période
de délocalisation et de globalisation. Pour assurer cette restructuration de l’entreprise
marocaine et préserver son potentiel productif, il a fallu alors assainir le climat général des
affaires et préserver un cadre de concurrence saine et praticable. C’est la première fois que la
notion de concurrence a pris place dans l’ordre juridique national. C’est une consécration de
la liberté de commerce et d’industrie et notamment la liberté d’entreprendre. La concurrence
est perçue alors comme la compétition qui se déroule entre plusieurs opérateurs sur un même
marché pour atteindre une fin économique.

L’intervention de la règle de droit s’avère dès lors indispensable pour aménager la liberté d la
concurrence. Cette intervention consiste à apporter des limitations aux composantes de la
liberté de la concurrence, limitations qui constituent une partie importante de droit de la
concurrence et qui prennent des formes graduées selon la gravité des faits et selon la nature
des intérêts à protéger.

Schématiquement, on peut dire lorsqu’il s’agit de protéger un intérêt privé, c’est la théorie
générale de la concurrence déloyale qui sera mise en œuvre. Elle consiste sur la base de droit
commun, d’obtenir réparation d’un préjudice causé par l’emploi de moyens déloyaux pour
détourner à son profit la clientèle d’autrui.

Depuis 1988, le Maroc a entrepris une série de réformes législatives pour la modernisation de
son économie en vue de s’intégration dans l’économie mondiale et ainsi s’adapter aux
mutations qui se produisent aussi bien sur la scène nationale qu’internationale, c’est-à-dire de
se mettre à niveau par rapport aux législations en vigueur dans les pays partenaires du Maroc,
en l’occurrence la France.

C’est dans cette logique qu’une loi 06-99 portant sur la liberté des prix et de la concurrence
est venue substituer l’ancienne loi dont les objectifs étaient entre autres de maîtriser les
mécanismes de détermination des prix dans le cas où la concurrence ne joue pas entre les
agents économiques et d’atténuer les pressions inflationnistes afin que la maîtrise des prix
provienne non pas de l’action de l’administration mais des règles du marché.
Cela s’explique également par le fait que cet ancien cadre législatif et réglementaire relatif au
contrôle des prix, était devenu inadapté face aux phénomènes de libéralisation qui ont marqué
l’économie nationale et internationale, d’où la nécessité d’élaborer un cadre législatif plus
commode et plus approprié à notre époque.

Elle est propulsée au Maroc par le Dahir n° 1-00-225 du 2 rabii I 1421 (5 juin 2000) portant
promulgation de la loi n° 06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence publié au Bulletin
Officiel n° 4810 du 6 juillet 2000.

Cette loi constitue une véritable refonte du droit économique en ce sens qu’elle consacre la
valorisation de la notion de liberté économique et a inscrit le droit économique marocain sur
le registre de l’harmonisation avec le droit appliqué dans l’espace euro-méditerranéen et en
compatibilité avec l’esprit d’autres droits internationaux de plus en plus convergents.

L’esprit général de cette loi est que la concurrence soit faite sur la base de règles qui
préservent l’équilibre du marché et que les prix se fixent par le jeu de l’offre et de la demande.

Cependant cette loi ne saurait être en déphasage avec les traités et accords internationaux que
le Maroc a ratifiés notamment :

• Traité d’Association avec l’Union européenne en matière de concurrence.

• Principes de transparence, de non-discrimination et de concurrence loyale de l’OMC


et de l’OCDE.

• Elle est convergente avec les recommandations du code de la concurrence de la


CNUCED en matière de « Restrictives Business Practices »

Pour y parfaire, il a fallu attendre le 24 Juillet 2014 pour que cette loi en vigueur depuis 14
ans soit amendée, modifiée et complétée par la loi 104-12 qui a abrogé ses dispositions des
articles 1 à 13 et des articles 24 à 103 . L’adoption parallèle du projet de loi 20-13
spécifique au conseil de la concurrence qui le définit dans son article premier comme une
institution indépendante chargée d'assurer la transparence et l'équité dans les relations
économiques, notamment à travers l'analyse et la régulation de la concurrence sur les
marchés, le contrôle des pratiques anticoncurrentielles, des pratiques commerciales déloyales
et des opérations de concentration économique et de monopole». Il est doté de la personnalité
morale et de l’autonomie financière, et ce conformément à l’article 166 de la constitution.

Doter ce dernier d’une personnalité morale et de l’autonomie financière et avec des


attributions renforcées en matière de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles et
de contrôle des opérations de concentration économique.

Quant aux pratiques anticoncurrentielles, ladite loi précisément dans son article 9 y
instaure une règle de minimis excluant du champ d’application des pratiques
anticoncurrentielles « les accords d’importance mineure qui ne restreignent pas
sensiblement le jeu de la concurrence, en particulier les accords entre petites et
moyennes entreprises, ceux qui contribue au progrès économique, qui ont pour objet
d’améliorer la gestion des PME, etc.

L’introduction d’une nouvelle pratique anticoncurrentielle dénommée « la pratique


des prix abusivement bas1 », outre les ententes et les abus de pouvoirs économique, et
ce en dehors de toute situation de position dominante. Elle ressort de la lecture de
l’article 8 de la loi 104.12.

Pour ce qui est du contrôle des opérations de concentration, désormais il n’est plus
assuré par le Chef du Gouvernement comme c’était le cas sous l’empire de la loi O6-
99, mais il a été transféré au Conseil de la Concurrence. Néanmoins, ce premier garde
un droit d’évocation dûment motivé sur les décisions du Conseil de la Concurrence.

Bref, la loi constitue une nouvelle configuration en matière de la concurrence et est porteuse
de pas mal de nouveautés et d’écueils comme nous serons amenés à le remarquer par la
lecture de ses différentes dispositions.

1
Voir l’art. 8 de la L104-12: « Sont prohibées les offres de prix ou les pratiques de prix de vente aux
consommateurs abusivement bas par rapport aux coûts de production, de transformation et de commercialisation,
dès lors que ces offres ou pratiques ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d’éliminer d’un marché ou
d’empêcher d’accéder à un marché une entreprise ou l’un de ses produits ».

La notion de prix abusivement bas se définit donc à la fois par rapport aux coûts, mais également par rapport à
une volonté de nuire à un concurrent. Appelé souvent « prix prédateur » c’est un prix d’éviction visant à
éliminer d’autres concurrents.
Par conséquent, elle regorge des règles contenues dans 9 Titres regroupant un total de
111aricles qui prônent la protection et la libéralisation de la concurrence afin de stimuler
l’efficience économique et d’améliorer le bien-être des consommateurs.

Ceci étant, la nouvelle loi borne son champ d’application (Titre 1) primo sur toute personne
physique ou morale dont l’activité est susceptible d’influencer la concurrence sur le marché
marocain, secundo à toutes les activités économiques « de production, de distribution et de
services, y compris celles qui sont le fait de personnes morales de droit public » et enfin aux
accords à l’exportation si leur application a une incidence sur le marché marocain.

Concernant ses finalités le législateur marocain laisse entrapercevoir très clairement ses
ambitions via le préambule de ladite loi qui a donc pour vocation capitale de définir les
dispositions régissant la liberté des prix et d’organiser la libre concurrence. Le législateur
convoite par là même occasion de définir les règles de protection de la concurrence afin
d’assurer la transparence et la loyauté dans les relations...

L’analyse de cette loi fait ressortir qu’elle est fondée autour des dispositions qui, d’une part
prévoient une liberté à la fixation des prix et le libre accès au marché et d’autres conférant aux
autorités administratives et gouvernementales à réguler cette liberté de peur de voir les
opérateurs économiques en abuser, et d’une autre part, elle détermine avec exactitude les
pratiques anticoncurrentielles(Titre VI), définit l’opération de concentration économique(Titre
IV) et expose minutieusement les principes instaurant la transparence et la probité des
transactions entre les opérateurs économiques.

A cet effet, la lecture analytique qui est d’ailleurs l’objet de ce cours nous permettra de
montrer comment cette loi garantit aux opérateurs sur le marché intérieur marocain la liberté
de fixation des prix et d’entreprendre ainsi que son encadrement (Ière Partie) et enfin de
présenter les normes et réglementation des pratiques des agents économiques à savoir les
opérations de concentration ainsi que d’autres opérations restrictives de concurrence (IIème
Partie).
Ière partie : LIBERTE DES PRIX ET LIBERTE D’ENTREPRENDRE :
entre liberté et encadrement administratif

La liberté du commerce et de l’industrie suppose la liberté de la concurrence, c’est-à-dire


la libre compétition entre les agents économiques, qui offrent des produit ou services
identique, ou similaires, susceptibles de satisfaire une même clientèle, La liberté totale de la
concurrence est susceptible d’engendrer la création de monopoles, lorsque l’un des
compétiteurs aura éliminé tous les autres sur le marché considéré, ce qui aboutit à une
situation dans laquelle toute concurrence a disparu. C’est dans cette optique que la loi 104-12
sur la liberté des prix et de la concurrence a instauré le principe de la liberté des prix et le libre
accès au marché (Chapitre 1). C'est-à-dire que la grande majorité des prix des biens, des
produits et des services sont librement déterminés par les professionnels. Toutefois, il y a une
exception à cette règle qui permet à l’Etat d’encadrer ce principe et qui consiste à réglementer
le prix de certains biens, produits et services dont la détermination du prix s’est avéré une
nécessité et ne peut être laissé au jeu de la concurrence. De ce fait pour concrétiser son
importance, la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence a prévus des
sanctions à tout professionnel qui oserait violait la loi.

CHAPITRE 1 : PRINCIPE DU LIBRE JEU DE LA CONCURRENCE

Dans le système marocain, la concurrence au niveau des marchés est encouragée et


constitue le mode de fonctionnement par excellence des marchés. De ce fait le principe de la
liberté des prix (section1) est laissé au libre jeu de la concurrence et qui à côté du caractère du
libre accès au marché (section 2) constituent l’un des piliers assurant l’équilibre économique
d’un marché donné.
Section 1 : liberté des prix

Pour réglementer la concurrence le législateur s'est agit sur les prix du fait que ceux-ci ont
un pouvoir éminent dans la manipulation de l'offre et de la demande et donc agissent
directement sur la concurrence. En effet certaines pratiques frauduleuses et divers actes
incriminés ont été initiés par des professionnels malveillants en agissant uniquement sur les
prix. Ainsi c'est dans cette perspective que le législateur a forgé le principe de la liberté des
prix. De son intitulé ce principe insiste sur le fait que les prix sont le fruit de la libre
confrontation entre l'offre et la demande, toutefois pour protéger les intérêts des
consommateurs sans léser ceux des professionnels plusieurs limitations ont été portées à ce
principe.2

Le principe de la liberté des prix a été vivement souligné par la loi 104-12, relative à la liberté
de la concurrence dont l'article 2 dispose que : «Sauf dans les cas ou la loi en dispose
autrement, les prix des biens, des produits et des services sont déterminés par le jeu de la
libre concurrence sous réserve des dispositions du deuxième alinéa ci-dessous et des
articles 3, 4 ci-après ». D’après cet article on peut déduire que la liberté des prix devient la
règle, L’encadrement administratif devient l’exception. Ainsi c’est le jeu de la concurrence
entre les professionnels économiques qui détermine le prix du bien ou du service. A noter que
le domaine d’application de cette loi concerne tout le territoire national à toutes les activités
de production, de distribution et de services, qu’elles soient le fait de personnes physiques ou
morales de droit privé ou de droit public, autrement dit il s’applique à :
1- toutes les personnes physiques ou morales qu'elles aient ou non leur siège ou des
établissements au Maroc, dès lors que leurs opérations ou comportements ont un effet sur la
concurrence sur le marché marocain ou une partie substantielle de celui-ci ;
2 - à toutes les activités de production, de distribution et de services ;
3 - aux personnes publiques dans la mesure où elles interviennent dans les activités citées au
paragraphe 2 ci-dessus comme opérateurs économiques et non dans l'exercice de prérogatives
de puissance publique ou de missions de service public ;

2
Mémoire intitulé « Le principe de la liberté des prix »,Travail réalisé par: Zoubir Faical , Kamal Lakhrif.Master
économie et gestion des organisations, Faculté des sciences juridiques économiques et sociales
d'Agadir
4 - aux accords à l'exportation dans la mesure où leur application a une incidence sur la
concurrence sur le marché intérieur marocain.3

En outre, le principe de la liberté des prix a vu ses prémisses dans la loi de 1971, il s'est
épanouie avec l'apparition de la loi 06-99 du 5 juin 2000 et enfin avec la nouvelle réforme en
juin 2014,on a eu l’adoption de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence
qui a pour finalité principale d’organiser la libre concurrence représentant le meilleur
processus de régulation de l’économie de marché et le meilleur moyen de mise à niveau de
l’économie marocaine, de réguler la dominance économique et le pouvoir de marché. Et c’est
cette optique que le principe de la liberté des prix stipule que les prix sont le résultat de la
rencontre entre l'offre et la demande et qui insiste sur le fait que les agents économiques sont
libres dans la fixation des prix, vise à préserver les intérêts des « sujets passifs du marché » en
l'occurrence les consommateurs et aspire à réglementer et améliorer les relations
professionnelles entre commerçants. Ainsi, l’Etat n’a plus le droit d’intervenir sur les prix,
sauf dans des situations exceptionnelles expressément limitées par la loi 4.De même, dans les
secteurs ou les zones géographiques où la concurrence par les prix est limitée soit en raison de
monopole (ex : électricité, eau potable…), soit en raison de dispositions législatives ou
réglementaires, les prix peuvent être fixés par l’administration après consultation du conseil
de la concurrence. (Article 3).

Dans le même ordre d’idée, en cas des hausses ou des baisses excessives des prix résultant
d’une situation exceptionnelle : soit une situation de crise, soit une calamité publique, soit une
situation anormale du marché dans un secteur déterminé, l’administration peut prendre des
mesures temporaires après consultation du conseil de la concurrence.(article 4).Si
l’intervention de l’Etat sur les prix reste possible, les conditions pour la fixation des prix et
l’avis du conseil de la concurrence, offrent des garanties aux opérateurs contre tout retour
injustifié à la réglementation des prix.

Par ailleurs, à la demande des organisations professionnelles représentant un secteur d'activité


ou sur l'initiative de l'administration, les prix des produits et services dont le prix peut être
réglementé conformément aux articles 3 et 4 peuvent faire l'objet d'une homologation par
l'administration après concertation avec lesdites organisations. Donc, le prix du bien, produit

3
Article premier de la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence.
4
Article 3 et 4 de la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence
ou service concerné peut alors être fixé librement dans les limites prévues par l'accord
intervenu entre l'administration et les organisations intéressées.

Si l'administration constate une violation de l'accord conclu, elle fixe le prix du bien, produit
ou service concerné dans les conditions fixées par voie réglementaire5. On peut déduire alors
que malgré le principe de la liberté des prix qui est à la base des relations commerciales au
niveau du marché, l’Etat laisse aux représentants professionnels d’un domaine donné le choix
de demander la fixation de prix de certains produits et services. De ce fait, l’Etat après de
longues négociations avec ces organisations établit un accord ou la fixation de ces prix aura
lieu .Cependant, toute violation de cet accord donne lieu à la procédure de détermination du
prix par voie réglementaire.

Section 2 : libre accès au marché :

Paragraphe 1 : les pratiques anticoncurrentielles:

La praticabilité de la concurrence suppose l’existence d’un nombre de facteurs générateurs


d’un environnement propice compte tenu du caractère auto destructif de la concurrence pure
et parfaite. Ceci revient à dire, que dans un marché non régulé et où les limites de la
concurrence ne sont pas définies, les entreprises les plus puissantes finiront certainement par
évincer leurs autres concurrents et s’imposer comme unique opérateur sur le marché,
éliminant par cela toute concurrence à leur égard. Ce qui nuit non seulement aux opérateurs
les moins puissants sur le marché mais également aux consommateurs et à la qualité des
produits et services rendus.

Ainsi, en l’absence de tout contrôle, apparaissent puis se développent des pratiques aux
loyaux usages du commerce, si bien que le « gagnant » dans cette compétition n’est pas
toujours le meilleur, mais peut être le plus dénué de scrupules, IL est donc apparu nécessaire
de préserver la concurrence elle-même, contre les pratique déloyales des autres agents
économiques.
Au Maroc, la liberté du commerce est un principe constitutionnel énoncé par l’article 15 de la
constitution de 1996 et confirmé par l’article 35 de la constitution de 2011 qui garantie le

5
Article 5 de la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence.
droit de propriété et la liberté d’entreprendre tout en respectant certaines règles et des
formalités particulières à chaque commerce6.
La concurrence est donc légitime mais peut dans certaines mesures devenir un acte déloyale
par l’utilisation de moyens et d’outils contraire aux pratiques du commerce et de la bonne foi.
C’est pour cette raison que les autorités publiques sont astreintes à organiser la liberté de la
concurrence pour la protection de l’intérêt public en maintenant les règles de marché mais
aussi de commerçants entre eux. Ainsi, la loi
104-12 à travers son article 6 a interdit toutes actions concertés, conventions, ententes ou
coalitions qui ont pour finalité d’empêcher ou de fausser le jeu de la concurrence sur un
marché donnée, autrement dit toute action qui a pour but de :
1-limiter l'accès au marché ou le libre exercice de la concurrence par d'autres entreprises ;
2 - faire obstacle à la formation des prix par le libre jeu du marché en favorisant
artificiellement leur hausse ou leur baisse ;
3 - limiter ou contrôler la production, les débouchés, les investissements ou le progrès
technique ;
4 - répartir les marchés ou les sources d'approvisionnement7.

Ainsi, la nouvelle loi sur la concurrence interdit aussi toute exploitation abusive par une
entreprise ou un groupe d’entreprises d'une position dominante sur le marché intérieur ou une
partie substantielle de celui-ci ;
Ou bien d'une situation de dépendance économique dans laquelle se trouve un client ou un
fournisseur ne disposant d'aucune autre alternative.
Par ailleurs, l'abus peut consister en refus de vente, en ventes liées ou en conditions de vente
discriminatoires ainsi que dans la rupture de relations commerciales établies, au seul motif
que le partenaire refuse de se soumettre à des conditions commerciales injustifiées. Il peut
consister également à imposer directement ou indirectement un caractère minimal au prix de

6
« Le droit de propriété est garanti. La loi peut en limiter l’étendue et l’exercice si les exigences du
développement économique et social de la Nation le nécessitent. Il ne peut être procédé à l’expropriation que
dans les cas et les formes prévus par la loi. L’Etat garantit la liberté d’entreprendre et la libre concurrence. Il
Œuvre à la réalisation d’un développement humain et durable, à même de permettre la consolidation de la justice
sociale et la préservation des ressources naturelles nationales et des droits des générations futures. L’Etat veille
à garantir l’égalité des chances pour tous et une protection spécifique pour les catégories sociales
défavorisées. » Article 35 de la constitution de 2011.

7
Article 6 de la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence.
revente d'un produit ou d'un bien, au prix d'une prestation de service ou à une marge
commerciale8.
L'abus peut consister aussi en offres de prix ou pratiques de prix de vente aux consommateurs
abusivement bas par rapport aux coûts de production, de transformation et de
commercialisation, dès lors que ces offres ou pratiques ont pour objet ou peuvent avoir pour
effet d'éliminer un marché, ou d'empêcher d'accéder à un marché, une entreprise ou l'un de ses
produits.

Les couts de commercialisation comportent également et impérativement tous les frais


résultant des obligations légales et réglementaire liées à la sécurité des produits9.
Toutefois, Si les pratiques cités ci dessus peuvent être considérés comme prohibés dans un
intérêt économique protégeant tous les opérationnels qui y contribuent, certains pratiques que
L’article 9 a pris le soin de citer ne sont pas soumises aux dispositions des articles 6 et 7,
notamment:

1 –les pratiques qui résultent de l'application d'un texte législatif ou d'un texte réglementaire ;
2 – les pratiques dont les auteurs peuvent justifier qu'elles ont pour effet de contribuer au
progrès économique et que ses contributions sont suffisantes pour compenser les restrictions
de la concurrence et qu'elles réservent aux utilisateurs une partie équitable du profit qui en
résulte, sans donner aux entreprises intéressées la possibilité d'éliminer la concurrence pour
une partie substantielle des produits et services en cause. Ces pratiques ne doivent imposer
des restrictions à la concurrence que dans la mesure où elles sont indispensables pour
atteindre cet objectif de progrès.
Certaines catégories d'accords ou certains accords, notamment lorsqu'ils ont pour objet
d'améliorer la gestion des petites ou moyennes entreprises ou la commercialisation par les
agriculteurs de leurs produits, peuvent être reconnus comme satisfaisant aux conditions
prévues au paragraphe 2 du 1er alinéa ci-dessus par l'administration après avis du Conseil de la
concurrence.
Par ailleurs , les nouveautés apportées par la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la
concurrence par rapport à l’ancienne loi 06-99 et cela en matière des pratiques
anticoncurrentielles au niveau de l’article 9 qui rajoute au pratiques qui ne sont pas soumises à
l’article 6 et 7 les accords d’importances mineurs qui ne restreignent pas sensiblement le jeu

8
Article 7 de la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la consurrence.
9
Cela n’est pas applicable en cas de revente en l’état.
de la concurrence, en particuliers les accords entre petites ou moyennes entreprises.les critères
quantifiant ce qui ne constitue pas une restriction sensible de la concurrence seront fixés par
voie réglementaire.
Donc, Tout engagement ou convention se rapportant à une pratique interdite par la loi 104-12
est nul de plein droit.
Cette nullité peut être invoquée par les parties et par les tiers ; elle ne peut être opposée aux
tiers par les parties ; elle est éventuellement constatée par les tribunaux compétents à qui l'avis
du Conseil de la concurrence, s'il en est intervenu un, doit être communiqué.

Paragraphe 2: Mesures entreprises suites aux pratiques


anticoncurrentielles

Suite à la constatation d’une pratique anticoncurrentielle, le conseil de concurrence peut


ordonner aux intéressés de mettre terme à ces pratiques dans un délai déterminé ou imposer
des conditions particulières. En outre, des engagements ou propositions dans ce sens peuvent
être présenté par des entreprises ou des organismes dans le but de mettre fin à ces pratiques
qui sont susceptible de constituer des pratiques interdites par les articles 6,7 et 8 de la loi 104-
12 et qui peuvent être prise en considération. D’ailleurs, toute décision prise dans ce sens du
non respect de l’applications des articles précités sont publiées intégralement ou par extrait
dans un ou plusieurs journaux habilités à publier habilités à publier les annonces légales, ou
publications qu’il désigne, et affichées dans les lieux qu’elle indique au frais de la partie qui a
contrevenu aux dispositions des articles 6,7 et 8,ou aux frais du demandeur des mesures s’il
s’agit de mesures conservatoires.
Ainsi, le conseil peut prescrire l’insertion du texte intégral de la décision dans le rapport de
gestion établit par les gérants, le conseil d’administration ou le directoire sur les opérations de
l’exercice.
Dans la même vision de sauvegarder l’équilibre du marché, l’autorité gouvernemental,
d’après l’article 43, peut enjoindre aux personnes physiques ou morales de mettre terme aux
pratiques anticoncurrentielles dont elle sont les auteurs lorsque ces pratiques affectent un
marché de dimension locale et sous réserve que le chiffre d’affaires que chacune d’entres elles
a réalisé au Maroc lors du dernier exercice clos ne dépasse pas le montant fixé par voie
réglementaire et que leurs chiffres d’affaires cumulés ne dépassent pas le montant fixé par
voie réglementaire. Cette même autorité peut aussi, pour lutter contre ces pratiques, proposer
aux personnes concernées de transiger. Le montant de la transaction ne peut excéder 500 000
dirhams ou 5% du dernier chiffre d’affaires connu au Maroc si cette valeur est plus faible10.
Toute enquête11 réalisée dans le cadre des pratiques anticoncurrentielles peut donner lieu à
l’établissement de procès-verbaux et cas échéant de rapport d’enquête qui seront transmis à
l’autorité qui les a demandés.

De ce fait, la loi 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence a pris le soin de
déterminer la sanction de la personne physique qui frauduleusement ou en connaissance de
cause aura pris une part personnelle et déterminante dans la conception, l’organisation, la
mise en œuvre ou le contrôle de pratiques anticoncurrentielles, ainsi la sanction est de deux
(2) mois à un (1) an et une amende de dix milles(10 000) à cinq cent milles (500 000) dirhams
ou l’une de ces peines seulement. Le tribunal peut ordonner que sa décision soit publiée
intégralement ou par extraits dans les journaux qu’il désigne, aux frais du condamné.

CHAPITRE 2 : LA REGLEMENTATION DE LA LIBERTE DES PRIX

En contrepartie de la liberté des prix, de nombreuses obligations et interdictions pèsent sur


l'entreprise pour garantir le libre jeu de la concurrence. En effet, La nouvelle loi 104-12
relative à la liberté des prix et de la concurrence a repris presque les mêmes dispositions
régissant les biens, produits et services dont le prix et réglementé (Section 1), elle a prévu
tout un titre relative aux sanctions du non-respect de ces dispositions chose que l’ancienne loi
a négligée de faire (Section 2).

Section 1 : dispositions particulières relatives aux biens, produits et services


dont le prix est règlementé

La grande majorité des prix des biens, des produits et des services sont librement déterminés
par les professionnels. Ainsi, l’article 63 de la présente loi énonce que « les prix peuvent être
fixés soit en valeur absolue soit par application d’une marge bénéficiaire applicable à un
produit ou service au stade de la commercialisation, soit par tout autre moyen ».

10
Les modalités de la transaction sont fixées par voie réglementaire.
11
Enquêtes réalisées par des enquêteurs ou rapporteurs travaillant pour le compte du conseil de concurrence.
Toute fois, la présente loi marque des limites à la liberté des prix par rapport aux biens,
produits et services dont le prix est réglementé. Il s’agit d’interdire certains actes qui ont pour
conséquence de fausser le principe du libre jeu de la concurrence.

Paragraphe 1 : la déclaration de la détention de certaines marchandises ou


produit

Les entreprises sont obligée de déclarer la détention des marchandises ou produit dont les
prix sont réglementés en application de la présente loi, quelles que soient leur origine,
provenance et destination. Au cas où une entreprise les détient, elle est tenu de les déclarés à
l’administration compétente (Article 65).

En effet, l’article 66 interdit ce genre d’acte et le considère comme stockage clandestin de


marchandise. D’après cet article les marchandises considérées comme stocké
clandestinement sont les suivantes :

 La détention de stock de marchandises ou de produits qui n’ont pas été déclarés alors
qu’ils auraient dû l’être en application de l’article 64 ;
 La détention, le transport ou la vente de produits subventionnés dans des préfectures
ou des provinces autres que celle pour lesquelles ces produits sont destinés.

Paragraphe 2 : les majorations illicites des prix

Les professionnels sont interdits de majorer le prix de certaines marchandises, produits ou


services dont les prix sont réglementés. L’article 67 de la présente loi considère comme
majoration illicite de prix

-Les ventes, les offres de vente, propositions de vente, convention de vente faites ou
contractées à un prix supérieure au prix fixé ;

-Les achats, les offres d’achats, propositions d’achat, conventions d’achats faits
sciemment à un prix supérieur au prix fixé ;

-Le fait, lorsque plusieurs intermédiaires interviennent à un même stade du circuit, de se


répartir une marge supérieure à la marge limite autorisée pour ce stade. Dans ce cas, ces
intermédiaires sont solidairement responsables ;
-Le maintien au même prix des biens, produits ou services dont la qualité, le poids, la
dimension ou le volume utile a été diminué.

On remarque dans cet article aussi, la nouvelle loi a rajouté un 4ème cas de majoration illicite
de prix alors que l’article 60 de l’ancienne loi n’a prévu que 3 cas.

Section 2 : Sanctions du non-respect des prix réglementés

La loi 104-12 a consacré dans son 9ème titre les sanctions au non respect des dispositions
relatives aux biens, produits et services dont les prix sont réglementés.

A cet effet, des enquêteurs désignés par le conseil de la concurrence sont chargés de contrôler
la conformité des prix à la règlementation. L’article 68 les présente comme suite :

Pour l’application des dispositions de la présente loi, des fonctionnaires de l’administration


habilités spécialement à cet effet et les agents du corps des contrôleurs des prix peuvent
procéder aux enquêtes nécessaires.

Ils doivent être assermentés et porteurs d’une carte professionnelle délivrés par
l’administration, selon les modalités fixés par voie règlementaire.

Les fonctionnaires visés au présent article sont astreints au secret professionnel sous peine des
sanctions prévues à l’article 446 du code pénal.

Paragraphe 1 : l’enquête

En cas d’infraction les enquêteurs donnent lieu à l’établissement de procès-verbaux et le cas


échéant de rapport d’enquête. Ces derniers sont transmis au procureur du Roi compétent
(Article 69).

Les procès-verbaux énoncent la nature, la date et le lieu des constations ou des contrôles
effectués. Ils sont signés par le(s) enquêteur (s) et par la ou les personnes concernées par les
investigations. En cas de refus de celle (s)-ci de signer, mention en est faite au procès-verbal.
Un double est laissé aux parties intéressées. Ils font foi jusqu’à preuve du contraire.

Les procès-verbaux sont éventuellement accompagnés d’un ordre de blocage provisoire. Les
marchandises ou les produits bloqués peuvent être laissés à la garde du contrevenant s’il s’agit
de denrées périssables à condition d’en verser la valeur estimative fixée au procès-verbal ou
être transportée après inventaire et estimation en tout lieu désigné à cet effet (Article 70).
Les enquêteurs ont le droit d’accéder à tous les locaux, terrains ou moyens de transport à
usage professionnel, demander la communication des livres, des factures et tous autres
documents professionnels et en prendre copie. Cette enquête s’exerce également sur les
marchandises ou les produits transportés. Les entrepreneurs de transport sont tenus de
n’apporter aucun obstacle aux opérations des enquêteurs.

Les enquêteurs ne peuvent procéder à toutes ces opérations qu’après autorisation motivée du
procureur du roi dans le ressort duquel sont situés les lieux visiter (Article 72).

Paragraphe 2 : les sanctions

Aux termes de l’article 93, les infractions aux dispositions relatives aux biens, produits et
services dont les prix sont réglementés peuvent faire l’objet soit de transactions, soit de
sanctions administratives soit de sanctions judiciaires.

-Les transactions : seules l’autorité compétente a le droit de transiger. La décision de


transaction est prise après avis du chef du service extérieur de l’administration dont relève la
marchandise, le produit ou le service concerné.

La transaction passée sans réserve éteint l’action de l’administration. La transaction doit être
constatée par écrit en autant d’originaux qu’il y a des parties ayant intérêt distinct.

-Les sanctions administratives : Aux termes de l’article 96 Les sanctions administratives


sont prononcées par arrêté de l'autorité prévue à l'article 92 de la présente loi pris après avis
du chef du service extérieur de l'administration dont relève la marchandise, le produit ou le
service concerné.

Les sanctions administratives sont par ordre de gravité :

1- un avertissement par lettre recommandée avec accusé de réception;

2- le paiement d'une amende ne dépassant pas dix fois le montant du chiffre d'affaires
hebdomadaire moyen du contrevenant calculé sur la base du dernier exercice clos, sans qu'elle
puisse excéder trois cent mille (300.000) dirhams avec un seuil minimum de cinq mille
(5.000) dirhams. Toutefois en cas d'infraction aux textes pris pour l'application de l'article 65
de la présente loi, l'amende est de mille (1.000) à cinq mille (5.000) dirhams. En cas de
stockage clandestin, les sanctions prévues au paragraphe 2 du premier alinéa ci-dessus
peuvent, en outre, être accompagnées de la confiscation de tout ou partie du stock (Article
97).

 Les sanctions pénales : les sanctions pénales prévues par la présente


loi à l’encontre des professionnels qui ne respectent pas les dispositions en
vigueur sont les suivantes :

-Sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000) dirhams. En cas
de récidive dans un délai de cinq (5) ans, le montant de l'amende est porté au double (article
78).

-Sont punies d'une amende de cent mille (100.000) à cinq cent mille (500.000) dirhams et d'un
emprisonnement de deux (2) mois à deux (2) ans les infractions aux dispositions des articles
62 et 66 de la présente loi. La confiscation des marchandises objets de l'infraction et celle des
moyens de transport peut également être prononcée (Article 79).

-En cas de condamnation pour stockage clandestin, le tribunal peut prononcer à titre
temporaire et pour une durée qui ne peut être supérieure à trois (3) mois la fermeture des
magasins ou bureaux du condamné (article 81).

IIème Partie : NORMES ET REGLEMENTATION DES PRATIQUES


DES AGENTS ECONOMIQUES
La loi qui réglemente la concurrence au Maroc, a pour but essentiel de maintenir la
concurrence dans de justes limites, de veiller à ce que celle-ci s’exerce de façon loyale et
raisonnable. En fait, la concurrence est vu comme une donnée acquise et se préoccupe
spécialement d’en limiter les excès.

Cependant, Le Maroc a mis en place un arsenal juridique instaurant un ensemble de


règlementation qui vise à assurer la protection des entreprises mais aussi à limiter un certain
nombre de comportements jugés qui fausse le jeu de la concurrence.

Ainsi, cette 2eme partie est subdivisée en deux chapitres ; le premier est consacré sur les
opérations de concentration (chapitre1), tandis que le deuxième traitera les pratiques
restrictives de la concurrence (chapitre 2)
CHAPITRE 1: LES OPERATIONS DE CONCENTRATION
ECONOMIQUE

Visées également par la loi dans le but de veiller aux intérêts des entreprises, la loi 104-12
a prévu pour les opérations de concentration, de nouvelles dispositions. En effet, ces
dispositions concernent, d’une part, les critères de détermination d’une opération de
concentration (section1), et d’autre part, le renforcement des pouvoirs de contrôle des dite-
opérations relevant de la compétence du conseil de la concurrence (section2).

Section1 : Conditions générales

Dorénavant, la nouvelle loi a instauré un certain nombre d’exigences pour pouvoir justement
parler d’une opération de concentration. Pour cela, la dite loi a bien précisé dans son article
12, les cas où une opération de concentration peut être réalisée.

Toutefois, la loi prévoit l’obligation de notification de toute opération au conseil de la


concurrence, avant qu’elle se réalise.

Paragraphe 1 : la réalisation des opérations de concentration

L’article 11 de la nouvelle loi a précisé qu’une opération de concentration est définit dans
trois cas :

- Premièrement, quand deux ou plusieurs entreprises qui sont antérieurement


indépendantes fusionnent ;
- Deuxièmement, lorsqu’une ou plusieurs personnes, détenant déjà le contrôle d’une
entreprise au moins, acquièrent, directement ou indirectement, que ce soit par prise de
participation au capital ou achat d’éléments d’actifs, contrat ou tout autres moyen, le
contrôle de l’ensemble ou d’une partie d’une autre entreprise ou de l’ensemble ou de
parties de plusieurs autres entreprises ;
- Et enfin, si une ou plusieurs entreprises acquièrent, directement ou indirectement, que
ce soit par prise de participation au capital ou achat d’éléments d’actifs, contrat ou
tout autre moyen, le contrôle de l’ensemble ou d’une partie d’aune autre entreprise ou
de l’ensemble ou de parties de plusieurs autres entreprises.
Par rapport à l’ancienne loi, on constate que ce nouveau texte a, désormais, définit en détail
les opérations de concentration qui concernées.

Paragraphe 2 : l’obligation de notification des opérations concernées

Toute opération de concentration doit être obligatoirement notifiée. Ainsi, l’art 12 de la


nouvelle loi a obligé toutes les entreprises qui sont concernées par une opération de
concentration, à notifier la dite opération, au conseil de la concurrence avant même sa
réalisation. Cependant, le même article 12 a prévu que l’application d’une telle obligation se
fait, une fois que l’une des conditions suivantes se réalise :

- si le chiffre d’affaires total mondial, hors taxe, de l’ensemble des entreprises ou


groupe de personnes physiques ou morales parties à la concentration, est supérieur au
montant fixé par voie réglementaire, soit supérieur ou égal à 750 millions de DH
d’après le décret du projet.

- Si le chiffre d’affaires total, hors taxe, réalisé au Maroc par deux au moins des
entreprises ou groupe de personnes physiques ou morales concernées est supérieur au
montant fixé par voie réglementaire, ici le seuil est fixé à 250 millions de DH.

- Si les entreprises qui sont parties à l’acte, ou qui en sont l’objet, ou qui lui sont
économiquement liées, ont réalisé ensemble, durant l’année civile précédente, plus de
40% des ventes, achats ou autres transaction sur un marché national de biens, produits
ou services de même nature ou substituable, ou sur une partie substantielle de celui-ci.

Toutefois, en vertu de l’article 13, cette obligation est incombée à toutes les entreprises
concernées par l’opération de concentration, qu’elles en soient parties ou objet, ainsi qu’aux
entreprises qui leur sont économiquement liées.

En outre, cette notification, doit être accompagnée d’un dossier qui comprend un certain
nombre d’éléments.

La notification complète fait l’objet d’un accusé de réception. C’est pour cela que dès que le
conseil de concurrence reçoit le dossier, il doit adresser un exemplaire à l’administration. Par
ailleurs, l’article 13 a précité que la réception de la notification d’une concentration par le
conseil de concurrence, doit faire l’objet d’un communiqué public par le conseil lui-même,
non seulement sur son site internet mais aussi dans un journal d’annonce légal. Ce
communiqué doit comporter certains éléments12, notamment :

- les noms des entreprises et des groupes auxquels ils appartiennent ;


- la nature de l’opération ;
- les secteurs économiques concernés ;
- le délai dans lequel les tiers intéressés sont invités à faire connaitre leur observation ;
- le résumé non confidentiel de l’opération fourni par les parties.
En outre, l’article 14 prévoit qu’une opération de concentration se réalise d’une manière
effective, qu’après l’accord du conseil de la concurrence.

Section II : Le conseil de concurrence « le conseil »

Paragraphe 1 : le rôle de conseil de la concurrence

Toute opération de concentration économique doit être notifiée par le conseil de la


concurrence par les entreprises et les parties concernées, avant sa réalisation.

La notification de l’opération de conseil de concurrence peut intervenir dès lors que la ou


les parties concernés sont en mesure de présenter un projet suffisamment abouti pour
permettre l’instruction du dossier ,et notamment lorsqu’elles ont conclu un accord de principe
signé d’une lettre d’intention ou dès l’annonce d’une offre publique.

D’un autre côté, la réception de la notification d’une opération fait l’objet d’un communiqué
publié par le conseil de concurrence, selon les modalités fixées par voie règlementaire. et le
conseil adresse un exemplaire à l’administration , la réalisation effective d’une opération de
concentration ne peut intervenir qu’après l’accord du conseil de la concurrence , ou dans un
délai de 20 jours à compter de la date à laquelle elle a reçu la décision du conseil de la
concurrence ou a été informé é en application de l’article 15 ,l’administration peut
demander au conseil de la concurrence un examen approfondi de l’opération dans les
conditions prévues dans les articles (16) et (17).

12
http://www.lopinion.ma/
Dans un délais de (30) jours à compter de la date à laquelle a reçu la décision du conseil de
la concurrence ou a été informé en application de l’art (17), l’administration peut évoquer
l’affaire et statuer sur l’opération en cause pour les motifs d’intérêt général autres que le
maintien de la concurrence , et le cas échéant compensant l’atteint portée à cette dernière par
l’opération.

Les motifs d’intérêt général , autres que le maintien de la concurrence , pouvant conduire
l’administration à évoquer l’affaire , sont notamment , le développement industriel , la
compétitivité des entreprises en cause au regard de la concurrence internationale ou la
création ou le maintien de l’emploi .dans ce cas, l’administration évoque une décision du
conseil de la concurrence , elle prend une décision motivée statuant sur l’opération en
cause après avoir entendu les observations des parties à l’opération de concentration . Cette
décision peut éventuellement être conditionnée à la mise en œuvre effective d’engagement
transmise au conseil de la concurrence.

Si une opération de concentration a été réalisée sans être notifiée , le conseil de concurrence
enjoint sous astreinte , dans la limite prévue à l’article 40 de la présente loi , aux parties de
modifier l’opération à moins de revenir à l’état antérieur à la concentration .

La procédure prévue aux articles 15à 17 est alors applicable , en outre le conseil de
concurrence peut infliger aux personnes auxquels incombait la charge de la notification une
sanction pécuniaire .dont le montant maximum s’élevé pour les personnes morales à 5 pour
cent de leur chiffre d’affaires hors taxes réalisé au Maroc lors du dernier exercice clos,
augmenté, le cas échéant , de celui qui a réalisé le Maroc durant la même période la partie
acquise et pour les personnes physiques , à cinq millions 5000 000 de DHS

Le conseil de la concurrence peut , en cas d’exploitation abusive d’une position dominante


ou d’un état de dépendance économique , enjoindre par décision motivée , à l’entreprise ou
au groupe d’entreprises en cause de modifier , de compléter ou de résilier dans un délais
déterminé , le cas échéant sous astreinte et dans la limite prévue à l’art 40 de la présente loi ,
tous accords et tous actes par lequel s’est réalisés la concentration de la puissance
économique qui a permis les abus même si ces actes ont fait l’objet de la procédure prévue
au présent titre .

Lorsqu’il interrogent les tiers au sujet de l’opération de ses effets et des engagements
proposées par les parties , et rendent publique leur décision dans les conditions fixes par
voie réglementaire, le conseil de concurrence et l’administration tiennent compte de
l’intérêt légitime des parties qui procèdent à la notification ou des personnes physiques ou
morales cites à ce que leurs secrets d’affaires ne soient pas divulgués, et les dispositions du
présent titre ne sont applicables qu’aux actes passées ou conclus postérieurement à la date
d’entrée en vigueur de la présente loi.

La Loi 20-13 relatives au conseil de la concurrence et 104-12 relative à la liberté des prix et
de la concurrence ont considérablement renforcé les pouvoirs du conseil de concurrence. Il
disposedésormais d’un droit de rapport d’auto-saisine, de pouvoir d’uneenquête et de
sanctions contre les entreprises et les administrations qui feignent les règles de la
concurrence.

Donc, le conseil de la concurrence selon la constitution conformément à l’article


166est « une institution indépendante chargée d’assurer la transparence et l’équité dans les
relations économiques…... »

Notamment à travers l'analyse et la régulation de la concurrence sur les marchés, le contrôle


des pratiques anticoncurrentielles, des pratiques commerciales déloyales et des opérations de
concentration économique et de monopole». Il est dénommé le « conseil » selon la présente
loi.

Paragraphe 2 : Les attributions du conseil


Appelé à donner son avis sur les demandes de consultation , et publier des études sur le climat
général de la concurrence sur les plans sectoriel et national, ce conseil peut sur proposition
de son rapporteur général se saisir d’office de toutes les pratiques susceptible d’affecter le
libre jeu de la concurrence , il peut donner un avis sur toutes question concernant la
concurrence , cet avis est publié au « bulletin officiel » pour être accessible au public, il peut
généralement recommander à l’administration de mettre en œuvre les mesures nécessaires à
l’amélioration du fonctionnement des marchés.

Ce conseil peut être consulté par des commissions permanentes du parlement sur propositions
de loi, ainsi que sur toute question concernant la concurrence conformément aux règlements
intérieurs des chambres du parlement.
Le conseil est doté d’un pouvoir décisionnel pour lutter contre les pratiques
anticoncurrentielles et de contrôler les opérations de concentration économique qui sont
définies aux articles 6, 7, 8 et 11 de la loi n° 104-12 relative à la liberté des prix et de la
concurrence. (Publiée au même B.O que la loi n°20-13)

Une entreprise qui s’estime victime de l’une des pratiques mentionnées aux articles 6, 7 et 8
de la loi n°104-12, peut saisir le conseil de la concurrence. Il peut également être saisi par
l'administration de :

- Toutes les pratiques mentionnées aux articles 6, 7 et 8 de la loi n°104-12;

- Des faits susceptibles de constituer une pratique anticoncurrentielle;

- Des manquements aux engagements pris en application de l'article 18 de ladite loi;

Pour l'application des articles 6, 7 et 8 de la loi n°104-12, le conseil peut, sur proposition du
rapporteur général, se saisir d'office de toutes les pratiques susceptibles d'affecter le libre jeu
de la concurrence.

Le conseil peut être consulté également par :

Les commissions permanentes du Parlement, Selon l’article 5 de la loi 20-13, le conseil peut
être consulté par les commissions permanentes du Parlement sur les propositions de loi ainsi
que sur toute question concernant la concurrence.

Le conseil peut donner son avis sur toute question relative à la concurrence à la demande du
gouvernement.

Notons que le conseil doit être obligatoirement consulté par le gouvernement sur tout projet
de texte législatif ou réglementaire instituant un régime nouveau ou modifiant un régime en
vigueur ayant directement pour effet :

1- de soumettre l'exercice d'une profession ou l'accès à un marché à des restrictions


quantitatives ;
2- d'établir des monopoles ou d'autres droits exclusifs ou spéciaux sur le territoire du Maroc
ou dans une partie substantielle de celui-ci ;

3- d'imposer des pratiques uniformes en matière de prix ou de conditions de vente ;

4- d'octroyer des aides de l'État ou des collectivités territoriales.

Le conseil recueille l'avis des instances de régulation sectorielle concernées sur les questions
de concurrence relatives aux secteurs d'activité dont elles ont la charge, dans un délai qu'il
fixe, sans que ce délai soit inférieur à trente (30) jours. Le conseil peut, le cas échéant, faire
appel à leurs compétences et expertises pour les besoins de l'enquête ou de l'instruction.
Les associations de consommateurs reconnues d'utilité publique, dans la limite des intérêts
dont ils ont la charge.

selon l’article 6, le conseil peut être consulté par les juridictions sur les pratiques
anticoncurrentielles définies aux articles 6, 7 et 8 de la loi n°104-12, toutefois, il ne peut
donner un avis qu'après une procédure contradictoire; mais, si le conseil dispose
d'informations déjà recueillies au cours d'une procédure antérieure, il peut émettre son avis
sans avoir à mettre en œuvre la procédure prévue par la loi n°20-13.

Selon l’article 22 de la loi, les dispositions des articles 14 à 23 de la loi n°06-99 sur la liberté
des prix et de la concurrence, promulguée par le dahir n°1.00.225 du 5 juin 2000, sont
abrogées.

Paragraphe 3 : La composition et l’organisation du conseil

Le conseil se compose du président, de quatre vice-présidents et de huit membres conseillers,


ce conseil comprend, outre, le président, les membres compétents suivants :

-deux(2) membres magistrat, vice-présidents

-quatre(4) membres choisis en raison de leurs compétences en matière économique ou de


concurrence dont un vice-président.
-deux(2) membres choisis en raison de leur compétence en matière juridique, dont un vice-
président.

-trois(3) membres exerçant ou ayant exercé leurs activités dans les secteurs de production, de
distribution ou de services.

-un membre choisi en raison de sa compétence en matière de protection du consommateur.

Le président est nommé par dahir, pour une durée de cinq ans (5) renouvelable une seule
fois, par décret sur proposition :

-du conseil supérieur du pouvoir judiciaire, en ce qui concerne les 2 membres magistrats

-de l’autorité gouvernementale compétente en ce qui concerne les autres membres.

Donc les membres du « conseil » non assermentés prêtent serment devant la cour d’appel de
rabat, et les indemnités des membres du conseil sont fixées par voies règlementaires.

Chapitre II: LES PRATIQUES RESTRICTIVES DE CONCURRENCE

Les pratiques restrictives de concurrence comme indique leur nom forment un groupe
disparate de comportements commerciaux qui sont interdits par la loi afin d’assurer l’égalité
entre les concurrents et cela pour le bien être des consommateurs. La règlementation de ces
comportements permet à tout cocontractant de remettre en cause toute clause contractuelle
allant dans le sens d’entraver la liberté dans les relations commerciales entre professionnels,
tout en ayant une base légale. Les pratiques restrictives sont sanctionnées quelle que soit
l’issue.

Le droit marocain de la concurrence à l’instar de ces homologues européens vise à atteindre la


concurrence pure et parfaite entre les professionnels en leur garantissant l’égalité des chances
dans le marché. La loi 104-12 s’inscrit dans cette logique.

En faisant la lecture de cette loi notamment à son titre VI la première constatation frappante
par rapport à l’ancienne loi est d’ordre de la forme, le législateur a supprimé le chapitre
traitant des pratiques restrictives de concurrence dans les rapports entre professionnels et
consommateurs parce que ces dispositions se retrouvent traitées par la loi 31-08 sur la
protection des consommateurs.
Il nous a paru nécessaire de la lecture de cette loi de diviser notre travail en deux parties ; la
première traitera des pratiques interdites entre professionnels (Section 1) et la seconde
s’accentuera sur la transparence du marché (Section 2).

Section 1 : Des pratiques interdites entre professionnels

Comme indiqué plus haut le législateur a retiré les pratiques restrictives entre professionnels
et consommateurs. Dans le cadre de ces pratiques le législateur

Paragraphe 1 : Interdiction de la Revente à Prix Minimum

Dans le cadre de la revente à prix minimum, le fournisseur impose à son acheteur dans le
contrat un prix minimum auquel il est tenu de revendre les produits. Le fournisseur sur le plan
pratique vise à travers ce procédé à contrôler les prix au détail de ses propres produits. Il vise
ainsi un double objectif : s’assurer une marge de profit et donner à ses produits l’image d’un
produit de luxe.

L’usage de ce procédé est prohibé par la loi 104-12 dans son article 60 en ces termes : « Est
interdit le fait par toute personne d’imposer, directement ou indirectement, un caractère
minimal au prix de revente d’un produit ou d’un bien au prix d’une prestation de service ou à
une marge commerciale »

La portée de l’interdiction de cette pratique est générale c’est-à-dire qu’elle n’exclut personne
(personne physique ou morale, commerçante ou non). La visée du législateur à travers cette
interdiction de cette pratique appelée ‘’péché majeur’’ en droit de la concurrence est de
garantir le libre jeu concurrentiel qui ne peut se concevoir sans la libre détermination des prix
par l’ensemble des agents économiques qui constitue une entrave à leur liberté commerciale.

Notons que la loi n’interdit ici que le prix de revente minimum, il n’interdit guère de fixer un
prix maximum en dessous duquel le revendeur pourra fixer son prix effectif. Cela peut se
prêter à débat et paraître contre-sens certes, cependant il faut garder à l’esprit que le
législateur vise avant un certain équilibre des relations sans pour autant les étouffer.

D’autres questions subsistent toujours qui sont celles de savoir si cet article interdit également
le prix simplement conseillé ou recommandé. Attendu qu’il s’agisse d’un texte à caractère
pénal dans sa répréhension l’interprétation restrictive s’impose à nous. Ce qui signifie que ces
pratiques ne sont pas interdites pourvues qu’elles ne soient pas la résultante d’une pratique
interdite notamment l’entente ou l’abus de position dominante.

La mise en œuvre de cet article se manifeste par les peines pénales prévues à l’article 78 de
ladite loi « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la présente loi, à
celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur application sont
punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000) dirhams. » Ce qui
nous ramène au débat sur la pénalisation ou pas du droit des affaires dont la réponse est
dépendante de la position adoptée.

Paragraphe 2 : Interdictions des pratiques discriminatoires :

L’article 61 prévoit « Il est interdit à tout producteur, importateur, grossiste ou prestataire des
services : 1- de pratiquer, à l'égard d'un partenaire économique ou d'obtenir de lui des prix,
des délais de paiement, des conditions de vente ou des modalités de vente ou d'achat
discriminatoires et non justifiés par des contreparties réelles en créant de ce fait, pour ce
partenaire, un désavantage ou un avantage dans la concurrence ;2-de refuser de satisfaire aux
demandes des acheteurs de biens ou de produits ou aux demandes de prestations de services,
pour une activité professionnelle, lorsque ces demandes ne présentent aucun caractère
anormal et qu'elles sont faites de bonne foi ; 3- de subordonner la vente d'un bien ou d'un
produit ou la prestation d'un service pour une activité professionnelle, soit à l'achat
concomitant d'autres biens ou produits, soit à l'achat d'une quantité imposée, soit à la
prestation d'un autre service »

Le législateur à travers cet article vise à prohiber tout déséquilibre qui risquerait d’entacher
les relations commerciales en favorisant les uns au détriment des autres, situation qui est
contraire au principe de l’égalité des chances.

Il ressort de cet article que pour être qualifiée discrimination interdite la pratique doit réunir
quatre éléments constitutifs13 :

- Un rapport entre professionnels, l’article est clair à ce sujet il a mis d’une part
producteur, importateur, grossiste ou prestataire de services commerçant et un
partenaire économique d’autre part (distributeur, détaillant,…). Si cela est réalisé par
un non commerçant ça n’entre pas dans le champ d’application de cet article. Il est

13
Guide pratique du droit de la concurrence de Nour-Eddine TOUJGANI
interdit par la même occasion ou fournisseur de pratiquer cette discrimination qu’à
l’opérateur économique d’en obtenir le bénéfice ;
- Une discrimination, c’est-à-dire une différence de traitement entre deux personnes.
Sur le plan pratique la discrimination peut concerner n’importe quel élément du
contrat. Elle peut d’ailleurs affecter une vente comme une prestation de service. En
pratique la discrimination affecte souvent les rabais et les avantages gratuits consentis
par le fournisseur, ainsi que des services dus par l’acheteur et facturés en dessous du
prix réel. Cette situation nuirait à la transparence du marché.
- L’absence de justification par une contrepartie réelle. Un fait, même considérable,
n’est pas discriminatoire lorsqu’il correspond à une contrepartie objective, comme
l’importance des quantités achetées. En revanche la pratique dite de globalisation ou
de totalisation des commandes afin d’obtenir une remise, est jugée non justifiée. En
effet elle consiste à obtenir une remise à la faveur d’un simple regroupement de
commandes, émanant de clients indépendants et déjà liés au fournisseur.
- Un avantage ou un désavantage dans la concurrence. La loi reste nette à ce sujet la
discrimination ne doit procurer aux autres partenaires ni avantage ni désavantage dans
la concurrence.

Sanction Pénale : « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »

Paragraphe 3 : Interdiction de ravitaillement et mise en vente des fruits,


légumes, ou poissons en dehors du carreau des marchés ou des halles de
poissons

La loi 104-12 règlemente cette interdiction dans son article 61 alinéa 4 « Il est interdit à tout
producteur, importateur, grossiste ou prestataire de services :Dans les villes où existent des
marchés de gros et des halles aux poissons, à l'exclusion des halles situées sur le domaine
public maritime :

a) de ravitailler les grossistes, semi-grossistes ou détaillants en fruits, légumes ou poissons


destinés à la consommation immédiate et vendus en l'état et qui ne seraient pas passés par le
carreau de ces marchés et de ces halles ;
b) de détenir, de mettre à la vente ou de vendre des fruits, légumes ou poissons destinés à la
consommation immédiate et vendus en l'état et qui ne seraient pas passés par le carreau de ces
marchés et de ces halles. Sauf dispositions législatives contraires, exception est faite pour les
fruits, légumes ou poissons destinés à l'exportation ou à l'industrie.

A travers cette interdiction le législateur vise ici un double objectif ; le premier s’inscrit dans
une logique de l’organisation de la distribution assurant la centralisation de
l’approvisionnement et le second concerne les conditions matérielles de salubrité, d’hygiène
et de la qualité des produits détenus ou mis en vente.

Précisons également que l’application de cette interdiction est soumise à une double
condition14 :

- Les produits vendus ou détenus doivent être des fruits, des légumes, et des poissons,
ce qui implique que les autres produits alimentaires non mentionnés par le texte ne
sont pas concernés par l’interdiction.
- Les produits vendus ou détenus doivent être des produits destinés à la consommation
finale, ce qui implique que la vente ou la détention de ces produits est destinée à
approvisionnement de l’industrie alimentaire par exemple l’interdiction ne s’applique
pas.

A la décharge des professionnels l’inexistence des marchés et des halles publics dans les
villes et les zones rurales leur permet de retrouver leur liberté.

Sanction pénale : « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »

Paragraphe 4 : Interdiction du stockage clandestin

Le stockage des marchandises est un facteur de performance des entreprises en temps normal
et également une modalité de gestion de l’approvisionnement du marché en fonction des
besoins de la clientèle et des exigences des règles de la concurrence. Cependant en période de
crise ou dans des circonstances de spéculation abusive, le stockage des marchandises devient
un facteur de concurrence déloyale et de la non transparence du marché.

14
Guide pratique du droit de la concurrence de Nour-Eddine TOUJGANI
En s’inscrivant dans cette hypothèse que la loi 104-12 à travers son article 62 interdit le
stockage clandestin. Cette interdiction concerne :

- La détention par des commerçants, industriels, artisans ou agriculteurs de stocks de


marchandises ou de produits qui sont dissimulés par eux à des fins spéculatives et en
quelque local que ce soit ;
- La détention en vue de la vente d’un stock de marchandises ou de produits
quelconque par des personnes non inscrites au registre du commerce ou n’ayant pas la
qualité d’artisan aux termes ;
- La détention, en vue de la vente, par des personnes inscrites au registre du commerce
ou ayant la qualité d’artisan d’un stock de marchandises ou de produits étrangers à
l’objet de leur industrie ou commerce ou activité tel que cet objet résulte de leur
patente ou de leur inscription sur les listes électorales des chambres d’artisanat. La
détention en vue de la vente, par des producteurs agricoles d’un stock de marchandises
ou de produits étrangers à leur exploitation. La détention de stocks de marchandises ou
de produits qui n’ont pas été déclarés alors qu’ils auraient dû l’être en application de
l’article 65 de la même loi

Sanction pénale :« Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »

Nous avons vu de façon très détaillée les pratiques que le législateur a jugées restrictive du jeu
concurrentiel et paralysant de l’égalité des chances. C’est bien beau toute cette littérature
juridique reste à espérer que cela soit appliqué sur le plan de la pratique. A présent examinons
les dispositions prévues dans le cadre de la transparence du marché (seconde section).

Section 2 : De la transparence du marché

La transparence du marché est l’une des vertus que le législateur a voulu intégrer dans le jeu
de la concurrence pour que celle-ci soit loyale et parfaite. Cette transparence passe forcément
par l’information des acteurs et agents économiques.
Paragraphe 1 : Obligation de délivrer une Facture

L’article 58 de la loi 104-12 évoque le principe dès ses premières formulations. Tout achat de
biens ou produits ou toute prestation de service entre professionnels doit faire l’objet d’une
facturation. Cette obligation ne s’impose à toutes les opérations effectuées par les
professionnels qu’elles concernent un commerçant ou un non commerçant. Par contre celle-ci
ne s’applique pas au particulier qui traite avec un professionnel.

L’obligation concerne les deux parties en jeu : le vendeur ou le prestataire de service doit
délivrer la facture ; l’acheteur ou le bénéficiaire du service doit la réclamer. La facture doit
être rédigée en double exemplaire prénuméroté et tiré d’une série continue ou éditée par un
système informatique selon une série continue.

L’article précise les mentions qui doivent figurées sur la facture, qui sont entre autres :

- Le nom, la dénomination ou raison sociale des parties ainsi que leur adresse ;
- La date de la vente du produit ou de la prestation de service et, le cas échéant, la date
de livraison ;
- Les quantités et la dénomination précise des produits ou services ;
- Les prix unitaires hors taxes ou toutes comprises des biens ou produits vendus et des
services rendus ; le cas échéant, les réductions accordées et leur montant chiffrable
lors de la vente ou de la prestation de service, quelle que soit leur date de règlement ;
- Le montant total toutes taxes comprises ;
- Les modalités de paiement

D’autres mentions si toutefois les textes règlementant cette activité l’exigent doivent être
insérées telles que, les numéros d’immatriculation au registre du commerce, montant du
capital social, numéro d’identification fiscale, numéro d’article à l’impôt des patentes.

Précisons que les parties sont tenues de conserver leur exemplaire de facture pendant une
durée de 5 ans à compter de la date de leur établissement.

Sanction pénale : « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »
Paragraphe 2 : Obligation de communiquer les barèmes :

Il y a lieu de se demander qu’est-ce qui justifie une telle mesure, la réponse à cette inquiétude
nous ramène directement aux dispositions relatives aux pratiques discriminatoires que le
législateur prohibe pour le bien du marché.

L’article 59 impose à tout producteur, prestataire de services, importateur ou grossiste


l’obligation de communiquer à tout acheteur de produit ou de service ou demandeur de
prestation de service pour une activité professionnelle qui en fait la demande, son barème de
prix.

La formulation ainsi faite de cet article pourrait laisser paraitre que l’obligation ne pèse qui si
l’autre partie fait la demande. Après lecture nous avons pu comprendre que celle s’impose
même en l’absence de toute demande parce que cela puisse permettre aux commerçants du
secteur traditionnel, de vérifier si leurs fournisseurs ne leur imposent pas des prix
désavantageux par rapport à ceux pratiqués à l’égard des entreprises de grande distribution.

Sanction pénale : « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »

Paragraphe 3 : Obligation de communiquer les conditions de vente

Le législateur a du premier article de cette loi jusqu’au dernier mis l’accent sur la nécessité de
la transparence dans les relations commerciales afin de garantir une concurrence loyale et
quasi-parfaite puisque comme le dit l’adage « la perfection n’est pas de ce monde ».

Les conditions générales visées doivent comprendre les modalités de règlement que le
fournisseur de produit ou le prestataire de services propose à ses clients tels que le délai de
paiement, les garanties de paiement, le montant de l’escompte en cas de paiement anticipé. Ils
doivent comprendre le cas échéant les rabais et ristournes, c’est-à-dire les réductions des
immédiates ou différés.

L’exécution de l’obligation de communication des conditions générales de vente n’est pas


soumise à une forme particulière. Elle peut être accomplie par tout moyen conforme aux
usages de la profession. On peut dès lors accepter des fiches anonymes, des catalogues, des
prospectus et des supports audiovisuels… et tout autre moyen ayant une valeur informative
certain.

Sanction pénale : « Les infractions aux dispositions du chapitre premier du titre VI de la


présente loi, à celles des articles 65 et 67 de la présente loi et aux textes pris pour leur
application sont punies d'une amende de cinq mille (5.000) à trois cent mille (300.000)
dirhams. »
Conclusion

Il était grand temps que l’économie marocaine s’engage dans la voie du libéralisme et de
l’économie de marché par une intensification de ses efforts pour moderniser ses
infrastructures matérielles, techniques, sectorielles et surtout juridiques. L’adoption de loi
104-12 en est un exemple éloquent.

Cette volonté du Maroc de se doter d’un cadre plus ou moins cohérent consacrant la liberté
d’accès aux marchés et la levée des barrières et restrictions, fondement de base de la libre
concurrence s’est manifesté par la signature de plusieurs accords commerciaux afin
d’instaurer des zones de libre-échange avec l’Union Européenne, les Etats Unis, l’AELE, la
Turquie la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie, les Emirats Arabes Unis…

Il a donc été remarqué à travers la lecture de cette loi qu’elle a contribuée à l’assainissement
du marché marocain en assurant un climat de transparence et la loyauté dans les relations
entre les différents opérateurs. Elle a pour objet principal de définir les dispositions régissant
la liberté des prix et d’organiser la libre concurrence. Bref, c’est une loi d’ordre général15 qui
s’applique à tous les secteurs économiques qui et qui couvre les différents aspects suivants:

- la liberté des prix et de la liberté d’accès aux marchés.

-les pratiques anticoncurrentielles ayant pour effet de restreindre ou de fausser la concurrence,


c’est à dire des comportements des opérateurs économiques.

-les concentrations, c’est à dire des structures et de leur évolution.

-les exceptions et des dérogations selon la règle de raison (progrès économique, spécificités,
situations exceptionnelles)

-la création d’un conseil de la concurrence conçu comme un organe consultatif chargé de
veiller à l’instauration de la politique de la concurrence au Maroc.

- la transparence entre professionnels, de la protection économique du consommateur et de


l’interdiction des pratiques restrictives à la concurrence.

15
Exposé sur la loi sur La Liberté Des Prix Et De La Concurrence, Commentaires de M. Hassan Dabzat,
chargé de mission auprès du Premier Ministre
-les procédures en matière d’enquête qui se soucient de la sécurité juridique des opérateurs
(concertation, communication, respect des droits de la défense, voies de recours) de rapidité et
d’efficacité (délais) des sanctions, etc.

Il faut noter également que ladite loi présente un chevauchement avec d’autres dispositions
juridiques voisines : la loi 31.08 édictant les règles de protection du consommateur surtout en
ce qui concerne les pratiques interdites aux professionnels.

Cependant, elle enregistre quelques imperfections notamment en ce qui concerne le Conseil


de la concurrence qui brille par son inadaptation au contexte marocain.