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POLITIQUE CRIMINELLE

Caroline CAMBRON Prof : F. BRION 2003-2004

POLITIQUE CRIMINELLE

Introduction : qu’est-ce que la politique


criminelle ?

La politique est l’ensemble des pratiques des


institutions dans un Etat ou une société, mais aussi
l’ensemble des manières d’exercer l’autorité dans cet
Etat ou cette société. FOUCAULT dirait que c’est « la
manière de conduire les conduites des individus qui
forment la population d’un Etat » et ceci implique un
certain nombre d’institutions, de programmes, etc.

La politique criminelle est la politique qui, dans son


entreprise de conduite des conduites, utilise
l’instrument qu’est le droit pénal ou l’incrimination
primaire et secondaire. Cette politique s’inscrit en
complément d’autres politiques mais, comme tel, elle
est déjà une notion éminemment complexe. C’est une
notion chargée de présupposés :
 Des présupposés relatifs au crime et au criminel :
passage à l’acte ou construction sociale,
déterminisme social ou psychologique,… La manière
dont on voit cela va déterminer la manière de traiter
les délinquants, de recourir exclusivement ou non à
l’instrument pénal.
Une question qui se pose fréquemment ici est le fait
de savoir si l’homme délinquant peut être raisonné,
est raisonnable.
 Des présupposés relatifs à l’Etat : Etat de droit ou
autoritaire, limites à son autorité, agenda et non-
agenda (ce que l’Etat doit faire ou ne pas faire),…
Ceci va déterminer des types de politiques
criminelles énormément différentes.

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 Des présupposés quant à l’être humain et


l’anthropologie.

L’enjeu du cours sera le suivant : présenter 4 doctrines


de politique criminelle avec leurs différents
présupposés et conceptions, en les conséquences qui
découlent du choix de telle ou telle politique. Les 4
doctrines abordées sont :

- La doctrine de BENTHAM qui s’est rattachée à


l’utilitarisme et aux premières doctrines libérales
pour conduire les conduites. C’est ce qu’on appelle la
doctrine classique.

- La doctrine de PRINS qui est la doctrine de la


défense sociale. Elle a été développée à la fin du
19ème siècle, au moment des grands conflits sociaux à
propos du suffrage universel. Ce sera une théorie de
défense de la société au sens propre et elle est dite
positiviste ou de l’école sociale du droit pénal.

- La doctrine de Filippo GRAMATICA qui est une


doctrine de défense sociale nouvelle. Elle reprendra
un certain nombre de thèmes développés par PRINS
après la 2ème guerre mondiale et en pleine conscience
des dérives auxquelles peuvent mener les conduites
autoritaires (ex : Nazisme). GRAMATICA va proposer
une socialisation de la politique criminelle et sera le
premier abolitionniste pénal.

- La doctrine de Luke HULSMAN qui est une


doctrine d’abolitionnisme pénal. Au lieu de crimes et
de criminels, il va plutôt parler de situations
problématiques.
Ces 4 discours subsistent actuellement et sont pris en
compte. Un 2ème objectif du cours sera dès lors de

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montrer la traduction de ces conceptions dans la


politique criminelle actuelle.

La 2ème partie du cours partira des définitions


suivantes : « La politique criminelle n’est pas une
politique de lutte contre la criminalité. Elle n’est pas
non plus une politique de gestion et de répartition
équitable des conséquences négatives de la
criminalité. » Ces 2 définitions reposent sur des
définitions réalistes de la criminalité et ôtent donc du
champ d’étude la criminalisation primaire, la politique
de criminalisation. Or, dans le champ d’étude de la
politique criminelle, il faut inclure le choix de
criminaliser ou de décriminaliser certaines situations
problèmes (ex : avortement, drogues douces,
homosexualité).

Concrètement, l’extension qu’on donne au champ de la


politique criminelle varie selon les doctrines : dans un
premier temps, avec BENTHAM, il se confondait avec
celui de la loi pénale (répression et prévention). On
aurait donc à la fois une science de la loi et des
incriminations (délits) et aussi une science des peines.
BENTHAM table sur la répression pour obtenir des outils
de prévention.

PRINS va doubler la loi pénale de politique d’hygiénisme


social. On aura donc une science de la loi et des
incriminations, une science des peines, une science des
causes bio-psycho-sociologiques du crime (la
criminologie) et un hygiénisme social.
Chez les abolitionnistes, l’extension du champ de la
politique criminelle devient très vaste au point qu’il se
confond avec les limites du champ des politiques
sociales chez certains auteurs. Il y a donc une
déspécification de ce champ.

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Il faut tout de même noter que, le plus souvent,


lorsqu’on parle de politique criminelle, on vise
l’acception classique (de BENTHAM) et certaines autres
politiques particulières.

ANCEL parlera alors de la « nature de la politique


criminelle comme discipline autonome ». Cette
autonomisation date des années ’80 et est donc
relativement récente. A partir de ce moment, on voit
que la politique criminelle est prônée par certains
experts qui vont la définir comme à la fois une science
d’observation et un art d’intervention. Une science
d’observation car elle observerait les politiques
criminelles développées dans différents Etats 
(politiques comparées sur un axe horizontal) et
mènerait des recherches soit sur une institution de
politique criminelle, soit sur un phénomène
problématique particulier (axe vertical). C’est
également un art d’intervention car il s’agit de
programmer de nouvelles politiques criminelles grâce à
des études horizontales et verticales et de mettre à jour
un certain nombre de contraintes qui s’imposent à la
politique criminelle (pression de l’opinion publique,
pression médiatique, contraintes structurelles,
contraintes budgétaires et de ressources financières et
humaines, contraintes normatives internationales,…).

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I. La doctrine classique à partir de BENTHAM


(1748-1832)

Introduction

L’essentiel de l’effort de BENTHAM est tourné vers le


droit et l’Etat. On le considère comme un penseur de la
centralisation politique ou un ‘légiste constructeur de
l’Etat’. Le législateur chez lui va prendre la figure d’un
scientifique et technicien. Sa question sera: « Comment
gouverner scientifiquement les être humains? » Le
législateur est l’ensemble des citoyens ou des individus
que la loi étatique oblige.

Son objectif est de réaliser un code général des lois et


surtout une réflexion très approfondie sur les principes
de codification et les principes de gouvernement des
être humains. Son oeuvre est basée sur les principes
d’utilité et d’économie (maximisation).

PRINCIPE D’UTILITE

L’utilité d’une action selon BENTHAM, c’est pour chaque


être humain le surcroît de jouissance que cette action
procure, qu’il s’agisse de biens matériels ou de biens
symboliques. Le principe d’utilité est un principe qui se
pose, lui, au niveau social et il veut qu’on choisisse des
actions susceptibles de créer un surcroît de jouissance
pour le plus grand nombre d’individus.

Le problème politique qui est posé selon BENTHAM,


c’est comment on passe de l’utilité définie au niveau
individuel à l’utilité définie au niveau de la société. Le
législateur devra produire une organisation politique
dans laquelle les citoyens choisissent de faire ce qui est
utile non pas à eux-mêmes mais pour tous. Partant de

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l’idée que l’individu est un être égoïste et intéressé qui


cherche à augmenter son propre plaisir, le législateur
devra donc manipuler les intérêts des individus pour
que, lorsque ceux-ci choisissent ce qui est utile pour
eux, ils choisissent également ce qui est utile au plus
grand nombre. La loi du gouvernement est donc une loi
de manipulation.

PRINCIPE D’ECONOMIE OU LOI DE MAXIMISATION:

Cette loi veut que le législateur, pour atteindre


l’alignement des intérêts individuels et des intérêts
collectifs, recoure à la plus petite dépense (ex: choisir
les peines juste assez lourdes et pas plus ou moins).

Les instruments de manipulation auxquels le


législateur peut avoir recours sont toutes sortes de
moyens imaginables: des formes d’exercice du pouvoir
de manière tyrannique (force et terreur) jusqu’à
l’influence.
L’influence serait plus économique que la force et la
terreur et BENTHAM va la définir comme le fait de
pouvoir convaincre des individus libres de choisir de
faire ce qui est utile à tous. Cette influence, on va
l’exercer par le biais de lois qui sont dérivées d’une
science que BENTHAM appelle l’« endémonique » ou la
science du bien et du mal, de ce qui nous fait du bien et
de ce qui nous fait du mal. Le langage du bien et du mal
serait le seul langage que l’être humain comprendrait.

BENTHAM a une théorie du langage qui est directement


héritée du sensualisme. Pour les sensualistes, ce qui
effectivement fait sens, c’est ce que nous éprouvons
par nos sens (senses make sens). Donc, le langage doit
toujours avoir une approche corporelle, sensuelle.
BENTHAM va y distinguer les entités réelles et les
entités fictives. Les entités réelles peuvent être saisies

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par les sens et les entités fictives ne peuvent être


éprouvées par les sens (ex: justice, droit, propriété,
vol). Ce sont des mots qui n’ont pas de référence
objective et ils sont en danger de ne rien signifier du
tout. Pour qu’ils signifient quelque chose, il faut, selon
BENTHAM, connecter les entités fictives aux entités
réelles. Dans le langage pénal, on va alors connecter
les mots de la loi aux maux de la peine (ex: peine de
prison bien éprouvable).
On peut donc manipuler les individus, entre autre, par
le langage pénal en assortant à des peines des faits
défavorables pour tous.

Politique criminelle de BENTHAM

A partir de cette façon de concevoir l’être humain et la


manière de gouverner l’être humain, BENTHAM va
développer sa politique criminelle. Les 3 composantes
de base de cette dernière forment le TRIANGLE CRIME-
LOI-PEINE, c’est-à-dire le principe de la légalité (« pas
de crime sans loi, pas de peine sans loi mais aussi,
selon BENTHAM, pas de loi sans peine et pas de crime
sans peine). Dans le triangle, la seule entité réelle est la
peine et elle va donner un sens aux 2 autres entités.

1. La peine:

a) Définition de la peine:

La peine serait un mal qui est imposé selon des formes


légales à un individu qui est convaincu d’avoir commis
un acte interdit par la loi.

b) Fonctions de la peine:

La fonction de ce mal est triple:

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 Fonction symbolique: faire consister les entités


fictives que sont le crime et la loi. Il fait donc exister
l’interdit.
 Fonction d’éviter la répétition de cet acte interdit
par la loi parce qu’il est nocif pour le plus grand
nombre. Il s’agit donc d’une fonction de prévention
(générale et spéciale: voir plus loin).
 Fonction de réparation du mal commis. Cette
fonction concerne l’intérêt particulier de la victime et
intéresse donc peu le législateur pénal. C’est une
fonction civile.

La prévention spéciale est d’éviter la récidive de celui


qui est condamné, qui subit la peine. Pour cela, on peut
tabler sur 3 moyens:
- la peine peut incapaciter : mettre hors d’Etat
de récidiver (ex: castration pour les délinquants
sexuels). Ceci est à réserver aux infractions les plus
lourdes et a un coût élevé.
- la peine peut intimider : ôter l’audace de
commettre le fait en suscitant la crainte.
- la peine peut avoir une fonction de réformation
morale : ôter le désir de récidiver. Ceci est
difficilement atteignable.

La prévention générale est le fait de dissuader


l’ensemble des citoyens de passer à l’acte. Cette
fonction est la fonction la plus importante. C’est elle qui
détermine véritablement l’utilité de la peine et c’est
aussi cette fonction-là qui légitime la peine. BENTHAM
va dire que la différence entre le délit et la peine (maux
de 1er ordre) est que, dans un 2ème ordre, le délit trouble
le langage pénal alors qu’au contraire, la peine va y
remettre de la clarté et prévenir le passage à l’acte. Si
une peine ne produit pas cet effet, elle doit être
éliminée.

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c) Détermination de la peine:

PRINCIPE D’UTILITE : La peine doit être suffisante pour


produire des effets de prévention spéciale et surtout
des effets de prévention générale. Le principe de base
est qu’une force nous pousse à passer à l’acte à raison
du surcroît de jouissance espéré. A cette force, il faut
opposer une force juste supérieure de sorte qu’elle
évite le passage à l’acte.

BENTHAM va dire que la différence entre le surcroît de


jouissance et la peine, c’est que le surcroît de
jouissance est certain alors que la peine ne l’est pas. On
va donc devoir compenser le défaut de certitude par un
surcroît de sévérité. Par ailleurs, on a des délits qui sont
répétés et habituels (ex : consommation de drogue) et,
dans ces cas-là, la peine doit excéder le surcroît de
jouissance tiré de la répétition de l’infraction.

 Plus le délit est nuisible pour le plus grand nombre,


plus la peine doit être forte.
 Etant donné que ce qui est douloureux pour l’un
n’est pas nécessairement ce qui est douloureux pour
l’autre, on va devoir prévoir une individualisation des
peines (ex : peine infamante pour les aristocrates et
peine de prison pour les classes plus basses). La
peine sera donc fonction de l’appartenance à un
groupe.
 L’individualisation des peines ne doit pas nuire à la
clarté de la loi. Le principe est de faire exister des
interdits et pas affirmer une hiérarchie sociale.
Il doit donc y avoir une proportionnalité entre le crime
et la peine, avec toutes les nuances ci-dessus.

PRINCIPE D’ECONOMIE : « L’homme condamné n’est


pas un ennemi de la société mais bien un membre de
celle-ci dont on ne peut pas totalement sacrifier

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l’intérêt particulier à l’intérêt général. » D’autant plus


que cet infracteur est utile à la société puisqu’il est
l’occasion de rappeler la loi pénale.

BENTHAM va distinguer ici 2 valeurs dans la peine : la


valeur réelle et la valeur apparente. Sa valeur réelle est
la souffrance que le condamné endure réellement. La
valeur apparente est la souffrance que les membres de
la société imaginent que le condamné endure. Selon
BENTHAM,, la meilleure peine est celle dont la valeur
apparente est la plus grande alors que la valeur réelle
est la plus faible. Il va même aller jusqu’à proposer de
faire de fausses mises à mort.

d) Caractéristiques formelles de la peine :

Etant donné que la peine a une fonction symbolique,


elle doit avoir certaines caractéristiques formelles.
BENTHAM va dire qu’une peine produira d’autant mieux
des effets de langage qu’il y a analogie (lien) entre
peine (entité réelle) et infraction (entité fictive). Ce lien
peut aussi se faire par la commensurabilité : il n’y a pas
une totale disproportion entre la gravité du fait et la
peine. La gradation des peines signifie la gradation des
infractions.

2. La loi :

a) Caractéristiques de la loi :

 La loi doit être précise : elle ne doit contenir


aucune équivocité et aucune ambiguïté.
 Elle doit être claire et aisément compréhensible.
 La loi doit être exhaustive.
 La loi doit être limitée : il ne peut pas y avoir
d’inflation pénale de la loi car cela comporte une
baisse d’influence de cette loi.

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Pour qu’elle puisse conduire les conduites, il faut que


ces 4 conditions soient remplies. BENTHAM a créé ici la
« nomologie » : la science des lois ou de leurs
rédactions. Cette science étudie comment les lois
doivent être rédigées et systématisées pour pouvoir
effectivement influencer ou gouverner les conduites. La
loi est donc conçue comme l’instrument qui va
permettre l’alignement des intérêts individuels et de
l’intérêt général. Pour cela, elle va promouvoir ou
interdire certains comportements.

La base de la loi est l’économie des sensations. Selon


BENTHAM, la première valeur à promouvoir alors est la
sécurité et tant qu’elle est la condition de la jouissance
des biens (physiques, matériels et symboliques). La 2 ème
valeur à protéger est la sécurité physique car le premier
bien de l’individu qui conditionne tous les autres, c’est
son corps que ce soit dans le cas de délits ou de peines.
En ce qui concerne ces dernières, il faudra une peine
plus forte pour une atteinte au corps par rapport aux
atteintes aux biens.

b) Critique de la common law par


BENTHAM :

 Elle abolit toute forme de sécurité juridique.


 C’est un régime du pur rapport de force qui est
travesti dans des formes légales : pour prendre sa
décision, le juge va tenir compte de la position
sociale des parties concernées.
 Elle est une forme légale qui abolit la liberté et
l’autonomie de l’individu : la loi ne réunit par les
conditions d’un calcul clair du comportement (coûts-
jouissance) et engage l’individu à se conduire non
pas comme un être rationnel mais sous une forme de
suivisme (sheep and goose principles).

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Sur le versant constructif, il va falloir imaginer une loi


qui n’aurait pas ces défauts.

c) Elaboration de la loi :

La loi devrait donc être claire, univoque (permettre un


calcul rationnel) et systématisée. Ceci implique un
principe de codification pour hiérarchiser les valeurs et
comportements. Pour atteindre ces objectifs, la loi va
utiliser plusieurs moyens :
- Le couplage de l’entité fictive (la loi) à une
entité réelle (la peine).
- Le principe d’investissement et de
désinvestissement (ex : investir en donnant la
citoyenneté, un pouvoir juridique, la qualité de
‘propriétaire’ ou de ‘locataire’, et désinvestir en
donnant la qualité de ‘minorité’, de ‘mineur’). Ce sont
des actes juridiques qui manipulent les identités des
individus à des fins de gouvernement.

Cela va correspondre, selon BENTHAM, à une sorte de


« police des identités ». La condamnation d’un individu,
par exemple, instituera l’individu d’une nouvelle
identité sociale (il aura moins de droits que les
citoyens). Le corps réel des individus n’est donc jamais
qu’un lieu d’investissement et de désinvestissement.
Selon BENTHAM, la première prison, la première prise,
le premier outil pour gouverner un individu, c’est son
identité. L’art du législateur consiste, notamment, en
l’établissement des lignes qui séparent les individus
(uniformes ou signifiants politiques).

Selon BENTHAM, la loi est un acte qui soit promeut ou


interdit, soit qui investit ou disvestit. Il disparaît alors
dans la réalité qu’il crée et engendre une série
d’illusions auxquelles les individus croient

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profondément (ex : être propriétaire d’une maison,


posséder des droits). Ces illusions, ces droits sont quasi
incorporés par les individus dont l’identité sociale va
être manipulée par le législateur. Par cette politique des
identités, le législateur va se donner les moyens de
manipuler les intérêts (peines physiques et promesses
de « mutilations imaginaires » comme la privation de la
citoyenneté).

Pour désabstraire la loi, il faut l’associer à des douleurs


concrètes (douleurs physiques ou symboliques
lorsqu’on manipule l’indenté sociale). La peine est alors
conçue comme une force de direction opposée à celle
qui pousse à passer à l’acte. Par exemple, la sanction
pour un meurtre passionnel sera une peine
particulièrement forte puisqu’il faut contrecarrer la
passion.

3. La responsabilité :

Ce qui va faire tenir les 3 pointes du triangle loi-crime-


peine ensemble et former ainsi une pyramide, c’est la
responsabilité. Elle désigne le fait qu’un individu a à
répondre de son acte et est une conséquence de
l’autonomie et de la liberté. La responsabilité est une
capacité reconnue à la plupart des individus (l’« homo
penalis »). La théorie de BENTHAM serait donc une
anthropologie générale puisqu’elle concerne tous les
individus considérés comme responsables.

PRINS, lui, va développer une anthropologie spéciale (la


criminologie) à propos de l’« homo criminalis ». Il va
classer les individus en différentes catégories et, selon
lui, certains individus ne peuvent être manipulés par le
langage pénal. Ces individus font un calcul coût-
bénéfice erroné ou pas de calcule du tout.

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II. La doctrine de la défense sociale à partir de


PRINS (fin du 19ème siècle)

A) L’« homo criminalis » l’irresponsabilité :

La doctrine de la défense sociale se caractérise par


l’émergence d’une figure nouvelle : l’« homo
criminalis » (le criminel-né) qui apparaît non plus
comme le produit d’un acte juridique, du travail pénal,
d’une condamnation, mais plutôt comme une réalité
naturelle. Il est un dégénéré, un non-évolué
ressortissant des sciences naturelles.
Cet homme criminel n’est absolument pas manipulable
par la loi pénale. On ne peut lui parler par le biais du
langage pénal et c’est tellement bien reconnu que ces
hommes ont généralement été considérés
IRRESPONSABLES.

L’« homo criminalis » ne représente pas la totalité des


infracteurs et les penseurs de la défense sociale vont
dire que leur doctrine ne remplace pas celle de
BENTHAM mais vient plutôt la compléter, la redoubler.
L’homme criminel exigera d’autres outils que l’« homo
penalis ». Il ne peut être considéré comme un élément
du corps social. Certains théoriciens parleront même
d’« excréments du corps social ».

Mais, comment alors les gérer, en tenant exclusivement


compte de leur dangerosité sociale ? Par rapport aux
dangereux, il n’y a pas lieu de promouvoir une sorte de
calcul des plaisirs et des peines. Il y aura à se défendre
par des moyens plus ou moins violents. Les différents
régimes iront de la rentabilité des déchets de
l’organisation sociale à leur élimination (extermination
ou stérilisation, par exemple).

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On voit qu’on passe ici de l’acte à l’acteur (nature


mauvaise) et on définit certains individus non pas par
leur faire mais par leur être.

B) La prévention :

La manière dont PRINS conçoit son Anthropologie


spéciale, c’est-à-dire son savoir propre sur le délinquant
de profession, est la suivante : par rapport aux
délinquants de profession, la société a le devoir de se
défendre et, en ce sens, dit-il, tout le débat sur le libre
arbitre et le déterminisme est un débat inutile.

L’élimination préventive veut dire qu’un bon nombre


d’Etats vont se doter de législations qui vont les
autoriser à stériliser des catégories de population
considérées comme non-humaines. Dans la voie de la
rentabilisation, on va tenter de trouver une utilité
sociale à cette sous-espèce humaine.
Il y aura donc 2 anthropologies qui se baseront sur 2
moyens :
 la prévention générale et spéciale ;
 et l’extermination ou le recyclage des déchets.

On va voir apparaître un des dispositifs de prévention


secondaire. Il y aura alors 3 niveaux à la prévention :
- la prévention primaire ou prévention générale
chez BENTHAM
- la prévention tertiaire ou prévention spéciale
chez BENTHAM
- et la prévention secondaire qui va viser la
classe criminelle.
Cette dernière prévention sera basée sur la science qui
étudie l’homme criminel. C’est la criminologie qui est
définie comme la science des causes du passage à
l’acte (biologiques, sociales ou psychologiques). Dans
un premier temps, on va surtout se concentrer sur les

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causes biologiques (ex : établissement d’une


corrélation entre la délinquance et la tuberculose).

On passe donc d’une prévention bi-polaire à une


prévention tripolaire qui ira de pair avec l’apparition
d’une série de professionnels d’encadrement du social.

C) Politique criminelle :

Introduction

Pour PRINS, il s’agit de résoudre les problèmes liés à


l’industrialisation et surtout du paupérisme. Le 19ème
siècle est caractérisé par la naissance du prolétariat et
la recherche de moyens d’encadrement de la
population ouvrière, des classes dangereuses. Alors
émergent aussi le socialisme, les mouvements ouvriers
et la lutte pour le droit de vote pour la population
masculine.

Rappel historique :
1886 : grandes grèves très durement réprimées
1895-1896 : suffrage avec différentes valeurs dans les
voix
1919 : suffrage universel
PRINS sera un partisan du corporatisme et du suffrage
censitaire. On retrouve ceci très clairement dans ses
oeuvres.

Les doctrines philosophiques qui l’inspirent sont le


positivisme et l’évolutionnisme. Le positivisme est une
philosophie qui admet sans critiques la valeur des
sciences. Cette pensée vient de Auguste COMTE qui
voulait créer une physique sociale. Son sujet d’étude
serait les phénomènes sociaux et son objectif serait de
réaliser l’achèvement du système des sciences et
permettre ainsi à la société d’atteindre son positivisme,

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le bonheur par la science. L’évolutionnisme est une


doctrine qui suppose que l’histoire des sociétés les fait
avancer sans discontinuité vers le progrès.

Le point de vue de départ de la réflexion de PRINS


pour sa politique criminelle est une double
insatisfaction: d’une part une insatisfaction par rapport
à la manière dont la criminalité est pensée et, d’autre
part, une insatisfaction par rapport à la manière dont la
pénalité (la responsabilité) est pensée.

1. Insatisfaction par rapport à la manière dont la


criminalité est pensée :

On pense la criminalité sur un plan individuel. Selon


PRINS, elle devrait plutôt s’analyser comme un
phénomène social dont il est tout à fait possible
d’analyser la distribution dans la société (cf.
QUETELET). Dire que la criminalité est un phénomène
social implique selon PRINS de changer aussi la manière
dont on perçoit le criminel. Les théories classiques vont
définir le criminel par l’infraction. PRINS le voit plus
comme socialement déterminé par la position qu’il
occupe ans la société.

2. Insatisfaction par rapport à la manière dont la


pénalité est pensée :

Dans le système classique, la responsabilité est la


condition de la pénalisation, pour qu’une peine puisse
être appliquée. Or, avec la naissance des sciences, on a
modifié la définition qu’on donne à la responsabilité.
Dans quelle mesure l’être humain est-il libre ou
déterminé, puisqu’on peut y appliquer des modèles
scientifiques ? Si l’homme est déterminé, doit-on
considérer qu’il n’est pas responsable comme tel de
sorte que le punir serait injuste? Avec cette pensée, une

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série d’individus vont progressivement échapper au


système judiciaire et, selon PRINS, il s’agit justement
des plus dangereux. Le résultat de cette mauvaise
représentation de la pénalité est que l’on voit les taux
de criminalité monter sans arrêt. Ceci montre un échec
des théories classiques.

Comment PRINS va-t-il penser le crime et la


criminalité ? Selon lui, il faut distinguer 2 types de
délinquants : les premiers sont les délinquants et les
vagabonds de profession et les seconds sont les
délinquants et les vagabonds d’accident, d’occasion.
Donc, on ne caractérise pas par l’acte mais bien par
l’auteur.
Selon PRINS, les délinquants et les vagabonds de
profession sont la majorité qui peuplent les prisons. Ce
sont là des endurcis, des incorrigibles et des
récidivistes. Les autres constituent une minorité par
rapport à laquelle, généralement, on ne recourt pas à la
prison.

L’étiologie de la délinquance varie selon que l’on se


trouve dans un des deux cas : chez le délinquant
profession, le facteur qui prime, c’est le social. De
l’autre côté, ce qui prédomine, c’est le facteur
individuel. Dans le cas des délinquants de profession, la
tendance au crime est définie comme permanente.
Dans le cas des délinquants d’occasion, elle est
passagère.
Les délinquants de profession se recrutent surtout dans
les couches profondes de la société alors que les
délinquants occasionnels se recrutent dans les classes
aisées, instruites et policées. C’est la nature même de
la faute qui distingue les 2 classes : dans les cas de la
délinquance d’occasion, la faute est individuelle et
exceptionnelle alors que dans les classes profondes, la
faute est la règle et surtout collective. Selon les cas, on

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ne gèrera pas le problème de la même manière, on


aura besoin d’autres outils.

La différence entre les 2 formes est acquise par les


statistiques criminelles et peut être mobilisée pour des
politiques criminelles diverses On verra apparaître
l’idée de l’intervention de l’Etat ante-delictum.

De la même manière dont il a dédoublé la manière de


voir les délinquants, PRINS va dédoubler la politique
criminelle.

Pour les délinquants d’occasion, on peut, de manière


générale, considérer que le dispositif classique peut
rester d’application. La peine y est un instrument de
prévention spéciale et de prévention générale. Il
apporte tout de même une nuance : certaines peines,
dont la prison, ont des effets désocialisant et
déstructurants pour les délinquants d’occasion. Pour
eux, il faudrait donc éviter le plus possible cette peine
et développer un arsenal pénal d’amendes, de travail
dans la communauté et d’emprisonnement cellulaire
(pour éviter la contamination) et limité dans le temps.

Pour les délinquants de profession, le dispositif


classique se révèle inadéquats et il va falloir développer
une diversification de la politique criminelle :

 Actions sur le vagabondage: procéder au


dédoublement pour distinguer les malheureux
(occasionnels) et les vicieux (professionnels). Les
premiers relèvent de la charité et du secours, les
seconds doivent être enfermés. PRINS va ainsi être à
l’origine de la loi de 1891 sur l’enfermement des
vagabonds. Cette mesure sera chaque fois d’une
durée indéterminée. Cette loi a été abrogée en 1993.

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 Actions pour les enfants de vicieux, de dégénérés:


il s’agit ici de séparer le vice de la misère dès le
premier âge et pour ceci procéder à un triage entre
les enfants de malheureux et les enfants de vicieux.
Pour les premiers, il faut prévoir des associations
charitables et de bienfaisance. Les seconds doivent
être pris en charge par l’Etat en bas âge car il est
alors encore possible d’en faire des êtres utiles
(soldats, marins, ouvriers).
L’Etat doit donc effectuer un triage et une sélection
de la population. On trouve déjà ce projet chez
BENTHAM. Une limite à cela a été montrée dans la
pratique: plusieurs pays vont faire un tri artificiel de
la population par stérilisation des malades mentaux,
par exemple. PRINS dénonce cet artificialisme: il ne
faut pas supprimer mais bien faire avec.

Ces actions sont considérées comme des formes de


prévention ciblée par rapport à des catégories de
personnes « à risque ». C’est ce qu’on va appeler la
prévention secondaire pour des populations non-
manipulables, non-raisonables par le langage légal et
pour lesquelles il faut établir des dispositifs de
surveillance.

Pour la répression, l’intervention après que l’infraction


a été commise, il s’agira d’appliquer des peines qui ne
doivent pas être proportionnelles au plus jouir
escompté de l’acte car les délinquants de profession ne
sont pas des êtres rationnels, de calcul. La peine doit
être proportionnelle à la dangerosité de l’individu.
Pour apprécier cette dangerosité, il faut se baser sur 2
types de savoir : le savoir produit par les statistiques
criminelles qui permet une première classification des
condamnés en fonction de leurs caractéristiques
sociales, et le savoir qui sera produit par leur

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POLITIQUE CRIMINELLE
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observation en prison. Ce savoir va servit à


l’individualisation de la peine.

Chez BENTHAM, la peine résulte de l’application


différentielle de la loi par le juge. Tel que PRINS
l’imagine, l’individualisation de la peine prend forme
lors de l’exécution de la peine. On peut citer comme
exemple ici la loi sur la libération conditionnelle.
Lorsque le terme de la peine intervient, que doit-on
faire de la population délinquante professionnelle qui
reste tout de même dangereuse ? Le débat sur les
peines indéterminées, la mise en sûreté (mise à la
disposition du gouvernement) sera alors ouvert. Le
principe selon PRINS sera de dire que la loi est quelque
chose mais certes accessoire. Elle ne peut en aucun cas
mener à un asservissement du juge. Il s’agit ici
également d’avoir une réflexion sur l’effectivité,
l’efficacité de la peine.

Pour les délinquants occasionnels, PRINS va plaider


pour des formes d’enfermement collectives et avec
éventuellement une mise au travail. Il s’agit alors de
baisser les coûts de la défense de la société en mettant
les détenus au travail. Le temps de détention doit être
investi comme un temps de formation professionnelle
(ateliers, colonies agricoles).

La manière dont PRINS et BENTHAM investissent la


prison est différente. BENTHAM parle du panoptique
avec l’enfermement cellulaire. Il l’investit comme un
instrument de prévention générale (bâtiment imposant
construit dans la ville) et de prévention spéciale
(intériorisation de l’œil).
Pour PRINS, la prison n’intimide pas et ne peut pas
discipliner les individus. Elle peut être un lieu
d’observation et d’élaboration d’un savoir sur les
détenus (cas par cas ou généralisé comme la

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POLITIQUE CRIMINELLE
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criminologie). Elle peut être conçue comme d’autres


dispositifs de surveillance, relié aux comités de
patronage extra-muros (maillage de la surveillance).

Lorsqu’on compare les 2 triangles, on a des montages


très différents :
- Chez BENTHAM, il y a un investissement extrême
de la loi alors que chez PRINS la loi existe (elle est un
instrument qui permet de reproduire l’ordre social)
mais, ce qui est valorisé, c’est cet ordre social.
- Dans les 2 triangles, un des angles est le délit.
Chez PRINS, il aura une position mineure puisque ce
qu’il importe de réprimer, c’est ce qui menace l’ordre
social. Le délit est éventuellement un point d’entrée
pour évaluer la dangerosité de l’individu. PRINS va
également se donner la possibilité d’intervenir avant
le délit (ex: pénalisation de la tentative).
- Du côté des peines, il y a aussi une relativisation. Il
s’agit d’organiser une défense efficace contre les
individus et les classes dangereuses. Les peines
peuvent alors être redoublées de mesures de sûreté,
avec les problématiques de l’individualisation et de
l’indétermination de la surveillance dans le temps.
- Ce qui fait le lien entre ces 3 pôles, c’est la notion
de dangerosité (attribut déterminé socialement) et
plus la responsabilité.

Remarque: selon PRINS, le triangle classique reste


pertinent par rapport à la délinquance occasionnelle.

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III. La doctrine de la défense sociale nouvelle


à partir de GRAMMATICA (mi-20ème siècle)

A) Principes généraux :

Selon GRAMMATICA, l’Etat a un pouvoir limité


d’intervention par rapport à la population.

Pour développer son raisonnement, il va poser un


certain nombre de principes généraux :
1. L’Etat doit assumer la fonction des causes du
malaise de l’individu dans la société.
Pour cela, il doit réaliser l’ordre voulu par la loi non en
punissant mais en socialisant. Le processus de
socialisation doit être réalisé par des mesures de
défense sociale (préventives, curatives, etc.).
2. La mesure de défense sociale doit être
adaptée à l’individu en fonction de sa personnalité et
non du dommage causé.
3. En matière de défense sociale, l’intervention
de l’Etat commence avec l’appréciation du degré et
de la nature de l’antisocialité et prend fin lorsque
l’antisocialité a disparue, ceci étant déterminé dans
le cadre d’une procédure judiciaire.

B) Le couple individu-Etat et la socialisation :

Toute la pensée de GRAMMATICA s’élabore à partir d’un


couple : le couple individu-Etat. La question de départ
sera : « Comment diminuer les droits de l’Etat par
rapport à l’individu et comment diminuer les droits de
l’individu par rapport à l’Etat ? » GRAMMATICA va poser

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POLITIQUE CRIMINELLE
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une prééminence de l’individu qui est seul digne d’être


protégé. L’Etat doit garantir les droits des individus et la
coexistence harmonieuse des individus dans la société.

GRAMMATICA reprend la question benthamienne de


comment réaliser un alignement des intérêts
particuliers et de l’intérêt général. La réponse qu’il va
donner sera radicalement différente de celle de
BENTHAM. En effet, il va élaborer une théorie de la
socialisation des individus.

L’édifice repose sur l’idée que l’homme est


naturellement égoïste mais nécessairement sociable. Le
processus de socialisation doit permettre d’harmoniser
les tendances à l’égoïsme et la nécessité de vivre en
société. La société est un rassemblement d’individus
sur un territoire. C’est une réalité de fait non naturelle
ou contractuelle.

C) Critiques :

1. Critique de la notion de « délinquant » :

Cette critique est adressée à toutes les doctrines qui


distinguent 2 catégories naturelles d’hommes : les
délinquants et les non-délinquants. Selon GRAMMATICA,
c’est la loi pénale qui va créer le délinquant.

2. Critique de la peine :

D’une part, la peine est issue d’une conception


purement autoritaire de l’Etat et des rapports entre
l’individu et l’Etat. De plus, elle n’assume aucune
fonction d’amélioration de l’individu ou de la société.
Elle ne socialise pas l’individu, c’est-à-dire qu’elle ne

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réalise pas l’alignement des intérêts. Ceci est dû au fait


que la peine est brutale et statique (déterminée dans sa
nature et dans sa mesure lors du prononcé de la
condamnation) alors que la socialisation est un
processus dynamique.

Si la peine a des effets de prévention générale, c’est


par la peur et non par la socialisation. Ce n’est donc pas
un moyen adéquat. GRAMMATICA voudrait que
l’individu définisse vraiment le bien tel qu’est le bien
social (alignement des intérêts).

3. Critique de l’infraction :

L’infraction ne constitue pas un indicateur fiable de


l’antisocialité de l’individu. Elle ne dit rien ou en tout
cas trop peut pour soutenir l’intervention de l’Etat, sur
le rapport qu’entretient l’individu à la société.

Conclusion :

Ces différentes critiques vont amener GRAMMATICA à


dire que le système pénal doit être abolit. Il est le
premier abolitionniste pénal. Il va proposer qu’en lieu et
place du système pénal on instaure un système de
défense sociale.

D) Système de défense sociale :

Dans ce système, la rationalité gouvernementale est


différente. Dans les triangles, on maintient l’ORDRE
JURIDIQUE ETATIQUE en tant qu’il doit harmoniser
l’intérêt individuel et l’intérêt général.

A la place du délit ou de la dangerosité, on va avoir un


« INDICE D’ANTISOCIALITE ». A première vue, il s’agit
d’un équivalent aux faits qualifiés infractions. Ce sont

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une série de comportements définis par la loi. Les


indices d’antisocialité doivent être constatés par un
juge. Leur seule et unique utilité est d’indiquer qu’il y a
un problème de socialisation.

Aux yeux de GRAMMATICA, ils constituent une garantie


de l’individu contre l’Etat. Le constat qu’il existe ces
indices ouvre le droit à une intervention de défense
sociale par l’Etat.

Le fait en tant que tel, l’infraction ne vaut qu’en tant


qu’il signale qu’il existe un problème chez l’individu. Il
va falloir déterminer la nature et la mesure de l’anti-
socialité. Ceci est fait par des experts bio-médico-
psycho-sociaux qui effectuent des expertises
scientifiques.

Les MESURES DE DEFENSE SOCIALE qui seront prises


seront proportionnelles non pas aux faits qualifiés
infraction mais bien à l’indice d’antisocialité. La
question de la gravité des faits tombe donc chez
GRAMMATICA. La mesure de défense sociale vise à
resocialiser l’individu. On peut donc imaginer qu’elle
évolue et que ce qui lui mette fin est le constat par des
experts que la personne est resocialisée.

Le juge peut alors décider que la mesure soit


suspendue. Le juge sera donc la garant des droits de
l’individu par rapport à l’Etat : il établit qu’il y a un
indice d’antisocialité, il choisit la mesure, il demande
des évaluations pour constater l’évolution ou la
resocialisation, etc.

Il y a un souci de proportionnalité entre la mesure (la


peine) et l’antisocialité (pas la force qui pousse à passer
à l’acte ni la dangerosité comme dans les autres
modèles). Le rapport entre l’indice d’antisocialité et la

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mesure n’est pas un rapport causal mais bien un


rapport casuel (détermination au cas par cas).

CRITIQUE DE LA NOTION DE RESPONSABILITE :

D’un part, GRAMMATICA va dire qu’il s’agit d’une notion


de droit privé. L’individu a à répondre de son acte dans
le civil, face à la victime. L’intervention de l’Etat ne se
fait pas à partir de la considération que l’individu est
responsable mais bien à partir du devoir de l’Etat de
réaliser l’harmonie des individus à travers la
socialisation.

Néanmoins, la notion de responsabilité morale est


quand-même importante dans l’évaluation de
l’antisocialité.

La notion de capacité n’est pas considérée comme une


notion pertinente. Selon GRAMMATICA, l’Etat peut
intervenir quel que soit l’âge de la personne, par
exemple.

La notion de dangerosité est évacuée sur base que


dans certaines doctrines elle est utilisée pour définir
des classes parmi les êtres humains. Selon
GRAMMATICA, on ne peut pas parler d’une
anthropologie spécifique pour les délinquants.

A partir de ce raisonnement, on voit bien qu’on va vers


une déspécification de la politique de défense sociale
qui n’est jamais qu’une pièce dans un ensemble de
politiques sociales. Ce qui va la différencier par rapport
à ces autres politiques sociales, c’est son caractère
contraignant : elle s’impose. Le droit à la socialisation
est un droit auquel l’individu ne peut pas renoncer, de
la même manière que l’Etat ne peut pas renoncer à son

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POLITIQUE CRIMINELLE
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devoir de socialisation. Il s’agira donc éventuellement


de faire le bonheur des gens contre leur gré.

Pour réaliser l’adéquation entre l’individu et la société,


GRAMMATICA va créer un catalogue de mesures de
défense sociale. Ce qui va différencier ces pratiques des
pratiques pénales, ce n’est pas la nature des mesures
mais bien leur temporalité et leur possibilité de
modification. GRAMMATICA va inventer des amendes,
des formes d’enfermement et des processus de
formation professionnelle et idéologique.

Il y a un ensemble d’institutions, d’instances qui vont


socialiser l’individu (ex : famille, école,…). L’indice
d’antisocialité va indiquer qu’il y a une défaillance de
ces instances. La défense sociale va alors intervenir en
contraignant et, éventuellement, en retirant l’individu
de son milieu de vie. Par ailleurs, on a une confiance
assez forte dans l’expertise scientifique, la délinquance
étant encore largement conçue sur le modèle de la
maladie.

E) Critiques de la théorie de GRAMMATICA :

GRAMMATICA a été fortement critiqué comme trop


radical par ANCEL et comme trop peu radical par
HULSMAN.

La critique d’ANCEL porte sur la notion d’indice


d’antisocialité. Il la critique car, selon lui, la garantie
offerte à l’individu serait insuffisante. La notion
d’infraction (le droit pénal) caractérisant un acte
offrirait bien plus de garanties. ANCEL a donc un souci
d’objectivité dans la pratique de la défense sociale.

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POLITIQUE CRIMINELLE
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ANCEL va postuler qu’on doit saisir l’occasion de la


peine pour entamer un travail de resocialisation qui doit
être borné dans le temps, les bornes étant déterminées
par ce qu’exige la rétribution (autrement dit, par la
gravité de l’infraction). Il y a donc une superposition
entre une logique curative et une logique punitive.

HULSMAN va dire que si on peut conclure avec


GRAMMATICE et ANCEL qu’il faut abolir le système
pénal, on ne peut en aucun cas promouvoir cette
abolition et le remplacement du système pénal par un
système de défense sociale. Dans les 2 cas, il s’agirait
d’interventions autoritaires de l’Etat, d’une vision
catascopique (visée du haut vers le bas) des situations
problématiques. La détermination des infractions et des
indices d’antisocialité se fait apriori. Cette légalité
ressort même de la nature autoritaire de l’intervention
de l’Etat.

Selon HULSMAN, ni les infractions, ne les indices


d’antisocialité protègent l’individu de l’Etat. Il faudrait
substituer à la vision catascopique une vision
anascopique (du bas vers le haut), les seules personnes
habilitées à définir une situation comme problématique
et à requérir l’intervention de l’Etat étant les personnes
concernées.

L’Etat ne doit donc pas réaliser l’alignement de l’intérêt


individuel et de l’intérêt général. Selon HULSMAN, la
société est une abstraction, elle n’existe pas. Il y a à
réaliser l’alignement d’intérêts individuels et d’intérêts
collectifs (de petits groupes restreints). Il faut laisser les
individus négocier et, s’ils n’y arrivent pas ou s’ils
n’arrivent pas à régler certaines situations
problématiques, il sera toujours temps de faire appel
aux services de l’autorité publique.

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POLITIQUE CRIMINELLE
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Comme chez GRAMMATICA, chez HULSMAN on a un


souci d’abolition du système pénal mais pas de
substitution par un système de défense sociale. On va
au contraire renverser la manière de voir les choses.
Les 3 angles du triangle seront : la situation définie
comme problématique par les personnes impliquées,
les solutions négociées et les communautés concrètes
dans lesquelles sont définies et résolues les situations
problème (ex : école, famille, communauté restreinte).

Rappel d’une notion importante : l’unique fonction de


l’indice d’antisocialité est de pointer qu’il y a un
problème dans la socialisation de l’individu.

On a généralement présenté la doctrine de défense


sociale nouvelle comme une forme de socialisation du
pénal. Actuellement, on a plutôt un retour de la doctrine
classique (pénalisation de social).

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IV. Doctrine abolitionniste à partir de


HULSMAN

Contrairement aux autres auteurs, HULSMAN va


exclusivement travailler sur le droit pénal et le système
pénal. Il va parler du système de l’administration de la
justice pénale. Pour lui, il s’agit d’un système qui
dysfonctionne. Il comprend 3 instances :
 le droit pénal (la loi pénale mais également la
jurisprudence et la doctrine)
 les organes officiellement chargés de mettre en
œuvre la loi pénale, envisagés dans leurs relations
mutuelles (police, Ministère public, maisons de
justice, etc.)
 le système des relations entre les organismes
chargés de mettre en œuvre la loi pénale et les
médias

Il justifie cette dernière inclusion de la manière


suivante : il faut distinguer 2 sortes de connaissances
du système pénal : une connaissance littéraire
(dramatique) et une connaissance littérale (qu’on
acquiert à partir d’expériences pénales vécues en tant
que justiciables. Il s’agit d’une représentation idéale et
irréelle.

Le plus souvent, dit HULSMAN, la politique criminelle


est basée sur une connaissance littéraire du système
pénal. Il va alors tenter de la développer à partir de la
connaissance littérale, de ce que le système pénal
produit pour les justiciables.

Dans l’œuvre de HULSMAN, il y a un premier versant


CRITIQUE DU SYSTEME PENAL :

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1. Selon HULSMAN, le système pénal est un


mal social pour les raisons suivantes :

- Il est une machine démocratique dans laquelle il


n’y a aucun responsable.

Pour déclarer ceci, il va se baser sur des études à


propos des sous-systèmes (ex : police, Ministère public,
judiciaire,…). Chacun de ces sous-systèmes est une
unité démocratique qui a une logique propre, aux
objectifs propres, avec une idéologie propre et qui a
très peu à voir avec les autres sous-systèmes.

- Selon HULSMAN, le système pénal est incontrôlable


ne serait-ce que parce qu’il est composé de différents
sous-systèmes qui sont peu coordonnés entre-eux.

En effet, il n’y a ni contrôle par le bas (par la clientèle,


les justiciables) ni contrôle par la haut (indépendance
du pouvoir judiciaire et dépendance fonctionnelle de
tous les sous-systèmes en aval par rapport aux sous-
systèmes situés en amont). Par exemple, le système
policier est situé en amont de la prison, un juge
d’instruction est situé en aval du système de police.
Une illustration de ceci est le fait que les juges
d’instruction ont besoin des policiers pour effectuer les
enquêtes.

- Le système pénal procède via des mécanismes de


réduction des problèmes humains.

En effet, on va construire une définition de la situation


problématique qui est adéquate à l’intervention du
système pénal. On réduit donc des pans entiers de la
situation pour la rendre traitable par le pénal. Ceci aura
comme conséquence qu’on va reprendre sous une

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même étiquette des situations qui n’ont rien à voir


entre elles. On donnera l’appellation « coups et
blessures », par exemple, autant à un cas de violence
intra-familiale que pour une rixe dans la rue après une
soirée bien arrosée.

On ne peut donc pas imaginer que le système apporte


des solutions nuancées et individualisées. HULSMAN va
dire que le système méconnaît les vrais problèmes et
crée des faux problèmes.

- Le système pénal vole leurs conflits aux personnes


qui sont directement intéressées (l’auteur et la
victime).

En effet, on leur vole leur conflit, leur définition de la


situation, leur affaire.

- Le système pénal produit une seule chose : de la


souffrance.

Il produit de la souffrance pour les personnes


pénalisées, condamnées (cela apparaît à la limite le
plus légitime), mais également pour la famille de la
personne condamnée (déshonneur, séparation) et pour
la victime (ex : femmes abusées sexuellement qui
doivent raconter plusieurs fois leur histoire et qui sont à
la limite suspectées de l’avoir provoquée).

2. Le système pénal est un mal social qui


n’est pas nécessaire pour les raisons suivantes :

 Il n’a jamais été démontré que le système pénal


provoquait des effets de prévention générale
(dissuasion du crime). Une des seules choses qu’on a
pu démontrer, c’est que les effets de prévention
générale étaient d’autant plus grands que la peine

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POLITIQUE CRIMINELLE
Caroline CAMBRON Prof : F. BRION 2003-2004

est certaine et déterminée peu de temps après


l’infraction (cf. loi sur la comparution immédiate).

 Il n’a jamais été déterminé que le système pénal


provoquait des effets de prévention spéciale.
Généralement, on peut montrer que la peine n’a pas
vraiment d’effet de prévention de la récidive (ex : la
prison ne prépare pas à la réinsertion).

 La fonction d’incapacitation consiste à mettre des


personnes hors d’état de nuire (ex : mettre une
personne en prison pour qu’elle ne puisse plus agir).
HULSMAN déclare que cette fonction n’est également
pas remplie par le système pénal car, si on met
quelqu’un hors d’état de nuire dans certaines formes
de délinquance (ex : marché de la drogue), cette
personne sera tout simplement remplacée par
quelqu’un d’autre.

 La seule fonction qui parait partiellement


rencontrée par le système pénal, selon HULSMAN,
c’est la rétribution (payer un mal par un mal). Mais,
cette fonction ne lui parait gère justifiable dans notre
société contemporaine.

 Le système pénal ne rassure pas la population, ne


produit pas de la sécurité dans la population. Le
thème de l’insécurité prend d’ailleurs une place
croissante. Le tout au pénal est selon HULSMAN une
manière de jouer avec des représentations
fantasmatiques de la population pour donner des
solutions apparentes à des problèmes qu’on réalité
on ne traite pas. Il a donc une fonction de diversion
de la population par rapport à d’autres problèmes
politiques plus fondamentaux. Cela ne réduit en rien
l’insécurité.

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POLITIQUE CRIMINELLE
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 Les garanties selon ANCEL pour les personnes


poursuivies sont des garanties tout à fait théoriques
et ne protègent pas le citoyen du système.

 Il n’y a pas d’effet de restauration pour la victime. Il


ne remet pas son sentiment de dignité à la personne.

 On voit qu’actuellement il est parfaitement


dysfonctionnel et ineffectif (cf. arriéré judiciaire,
affaires classées sans suite).

Tout ceci montre bien que le système pénal n’est pas


nécessaire.

Dans le deuxième volet de son œuvre, HULSMAN va


tenter de reconstruire ce qu’il a critiqué. Il s’agit de sa
POLITIQUE CRIMINELLE.

Le système qu’il propose est basé sur plusieurs


notions : la situation problème, la résolution ou solution
de situation problème et la communauté concrète ou
tribu moderne.

La « situation problème » (à la place du crime, de


l’infraction) implique de considérer les points de vue
des personnes impliquées dans la situation. Une
situation n’est jamais problématique en soi ; elle est
problématique pour certaines personnes. Il est tout à
fait probable que les définitions, les descriptions que les
personnes impliquées donnent soient différentes. Il faut
donc comparer les définitions de situations qu’elles
proposent. On ne peut alors pas proposer un système
de simplification.

Pour HULSMAN, parler de situation problème implique


de renoncer à dire savoir quelle est a priori la situation

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POLITIQUE CRIMINELLE
Caroline CAMBRON Prof : F. BRION 2003-2004

problème. La construction de la situation problème est


bien à faire à partir d’une visée anascopique.

Il va également parler de « résolution » ou « solution »


de situation problème (à la place de peine ou de
mesure de défense sociale). On ne dispose pas à priori
d’un catalogue prédéterminé de solutions. On sait
néanmoins que les différentes personnes impliquées
ont des points de vue différents.

Une partie de la solution consistera alors en le fait de


tenter de trouver une définition commune, un point de
vue commun sur la situation. La réduction de la
complexité se fait donc par une négociation des parties.

Ce que HULSMAN va situer à la troisième pointe du


triangle, c’est la « communauté concrète » ou « tribu
moderne ». Idéalement, il faut que la résolution de
problème se passe dans cette communauté ou tribu
moderne. Le critère de la communauté est qu’il s’agirait
d’un groupe social dans lequel il y a une
interdépendance effective et reconnue entre les
membres. C’est ce qui fera que les parties seront
intéressées à trouver une solution à la situation
problématique.

Dans un autre cas, si la personne n’est pas intéressée


par la solution, il faudra manipuler son intérêt. Ceci est
très difficile lorsqu’il n’y a pas de liens et lorsqu n’y a
rien pour faire pression pour l’exécution de la décision.

HULSMAN va tout de même réserver une place ici à


l’Etat : sa responsabilité sera d’instaurer des lieux et
agents de négociation de situation problème. L’Etat doit
donc instaurer des procédures de médiation et des
médiateurs, sans du tout imposer une solution qui est
basée sur une définition a priori.

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POLITIQUE CRIMINELLE
Caroline CAMBRON Prof : F. BRION 2003-2004

Dans ses écrits plus tardifs, HULSMAN va développer


son propos. Il va dire que la médiation n’est qu’un style
parmi d’autres et qu’il faut développer d’autres styles
en dehors du système pénal :
- Style éducatif : le manque d’éducation peut être à
l’origine de la situation problématique (ex :
population marginalisée, comportements qui
témoignent du fait que la personne n’a pas incorporé
un certain nombre de normes de la vie en commun).
- Style psycho-médical : l’Etat doit prévoir des
systèmes de soins pour réagir à ces causes de
situations problème (ex : problèmes psychiques et
relationnels).
- Style compensatoire : l’Etat doit prévoir des fonds
d’indemnisation des victimes au cas où on ne
parvient pas à un accord sur la définition de la
situation problème.
L’Etat doit donc fournir un certain nombre de moyens
d’agir de manière volontaire sur des situations
problématiques.

A partir de la théorie de HULSMAN, on a procédé à des


réaménagements qui correspondent à un PHENOMENE
DE RETRAIT :
 décriminalisation primaire (supprimer un certain
nombre d’incriminations) et secondaire
 dépénalisation (suppression de la peine ou
désescalade pénale par une réduction de la peine ou
par substitutions de mesures de défense sociale ou
de mesures pénales à certaines peines
Il faut tout de même faire la distinction entre une
dépénalisation réelle et une dépénalisation apparente
(mesures de défense sociale qui sont tout de même
vécues comme des peines par les personnes
concernées).

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Les auteurs insistent qu’il s’agit de processus qu’il faut


distinguer de la déjudicisation ou baisse de la puissance
juridique. On ferait donc moins appel au droit et plus à
d’autres formes de règlements de situations
problématiques.

On distingue la dépénalisation également de la


déjuridictionalisation, déjuridiciarisation ou
déjudictiarisation. Dans les résolutions de situations
problématiques, on va privilégier des acteurs qui ne
sont pas des acteurs judiciaires (ex : les matières du
juge de la jeunesse sont devenues de compétences du
conseiller à l’aide à la jeunesse).

On pense chaque fois en termes de réduction ou de


suppression de la pression juridique. Autrement dit, on
pense sous forme de retrait du champ pénal. Certains
auteurs vont dire qu’on a alors procédé à une
diversification des formes d’intervention de l’Etat.

La dépénalisation peut prendre un certain nombre de


formes. On a ainsi distingué plusieurs dimensions :

- 1ère dimension : distinction entre les formes de


dépénalisation absolue et de dépénalisation relative :
 dépénalisation absolue : pour certains
comportements, faits ou pour certaines catégories
d’auteurs, on supprime le recours au mode de
conduite des conduites qu’est la sanction pénale
 dépénalisation relative : déclassification des
infractions (un crime devient un délit, un délit
devient une contravention, etc.)

- 2ème dimension : distinction entre les formes de


dépénalisation objective et les formes de
dépénalisation subjective :

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 dépénalisation objective : on réduit la pression


pénale par rapport à certains comportements
 dépénalisation subjective : on réduit la pression
pénale par rapport à certains auteurs d’infraction
(au cas par cas ou pour certaines catégories
d’auteurs)

- 3ème dimension : distinction entre la dépénalisation


de droit (de jure) et la dépénalisation de fait (de
facto) ou jurisprudentielle :
 dépénalisation de droit : réduction de la pression
pénale prévue par la loi
 dépénalisation de fait : les peines ne sont plus
appliquées pour certains types d’auteurs ou
certains types de faits alors que la loi considère
qu’elles le sont toujours

- 4ème dimension : distinction entre dépénalisation


facultative et dépénalisation automatique :
 dépénalisation facultative : la possibilité est
ouverte à un organe d’application de la loi
d’apprécier l’opportunité de la poursuite ou non
 dépénalisation automatique : il y a dépénalisation
de plein droit et aucun pouvoir d’appréciation n’est
laissé

- 5ème dimension : distinction entre dépénalisation


conditionnelle et dépénalisation inconditionnelle :
 dépénalisation conditionnelle : le caractère de
dépénalisation est subordonné à certaines
conditions qui doivent être jugées après qu’on ait
déterminé l’opportunité de dépénaliser
 dépénalisation inconditionnelle : dépénalisation
définitivement acquise

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Illustration : art. 216 ter §1 et 2 du C.i.cr. sur la


médiation pénale

Par rapport au §1, il s’agit d’une dépénalisation :


- de jure
- relative (on prétend réduire la pression du pénal
mais on ne sort pas du pénal car, si la mesure n’est
pas réussie, il y aura des poursuites)
- objective (subordonnée à la commission de
certains comportements avec une peine de maximum
2 ans) mais également subjective (subordonnée aux
aveux de l’auteur et à son consentement)
- facultative (pouvoir d’appréciation confié au
ministère public)

Par rapport au §2, il s’agit d’une dépénalisation


conditionnelle.

Très généralement, ces phénomènes de retrait se sont


accompagnés de PHENOMENES DE
REAMENAGEMENT :

1. Légitimation :

Un comportement ou une situation autrefois considéré


comme problématique cesse de l’être. Il y a donc une
pleine reconnaissance sociale et légale de certains
comportements (ex : interruption de grossesse).

2. Légalisation :

Il y aune reconnaissance légale. Certains


comportements deviennent licites (ex : légalisation du
cannabis). Il n’y a plus de prise en charge de ce
comportement par la loi.

3. Rééducation ou médicalisation :

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HULSMAN considère que le droit n’est pas la bonne


manière de gérer une situation problématique. Selon
lui, l’éducation et la médicalisation doivent se
substituer à la pénalisation et doivent réorienter
l’intervention de l’Etat vers la prévention et non la
répression. Ces méthodes ne doivent pas être
appliquées sous pression pénale.

4. Sanctions administratives au lieu de sanctions


pénales :

Ceci est encore discuté à cause de l’encombrement


pénal. La visée de HULSMAN était de pouvoir signifier
un interdit mais en dehors d’un système afflictif.

5. Fiscalisation :

La fiscalisation doit, sans recours à la sanction pénale,


atteindre des objectifs de dissuasion (ex : fiscalisation
du tabac et de la consommation d’alcool).

6. Disciplinarisation :

La disciplinarisation renvoie à la commission d’une


infraction disciplinaire. On va alors prévoir que
certaines situations problématiques seront gérées dans
le cadre de l’institution où elles ont été commises (ex :
ordre des avocats, ordre des médecins, direction d’une
institution pénitentiaire,…). Ces institutions
appartiennent à la communauté concrète dans laquelle
l’infraction s’est produite. Ceci soulève la question de la
protection des personnes qui sont soumises à ces
procédures disciplinaires.

7. Réglementation :

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La réglementation consiste à rendre un comportement


licite si et seulement si ce comportement a lieu sous le
contrôle de certaines personnes qui y sont habilitées
par la loi (ex : distribution de la méthadone, interruption
de grossesse).

8. Conciliation :

La conciliation table sur une confrontation entre


l’auteur et la victime à partir de laquelle il faut trouver
une solution à une situation problématique.

9. Compensation :

Instituer des mécanismes de compensation (financière)


pour certaines parties à la situation problématique.

Si on fait le point sur les TENDANCES RECENTES DE


LA POLITIQUE CRIMINELLE, plusieurs constats sont
faits par les auteurs :

 Il y a une distinction entre les champs de la


prévention et les champs de la répression. Au niveau
du champ de la prévention, on va réinvestir les
techniques du travail social et de la politique sociale.
Au niveau du champ de la répression, on va réinvestir
les techniques de travail pénal et les politiques
criminelles.

 Transformation des politiques de prévention et de


répression :

La prévention :

- Pour PRINS et GRAMMATICA, l’enjeu de la


prévention était d’agir sur des causes de la

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criminalité et sur des populations cibles (à traiter ou


socialiser).
- De plus en plus, on aura des traitements
symptomatiques c’est-à-dire des politiques de
technoprévention (appel à la technique pour
surveiller l’espace et le rendre inviolable) ou des
politiques de renforcement des cibles (les cibles de la
délinquance sont plus protégées).
On tente donc de rendre le passage à l’acte plus
compliqué. On retourne à l’anthropologie
benthamienne avec un homo economicus qui calcule
les risques et les bénéfices de ses actes. On ne se
propose plus de traiter la délinquance.
- Le traitement symptomatique va être défini au
niveau local plutôt qu’au niveau de l’Etat. Ce dernier
impulse les moyens mais ne programme plus.

La répression :

 Il y a des mutations à partir d’un discours


de décriminalisation. Il y aura donc une diversification
des sanctions et des mesures pénales.
 Il y a une tendance à l’indifférenciation
des fonctions pénales (fonctions de poursuite,
d’instruction, de jugement et d’exécution des peines).
Une série de mesures pénales ou peines pourront
être prononcées par les différents organes de
l’entonnoir pénal (ex : travail pénal).
 Il y a une transformation du sens de la
sanction ou de la mesure pénale. Traditionnellement,
elle était quelque chose qui venait dans une optique
de rétribution et surtout de réhabilitation (traitement
de la délinquance).
De plus en plus, la sanction ou la mesure pénale est
investie comme une épreuve, un test auquel la
personne est soumise et qui permet d’évaluer le
niveau de risque qu’elle présente : fonction de

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probation, de documentation, de monitoring et


d’évaluation de l’individu avec des possibilités
d’adaptation constante de la sanction ou de la
mesure qui serait adéquate. Il s’agirait donc d’un
travail de surveillance dont il est impossible d’être
quitte.

 Changement dans l’objet de la criminalisation  :

La criminalisation s’attache de plus en plus à des


infractions dont le caractère constitutif est l’imprudence
ou la mise en danger qu’elle comporte (ex : « usage
problématique » dans la loi sur la dépénalisation du
cannabis).

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LA CONSTRUCTION DE POLICTIQUES DE SECURITE


DANS LES SOCIETES LIBERALES

Pour ce qui est des types de sociétés récentes, on


distingue 3 formules : la formule libérale avec
BENTHAM (18ème-19ème siècle), la formule sociale avec
GRAMATICA et PRINS (19ème-20ème siècle) et la formule
« libérale avancée » (à partir du 20ème siècle). On trouve
HULSMAN à la jonction de la formule sociale avec la
formule « libérale avancée ». Dans ces 3 formes de
gouverner, il y a des dispositifs de sécurité différents,
sachant que le libéralisme est défini comme un art de
gestion des risques, de production de sécurité.

1) Invariants et variations :

D’une forme à gouverner à l’autre, il y a tout de même


des INVARIANTS :

 La finalité du gouvernement : l’Etat intervient pour


sa puissance et sa postérité, c’est-à-dire pour ses
intérêts politiques et économiques tels qu’ils sont
définis par ceux qui, dans cet Etat, sont autorisés à
participer à la définition de ce que serait l’intérêt de
l’Etat (ex : doit de vote censitaire ou capacitaire au
19ème siècle vs. droit de vote pour l’ensemble des
nationaux au 20ème siècle qui a permis de passer à un
Etat social).

 Les objets du gouvernement qui, dans les sociétés


libérales, se déclinent sur 2 échelles : les niveaux
micro et macro-sociologiques (tous et chacun,
population et individu, régulation et discipline).

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 L’activité des autorités gouvernementales et, son


corollaire, l’artificialité des arrangements
institutionnels : le libéralisme se présente comme une
méthode de passivité des autorités
gouvernementales (« la main invisible qui fait
converger les intérêts »). En réalité, dans toute
formule de libéralisme, il y a une activité des
autorités gouvernementales qui prend la forme
d’arrangements institutionnels :
- Les autorités gouvernementales se dotent
d’une première forme d’emprise sur les individus
qui est l’enregistrement de leur identité.
- Les lois positives permettent de répartir les
individus en différentes catégories (ex : hommes-
femmes, majeurs-mineurs, nationaux, citoyens-
étrangers, etc.) et d’attacher à ces différentes
catégories un certain nombre de droits, un certain
nombre de devoirs et un certain nombre
d’habilitations.

 Il y a dans toutes les formules du libéralisme une


certaine propension à dénier l’activité des Etats, des
autorités gouvernementales et l’artificialité des
arrangements institutionnels. Le travail d’institution
tente à disparaître dans ses produits.

D’une formule de gouvernement à l’autre, il y a aussi


des VARIATIONS :

- Les répartitions des être humains et les


arrangements institutionnels.
- Les formes de dépendance mutuelle et les
rapports de force entre les différentes catégories
distinguées dans la population.

2) La sécurité :

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Dans les 3 formules de gouvernement, la sécurité se


déploie toujours au niveau macro-sociologique
(régulation) et au niveau micro-sociologique (discipline)
mais aussi selon une version soft et une version hard.
On peut, en effet, avoir recours au droit ou à la force.

Soft Hard
Macro 1 2
Micro 3 4

Chez BENTHAM, par exemple, en 4 on trouverait le


panoptique (1791) qui est un mécanisme de sécurité
qui tient à la pénalité (enfermement et architecture). En
1, on trouverait la citoyenneté, le droit de vote
universel (19ème siècle) pour donner à tout le monde les
moyens de participer à la formulation de la loi qui les
oblige. Donc, pour BENTHAM, il y a 2 dispositifs qui
peuvent créer de la sécurité.

3) La formule sociale :

Si on tente de caractériser la formule sociale, si on


tente de trouver le trait commun des dispositifs qui ont
été mis en œuvre, on trouve que c’est le social. Selon
DONZELOT, le social est une catégorie qui a été
inventée à la fin du 19ème siècle. Il s’agirait d’un registre
intermédiaire entre le civil et le politique.

A la fin du 19ème siècle est également née une nouvelle


science qu’est la sociologie. Celle-ci se donne pour
mission de dégager les lois naturelles du social. Dans la
formule sociale, on va investir le social comme à la fois
la fin et le moyen du gouvernement. Les sociologues
ont alors un rôle de « médecin du social ».

Selon DONZELOT, on peut faire remonter l’invention du


social à la question de la gestion des accidents de

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travail. L’idée est qu’il y a un certain nombre


d’accidents, qu’il y a un certain risque (la probabilité
des accidents). On peut gérer ces risques
individuellement ou familialement ou on peut les
distribuer sur l’ensemble de la population et gérer alors
le risque collectivement.

L’espace du social est l’espace d’une gestion collective


des risques qui va être instituée à la fin du 19 ème siècle
et qui va progressivement prendre des formes
différentes :
 mutualisation des risques
 socialisation des risques, c’est-à-dire gestion
collective des risques organisée à l’échelle de l’Etat-
nation et où la forme principale de sécurité va
devenir la sécurité sociale (arrangement
institutionnel particulier)

Dans le tableau, le 1, la forme majeure de sécurité sera


la sécurité sociale qui est liée au salaire (inscription
dans un poste de travail). Cette méthode ne peut
qu’émerger lorsque le suffrage universel est acquis.
MARSCHALL dira que le citoyen idéal est un titulaire de
liberté, de droits politiques et de droits sociaux et
économiques. La formule sociale table sur la distinction
entre les nationaux et les étrangers.

Dans les missions du gouvernement (« agenda ») on


aura la création de postes de travail et la mise au
travail. Ce dispositif aura pour effet d’augmenter le coût
du travail humain (les nationaux ayant des droits qu’il
faut respecter et coûtant alors plus chers). Toute une
série de dispositifs de sécurité seront mis à mal par
l’internationalisation de l’économie puisqu’il faut alors
s’aligner au coût le moins cher pour que les nationaux
conservent leur emploi.

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Par ailleurs, l’Etat Providence a été contesté d’un point


de vue idéologique :
- il reproduit les inégalités sociales
- il y a des effets de dépolitisation (satisfaire d’en
haut les besoins de la population et donc faire qu’une
dépendance s’installe)
- il y a des effets d’individualisation (parachute de
solidarité qui permet de s’émanciper de la sphère
familiale et communautaire)
- il y aurait des effets de démoralisation (certains
individus vont profiter du système)

On verra alors apparaître progressivement une nouvelle


formule qui s’articulerait à partir du marché.

4) Le marché :

Le marché sera pensé comme une réalité naturelle,


régie par des lois naturelles. Tout comme le social, le
marché est à la fois une invention et une production. Il
sera diffusé dans la société par le droit (ex : justice
pénale).

L’hypothèse générale est qu’on aurait un glissement du


social vers le marché et un changement territorial de
l’Etat à l’Union Européenne. La sécurité devient une
responsabilité privée et la gestion des risques est
individualisée. On en fait une marchandise.

Le citoyen marschallien va être mis en cause. Dans un


premier temps, on assistera à un dédoublement avec
l’illégal (une non-personne juridique qui ne peut pas
être le support de droit, de revendication). Il peut être
entièrement exploité mais bénéficie étalement d’une
liberté absolue. Par ailleurs, on va voir un non-
enregistrement pour certaines catégories de personnes.

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De plus, le fait qu’on ait des droits économiques et


sociaux est de plus en plus mis en cause.

A la case 3, la discipline (case 3) va être de produire


des corps dociles et à la case 4, il s’agira de produire
des individus capables de s’autogérer comme une
« petite entreprise ». Il y a donc une redéfinition de la
discipline. Si on prend le changement entre le social et
le marché du versant hard, on a, dans le social, une
intégration (marginale à l’Etat) et une politique
criminelle de défense sociale qui consiste en des
méthodes de sécurité subsidiaires à la sécurité sociale.

5) Transition entre le social et le


marché :

Le changement du social au marché sera causé par


plusieurs crises :
 Une crise dans la criminologie : il n’y a pas de
causes bien identifiables à la délinquance et il ne faut
pas chercher à supprimer la criminalité.
 Une crise des interventions préventives : l’Etat va
déléguer au secteur privé. Le marché sera considéré
comme la meilleure façon de garantir un maximum
de besoins, la meilleure façon pour produire de la
sécurité.
 Une crise de la pénalité : on gère des risques et des
populations à risque à partir de la prison et à partir
du droit de la nationalité (refoulement vers d’autres
territoires comme la prison ou les pays étrangers). On
ne va donc plus tenter d’améliorer les criminels. Il y a
aura un maillage de la surveillance sur le territoire
pénal où l’on cherchera à donner du sens au travail.
 Une crise de la sécurité sociale et de la citoyenneté
qui fait que, pour le moment, on se repose
essentiellement pour produire la sécurité sur des
dispositifs spéciaux de la sécurité (versant hard). Les

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prochaines luttes sociales à mener sont les luttes


pour définir le législateur au niveau européen.

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2ème PARTIE DU COURS : INTERVENTIONS DE


CHERCHEURS

Consignes :

Dans ces interventions, il faut être particulièrement


attentif :
- à la manière dont la recherche est conçue
- aux interactions entre le champ criminologique et
le champ politique

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