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G eorges V1TOUX

L e s Coulisses
de l ’j lu delà
« Nous marchons tous au milieu de
secrets, entourés de mystères. Nous ne
savons pas ce qui se passe dans l’atmos­
phère qui nous entoure, nous ne savons
pas quelles relations elle a avec notre
esprit. Mais il y a une chose certaine :
c’est que dans certaines cirçonstances,
notre âme, par certains organes, a plus
de pouvoir que les sens, et qu il lui est
donné de pressentir, et même, oui,
de voir réellement l’avenir le plus
rapproché. »
E ckermann .
(Conversations de Gœthe)

PARIS
CHAMUEL, ÉDITEUR
5, RUE DE SAVOIE, 5

I9 OI

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f
t
J

DU MfiME AUTEUR:

L ’Occultisme scientifique, brochure in-16, Chamuel,


éditeur, épuisé.
Les Limites de Vinconnu, brochure in-16, Chamuel,
éditeur, épuisé.
Les Rayons X et la photographie de l’invisible, un
volume in-18 j ésus, avec 30 figures et dessins et 18 planches
hors texte, Chamuel, éditeur..................................... 3 fr. 50
La photographie du mouvement, brochure in-8 avec
30 figures, Chamuel, éditeur..................................... 1 fr. »
L ’Agonie d’Israël, étude de sociologie biologique, un
volume in-18 jésus, nouvelle édition, Chamuel, éditeur.
.........................................................................................................3 fr.5 0
La levure de bière et la levurine enThérapeutique
brochure in-18, Chamuel, éditeur........................... 1 fr.))'*
Artillerie et météorologie,brochure in-18, Chamuel,
é d ite u r ........................................................................... 0 f r .7 5

Tous droits de reproduction et de traduction réservés


pour tous les pays , y compris la Suède et la
Norwège.

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AVANT-PROPOS

Une des particularités vraiment remarqua­


bles du temps où nous vivons, c’est le succès
remportédans le monde par tout ce qui a trait
au surnaturel.
Le m erveilleux, mis à la mode il y a quel­
ques années, en dépit du scepticisme ambiant,
continue de hanter quantité d’esprits, et si
bien que les clients du mystère deviennent cha­
que jour plus nombreux.
U n t f l état de choses ju stifie une publica­
tion comme celle que nous tentons aujour­
d’hui.
A yant eu occasion de suivre de fo rt près le
mouvement occultique au cours de ces douze
dernières années, nous avons pensé qu’il pour­
rait ne pas être tout à fa it sans intérêt
. d ’enregistrer certains « à côté » de ce mouve­
ment curieux.
L’histoire ne comporte pets que le récit des

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II AVANT-PROPOS

grandes choses. Les menus incidents delà vie


quotidienne en relèvent aussi? et leur étude,
fo rt souvent. est des plus précieuses pour qui­
conque désire se faire une idée fidèle et précise
de la mentalité d'une société.
Puissent à ce titre Les Coulisses de FAu-
Delà, qui doivent leur existence à une série
d'articles écrits au jo u r le jo u r9 ne pas para î­
tre trop indignes d'attention.
Paris, le 15 novembre 1900.
G. Y.

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PRÉFACE

La passion du merveilleux n’est jamais


morte au fond de l’âme humaine. Plus hy­
pocrite peut-être, elle n’est pas moins vive
chez lés civilisés que chez les barbares et
chez les races faisandées que chez les peuples
encore en enfance. ,
C’est à tort qu’on avait cru que le réalis­
me moderne, qui semble mettre sa coquette­
rie à ne tenir compte qu« de ce qui se tou­
che, se mesure et se pèse, finirait par la tuer.
Elle avait la vie trop dure, et la science
elle-même, sceptique ^pourtant par nature, et
qui, pour faire des miracles, n’a besoin de
personne, n’a pu en avoir raison. En vérité,
je vous le dis, au fur et à mesure que les
dieux s’en vont, les esprits reviennent.
Jamais le merveilleux n’a été à la mode
IV PRÉFACE

‘lutant qu'en cette fin de siècle incrédule et


frivole. Positivement, il bat son plein, au
point do défrayer toute une troublante litté­
rature, polyglotte et touffue, avec ses jour­
naux spéciaux. Il y a là un fait historique,
un fait humain, dont la science ne pouvait
se désintéresser davantage. Longtemps elle
s’était refusée à s’occuper de tous ces pro­
blèmes qualifiés surnaturels, héritage de la
Kabbale et de la sorcellerie des âges défunts,
autour desquels gravit, un peu à l’aveugle,
l’occultisme contemporain. Elle les réléguait
dédaigneusement au rang des jongleries et
des songe-creux.
Force lui a bien été pourtant de terni’
compte de ce facteur moral et social dont
l’importance va grossissant, au point d'être
pour un public considérable la grosse ques­
tion sinon même le capital souci du moment.
C’est tant mieux, au demeurant. Rien n’est
dangereux, en effet, comme de s’aventurer
au milieu de ce mystérieux dédale qui cons­
titue le domaine indéterminé du mei’veilleux,
sans le critérium solide, le bon fil d’Ariane
H b -.

' PRÉFACE V

et le lumineux flambeau que, seule,la science


positive peut fournir. On risquerait autre­
, ment do, s’égarer sans merci et de rouler
aux abîmes. Ce malheur est déjà arrivé à
plus d’un esprit, qu’on aurait cru plus clair­
voyant et mieux équilibré.
Où en sont exactement, à l’heure actuelle,
les rapports de la Science et du merveil­
leux, jusqu’où celle-là a7t-elle pu jeter sur
les sournoises fondrières de celui-ci le pont
de ses principes inébranlables ? Telle est,
pour le sage qui, sans nier à priori l ’incom­
préhensible, n’entend pas cependant s y jeter,
en fermant les yeux, à corps perdu, la pre­
mière question à résoudre.
Tel est précisément le but, supérieurement
opportun, que s’est proposé Georges Vitoux,
en écrivant le présent livre. Il a entrepris
là une bonne et utile besogne et il s’en est
acquitté avec sa compétence copieusement
documentée et une rare prudence, en sachant
tenir la balance égale entre ceux qui ne veu-'
lent rien savoir et ceux qui se repaissent de
rêves fous.

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VI KKFACK

Si- prodigieuse, assurément, que soit son


œuvre, la Science ne saurait, sans 'outrecui­
dance, se' flatter d ’avoir institué le inonde •
définitif où devront nécessairement se couler
toutes les possibilités éventuelles. Aujour­
d’hui comme hier, et demain comme aujour­
d’hui, il serait absurde delu id ire: « Tun'iras
pas plus loin ». Rien n’est impossible, en
fin de compte, et tout arrive. Il est donc tout
naturel que de hardis chercheurs, dont les
connaissances acquises ne suffisent pas à
apaiser la puriosité, s'inquiètent de con­
naître l’au delà scientifique. Par exemple,
il faut y mettre de la méthode, cheminer
avec précaution, ne pas aller plus vite que les
violons, procéder timidement du simple au
composé, du connu à l’inconnu pour ne pas
se casser les reins... et le cerveau.
Le livre de Georges Vitoux, qui met pré^-
ciséipent -les choses au point sera le meilleur
des guides pour ceux qui désirent s’initier aux
/séduisants secrets de ce que le même écri­
vain a, d’une formule si suggestive, baptisé :
« les Coulisses d el’Au de là ». .

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PRÉFACE . VII

E t comme ceux-là sont légion, une légion


sans cesse grossissante, on peut d’ores et déjà
préd ire à ce livre,sans prétention et de bonne
t'oi, un succès mérité.
■ %
E mile G autier .

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A U P A Y S D ES FÉES

Un des traits les plus curieux, et certainement


aussi des plus significatifs de notre temps, c’est
l’extension considérable donnée en ces dernières
années à la vulgarisation des doctrines de l'oc­
culte.
En toute époque, la chose est certaine, l’es­
prit humain s’est laissé tenter par le mystérieux
et troublant inconnu de la Science maudite ;
mais, jamais au tant qu’aujourd’hui,peut-être, —
et le fait vaut d’autant plus d’être signalé que
jamais comme à présent le doute scientiSque,
le sens réel et vrai de la négation n’ont été
plus généraux, — il ne s’est rencontré d’adeptes
convaincus et éclairés s’adonnant passionnément
aux études hermétiques.
A l’heure présente où la foi religieuse semble
prête à disparaître devant les conquêtes du
savoir moderne, le mouvement occultique a pris
l

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â LES COULISSES DE l ’à U-DEL à

une grosse et réelle importance, uneimportaoce


telle qu’il convient de compter avec lui.
Les statistiques sont à cet égard particulière­
ment instructives! Songez donc qu’il existe sur
notre globe terrestre environ douze millions
d’occultistes, dont dix millions dans les deux
Amériques, cinquante mille au bas mot en
France, et trente-cinq mille à Paris seule­
ment. (1)
Tous ces croyants à la science mystérieuse
sont reliés par une sorte de communion psy­
chique, la saul communion, qui, le vingt-sep­
tième jour du mois, en tous pays, les unit à la
même minute, calculée d’après les longitudes.
Pour Paris, l’instant de ce mensuel recueil­
lement est compris entre huit heures vingt mi­
nutes et huit heures trente-cinq minutes du soir.
Du reste, rien ne prouve mieux la réalité du
mouvement qui emporte les esprits vers les
croyances secrètes, que l’importance de la presse
spéciale consacrée à l’étude des théories occul­
tes. En ce moment, la presse occultique com­
prend environ cent trente revues et périodiques
divers, dont une trentaine paraissent en
France, seize dans l’Amérique du Nord, — où

(4) Ces chiffres sont ceux enregistrés officiellement par


le Groupe indépendant d’Etudes ésotériques.

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AU PATS DES FÉES 3

l’un d’enlre eux, le Banner o f light, possède


à lui seul plus de quatorze mille abonnés,—
trénte-et-un dans l’Amérique du Sud, — dans
la seule ville de Buenos»Ayres, il est vingt-deux
mille spirites,sans compter les autres occultistes,
vingt en Espagne, dix en Angleterre, quatre
enBelgique, trois en Allemagne, un en Russie,
et, dans l’Inde, l’Australie et le Japon un éga­
lement; tous rédigés dans la langue nationale
de ces pays. -
Au surplus, de toutes les croyances occultes,
le spiritisme est celle qui réunit le plus d’adep­
tes, chose fort natu relle, d’ailleurs, si l’on songe
qu’elle est moins spéculative et plus expéri­
mentale que les autres. .
Au mois de septembre 1889, le Congrès spirite
qui fût tenu à Paris comprenait des men-
bres venus de tous pays et qui représentaient
un peu plus de quarante mille adhérents.
Un tel chiffre peut paraître véritablement
extraordinaire; l’exemple qui nous est fourni
par les spirites américains nous démontre qu’il
n’est en rien exagéré.
A New-York, au nord de la ville, les spirites
ont acheté un immense terrain où chaque an­
née, au mois d’août, ils tiennent dans une sorte
de camp volant, campmeeting, une réuni
spirite monstre. .

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4 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

En 1889, cette assemblée générale comptait


vingt-cinq mille personnes, qui toutes votèrent
d’acclamation l ’envoi officiel de leur adhésion au
Congrès spirite de Paris.
En France, et surtout à Paris, le mouvement
occultiste est particulièrement varié dans ses
formes. Il comprend, en effet, de nombreuses
écoles, qui toutes, du reste, sont unanimement
d’accord sur les deux questions de l’immortalité
de l’àme et des rapports possibles des vivants
avec les morts.
En tête de ces écoles il convient de noter —
et cela en raison même de l’esprit largement
éclectique qui préside à son organisation, — le
Groupe indépendant d’Études ésotériques placé
sous la direction de la. revue spéciale ïInitiation
dont l’inspirateur autorisé est « Papus ».
Ce groupe, au surplus, .forme la société
occultique la plus importante de France ; il -
possède une revue mensuelle, YInitiation, un
journal hebdomadaire, le Voile , et des
organes locaux dans les principales villes de
France. Conformément aux promesses de son
nom, le Groupe indépendant comprend desmem­
bres appartenant à toutes les branches de l’oc­
cultisme. •
En dehors du spiritisme, le groupe occulte ~
le plus considérable est celui des Initiés sui-

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AU PAYS DES FÉES 5

vant la doctrine kabbaliste, dont les représen­


tants les plus en Vue au cours de ces dernières
années ont été MM. Stanislas de Guaïta (t), le
SarJoséphin Péladan, Charles Barlet, Lucien
Mauchel, Julien Lejay, Selva, Sedir, Marc Ha­
ven et le maître commun, le marquis de Saint-
Yves d’Alveydre.
La doctrine de la Kabbale donne le sens
scientifique et secret de la Bible, dont les pre­
miers traducteurs, les Esséniens, n’ont livré
que le troisième sens, qui est, comme Ton sait,
le sens ridicule, le sens grossier, le seul poussant
être livré à l’examen des non initiés.
C’est dans le Sepher Jesirah et dans le Zohar
que se trouve enfermée la clef du sens ésoté-

(1) M. Stanislas de guaïta a succombé le 19 décembre


1897 à l’Age de 36 ans, laissant en dehors de plusieurs
volumes de poésie, La Muse noire et Rosa mystica, une
œuvre occultique considérable, Essais de Sciences mau­
dites, qui devait comporter quatre ouvrages.
De ceux-ci, trois seulement ont été publiés par leur
auteur chez l’éditeur Chamuel. Au Seuil du mystère , le
premier des volumes de cette tétralogie est en quelque
sorte l’introduction du Serpent de la Genèse qui com­
prend trois parties; 1®septaine, Le Temple deSatan; —
2« septaine, La C lef de la magie noire .
Quand à la 3® septaine, Le Problème du m al , M. de
Guaïta a succombé avant d'avoir pu en livrer le manus­
crit à l’impression.

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() LES COULISSES l>E I.’ a U-DELA

rique de la Genèse, que nous a laissée Moïse,


le prêtre inspiré d'Osiris.
A côté des kabbalistes, et marchant absolu­
ment de pair avec eux comme intérêt de doc­
trine, moins nombreux cependant, mais com­
pensant avec avantage leur infériorité numé­
rique par la valeur personnelle des adeptes,
sont les théosophisles ou bouddhistes.
Ceux-ci eurent durant quelques mois comme
journal spécial la Revue Théosophique dirigée
par Mme la comtesse Gaston d’Adhémar, que les
occultistes français considèrent à juste titre
comme étant présentement en notre pays le
défenseur le plus instruit de leur doctrine dans
sa partie didactique.
Aujourd’hui, la Revue Théosophique a cessé
sa publication, et, c’est le Lotus bleu qui a pris
sa place. '
La Théosophie, du reste, personne ne
l’ignore, est une science entièrement identique
à celle de la Kabbale, mais qui va chercher la
clef de son enseignement dans les Védas sans­
crits au lieu des livres hébraïques.
Les théosophes sont répandus surtout dans
l’Inde ; en France, ils forment deux loges la
« Société théosophiqued’Orient et d’Occident »,
dirigée naguère, par Mme ld duchesse de Pom­
mard, et la « Société théosophique Hermès ».

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AU PAYS DES FÉES 7

Moins philosophes et plus expérimentalistes


sont les astrologues, qui eurent longtemps à
leur tête Ely-Star et dont les plus distingués
représentants actuels sont en notre pays MM.
Selva, Haatan, Jules Eveno, etc.
Ceux-ci croient à l’influence des astres qu’ils
étudient -jalousement. C’est à leur doctrine
que se rattache la croyance aux talismans,
dont les plus recherchés sont ceux pour
l ’amour et pour la fortune, et qui, comme nous
l’apprend un vieux manuscrit hébreu attribué
à Salomon, sont placés le premier sous l’in­
fluence du quatrième génie, Dorache, le second
sous celle du dix-huitième génie, Achorib.
Certains astrologues contemporains, au sur­
plus, se livrent aussi à des études purement spé­
culatives et se relient, de ce chef, à des con­
fréries occultiques. C’est ainsi, par exemple, que
dès la première heure Ely Star devint l’un des.
collaborateurs autorisés delà revue YEtoile, qui
fut durant plusieurs années l’organe des kabba-
listes-messianiques-socialistes-chrétiens, école
de laquelle relèvent le poète Albert Jhouney et
l’abbé Roca, le chanoine socialiste.
Viennent ensuite les alchimistes, — encore
des expérimentateurs, — dont le grand-prêtre
est présentement en France M. Tiffereau.
La recherche du grand-œuvre, au surplus,

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8 LES COULISSES DE L AU-DELA

ne l’a point enrichi, car, aujourd’hui, ce descen


dant de Raymond Lulle et de Nicolas Flamel
fait appel aux croyants de bonne volonté qui
voudront bien lui apporter des capitaux avec
lesquels il compte enfin découvrir le secret dé­
siré et fabriquer de l’or.
L’alchimie est, du reste, une science très culti­
vée en notre époque, et il existe une très cu­
rieuse bibiothèque hermétique moderne, la« Bi­
bliothèque Chacornac » placée sous la direction de
Jules Lermina, l’auteur de Magie , et,
par surcroît, depuis actuellement près de quatre
années, un adepte des plus distingués, M. F. Jolli-
vet-Castelot, fait paraître régulièrement, à desti­
nation de ses confrères en hermétisme, une excel­
lente revue, L'Hyper chimie, qui a dès à présent
conquis les sympathies de tous ceux s’intéressent
aux sciences du mystère.
Nombreuses encore sont les autres branches
de la science occulte.
Voici les graphologues qui tirent — des évè­
nements récents ont montré avec quels succès—
leur enseignement de l’examen de l’écriture ; les
chiromanciens, dont l’art s’exerce dans l’étude
des lignes de la main, les cartomanciens, dont
les antiques formules traditionnelles ont été re­
trouvées et sont exposées dans le Tarot des Bohé­
miens, le plus ancien livre du monde ; les augu-

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AU PAYS DES FÉES 9

res, qui trouvent des indications prophétiques


dans le vol des oiseaux; les onéirocritistes ou
explicateurs de songes, dont le plus autorisé an­
cêtre est sans conteste le Joseph de biblique
mémoire; les prophétesses avec à leur tête
MUe Couesdon (1) dont personne n'ignore aujour-

(1) Celle-ci, semble-t-il,n’est rien autre qu’une malade


offrant cette particularité infiniment curieuse au point
de vue de la psycho-biologie de présenter le phénomène
du dédoublement de la personnalité.
En dépit de ce que l’on en croit communément, ce
n’est pas en effet à la divinité seule qu'appartient le pri­
vilège de condenser en un plusieurs êtres.
La science, depuis longtemps, connaît des faits de tel
ordre. Le plus anciennement observé avec détail fut
celui, resté célébré, de Félida, par le professeur Azam.
Félida R ..., née en 1843 à Bordeaux, vers l’âge de
quatorze ans, fut prise de crises spéciales. À certains
instants, après une période de sommeil subit, ordinaire­
ment très courte, on constatait dans sa personne des
transformations complètes. Sous une même enveloppe
extérieure, l’individualité avait changé. La voix, l’allure
générale n’étaient plus les mômes, et, de morose,un peu
brusque et concentré qu’il était d’abord, le caractère
devenait tout à coup gai, affectueux et en dehors.
Cette Félida seconde manière redevenait bientôt, du
reste, la Félida première forme, après avoir passé par un
nouvel accès de sommeil analogue au premier.
Cependant, après ses retours à son état normal, l’on
constatait un phénomène des plus étranges. Félida, alors
avait perdu la complète mémoire de tout ce qui s’était

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10 LES COULISSES DÉ l ' a U -D ELA

d’hui )a personnalité non plus que les cu­


rieuses prévisions; l’innombrable série des
liseurs d’avenir dans l’examen de l'eau, du
marc de café, du blanc d’œuf, du plomb fondu,
des papiers jetés dans l'eau, etc.; les croyants
aux vertus du crible, de la clef de saint Jean,
de la baguette divinatoire, qui trouva naguère
un adepte bien inattendu dans un de nos minis­
tres de l'instruction publique, etc., etc.; les

passé durant sa période de crise, durant son état second


comme disent les médecins.
Dans ce dernier état, au contraire, sa mémoire était
complète pour l’ensemble de toute sa vie.
Avec l’âge, du reste, ces troubles si curieux, loin de
s’atténuer, n’ont fait que se développerai bien que Félida,
qui vit encore aujourd’hui et a été mère une douzaine
de fois, passe â présent la plus grande part de son
existence dans son état second devenu pour elle son état
habituel, et cela fort heureusement, puisque dans son
état normal, par suite de la perte de mémoire de tous
lesfaits qui n’ont pas été accomplis dans cet état, sa vie
se trouve remplie de lacunes lamentables.
Mlle Couesdon mérite-t-elle de prendre place dans le
martyrologe de l’hystérie à côté de la célèbre Félida?
La chose est non seulement possible, mais même paraît
infiniment probable!
De tels cas, au surplus, sont en réalité beaucoup moins
rares qu’on pourrait le croire à un premier abord. « Voir
en particulier pour cette question du dédoublement de
la personnalité notre chapitre «Les frontières de l'au-
delà. »

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AU PAYS DES FÉES 41
convaincus des pouvoirs magiques du coq, delà
poule noire, du lézard vert, du dragon rouge
et autres animaux plus ou moins chimériques;
les géomanciens,qui tirent leurs oracles de l'exa­
men delà terre; les pythagoriciens, qui trouvent
un enseignement de Tavenir dans l'inspection
des nombres, etc., elc.,et enfin, les somnambu­
les, toutes plus lucides les unes que les autres et
dont les médecins magnétistes comme feu le
docteur Puel, le docteur Baraduc et feu le doc­
teur Gérard, celui-là même dont la thèse inau­
gurale (1) eut, chose rare en notre temps,les hon­
neurs du bûcher,représentent l’élément sérieux
scientifique.
On le voit, d’après ce rapide examen que nous
venons de faire du monde et des croyances
occultiques, il est indéniable qu'il existe à l'heure
présente Un courant accentué vers les études
de la science cachée.

(i) Contribution à Vhistoire de là fécondationartifi­


cielle. Cette thèse., refusée par la Faculté de médecine de
Paris le 28 juillet 4885, fut publiée in-extenso dans le
Journal Barrai . Plus tard, le DrGérard la fit paraître en
librairie, après l’avoir revue, augmentée et mise à la
portée du grand public, sous ce titre: Nouvelles causes
de la stérilité dans tes deux sexes3 un vol in-48 chez
Marpon et Flammarion, Paris, avec 230 gravures de
José Roy.

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12 LES COULISSES DE l/A U -D E L A

L’homme, très naturellement, est enclin à


se laisser entraîner vers le merveilleux.
Maintenant, qu’y a-t-il au fond de toutes ces
rêveries et de toutes ces spéculations?
L’avenir seul pourra jamais nous l'apprendre
et c’est pourquoi il convient à tout esprit véri­
tablement large de laisser, sans en tirer matière
à raillerie, les croyants poursuivre leur œuvre.
Peut-être, en somme, les sceptiques y trou­
veront-ils un beau jour leur compte.

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L’occultisme et la science

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L ’OCCULTI SME ET LA S CI EN C E

En vérité, je vous le dis, et c’est bien là une


des choses les plus curieuse» et aussi les plus
significatives de ce temps, la Science maudite
est présentement en train de conquérir victorieu­
sement, de par notre monde civilisé, son plein
droit de cité. -
Jadis, le nécromant hérésiarque, anathéma-
tisé par une Église intolérante, vivait en la con­
tinuelle crainte du bûcher où, du reste, de temps
à autre, pour se venger de l’effroi qu’inspirait
sa sapience d ’Initié ^des tribunaux barba
l’envoyaient sans scrupule, pour la plus grande
honte du diable convaincu de la sorto de fort
mal défendre ses meilleurs amis.
Depuis, les mœurs ont subi une évolution
complète.
On ne croit plus guère au magicien, et les
esprits éclairés, ou qui se prétendent tels, se con­
tentent simplement de sourire de pitié quand on
leur parle de la science des Mages.

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16 LKS COULISSES DE l ’ a U-DELA

Ceux-ci, au surplus, gravement, et sans un


seul moment se préoccuper de ce silence dédai­
gneux, poursuivent leurs chères études, et, en
présence du répertoire des connaissances offi­
cielles, ils édifient de leur côté une science ab­
struse pour le vulgaire, simplepourle pratiquant
à qui en ont été dévoilés les mystérieux arca­
nes.
Savants classés et occultistes élèvent simul­
tanément deux autels où ils recherchent les uns
et les autres la Vérité ; les moyens seuls d’in­
quisition différent.
Du reste, pour différentes que soient les mé­
thodes, le but à atteindre étant le même, il se
produit de temps à autre des rapprochements.
En dépit de leur mépris plus apparent que
réel, en somme, les savants officiels ne dédai­
gnent point, à l’occasion, de venir demander à
leurs confrères occultistes l’explication de cer­
tains phénomènes, et, en échange, les occultis­
tes volontiers s’efforcent de démontrer que leur
science ésotérique n’est nullement contradic­
toire avec les enseignements ortqdoxes, mais,
au contraire, les complète et parfois en donne la
solution simple et rigoureuse.
« Il n’y a pas de religion plus élevée que la
vérité », prennent-ils volontiers pour devise, et,
sans renoncer à des croyances qu’ils estiment

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l ’ o c c u l t is m e e t l a . s c ie n c e 17
justes et bonnes, ils travaillent ardemment à
démontrer que leur méthode est en vérité plus
parfaite, plus synthétique, plus philosophique
surtout, que les procédés analytiques des savants
reconnus. D’ailleurs, il ne renient nullement la
valeur et l’importance des travaux de ceux-ci ;
mais, ils pensent et ils déclarent fermement
qu’à côté des faits mis en lumière par ces tra­
vaux, il est autre chose d’essence supérieure et
dont les seules pratiques positives du labora­
toire ne sauraient donner une rationnelle expli­
cation.
La science, prétendent-ils encore, n’est pas
aussi nouvelle qu’on le croit généralement, et
les anciens initiés savaient les formules de bien
des lois aujourd’hui perdues pour la foule. Or,
ces lois, l'enseignement ésotérique permet deles
retrouver.
Quoiqu’il en soit, semble-t-il, la période des
luttes amères entre les deux écoles est pour
jamais passée.
L’union, il est vrai, n’est pas encore faite, et
n’est même point proche de se faire, d’une ma­
nière étendue, au moins; mais, symptôme im­
portant, les adversaires d'hier ne se refusent
plus, de parti délibéré, à se prêter un mutuel
concours.
Chimistes, médecins, physiciens, mathéma-

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18 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

ticiens et physiologistes se rencontrent « au


seuil du mystère » avec les occultistes, et les
méthodes d’investigation se fondent!
Quel fruit l’homme a-t-il dès maintenant tiré
d’une semblable alliance?
C’est ce que nous allons nous efforcer de dé­
terminer.

« Notre but est simple et évident; il consiste


à démontrer, par une voie scientifique nouvelle,
quoique très connexe avec les idées antiques,
que le fondement des dogmes religieux a sa
base, non pas dans des fables populaires, in­
ventées on ne sait sous l’influence de quel cau­
chemar inconnu, mais certainement sur des doc­
trines mathématiques et physiques dont la trace
s’est perdue » (1).
Ainsi s’exprime dans un livre peu connu au­
jourd’hui, en dépit de sa haute valeur philoso­
phique, M. Louis Lucas (2), qui le premier en

(1) Louis Lucas, La Chimie nouvelle. Paris, 1854, un


vol. in-12, p. 82.
(2) Louis Lucas est un auteur longtemps demeuré-
complèteraent ignoré, et c’est seulement en ces derniè
res années, grâce aux recherches de Papus, que les oc­
cultistes ont appris â le connaître.
l ’o c c ü l t is m e et la ' s c ie n c e 111

notre siècle, d’une manière réellement scien­


tifique au moins, se soit occupé de concilier les
données des connaissances officielles avec les en­
seignements de l’ésotérisme, ou, plus exacte­
ment, d’appliquer ceux-ci à celles-là.
La Chimie nouvelle, dans laquelle, notam­
ment, il applique sa méthode aux sciences physi­
que et naturelles, est, à cet égard, particulière­
ment instructive.
Mais, voyons comme il procède.
Les anciens maîtres en la science herméti­
que, à seule fin d’écarter le vulgaire, avaient
coutume d’enserrer les formules de leur Œuvre
en un langage mythique et allégorique que les
Initiés seuls savaient interpréter.
Du reste, procédantavec sagacité, en dépit
de leur apparent — apparent pour le profane —
manque de logique expérimentale, ils avaient
grand soin de respecter certaines lois générales
dont les savants de nos jours semblent n’avoir
aucun souci.
L 'analogieétait leur méthode favorite et la loi
du ternaire leur règle dominante.
a<Les anciens Mages ayant observé que

Personne, auparavant, ne semble s’être douté de son


existence, et ni le Larousse, ni aucune autre encyclo­
pédie quelconque ne fait mention de l’homme et de ses
œuvres.

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20 LES COULISSES DE L AU-DELA

l’équilibre est en physique la-loi universelle et


qu’il résulte de l’opposition apparente de deux for­
ces, concluant de l’équilibre physique à l’équili­
bre métaphysique, déclarèrent qu’en Dieu, c’est-
à-dire dans la première cause vivantcet active,on
devait reconnaître deux propriétés nécessaires
l’une à l’autre, la stabilité et le mouvement équi­
libré par la couronne, la force suprême » (1).
Entre deux contraires, en un mot, il est tou­
jours un moyen terme résultant de l’action des
deux opposés l’un sur l’autre et participant de
leur double façon d’être.
C’est de ce principe que part Louis Lucas pour
expliquer une théorie toute dynamique de l’uni­
vers.
« Nous pouvons dire, écrit-il, qu
scientifiquement, la matière n’est rien, le mou­
vement est tout » (2).
Or ce mouvement, « souffle de Dieu en action
parmi les choses créées » (3), se fait à lui
même équilibre par un antagonisme qui lui est
propre, « constituant des groupes diversement
contractés et dilatés dont nous retrouvons par­
tout le type suprême dans la lumière, dans la
(1) Eli phas Lévi, Dogme etRituel de haute Magie,
in-8, Paris p. 79
(2) Louis Lucas, La Chimie nouvelle p. 33.
(3) Louis Lucas, Loc. cit, p. 34.
l ’ o c c u l t is m e et la s c ie n c e 21

chaleur, dans l’électricité et même dans la hiérar­


chie des corps matériels qui composent la no­
menclature chimique. Cet.antagonisme sériel,
hiérarchique, n’a pas besoin de sortir d’hypo­
thèses plus ou moins heureuses; nous le voyons
agir partout et à toute heure dans la nature ;
il n’est pas un phénomène général qui ne le re­
produise. De la différence de ses condensations
et des combinaisons ultérieures qui ont pu
s’en former, est né ce que nous appelons la
matière, mal définie encore aujourd’hui, qui
ne présente et ne doit présenter, comme nous
venons de le faire voir, qu’une résitance rela­
tive par antagonisme, une résistance...... c’est-
à dire une force t
« Car les forces seules sont capables de ré­
sistance, et, p a r cette considération, la ma­
tière divulgue son origine unitaire, identique
avec le mouvement initial et élémentaire.
» Le mot matière exprime la passivité du
mouvement, comme lo mot force en désigne
l’activité » (1).
Nous le voyons par ces dernières lignes em­
pruntées à l’éminent occultiste, la ne se­
rait qu'une modalité du mouvement, et de même
là force.

(1) Louis Lucas, Chimie nouvelle, p. 35.

K ,

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22 LES COULISSES DE l ’ AU-DELA

Mais, alors, la matière est une chose ,


ainsi que le prétendaient les anciens alchimis­
tes, justifiant par là même la logique de leurs
travaux pour la recherche de la pierre philoso­
phale, et aussi comme sont présentement fort
portés à l’admettre certains de nos savants chi­
mistes modernes, et non des moindres (1).
Du reste, cette double loi des contraires et du
ternaire, que M. Lucas appelle la de la série,
ne trouve-t-elle pas sa continuelle application
facilement perceptible par tous?
Les deux opposés lumière et ombre donnent
en réagissant l’un sur l’autre la , état
mixte procédant de l’une etde l’autre ;de même,
la réaction chimique de l’opposé acide sur

(1) M. Berthelot, notamment. « J’ai retrouvé, écrit ce


savant, non seulement la filiation des idées qui avaient
conduit les alchimistes à poursuivre la transmutation
des métaux (pierre philosophale), mais aussi la philoso­
phie de la nature qui leur avait servi de guide, théorie
fondée sur l’hypothèse de l’unité de la matière et aussi
plausible au fond que les théories modernes les plus ré­
putées aujourd’hui.
... « Or, circonstance étrange ! les opinions auxquelles
les savants tendent à revenir aujourd’hui sur la constitu­
tion de la matière ne sont pas sans quelque analogie avec
les vues profondes des premiers alchimistes » (Berthelot,
Les Origines de l'Alchimie, 1 vol. in-8° Paris, Stein­
heil, 1885, préface, p. H et 15). ,

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l ’occultisme et la science 23

l’opposé baseest un produit , le sel, etc.


« Si l’on étudie avec soin les propriétés du
monocorde, on remarque que, dans toute hié­
rarchie résonnante, il n’existe réellement que
trois points de première importance, la tonique
la quinte, la tierce, — les octaves étant des re­
productions à des hauteurs diverses, — et, dans
les trois résonnances, la tonique restant point
d’appui, la quinte son antagoniste, la tierce un
point indifférent, prêt à suivrel’un oul’autredes
deux antagonistes, qui prendra le dessus.
« C’est aussi ce qu’on va retrouver dans
trois corps simples dont l’importance relative
n’a nullement besoin d’être rappelée : l’hydro­
gène, l’azote et l’oxygène. L’hydrogène,, ne se­
rait-ce que par son négativisme absolu vis-à-
vis des autres métalloïdes, par ses propriétés
essentiellement basiques, prend la place de la
tonique ou repos relatif. L’oxygène, par des
propriétés antagonistes, occupera celle de la
quinte; enfin, l’indifférence bien connue de l’a­
zote lui assigne le rôle de la tierce » (1).
Et ainsi des autres...
Mais, tout ceci n’est que de la théorie, et la
théorie, on le sait, est essentiellement contes­
table, étant de par sa nature même édifiée pour

(1) Louis Lucas, Chimie nouvelle, p. 398.

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24 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

être ensuite détruite et remplacée par une hy­


pothèse nouvelle.
M, de Guaita, lui, ne se contente point de la
pure spéculation ; il aime à appuyer sa convic­
tion sur une base expérimentale certaine, et,
chimiste avisé, c’est à la précise balance
du laboratoire qu’il demande un enseigne­
ment.
Tout d’abord, ainsi du reste que tous ses
confrères en occultisme, il pose ce double axio­
me fondamental :
« Lesurnaturel riexle
. n’existe pas »,et, avec le marquis de Saint-Y ves
d’Alveydre.il répète volontiers: « I l n’y a pas de
science occulte ,il ri y a • des sciences occul­
tées. »
Claude Bernard, l’illustre physiologiste, ne
tenait pas, en somme, un autre langage, quand
il parlait de la cause prochaine des affections
plus ou moins pathologiques atteignant les or­
ganismes.
La causeprochaine, en effet n’est-ce pas la par­
tie occultéede la science, sa partie ésotérique, s’il
est permis d’employer un tel vocable en parlant
des doctrines officielles ?
Or, prétend, M. de Guaita, les maîtres des
Universités ont ce tort grave par instants de mé­
connaître de parti pris la réalité de certaines

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L*OCCULTISME ET LA SCIENCE 25

causes prochaines dont l’existence surpasse


leur logique de courte vue.
Tel, par exemple, le fameux axiome : Rien
ne se perd, rien ne se crée.
« Cet axiome n'est faux, d’ailleurs, déclare-t-
il, qu’appliqué exclusivement à la matière.
Ex nihilo l, disaient les anciens sages,
ih
n
et ils avaient raison : le néant n’engendre pas.
C’est-à-dire que tout être sort d’un principe
• réel, positif et non abstrait. Créer, c’est tirer
d’un principe occulte, mais ce n’est pas faire
de rien : E x nihilo nihil.
« La substance absolue engendre éternelle­
ment la matière transitoire. Celle-ci se livre
à d’innombrables métamorphoses jusqu’au
jour où elle rentre dans son principe : la
matière physique redevient substance hyper­
physique. •
«En ce sens, qui n’est point celui de la
science moderne, l'axiome contesté se sou-
tieot » (i).
Et, de suite, à l’appui de son argumenta­
tion philosophique, M. de Guaita apporte l’expé­
rience du chimiste, expérience qu’ont vérifiée
les spécialistes Schrader, Greef et Braconnot.

(1) Stanislas de Guaita, Fragment'd’un livre en pré­


paration, le Lotus, numéro de mars 1888, p. 333, note.
- 2

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26 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

Celle-ci, du reste, est intéressante à plus


d’un titre.
La voici sincèrement et brièvement rappor­
tée :
« Vous prenez un kilogramme de soufre en
fleur, et, après l’avoir soigneusement lavé à
l ’eau distillée, vous l^étendez en une couche
de moyenne épaisseur, sur laquelle vous semez
une quantité connue de graines de cresson.
Vous arrosez le tout uniquement h l’eau distil­
lée, de manière à entretenir une humidité con­
venable. Bientôt, les graines germent, la
plante se développe et vous pouvez faire votre
moisson. Quand un certain nombre de
récoltes successives vous aura fourni tiges et
feuilles en abondance, incinérez toute cette
substance végétale : vous obtiendrez facile­
ment ainsi une quantité de sels fixes dépassant
de beaucoup le poids des graines semées.
Quelle ne sera pas votre surprise, en soumet­
tant à l’analyse chimique cette cendre végétale,
d’y trouver de la potasse, de l’alumine, de la
silice, de la chaux, des oxydes de fer et de
manganèse, combinés pour une part aux aci­
des carbonique, sulfurique et phosphorique, et
à l’état libre pour l’autre part ! Ainsi, pour
passer sous silence les corps volatils ou décom-
posables évaporés au cours de là calcination,

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l ’ occultisme et la science 27

vous y constaterez la présence d’un assez grand


nombre de corps simples, métaux et métalloï­
des, les mêmes exactement qui se retrouvent
dans les cendres du cresson normal poussé en
pleine terre et en pleine eau, et dont les raci­
nes adhèrent au lit même d’une source ou
d’un ruisseau » (d).
Or, comment expliquer la présence, surtout
en quantités fort appréciables, de tous ces corps
fixes qui ne préexistaient pas dans les substan­
ces choisies au début de l’expérience..
Bienne se perd, rien ne se crée, déclare la
formule consacrée, et voici qu’il nous faut ad­
mettre une création et incliner notre ignorance
devant le fait patent I
. Est-ce à dire, cependant, que nous nous
trouvions en présence d’une action surnatu­
relle ? Non, comme eût dit Claude Bernard,
il y a seulement de notre part ignorance de la
cause prochaine du-phénomène ; cause
affirme à son tour avec les occultistes M. de
Guaita, mais réelle et certaine cependant, en
dépit de notre incertitude à son sujet.
Dans le cas en question, le végétal, déclare-
t-il, s’est alimenté des effluves die cette subs­
tance première que les anciens nommaient

( i) Stanislas de Guaita, loc c i t p. 334,

Die >y Google


28 LES COULISSES DE L’AU-DELA

Ame dumonde. « Que fait la plante ? — Le


vouloir latent de son Moi biologique fait l’office
d’aimant. Son organisme fait office d’alambic
ou d ’Athanor,si bien qu’élaborant les fluides
hyperphysiques, selon les exigences de ses
fonctions naturelles, il les réduit de puissance
en acte ; et que, substance éternelle et absolue,
FAôr se spécifie en matière transitoire et con­
tingente a (1).
C’est là une théorie alchimique qui ramène
naturellement à l’hypothèse de l’unité de la
matière.
Or, sur ce dernier point, nous l’avons vu,
occultistes et savants sont très proches de s’en­
tendre, étant en somme divisés bien plus par
une terminologie vague que par des faits précis.
Mais, quelle terrible barrière que celle seu­
lement faite de mots. ''

II

En dépit de son caractère essentiellement


expérimental, le spiritisme, par un trait vrai­
ment curieux, est, pour ses adeptes, bien
moins une science qu’une religion.
Il s’ensuit fatalement de cette façon de voir

(1) Stanislas de Guaita, toc. p. 344.

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l ’ occultisme et la science 29

que les spirites n’admettent guère que l’on con­


teste leurs croyances, ni que l’on scrute le fond
de leurs observations. On ne discute pas avec
les esprits, et l’on ne doute pas d'eux t
Les phénomènes qui se manifestent en pré­
sence des médiums — qu'ils soient typtolo-
gues, écrivains, d’apports ou à matérialisation
— doivent être admis sans contrôle et enregis­
trés avec recueillement. Ne sont-ils pas une
émanation d’êtres spirituels, jadis membres de
la grande famille humaine, et qui ne dédai­
gnent point de faire profiter leurs frères survi­
vants de leurs conseils, et aussi, parfois......de
leur jouer quelques mauvais tours 1
Aussi, point, n’est-il étonnant que la science
officielle, malgré les innombrables faits qui
paraissent- témoigner de l’existence réelle de
forces particulières étrangères à celles enre­
gistrées dans les conditions normales de la vie,
forces qui se caractérisent seulement en des cir­
constances très spéciales, se soit constamment
refusée à même admettre la possibilité des phé­
nomènes spirites.
N’avait-elle pas beau jeu, en vérité, à crier
au charlatan, à l’illuminé, à l’imposteur ?
Quoi qu'il en soit, cependant, il s’est ren­
contré un certain nombre de savants de pre­
mier ordre, possédant à fond la pratique des

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30 LES COULISSES DE l ’à ü -DELA

travaux du laboratoire, qui n’ont pas cru indi­


gne d’eux de rechercher ce qu’il pouvait y
avoir de précis au fond des extraordinaires
assertions dos spirites.
Que prétendent ceux-ci, tout d’abord ?
Ils affirment que des entités étrangères à
notre monde sont capables, en des circonstan­
ces données, de produire des effets physiques
tombant sous la perception de nos sens, tels
que des bruits ou des coups frappés dans les
meubles, sur les cloisons des appartements,
ou même, au besoin,... sur le dos des assis­
tants ; des modifications rendues sensibles par
la balance qui enregistre une diminution ou un
accroissement du poids de l’objet considéré ;
des dissociations de produits matériels dont
les molécules ultimes transportées par une force
invisible au travers la substance même d’au­
tres corps vont se reconstituer plus loin et
apparaissent alors sans raison extérieure plau­
sible ; des actions chimiques ; des productions
enfin d’êtres nouveaux, munis d’organes sem­
blables aux nôtres, et susceptibles de se com­
porter comme aucun d’entre nous, en atten­
dant qu’ils s’évanouissent instantanément,
comme ils sont venus.
En somme, il faut bien le reconnaître, et il
est d’un esprit véritablement scientifique de

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L OCCULTISME ET LA SCIENCE 31

le faire, il n'y a en tout cela rien d'absurde en


soi, et le merveilleux ou le surnaturel n’ont
rien à voir dans l’explication de semblables
phénomènes.
N’est-il pas logique, en effet, que puissent
exister des forces autres que celles qui nous
sont nettement connues ou définies? Les facul­
tés perceptives de nos organes sont très limitées,
et il y a tout lieu de concevoir la réalité d’un
grand nombre de manifestations dont nous
n’avons à l’ordinaire aucune idée, et qui peu­
vent cependant affecter des êtres autrement
constitués que nous.
Les phénomènes spirites, en somme, sont
simplement la mise en lumière pour nos sens
de quelques-unes de ces manifestations.
C’est, partant d’une semblable opinion, que
des savants et des expérimentateurs comme
MM. Crookes, Wallace, John Lubbock, Gibier,
de Rochas, Flammarion, etc., etc., pour ne .
citer que quelques-uns des plus connus, ont
institué leurs expériences, s’occupant soigneu­
sement d’éliminer toutes les causes possibles
d’erreur.
L’important, en effet, n’est-il pas, en üaffaire, "
de constater la matérialité du fait ; son expli­
cation rationnelle viendra ensuite.
Or, à l’heure présente, cette matérialité des

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• 1JW

32 LES COULISSES DE l ’à U-DEL à

phénomènes spirites semble prouvée et archi-


prouvée. Crookes a enregistré et mesuré par
la balance l'existence et la grandeur de la force
psychique, — c'est ainsi que, pour évite** toute
fausse interprétation, il appelle la force attribuée
par les spirites aux seuls esprits, et que possè­
dent surtout certains sujets particulièrement
doués, les médiums. -
« D’après cette théorie, — celle de la force
psychique, — écrit M. Crookes, le médium ou
le cercle de personnes réunies ensemble pour
former un tout est supposé posséder une force,
un pouvoir, une influence, une vertu ou un
don au moyen desquels des êtres intelligents
peuvent produire les phénomènes observés.
Quant à ce que peuvent être ces êtres intelli­
gents, c’est là matière à d'autres théories.
« Ce qu’il y a de certain, c'est qu'un médium
possède quelque chose qu'un être ordinaire n'a
pas en sa possession. Donnez un nom à ce
quelque chose : appelez-le X, si \ ous voulez,
M. SerjeantCox l’appelle Force psychique (1). »
Nous voici joliment loin du temps où un
autre savant de grand renom, M. E. Chevreul,

(1) W. Crookes. Nouvelles expériences sur la force


psychique , 1 vol. in-18, Paris. Librairie des sciences psy­
chologiques p. !77<

Digitized by Google . J
l’occultisme et la science 33
consacrait tout un volume (1) à démontrer par
À + B qu’il était ridicule de voir autre chose
que des duperies, conscientes ou non, dans les
phénomènes spirites, aussi bien d’ailleurs que
dans les divers procédés divinatoires connus.
Du reste, il faut le reconnaître, M. Chevreul
ne parle pas à la légère, et il a voulu par lui-
même se rendre compte des faits.
, Voici, par exemple, comment il s’explique
le mouvement de la table : « Témoin de cés
faits, — la rotation du guéridon, — mais bien
plus souvent de faits négatifs que de faits posi­
tifs, je n’ai jamais eu l’occasion, dans les cas
de mouvement, d’observer qu’il ait été hors
de proportion avec une action que les mains
apposées sur la table étaient susceptibles d’exer­
cer latéralement : je ne parle, bien entendu, que
de ce que j ’ai vu.
« Le mouvement, en effet, n’aura jamais
lieu tant que les mains presseront la table
perpendiculairement ; mais, à cause de la
difficulté de maintenir cette pression cons­
tamment perpendiculaire durant un laps de

(1) M. E. Chevreul, De la baguette divinatoire, du


pendule d it explorateur et des tables tournantes au
point de vue de Vhistoire, de la critique et de la mé­
thode expérimentale, un vol. in-8, Paris, 1854, ches
Mallet-Bachelier, Çauthier-Vill&rs et fils, successeurs.

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34 LES COULISSES DE L AU-DELA

temps variant d’un quart d’heure à une heure


et plus» ¡1 arrive que l’action des mains est re­
présentée par une action latérale de gauche
à droite ou de droite à gauche, <fui seule
est capable de mettre la table en mouve­
ment » (1).
En d’autres termes, suivant M. Chevreul, il
y a mouvement de la table toutes les fois que
la résultante des forces latérales agissant sur elle
n’est point nulle et se trouve être assez éner­
gique pour vaincre son inertie.
Telle était également l’opinion de Faraday qui
avaitinstitué diverses expériences dontle résultat
lui démontrait que le mouvement du guéridon
était dû à des efforts latéraux inconsciemment
exercés par le ou les opérateurs.
Qu’auraient ditces deux savants, assurément
de la meilleure foi du monde dans leurs néga­
tions, si, faisant partie de la commission de leurs
confrères anglais nommés pour étudier les
phénomènes du psychisme, ils eussent vu des
meubles pesants se mouvoir sans aucun con­
tact, et en pleine lumière.
« Dans une circonstance où onze membres
de votre sous comité étaient assis depuis qua­
rante minutes autour de l’une des tables de

(4)M. E. Chevreul, loç, c it.f p 470, •

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^OCCULTISME ET LA SCIENCE 36

salle à manger décrites précédemment (1), et


lorsque déjà des mouvements et des sons variés
s'étaient produits, ils tournèrent (dans un but
d'expérimentation plus rigoureuse) les dossiers
des chaises vers la table, à neuf pouces environ
de celle-ci; puis ils s'agenouillèrent sur les
chaises, en plaçant leurs bras sur les dossiers.
« Dans cette position, leurs pieds étaient
nécessairement tournés en arrière, loin de la
table, et par conséquent ne pouvaient être placés
dessous, ni toucher le parquet. Les mains de
chaque personne étaient étendues au-dessus de
la table à environ quatre pouces de sa surface.
Aucun contact avec une partie quelconque de
la table ne pouvait donc avoir lieu sans qu'on
s'en aperçût. , -
« En moins d'une minute, la table, sans avoir
été touchée, se déplaça quatre fois la première
fois d'environ cinq pouces d'un côté; puis de
douze pouces du côté opposé ; ensuite de la même
manière et respectivement de quatre et de six
pouces.
« Les mains de toutes les personnes présentes
furent ensuite placées sur les dossiers des
(4) C’étaient (le grandes tables pesantes dont la plus
petite avait cinq pieds neuf pouces de long sur quatre
pieds de large, et la plus grande neuf pieds trois pouces
de long sur quatre pieds de large.

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36 LES COÜUSSES DE l ’ a U-DELÀ

chaises, à un pied environ de la table qui fut


mise en mouvement cinq fois, avec un déplace­
ment variant entre quatre et six pouces.
« Enfin, toutes les chaises furent écartées de
la table à la distance de douze pouces, et chaque
personne s’agenouilla sur sa chaise comme pré­
cédemment, mais cette fois en tenant les mains
derrière le dos, et, par suite, le corps placé à
peu près à dix-huit pouces de la table, le dossier
de la chaise se trouvant ainsi entre l’expérimen­
tateur et la table. Celle-ci se déplaça quatre fois
dans des directions variées (1). »
Il n’y a pas à dire, en effet, entre ces expé­
riences si précises signées des noms suivants :
Sir John Lubbok et M. Crookes, membres de la
Société royale de-Londres; le professeur Hux­
ley; le naturaliste A. Russel-Wallace ; M. Au­
guste de Morgan, président de la Société ma­
thématique de Londres et secrétaire de la So­
ciété royale astronomique ; M. Varley, inven­
teur du condensateur électrique et ingénieur en
chef des compagnies de télégraphe internatio­
nal et transatlantique, etc., et les raisonnements
de MM. Faraday et Chevreul, l’hésitation n’est
guère possible, et il faut bien admettre l’exis-
(1) Extrait du rapport de la commission nommée par
la Société dialectique de Londres pour examiner les
phénomènes du psychisme,

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l' occultisme et la science 37

tence réelle de la propriété qu'ont certaines


personnes douées d'une organisation spéciale
d'exercer une action à distance sur les objets
extérieurs, et ce sans le contact des muscles ou
de ce qui s’y rattache (i).

(1) Quoi qu’il en soit, en dépit de leur si puissant inté­


rêt, ces premières tentatives de recherches expérimen­
tales ne devaient et ne pouvaient entraîner l’universelle
conviction.
Trop d’éléments inconnus encore subsistaient pour
qu’il en fut de la sorte.
Admise par quelques-uns, la réalité des phénomènes
continua donc d’être niée par le plus grand nombre,
et cela malgré les témoignages apportés de temps à
autre par divers chercheurs ayant eu la fortune de
rencontrer sur leur route des médiums propices, c’est
à-dire de ces sujets doués de façon particulière et
jouissant entre autres qualités de cette faculté spéciale de
pouvoir exercer sur les objets matériels une action méca­
nique en dehors des moyens habituellement usités.
En somme, jusqu’en ces derniers temps, l’on possédait
surtout des présomptions de preuves de la réalité
des faits annoncés bien plus que des preuves indis­
cutables.
Désormais, par exemple, il n’en est plus de même,
grâce à M. de Rochas qui, — dans un livre du plus
passionnant intérêt, YExtériorisation de la motricité ,
(chez l’éditeur Chamuel) — s’est appliqué tant par l’ana­
lyse minutieuse des observations les plus sérieuses
publiées jusqu’à ce jour au sujet de ces jphénomènes,
que par des expériences sagaces, poursuivies en colla-
3

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38 LÈS COULISSES DE \! AU-DELA.

Mais, que' penser des phénomènes de maté­


rialisation ? Ceux-ci, en vérité, pour l’esprit,
sont encore bien plus surprenants. En effet,

boration avec des savants du plus haut mérite,à démon­


trer sans réplique que leur réalité ne devait plus être
mise en doute.
C’est avec le fameux médium Eusapia qui, en ces
dernières années, a été l’objet d’enquêtes extrêmement
soigneuses, poursuivies successivement en Italie, en
France, en Russie et en Angleterre, que M. de Rochas,
assisté de M. le docteur Dariex, directeur des Annales
des Sciences psychiques ; de M. le comte Arnaud de
Gramont, docteur és-sciences physiques ; de M. Maxwell,
substitut du procureur général près la cour d’appel
de Limoges; de M. Sabatier, professeur de zoologie
et anatomie comparée à la Faculté des sciences de
Montpellier, et de M. le baron C. de Watteville, licencié
ès-sciences physiques et licencié en droit, a procédé
à ses recherches personnelles. »
Or, celles-ci, qui ont eu lieu dans les meilleures
conditions d’observation possible, et qui sont décrites
avec tout le détail désirable — M. de Rochas, dans son
ouvrage, a encore pris le même soin à l’égard des tra­
vaux de ses prédécesseurs — dans son volume, ont été
vraiment démonstratives.
Que dire en effet, de cette expérience qui eut lieu le
28 septembre 1895, en présence de MM. de Rochas, Saba­
tier, Dariex, de Gramont, de Watteville et de Mme et
de Mlle de Rochas, expérience faite en pleine lumière,,
sur une table brillamment éclairée par ufie forte
lampe au pétrole, et dans laquelle Eusapia, qui n’était

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L’OCCULTISME ET LA SCIENCE 39

si Ton conçoit volontiers l’existence d’une force


fluidique particulière émanant de l’individu, il
n’en est pas de même quand il s’agit d’expli­
quer la formation d’un être matériel semblant
créé de rien et du reste susceptible de s’éva­
nouir sans laisser aucune trace palpable de son
passage.
Crookcs, qui a eu plus qu’aucun autre,
peut-être, la fortune d’étudier des phénomènes
de ce genre, a rapporté en des pages saisis­
santes le récit de la médiumnité de M1Ie Flo-

pas endormie, en approchant ses mains du plateau


d’un pèse-lettre, à plusieurs centimètres de distance
— ce que les assistants vérifièrent avec un soin extrême
— obligea, à diverses reprises, l’instniment à s’affaisser
comme s’il eut été chargé d’un poids dépassant dans
la circonstance plus de cinquante grammes.
Et cette remarque est loin d’avoir été unique. En de
nombreuses autres circonstances, les expérimentateurs
ont encore constaté des faits analogues, tous vérifiés
avec un attention excluant la possibilité d’infirmer
sérieusement leur parfaite réalité.
A cet égard, l’œuvre de M. de Rochas est donc de la
plus haute importance. Grâce à lui, en effet, une classe
nouvelle de phénomènes jusqu’alors contestés — malgré
l’autorité de quelques savants tels que Crookes, Wallace»
ou cet Alexandre Aksakof, dont le beau livre Animisme
et Spiritism e mérite, dans cette croisade en faveur de
la vérité, une mention particulière, — a désormais pris
un rang dans la science.

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40 LES COULISSES DE L AU-DELA.

rence Cook, le médium de l'esprit matérialisé


Katie King, dont il a obtenu de nombreuses
photographies (1), mais n'a point cherché à
expliquer le phénomène. Il constate, et c'est
tout !
De tels faits, d'ailleurs, ont été relevés expé­
rimentalement par nombre d'autres observa­
teurs.
M. Yveling RamBaud, dans la si curieuse
étude qu'il a écrite sur la Force psychique ,
rapporte un fait de matérialisation particuliè­
rement intéressant survenu en présence de
M. Tissot, le peintre bien connu, au cours
d'une séance donnée par le médium Eglin-
ton.
« Ces matérialisations sont encore d'une durée
assez grande; je n’en veux pour preuve que
le fait suivant: Un jour, M. Tissot vit appa­
raître chez Eglinton une jeune femme qui lui
était chère, morte quelques années auparavant.
En la voyant il s'écria d'abord:
« — C'est bien elle !
« Puis, se remettant peu à peu, il ajouta :

(1) Voir les Nouvelles expériences sur la force psych i­


que par William Crookes, traduction de J. Àlidel, un
vol. in-18, Paris, Librairie des sciences psychologiques,
p. 181 e t ’suivantes.

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L OCCULTISME ET LA SCIENCE 41

« — Je ne lui croyais pas le menton aussi petit


que cela.
« Il prit alors ses pinceaux, esquissa immédia­
tement son image, qui se dédoubla, et derrière
laquelle parut celle d’Eglinton, dont il fit aussi
le portrait. Il questionna son ancienne amie,
mais n’en obtint point de réponse.
« Les mains seules de l’apparition devinrent
lumineuses, du côté de la paume, comme si elle
cachait une lumière pâle. Tout ce que put obtenir
le peintre, c’est un baiser que lui rendit l’appari­
tion.
« Puis la femme évoquée et matéi ialisée, ainsi
que le médium la dédoublant, ontdisparu comme
disparaîtrait une bulle de savon remplie de fu­
mée de tabac qui crèverait tout d’un coup o (1).
Ne convient-il pas de rapprocher de tous ces
phénomènes de matérialisation les faits nom­
breux de vision à distance, de télépathie — pour
employer le terme consacré par la Society for
psychical Research, qui a à sa tête les plus illus­
tres savants d’outre-Manche, — et dontde si nom­
breux exemples sont relevés avec une méthode
toute scientifique dans Phatasm o f the living (2),

(t) Yveling RamBaud, Force psychique, in-4* Paris,


1889, chez Ludovic Baschet, p. 7 et 8.
(2) Phantasm o f the livin g , par F. Gurney et Fr.

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42 LES COULISSES DE l ' à U-DEL à

ainsi quo le constatait naguère M. Ch. Richet


dans un très remarquable article publié dans la
Revue scientifique (1) ?
Pourquoi ces diverses manifestations fantoma­
tiques ne seraient-elles pas des productions même
de la force psychique? M. Camille Flammarion,
astronome connu, estime qu'il en doit être ainsi :
« Deux cerveaux qui vibrent à l’unisson, fus­
sent-ils àplusieurs kilo mètres de distance, écrit -
il dans son beau livre Urames ne peuvent-ils
être émus par une même force psychique?
L'émotion partie d’un cerveau ne peut-elle, à
travers l'éther, de même que l'attraction, aller
frapper le cerveau qui vibre à une distance quel­
conque, demême qu'un son, àtravers une pièce,
va faire vibrer les> cordes d’un piano ou d'un
violon? N'oublions pas que nos cerveaux sont
composés de molécules qui ne se touchent pas
et qui sont en vibration perpétuelle.
« Et pourquoi parler de cerveaux? La pensée
la volonté, la force psychique, quelle que soit sa
nature, ne peut-elle agir à distance sur un être
qui lui est attaché parles sympathiques et indis-

Myers, professeurs à l’Université de Cambridge, et


Franck Podmore Londres, 1886.
(l)Cii. Richet, Les Hallucinations télépathiques
( Revue scientifique) , no du 20 décembre 1890*

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l ’occultisme et la science 43

solubles liens de la parenté intellectuelle? Les


palpitations d’un cœur ne se transmettent-elles
pas subitement au cœur qui bat à l’unisson du
nôtre?
« Devons-nous admettre, dans les cas d’ap­
parition signalés plus haut, que l’esprit du
mort ait réellement pris une forme corporelle
dans le voisinage de l’observateur ? Dans la plu­
part des cas, cette hypothèse ne parait pas néces­
saire. Pendant nos rêves, nous croyons voir des
personnes qui ne sont pas du tout devant nos
, yeux, d’ailleurs fermés. Nous les voyons par­
faitement aussi bien qu’au grand jour, nous leur
parlons, nous les entendons, nous conversons
avec elles. Assurément, ce n’est ni notre rétine '
ni notre nerf optique qui les voit, pas plus que
ce n’est notre oreille qui les entend. Nos cellules
cérébrales sont seules en jeu.
« Certaines apparitions peuvent être objec­
tives, extérieures, substantielles ; d’autres peu­
vent être subjectives : dans ce cas, l’être qui •
se manifeste agirait à distance sur l’être qui
voit, et cette influence sur son cerveau déter­
minerait la vision intérieure, laquelle parait
extérieure, comme dans les rêves, mais peut
être purement subjective et intérieure.
« De mêmequ’unepensée, un souvenir, éveille
dans notre esprit une image qui peut être très

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44 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

évidente et très vive, de même un être agissant


sur un autre peut faire apparaître en lui une image
qui donnera un instant l'illusion de la réalité.
On obtient maintenant expérimentalement ces
faits dans les études d’hypnotisme et de sugges­
tion (1), études qui en sont encore à leurs dé­
buts et pourtant donnent des résultats assuré­
ment dignes de la plus haute attention, aussi
bien au point de vue psychologique qu’au
point de vue physiologique. Ce n’est pas la ré­
tine qui est frappée par une réalité effective, ce
sontles couches optiques du cerveau qui sontex-
citéesparuneforce psychique. C’est l’être mental
lui-même qui est impressionné. De quelle façon?
nous ignorons » (2).

(1) Dans son volume sur les Forces non définies,


M. de Rochas explique de la manière suivante la raison de
cette phase particulière par où passe le sujet endormi et
que caractérise un état marqué de crédulité : « Une lu­
mière vive et subite comme celle du magnésium ou un
rayon électrique peuvent dynam iser les idées que le
sujet a dans l’esprit » (les Forces non définies ,p. 250);
et, quelques lignes plus loin, appliquant cette théorie
à la production spéciale des fantômes, il ajoute: « Les
fantômes perçus dans ¿’obscurité par les enfants et les
poltrons ne softt que la matérialisation de leurs pen­
sées ».
(2) Camille Flammarion, Uranie , 1 vol. in-8. Paris,
1889, chez Marpon et Flammarion, p. 179 et suivantes.

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l ’occultisme et la science 45

En résumé, tout reviendrait à un ébranle­


ment dynamique des molécules cérébrales.
Mais, les phénomènes divers produits par les
médiums ne sont point autre chose, en somme,
que des effets dynamiques. Lorsqu’en présence
du médium Slade, M. le Dr Gibier constate de
l’écriture directe (1) et que M. Harry Alis, qui
l’assistait dans une de ses expériences, surprend
le crayon courant seul à la surface de l’ar­
doise (2),en pleine lumière,la manifestation d’une
force agissante pour produire le fait observé
est tout aussi indiscutable qu’elle peut l’être
dans les actions de déplacements d’objets, ou

(1) Dr Paul Gibier, le Spiritism e (Fakirism e occiden­


tal). Paris, 4889, in-42, chez Octave Doin.
(2) Voici, à titre justificatif, quelques lignes d'une lettre
écrite Iç 21 novembre 1886, au lendemain de la séance à
laquelle nous faisons ici allusion, par M. Harry Alis àM. le
docteur Paul Gibier, lettre dont M. Gibier a du reste pu­
blié le texte entier dans un de ses livres : «À un moment M.
Slade tenait l’ardoise sous la table, mais distante de celle-ci
de cinq ou six centimètres et on entendait écrire. Une parole
de l’un des spectateurs fi f tourner la tête au médium qui
par un mouvement nerveux involontaire avança l’ardoise
sous mes yeux. Durant cette échappée, que j ’évalue à
deux ou trois secondes, j e vis le crayon seul courir ra­
pidement sur Vardoise en traçant des caractères, en­
viron la valeur de trois ou quatre lettres. » Dp Paul
Gibier, A nalyse des choses, essai sur la science fu tu re.
in-18 Paris, librairie E. Dentu.
3.

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46 LES COULISSES DE L'AU-DELA N

que dans les cas de lévitation constatés ou rele


vés aussibienpar M. Gibier que par M.Crookes,
M. de Rochas et nombre d'autres expérimenta­
teurs.
Au surplus, une observation de M. Crookes
vient donuer un appui nouveau à cette opinion
de la valeur dynamique de la force psychique.
Dans les expériences où Ton enregistre des phé­
nomènes de pareil ordre, Ion constate un re­
froidissement particulier qui arrive souvent à
être un vent bien marqué. « Sous son influence,
j'ai vu, dit-il, des feuilles de papier s'enlever et
le thermomètre baisser de plusieurs degré. Dans
d’autres occasions dont je donnerai plus tard
les détails, je n’ai remarqué aucun mouvement
de l'air, mais le froid a été si intense que je ne
puis le comparer qu'à celui qu'on ressent lors­
qu'on tient la main à quelques pouces du mercure
gelé » (1). Mais la théorie mécanique delà cha­
leur nenousapprend-t-ellepas quele travail n'est
rien autre chosequedela chaleur transformée?
S’il y a déplacement d'objets matériels, il y a
bien travail produit, et, par suite, il est tout
naturel qu’il y ait de la chaleur consommée, ce
qui se traduit expérimentalement par un abaisse-
i

(1) W. Crookes, Nouvelles expériences sur la fo rce


psychique, p. 15.

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l ' occultisme et la science 47

ment de la température ambiante, aucune source


productive de calorique ne venant remplacer
celui qui est transformé en travail mécanique.
L'existence de la force psychique est donc
surabondamment démontrée. Quelle est sa na­
ture à présent? Sur ce dernier point, il n’est que
des hypothèses. Si nous nous en rapportons à
M. Chevillard, dont M. A. de Rochas rapporte
l’opinion dans son livre si curieux et presque
introuvable aujourd’hui, les Fo?'ces non
définies (1), la mise en mouvement de l'objet
déplacé serait due à une transmission de l’idée
de l'action volontaire mécanique par le fluide
nerveux du cerveau jusqu’au dit objet qui exé­
cuterait alors l'action en qualité d’organe au­
tomatique lié par les fluides à l’être voulant,
et sans que celui-ci ait la perception de son
acte, en raison justement de ce qu'il ne l’exé­
cute pas par un effort musculaire.
M. de Rochas, du reste, ne partage point cette
manière de voir, et, personnellement, il semble
qu’il pencherait plus volontiers à assimiler la
force psychique à une action électrique.
Dans le chapitre de son livre qu’il consacre
au « déplacement des objets à distance », il

(1) A. de Rochas, les Forces non définies, in-8 chez


Masson, Paris, 4887

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48 LES COULISSES DE l ' à ü -DELA.

écrit, en effet: « Humboldt avait déjà remarqué


(Expériences sur le Galvanisme, p. 150) que
si douze ou quatorze personnes se tiennent par
la main, les deux dernières touchant Tune l'ar­
mature d'un nerf, l'autre celle d'un muscle de
la grenouille, il se produit des contractions dans
l'animal comme lorsqu'il est traversé par un
courant galvanique » (1); et, plus loin, discutant
une théorie de la lévitation (2) de M. le Dr Char-
bonnier-Dehatty attribuant le phénomène à une
répulsion électrique entre le sol et le corps du
sujet dont la densité a été diminuée par le
ballonnement hystérique, après avoir nié la
valeur de la seconde des deux raisons du doc­
teur, M. de Rochas ajoute, parlant de l'action
électrique: « Mais nous ne saurions fixer une
limite aux actions que peuvent produire, en cer­
tains cas, les forces électriques dont nous avons
constaté l'existence dans le corps humain » (3).
N'est-ce pas, en effet, à ces forces électriques
qu’il convient de rapporter tous ces phénomè-

(1) A. de Rochas, Les Forces non définies p. 158.


(2) Les archives religieuses,entre autres, sont remplies
de récits de telle nature où l’on voit des saints, durant
leurs périodes d’extase, s’élever en l’air sans être soutenus
par aucun appui et demeurer ainsi durant un temps plus
ou moins prolongé avant de regagner lentement le sol.
(3) A. de Rochas, loc. c i t p. 183.

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L OCCULTISME ET LA SCIENCE 49

nés attribués àla force psychique, ou mieux, la


force psychique ne serait-elle rien autre chose
qu’une force électrique?
L’électricité, on le sait, — et le fait est en­
seigné couramment dans tous les traités de bo­
tanique, — favorise la germination des plantes.
Or, remarque M. de Rochas, « les magnéti­
seurs disent qu’eux aussi activent la végétation
en magnétisant les plantes, et les fakirs de
l’Inde prétendent faire pousser des végétaux
en quelques heures par la transmission de leur
propre force vitale » (1).
Il y a là une concordance dans les phénomè­
nes valant d’être signalée.

111
L’examen des phénomènes du magnétisme
conduit encore à des conclusions analogues.
D’ailleurs, un lien très étroit les unit à ceux du
spiritisme, et, comme eux, ils semblent éma­
ner d’une force mystérieuse, impondérable,
très réelle cependant, et qui se traduit exté­
rieurement des manières les plus diverses.
Sous l’influence de son fluide particulier, en
effet, le magnétiseur plonge le sujet dans un
état de sommeil plus ou moins profond caracté­
risé par des manières d’être physiologiques
(1) A. de Rochas, Loc. cit., p. 72.

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50 LES COULISSES DE l ’ AU-DELA

spéciales : tantôt son action a pour unique but


de modifier heureusement un organisme af­
fecté; tantôt il s’agit, au contraire, non plus de
traiter lepatient, mais d’utiliser, une fois qu’il est
endormi, ses aptitudes spéciales de lucidité, etc.
Du reste, le pouvoir du magnétiseur sur l’être
magnétisé est très réel, très intense, portant
aussi bien dans le domaine de l’ordre moral que
dans celui de l’ordre matériel, et même va jus­
qu’à produire, tout comme le fait la force psy­
chique des spiritualistes, des phénomènes
d’attraction ou de répulsion et de lévitation.
Rappelons-nous à ce propos les prétentions des
fakirs dont nous parlions à l’instant même.
D’ailleurs, tous les expérimentateurs ont cons­
taté l’action mécanique de l’opérateur sur leur
sujet qui subit dans certains cas une attrac­
tion telle que celui-ci prend des positions en
apparence contradictoires avec les lois normales
de l’équilibre, et même, ainsi que le rapporte
M. Ricard dans le Journal du Magnétisme (n°
de novembre 1840), peut être entièrement sou­
levé dans l’espace. '
Commeut expliquer de semblables phénomè­
nes ?
Tout bonnement en rapportantla production des
forces nécessaires à ces actions, à la force fluïdi-
que psychique si l’on veut, que possède en plus

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^■ 4îs î ?n k î;

, l ’occultisme et la science ' Bi

ou moins grande abondance le magnétiseur.


Sur les individus sensibles, l'aimant produit
. une action analogue à celle du corps humain.
M. de Rochas a observé chez deux de ses sujets,
Paul P. et Emile B., des phénomènes parti­
culiers d'attraction, seulement quand ces sujets
avaient la face tournée à l’est ou à l’ouest (1).
La suggestion transmise au sujet peut égale­
ment concourir à la production du fait, et elle
y concourt en réalité fréquemment.
L’influence tluidique,cependant, est sans con­
teste prépondérante.
Du reste, en dehors des phénomènes d’orien­
tation venant favoriser la production des effets
de l’aimant sur le sujet, il est d’autres observa­
tions — celles de Reichenbach sur Yod et les
effluves odiques — qui concourent pareillement
à appuyer cette présomption.
Ces découvertes du savant viennois se rat­
tachent directement à la question do la polarité
humaine que divers expérimentateurs ont fort
étudiée en ces dernières années.
D’après Reichenbach, il s’échappe des extré­
mités du corps humain, notamment, des efflu­
ves d’un fluide particulier qu’il appelle od9 et que
certaines personnes douées d’une sensitivité
' (1 ) A. de Rochas, les Forces non définies, in-8. Masson
Paris, 1887, p. 114.

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52 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA '

spéciale et qu’il nomme des sensitifs perçoivent


dans l’obscurité sous l’aspect d’une lueur colo­
rée. Les quantités de ce fluide varient avec
l ’état du sujet à un moment donné.
Or* des effluves semblables se constatent à
la surface des barreaux aimantés.
Voilà, n’est-il pas vrai, qui jette un jour sin­
gulièrement précis sur l’observation de M. de
Rochas relative à l’orientation du sujet.
Si l’effluve odique, en effet, est assimilable
au fluide magnétique, ou même n’est avec lui
qu’une seule et même chose, il est naturel de
concevoir que les sensitifs, qui perçoivent si
facilement cet effluve odique, soient influen­
cés par l’action du magnétisme terrestre tout
comme peut l’être un aimant.
Reichenbach l’admet sans hésitation : « Une
personne sensitive doit, pour pouvoir dormir
tranquillement, ou seulement se trouver bien,
être placée de telle sorte qu’en dormant elle ait
la tête au nord et que lorsqu’elle est assise,
lorsqu’elle marche, qu’elle se promène en voi­
ture, son visage soit dirigé vers le sud » (1).
Et, quelques lignes plus loin, complétant sa
théorie, il écrit : « Le globe terrestre agissant
(1) Reichenbach, Résumé des études expérimentales
sur les effluves odiques, traduction de M. A. de Rochas*
Revue d’hypnologie,n* d’octobre 1890, p. 298.

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^OCCULTISME ET LA SCIENCE 53
comme un grand aimant, émet de puissants
effluves qui partent de ses pôles. »
« Or, nous avons vu que tous les effluves
qui viennent de nous, d’une part, ont une ten­
dance vers le sud, et, d’autre part, que les
pôles magnétiques ont une telle action sur les
effluves des pôles isonomes, qu’à grande dis­
tance déjà ils les repoussent. G’est donc le pôle
nord de la terre qui agit jusqu’à notre 48e
degré de latitude et impose à tous nos effluves
cette inclinaison de 10 à 15° vers le sud, que
perçoivent partout nos sensitifs.
« Les esprits éclairés parmi les médecins ad­
mettent depuis plus de cent ans le fait que,
dans beaucoup de maladies nerveuses, des pas­
ses dites mesmériques soulagent dans beau­
coup de cas les malades et leur procurent assez
souvent une guérison radicale; les passes,
nous le savons maintenant, sont tout simple­
ment des effluves que le médecin déverse de
ses doigts sur le malade. Eh bien I c’est un pa­
reil courant odique, mais plus faible, que le pôle
terrestre déverse sur la terre et les hommes ; ce
courant se dirige vers le sud, traverse constam­
ment nos habitations et nous met ainsi sous
l’influence continuelle de légères passes. Les
non-sensitifs ne ressentent pas ce perpétuel
courant, au milieu duquel ils se trouvent ;

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54 LES COULISSES DE l ' a U-DELA

mais il en est autrement pour les sensitifs, et


cela d’autant plus que leur excitabilité est plus
grande » ( ! ) . .
M. TabbéFortin n'a-t-il pas imaginé un appa­
reil, le magnétomètre (2), qui semble enregis­
trer les manifestations fluidiques de nature
odique et, dans une certaine mesure, donne la
démonstration expérimentale de la réalité de
l'hypothèse de Reichenbach ?
Au surplus, il est d'autres observations qui
viennent appuyer la présomption d’une parenté
intime, sinon d’une identité complèto, entre la
nature des fluides odiques et des fluides électri­
ques ou magnétiques. M. de Rochas a établi que
chez un individu suggestionné, alors qu'il était
plongé en état somnambulique, c'est-à-dire sous
l’influence fluidique de son magnétiseur, la
suggestion pouvait être détruite par un cou­
rant voltaïque : « Je donnai à Benoit, en état
somnambulique, la suggestion d'être Henri au
réveil. J'avais alors une pile de deux éléments;
je fis passer le courant de droite à gauche sur la
nuque, le sujet ayant la tête tournée au midi;
j'évoquai ainsi l'idée de Benoit, puis, au bout

(1) Reichenbach, loc. cit. p. 298 et 299.


(2) Voir A. Fortin, le Magnétisme atmosphérique,
un vol. in-16, chez Georges Carré, Paris, 1890.

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¿ ' o c c u l t is m e e t l a SC1EMCE 55
de quelques instants, la suggestion fut complè­
tement détruite» (4).
Après une expérience semblable, n'est-on pas
fondé adm ettre la réalité des courants odiques,
et, au besoin, à voir dans leur existence même
k raison toute naturelle desactions dynamiques
du magnétisme, jusque et y compris les phéno­
mènes de lévitation : « 11 n’est point absurde
de supposer que l'organisme humain peut dé­
velopper, dans certains^cas, sous certaines lati­
tudes, des* courants qui, parallèles au grand
courant terrestre et de sens contraire, en se­
raient repoussés avec une, force suffisante pour
contrebalancer le poids du corps (2). »
La chose, en somme, n'est pas en soi plus
extraordinaire que cette orientation nouvelle
que le magnétisme imprime aux cellules céré­
brales du magnétisé et qui produit chez ce
dernier, à la volonté de l’opérateur, une trans­
formation si complète de sa personnalité qu’il
oublie absolument la notion de son identité
propre pour revêtir celle d'un autre individu, et
cela alors même qu’il a cessé d’être plongé
dans le sommeil.
Mais n’est-ce point là tout simplement, trans­

it) A de Rochas, les Forces non définies, p. 226


(2) A. de Rochas, les Forces non définies, p. 364.

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56 LES COULISSES DE l 'AU-DELA

portée dans la vie pratique, l'expérience que


réalisent endormis les médiums à incarna­
tion ? *
Chez les sujets suggestibles, le magnétiseur
joue le rôle de guide du médium, et son influ­
ence est parfois si grande que Ton a pu préten­
dre, non sans apparence de raison, que le libre
arbitre de l'individu suggestionné était annihilé
au point de le rendre incapable de résister à
l'ordre reçu, même fut-il criminel.
En dépit de certains tribunaux qui. ont admis
cette dernière façon de voir, de nombreux sa­
vants et magnétiseurs estiment, il est vrai, qu'il
n'en est rien, mais que le sujet n’obéit entière­
ment àla suggestion qu’autant que cela lui con­
vient.
« La suggestion criminelle est très probléma­
tique. On a confondu avec elle certaines impul­
sions irrésistibles morbides — vols aux étalages
des boutiques par de riches mondaines hystéri­
ques, assassinats par des épileptiques... Tout
. au plus, la suggestion hypnotique répétée pour­
rait-elle aiderau développement de ces tendances
chez les dégénérés. On a encore confondu avec
elle l'influence du fort sur le faible. Ce mélange
bizarre de notions différentes rendvraisembla-
¿/e(??j cette fabuleuse et récente histoire du tri­
bunal d’Helsingborg où tous les témoins étaient

Di ■ by »ogle
L OCCULTISME ET LA SCIENCE 57

suggestionnés — pourquoi pas les juges? — ce


qui est tout bonnement absurde » (i).
Ces critiques formulées publiquement devant

(1) En dépit, cependant, de ces observations présentées


par un jeune publiciste peu renseigné devant les membres
du Congrès magnétique international de 4889, la sug­
gestion criminelle « envisagée au point de vue des
faux témoignages suggérés » existe réellement. Et il
en est justement ainsi parce qu'en matière d’ins­
truction judiciaire, le faux témoin n’est pas tou­
jours un témoin malhonnête, mais bien souvent un
irresponsáble affirmant réel, en toute sérénité de cons­
cience, un fait manifestement inexact mais dont l’exis­
tence a été objectivée pour son cerveau soit par des
questions maladroites du magistrat instructeur,soit par
des suggestions de personnages intéressés, soit plus
simplement encore par l’influence inconsciente du mi­
lieu ambiant.
C’est qu’en effet, et il convient de ne pas l’oublier,
les causes les plus diverses peuvent concourir à créer la
suggestion, qui n’est en som m e rien autre chose que
la substitution d’un ébranlement commandé dans un
sens déterminé des cellules cérébrales du sujet sugges­
tionné, à l’ébranlement primitif enregistré parces
dites cellules frappées désormais d’anesthésie plus ou
moins profonde vis-à-vis de la première impression
recueillie.
Et c’est ainsi, pour bizarre que le fait puisse paraître,
que certains individus — les enfants, les femmes,
plus particùlièrement, — mentent parfois si sincère-*
ment, e t dans les circonstances les plus graves.

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88 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA 1
■î

les membres du Congrès magnétique interna­


tional tenu à Paris en 1889, sont la meilleure
des réponses, malgré leur absolutisme exagéré,

S’il n'en était de la sorte, au reste, comment pourrait-


on expliquer ces continuelles contradictions relevées
entre les témoignages de l’instruction et ceux'apportés
à l’audience ?
Aussi bien, d’ailleurs, cette réalité de la possibilité
de provoquer par suggestion de faux témoignages est
elle si bien établie scientifiquement qu’au Congrès
d*Anthropologie criminelle tenu à Genève durant le
mois de septembre 1896, sur la proposition de M. le
Dr Bérillon fut adopté le vœu suivant dont en raison de
son importance extrême nous croyons utile de repro­
duire les entières dispositions.
« D’une série de faits observés et provoqués expéri­
mentalement par nous, nous croyons pouvoir déduire
les conclusions -suivantes :
« 1* Un assez grand nombre d'individus présentent
normalement, à l’état de veille, et sans manœuvres
préalables d’hypnotisation, une telle suggestibilité qu’il
•erait possible de leur faire commettre sous l’influence
d’une suggestion verbale, sans qu’ils en aient conscience
et sans qu’ils puissent résister, des faux témoignages
délictueux ou criminels.
« 2o Dans le cas où il serait démontré par un exa­
men psychologique ressortissant d’une expertise médico-
légale, que le faux témoin a accompli le faux témoi.
gnage sious l’influence d’une suggestion, il devra être
appelé à. bénéficier de l’article 64 du Code pénal fran­
çais qui dégage la responsabilité de <ceux qui auront
agi sans responsabilité. *

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l ' occultisme et la science 59
(absolutisme sur lequel nous nous expliquons
d'ailleurs en notre dernière note), à ces affirma­
tions de^ hypnotiseurs qui se prétendent en
« 3° Il appartiendra aux magistrats de tenir compta,
dans leur interrogation, de l'extrême suggestibilité
d'un grand nombre d'individus, suggestibilité encore
augmentée sous l'influence de l’intimidation et de
se mettre en garde contre la possibilité de suggérer
&ces témoins les réponses qu'ils auront à faire. Le
magistrat devra interroger le témoin sans lui faire
pressentir sa propre opinion, sans exercer aucune pres­
sion sur son esprit.
« 4° Les défenseurs auront le devoir de tenir compte
des faits où la suggestion joue un rôle, de surveiller
avec soin les influences qui ont pu agir sur tel ou tel
témoin et d'appeler sur ces questions l’attention des ju­
rés et des magistrats.
« 5° La possibilité de provoquer les phénomènes
d'altération de la mémoire aboutissant à la constitu­
tion d'un faux témoignage existant aussi bien à l'état
de veille qu'à l'état d'hypnotisme, ces faits rentrent
dans le domaine des faits psychologiques normaux. 11
n’y a donc pas lieu de songer à les soumettre à une ré­
glementation légale.
« 6° L'article 365 du Gode pénal français a prévu le
délit de subornation des témoins et un arrêt de la Cour
de Cassation de Paris, du 7 décembre 1883, a précisé le
caractère du délit dans les termes suivants : « La subor­
nation des témoins est un fait délictueux, sui generis ,
qui existe indépendamment des circonstances consti­
tutives de la complicité ordinaire spécifiée dans l'article
60 du Gode pénal, par cela seul qu'il y a eu emploi de

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60 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

toute occasion et dans toute mesure les maîtres


absolus de leurs sujets.
Le temps n’cstplus, en effet, où l’on croit à

suggestions ou excitations dolosives adressées à des


personnes appelées à déposer sous la foi du serment et
de nature à les amener â faire des déclarations con­
traires à la vérité. » ,
« Ces dispositions pénales constituent, à notre avis,
un moyen de répression suffisant contre l’auteur de sug­
gestions faites systématiquement dans le but de pro­
voquer un faux témoignage.
« 7° Enfin une dernière conclusion s’impose. Nous
jugeons aujourd’hui avec une grande sévérité les man­
dataires de la justice qui, pour arracher les aveux des
accusés ou influencer les déclarations des témoins,
n’hésitaient pas, dans les siècles passés, à recourir aux
ordalies, aux tortures, aux questions ordinaire et ex­
traordinaire. La connaissance des états psychologiques
analogues à l’hypnotisme nous a appris que la con­
trainte psychique pouvait, non moins que la contrainte
physique, provoquer l’accomplissement d’actes exécu­
tés irrésistiblement, avec toutes les apparences de la
liberté. Il n’est pasplus légitime pour un magistrat d’exer­
cer une contrainte psychique qu’il ne le serait d’exer­
cer une contrainte physique. C’est pourquoi nous
pensons que le Congrès d’Ànthropologie criminelle
pourrait contribuer à la réalisation d’un véritable pro­
grès en émettant le vœu suivant :
« Le Congrès d’Ànthropologie criminelle de Genève,
pour éviter les abus maintes fois signalés, et en par­
ticulier les faux témoignages suggérés, qui peuvent

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L OCCULTISME ET LA SCIENCE 61
la puissance indéfinie du magicien asscrvis-
sant, grâce à sa science néfaste, ou mieux
grâce à la puissance de son fluide magnétique,
l’individu dont il veut faire son esclave.
A l’heure présente, nous connaissons la rai­
son vraie du mystère, et nous en avons exacte­
ment mesuré la grandeur.

IV

Quel est, maintenant, le problème de la vie ?


« C’est, répond sans hésitation M. Louis
Lucas, le mouvement, le dynamisme.
« Le m o u v e m e n t libre, simple, fait la base de
notre organisation. Il n’y a pas si petite partie
de ce mouvement qui ne puisse s’ajouter l’une
à l’autre ; puis se condenser, se tendre, en
manifestant à nos sens, non seulement les trois
grandes phases distinctes, apparentes, de l’élec­
tricité, chaleur, lumière ; mais encore des pha-

résulter de pressions morales exercées, dans le cours


des instructions judiciaires, sur des personnes douées
d’une grande suggestibilité, émet le vœu que l'instruc­
tion secrète soit remplacée, dans toutes les législations,
par une instruction contradictoire».
On sait que depuis lors une réforme dans ce sens a
été réalisée en France par le législateur.
4

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62 LES COULISSES DE l ’AU-DELA

ses importantes, quoique intermédiaires, dont


nous ne savons bien ni reconnaître ni constater
la valeur organique. De même qu’un corps
quelconque, animé ou non, revêt des couleurs '
pour nos sens, de même un organisme revêt les
phases apparentes du m o u v e m e n t élémentaire
libre, qui sont appelées et classées par nous
sousle nom d’électricité, chaleur, lumière (1) ».
Comme Hippocrate, M. Louis Lucas est per­
suadé qu’à la base de la vie, présidant à tous
les actes physiques et psychiques de l’être
humain, se trouve la force, toujours de même
essence, toujours une, comme la matière elle-
même, suivant les alchimistes et bon nombre
de nos modernes savants. Ce qui caractérise
l’état de vie,.c ’est la tension du mouveme
accumulé dans l’orgihisme, et, ajoute-t-il en­
core, « la puissance animale suit la puissance
de la tension, en des limites déterminées par
l’équilibre de ces organismes. Voilà pourquoi
un simple coup d’épée, la balle d’un pistolet ;
dont les ouvertures présentent quelquefois si
peu d’importance, suffisent pour laisser épan­
cher au dehors cette tension . singulière qui
nous donne la vie (2) ». *
(1) Louis Lucas, la Médecine nouvelle, 2 vol. in-18,
Paris 1863 chez Savy, 1.1, p. 84.
(2) Id., Ibid. 1.1, p. 121.

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L’ OCCULTISME ET LA 8C1ENCK 63

De telles théories, pour subtiles qu’elles pa­


raissent à un premier examen, ne laissent pas
de se pouvoir défendre avec des arguments
réellement séduisants.
Dans Essai de physiologie synthétique (1),
M. Gérard Encausse, — qui lui aussi estime
avec M. Louis Lucas que l’organisme est « un
ensemble de machines spéciales, convergeant
vers un but commun, auxquelles se trouve
jointe la tension centrale qui est la base de
l’existence des êtres vivants » (2) — s’est attaché
à rechercher les lois simples du fonctionne­
ment vital, et aussi à démontrer que partout,
dans l’être humain, les processus biologiques
sont les mêmes.
«Nous sommes amenés à déterminer dans
l’homme, écrit-il, l’existence de diverses cir­
culations qui répondent toutes h un schéma
unique. La circulation du sang, la circulation
de la lymphe, la circulation du fluide nerveux,
présentent entre elles des rapports d’identité
curieux, rapports qui sc retrouvent jusque
dans les circulations adjointes comme la circu­
lation de l’air, celle des aliments et toutes les
circulations excrétoires. -
« Partout nous voyons un centre de fabri-
(1) Un vol. in.8, chez Georges Carré, Paris, 1891
(2) Louis Lucas, la Médecine nouvelle, p. 126,1.1.

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64 LES COULISSES DE L?AU-DELA.

cation, un centre de condensation et des con­


duits centripètes et centrifuges» (1).
D'après lui, en cflet, — et des idées analo­
gues ont également été professées par un mé­
decin viennois, Jean Malfatti de Montereggio,
qui a exposé sa doctrine dans un livre aujour­
d'hui rarissime, la Mathèse (2), — dans la
partie active de l'organisme humain, il existe
trois grands centres, possédant chacun ses
membranes particulières propres : le Ventre,
la Poitrine, la Tête, et qui présentent des de­
grés divers de différenciation. ^
Au Ventre, revient le rôle de fabriquer la
Matière nécessaire à Porganisme général.
Dans la Poitrine, s’élabore la Force qui
sera elle-même dynamisée par le cerveau.
« Fabriquer et mettre en réserve la Matière
en bas, condenser et mettre en réserve la
Force en haut ; enfin répandre, par l’action des
organes situés au centre, cette Force partout :
voilà, résumées en quelques lignes, les fonc­
tions principales des trois grands segments hu­
mains. Ajoutez une division supplémentaire
située dans les caves (portion extra-péritonéale)
(1) Gérard Encausse, Essai de physiologie synthéti­
que^ in-8, chez Carré, Paris, 1890, p. 7.
(2) Jean Malfatti de Montereggio. la Mathèse, Paris,
1839, in-8, traduit par Ostrowski.

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l ’occultisme et la science 65
pour la vidange des matériaux usés ou inutiles
et pour la reproduction de L’être, et vous au­
rez une idée complète, quoique générale, delà
question » (1).
Mais, n’est-ce pas là une application mani­
feste à la physiologie de cette ternaire
si chère aux occultistes?
Il en est justement si bien delà sorte que nous
voyons dans YInitiation, M. Papus appliquer à
cette même conception ternaire de l’organisme
les lettres du tétragramme sacré vau,
hé).
« En haut, le monde de Vidée comprenant
le cerveau et ses ganglions, le cervelet et la
circulation psychique. Ce monde correspond à
la lettre iod.
« Au milieu, le monde de la Vie, comprenant
les poumons, le cœur, les organes de circulation
avec le grand sympathique comme centre de
réserve du corps astral (fluide nerveux mis en
réserve). Ce monde correspond à la lettre vau,
qui veut dire lien.
« En bas, entre le diaphragme supérieure­
ment et le péritoine inférieurement, le monde
de la Matière comprenant les organes situés dans
l’abdomen et les réservoirs matériels de l’orga-

(1) Gérard Encausse, toc. cit. p. 109.


. 4.

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66 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

nisme. Ce inonde correspond à la lettre » (1).


Et, quant au second hé, ajoute l’auteur de
la remarque que nous venons de rapporter, il
représente les centres de transition, de généra­
tion d’un inonde à l’autre, soit, dans l’être hu­
main, les organes extra-péritonéaux, la division
supplémentaire, accessoire de l’individu.
Il n’y a pas à aller contre, cette fois, la science
mystérieuse etle savoir académique communient
sous de mêmes espèces et le physiologiste ap­
pelle à son secours le prêtre de Moïse.
Puissent-ils tous deux, quelque jour, nous
montrer grande ouverte la porte cachée du su­
perbe Inconnu, nous dévoiler enfin le secret de
la Vie et de l’Être.
V
Les éludes les plus diverses, nous le voyons
donc, suivent à l’occasion une marche parallèle,
et, souvent aussi, elles sont susceptibles de se
prêter un mutuel appui.
Aussi, est-ce bien avec juste raison que M. de
Saint-Yves d’Alveydre a pu dire: I l n'y a pas
de sciences occultes, il n'y a que des sciences
occultées t
(i)Papus, la Science occulte,appliquéeauxsciences ex­
périm entales. (Initiation, 3« année, n‘ 1 octobre 1890
p.15.)

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L OCCULTISME ET LA SCIENCE 67

Le hasard, le merveilleux, non plus que le sur­


naturel n'existent.
Souvent, la cause prochaine des choses nous
échappe, et c’est alors que nous crions au mi­
racle.
L’étude prudente des phénomènes ramène les
feits sous leur angle véritable.
'Entre la Science des Initiés et le Savoir des
Dignitaires Académiques, la'barrière est donc
vraisemblablemt moins élevée qu’on ne serait
à un premier aspect tenté de croire.
La Vérité, c’est que toutes les Sciences,
buelles soient-elles, sont bien sœurs.
L’avenir se chargera do démontrer leur in­
déniable parenté... *

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Les Frontières de FAu-delà

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LES FRONTIÈRES DE L’AU-DELA

Par Dieu ! notre époque est bien la plus in­


vraisemblable du monde, et, comme le disent
volontiers les très grandiloquents héros des ro­
mans de cape et d’épée: «Nous vivons en des
temps fort étranges!... » "
Qui jamais, en vérité, sè serait imaginé
qu’en ce siècle de scepticisme, de positivisme
et de praticisme à outrance, le merveilleux, la
croyance vive aux choses de l’invisible, pou­
vaient rencontrer leurs fidèles ?
Il en est ainsi, cependant, et, pour extrava­
gant que cela doive paraître à un premier as­
pect, il n’en est pas moins certain que jamais
autant qu’aujourd’huile mystère ne s’est vu à la
mode. Tous, sans exception, les initiés comme
les profanes, les ignorants comme les gens ins­
truits, s’inquiètent à l’occasion du troublant
problème de l’Au-delà, et chacun, curieuse­
ment, se préoccupe de ce qui existe derrière le
Voile.

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7£ LES COULISSES DE l ’à U-DELA

Or, les hommes de science, en ce pourchas


de YInconnu, sont en somme les plus passion­
nés.
Le fait a sa valeur !
Il n’y a point encore longtemps, en effet, pas
un savant n’eût un seul instant voulu pour rien
au monde permettre de laisser supposer qu’il
pût être capable de s’intéresser à des recher­
ches au moins vaines, sinon charlatanesques.
Accepter comme possible l’existence de forces
agissantes quelconques, d’essence différente de
celles enregistrées matériellement chaque jour,
eût été, do parti pris, vouloir se compromettre
d’irrémédiable manière en l’esprit de tous, et
simplement serait revenu à gratuitement solli­
citer la délivrance d’un quasi-brevet de dé­
mence.
Le vrai savoir ne pouvait et ne devait avoir
rien de commun avec Yinexpliqué inexplica -
ble / Et c’est ainsi, par exemple, que le magné­
tisme, le somnambulisme, le spiritisme, etc,
passaient pour être seules œuvres de fripons,
bonnes, tout au plus, à duper une foule igno­
rante et badaude.
Que les temps aujourd’hui sont changés! A
présent, tout au contraire des errements an­
ciens, l’on admet à priori que rien n’est en soi
impossible, malgré les apparences, et nombreux

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LES FRONTIÈRES DE AU-DELA 73
sont les expérimentateurs, et des plus autorisés,
qui, faisant en cela d’ailleurs véritable preuve
d’un judicieux esprit critique, ne dédaignent
point de consacrer leurs peines à poursuivre
la vérité dissimulée sous les apparences du
miracle.
Aucun phénomène n’échappe maintenant à
l’analyse scientifique, et le domaine de l’extra­
naturel, plus qu’aucun autre peut-être, se voit
l'objet d’audacieuses inquisitions.
Le professeur Crookes, l’un des premiers
physiciens de ce temps, le découvreur de la
matière radiante et du métal thallium , étudie
en son laboratoire la force psychique, qu’il me
sure soigneusement à l’aide d’appareils enregis­
treurs. Semblablement encore, en Angleterre,
sirAlfred Russel Wallace, le naturaliste qui, avec
Darwin, partage la gloire d’avoir fait triom­
pher la doctrine de l’évolution, examine avec
non moins de sagacité et de méthode les multi­
ples manifestations spirites, dont il défend la
réalité dans un livre remarquable, Les Mira­
cles et le Moderne Spiritualisme (1). Et ce sont
pareillement des savants connus, des gens de

0 ) Alfred Hussel Wallace, Les miracles et le mo­


derne spiritu alism e , un vol, in-8. Librairie des Science*
psychologiques, Paris,1892.
5

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74 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

lettres, des médecins, des physiologistes, des phi­


losophes, qui, réunis en société, — Society fo r
psychical Researchs, — procèdent à des enquê­
tes minutieuses sur tousles phénomènes réputés
surnaturels, — apparitions fantômes, pressen­
timents, etc., — enquêtes consignées dans les
Proceedings o f the Society for psychical Re­
searchs et qui ont fourni la matière à l’un des plus
curieux et en même temps des plus hardis vo­
lumes que l’on ait jamais imprimés,
tasms o f the Living,dont M. Marillier
do conférences à l’École des Hautes Études, a
fait paraître naguère, sous le titre les Halluci­
nations télépathiques (1), un résumé substan­
tiel.
En France, on effet, l’on assiste également à
une même évolution. L’hypnotisme et ses mul:
tiples manifestations font l’objet des travaux
de nos médecins les plus réputés ; à tous ins­
tants, les tribunaux s’enquièront au sujet delà
réalité dos faits de suggestion, ot les prétoires
des cours d’assises deviennent à l’occasion de
véritables succursales de l’Ecole de médecine.
Le Magnétisme devant la loi existe bel et bien,

- Gurney, Myers et Podmorc. Les Hallucinations


télépathiques, traduit et abrégé de Phantasme o f the
living, par L. Marillier, avec une préface de M. Ch.
Richet ; un vol. in-8, chez Félix Alcan, Paris. 1892.

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LES FRONTIÈRES DE l ' AU-DELA 75
et des docteurs écrivent à son propos. Bien
mieux, tout comme en Angleterre, il s'est fondé
chez nous une «Société de psychologie physiolo­
gique », société dont font partie, entre autres,
MM : Sully-Prudhommo, de l'Académie fran­
çaise ; G. Ballet, agrégé à la faculté de méde­
cine de Paris ; Beaunis, professeur à la faculté
de médecine de Nancy ; L. Marillier, maître de
conférences à l'École polytechnique; le Dr X.
ï)ariex, etc., et cette société possède une revue
infiniment curieuse, les Annales des Scien­
ces psychiques (1),uniquement consacrée à l'exa­
men scientifique des choses dites del'au-delà.
M. Lombroso, le célébré criminaliste italien,
après des expériences bien peu probantes, ce­
pendant, s'est déclaré convaincu de la réalité
des phénomènes spirites; le savant russe Aksa-
koff s’occupe aussi de semblables recherches
dont il consigne les résultats en son journal
Psychiche studien> qui parait régulièrement
depuis plusieurs années. A l'heure présente, la
preuve en est donc bien faite, les gens de science
sont unanimes à reconnaître qu'il convient de
ne pas repousser à priori tout fait dont la rai-

(i) Annales des Sciences psychiques. — S ix n u m é r o s


par a n n é e , p u b lié e s so u s la d ir e c tio n du Dr D a r ic x , ch ez
Félix A lc a n , é d it e u r , à P a r is. ‘

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7G LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

son première échappe pour l’instant à notre


analyse. Demain ne peut-il en effet révéler le
mystère d’aujourd’hui?
Quoiqu’il en soit, en attendant que les fron­
tières du domaine inconnu aient été complète­
ment explorées, un certain désarroi est apporté
au beau milieu des croyances positives, unani­
mement admises il y a peu encore, et chaque
jour voit s’accentuer cet état particulier d’incer­
titude de la science du momént. ‘
Comment, du reste, pourraît-il en être autre­
ment quand l’on voit des expérimentateurs d’une
autorité reconnue publier, comme M. le colonel
A. de Rochas, des livres où toutes les théories
officiellement admises sont bel et bien démon­
trées insuffisantes et purement empiriques.
On ne saurait, en effet, imaginer une œuvre
plus troublante que ces Etats profonds de VHyp­
nose (1), œuvre qui n’est rien autre, cependant,
que l’étude rationnelle et sagace des phases ma­
gnétiques déjà reconnues depuis longtemps par
les anciens magnétiseurs, phases par lesquelles
passent plus ou moins rapidement, suivant leur
état particulier de sensibilité ou mieux « d’im-

(1) Lieutenant-colonel de Rochas d'Aiglun. Les


États profonds de l'hypnose ; Paris, Chamuel, in-8,
1892.

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LES FRONTIÈRES DE L’AU-DELA 77
pressivité », les sujets plongés dans un sommeil
somnambulique de plus en plus intensifié.
C’est un fait actuellement parfaitement éta­
bli, en dépit de ce qu’on en pense généralement,
que la vie de l’homme se peut fort bien pour­
suivre durant des temps fort longs et sans incon­
vénient aucun en des états d’ordinaire réputés
anormaux. Tout le monde a plus ou moins
entendu parler de ces merveilleuses expériences
accomplies par les yogliis de l’Inde, qui, à la
suite d’un entraînement particulier, arrivent à
pouvoir se passer durant plusieurs semaines de
l’airatmosphérique, de nourriture et de boissons,
et se livrent ainsi volontairement, à la façon de
nos chauves-souris ou de nos hérissons, à de vé­
ritables hivernages prolongés, au bout desquels
ilsrevienent à l’existence normale (1). De tels ré-

0 ) C hez l e s Y o g u is in d o u s , q u i s o n t d e s r e lig ie u x d ’u n
ordre b r a h m a n iq u e v iv a n t e n a s c è te s s o lita ir e s d a n s le s
bois o u s u r le s m o n ta g n e s , u n se m b la b le e x e r c ic e n ’e s t
en effet p o in t r a r e , e t il a r riv e a s s e z fr é q u e m m e n t q u e
l’on r e n c o n t r e p a r m i e u x d e s s u je ts c a p a b le s de r iv a lis e r
de s e m b la b le fa ç o n a v e c n o s m a r m o tte s e t a u tr e s a n i­
m au x h ib e r n a n ts . E t, il e n e s t si b ie n a in s i q u ’il e x is t e
un t r a ité d u yo g a , c ’e st-à -d ir e d e l ’a r t e m p lo y é p a r le s
e x ta tiq u e s in d o u s p o u r s ’a b s te n ir d e m a n g e r e t d e r e s ­
pirer p e n d a n t u n te m p s c o n s id é r a b le , tr a ité q u i f u t p u ­
. blié il y a q u e lq u e s a n n é e s p a r M. le d o c te u r N o b in
C h a n d er P a u l a s s is ta n t c h ir u r g ie n m ilita ir e a u x In d e s,

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78 LE» COULISSES DE l/AU-DELA
cita, à un premier aspect, peuvent paraître au
moins invraisemblables. L’examen attentif des
phénomènes produits dans l’organisme par l’in-

C et é ta t sp é c ia l d ’a r r ê t d e la v ie p o r te ch ez l e s y o g u is
le n o m d e samddhi et s ’o b tie n t, p a r a lt-il, par un
c é d é s p é c ia l d ’a u to -liy p n o tis a lio n .
samprajna
« Il y a d e u x v a r ié té s d e s a m ù h d i. a p p e lé e s
et asamprajna, Yoga M. A.
r a p p o rte d’a p rès le tr a ité d u
d e R o ch a s d a n s s e s États profonds de l’hypnose (ch ez
l ’é d ite u r C h a m u e l). L e c o lo n e l T o w n se n d , q u i p o u v a it
a r r ê te r le m o u v e m e n t d e s o n cœ u r e t de ses a r tèr es à
v o lo n té e t m o u r ir o u e x p ire r à s o n g ré p u is revivre',
é t a it u n e x e m p le d e samprajna samddhi. L es y o g u is
d e J e s s e lin e r e , d u P u n ja h e t de C a lc u ta , q u i e n t r a ie n t
d a n s u n é t a t p a r e il à la m o r t e n a v a la n t le u r la n g u e , e t
q u i n e p o u v a ie n t p as r ep ren d re la v ie à v o lo n té , é t a ie n t
d e s e x e m p le s d'asamprajnasamdhdi; ils n e p o u v a ie n t
r e s s u s c ite r q u ’a v ec l ’a id e d ’a u tr e s p e r s o n n e s q u i r e t i­
r a ie n t la la n g u e e n f o n c é e d a n s le p h a r y n x et la r e m e t ­
t a ie n t à s a p la c e n o r m a le . »
D e n o m b r e u x t é m o in s a y a n t v é c u e n O rien t — e t p a rm i
eux o n p e u t c ite r le p h y s io lo g is te a lle m a n d P r e y e r , le
d o c te u r E. S ie r k e , d e V ie n n e , le n a tu r a lis te H œ c k e l, sir
C la u d iu s W a d e , m in is tr e r é s id e n t a n g la is à L a h o r e , e t lè
d o c te u r a u tr ic h ie n H o n ig b e rg e r q u i, p lu sie u r s ann ées
d u r a n t, r e m p lit le s fo n c t io n s d e m é d e c in p a r tic u lie r
p r è s d e R u n je t-S in g ,r a ja h d e L a h o r e —- o n t r a p p o r té d es
r é c its a u th e n tiq u e s de c a s d e m o r t a p p a r e n te p r o lo n g é e
e t d a n s le s q u e ls la v ie fu t r a p p e lé e c e p e n d a n t d e fa ç o n
p a r fa ite .
V o ic i, e n tr e a u tr e s , le r a p p o r t q u ’a fa it le d o c te u r H o-

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LES FRONTIÈRES DE l/A U -D E L A 79
fluence somnambulique démontre cependant
qu'iJs sont, en réalité, beaucoup moins hypothé­
tiques qu’on pourrait être tenté de le croire.
n ig b erg er — q u i fu t té m o in du fa it — à p ro p o s du r a p p e l
à l ’e x is te n c e , a p r è s u n h iv e r n a g e d ’e n v ir o n deux mois ,
d’un v o g u i c h e z le q u e l to u te s le s fo n c tio n s v ita le s , la
resp ira tion c o m p r is e , é t a ie n t si b ie n su s p e n d u e s , q u e le
patient a v a it p u ê tr e e n te r r é d u r a n t p r è s d e s o ix a n t e
jours d a n s u n c a v e a u , so u s q u a tre p ie d s d e te r r e .
« Au b o u t d e s ix s e m a in e s , te r m e c o n v e n u p o u r l ’in ­
h u m a tio n , u n e a fflu e n c e a c c o u r u t su r le lie u d e l ’é ­
v én em en t. L e r a ja h fit e n le v e r la te rr e g la is e qu i m u r a it
la porte e t r e c o n n u t q u e so n c a c h e t, qui la f e r m a it , é t a it
intact.
« On o u v r it la p o r te , la c a is s e fu t so r tie a v ec so n c o n ­
tenu, e t q u a n d il fu t c o n s ta té q u e le c a c h e t d o n t e lle
avait été s c e l l é e , é ta it é g a le m e n t in ta c t, o n l ’o u v r it.
« Le d o c t e u r I lo n ig b e r g e r fît la r e m a r q u e q u e le lin ­
ceul é ta it r e c o u v e r t de m o is is s u r e s , ce q u i s ’e x p liq u a it
par l’h u m id ité d u c a v e a u . Le co rp s d u s o lita ir e , h iss é
hors de la c a is s e p a r s e s d is c ip le s ,e t to u jo u r s e n to u r é d e
son lin c e u l, fu t a p p u y é c o n tr e le c o u v e r c le ; p u is, sa n s
le d é c o u v r ir , o n lu i v e r s a d e l ’e a u c h a u d e s u r le tè te .
Enfin, o n le d é p o u illa d u su a ir e q u i l ’e n v e lo p p a it, a p rès
en avo ir v é r ifié e t b r isé le s s c e llé s .
« A lo rs, le d o c te u r H o n ig b e r g e r l ’e x a m in a a v e c s o in .
Il était d a n s la m ê m e a ttitu d e q u e le j o u r d e l ’e n s e v e lis ­
sem en t, s e u le m e n t la tê te r e p o sa it su r u n e é p a u le . La p ea u
était p lis s é e ; l e s m e m b r e s é t a ie n t r a id es. T o u t le co rp s
était fr o id , à l ’e x c e p tio n d e la tè te q u i a v a it é té a r r o s é e
d’eau c h a u d e . L e p o u ls n e p u t ê tre p e r çu a u x r a d ia le s
pas plu s q u ’a u x b ras n i a u x te m p e s . L’a u s c u lta tio n du

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80 LES COULISSES DE l ’ à U-DELA

.Les expériences, au surplus, sont là nom­


breuses, qui viennent en fournir la réelle et
quasi irréfutable preuve.
c œ u r n ’in d iq u a it a u tr e c h o se q u e le s ile n c e d e la m o r t.
« L a p a u p iè r e s o u le v é e n e m o n tr a q u ’u n œ il v itr e u x
e t é t e in t c o m m e c e lu i d ’u n c a d a v r e .
« L es d isc ip le s et le s s e r v ite u r s la v è r e n t le c o r p s e t
f r ic tio n n è r e n t le s m e m b r e s . L ’u n d e u x a p p liq u a su r
le c r â n e d u y o g u i u n e c o u c h e d e p â te d e fr o m e n t c h a u d e
q u e l ’o n r e n o u v e la p lu sie u r s fo is, p e n d a n t q u ’u n a u tr e
d isc ip le e n l e v a i l le s ta m p o n s d e s o r e ille s e t du n e z e t o u ­
v r a it la b o u ch e a v ec u n c o u te a u . H a rid è s, — c ’é t a it le
n o m d u y o g u i, — se m b la b le à u n e s ta tu e d e c ir e , n e d o n ­
n a it a u c u n sig n e in d iq u a n t q u ’il a lla it r e v e n ir à la v i e .
« A p rès lu i a v o ir o u v e r t la b o u c h e , le d isc ip le lu i p r it
la la n g u e e t la r a m e n a d a n s s a p o s itio n n o r m a le , o ù il la
m a in t in t , c a r e lle te n d a it sa n s c e s s e à r e to m b e r s u r le
la r y n x . O n lu i fr ic tio n n a le s p a u p iè r e s a v e c d e la g r a is s e
e t u n e d e r n iè r e a p p lic a tio n d e p â te c h a u d e f u t f a it e su r
la t ê te . À ce m o m e n t le co rp s d e l ’a s c è te fu t s e c o u é p a r
u n t r e s s a ille m e n t , se s n a r in e s se d ila tè r e n t, u n e p r o fo n d e
in s p ir a tio n s ’e n s u iv it, so n p o u ls b a ttit le n t e m e n t e t s e s
m e m b r e s tié d ir e n t.
« U n peu de beurre fo n d u fu t m is su r la la n g u e e t
a p r è s c e tte s c è n e p é n ib le , d o n t l ’issu e p a r a issa it d o u te u s e ,
le s y e u x r e p r ir e n t t o u t à co u p le u r é c la t.
« L a r é s u r r e c tio n du y o g u i é t a it a c c o m p lie ; il a v a it
fa llu u n e d e m i-h e u r e p o u r le r a n im e r . »
Il e s t à r e m a r q u e r q u ’en c e s d e r n iè r e s a n n é e s u n p h y s io ­
lo g is te d e s p lu s d is tin g u é s . M. le p r o fe se u r L a b o r d e , a p r é ­
c o n is é so u s le n o m d e « p r o c éd é d e la la n g u e », p o u r r a m e ­
n e r à la v ie to u s le s s u je ts e n é ta t d e m o r t a p p a r e n te p ar

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LES FRONTIÈRES DE L*AU-DELA 81

Dans un livre des plus remarquables, Au­


tomatisme psychologique , M. Pierre Janet note
que « Ton constate régulièrement dans la pen-

suite d’asphyxie, une recette qui rappelle singulièrement


les pratiques utilisées dans le cas de résurection du fakir
que nous venons d e rapporter.
Cette m éthode originale, et dont l’efficacité a été recon­
nue par les m édecins du monde entier, consiste, après
avoir écarté les mâchoires du patient, à attirer sa lan­
gue fortem ent au dehors et à faire exécuter à cet organe
des m ouvem ents énergiques d’avant en arrière.
L’effet et l’importance de cette manœuvre réside prin­
cipalement, annonce M. Laborde, dans l’action puissante
que l’excitation de la base de la langue et surtout sa
traction exercent sur le réflexe respiratoire. Cette trac­
tion doit, d’ailleurs,être réalisée d’une façon rythmique,
en s’appropriant, en quelque sorte, au rythme même de
la fonction qu’il s’agit de réveiller.
Ce m écanism e physiologique explique comment lam é-
thoded'e M.Laborde peut efficacement être mise à profit par
certains malades, les asthmatiques par exemple,pour cal­
mer lerurs accès ou pour les prévenir. Il montre encore
com m ent le procédé des tractions rythmées de la langue,
ainsi que nous avons eu personnellement l’occasion d’en
faire l’expérience, constitue un remède des plus efficaces
contre le hoquet et il permet aussi de concevoir com­
m ent ei pourquoi il se trouve souvent être d’un effet
utile contre le métçorisme des animaux ruminants.(Voir,
du reste, pour ces divers points, le volume : Les tractions
rythm ées de la langue, m oyen rationnel et le plu spu ism
santde ran im er lafonction respiratoire et la vie , un vol *
5.

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82 LES COULISSES DE l ' à U-DF.LA

sée des individus qui, pour une raison ou pour


une autre, ont eu des périodes de somnambulis­
me, trois caractères ou troislois de la mémoire qui
leur sont particuliers : i° oubli complet pendant
Tétât de veille normale de tout ce qui s'est passé
pendant le somnambulisme; 2° souvenir complet
pendant un somnambulisme nouveau de tout
ce qui s'est passé pendant les somnambulismes
précédents ; 3° souvenir complet pendant le som­
nambulisme de tout ce qui s'est passé pendant
la veille » (1).
Ainsi, un sujet en état de somnambulisme
revêt une personnalité déterminée, qu'il con­
serve tantqu’il est dans ce même état, qu'il ou­
blie de façon complète quand il reprend sa vie
normale, et dont il retrouve par exemplela con­
naissances! Ton vient à le remettre en somnam­
bulisme, même à des temps fort éloignés
après le réveil. « Une somnambule, N...,
que j'ai endormiedeuxfois, àun an d'intervalle,
retrouva dansle second somnambulisme le sou­
venir minutieux de tout ce quelle avait fait dans
le premier, et me rappela des détails que j'avais

in-8, 2e édition, Paris, 4897, chez l’éditeur Félix Alcan,


dans lequel M. le Dr Laborde a exçosé, avec tous les
détails nécessaires, le fonctionnement de sa méthode).
(1) Pierre Janet. U Automatisme psychologique , un
vol. in-8, Paris, 1889, chez Félix Alcan, p. 73.

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LES FRONTIÈRES DE l ' a U-DELA 83
moi-même complètement oubliés. Tous ceux qui
ont endormi plusieurs fois la même personne
ont remarqué ce phénomène, aussi banal que
singulier » (1). Mais il y a mieux encore. On a, en
effet, découvert, en prolongeant l'action magné­
tique sur certains sujets déjà plongés en état
somnambulique, que ceux-ci traversaient des
stades de mémoire distincts au cours de leur
sommeil, stades caractérisés par cette particula­
rité, intéressante au premier chef, que chacun
d'eux ne conserve le souvenir que de lui-même.
Voici comment M. Gurney, qui a, l’un des pre­
miers, et avec un soin extrême, étudié ces
étranges phénomènes, — M. Gurney a en effet
constaté durant le sommeil hypnotique jusqu'à
trois états de mémoire différents, ce qui, en te­
nant compte de la mémoire à l'état de veille,
faisait pour son sujet quatre formes différentes
de mémoire, — en décrit les circonstances di­
verses : « Après avoir amené un état particulier
de sommeil que nous appellerons l'état A, nous
causons d'une chose quelconque avec le sujet.
Celui-ci est alors amené à un état plus profond,
l'état B, et, si on veut continuer avec lui la
conversation précédente, il se trouve tout à
fait incapable de s'en souvenir et même desesou-

( 1 ) P ie r r e J a n e t, Loc. cit. p. 7 5 .

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84 LES COULISSES DE l ’ a U-DELÀ

venir que quelque chose lui a été dit. On com­


mence alors avec lui une nouvelle question en le
priant de se la rappeler, après quoi on le ramène
à Tétât A. Il ne peut se rappeler ce que Ton vient
de lui dire dans Tétât B, mais continue la con­
versation commencée dans le premier état A,
dans lequel il se retrouve. Mené de nouveau à
Tétat B, il se rappelle de même ce qui a été
dit dans cet état, mais il a oublié ce qui a
été imprimé en lui à Tétat A. Éveillé, il ne se
souvient de rien de ce qui lui a été dit »(1).
Ur, — et le fait est de première importance
à noter, — non seulement ces diverses person­
nalités se retrouvent à des périodes au besoin
fort éloignées Tune de Tautre, mais encore
elles peuvent présenter une durée considérable,
chacune d'elle subsistant autant de temps que
le sujet est plongé dans la phase somnambuli­
que correspondante.
« On a souvent signalé des somnambulismes
artificiels qui ont été longtemps prolongés. Le
célèbre abbé Faria prétend que certains de ses
sujetsisont restés endormis pendant des années
et oubliaient à leur réveil tout ce qui s'était
passé pendant cette longue période. Un magné-

(4)Edm. Gurney. Stages o f Hypnotic Memory. (Pro-


ceedings S. P. R., 4887, p. 545).

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LES FRONTIÈRES DE l ' a ü -DELÀ 85
tîseur nommé Chardel endormit deux jeunes
filles pendant Thiver et ne les réveilla que plu­
sieurs mois après, au milieu du printemps ; elles
furent bien surprises en se réveillant de voir
des feuilles et des fleurs sur les arbres qu'elles
se souvenaient d'avoir vus couverts de neige
avant de s'endormir. Souvent, raconte un autre
auteur (1), je laissais mes somnambules en­
dormies toute la journée, les yeux ouverts, afin
de me promener avec eux pour les observer
sans exciter la curiosité publique. Il m'est
arrivé de prolonger pendant quatorze ou quinze
iours le somnambulisme d'une jeune fille qui
était à mon service. Dans cet état, elle conti­
nuait ses travaux comme si elle eût été dans ’
son état ordinaire... Elle se trouve au réveil
comme dépaysée dans la maison, n'étant plus
du tout au courant de ce qui s’est passé » (2).
Mais, après fci constatation de faits semblables,
qui peut nier l'analogie existante au point de
vue de la vie psychique et physiologique entre
les divers états d'être des individus, et ne de­
vient-il pas en quelque sorte évident que la vie
normale, c'est-à-dire l'état de veille, pourrait

(1) Delatour, dans VHermès (journal magnét.) août


1826, p. 116.
(2) Pierre Janet. U Automatisme psychologique y p.134.

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86 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

bien n’être, comme M. de Rochas semble du


reste assez disposé à l’admettre, que « Tune
des diverses modalités dont le cerveau peut
être doué » (1)? Au surplus, du reste, une telle
présomption n’est pas du seul domaine de l’hy­
pothèse. Naguère, en effet, en les Annales de
Psychiatrie et d ’Hypnologie (2), M. le pro­
fesseur Mairet, le savant aliéniste de Mont­
pellier, rapportait ce cas bizarre d’un fou simu­
lant la folie.Or,ce malade,qui était un individu
normal à l’égard des faits du somnambulisme,
en raison meme de sa démence, se trouvait ce­
pendant vivre de façon continue en un état céré­
bral parfaitement irrégulier. Et de même encore
il en est en sommede ces hystériques qui,àla
façon de ces démonomanes dont les possessions
nous sont racontées tout au long dans les procès
de sorcellerie dressés jadis parles exorciseurs (3),
demeurent souvent durant une partie importante
de leur existence en des états pathologiques.
(1) L ie u te n a n t-c o lo n e l d e R o c h a s d ’A ig lu n . Les États
profonds de l ’Hypnose , p. 28.
(2) N u m ér o d ’avril 1892.
(3) V o ir à ce p r o p o s le s d iv e rs v o lu m e s de la tr è s cu ­
rieuse^Bibliothèque Diabolique (c o lle c tio n B o u r n e v ille )
e t n o ta m m e n t la Possession de Jeanne Fery , e t Sœur
Jeanne des Anges9 supérieure des Ursulines de Lou-
dun> P a r is 18 8 6 , in -8 °, lib r a ir ie du P r o g r è s m é d ic a l, 14,
,rue d e s C a rm es.

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LES FRONTIÈRES DE l ’à U-DELA 87

De toutes ces observations, il résulte donc


-cette démonstration complète que les diverses
conditions d’être dans lesquelles peut à l’occa­
sion se trouver amené un sujet quelconque ne
sont pas incompatibles avec l’accomplissement
parfait de ses diverses fonctions vitales ; celles-
ci, simplement, subiront certaines tranforma-
tions correspondantes aux modifications appor­
tées dans l’économie du patient.
De ces transformations, la plus considé­
rable, sans contredit, est celle découverte par
M* A. de Rochas et qu’il a appelée « l’extériorisa­
tion de la sensibilité ». Voici en quoi elle con­
siste. Quand Ton plonge un sujet dans le
sommeil magnétique, si l’on prolonge suffi­
samment la cause excitatrice, on voit passer
successivement le patient par une série d’états
caractérisés chacun par des phénomènes spé­
ciaux, et il arrive un moment ou le magnétisé
entre en ce que M. de Rochas appelle « l’état de
rapport ».A ce moment, le sujet est en relation
seulement avec le magnétiseur quel qu'il soit.
Si l’on a poussé jusqu’à l’état de rapport le sujet
en le chargeant d’électricité au moyen soit
d’une machine statique, soit d’une pile, soit
d’un aimant, écrit M. de Rochas, il ne perçoit
plus que la personne en contact avec l’agent
qui a produit l’hypnose.

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88 LES COULISSES DE L’AU-DELA

« Pour des sujets très sensibles à la polarité,


on peut arriver à pousser jusqu’à l’état de rap­
port une partie positive de leur corps, par
exemple, par le simple contact prolongé de cette
partie avec un objet d’or ou avec un diamant.
Alors la partie hypnotisée ne perçoit plus que
Tobjet qui a agi sur elle ou un objet de même
nature ; elle ne sentira pas la piqûre faite avec
une épingle de cuivre ou le frottement exercé
avec un morceau de cristal. On aura ainsi cons­
titué, pour quelques instants, une véritable
pierre de touche organique » (1). En somme,
d’une façon générale, quand un sujet est en
« état de rapport » il ne voit et n’entend que
par l’intermédiaire de son agent magnétiseur,
et toute excitation venant d’une autre source
ou n’est point du tout perçue par lui ou, si elle
l’est, provoque une sensation particulièrement
désagréable (2).
Or, dès l’état de rapport, les sujets magné­*

* (1 ) L ie u te n a n t-c o lo n e l d e R o c h a s d ’A ig lu n . Les États


profonds de VHypnose,p. 41.
(2) C’e s t là u n f a it n o r m a l, e n so m m e . N ’e s t-il p a s l o ­
g iq u e , e n e ffe t, q u ’e n d e c e r ta in e s c o n d itio n s p a th o lo g i­
q u e s sp é c ia le s — e t t o u t é t a t h y p n o tiq u e c o n s titu e j u s t e ­
m e n t u n é ta t p a th o lo g iq u e , il n e fa u t p a s l ’o u b lie r , —
le s q u a lité s s e n s o r ie lle s d e la c e llu le n e r v e u s e n e v ie n n e n t
à m o d ifie r le u r m o d e o r d in a ir e d ’a c tio n ?

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LES FRONTIÈRES DE l ' à U-DILA 89
Usés, chez qui, — le fait est du reste connu
depuis longtemps, — la sensibilité a disparu à
la surface de l'épiderme, présentent une exté -
riorisation de cette sensibilité. Tout autour
du corps, il existe en effet une couche sensible
séparée de la peau par quelques centimètres.
« Si le magnétiseur ou une personne quelconque
pince, pique ou caresse la peau du sujet, celui-
ci ne sent rien; si le magnétiseur fait les mêmes
opérations sur la couche sensible, le sujet
éprouve les sensations correspondantes.
« De plus, on constate qu'à mesure que
l'hypnose s'approfondit, il se forme une série
de couches analogues à peu près équidistantes
dont la sensibilité décroît proportionnellement
à leur éloignement du corps. Avec Mme K., j'a
pu reconnaître ces couches à plusieurs mètres.
Elles traversent presque toutes les substan­
ces » (1).
En certains cas, cette extériorisation de la
sensibilité est, du reste, particulièrement in­
tense, et il semble qu'il y ait, en quelque sorte,
comme une hyperesthésie de la faculté senso­
rielle ; du moins, le fait suivant, emprunté à
un article paru dans la revue YEtoile, article

(1 ) L ie u te n a n t-c o lo n e l d e R o c h a s d ’A ig lu n . Les États


profonds de VHypnose, p. 5 7 .

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90 LES COULISSES DE l’a U-DELA

écrit à la date du 1er février 1392, c’est-à-dire


plusieurs semaines avant l’apparition du livre
de M. de Rochas, semble l’établir nettement.
Il s’agit de la description relatée par un corres­
pondant désintéressé, M. C. Montorient, d’un
cas singulier de somnambulisme observé peu
auparavant à l’Hôtel-Dieu de Fréjus.
« Une autre particularité, plus remarquable,
à ce que je crois, écrit M. Montorient, c’est
que, pendant ses accès, on ne pouvait ni tou­
cher le sujet ni meme toucher un objet immé­
diatement avant qu’il le touchât lui-même,
sans provoquer chez lui une crise générale­
ment d'autant plus violente que le contact
venait d'une personne qui lui était plus in-
connue.
« Un inspecteur qui visitait l’hospice ne
voulut pas tenir compte des avertissements
qu’on lui donna à ce sujet, et, par curiosité
sans doute, toucha les vêtements de Louis D.
Aussitôt celui-ci tomba à la renverse, et l’ins­
pecteur ayant voulu le prendre dans ses bras
pour Je retenir, la crise devint terrible et laissa
le malade sourd pondant plusieurs semai­
nes» (1). Le récit est d’une précision complète

( 1) C. M o n to r ie n t.Singulier cas de somnambulisme ,


d a n s la r ev u e YEtoile, n u m é r o d 'avril 4892, p. 2 6 7 ,

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LES FRONTIÈRES DE l ’ a U-DELA 91

et ne laisse aucun doute sur la nature de l’état


magnétique où était le malade lors de l’aven­
ture rapportée parle correspondant de YEtoile.
, Mais de tels phénomènes sont d’une impor­
tance de tout premier ordre, et cela justement
parce qu’ils nous vont peut-être enfin livrer
.définitivement l’explication rationnelle d’un cer
tain nombre de faits demeurés jusqu’ici mysté­
rieux, ou même souvent encore entièrement
regardés comme apocryphes. Ainsi la faculté
de double-vue ou de lucidité que prétendent
posséder certains somnambules, si l’on admet
la réalité de l’extériorisation de la sensibi-
iité, s’explique tout naturellement. En période
de lucidité, le somnambule qui est en état de
rapport a sa sensibilité extériorisée, et, par les
expériences de M. de Rochas, nous savons que
cette sensibilité se propage en diverses zones
plus ou moins éloignées et sans être arrêtée par
les corps solides qu’elle rencontre. En de telles
circonstances, n’est-il pas logique, alors, que
cette sensibilité rayonnant du sujet en sommeil
ne vienne à vibrer à l’unisson de la sensibilité
propre à la personne mise en rapport avec le
magnétisé et ne puisse traduire par suite les
états d’être de cette personne, tout comme le
métal d’un résonnateur entrant sympathique-
jnent en branle décèle par ses frémissements

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92 LES COULISSES DE L AU-DELÀ

rapides la présence entre tous les autres d’un


son de même qualité fondamentale que la note
musicale qu’il donne normalement ?
Le fait, pour extraordinaire qu’il paraisse,
ne laisse pas cependant d’être singulièrement
logique. Au surplus, est-il à beaucoup près fort
loin d’être le plus surprenant en le cas actuel,
La découverte de M. de Rochas, en effet, com­
porte d’autres conséquences autrement impré­
vues.
11 n’est personne, en notre époque, qui n’ait
entendu à l’occasion parler de cette étrange et
sinistre pratique familière à la noire magie des
sorciers du moyen âge et que l’on nommel’en-
voutement.
Le nécromant modelait en cire, à l’image de
sa future victime, une figurine sur laquelle il
transportait, en quelque sorte, la potentialité
vivante de son ennemi, si bien qu’il lui suffi­
sait ensuite de blesser la statuette en un point
quelconque pour provoquer au même instant
chez l’envoûté, celui-ci fût-il infiniment éloi­
gné, une action malfaisante correspondante,
comme nature et comme intensité, à la nature
et à l’intensité delà lésion exercée sur l’image.
Depuis beau temps, n’est-il pas vrai, on ne
croit plus à de semblables maléfices,et, seuls,
des gens naïfs et infiniment superstitieux peur

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LES FRONTIERES DE L*AU-DELA 93
vent encore frémir en entendant raconter que
tel personnage enfonçait des aiguilles en la
poitrine d'une poupée, pensant ainsi tuer de
loin comme d'un coup de poignard l'ennemi
détesté. Ehbien, peut-être convient-il d'en rabat­
tre, et les sorciers ne faisaient-il point une
œuvre aussi vaine qu’on l'admet d'ordinaire.
L'extériorisation de la sensibilité, en effet,
nous conduit fatalement et logiquement, c'e^t*
à-dire expérimentalement, à admettre en pria*
cipe la possibilité des phénomènes de l'envoûte«*
ment (1). _
Que l’on en juge, du reste, par les faits sui­
vants*
Un sujet sensible à l'action magnétique est
amené à l'état de rapport, c’est-à-dire au point
déterminé du sommeil hypnotique où sa sensi­
bilité commence à s'extérioriser. A ce moment,
l'on remet entre les mains du dit sujet un verre
Contenant de l’eau. Au bout de quelques minu­
tes, l'eau s’est chargée d'une certaine quantité

(4 ) P o u r c e tte q u e s tio n si c o n sid é r a b le d e l ’e n v o û te ­


m e n t, n o u s ren v o y o n s p lu s p a r tic u liè r e m e n t à n o tr e
c h a p itr e s u iv a n t « L a S c ie n c e d e d e m a in ». N o s le c t e u r s
y tr o u v e r o n t, e n o u tr e d e s fa its e x p o s é s ic i d ’a p r è s le s
e x p é r ie n c e s e t l e s c o n s ta ta tio n s d e M . d e R o c h a s, l ’e x p o s é
d’u n e t h é o r ie p e r s o n n e lle p o u r l ’e x p lic a tio n r a t io n n e lle
d e c e m a lé f ic e .

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94 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

du fluide sensible extériorisé par le sujet. Le


magnétiseur prend alors le verre des mains du
magnétisé, et, se plaçant loin de celui-ci, de
telle façon qu’il ne puisse en être vu, il appro­
che avec précaution le verre de sa bouche. Or,
à peine une seule goutte du liquide vient-elle
à lui effleurer les lèvres que Ton voit brusque­
ment le sujet pris d’un spasme violent, tomber
à la renverse à la façon d’une personne frappée
d’une attaque subite et que la vie abandonne.
Et, de fait, il semble qu’un pareil accident se­
rait fort à craindre si Ton ne prenait immédia­
tement le soin de rendre au sujet ce qu’il a
perdu, de lui faire boire sa vie , en quelque*'
sorte, en lui faisant avaler jusqu’à la dernière
goutte le liquide magnétisé.
Et ceci n’est point un conte, mais bel et bien
une expérience de laboratoire, expérience des
plus délicates, du reste, en raison de ce qu’elle
s’exerce sur l’organisme humain, et qui, à di­
verses reprises a été à l’heure présente réalisée
devant nombre de témoins instruits et bons
observateurs. Le mode opératoire, d’ailleurs,
peut être modifié de façons diverses et qui ren­
dent plus saisissant encore le phénomène de
l’envoûtement. Ainsi, au lieu d’un.verre d’eau,
mettez simplement entre les mains du sujet
quelques fleurs. Celles-ci, une fois^chargées de

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LES FRONTIÈRES DE l’ a U-DELA 95

sensibilité, peuvent être tenues sans inconvé­


nient par le magnétiseur qui est en rapport
avec le sujet ; mais si une personne quelconque
vient seulement à effleurer du doigt l’un des
pétales, le magnétisé, fut-il dans une pièce
éloignée, éprouve à l'instant même une sensa­
tion vive de souffrance. Ici, c’est bien en toute
sa réalité l’envoûtement des sorciers. Et cetto
extériorisation de la sensibilité peut avoir une
durée prolongée. M. de Rochas ne nous a-t-il
point naguère raconté qu’ay&nt provoqué la cris­
tallisation brusque d’une solution sursaturée
d’hyposulfite de soude chargée au préalable
parun sujet en sommeil hypnotique, ce sujet, au
moment de la solidification du liquide, éprouva
une crise nerveuse tellement violente, qu’il
s’évanouit. Mais ce n’est point tout î dix jours
ensuite, — et cette dernière expérience a eu
lieu devant divers témoins, parmi lesquels se
trouvaient M. Hébrard, directeur du Temps,
M. Joleaud-Barral, rédacteur à la Justice, quel­
ques magistrats, etc., — M. de Rochas, vou­
lant savoir si la solution cristallisée avait con­
servé après ce long espace de temps la sensi­
bilité dont elle avait été chargée, plongea dans
la masse la lame d’un poignard.
Au même instant, le sujet, qui n’avait point
vu l’acte deM. de Rochas, poussa bn cri perçant

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9 6 LES COULISSES DE L AU-DELA

et tomba à la renverse en portant la main à sa


poitrine, comme si l’on venait de l’y blesser.
Enfin, complétant ses expériences, M. de Ro­
chas en a fait une plus saisissante encore, peut-
être, et réalisant de façon* complète alors le
mode opératoire des envoûteurs de jadis. A
leur façon, en effet, il modela une petite sta­
tuette de cire rougê qu’il chargea à la manière
ordinaire de la sensibilité extériorisée d’une
jeune femme. « A partir de ce moment, raconte
M. Joleaud-Barral dans un saisissant compte­
rendu de ces expériences qu’il a publié dans la
Justice, la vie du sujet fut en quelque sorte
dédoublée, et intimement liée au sort de la
poupée en cire.
« En quelque endroit qu’on touchât la poupée,
le sujet le ressentait, et, si M. de Rochas en­
fonçait une épingle dans la statuette, la jeune
femme criait et frottait de sa main la partie
d’elle-même qu’elle croyait effectivement at­
teinte.
« Ces fait nous parurent si singuliers, si ma­
nifestement fantastiques, que nous tentâmes
de les expliquer par une sorte de suggestion
que l ’opérateur exercerait, volontairement ou
non, sur son sujet I II n’en pouvait être ainsi
cependant. Une expérience bien involontaire
nous l’a prouvé.

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LES FRONTIÈRES DE L*AU-DELA 97

« L'heure du départ avait sonné ; les invités


de M. de Rochas et le sujet étaient dans l’an­
tichambre à causer avant de se quitter. Nous
étions restés dans le salon, et nous étions oc­
cupés à manier et à examiner la poupée en
cire.
« Tout à coup, sans volonté précise, nous ap­
puyâmes un peu fortement sur la cire, comme
pour la modeler nous-même.
« Un cri retentit dans la pièce voisine. C’était
le sujet qui se plaignait vivement de ressentir
une douleur dans la jambe gauche.
« Nous avions, sans le vouloir et de loin,
provoqué une sentation de douleur chez la per­
sonne « envoûtée ».
Ce témoignage public donné par le rédacteur
de la Justice d’un fait réel denvoûtement mé­
ritait bien, on l’avouera volontiers, d’être rap­
porté textuellement.
Quoi qu’il en soit, il convient de le consta­
ter, si l’on ne peut à présent point nier de façon
certaine la réalité vraie de la pratique de l’en
voûtement par les sorciers de jadis, il faut no­
ter cependant que leur mode opératoire n’était
point le même. Comme nous l’avons vu, pour
réaliser un envoûtement, M. de Rochas a be­
soin que son sujet s’y prête ; il doit le soumet-
_tre à des passes spéciales, et, en un mot, il lui

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98 LES COULISSES DE l ’AU-DELA

faut être en rapport direct avec lui. Les sor­


ciers de jadis s’y prenaient autrement, nous
racontent les grimoires, et, c’est tout au plus
s’ils exigeaient pour accomplir leur maléfice
quelque objet ayant appartenu à la personne
qu’ils voulaient vouer magiquement à la mort.
A cela près, du reste, — et ce détail n’est pôint
en somme d’une importance capitale en l’affaire,
— l’analogie est complète. Au surplus, il est
d’autres phénomènes dépendant également des
faits d’extériorisation de la sensibilité, qui
viennent confirmer cette réalité de la possibilité
de l’envoûtement, en raison même de l’identité
de leur mécanisme intime. Telle est, par
exemple, l’action des médicaments à distance.
Reprenons le verre d’eau magnétisée par le
sujet endormi et amené au point précis de som­
meil ou se manifeste l’état dit de «-rapport ».
Si l’on approche alors du liquide un flacon de
cristal enfermaut un médicament quelconque,
l'on voit subitement le sujet présenter les réac­
tions caractéristiques du remède, et cela bien
qu’il ne puisse en connaître la nature.
Au premier abord, la chose paraît invraisem­
blable. Elle n’en est pas moins vraie, cepen­
dant, et, si l’on veut bien y prendre garde, elle
est moins surprenante que l’on pourait croire.
Nons savons, d’après les expérience mêmes

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LES FRONTIÈRES DE l/AU-DELA 99
de M. de Rochas, que la sensibilité extério­
risée n'est point arrêtée par la matière solide,
mais qu'elle la traverse sans effort, tout comme
un rayon lumineux traverse une lame de verre.
Mais, s’il en est ainsi, tout naturellement les
faits s’expliquent; c'est la sensibilité elle-même
qui, traversant les parois du flacon, s’en vient
au contact de la drogue et s'en sature au point
que celle-ci exerce sur l’organisme son action
régulière. Théoriquement, au surplus, rien ne
s'oppose à ce qu’il en soit de la sorte. La méca­
nique physique nous apprend que la matière,
si dense soit-elle en apparence, est composée
d’éléments multiples en mouvement les uns
autour des autres. « Absolument parlant, le
solide n'existe pas. Prenons entre nos mains un
lourd boulet de fer; ce boulet est composé de
molécules invisibles, qui ne se touchent pas,
lesquelles sont composées d’atomes qni ne se
touchent pas davantage. La continuité que pa­
raît avoir la surface de ce boulet’ et sa solidité *
apparente sont donc de pures illusions. Pour
l’esprit qui analyserait sa structure intime, c'est
un tourbillon de moucherons rappelant ceux
qui tournoient dans l'atmosphère des jours
;e boulet, qui nous
ffhnsle davantage :
a /changer de na-

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100 LES COULISSES DE L*AU-DELA

iure : liquide o u . gaz, ce sera toujours du


fer(l). » Pourquoi donc, puisqu’il en est ainsi,
s’en venir proclamer l’absolue impénétrabilité
de la matière. La vérité, au contraire, est tout
autre, et c’est seulement le degré de fluidité
d’un corps qui règle la facilité qu’il aura à en
pénétrer un autre. Des expériences grossières
de laboratoire, au surplus, nous indiquent
qu’il en est bien ainsi. L’alcool traverse des
tubes capillaires où l’eau ne saurait pénétrer,
et, de meme, l’eau sait se frayer un chemin
dans des canaux inaccessibles à d’autres liqui­
des moins subtils. Les phénomènes spirites dits
cVapports (2), si toutefois avec Crookes l’on
admet leur réalité (3), trouveraient encore dans
ces faits leur justification. Du moment que l’on
peut concevoir la substance sensible de l’orga­
nisme se divisant à un degré extrême de té-
(1) C a m ille F la m m a r io n . Uranie; u n v o l. in -1 8 J ésu s;
P a r is , E. F la m m a r io n , 1891, p . 111.
(2 ) L es s p ir ite s a p p e lle n t apports d e s o b je ts m a t é r ie ls
a m e n é s d u d e h o r s d a n s u n e e n c e in te fe r m é e sa n s q u ’a u ­
c u n e s o lu tio n d e c o n t in u it é a it é té p r a tiq u é e d a n s le s
p a r o is d e l ’e n c e in te p ou r liv r e r p a s sa g e a u x co rp s a in s i
tr a n sp o r té s.
(3) W illia m C r o o k es. Nouvelles Expériences sur la
force psychique; u n v o l. in -1 8 , lib r a ir ie des S c ie n c e s
p s y c h o lo g iq u e s ; tr a d u c tio n d e M. J. A lid e l; P a r is , p . 169
à 174,

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LES FRONTIÈRES DE l ’AU-DELA 101
nuité suffisant pour lui permettre de circuler
librement entre les molécules des corps, pour­
quoi ne pourrait-on de manière analogue accor­
der à la matière physique, placée en certaines
conditions déterminées, la faculté de venir elle
aussi à se dissocier à l’infini ?
Mais, tous les jours, dans la pratique indus­
trielle courante, nous assistons à ce prodige de
la div ision de la matière en molécules ultimes.
Que se passe-t-il, en effet, dans le bain galva­
nique ? La substance n’y est-elle point dissoute
en particules particulièrement ténues qui sont
aussi ensuite transportées, avec élection et sans
aucun souci des lois de la pesanteur, ainsi que
l’a dernièrement constaté non sans ingéniosité,
un auteur qui estime de la sorte pouvoir expli­
quer la lévitation , c’est-à-dire l’ascension en
l’air de corps pesants. «E t la galvanoplastie ,
ne montre-t-elle pas au premier chef la lévi­
tation des corps pesants ? En effet, qu’est-ce
que la galvanoplastie, sinon l’ascension sur un
objet à cuivrer, dorer ou argenter de parti­
cules pesantes de cuivre, d’argent ou d’or ? Et
analysons bien les phénomènes qui se passent,
et supposons, pour simplifier, un simple cui­
vrage d’objet. Celui-ci est placé verticalement
dans une solution de sulfate de cuivre qui pèse
un peu plus que l’eau, un et demi environ. Le
6.

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402 LES COULISSES DE L*AU-DELA.

courant électrique arrive par ses deux élec­


trodes, positive et négative, dans ce bain li­
quide ; il y chemine et le décompose; il est mis
en liberté du cuivre, qui pèse cinq fois plus
que la solution dont il provient et qui n'est
qu'en partie décomposée. Que doit devenir, si
l'on s'en rapporte aux lois de la pesanteur, ce
cuivre si lourd par rapport au milieu qui l'en­
toure ? Tomber au fond sans doute ! Eh bien,
non, il grimpe sur l'objet à recouvrir et qui
constitue ce que l'on appelle l'électrode néga­
tive. Y aurait-il par hasard aimantation, attrac­
tion explicable ? Pas davantage, le cuivre n'est
ni aimanté* ni aimantable. 11 y a, dira-t-on,
action électrique ; mais cela est un mot qui
n'explique rien; on ne connaît rien de la nature
de l'électricité, et on a placé sous cette dénomi­
nation un grand nombre de faits dont on ignore
les causes et la classification ».
Or l'argumentation présente n’est pas seule­
ment ingénieuse, mais pourrait bien être la tra­
duction vraie de la réalité. Du moins, une
observation de M, de Rochas tendrait à l'indi­
quer.
D’après cet expérimentateur, en effet, MmeK.,
quand elle est traversée par un courant vol­
taïque un peu fort (le pôle + dans la main
droite et le pôle — dans la main gauche) alors

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LES FRONTIÈRES DE AU-DELA l0 3

qu’elle est dans les débuts du sommeil hypno


tique et insensible, éprouve une sensation de
légèreté des plu3 marquées. En cet état, « ses
membres se soulèvent naturellement, et elle dit
que, si Ton augmentait l’action, elle s’enlève­
rait jusqu’au plafond (1) ».
Si nous revenons à l’extériorisation de la
sensibilité, nous trouvons ëncore qu’elle nous
donne l’explication rationnelle des phénomènes
de transmission de pensée „A. maintes reprises,
l’on a constaté la sympathie du magnétisé pour
le magnétiseur. Or, M. de Rochas a remarqué
que les couches sensibles émanant du sujet en
hypnose profonde, ne revêtaient point nécessai­
rement la forme d’ondes sphériques, mais pou­
vaient s’allonger, former des poches du côté
du magnétiseur, poches qui sont d’autant plus
étendues que les rapports de sympathie sont
eux-mêmes plus complets. En de telles condi­
tions, on comprend volontiers que la sensibilité
extériorisée soit facilement influencée par la
volition concentrée de l’opérateur. Au surplus,
pourquoi celui-ci n«e pourrait-il activement pro­
jeter son Vouloir au dehors, tout comme le fait
passivement l’hypnotisé de ses facultés senso­
rielles ? Les yoghis prétendent avoir à leur
(1 ) C o lo n e l d e R o c h a s d ’A ig lu n . Les É tats profonds
de l'Hypnose, p. 36. %

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404 LES COULISSES DE l’à U-DELA

guise la faculté d’envoyer leur être psychique


se promener au loin de leur corps matériel, et
nos occultistes occidentaux affirment qu’ils en
agissent de même après un entraînement parti­
culier (1). Mais, dans les états très profonds
de l’hypnose, quand ils arrivent à la période
d’extase magnétique, les sujets ressentent de
semblables impressions. Dans son livre :
Esquisses de la nature humaine expliquéep a r
le magnétisme animal, le docteur Chardel
raconte qu’une somnambule qu’il avait ainsi
endormie profondément lui disait, après qu’il
l’eût ranimée, qu’elle voyait son corps comme
un objet étranger dont elle répugnait à se
revêtir> et de même le docteur Charpignon
rapporte avoir eu une malade qui, tombant
spontanément en extase durant la nuit, éprou­
vait des sensations analogues : « J’entre, dit-
elle, dans un état semblable à celui que le
magnétisme me procurs ; puis peu à peu mon
corps se dilate, et j e le vois très distinctement
loindémoi9)e me parais une vapeur lumineuse,
je me sens penser séparée de mon corps (dans
cet état, je comprends et je vois bien plus de
choses que dans le somnambulisme), tandis
que, dans le somnambulisme magnétique, je
(4 ) C’e s t ce q u e le s o c c u ltis te s a p p e lle n t « p r o je te r leu r
corps astral *>. .

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LES FRONTIÈRES DE l’ a U-DELA 105

pense sans être séparée de mon corps. Après


quelques minutes, un quart d’heure au plus,
cette vapeur se rapproche de plus en plus de
mon corps ; je perds connaissance et l'extase
a cessé(1) ».
En tous cas, quel que soit le mode de la
transmission de la pensée, celle-ci existe, et
parfois elle se produit à des distances consi­
dérables. La chose, du reste, a été vérifiée ex­
périmentalement. « Dusart fit avec des résultats
satisfaisants plus de cent expériences de sug­
gestion mentale pure avec les variations les
plus diverses. Il porta l'éloignement du sujet
suggestionnable de 200 mètres à 7 kilomètres.
A cette distance, il réussit à éveiller p a r un
ordre intellectuel la somnambule, qui, à son
réveil, fit part aussitôt de la* cause de son réveil
à ses parents. Plus tard la distance fut portée
jusqu'à 10 kilomètres; chaque fois la somnam­
bule indiquait exactement à son entourage
quand elle se sentait influencée par l'opérateur,
et ses indications concordaient assez exactement
avec le moment de l'action. Dufay(2)agit d’une
façon toute semblable sur trois personnes à de
Physiologie du m a g n é tis m e , 405.
( 4 ) C h a r p ig n o n .
(2 ) S ch ren ck .Les Récents Travaux sur la télépathie
et la clairvoyance, d a n s le s Annales des sciences p sy ­
chiques, 4 8 9 4 , p. 7 9 .

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106 LES COULISSES DE l ' à U-DELà

grandes distances. Il amena le suggestionné à


des commandements de pensée et l'endormit.
Finalement, il porta la distance à 112 kilo­
mètres ».
M. Emile Desbeaux, qui fut directeur de
TOdéon, etM. Léon Hennique ont fait jadis en­
tre Paris etRibemont (Aisne), c'est-à-dire à une
distance de 171 kilomètres, des essais heureux de
lransmission de pensée (1) et le procès-verbal
de leurs expériences accomplies avec une
réelle méthode scientifique a été enregistré dans
Annales des sciences psychiques (2).
C’est du reste un fait acquis aujourd'hui.
que la sensibilité extériorisée peut-être dirigée
et pour ainsi dire canalisée en des directions
déterminées. Au cours de ses recherches, M. de

(1 ) D ans l'e s p è c e , M. H en n iq u e é ta n t à R ib e m o n t
p u t p ro v o q u er so u s fo r m e d ’im p r e s s io n s lu m in e u s e s , chez
so n a m i M. D e sb ea u x d e m e u r é à P a r is , la s e n s a tio n d ’ob­
j e t s q u ’il a v a it d e v a n t lu i su r s a t a b le , o u , au c o n tr a ir e ,
l ’e m p ê c h e r de p e r ce v o ir a u c u n e im p r e s sio n .
M. D e sb e a u x fit e n c o r e d ’a n a lo g u e s e x p é r ie n c e s a v e c
u n a u tr e d e se s a m is M. G.
Ces e x p é r ie n c e s , qui e u r e n t lie u d a n s u n s a lo n d o n ­
n è r e n t é g a le m e n t d e s r é s u lta ts p o s itifs . On en tr o u v e ra
l ’in d ic a tio n d a n s le s Annales des sciences psychiques ,
a n n é e 1891*
(2 ) Annales des sciences psychiques (P a r is , 1891,
p. 264à 265. .

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LES FRONTIÈRES DE l’AU-DELA 107

Rochas est en effet parvenu à obtenir Yexté­


riorisation à longue distance par /'intermé­
diaire de conducteurs. Le sujet magnétisé et en
état de rapport est relié à son magnétiseur par
un long fil métallique. Les choses étant ainsi
disposées, si Ton vient à pincer l'opérateur,
c’est le sujet qui éprouve la douleur ; le caresse-
t-on, il frémit au contraire de plaisir. Il y a
déjà beau temps, au surplus, que de semblables
phénomènes étaient connus : « J'ai magnétisé
un jeune peintre, M. Devienne ; j'étais extrê­
mement fatigué en arrivant chez lui, et je lui
demandai un verre d’eau sucrée. Il m'apporta
du vin et du sucre ; et j'en bus, tout en le ma­
gnétisant, plusieurs verres qui auraient pu, en
toute autre circonstance, agir sur moi. J’étais
excessivement calme, mais, au réveil, M.
Devienne était tout à fait gris, au point même
de ne pouvoir manger de toute la journée» (1).
Dans ce cas, rapporté par Lafontaine, la trans­
mission a lieu directement et sans intermédiaire ;
il n’y a point télépathie au sens exact du mot,
comme dans les expériences de M. de Rochas.
Celui-ci use bien de conducteurs, ce qui n'a
point lieu, il est vrai, dans les cas parfaits de

( 4 ) L a fo n ta in e . L'Art demagnétiser; l'u r ij . 4 8 3 2


, p . 24 5 .

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108 LES COULISSES DE l ' a U-DELA

télépathie (l),m ais ces conducteurssont-Hs ab­


solument nécessaires, et ne peut-on prévoir le
jour futur où il deviendra possible de s'en passer?

(1) D ’a p rès M .le p r o fe s s e u r C h a rles R ic h e t,le s m a n ife s ­


ta tio n s à é tu d ie r en u n te l o rd re d ’id é e s s o n t d e cin q
s o r te s :
11 y a d ’a b o rd le s o b s e r v a tio n s de télépathie pu re dans
le s q u e lle s u n p h é n o m è n e e s t r e s se n ti p ar A, a lo rs qu e B
é p r o u v e le m ô m e p h é n o m è n e (o u u n p h é n o m è n e a n a lo ­
g u e ), s a n s q u e A ait pu e n ê tr e a v e rti.
Il y a e n c o r e le s fa its de lu c id ité d a n s le s q u e ls u n in d i­
v id u A a l a c o n n a is s a n c e d ’u n fait n o n p e r ce v a b le p a r le s
s e n s n o r m a u x o r d in a ir e s ; le s fa its d e pressentim ent,
c ’e st à d ire la p r é d ic tio n d ’un é v é n e m e n t p lu s ou m o in s
im p r o b a b le qu i se r é a lise r a d a n s u n te m p s p lu s o u m o in s
é lo ig n é , e t q u ’a u c u n des fa its a c tu e ls ne p e r m e t de
p r é v o ir ; les mouvements d'objets m atériels , non ex­
p lic a b le s p a r la m é c a n iq u e n o r m a le , c o m m e c e s d é p la ­
c e m e n ts d ’o b je ts sa n s c o n ta c t d o n t p a r le n t le s s p ir it e s ;
e t, e n fin , le s fantôm es et apparitions • se m a n if e s t a n t
d e te lle so r te q u e l ’o n n e p u isse le s e x p liq u e r par une
s im p le h a llu c in a tio n d e l ’o b s e r v a te u r , e t d o n t il p e u t, à
l ’o c c a s io n , d e m e u r e r u n e tr a c e m a té r ie lle .
L a n é c e s s ité d ’é tu d ie r aîflsi a t te n tiv e m e n t le s phéno­
m è n e s p s y c h iq u e s en g é n é r a l, e t c e u x d e té lé p a th ie en
p a r tic u lie r , su iv a n t u n e m é th o d e v r a im e n t sc ie n tifiq u e ,
a e n c o r e é té s a n c tio n n é e o ffic ie lle m e n t p a r le C o n g rè s
d e s s c ie n c e s p s y c h iq u e s te n u en A m é r iq u e , à C h ic a g o ,
d u r a n t l ’E x p o s itio n u n iv e r s e lle d e 1 893.
V o ic i, e n e ffe t, l ’e x p o sé s o m m a ir e d u p r o g r a m m e —
se r a p p r o c h a n t s in g u liè r e m e n t d e c e lu i p r é c é d e m m e n t

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LES FRONTIÈRES DE L’AU-DELA 109
Il y a quelques années, dans un roman humo-
ristico-scientifique des plus curieux : Ignis ,
M. le comte Didier de Chousy pressentait qu’un
temps viendrait où l’on saurait, sans l’intermé-
daire d’aucun fil, diriger à sa guise les fluides élec­
triques : « Les habitants d’Industria, écrit-il, en
effet, en toutes lettres, se trouvent si bien chez
eux qu’ils n’en sortent guère, quoiqu’ils puissent
y rester tout en en sortant.L’absence, ce mal des
t r a c é p a r M. C h a rles R ic h e t, — q u i fu t r é d ig é à c e tte o c ­
c a s io n p a r le s o r g a n isa te u r s d e l ’e n tr e p r ise :
« T r a n s m is s io n d e p e n s é e o u té lé p a th ie , c ’e st-à -d ir e
a c tio n d ’u n e sp r it su r u n a u tr e , in d é p e n d a m m e n t de
la c o n n a is s a n c e d e s fa it s p a r l ’e n t r e m is e d e s s e n s . La
n a tu r e e t l ’é te n d u e d e c e t t e a c tio n . C as s p o n ta n é s e t
in v e s t ig a t io n e x p é r im e n ta le .
» H y p n o tis m e o u m e s m é r is m e . N a tu r e e t c a r a c tè r e
de la transe h y p n o tiq u e dans ses d iffé r e n te s p h a se s
c o m p r e n a n t l ’a u to -h y p n o tis m e , la c la ir v o y a n c e , l ’h y p ­
n o t is m e à d is ta n c e e t le s p e r s o n n a lité s m u ltip le s . L ’h y p ­
n o t is m e d a n s s e s a p p lic a tio n s à la t h é r a p e u tiq u e . L ’h y p ­
n o t is m e a u p o in t d e v u e m é d ic o -lé g a l.
» H a llu c in a tio n s , fa u s s e s e t v é r id iq u e s . P r é m o n itio n s .
A p p a r itio n s d e s v iv a n ts e t d es m o r ts .
» C la ir v o y a n c e e t « c la ir a u d itio n » in d é p e n d a n te . P s y -
c h o m é tr ie . L a n g a g e , é c r itu r e , e t c ., a u to m a tiq u e s . La
transe m é d ia n im iq u e e t s e s r a p p o r ts a v e c le s é t a ts o r­
d in a ir es d e l ’h y p n o tis m e .
» P h é n o m è n e s p s y c h o p h y siq u e s t e ls q u e c o u p s, ta b le s
fr a p p a n te s , é c r itu r e in d é p e n d a n te (s p o n t a n é e ) e t a u tr e s
m a n if e s t a t io n s s p ir itiq u e s. »
-7

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i 10 LES COULISSES DE l ’a U -D E LA

âmes tendres, a été supprimée. On est ubiquiste,


en même temps chez soi et ailleurs ; résultat ob­
tenu en perfectionnant un moyen proposé jadis
pour transmettre les télégrammes sans (il, sans
autre conducteur que le milieu ambiant; moyen
abandonné, parce que les premiers télégrammes
livrés à leurs instincts, s’égaraient, que l’élec­
tricité volage acceptait trop de conducteurs et se
livrait à tous les électrodes; puis réétudié et
amené à bien par les ingénieurs d’Industria,
qui sont parvenus à domestiquer le fluide, à lui
créer des affinités, pour ne pas dire des affec­
tions, qui le rendent fidèle à un conducteur, à
un pôle. Electricité animalisée et apprivoisée
qu’il suffit de mettre une fois en contact avec son
maître, de lui faire sentir et toucher, pour que
ce véritable chien courant magnétique s’attache
à ses pasou retrouve sa piste » (1). Depuis, cette
rêverie d’un humouriste a pris un corps scien­
tifique et est devenue bel et bien une tangible
réalité. Il y a plusieurs années, Graham Bell,
le découvreur du téléphone, a démontré qu’un
rayon lumineux venant frapper une lame mince
de sélénium était fort suffisant pour développer
dans un appareil téléphonique disposé dans le
circuit du sélénium et d’une pile, des mouve-
(t) Comte Didier de Chousy. Ignit, 1 vol. ln-13
Paris, Berger-Levrault et C'*, 1884, p. Î39.

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LES FRONTIÈRES DE l ’a U-DELà 111
monta vibratoires, et par suite pouvait servir
à transmettre la parole.
Plus récemment encore, M. O. Lodge, le sa­
vant professeur de physique de « l'University
collège » de Liverpool, déclarait en toutes lettres
que, dans une transmission électrique, le rôle
du conducteur n'était en somme que secon­
daire : « C'est, dit-il, une curieuse fonction que
remplit le fil télégraphique ; il ne conduit pas
les impulsions, il les dirige. Elles sont trans­
mises directement par l'éther avec une vitesse
propre. Toute perturbation qui atteint le fil y
est rapidement dissipée en chaleur et ne se pro­
page plus ; c’est le milieu isolant qui l’entoure
qui transmet réellement » (1). Mais l'électricien
Nicolas Tesla n'a-t-il pas réalisé ce problème en
toute son intégrité?
A l’occasion, en effet, pour transporter les
fluides électriques, M. Tesla sait se passer de
conducteurs quelconques* C'est ainsi qu'il pro­
duit ce qu'il appelle Yéclairage idéale système
imprévu et qui consiste à créer dans le local à
illuminer un état électrique tel que l'on y puis­
se déplacer des flambeaux éclairant sans com-

( 1 ) 0 , L odge. Z e s Théories modernes de Vélectricité,


un t o i . in -8 , tr a d u c tio n E .M e y la n , ch ez G a u th ie r-V illa rs
et fils ; P a r is , 1 8 9 1 , p .1 6 6 .

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112 LES COULISSES DE l’ a U-DELA

munication aucune avec la souice d’électricité,


tout comme on déplace aujourd’hui une bougie
ou une lampe.
Pour réaliser un tel prodige, le procédé est
d’ailleurs fort simple. M. Testa fait tout bonne­
ment aboutir les deux pôles de sa machine, à
deux grandes plaques métalliques installées aux
deux extrémités du salon à éclairer. Cettë dis­
position particulière établit dans la pièce une
rtmosphère électrique spéciale telle, que tout
appareil de verre renfermant des gaz raréfiés
qui y est introduitdevient subitement lumineux
à la façon des tubes de Gessler, et cela indépen­
damment de sa position et de la place qu’il oc­
cupe dans la chambre (1).
Eh bien, ce qui est vrai en électricité, pour­
quoi ne le serait-il plus quand il s’agit d’action
magnétique, et pourquoi la transmission télé­
pathique différerait-elle de la transmission vul-
. taïque? Qui sait, au Surplus, si, entre les fluides
électriques et ceux produisant les actions hyp­
notiques, il existedes différences d’essence I Ne
sait-on pas qu’un sujet sensible s’endort aussi
bien sous l’action des courants de la machine
électrique ou de ceux d’une pile, du contactd’un
( 1 ) L es d é c o u v e r te s r é c e n te s c o n c e r n a n t la té lé g r a p h ie
s a n s fil n e v ie n n e n t-e lle s p as p a r e ille m e n t c o n fir m e r d e
fa ç o n é c la ta n te d e t e lle s fa ç o n s d e v o ir ?

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LES FRONTIÈRES DE L*AU-DELÀ 113

métal, du bruit, d'une action lumineuse, etc,que


sous celles des passes? Chez les individus hys­
tériques, le sommeil somnambulique détruit
l'anesthésie qui frappe normalement certaines
régions de leur corps, et tout pareillement nous
voyons à l'occasion les métaux ou l'électricité
réveiller leur sensibilité endormie. Au moyen de
l'aimant, le docteur Luys a montré naguère que
l'on pouvait transporter, en quelque sorte,
l'état pathologique d'un malade sur un sujet
en sommeil, établissant entre eux un état par­
ticulier d'équilibre dont l'effet est d'enlever au
malade à chaque séance une fraction de son
mal.
« Artificiellement, écrit M. de Rochas, M. Luys
détermine, au moyen de passes avec un aimant
sur le malade, une déséçuilibration entre les
états nerveux des deux individus mis en pré­
sence, de telle sorte que l’un, se trouvant,
pour ainsi dire, rempli jusqu'au bord, se dé­
verse dans l'autre. C'est, pour employer une
autre image, comme si l’on avait deux vases,
dont le premier contiendrait une liqueur toxi­
que, et le second de l'eau ; en mettant le pre­
mier en communication avec le second, on dilue
la liqueur qui s'y trouve, et, à la fin de l’opéra­
tion, le liquide contenu dans les deux réci­
pients est le même : la toxicité de l'un s'est

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Ü4 LES COULISSES DE l ' a U-DELà

affaiblie de toute celle qui a été transmise à


l'autre. Au bout d'un certain nombre d'opé
rations analogues, la liqueur du premier finira
par être devenue tout à fait inoffensive.
«D'après cette manière de concevoir les choses,
on pourrait arriver à peu près au môme résultat
en saturant le malade d’un fluide quelconque
non morbide, soit avec des passes à la main, soit
avec une machine électrique : c'est en effet ce qui
se produit» (1).
Mais, c’est justement d'une façon tout analo­
gue que les physiciens modernes expliquent le
plus volontiers le phénomène de la production
des fluides électriques : « L'idée de Franklin,
qu'une charge négative correspondrait à un excès,
etune charge positive à un déflcitd'une certaine
quantité normale d'un fluide caractérisant l'état
neutre des corps,— écrit le physicien Lodge, —
cette idée reste encore juste.
« Il est toujours exact que (te fluide n'est
jamais créé, mais passe d'un corps à l'autre en
quantités exactement correspondantes...
« Nous comparons une machine électrique à
une pompe, qui, étant reliée à deux corps, soutire
à l'un de l'électricité qu'elle fournità l'autre, en

( 1 ) L ie u t e n a n t - c o lo n e l d e H o ch a s d ’A ig lu n .Z e s Etats
profonds de l'hypnose, p , 70. .

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LES FRONTIÈRES DE L*AU-DELA 11B

donnant ainsi aux deux corps des charges posi­


tives et négatives égales » (1).
Or, do môme qu’un objet isolé et chargé d’une
électricité quelconque positive ou négative peut
être déplacé et servir ainsi à charger au loin de
fluido un autre objet primitivement àl’état neutre,
de môme Taimantpeut être utilisé à transportera
distance des états neuriqueç particuliers. Le fait
a en effet été affirmé positivement par MM. Luys
et Encausseà la Société de Biologie, en la séance
du 14 novembre 1890 (2).
Toujours, nous le voyons donc, apparaît une
relation immédiate entre les états somnambuli­
ques et électriques, et il semble, en une certaine
mosure, que Ton pourrait fort bien assimiler un
sujet hypnotique à certains appareils producteurs
d’électricité.
« Les divers somnambules, écrit Deleuze,pré­
sentent des phénomènes très différents ; et le
seul caractère distinctif et constant du somnam­
bulisme, c’est l’existence d'un nouveau mode
de perception. Ainsi, il est des somnambules
isolés, d’autres qui ne le sont pas ; il on est qui

( 4 ) O. L o d g e. Les Théories modernes de Vélectricité,


' p. 17.
(2 ) L u y s e t Encausse.ZÎM Transfert à distance àVaide
d'une couronne de fe r aimanté (Annales de Psychid -
trie et d’Hypnologte, n u m é r o d e m a i 1 8 9 1 ).

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116 LES COULISSES DE L*AU-DELA

sont mobiles comme des aimans, d'autres n'ont


que des facultés intérieures ; il en est chez les­
quels toutes les sensations sont concentrées à
l'épigastre, d’autres font usage de quelques-
uns de leurs sens; il en est enfin qui, après le
réveil, conservent pendant un certain temps
le souvenir des impressions qu'ils ont reçues et
des idées qu'ils ont eues en crise» (1).
Eh bien, tout comme les sommanbules, les
machines électriques ont à l’occasion leurs ca­
prices. Dans un livre qui fait autorité en la ma- -
tière(2), M. John Gray, membre de laSociété de
physique de Londres, rapporte que M. Thomas
Gray C. B. a construit une machine électrique
d'un système imaginé par M. Wimshursl, ma­
chine dans laquelle « la direction du courant
change avec la plus grande régularité au bout
de quelques tours de manivelle », si bien qu'en
raison de ces caprices de la machine, comme les
constructeurs appellent volontiers ces alternan­
ces de courant, il est impossible d'employer l’ap­
pareil à charger, même faiblement, une bouteille
de Leyde, et cela bien que l'appareil fournisse
( 1 ) J .-P .-F . D e le u z e . Instruction pratique sur lem à -
gnétism e. 4 v o l. in -8 , P a r is, 1 8 2 5 . p . 442.
(2 ) J o h n G ray, B . SG. Les Machines électriques à in-
fluence; 4 v o l, in -8 , tr a d u it d e l ’a n g la is p a r G eo r g es
P é lis s ie r ; ch ez G a u th ie r-V illa rs e t fils, P a r is, 4 8 9 2 .

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LES FRONTIÈRES DE l ’àü -DELA 117

sur ses armatures des quantités considérables


d’électricité tantôt positive et tantôt négative.
Le baron de Reichenbach a découvert jadis
que les sujets sensitifs étaient influencés d'une
façon souvent fort intense par le magnétisme
terrestre, si bien que pour vivre en état nor­
mal de santé ils doivent veiller à rechercher
certaines positions déterminées de préférence
à d,autres(l). Ne convient-il point de voir en ces
derniers phénomènes, signalés pour la première
fois par le savant viennois, une raison nouvelle
de préjugér l'identité des diverses manifesta­
tions de l’électricité et de la potentialité vitale ?
Au surplus, est-il rien qui s'oppose à ce qu'il
en soit ainsi dans la réalité?
Nombre de chimistes, et non des moindres,
reprenant une vieille théorie alchimique, sont
actuellement fort portés à admettre l'unité de
la matière; semblablement encore, nos physi­
ciens considèrent la chaleur, le son, l'électricité,
la lumière, etc. comme une seule et même
chose à des états vibratoires différents.
L'expérience de tout instant vérifie pareille­
ment cette dernière hypothèse et nous montre
les continues transformations de l'énergie une
( 1 ) C o n su lte r su r c e tte q u e s tio n d eVod : l ie u t e n a n t ­
c o lo n e l d e R o c h a s d ’A ig lu n . Le Fluide des magnéti­
seurs ; u n v o l. in -8 , P a r is ,G e o r g e s C arré, 1 8 9 1 . ,

. * ‘ . . ' . 7.

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118 LES COULISSES DE l ’ à U-DELA

en chaleur, lumière, mouvement, électricité.


Mais, tandis que le son exige pour se carac­
tériser un nombre minime de vibrations, la
chaleur en réclame une quantité considérable,
et de même la lumière et l'électricité, chacune
en des mesures différentes.
Est-il admissible maintenant qu'entre ces
limites éloignées qui séparent deux ordres de
phénomènes, il nepuisse exister d'état intermé­
diaire ? La raison nous répond le contraire.’
Natura non facit saltus .
Le vrai, c’est que nos sens ne perçoivent
qu'une part infiniment réduite de ce qui est!
La science de demain, sans aucun doute,
nous démontrera vraisemblablement, de façon
expérimentale, que « factuel mystérieux», res
sort uniquement de son domaine.
Le surnaturel est une chimère, et le hasard
n’existe pas!

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La Science de demain

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LA SCIENCE DE DEMAIN

De toutes les questions qui, en ces dernières


années, ont occupé l’opinion, il n’en est pas
l’ayant fait à plus juste titre que celle delà pola­
rité des êtres et des fluides qu’ils émanent.
Les gens dans le mouvement déclarent volon­
tiers, aujourd’hui, à tout venant et bien haut,
reprenant sans s’en douter une opinion chère au
médecin Paracelse, que l’homme, les animaux,
et peut-être encore toutes choses, peuvent être
comparés à de véritables aimants magnétiques,
ou mieux encore qu’ils ne sont, en somme, que
des aimants.
La théorie, comme l’on voit, n’est pas nou­
velle, et, du reste, depuis Paracelse, elle n’a
cessé d’avoir des partisans.
Au xvii®siècle, c’était le P.Kircher, l’un des
savants les plus curieux de son époque, qui as­
similait les végétaux à des aimants et qui, ap­
puyant sa théorie d’expériences, démontrait à
l’aide de greffes que diverses parties d’une plante,.

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122 LES COULISSES DE L’AU-DELA

pour pouvoir se réunir, devaient posséder des


qualités diverses et contraires, tout comme les
deux extrémités d’un barreau magnétique.
Plus tard, d’autres expérimentateurs, le cha­
noine Gassner et le P.Belle en Allemagne, le
médecin ElishaPerkins en Amérique, puis, en
France même, le médecin autrichien Mesmer,
affirmèrent à leur tour la réalité de la polarité
humaine,et, appliquantleur théories,essayèrent,
souvent avec succès, d’agir sur les fluides vitaux,
soit à l’aide d’aimants, soit encore, comme Mes­
mer, avec leurs propres fluides,
Et ce n’était point au hasard qu’ils opéraient
de la sorte, mais bien au contraire en vertu do
raisonnements et d’observations méthodiques.
Voyez, en effet, avec quelle netteté le docteur
d’Eslon, l’un des disciples les plus autorisés
do Mesmer, parle de la polarité;
« Lo corps, partagé du zénith au nadir en deux
parties, a le côté droit pôle sud et le côté gauche
pôle nord, Comme deux barreaux aimantés
influent l’un sur l’autre s’ils sont opposés,
c’est-à-dire si le pèle sud est présenté au pôle
nord et celui-ci au pôle sud, do même l’homme
qui magnétise pour procurer des mouvements
attractifs et mettre en équilibre le fluide qui cir­
cule on lui et dans celui qui est magnétisé, doit
§o mettre on face et opposer son côté droit

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LA SCIENCE DE DEMAIN 123
au côté gauche, c’est-à-dire le pôle sud au pôle
nord, et le pôle nord au pôle sud.
«En se plaçant derrière les personnes magné­
tisées et en opposant par conséquent le pôle
nord au pôle nord, on excite une répulsion, on
change la direction des fluides et on dérange
son cours. On emploie quelquefois cette der­
nière manière pour procurer des Crises et réta­
blir la circulation » (1).
Cependant, en dépit de la précision des ter­
mes, la doctrine manquait de netteté et de
plus échappait au contrôle.
C’est alors que le baron de Reichenbach,
savant autrichien d'un très, réel mérite, vint lui
donner cette base expérimentale absente, et
nécessaire cependant.
Si l’on fait demeurer dans une obscurité pro*
fonde plusieurs personnes, durant un temps
prolongé, il est bien rare, avait remarqué Rei­
chenbach, que certaines d’entre elles n’éprouvent
pas des sensations spéciales. Tandis que pour
les unes l'obscurité lie cesse de demeurer im ­
pénétrable, d’autres, au contraire, ne tardent
point à voir se manifester des productions lumi­
neuses d’un caractère déterminé. Leurs mains

(i) Aphorismes de Mesmer, publié» par Ricard, édi­


tion de 1846, p. 208.

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124 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

et celles des autres personnes qui les avoisinent


deviennent brillantes et s'éclairent comme
d’une auréole colorée ; il semble que des flam­
mes s’en échappent, et ces flammes ou effluves
ont une allure particulière. Celles qui partent
de la main droite, sont bleues, celles de la
main gauche sont rouges.
Cependant, bientôt, le phénomène s'accentue,
* les effluves se généralisent, et ce n'est plus
la main seule qui est visible, mais la tête et le
corps tout entier qui apparaissent nuancés à
droite de bleu, à gauche de rouge.
Partout où l'on constate des *saillies ou des
pointes, l'effluve s’allonge et devient plus
superbe et plus intense, comme si le fluide lu­
mineux s’assemblait plus volontiers en ces ré­
gions pour s’irradier de là dans l'atmosphère
ambiante.
DeReichenbach donna le nomd'orf à ce fluide
spécial que dans certaines conditions détermi­
nées certains sujets qu'il appelle sensitifs peu­
vent apercevoir, et dont, du reste, ces su­
jets ressentent les effets en toutes circonstances
de l’existence. Et, c'est ainsi que les sensitifs
sont capables de reconnaître au goût si un
verre d'eau a été tenu dans la main droite ou
la main gauche; à droite, le liquide s'est chargé
des effluves bleus, et il est d'une saveur fraîche

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LA SCIENCE DE DEMAIN 125
et agréable ; à gauche, ce sont les flammes
rouges qui Font imprégné, et il semble fade et
nauséabond.
Les fluides odiques, au surplus, sont capables
de réagir les uns sur* les autres; ils subissent
l'action des aimants et aussi celle de la terre.
Les effluves de même nature se repoussent,
qu'ils soient positifs ou négatifs, bleus ou rouges.
Les effluves de qualités contraires s’attirent èt
s'unissent. Et ce fait est en soi d’une impor­
tance pratique considérable, pour tous les sen­
sitifs tout au moins. Les impressions que ceux-
ci ressentent, en effet, ne sont point les mêmes
suivant que les conditions odiques qui les en­
tourent varient. « Une personne sensitive,
dit Reichenbach, doit, pour pouvoir dor­
mir tranquillement, ou seulement se trouver
bien, être placée de telle sorte qu'en dor­
mant elle ait la tête au nord, et que lors­
qu'elle est assise, qu’elle marche, qu’elle se
promène en voiture, son visage soit dirigé
vers le sud» (1). Et il en est ainsi parpe que la
terre justement agit d’une façon constante
comme un immense aimant, émettant des effluves
puissants de ses pôles.

(l)D e Rochas, Le Fluide des magnétiseurs , p. 60.

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i2 6 LES COULISSES DE l' a U-DELA

«Le courant odique que le pôle terrestre dé­


verse sur la terre et les hommes se dirige vers
le sud, traverse constamment nos habitations
et n o u s mot ainsi sq u s l'influence continuelle
de légères passes. Les non-senstifs ne ressen­
tent pas ce perpétuel courant, au milieu duquel
ils se trouvent; mais il en est autrement pour
les sensitifs, et cela d'autant plus que leur exci­
tabilité est plus grande. Ceux-ci ont une im­
pression agréable, rafraîchissante, fortifiante,
tranquillisante, apaisante, lorsque le courant
les traverse dans la direction de la tête aux
pieds; ils sont mal à leur aise, inquiets, fati­
gués, de mauvaise humeur, enclins à la con­
tradiction et à la discussion lorsque le courant
est dirigé en sens inverse.
a S'ils sont au lit, la tête au sud, le cou­
rant venant du nord les traverse des pieds à la
tôte, c'est-à-dire dans le sens désagréable, leur
cause des inquiétudes dans leur lit et provoque
souvent des insomnies quo tous les médi­
caments du monde n'arrivent pas à vaincre. Si,
au contraire, la tôte est au nord, le courant
est dirigé de la tôte aux pieds, traversele corps
dans la direction suivant laquelle s'exerce l'acti­
vité nerveuse, du centre à la périphérie et aux
extrémités, et alors un vrai bien-ôtro se mani­

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LA. SCIENCE DE DEMAIN 127

feste; le sujet a du repos et peut se livrer à un


sommeil bienfaisant » (1).
Comme Ton en peut juger par ces faits d’ex­
périence, les recherches du savant autrichien
apportèrent un jour tout nouveau sur la ques­
tion de la polarité. Elles ne parvinrent pas, ce­
pendant, à la résoudro suffisamment pour en­
traîner les convictions des gens d'étude qui ne
voulurent point,départi pris du reste, accorder
la moindre autorité à ces observations de Rei­
chenbach. *
Depuis, cependant, il s'est produit une évolu­
tion nouvelle, et, grâce aux recherches faites
en ces dernières années par MM»Dècle etClia-
zarin, et surtout par MM. de Rochas etLuys,
la théorie de la polarité semble enfin avoir con­
quis son droit à l'existence.
En étudiant les actions de contracture ou de
décontracture produites sous l'influence de sub­
stances diverses, et notamment sous celle des
aimants, sur certains sensitifs, MM. Dècle et
Chazarin reconnurent que les diverses parties
du corps réagissaient différemment aux mômes
agents. Ainsi, par exemple, tandis que le pôle
nord d'un aimant appliqué sur le côté gauche
du tronc pu delà tête produit, chez un sensitif,

* (1) De Rochas, loc. c i t p. Gt,

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128 LES COULISSÉS DE l ’ a U-DELA

une contracture des muscles de ce côté, l’appli­


cation du même pôle sur le côté droit du même
sujet ne produit aucun effet semblable, et, au
contraire, décontracture les muscles au cas où
ils auraient été contracturés au préalable. Si
Ton applique réciproquement sur le côté gauche
contracturé le pôle sud d’un aimant, la contrac­
tion cesse, tandis que ce même pôle sud, appli­
qué sur le côté droit, le contracture à son
tour.
De ces observations, M M. Dêcle et Chazarin
conclurent que le côté droit du corps était sem­
blable au pôle sud d’un aimant, le gauche au
pôle nord, et, par analogie, que le côté droit
était négatif et le côté gauche positif. Mais s’il en
était ainsi, tous les éléments positifs, y compris
le corps humain lui-même, devaient pouvoir
provoquer sur le côté gauche des actions de
contracture que feraient disparaître à leur tour
les éléments négatifs divers. L’expérience dé­
montra l’existence du phénomème, établissant
dû même coup, de façon indiscutable, la réalité
de la polarité de l’homme,polarité entièrement
comparable à celle de l’aimant et de la pile.
Ces recherches de MM. Dècle et Chazarin
étaient une confirmation première désuétudes du
baron de Reichenbach. Feu M. Luys, le savant
médecin delà Charité, etM.deRochas,devaient

■ ?ed Gc
LA SCIENCE DE DEMAIN 129
bientôt compléter d’une manière infiniment in­
téressante les travaux de leur devancier.
Les sujets de Reichenbach voyaient le fluide
odique dans l’obscurité et alors qu’ils étaient
dans leur état normal. MM. Luys et de Rocha
sont allés plus loin dans cette voie curieuse.
Leurs sujets, amenés en état hypnotique, voient
distinctement les effluves colorés et cela sans
que la lumière du jour les gène le moins du
monde. Leurs sens, sous l’influence du sommeil
provoqué, acquièrent une acuité plus grande, et
leur appareil optique, entre autres, subit une
hyperesthésie dont l’ophtalmoscope permet de
constater, sans doute possible, la réalité ab­
solue.
Et le phénomène est d’une importance pra­
tique considérable.
Déjà, Reichenbach avait relevé que les effluves
observés par ses sensitifs étaient de coloration
d’autant plus vive et d’une vigueur d’autant
plus grande qu’elles provenaient de personnes
en meilleur état de santé physique.
Les sujets de M. Luys ont fait des constata­
tions analogues plus complètes encore.
Non seulement, en effet, ils remarquent l’im­
portance et la beauté des effluves, mais ils no­
tent chez certains sujets des effluves de colo­
ration anormale. Tantôt les flammes bleues

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130 LES COULISSES DE L*AU-DELA

qui semblent le plus ordinairement s’échapper


du côté gauche du corps (1) se nuancent de vio­
let, tantôt encore, dans les effluves rouges, l’on
voit apparaître des points jaunes plus ou moins
abondants, des taches noires, où le rouge et le
bleu pdent de leur éclat, s’anémient et tom­
bent au rose ou au bleu pâle.
Or, à chacune de ces modifications, a reconnu
M. Luys, d’une façon constante correspond un
trouble pathologique de l’organisme, si bien
qu’il devient possible d’employer comme moyen
-précis de diagnostic pour certaines afFections, la
répartition des couleurs dans les effluves signalée
par les sujets voyants.
Ainsi tous les hystériques émettent des efflu­
ves d’un bleu plus ou moins violacé suivant l’im­
portance de la névrose; la présence des taches
noires indique des troubles dans l’état cérébral,
la démence oul’idiotie; lespoirits jaunes dans le
, rouge correspondent aux affections diverses de
l’œil; l’affaiblissement en couleur des effluves
traduit chez le sujet un état de fatigue, d’ané­
mie générale, de neurasthénie, plus ou moins
avancée, et leur disparition complète, enfin,
(1) M. de Rochas a reconnu que la répartition des co­
lorations n’était pas constante et variait non seulement
avec les sujets, mais même, suivant le temps, avec un
même sujet.

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LA SCIENCE DE DEMAIN 131
caractérise l’absence do toute réaction vitale.
Telles sont les indications précieuses, et qui
lui sont particulières essentiellement, que don­
ne à l’occasion le fluido odique dégagé par
le corps humain.
Les effluves provenant des barreaux aimantés,
en effet, ne présentent jamais de ces altérations
dans leur aspect; toujours ils sont d’un bleu vif
intense, d’un bleu qui passionne les sensitifs à
un point tel qu’ils paraissent ne pouvoir se ras­
sasier de le contempler, ou d’un rouge
ardent qui les plonge tous uniformément en un
accès de violente fureur.
Il n’empêche, cependant, que les fluides dé­
gagés par les aimants sont susceptibles, dans
une importante mesure, d’exercer sur les or­
ganismes une action physiologique réelle.
Ainsi, par exemple, en est-il dans la pratique
des transferts, l’une des plus curieuses sans
aucun doute, qu’ait jamais employées l’art de
guérir. On sait au reste, comment se réalise un
transfert.
Un malade & l’état de veille est mis en rap­
port avec un sujet en état de sommeil hypnoti­
que. Les choses étant disposées de la sorte,
. l’on fait agir à distance sur le malade et le sujet
un barreau aimanté. Bientôt l’action fluidique
s’exerce; le sujet d'abord immobile, frémit et

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132 ' LES COULISSES DE l ’ a U-DELà

se plaint, accusant les symptômes du mal dont


souffre le patient qui cherche sa guérison.
Si Ton réveille alors le sujet, après avoir
rompu le rapport existant entre lui et le malade,
et après lui avoir donnéla suggestion d'oublier,
une fois revenu à son état normal, la crise mor­
bide qu'il vient de traverser en son sommeil, il
se trouve que le sujet est dans son état régulier,
absolument comme s'il ne s'était prêté à aucune
expérience, et que le malade, lui, est débarrassé
d'une partie de sa névrose.
Le mécanisme d'un tel phénomène est facile
à saisir. Entre le malade et le sujet, il existe
des différences d'équilibre, et ceux-ci sont, en
quelque sorte, comme des vases communiquants
qui renfermeraient des liquides à des niveaux
différents. En vertu des lois physiques normales,
les hauteurs doivent s’harmoniser ; mais, pour
qu'il en soit ainsi, il faut nécessairement qu'une
partie du contenu de l'un des vases passe dans
le second. C'est justement ce qui arrive.
Entre les être mis en rapport, il se produit
un véritable courant allant du malade ausujet,
et le premier déverse sur le second une partie
plus ou moins grande de son mal. Or, comme
l'opération se répète, et toujours dans le même
sens, l'on conçoit facilement qu'après un temps
plus ou moins long, l’équilibre parfait s'éta­

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LA SCIENCE DE DEMAIN 133
blisse, c’est-à-dire que la guérison définitive
survient.
Au surplus, d’ailleurs, cette opération du
transfert peut encore s’opérer à distance, sans
même qu’il y ait relation directe entre les per­
sonnages. Dans ce cas, l’aimant se charge, sou­
vent profondément, des émanations morbides
dégagées par le patient, et, si l’on vient alors à
le tnettre en relation avec un sujet en état
d’hypnose, l’on voit celui-ci réagir à son action
et présenter tous les symptômes du mal qu’é­
prouvait le malade.
En réalité, il y a là bel et bien une action
d’envoûtement véritable, et l’aimant, dans l’oc­
casion, joue exactement le même rôle que la
plaque photographique ou que la statuette de
cire sur laquelle M. de Rochas reçoit et emma­
gasine pour un temps plus ou moins long la sen-
bilité extériorisée de ses sujets plongés en
hypnose profonde jusqu’à l’état de rapport. Et,
qui sait, en somme, si la sensibilité extério­
risée n’est pas une même chose que ce fluide
odique, pur ou altéré par des émanations mor­
bides suivant les circonstances, dont s’imprè­
gnent si bien les lames aimantées? Dans le
sommeil hypnotique très profond, quand ils dé­
passent cet état de rapport où ils commencent à
s’extérioriser, les sujets voient flotter dans l’es-
8

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134 LES COULISSES DE ü’AU-DELA

pace, d’abord mal définies, puis plus nettement


caractérisées, les couches diverses du fluide
sensible qu’ils ont projeté au dehors et qui se
condense enfin peu à peu, formant des zones ré­
gulièrement limitées.
Mais, est-ce que ces couches de fluide sensi­
ble ne peuvent pas être recuèillies, absorbées
en quelque sorte dans des produits favorables
ou mumies, exactementde lamême manière que
dans un portrait photographique sont retenues et
absorbées quelques-unes des émanations odiqueà
de la personne représentée, si bien qu’un sensitif
regardant une telle image, voit s’en échapper,
ainsi que l’a affirmé M. le docteur Luys, les efflu­
ves colorés caractéristiques (1)?
Dans les deux cas, l’analogie est complète, et
en vérité, il serait fort étrange qu’il en fût autre
ment.
Le rayonnement humain — les expériences
de MM. Luys et de Rochas le démontrent sans
réplique — est donc susceptible de s’emmaga-

(4) Mieux encore, M. le Dr Luys, sur la foi du dire de


ses sujets, dont il acceptait volontiers les affirmations
sans les toujours suffisamment contrôler, déclarait sans
hésiter que les sensitifs voient s’échapper de tels effluves
colorés des diverses parties du visage dans un portrait
imprimé d’apres un cliché obtenu à l’aide d’unê photo­
graphie.

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LA SCIENCE DE DEMAIN 135
siner plus ou moins complètement, et pour un
temps plus ou moins prolongé, dans des milieux
divers, et, cette imprégnation des fluides vitaux
est si parfaite etsi complète à la fois quelle s'ac­
compagne d’une A éritable localisation des efflu-
vesodiques extériorisés(1).

(1) Aussi bien, il est à remarquer que les fluides vitaux


ne sont peut-être pas les seuls à pouvoir ainsi s’extério­
riser. Les facultés psychiques de l’individu semblent pa­
reillement pouvoir le faire. Du moins, le fait suivant
mentionné par M. Reverchon, dans l’excellente revue
scientifique Cosmos, tend à le démontrer :
‘ « J’ai souvent l’occasion, écrit M. L. Reverchon, de
passer d’un étage à un autre pour y trouver un rensei­
gnement me faisant défaut, et il m’est arrivé maintes
fois d’oublier, à destination, le motif de mon déplace­
ment. Or, généralement, je n’ai qu’à faire, en sens in­
verse, une p a r ti du chemin que je viens de parcourir
pour me remémorer ce que je cherchais.
» Etant donné que : 1° Les objets auprès desquels, je
passe me sont absolument et au môme degré familiers ;
2* qu’il ne m’est point nécessaire de revenir jusqu’à mon
point de départ où des traces précises me remettraient
sur là voie ; 3° et que je suis obligé de faire tantôt plus,
tantôt moins de chemin pour arriver au même résultat,
je crois pouvoir logiquement conclure qu’il y a vérita­
blement extériorisation de la mémoire en tel ou tel
point de l’espace, et que le passage au point d’extériori
sation, quel qu’il soit, peut amener la réintégration de
la mémoire extériorisée .» ( Cosmos, n° du 27août 1892J.
Il est bon, en somme, de remarquer en la circonstan-

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136 LES COULISSES DE l ’ à U-DELA

Le fait est d’une importance capitale, car, à


lui seul, il nous indique comment la pratique
la plus noire des sorciers de jadis, celle de
renvoutement, loin, d’être vaine et stérile, pou­
vait en certains cas, s’exercer en toute réa­
lité.
En d’autres termes, il paraît aujourd’hui
démontré expérimentalement que l’envoûte­
ment n’est pas une chose impossible, mais
bien au contraire une réalité tangible. Et, au
surplus, pourquoi n’en serait-il pas delà sorte?

ce, pour hardie et spécieuse que puisse paraître à un pre­


mier abord l’hypothèse de M. Reverchon, que celle-ci se
trouve en quelque sorte confirmée expérimentalement
par une observation des plus curieuses faite il y a quelques
années par M. le docteur Pinel. Celui-ci, en effet, en pho­
tographiant à l’aide de l’ophtalmoscope électrique muni
d’une plaque sensible la rétine d’un sujet hypnotisé, a
pu retrouver sur son cliché l’image d’objets divers sug­
gestionnés au patient.
Si le fait est exact, il a donc fallu que sous l’ébranlement
donné aux cellules nerveuses parla suggestion l’image ou
le dessin de l’objet ait été renvoyé et objeetivé réellement
sur la rétine.
Mais un tel fait, en soi, est bien aussi étrange et non
plus facilement explicable que celui de l’extériorisation
à distance de l’être vivant d’une portion plus ou moins
grande de sa sensibilité, et, en réalité, les deux phéno­
mènes si distincts en apparence sont absolument de même
ordre.

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,08
LA SCIENCE DE DEMAIN 137
Du moment, en effet, qu'il existe des fluides
vitaux et que ces fluides peuvent en certaines
circonstances rayonner au dehors du corps auquel
ils appartiennent, pourquoi ne pourraient-ils, par
la même occasion, emporter avec eux une par
de la potentialité vitale existante?
Les faits, du reste, sont là qui démontrent la
précision et l’exactitude de cette hypothèse !
Les anciens goétiens, quand ils « taisaient
l’image » avaient grand soin d’introduire dans
leur figurine de cire des éléments ayant été en
contact intime avec la personne qu’ils vouaient
à leur exécration.
Des cheveux, du sang, quand ils réussis­
saient à s’en procurer, des fragments d’ongle,
une dent, et, à défaut, des linges ou des par­
ties de vêtements ayant appartenu aux malheu­
reux contre qui s’exerçait le <c volt », assu­
raient à celui-ci une efficacité particulière et
d’ailleurs reconnue de tous.
Mais, si de tels produits pouvaient influer sur
la réussite du maléfice, c’est justement parce
qu’ils se trouvaient, en raison même de leur
provenance, chargés plus ou moins profondé­
ment des effluves vitaux du sujet soumis à l’en­
voûtement. De nos jours, et bien avant que
M. de Rochas eût donné, grâce à ses infini­
ment curieuses expériences sur l’extériorisa-
.
8

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138 LES COULISSES DE L’AU-DELA

tion de la sensibilité (1), la démonstration ma­


térielle de cette imprégnation des corps parles
fluides dégagés par les sujets, certains magné­
tiseurs en avaient reconnu l’existence. Et c'est
ainsi, par exemple, que Cahagnetdans sa Ma­
gie magnétique (2) émet cette opinion qu’il
peut n’être pas indifférent d’exercer des pra­
tiques malfaisantes sur les excreta d’un orga­
nisme quelconque, alors que ces divers excreta
n'ont point eu le temps de laisser s'évaporer
dans l’atmosphère ambiant la quantité de vita­
lité dont ils s’étaient chargés avant d’être re­
jetés au dehors (3).

(1) , Voir A de Rochas, les Etats profond* de l'bypo*


nove. Un vol. in-8o, chez Chamuel, Paris,1892.
(2) Chez Félix Alcan, 108 boulevard Saint-Germain.
(3) A rapprocher de cette assertion de Cahagnet cette
curieuse recette récemment rééditée dans une brochure,
L'Electre magique d'après le grim oire ou magie na -
turelle de Benoit XIV, publiée par Mt Euzèbf Barrida
(chez l’éditeur Chamuel) ; « Si quelqu’un vient déposer
trop près de chez vous ses excréments et que cela vous
déplaise beaucoup,vous pouvez vous venger de cette in ­
jure sans toucher à son corps. Mettez sur ses excré­
ments des charbons ardents avec de l'eau-de-vie et des
graines de genièvre ou de poivre, et cela lui fera dans la
partie intéressée, ressentir une douleur,et ceHabique con-
tactu corporeo, attamen non sine contacta spirituali,
naturali magnetico et in visibili , même de loin, et les
douleurs dureront pendant plusieurs jours ».

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LA SCIENCE DE DEMAIN 130

Cependant, dans le phénomène de l'envoû­


tement, il est encore un facteur important dont
il convient de tenir compte, le Vouloir de l'en-
voûteur.
Les anciens sorciers, du reste, sont tous
d’accord pour déclarer que la meilleure chance
que Ton ait de réussir une œuvre de magie
est de vouloir fortement sa réussite. « On peut
tout ce que Ton veut », dit un adage courant
d'une vérité grande. .
Et, il n'est point difficile do montrer pour­
quoi et comment une volonté énergique doit
aider à la réussite d'une entreprise de sorcel­
lerie telle que celle de l'envoûtement. Alors
que l'on concentre sa pensée vers un but dé­
terminé, tout naturellement, en effet, on cana­
lise dans une direction particulière ses propres
fluides vitaux ; ïo d ne s'extériorise plus alors
en tous sens, mais au contraire s’accumule en
des points voulus, et son rayonnement, par là ^
môme, se trouve en quelque sorte projeté sur
le fluide de l'invidualité que Ton veut influen­
cer.
Et, cette action très réelle et, comme l’on
voit, toute matérielle en dernière analyse, de
la volonté du sorcier sur l'individualité malé-
fieiée, ne nous donne-t-elle pas la raison défi-

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140 LES COULISSES DE l ’à U-DE-LA

nitive des phénomènes inexpliqués de la


suggestion, et n’est-elle pas la réponse précise
à cette question que pose, dans un livre récent
du plus vif intérêt, M. le docteur Durand (de
Gros), qui fut l’un des premiers savants ayant
étudié avec soin les manifestations hypnoti­
ques ? .
« Par quel mécanisme psychologique, physio­
logique et anatomique une impression faite sur
l’esprit, ou plus spécialement une idée suggérée,
peut-elle déterminer consécutivement dans toute
fonction, animale ou végétative, des modifica­
tions semblables à celles qu’y détermine l’im­
pression des agents physiques spéciaux à cette
fonction ?
« Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, par
quelle mystérieuse combinaison d’actes et d’or­
ganes l’impression mentale que je fais sur vous
en vous disant simplement : (/est de Vabsinthe,
pendant que je vous fais boire un verre d’eau
claire, a-t-elle le pouvoir de vous faire paraître
verte et amère une liqueur qui est en réalité
incolore et insipide, et de communiquer en
même temps à cette liqueur qui est de plus in­
nocive et innerte, toutes les propriétés néces­
saires pour vous causer l’ivresse absinthique
avec tous les phénomènes psychiques et orga­

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LA SCIENCE DE DEMAIN 141
niques qui la caractérisent si particulière­
ment » (1) ?
En somme, les molécules du fluide odique du
suggestionneur vont frapper de façon plus ou
moins intense, suivant justement que la volonté
qui leur imprime leur mouvement est elle-
même plus ou moins grande, les molécules
odiques du suggestionné, et celles-ci obéissent
d’autant plus parfaitement à l’impulsion reçue
qu’elles sont plus inactives et plus flottantes.
Cependant, une fois que ces molécules flui
diques ont ainsi reçu un dynamisme particulier,
à leur tour elles réagissent sur les cellules or­
ganiques composant l’individu qui agit alors
conformément aux instructions qu’elles lui
transmettent.
L’état de crédulité qui caractérise certaine
phase du sommeil hypnotique, n’est, en somme,
rien autre chose qu’un état où la capacité de
réceptivité des molécules fluidiques, ainsi que
l’aptitude de ces molécules à venir actionner
les éléments matériels de l’être vivant, est par­
ticulièrement intense. Et c’est ainsi que, à son
seul commandement, l’hypnotiseur peut per­
suader à un sujet en sommeil qu’il possède
(i) J.-P. Durand (de Gros), Le Merveilleux scien­
tifique. Un vol in-8°, chez Félix Alcan, Paris, 1894
p. 158.

. Google
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142 LE8 COULISSES DE l’a U-DELA

telle ou telle identité. D’un homme il fait une


femme, et d’une femme un guerrier. Un su­
jet, Benoit, sur des suggestions successives
qui lui étaient données par M. de Rochas, se
croit tour à tour un enfant, un vieillard, une
jeune fille, le président de la république, un
paysan finaud, un avare, un préfet, un général,
un colonel, l'empereur Napoléon Ier, un qué­
mandeur, un maître d’écriture, un maréchal
ferrant, etc., et, à chaque personnalité nou­
velle qui lui est momentanément imposée, il
change d’allures, de caractères, épousant les
façons d’agir communes .aux individualités
qu’il représente, et cela d’une manière si par­
faite qu’il modifie chaque fois son écriture na­
turelle pour prendre une écriture concordante
avec le caractère du personnage figuré (1).

(1) Voir A. de Hochas, le s Etats superficiels de l'hyp­


nose. Un vol in-8°, Paris, Chamuel, 1893, p, 96 et sui­
vantes.

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LA SCIENCE DE DEMAIN 143

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144 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

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U SCtÊN'CE DE DEMAIN 145

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146 LES COULISSES DE L,’AU-DELA

Les altérations de la personnalité dans le


sommeil hypnotique revêtent du reste les formes
les plus variées, et il n’est même pas besoin,
pour les provoquer, du commandement ver­
bal. •
Ainsi, en appuyant lcjloigt sur le derrière de
la tête, à la hauteur du cervelet d’un sujet en
étatd’hypnose, on détermine chez lui la sensation
d’un plaisir érotique qui se traduit par l’expres­
sion enchantée du visage, exactement de la
même manière qu’en lui parlant des splendeurs
du ciel, on le plonge dans une phase d’extase
religieuse. Dans les deux cas ; le dynamisme
s’est exercé de manière analogue.
Mais, en pareil ordre d’idées, il y a mieux
encore. L’envahissement de la personnalité du
sujet peut en effet atteindre un degré plus
complet et ne plus même exiger la condition
du sommeil hypnotique. A tout instant, dans
la vie courante, sous l’influence des causes les
plus insignifiantes en apparence, ne subissons-
nous pas de la sorte des altérations de notre
« moi » qui semble s’annihiler? « Nous sommes
au théâtre, ou dans une salle de bal. Voici que
nous arrive de coté comme un rayon irisé.
Nous tournons aussitôt les yeux. C’est un dia­
mant qui scintille à l’oreille d’une femme, jette
un dernier feu plus vif, s’éteint, se rallume.

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LA SCIENCE DE DEMAIN 147

L'effet est produit. Maintenant il faudra que


nous regardions cette femme»(i).
Et, ce qui se produit ainsi pour la vue, se
produit pareillement pour le son, le goût,
Todeur, le toucher, etc.
Tous les agents physiques, quels soient-ils,
produisent, suivant les circonstances, des actions
de cet ordre.
11 n'est pas, — et la chose était facile à pré­
voir,— jusqu'à la volonté, qui ne puisse sem­
blablement provoquer chez un sujet éveillé des
altérations dans sa personnalité. Ainsi les
sorciers de campagne sont habiles, et cela très
réellement, à dérouter de leur chemin et même
à faire tomber à leur volonté des individus
qu'ils choisissent comme sujets de leurs expé­
riences. M. le Dr G... a relevé à ce propos des
notes expérimentales du plus vif intérêt. « Elle
savait, — le Dp G.... parle d'un sujet avec
lequelil expérimentait, — comme je l'ai éprouvé,
faire perdre la route à une personne, en lui
faisant prendre sa droite pour sa gauche (hal­
lucination du sens de l'espace). E\le disait que,
petite fille, elle allait au bois avec sa mère pour
cueillir des fraises. Quand elle s’ennuyait et
voulait rentrer, elle jouait à celle-ci le tour de
(1) Paul Souriau. *— La Suggestion dans Vart, un
vol. in-8, chez Félix Alcan, Paris, 1893, p. 25.

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iitf LES COULISSES DE L*AU-DELA

lui faire perdre sa route. Dans nos campagnes,


ce pouvoir est généralement attribué aux
sorciers. A Cuba, les sorciers nègres prétendent
en faire autant. Il y aura des recherches
curieuses à fairesur cette pratique dont je crois
pouvoir, par expérience, attester la réalité.
« Une autre fois, Berthe m’apprit comment
il fallait s’y prendre pour faire tomber une
personne. La méthode est remarquablement
logique. Il faut d’abord la connaître, lui parler,
l’impressionner autant qu’on peut, et se faire
redouter d’elle. Quand elle est dans la rue,
on la suit par derrière en imitant bien sa dé­
marche, et en la chargeant (c’était le mot
qu’elle employait d’ordinaire pour dire s’emparer
mentalement delà penséedcquelqu’un, en l’en- .
dormant un peu, procédé qui lui était familier).
Alors il faut voir une corde tendue en travers
de la route à quelques pas en avant. On suit
bien les mouvements de la personne et, #au
moment où eller arrive sur la corde, on fait soi-
même un faux pas volontaire; alors elle est
forcée de tomber» (1).
Il n’est guère d’ailleurs d’hallucinations que
l’on n’arrive à provoquer expérimentalement,
même chez les sujets éveillés. Ainsi, le même
(1) Dr G.... dans les Annales des Sciences psychiques
année 1892, p. 258.

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Là science de demain 149
Dr A. G... cite à cet égard quelques faits parti-
culièremen4 remarquables. Il s’agit d’halluci­
nations produites par l’influence de sa volonté
sur l’un de ses amis, M. W . P...
« Un jour, écrit-il, j ’étais chez lui et il me
montrait de belles estampes qu’il avait. J’ima­
ginai de lui faire croire que la lampe s’éteignait.
A ce moment, je savais très bien produire cette
hallucination en me représentant que l’éclairage
de la chambre allait diminuant. W . P... était
sans défiance aucune, nous n’avions pas fait une
seule expérience delà soirée. Cependant, à deux
reprises, au moment précis où je baissais la lu­
mière., il s’impatienta contre la lampe et se mit
à la monter.
« C’était l’hiver de 1888, il y avait un bon feu
dans un poêle de faïence. Toujours en imagina­
tion,je fis baisser la température de la chambre.
Il se leva et bourra de bois le foyer du poêle.
Aussitôt, il se rendit compte que celui-ci chauf­
fait bien et reconnut d’où venait le froid. Il ne
connaissait pas cette expérience, et je crois que
c’est la première fois que je la faisais (1).
Et ces actions de véritable envoûtement de la
personnalité d’un sujet éveillé peuvent fort bien

( t) Dr A. G...,dans les A finales des sciences psychiques,


année 1892, p. 318.

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150 LES COULISSES DE L ’AU-DELA

s’exercer à distance. Ainsi, M. A. G.., durant


un certain temps, ne pouvait passer en certains
endroits sans ressentir l’influence de cette sor­
cière si habile dans l’art d’égarer ses semblables
et dont nous parlions tout à l’heure.
« Elle avait entrepris de m’empéoher de re­
monter le boulevard Saint-Michel vers l’Obser­
vatoire, place où je ne passais pas très souvent.
Il m’est rarement arrivé de passer là sans res­
sentir presque aussitôt sa présence...
« Une fois je sentais une faiblesse spéciale
dans les jambes qui étaient comme paralysées.
C’était comme si j ’avais eu sur les épaules un
poids trop lourd. Si je revenais sur mes pas, je
me sentais léger et alerte. D’autres fois, j’avais
une certaine difficulté à avancer, comme si
j’eusse lutté contre un vent trop fort, ou plu­
tôt — la sensation étant limitée aux jambes —
contre un courant d’eau où j’eusse été jusqu’à
la ceinture» (1).
En d’autrps circonstances, enfin,et toujours à
distance, ce sujet sut provoquer des hallucina­
tions visuelles chez le docteur A. G... et, fait infi­
niment curieux, et en tout conforme à la théorie
magique de l’envoûtement, un jpur que le doc-

(1) Dr A. G..., dans les Annales des sciences psychi­


ques, année 4892, p. 259 et 204. „

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LA SCIENCE DE DEMAIN 151
teur A.G... avait résisté à la suggestion d'une
hallucination effrayante, le « volt » se retourna
contre son auteur qui en fut vivement impres­
sionné.
Tous ces phénomènes si étranges à un premier
aspect, on le voit sans peine, s'expliquent faci­
lement si l'on veut h>en admettre notre hypo­
thèse de l'action dynamique de l ’effluve odique,
action pouvant s’exercer non seulement de mo­
lécule à molécule de fluide, mais aussi de mo­
lécule fluidique à cellule organisée.
Aussi bien, pourquoi les multiples altérations
de la personnalité n’auraient-elles point une
raison commune, en dépit de la variété des
causes excitatrices déterminantes?
Les hallucinations provoquées durant l’hyp­
nose sont en tous points semblables à celles sur­
venant durant la veille, et les imaginations des
extatiques ou des possédés ne diffèrent guère
que par la nature des scènes envisagées, célestes
ou démoniaques, si bien que l’on pourrait dire
que les extatiques sont des possédés qui ont
bien tourné.
Chez les uns comme chez les autres, au sur­
plus, toutes les phases morbides sont les mêmes,
jusque et y compris celle de la stigmatisation.
Et c'est ainsi que dans un livre des plus ins­

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152 LES COULISSES DE L*AU-DELA

tructifs (1) — le plus complet que Ton ait en­


core écrit sur la matière, — M.le Dr Toussaint
Barthélemy, médecin du service de Saint-Lazare,
a pu établir l’analogie complète, ou mieux
l’identité, qui existe entre les stigmatisations
miraculeuses des XVIe et XVIIe siècles et les
cas dé dermographisme dont l’étude méthodique
appartient uniquement à la science de ces derniè­
res années (2).
(1) D r T o u s sa in t B a r th é le m y .— Etude sur le dermo­
graphisme ou dermoneurose toxivasomotrice. U n v o l.
in -8 °, P a r is, 1 8 93, à la S o c ié té d ’é d itio n s s c ie n tifiq u e s .
(2) P o u r c e tte q u e s tio n d u « d e r m o g r a p h ism e » , v o ir
n o tr e c h a p itr e Dermographie , Haphalgésie et Métallo­
thérapie.

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Demographie, Eaphalgèsie et
Métallothérapie

*6

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>y Google
DERMOGRAPHIE, HAPHALGÉSIE ET
MÉTALLOTHÉRAPIE

L’un des traits les plus caractéristiques des


affections hystériques étudiées si complètement
par notre médecine moderne, c’est, sans con­
teste, la présence à peu près constante, sur
le corps du malade, de régions plus ou moins
étendues et réparties de façon très diverses,
régions dans lesquelles la sensibilité régulière
est pervertie complètement et souvent entière­
ment détruite,
Il y a longtemps, du reste, que l'on a observé
cette étrange particularité pathologique. Mais
cet accident, que nous savons être aujourd’hui
l’indication précise d’un état névrotique spécial,
avait jadis une autre signification infiniment
redoutable t il pass ait pour être la preuve in­
déniable d’un abominable et sacrilègecommerce
avec Satan,
Le diable marque scs sujets, affirmaient sans
hésiter les moines démonologistes et prêtres exor­
ciseurs, et, en vertu de cette croyance courante,

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156 LES COULISSES DE L*AU-DELA

le premiers soin des magistrats et des inquisi­


teurs commis en tout bon procès de sorcellerie
était de faire, dès l’abord, procéder par des
experts jurés à la recherche, sur le corps même
dcraccusé,deees stigmata diaboli accusateurs.
Or, quand il s’agissait de sorciers, on n’avait
généralement pas coutume, alors, d’y aller de
main morte, et c’est avec la plus parfaite dé­
sinvolture qu’on les soumettait aux pires sup­
plices, dans la seiile espérance de jouer un
bon tour au malin. Un vieux manuel du temps,
— Tableau de Vinconstance des mauvais anges
et démons (1),— nous permet d’en juger. Voyez
d’après ce livre, qui a longtemps fait autorité
en la matière, de quelle recette devait user,
pour sa recherche des stigmates sur le corps
des prétendus sorciers, l’expert qui avait tout
d’abord bandé les yeux aux coupables supposés:
« Il avoit une espingle en la main gauche, avec
la teste de laquelle il faisoit semblant de pincer la
sorcière en plusieurs lieux qu’elle ne pouvoit
voir, ayant les yeux bandez, et, en la main
droite, il avoit une esguille ou aleine bien déliée,
et ayant pincé la sorcière avec la teste de l’é­
pingle en plusieurs lieux, elle se trémoussoit
et se plaignoit artificiellement comme si elle

(1) Publié à Paris en J613;

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DEM OGRAPHIE ET MÉTALLOTHÉRAPIE 15?

eut souffert quelques grandes douleurs, et né-


antmoins, bien qu’en mesine temps on lui mit
l’ësguille jusques aux os, elle ne disoit mot ».
Mais, aujourd’hui, à la barbarie près du
traitement, nos médecins ne procèdent point
différemment dans la recherche des zones d’a­
nesthésie chez les malades hystériques. Au sur­
plus, les chirurgiens d’alors avaient fort bien
étudié les caractères particuliers aux régions
frappées d’insensibilité. Dans un chapitre intitulé
Energumeni (les sorciers ou possédés) Quo-
modo diagnoscendij, d’un ouvrage sur la matière,
le médecin Paul de Bé écrit: Imo,àvai<>e7)<r:atanta
est, ut, si punguntur nec sentiant, nec fundant.
sanguinem, — « Bien plus, l’insensibilité est
telle que, s’ils viennent à être piqués en ces
points, ils n’éprouvent aucune douleur et ne
versent aucune quantité de sang ».
L’observation, il n’y a pas à dire, est précise
et bien faite, et la science moderne en a depuis
longtemps contrôlé l’exactitude.
On le voit donc, les inquisiteurs de jadis ins­
trumentaient d’après les règles, et, seuls, les
névrosés avaient à redouter leurs recherches,
à moins que la passion ne s’en mêlant, comme
ce fut le cas entre autres pour ce malheureux
Urbain Grandier,qui fut compris dans le fameux
procès de la possession des Ursulines de Lou-

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158 I.R8 COULISSES DE I.AU-nEl.A

dun, los exports, barbiers ou chirurgiens char­


ges de procéder à l’exploration do l’accusé, ne
fissent de faux rapports, indiquant comme ré»
gions insensibles, qui portent le sceau du dia­
ble, des points qu’ils avaient simplement fait
somblant de pénétrer de leur lancette.
Mais, il n’y avait pas que les zones insensi­
bles qui fussent considérées comme des »
mata diabali.
Semblablement, toute autre manifestation
dermique d’aspoct bizarre et inexpliqué deve­
nait suspecte et fort congruement vous menait
les gens sans retard au bûcher.
C’est ainsi qu’on feuilletant certains dossiers
dos anciens procès do sorcellerie du XVIe siè*
d e, M, le docteur Mosnot a pu so convaincre
que l’on regardait alors comme un des piros si­
gnes de la possession les élovures caractéristi­
ques do la dormograpluo, cotte affection bizarre
fort mal connue jusqu’en ces derniers temps,
età l’étude de laquelle M. le docteur Toussaint
Barthélemy a consacré un très curieux volume
documenté à souhait (1).
Quandl’on considère les manifestations étran­
ges de cette maladie rare, on s’explique assez,
(4) Dr T o u ssa in t B a r t h é le m y ,— Études sur le dermo­
graphisme ou dermoneurose toæivasomotriee, 4 v o l.
in*8, 4 8 9 3 , A la S o c ié té d ’é d itio n s sc ie n tifiq u e s ,

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DERM0GBAPH1E ET MÉTAIAOTIIÉRAPIE 159

du reste, que les anciens démonologistes aient


voulu voir en elles les marques indéniables
de la présence du démon.
Chez les individus démographes, on effet, la
peau entière du sujet se trouve transformée en
un véritable block-notes de chair vivo permet­
tant d’inscrire en relief, et instantanément, à
sa surface, grâce au simple frottement d’une
pointe mousse, d’un crayon ou mémo de l’on­
gle, des caractères quelconques et qui ne dispa­
raissent que lentement, au* bout de sept, huit,
douze, vingt-quatre et même quarante-huit heu­
res (1),
Certains sujets, entre autres, possèdent, à un
degré extraordinaire cette faculté curieuse et
imprévue de pouvoir do lasorto, grâce à la sen­
sibilité particulière de leur épiderme, prendre
des notes économiques sur le carnet vivant de
leur individu. Ainsi, chez un malade ohservé il
y a quelques années par M. le Dr Châtelain,
qui en entretint la société do Dermatologie, le

(1) E n d e h o r s d e c e tte c a u se ty p iq u e d es a c c id e n ts d er-


m o g r a p h iq u e s — q u i p e u v e n t ê tr e , en c e r ta in e s c ir c o n s ­
ta n c e s, p r o v o q u é s par su g g e s tio n — il en e x is te e n c o r e
d’a u tr e s. A in si, p a r e x e m p le , les c o u r a n ts é le c tr iq u e s à
hau to t e n s io n e t à g r a n d e fr é q u e n c e p r o v o q u en t d e s e m ­
b la b les d é m o n s tr a tio n s , A ce q u 'o n t reoon n u M M , le s d o c­
teurs B a r th é lé m y qt O u d in ,

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1G 0 LES COULISSES DE L AU-DELA

phénomène était tellement intense que le simple


frottement dé la lame d’un coupe-papier ame­
nait en moins d’une minute la formation d’une
saillie blanche, large de sept millimètres et haute
de plus d’un demi-centimètre à son point cul­
minant, saillie offrant d’une manière frappante
l’apparence d’un tuyau déplumé d’oie que l’on
eut appliqué sur la peau.
De même, il y a aujourd’hui plus de vingt ans,
M. Dujardin-Beaumetz,— qui le premier, en ces
dernières années, étudia soigneusement ces phé­
nomènes, — présenta à la Société médicale des
hôpitaux (1) une malade également des plus
impressionnables et dont la peau rougissait au
moindre contact, si bien que si l’on promenait
sur sa surface un crayon ou une pointe mousse,
il se produisait des lignes en relief, visibles à
dix, quinze et même à vingt mètres de distance.
Depuis lors, sans être fort communs, un cer­
tain nombre de cas de cette affection ont été si­
gnalés. Le plus curieux d’entre eux, sans con­
teste, est celui de ce sujet simulateur, vérita­
ble parasite d’hôpital, qui ayant un beau jour
remarqué, bien avant les médecins, les proprié­
tés peu communes de son épiderme, mettait à
(1) Cette com m u n ica tio n d e M .le Dr D u jardin-B eaum etz
eu t lie u au cou rs de la séa n ce du i l ju ille t 1879 de la
S ociété m éd icale des H ôpitaux de Paris*

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DERMOGRAPHIE ET MÉTALLOTHÉRAPIE 161

profit ses facultés dermographiques pour se


donner les apparences de maladies éruptives et
se faire de la sorte abusivement admettre en
traitement. Ses moyens étaient variés : ainsi, en
se piquant légèrement avec les dents d’une four­
chette, il semblait atteint de rougeole; pour
imiter les symptômes extérieurs de la fièvre-
scarlatine, il se frottait la peau avec une brosse,
et, en appuyant fortement sur son individu l’ex­
trémité d’un crayon ou d’une allumette, il pro­
voquait sûrement l’apparition de papules sem­
blables à celles des varioliques.
Durant des mois et des mois, grâce à ces in­
vraisemblables stratagèmes, ce malheureux
réussit à courir les hôpitaux où on le recevait
sur sa mine, et, sansM. le docteur Duguet qui,
par hasard, découvrit un beau jour la supercherie,
son manège eut pu durer longtemps encore.
Chez ce sujet, qui prétendait semblablement
pouvoir à sa guise simuler les symptômes de
l’angine, le détraquement organique était, du
reste, des plus marqués; à force d’entretenir et
d’exciter sa névrose, en effet, il était devenu
fiévreux, atteint de tremblements, et sa sensi­
bilité était fortement troublée. L’anesthésie du
corps était complète, et les sensations du goût
et de l’odorat avaient totalement disparu. 11
n’est point étonnant, au reste, qu’il en soit ainsi.

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162 LES COULISSES DE l \\U -D E L à .

Ladermographie, qui, déclarent MM. Paul Blocq


et J. Onanoff, « équivaut en général à une tare
physique de dégénérescence» (l),est unetropho-
névrose exceptionnelle caractérisée par une al­
tération telle de la peau, que celle-ci revêt l’ap­
parence exacte de celle des vieillards, devient sè­
che, ridée, flasque, pendanto, mobile et paraît
trop large pour les parties qu’elle recouvre.
Fait curieux, le froid et l'anesthésie locale pro­
duite par ties pulvérisations d’éther arrêtent par­
fois momentanément les manifestations dermo-
graphiques. Celles-ci, au surplus, ne sont point
seulement particulières à l'homme, mais attei­
gnent de même, à l’occasion, les animaux.
C’est ainsi que M. C... rapporte que, de 1871
à 1873, époque ou il était en garnison h Versail­
les, en qualité de lieutenant à la septième bat­
terie du 22e régiment d’artillerie, il a observé
dans les écuries de son régiment un cheval bai
qui présentait, avec une intensité très vive, les
phénomènes caractéristiques du dermographis­
me (2). Une paille ramassée dans la litière, et
(1) P a u l B lo eq e t J. O n an off, Séméiologie et Diagnos­
tic des maladies nerveuses, in -1 8 ,fiie z G. M a sso n ,P a r is ,
18 9 2 .
(2) M. le Dp B a r th é lé m y a c o n s ta té p a r e ille m e n t d e
n o m b r e u x ca s d e d e r m o g r a p h is m e , f r é q u e m m e n t a llié
à d e l ’h y s té r ie , d u r e s te , ch ez d e s a n im a u x d’e s p è c e s d i-

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DERMOGRAPHIE ET MÉTALLOTHÉRAPIE 163

dont on promenait l’exlrémité sur le liane de


Tanimal, provoquait immédiatement, partout
où elle avait frotté, la naissance de boursouflu­
res grosses comme des tubes de macaroni.
En dehors de ces manifestations bizarres, ce
cheval ne présentait rien d’extraordinaire et
semblait se porter ni plus ni moins bien que
ses compagnons de râtelier.
C'est là, en effet, une des marques distincti­
ves de cette affection— que Ton rencontre chez
des sujets appartenant aux milieux sociaux les
plàs divers et sans distinction aucune d’àge ni de
sexe — que de ne pas paraître d'ordinaire —
sauf dans les cas où, cependant, comme chez le
simulateur dont nous parlions tout à l’heure, la
maladie a atteint un degré extrême d’intensité —
entraîner à sa suite d’autres troubles que les
modifications locales produites par l’irritation
de la peau.
Au surplus, pour étrange quesoit cette forme
de névrose, elle ne l’est assurément pas davan­
tage que cette autre, découverte parM. le profes­
seur Pitre, qui lui adonné le nom (Vhaphalgésie,
— c’est-à-dire de maladie du « contact doulou-

v e r s e s, e t, e n p a r tic u lie r ch ez le s c h e v a u x . V o ir à ce p ro ­
Etude sur le dermographisme et les
p o s, d e c e t a u te u r ,
dermatoneuroses toxivasomotrices, p. 38 e t s u iv a n te s .

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164 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

reux » — et dont la note caractéristique est la


production d'une sensation douloureuse intense,
à la suite de la simple application, sur la peau, de
certaines substances qui ne provoquent, à l’état
normal, qu’une sensation banale de contact. »
Ce sont généralement des corps polis, porce-
celaine, marbre, ivoire, faïence, et surtout les
métaux, qui agissent de la sorte. Néanmoins,
il n'est pas impossible, et il semble même pro­
bable, que d’autres substances, d'état physique
extérieur différent, excitent également d'ana-
Jogues impressions.
Rappelez-vous seulement ce cas singulier,
rapporté par les Goncourt dans un passage de
leur Journal, de cet artiste qui, dans le monde,
tremblait sans cesse de se voir forcé de s'asseoir
sur un siège de velours, cette sorte d’étoffe lui
étant d’un toucher désagréable.
Quoi qu'il en soit, ce sont surtout les métaux
qui exercent des actions haphalgésiques, actions
parfois d’une excessive intensité.
Ainsi, le cuivre, le laiton, l’argent et l'or, en
particulier, ont une influence prépondérante
sur les sujets, qui vont jusqu’à ressentir à leur
palper de véritables sensations de brûlure et
même qui peuvent devoir à leur contact pro*
longé de véritables lésions dermiques. Dans
son Traité clinique et Thérapeutique de l’ht/s-

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bERMOGRAPHIE ET METALLOTHERAPIE IGü
térie, M. Gilles de la Tourette cite à ce propos
une observation personnelle du plus haut interet:
« La malade, dit-il, ne pouvait supporter le
contact de l’or. De ce fait, il lui était impossible
de tolérer un bracelet ou des boucles d’oreilles
de ce métal. Comme la sensation douloureuse
— qui existait des deux côtés — n’était pas
excessive, elle essaya, à plusieurs reprises, de
garder des boucles d’oreilles et une bague. Mais,
au bout de quelques heures, elle fut forcée de
les enlever, tant à cause de la sensation dou­
loureuse qui ressemblait à une brûlure, que
parce qu’il se produisait véritablement, au-
dessous de la bague en particulier, une rougeur
ne dépassant pas les limites de l’anneau, et
présentant l’apparence d’une brûlure au premier
degré (1) ».
Cette sensibilité exagérée de l’épiderme, on
le voit, n’est pas sans avoir quelques rapports
avec l’excitabilité anormale de la peau des indi-
v vidus dermographes, et, entre cette femme à
qui l’or brûle littéralement les doigts et ces
sujets qui peuvent à leur guise métamorphoser
leur poitrine en de vivants bas reliefs, il n’y a,

(1 ) G illes d e la T o u r e tte . — Traité clinique et théra­


peutique de Vhystérie, u n v o l. in 8°, P a r is 18 9 2 , ch ez
Ç. P lo n , N o u r r it e t C", p , 165.

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16t> LES COULISSES DE l ’ a ü -DELA

on vérité, quo des degrés, de simples nuances


en l’état maladif.
La thérapeutique, au reste, trouve à l’occasion
son compte en ces phénomènes particuliers.
Qu est-ce en effet quo la métallothérapie, sinon
1 haphalgésic régularisée et dirigée pour le
plus grand bien du malade ?
Dès 1851, M. Burq, qui le premier en notre
temps étudia de façon méthodique l’action du
contact des métaux sur notre organisme,
avait constaté que leur application sur la peau
des hystériques dans les . régions anesthésiées
produisait parfois les phénomènes suivants :
fourmillements, chaleur, sueurs, rougeur, c’est
à-dire un retour de la circulation et de la sen­
sibilité. *
Bientôt, poursuivant ses recherches, il acquit
la certitude que le contact de plaques métalliques
sur une partie limitée de la surface du corps
était capable de faire cesser les paralysies de la
sensibilité et delà motilitéproduitesparl’hystérie
et il reconnut encore quo le même métal ne
convenait point indifféremment à tous les sujets,
mais que chacun de ceux-ci,au contraire,présen­
tait des affinités électives particulières,et que tel
individu sensible à 1 or ou au cuivre ne réagis­
sait point à l’argent, au fer ou au laiton, où sim­
plement réagissait d’une manière moins intense.

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DERM0GRAPH1E e t m é t a l l o t h é r a p i e 107

Voyez, au surplus, on quels termes M. le


I)r L. II. Petit, sous bibliothécaire à la Faculté
de médecine, dans un article sur la métallothé­
rapie,article publié naguère dans la Revue inter­
nationale des sciences biologiques, décrit la suc­
cession des divers phénomènes déterminés par le
contact des métaux avec la surface du corpà chez
des malades dont la sensibilité était modifiée.
« En appliquant une plaque de métal, généra­
lement de petites dimensions, une pièce de mon­
naie, par exemple, sur une hystérique atteinte
d'hémianesthésie permanente, le retour de la
sensibilité s'effectue au bout de dix ou vingt, mi­
nutes dans une zone de plusieurs centimètres au
dessus et au-dessous de l'armature métallique.
Il est précédé de fourmillements, de picotements,
d’unésorte de trouble dans la perception des
sensations, en vertu duquel un corps froid
conime la glace paraît chaud. On observe en
môme temps sur ces parties une élévation de la
température appréciable au thermomètre, et, si
Ton opère sur le membre supérieur,une augmen­
tation de force que le dynamomètre peut évaluer.
Enfin,si la surface est peu étendue,surtoutau front
il vient à leur suite des phénomènes généraux de
fatigue, d’épuisement, de brisement » (1).

(1 ) D r L .-II. P e tit La métallothérapie, ses origines et

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168 LfeS l OUÜSSES d e l *a u - d è l à

Et, plus loin, le même auteur constate que,


conformement aux assertions de M. Burq,
certains sujets sensibles au cuivre demeurent
inertes en présence du fer ou de l'argent., et
que chez des malades qui éprouvent un retour
de l'esthésie et de la force musculaire par l'ap­
plication du zinc et de Tor, par exemple, les
effets ressentis sont plus marqués par l'or que
parle zinc, ou réciproquement. Mais, il convient
dele noter en passant, il en est justement ainsi
des haphalgésiques.
Chez ces derniers malades,en effet,la sensa­
tion douloureuse est éveillée généralement par
un seul corps à l'exclusion de tous les autres qui
demeurent tout à fait indifférents, ou du moins
n’agissent jamais alors que d’une manière
très limitée.
Les métaux, du reste, ne sont point les seules
substances capables d’exercer des actions ana­
logues; le bois lui-même, à l'cccasion, peut être
encore utilisé de la sorte pour les besoins de la thé­
rapeutique. La métallothérapie sedouble aujour­
d'hui de la xylothérapie. « Lorsqu’on applique
une rondelle de bois sur la peau anesthésiée
d'une hystérique, dit M. Dujardin-Beaumetz,
les procédés thérapeutiques qui en dérivent, d a n s la
Revue internationale des Sciences biologiques, P a r is ,
" 1881, to m e 8, p. 4 . .

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t)ERMO(»RAPHlfe ET METALLOTHERAPIE lt)D
on détermine au bout d’un temps variable les
phénomènes que voici : tout d’abord, la malade
se plaint de la compression faite par le lien qui
sert à maintenir la rondelle de bois (cette pres­
sion passait d’abord inaperçue) ; puis la malade
sent nettement la rondelle elle-même, et, si
l’on vient à ce moment à la retirer, on cons­
tate que la peau en ce point est plus rouge et
plus chaude que dans les parties avoisinantes ;
de plus, les piqûres que l’on a faites en ce point,
pour bien constater la perte de la sensibilité,
sont devenues saignantes ; à ce moment la ma­
lade perçoit très nettement les piqûres dans
toute la zone en contact avec le disque de bois,
et, si l’application a duré.longtemps, on voit
de proche en proche la sensibilité reparaître » (1).
Fait curieux à relever, et que l’on pouvait
presque prévoir a priori par analogie, d’ailleurs,
tous les bois n’exercent point une même action.
« C’est l’écorce de quinquina jaune qui jouit
des propriétés esthésiogènes les plus énergiques,
et qui paraissent même supérieures à celles
des métaux. En quelques minutes, cette écorce
de quinquina, appliquée sur la peau, a ramené
non seulement la sensibilité localement, mais
encore l’a rétablie dans une zone très étendue.
Puis viennent le thuya, le bois de rose, l’acajou,
( i ) D r L .-H . P e tit. — Lac. cit.
JO

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170 LES COULISSES DE l 'AU-DELA

le pitchpin, le noyer, l'érable, le pommier, qui


jouissentde propriétés esthésiogènes manifestes ;
mais, avec ces bois, la persistance de la sensi­
bilité est de courte durée, et, souvent, un
quart d’heure après leur application, l'anesthésie
est redevenue aussi complète qu'auparavant.
« Le palissandre, le frêne, le peuplier, le
sycomore, ne jouissent d'aucune propriété es-
thésiogène, quelle que soit la durée de leur ap­
plication^!) ». ‘
Qui se serait jamais attendu à pouvoir ainsi
trouver dans la matière des bûches de son foyer,
ou dans les planches de sa table* la panacée de
multiples névroses ?Les faits sont là, pourtant, et
sans réplique?...
Du reste, il convient de le reconnaître, dans
là pratique populaire, il est bon nombre de ces
fameux remèdes, dits de « bonne femme », dont
l'usage traditionnel ne se peut expliquer autre­
ment que par la croyance à l'action du contact de
certains corps déterminés. C'est ainsique, pour
fajre passerlafîèvredelait des chattes,le préjugé
courant affirme qu'il suffit de leur garnir le cou
d’un collier débouchons, et que l'on fait porter
aux enfants nouveaux-nés, pour -les préserver
des convulsions, un collier de grains d’ambre.

( i ) l) r L .-H . P e t i t . — 'loc. cit , p. 23.

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DERMOGRAPHIE ET META LLOTHÉR APIE 171

Toute la médecine ancienne, au surplus, est


bourrée de recettes analogues.
Ainsi, Sonnet de Courval qui, en 1610, écri­
vait sa célèbre Satyre contre les charlatans
et pseudo-médecins, admettait parfaitement
comme fait incontestable que la « dent d’une
taupe vivante apaise, par le seul toucher, la
douleur des dents ».Ce remède invraisemblable,
au reste, a dû posséder autrefois une vogue
fort grande, car le crédit accordé à son efficacité
subsiste de nos jours en certains milieux ; dans
la Cagnotte , de Labiche, ne voyons-nous pas,
on effet, l’un des personnages prôner chaleu­
reusement ce topique extravagant à des amis
atteints de fluxion : « Vous prenez une jeune
taupe encore vierge », otc...
Mais, dans les pharmacopées anciennes,ce sont
surtout les pierres précieuses qui étaient répu­
tées pour leurs innombrables propriétés, bien­
faisantes ou non.
D'après Jean Corbichon, qui, en 1372, tra­
duisait sur l’ordre de Charles V le traité De
proprietatibus rerum Barthélemy de Glan-
ville, Taméthyste guérit de l’ivresse; l’agathe
« conforte la veue et ostela soif » ; le diamant
« est pierre d’amour et de réconciliation, car si
une femme est courroucée contre son mary,
et elle porte le dyamant, son mary en rèçoit

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172 LES COULISSES DE l ' à U-DELA

plus légèrement sa grâce » ; la chélidone


« vaultcontre leshumcurs qui nuysentau corps
et contre les fiebvres » ; l'onyx, « quand on la
porte pendue au col ou à son doigt, elle es-
meut la personne à tristesse et paour » ; le saphir,
au contraire; « réconforte le cueur et le met en
lyesse, et, mis sur la tempe, il es tanche le sang
qui yst du nez » ; et rémeraude, enfin, « res-
trainct les jolis mouvements de luxure, appaise
les ternpestes et estanche le sang ».
Plus tard, en 1368, le médecin Claude Fabri,
dans son ouvrage De la cure de la peste , affir­
me exprofesso q*e, pour éviter la peste, il suffit
tout bonnement de porter suspendue au cou
une des pierres suivantes: Hyacinthe, Agate,
Topaze, Rubis, Grenat, Saphir, Escarboucle,
Diamant, Jaspe verte, ou encore du vif argent
ou mercure enfermé « dans un tuyau et placé
sur l'estomac ».
Quand à Jean de Renou, savant docteur qui
écrivait vers le même temps que Claude Fabri,
il déclare clair et net, en ses Œuvres pharma­
ceutiques^ que le saphir « resjouit le cœur et
guérist les ulcères des intestins,» que le rubis
« est grandement cordial et résiste à toute pour­
riture et venin » que Téméraude « peut, non
seulement préserver du mal caduc tous ceux
qui la portent au doigt enchâssée en or, mais

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derm ographie et m étallothérapie 173
aussi fortifier la mémoire et résister aux efforts
de la concupiscence charnelle », que la topaze,
« estant portée, tient la personne joyeuse et Tem-
pesche de tomber en folie», que le lapis-lazuli
« fortifie la vue et tient le cœur allègre », et que
les perles — toutes les femmes, assurément,
partagent cette opinion — « sont grandement
cordiales et propres à resjouyr le cœur ».
Parfois encore, au lieu de gemmes, les mé­
decins prescrivaient Temploi de certains métaux.
Tel fut le cas de Van Helmont, le célèbre chi­
miste, physiologiste et médecin qui, pour
guérir les hémorrhoïdes, la suffocation etThys-
térie, ordonnàit à ses malades de porter un an­
neau métallique. « Le temps* de dire unpater,et
la douleur disparaît : si on le garde vingt-quatre
heures la guérison est complète », ajoutait-il
formellement en son traité De febribus .
Les travaux récents et les admirables décou­
vertes de nos savants modernes montrent que
de telles prescriptions, en dépit de leur étran­
geté apparente,n’étaient pas toujours aussi folles
qu’on le pourrait supposer, et _que, en toute
cette thérapeutique absolument empirique, il y
avait parfois de bonnes choses.
On ignorait bien, il est vrai, les raisons
premières de Taction des remèdes, mais, en
revanche, on connaissait leur efficacité, ce qui,
40.

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i7 4 LE$ COCUSSES DE AU-DELA

pour le malade, est l’essentiel en somme. Les


docteurs de Molière seuls osent affirmer qu’il
vaut mieux mourir que guérir contre les
règles.
En médecine, comme dans le reste, nous en.
venons d’avoir une fois de plus la preuve, il
h’est donc rien qui soit absolument nouveau,
et l’on se trouve toujours des précurseurs!...
L’adage dos latins : N ihil novi sub sole, sera
toujours éternellement vrai!......

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La guerre des deux Roses

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LA GUERRE DES DEUX ROSES

Personne, sans aucun doute, n'a encore à


l'heure présente oublié le joli tapage que fit un
beau matin dans la chronique parisienne, voici
tantôt dix ou onze ans* l'annonce de la fonda­
tion par M. Joséphin Péladan d’un ordre de la
Rose-J* Croix Catholique ( R f C f C ), ordre
créé en opposition à celui — dont il sortait en
brisantles vitres — de la Rose -J* Croix rénovée
ou plus exactement Ordre Kabbalistique de
la Rose -J* Croix Orthodoxe qui avait alors
pour grand maître M. Stanislas de Guaïta.
Grâce à M. Péladan, metteur en scène habile,
du jour au lendemain la Rose -J* Croix fut cé­
lèbre, et la foule curieuse partagea ses sym­
pathies entre l'ordre orthodoxe se réclamant
de son antique fondateur Chrétien Rosenkreuz
et la secte schismatique qui au nom du pape et
du divin Léonard allait entreprendre des croi­
sades pour l'art.
Cependant, entre ces confréries rivales et que

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178 LES COULISSES DE i / AU-DELA

séparaient Tépaisseur de la crainte d'une ex­


communication (!), la lutte était ouverte.
Celle-ci fut ardente et prolongée, et, sans au­
cun conteste, constitue l'un des plus curieux cha­
pitres de l’histoire de l'occultisme contemporain.
Et c'est parce qu’il en a été ainsi, que nous qui
avons été témoin de cette nouvelle et toute paci­
fique guerre des deux l'oses, avons pensé qu'il
n’était pas sans intérêt, — aujourd'hui quela ré­
conciliation est faite entre les belligérants, —
d’en noter ici les phases essentielles et diverses.
I
Qu'est-ce exactement que la Rose •}• Croix ?
M. Louis Figuier, dans son curieux et subs­
tantiel volume ïAlchimie et les Alchimistes (1)
nous donne d'intéressants et précis renseigne­
ments sur ce que fut jadis cet ordro occulte.
Fondé en la fin du quatorzième siècle par
l'inspiré Chrétien Rosencreuz, la société des
Roses -J*Croix, qui fit surtout parler d'elle au dé­
but du dix-septième siècle en France et en
Allemagne, était une confrérie alchimique, mé­
dicale, théosophique (2), cabbalistique et même
( 1 ) L ou is F ig u ie r . — L ’alchimie et les alchimistes , ou
essai historique et critique sur la philosophie herméti­
que, u n v o l in -1 8 ch ez V ic to r L c co u , P a r is Í 8 5 5 .
(2) La th é o so p h ie d e s R o ses-C ro ix d isc ip le s d e C h ré tien

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 179

thaumaturgique, et, de plus, elle était héré­


siarque, ayant fait adhésion au schisme des
Gnostiques. *
Les Frères de la société étaient doués de
pouvoirs étendus, et leur grand secret portait
particulièrement sur les quatre points suivants:
Transmutation des métaux ; —■CArt de pro­
longer ta vie pendant plusieurs siècles ; — la
Connaissance de ce qui se passe dans les lieux
éloignés; — VApplication de la Kabbale et de
la science des nombres à la découverte des choses
les plus cachées.
Quant à leur règle de conduite, écrite par le
fondateur même de Tordre, le Frère illuminé -
de la Rose Croix> comme Rosencreuz se dési­
gnait lui-mème, elle comportait pour princi­
paux articles les prescriptions suivantes :

Rosenkrcuz n’a rien de commun, il est en vérité super­


flu de le dire, avccctdle des membres de la société M. S.
T. Voici, du reste, la définition même qu’en donne Pa-
pus dans le glossaire des principaux termes de la science
occulte qui termine son Traité méthodique de Science,
occulte. « La théosophic est essentiellement un ensem­
ble de connaissances particulières acquises par des
voies toutes différentes des voies scientifiques connues.
La théosophic est à l’origine de toute science comme de
toute révélation;ellc est aussi ancienne q u e.le monde.
Les théosophes les plus connus ont été Paracelse, Van Hel­
mont, Swedenborg, Louis Claude de Saint-Martin, etc».

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i8 0 LES éOULÎSSES DE L*AU-DELÀ

« Exercer la médecine charitablement et


sans recevoir de personne aucune récompense;
« Se vêtir suivant les usages du pays où Ton
se trouve ;
« Se rendre, une fois tous les ans, au lieu de
leur assemblée générale, ou fournir par écri­
ture excuse légitime de son absence ;
« Choisir chacun, quand il en sentira le be­
soin, c’est-à-dire quand il sera au moment de
mourir, un successeur capable de tenir sa place
et de le représenter ;
« Avoir le caractère de la Rose-Croix pour
signe de reconnaissance entre eux et pour sym­
bole de leur congrégation ;
« Prendre les précautions nécessaires pour
que le lieu de leur sépulture soit inconnu,
quand il arrivera à quelqu’un d’eux de mourir en
pays étranger;
« Tenir leur société secrète et cachée pendant
cent vingt ans, et croire fermement que, si elle
venait à faillir, elle pourrait être réintégrée au
sépulcre et monument de leur premier fonda­
teur ».
L’observation stricte de ces simples préceptes
conférait aux frères Rose Croix, qui au moins
primitivement devaient être vierges, des pou­
voir étendus e t . réellement surhumains, pou­
voirs dont un écrivain du XVIIe siècle, G. Nau-

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 181

dé, dans un curieux et peu connu ouvrage :


Instructions à la France sur la vérité de Fhis­
toire des Frères de la Rose-Croix, nous a laissé
une copieuse énumération.
Voici, en effet, rapporte-t-il en son mé­
moire, ce qu'affirment les Rose-Croix:
Qu’ils sont destinés à accom plir le rétablissem ent
de toutes choses en un état m eilleur, avant que la
fin du m onde arrive ;
Qu’ils ont au suprêm e degré la piété et la sagesse,
et que, pour tout ce qui peut se désirer des grâces
de la nature, ils en sont paisib les p ossesseurs, et
peuvent les dispenser selon qu’ils le jugent à propos;
Qu’en quelque lieu qu’ils se trouvent, ils connais­
sent m ieux les choses qui se passent dans le reste
du m onde que si elles leur étaient présentes ;
Qu’ils ne sont sujets ni à la faim ni à la soif, ni
à la v ieillesse, ni aüx m aladies, ni à aucüne incom ­
modité de la nature ;
Qu’ils connaissent par révélation ceux qui sont
dignes d’être adm is dans leur société ;
Qu’ils peuvent en tout tem ps vivre comme s’ils
avaient existé dès le com m encem ent du m onde, ou
s’ils devaient rester ju sq u ’à la fin des siècles ;
Qu’ils ont un livre dans lequel ils p euvent ap­
prendre tout ce qui est dans les autres-livres faits
ou à faire ;
Qu’ils peuvent forcer les esprits et les dém ons les
plus p uissants de se mettre à leur service* et attirer
11

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182 LES COULISSES DE L*AU-DELÀ

à e u x , p a r la v e r tu d e J e u r c h a n t, le s p e r le s e t l e s
p ie r r e s p r é c ie u s e s ;
Q u e D ie u l e s a c o u v e r t s d ’u n n u a g e p o u r le s d é ­
r o b e r à le u r s e n n e m i s , e t q u e p e r s o n n e n e p eu t le s
v o i r , à m o i n s q u ’i l n ’a i t l e s y e u x p l u s p e r ç a n t s q u e
c e u x d e l ’a i g l e
Q ue le s h u it p r e m ie r s f r è r e s de la R o s e - C r o i x
a v a ie n t le d o n d e g u é r ir to u te s le s m a la d ie s , à c e
p o i n t q u ’i l s é t a i e n t e n c o m b r é s p a r la m u l t i t u d e d e s
a f f l ig é s q u i l e u r a r r iv a ie n t, e t q u e l ’u n d e u x , fo r t
v e r s é d a n s la c a b a le , c o m m e le t é m o ig n e so n li­
v r e H , a v a it g u é r i d e la lè p r e le c o m te de N o r fo lk
e n A n g le t e r r e ;
Q u e D ie u a d é l i b é r é d e m u l t i p l i e r le nom b re de
le u r c o m p a g n ie ;
Q u ’i l s o n t t r o u v é u n n o u v e l i d i o m e p o u r e x p r i m e r
la n a t u r e d e t o u t e s c h o s e ;
Q u e p a r le u r m o y e n le tr ip le d ia d è m e d u p a p e s e r a
r é d u it e n p o u d r e ;
Q u ’i l s c o n f e s s e n t lib r e m e n t, et p u b lie n t, san s
aucune c r a i n t e d ’e n ê tr e r e p r is , q u e le p a p e e s t
l ’A n t é c h r i s t ; *
Q u ’i l s c o n d a m n e n t l e s b l a s p h è m e s d e l ’O r i e n t e t
d e l ’O c c id e n t , c ’e s t - à - d i r e d e M a h o m e t e t d u P a p e , e t
n e r e c o n n a is s e n t q u e d e u x sa c r e m e n ts, a v e c le s c é ­
r é m o n ie s d e la p r e m iè r e E g lis e , r e n o u v e lé e p a r le u r
c o n g r é g a tio n ;
Q u ’i l s r e c o n n a i s s e n t la q u a tr iè m e m o n a r c h ie , e t
l ’e m p e r e u r d e s R o m a in s p o u r le u r c h e f e t c e lu i d e
to u s le s c h r é tie n s ;

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 183

Q u ’i l s l u i fo u r n ir o n t p lu s d ’o r et d 'a r g e n t q u e
le r o i d ’E s p a g n e n ’e n a t ir é d e s I n d e s , t a n t o r i e n t a l e s
q u ’o c c i d e n t a l e s , d ’a u t a n t p l u s q u e le u r tr é s o r s s o n t
in é p u is a b le s ;
Q u e l e u r c o l l è g e , q u ’i l s n o m m e n t Collège du S a in t
E s p r it , n e p e u t s o u f f r ir a u c u n e a t t e i n t e , q u a n d m ê­
m e c e n t m i l l e p e r s o n n e s l ’a u r a i e n t v u e t r e m a r q u é ;
Q u ’i l s o n t d a n s l e u r b i b l i o t h è q u e p l u s i e u r s l i v r e s
m y s t é r i e u x , d o n t u n , c e l u i q u i l e u r e s t le p l u s u t i l e
a p r è s l a B ib le , e s t le m ê m e q u e l e r é v é r e n d P è r e i l ­
lu m in é R . C. te n a it en sa m a in d r o ite a p r è s sa
m ort ; - *
E n f i n , q u ’i l s s o n t c e r t a i n s e t a s s u r é s q u e la v é ­
r ité d e l e u r s m a x i m e s d o i t d u r e r j u s q u ’à la d e r n i è r e
p é r io d e d u m o n d e .

On voit, de par cet extrait de l’ouvrage de


Naudé, que les frères Roses -¡-Croixde jadis n'y
allaient pas de main morte avec le Pape, non
plus qu'avec l’Église catholique, apostolique et
romaine.
Nous devons du reste reconnaître que ces
façons indépendants sont religeusement suivies
aujourd’hui par les actuels représentants de l'Or­
dre. qui fut rénové, voici quelque douze ans, en
1888, par « deux héritiers directs desesaugus
tes traditions » ainsi que nous l’apprend M. Sta­
nislas de Guaïta dans Au Seuil du mystère *

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184 LES COULISSES DE L AU-DELA

le premier volume de ses Essais de scien­


ces maudites.
«L'organisation des modernes Rose-Croix
nous montre à la tête un conseil de douze mem­
bres, dont six sont connus et dent six autres
restent inconnus, prêts à relever l’ordre si une
circonstance quelconque venait à le détruire.
Le signe distinctif des membres de ce degré
est le signe hébraïque alepli.
« Outre ce degré, exclusivement pratique, il
en existe deux autres subsidiaires, et théori­
ques, ou est donnée VInitiation. Chaque mem­
bre fait le serment d'obéissance aux ordres du
conseil directeur; mais sa liberté est absolument
sauvegardée, en ce qu'il peut quitter la société
dès qu'il lui plait, sous la seule condition de
garder secrets les ordres ou les enseignements
reçus. La kabbale dans toutes ses branches et
l’Occultisme en général, sont enseignés dans
les deux premiers degrés» (1).
Voici, au surplus, à titre documentaire, quel­
ques extraits de la mystérieuse constitution
— non approuvée assurément par l'autorité
compétente — de la Rose -J- Croix rénovée, so­
ciété secrète qui compte à l'heure présente, en
(1) P a p u s. — Les Sociétés d’initiation en 1889, dans
la r e v u e l ’Initiation^ a n n é e 1 8 8 9 , 3®** v o lu m e , p . 14.

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 185
France seulement, plus de mille adhérents (1).
En app arence (et ex tra ), la R o s e - C r o i x e s t u n e
s o c ié té p a te n te e t d o g m a tiq u e p o u r la d i f f u s io n d e
l ’o c c u l t i s m e .
E n r é a lité (et in t us), c'est une société secrète d ’ac­
tion p o u r l ’e x h a u s s e m e n t i n d i v i d u e l e t r é c ip r o q u e ;
la d é f e n s e d e s m e m b r e s q u i la c o m p o s e n t ; la m u l t i ­
p l i c a t i o n d e l e u r s f o r c e s v i v e s p a r r é v e r s ib il i t é ; la
n iin e des adeptes de la m agie noire ( 2 ) ; e t e n f in

’ (1) C hiffre o fficiel a c c u s é p a r le G ran d -M aître de l’O r­


d re d e la Rose -¡* Croix rénovée !...
( 2 ) L a p o lé m iq u e su r v e n u e à la su ite d e la m o r t de l’ab ­
bé B o u la n d , — le D r J o h a n n è s d e Là B as — e n tr e M M .J.-
K. H u y sm a n s e t J u le s B o is, d ’u n e p a r t e tM . S ta n is la s de
G u aïta d ’a u tr e p a r t,'p o lé m iq u e q u i a m e n a p lu sieu rs m a g e s
p a r isie n s à d e sc e n d r e su r le p ré, a j u s t e m e n t eu p ou r
p o in t d e d é p a r t c e tte p r e sc rip tio n d e l ’a r tic le c o n c e r n a n t
les m a g ic ie n s n o ir s. On s a it , e n e ffe t, q u e M. d e G u aïta
é ta it a c c u sé d ’a v o ir, s im u lt a n é m e n t d u r e s te e n m ê m e
te m p s q u e M. P é la d a n , fra p p é m a g iq u e m e n t, e t v ic t o ­
r ie u s e m e n t , le d it a b b é B o u la n d , s o n e n n e m i.
P o u r ju s tifie r le u r a c c u sa tio n p o r té e c o n tr e M. de
G u a ïta , s e s a d v e r sa ir e s s ’a p p u y a ie n t su r u n p a s s a g e du
liv r e le Temple de Satan d a n s le q u e l M. de G u aïta a n ­
n o n c e q u e le d it a b b é B o u la n d , q u ’il d é s ig n e d u n o m de
J e a n -B a p tis te , e s t e n fin e x é c u té c o n fo r m é m e n t à une
d é c is io n p r ise q u a tre a n s a u p a r a v a n t: « L es o c c u ltis te s r é u .
n is e n tr ib u n a l d ’h o n n e u r p r o n o n c è r e n t la c o n d a m n a tio n
du D o c te u r B a p tiste à l ’u n a n im ité d e s v o ix (2 3 m a i 1 8 8 7 .)
Ê lle lu i fu t sig n ifié e le le n d e m a in .
« M a is a v a n t d e m e ttr e e n lu m iè r e le s œ u v r e s d u p er-

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186 LES COULISSES I>E L’AU-DELA

LA LUTTE POUR RÉVÉLER A LA THÉOLOGIE CHRÉTIENNE LES


MAGNIFICENCES ÉSOTÉRIQUES DONT ELLE EST GROSSE A SON
INSU.
E n s o m m e , c ’e s t u n a r b r e d o n t l e s r a c i n e s d o i v e n t
p u is e r le u r s é lé m e n ts n u tr itifs d a n s le so l fe r tile
d u p r e m ie r d e g r é ( B i o lo g i e ) ;
D o n t le s branches d o i v e n t f le u r ir en fr a te r n ité
s c i e n t i f i q u e d a n s le d e u x i è m e d e g r é ( T h é o r ie ) ;
E t fr u c tifie r e n œ u vres dan s le tr o is iè m e d e g r é
(P r a tiq u e ).

D a n s la p é p i n i è r e du p r e m ie r d e g r é , le C o n s e il
d e s D o u z e (tr o is iè m e d e g r é ), c h o is it le s m e m b r e s d u
secon d d egré.
L e s m e m b r e s d u d e u x iè m e d e g r é (a f o r tio r i le c a s
é ch éa n t, ceu x d u tr o is iè m e ) o r g a n is e n t d e s c o n fé ­
r e n c e s p o u r r e n s e ig n e m e n t d e s m e m b r e s d u pre­
M ais
m ie r d e g r é d o n t ils d o iv e n t d ir ig e r le s é tu d e s .
leur rôle p r in c ip a l est (Vex écuter les in stru ctio n s
du Conseil des Douze. . .
L es a d e p te s d u d e u x iè m e d e g r é se tr o u v e n t a in s i
h c h e v a l s u r î e m u r q u i s é p a r e le P a t e n t d e l ’O c c u l t e ,

s o n n a g e , on lu i la is s a to u t le te m p s d e s ’a m e n d e r . La
c o n d a m n a tio n , q u i r e s ta p rès d e q u a tre a n s su s p e n d u e
su r c e tte tè te c o u p a b le , r e ç o it en ce jo u r s o n e x é c u t io n
ta r d iv e . K. O. P . » ( S 1 d e G uaïta : Le Temple de Satan ,
in -8 °, L ib r a ir ie d u M e r v e ille u x , P a ris 1 8 9 1 , p , 4 7 7 ). P o in t
n ’e s t b e so in d ’a jo u te r q u e c e tte c o n d a m n a tio n s ig n ifié e
e n d e te ls te r m e s c o n s is ta it u n iq u e m e n t e n c e fa it d e
d é m a sq u e r p u b liq u e m e n t le d o c te u r J o h a n n è s.

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 187
l'E x te r n e d e l'in t e r n e , e t la S o c ié té o u v e r te, d o g ­
m a t i q u e , d e la S o c i é t é s e c r è t e d ' a c t io n .
L e s m e m b r e s d u d e u x i è m e d e g r é o n t le d r o i t d 'a ­
d resser d es vœ ux aux D o u z e ; m a is in d iv id u e lle ­
m e n t.
R é u n i s , i l s n e p e u v e n t n i d é l ib é r e r , n i p r e n d r e d e s
c o n c l u s i o n s q u e l l e s q u ’e l l e s s o i e n t , a u s u j e t d e s i n s ­
tr u c tio n r e ç u e s d e s D o u z e .
L e s m e m b r e s d u d e u x i è m e d e g r é j u r e n t le secret
e t d o i v e n t l ’o b é i s s a n c e . N é a n m o i n s i l s s o n t l ib r e s d e
s e r e tir e r en d é m is s io n n a n t : à c h a r g e s im p le m e n t
d e t e n i r e n g e n s d ’h o n n e u r l e u r s e r m e n t d e d i s c r é ­
tio n , su r to u t ce q u ’i l s ont pu c o n n a îtr e de nos
m y stè re s et d e nos d é lib é r a tio n s , y c o m p r is l'o r ­
d r e m ê m e q u i a m o t i v é l e u r r e t r a it e .
L e s D o u z e p r e n n e n t d e s d é c i s i o n s à l ’u n a n i m i t é d e s
v o ix , e t le s m e m b r e s d u d e u x iè m e d e g r é e n e x é c u ­
te n t la te n e u r . U n s e u l d e s D o u z e , o p p o s a n t s o n V E T O
fo r m e l, s u ffît h fa ir e r e p o u sse r u n p r o je t e t p asser,
s a n s d i s c u s s i o n , à l ’o r d r e d u j o u r p u r e t s i m p l e .

En dépit des siècles, l’esprit essentiel delà


confrérie des Roses -¡- Croix ne s’est donc point
transformé, comme on le peut facilement recon­
naître à la seule lecture du curieux document
que nous venons de reproduire ; tout au plus,
s’est-il un teint soit peu harmonisé aux néces­
sités des temps modernes.
Roses -J- Croix de Montmartre ou des Batignol-
les, du Luxembourg ou des Champs-Elysées,

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188 LES COULISSES DE l ' à U-DEL à

tous sont donc bien, tout comme l’était Chrétien


Rosenkreuz lui-même, de réels disciples de
Thérésie gnostique et à ce titre encourent l'ex­
communication papale et l'Interdit.
Or, étant théologien de haute marque, M. le
Sar Merodack Joséphin Péladan reconnut un
beau jour que de ce chef il était menacé des fou­
dres de l'Église.
Catholique soumis et par dessus tout dévot à
l'autorité du Pontife Souverain, le Sâr,qui avec
MM. Agür, Barlet, de Guaïta, Papus et Polti
faisait alors partie des six membres connus du
Conseil suprême des Douze, donna sa démis­
sion et fut de suite remplacé panle?. Frère* Alta,
prêtre catholique, docteur en Sorbonne et grand
Aumônier de l'Ordre, qui appartenait déjà,
du reste, à la Section occulte du Conseil su­
prême.
Cependant, une fois ainsi mis à couvert du
côté de Rome, M. Péladan créa sans retard
I’Aristie, et ce fut le début, au mois de juin
1890, du schisme des Roses -J- Croix !

II
La séparation de M. Péladan d'avec ses col­
lègues — ses PAIRS, pour employer son solen­
nel langage — du Conseil suprême de l’Ordre
de la Rose -J- Croix rénovée fut consacrée ofïi-

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 189
ciellement en juin 1890 par certain mandement
qui fut inséré dans la revue VInitiation, et
qu’il serait véritablement dommage de ne pas
reproduire.
Voici donc ce document en son entière inté­
grité :
ORDRE DK LA ROSE-CROÎX — DÉMISSION DE J05ÉPHIN
PÉLADAN — FONDATION DE l ’ARISTIE ( r f C f c ) . — PÉ-
LADAN LÉGAT CATHOLIQUE ROMAIN AUPRÈS DE V In itiation .
Le S a r M érodack P éla d a n à ses cinq p a ir s du
Suprêm e Conseil d e là R f C.
S a lu t e n N.-S . J é s u s -C h r is t e t lu m iè r e e n En:
so p h ,
N o s P a ir s ,
L a h a u te u r où n o u s p e n s o n s , q u e n ’a t t e i n t p o i n t
l ’é g o ï s m e n i r ie n d e p a s s io n n e l, l ’a m o u r d e l a lu ­
m i è r e q u i n o u s m e u t s e u l , la t e n d r e a d m i r a t io n q u i
n o u s u n i t , é c l a t e n t a u s s i b ie n d a n s l ’œ u v r e en sem ­
b le a c c o m p li e q u ’à m o n p r é s e n t e x o d e , u n a n i m e n e n t
c o n s e n t i d e n o t r e S u p r ê m e - C o n s e il .
D e v a n t to u te c h o s e se d r e s s a it le d e v o ir d e la n c e r
à n o u v e a u la n e t i s i a q u e , a r c h e d e r a l l i e m e n t , d a n s
T h e o u W ’b e h o u d e la d é c a d e n c e l a t i n e ; et com m e
j e n ’a i p a s d é j u g é t e l l e œ u v r e e x p a n s i v e , c o m m e la
p r is e a u s é r ie u x d u n é a n t m a ç o n n iq u e , a in s i v o u s
n ’a v e z p a s r é p r o u v é m e s A cta S yn celli. /
11 f a l l a i t r e c o n s t r u i r e , e t n e pas regarder à l ’a n ­
n e a u d e s m a i n s t r a v a i l l e u s e s ; il f a l l a i t p r o p a g e r , e t
m ô m e p a r m i le s in fim e s .

11.

Digiti: . by Google
190 LES COULISSES DE l ’à U-DEL à

L e p r e m ie r d e v o u s , j ’a i r e n d u l a g l o ir e à la M a g i e
e n r a c c l i m a t a n t d a n s l ’é t h o p é e ; l e p r e m ie r d e l a l a n ­
g u e f r a n ç a i s e , j ’a i d o n n é à m a p s y c h o p a t h i e u n dé­
t e r m i n i s m e p e r p é t u e l l e m e n t o c c u lt e .
N e d e v a is -je p a s v o u s d o n n er m on nom et m on
œ u v r é c o m m e p ie r r e a n g u la ir e , e t s u b ir d e p erso n ­
n e ls e n g a g e m e n ts ?
M a is la v o i c i r e s t a u r é e , la S a i n t e M a g ie ; le v o ilà
p u i s s a n t e t v i c t o r i e u x , l e c o u r a n t h e r m é t i q u e ; l ’h e u r e
a d o n c s o n n é d e l ’e x o d e p e r s o n n e l .
S u b o r d o n n a n t l ’O c c u lt e a u c a th o lic is m e , fé a l du
P ape, t e n a n t d e la M o n a r c h ie , s a n s p a t r i e , p u i s - j e
c o n t r e s i g n e r v o s d e s s e i n s , a u x q u e l s j ’a p p l a u d i s c e ­
p e n d a n t ? P o u v e z - v o u s d a v a n t a g e , P a ir s , d i f f é r e r à
m o n in tr a n s ig e a n c e d e S a r K a sd ?
M o n a d h é s i o n , f é c o n d e j u s q u ’ic i , d e v i e n d r a i t s t é ­
r il e m a i n t e n a n t . M o n c a r a c t è r e A b s o l u t i s t e m ’i s o l e
d e v o tr e œ u v r e é c le c tiq u e ; l ’O c c u lt e e n tie r n e m e
s u i v r a i t p a s à la m e s s e , e t j e m ’é c a r t e d u c o u d o ie ­
m e n t s p ir ite , o u m a ç o n , o u b o u d d h is te .
L a p lu s é v id e n te S a g e s s e n o u s a in s p ir é s e n d é c i­
d a n t q u e j e d é t a c h e r a i s d e la R o s e - C r o i x u n t i e r s o r ­
d r e i n t e l l e c t u e l p o u r l e s R o m a i n s , l e s A r t is t e s e t l e s
fe m m e s. '
Ma p la c e p a r m i v o u s , j e la q u itte c o m m e u n des
s i x , p o u r la r e p r e n d r e a u s s i t ô t e n q u a l i t é d e L égat
u ltr a m o n ta in .
T o u jo u r s a ss o c ié à v o s é tu d e s , je n e s u is p lu s so­
lid a ir e d e v o s œ u v r e s : E le c te u r a u m ê m e E m p ir e ,
e s i è g e t o u j o u r s , m a i s c o m m e t é m o i n ; e t c ’e s t à la

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 191
S a i n t e E g lis e , q u e v o u s d o n n e z m a v o i x d u S u p r ê m e
C o n s e il.
J e n ’e x p l i q u e r a i p a s e n c e p u b l i c d o c u m e n t .m a
R f C f 0 , qui a p o u r m o tif d e p a s s e le th è m e du
G r a a l e t p o u r o r a is o n : a d Crucem p e r R osam , a d
R osam p e r Crucem ; in ed, in eis gem m atus resu r -
geam . J e n e v e u x , i c i , q u e t é m o i g n e r q u e m e s A cta
S y n c e lli n e s a u r a i e n t v o u s ê t r e i m p u t é s , p a s p l u s
q u e j e n e p r é te n d s à la g lo ir e c o m m e a u x r e s p o n ­
s a b ilité s d e la d é s o c c u lta tio n d e l ’O c c u lt e e t à ce
G r o u p e d ’é t u d e s é s o t é r i q u e s to u t à fa it e x té r ie u r à
l a R f C.
E l e n e t i q u e m e n t , e t p o u r le p a s s é .

I
J e n ’a i j a m a i s a c c e p t é d e p a r i t é q u ’a v e c v o u s ç in q
c o n s id é r a n t to u s le s a u tr e s c o m m e m e s in fé r ie u r s .

II

J e d é d a i g n e la F r a n c - M a ç o n n e r i e , q u a n d j e n e la
m é p r is e p a s , e t j e n ’a c c e p t e r a i j a m a i s , c a r d i n a l la ï­
q u e , d e t r a it e r a v e c a u c u n d e c e t t e e s p è c e .

III

J e d é d a ig n e le b o u d d h is m e , c o m m e t h é o lo g ie n a r ­
c h é o l o g u e ; j e n i e la p r é t e n d u e c h r o n o l o g i e b r a h m a ­
n i q u e , le c y c l e d e R a m .

IV

E n fin , j e n e fa is n u l é ta t d es th é o r ie s s p ir ite s ,

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192 LES COULISSES DE L AU-DELA

to u t e n a c c e p ta n t le p h é n o m è n e encore a u -d e là d e
c e q u ’o n a p r o d u i t .
A in s i, n o s P a ir s , m on œ u vre de M age d e m e u r e
l ’i n d é f e c t i b l e s œ u r d e v o t r e e ffo r t. A i n s i j e prends
d u c h a m p , m a is , p o u r le m ê m e c o m b a t, j e s u is u n
d if f é r e n t c h e m i n v e r s le m ê m e a b o u t i s s e m e n t . V o u s
‘ venez du lib r e e x a m e n v e r s la F o i , j e s o r s d u V a t i ­
c a n v e r s l ’o c c u l t e . V o u s i n c a r n e z la v o l o n t é ; l a i s s e z -
m o i, r e p r é s e n ta n t d u D e s tin , v e n ir au d ev a n t d e
v o u s . G e la d i m i n u e d e m o i t i é l ’e s p a c e e t l e tem p s
q u i n o u s s é p a r e n t d u b a is e r d e s d e u x A b s tr a its q u e
c o u r o n n e r a la P r o v i d e n c e p a r l e s m é r i t e s d e l a P a s ­
s io n d e N . - S . J . - G . e t l e s c l a r t é s d ’E n s o p h .
A d Rosam p e r Crucem, a d Crucem p e r R osam :
in eâ, in èis gem m aius resu r geam , Am en.

LE SAB MERODACK PELADAN

L é g a t c a t h o l i q u e r o m a in ( S y n c e l l i d e la R -{-G - - G ) 5
D a té à P a r is , c e jo u r d e M ercu re e n la fê te de
sa in t-B a r n a b é . ^
Au surplus, déjà beau temps avant ce dit
« jour de Mercure en la fête de saint Barnabé »,
M. le Sar Merpdack Péladan, Joséphin avait, et
cela à diverses reprises, du reste, indiqué à la
plèbe vulgaire qu'il entendait évoluer dans
une voie nouvelle.
En son salon publié chez Dentu le I t mai
1890, nous trouvons en effet, à la page 65, l’in­
dication suivante:

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 193
TIERS ORDRE INTELLECTUEL _
DE LA -
ROSE-CROIX CATHOLIQUE
/. Mandement à ceux des A rts du dessin.
i l. Lettre à /’Archevêque de P aris.
III. Excommunication de la femme Roth-
* schild.
Et ces trois titres d’adresses, ces trois Acta
Syncelli ne sont rien autres, justement, que les
trois premières manifestations du schisme que
le Sar Mérodack préméditait alors depuis déjà
de nombreux mois. ..
Quoiqu’il en soit, cependant, cette séparation
toute amiable de la R -J- C-j- C d’avec la R C
orthodoxe, n’avait en rien altéré les bons rap­
ports du Mage Péladan avec ses anciens asso­
ciés. Même, tInitiation devait demeurer l’or­
gane officiel de la nouvelle confrérie, et, nous *
voyons.en effet cette revue, dans son n° du 11
août 1890, à la page 480, enregistrer fort gra­
cieusement la fondation de l’ordre dissident.
TIERS ORDRE DE LA ROSE f CROIX CATHOLIQUE

R f C f C
L e S a r P é la d a n a y a n t d é m is s io n n é d u Conseil des
Douze p o u r s e c o n s a c r e r à la R o s e - C r o ix C a t h o li q u e ,
l e s M A G N IF IQ U E S l ’o n t é lu m a îtr e d e T o rd re.

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194 LES COULISSES DE l ' a u - d e l à

E n c o n s é q u e n c e , le S a r J o s é p h in P é la d a n e s t h i é ­
r a r q u e d e la s u p r ê m e h i é r a r c h i e , a i n s i c o n s t i t u é e e n
s e p té n a ir e o ffic ie l. S a r P é la d a n , S a m a s , S in , c o m te
d e L a r m a n d i e , c o m t e d e ......... T a m m u z .
L e T ie r s O rd re d e la R o s e -C r o ix c a th o liq u e n 'a
a u c u n r a p p o r t d é s o r m a is a v e c M M. A g u r , A l t a , e t c .
S e u l, P apus e s t a c c r é d it é , a y a n t d r o i t a u x s é a n c e s
e t p la c e a u c o n s e il c o m m e c r é a te u r e t s e u l c h e f d u
m o u v e m e n t d e d é s o c c u l t a t i o n d e l ’o c c u lt e .

M. Péladan ayant ainsi été promu à la dignité


haute de m a g n i f i q u e , ce qui ne laisse pas d'être
assez décoratif, en somme, les choses continuè­
rent, en apparence, d’aller durant plusieurs
mois sans subir aucun trouble.
Dans la réalité, cependant, FArchi-Sar mé­
ditait une séparation plus complète encore.
Les tendances de plus en plus hérésiarques
de ses anciens p a i e s au Suprême Conseil de la
Rose-Croix, tendances manifestées ouverte­
ment par la publication dans VInitiation d'ar­
ticles et d'études suivant l'esprit gnostique (1),
effrayaient fort M. Péladan, Légat Catholique
romain , assez payen à ces heures, il est vrai,
(1) Ces d its a r tic le s e t é tu d e s , du r e s te , n e d e v a ie n t p a s
ta r d e r à a m e n e r la m is e à YIndex d e la R ev u e e t d e s e s
r é d a c te u r s. C ette d é c is io n d e l ’a u to r ité e c c lé s ia le fu t
p r ise en j u in 1 8 9 1 , à la s u ite n o t a m m e n t d e d iv e r s a r t i­
c le s , d e M. D o in e l (d ’O rlé a n s),

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 195

pour chanter en ses livres et Bros et Sapho,


mais tout en demeurant toujours, ce pourtant,
chrétien fidèle et très fervent.
Aussi, quand il sentit que le terrain devenait
par trop brûlant et que l'excommunication pou­
vait bien être prochaine, sans plus hésiter ni
tergiverser davantage, il rompit enfin, et ab­
solument, toute relation ésotérique avec ses
complices ! de la veille, motivant sa résolution
en un mandement d'une curieuse écriture (1).
Le Sar, du reste, avait habilement prévu les
choses, et son évolution survint tout juste à
temps pour lui permettre de sauver son âme
du bûcher éternel !
Deux mois ensuite, en effet, partait de Rome
la mise à YIndex de YInitiation ; les Roses f
Croix orthodoxes étaient frappés des foudres
ecclésiales, et Christ était enfin vengé de Ca-
kya-Mouni !...
(1) V o ic i, à titr e d ’a m u s a n t d o c u m e n t, c e tte p ro se s in ­
g u liè r e q u i fu t e n r e g is tr é e d a n s le n° d eïInitiation d ’avril
4891. ~

M ANDEM ENT

DU SA R P E L A D A N ,m a ître d e la R o se-C ro ix C a th o liq u e


A P A P U S , p r é s id e n t du g r o u p e é so té r iq u e e t d ir e c te u r d e
1*Initiation.
S a lu t, L u m iè r e e t V ic to ir e e n J ésu s-C h rist se u l D ie u ,
e t en P ie r r e se u l ro i.

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196 LÈS COULISSES DE l ' a U-DELA

III
Comme bien Ton pense, la mise à f Index de
/ ’Initiation et de quelques mages parisiens
n'avait en somme d'aucune façon troublé le
monde.
TRÈS CHER ADELPHE,

Il y a u n a n , j e v o u lu s q u itte r v o s œ u v r e s é c le c t iq u e s ;
su r v o tr e d e m a n d e , j ’a c c e p ta i d e fig u r er e n c o r e , e n t ê t e
dç YInitiation, e n q u a lité d e Légat catholique romain.
A u jo u r d ’h u i, la d iv e r g e a n c e d e n o s v o ie s d e v ie n t t e ll e
q u e m o n in tr a n s ig e a n c e g ê n e r a it v o tr e e x p a n s io n t a n d is
. q u e m o n o r th o d o x ie so u ffr ir a it d e v o s c o m p r o m is .
C ette r ig u e u r c a th o liq u e q u e j ’ai m a n if e s t é e p a r tr o is
fo is d a n s le Figaro ne m e p erm et pas de r e s te r p lu s
lo n g te m p s le c o n s o r t d ’u n g r o u p e ou C ak ya-M ou n i u s u r p e
su r N . S. J é su s-C h r ist.
Ce q u i p o u r v o u s se r u b r iq u e religion comparée, je
l ’a p p e lle p e u t-ê tr e sacrilège.
E n d e ss o u s d es d o c tr in e s , le m o d e e x p a n s if n o u s d iv is e
e n c o r e : v o u s o u v rez le s p o r te s d u t e m p le q u e j e vou­
d r a is fe r m e r .
L’im p la c a b le h ié r a r c h ie q u e j e p r é c o n is e , v o u s la s a ­
crifiez à u n m o u v e m e n t p r o s é ly tis te q u e j ’a d m ir e , m a is
s a n s p o u v o ir m ’y a s s o c ie r . . .
Je q u itte d o n c a u jo u r d ’h u i e t p o u r to u jo u r s l ’œ u v r e
a c c o m p lie e n s e m b le . -
D é s o r m a is , j e m e d o n n e to u t e n tie r à m a R o se-C ro ix
c a th o liq u e .
P a r m i le s v ô tr e s, o n o u b lie s o u v e n t q u e j e su is le d o y e n
d ’œ u v r e de c e tte m a g ie r é n o v é e où v o u s o c cu p e z u n e si
g r a n d e p la c e . .

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LA GUERRE DES DEUX R O & S 197
Les cours de la Bourse n*éprouvèrent de ce
chef aucune oscillation, les cercles politiques
ne bronchèrent point, et la Rose -¡* Croix ré-
nôvçe ne parut point se porter plus mal; quant
P a r m i le s m ie n s , o n n ’o u b lie r a j a m a is q u e v o u s ê te s
u n d e m e s p lu s h a u ts p a ir s.
D e ce m o m e n t, l ’E g lise p o s sè d e l’o c c u lte p u isq u e j e lu i
a p p o r te en m a p e r so n n e u n e d e s s ix lu m iè r e s g n o s tiq u e s
d e l ’h e u r e .
Je v a is , a v e e m e s a d e lp k c s, v o u s a tte n d r e d e v a n t l ’a u ­
te l e u c h a r is t iq u e , d a n s le p a la is à'ignis ardens ; e t j ’e s ­
p ère u n jo u r v o u s y a c c u e illir a v e c d ’in d ic ib le s lœtare.
Q ue c e tte m ê m e lu m iè r e q u e n o u s c h e r c h o n s , v o u s p a r
le n o m b r e e t la d iffu s ie n , m o i p a r l ’a r is tie e t p a r l ’o c c u l­
t a t io n lu is e é g a le m e n t su r n o s m a in s œ u v r a n te s .
Le m a t é r ia lis m e a tr o u v é e n v o u s u n a d v e r sa ir e in v in ­
c ib le , e t, q u e lle s q u e s o ie n t le s m u tu e lle s e t d isp a r a te s
n é c e s s ité s de n o s r é a lis a tio n s , j e s a lu e v o tr e g lo ir e de
m o n e n th o u s ia s m e c a th o liq u e car v o s in itié s d e v ie n d r o n t
n o s fid è le s, c o m m e n o s fid è le s s o n t v o s in itié s.
M issio n n é s d iffé r e m m e n t, o b é is s o n s l ’u n à l ’e s s é m e -
m e n t d e v é r ité , l ’a u tr e à l ’e s th é tis a tio n d u v r a i. Et ver-
bum caro factum est ; e t q u e l ’A b so lu se r é a lis e , p ar
non nobis sed nomi­
v o u s o u p a r m o i, o u p a r d ’a u tr e s
nis tuigloriœ solœ, d isa it le T e m p le .
Ad Rosa?n per Crucem, ad Crucern per Rosam ;
in eêy in eis, gemmatus resurgam : c h a n te la R o s e -
C roix c a th o liq u e a p n o m d e la q u e lle j e v o u s sa lu e de
c œ u r e t d ’e sp rit.
Ce 17 fé v r ie r 4 891.

SAR PÉLADAN

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198 l e s 'COULISSES DE l ’ a U-DELA

à la revue officielle des membres du Groupe


d'Etudes ésotériques, elle profita tout simple­
ment de l’aventure, n’ayant en vérité plus rien
à perdre, pour accentuer, un peu plus vivement
qu’elle ne l’avait fait jusqu’alors, ses tendances
gnostiques.
Un tel sans gêne dans l’hérésie, fatalement,
ne pouvait demeurer sans soulever tôt ou tard
de virulentes protestations de la part des catholi­
ques ultramontains.
Et voici comment et pourquoi, certain beau
jour, M. Péladan se souvenant enfin qu’il avait
à combattre un bon combat, entreprit, sans
crier gare, la lutte contre le blasphème.
Par exemple et ceci est bien en vérité un réel
signe des temps, ce n’est point en preux gentil­
homme^ la dague aiguë et la rapière au poing,
qu’il marcha à l’assaut, mais plus moderne­
ment, plus strugle-forliferement^ s’il est toute­
fois permis de parler de la sorte, en homme
pratique et de sa fin de siècle, faisant gémir,
sous le poids d’une annonce toute imprévue,
les presses sceptiques des Petites affiches que
fonda Renaudot. *
Le jour du dimanche 23 août 1891, en la
fête de sainte Caroline, les dites Petites affiches
inséraient en elfet en leur sixième page, et con­
formément à la loi sur les sociétés, le suivant

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 199
avis très sérieux, en dépit des apparences.

9 2 5 6 . P a r a c te s o u s s ig n a tu r e s p r iv é e s , fa it d o u b le
h P a r i s le 2 2 a o û t 1 8 9 1 .
E n r e g i s t r é à P a r i s , le 2 2 a o û t .
M . J o s é p h i n P E L A .D A N , C o m te L é o n c e D E LAR-
M A N D IE , G A R Y D E L A C R O Z E , É l é m i r BO URG ES,
1 9 r u e d e N a p le s .
M. l e c o m t e A n t o in e D E LA ROCHEFOUCAULD,
1 9 r u e d ’O f f é m o n t, P a r is .
O nt fo rm é e n tr e e u x u n e s o c ié té e n n o m c o lle c ­
tif a y a n t pour o b je t l'organisation d'expositions
des B ea u x-A rts.
L a r a is o n e t la s i g n a t u r e s o c i a l e s s o n t :

Association de l’Ordre du Temple de la


Rose f Croix
L a s i g n a t u r e s o c i a l e a p p a r t i e n d r a à M M. J o s é p h i n
PELA D A N et DE LA R O C H EFO U C A U LD .
L a d u r é e d e la s o c i é t é e s t f i x é e a une ann ée pou­
v a n t ê tre p r o r o g é e .
L e s iè g e s o c ia l e s t à P a r is , 19 ru e d ’O ffé m o n t.
L e fo n d s s o c ia l e s t fo u r n i par un des m em b res
d e l ’a s s o c i a t i o n , a u f u r e t à m e s u r e d e s b e s o i n s ,p o u r
s u b v e n i r a u x d é p e n s e s , f r a is d ’e x p o s i t i o n , lo c a t i o n
d e la s a l l e , e t c . . ,
C o p ie s d u d i t a c t e o n t é t é d é p o s é e s c o n f o r m é m e n t
à la lo i a u g r effe d u T r ib u n a l de c o m m e r c e d e la
S e in e , le 2 2 A o û t 1891 e t a u g r effe d e la ju s tic e d e

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200 LES COULISSES DE L AU-DELA
%

p a ix du d ix -se p tiè m e a r r o n d i s s e m e n t , le 2 2 A o û t
4891 ». y
P o u r e x tr a it :

C o m te A . D E L A R O C H E F O U C A U L D
1 9 , r u e d ’O f f é m o n t.

Le public, on doit le reconnaître, ne s'at­


tendait guère à voir ainsi surgir au milieu
des multiples annonces de procedure vulgaire,
— tel un Jupiter vengeur de son Olympe, — le
Sar Péladan, « homme de caste», comme il le
dit volontiers lui-même en parlant de sa pro­
pre personne.
Aussi, durant une bonne huitaine, la chro­
nique s'en donna-t-elle à cœur joie, disser­
tant à tort et à travers sur la mirifique fonda­
tion du mage-romancier.
Qu’auraient dit les chroniqueurs, cependant,
s’ils eussent alors connu le schisme des Roses
-J- Croix et appris que l’insertion des Petites
Affiches ns concernait, en somme, qu’une sim­
ple branche — la branche esthétique— de cette
Aristie rivale de l’authentique Rose -f* Croix?
Jamais, au reste, et on l’avouera volontiers,
occasion n’avait été aussi propice, J i i temps
mieux choisi, pour une institution semblable à
celle du Sar.
Depuis nombre d’années, en effet, notre vieux

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 201
monde n'était-il pas voué aux barbares, et l'art
pur et sincère ne semblait-il pas pour lors à
jamais condamné?
A côté — et du reste, parallèlement, — delà
décadence latine, èthopée, c'était la décadence
artistique, hièrophanie, tout aussi lamenta­
ble.
Ne survivaient simplement dans les masses
que les préoccupations jouisseuses et platement
bourgeoises, si bien que l'Idéal presque mort ne
fleurissait plus guère que dans quelques rares
esprits supérieurs séparés delà foule 1
Quant au sentiment mystique et religieux,
pareillement éteint, il demeurait noyé dans
les ambiantes stupidités !
Pour faire survivre la notion de l’idéal, pour
élever l'esprit au dessus de la matière, une seule
espérance restait, l'Art pur !
Et c'est justement pour atteindre un tel but
que M. Péladan et les autres m a g n i f i q u e s dé­
cidèrent d’organiser de banales expositions
picturo-sculpturo-musicales, — car il y eût de
tout cela en leurs fêtes du Beau, ainsi que le
Sar avait du reste pris soin d'en informer le pu­
blic dans un article adressé par lui au U garo ,
truchement officiel et ordinaire de l’Ordre.
«La Rose-J-Croix,—écrivait-il, en effet, en cet
appel à l'idéal, — ne borne par sa sollicitude à

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202 LES COULISSES DE L AU-DELA

la peinture et à la statuaire ; les Soirées de la


Rose Croix,dans le local même du Salon,seront
consacrées aux fugues de Bach et de Porpora,
à dos quatuors de Beethoven, à des lectures à
deux pianos de Parsifal. Un soir sera donné à
la glorification de César Franck, le plus grand
musicien français depuis Berlioz.
« Parmi les compositeurs idéalistes que Ja
Rose-Croix mettra en lumière, il convient
d’annoncer Erick-Satics, dont on entendra les
suites harmoniques pour le Fils des Etoiles
et les préludes du Prince de Bysante , du Sur
Mérodack tragédie ».
Au surplus, en la circonstance, on ne pouvait
toujours pas reprocher à M. Péladan d'avoir
manqué de zèle ni de persévérance.
Jamais, en vérité on ne fit davantage preuve
parfaite d’esprit de suite. Depuis longtemps, en
effet, et bien avant la publication des Petites
Affiches, il méditait sa croisade, et, dans une
de ses publications antérieures, le Salon de
Josèphin Peladan avec instauration de la
Rose-Croix esthétique, (Paris, Dentu, 44 mai
1891), il s'en était expliqué très formellement,
et il avait *même, dès lors, annoncé en une
prose envolée, la fondation prochaine et le but
réel de son entreprise.
« Il y a encore quelques tours d’ivoire à Paris,

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m

LA GUERRE DES DEUX ROSES 203

où Ton œuvre comme prient les moines ; il y a


les splendeurs vagnériennes des Eguzquiza, les
mythismes d’Antoine de la Rochefoucauld, les
psychologies de dessin de Gary de Lacroze, ce
rare esthète, conscient de la beauté dans son
essence et qui se révélera par les types plané­
taires de la femme, admirables complémentaires
de mon texte.
« Enfin, ce qui est patricien et ce qui est mys­
tique n’a rien, à espérer ni de Carolus Durand,
ni de Bouguereau. Ofliciellepient, l’idéal est
vaincu, comme le chevalier Waltner fut re­
poussé par les Beckmeser ; mais au printemps
prochain (celui de 1892), ce souffle qui ouvre
les cœurs et lesportes au temps cTAdonis, verra,
j ’espére, une manifestation de Part contre les
arts, de Vidéal contre le laid, du rêve contre
le réel, du passé contre le présent infâme , de
la tradition contre la blague.
«Si le divin Jésus bénit mes efforts et ceux
de mes Pairs, cette fête de l’idéal réjouira
les cœurs angéliques et réconfortera ceux qui
qui peinent pour beauté et rêve maintenir ».
On en conviendra volontiers, il n’était guère
possible d’invoquer plus justes griefs contre une
société en proie au bouguerautisme aigu, et,
paF suite, c’était bien en toute légitimité que
le Sar s’en venait instaurer, en vertu du do-

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204 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

cument suivant dont l'intérêt ne pouvait échap­


per à personne, l'Ordre de la Rose -J- Croix
esthétique, cette nouvelle société secrète qui
tout en régénérant l’Art pur, devait encore
désormais faire en même temps une concur­
rence honnête et loyale, mais vigoureuse, aux
deux Salons, du Champ-de-Mars et des
Champs-Elysées.

ACTA ROSÆ-CRUCIS
LA ROSE-CROIX DU TEMPLE

Sous le Tau, la croix grecque, la croix la t in e


devant le Beauséant et la Rose crucifère,
En com m union catholique rom aine avec H u gues
des P aïens et Rosencreuz, le S a r P e la d a n , m aître
de l’ordre de la R ose-C roix du T em ple , assisté d u
septénaire des com m andeurs L> L. S . S . G a ry d e
L acroze, Comte de L arm an die, Comte A n toin e d e
la R ochefoucauld, S in, A d a r , S am as ;
Ordonne ;
Au nom de Jésus, seul Dieu, et de Pierre seul roi ;
A tous ceux qui entendent le douzièm e verset d u
second chapitre du Béreschit, sous peine d ’être r e ­
jetés de l ’ordre à jam ais ;
De concentrer leur effort de lum ière sur le p la n
aristique;
A cette fin, et dès cette heure est créé — les in s t i­
tutions restant secrètes ,

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 205

LA ROSE CROIX ESTHÉTIQUE

Verbifié à Paris, en la fête de l’Ascension du Ré­


dem pteur, et signé des sept :
Sàr P éladan, Gary de Lacroze, de Larmandie,
Antoine de la Rochefoucauld, Sin, Adar, Sam as.

Cependant, comme complément à son œuvre


qui, autrement, fut demeurée imcomplète, M.
Péladan ayant institué un Ordre nouveau, de­
vait à ses membres des instructions sur le rôle
qu'ils étaient dorénavant appelés à remplir,
Le Sar n'eut garde de manquer à ce devoir,
et,dans"une épître solennelle adressée à ses
P airs , et débutant par ce très splendide voca­
ble : Magnifiques (!) il traça fermement la li­
gne de conduite des Roses-J-Croix esthètes.
« Il faut que l'Idéal soitmanifesté encore une
fois avant l'invasion Slavo-mongole (!!!) ; il
faut que la latinité finissante livre à ceux qui
doivent succéder, un livre, un temple, une épée.
11 faut faire l'inventaire des trésors légués par
le passé et les conquêtes modernes ; il faut sur­
tout réaliser dans un mode susceptible de ci­
viliser les Barbares qui vont venir.
« Or, l'Art seul peut agir sur le collectif arfi-
mique, à défaut de mysticité : nous connaissons
tous des croyants à Phidias, à Léonard, qui
n'ont cure de la vérité catholique.
12

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206 LES COULISSES DE l ’à U DELÀ

« Insuffler dans l’art contemporain et surtout


dans la culture esthétique l’essence théocrati-
que, voilà notre voie nouvelle.
« Ruiner la notion qui s'attache à la bonne exé­
cution.éteindre le dilettantisme du procédé,su-
bordonner les arts à l ’A rt9c’est-à-dire rentrer
dans la tradition qui est de considérer l’idéal
comme le but unique de l’effort architectonique
ou pictural ou plastique.
« Sur un plan plus haut que les débats collec­
tifs, nous sommes les réactionnaires, ou ,mieux,
les chouans. Pour nous, le Jury des deux Sa­
lons, cela s’appelle : des « Bleus.»
« Comme ces sublimes Bretons, nous œuvrons
chacun à notre guise, mais le sacré cœur au
cœur ; mais le signe de la croix en signe de
ralliement. »
Voilà pour l’esprit de l’œuvre !
Quant à la conduite pratique que devaient
tenir ses membres adhérents, elle était nette­
ment indiquée en les quelques lignes suivantes
où sont déterminées de précise façon qu’il con­
vient d’honnir ou d’admirer en matière d’Art
pur.
*« La représentation de la contemporanéité,
le marin et le paysan, l’ouvrier et le bourgeois
ne paraîtront jamais à nos expositions.
« Quant à la nature morte et autres insani*

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 207

tés, et les animaux domestiques, notre senti­


ment est unanimement de les rejeter avec mé­
pris.
« Car, ne Poublionspas,Seigneur,nous n’exis­
tons qu’en qualité de fanatiques : en politi­
que, la double croix ; en esthétique la rose-croix;
les dilettantti n’ontpasàfrayeravec nous;nous-
sommes les Guises, mais ne luttons que pour
la gloire de Dieu !
« Ce qu’on nomme le réel, nous ne l’admettons
que sous la forme de l’iconique ou du portrait,
à condition que le personnage soit ou beau ou
notable selon l’esthétique.
« A notre prochain convent, nous établirons
nos assises de réalisation (1).

(1) E n d é p it d u g o n g o r r is m e e t d e l ’a llu r e m y s tic o -ly r i-


c o -fa n ta isiste du fa c tu m , il e st à n o te r q u ’au p o in t de
vue p u r e m e n t artiste c e tte fo r m u la tio n d e M. P e la d a n
e st lo in d’è tre sa n s v a le u r . M. P e la d a n , du r e s te , parm i
les O c c u ltiste s e n v u e de P a r is , e s t à p eu p rès le se u l
p o s sé d a n t u n s e n tim e n t s in c è r e de l ’A r t so u s s e s d iv e r s e s
fo r m e s é le v é e s d u d e ssin e t d e la m u s iq u e . S c s s y m p a ­
th ie s p o u r l ’é c o le d es p r é -r a p h a ë lis te s le r e n d e n t p e u t-ê tr e
en c e r ta in e s c ir c o n s ta n c e s u n p e u tro p e x c lu s if ; m a is ,
ne d o it-o n p a s b e a u c o u p pardonner à q u i d é d a ig n e le
m é tie r d e s B o u g u e r e a u , des M eisso n n ie r ou d e s G er-
v ex e t e n te n d d ’e sp r it P u v is d e C h a v a n n es, O d ilon R e ­
d o n , B e sn a r d , R o p s, e tc . ?
A u ssi, à c e t ég a rd , le S a lo n de la R ose -¡- C roix a u r a é té

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20 « LES COULISSES DE | / à U-DELA

La formule.pour être énoncée dans un lan­


gage pompeux, ne laissait pas de présenter un
certain intérêt.
Voyons comment elle fut suivie !...

IV
Les petites affiches ayant de la sorte — assez
banalement, il faut bien le reconnaître, — enre­
gistré l'intéressante naissance légale de la So­
ciété des Roses-Croix-Esthêtes, pour compléter
son œuvre et attirer à lui tous ceux des hommes
de bonne volonté, férus d’art pur et de sens
chevaleresque, voulant combattre le bon com­
bat et recevoir la suprême initiation, le Sar se
décida à faire connaître à tous les cinq articles
suivants — les seuls pouvant être livrés aux
profanes indignes — de la règle de son Aris-
tie
I
Pour entrer dans la R-¡-C esthétique, il faut être pré­
senté par deux parrains d’honneur, deux parrains
de talent, quel que soit l’art où l’on œuvre.

u n e 'œ u v r e u tile e t b o n n e , e t c e la j u s t e m e n t p a rce q u ’il


a u r a eu c e lt e ra re d e s tin a tio n de n ’è tr e r é s e r v é , m a l­
g ré c e r ta in e s e r r e u r s ,q u ’à la s e u le c é lé b r a tio n d e l ’A rt
v é r ita b le .

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 209

* H
Au cas où le récipiendaire forferait à l’honneur,
les deux parrains sont chassés solidairem ent
Au cas où le récipiendaire forferait à l’idéalité, en
collaborant au xjou rn aux pollutionnels, ou en d essi­
nant avec irrespect sur le catholicism e, les deux-
parrains de talent seront solidairem ent chassés.

III
Une œ uvre de R f G sera certainem ent exposée si
le C onsullateur l’a déclarée valante au vu de l’es­
quisse.
Sinon, elle est soum iseau jugem ent du Sar, assisté
de deux pairs.

. IV

L’artiste R f C dem eure libre d’exposer où et


quand il lui plaît, pourvu qu ’il envoie tous les ans
au Salon de la R f G une œ uvre spécialem ent faite.

• V -
En cas im prévu dans la règle, et en tout conflit
. d’artiste avec les com m andeurs, l’autorité du Sar
étant abstraite, est absolue.

C'est du reste un chapitre de foi, dans cette


règle dont les dernières prescriptions sont com­
muniquées aux seuls postulants, que l’infailli-
bité du grand maître de l'ordre. .
12.

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210 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

Tout comme les décisions papales pour les


fidèles catholiques, l’opinion du Sar pour ses
adeptes doit faire loi souveraine !
« Une me reste qu’à rappeler une loi occulte,
écrit-il, en effet, dans ce mandement dont nous
parlions tout à l’heure. Quand se forme un
collectif verbal, il engendre un abstrait, une
entité spirituelle formée de toutes les adhésions;
c’est là la théorie de l’infaillibilité du pape.
» Ex-cathedrâ, il est infaillible par l’entité
ecclésialequi s’élève jusqu’au souffle de l’Esprit-
Saint. *
» Ainsi, dans la Rose-Croix du Temple, mon
autocratie ne doit s’entendre que des actes où
je prononcerai, en tant qu’interprète, de notre
collectif abstrait.
» Mes imperfections d’artiste, mes errements
de chrétien ne sauraient être imputés au Sar,
pas plus que nous n’imputons au pape l’odieuse
politique de Léon XIII ».
Et là-dessus, ayant de si bonne sorte donné
avis public à tous ceux qu’empêchaient de dor­
mir, — tel jadis Miltiade les trophées de Thémis-
tocle, — les gloires cimaisiennes àu Salon des
Champs-Elysées, où trône M. Bouguereau, et
de celui du Champ-de-Mars, où s'égarait un
artiste de la valeur de M. Puvis de Chavannes,
M. Peladan s’empressa, le Figaro lui ser­

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 211

vant de truchement, d’informer tout un cha­


cun que le Salon delà Rose -J* Croix ne rece­
vrait que de seuls invités :
« Au-dessus de toute école, sans préférence
technique, admettant aussi bien le mélange op­
tique que la méthode italienne d’unDesboutins;
la Rose Croix n’exige que Yidéalité des œu­
vres.
» Parmi les quatre-vingts artistes choisis déjà
et presque tous adhérents à cette heure, il suffit
de citer: le grandPuvisde Chavannes, Dagn an-
Bouveret, Merson, Henri Martin, Apian (Jean),
Odilon Redon, Knopff, Point-Séon, Filiger, de
Eguzsguiza, Anquetin. Les statuaires Dampt,
Marquest de Vasselot, Pezieux, Astruc, le com­
positeur Erick-Saties.
» Nous irons à Londres inviter Burnesones,
Watts et les cinq pré-raphaëlistes ; nous convie­
rons les Allemands Lenhbardt et Bœckling.
» L’ordre procède par invitations : et les in­
vités n’ont' qu’à observer la règle d’idéalité. »
Cette précaution oratoire du Grand-Maître de
l’Ordre eut un résultat aussi immédiat qu’ines­
péré : elle provoqua des défections dans le groupe
des artistes que M. Péladan avait résolu de
convoquer.
Et c’est ainsi queM. A. Puvis de Chavannes,
qui n’adhérait guère, paraît-il, s’empressa de

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212 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

déclarer qu’il ne vo ulait point figurer parmi


les artistes Rose -J*C roix.
Au contraire de M. le Comte de Larmandie,
le joyeux commandeur de Géburah{ 1), ou de
M. Saint-Pol-Roux, poète quasi-symboliste à ses
heures, à sa grande satisfaction devenu p a i r
de parla Volonté du Sar, en attendant qu’il s’in­
tronisa lui-même fort pompeusement : Saint-
Pol-Roux-le-Magnifique, l’admirable peintre de
la Légende de Sainte Geneviève craignit le ridi­
cule et recula devant l’investiture du Grand­
Maître de l’Aristie Catholique.
Sa défection, pour sensible qu’elle fut, ne
troubla pas cependant l'Archi-Mage des Esthètes
en sa sérénité.
Faute d’un moine, l’abbaye ne chôme pas,
dit le proverbe, et M. Péladan, chacun sait cela,
ne fut jamais homme à laisser en friche ses
terrains... *
V
Cependant, de leur côté, les Roses-Croix or­
thodoxes et franchement gnostiques, ceux dont
les ancêtres ne craignaient point de formuler cé­
rémoniellement par devant Astaroth, l’un des
principaux princes des cohortes infernales, des

( l ) G é b u r a h e s t l ’u n d e s sé p liir o th s d e la K a b b a le.

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LA GUEKRE DES DEUX ROSES 213

serments solennels (1), s'étaient émus des ten­


dances séparatistes et agressives du Sarau len­
demain de la fameuse mi se h Yindexât la revue
YInitiation.

( i ) V o ici la fo r m u le p r é c ise , e t q u e nous don non s à


titr e d e c u r ie u x d o c u m e n t, en r a is o n m e m e d e sa r a r e té ,
d u s e r m e n t p r ê té p a r le s R ose-C roix ly o n n a is , d a n s la
n u it d u 2 3 j u in 1 6 2 3 , su r le s d ix h e u r e s du so ir , à « l ’u n
d e s p r in c e s d e s c o h o r te s in fe r n a le s , A sta ro th ».

Formule du serment
« N o u s, qui p r e n o n s a u jo u r d ’lm y le titre d e d é p u tez p ou r
r é t a b lis s e m e n t du c o llè g e de R o se-C ro ix , e s ta n s au n o m ­
b re d e tr e n te -s ix , p r o m e tto n s d e r e c e v o ir d o r e sn a v a n t
le c o m m a n d e m e n t e t la lo i du g r a n d sa c r ific a te u r R es-
p u ch , r e n o n c e o n s au b a p te s i^ e , c h r e s m e e t o n c tio n q u e
c h a c u n d e n o u s o n t pu r e c e v o ir su r le s fo n ts d u b a p te s m e
p ris a u n o m du C h rist ; d é te s to n s e t a b h o r o n s to u t e s
p r iè r e s , c o n fe s s io n s , s a c r e m e n ts , e t to u te croyan ce de
r é s u r r e c tio n d e la c h a ir ; p r o fe s s o n s d ’a n n o n c e r par
to u s le s c a n to n s d e l ’u n iv e r s le s in s tr u c tio n s q u i n o u s
s e r o n t d o n n é e s p a r n o s tr e d ic t sa c r ific a te u r , e t d ’a ttir e r
à n o u s le s h o m m e s n o s s e m b la b le s d ’e r r e u r e t d e m o r t .
A q u o y n o u s e n g a g e o n s n o s tr e h o n n e u r e t n o s tr e v i e ,
sa n s e sp é r a n c e d e pardon, grâce ne r é m is s io n q u e l­
c o n q u e, e t, p o u r p reu v e de c e, n o u s a v o n s d ’u n e la n c e t t e
o u v ert la v e in e du b ra s d e n o s tr e c œ u r , p ou r e n t ir e r
du s a n g e t sig n e r d ’ic e lu y n o s n o m s e t n o s s u r n o m s . »
A q u o i le p r in c e d e s c o h o r te s in fe r n a le s , A s ta r o th ,
r é p o n d a it p a r le s p r o m e s s e s s u iv a n te s :
« M o y e n n a n t le s q u e lle s d é c la r a tio n s c y - d e s s u s ,j e pro*

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214 LES COULISSES DE l ’ à U-DELA

Il convenait une bonnne foi d’en finir avec


lui.
Le suprême Conseil de la Rose Croix s’as­
sembla donc, examina, délibéra et finalement
mets aux dicts députez, tant en général qu’en particulier,
les faire transporter d’un moment à l’autre, du Levant
au Couchant et du Midy au Septentrion, toutes fois et
quantes que la pensée leur en prendra, et les faire par­
ler naturellement le langage de toutes les nations de'
l’Univers, couverts des habits du pais, en telle sorte qu’ils
seront cogneus comme légitimes du pais, et d’avoir tou­
jours leur bourse pleine de la monove d’où ils se trou­
veront.
« Item , de les rendre invisibles, non-seulement en par­
ticulier, ains en public, et entrer ou sortir dans les pa­
lais et maisons, chambres et cabinets, quoy que tout
soit clos et fermé à cent séhmres.
« Item , de leur donner l’éloquence pour attirer les
hommes à eux et les enseigner en la mesme croyance,
et leur promettre de la part du Très-Haut de faire
mesmes merveilles en faisant les serments et protesta­
tions cy-dessus.
« Item , de leur donner le pouvoir, non-seulement de
dire les horoscopes des choses passées et présentes, ny
des futures, mais de dire jusques aux pensées du cœur
le plus secret.
« Item , leur donne parole qu’ils seront admirés des
doctes et recherchez des curieux, en telle sorte que
l’on les rencognoistra pour estre plus que les prophètes
anciens qui n’ont enseigné que des fadaises. — Et, pour
les instruire parfaitement en la cognoissance des mer­
veilles que je leur promets, incontinent qu’ils auront

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 215

décida d’exécuter en les règles le transfuge qui,


non content d'être transfuge et de s'être institué
proprio motu l'Archi-Mage d'un ordre de fan­
taisie, compromettait encore par ses allures et
ses publications variées— les fameux Acta syn-
celli insérés à la suite des Salons et de certains
des romans de M. Joséphin Peladan — la véri­
table Rose •J*Croix rénovée.
La chose fut faite en conscience ! En le
n° 3 'août 1891 de YInitiation parut un supplément
de seize pages, entièrement consacré au cas de

preste le serment de fidélité ès-niains de celui qui vien­


dra de la part du Très-Haut (le Diable), il leur sera déli­
vré à chacun un anneau d’or enchâssé d’un saphir, soubs
lequel sera un démon qui leur servira de guide.
« En témoing de quoy, j ’ai signé de ma main ces pré­
sents articles, et scellé de l’anneau de mon Maistre, par
lequel je promets de faire ratifier dans ce jourd’huy le
présent accord pour ma décharge et contentement d’un
chacun ».
Le papier une fois paraphé et signé, Astaroth, que
jusque là les initiés n’avaient point vu, et dont ils n’a ­
vaient fait qu’entendre la voix, se montra d’une façon
plus complète. Il leur apparut sous la forme d’un adoles­
cent « dont le poil doré semblait flotter le long de ses
épaules » ; puis, les ayant embrassés, il disparut pour
aller assister au sabbat général « qui se fait depuis les
onze heures du soir, jusqu’à une heures après minuict
de la nuict de la veille de Saint-Jean-Baptiste, ès envi­
rons du labyrinthe qui est ès monts Pyrénées »»

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246 LES COULISSES DE l ' a U-DELA

M. Péladan, et destiné à faire publiquement


la lumière sur cette affaire des deux Rose-Croix,
la vraie et la dissidente, la vraie et celle de
contre-marque.
Le factum, — que nous ne pouvons nous pas­
ser de reproduire, — se présente sous des al­
lures graves, affectant en son début la manière
d’un jugement de tribunal.
LE SUPRÊME CONSEIL DE LA ROSE f CROIX
Considérant qu’un membre dém issionnaire dudit
Conseil, M. J o s é p h i n P é l a d a n , a fondé, en août 1890,
une secte schism atique, sous le nom de Tiers-ordre
intellectuel de la Rose f C roix catholique R -5- C •}•
et;
Considérant que celte secte, dont M. Péladan s’e s t v
proclamé le Grand m aître et VArchi-m age , affi­
che des principes d’ultram ontanism e in transigean t,
d ’inféodation au Saint-Siège, e tc ..., diam étralem ent
hostiles h ceux de tous tem ps professés par les Frè­
res illum inés de la Rose f C ro ix;
Qu’il suffit, en effet, pour s’en convaincre, de re­
lire le M anifeste et la Confession sym boliques des
Frères de la R f C, tels qu’on les trouve dans le livre
latin publié à Francfort, en 4615, par le F . \ V a l e n ­
t i n A n d r e æ : Fama jr a te r n ita tis Roseœ-crucis, etc.

in- 8 , et dans l’ouvrage français publié à Paris, en


1623, sous ce titre : Instruction à la France sur la
vérité de Vhistoire des Frères de là Rose-Croix (par
Gabriel JYaudé, Julliot, petit in- 8 ) ou encore dans

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LÀ GUERRE D E â -D E Ü * ROSES 217

le T ra ite méthodique de science occulte Paris 1891,


grand in- 8 ), où P apus les a reproduits in extenso ;
Que si les doctrines ultram ontaines de la R f G f
C -J- sont contradictoires à celles de l’ancienne et au­
thentique Rose f Croix, elles ne sont pas m oins en
opposition avec celles de son héritière directe, la
Pose -¡- Croix rénovée, com m e il appert du Concor­
dat publié aux pages 159-161 du S eu il du m ystère ,
par S t a n i s l a s d e G u a i t a (Paris, 1890* in - 8 );
Considérant que M. Péladan a lui-m êm e pris soin
de proclam er dans sa Lettre à P a p u s , im prim ée à
la suite de son roman Cœur en peine : — « Je me
« sépare de tout ce q u i n'est pas ma R •{• C •{• C f ,
« celle dont j e suis I ’A r c h i - m a g e . . . Ne voulant pas

« interrompre un beau commerce d ’am itié avec ces


« m essieurs de la Rose -J- Croix kabbalistique, je me
« dois de rompre tout apport doctrinal et solidaire
« avec eux. E t n u l ne pourra a p partenir à mes
« œuvres qui sera des leurs , e t c ...» (Cœur en
peine, pages 323-324, passi?n) ;
Attendu qu ’en dépit de cette déclaration, M. Péla
dan et les siens se sont publiquem ent exprim és en
des term es am bigus et propres à établir une confu
sion entre l’Ordre kabbalistique de la Rose -J- Croix
orthodoxe ( R f C f ) et leur secte schism atique (R f
C f C f ) : V oirie Salon de Joséphin P éladan (Paris,
mai 1890 in-12) où l’auteur va ju sq u ’à prom ulguerdes
« m andem ents» sous ces titres : A cta Rosœ-crucis
(page 51) et Parole du S a r de la Rose-Croix à ses
pairs (page 53); voir aussi E ôraka, par le com te
13

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218 les c o d u sse s oe l’ au - delà

de Lonnandie et Y Im p rim a tu r d u G ran d M a ître


du Tem ple de la R ose-C roix;
Attendu que de telles’ exp ression s sont propres à
entretenir le public dans une erreur déplorable, et
à perpétuer un m alentendu qui n ’a duré que trop
longtem ps:
A ces causes,
L e S uprêm e C o n s e il de la R o se -J- C r o ix ,

Estim ant qu’il est de son devoir de m ettre fin à


un pqreil état de ch oses, en éclaircissant une q ues­
tion qui intéresse les occultistes de toute école,
M ande et O rdonne :
A I«r. — Une courte note sera rédigée, où
r t ic l e

l’on précisera l’essence de la R ose Croix et les ten ­


dances de l’enseignem ent rosicrucien à toutes les ép o ­
ques. On y joindra un précis som m aire des circons­
tances qui ont m otivé la retraite de M. Péladan et la
fondation de sa R + C + C f .
A r t i c l e I I . — On donnera à cette note la publi­

cité nécessaire, pour qu’elle tombe sous les y eu x de


tous les intéressés.
Statué à Paris , le 5 Août 1891.
P our le S uprêm e C o n s e il de la R o se + C r o ix

E t par so n o r d r e :

STANISLAS DE GÜAITA, — JACQUES PAPUS,


F CH BA R LE T.— PAUL ADAM.*- *JULIEN LEJAY
‘ ‘ OSWALD WIRTH.

Etj à la suite de ce jugement, apres une note

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LA GUERRE UES DEUX ROSES 21!)
sur les origines et la nature vraie de l'ordre de
la Rose Croix, parut, sous la signature des
trois membres de la commission exécutive du
Suprême-Conseil, un éreintement dans les rè­
gles du Sar, éreintement que malgré son éten­
due nous devons reproduire tout au long.
Voici donc ce document, véritablement le plus
considérable de tous ceux qui auront marqué
les divers épisodes de cette nouvelle Guerre des
deux Hoses.

Le vocable de Rose-Croix ne porte pas bonheur


aux ultram ontains: par prudence, tout au m oins, ils
devraient s ’abstenir d’y toucher........ Les jésu ites ne
sont-ils pas les auteurs du grade m açonnique de
R.*. C . \ (18e dé l’actuel E cossism e)? — C’est un
fait connu. Par cette innovation et quelques autres,
les jésu ites-esp éraient, en donnant le change sur
leurs intentions,accaparer en mode indirectles forces
viv es d ’un ordre florissant. Ce sont d ’habiles meneurs
que les jésu ites. Mais V abstrait du nom ainsi pros­
titué fut plus fort que ces politiques sournois; cet
occulte agent s ’em para de leur œuvre et lui fil faire
volte-face: en sorte que le grade maç.*. de Rose-Croix
fondé par les jésu ites au dernier siècle, étoile ac­
tuellem ent de sa quincaillerie sym bolique la poitrine
de leurs pires ennem is? Et com m e c’est une loi de
nature, que la réaction inversem ent proportionnelle
a l’action, l’agnosticism e ultramontain des fondateurs

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220 LES COULISSES DE L AU-DELA

a fait place à l’agnosticism e m atérialiste de leurs


héritiers du jour.
Sans le savoir, les jésu ites avaient évoqué le fan­
tôme lointain d’Élie-artiste. Elie-artiste parut un in s­
tant, retourna leur institution com m e on retourne
un gant, puis disparut aussitôt, laissant l’œuvre
de ces fanatiques en proie h l’envahissem ent du
fanatism e contraire.
En dépit de cet échec, un nouvel effort a été tenté
récem m ent, pour infliger à la Rose Croix à peine ré­
novée une étiquette ultram ontaine. Le 14 mai 1800,
parut une brochure tapageuse, sous ce titre : la Dé­
cadence esthétique (théophanie) XIX. Le S alon de
Joséphin P é la d a n ... etc., suivi de T rois M ande­
ments de la Rose-Croix catholique à V aristie (Pa­
ris, in - 1 2 ). ~ .
G y n c e l l i a c t a : I . M andem ent à ceux des a rts du

d e is in . — IL L ettre à Varchevêque de P a r is . —
111. E xcom m unication de la fem m e Rot.schild (sic).
— Tel était le titre des trois m andem ents prom ul­
gués au nom de la Rose f Croix, et signées : S a r
M érodack (Joséphin Péladan). *
Or, qu’était donc M. Péladan, pour ainsi pontifier
au nom de l’ordre? — L’un des membres du Con­
seil des douze de la Rose -J- Croix, rénovée en 1888
par Stanislas de Guaita et des occultistes de ses am is.
Le S a r avait-il seulem ent consulté ses collèg u es? ...
Ouvrons Cœur en p ein e h la page 322 : « ... A vant
de lancer m es A cta syn celli (écrit-il à Papus), je
vous avais averti de la nécessité de nous rencontrer

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 2 21

et de nous entendre. » M. Péladan déplace la ques­


tion : le fait certain, c’est que, n ’ayant consulté per­
sonne, il s’est arrogé le droit de parler au nom de
to u s.
Il est vrai qu’au vocable de Rose-Croix , M. Péla­
dan avait accolé, pour la circonstance, l’épithète de
catholique, laquelle, prise dans le sens ultram on­
tain , faisait d ^ illeu rs ¡’effet d’une chasuble sur les
épaules d’un quaker ou d’un triangle m açnonique
au cou d’un capucin.
Mais quelle distinction le public profane pouvait-il
faire entre la véritable Rose -¡- Croix et cette Rose
f Croix Catholique à ressort, surgissant soudain
com m e d’une boîte à surprise, et dont le membre
unique — Péladan — m andait, prophétisait, excom ­
m uniait,gesticulait au nom d’un Ordre im agin aire?...
Inévitable était la confusion, et M. Péladan aurait dû
la prévoir. En fait, tout le m onde demeura convaincu
que le S a r M érodak — grand ipaître occulte, appa­
rem m ent — fulm inait tous ces anathèm es bizarres
avec l’assentim ent de ses collègues du Suprême Con­
seil.
Encore si ces actes, prom ulgués au nom de tous
avec un pareil sans-gêne, eussent eu le sens com ­
m u n !... Mais le Sar s ’y élevait d’un coup d’aile à
l’em pyrée du grotesque, et, chose plus grave, s’a­
baissait sans plus d’effort, jusq u ’aux plus prosaïques
in vectives.
Il insultait tout le m onde, depuis les adm inistra­
teurs des Beaux-Arts dont il dénonce la grossière

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222 LES COULISSES DE \ ! AU-DELA

insolence , jusq u ’à Y Univers, cette im m ondice ; de­


puis les francs-macons dont il méprise l'imbécil­
lité, ju sq u ’à la fem m e R otschild qu’il proclame
sacrilège et iconoclaste .
« P o u r ces crimes (conclut-il, en ce qui touche
celte dernière), nous, T ribunal vehmique, dé­
clarons in fd m e cette fem m e, infâm e son nom ,
à moins que ceux qui le portent ne désavouent
publiquem ent la coupable.
« La R.-C. objurgue les la Roche fo u c a u lt,
comme les d'Ucès et autres gens de nom, qu'ils ne
peuvent plu s recevoir la fem m e R otschild...
a Lu R.-C. objurgue les hommes de lettres et
d'art, qu'ils ne peuvent p lu s même saluer ta fe m ­
me R otschild.,.
a A u nom de toutes les religions et de tous les
arts ceci est l'arrêt de la R.~C.,..,etc. »
C’était roide, et ne pouvait passer ainsi. De lon gu e
date, cependant, M. Péladan était l ’am i de p lu sieu rs
d ’entre nous ; dès la prem ière heure, ses rom ans
avaient beaucoup contribué à la diffusion de l ’idée'ma­
g iq u e... Et p u is,n o u sl’aim ions, en dépit de ses fredai­
nes, cet enfant terrible du m ystère, ce P anurge de
l’occultism e. Bref, on usa d’indulgence à son endroit.
On s ’en tint au m inim um des protestations rendues
nécessaires: trois lettres collectives, à l’archevêq ue,
aux francs-m açons, à M,n®de R otschild, pour d ésa ­
vouer les m andem ents au nom de l ’Ordre; et ce fu t
tout.
Quant à certaine lettre au Figaro, pour protes­

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 223

ter que la Rose- Croix catholique n’avait rien à voir


avec l ’authentique Rose-¡-Croix, nous la passerions
sous silen ce, p uisq u ’elle- ne fut pas publiée, s ’il
n’im portait de contredire à une erreur sérieuse de M.
Péladan. Dans sa L ettre à P a p a s, il in sin ue que le
F igaro refusa l’insertion. Cela est si faux que M.
Magnard, trouvant trop peu explicite notre laconique
billet, en écrivit à M. Maurice Barrés : on peut pro­
duire la lettre M. Magnard dem andait un article
détaillé sur le m otif de nos griefs et la retraite de M.
Péladan. Nous d écidâm es de ne rien publier, sur les
instances d’un tiers, dépêché vers nous p a rle ¿Star
dém issionnaire.
Car on pen se bien que la prem ière m esure avait
été de dem ander à M. Péladan sa dém ission. Il écrivit
m êm e à ce sujet un lon g factum , am phigourique et
solenn el, que nous eûm es le très grand tort de p u ­
blier sur sa dem ande dans YI n itia tio n . L’insertion
de cette pièce ridicule, dernier coup de chapeau tiré
à la van ité du dém issionnaire, fit un effet déplorable.
Il y présentait sa R -¡- G + C + com m e une sorte d’an­
nexe de la R o s e f Croix, et parlait de son «exode,
unanim em ent consenti de notre suprêm e conseil ».
Cette assertion erronée m érite le plus formel dé­
m enti. M. Péladan a rêvé ce consentem ent unanim e.
Voilà dans quelles conditions M. Péladan fonda sa
R f C + C f . Nous ju geon s inutile d ’entrer dans plus
de détails. M. Péladan n ’a fait depuis qu’enfantillage
sur en fantillage, toujours au nom de sa Rose-Croix

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224 LES COULISSES DE l ’ a U-DELA

catholique, qu’il qualifie souvent de Rose-Croix


tout court.
Toutes ce s... fantaisies déconsidèrent les cher­
cheurs sérieux, décrient l’occultism e, et ridiculisent
je nom de Rose-Croix. C’est pourquoi nous n’avons
pu nous taire plus longtem ps. *
Nul, m ieux que n ou s,n ’apprécie à sa valeur le ta_
tent très original de M.Péladan, et le séduisant ver­
nis d’occultism e dont il fait miroiter ses rom ans, e x ­
cellents miroirs pour attirer et éblouir les alouettes
de l’idéal. Nous n’avons garde de m éconnaître les
services q u ’il a pu rendre, en forçant l ’attention pu­
blique sur une science im populaire et ses problèm es
décriés. A chacun selon ses œ uvres.
Mais, à force de m ultiplier les paradoxes, et d’épui­
ser sa souplesse ingénieuse en des funam bulism es di­
vers, exhibitions archaïques, poses truculentes, atti­
tudes chaldéennes, pense-t-il, m éridionales, dirons-
nous, — le Sar a décidém ent passé toute m esure.
Or il est tem ps de le dire : justice rendue au roman­
cier, au styliste, au critique d’art; abstraction faite
de ces qualités très distinguées et très précieuses que
nous serons toujours les prem iers h applaudir, que
reste-t-il en M .Péladan? — Un bon fu m iste .

PAR ORDRE :

La com m ission exécu tive:


S.de Guaita, — Papus, —* p.-Ch. Barlet,

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 223

ORDRE' KA88ALISTIQUE
de U

Rose * Croix

PARALLELE SOMMAIRE

13 .

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226 LES- COULISSES DE l ’aU-DELA

Après un factum écrit d’aussi bonne encre,


les Rose-J- Croix orthodoxes avaient tout lieu de
croire l’abominable erreur à jamais confondue.
Hélas, il n’en était rien!
Pour tout occultiste bon teint, assurément,
M. Péladan était bien désormais convaincu de
fumisme ; mais, pour la foule badaude, grâce à
sa géniale et mirifique invention de l’enregistre­
ment aux Petites Affiches de sa Rose -J- Croix
Catholique, il n’en restait pas moins précis que
le Sar représentait l’exacte tradition rosi-cru-
cienne.
C’était là, on en conviendra volontiers, une
circonstance lamentable bien propre à émou­
voir les vrais bons chevalier^ de l’Ordre.
Ceux-ci s’émurent donc, et, deux ans après
leur première condamnation du Sar Péladan,
le 25 mars 1893, en des termes virulents, ils le
dénoncèrent une seconde fois à l’opinion pu­
blique (1) que cette nouvelle exécution ne trou­
bla guère.
Aussi bien, pourquoi la foule eut-elle modifié
ses façons de voir quant à M. Péladan.
Qu’il soit un fumiste, comme l’ontdéclaré ses
anciens P airs, personne n’en a jamais douté!
Mais, s’il est et demeure un «fumiste», du
( 1 ) V oir c i-c o n tr e le fa c -s im ilé rep ro d u isa 'n t c e d er­
n ie r e t c u r ie u x d o c u m e n t. .

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 227

moins est-il un fumiste triomphant et particu­


lièrement expert en l'art délicat de pincer les
cordes de la guitare-réclame.
Et M. le Sar Mérodack Joséphin Péladan ne
saurait en demander davantage !
— A d Rosam per Crucem, ad Crucem per
lîosam , in eâ,in eis, gemmatus resurgam .
— Non riobis, non nobis, Domine, sed nomi­
nis tui gloriœ soli.
Amen . .
VI
Cependant, ces excommunications répétées
dont M. Joséphin Péladan s'était vu l'objet de la
part de ses anciens Pairs, — excommunications
qui nous valurent en somme en l’an do grâce
1893 ce très curieux Salon de la Rose -¡- Croix,
première « Geste esthétique », renouvelée de­
puis lors, de l'ordre de la Rose -J- Croix du
Temple, auquel tout Paris un beau matin se vit
convié par de grandes affiches d’allure hiérati­
que, mystiquement imprimées en tointo bleue
sur fond blanc, — devaient entraîner d’inat-
- tendues conséquences. *
Le tapage qui se fit alorsautour de cette œuvre
deM. Péladan, tapage que ne manquèrent pas
d’accentuer encore davantage les inénarrables
démêlés du Sur avec son archonte des beaux-

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228 LES COULISSES DE l ’aü -DELA

arts, et ceux du dit Archonte, comte Antoine de


La Rochefoucauld, avec M. Gary de La Croze,
consultateur esthétique de Tentreprise, eut en
effet ce résultat imprévu d’éveiller un grain
d’ambition parmi les membres du « Suprême
Conseil » de l’ordre orthodoxe de la Rose -j*
Croix.
Pourquoi, eux aussi, en fin de compte, se se­
raient-ils privés du bénéfice d’attirer un tant soit
peu l'attention publique à Faide de quelque in­
novation géniale et imprévue?
Aucune raison, vraiment, n’existait pour s’in­
terdire une telle réclame.
Mais que faire?
Une idée fut vite trouvée. M. Pélaladan, en
esthète qu’il est, avait fait* œuvre d'artiste; on
convint donc de réaliser parallèlement à lui
Yœuvre de science.
Et voici comment et pourquoi YInitiation^
truchement officiel, comme l’on sait, du «Groupe
indépendant d’études ésotériques de Paris », —
groupe auquel sont affiliés les membres de l’or­
dre orthodoxe de la Rose -J- Croix, — publia
certain matin la simple mais suffisamment sug­
gestive note suivante :
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE f CROIX

L’Ordre Ivabbalistique de la Rose -¡- Croix a décidé

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 229
de livrer à la publicité la partie ésotérique de son
organisation.
Le mois prochain, YInitiation publiera l’organisa­
tion de l’ordre et le programme des examens prescrits
par le conseil suprême pour l’obtention du titre de
Rose + Croix et des trois grades de bachelier,licencié
et docteur en kabbale.
La nouvelle, on en conviendra volontiers, ne
manquait pas d’un certain piquant.CTestqueces
grades conférés ainsi par certains mages parisien s
aux étudiants en kabbale, pour ne point donner
droit au port de la robe,du bonnet et de l’hermine,
et pourn’être pas de ceux que reconnaissent les
Facultés de l’Etat, ne laissent pas cependant, de
présenter de très réelles difficultés pour leur ob­
tention.
Rien au surplus,ne peut mieux permettre d’en
juger comme l’exposé du programme des connais­
sances que doivent posséder ad unguem les as­
pirants bacheliers, licenciés ou docteurs.
Pour le baccalauréat kabbalistique, le pos­
tulant doit justifier expérimentalement que, en
dehors de notions générales sur Thistoire de la
tradition orientale, il connaît encore sans bron­
cher son alphabet hébraïque, et que jamais il ne
confondra dans le tétragramme sacré— on dé­
signe ainsi, dans le monde des initiés, les quatre

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230 LES COULISSES DE l ’a U-DELà

lettres hébraïques du nom de Dieu — le hé


avec un iod, ou Yiod avec le vau.
Et c’est tout !......
Le grade de licencié, naturellement, est d’ob­
tention infiniment plus difficile.
Cette fois, le candidat, qui doit, en l’espace
de deux heures, et sans le moindre dictionnaire,
rédiger une correcte composition sur une ques­
tion philosophique, morale ou mystique, se
trouve encore mis en demeure de savoir assem­
bler entre eux les caractères hébraïques, et
même delire sans hésiter outre mesure un quel­
conque texte hébreux. Dure*te, il importe de le
noter sans retard, on n’exige point du candidat
qu’il comprenne sa lecture!...
Quand aux docteurs, les épreuves qu’ils ont
à subir sont plus complexes encore!...
Tout d’abord, il leur faut connaître par le
menu l’histoire de l’ordre de la Rose ^ Croix,
depuis l’époque de sa fondation par Chrétien Ro-
sencreutz jusqu’aux temps actuols; il importe
aussi qu’ils sachent en toute précision les diver­
ses phases, prospères ou malheureuses, qu’a
traversées l’ordre, les attaques qu’il a subies, les
schismes qui l’ont divisé, etc.
Mais ce n’est point tout!
Pour être reçu docteur avec toutes boules
blanches, il est encore indispensable de justi­

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LA GUERRE DES DEUX ROSES 231

fier de connaissances kabbalistiques profondes


en démontrant que Ton possède « en les gibe­
cières de sa mémoire », comme eût dit Rabe­
lais, Je sens ésotérique, c'est-à-dire le sens
secret, le sens caché pour le vulgaire et l'i­
gnorant, des vingt-deux signes de l'alphabet
hébraïque.
Chacune des lettres de cet alphabet, depuis
Yaleph jusqu'au tau9 est en effet revêtu d'une
mystérieuse signification, et, comme l'a fort
bien dévoilé Papus dans son traité du Tarot
des bohémiens, caractérise un des arcanes ma­
jeurs du Livre de Thot.
La soutenance d'une thèse avec discussion sur
tous les points de la tradition orale, thèse qui
peut consister soit dans une œuvre originale,
soit dans la traduction d'un ouvrage ésotérique
avec commentaires, complète enfin la redoutable
série des épreuves imposées aux aspirants doc­
teurs!
Gomme l'on voit, ce n’ëst point qui veut qui
peut jamais être reçu docteur ès sciences kab­
balistiques, et, pour obtenir sans coup férir ce
grade distingué, il faut vraiment faire preuve de
savoir.
Au surplus, cette institution nouvelle, qui ne
pouvait manquer de donner en notre pays un
important développement à l'étude de la Kab-

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232 LES COULISSES DE l’a U-DELA

baie et des sciences qui s’y rattachent,n'aura été,


en réalité, qucle premier jalon posé par les direc­
teurs du Groupe indépendant <Fétudes ésotéri­
ques laréalisationd’un vaste projet de toute
première importance,projet réalisé aujourd’hui,
celui de la fondation à Paris d’une Université li­
bre des hautes études occultiques^ naturellement.
Et voilà comment, parce qu’il fut certain jour,
en crainte de l’éternelle damnation, hérésiarque
et schismatique, M. Joséplun Péladan se trou­
vera avoir été l’instigateur d’une création par­
ticulièrement féconde.
Par son œuvre, en effet, savent désormais
où frapper les adeptes résolus à s’adonner à des
études dont « la division générale correspond
aux quatre lettres du nom sacré : le w d à la
Théogonie, le hé à la Cosmogonie, le vau à
YAndrogénie et le second héh la Physiogonie?»
Et c’est là, n’est-il pas vrai, une circonstance
entre toute méritoire et qui justifie bien la récente
réconciliation survenue — mettant ainsi fin à
cette épique Guerre des deux Roses dont nous
venons de nous faire le sincère historien —•
entre l’ordre de la Rose -J- Croix du Temple et
l’ordre kabbalistique de la Rose -j* Croix.
Tout est dans tout, a dit le philosophe, et
l’on n’est jamais en vain Rose -j- Croix relaps et
apostat.

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Les Albigeois de Paris

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- J 'ïxvmfy j

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L E S A L B IG E O IS D E P A R IS

Dans un précèdent chapitre (I), nous avons


raconté comment voici neuf ans passés, le monde,
avec joie, apprit un beau matin, en lisant les
Petites-Affiches fondées parRenaudot, la créa­
tion de YAristie, manifestation catholique de
l’Ordre peu orthodoxe de la« Rose -J- Croix ».
M. Péladan Joséphin étaitTArchi-Sar de l’affaire,
et il parlait ex-cathedrâ .
Devant lui, en puissance rivale, se tenaient
les « Roses -¡-Croix traditionnels » dont le Grand­
Maître était M. de Guaïta, mage valeureux et
ne redoutant pas les foudres pontificales.
Bientôt, cependant, et assurément pour que
fut justifiée cette dominante loi occulte du ter­
naire comprise par Pythagore qui en donne la
clef dans sa« Philosophie des nombres », Paris
vit renaître une troisième confrérie sentant non
moins le fagot que les deux autres, celle des
« Martinistes », disciples de ladoctrinede Claudc-
(1) Voir notre chapitre La guerre de* deux roses.

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236 LES COULISSES DE L AU-DELA

Louis de Saint-Martin, le philosophe inconnu


avec M. Papus pour chef.
Les choses n’en devaient point rester là! La
science secrète nous apprend, en effet, que le
ternaire se résout dans l’unité, d’où le quater'
naire, qui n’est rien autre chose qu’une simple
répétition de cette unité primordiale (1=4, en
mathématique théosophiquc) !...
Et c’est ainsi qu’en un temps plus récent
jouant ce rôle de quaternaire condensateur, à
la suite d’une décision solennelle du « Saint-Sy­
node Gnostique »fut décrétée la restauration delà
Gnose, hérésie condamnée par les Papes dans
les siècles disparus.
Mais, qu’est-ce que cette gnose, et qu’est ce
Saint-Synode Gnostique qui décrétait ainsi la
résurrection d’une secte religieuse ?
La Gnose,nous apprend Papus,dans son Traité
méthodique de science occulte, est l’essai de l’U­
ni vwrsi té d’Égypte cherchantà remplacerlePoly-
théisme,primitivement émané d’elle,par unenou-
vellerévélation, plusésotériqueencore dans ses
bases que le Christianisme, qui venait de naître.
En somme, les gnostiques, qui apparurent
nombreux tout d’un coup vers les débuts du
second siècle, prétendaient interpréter le véri­
table sens des Ecritures , celui-là même que
l’Eglise romaine ne sait entendre.

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LES ALBIGEOIS DE PARIS 237

L'Evangile de Jean est leur seul Evangile, et,


déclarent-ils formellement, hors de l’Apocalypse
il n'est point de Vérité.
Une doctrine semblablement subversive ne
pouvait manquer d’attirer les foudres papales.
C'est ce qui ne tarda point à arriver, et, la
question de la simonie — les gnostiques, au
contraire des catholiques romains,admettent en
toute son étendue l'égalité spirituelle de la
femme (1)— étant venue se greffer sur l'affaire,
les gnostiques furent déclarés hérésiarques et
poursuivis comme tels. Ce fut le beau temps de
la croisade des Albigeois.
Depuis, grâce aux mesures radicales prises
par le pape Innocent III, le schisme de la Gnose
avait cessé d'exister.
Sa réapparition réelle date seulement de quel
ques années,de dix ou onze au plus.
Un jeune philosophe, M. Jules Doinel (d'Or­
léans) s'avisa un jour que la Gnose était une
doctrine d’avenir. Il étudia Apollonius deTyane, ;
Simon le Mage et Valentin l'Hérésiarque, et,
au lendemain de l'Exposition de 1889, il faisait

(1) En cela, les Gnostiques se séparent des autres


écoles occultiques qui toutes considèrent la femme comme
un être inférieur indigne de recevoir l’Initiation et de
participer aux œuvres de haute magie.

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238 . LES COULISSES DE l ' a U-DELA

connaître, la revue ïInitiation lui servant de


truchement, la bonne parole au peuple.
D’après son enseignement, Je principe de la
Gnose est celui-ci : *
«L ’Absolu émane des torces divines qui sont
ses Hypostases. Ces émanations sont projetées
par couples (Sysigies) de séries décroissantes,
ce sont les Eons.
» Au commencement était le Silence , Eon
Eternel, source des Eons, l'invisible silence,
l'innommé, l'ineffable, l 'Abîme ; la langue vul­
gaire l’appelle Dieu.
» Principe et cause, infini, enveloppé de soi-
mème, il n’agissait pas. Mais dans son silence
inviolé deux « générateurs », le principe male
et le principe femelle, l’un, le mâle, illumina­
teur d'en Haut, l'autre, le femelle, illuminateur
d'en Bas, contenaient la racine,la source de
l'Etre, ou plutôt étaient eux-mêmes la racine
et la source.»
Et c'est ainsi que l'Abîme ou Buthor s'alliant
à la Pensée ou Ennoia, engendrèrent la série
des Eons dont l’assemblée complète constitue
la Plénitude , ou, pour parler le langage de
Valentin, le Plérome.
CesEons,commeil estfacilede l’imaginer, ont
leurrôleàjouerdanslemonde,etnous autres vul­
gaires mortels ne leur sommes point indifférents.

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LES ALBIGEOIS DE PARIS 239

Les hommes, en effet, nous apprend encore


M. Doinel, sont divisés en trois classes:
« Les Pneumatiques ou Gnostiques, esprits
supérieurs et initiés, qui suivent la lumière d’A-
chamoth; les Psychiques, flottant entre la lu­
mière et les ténèbres, entre Achamoth et Dé­
miurge ; les Hyliques, sujets de Satan, dont
Tàme est matérielle et qui seront anéantis ».
Achamoth, Démiurge et Satan sont trois de
nos plus sympathiques Eons parmi lesquels il
convient encore de ranger l’Eon Jésus, le ré­
dempteur des hommes,' venu sur cette terre
« par le canal immaculé de l’Eon Miriam que
nous nommons Marie ».
Cependant, ayant refondé une religion,
M. Doinel devait naturellement lui donner un
pontife souverain.
Il n’eut garde de manqueràce pieux devoir,
et, pour que la chose fût bien faite, il pria, pa­
raît-il, deux prêtres complaisants de l’ordonner
évêque suivant les rites de l’Eglise primitive
dont se réclament les purs gnostiques.
Une fois sacré Evêque, J Jules, à seule fin
d’appuyer l’autorité de son épiscopat, voulut
lui donner un siège pour reposer. Un arni con­
verti l’autorisa à exercer son apostolat sur une
terre qu’il possédait, et, depuis Jors, M. Doinel
(d’Orléans) put signer pastoralement ses écrits

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240 LES COULISSES DE L*AU-DËLA

doctrinaux : J Jules, évêque de Monségur.


Et, le plus curieux de l'affaire, c'est que c'est,
parait-il, très à bon droit que M. Doinel peut
se parer hautement du titre d'Evêque et porte
l'anneau pastoral.
En vertu, en effet, de cette admirable loi de
la liturgie chrétienne qui veut que l'acte sacer­
dotal accompli par le prêtre, même indigne,
soit aussi valable et aussi saint que celui célébré
par le ministre vertueux, le caractère imprimé
à M. Doinel par la cérémonie dont il fut l'objet
persiste; il est bien évêque, mais évêque héré­
siarque, schismatique et trois fois excommunié
comme ennemi de l'Eglise.
Tous les actuels affiliés au gnosticisme, au
reste, le sont de même pareillement, et le 14 de
mai 1891, un décret officiel de la Congrégation
de l'Index, décret promulgué par le cardinal
Mazzella, contresigné par le frère Hyacinthe
Frati de l'ordre des frères prêcheurs, et affiché
le 21 du même mois sur les murailles du Vati­
can, par les soins du signor VincenzeBenaglia
mettait à l'Index et déférait au tribunal de l'in­
quisition la revue ïinitiation coupable d'avoir
ouvert ses pages aux hérésies damnables de
l'Evêque de Monségur.
Quoi qu'il en. soit, étant Evêque, M. Doinel
avait du même coup reçu le pouvoir de conférer

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LES ALBIGEOIS DE PARIS 241
les ordres. Comme bien on pense, il s'empressa
d’en user largement, et, aujourd’huit, le monde
possède en dehors de T Valentin, Patriarche
gnostique, primat de l’Albigeois, évêque de Mon-
ségur (Valentin est le nouveau nom épiscopal
adopté par M. Jules Doinel), les dignitaires
gnostiques suivants,parmi lesquels onreinarque
une femme :
j L'Evêque de Toulouse.
j L’Evêque de Béziers.
j La Sophia de Varsovie,
j Le coadjuteur de sa Grâce le Patriarche
évêque de Milan.
j Le coadjuteur de Toulouse, évêque de Con-
corezzo.
j L'Evêque élu d'Avignon.
Tous ces évêques constituent Je T. S synode
gnostique qui a sans retard décrété, au nom du S.
Plérôme invoqué, la restauration du symbolisme
gnostique.
Que si, maintenant, vous voulez savoir en
quoi consiste ce symbolisme, en voici l'indication
telle qu'elle est donnée par les articles 2 à cinq
du décret synodial.
A rt. I L — Le Consolamentum, la Fraction
du pain , ! Appareillamentum de l'assemblée
albigeoise sont rétablis.
A rt . 1IL — Les évêques et leurs coadjuteurs
14

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242 1.ES COULISSES DE l ’ a U-DELA

peuvent seuls conférer le


A rt. IV . — T o u t pneumatique, parfait ou
sup inc peut faire la Fraction du pain.
A rt. V. — l'Appareilla ment u est le
vilège cxclusil du siège patriarcal.
Le Consolamentum consiste dans 1 imposition
des mains pour remettre les^échés ; quant à
la Fraction du pain, elle correspond à la com­
munion et YAppareillamentumà .l’ordination.
Telle est la loi nouvelle du moderne gnosti­
cisme, qui comprend aujourd’hui dix-huit
membres exactement, dont trois habitent Paris.
La province et l’étranger donnent asile aux
quinze autres.
Le nombre des adeptes est faible; il ne
peut manquer de croître rapidement cependant.
Tout d’abord, les « Martinistes » sont appelés à
devenir lesaffiliés de la Gnose. L article VII du
décret synodial les y convie du reste gracieuse­
ment comme on en peut juger par son tex te. ^
A rt. VII. — L’ordre martiniste est déclare
d’essence gnostique. Tout sup inc prend rang
dans la classe des Parfaits.
Or, quel est le supérieur inconnu qui voudrait
résister à la tentation louable iïèlYQParfait\
Et puis, comment n être pas encore séduit
par une religion qui accorde aux femmes
la possibilité de pouvoir faire graver sur leurs

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LES ALBIGEOIS DE PARIS 243

cartes de visite, à côté de leur nom, le j (tau)


symbolique et la mention de coadjutrice d’un
évêque ou celle plus haute deSopliia , le vocable
désignant les prélats du sexe faible.
M. Jules Doinel (1), pardon, j Valentin,
patriarche gnostisque, primat de l'Albigeois,
évêque de Monségur, a compris merveilleu­
sement son heure, et le succès attend les Al­
bigeois de Paris.
(1) D ep u is lo rs, M. D o in e l, h é r é s ia r q u e é v êq u e de M on sé­
g u r e st r e n tr é d a n s le g ir o n d e l ’é g lise e t a a b ju ré so n
e rr eu r.
S a d é fe c tio n u ’a du r e s te n u lle m e n t e n tr a în é la d isp a ­
r itio n d e la s e c te p a r lu i r é n o v é e . F a u te d ’u n m o in e , d it
le p r o v e rb e, l ’A b b a y e n e c h ô m e p a s, e t u n p a tr ia r c h e
d isp a r a is sa n t u n a u tr e p a tr ia r c h e su r g it. C elu i-ci r ép o n d au
nom d e S y n é s iu s , p s e u d o n y m e m y s tiq u e de M. F a b re
d es E s s a r ts , q u i, d a n s la v ie c iv ile , o c cu p e u n e m p lo i au
M in istère d e la g u e r r e .

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3 ] S o O ^ ) Aq pez!l!ß!Q

JríriS'
Les Occultistes insoupçonnés

14.

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Di J ?ed by ( j O C K ^ I .
L E S O C C U L T IS T E S IN S O U P Ç O N N É S

En un temps comme le notre où le satanisme


est à la mode ; ou dans les salons les mieux
fréquentés, les visiteuses jolies entre cinq etsept,
tout en grignotant à blanches quenottes Je san­
dwich au foie gras arrosé d’un doigt de porto
ou baigné d’une tasse de thé — avec un nuage
de crème et beaucoup de sucre — discu­
tent gravement sur les philtres propices a
inspirer l’amour et sur l’art de former les
maléfices vengeurs ; ou un romancier initie les
foules aux horreurs de la messe noire; ou un
marquis de Guaita, Kabbaliste émérite et prélat
de la gnose, dévoile les turpitudes d’un abbé
goëtien ; ou, nouveaux raffinés, des mages Pa­
risiens fréquentent le bois de Boulogne pour
s’v couper la gorgr‘ ; enun temps, disons-nous,
où le vent est si bien orienté aux choses de
rOcculte que pour faire son chemin dans le
monde, rien ne vaut comme de pouvoir, chiro­
mancien avisé, démontrer aux femmes qu’elles

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zïsaaærj

248 LES COULISSES DE i/AU-DELA

possèdent en leurs mains blanches et me­


nues toutes sortes de lignes heureuses, ou
encore de savoir avec grâce, armé d’un tarot
de Marseille, leur faire « le grand jeu, » l’on
ne saurait trop s’étonner de voir à juste titre
ranger parmi les adeptes des connaissances
secrètes certaines personnalités connues pour
de tous autres mérites.
Et celles -ci sont moins rares que l’on pourrait
le supposer.
Pour s’en convaincre, au surplus, il n’est
qu’à lire en ouvrant les yeux les écrivains de
notre époque.
Ainsi avons-nous fait et c’est de la sorte que
nous nous trouvons conduits à signaler deux
initiés insoupçonnés, malgré leur science réelle
dont ils ne firent jamais mystère, aux lecteurs
curieux.

GUY DE MAUPASSANT

Si l’on s’en rapporte aux: racontars courants,


la folie.de ce malheureux Guy de Maupassant
dont l’esprit, comme l’on sait, succomba si pé­
niblement avant le corps, daterait de l’époque
encore peu éloignée où l’auteur de Bel

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 249
ami écrivait Le H or la, cette curieuse nouvelle
dans laquelle il s’est plu à retracer les angois­
ses croissantes d’un malheureux halluciné que
torture un être immatériel et invisible.
Cette présomption, pour vraisemblable qu’elle
puisse paraître à un premier examen, est assu­
rément inexacte. En dépit de son sujet, jamais,
en effet, Le Ilorla n’a été une conception de
dément, et c’est en somme bien mal connaître
l’écrivain que fut Guy de Maupassant que de
le croire.
Le Horla est une histoire magique inspirée
parles plus pures données de la science secrète,
et M. de Maupassant en l’écrivant a tout bonne­
ment fait œuvre à’Initié.
La chose est facile à démontrer, de reste.
Comme beaucoup d’artistes d’à présent, Guy
de Maupassant s’était depuis longtemps laissé
séduire par le charme des troublants mystères
de l ’au-delà, et cette préoccupation particu­
lière, qui lui a inspiré de nombreuses nouvel­
les, — il n’est pas un de ses livres où l’on ne
puisse trouver au moins un récit consacré à
l’étude de quelque étrange problème de l’occul­
tisme, — constitue justement l’un des caractères
les plus curieux de ses ouvrages.
En son œuvre, en effet, le merveilleux est
étudié sous des formes multiples, et avec Une

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2 ?i0 LES COULISSES DE l ’a U-DÊl A

compétence toute particulière. Mais, ce qui


p issionna principalement Guy de Maupassant,
ce furent les manifestations fantômales.
Il croyait aux hantises et aux esprits, et, les
simples coïncidences, suivant lui, ne pouvaient
suffire a expliquer toutes choses:

Sait-on ?T out ce qui nous entoure, tout ce que


nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frô­
lons sans le reconnaître, tout ce que nous touchons
sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans
le distinguer, avons-nous sur nos organes, et par
eu x, sur nos idées, sur notre cœur lu i-m èm e, des
effets rapides, surprenants et inexplicables.
Gomme il est profond le m ystère de l’in visib le ?

Ces quelques lignes empruntées aux toutes


premières pages du Horla notent assez fidèle­
ment sa façon de comprendre les phénomènes
de l’occulte. Au surplus, c’est en véritable éru­
dit en la matière qu’il décrit les manifestations
àe&invisibles>el ses récits sont toujours scrupu­
leusement concordants avec les théories de la
science secrète. Voyez, par exemple, cette nou­
velle intitulée la Peur et qui fut publiée dans Les
Contes de la bécasse. Il s’agit d’un garde fores­
tier qui a tué un homme et qui, le jour anniver­
saire de son meurtre,attend dans une épouvante
poignanterapparition du fantôme de sa victime,

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LE» OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 251

« L e v o i l à ! le v o ilà ! J e l ’e n l e n d s » s ' é c r i e le
garde. L es deux, fe m m e s r eto m b è r en t à genoux
d a n s l e u r c o i n , e n s e c a c h a n t le v is a g e ; e t le s f ils
reprirleur t n e h a c h e . J ’a l l a i s te n te r e n c o re d e le s
a p a i s e r , q u a n d le c h i e n e n d o r m i s é v e i l l a b ru sq u e­
m e n t e t, le v a n t sa tè te , te n d a n t le cou, regardant
v e r s le fe u d e s o n o ÿ l p r e s q u e é t e i n t , il p o u ssa u n
de ces lu g u b r e s h u r le m e n ts q u i fo n t t r e s s a illir le s
voyageu rs, le so ir , d a n s la c a m p a g n e . T o u s le s
y e u x se p o r tè r e n t su r lu i ; il r e s ta it m a in te n a n t
im m o b ile , d r e s s é s u r s e s p a tte s c o m m e h a n t é d ’u n e
v i s i o n , e t il s e r e m i t à h u r le r v e r s q u e lq u e ch o se
d ’i n v i s i b l e , d ’i n c o n n u , d ’a f f r e u x , s a n s d o u te, car
t o u t s o n p o i l s e h é r i s s a i t . L e g a r d e , liv id e ,^ s ’é c r ia :
« Il l e s e n t ! il le s e n t ! Il é t a it là q u a n d j e 1 a i t u é . »
E l le s fe m m e s , é g a r é e s , se m ir e n t to u te s le s d e u x à
h u r l e r a v e c le c h i e n , »

Le fantôme du mort que personne ne voit,


mais dont tous les acteurs de la scène devi­
nent la présence réelle auprès d’eux, est observe
pareillement par le chien du garde. L animal
est terrorisé et son poil se hérisse.
• Au premier abord, l’on pourrait croire que
ce dernier détail a été inspiré par le seul désir
de dramatiser le récit. En réalité, il n en e6t
rien ; la crainte profonde de la bète est con­
forme à la tradition. Le grand naturaliste an­
glais Russel Wallace, dans des Etudes sur les
apparitions, études qui ont été traduites et re­

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252 LES COULISSES DE l ’a U-DELA

produites dans les Annales des sciences


psychiques, rapporte un certain nombre de cas
analogues où des animaux, des chiens no­
tamment, sont semblablement rendus fous de
peur par la venue de spectres invisibles. Dans
le récit du docteur Justinus Kerner sur la
Voyante de Prévost, écrit M. Russel Wallace,
il est question d’une apparition qu’elle vit du­
rant toute une année, et, aussi souvent que
l’esprit paraissait, un terrier noir, dans la mai­
son, semblait sentir sa présence. Aussitôt que
la figure était perceptible à la Voyante, le chien
accourait auprès de quelqu’un comme pour
demander protection, et souvent en hurlant
très fort. Depuis le jou r où ilia vit , il ne vou­
lut plus rester seul la nuit. Remarquez qu’ici
la figure n’est vue que par une seule personne,
la Voyante. Donc, cette circonstance n’est pas
une preuve de la subjectivité de l’apparition.
Dans Sur Veau> une des nouvelles de La
maison Tellier,\& peur mystérieuse qu’éprouve
le héros .de l’aventure, un pêcheur qui passe
malencontreusement la nuit dans son canot,
sur la rivière, s’explique tout naturellement si
l’on tient compte des enseignements de l’occul­
tisme. C’est en effet un cadavre alourdi par
une pierre qui retient au fond ^le l’eau l’ancre
pu bateau. Le corps fluidique du noyé flottan
t

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 253

dans Fatmosphère voisine du corps matériel


récemment abandonné n'est-il pas suffisant
pour exercer une influence malsaine ?
Au surplus, Guy de Maupassant ne s'en tient
pas à l’étude de ces simples manifestations fan-
tômales subjectives; parfois encore, les appa­
ritions sont plus complètes et il y a matériali­
sation progressive de l'être invisible. Voyez La
Chevelure, — dans le volume Toine — cette
étrange nouvelle dans laquelle l’écrivain nous
montre un sujet atteint de nécrophilie.
Le héros de l'aventure a, dans un vieux meu­
ble, trouvé une chevelure de femme. Cette dé­
pouille autour de laquelle est demeuré quelque
chose de l'être invisible (1) — astral , disent
les occultistes, — de la morte, exerce sur son
possesseur une attraction singulière et c'est
avec une volupté réelle qu’il recherche son con­
tact : « Elle— la chevelure — me coulait sur
les doigts, me chatouillait la peau d'une caresse
singulière, d'une caresse de morte ». Puis, la
(1) A p rès le sa n g , to u s le s g r im o ir e s d e s o r c e lle r ie s o n t
u n a n im e m e n t d ’a c co r d à le c o n sta te r , il n ’e st r ie n qui
m ie u x q u e le s c h e v eu x c o n se r v e a u ssi lo n g te m p s u n e p a rt
de la p o te n tia lité v ita le de l ’è tr c a u q u e l ils a p p a r tin r e n t.
Et c ’e s t a in si q u e, à d é fa u t d e s a n g , le s e n v o ù tc u r s du
m o y e n â g e a v a ie n t g r a n d s o in d ’a p p liq u e r à leu rs s ta -
t u e it e s de cire d os c h e v e u x d é r o b e s A le u r fu tu re v ic ­
tim e .
lu

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¿54 LES COULISSES DE l ’à U-DELà

possession se parfait, les particules désagré­


gées du fantôme se rapprochent ; celui-ci prend
corps, restant d’abord -invisible; mâis bientôt
il s’objective réellement et devient succube.
« Les morts reviennent! Elle est venue. Oui,
je l’ai vue, je l’ai tenue, je l’ai eue, telle qu’elle
était vivante autrefois, grande, blonde, grasse,
les seins froids, la hanche en forme de lyre ;
et j’ai parcouru de mes caresses cette ligne on­
dulante et divine qui va de la gorge aux pieds
en suivant toutes les courbes de la chair.
« Oui, je l’ai eue, tous les jours, toutes les
nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle
Morte, l’Adorable, la Mystérieuse, l’Inconnue,
toutes les nuits ».
Mais, c’est dans le Horla que cette étude des
manifestations objectives des spectres a été le
plus poussée par Guy de Maupassant. Ici le
fantôme est d’espèce dangereuse et exerce une
influence néfaste ; c’est un èlémental> c’est-à-
dire un de ces êtres formant l ’atmosphère vi­
vante des invisibles qui entourent immédiate­
ment la terre. Cet élémental, du reste, n’a gar­
de de manquer à sa mission malfaisante. Véri­
table vampire, il harcèle sa victime et l’étreint
de ses terrifiantes caresses.
Je »en» bien que je su is couché et que je dors...

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 255
J e le s e n s e t j e l e s a i s . . . e t j e sen s a u ssi q u e q u e l­
q u ’u n s ’a p p r o c h e d e m o i, m e regarde, me p a lp e ,
m o n te su r m o n lit, s ’a g e n o u i l l e s u r ma p o itr in e ,
m e p r e n d le c o u e n t r e s e s m a i n s e t s e n ve . . . s e r r e .. .
de t o u t e s a f o r c e p o u r m ’é t r a n g le r .
M o i, j e m e d é b a t s , lié p a r c e t t e i m p u i s s a n c e a t r o c e
q u i v o u s p a r a ly s e dans le s s o n g e s ; j e v e u x c r ie r ,
j e n e p e u x p a s , —" je v e u x r e m u e r , j e ne peu x p as,
— j ’e s s a y e , avec d es e f fo r t s a ffr e u x en h a le ta n t
d e m e t o u r n e r , d e r e j e t e r c e t ê t r e q u i m ’é c r a s e e t q u i-
m ’é t o u f f e , je ne peux pas !
E t s o u d a i n , j e m ’é v e i l l e , a f f o l é , c o u v e r t d e s u e u r .
J ’a l l u m e u n e b o u g ie . J e s u is se u l.

Bientôt, cependant, l’être invisible poursuit


sa tâche de maléfices et précise sa réalité. Il
boit de Peau et du lait, il brise la vaisselle dans
jes armoires, et, en plein jour, il arrache aux
rosiers des fleurs qu’il emporte en les rendant
comme lui invisibles pour nos yeux de mortels.
Puis, il s’empare de la volonté de sa victime,
la suggestionne à sa guise et la terrorise impi­
toyablement.
Rien de plus terrible n’existe dans les vieux
grimoires de sorcellerie et de démonialité.
Guy de Maupassant, au surplus, semble
avoir avec une passion toute particulière étu­
dié les théories magiques de ces sortes de ma-
%nifestations. Dans la jï/a//2,unc de ses plus eu-

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286 LES COULISSES DE L*à U-DELÀ

rieuses nouvelles, il racontelecas étrange d’un


homme étranglé par une main morte et
dont seul un fantôme a pu venir animer le sque­
lette. Ailleurs, c’est la possession dont il défi­
nit les allures : ' ’

Quelle singulière chose que la tentation !


On regarde un objet, et, peu à peu, il vous séduit,
vous trouble, vous envahit com m e ferait un visage de
fem m e. Son charm e entre en vous, charm e étrange
qui vient de sa forme, de sa couleur de sa p h y ­
sionom ie de chose ; et on l’aim e déjà, on le désire,
on le veut. Un besoin de possession vous gagn e, be­
soin doux d'abord, comme tim ide, mais qui s ’ac­
croît, devient violent,irrésistible. (La chevelure.)

Et cette possession, véritable envoûtement


de l’àme, est dominatrice impitoyablement et
conduit même au crime celui qui en est la vic­
time :

La tentation ! La tentation, elle est entrée en moi


comme un verqu i rampe. Elle ram pe, elle va ; elle
se prom ène dans mon corps entier, dans mon esprit
qui ne pense plus qu’à ceci : tuer; dans m es yeu x,
qui* ont besoin de regarder du sang, de voir mourir;
dans mes oreilles,où passe sans cesse quelque chose
d’inconnu, d’horrible, de déchirant et d ’affolant,
comme le d e r n i e r cri d ’u n être ; d a n s m es j a m b e s ,
où f r is o n n e le désir d’aller, d’aller à l’endroit où la

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 257
chose aura lieu ; dans m es m ains qui frém issent du
besoin de tuer. Comme cela doit être bon, rare, digne
d ’un hom m e libre, au-dessus des autres, maître de
son cœur et qui cherche des sensations raffinées !
(AL Parent. Un fou).

Le hasard ni le merveilleux n’existent, di­


sent volontiers les occultistes modernes, et le
surnaturel n’est rien autre chose que ce dont
nous ignorons la cause prochaine.
Guy de Maupassant, sans aucun conteste, par­
tageait de telles façons de voir ! Et c’est pour­
quoi il n’était peut-être pas sans intérêt de mon­
trer par un rapide examen de ses ouvrages qu’il
fut très réellement un zélé partisan des doc­
trines occultiques, et un partisan sérieusement
instruit, encore qu’il ne s’en soit jamais expli­
qué nettement.

Il

M. ÉDOUARD DRUMONT

t Un cas bien curieux à relever, à l’heure


présente, c’est, sans contredit, celui de l’un des
écrivains les plus connus de ce temps, de M.
Edouard Drumont, l’auteur de la France ju ive ,
de la Dernière bataille et le directeur de La
Libre Parole.

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258 LES COULISSES DE i f AU-DELA

M. Drumont, à coup sûr,est une des person­


nalités littéraires intéressantes de notre époque.
A la fois croyant et sceptique, — sceptique
vis-à-vis des hommes et de leurs actes, — ca­
tholique pratiquant, mais pratiquant à la façon
des anciens chevaliers qui ne dédaignaient
point d'échanger des coups dç rapière ad ma -
Jorem Dci r/loriam d’ailleurs, et non suivant le
mode un peu momier que plus volontiers de
nos jours recommande l’Eglise, d'une bravoure
'parfaite, du reste, — il l’a amplement prouvé
par la manière dont il s’est jeté dans la mêlée,,
ne s’occupant pas si ses derrières étaient sauvés,
et, en vrai fils des Gaules, marchant droit de
l’avant, — homme d’action pardessus tout, en
dépit de ses allures régulièrement pacifiques
de l’homme de lettres, il est aussi, et ceci com­
plète bien son portrait, un convaincu des études
maudites.
Très sincèrement, encore qu’avec quelques
réticences, il'en fait l’aveu.
« J’ai assisté à une expérience de ce genre,
comme p a r hasard, car les confesseurs recomr
mandent d'éviter ces sortes de séances » (1),
dit-il dans son livre, la Dernière bataille,
en parlant d’un fait de lévitation survenu au
cours d’une séance spirite.
(1) Ed. Drumont, la Dernière B ataille. p. 510.

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 259

Ce comme pa r hasard apparaît, en vérité,


comme une sorte d'acte de contrition. Ne démon­
tre-t-il pas, en effet, que, M. Drumont, bon
chrétien cependant, et chrétien avant tout,
même, bien que les prêtres recommandent de
ne pas s'occuper de ces études qu'ils ne con­
damnent pas absolument, mais qu'ils sont en
revanche fort tentés d'anathématiser, a été
vaincu et conquis par leurs attraits puissants?
Et, de fait, en d’autres nombreux passages
de ses livres, M. Drumont se montre occultiste
convaincu.
Non seulement il est spirite, mais aussi chi­
romancien, graphologue, astrologue peut-être ;
il admet la science des anciens sorciers, celle
des magiciens, et il croit aux hantises.
Une courte excursion à travers la Dernière
bataille nous en va fournir la preuve aussi
complète que possible (1).
C'est d'abord comme chiromancien, et comme
chiromancien singulièrement érudit,— ne cite-
t-il pas en note un passage des Physiognomica
et chiromantica speciala de Rodolphe Gogle-

( I ) L a m ô m e p r é o c u p a lio n d es c h o s e s d e l'o c c u lte se


r e tr o u v e du r e s te s e m b la b le m e n t d a n s s e s a u tr e s o u ­
v ra g es. L ire à ce propos la France juive , n o ta m ­
m e n t.

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260 LES COULISSES DE l ’ à U-DELà

nius,— qu'àl’occasiondu général Boulanger(l),


M. Drumont se dévoile comme un « a d e p t e ».
« En regardant la, main d'hommes très diffé­
rents, la main d'Alexandre Dumas, d’Edison,
d'Albert de Mun, d’Alphonse Daudet, j ’u re­
trouvé la ligne du soleil, la ligne des nobles
curiosités pour tout ce qui touche à la Nature
ou à l'Homme, la ligne de lumière et de gloire
qui n’existe pas dans d'autres mains. Certains
-individus, créés pour vivre d'une vie grisâtre,
monotone et végétative, n’ont pas de satur­
nienne, pas de ligne de destinée. Il est facile de
contrôler ces observations ; ce qui prouve que
Fétude de la main est unescience très positive ,
très expérimentale, reposant sur des données
plus exactes que beaucoup d'autres sciences (2).
Un tel langage, en vérité n'est pas d’un sim­
ple amateur. Est-ce encore un amateur qui eût
été obsédé, — c'est le terme môme qu'emploie
M. Drumont, — par le souvenir d'une honnête
maison bourgoise, — « une maison très con­
venable, sans être luxueuse, où l’on ne recevait
pas de locataires suspects et, où il était défendu
de faire du bruit »(3), — et où, durant l'espace
* (1) Voir plus loin notre chapitre Chiromanciens et
astrologues p. 271.
(2) Ed. Drumont, la Dernière bataille p.460.
(3) Ed. Drumont, la Dernière bataille , p. 212.

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 261

de quelques années, des faits tragiques de toutes


natures se sont hâtivement suecédés ? Plusieurs
cas de folie, trois infanticides, des suicides, des
viols, des accidents divers, des jeunes filles
mises à mal par des bourgeois sans ^scrupules
qui les jetaient ensuite dehors une fois qu'elles
étaient grosses de leurs œuvres, un concierge
ignoble dont la seule joie était de « dire des
saletés aux petites de la maison » et à qui « les
pères venaient donner des coups », tel est le
bilan passablement sinistre de l'existence d'un
immeuble durant quelques années, bilan que
n'eût certes pas songé à dresser, avec une sem­
blable idée des influences fatales de l'au-delà, un
observateur ordinaire et non quelque peu initié.
Où celui-ci n'aurait vu que des coïncidences cu­
rieuses, sans doute, mais enfin sans autre intérêt,
M. Drumont a deviné des circonstances cachées
et qui, inexorablement, s'appesantissaient sur
toutes ces destinées.
Est-ce encore d'un amateur quelconque, ou
d'un véritable occultiste, ce langage qu'il rap­
porte avoir tenu, sur la simple vue d'une lettre
et d’un portrait, à une dame amie proche de
convoler en de justes noces? « N’épousez pas,
lui dis-je ; c'est an vénus iaque noir de la plus
dangereuse espèce et récriture est celle d'un
empoisonneur. Si vous ne vous en rapportez pas
15.

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xr r

262 les
" d4e l ’a u - d e l a
c o u l is s e s

à moi, je vous ferai faire un horoscope complet.


Je connais dans un faubourg de Paris une
femme qui est marquée du signe des pytho~
nisses et qui dit tout. J'ai pour ami aussi9 au
fond dune province , un vieux magicien qui
en sait plus long que Merlin Venchanteur \ à
force do vivre dans les bois, il ressemble à un
moneur do loups ; niais quand il s'agit d'obliger
ceux que j'aime, il vient lui même à Paris pour
examiner les types et fixer les points » (i).
Mais, on vérité, il n y a pas à diro contre, si
M. Drumont, vivant voici tantôt deux ou trois
siècles, se fût alors avisé d'écrire en un ouvrage
unau passage semblable, il so iùt fort exposé
agot et eût. bien pu, tout comme les sorcières
convaincues de s'etre rendues au sabbat démo­
niaque, aller sur le bûcher, vêtu de la simple
cbemiso soufrée, brûlera petit fou, en digne
martyr de la science maudite.
Notre époque, très sceptique et à la fois très
encjino h croire au merveilleux, — peut-être
parce que la majeure partie des hommes, ne
sachant se passer de croyances, ne trouvent pas
dans les légendes religieuses une matière suffi­
sante àleurs appétits crédules,— e&f assez ten-
'dre pour quiconque a des rapports plusoumoins
avoués avec les puissances mystérieuses.
(1) Edouard Drumont. la Dernière bataille p. 248.

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 2*13

Pourquoi, au reste, de leur vivant, crémerait-


on les nécromants? Les pratiques de la sor
cellerie de jadis, mais ne sont-elles point, à
l'heure présente, devenues celles de la science
officielle !
« En réalité il ji’y a que lecostume de modifié.
Prenez les vieux livres de sorcellerie, et vous
y verrez la description de toutes les opérations
auxquelles se livrent nos hypnotiseurs en vogue.
Le sabbat ne se tient plus dans la lande, il a
lieu dans des salles officielles ; mais on y repro­
duit toute tamise en scène, on y retrouve
tout le personnel du sabbat ; des femmes aux­
quelles on persuade qu’elles sont changées en
chattes et qui miaulent, d’autres auxquelles on
suggère d’embrasser leur voisin, des convul­
sionnaires, des frénétiques, des insensibilisées,
toutes les passes, toutes les incantations, tous
les procédés des magiciens du passé » (1).
Le tableau est assez exact, et, comme M. Dru-
mont, on peut croire qu’en pareille matière
nous ferons plus d’un pas vers l’autrefois.
« Nous en reviendrons tout simplement aux
procès de sorcellerie ; on a eu bien tort , vous
le constatez, de rire des savants vénérables
qui ont éçrit des in-folios entiers sur les moyens
de vhasser les mauvais esprits ; on sera con-
( i ) Edouard Drumont, ta Dernière bataifle p. 508.

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264 LES COULISSES DE L’AU-DELA

tm t quelque jo u r de retrouver ces volumes


trop vite oubliés, et Von sera d'accord p o u r
TROUVER q u ’ il Y AVAIT DE BONNES CHOSES LA-DE
dans » ( 1 ) . Mais, est-il besoin de le faire remar­
quer, nous y sommes revenus, et en plein, aux
fameux procès de sorcellerie des temps moyen
nageux! '
Tout au plus, manque-t-il la torture ! Quand
au reste, tout y est. N’avons-nous pas vu à l’oc­
casion, en effet, un avocat faire acquitter
son client par le jury, en dépit que le crime
eût été constaté, qu’il fût avoué ipême par l’ac­
cusé, uniquement sur cette raison que le cou-
pable avait cédé à des suggestions dont il ri était
point le maîtret *
N’est-ce pas là tout simplement une sorte
d’adaptation au droit criminel de la théorie de
s’envoûtement? Pourquoi alors s’étonnerait-on
li un jury, si un tribunal acceptent la possibi­
lité de pareilles actions magiques, qu’un' sim­
ple écrivain leur accorde sa confiance?
Au surplus, M. Edouard Drumont me parle
pas à la légère : Experto crede Roberto9 peut-
il dire; et il a observé de par lui-même des
phénomènes ! *
Ainsi, chacun de ses amis, à l’heurefatale

( 1 ) Edouard Drumont, La Dernière bataille p. $12.

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LES OCCULTISTES INSOUPÇONNÉS 2CS

des séparations terrestres, lui envoie un mes­


sage extra postal. Voyez, du reste, comme il en
parle lui même:« Le soir je revis mon ami.
Son visage exprimait une sérénité presque jo­
y e u s e ;^ le quittai vers minuit, et, une heure
après, j entendis trois coups espacés frappés
dans ma muraille. Tous ceux qui m'ont aimé
à quelque distance qu'ils soient de moi, me
font ainsi leurs adieux en pointant pour le
grand voyage : cest *un bruit particulier et
qui ne ressemble à aucun autre; il a je ne
sais quoi de solennel sans être effrayant et fait
vibrer quelque chose en moi ,j e ne m'y trompe
jam ais etje me dis; Je vais apprendre la nou­
velle d'une mort demain » (i).
M. Edouart Drumont est un spirite, et il a vu
voler au plafond des guéridons sollicités durant
quelques minutes par les mains d’une concierge.
Aussi croit-il. et croit-il fermement, aux ma­
nifestations des esprits, comme du reste il
croit à l’église. « La vérité est que nous som­
mes enveloppés de mystères, que nous vivons
dans le mystère, que nous sommes nous mêmes
un mystère, un miracle de tous les instants, une
énigme incompréhensible pour celui qui n'ac­
cepte pas les enseignements de l’Église.

(i) Edouard Drumond, La dernière bataille, p. 264.

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266 LE» COULISSES DE l ’à ü -DELA.

(( La vérité, comme le dijCartyle, « c'est que.


c’est «ne pauvre science que celle qui voudrait
nous cacher la grande, profonde, sacrée infi­
nitude de la conscience, où nous ne pouvons
pénétrer, sur laquelle toute science flotto
comme une pure pellicule superficielle ».
De telles paroles sont d’ailleurs exactes ; il est
tr$s vrai que notre science est pleine d’iuconnu,
que nos connaissances sont incertaines' et que
la négation de parti prié de tout ce que nous
ignorons ne prouve nullement, la non-existence
des faits dont nous ne savons pas la cause pro­
chaine.
Que sais-je? disait jadis Montaigne. *
Que notre devise moderne ait pour formule
scientifique : P e u t - Ê t r e !

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Chiromanciens et Astrologues

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CHIROMANCIENS ET ASTROLOGUES

Ce n’est pas seulement dans les petites choses


queles innombrableseroyants au mystère recou­
rent aux talents des devins. Si, plus souvent
qu’à son tour, l’innocente ouvrière — et aussi
beaucoup de belles madames — se rend chez
la somnambule pour interroger— par le marc
de café, le blanc d’œuf, les lignes de la main ou
le tarot de Marseille— sur l’issue certaine de
ses amours, lesgensgraves, eux aussi, ne dédai­
gnent pas, dansles circonstances sérieuses,quand
se posent des problèmes considérables passion­
nant à bon droit l’opinion publique de tout un
. pays, si non du monde entier, de demander aux
« sorciers » des lumières sur l’avenir.
A des reprises différentes, en ces dernières
années, nous en avons eu des exemples inté­
ressants, si bien que, sans rappeler les consul­
tations si curieuses d’une somnambule profes­
sionnelle aujourd’hui disparue, Mme Auffinger,
à l’occasion de divers procès célèbres — affaire

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270 LES COULISSES DE l ’ a U -D E L à

Lecoq de Boishaudran en J869, et, plus récem­


ment, les affaires Gouffé et Anastay — nous
v croyons devoir insister ici sur les prédictions
• faites à quelques années d’intervalle, à propos de
deuxhommes qui aurontl’un etl’autre, quoiqu’à
des titres bien différents, joué un rôle considé­
rable dans la vie de notre pays.
11 s’agit du général Boulanger, dont deux chi­
romanciens distingués, M. Edouard Drumont
et M. A Bué entrevirent à plusieurs années de
distance la destinée, et de Dreyfus à propos du­
quel un astrologue anglais a publié naguère
une fort curieuse étude très propre à fixer l'at­
tention.
I

LA MAIN DU GÉNÉRAL BOULANGER

D’une façon générale, en dehors des « adeptes»


et de certaines gens crédules, la chiromancie
ne passe point pour une science en laquelle if
convient d’accorder grande créance.
Une telle opinion, pour particulièrement saine
qu’elle puisse paraître à un premier examen,
ne laisse pas, cependant, d’être peut-être exa­
gérée. Au moins, peut-on émettre avec quelque
apparence de raison un semblable avis quand l’on
considère lès circonstances, encore présentes à

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CHIROMANCIENS E T ASTROLO GUES 271
la mémoire, malgré Je temps écoulé, de la fin
entre toutes lamentable du général Boulanger.
C’est que, en effet, plusieurs années avant son
heure, le sort si tragique du général fut indiqué
de façon positive en certains horoscopes éta­
blis par des chiromanciens érudits.
Tous les gens un peu au courant des choses de
l'occultisme savent que M. Edouard Drumont
est un adepte initié (1). Certains de ses livres sont .
bourrés de notes hermétiques, et dans la Der-
nièrebataille (2 ),notamment, onenrencontre à
chaque feuillet presque.
Or, à la page f62 de ce dernier volume,
M. Edouard Drumont, qui est un chiromancien,
et même un chiromancien particulièrement avi­
sé, après quelques remarques ayant pour objet
d-'étahlir que la chiromancie est une connaissance
vraiment positive, écrit à propos de la ma’.n
du générai Boulanger dont personne, au temps
où parut son livre, ne songeait h prévoir la
•lamentable fin :
«La ligne de tête très courte s’arrête t o u s
Saturne, ce qui est signe de fatalité ; elle est
(4) Voir à ce propos notre chapitre « Les Occultistes
insoupçonnés »>.
(2) La publication de La Dernière bataille , un vol.
in-48, chez l’éditeur Dentu, remonte à 4890. Elle est
donc bien antérieure à la mort du général Boulanger.

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272 LES COULISSES DE L A U -D E LA

terminée en fourche, ce qui veut dire dissimu­


lation, fourberie. La ligne de vie briséeindique
que le général mourra vers 58 ans de mort vio­
lente, probablement d’un coup de couteau ou de
poignard ».
On avouera qu’à bien peu de chose près la pré­
diction de M. Edouard Drumont s’est pleinement
réalisée, et que l’écrivain initié a cette fois donné
• belle occasion aux fervents des sciences mys­
térieuses de vanter la sûreté et la valeur de leurs
études divinatoires.
Mais ce ri’est pas tout encore !
M. Drumont n’a pas été le seul occultiste qui
ait étudié les signes de fatalité du général Bou­
langer.
Au début de l’année 1889 parut à Paris, sous
la signature d’un ancien officier de l’armée, M. A,
Bué, une très curieuse brochure éditée chez E.
Dentu sous le titre suivant: La main du général
Boulanger, sa prédestination ; avec portrait ,
figures kabbalistiques et tableau synoptique de
l'horoscope ±— préface de Théodore Cahu(Théo-
Critt), dans laquelle l’auteur examine en détail
et suivant la plus sévère méthode occulte les
signes divers inscrivant dansla main du géné­
ral sa destinée.
Cette fois, il est bon dele dire de suite, le
devin a été moins bien éclairé en ce qui con-

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CHIROMANCIENS et astrologues 273
ccrno au moins l’époque probable de la mort et
sa nature tragique. -
Il n’empêche cependant que M. A. Bué a fait
des constatations intéressantes et qui se sont „
plus ou moins réalisées par la suite.
Ainsi, à la page 20 de son opuscule, dans un
paragraphe où il étudie les signes de la main
et les influences astrales diverses « au point de
vue du tempérament » du général, il écrit ces
lignes vraiment curieuses, si non même réelle­
ment prophétiques, quand l’on songe qu’elles
ont précédé de quelques mois Je fameux duel
Boulanger-Floq ue t.
« Le taureau, signe zodiacal sous lequel
est placé votre nativité (29 avril, 10e du tau­
reau), assure une immunité particulière aux or­
ganes de la gorge et des poumons et les met à
fa b ri de tout accident mortel par suite de l’in­
fluence spéciale que les anciens attribuaient à
ce signe».
A deux reprises, cependant, et bien qu’il
prédise réellement au général une vie proion- _
gée avec des avatars divers, M. A. Bué a entre­
vu sa fin tragique.
Page 32, dans ses pronostics annuels pour
l’année 1891, nous voyons, en effet, la prédic­
tion suivante:
«L ’année 1891, sous Tinfluence de la lune*

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274 : v LES COULISSES DE l ’ a U -D E LA

est encore une année de luttes, de péripéties, de


déplacements, d’agitations, de dangers, de
mouvements populaires. '
» Votre route sera semée de défections et de
trahisons ; des amis de la veille deviendront
vos ennemis et vous susciteront de graves em­
barras.
» Vous courrez de sérieux dangers provenant
d’ennemis occultes et cachés.
» L'arcane XII (lettre L, nombre 30) qui
symbolise le Sacrifice , vous dit: « Dévoue-toi,
mais n'attends guère qu'ingratitude de la part
des hommes ! Tiens ton âme toujours prête à
rendre des comptes à l'éternel, car une mort
imprévue et violente dresse ses pièges sur ton
chemin. » .
Cette fois, il n'y a pas à dire, la prédiction
est formelle et exacte de date.
Mais, voyons les autres signes tragiques rele­
vés par notre devin. '
C'est dans la traduction hiéroglyphique des
lettres du nom que M. A. Bué a trouvé ces
autres indices fatals. .
Certaines des lettres composant le nom du
général sont, en effet, d'une signification lamen­
table.
Voyez l’O, par exemple.
Son symbolisme hiéroglyphique est une tour

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CHIROMANCIENS ET ASTROLOGUES 275
dont les créneaux sont brisés parle feu du ciel.
De cette tour, un homme couronné et un
autre sans couronne sont *précipités de sa hau­
teur avec les débris de l’écroulement, a C’est le
« symbole, — écrit M.Bué, p. 46, — du con-
« Ait des forces perdues, des rivalités qui
« n’aboutissent de part et d’autre qu’à des
« ruines, des projets stérilisés, des espérances
« qui avortent, des ambitions foudroyées, des
« pouvoirs qui s’écroulent, des morts par catas-
« trop7ies,des dangers de toutes sortes. »
Dans ces quelques lignes, toute l’odyssée
boulangisten’est-elle pas contenue?
Et maintenant, toujours d’après notre auteur,
voyez le sens non moins terrible de la lettre L,
dont la représentation hiéroglyphique sur les
lames du Tarot est un homme pendu par un
pied aune potence qui repose sur deux arbres
ayant chacun six branches coupées. « C’est le
symbole de la mort violente par un funeste acci­
dent ou pour l’expiation d’un crime; c’est aussi
1§ sacrifice volontaire de la vie par un héroïque
dévouement à la vertu et à la justice ». (page 47
de la brochure).
Que dire de ces multiples coïncidences?
On ne saurait en contester la réalité, et la
diversité de leurs sources leur donne un carac­
tère particulièrement curieux.

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276 LES COULISSES D E L >A U -D E L A

Et c’est pourquoi il n’est point sans interet


d’en rappeller ici le souvenir!

II

l ’h o r o s c o p e DE ÙREYFUS

Avec ses cotés mystérieux et romanesques,


l’affaire Dreyfus, tout naturellement, ne pouvait
manquer de passionner vivement le monde des
occultistes.
Ainsi en fut-il.Cartomanciennes, spirites, pro-
pliétesses, graphologues, somnambules ultralu-
cides et autres devins,à l’envie, se mirent à l’œu­
vre et donnèrent, suivant leurs inspirations et
leur savoir.., des consultations contradictoires.
Pour la dignité même de la science secrète,
il importait de tirer sérieusement les choses au
clair!
Mais où trouver le magiste capable d’accomplir
une telle besogne ? Les adeptes modernes, pour
la grande majorité, sontdesspéculatifs, et, qu’ils
soient martinistes, kabbalistes' ou gnostiques,
se contentent communément dephilosopher, dé­
daignant l’étude des pratiques de la magie céré­
monielle, étude indispensable pourtant à qui
veut devenir maître des puissances occultes et
obtenir la connaissance de l’avenir.
Seuls, les astrologues, qui sont les mathéma-

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CiüROMANCIENS Et ASTROLOGUES 277
liciens de l’astral, dans les circonstances pré­
sentes pouvaient apporter cet élément de pré­
cision manquant aux premiers oracles. Par
infortune, en notre France, où de multiples ob­
servatoires abritent de nombreux astronomes,
les astrologues sont rares, si rares qu’en dépit
de l’existence du maître Ely-Star il fallut passer
la merpour rencontrer un initié de haute science
en état de prédire sans défaillance l’issue défi­
nitive des évènements.
L’affaire, au surplus, ne se fit point sans
peine. Le spéciaJiste londonien qui entreprit
la besogne longue, délicate et pénible de dresser
l’horoscope de Dreyfus possédait seulement,
grâce à obligeance d’un de ses confrères fran­
çais, l’indication approximative de la date de
naissance du condamné de 1894. Malgré cette
absence d’un renseignement précis, renseigne­
ment des plus important dans l’espèce, puisque,
comme l’on sait, d’après la science astrologique,
la vie de tout individu est régie par la disposi­
tion même qu’affectent les astres à la minute
précise de sa venue au monde, l’astrologue d’ou-
Ire-Manclie, dès 1896, se crut en état de conclure
que Dreyfus serait mis en liberté au cours de
l’année 1899 et qu’il succomberait cinq ansplus
tard, en 1934. Pour intéressante que fut celle
prédiction, elle était incomplète.
K ?

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278 LES COULISSES DE l ’à U-DELA

A seule fin de pouvoir obtenir des prévisions


définitives, le spécialiste anglais fit demander
par son confrère parisien à Mme Dreyfus de faire
connaître la date exacte de la naissance de son
mari. Le renseignement fut donné.
Sachant alors que Dreyfus naquit à Mulhouse
le 14 octobre 1859, à six heures moinsle quart
du matin, l’astrologue se remit à l’ouvrage.
Quoique ardue, quelques semaines plus
tard l’œuvre était terminée, et les résultats en
étaient publiés in extenso dans une revue occul-
tique anglaise (1) spécialement consacrée à l’é­
tude des questions d’astrogie judiciaire.
En voici les principaux points :
Tout d'abord, il est à noter qu’au moment do
la naissance de Dreyfus les figures célestes com-:
portaient un ensemble de signes maléfiques
qui, forcément, devaient vouer à l’infortune la
personne venant au jour en un tel instant.
Et, cependant, malgré ces circonstances dé­
favorables, les planètes indiquaient que le
nouveau-né serait d’une nature juste, douce et
honnête. Du reste, ajoute encore l’astrologue

(1) Corning Events, n° de novembre 4898. C’est d’après


le sbonnes feuilles de cette revue que nous avons publié,
le 31 octobre 4898, le présent article dans le journal le
Matin. Les évènements, on le voit, ont pleinement véri­
fié les prévisions de l’astrologue anglais.

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CHIROMANCIENS ET ASTROLOGUES 279

anglais, il est manifeste, d’après les positions


des astres, qiie jamais Dreyfus n'a pu lier rap­
port avec des menteurs, des faussaires, des
renégats et des traîtres. Dreyfus, dit-il, est
un homme qui ne tromperait pas un enfant:
comment serait-il le félon stipendié que l’on
a voulu voir en lui ?
Ce qui est évident, et cela est indiqué par
la présence de Saturne dans la constellation
du Lion en la ((onzième maison astrologique»
et celje maléfique de la lune dans la «huitième
maison» au moment de la naissance, c’est qüe
les amis, dont certains auraient pu lui être uti
les, ont manqué à Dreyfus au moment de l’in­
fortune. Ses ennemis secrets — ennemis dont
l’existence est indiquée par la présence de
Mars en «douzième maison» ayant Neptune
en opposition en «sixième maison» — ont ainsi
pu triompher dès l’abord; mais la position cul­
minante de Jupiter dans le même instant et
l’heureuse place occupée vers l’orient par sa
planète dominante, Vénus, marquent, en re­
vanche, que le condamné actuel recouvrera
l’honneur et l’emportera sur ses adversaires,
fût-ce au prix de la vie.
Les influences des autres sur la destinée de
Dreyfus au cours de l’année 1898 ne sont, en
général, pas favorables ; cependant, en septem-

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280 LES COULISSES DE L AU-DELA

bre, des circonstancs heureuses pour lui sur­


gissent, ce qui est marqué par le passage de
la planète Jupiter dans la constellation de la
Balance.
Et, pour conclure, l’astrologue déclare que,
quoique innocent,Dreyfus doit encore demeu­
rer en exil, mais qu'en octobre 1899 , sinon
avant, d’après les indications des étoiles, il au­
ra enfin reconquis sa liberté(i).
( ) Après un horoscope aussi net, aussi précis, l’on
était en droit de penser «qu’occultiquemcnt» l’affaire
Dreyfus était jugée. Il n’en a point été ainsi, nous en
avons la preuve dans cette interview, publiée par le
M atin , d’un occultiste parisien dissimulant sa person­
nalité sous le pseudonyme d’Enoch.
«— L’affaire Dreyfus? Je l’ai étudiée dans les clichés
astraux.
»— Les clichés astraux? Je vous avoue que mon igno­
rance... »
' » Avec un geste familier à Mpunet-Sully, le mage se
frotte le menton et montre des dents blanches.
« — Voici: le monde physique a son envers, le monde
astral. Toutes nos actions s’y réfléchissent et y perma­
nent (sic) à l’état d’images vivantes et quasi concrètes.
Le passé, le présent, l’avenir y sont gravés. Par un en­
traînement psychique auquel tout le monde peut arriver,
il suffît donc de se mettre en communication, par les
yeux de l’esprit, avec l’immense réceptacle des formes
et des images. On voit tout là dedans.
» — Et qu’y avez-vous vu, relativement à l’affaire Drey­
fus?»

by »ogle
CHIROMANCIENS ET ASTROLOGUES 281

« Le mage hésite, puis lentement il parle:


« — La culpabilité de Dreyfus... Oui, cet homme est
coupable. 11 a trahi et il a été justement puni. Depuis
trois mois, j ’avais averti M. Hanotaux...
«— Et'qu’avait répondu M. Hanotaux?
« — Il avait hoché la tête et s’était occupé d’autre cho­
se... C’est toujours comme cela!... ,
« — Mais cependant, les Lettre s d ’un Innocent,
les lettres où Dreyfus clame son innocence?
« — Ecoutez, fait le mage, voici la vérité. Quand cet
homme eût été condamné, le grand rabbin pénétra
dans sa prison : '
« — Dreyfus, lui dit-il, il s’agit de sauver ta race de
l’anathème. Au nom du Kahal et du Conseil secret,
je te somme de protester, quand même et toujours,
de ton innocence... Et Dreyfus jura qu*il n’avait jamais
trahi et un doute s’empara de l’esprit des Français. L’ex-
capHaine a racheté aux yeux de ses coreligionnaires sa
trahison par le mensonge qui sauvait une race.
« — Ainsi, selon vous, Dreyfus coupable aurait com­
biné avec le grand rabbin une comédie de protestation
dans l’intérêt des Juifs ?
« Le mage se lève, et, d’une voix vibrante :
« — Oui, telle est la vérité... la vérité lue et vue dans
l’astral. » \
« J’insinue une nouvelle question :
« — Puisque vous lisez ainsi dans l’Astral, ne pourriez-
vous pas ouvrir un instant, pour nos lecteurs, les voiles
de l’avenir. »
Et, malgré moi, je souris. L’emphase d’Enoch me
gagne. Voilà que je parle comme un hiérophante. Mes
camarades du Matin vont me cribler de sarcasmes. Je
reprends plus simplement :
16.

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282 LES COULISSES DE LA U-DELA

» — Dites-moi, je vous prie, comment sc terminera


« i’AITaire » ?
« — Vous le voulez, interroge le mage, soudain très
grave. Au mois de juillet, Dreyfus sera jugé à nouveau
et il sera — oui, vous le verrez; ne raillez poiht — con­
damné à trois mois de prison , comme complice !... Ne
me demandez rien de plus... Ah ! Israël se sera remué !.. •
Trois arrestations, qui feront grand bruit, termineront
' « l’Affaire».
En prononçant ces paroles, Enoch a de tels accents
que je ne songe plus h relever les contradictions de son
langage.
« — Qui sera arrêté ? Esterhazy ?... d’autres ?
» — Non, pas le uhlan, toujours en fuite. Sur la tête
de du Paty de Clam, je vois grossir un orage. De grands
personnages — Oh ! en très petit nombre ! — aeront
éclaboussés !... Je salue l’orage, s’écrie Enoch transporté,
puisque, après la tempête imminente, après la condam­
nation nouvelle, luiront de nouveau pour la France de
Descartes et d’Eliphas Cevi des jours de radieuse gloire
et d’éclatante prospérité.
« — Puissiez-vous avoir bien vu dans l’Astral, mage
Enoch!» *
S. B.

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Les dessous de là-bas

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L E S D E S S O U S D E L A -B A S

Satan est à la mode !


Tout comme Diep, il a ses dévots fidèles qui
lui rendent un culte, et, plus que lui, peut-être,
il possède le privilège d’inciter l’intérêt ou la
curiosité.
Dans les salons, aujourd’hui, il est en effet de
bon goût de passer pour être quelque peu en co­
quetterie avec le diable, de paraître initié aux
mystères de la plus obscure de toutes les magies
noires.
L’incubisme et le succubisme n’ont plus de
secrets pour nos mondaines élégantes; elles sa­
vent encore les théories multiples de l’envoû­
tement, et, si elles ne vous rapportent point par
le menu tout le rituel des opérations propices
à l’évocation du Malin, c’est tout bonnement
parce que de telles connaissances soiità présent
devenues banales tout à fait.
Et de fait, il le faut avouer, elles ont raison
de penser de la sorte.

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286 LES COULISSES DE l’AU-DELA

Quiconque, maintenant, ignore des choses de


la nécromancieestvéritablementimpardonnable ;
songez donc combien Ton a de commodités pour
s’en instruire!
Point n’estjdus besoin d’explorer en de longues
veilles d’abstrus traités kabbalistiques ; plus
de fastidieux grimoires, plusdelourds in-folios*
etc., surtout plus d’études ardues etsuivies.
La goétie est désormais vulgarisée, et
tout modeste roman qui se respecte un peu vous
donne pour le moins une bonne et infaillible for­
mule pour commander nax Invisibles. La recette
est toujours précise et si horrifique de détails
puisés aux meilleures sources que le frisson
vous en court à fleur de peau.
« Si tout cela était vrai, cependant? » se di­
sent les lectrices apeurées, et, à ce penser, elle
songent non sans une certaine terreur presque
voluptueuse à ce tragique et sombre chanoine
Docre, l’ami qui fut l ’amant de cette étrange
et inquiétante Mme Cliantelouve, dontM. J. K.
Huysmans s’est fait dans Là Bas le prestigieux
historiographe.
C’est, du reste, qu’il est singulièrement dé­
duisant ce monstueuxsacerdote déchu, moderne
émule en perversité du Gille de Rais preux com­
pagnon de la pucelle Jehanne et sadique meur­
trier d’enfants .

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LES DESSOUS DE LA-BAS 287

Ce prêtre ennemi de Dieu qui, dans son ar­


deur sacrilège, se fait tatouer une crojx&ous la
plante du pied, de façon à toujours marcher sur
le maître du monde, ne manque pas d'une cer­
taine grandeur farouche, et, en vérité, si son
crayon eût été pris sur le vif, il serait bien la
figure la plus saisissante que l’on puisse conce­
voir en un temps comme le nôtre.
Mais le malheur, en le cas présent, est que le
tableau manque de sincérité.Le chanoine Docre
est un être idéal, en somme, et son satanisme
est de contrebande. M. J. - K. Huysmans, quand
il a tracé son portrait, a peut-être cru « pour do
bon » esquisser d’après nature ; en réalité, il a
dessiné surtout de chic, et son personnage s’en
ressent. Celui-ci, en effet, est si mal équilibré
qu'il ignore parfois jusqu'aux plus-réguliers des
rites traditionnels du culte démoniaque,mécon­
naissance peu pardonnable, on l'avouera, à un
nigromant de son envergure.
Comment, maintenant, M. Huysmans, quia
écrit de si remarquables pages sur le sorcier Gril­
le de Rais, s'est-il laissé si étrangement abuser
quand il a voulu traiter delà goétie moderne?
Oh! ma foi, d’une manière bien simple;'il
s'est tout bonnement adressé à de mauvaises
sources et a été par suite faussement renseigné.
Pour l’étude de la magie au moyen âge. les

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288 LES COULISSES DE L*AU-DELA

anciens livres des initiés du temps et les pièces


authentiquesdes procès de sorcellerie conservées
dans les archives des bibliothèques lui ont fourni
sur les époques disparues des documents autre-
mentpréciset certains que lespapotages intéres­
sés de son maître en doctrines occultes,l'abbé B...
— dont,soitditenpassant, leD r Johannès serait
un fidèle portrait, — sur le satanisme actuel.
Quoi en soit, il convient cependant d’ajouter
que, de prime abord M. Huysmans fit preuve de
certaine logique en s’adressant à ce personnage.
En sa qualité d’ancien prêtre défroqué, l’abbé
B... — pardon, Jean-Baptiste,comme il aimait
lui-même à se désigner (1), — devait être fatale­
ment, et il l’était d’ailleurs, quelque peu goétien.
Prêtres et sorciers, en somme, sont bien
cousins germains, et le dernier n’est en réalité
qu’un prêtre ayant mal tourné.
Comment, du reste, en serait-il autrement? Ils
ont l’un et l’autre de communes méditations et
recherches.
(4) L’abbé Boulan, qui fut, comme nous le notons ici
l'informateur de M. Huysmans en ses recherches sur le,
satanisme,a succombé à Lyon en 4893. Sa mort futd’oc-
casion d’une vive polémique entre MM. J.-K. Huys­
mans et Jules Bois et M. de Guaïta. Voir à cet égard, en
notre chapitre sur La Guerre des deiuc Roses, page 485,
la note 2, dans laquelle nous rappelons les circonstance?
de cotte polémique.

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LES DESSOUS DE LA-BAS 289

Dans les séminaires, vers la fin 4e la deuxième


année des études,au cours de renseignement que
Ton appelle les diaconales, on sait en effet que
les élèves reçoivent des notions élémentaires
de magie en même temps que de casuistique.
N’est-il pas naturel alors qu’un tel enseigne­
ment porte ses fruits et que le prêtre, s’il se laisse
un beau jour dominer par' l’orgueil, se révolte
et se donne à Satan, le rival de Dieu?
« L’armée de Satan s’est toujours recrutée
dans le sacerdoce »(1) , écrit M. Stanislas de
Guaita dans son livre, le Temple de Satan ,
au chapitre qu’il consacre à la personne du
sorcier.' Et c’est pareillement non sans raison
que dans Là-Bas , à cette question de l’homme
de lettres Durtal : « Mais enfin à quel monde
appartiennent les gens qui sont maintenant affi­
liés au Diable ? » le Dr cíes Hermies répond :
« Aux supérieurs de séminaires, aux confes­
seurs de communautés, aux prélats et aux ab­
besses ; à Rome, où est Je centre de la magie
actuelle, aux plus hauts dignitaires » (2).
Le prêtre qui est par essence un initié , au

(1) Stanislas de Guaïta, Le Serpent de la Genèse,


Livre r*P, Le Temple de Satan(\3vi vol. in-8. Paris, 1891,
Librairie du merveilleux), p. 126.
(2) J.-K. Iluysmans, Là-Bas (In-18, Paris, 1890, chez
Tresse et Stock), p. 92.

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290 LES COULISSES DE LAU-DELA

sens le plus noble du mot, devient facilement,


et par une transitiop logique, en somme, un
adepte des œuvres maudites.
Aussi, choisir un abbé pour maître en l’étude
des sciences sataniques, encore une fois, était
d'un esprit avisé : l'erreur de M. J.-K. Huys-
mans par exemple, aura été de s’être adressé à
cèt abbé B... qui, tout docteur en théologie
qu'il fut, n’était qu'un sorcier sans ampleur.
Capable de tout concevoir en imagination,
peut-être, Jean-Baptiste devenait en effet fort
timide quand il s'agissait de passer à l'action,
pour peu que la pratique magique lui paraissait
comporter un certain degré de sacrilège. Sem­
blable à ces criminels honteux qui mesurent
le viol, il dosait ses péchés; aussi, dans la vie
courante, en fait de cérémonies de sorcellerie
noire, se contentait-il surtout d’exercer un
bizarre et véritablement étonnant ministère d’é­
vangéliste (!) dans une communauté de mœurs
joyeuses où l'érotisme le plus dévergondé se
trouvait pratiqué et enseigné journellement aux
adeptes, ad majorent Satani gloriam , et sur­
tout au grand bénéfice de son prophète Bap­
tiste.
Dans un intéressant volume de M* Charles
Sauvestre, les Congrégations religieuses dé­
voilées, nous trouvons de curieux renseigne­

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LES DESSOUS DE LA-BAS 291

ments sur notre abbé qui, le fait vaut d’être


rappelé en raison de son imprévu, fut le fon­
dateur de ce petit journal catholique, le Rosier
de Marie , dont un jour fut accusé M. Naquet
d'avoir été l'assidu collaborateur.
Les pages concernant l'abbé B..: ont trait
aux phases diverses d'un invraisemblable pro­
cès en escroquerie jugé en juillet 186S devant
la chambre des appels correctionnels à Pa­
ris.
En ce temps-là, Jean-Baptiste, qui apparte­
nait encore au clergé régulier, était à la tête, en
qualité de prêtre directeur, confesseur, etc.,
d'une société religieuse dite VŒuvre de, la ré­
paration des âmes, et voici comment il y com­
prenait son sacerdoce, si l'on s'en rapporte aux
documents judiciaires recueillis par M. Sau-
vestre.
« Bientôt on signala dans l'intérieur de là
communauté nouvelle des pratiques inouïes.
L'abbé B... y guérissait les maladies diaboli­
ques. Voici quelques échantillons de ses cu­
rieuses médications. Une des sœurs était tour­
mentée par le démon; l'abbé B ..., pour l’exor­
ciser, lui cracha dans la bouche ; à une au-
tre , il fait boire de son urine mélangée avec
celle de la fille Chevalier, que les sœurs
avaient ordre de ne jamais jeter ; à une troi -

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292 LES COULISSES DE l 'AU-DELA

sic me il ordonne des cataplasmes de matières


fécales. J’en passe de plus étranges encore, et
que la plume qui se respecterait le moins se re­
fuserait à reproduire » (1). ,
Défroqué à la suite de cette aventure, l’abbé
13... se réfugia en province, où il devint le
souverain-pontife schismatique du Carmel
dE lie , plus connu sous le nom d'Œuvre de
la miséricorde, secte mystico-érotico-religieuse
fondée voici quelque cinquante ans par un sim­
ple ouvrier visionnaire, Eugène Vintras, —
Pierre-Michel-S truthanaël de son nom an­
gélique, — et dans lequel s’était incarné, pa­
raît-il, l’esprit du prophète Elie.
Point n’est besoin d’ajouter que les disciples
du Carmel connurent les jouissances ineffables
des pratiques familières aux membres del’Œ’w-
vre de la réparation des âmes.
L’abbé B... aimait beaucoup en effet à répa­
rer les âmes et le reste, le reste surtout ; aussi,
fidèle à ses goûts, donnait-il à ses ouailles un
enseignement voluptueux bien que mysti­
que.
M. Stanislas de Guaita, en son infiniment
curieux volume, le Temple de Satan , dans le

(1) Charles Sauvestre, Les Congrégations religieuses


dévoilées (In*18, Dentu* Paris, 1879), p. 418.

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F

LES DESSOUS DE LA-BAS 293

chapitre consacré aux « modernes avatars du


sorcier_», nous donne de précieux et authen­
tiques documents concernant ces modes inat­
tendus d'évangélisation des âmes.
Il y a de tout en ces pratiques : du mysti­
cisme délirant, de la scatologie, de l'éroto­
manie, de la perv ersion génésique, du sadisme
bourgeois et du satanisme aussi.
L’ancien prêtre, suivant une formule assez
commune aux défroqués possédant quelque
valeur intellectuelle — et l’abbé 3 ... était à cet
égard des mieux doués — adonné naissance à un
goétien, et voici, d’après la déposition d’un
témoin, déposition enregistrée par M. de Guaita
dans son livre, à quelles pratiques il recourt à
l’occasion.
« Cher monsieur, depuis votre départ de
Châlons, j’ai trouvé dans ma mémoire encore
différents faits relatifs à Baptiste (l’abbé B...).
« Il prend des statuettes de saints ou de
saintes, les baptise au nom des personnes aux­
quelles il veut faire arriver quelque chose (sic)...
Les statuettes sont consacrées à quelque diable,
mais la formule de consécration est une prière
adressée à haute voix à un saint ; dans sa pen­
sée, il s’adresse au diable, au mauvais Esprit.
« Il y a aussi des cœurs d’animaux trans­
percés d’épingles. La personne (objet du sor-

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294 LES COULISSES DE l ' à U-DELA

tilège) se sent piquée au cœur et parfois l'opé­


ration entraîne la mort. _
a 11 y a encore les commandements suprêmes,
écrits sur parchemin bénit, avec de l'encre et
du sang... Les commandements sont lus à
haute voix, avec un certain cérémonial, puis
cachetés, toujours d'une manière à part et brû­
lés. Cela brûlé, l'Esprit à qui on le destine le
lit (sic)9 et se trouve forcé de faire ce que le
commandement exige...
« Il peut se vanter de m'avoir prise dans ses
tristes filets... J'ai encore en ma possession une
certaine fiole qu'il m'avait envoyée pour me
procurer des Unions de vie; c'est M. Ch... qui
a débouché le flacon ; il a voulu goûter, mais
il a cru être empoisonné. Dans ce díctame, on
pourrait reconnaître le sperme » (1).
Que dites-vous de ce cours théorique et pra­
tique sur l'art d'envoûter proprement son sem­
blable ? Mais, si nous en croyons le même
témoin, l'abbé B... se livrait encore, à l’occa­
sion, à d’autres cérémonies magiques, ainsi que
le démontre cet autre passage" de la exposi­
tion :

(1 ) Stanislas de Guaïta,Le Serpent de la Genèse, Livre


I°r, Le Temple de Satan (Un vol. in-8, Paris, 1891, Librai­
rie du merveilleux), p. 481 et 482.

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LES DESSOUS DE LA-BAS 295

« Baptiste me parlait souvent de magie noire ;


dans mon sommeil (le témoin est un sujet hyp­
notique remarquable) il cherchait à découvrir
les secrets de certains magiciens...
« Son moyen suprême, c’étaient les cata­
plasmes de matière fécale (nous retrouvons ici
l’ancien confesseur des filles de VŒuvre cte la
réparation des âmes) préparés selon des rites
à lui...
« Il m’a parlé de souris blanches, nourries
avec des hosties consacrées ; mais il prétendait
que cela s’était fait par une autre personne
qu’il ne nommait pas »... (1) Voilà, en toute
exactitude et sincérité, quel était le bon et ver­
tueux Dr Johannes célébré par M. J.-K. Huys-
mans. Comme nous le disions tout à l’heure,
il n’osait guère être carrément sacrilège, et ce
n’est réellement pas lui qui se fut jamais
fait graver un Christ sous la corne du pied.
Son esprit était flottant, et, bien que sorcier
à maléfices, il craignait l’enfer des damnés et
s’efforçait de ne rien commettre qui dut irrémis-
siblement le vouer au diable pour son éter­
nité.
Or, cet étrange état d’âme qui fut celui; de
l’abbé B ..., l’initiateur de M. Huysmans, a

(1) Stanislas de Guaïta, loc. cit.f p. 481.

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296 LES COULISSES DE L’AU-DELÀ

joué à ce dernier un fort méchant tour ; n’est-


ce pas à lui, en effet, que l’auteur de Là-Bas
doit d’avoir été si mal renseigné sur certains
points fondamentaux dans un livre traitant du
satanisme moderne ?
Étant en effet un hésitant en face des mys­
tères maudits, l’abbé B... ne connut guère que
de réputation les rites fatals de la haute magie
cérémonielle. Et voici comment et pourquoi
Là-Bas est documenté en grande partie à faux,
notamment en ce qui concerne la théorie et la
pratique de l’envoûtement, l’incubat et le suc-
cubat, et surtout en ce qui regarde la messe
noire.
Le sacrifice célébré pat* le chanoine Docre
dans une chapelle borgne de Yaugirard n’a en
vérité rien de commun avec la véritable messe
noire.
Ici, même, tout a été fait de chic et l’igno­
rance en l’art de sorcellerie est manifeste.
M. J.-K. Huysmans — la chose est réelle-
• ment indéniable et patente, du reste, pour qui­
conque est quelque peu initié en sciences occul
tiques — a été joué par son maître en sata­
nisme. Il n’empêche, cependant, que son livre
est, littérairement parlant, une œuvre d’art
de premier ordre.
Un tel mérite n’est pas mince, et, en somme,

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LES DESSOUS DE LA-BAS . 297
vaut bien que l’on passe sur des inexactitudes
' de renseignements.
Et voici pourquoi M. Huysmans ne nous en
voudra certainement pas d’avoir livré la clef
de certains dessous peu connus de son œuvre.

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U Association Alchimique
de France

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L’ASSOCIATION ALCHIMIQUE DE FRANCE

Décidément, si nous ne faisons pas bientôt for­


tune, ce ne sera pas la faute aux alchimistes I
Ceux-ci, comme chacun sait, ont bel et bien
pénétré avec succès, en ces dernières années,
tous les mystères les plus abscons de l’art trans-
mutatoire, et, pour eux, fabriquer de l’or de
bon aloi n’est plus, aujourd’hui, qu’un jeu.
Et cela est si vrai qu’il n’y a pas longtemps en­
core des adeptes américains—business are busi­
ness — envoyaient de par le monde une circu­
laire sollicitant des capitaux pour l’exploitation
de leurs procédés — not patented — de fabrica-
tionde l’or artificiel, et que,plus détachésdes cho­
ses,avec une générosité de milliardaires en puis­
sance, nos souffleurs lutéciens possesseurs du
secret (nops avons nommé MM. Th. Tiffereau
et Aug. Strindberg) ont fait connaître par le
menu toutes les particularités de leurs recettes
les plus sûres.
Aussi bien çst-ce une des caractéristiques es-

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302 LES COULISSES DE L*AU-DELA

sentielles de ralchimie parisienne moderne que


d’être volontiers bavarde. .
Alors que, jadis, les hermétistes œuvraient
dans le plus profond mystère, cachant avec soin
la vérité sous le voile de r allégorie, dans des
pantacles indéchiffrables pour le vulgaire, nos
actuels transmutateurs mettent leur coquette­
rie à vulgariser leurs connaissances. ^
M. Aug. Strindberg écrit bien encore, il est
vrai, YHortus Mer Uni et la Sylva Sylvarum ;
mais ces ouvrages ne rappellent que par leur
titre alambiqué les anciens traités d'Arnaud de
Villeneuve, d’Abraham le Juif, de Kunrath, de
Marie l’Egyptienne, d'Albert le Grand, de Phi-
lalèthe, de RaymondLulle, d’Avicenne, de Pa­
racelse et de, tant d’autres émérites philoso­
phes.
Les temps de l’alchimie pour tous sont désor­
mais venus, et c’est pourquoi l’on a pu voir
M. Strindberg publier dans la revue spéciale YHy-
perchimie , les diverses formules enregistrant
les réactions successives qui conduisent du sul­
fate de fer ammoniacal, comme point de départ,
à l’or vierge désiré.
CependanLce n’est pas tout que d’kvoir des
traités de compréhension commode.
Il est bon encore, à l’occasion, de pouvoir
unir ses lumières et travailler en commun, « L’u-

d by
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L*ASSOCIATION ALCHIMIQUE DE FRANCE 303

nionfait la force», dit le proverbe, et peut-être


est-ce bien parce qu’ils méconnurent cette né­
cessité que les vieux alchimistes moyenâgeux
ne remportèrent pas tous les succès que méri­
tait leur savoir !
Plus pratiques infiniment, leurs actuels con­
tinuateurs, pour éviter un tel écueil regretta­
ble, ont réalisé en ces derniers ans la création
d’une« Association alchimique de France ».
Les membres de l’Association, nous apprend
l’article 3 des statuts, sont répartis en quatre
catégories.
1° A tous seigneurs tous honneurs, les con­
seillers, au nombre de sept,— le chiffre mys­
tique par excellence, — fondateurs de l’entre­
prise, et qui sont MM. Encausse et M.-H.-E.
Lalande, docteurs en médecine et en kabbale ;
MM. F.- Ch. Barlet et Sédir, docteurs en Kab­
bale et primats gnostiques ; M. F. Jollivet-Cas-
telot, secrétaire général de l’Association et di­
recteur de XHyperehimie, et MM. Stanislas de
Guaita (1 ) et Tabris, le bon poète ;
2* Les membres honoraires, recrutés parmi
ceux des savants illustres qui, sans participer
activement aux travaux de la Société, l’approu-

(1) Le successeur de M. de Guaita comme conseiller de


YAssociation alchimique de France estM.F.-Ch. Barlet.

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304 LES COULISSES DE l ' a U-DELÀ

vent et acceptent de l'encourager auprès du


public;
3° Les membres maîtres, chargés de la di­
rection active des. travaux des élèves ;
4° Les membres adhérents.
Le recrutement de ces diverses catégories
de sociétaires se fait de la façon suivante. Les
membres honoraires sont sollicités par le se­
crétaire général au nom de l'Association. Les
membres conseillers autres que les membres
fondateurs sont élus à la majorité des voix du
conseil déjà existant. Les maîtres sont nommés
sur l'examen d'une thèse à leur choix, jugée
par les conseillers. De nombre illimité, ils se
recrutent parmi les membres adhérents et peu­
vent résider en France et à l'étranger. Enfin,
les membres adhérents, également en nombre
illimité, sont admis par l’cgsemble des con-
seillerset des maîtres après un examen portant:
1° Sur la théorie alchimique et l’histoire
rapide de l'alchimie ;
2° Sur les éléments de physique et de chimie
(sans mathématiques) indiqués pour l'ancien
baccalauréat es sciences.
Il est à noter, du reste, que le titre de licen­
cié ès sciences, d'élève des Ecoles centrale,
polytechnique, normale ou d’une école indus­
trielle (sic) dispense de l’examen n° 2.

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l ’association ALCHIMIQUE DE FRANCE 305
Quant au but poursuivi par l’association, qui,
étant d’humeur essentiellement démocratique,
ne reconnaît ni président, ni grand-maître, ni
archisar, il n’est ni plus ni moins, nous ap­
prend l’article 8 des statuts, que d’aider à la re­
naissance des doctrines unitaires de la chimie :
1° en groupant les efforts des chercheurs isolés
au moyen de CHyperchimie ; 2° en leur procu­
rant l’aide des travailleurs plus avancés ; 3° en
fournissant, dans la mesure du possible, des
livres et des instruments à ses membres.
Tout cela pour six francs par an, y compris
une carte de sociétaire portant mention des
noms et titres de l’impétrant et revêtue par
surcroît de la signature du secrétaire général
de l’Association, et le service de la revue
l’Hyperchimie (art. 4 et 6 des statuts).
Comme l’on voit, grâce à l’initiative avisée
des fondateurs de l’Association alchimique de
France, la profession d’alchimiste, quelque peu
délaissée jusqu’en ces dernières années, ne
saurait manquer désormais de se voir embras­
sée par d’innombrables nouveaux adeptes.
Comment, au surplus, en pourrait-il être au­
trement ?
Jadis, pour trouver Centrée ouverte au palais
fermé du roi , il fallait, durant de longues
veilles, avoir pâli sur d’inextricables grimoires.

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306 LES COULISSES DE L AU-DELA

A prisent, pour être en état de se fabriquer


couramment sa petite provision de poudre de
projection, il n'est que de vouloir simplement
s'en donner la peine.
De parla volonté de ses modernes adeptes,
Isis a désormais perdu ses voiles, et les pro­
fanes, sans distinction, sont conviés à
contempler ses beautés seor|tcs,-çdoritsla vue,
jadis, n'appartenait qu’ad^ ^uJs^gfô\éprou-
vés.
*
FIN

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- --

TABLE DES MATIÈRES

A vant-propos . . . . . . I
P réface . . . . . . . IH
Au P ays des F ées......................... 1
L ’O ccultisme et la S cienge. . 15
L es F rontières de l’A u-D ela . 71
L a S cience de D emain . . . 121
D ermographie,H aphalgésie et Métallothérapie 155
L a G uerre des deux R oses 177
L es A lbigeois de P aris . 235
O ccultistes insoupçonnés 247
Guy de I)1aupassant . . . 248
M. E douard D rumont. . . 257
Chiromanciens et A strologues. . 269
La main du général B oulanger 270
L ’H oroscope de D reyfus. . 276
L es D essous de L a-B as7 . 285
L ’A ssociation alchîmi^ je^d^ F ran^e . 301

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/

PETITE IMPRIMERIE VENDÉENNE. — LA ROCHE-SUR-YON. — 1368

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