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DROIT SPECIAL DES CONTRATS

Un contrat est une rencontre de plusieurs volontés.

L’Etude des règles et mécanisme applicables à tous les contrats


s’étudie dans le DROIT GENERAL DES CONTRATS.(DROIT DES
OBLIGATIONS).

Or, certains contrats, répondent, en plus, chacun à des règles


particulières.

Ces contrats sont nombreux.

Leur étude se nomme ‘DROIT SPECIAL DES CONTRATS’ ou


‘DROIT DES CONTRATS SPECIAUX’.

Nous examinerons six contrats spéciaux : la vente, le bail, le mandat,


le contrat d’entreprise, le contrat d’assurance et les contrats de
distribution.
CHAPITRE I : LE CONTRAT DE VENTE

La vente est un contrat synallagmatique, commutatif, à titre onéreux, généralement à


exécution instantanée.

3 éléments essentiels du contrat de vente :

• Le consentement des parties


• Le transfert de propriété de la chose
• Le paiement du prix

Quelquefois, le contrat de vente est ‘préparé’ dans un avant-contrat.

Il s’agit de promesses de contrat.

La promesse de vente peut être unilatérale (ex : ventes d’immeubles)ou


synallagmatique.

Si elle est synallagmatique, aux termes de l’article 1589 du Code Civil, elle « (…) vaut
vente lorsqu’il y a consentement réciproque des parties sur la chose et sur le prix ».

La vente peut être faite sous condition.

La vente peut être conclue à terme (événement qui se réalisera certainement, soit à
une date prévue (terme certain), soit à une date imprévue (terme incertain).

Section I Le consentement des parties

« La vente est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à
l’acheteur à l’égard du vendeur, dès qu’on est convenu de la chose et du prix,
quoique la chose n’ait pas encore été livrée ni le prix payé. (art 1583 Code Civil).

La vente est donc formée par le simple échange des consentements.

Le consentement suppose la capacité de celui qui s’oblige.


Le principe du consensualisme connaît en droit français de nombreuses exceptions :
acte écrit (cession de brevets), acte notarié (vente d’immeubles à construire)….

Par ailleurs, parfois, une fois le consentement donné, l’une au moins des parties au
contrat peut revenir sur son engagement, soit que le législateur ait prévu cette faculté,
soit que les parties aient organisé cette faculté de manière conventionnelle : il s’agit du
dédit (droit de se rétracter).

Section II Les obligations du vendeur :

I - Le transfert de propriété de la chose

Le vendeur a une obligation de délivrance (obligation de livrer la chose), la délivrance


étant « le transport de la chose vendue en la puissance et la possession de
l’acquéreur » (art 1604 à 1624 du Code Civil)

Le vendeur doit délivrer une chose conforme en tous points au but recherché par
l’acquéreur. Il s’agit d’une obligation de résultat.

Dans le cas d’un contrat d’adhésion, l’acheteur est en droit d’exiger la conformité au
regard de l’usage habituellement attendu d’un bien semblable.

L’obligation de délivrance doit être exécutée à la date convenue, ou à défaut, à une


date raisonnable appréciée par les juges du fond.

Le consommateur peut dénoncer le contrat de vente lorsque la livraison dépasse de 7


jours la date convenue (art L114-1 Code Conso).

Pour les ventes à distance, à défaut de délai prévu contractuellement, la livraison doit
intervenir dans les 30 j de la commande. A défaut, el vendeur doit rembourser le prix.

La charge de la preuve de la délivrance incombe au vendeur.


En cas d’inexécution de l’obligation de délivrance, l’acheteur a le choix entre :

• ne pas payer le prix. Il s’agit de l’exception d’inexécution prévue par le Code


Civil pour les contrats synallagmatiques.
• Une action en exécution, qui permet de poursuivre le bien entre les mains du
vendeur
• Une action en réparation, dont le but est d’obtenir la résolution de la vente et la
restitution du prix.

Par ailleurs, une action en responsabilité est possible.

Pour les ventes commerciales, en cas d’inexécution partielle, le juge peut procéder à la
réfaction, cad la réduction du prix.

Le transfert de propriété de la chose entraîne le transfert des risques.

II -La garantie des vices cachés.(art 1641 à 1649 du code Civil)

Elle est inhérente à tout contrat de vente.

La chose doit présenter un défaut au moment de sa délivrance.

Le défaut doit rendre la chose impropre à sa destination normale.

Le défaut doit être caché.

Le vendeur n’est pas tenu à garantir les vices apparents dont l’acheteur a pu se
convaincre lui-même.

La jurisprudence a étendu cette limitation aux vices non apparents mais dont l’acheteur
avait eu connaissance.

Les obligations du vendeur ne sont pas les mêmes pour un professionnel et un non-
professionnel.

De même, du côté de l’acheteur, un même vice peut être considéré comme caché pour
un non-professionnel et apparent pour un professionnel.

Par ailleurs, l’action doit être exercée à bref délai.


III – le devoir d’information et de conseil

«Le vendeur est tenu d’expliquer clairement ce à quoi il s’oblige »(art 1602 C Civ).

Cette règle est particulièrement rigoureuse quand le vendeur est un professionnel : ce


dernier a une obligation de mise en garde et de conseil alors que le vendeur non-
professionnel n’a qu’une simple obligation d’information, en application d’un devoir
plus général de loyauté.

IV – l’obligation de sécurité

Elle permet de garantir l’acheteur contre le dommage causé par le défaut de la chose
vendue.

Le vendeur est responsable du dommage s’il n’a pas mis en œuvre tous les moyens
pour éviter la mise en circulation d’un bien vicié.

Section III La Chose

La chose objet de la vente doit :

• Etre dans le commerce juridique

C’est ainsi par exemple que les produits du corps humain ne peuvent être cédés

Qu’en est-il de la cession de clientèle civile ?

La cour de Cassation a admis la licéité d’une telle cession en 2000.

• Etre déterminée, existante ou future

La chose est déterminée quand :

Pour les choses de genre, elle est quantifiée ou délimitée (récolte)

Pour les corps certains, quand elle est identifiée.


• Appartenir au vendeur

Article 1599 du Code Civil : « La vente de la chose d’autrui est nulle, : elle eput
donner lieu à des dommages-intérêts lorsque l’acheteur a ignoré que la chose fût à
autrui ».

L’acheteur de bonne foi pourra conserver les fruits de la chose.

Section IV -Le prix

Le prix est une somme d’argent, mais cette contrepartie peut être accompagnée
d’obligations accessoires.

« Le prix de la vente doit être déterminé et désigné par les parties » (article 1599 du
Code Civil).

Le prix peut être fixé postérieurement au contrat vente si ce calcul repose sur des
éléments objectifs indépendants de la volonté des parties.

Le prix est fixé librement entre les parties.

Cependant , dans le cas de la vente immobilière, en cas de lésion de plus des 7


douxièmes, le vendeur peut demander la rescision de la vente.

Le prix doit être réel (non simulé par une contre-lettre) et sérieux ( en proportion avec
la valeur du bien).

L’obligation de payer le prix est l’obligation essentielle de l’acheteur

Le paiement est exigible, sauf convention contraire, au moment et au lieu de la


délivrance de l’objet vendu.
CHAPITRE II: LE CONTRAT DE BAIL

Le bail est un contrat qui permet la mise à disposition d’une chose sans en
transférer la propriété.

«Le louage de choses est un contrat par lequel l’une des parties s’oblige à faire jouir
l’autre d’une chose pendant un certain temps, et moyennant un certain prix que
celle-ci s’oblige à lui payer » article 1709 du Code Civil.

Le contrat de bail est conclu entre deux parties : un bailleur et un preneur.

Chaque partie doit avoir la capacité de contracter.

Il existe de multiples formes de contrats de bail

Le bail peut être verbal ou écrit.

Le loyer doit être fixé (déterminé ou déterminable)

Le bail peut porter sur des biens meubles ou immeubles (pas sur des personnes).

Le bail est temporaire par nature : il cesse de plein droit à l’expiration du terme fixé
lorsqu’il est à durée déterminée.

Si malgré l’arrivée du terme, le preneur reste dans les lieux et continue de payer le
loyer, il s’opère un nouveau bail, à durée indéterminée.

En cas de vente de la chose louée, le bail immobilier est en principe transféré à


l’acheteur avec la chose vendue.

Section I Les obligations du bailleur

Il doit accorder au locataire la jouissance de la chose louée.

Cette obligation contient une obligation de délivrance, une obligation d’entretien, une
obligation de garantie et une obligation de sécurité.
I - L’obligation de délivrance

Le bailleur est tenu de délivrer le bien loué, conforme à l’usage prévu par la
convention.

La chose doit être délivrée en bon état de réparation de toute espèce.

L’obligation de délivrance se prolonge par l’obligation de ne pas changer la


consistance du bien loué durant toute la durée du contrat.

II - L’obligation d’entretien

Le propriétaire est tenu d’entretenir la chose « en état de servir à l’usage pour lequel
elle a été louée » art 1719 Code Civ

Le bailleur doit prendre en charge les travaux prescrits par l’Administration.

Par ailleurs, il doit effectuer les réparations autres que locatives(Les réparations
locatives sont celles qui ne résultent pas de l’usure).

Il s’agit des « grosses réparations » (ravalement de façade….) énumérées par l’art 606
du Code Civ.

Seule la destruction du bien par le fait du preneur ou un événement de force majeure


libère la propriétaire de la charge des grosses réparations.

Attention : les dispositions relatives à l’entretien du bien donné à bail n’étant pas
d’ordre public, elles sont souvent écartées par les contrats.

III - L’obligation de garantie

Le bailleur doit garantir le preneur du risque d’éviction : il doit s’abstenir de tout fait
personnel qui perturberait la jouissance de son locataire.

Le bailleur doit garantir le preneur des vices cachés de la chose, même si les vices ne
sont pas connus de lui au moment de la conclusion de bail. Cette disposition n’est pas
d’ordre public.
IV - L’obligation de sécurité

Cette obligation résulte de la jurisprudence.

Il s’agit d’une obligation de moyen et non de résultat.

Section II Les obligations du locataire

Le preneur doit :

• user de la chose en bon père de famille et suivant la destination qui lui a été
donnée par le bail

• payer le prix du bail aux termes convenus

• conserver et restituer la chose à l’issue du contrat.

Le preneur doit ainsi entretenir la chose, en assurant les « menues réparations ».

Le preneur doit restituer la chose dans l’état dans lequel il l’avait reçue. Il
répond des pertes et dégradations.

Le preneur peut sous-louer le bien, sauf si cette faculté lui a été interdite.

Section III Cas particuliers de baux : le bail commercial et le bail


d’habitation

Ces baux se caractérisent par le fait qu’ils organisent de véritables statuts.

I - Le bail commercial

Le commerçant est rarement propriétaire du local dans lequel il exerce son activité : il
recourt le plus souvent au louage.

Les baux commerciaux disposent d’un statut tout à fait particulier et dérogatoire au
droit commun.
Un texte essentiel : le Décret de 1953, souvent modifié et complété, codifié en 2000.

Le bail commercial se caractérise par des règles spécifiques en matière de loyers, de


spécialisation du bail, de droit au renouvellement du preneur et de cession ou sous-
location.

II - Le bail d’habitation

« le droit au logement est un droit fondamental » L 6 juillet 1989

Le statut protège le preneur, afin de lui permettre de conserver son habitation.

Le bail d‘habitation est régi principalement par la loi du 6 juillet 1989.

Cependant certains baux, bénéficiant d’une législation de 1948, restent soumis à cette
législation.

Par ailleurs, il existe une réglementation spécifique des logements sociaux.

Il n’existe pas de statut spécifique en matière de logements meublés, même si une loi
de 1998 a institué une protection minimale du preneur.
CHAPITRE III: LE CONTRAT DE MANDAT

Le mandat, ou procuration, est l’acte par lequel une personne donne à une autre
le pouvoir de faire quelque chose pour elle et en son nom.(art 1984 Code Civ)

Un mandataire n’agit jamais en son nom personnel : il agit au nom et pour le compte
du mandant.

Le mandat peut être spécial ou général.

Le mandat est un contrat consensuel. L »’acceptation par le mandataire du pouvoir


donné par le mandant suffit à former le contrat de mandat, que cette acceptation soit
écrite, verbale ou même tacite.

La condition de formation est donc la rencontre des volontés des parties au contrat,
sauf pour les actes de disposition : dans ce cas, le mandat doit être exprès.

Les dispositions de code Civil conçoivent le mandat comme un contrat à titre gratuit.

Mais le contrat de mandat peut être conclu à titre onéreux.(dans ce cas, les honoraires
sont judiciairement révisables).

Le mandat est un contrat dans lequel l’intuitus personae est très fort. La confiance est
un élément essentiel de la relation entre les parties.

C’est pourquoi, en principe,

• la substitution du mandataire est exclue, mais ce principe souffre de


nombreuses exceptions.

• le décès du mandant entraîne la fin du mandat, sauf exceptions prévues par les
textes (par exemple, si le mandataire ignorait le décès du mandant, les actes
qu’il a accomplis en représentation de celui-ci sont valides.

Que se passe t-il lorsqu’une personne se fait passer pour mandataire d’une autre sans
avoir reçu de mandat ?

La jurisprudence fait produire à l’apparence les mêmes effets que le mandat, mais
seulement à l’égard des tiers contractants, lorsqu‘ils ont commis une erreur légitime.

Ainsi, le mandat apparent n’est pas un mandat mais en épouse certains des effets.

Section I Obligations du mandataire envers le mandant


Du Code Civ : « Le mandataire est tenu d’accomplir le mandat tant qu’il en demeure
chargé ».

Le mandataire doit :

• Exécuter sa mission,

cad représenter le mandant dans les conditions qui avaient été précédemment fixées
avec le mandant. L’étendu e des obligations du mandataire varie selon le caractère
gratuit ou onéreux du mandat, et la qualité de profane ou de professionnel du
mandataire .Pour le professionnel, obligation de conseil également.

• Rendre des comptes de sa gestion

Cad information régulière des activités et obligation de restitution

L’inexécution de ces obligations constitue une défaillance contractuelle du mandataire.

En principe, l’inexécution fautive du contrat par le mandataire entraîne la réparation


intégrale du dommage causé.

Mais la responsabilité du mandataire est moindre si le mandat est gratuit .

Par ailleurs, la responsabilité du mandataire dépend de l’intensité et de la nature de


l’obligation qu’il contracte. Si le mandat est spécial, et que l’acte à réaliser est simple
et soumis à aucun aléa, la non conclusion de l’acte suffit à engager la responsabilité du
mandataire. En revanche, si le mandat est général, et qu’il s’étend sur une longue
période, il faudra démontrer les fautes du mandataire au regard d’une gestion
normalement avisée.

Normalement, le mandat étant représentatif, le mandataire n’a pas à répondrte de


l’inexécution par le tiers contractant de ses obligations, sauf s’il s’était engagé par une
clause particulière, dite de ‘ducroire’.

La responsabilité du mandataire se prescrit par 30 ans.

Section II Obligations du mandant envers le mandataire et le tiers contractant


Le mandant doit :

• Rembourser au mandataire les frais et avances que celui-ci a faits pour


l’exécution du mandat

• Verser au mandataire son salaire quand le mandat est à titre onéreux

Vis-à-vis du tiers contractant, le mandant est tenu des actes passés par le mandataire
dans la limite de la procuration qui lui avait été confiée.

Section III Révocation et renonciation du mandat

Le mandat est un contrat à exécution successive à durée déterminée ou indéterminée


(présumé indéterminé). Il ne peut être perpétuel.

Le décès du mandant ou du mandataire met fin au mandat.

Si le mandataire résilie unilatéralement le contrat, il doit indemniser le mandant du


préjudice subi. La réciproque n’est pas vraie, sauf dans certains contrats de mandat à
titre onéreux (dans ce cas, clauses spécifiques au contrat).

Les clauses d’irrévocabilité sont valables mais n’ont qu’une portée relative (le
mandant peut tj renoncer à l’opération, quitte à réparer le préjudice).
CHAPITRE IV: LE CONTRAT D’ENTREPRISE

Par le contrat d’entreprise, un entrepreneur s’engage contre une rémunération à


exécuter un travail matériel ou intellectuel pour autrui, de façon indépendante et
sans le représenter.

Il s’agit du « louage d’ouvrage » du Code Civil.

Section I généralités

Par essence, le contrat d’entreprise est un contrat à titre onéreux constitutif d’une
obligation de faire.

Il n’est soumis à aucune forme particulière. (Il est toutefois soumis à un formalisme
indirect lorsqu’il est conclu entre un professionnel et un consommateur)

Il peut être suffisamment établi par la simple exécution du travail demandé par le
client.

Il engendre des obligations pour chacune des parties (synallagmatique).

Le contrat d’entreprise est presque toujours le fait d’un professionnel.

L’objet du contrat est la réalisation d’un ouvrage, au sens large du terme.

Le prix peut être déterminé par devis.

Dans le contrat à forfait, le prix est donné ne variatur dès la conclusion du contrat.

Le prix peut aussi être fixé en régie : une somme variable couvrant le coût du temps
consacré et une somme forfaitaire (rémunération de l’entrepreneur et couverture des
frais généraux).

Il est également possible de recourir au paiement au pourcentage du montant des


travaux (contrat d’architecte, souvent).

Le contrat s’éteint en principe lorsqu’ il a été totalement exécuté.

Section II Les obligations des parties


I - Obligations du donneur d’ordre

Le donneur d’ordre doit payer le prix du montant convenu et au moment prévu dès
lors que l’entrepreneur a accompli sa tâche sans faute.

Il doit également recevoir l’ouvrage.

Par l’acte de réception, le maître de l’ouvrage accepte celui-ci, une fois achevé,
constatant qu’il a été réalisé conformément à sa commande, et en respectant les règles
de l’art.

La réception peut être tacite, à condition de ne pas être équivoque.

Le principal effet de la réception est de décharger l’entrepreneur de sa responsabilité.

II - Obligations de l’entrepreneur

Outre une obligation d’information, il doit exécuter le travail promis.

L’exécution doit intervenir dans le temps convenu, dont la précision est obligatoire
dans un contrat envers un consommateur.

En présence d’un événement imprévisible, irrésistible et extérieur, l’entrepreneur peut


suspendre l’exécution de l’obligation.

L’entrepreneur peut en principe recourir à la sous-traitance, c'est-à-dire confier en tout


ou en partie l’exécution de sa prestation à un tiers.

En cas de défaillance de l’entrepreneur, le mode normal de réparation est la réparation


en nature.

Mais le maître de l’ouvrage peut refuser que les travaux de remise en état soient
exécutés par l’entrepreneur qui en est à l’origine.
CHAPITRE V: LE CONTRAT D’ASSURANCE

Le contrat d'assurances constate l'opération par laquelle, contre paiement d'une


cotisation ou prime, fixe ou variable, ou d'une série de cotisations ou primes, une
entreprise d'assurances promet de prendre en charge, par paiement ou
fourniture de prestations, les conséquences que peuvent produire certains
événements, dans des circonstances définies, sur un bien, une personne ou un
patrimoine.

Section I Risques, prestations et primes

Risque, prestations, primes ou cotisations constituent les fondamentaux de


l'opération d'assurance.

Les risques sont rangés en branches et sous-branches dans le Code des assurances :
l'article R. 321-1 est d'une grande diversité : le décès, la survie, la maladie, la
nuptialité, la natalité, l'accident, l'incendie, l'explosion, la tempête et autres éléments
naturels (inondation, avalanche, glissement, et affaissement de terrain, grêle etc.), la
dette de responsabilité, l'insolvabilité, les pertes pécuniaires diverses, etc.

Les engagements de l'assureur portent aussi bien sur des paiements d'indemnités,
de sommes forfaitaires, que sur des remboursements de pertes ou prestations en
nature. Il pourra s'agir, dans ce dernier cas, de moyens d'assistance (depuis le
rapatriement de malades jusqu'au dépannage de véhicules), de conseil juridique ou de
services (gratuité des produits pharmaceutiques dans les contrats complémentaires
maladie, remplacement des glaces brisées, fourniture de véhicules de dépannage en cas
d'indisponibilité du véhicule principal...).

Enfin, le paiement de la prime ou cotisation constitue l'obligation de l'assuré. Elle


est prime fixe dans les sociétés d'assurances par actions, cotisation fixe ou variable –
sauf pour les opérations sur la vie ou de capitalisation où elle ne peut être que fixe (C.
assur., art. L. 322-26-1) – pour les sociétés d'assurance mutuelles.
Section II Caractères du contrat d'assurance

Le contrat d’assurance est aléatoire, consensuel, synallagmatique, à titre


onéreux et à exécution successive.

I - Contrat aléatoire

Pour être constitué, l'aléa exige qu'au moment de la signature du contrat, le risque en
découlant (ne soit) ni certain dans sa réalisation, ni déterminable dans son étendue

C'est pourquoi :
- l'article L. 121-15 du code annule le contrat quand la chose assurée a déjà péri ou ne
peut plus être exposée aux risques;
- l'assurance prend fin de plein droit en cas de perte totale de la chose assurée
résultant d'un événement non prévu par la police (C. assur., art. L. 121-9);

On ne peut donc assurer un risque qu'on sait déjà réalisé

L'appréciation de l'aléa relève du pouvoir souverain des juges du fond

Pour les événements survenant en cours de contrat, le Code fournit quelques


orientations sur le champ de l'aléa en réputant hors de l'incertitude des faits tels que
la faute intentionnelle ou dolosive de l'assuré

II - Contrat consensuel

Le contrat d'assurance se forme par le seul accord des volontés du proposant et de


l'assureur et que son contenu, ses effets, ne dépendent que de la décision des parties.

Preuve de la rencontre des consentements

Elle est en principe subordonnée à la rédaction d'un écrit, ce qui écarte une
déclaration verbale.

L’écrit est défini par l'article L. 112-2 du Code des assurances comme étant la police
ou la note de couverture.

Dans la pratique, l’écrit est réalisé par exemple par :


- la remise d'une attestation d'assurance même si l'assureur n'exige pas le paiement
immédiat de la prime
- l'envoi par l'assureur d'une police correspondant à la proposition de l'assuré, même
si elle n'est pas signée au moment du sinistre
- le paiement d'acomptes par l'assuré, relatifs à une police non signée

Protection du consentement

La validité du consentement est garantie par le système de protection du droit


commun contre l'erreur, le dol, la violence.

l'assureur peut invoquer la nullité du contrat en cas de réticence ou fausse déclaration


intentionnelle du proposant ou de l'assuré sur les circonstances du risque (C. assur.,
art. L. 113-8).

La partie susceptible de se prévaloir de la nullité peut y renoncer.

III- Contrat synallagmatique

Le contrat d'assurance est synallagmatique, c'est-à-dire que les cocontractants ne


peuvent en modifier unilatéralement le contenu .

D/ Contrat à exécution successive

Le contrat d'assurance est à exécution successive, c'est-à-dire qu'à tout moment de sa


durée, assureur et assuré sont assujettis à leurs obligations de payer les primes et de
prendre en charge les sinistres.

Sa résiliation ne peut remettre en question l'exécution, par les partenaires, des


obligations nées avant cette dissolution.
CHAPITRE VI : LES CONTRATS DE DISTRIBUTION

SECTION I LE CONTRAT DE DISTRIBUTION EXCLUSIVE

C’est un contrat par lequel une personne (le fabricant) met à la disposition d'une
autre personne (le distributeur) un nom commercial, une marque ou une
enseigne, en exigeant d'elle un engagement d'exclusivité ou de quasi-exclusivité
pour l'exercice de son activité.

La personne qui exige l’engagement d’exclusivité ou de quasi-exclusivité est tenue,


préalablement à la signature de tout contrat, de fournir à l'autre partie un document
donnant des informations sincères qui lui permettent de s'engager en connaissance de
cause (C. com., art. L. 330-3).

I - Obligations contractuelles

A - Obligations du fabricant

Clause de territorialité

La clause de territorialité insérée dans un accord d'exclusivité permet au distributeur de


bénéficier du monopole de revente des produits concernés, le fabricant s'engageant à
ne vendre directement ses produits qu'à son distributeur sur le périmètre défini
contractuellement.

Le fabricant ne peut vendre les produits concernés à un client du distributeur soit


directement, soit par l'intermédiaire d'un distributeur d'un autre territoire de vente

Garantie d'approvisionnement. Prix d'achat

Le fabricant s'engage à fournir régulièrement, à des conditions et à un prix déterminé,


les produits contractuels dont le distributeur lui fournira commande.

Le fabricant qui, sans motif valable, refuserait de donner suite aux commandes passées
par le distributeur dans la limite des quotas, ou n'y donnerait suite qu'imparfaitement
ou avec retard, engagerait sa responsabilité contractuelle vis-à-vis de celui-ci.

Il en serait autrement si ce refus d'approvisionnement était justifié par des fautes du


distributeur.
Fourniture de matériel publicitaire

La plupart des contrats de distribution stipulent la fourniture par le fabricant de


matériel publicitaire : panonceaux, affiches, enseignes, prospectus, objets-réclames,
etc. Parfois, certains aménagements du local commercial du concessionnaire (façade,
peinture, vitrine) sont pris en charge par le fabricant (v. no 10).

B - Obligations du distributeur

Respect du territoire contractuel

Le distributeur ne peut proposer à la vente les produits dont la commercialisation lui a


été confiée en dehors de la zone définie contractuellement.

S'il agissait autrement, il engagerait sa responsabilité contractuelle à l'égard du


fabricant et sa responsabilité quasi délictuelle vis-à-vis des autres distributeurs pour
concurrence déloyale.

Respect des critères qualitatifs

Les accords d'exclusivité peuvent définir et sanctionner la localisation et


l'environnement des points de vente des produits concernés.

Quotas

Le distributeur doit respecter la clause de quota, insérée dans le contrat, représentant


une quantité de produits qu'il s'engage à acheter au fabricant et par conséquent à
vendre à ses clients au cours d'une durée déterminée.

Ces quotas s'insèrent dans un état prévisionnel établi par le fabricant pour fixer son
niveau de production et ses prix. Ils sont fixés également en fonction des
investissements réalisés et de ceux à entreprendre compte tenu de la demande connue
et potentielle.

Le caractère raisonnable et proportionné des objectifs de vente assignés aux


distributeurs est susceptible d'un contrôle judiciaire.

Les quotas constituent une des obligations essentielles du distributeur dont la non-
exécution entraîne la résiliation du contrat, même si ces quotas sont anormalement
élevés, les clauses du contrat, même lourdes pour le distributeur, faisant la loi des
parties.
Publicité des produits du fabricant

L'intérêt du contrat de distribution exclusive par le distributeur réside dans son


monopole de vente de produits connus et recherchés.

Il est donc normal qu'il contribue à diffuser le matériel publicitaire de son fabricant.

Souvent, le distributeur doit organiser à ses frais des campagnes de publicité ou


participer aux frais des campagnes conduites par le fabricant.

III - Fixation du prix

Étant des accords de longue durée puisqu'ils sont généralement conclus pour plusieurs
années, les contrats de distribution exclusive ne sont pas en mesure de prévoir à la date
de leur conclusion le montant définitif du prix des ventes futures. Cependant, ces
accords ne peuvent s'abstenir de toute référence au prix desdites ventes sauf à courir le
risque d'être confrontés à une absence d'accord ultérieur entre les parties à cet égard.

C'est pourquoi, les accords de distribution et d'approvisionnement exclusifs choisissent


souvent de prévoir des clauses dont l'objet est de définir les modalités de détermination
du montant du prix des ventes futures.

SECTION II LE CONTRAT DE DISTRIBUTION SELECTIVE

On entend par contrat de distribution sélective tout contrat de distribution passé


par un fournisseur avec des revendeurs ou prestataires « agréés » par ledit
fournisseur.

La licéité du contrat de distribution sélective dépend essentiellement de sa


compatibilité avec le droit de la concurrence.

Le contrat de distribution sélective doit être compatible avec l'article L. 442-6 du code
de commerce qui interdit les discriminations portant sur les prix, les délais de
paiement, les conditions de vente ou les modalités de vente ou d'achat.

Les discriminations sont licites dans le cas où elles sont justifiées par des contreparties
réelles.
De plus, l'interdiction des ententes est applicable aux accords de distribution sélective,
à moins que le choix de ce mode exclusif de commercialisation corresponde à des
critères objectifs de caractère qualitatif, relatifs à la qualification professionnelle des
revendeurs, de leur personnel et de leurs installations (si ces critères sont justifiés par
les nécessités d'une distribution adéquate des produits et n'ont pas pour objet ou pour
effet d'exclure par nature une ou des formes déterminées de commerce qui seraient
aptes à une telle distribution et sous réserve que lesdits critères soient appliqués sans
discrimination).

Section I Les critères de validité du contrat de distribution sélective

I La liberté d'organisation des réseaux

Un fournisseur est libre de modifier l'organisation de son réseau sans que ses
distributeurs bénéficient d'un droit acquis au maintien de leur situation.

Un fournisseur peut faire coexister au sein de son réseau de distribution plusieurs


catégories de distributeurs (grossistes, ventes directes) selon le type de relations
commerciales qu'il entretient avec eux.

Toutefois, il ne doit se livrer à aucune discrimination de nature anticoncurrentielle à


l'intérieur de chacune des catégories de distributeurs, ces catégories devant, en outre,
permettre aux consommateurs de bénéficier d'offres diversifiées.

Un fournisseur ne peut ni se réserver la vente en ligne au détriment de son réseau, ni


empêcher un distributeur de vendre par Internet, dès lors que le distributeur en ligne
remplit les critères de sélection déterminés par le fournisseur.

II Les produits éligibles à la distribution sélective

Le contrat doit tendre essentiellement à assurer un meilleur service au consommateur,


spécialement dans le commerce de produits requérant une haute technicité ou dans
celui d'articles de marque ou de luxe

La jurisprudence admet ainsi que les parfums de luxe couverts d'une marque
bénéficiant d'une « certaine » notoriété peuvent être commercialisés à travers des
réseaux de distribution sélective.

La jurisprudence l'a également admis, s'agissant de produits alimentaires frais ; la


nature des produits concernés, à savoir leur qualité et leur fraîcheur, justifiait le
recours à la distribution sélective.
III Le caractère objectif des critères d'agrément

Les réseaux de distribution sélective sont licites si les critères de choix des
distributeurs sont objectifs, dépourvus de toute discrimination et justifiés par les
impératifs d'une distribution adéquate des produits.

A L'application non discriminatoire des critères

La sélection doit être fondée sur des critères objectifs.

Toutefois, il est également indispensable que ces critères soient appliqués de façon
rigoureuse pour se garder du risque de discrimination prompt à apparaître quand on
fait prévaloir des considérations commerciales.

B Choix des critères selon le circuit de distribution

L'exigence d'une très grande rigueur dans l'application des procédures de sélection
n'empêche pas, cependant, l'entreprise qui commercialise sa production par un système
de distribution sélective d'agréer ses revendeurs dans les grands magasins sur la base
de critères distincts de ceux utilisés pour la sélection de ses revendeurs opérant dans
des boutiques.

Ce principe a été illustré à l'égard des fabricants de parfums de luxe mais pourrait
certainement être étendu à toute entreprise distribuant ses produits de manière
sélective pour les grands magasins comme pour les parfumeries spécialisées. Yves
Saint-Laurent Parfums peut librement déterminer les critères qu'il souhaite exiger de
ses distributeurs en fonction de spécificités du type de magasin sous réserve qu'il
s'agisse de critères qualificatifs proportionnels au but poursuivi, appliqués
objectivement et sans discrimination à l'égard de tous les candidats à l'agrément.

C Les critères quantitatifs

La clause d'approvisionnement minimum est doublement restrictive de concurrence :


d'une part, à l'intérieur de la marque concernée, car elle réserve l'accès au réseau de
distribution aux seuls revendeurs en mesure d'accepter l'obligation d'achats minimum,
d'autre part à l'égard des autres marques concurrentes parce qu'elle contraint les
distributeurs agréés à consacrer une part significative de leurs efforts à la vente des
produits contracteurs
Section II Mise en oeuvre de la distribution sélective

I Modalités de sélection des revendeurs

Tout système de distribution sélective aboutit nécessairement à une limitation


quantitative du nombre de revendeurs susceptibles d'être agréés.

Cette limitation quantitative se traduit le plus souvent par la fixation d'un nombre
maximum de revendeurs au plan national, régional, départemental, local, voire même
de l'arrondissement dans les grandes agglomérations.

Le nombre maximum de revendeurs est fixé en pratique eu égard à la composition,


notamment la richesse présumée de la population correspondant à la circonscription
administrative de référence.

Ce nombre maximum constitue à l'évidence une limitation quantitative dont la


jurisprudence se réserve le droit d'apprécier la justification.

II L'agrément du distributeur

A raison du caractère personnel du contrat de distribution sélective, la commande


passée à un fournisseur par un commerçant ne confère au successeur de ce dernier
aucune antériorité.

Dans le cas de vente d'un fonds de commerce de parfumerie dont l'exploitant bénéficie
d'un agrément, il n'est pas certain que cet agrément soit cessible de plein droit au profit
du nouveau propriétaire du fonds.

L'agrément délivré à un commerçant pour la vente de produits dans l'un de ses


magasins ne vaut que pour le magasin visé par l'agrément sans pouvoir bénéficier à
d'autres sauf agréments complémentaires.

Ainsi, constitue manifestement une faute le fait, pour un commerçant bénéficiant d'un
agrément pour la vente de certains produits dans un magasin déterminé, de vendre les
mêmes produits dans un autre magasin sans agrément préalable exprès.

Cette faute est grave de conséquences puisque, d'une part, elle justifie la résiliation du
contrat du revendeur agréé et que, d'autre part, elle légitime le refus de vente opposé
par la suite au revendeur en cause par le fournisseur

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