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Théorie des semi-groupes : problème abstrait de Cauchy et équations


d'évolution

Thesis · September 2017


DOI: 10.13140/RG.2.2.15123.94245

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Numéro d’ordre : ........

Mémoire de Master
en Mathématiques et Applications

Sous le thème :

T H ÉORIE DES SEMI - GROUPES :


P ROBL ÈME ABSTRAIT DE C AUCHY ET
ÉQUATIONS D ’ ÉVOLUTION
Présenté par Salah-Eddine CHORFI

Sous l’encadrement de Pr. LALAOUI RHALI My Hicham

Soutenu le : 17/07/2017 devant le jury :


Pr. AKKOUCHI Mohamed
Pr. BENABDELLAH Houcine
Pr. HOUIMDI Mohamed
Pr. LALAOUI RHALI My Hicham

Faculté des Sciences Semlalia Marrakech, Juillet 2017


Mémoire de Master 2 Salah-Eddine CHORFI
Dédicace

Je dédie ce travail,
à mes chers parents,
à mon frère et mes sœurs,
à toute ma famille.
à mes professeurs,
à tous ceux qui m’aiment,
à mes amis et à tous ceux que j’aime.
Remerciement

En préambule de ce mémoire, je tiens à remercier chaleureusement


mon encadrant Pr. My H. LALAOUI RHALI pour son soutien et son
aide considérables, ses conseils précieux et ses remarques pertinentes qui
m’ont guidé durant la réalisation de ce mémoire. Au fil de ce stage de
mémoire, il a orienté mon travail en me proposant des pistes de recherche
tout en me laissant une grande liberté dans ma volonté d’explorer certains
aspects. Il a toujours été disponible pour me donner des conseils et pour
relire et corriger ce manuscrit.
Veuillez trouver ici l’expression de mon grand respect et ma profonde
admiration pour toutes votre qualités scientifiques et humaines.

Mes remerciements s’adressent également aux professeurs : Pr.


M. AKKOUCHI, Pr. H. BENABDELLAH, Pr M. HOUIMDI et Pr. My
H. LALAOUI RHALI pour avoir accepter d’évaluer ce travail et m’avoir
faire l’honneur de participer au jury.
J’exprime aussi ma reconnaissance à toute l’équipe des formateurs
du Master Mathématiques et Applications qui ont assuré une formation
solide et efficace pour que nous serons à la hauteur.
i
Chapitre : Remerciement

J’espère que mon travail soit à la hauteur des exigences formulées


pour cette formation.

En fin, un merci tout particulier à ma famille sans qui je n’aurais


pu mener ce projet à bien : à mes parents, pour leur soutien et leur amour
sans faille tout au long de ces années, à mes sœurs Salma et Amal, et à
mon frère Abdelhakim, qui ont toujours été là et qui occupent une place
vraiment particulière dans ma vie.

Mémoire de Master ii Salah-Eddine CHORFI


Table des matières

Remerciement i

Notations générales iv

Motivation et position du problème v

I Quelques notions et résultats préliminaires 1


I.1 Quelques rappels sur la géométrie des espaces de Banach . . . . . . . . . . . . . . 1
I.1.1 Théorème de Hahn-Banach et ses conséquences . . . . . . . . . . . . . . . 1
I.1.2 Quelques théorèmes d’analyse fonctionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.2 Opérateurs linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.2.1 Domaine, graphe et fermeture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
I.2.2 Ensemble résolvant, spectre et résolvante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

II Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés 8


II.1 Semi-groupes uniformément continus d’opérateurs linéaires bornés . . . . . . . . . 8
II.2 C0 -semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
II.3 Théorème de Hille-Yosida . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
II.3.1 Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
II.3.2 Théorème de Hille-Yosida pour les C0 -semi-groupes de contractions . . . . 20
II.3.3 Théorème de Hille-Yosida dans le cas général . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
II.4 Théorème de Lumer-Phillips . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.4.1 Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.4.2 Théorème de Lumer-Phillips . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

III Quelques C0 -semi-groupes particuliers 30


III.1 C0 -semi-groupes différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
III.2 C0 -semi-groupes analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

IV Problème abstrait de Cauchy 39


IV.1 Problème homogène à valeur initiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
IV.2 Problème non homogène à valeur initiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
IV.3 Quelques applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes analytiques . . . . . . . . . 54
IV.5 Comportement asymptotique des solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

iii
TABLE DES MATIÈRES

V Équations d’évolution 65
V.1 Systèmes d’évolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
V.2 Stabilité d’une famille de générateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

Conclusion 76

Intégrale de Bochner et L’espace Lp (a, b; X) 77

Bibliographie 79

Mémoire de Master iv Salah-Eddine CHORFI


Notations générales

X Espace de de Banach.
k·k Norme de X.
(B(X), +, ·) L’algèbre de Banach des opérateurs linéaires bornés (continus) de X dans X.
k·k La norme d’opérateurs.
I L’opérateur identité sur X.
(T (t))t>0 Une famille à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés de X dans X.
D(A) Le domaine de l’opérateur linéaire A.
X0 Le dual topologique de l’espace de Banach X.
hf, xi Désigne f (x) pour f ∈ X 0 et x ∈ X.
k.k∞ La norme de la convergence uniforme sur C(X, Y ) lorsque Y est un e.v. normé.
ρ(A) L’ensemble résolvant de A, c’est l’ensemble :

ρ(A) = λ ∈ C, λI − A : D(A) −→ X est bijectif et (λI − A)−1 : X −→ D(A) est borné .




R(λ, A) La résolvante de A en λ ∈ ρ(A), c’est l’opérateur linéaire R(λ, A) = (λI − A)−1 .


L1 (0, T ; X) L’espace (des classes d’équivalence) de fonctions intégrables (au sens de Bochner)
sur [0, T ] à valeurs dans X. Nous confondons deux fonctions qui coı̈ncident presque
partout (p.p en abrégé).
L2 (0, T ; X) L’espace des fonctions de carré intégrable sur [0, T ] à valeurs dans X.
Lp (0, T ; X) L’espace des fonctions mesurables f : [0, T ] −→ X telles que |f |p est intégrable sur
[0, T ].
L∞ (R) L’ensemble des fonctions réelles bornées sur R.
Ω Ouvert borné de Rn muni de la mesure de Lebesgue dx, et de frontière ∂Ω suffisam-
ment régulière.
D(Ω) L’espace vectoriel des fonctions indéfiniment différentiables sur Ω à support compact
dans Ω.
H 1 (Ω) L’espace de Sobolev des fonctions qui appartiennent à L2 (Ω) et dont les dérivées au
sens des distributions appartiennent à L2 (Ω).
H01 (Ω) L’adhérence de D(Ω) dans H 1 (Ω), c-à-d H01 (Ω) = D(Ω). De plus, Les fonctions de
H01 (Ω) sont les fonctions de H 1 (Ω) qui s’annulent sur la frontière Γ = ∂Ω.
BC(R) L’espace des fonctions bornées continues de R dans R.
BU C(R) L’espace des fonctions bornées uniformément continues de R dans R.

v
Motivation et position du problème

Introduction
Le présent travail porte sur l’étude de l’un des outils mathématiques les plus importants dans
la résolution de problèmes “bien posés” dans la théorie des équations d’évolution et la théorie des
processus stochastiques, à savoir les semi-groupes d’opérateurs linéaires et ses applications à la
théorie des équations aux dérivées partielles.
Un semi-groupe à un paramètre d’opérateurs linéaires sur un espace de Banach X est une famille
d’opérateurs linéaires bornés T : [0, +∞[−→ B(X) vérifiant T (t + s) = T (t)T (s), ∀t, s > 0, et
T (0) = I. Cette nomination est d’origine algébrique, en effet, en algèbre abstraite, un semi-groupe
est un ensemble muni d’une loi de composition interne associative, ce qui est bien le cas avec la
famille {T (t), t > 0} muni de la composition.
La théorie des semi-groupes trouve sa source dans une question posée par Augustin Louis
Cauchy (1789 − 1857), en 1821 dans son cours d’Analyse [Cau’21] dans les pages 98 − 113, sans
aucune motivation. La question était la suivante :

“Déterminer toutes les fonctions complexes continues non nulles


vérifiant :
f (t + s) = f (t)f (s), ∀t, s > 0.”

Le fait que ces fonctions sont de la forme f (t) = exp(at), qui est un résultat prouvé après par
Niels Henrik Abel (1802 − 1829), et le fait que f est complètement déterminée par le nombre
a = f 0 (0) motive l’association d’un opérateur linéaire A : D(A) −→ X au semi-groupe (T (t))t>0 ,
défini par :
T (t)x − x
Ax = lim+
t→0
t
dT (t)x
= , ∀x ∈ D(A).
dt t=0
appelé le générateur infinitésimal du semi-groupe (T (t))t>0 . Ce qui a donné la naissance effective de
la théorie des semi-groupes dans la première moitié de ce siècle avec Jacques Hadamard (1865−
1963) qui a souligné dans [Had’24] que ce qu’on appelle habituellement le principe de Huygens en
physique ondulatoire, a pour conséquence un principe abstrait applicable aux problèmes autonomes
de Cauchy : si un tel problème admet des solutions uniques pour tous les temps t > 0, alors ces
solutions sont les orbites de la donnée initiale sous un semi-groupe de transformations (T (t))t>0 .

Ainsi, la théorie a trouvé sa place en 1948 avec le fameux théorème dû à Einar Hille (1894 −
1980) et Kosaku Yosida (1909 − 1990) qui ont caractérisé les générateurs infinitésimaux des

vi
semi-groupes fortement continues dans [Hil’48] et [Yos’48].
Dans les années (1970−1980) et grâce aux efforts de plusieurs écoles, la théorie a atteint un certain
degré de perfection dans les monographies de E.B. Davies [Dav’80], J.A. Goldstein [Gol’85]
et A. Pazy [Pa’83] et d’autres.

Actuellement, les semi-groupes sont omniprésents dans la majorité des disciplines mathématiques.
On trouve plusieurs applications de cette théorie non seulement aux domaines classiques comme
la théorie des EDP ou la théorie des processus stochastiques, mais les semi-groupes aujourd’hui
deviennent un outil très puissant dans la résolution des équations intégro-différentielles et des
équations différentielles fonctionnelles issues de la mécanique quantique et aussi dans la théorie
du contrôle en dimension infinie.
Les méthodes des semi-groupes sont également appliquées aujourd’hui dans la résolution des
équations concrètes qui se produisent dans la dynamique de la population ou dans la théorie
du transport.

“Je salue un semi groupe lorsque je vois un, et il me semble les


voir partout !”
(Einar Hille [Hil’48])

Position du problème et discussion

Plusieurs modèles mathématiques qui proviennent de la physique (par exemple : l’équation


de diffusion, l’équation des ondes), de la chimie, des sciences de l’ingénieur, de la finance, de
la biologie, ... etc, mènent à étudier les équations aux dérivées partielles, ce qui a permet aux
mathématiciens de décrire le comportement d’une quantité qui dépend de plusieurs variables. Par
exemple, la température de l’océan dépend à la fois de l’endroit et du moment où on la mesure.
Pour décrire son évolution, les équations qui interviennent naturellement sont appelées EDP car
elles font intervenir des variations par rapport aux différentes variables.

L’évolution des systèmes physiques dans le temps est souvent décrite par un problème à valeur
initiale pour une équation différentielle (ordinaire ou aux dérivées partielles, inclus les conditions
au bord). Le formalisme général est le suivant : soit t 7−→ u(t) une fonction qui décrit l’état d’un
système physique dans le temps. Supposons que le taux de variation de u(t) au cours du temps
est donné par un certain opérateur linéaire A défini sur son domaine D(A) en fonction de l’état
du système u(t). On se donne aussi la donnée initiale u(0) = x ∈ D(A) lors de l’expérience. Ainsi
on obtient le problème suivant :
 0
u (t) = Au(t), t > 0
(P HC)
u(0) = x.
dit le problème abstrait homogène de Cauchy.
u(t + h) − u(t)
D’abord, il faut donner un sens à u0 (t) = lim . La fonction u prend ses valeurs
h→0 h
u(t + h) − u(t)
dans un ensemble X. Pour donner un sens à , X est considéré comme un espace
h
vectoriel, et pour que cette limite reste dans X, X est considéré comme un espace de Banach (plus

Mémoire de Master vii Salah-Eddine CHORFI


Chapitre : Motivation et position du problème

généralement, X peut être un espace vectoriel topologique ou une variété différentielle).


Dans le cas où A est borné, la solution du problème (P HC) est donnée par l’exponentielle :
u(t) = etA x. Dans la majorité des cas, l’opérateur linéaire A est un opérateur différentiel non
borné, mais il est souvent fermé à domaine dense.

C’est pour cela qu’on utilise quelques critères de la théorie des semi-groupes comme le théorème
de Hille-Yosida et le théorème de Lumer-Phillips et d’autres, pour voir si A génère un semi-groupe
fortement continu (T (t))t>0 ou non. Dans le cas affirmatif, on sait résoudre (P HC) et la solution
est donnée par :
u(t) = T (t)x, ∀t > 0, ∀x ∈ D(A).
Le changement infinitésimal de u au cours du temps dans (P HC), décrit par A, dépend seule-
ment de l’état du système u(t), c’est-à-dire le système est dans le cas autonome. Contrairement à
cette situation, il existe de nombreux exemples où le changement de u à l’instant t dépend aussi de
t, et donc l’opérateur A est remplacé par des opérateurs A(t) qui dépendent de t. Ces problèmes
qui généralisent le problème abstrait de Cauchy sont appelés “problèmes d’évolution” et ils sont
de la forme :
 0
u (t) = A(t)u(t), s < t 6 T
(P.E)
u(s) = x.

Dans cette situation, le semi-groupe à un paramètre (T (t))t>0 est remplacé par une famille à
deux paramètres d’opérateurs linéaires bornés U (t, s), 0 6 s 6 t 6 T , sur X appelée système
d’évolution, c’est-à-dire elle vérifie les deux conditions suivantes :
(i) U (t, t) = I, U (t, s) = U (t, r)U (r, s), pour 0 6 s 6 r 6 t 6 T .
(ii) (t, s) 7−→ U (t, s) est fortement continue pour 0 6 s 6 t 6 T .
Dans ce cas, les solutions de (P.E) sont données par : u(t) = U (t, s)x.

Plan du mémoire
Ce document est composé de cinq chapitres précédés d’une introduction détaillée. Chaque
chapitre est composé de plusieurs sections dans lesquelles nous développons les différents aspects
du sujet du chapitre.

Après l’introduction, nous trouverons, au chapitre I, quelques résultats préliminaires : définitions,


lemmes et théorèmes que nous utiliserons dans toute la suite du mémoire. En suite, le 2 ème cha-
pitre présente une introduction à la théorie des semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires
bornés. Le chapitre III est consacré à l’étude de deux classes importantes des semi-groupes, à savoir
les semi-groupes différentiables et les semi-groupes analytiques.

Dans les deux derniers chapitres, la plupart des outils et des matériels suivent A. Pazy [Pa’83].
Au chapitre IV nous allons étudier en détails le problème abstrait de Cauchy, en appliquant
les résultats des chapitres précédents. Dans un premier temps nous allons étudier le problème
homogène et le problème non homogène, et par l’occasion nous donnons quelques applications
illustratives à la théorie des équations aux dérivées partielles. Ensuite nous allons nous concentrer
sur la régularité et le comportement asymptotique des solutions.
Ensuite, le chapitre V présente la démarche pour étudier les équations d’évolution qui sont plus

Mémoire de Master viii Salah-Eddine CHORFI


générales que le problème abstrait de Cauchy, en donnant à la fin la construction d’un système
d’évolution dans le cas hyperbolique. En fin, nous donnons la conclusion du présent travail, ainsi
qu’une brève introduction de l’intégrabilité au sens de Bochner en annexe.

Mémoire de Master ix Salah-Eddine CHORFI


Chapitre I

Quelques notions et résultats


préliminaires

Sommaire
I.1 Quelques rappels sur la géométrie des espaces de Banach . . . . . . . 1
I.1.1 Théorème de Hahn-Banach et ses conséquences . . . . . . . . . . . . . . 1
I.1.2 Quelques théorèmes d’analyse fonctionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.2 Opérateurs linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
I.2.1 Domaine, graphe et fermeture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
I.2.2 Ensemble résolvant, spectre et résolvante . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

Ce chapitre est consacré aux rappels de quelques définitions et résultats qui seront
utilisés dans la suite.

I.1 Quelques rappels sur la géométrie des espaces de Ba-


nach
I.1.1 Théorème de Hahn-Banach et ses conséquences
Soit E un espace vectoriel sur R.

Définition I.1.1
Soit p : E 7−→ R une application.
(i) p est dite sous-additive si p(x + y) 6 p(x) + p(y), ∀x, y ∈ E.
(ii) p est dite positivement homogène si p(λx) = λp(x), ∀λ > 0, ∀x ∈ E.
(iii) p est dite sous-norme si elle est sous-additive et positivement homogène.

Théorème I.1.1 (Hahn-Banach, forme analytique)


Soit p : E 7−→ R une sous-norme et soit g une forme linéaire définie sur un sous-espace vectoriel
F de E telle que
g(x) 6 p(x), ∀x ∈ F.

1
Chapitre I : Quelques notions et résultats préliminaires

Alors il existe une forme linéaire f définie sur E qui prolonge g, i.e.,

g(x) = f (x), ∀x ∈ F,

et telle que
f (x) 6 p(x), ∀x ∈ E.

Indiquons maintenant quelques applications simples du théorème I.1.1 lorsque E est un espace
vectoriel normé (e.v.n.) de norme k · k.
Notation : On désigne par E 0 le dual (topologique) de E, i.e., l’espace des formes linéaires et
continues sur E ; E 0 est muni de la norme duale

kf kE 0 = sup |f (x)| = sup f (x).


x∈E x∈E
kxk61 kxk61

Lorsque f ∈ E 0 et x ∈ E on notera généralement hf, xi au lieu de f (x).

Corollaire I.1.1
Soit F un sous-espace vectoriel de E et soit g : F 7−→ R une forme linéaire continue.
Alors il existe f ∈ E 0 qui prolonge g et tel que

kf kE 0 = kgkF 0 .

Démonstration :
On applique le théorème I.1.1 avec p(x) = kgkF 0 .

Corollaire I.1.2
Pour tout x0 ∈ E il existe f0 ∈ E 0 tel que

kf0 k = kx0 k et hf0 , x0 i = kx0 k2 .

Démonstration :
On applique le corollaire I.1.1 avec F = Rx0 et g(tx0 ) = tkx0 k2 de sorte que kgkF 0 = kx0 k.

On note
F(x) = {f ∈ E 0 : hf, xi = kxk2 = kf k2 }.
Comme conséquence du corollaire précédent F(x) 6= ∅, pour tout x ∈ E. L’ensemble F(x) est
appelé ensemble de dualité.

Mémoire de Master 2 Salah-Eddine CHORFI


I.1 Quelques rappels sur la géométrie des espaces de Banach

Lemme I.1.1
Si (H, h, i) est un espace de Hilbert alors pour tout x ∈ H,

F(x) = {a ∈ H : ha, xi = kxk2 = kak2 }.

Dans ce cas on a F(x) = {x}.

Démonstration :
Par définition de F(x) on a x ∈ F(x).
Réciproquement, soit a ∈ F(x). Alors ka − xk2 = kak2 − 2Reha, xi + kxk2 = 0. Donc a = x, ce
qui donne le résultat.

Lemme I.1.2
Soit E un espace vectoriel normé et soit F un s-ev de E tel que F 6= E. Alors il existe f ∈ E 0 ,
f 6≡ 0 telle que hf, xi = 0, ∀x ∈ F .

I.1.2 Quelques théorèmes d’analyse fonctionnelle

Théorème I.1.2 (Banach-Steinhaus)


Soient X et Y deux espaces de Banach. Soit (Ti )i∈I une famille (non nécessairement dénombrable)
d’opérateurs linéaires continus de X dans Y . On suppose que

sup kTi xk < ∞, ∀x ∈ X.


i∈I

Alors
sup kTi k < ∞.
i∈I

Théorème I.1.3 (Théorème du graphe fermé)


Soient X et Y deux espaces de Banach. Soit T un opérateur linéaire de X dans Y . On suppose
que le graphe de T , G(T ), est fermé dans X × Y . Alors T est continu.

Théorème I.1.4 (Alaouglu-Bourbaki)


Soit X un espace de Banach. Alors la boule unité fermée

BX 0 = {f ∈ X 0 : kf k 6 1},

est ∗-faiblement compacte.

Mémoire de Master 3 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre I : Quelques notions et résultats préliminaires

Théorème I.1.5 (Prolongement)


Soient X un espace de Banach et F un sous espace vectoriel de X.
Pour toute application linéaire u : F 7−→ X telle que u est continue sur F , il existe une unique
e : F 7−→ X continue qui prolonge u à F , de plus on a
application linéaire u

ke
uk = kuk.

Proposition I.1.1
Soit X un espace de Banach et u ∈ B(X) un opérateur linéaire continu, avec B(X) est l’algèbre
de Banach des opérateurs linéaires continus sur X. Si kuk < 1 alors I − u est inversible dans
+∞
P n
B(X) d’inverse u .
n=0

I.2 Opérateurs linéaires


Soit X un espace de Banach.

I.2.1 Domaine, graphe et fermeture


Définition I.2.1
Un opérateur linéaire sur X est une application linéaire A définie sur un sous-espace vectoriel
D(A) ⊂ X à valeur dans X. D(A) est appelé le domaine de l’opérateur A.

Notation : On note un tel opérateur par (A, D(A)).

Définition I.2.2
On dit qu’un opérateur (A, D(A)) est borné si D(A) = X et A : X −→ X est continue.

Définition I.2.3
(i) Le graphe d’un opérateur linéaire (A, D(A)) est le sous-espace de X × X donné par

G(A) = {(x, Ax) : x ∈ D(A)} ⊂ X × X.

(ii) On dit que (A, D(A)) est fermé si son graphe G(A) est un fermé de X × X.
(iii) On dit que (B, D(B)) est une extension de (A, D(A)) si G(A) ⊂ G(B), c-à-d D(A) ⊂ D(B)
et Ax = Bx pour tout x ∈ D(A).

La caractérisation des fermés par les suites donne la proposition suivante :

Proposition I.2.1
Un opérateur (A, D(A)) est fermé, si et seulement si pour toute suite (xn )n>0 d’éléments de D(A)
telle que xn −→ x ∈ X et Axn −→ y ∈ X, on a alors x ∈ D(A) et Ax = y.
n→∞ n→∞

Lemme I.2.1
Soit X un espace de Banach et A : D(A) ⊆ X −→ X un opérateur linéaire. Alors les assertions
suivantes sont équivalentes :

Mémoire de Master 4 Salah-Eddine CHORFI


I.2 Opérateurs linéaires

(i) A est fermé.


(ii) D(A) muni de la norme graphe, notée | · |G définie par |x|G = |(x, Ax)|G = kxk + kAxk, est
un espace de Banach qu’on note [D(A)].

Démonstration :
Le lemme découle du fait que l’application [D(A)] 3 x −→ (x, Ax) ∈ (G(A), | · |G ) est un
homéomorphisme, où G(A) est le graphe de A.

Lemme I.2.2
Soit X un espace de Banach. Soient A : D(A) ⊆ X −→ X un opérateur linéaire fermé et B ∈ B(X)
un opérateur linéaire borné sur X. Alors AB : D(AB) ⊆ X −→ X est un opérateur fermé.

Comme des conséquences directes du théorème du graphe fermé on a les deux lemmes suivants :

Lemme I.2.3
Soit (A, D(A)) un opérateur linéaire fermé. Alors A est borné si et seulement si D(A) = X.

Lemme I.2.4
Soit B : D(B) ⊂ X −→ X un opérateur fermé. Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
1. B est continu, i.e., il existe M > 0 telle que kBxk 6 M kxk, ∀x ∈ D(B).
2. D(B) est fermé dans X.

Définition I.2.4
On dit qu’un opérateur linéaire (A, D(A)) est fermable s’il possède une extension fermé.

Proposition I.2.2
Tout opérateur fermable (A, D(A)) admet une plus petite extension fermée notée A et appelée la
fermeture de A. De plus on a
G(A) = G(A).

Définition I.2.5 (Adjoint)


L’adjoint d’un opérateur (A, D(A)), à domaine D(A) ⊂ X dense, est l’unique opérateur A∗ ayant
pour domaine
D(A∗ ) = {f ∈ X 0 : ∃ϕ ∈ X 0 , ∀x ∈ X hAx, f i = hx, ϕi}.

Si la condition précédente est réalisée, on définit : A∗ f = ϕ.

Mémoire de Master 5 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre I : Quelques notions et résultats préliminaires

I.2.2 Ensemble résolvant, spectre et résolvante


Définition I.2.6
Soit A : D(A) ⊂ X −→ X un opérateur linéaire.
1. On appelle ensemble résolvant de A, qu’on note ρ(A), l’ensemble :

ρ(A) = λ ∈ C, λI − A : D(A) −→ X est bijectif et (λI − A)−1 : X −→ D(A) est borné .




Si A est fermé alors d’après le théorème du graphe fermé on a

ρ(A) = {λ ∈ C, λI − A : D(A) −→ X est bijectif} .

2. On appelle spectre de A, l’ensemble σ(A) = C \ ρ(A).


3. Pour λ ∈ ρ(A), l’opérateur linéaire borné R(λ, A) = (λI − A)−1 est appelé la résolvante de A
au point λ.

Proposition I.2.3 (Équation de la résolvante)


Si A : D(A) ⊂ X −→ X est un opérateur linéaire, alors pour tous λ, µ ∈ ρ(A), on a

R(λ, A) − R(µ, A) = (µ − λ)R(λ, A)R(µ, A).

Démonstration :
De la définition de la résolvante on a

[λR(λ, A) − AR(λ, A)]R(µ, A) = R(µ, A)

et
[µR(µ, A) − AR(µ, A)]R(λ, A) = R(λ, A).
En faisant la différence des deux égalités et compte tenu du fait que R(λ, A) et R(µ, A) commutent,
on obtient :
R(λ, A) − R(µ, A) = (µ − λ)R(λ, A)R(µ, A).

Lemme I.2.5
Si A : D(A) −→ X est un opérateur linéaire injectif et fermé alors A−1 : Im(A) −→ D(A) est
fermé.

Lemme I.2.6
Si A : D(A) −→ X est un opérateur linéaire tel que ρ(A) 6= ∅, alors A est fermé.

Démonstration :
Soit λ ∈ ρ(A). On a (λI − A)−1 est borné sur X et donc fermé. Par suite λI − A est fermé, ce qui
entraı̂ne que A est fermé.

Lemme I.2.7
Soit X un espace de Banach et A : D(A) ⊆ X −→ X un opérateur linéaire à domaine D(A) dense
dans X tel que ρ(A) 6= ∅. Alors D(A2 ) est dense dans X.

Mémoire de Master 6 Salah-Eddine CHORFI


I.2 Opérateurs linéaires

Démonstration :
Soit λ ∈ ρ(A). Montrons que D(A2 ) est dense dans ImR(λ, A) = D(A).
Soit y ∈ X. Comme D(A) dense dans X il existe (xn ) ⊂ D(A) telle que y = lim xn .
n→∞
Posons
yn = R(λ, A)xn , ∀n ∈ N.
Pour tout n ∈ N on a yn ∈ D(A) et Ayn = AR(λ, A)xn = λR(λ, A)xn − xn ∈ D(A).
Donc
(yn ) ⊂ D(A2 ) et R(λ, A)y = lim yn .
n→∞
Par suite D(A ) est dense dans D(A). Comme D(A) dense dans X, alors D(A2 ) est dense dans X.
2

Lemme I.2.8
Soit A : D(A) ⊂ X −→ X un opérateur linéaire. Alors :
1. L’ensemble ρ(A) est un ouvert de C, de plus pour tout µ ∈ ρ(A) et tout λ ∈ C telle que
1
|µ − λ| < , on ait λ ∈ ρ(A) et
kR(µ, A)k
+∞
X
R(λ, A) = (µ − λ)n R(µ, A)n+1 , (I.2.1)
n=0

2. L’application λ 7−→ R(λ, A) est localement analytique et pour tout n ∈ N, on a :

dn
R(λ, A) = (−1)n n!R(λ, A)n+1 , (I.2.2)
dλn
Démonstration :
1. Si ρ(A) = ∅, alors ρ(A) est ouvert. Si ρ(A) 6= ∅, alors A est fermé. Soient alors µ ∈ ρ(A) et
1
λ ∈ C tels que |µ − λ| < . Alors :
kR(µ, A)k
λI − A = µI − A + (λ − µ)I
= [I − (µ − λ)R(µ, A)](µI − A).
1
Comme |µ − λ| < , l’opérateur [I − (µ − λ)R(µ, A)] est inversible d’inverse
kR(µ, A)k
+∞
X  
(µ − λ)n R(µ, A)n . Il en résulte alors que λI − A est bijectif. D’où B µ, kR(µ,A)k
1
⊆ ρ(A),
n=0
d’où ρ(A) est un ouvert de C.
1
De plus, pour tout λ ∈ C telle que |µ − λ| < , on a
kR(µ, A)k
R(λ, A) = µI − A + (λ − µ)I
= (µI − A)−1 [I − (µ − λ)R(µ, A)]−1
+∞
X
= R(µ, A) (µ − λ)n R(µ, A)n
n=0
+∞
X
= (µ − λ)n R(µ, A)n+1 .
n=0
2. Découle immédiatement de la représentation de la résolvante dans la série de la formule (I.2.1).

Mémoire de Master 7 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II

Semi-groupes à un paramètre
d’opérateurs linéaires bornés

Sommaire
II.1 Semi-groupes uniformément continus d’opérateurs linéaires bornés . 8
II.2 C0 -semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés . . . . . . . . . . . . . . 12
II.3 Théorème de Hille-Yosida . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
II.3.1 Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
II.3.2 Théorème de Hille-Yosida pour les C0 -semi-groupes de contractions . . . 20
II.3.3 Théorème de Hille-Yosida dans le cas général . . . . . . . . . . . . . . . 24
II.4 Théorème de Lumer-Phillips . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.4.1 Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.4.2 Théorème de Lumer-Phillips . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

II.1 Semi-groupes uniformément continus d’opérateurs linéaires


bornés
Définition II.1.1
Soit X est un espace de Banach.
• Une famille à un paramètre (T (t))t>0 d’opérateurs linéaires bornés de X dans X est dite un
semi-groupe d’opérateurs linéaires bornés sur X si :
(i) T (0) = I (où I est l’opérateur identité de X).
(ii) T (t + s) = T (t)T (s), ∀t, s > 0.
• Un semi-groupe (T (t))t>0 d’opérateurs linéaires bornés sur X est dit uniformément continu sur
X si :
lim+ kT (t) − Ik = 0, (II.1.1)
t→0

• L’opérateur linéaire A défini par :


 
T (t)x − x
D(A) = x ∈ X, lim+ existe dans X ,
t→0 t

8
II.1 Semi-groupes uniformément continus d’opérateurs linéaires bornés

et
T (t)x − x dT (t)x
Ax = lim+ = , ∀x ∈ D(A), (II.1.2)
t→0 t dt t=0

est appelé le générateur infinitésimal du semi-groupe (T (t))t>0 et D(A) est appelé le domaine de A.

Dans ce paragraphe, nous allons étudier quelques propriétés des semi-groupes uniformément
continus d’opérateurs linéaires bornés.

Lemme II.1.1
Soit f : [a, b] −→ X une fonction continue, alors :
Z a+t
1
lim+ f (s) ds = f (a). (II.1.3)
t→0 t a

Démonstration :
Pour tout t 6= 0 on a
Z a+t Z a+t
1 1

t f (s) ds − f (a) =
(f (s) − f (a)) ds
a t a
1
6 × sup kf (s) − f (a)k × t
t s∈[a,a+t]
= sup kf (s) − f (a)k.
s∈[a,a+t]

La continuité de f nous permet de conclure.

Théorème II.1.1
Un opérateur linéaire A est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe uniformément continu
sur X si, et seulement si A est un opérateur linéaire borné sur X.

Démonstration :
⇐=) Soit A un opérateur linéaire borné sur X. Posons pour tout t > 0,

+∞ n n
tA
X t A
T (t) = e = .
n=0
n!

Cette série, ainsi définie, converge en norme et définit un opérateur linéaire borné T (t) pour tout
t > 0.
Il est clair que T (0) = I, et par un calcul simple, on a pour tous t, s > 0,

T (t + s) = e(t+s)A = etA esA = T (t)T (s).

Mémoire de Master 9 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

Par ailleurs, pour tout t > 0 on a

+∞
X tn An
kT (t) − Ik = − I

n!
n=0
+∞ n n

X t A
=

n!


n=1
+∞
X kAkn
6 tn
n=1
n!
tkAk
=e − 1 −→+ 0
t→0

d’où lim+ kT (t) − Ik = 0.


t→0
D’autre part, pour tout t > 0 on a

tA
T (t) − I e − I
− A = − A
t t
tA
e − I − tA
=
t

+∞ n n
1 X t A
=

t n!


n=2
+∞
1 X n kAkn
6 t
t n=2 n!
1
= (etkAk − 1 − tkAk) −→+ 0
t t→0

T (t) − I
Donc lim+ = A.
t→0 t
Ainsi, (T (t))t>0 est un semi-groupe uniformément continu d’opérateurs linéaires bornés sur X de
générateur infinitésimal A.
=⇒) Réciproquement, soit (T (t))t>0 un semi-groupe uniformément continu d’opérateurs linéaires
bornés sur X, de générateur infinitésimal A. Z t
L’application R+ −→ B(X), t 7−→ T (t) est continue, donc T (s) ds ∈ B(X), ∀t > 0.
Z t 0
1
D’après lemme II.1.1 on a lim+ T (s) ds = T (0) = I.
Zt ρ0
t→0 Z ρ
1 1
Il existe alors ρ > 0 tel que ρ T (s) ds − I
< 1, ce qui implique que ρ T (s) ds est inver-
Z ρ 0 0

sible, et donc T (s) ds est aussi inversible.


0
Pour tout h > 0 on a

Mémoire de Master 10 Salah-Eddine CHORFI


II.1 Semi-groupes uniformément continus d’opérateurs linéaires bornés

  Z ρ  Z ρ 
T (h) − I 1
T (s) ds = (T (h + s) − T (s)) ds
h 0 h 0
Z ρ+h Z ρ 
1
= T (s) ds − T (s) ds
h h 0
Z ρ+h Z h 
1
= T (s) ds − T (s) ds
h ρ 0
 Z ρ+h −1
1 h
 Z ρ
T (h) − I
Z
1
Donc, = T (s) ds − T (s) ds T (s) ds .
h h ρ h 0 0
Z ρ −1
T (h) − I
Compte tenu du lemme II.1.1, on obtient lim+ = (T (ρ) − I) T (s) ds .
h→0 h 0
Ainsi, le générateur infinitésimal du semi-groupe (T (t))t>0 est l’opérateur linéaire borné
Z ρ −1
A = (T (ρ) − I) T (s) ds .
0

Remarque II.1.1
De la définition II.1.1, on voit bien qu’un semi-groupe (T (t))t>0 admet un unique générateur infi-
nitésimal. Si (T (t))t>0 est uniformément continu alors son générateur infinitésimal est un opérateur
linéaire borné. D’autre part, tout opérateur linéaire borné est le générateur infinitésimal d’un semi-
groupe uniformément continu. Ce semi-groupe est t-il unique ? La réponse affirmative est donnée
par le théorème suivant :

Théorème II.1.2
Soient (T (t))t>0 et (S(t))t>0 deux semi-groupes uniformément continus.
Si :
T (t) − I S(t) − I
lim+ = A = lim+ , (II.1.4)
t→0 t t→0 t
alors T (t) = S(t), ∀t > 0.

Démonstration :
Montrons que pour tout a > 0, T (t) = S(t) pour t ∈ [0, a].
Soit a > 0 fixé. Comme (T (t))t>0 et (S(t))t>0 sont des semi-groupes uniformément continus, alors
les applications t 7−→ kT (t)k et t 7−→ kS(t)k sont continues. Il existe alors une constante Ca > 0
telle que kT (t)kkS(t)k 6 Ca , ∀t, s ∈ [0, a].  
T (h) − S(h) T (h) − I S(h) − I
Pour tout h > 0, on a = − A − − A .
h h h
Soit ε > 0. L’égalité (II.1.4) implique qu’il existe δ > 0 tel que pour 0 < h 6 δ, on ait

T (h) − I ε S(h) − I ε
− A 6 et − A 6 .
h 2aCa h 2aCa

Ce qui entraı̂ne alors que pour 0 < h 6 δ, on a

Mémoire de Master 11 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés


T (h) − S(h) T (h) − I S(h) − I
= − A + − A
h h h
ε
6
aCa
t
Soient t ∈ [0, a] et n ∈ N∗ tels que < δ. De la définition II.1.1 et de l’inégalité précédente il
n
vient que :
n−1         
X t t t t
kT (t) − S(t)k = T (n − k) S k − T (n − k − 1) S (k + 1)

n n n n


k=0
n−1        
X t t t t
6 T (n − k) n S k n − T (n − k − 1) n S (k + 1) n

k=0
n−1            
X t t t t t t
6 T (n − k − 1) n T n S k n − T (n − k − 1) n S k n S n

k=0
n−1        
X
T (n − k − 1) t t t t
6 S k T −S
k=0
n n n n
n−1
t ε X t
6 Ca 1=ε 6ε
n aCa k=0 a
Comme ε > 0 est arbitraire, alors T (t) = S(t), ∀t ∈ [0, a]. Mais puisque a > 0 est aussi arbitraire,
il s’ensuit que T (t) = S(t), ∀t > 0.

Propriétés
Soit (T (t))t>0 un semi-groupe uniformément continu d’opérateurs linéaires bornés. Alors :
1. Il existe une constante ω > 0 telle que :
kT (t)k 6 eωt , ∀t > 0.
2. Il existe un opérateur linéaire borné A tel que T (t) = etA , ∀t > 0.

3. L’opérateur A de l’assertion 2) est le générateur infinitésimal du semi-groupe (T (t))t>0 .

4. L’application t 7−→ T (t) est différentiable et on a

dT (t)
= AT (t) = T (t)A. (II.1.5)
dt
Démonstration :
Toutes les assertions ci-dessus découlent de l’assertion 2). Pour montrer 2) notons que puisque
(T (t))t>0 est un semi-groupe uniformément continu son générateur infinitésimal A est un opérateur
linéaire borné et est aussi le générateur infinitésimal du semi-groupe uniformément continu (etA )t>0 ,
et par le théorème II.1.2 on obtient
T (t) = etA , ∀t > 0.

Mémoire de Master 12 Salah-Eddine CHORFI


II.2 C0 -semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés

II.2 C0-semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés


Définition II.2.1
Un semi-groupe (T (t))t>0 d’opérateurs linéaires bornés sur X est dit fortement continu si :

lim kT (t)x − xk = 0, ∀x ∈ X, (II.2.1)


t→0+

Un semi-groupe fortement continu sur X est aussi appelé C0 -semi-groupe sur X.

Exemple II.2.1 (C0 -semi-groupe de translation)


On considère l’espace de Banach X = BU C([0, +∞[) des fonctions bornées uniformément conti-
nues de [0, +∞[ sur R muni de la norme

kf k = sup |f (x)|,
x∈[0,+∞[

Soit (T (t))t>0 la famille d’opérateurs définis sur X par

(T (t)f )(x) = f (t + x), ∀t > 0, ∀f ∈ X, ∀x ∈ [0, +∞[.

• (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe sur X appelé C0 -semi-groupe de translation à droite. Son


générateur infinitésimal est donné par

D(A) = {f ∈ X : f 0 existe et f 0 ∈ X} ,

et
Af = f 0 , ∀f ∈ D(A).
• Le C0 -semi-groupe (T (t))t>0 n’est pas uniformément continu sur X puisque A est non borné.

Théorème II.2.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X. Alors il existe deux constantes ω > 0 et M > 1 telles
que :
kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0.

Démonstration :
Montrons d’abord qu’il existe a > 0 et M > 1 tels que kT (t)k 6 M, ∀t ∈ [0, a].
Supposons le contraire, c’est-à-dire que ∀a > 0, ∀M > 1, ∃t ∈ [0, a] tel que kT (t)k > M .
En particulier pour a = n1 et M = n (n ∈ N∗ ), il existe tn ∈ [0, n1 ] tel que kT (tn )k > n. Donc la suite
(kT (tn )k)n∈N ∗ est non bornée. Il vient alors du théorème de Banach-Steinhaus, qu’il existe x0 ∈ X
tel que (kT (tn )x0 k)n∈N ∗ soit non bornée, ce qui contredit le fait que lim+ T (t)x = x, ∀x ∈ X.
t→0
Ainsi, kT (t)k 6 M, ∀t ∈ [0, a]. Comme T (0) = I, alors M > 1.
log M
Posons ω = > 0.
a
Soit t > 0 et soient q ∈ N∗ et r tels que t = qa + r, avec 0 6 r < a.

Mémoire de Master 13 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

Par la propriété des semi-groupes on a

kT (t)k = kT (qa + r)k


= kT (r)T (a)q k
6 MMq
t r
6 MM a−a
t
6 MM a
= M eωt .

Corollaire II.2.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X. Alors pour tout x ∈ X, la fonction t 7−→ T (t)x est
continue de R+ dans X.

Démonstration :
Soit x ∈ X et soient t, h > 0 La continuité de t 7−→ T (t)x découle des inégalités

kT (t + h)x − T (t)xk = kT (t)(T (h)x − x)k


6 kT (t)kkT (h)x − xk
6 M eωt kT (h)x − xk −→+ 0,
h→0

et pour t > h > 0 on a

kT (t − h)x − T (t)xk = kT (t − h)(x − T (h)x)k


6 kT (t − h)kkx − T (h)xk
6 M eω(t−h) kx − T (h)xk
6 M eωt kx − T (h)xk −→+ 0.
h→0

Théorème II.2.2
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A. Alors :

1. On a Z t+h
1
lim+ T (s)x ds = T (t)x, ∀t > 0, ∀x ∈ X. (II.2.2)
h→0 h t
Z t
2. Pour tout t > 0 et tout x ∈ X, T (s)x ds ∈ D(A) et on a
0
Z t 
A T (s)x ds = T (t)x − x. (II.2.3)
0

3. Pour tout t > 0 et tout x ∈ D(A), T (t)x ∈ D(A), et on a

dT (t)x
= AT (t)x = T (t)Ax. (II.2.4)
dt

Mémoire de Master 14 Salah-Eddine CHORFI


II.2 C0 -semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés

Démonstration :
1. Il résulte immédiatement du lemme II.1.1 et du corollaire II.2.1.
2. Pour tout x ∈ X et tout h > 0 on a
  Z t  Z t 
T (h) − I 1
T (s)x ds = (T (h + s)x − T (s)x) ds
h 0 h 0
Z t+h Z t 
1
= T (s)x ds − T (s)x ds
h h 0
Z t+h Z h 
1
= T (s)x ds − T (s)x ds
h t 0
−→+ T (t)x − x.
h→0

3. Pour tout x ∈ D(A), on a

T (h) − I T (h + t)x − T (t)x


lim+ T (t)x = lim+
h→0 h h→0
 h   
T (h) − I T (h) − I
= lim+ T (t) x = lim+ T (t)x.
h→0 h h→0 h
= T (t)Ax = AT (t)x
dT (t)x
Ce qui implique aussi que = AT (t)x = T (t)Ax.
dt

Remarque II.2.1
En intégrant la formule (II.2.4) entre 0 et t, on obtient pour tout x ∈ D(A) :
Z t Z t
T (t)x − x = T (s)Ax ds = AT (s)x ds. (II.2.5)
0 0

Corollaire II.2.2
Si A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X, alors :
1. Le domaine D(A) est dense dans X, c’est-à-dire D(A) = X.
2. A est un opérateur linéaire fermé.

Démonstration :
Z 1

∗ 1 n
1. Soit x ∈ X. Pour tout n ∈ N , posons xn = 1 T (s)x ds.
n 0
D’après l’assertion 2) du théorème II.2.2 on a xn ∈ D(A), ∀n ∈ N∗ et par l’assertion 1) du
même théorème on a,
Z 1
1 n
lim xn = lim T (s)x ds = x.
n→+∞ n→+∞ 1 0
n

Ainsi, D(A) = X.

Mémoire de Master 15 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

2. D’abord A est un opérateur linéaire. Soit (xn )n>0 une suite d’éléments de D(A) telle que
xn −→ x et Axn −→ y. Montrons que x ∈ D(A) et que Ax = y.
n→+∞ n→+∞
Puisque pour tout n ∈ N, xn ∈ D(A), alors d’après la formule (II.2.5) on a
Z t
T (t)xn − xn = T (s)Axn ds, ∀n ∈ N, ∀t > 0. (II.2.6)
0

Soit t > 0. Alors pour tout s ∈ [0, t] et pour tout n ∈ N on a

kT (s)Axn − T (s)yk = kT (s)(Axn − y)k


6 kT (s)kkAxn − yk
6 M eωt kAxn − yk
Donc (T (s)Axn )n>0 converge quand n → +∞ vers T (s)y uniformément en s sur [0, t].
Il vient alors Zde l’égalité (II.2.6) et du théorèmeZ d’interversion de la limite et l’intégrale que :
t
T (t)x − x 1 t
T (t)x − x = T (s)y ds. Donc = T (s)y ds −→+ y.
0 t t 0 t→0
Ainsi x ∈ D(A) et Ax = y.

Théorème II.2.3
Soient (T (t))>0 et (S(t))>0 deux C0 -semi-groupes sur X, de générateurs infinitésimaux, respecti-
vement A et B. Si A = B, alors T (t) = S(t), ∀t > 0.

Démonstration :
Soit t > 0 et soit x ∈ D(A) = D(B).
Il vient de l’assertion 3) du théorème II.2.2 que la fonction [0, t] 3 s 7−→ U (s)x := T (t − s)S(s)x ∈
D(A) est différentiable et que :

dU (s)
= −AT (t − s)S(s)x + T (t − s)BS(s)x
ds
= −T (t − s)AS(s)x + T (t − s)AS(s)x, (A = B)
= 0.
Ce qui entraı̂ne alors que pour tout x ∈ D(A), la fonction s 7−→ U (s)x := T (t − s)S(s)x est
constante, et en particulier ses valeurs aux points s = 0 et s = t coı̈ncident.
D’où T (t)x = S(t)x ∀t > 0, ∀x ∈ D(A).
Comme D(A) = X et T (t), S(t) sont des opérateurs bornés sur X, pour tout t > 0, alors
T (t) = S(t), ∀t > 0.

On définit par récurrence l’opérateur An pour tout n ∈ N∗ par

D(An ) = {x ∈ D(An−1 ) : An−1 x ∈ D(A)}

et
An x = AAn−1 x, ∀x ∈ D(An ).

Mémoire de Master 16 Salah-Eddine CHORFI


II.2 C0 -semi-groupes d’opérateurs linéaires bornés

Théorème II.2.4
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A. Alors :
1. D(An ) = X, ∀n ∈ N∗ .

+∞
T
2. D(An ) = X.
n=0

Démonstration :
1. Compte tenu du corollaire II.2.2, le résultat est vrai pour n = 1.
Posons
D = {ϕ ∈ C ∞ (R), ϕ à support compacte inclus dans [0, +∞[} .
Pour tout ϕ ∈ D et tout x ∈ X, on pose
Z ∞
xϕ = ϕ(s)T (s)x ds.
0

Considérons l’ensemble Y = {xϕ , ϕ ∈ D et x ∈ X} qui est un s-ev de X.


Pour tout x ∈ X, ϕ ∈ D et h > 0 on a

T (h) − I 1 ∞ 1 ∞
Z Z
xϕ = ϕ(s)T (h + s)x ds − ϕ(s)T (s)x ds
h h 0 h 0
1 ∞ 1 ∞
Z Z
= ϕ(s − h)T (s)x ds − ϕ(s)T (s)x ds
h h h 0
1 ∞ 1 h
Z Z
= (ϕ(s − h) − ϕ(s))T (s)x ds − ϕ(s)T (s)x ds
h h h 0
1 ∞ 1 h
Z Z
= (ϕ(s − h) − ϕ(s))T (s)x ds + (ϕ(s − h) − ϕ(s))T (s)x ds
h h h 0
1 ∞
Z
= (ϕ(s − h) − ϕ(s))T (s)x ds, (car supp(ϕ) ⊂ [0, +∞[).
h 0
1
Comme (ϕ(s − h) − ϕ(s))T (s)x converge uniformément vers −ϕ0 (s)T (s)x sur [0, +∞[ quand
h
h → 0+ , alors en faisant tendre h → 0+ dans la dernière formule, il vient que xϕ ∈ D(A) et que
Z ∞
Axϕ = − ϕ0 (s)T (s)x ds.
0

Il en résulte que Y ⊂ D(A), et par récurrence on montre que Y ⊂ D(An ) pour tout n ∈ N∗ et
que :
Z ∞
n n
A xϕ = (−1) ϕ(n) (s)T (s)x ds, ∀xϕ ∈ Y.
0
Maintenant, montrons que Y est dense dans X.
Supposons par l’absurde que Y 6= X, alors d’après lemme I.1.2, il existe f ∈ X 0 f 6≡ 0 telle que
hxϕ , f iZ = 0, ∀xϕ ∈ Y .
∞ Z ∞ 
Donc ϕ(s)hT (s)x, f i ds = ϕ(s)T (s)x ds, f = 0 ∀ϕ ∈ D, ∀x ∈ X.
0 0
Par conséquent, pour tout x ∈ X on a hT (s)x, f i = 0, ∀s ∈ [0, +∞[.
En particulier pour s = 0 on obtient hx, f i = 0, ∀x ∈ X, ce qui contredit le fait que f 6≡ 0.
Comme Y ⊂ D(An ) pour tout n ∈ N∗ et Y = X, il en résulte que D(An ) = X, ∀n ∈ N∗ .

Mémoire de Master 17 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

2. Découle immédiatement de 1) .

II.3 Théorème de Hille-Yosida


Dans ce paragraphe, nous présentons l’un des résultats les plus importants concernant les C0 -
semi-groupes. Il s’agit du théorème de Hille-Yosida qui permet de caractériser les opérateurs qui
sont générateurs de C0 -semi-groupes. Nous allons commencer tout d’abord par introduire quelques
notions et résultats intermédiaires.

II.3.1 Préliminaires
Lemme II.3.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A et soit V un opérateur
linéaire borné sur X, i.e., V ∈ B(X), alors les propriétés suivantes sont équivalentes :
1. T (t)V = V T (t), ∀t > 0.
2. V D(A) ⊆ D(A) et AV x = V Ax, ∀x ∈ D(A).

Démonstration :
1) =⇒ 2). Soit V ∈ B(X) tel que T (t)V = V T (t), ∀t > 0.
Soit x ∈ D(A), alors on a

T (t)V x − V x V T (t)x − V x
lim+ = lim+
t→0 t t→0
 t 
T (t)x − x
= lim+ V = V Ax.
t→0 t

Donc V x ∈ D(A) et AV x = V Ax.


2) =⇒ 1). Soit V ∈ B(X) tel que V D(A) ⊆ D(A) et AV x = V Ax, ∀x ∈ D(A).
Pour tous t > 0 et x ∈ D(A) définissons la fonction s 3 [0, t] 7−→ W (s) = T (t − s)V T (s)x ∈ D(A).
Alors
dW (s)
= −AT (t − s)V T (s)x + T (t − s)V AT (s)x
ds
= −T (t − s)AV T (s)x + T (t − s)V AT (s)x
= −T (t − s)V AT (s)x + T (t − s)V AT (s)x = 0.
Donc W est constante, et par conséquent W (0) = W (t).
D’où T (t)V x = V T (t)x, ∀t > 0, ∀x ∈ D(A).
Comme D(A) = X et T (t)V et V T (t) sont continues alors

T (t)V = V T (t), ∀t > 0.

Théorème II.3.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A, et soient ω > 0 et M > 1
tels que kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0. Si λ ∈ C telle que Re λ > ω, alors :

Mémoire de Master 18 Salah-Eddine CHORFI


II.3 Théorème de Hille-Yosida

1. L’application
Rλ : X −→ X
Z ∞
x 7−→ Rλ x = e−λs T (s)x ds,
0
définit un opérateur linéaire borné sur X et on a
M
kRλ k 6 .
Re λ − ω
2. λ ∈ ρ(A) et R(λ, A)x = Rλ x, ∀x ∈ X.

Démonstration :
1. Soit λ ∈ C telle que Re λ > ω. Rλ est un opérateur linéaire.
De plus, pour tout s > 0 et tout x ∈ X, on a

ke−λs T (s)xk 6 e−Re λs kT (s)kkxk


6 e−Re λs M eωs kxk
= M e−(Re λ−ω)s kxk
Ce qui entraı̂ne alors que :
Z ∞
kRλ xk 6 ke−λs T (s)xk ds
0
Z ∞
6 M kxk e−(Re λ−ω)s ds
0
M
= kxk
Re λ − ω
M
Il s’ensuit alors que Rλ est un opérateur linéaire borné sur X et que kRλ k 6 .
Re λ − ω

2.
T (h)Rλ x − Rλ x 1 ∞ −λs 1 ∞ −λs
Z Z
= e T (h + s)x ds − e T (s)x ds
h h 0 h 0
eλh ∞ −λs 1 ∞ −λs
Z Z
= e T (s)x ds − e T (s)x ds
h h h 0
Z ∞
1 ∞ −λs
Z h
eλh
 Z
−λs −λs
= e T (s)x ds − e T (s)x ds − e T (s)x ds
h 0 0 h 0
eλh − 1 ∞ −λs eλh h −λs
Z Z
= e T (s)x ds − e T (s)x ds
h 0 h 0
−→+ λRλ x − x.
h→0

Donc Rλ x ∈ D(A) et que ARλ x = λRλ x − x, ∀x ∈ X, c-à-d (λI − A)Rλ x = x, ∀x ∈ X.


Comme Rλ commute avec T (t), il vient du lemme II.3.1 que Rλ commute avec A sur D(A).
D’où
Rλ (λI − A)x = x, ∀x ∈ D(A),
et R(λ, A) = Rλ .

Mémoire de Master 19 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

Corollaire II.3.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A, et soient ω > 0 et M > 1
tels que kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0. Alors pour tout λ ∈ C tel que Re λ > ω et pour tout x ∈ D(A)
on a

AR(λ, A)x = R(λ, A)Ax.

Démonstration :
Il résulte du lemme II.3.1 et du fait que R(λ, A) = Rλ .

II.3.2 Théorème de Hille-Yosida pour les C0 -semi-groupes de contrac-


tions
Définition II.3.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X.
1. (T (t))t>0 est dit uniformément borné sur X s’il existe M > 1 telle que kT (t)k 6 M, ∀t > 0.
2. (T (t))t>0 est dit un C0 -semi-groupe de contractions si kT (t)k 6 1, ∀t > 0.

Théorème II.3.2 (Hille-Yosida)


Un opérateur linéaire A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions (T (t))t>0
sur X si et seulement si :
1. D(A) = X et A est un opérateur fermé.
1
2. ]0, +∞[⊂ ρ(A) et pour tout λ > 0 on a kR(λ, A)k 6 .
λ
Démonstration :
(Condition nécessaire)
La condition nécessaire résulte du corollaire II.2.2 et du théorème II.3.1 pour ω = 0.
Pour montrer que les conditions 1) et 2) du théorème II.3.2 sont suffisantes pour que A soit le
générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions (T (t))t>0 on aura besoin des lemme
suivants :

Lemme II.3.2
Soit A un opérateur linéaire sur X vérifiant les conditions 1) et 2) du théorème II.3.2. Alors :

lim λR(λ, A)x = x, ∀x ∈ X.


λ→+∞

Démonstration :
Soit x ∈ D(A). Alors pour tout λ > 0 :

kλR(λ, A)x − xk = kAR(λ, A)xk


= kR(λ, A)Axk
6 kR(λ, A)kkAxk
kAxk
6 −→ 0.
λ λ→+∞
Mémoire de Master 20 Salah-Eddine CHORFI
II.3 Théorème de Hille-Yosida

Donc lim λR(λ, A)x = x, ∀x ∈ D(A).


λ→+∞
Comme D(A) = X et (λR(λ, A))λ>0 est uniformément bornée car kλR(λ, A)k 6 1, alors :

lim λR(λ, A)x = x, ∀x ∈ X.


λ→+∞

Définition II.3.2
Pour λ > 0, On appelle approximation de Y osida de l’opérateur linéaire A, l’opérateur

Aλ = λAR(λ, A) = λ2 R(λ, A) − λI.

Lemme II.3.3
Soit A un opérateur linéaire satisfaisant les conditions 1) et 2) du théorème II.3.2. Alors :

lim Aλ x = Ax, ∀x ∈ D(A).


λ→+∞

Démonstration :
Soit x ∈ D(A). D’après le lemme II.3.2, on a lim λR(λ, A)Ax = Ax. Et du corollaire II.3.1 on
λ→+∞
déduit que
lim Aλ x = lim λR(λ, A)Ax = Ax.
λ→+∞ λ→+∞

Lemme II.3.4
Soit A un opérateur linéaire satisfaisant les conditions 1) et 2) du théorème II.3.2. Alors Aλ est
le générateur infinitésimal du semi-groupe uniformément continu de contractions (etAλ )t>0 .
De plus, pour tout x ∈ X et λ, µ > 0 on a

ketAλ x − etAµ xk 6 tkAλ x − Aµ xk.

Démonstration :
Puisque Aλ = λ2 R(λ, A) − λI et R(λ, A) est borné alors Aλ est un opérateur linéaire borné sur X,
donc d’après le théorème II.1.1 Aλ est le générateur infinitésimal du semi-groupe uniformément
continu (etAλ )t>0 .
De plus pour tout t > 0 on a
2 R(λ,A)
ketAλ k = ketλ e−tλI k
2 R(λ,A)
6 e−tλ ketλ k
−tλ tλ2 kR(λ,A)k
6e e
1
6 e−tλ etλ = 1, car kR(λ, A)k 6 .
λ
Il en résulte que (etAλ )t>0 est un semi-groupe uniformément continu de contractions sur X.
Il est facile de voir à partir de la définition que pour tout λ, µ > 0, Aλ , Aµ , etAλ et etAµ commutent

Mémoire de Master 21 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

entre eux. Il en résulte alors que pour tout x ∈ X :


Z 1
tAλ tAµ
d tsA t(1−s)A

ke x − e xk = e λ
e µ
x ds
0 ds

Z 1
d tsA t(1−s)A 
6 ds e e x ds
λ µ

0
Z 1
6 tketsAλ et(1−s)Aµ (Aλ x − Aµ x)k ds
0
6 tkAλ x − Aµ xk, car ketsAλ k 6 1 et ket(1−s)Aµ k 6 1.

Démonstration du théorème II.3.2 :


(Condition suffisante)
Soit x ∈ D(A). Pour tout λ, µ > 0, on a

ketAλ x − etAµ xk 6 tkAλ x − Aµ xk


6 tkAλ x − Axk + tkAµ x − Axk.
Il vient du lemme II.3.3 que pour tout x ∈ D(A), etAλ x converge quand λ → +∞, et la convergence
est uniforme sur les intervalles bornés. Posons alors
T (t)x = lim etAλ x, ∀x ∈ D(A).
λ→+∞

Comme D(A) est dense dans X et (etAλ )t>0 est uniformément borné, alors :

T (t)x = lim etAλ x, ∀x ∈ X. (II.3.1)


λ→+∞

Et la limite est uniforme sur les intervalles bornés.


De la formule (II.3.1) on voit que T (0) = I, T (t + s) = T (t)T (s), ∀t, s > 0, et kT (t)k 6 1, ∀t > 0.
De plus t 7−→ T (t)x est continue pour tout x ∈ X comme limite uniforme d’une famille de fonc-
tions continues. Ainsi (T (t))>0 est un C0 -semi-groupe de contractions sur X.
Pour conclure, il reste à montrer que A est le générateur infinitésimal de (T (t))>0 .
Soit B le générateur infinitésimal de (T (t))>0 .
Soit x ∈ D(A), en utilisant la formule (II.3.1) et le théorème II.2.2 et compte tenu de la conver-
gence uniforme de etAλ Aλ x vers T (t)Ax sur les intervalles bornés, on obtient :

T (t)x − x 1
= lim (etAλ x − x)
t t λ→+∞
Z t
1 d sAλ
= lim (e x) ds
t λ→+∞ 0 ds
Z t
1
= lim esAλ Aλ x ds
t λ→+∞ 0
1 t
Z
= lim esAλ Aλ x ds
t 0 λ→+∞

1 t
Z
= T (s)Ax ds −→+ Ax.
t 0 t→0

Donc x ∈ D(B) et Bx = Ax, ce qui entraı̂ne que D(A) ⊆ D(B) et Ax = Bx, ∀x ∈ D(A).
Comme B est le générateur infinitésimal de (T (t))>0 qui est de contractions, alors d’après la

Mémoire de Master 22 Salah-Eddine CHORFI


II.3 Théorème de Hille-Yosida

condition 2) du théorème II.3.2 on a 1 ∈ ρ(B). D’autre part, puisque A vérifie la condition 2)


du théorème II.3.2 alors 1 ∈ ρ(A). Mais puisque D(A) ⊆ D(B) et Ax = Bx, ∀x ∈ D(A), on a
(I − B)D(A) = (I − A)D(A) = X, ce qui entraı̂ne alors que D(B) = (I − B)−1 X = D(A).
D’où A = B.

Comme conséquence du théorème II.3.2 de Hille-Yosida, on obtient :

Corollaire II.3.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions (T (t))t>0 . Alors :

T (t)x = lim etAλ x, ∀x ∈ X.


λ→+∞

Corollaire II.3.3
Soit ω > 0. Un opérateur linéaire A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0
vérifiant kT (t)k 6 eωt , ∀t > 0, si et seulement si :
1. D(A) = X et A un opérateur fermé.
1
2. ]ω, +∞[⊂ ρ(A) et pour tout λ > ω on a kR(λ, A)k 6 .
λ−ω

Démonstration :
=⇒) Découle du corollaire II.2.2 et du théorème II.3.1.
⇐=) Le théorème II.3.2 de Hille-Yosida appliqué à l’opérateur B = A−ωI pour λ−ω > 0 implique
qu’il génère un C0 -semi groupe de contractions (S(t))t>0 . Le C0 -semi groupe défini par
T (t) = eωt S(t), ∀t > 0,
donne le résultat.

Théorème II.3.3
Si A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X vérifiant :
kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0, avec ω > 0, M > 1.
Alors :
1. D(A) = X et A est un opérateur fermé.
2. Pour tout λ ∈ C tel que Re λ > ω on a λ ∈ ρ(A) et
M
kR(λ, A)n k 6 , ∀n ∈ N.
(Re λ − ω)n

Démonstration :
1) Déjà vu dans le corollaire II.2.2.
Z ∞ II.3.1, comme Re λ > ω, alors λ ∈ ρ(A) et pour tout x ∈ X, on a
2) D’après le théorème
M
R(λ, A)x = Rλ x = e−λs T (s)x ds, et kR(λ, A)k 6 .
0 Re λ − ω
Il est facile de voir que
Z ∞
d
R(λ, A)x = − se−λs T (s)x ds, ∀x ∈ X,
dλ 0

Mémoire de Master 23 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

et par récurrence on obtient pour tout x ∈ X et tout n ∈ N, que :


Z ∞
dn
R(λ, A)x = (−1) n
sn e−λs T (s)x ds.
dλn 0

dn
Par ailleurs, par le lemme I.2.8, on a R(λ, A) = (−1)n n!R(λ, A)n+1 .
dλn
Il en résulte alors que :

1 ∞ n −λs
Z
n+1
R(λ, A) x = s e T (s)x ds, ∀x ∈ X.
n! 0

D’où Z ∞
1
n
R(λ, A) x = sn−1 e−λs T (s)x ds, ∀x ∈ X, ∀n ∈ N∗ .
(n − 1)! 0

Il vient alors que pour tout x ∈ X et tout n ∈ N∗ , on a


Z ∞
n 1 n−1 −λs

kR(λ, A) xk = s e T (s)x ds
(n − 1)! 0
Z ∞
1
sn−1 e−λs T (s)x ds

6
(n − 1)! 0
Z ∞
1
6 sn−1 e−Re λs M eωs kxk ds
(n − 1)! 0
M
6 kxk (Intégration par parties (n-1) fois).
(Re λ − ω)n
M
D’où kR(λ, A)n k 6 , ∀n ∈ N.
(Re λ − ω)n

II.3.3 Théorème de Hille-Yosida dans le cas général


Dans ce paragraphe on va démontrer le théorème de Hille-Yosida dans le cas général d’un
C0 -semi-groupe sur X. Tout d’abord on va commencer par démontrer le lemme suivant :
Lemme II.3.5
Soit A : D(A) ⊂ X −→ X un opérateur linéaire tel que ]0, +∞[⊂ ρ(A) et vérifiant :

kλn R(λ, A)n k 6 M, ∀n ∈ N, ∀λ > 0.

Alors il existe une norme k · k1 sur X équivalente à la norme d’origine k · k vérifiant :


1. kxk 6 kxk1 6 M kxk, ∀x ∈ X.
2. kλR(λ, A)xk1 6 kxk1 , ∀x ∈ X.

Démonstration :
Soit µ > 0. Posons :

kxkµ = sup kµn R(µ, A)n k, ∀x ∈ X, (II.3.1)


n>0

Mémoire de Master 24 Salah-Eddine CHORFI


II.3 Théorème de Hille-Yosida

Il est facile de voir que k · kµ définit une norme sur X vérifiant :

kxk 6 kxkµ 6 M kxk, ∀x ∈ X, (II.3.2)


et
kµR(µ, A)kµ 6 1, (II.3.3)
Montrons alors que :
kλR(λ, A)kµ 6 1, pour 0 < λ 6 µ. (II.3.4)
Soit x ∈ X. Posons y = R(λ, A)x. Il vient alors de l’équation de la résolvante que :

y = R(λ, A)x = R(µ, A)(x + (µ − λ)y).

Et par l’inégalité triangulaire et l’inégalité (II.3.3) on obtient :

kykµ = kR(µ, A)x + (µ − λ)R(µ, A)y)kµ


6 kR(µ, A)xkµ + (µ − λ)kR(µ, A)ykµ
1 µ−λ
6 kxkµ + kykµ
µ µ
 
µ−λ 1
Ce qui entraı̂ne kykµ 1 − 6 kxkµ , et par suite λkykµ 6 kxkµ , ∀x ∈ X.
µ µ
D’où kλR(λ, A)kµ 6 1, pour 0 < λ 6 µ.
Des inégalités (II.3.2) et (II.3.4), on voit facilement que :

kλn R(λ, A)n xk 6 kλn R(λ, A)n xkµ 6 kxkµ , pour 0 < λ 6 µ. (II.3.5)
D’où kxkλ 6 kxkµ , pour 0 < λ 6 µ.
Posons alors
kxk1 = lim kxkµ , ∀x ∈ X.
µ→+∞

En faisant tendre µ → +∞ dans l’inégalité (II.3.2) on obtient :

kxk 6 kxk1 6 M kxk, ∀x ∈ X.

En prenant n = 1 dans l’inégalité (II.3.5), il vient que :

kλR(λ, A)xkµ 6 kxkµ , ∀x ∈ X.

En faisant tendre µ → +∞ on obtient kλR(λ, A)xk1 6 kxk1 , ∀x ∈ X. D’où kλR(λ, A)k1 6 1.

Théorème II.3.4 (Théorème de Hille-Yosida, cas général)


Un opérateur linéaire A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X vérifiant
kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0, avec ω > 0, M > 1, si et seulement si :
1. D(A) = X et A est un opérateur fermé.
2. Pour tout λ ∈ C tel que Re λ > ω, on a λ ∈ ρ(A) et
M
kR(λ, A)n k 6 , ∀n ∈ N.
(Re λ − ω)n

Mémoire de Master 25 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

Démonstration :
=⇒) Découle du théorème II.3.3.
⇐=) Supposons que A vérifie les assertions 1) et 2) du théorème II.3.4, alors sans perte de généralité
et quitte à considérer le C0 -semi-groupe S(t) = e−ωt T (t), ∀t > 0, on peut supposer que ω = 0.
L’assertion 2) implique dans ce cas que kλn R(λ, A)n k 6 M, ∀n ∈ N, ∀λ > 0.
Soit k · k1 la norme équivalente à k · k, définie dans le lemme II.3.5 et vérifiant :

kxk 6 kxk1 6 M kxk, ∀x ∈ X, et kλR(λ, A)k1 6 1, ∀λ > 0. (II.3.6)

Il vient alors du théorème II.3.2 de Hille-Yosida pour les C0 -semi-groupes de contractions que A
est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))>0 de k · k1 -contractions sur X, et en
utilisant l’inégalité (II.3.6), on obtient pour tout t > 0 et tout x ∈ X,

kT (t)xk 6 kT (t)xk1
6 kT (t)k1 kxk1
6 kxk1
6 M kxk.
D’où kT (t)k 6 M, ∀t > 0.

II.4 Théorème de Lumer-Phillips


Dans ce paragraphe, nous présentons une autre caractérisation concernant les C0 -semi-groupes
de contractions. Il s’agit du théorème de Lumer-Phillips. Nous allons commencer tout d’abord par
introduire quelques préliminaires.
Notons par X 0 le dual topologique de l’espace de Banach X, et pour f ∈ X 0 et x ∈ X, on note
f (x) par hf, xi ou hx, f i.
Pour tout x ∈ X, on note F(x) = {f ∈ X 0 : hf, xi = kxk2 = kf k2 } l’ensemble de dualité.
Par le théorème de Hahn-Banach, et plus précisément le corollaire I.1.2 du chapitre I, on a
F(x) 6= ∅, pour tout x ∈ X.

II.4.1 Préliminaires
Définition II.4.1
Un opérateur linéaire A : D(A) ⊂ X −→ X est dit dissipatif si pour tout x ∈ D(A), il existe
f ∈ F(x) telle que Rehf, Axi 6 0.

Lemme II.4.1
Si (H, <, >) est un espace de Hilbert et A : D(A) ⊂ H −→ H un opérateur linéaire. Alors A est
dissipatif si et seulement si
RehAx, xi 6 0, ∀x ∈ D(A).

Démonstration :
C’est une conséquence immédiate du lemme I.1.1 du chapitre I.

Mémoire de Master 26 Salah-Eddine CHORFI


II.4 Théorème de Lumer-Phillips

Théorème II.4.1
Un opérateur linéaire A : D(A) ⊂ X −→ X est dissipatif si et seulement si :

k(λI − A)xk > λkxk, ∀λ > 0, ∀x ∈ D(A). (II.4.1)

Démonstration :
Soient A un opérateur dissipatif, λ > 0 et x ∈ D(A). Si f ∈ F(x) et Rehf, Axi 6 0, alors :

kλx − Axkkxk > |hλx − Ax, f i| > Rehλx − Ax, f i > λkxk2 .

Réciproquement, Soit x ∈ D(A) tel que λkxk 6 kλx − Axk pour tout λ > 0. Si fλ ∈ F(λx − Ax)

et gλ = , alors kgλ k = 1 et
kfλ k
λkxk 6 kλx − Axk 6 kfλ k−1 kλx − Axkkfλ k = kfλ k−1 hλx − Ax, fλ i = hλx − Ax, gλ i
= λRehx, gλ i − RehAx, gλ i
6 λkxk − RehAx, gλ i.
Donc RehAx, gλ i 6 0. Puisque Re α > −|α| pour tout α ∈ C, alors pour tout λ > 0 :
1
Rehx, gλ i > kxk − kAxk. (II.4.2)
λ
Par le théorème d’Alaoglu-Bourbaki la boule unité de X 0 est *-faiblement compacte, donc la suite
généralisée gλ , pour λ → +∞, admet une valeur d’adhérence pour la topologie faible-* g ∈ X 0 ,
kgk 6 1.
De l’inégalité (II.4.2) on a RehAx, gi 6 0 et Rehx, gi > kxk.
D’autre part on a Rehx, gi 6 |hx, gi| 6 kxk, et donc hx, gi = kxk.
Soit f = kxkg, alors f ∈ F(x) et Rehf, Axi 6 0. Donc pour tout x ∈ D(A) il existe f ∈ F(x)
telle que Rehf, Axi 6 0, et donc A est dissipatif.

II.4.2 Théorème de Lumer-Phillips

Proposition II.4.1
Soit A : D(A) ⊂ X −→ X un opérateur dissipatif, Alors :

1. λI − A est injectif pour tout λ > 0, et on a


1
k(λI − A)−1 yk 6 kyk, ∀y ∈ Im(λI − A). (II.4.1)
λ
2. Il existe λ0 > 0 tel que λ0 I − A soit surjectif si et seulement si, λI − A est surjectif pour tout
λ > 0. Dans ce cas ]0, +∞[⊂ ρ(A).

3. A est fermé si et seulement Im(λ0 I − A) est fermé pour un certain λ0 > 0, et donc Im(λI − A)
est fermé pour tout λ > 0.

Mémoire de Master 27 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre II : Semi-groupes à un paramètre d’opérateurs linéaires bornés

Démonstration :
1. Découle immédiatement de l’inégalité (II.4.1) du théorème II.4.1.

2. Supposons qu’il existe λ0 > 0 tel que λ0 I − A soit surjectif, alors il suit de 1) que λ0 I − A est
1
bijectif et donc λ0 ∈ ρ(A) et que k(λ0 I − A)−1 k 6 .
λ0
On en déduit que (λ0 I − A)−1 est un opérateur borné et donc il est fermé. Donc λ0 I − A est
aussi fermé, ce qui entraı̂ne alors que A est un opérateur fermé.
Maintenant, montrons que pour tout λ > 0, Im(λI−A) = X. Pour cela, considérons l’ensemble :
Λ = {λ ∈]0, +∞[ : Im(λI − A) = X}
On a Λ 6= ∅. Montrons que Λ est à la fois ouvert et fermé dans ]0, +∞[.
Soit λ ∈ Λ, alors par l’inégalité (II.4.1), λ ∈ ρ(A), et comme ρ(A) est un ouvert de C, il existe
un voisinage V de λ tel que V ⊂ ρ(A). Il est clair que V ∩]0, +∞[ est un voisinage de λ contenu
dans Λ. Ainsi Λ est un ouvert de ]0, +∞[.
D’autre part, soit (λn )n>0 ⊂ Λ telle que λn −→ λ > 0.
n→+∞
Pour tout y ∈ X, il existe (xn )n>0 ⊂ D(A) telle que :
y = λn xn − Axn . (II.4.2)
Il vient de l’inégalité (II.4.1) que
1 1
kxn k 6 kλn xn − Axn k = kyk 6 C,
λn λn
où C est une constante positive.
De la dissipativité de A et de l’égalité (II.4.2) il vient que pour tous n, m ∈ N, on ait

λm kxn − xm k 6 k(λm I − A)(xn − xm )k


6 kλm xn − λm xm − A(xn − xm )k
= kλm xn − λm xm − (λn xn − λm xm )k
= |λn − λm |kxn k
6 C|λn − λm |.
Il s’ensuit alors que (xn )n>0 est de Cauchy dans X qui est un espace de Banach. Soit alors
x = lim xn .
Par l’égalité (II.4.2) on a Axn = λn xn − y −→ λx − y. Comme A est fermé, alors x ∈ D(A)
n→+∞
et que Ax = λx − y, d’où Im(λI − A) = X. Donc λ ∈ Λ, ainsi Λ est fermé dans ]0, +∞[.
Finalement, Λ est à la fois ouvert et fermé non vide dans ]0, +∞[ qui est connexe, on en déduit
que Λ =]0, +∞[. Ainsi pour tout λ > 0, Im(λI − A) = X, et donc ]0, +∞[⊂ ρ(A).

3. Pour démontrer l’assertion 3) on utilise le lemme I.2.4 du chapitre I qui est une conséquence
du théorème du graphe fermé.
L’opérateur A est fermé si et seulement si il existe λ0 > 0 tel que λ0 I − A soit fermé.
Ce qui est équivalent à (λ0 I − A)−1 : Im(λ0 I − A) −→ D(A) est fermé.
Or par l’inégalité (II.4.1) l’opérateur (λ0 I − A)−1 est borné sur Im(λ0 I − A).
On déduit alors du lemme I.2.4 que, (λ0 I − A)−1 est fermé si et seulement si Im(λ0 I − A) est
fermé dans X.

Mémoire de Master 28 Salah-Eddine CHORFI


II.4 Théorème de Lumer-Phillips

Théorème II.4.2 (Lumer-Phillips)


Soit A un opérateur linéaire à domaine D(A) dense dans X.
1. Si A est dissipatif et s’il existe λ0 > 0 tel que Im(λ0 I − A) = X, alors A est le générateur
infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions sur X.
2. Si A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions sur X, alors
Im(λI − A) = X pour tout λ > 0 et A est un opérateur dissipatif. De plus pour tout x ∈ D(A)
et tout f ∈ F(x) on a Rehf, Axi 6 0.

Démonstration :
Soit A un opérateur linéaire à domaine D(A) dense dans X.

1. Supposons que A est dissipatif et il existe λ0 > 0 tel que Im(λ0 I − A) = X.


Alors d’après l’assertion 2) de la proposition II.4.1, Im(λI − A) = X, ]0, +∞[⊂ ρ(A) et
1
kR(λ, A)k 6 pour tout λ > 0.
λ
D’après l’assertion 3) de la proposition II.4.1 il vient que A est fermé. Donc par le théorème de
Hille-Yosida pour les C0 -semi-groupes de contractions sur X, il vient que A est le générateur
infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions sur X.
2. Supposons que A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions (T (t))t>0
sur X.
Alors d’après le théorème de Hille-Yosida on a, ]0, +∞[⊂ ρ(A) et donc Im(λI − A) = X pour
tout λ > 0.
De plus pour tout x ∈ D(A) et tout f ∈ F(x) on a

|hf, T (t)xi| 6 kf kkT (t)xk


6 kf kkT (t)kkxk
6 kf kkxk = kxk2 .
Ce qui entraı̂ne alors que Rehf, T (t)x − xi 6 Rehf, T (t)xi − kxk2 6 0.
Il s’ensuit alors que :  
T (t)x − x
Rehf, Axi = Re f, lim+ 6 0.
t→0 t
Ceci étant pour tout x ∈ D(A) et tout f ∈ F(x).
Corollaire II.4.1
Soit A un opérateur linéaire fermé à domaine D(A) dense dans X. Si A et A∗ sont dissipatifs
alors A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe de contractions sur X.

Démonstration :
Par le théorème II.4.2 il suffit de montrer que Im(I − A) = X. Puisque A est dissipatif et fermé
alors Im(I − A) est un sous-espace fermé de X. Si Im(I − A) 6= X, alors par le lemme I.1.2 il
existe f ∈ X 0 , f 6≡ 0 tel que hf, x − Axi = 0, ∀x ∈ D(A). Ce qui implique que f − A∗ f = 0.
Puisque A∗ est dissipatif alors f ≡ 0, ce qui contredit la construction de f .

Mémoire de Master 29 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre III

Quelques C0-semi-groupes particuliers

Sommaire
III.1 C0 -semi-groupes différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
III.2 C0 -semi-groupes analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

III.1 C0-semi-groupes différentiables


Définition III.1.1
• Un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X est dit différentiable pour t > t0 si pour tout x ∈ X, l’appli-
cation t 7−→ T (t)x est différentiable pour t > t0 .
• (T (t))t>0 est dit différentiable, s’il est différentiable pour t > 0.

Nous avons vu dans l’assertion 3) du théorème II.2.2, que si (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe
de générateur infinitésimal A et x ∈ D(A), alors t 7−→ T (t)x est différentiable pour t > 0.
Notons que si t 7−→ T (t)x est différentiable pour tout x ∈ X et t > 0, alors D(A) = X, et puisque
A est fermé il vient du théorème du graphe fermé que A est borné.

Exemple III.1.1
Soit X = {f ∈ C([0, 1], R), f (1) = 0}. Muni de la norme de la convergence uniforme, l’espace X
est un espace de Banach.
Soit (T (t))t>0 la famille d’opérateurs linéaires définis sur X par :

f (x + t) si x + t 6 1.
(T (t)f )(x) =
0 si x + t > 1.
pour tout f ∈ X et tout x ∈ [0, 1].
Alors (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe de contractions sur X. Son générateur infinitésimal A est
donné par :
D(A) = f ∈ C 1 ([0, 1], R) ∩ X : f 0 ∈ X et


Af = f 0 , pour f ∈ D(A).
De plus (T (t))t>0 est différentiable pour t > 1.

30
III.1 C0 -semi-groupes différentiables

Théorème III.1.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe de générateur infinitésimal A. Alors les assertions suivantes sont
équivalentes :
(i) (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe différentiable.
(ii) ImT (t) ⊂ D(A), pour tout t > 0.

Démonstration :
(i) =⇒ (ii). Soient x ∈ X et t, h > 0. Puisque l’application ]0, +∞[3 t 7−→ T (t)x ∈ X est
T (t + h)x − T (t)x
différentiable, alors lim existe. Donc T (t)x ∈ D(A), d’où ImT (t) ⊂ D(A).
h→0 h
(ii) =⇒ (i). Soient x ∈ X et t, h > 0. Comme T (t)x ∈ D(A), alors :

d+ T (t + h)x − T (t)x
T (t)x = lim+
dt h→0 h
= AT (t)x.

D’autre part, pour h ∈]0, t[ et δ ∈]0, t − h[ on a



T (t − h)x − T (t)x T (t − δ)T (δ)x − T (t − h − δ)T (δ)x
− AT (t)x =
− AT (δ)T (t − δ)x
−h h
Z t−δ + Z t−δ 
1 d
= T (s)T (δ)x ds − AT (δ)T (t − δ)x ds
h t−h−δ ds t−h−δ

Z t−δ
1
= h [AT (δ)T (s) − AT (δ)T (t − δ)] x ds

t−h−δ
Z t−δ
1
6 kAT (δ)k kT (s)x − T (t − δ)xk ds
h t−h−δ
1
= kAT (δ)khkT (c)x − T (t − δ)xk
h
= kAT (δ)kkT (c)x − T (t − δ)xk.

où c ∈ [t − h − δ, t − δ]. Par conséquent :

d− T (t − h)x − T (t)x
T (t)x = lim+
dt h→0 −h
= AT (t)x.

Donc (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe différentiable.

Lemme III.1.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe différentiable pour t > t0 et de générateur infinitésimal A. Alors :
(i) Pour tout n ∈ N∗ et tout t > nt0 , T (t) : X −→ D(An ) et T (n) (t) = An T (t) est un opérateur
linéaire borné.
(ii) Pour tout n ∈ N∗ et tout t > nt0 , l’application t 7−→ T (n−1) (t) est continue pour la topologie
uniforme des opérateurs.

Mémoire de Master 31 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre III : Quelques C0 -semi-groupes particuliers

Démonstration :
(i) Pour n = 1, comme t 7−→ T (t)x est différentiable pour t > t0 et tout x ∈ X, alors T (t)x ∈ D(A)
d
et T (t)x = AT (t)x.
dt
Puisque A est fermé et T (t) est borné, alors AT (t) est fermé. Pour t > t0 l’opérateur linéaire
AT (t) est défini sur X tout entier, et le théorème du graphe fermé implique qu’il est borné. D’où
(i) pour n = 1.
Pour (ii), soit kT (t)k 6 M1 pour 0 6 t 6 1 et soit t0 < t1 6 t2 6 t1 + 1 alors pour tout x ∈ X,
Z t2
T (t2 )x − T (t1 )x = AT (s)x ds
t1
Z t2
= T (s − t1 )AT (t1 )x ds.
t1

Et par suite
kT (t2 )x − T (t1 )xk 6 (t2 − t1 )M1 kAT (t1 )kkxk.
Ce qui entraı̂ne la continuité de T (t) pour t > t0 , pour la topologie uniforme des opérateurs.
Maintenant, supposons par récurrence que (i) et (ii) sont vraies pour n ∈ N∗ et soit t > (n + 1)t0 .
Soit s > nt0 tel que t − s > t0 . Alors,

T (n) (t)x = T (t − s)An T (s)x, pour x ∈ X. (III.1.1)

Puisque t − s > t0 , le membre de droite de (III.1.1) est différentiable, et par suite t 7−→ T (t)x est
(n+1)-fois différentiable et T (n+1) (t)x = An+1 T (t)x pour tout x ∈ X et t > (n+1)t0 . Cela implique
que T (t) : X −→ D(An+1 ) et que An+1 T (t) est un opérateur linéaire borné pour t > (n + 1)t0 .
D’où (i).
Par la même méthode utilisée dans le cas n = 1 et en utilisant le fait que An T (t) est borné pour
t > (n + 1)t0 , on montre que T (n) (t), pour t > (n + 1)t0 , est continue pour la topologie uniforme
des opérateurs.

Remarque III.1.1
Si (T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe différentiable de générateur infinitésimal A, alors pour tout
x∈X :
d
• T (t)x = AT (t)x pour t > 0.
dt
• t 7→ AT (t)x est lipschitzienne pour t > 0.

Corollaire III.1.1
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe différentiable pour t > t0 . Pour tout n ∈ N∗ , si t > (n + 1)t0
alors t 7−→ T (t) est n-fois différentiable pour la topologie uniforme des opérateurs.

Démonstration :
D’après l’assertion (ii) du lemme III.1.1 il s’ensuit que pour t > (n+1)t0 , t 7−→ Ak T (t), 1 6 k 6 n,
est continue pour la topologie uniforme des opérateurs.
Par suite, si t > (n + 1)t0 on a
Z t+h
(k−1) (k−1)
T (t + h) − T (t) = Ak T (s) ds, pour 1 6 k 6 n,
t

Mémoire de Master 32 Salah-Eddine CHORFI


III.1 C0 -semi-groupes différentiables

Ce qui implique la différentiabilité de T (k−1) (t) pour la topologie uniforme des opérateurs, pour
1 6 k 6 n et t > (n + 1)t0 , et ainsi T (t) est n-fois différentiable pour la topologie uniforme des
opérateurs.

Corollaire III.1.2
Si (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe différentiable, alors t 7−→ T (t) est indéfiniment différentiable pour
la topologie uniforme des opérateurs.

Lemme III.1.2
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe différentiable de générateur infinitésimal A. Alors :
  n
t
T (n)
(t) = AT , ∀n ∈ N∗ , (III.1.2)
n

Démonstration :
Pour n = 1 le résultat est assuré par le lemme III.1.1. Si (III.1.2) est vraie pour n ∈ N∗ et t > s
alors :   n
(n) t h  s in
T (t) = AT = T (t − s) AT , (III.1.3)
n n
En dérivant (III.1.3) par rapport à t on trouve :
h  s in
T (n+1) (t) = AT (t − s) AT . (III.1.4)
n
nt
En substituant s = dans (III.1.4) on obtient le résultat pour n + 1.
n+1

On termine cette section par une caractérisation du générateur infinitésimal d’un C0 -semi-
groupe différentiable pour t > t0 .

Théorème III.1.2
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe de générateur infinitésimal A tel que kT (t)k 6 M eωt , ∀t > 0.
Alors les deux assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe t0 > 0 tel que (T (t))t>0 soit différentiable pour t > t0 .
(ii) Il existe des constantes réelles a, b et C; b, C > 0 telles que :

ρ(A) ⊃ Σ = {λ ∈ C : Re λ > a − b log |Im λ|} ,

et
kR(λ, A)k 6 C|Im λ|, ∀λ ∈ Σ, Re λ 6 ω.

Démonstration :
Voir ([Pa’83], Theorem 4.7, pag. 54-57).

Mémoire de Master 33 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre III : Quelques C0 -semi-groupes particuliers

III.2 C0-semi-groupes analytiques


Dans cette section nous étudions la possibilité d’étendre le domaine du paramètre t des semi-
groupes à des régions du plan complexe contenant l’intervalle [0, +∞[, appelées angles autour la
demi-droite réelle positive, notées :

∆ = {z ∈ C : θ1 < arg z < θ2 , θ1 < 0 < θ2 }.

Im
θ2

Re

θ1

Figure III.1: Angle autour la demi-droite réelle positive.

Définition III.2.1
On appelle C0 -semi-groupe analytique une famille (T (z))z∈∆ d’opérateurs linéaires bornés sur X
vérifiant les propriétés suivantes :
(i) T (0) = I, T (z1 + z2 ) = T (z1 )T (z2 ), ∀z1 , z2 ∈ ∆.
(ii) lim T (z)x = x, ∀x ∈ X.
z→0
z∈∆

(iii) L’application z 7−→ T (z) est analytique sur ∆, pour la norme de B(X).

Puisque la multiplication d’un C0 -semi-groupe par eωt n’a aucun effet sur l’extension à un C0 -
semi-groupe analytique sur un secteur ∆, on se restreint au cas des C0 -semi-groupes uniformément
bornés.
Le théorème suivant présente une caractérisation des C0 -semi-groupes analytiques uniformément
bornés.

Théorème III.2.1
Soient (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe uniformément borné tel que kT (t)k 6 M et A son générateur
infinitésimal tel que 0 ∈ ρ(A). Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe δ > 0 tel que (T (t))t>0 soit prolongeable en un C0 -semi-groupe analytique sur le
secteur ∆δ = {z ∈ C : | arg z| < δ} et (T (z))z∈∆δ0 est uniformément borné dans tout sous-
secteur fermé ∆δ0 ⊂ ∆δ , où δ 0 ∈]0, δ[.

Mémoire de Master 34 Salah-Eddine CHORFI


III.2 C0 -semi-groupes analytiques

(ii) Il existe une constante C > 0 telle que pour tout σ > 0 et tout τ 6= 0 on ait

C
kR(σ + iτ, A)k 6 , (III.2.1)
|τ |
π
(iii) Il existe 0 < δ < 2
et K > 0 tel que
n π o
ρ(A) ⊃ Σδ = λ ∈ C : | arg λ| < + δ ∪ {0}, (III.2.2)
2
et
K
kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σδ \ {0}, (III.2.3)
|λ|
(iv) L’application ]0, +∞[3 t 7−→ T (t) est différentiable et il existe une constante C > 0 telle
que :
C
kAT (t)k 6 , ∀t > 0. (III.2.4)
t

Démonstration :
(i) =⇒ (ii). Soit δ ∈]0, π2 [. Si δ 0 ∈]0, δ[, alors il existe C 0 > 0 telle que kT (z)k 6 C 0 , ∀z ∈ ∆δ0 .
Comme l’application ∆δ 3 z 7−→ T (z) ∈ B(X) est analytique surZ le secteur ∆δ0 , avec le théorème
intégral de Cauchy (voir [DS’67], pag. 225-226) on voit que T (z) dz = 0, quelque soit le
Γ
Z ∞ Γ ⊂ ∆δ0 . Par conséquent pour tout x ∈ X et σ > 0, dans
contour de Jordan lisse et fermé
l’intégrale R(σ + iτ, A)x = e−(σ+iτ )t T (t)x dt, on peut changer le chemin d’intégration par
0
Γθ = {r(cos θ + i sin θ), r > 0, |θ| 6 δ 0 }.
Si τ > 0, alors pour le chemin Γ−δ0 = {r(cos δ 0 − i sin δ 0 ), r > 0} on obtient :
Z ∞
−(σ+iτ )t

kR(σ + iτ, A)xk = e T (t)x dt
Z0

0 0
= e−(σ+iτ )r(cos δ −i sin δ ) T (r(cos δ 0 − i sin δ 0 ))x d(r(cos δ 0 − i sin δ 0 ))

Γ−δ0
Z ∞
0 0
6 |e−(σ+iτ )r(cos δ −i sin δ ) |kT (r(cos δ 0 − i sin δ 0 ))kkxk| cos δ 0 − i sin δ 0 | dr
0
Z ∞
0 0 0 C0
6C e−r(σ cos δ +τ sin δ ) dr = kxk
0 σ cos δ 0 + τ sin δ 0
C0
6 kxk.
τ sin δ 0
C0 C
Posons C = 0
. Donc kR(σ + iτ, A)k 6 .
sin δ τ
Pour τ < 0, en considérant le chemin Γδ0 = {r(cos δ 0 + i sin δ 0 ), r > 0} et par la même méthode
C C
on trouve kR(σ + iτ, A)k 6 . D’où kR(σ + iτ, A)k 6 .
−τ |τ |
(ii) =⇒ (iii). Notons Λ0 = {λ ∈ C : Re λ > 0}. Par le théorème de Hille-Yosida on a

M
kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Λ0 .
Re λ
Mémoire de Master 35 Salah-Eddine CHORFI
Chapitre III : Quelques C0 -semi-groupes particuliers

C
Compte tenu de (ii) il existe C > 0 tel que kR(λ, A)k 6 |Im λ|
pour tout λ ∈ Λ et Im λ 6= 0.
Il s’ensuit que (Re λ) kR(λ, A)k 6 M et (Im λ) kR(λ, A)k 6 C 2 .
2 2 2 2 2

D’où [(Re λ)2 + (Im λ)2 ] kR(λ, A)k2 6 M 2 + C 2


K1 √
Par suite kR(λ, A)k 6 pour tout λ ∈ Λ, avec K1 = M 2 + C 2 .
|λ|
Pour λ ∈ C tel que Re λ 6 0, soit σ > 0 assez petit et τ 6= 0. Comme l’application R(·, A) est
analytique sur ρ(A), alors pour tout λ = Re λ + iτ ∈ ρ(A) avec Re λ 6 0 on a

X (Re λ − σ)n
R(λ, A) = R(σ + iτ, A)(n) .
n=0
n!

Compte tenu de l’assertion 2) du lemme I.2.8 on obtient :

R(σ + iτ, A)(n) = (−1)n n!R(σ + iτ, A)n+1 .

Il s’ensuit alors que :



X
R(λ, A) = (−1)n (Re λ − σ)n R(σ + iτ, A)n+1 .
n=0

Et cette série est uniformément convergente pour kR(σ + iτ, A)k|Re λ − σ| 6 α < 1.
L’assertion (ii) entraı̂ne qu’elle est convergente pour la topologie de la norme si λ = Re λ + iτ ∈
α|τ | |τ |
ρ(A) est tel que Re λ 6 0 et |Re λ − σ| 6 < .
C C
α|τ |
C’est-à-dire qu’il existe un voisinage Vε , ε = , de σ + iτ ∈ Λ0 , contenu dans ρ(A).
C
Pour σ > 0 assez petit, dans ce voisinage il existe λ ∈ C tel que Re λ 6 0 et λ ∈ ρ(A).
|Re λ| |Re λ| α
Soit δ ∈]0, π2 [ tel que tan δ = = = , avec α ∈]0, 1[.
|Im λ| |τ | C
α
C’est-à-dire δ = arctan , alors ζ ∈ C : | arg ζ| < π2 + δ ⊂ ρ(A). Posons

C
n π o
Σδ = λ ∈ C : | arg λ| < + δ ∪ {0},
2
avec δ ∈]0, π2 [.
Si λ ∈ Σδ \ {0} et Re λ 6 0, alors :

X
kR(λ, A)k 6 kR(σ + iτ, A)kn+1 |Re λ − σ|n
n=0

X C n+1 αn |τ |n
6
n=0
|τ |n+1 C n
1 C
= .
1 − α |Im λ|

|Re λ| 1 |Re λ|2 1 |Re λ|2 + |Im λ|2 1 + C2


Comme < alors < , d’où 6 et par suite
|Im λ| C |Im λ|2 C2 |Im λ|2 C2
|λ|2 1 + C2
6 .
|Im λ|2 C2

Mémoire de Master 36 Salah-Eddine CHORFI


III.2 C0 -semi-groupes analytiques

√ √
1 1 + C2 1 + C2
Donc 6 . Ainsi kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σδ \ {0}.
|Im λ| √ C|λ| (1 − α)|λ|
1 + C2
Posons K2 = > 1. Il vient alors que
1−α
K2
kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σδ \ {0}.
|λ|

(iii) =⇒ (iv). Supposons qu’il existe δ ∈]0, π2 [ et K > 1 tels que


n π o K
Σδ = λ ∈ C : | arg λ| < + δ ∪ {0} et kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σδ \ {0}.
2 |λ|
Compte tenu du théorème III.2.2 on voit que A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe
uniformément borné pour lequel il existe M > 1 tel que kT (t)k 6 M, ∀t > 0.
(1) (2)
De plus pour ν ∈] π2 , π2 + δ[, on considère le chemin Γν = Γν ∪ Γν , où

Γ(1) (2)
ν = {r(cos ν − i sin ν)| r > 0} et Γν = {r(cos ν + i sin ν)| r > 0},

tel que : Z
1
T (t) = ezt R(z, A) dz, ∀t > 0
2πi Γν

et l’intégrale est uniformément convergente par rapport à t > 0.


Soit :
ϕ : [0, +∞[×Σδ −→ B(X)
(t, z) 7−→ ezt R(z, A).
∂ϕ
Il est clair que l’application ϕ est différentiable par rapport à t > 0 et (z, t) = zezt R(z, A).
∂t
De plus :
∂ϕ
(z, t) = kzezt R(z, A)k
∂t
6 K|ezt |, ∀t > 0.
D’après le théorème de dérivation sous-signe intégral on voit que l’application

]0, +∞[3 t 7−→ T (t) ∈ B(X)


Z
1
T (t) = ezt R(z, A) dz, ∀t > 0
2πi Γν
Z
1
0
est différentiable et on a T (t) = zezt R(z, A) dz, ∀t > 0.
2πi Γν
Comme ν ∈] π2 , π2 + δ[, alors cos ν < 0, et on a
Z Z
0
1 zt 1 zt

kT (t)k =
2πi (1) ze R(z, A) dz + 2πi (2) ze R(z, A) dz

Γν Γν
Z ∞ Z ∞
1 rt cos ν 1
6 re kR(z, A)k dr + rert cos ν kR(z, A)k dr
2π 0 2π 0
K ∞ −rt(− cos ν)
Z  
K 1
6 e dr = , ∀t > 0,
π 0 π −t cos ν

Mémoire de Master 37 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre III : Quelques C0 -semi-groupes particuliers

K
alors en posant C = > 0 on obtient :
π(− cos ν)
C
kAT (t)k = kT 0 (t)k 6 , ∀t > 0.
t
(iv) =⇒ (i). Puisque t 7−→ T (t) est différentiable pour t > 0, il s’ensuit du lemme III.1.2 que
 n   n
(n)
0 t 0 t
kT (t)k = T n 6 T n .

Puisque n!en > nn , (III.2.4) implique que


 n
1 (n) C.e
kT (t)k 6 , (III.2.5)
n! t
La série ∞
X T (n) (t)
T (z) = T (t) + (z − t)n , (III.2.6)
n=1
n!
 
t
converge uniformément dans B(X) pour |z − t| 6 α , pour tout α < 1.
 C.e  
1
Par suite z 7−→ T (z) est analytique sur ∆ = z ∈ C : | arg z| < arctan .
C.e
Puisque T (z) = T (t) pour z = t ∈ R, z 7−→ T (z) étend T (t) au secteur ∆, il s’ensuit que (T (z))z∈∆
vérifie la propriété des semi-groupes, et par (III.2.6) on voit que lim T (z)x = x, ∀x ∈ X.
z→0
z∈∆
   
1
En restreignant le secteur ∆ en tout sous-secteur fermé ∆ε = z ∈ C : | arg z| < arctan −ε ,
C.e
on obtient que z 7−→ kT (z)k est uniformément borné dans ∆ε . Ce qui achève la démonstration.

On termine cette section par un résultat qui donne deux conditions suffisantes (non nécessaires)
pour qu’un opérateur linéaire A soit le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe uniformément
borné.

Théorème III.2.2
Soit A un opérateur linéaire à domaine D(A) dense dans X vérifiant les deux conditions suivantes :
(i) Il existe δ ∈]0, π2 [ tel que ρ(A) ⊃ Σδ = λ ∈ C : | arg λ| < π2 + δ ∪ {0}.


K
(ii) Il existe une constante K > 0 telle que kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σδ \ {0}.
|λ|
Alors A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe vérifiant kT (t)k 6 M, ∀t > 0,
pour une certaine constante M > 1.
De plus, Z
1
T (t) = ezt R(z, A)dz, (III.2.7)
2πi Γ
π π
où Γ est un chemin lisse dans Σδ partant de ∞e−iθ à ∞eiθ pour < θ < + δ.
2 2
L’intégrale (III.2.7) converge uniformément pour t > 0.

Démonstration :
Voir ([Pa’83], Theorem 7.7, pag. 30-32).

Mémoire de Master 38 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV

Problème abstrait de Cauchy

Sommaire
IV.1 Problème homogène à valeur initiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
IV.2 Problème non homogène à valeur initiale . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
IV.3 Quelques applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes analytiques . . 54
IV.5 Comportement asymptotique des solutions . . . . . . . . . . . . . . . . 60

Dans ce chapitre, nous étudions le problème abstrait de Cauchy.

IV.1 Problème homogène à valeur initiale


On s’intéresse dans un premier temps à l’étude du problème homogène abstrait de la forme :

u0 (t) = Au(t), t > 0



(P HC)
u(0) = x.

où t est la variable temps, u est une fonction à valeurs dans l’espace de Banach X, avec A : D(A) ⊆
X −→ X est un opérateur linéaire et x ∈ X est la valeur initiale.

Définition IV.1.1
1. Le problème à valeur initiale

u0 (t) = Au(t), t > 0



(P HC)
u(0) = x.

est dit le problème homogène abstrait de Cauchy associé à (A, D(A)) et de valeur initiale x ∈ X.
2. Une fonction u : R+ −→ X est dite solution (classique) du problème (P HC), si u est continue
pour t > 0, continûment différentiable et u(t) ∈ D(A) pour t > 0, et u vérifie (P HC).

Notons que puisque u(t) ∈ D(A) pour t > 0 et u est continue en t = 0, (P HC) ne peut pas
avoir une solution pour x ∈
/ D(A).

39
Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Théorème IV.1.1
Soit (A, D(A)) le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X. Alors pour tout
x ∈ D(A), la fonction u : t 7−→ u(t) := T (t)x est l’unique solution classique du problème (P HC)
à valeur initiale x.

Démonstration :
Soit x ∈ D(A), alors il vient de l’assertion 3) du théorème II.2.2 que u(t) = T (t)x est une solution
classique du problème (P HC). Soit v une autre solution classique de (P HC).
Soit t > 0. Alors pour tout s ∈ [0, t] on a

d(T (t − s)v(s))
= −T (t − s)Av(s) + T (t − s)v 0 (s)
ds
= −T (t − s)Av(s) + T (t − s)Av(s)
= 0.
Ce qui entraı̂ne alors que pour tout x ∈ D(A), la fonction s 7−→ T (t − s)v(s) est constante, et en
particulier ses valeurs aux points s = t et s = 0 coı̈ncident.
D’où
v(t) = T (t)x, ∀t > 0.

Définition IV.1.2
Une fonction continue u : R+ −→ X est dite solution “mild” du problème (P HC) de valeur initiale
x, si pour tout t > 0,
Z t Z t 
u(s) ds ∈ D(A) et u(t) = x + A u(s) ds .
0 0

Le mot “mild” est un mot anglais que l’on pourrait traduire par “allégée” (et non “douce”, car ce
dernier a un autre sens mathématique), mais qu’on laisse en anglais dans le texte en général.

Théorème IV.1.2
Soit (A, D(A)) le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 sur X. Alors pour tout
x ∈ X, la fonction u : t 7−→ u(t) := T (t)x est l’unique solution “mild” du problème (P HC) de
valeur initiale x.

Démonstration :
Soit x ∈ D(A), alors il vient de l’assertion 2) du théorème II.2.2 que u(t) = T (t)x est une solution
“mild” du problème (P HC). Soit v une autre solution “mild” de (P HC).
Soit t > 0. Alors pour tout s ∈ [0, t] on a
 Z s 
d T (t − s) (u(r) − v(r)) dr Z s
0
= −T (t − s)A (u(r) − v(r)) dr + T (t − s)(u(s) − v(s))
ds 0
= −T (t − s)(u(s) − v(s)) + T (t − s)(u(s) − v(s))
= 0.

Mémoire de Master 40 Salah-Eddine CHORFI


IV.1 Problème homogène à valeur initiale

Z s
Ce qui entraı̂ne alors que pour tout x ∈ X, la fonction s 7−→ T (t − s) (u(r) − v(r)) dr est
0
constante, et en particulier ses valeurs aux points s = t et s = 0 coı̈ncident.
D’où Z t
(u(r) − v(r)) dr = 0.
0
ce qui implique Z t Z t
u(r) dr = v(r) dr.
0 0
Par suite Z t  Z t 
u(t) = x + A u(r) dr =x+A v(r) dr = v(t), ∀t > 0.
0 0

Lemme IV.1.1
Soit u : R+ −→ X une fonction continue sur [0, T ]. Si :
Z T
6 M, ∀n ∈ N∗ .
ns


e u(s) ds (IV.1.1)
0

Alors u ≡ 0 sur [0, T ].


Démonstration :
Soit f ∈ X 0 et posons ϕ(t) = hf, u(t)i, alors il est clair que ϕ est continue sur [0, T ] et
Z T  Z T 
6 kf k.M = M1 , ∀n ∈ N∗ .
ns
ns


e ϕ(s) ds = f,
e u(s) ds (IV.1.2)
0 0

Montrons que (IV.1.2) implique que ϕ ≡ 0 sur [0, T ] et puisque f ∈ X 0 est arbitraire, il s’ensuit
que u ≡ 0 sur [0, T ].
Considérons la série ∞
X (−1)k−1 knτ
e = 1 − exp(−enτ ).
k=1
k!
Cette série converge uniformément en τ sur les intervalles bornés, et par suite
Z
TX ∞ ∞
(−1)k−1 kn(t−T +s) 1 kn(t−T ) T kns
X Z

e ϕ(s) ds 6 e e ϕ(s) ds

k! k!

0 0
k=1 k=1
n(t−T )
 
6 M1 exp e −1 . (IV.1.3)
Pour t < T , le membre de droite de (IV.1.3) tend vers 0 quand n → ∞.
D’autre part on a
T ∞ T
(−1)k−1
Z X Z
kn(t−T +s)
1 − exp −en(t−T +s)

e ϕ(s) ds = ϕ(s) ds. (IV.1.4)
0 k=1
k! 0

D’après le théorème de convergence Zdominée de Lebesgue et par la relation de Chasles, le membre


T
de droite de (IV.1.4) converge vers ϕ(s) ds quand n → ∞.
T −t
Z T
Il s’ensuit alors que pour tout 0 6 t < T , ϕ(s) ds = 0, ce qui implique que ϕ ≡ 0 sur [0, T ].
T −t

Mémoire de Master 41 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Théorème IV.1.3 (Théorème d’unicité de Lyubich)


Soit A un opérateur linéaire à domaine dense. Si R(λ, A) existe pour tout λ > λ0 et

log kR(λ, A)k


lim sup 6 0, (IV.1.5)
λ→+∞ λ

alors le problème à valeur initiale (P HC) admet au plus une solution pour tout x ∈ X.

Démonstration :
Notons d’abord que u est une solution du problème (P HC) si et seulement si eαt u(t) est une
solution du problème à valeur initiale :

v 0 (t) = (A + αI)v, v(0) = x.

Donc, quitte à translater A par αI, on peut supposer que R(λ, A) existe et que (IV.1.5) est vérifiée,
pour tout réel λ > 0.
Soit u une solution du problème (P HC) satisfaisant u(0) = 0. Montrons que u ≡ 0.
Pour cela, considérons la fonction t 7−→ R(λ, A)u(t) pour λ > 0. Puisque u est une solution du
problème (P HC) alors :

d
R(λ, A)u(t) = R(λ, A)Au(t) = λR(λ, A)u(t) − u(t).
dt
Ce qui entraı̂ne, en utilisant la formule de la variation de la constante que :
Z t
R(λ, A)u(t) = − eλ(t−τ ) u(τ ) dτ, (IV.1.6)
0

D’après l’hypothèse (IV.1.5) il s’ensuit que pour tout σ > 0

lim e−σλ kR(λ, A)k = 0.


λ→+∞

Donc d’après (IV.1.6) on a


Z t−σ
lim eλ(t−σ−τ ) u(τ ) dτ = 0, pour 0 6 τ 6 t − σ, (IV.1.7)
λ→+∞ 0

Par le lemme IV.1.1 il vient que u(τ ) = 0 pour 0 6 τ 6 t − σ.


Puisque t et σ sont arbitraires alors u ≡ 0 pour tout t > 0.

Le théorème IV.1.3 montre que l’unicité des solutions du problème (P HC) n’impose pas de
supposer que A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe, ou d’une manière équivalente
M
que pour un certain ω > 0, ]ω, +∞[⊂ ρ(A) et kR(λ, A)n k 6 , pour λ > ω. En effet
(λ − ω)n
plusieurs hypothèses plus faibles suffisent pour assurer l’unicité, de même pour l’existence. Cepen-
dant, pour obtenir l’existence et l’unicité pour tout x ∈ D(A) aussi bien que la différentiabilité de
la solution sur [0, +∞[, il faut supposer que A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe.

Mémoire de Master 42 Salah-Eddine CHORFI


IV.1 Problème homogène à valeur initiale

Lemme IV.1.2
Soit u une solution de (P HC) avec A un opérateur fermé. Alors :
Z t Z t  Z t
u(s) ds ∈ D(A) et A u(s) ds = Au(s) ds.
0 0 0

Démonstration :
Puisque Au(t) = u0 (t), alors t 7−→ Au(t) est continue. De plus on a
Z t n−1 
tX kt
Au(s) ds = lim Au
0 n→∞ n n
k=0
n−1  !
tX kt
= lim A u
n→∞ n k=0 n
= lim ASn
n→∞

D’autre part on a
Z t n−1  
tX kt
u(s) ds = lim u = lim Sn .
0 n→∞ n n n→∞
k=0

Donc Z t Z t
Sn −→ u(s) ds et ASn −→ Au(s) ds.
n→∞ 0 n→∞ 0
Z t Z t  Z t
Puisque A est fermé, alors u(s) ds ∈ D(A) et A u(s) ds = Au(s) ds.
0 0 0

Théorème IV.1.4
Soit A un opérateur linéaire à domaine D(A) dense dans X tel que ρ(A) 6= ∅. Alors le problème à
valeur initiale (P HC) admet une solution unique, qui est continûment différentiable sur [0, +∞[,
pour toute donnée initiale x ∈ D(A) si et seulement si, A est le générateur infinitésimal d’un
C0 -semi-groupe (T (t))t>0 .

Démonstration :
Si A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 , alors par le théorème IV.1.1
il s’ensuit que pour tout x ∈ D(A), la fonction u : t 7−→ u(t) := T (t)x est l’unique solution du
problème (P HC). De plus u est continûment différentiable sur [0, +∞[.
Réciproquement, supposons que (P HC) admet une solution unique qui est continûment différentiable
sur [0, +∞[ pour tout x ∈ D(A), notée u(t, x). Montrons que A est le générateur infinitésimal d’un
C0 -semi-groupe.
Pour x ∈ D(A), on définit la norme graphe |x|G = kxk + kAxk.
Puisque ρ(A) 6= ∅, alors A est fermé et par suite D(A) muni de la norme graphe | · |G est un espace
de Banach qu’on note [D(A)].
Soit Xt0 = C([0, t0 ], [D(A)]) l’espace de Banach des fonctions continues de [0, t0 ] dans [D(A)], muni
de la norme supérieure.
Considérons l’application S : [D(A)] −→ Xt0 définie par Sx = u(t, x) pour tout 0 6 t 6 t0 .

Mémoire de Master 43 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Par linéarité du problème (P HC) et l’unicité de la solution, il est clair que S est un opérateur
Z t si xn → x dans [D(A)] et
linéaire défini sur [D(A)]. De plus l’opérateur S est fermé, en effet,
Sxn → v dans Xt0 , alors puisque A est fermé et u(t, xn ) = xn + Au(τ, xn ) dτ , et en faisant
0 Z t
tendre n → ∞ et en utilisant le lemme IV.1.2, il s’ensuit que v(t) = x + Av(τ ) dτ.
0
Ce qui entraı̂ne que v(t) = u(t, x) et par suite S est fermé.
Il vient du théorème du graphe fermé que S est borné et

sup |u(t, x)|G 6 C|x|G . (IV.1.8)


06t6t0

Maintenant, on définit l’application T (t) : [D(A)] −→ [D(A)] par T (t)x = u(t, x).
Par unicité de la solution du problème (P HC) il vient que (T (t))t>0 vérifie la propriété des semi-
groupes.
D’après (IV.1.8) on a pour 0 6 t 6 t0 , (T (t))t>0 est uniformément borné.
Cela implique (voir la démonstration du théorème II.2.1) que T (t) est prolongeable par

T (t)x = T (t − nt0 )T (t0 )n x, pour nt0 6 t 6 (n + 1)t0 ,

en un semi-groupe sur [D(A)] vérifiant :

|T (t)x|G 6 M eωt |x|G .

Montrons que
T (t)Ay = AT (t)y, ∀y ∈ D(A2 ). (IV.1.9)
Posons : Z t
v(t) = y + u(s, Ay) ds, (IV.1.10)
0
On a
t Z
0 d
v (t) = u(t, Ay) = Ay + u(s, Ay) ds
0 ds
 Z t 
=A y+ u(s, Ay) ds = Av(t), (IV.1.11)
0

Puisque v(0) = y, d’après l’unicité de la solution du (P HC), v(t) = u(t, y) ce qui entraı̂ne que
Au(t, y) = v 0 (t) = u(t, Ay). D’où l’égalité (IV.1.9).
Maintenant, puisque D(A) est dense dans X et ρ(A) 6= ∅ alors D(A2 ) est aussi dense dans X.
Soit λ0 ∈ ρ(A), λ0 6= 0 fixé et soit y ∈ D(A2 ). Si x = (λ0 I − A)y, alors par (IV.1.9)

T (t)x = (λ0 I − A)T (t)y,

et donc

kT (t)xk = k(λ0 I − A)T (t)yk


6 C0 |T (t)y|G 6 C1 eωt |y|G , (IV.1.12)

D’autre part on a |y|G = kyk + kAyk 6 C2 kxk, ce qui entraı̂ne que kT (t)xk 6 C2 eωt kxk.
Il s’ensuit alors que (T (t))t>0 est prolongeable par continuité sur X tout entier, et donc (T (t))t>0

Mémoire de Master 44 Salah-Eddine CHORFI


IV.1 Problème homogène à valeur initiale

devient un C0 -semi-groupe sur X.


Il reste à montrer que A est le générateur infinitésimal de (T (t))t>0 .
Soit B le générateur infinitésimal de (T (t))t>0 et x ∈ D(A).
d
Par définition on a T (t)x = u(t, x) et donc T (t)x = AT (t)x pour t > 0.
dt
dT (t)x
Ce qui implique que = Ax, d’où D(A) ⊂ D(B) et Ax = Bx, ∀x ∈ D(A).
dt t=0
Soient λ ∈ C tel que Re λ > ω et y ∈ D(A2 ). Par l’égalité (IV.1.9) et comme Ax = Bx, ∀x ∈ D(A),
il vient que :
e−λt AT (t)y = e−λt T (t)Ay = e−λt T (t)By, (IV.1.13)
En intégrant (IV.1.13) entre 0 et +∞ on obtient :

AR(λ, B)y = R(λ, B)By, (IV.1.14)

D’autre part on a pour tout y ∈ D(A2 ),

BR(λ, B)y = R(λ, B)By,

et donc
AR(λ, B)y = BR(λ, B)y.
Puisque la famille (BR(λ, B))λ>0 est uniformément bornée, A est fermé et D(A2 ) est dense dans
X, il en résulte que
AR(λ, B)y = BR(λ, B)y pour tout y ∈ X.
Ce qui implique que ImR(λ, B) = D(B) ⊂ D(A), et que Ax = Bx, ∀x ∈ D(B). D’où A = B.

Le théorème suivant décrit un cas particulier dont lequel le problème (P HC) admet une solu-
tion unique pour tour x ∈ X.

Théorème IV.1.5
Si A est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe différentiable (T (t))t>0 , alors pour tout x ∈ X
le problème à valeur initiale (P HC) admet une solution unique.

Démonstration :
L’unicité de la solution du problème (P HC) découle du théorème IV.1.3.
Si x ∈ D(A), l’existence de la solution du problème (P HC) découle du théorème IV.1.4.
Si x ∈ X, alors par la différentiabilité de (T (t))t>0 et la remarque III.1.1 de la section III.1, il en
d
résulte que pour tout x ∈ X, T (t)x = AT (t)x pour t > 0, et t 7−→ AT (t)x est lipschitzienne
dt
pour t > 0.
Ainsi t 7−→ T (t)x est la solution du (P HC).

Corollaire IV.1.1
Si A est le générateur infinitésimal d’un semi-groupe analytique, alors pour tout x ∈ X le problème
à valeur initiale (P HC) admet une solution unique.

Mémoire de Master 45 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

IV.2 Problème non homogène à valeur initiale


Dans cette section nous étudions le problème non homogène à valeur initiale suivant :

u0 (t) = Au(t) + f (t), t > 0



(P N HC)
u(0) = x.
où f : [0, T [−→ X est une fonction. On suppose dans cette section que A est le générateur in-
finitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 , par conséquent l’équation homogène correspondante à
f ≡ 0 admet une solution unique pour tout x ∈ D(A).

Définition IV.2.1
Une fonction u : [0, T [−→ X est dite solution (classique) du problème (P N HC) sur [0, T [ si :
(i) u est continue sur [0, T [.
(ii) u est continûment différentiable sur ]0, T [.
(iii) u(t) ∈ D(A) pour 0 < t < T et u vérifie (P N HC).

Proposition IV.2.1
Si f ∈ L1 (0, T ; X), alors pour tout x ∈ X le problème à valeur initiale (P N HC) admet au plus
une solution.
Dans le cas où la solution existe, elle est donnée par :
Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds, (IV.2.1)
0

Démonstration :
Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe de générateur infinitésimal A et soit u une solution de (P N HC).
Alors la fonction s 7−→ g(s) := T (t − s)u(s) est différentiable pour 0 < s < t et

dg
= −AT (t − s)u(s) + T (t − s)u0 (s)
ds
= −AT (t − s)u(s) + T (t − s)Au(s) + T (t − s)f (s)
= T (t − s)f (s). (IV.2.2)

Or f ∈ L1 (0, T ; X) donc s 7−→ T (t − s)f (s) est intégrable et en intégrant (IV.2.2) entre 0 et t on
obtient : Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds.
0

Remarque IV.2.1
Pour tout f ∈ L1 (0, T ; X), le membre de droite de la formule (IV.2.1) définit une fonction conti-
nue sur [0, T ]. Donc il est naturel de le considérer comme une solution “généralisée” de (P N HC)
même s’il n’est pas différentiable et ne vérifie pas exactement (P N HC) au sens de la définition
IV.2.1. D’où la motivation pour introduire la définition suivante :

Mémoire de Master 46 Salah-Eddine CHORFI


IV.2 Problème non homogène à valeur initiale

Définition IV.2.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 et soit x ∈ X et f ∈ L1 (0, T ; X).
La fonction u ∈ C([0, T ], X) donnée par
Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds, 0 6 t 6 T,
0

est appelée la solution “mild” du problème à valeur initiale (P N HC) sur [0, T ].

Notons que pour f ≡ 0, on retrouve la définition IV.1.2 de t 7−→ T (t)x comme la solution
“mild” du problème homogène à valeur initiale (P HC).
Il est clair qu’une solution “mild” n’est pas en général une solution classique du problème (P N HC)
même dans le cas f ≡ 0.
Un cas simple : si x ∈ / D(A) et f ≡ 0, alors u(t) = T (t)x n’est pas différentiable en 0+ .
Pour f ∈ L1 (0, T ; X) le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution “mild” unique.

Remarque IV.2.2
En général, la continuité de f n’est pas suffisante pour assurer l’existence des solutions de (P N HC)
pour x ∈ D(A).

Exemple IV.2.1
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 et soit x ∈ X tel que T (t)x ∈/ D(A)
pour tout t > 0. On considère la fonction f définie par f (s) = T (s)x, 0 6 s < T . Alors f est
continue pour s > 0.
Considérons le problème à valeur initiale :
 0
u (t) = Au(t) + T (t)x, t > 0
u(0) = 0. (IV.2.3)
Le problème (IV.2.3) n’admet pas de solution malgré que u(0) = 0 ∈ D(A). En effet, la solution
“mild” de (IV.2.3) est :
Z t
u(t) = T (t)0 + T (t − s)T (s)x ds = tT (t)x,
0

Or t 7−→ tT (t)x n’est pas différentiable pour t > 0, et donc ne peut pas être une solution de
(IV.2.3).

Lemme IV.2.1
Soit g : [a, b[−→ X une fonction continue admettant une dérivée à droite gd0 continue sur [a, b[.
Alors g est continûment différentiable sur [a, b[.

Démonstration :
Voir ([Pa’83], Corollary 1.2, pag. 43).

Afin de prouver l’existence des solutions de (P N HC), nous aurons besoin d’ajouter des condi-
tions autres que la continuité de f . Le théorème suivant présente un critère général concernant
l’existence des solutions du problème non homogène (P N HC).

Mémoire de Master 47 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Théorème IV.2.1
Soient A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 , f ∈ L1 (0, T ; X) continue sur
]0, T ] et soit v la fonction définie par :
Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds, 0 6 t 6 T. (IV.2.4)
0

Le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution u sur [0, T [ pour tout x ∈ D(A) si
l’une des conditions suivantes est vérifiée :
(i) v est continûment différentiable sur ]0, T [.
(ii) v(t) ∈ D(A) pour 0 < t < T et la fonction t 7−→ Av(t) est continue sur ]0, T [.
Réciproquement, si (P N HC) admet une solution u sur [0, T [ pour un certain x ∈ D(A), alors v
vérifie les conditions (i) et (ii).

Démonstration :
Si le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution u pour un certain x ∈ D(A), alors
cette solution est donnée par (IV.2.1). Par conséquent, t 7−→ v(t) = u(t) − T (t)x est différentiable
pour t > 0 comme différence de deux fonctions différentiables et on a v 0 (t) = u0 (t) − T (t)Ax, donc
v 0 est clairement continue sur ]0, T [ et par suite (i) est vérifiée.
De plus si x ∈ D(A) alors T (t)x ∈ D(A) pour t > 0 et par suite v(t) = u(t) − T (t)x ∈ D(A) pour
t > 0 et Av(t) = Au(t) − AT (t)x = u0 (t) − f (t) − T (t)Ax. Donc t 7−→ Av(t) est continue sur ]0, T [.
Ainsi (ii) est vérifiée.
D’autre part on a pour tout h > 0 :

T (h) − I v(t + h) − v(t) 1 t+h


Z
v(t) = − T (t + h − s)f (s) ds, (IV.2.5)
h h h t

1 t+h
Z
Puisque f est continue, alors lim+ T (t + h − s)f (s) ds = f (t).
h→0 h t
• Si v est continûment différentiable sur ]0, T [, il s’ensuit alors de (IV.2.5) que v(t) ∈ D(A) pour
0 < t < T et Av(t) = v 0 (t) − f (t). Puisque v(0) = 0 alors u(t) = T (t)x + v(t) est la solution du
problème à valeur initiale (P N HC) pour x ∈ D(A).
• Si v(t) ∈ D(A) pour 0 < t < T , il vient de l’égalité (IV.2.5) que v est différentiable à droite en t
et sa dérivée à droite est vd0 (t) = Av(t) + f (t). Comme vd0 est continue, il vient alors par le lemme
IV.2.1 que v est continûment différentiable sur ]0, T [ et v 0 (t) = Av(t) + f (t).
Puisque v(0) = 0, u(t) = T (t)x + v(t) est la solution de (P N HC) pour x ∈ D(A).

Comme conséquence du théorème IV.2.1 on obtient les deux corollaires suivants :

Corollaire IV.2.1
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 . Si f est continûment différentiable
sur [0, T ], alors le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution u sur [0, T [ pour tout
x ∈ D(A).

Démonstration :
On a Z t Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds = T (s)f (t − s) ds. (IV.2.6)
0 0

Mémoire de Master 48 Salah-Eddine CHORFI


IV.2 Problème non homogène à valeur initiale

Ce qui entraı̂ne que v est différentiable pour t > 0, et par la règle intégrale de Leibniz on a
Z t
0
v (t) = T (t)f (0) + T (s)f 0 (t − s) ds
Z0 t
= T (t)f (0) + T (t − s)f 0 (s) ds.
0
0
D’où v est continue sur ]0, T [. La condition (i) du théorème IV.2.1 permet donc de conclure.

Corollaire IV.2.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 . Soit f ∈ L1 (0, T ; X) une fonction
continue sur ]0, T [. Si f (s) ∈ D(A) pour 0 < s < T et s 7−→ Af (s) ∈ L1 (0, T ; X), alors pour tout
x ∈ D(A) le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution sur [0, T [.
Démonstration :
D’après les conditions du corollaire on a T (t − s)f (s) ∈ D(A), pourZ t tout s > 0, et la fonction
s 7−→ AT (t − s)f (s) = T (t − s)Af (s) est intégrable. Ainsi v(t) = T (t − s)f (s) ds ∈ D(A) pour
0
t > 0 et Z t  Z t
Av(t) = A T (t − s)f (s) ds = T (t − s)Af (s) ds.
0 0
Donc t 7−→ Av(t) est continue, et la condition (ii) du théorème IV.2.1 permet de conclure.

Théorème IV.2.2
Soit f ∈ L1 (0, T ; X). Si u est la solution “mild” de (P N HC) sur [0, T ] alors pour tout T 0 < T , u
est la limite uniforme sur [0, T 0 ] de la suite des solutions de (P N HC).
Démonstration :
On suppose que kT (t)k 6 M eωt . Soient (xn )n>0 ⊂ D(A) telle que xn → x et (fn )n>0 ⊂ C 1 ([0, T ], X)
telle que fn → f dans L1 (0, T ; X).
D’après le corollaire IV.2.1 il s’ensuit que pour tout n > 0 le problème à valeur initiale :
 0
un (t) = Aun (t) + fn (t), t > 0
un (0) = xn . (IV.2.7)
admet une solution un (t) sur [0, T [ vérifiant
Z t
un (t) = T (t)xn + T (t − s)fn (s) ds.
0

Si u est la solution “mild” de (P N HC) sur [0, T ] alors :


Z t
ωt
kun (t) − u(t)k 6 M e kxn − xk + M eω(t−s) kfn (s) − f (s)k ds
0
 Z T 
ωT
6 Me kxn − xk + kfn (s) − f (s)k ds . (IV.2.8)
0

D’où le résultat.

On termine cette section par des remarques concernant un autre type de solutions du problème
à valeur initiale (P N HC) appelé la solution forte.

Mémoire de Master 49 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Définition IV.2.3
Une fonction presque partout (p.p) différentiable sur [0, T ] u telle que u0 ∈ L1 (0, T ; X) est dite
solution forte du problème à valeur initiale (P N HC) si
 0
u (t) = Au(t) + f (t) p.p sur [0, T ],
u(0) = x. (IV.2.9)
Remarque IV.2.3
Notons que si A = 0 et f ∈ L1 (0, T ; X) le problème à valeur initiale (P N HC) n’admet pas en
général de solutions sauf si f est continue. Cependant, il admet toujours une solution forte donnée
par Z t
u(t) = u(0) + f (s) ds.
0
Z t Z t Z t
En effet, la fonction définie par g(t) = f (s) ds = +
f (s) ds − f − (s) ds, où f + = max(f, 0)
0 0 0
et f − = max(−f, 0), est une fonction à variation bornée sur [0, T ] comme différence de deux
fonctions croissantes, donc elle est presque partout différentiable sur [0, T ], et g 0 (t) = f (t) p.p sur
[0, T ], (voir [RF’10], Corollary 6, pag. 118).

On montre facilement que si u est une solution forte de (P N HC) et f ∈ L1 (0, T ; X), alors u
est donnée par Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds,
0
et par suite u est une solution “mild” de (P N HC) et c’est l’unique solution forte de (P N HC).
Un problème naturel qui se pose est de déterminer quand est-ce qu’une solution “mild” sera une
solution forte ? En adaptant la même démonstration du théorème IV.2.1 on obtient le théorème
suivant :
Théorème IV.2.3
Soient A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 , f ∈ L1 (0, T ; X) et soit v la
fonction définie par : Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds, 0 6 t 6 T. (IV.2.10)
0
Le problème à valeur initiale (P N HC) admet une solution forte u sur [0, T [ pour tout x ∈ D(A)
si l’une des conditions suivantes est vérifiée :
(i) v est p.p différentiable sur [0, T ] et v 0 ∈ L1 (0, T ; X).
(ii) v(t) ∈ D(A) p.p sur [0, T ] et la fonction t 7−→ Av(t) ∈ L1 (0, T ; X).
Réciproquement, si (P N HC) admet une solution forte u sur [0, T ] pour un certain x ∈ D(A),
alors v vérifie les conditions (i) et (ii).

Comme conséquence du théorème IV.2.3 on obtient les corollaires suivants :

Corollaire IV.2.3
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 . Si f est p.p différentiable sur
[0, T ] et f 0 ∈ L1 (0, T ; X), alors pour tout x ∈ D(A), le problème à valeur initiale (P N HC) admet
une solution forte unique sur [0, T ].

Mémoire de Master 50 Salah-Eddine CHORFI


IV.3 Quelques applications

Remarque IV.2.4
En général, le fait que f soit lipschitzienne sur [0, T ] n’est pas suffisant pour assurer l’existence
d’une solution forte de (P N HC) pour x ∈ D(A). Cependant si X est réflexif et f est lipschitzienne
sur [0, T ] alors par un résultat classique, f est p.p différentiable sur [0, T ] et f 0 ∈ L1 (0, T ; X), (voir
[Her’69], section 2.9.22, pag. 167-168).

Corollaire IV.2.4
Soit X un espace de Banach réflexif et soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe
(T (t))t>0 .
Si f est lipschitzienne sur [0, T ], alors pour tout x ∈ D(A) le problème à valeur initiale (P N HC)
admet une solution unique u sur [0, T ] donnée par :
Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds.
0

Démonstration :
D’après les remarques précédentes, il est clair que (P N HC) admet une solution forte. Par le
théorème IV.2.3 l’application
Z t
t 7−→ v(t) = T (t − s)f (s) ds,
0

est p.p différentiable sur [0, T ] et par la règle intégrale de Leibniz on a


Z t
0
v (t) = T (t)f (0) + T (t − s)f 0 (s) ds.
0

v 0 est continue sur [0, T ] et le théorème IV.2.1 permet de conclure.

IV.3 Quelques applications


Dans ce paragraphe nous donnons quelques applications de la théorie des semi-groupes et
l’étude du problème abstrait de Cauchy dans la résolution de quelques équations aux dérivées
partielles classiques en physique.

Exemple IV.3.1 (L’équation d’advection)


Considérons l’équation d’advection qui décrit les phénomènes du transport :

 ∂v ∂v
(x, t) + (x, t) = 0, t > 0, x ∈ R.
(EA) ∂t ∂x
v(x, 0) = f (x).

On cherche les solutions dans l’espace de Banach X = L2 (R).


Écrivons le problème (EA) sous la forme abstraite en posant u(t) = v(·, t) :

u0 (t) = Au(t), t > 0,



(P HC)
u(0) = f,

Mémoire de Master 51 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

d
où A = − avec le domaine D(A) = H 1 (R) = {u ∈ L2 (R)| u0 ∈ L2 (R)}.
dx
Comme A est le générateur infinitésimal du C0 -semi-groupe défini sur X par

(T (t)f )(x) = f (x − t), x ∈ R, t > 0,

alors il vient du théorème IV.1.1 que pour tout f ∈ D(A), la fonction définie par

u(x, t) = (T (t)f )(x) = f (x − t),

est l’unique solution de (EA).

Exemple IV.3.2 (L’équation de la chaleur)


L’équation de la chaleur et le semi-groupe de Gauss-Weierstrass dans BC(R) :

Considérons l’équation de la chaleur qui décrit les phénomènes de diffusion :



 ∂u ∂ 2u
(x, t) = (x, t), t > 0, x ∈ R.
(EC) ∂t ∂x 2

u(x, 0) = f (x), x ∈ R,

où f ∈ BC(R) (l’espace des fonctions bornées continues de R dans R).


On va utiliser la transformée de Fourier partielle par rapport à x pour trouver une solution
(formelle) de (EC).
Rappelons que pour tout u ∈ L1 (R) ∪ L∞ (R) la transformée de Fourier partielle par rapport à x
de u est la fonction notée u
b définie par :
Z
1
b(ξ, t) := √
u e−ixξ u(x, t) dx, ξ ∈ R.
2π R
On a d
∂u
(ξ, t) = iξb
u(ξ, t)
∂x
\ 
∂ 2u
2
(ξ, t) = −ξ 2 u
b(ξ, t)
∂x
d
∂u ∂bu
(ξ, t) = (ξ, t).
∂t ∂t
En appliquant la transformée de Fourier à (EC) On trouve :

∂u b(ξ, t) = −ξ 2 u
b(ξ, t), t > 0, ξ ∈ R.
∂t
b(ξ, 0) = fb(ξ), ξ ∈ R.

u (IV.3.1)

(IV.3.1) est une équation différentielle ordinaire, où ξ joue le rôle d’un paramètre, et dont la
solution est donnée par :
2
b(ξ, t) = e−tξ fb(ξ), t > 0, ξ ∈ R.
u

Mémoire de Master 52 Salah-Eddine CHORFI


IV.3 Quelques applications

2 \ −ξ2
Pour trouver u on applique la transformée de Fourier inverse en utilisant le fait que e−tξ = √4πt
1
e 4t
1 −ξ2
pour t > 0 et que u ∗ v. Par suite On trouve que u(·, t) = √
b vb = u[ e 4t ∗ f .
4πt
D’où : Z
1 (x−y)2
u(x, t) = √ e− 4t f (y) dy, ∀t > 0, ∀x ∈ R. (IV.3.2)
4πt R
Puisque f ∈ BC(R) et en utilisant le théorème de dérivation sous le signe intégral, on montre que
u est bien une solution de (EC).
Notons que la condition initiale de (EC) est vérifiée par u donnée par (IV.3.2) dans le sens suivant :
lim+ u(x, t) = f (x) d’après le théorème de convergence dominée de Lebesgue, et on note encore
t→0
u(x, 0) = f (x).
Le résultat se reproduit dans le langage des semi-groupes de la façon suivante : pour toute fonction
f ∈ BC(R) et tout t > 0 on pose : T (t)f = u(·, t), où u est l’unique solution classique de (EC)
donnée par (IV.3.2).
On définit ainsi le semi-groupe d’opérateurs linéaires bornés sur BC(R) appelé le semi-groupe de
Gauss-Weierstrass par :
Z
1 (x−y)2
(T (t)f )(x) = √ e− 4t f (y) dy, ∀t > 0, ∀x ∈ R, et T (0) = I.
4πt R

Le semi-groupe de Gauss-Weierstrass n’est pas un C0 -semi-groupe.


Il s’avère que T (t)f −→+ f dans BC(R) si et seulement si f ∈ BU C(R), où BU C(R) est l’espace
t→0
des fonctions bornées uniformément continues de R dans R. Dans ce cas on peut montrer que le
semi-groupe de Gauss-Weierstrass est même analytique.

Exemple IV.3.3 (L’équation des ondes)


Considérons l’équation des ondes qui décrit les phénomènes de propagation :
 2
∂ v
− ∆v = 0, sur Ω × [0, T ],



 ∂t2

(EO) v = 0, sur ∂Ω × [0, T ],


 ∂v
 v(x, 0) = v0 et
 (x, 0) = v1 , sur Ω,
∂t

où Ω est un 
sous-ensemble
 régulier de Rn et v0 ∈ H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω), v1 ∈ H01 (Ω).
v
Posons u = ∂v , l’équation (EO) s’écrit sous la forme abstraite :
∂t

 du
= Au,
(P HC) dt
u(0) = u0 , (IV.3.3)

où      
u1 u2 v
Au = A = et u0 = 0 .
u2 ∆u1 v1

Mémoire de Master 53 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Soit X = H01 (Ω) × L2 (Ω). Le domaine de A est D(A) = (H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω)) × H01 (Ω).
Montrons que (A, D(A)) est m-dissipatif sur X lorsqu’il est muni du produit scalaire :
Z Z
hu, viX = ∇u1 · ∇v1 dx + u2 v2 dx, où u = (u1 , u2 ) et v = (v1 , v2 ).
Ω Ω
Z Z
D’abord A est dissipatif car hAu, uiX = ∇u2 · ∇u1 dx + ∆u1 u2 dx = 0, (d’après la formule
Ω Ω
de Green).
Soient (f, g) ∈ H01 (Ω) × L2 (Ω). L’équation u − Au = (f, g) est équivalente au système :
u1 − u2 = f


u2 − ∆u1 = g
En remplaçant u2 = u1 − f dans la deux-ème équation, on obtient l’équation
u1 − ∆u1 = f + g,
qui admet une solution unique u1 ∈ H 2 (Ω) ∩ H01 (Ω) d’aprés le théorème de Lax-Milgram.
Par conséquent u2 ∈ H01 (Ω) est unique. Donc Im(I − A) = X et A est m-dissipatif.
Par le théorème de Lumer-Phillips il vient que A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe
de contraction (T (t))t>0 et par suite (IV.3.3) admet une solution unique donnée par
u(t, x) = (T (t)u0 )(x).

IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes


analytiques
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 et soit f ∈ L1 (0, T ; X).
Dans la section précédente nous avons défini la solution “mild” du problème à valeur initiale :
 0
u (t) = Au(t) + f (t), t > 0
u(0) = x, (IV.4.1)
de telle façon qu’elle soit la fonction continue définie par :
Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds. (IV.4.2)
0

Nous avons vu (Corollaire IV.2.1) que si f ∈ C 1 ([0, T ], X) alors la solution “mild” (IV.4.2) de-
vient une solution (classique), i.e., une solution continûment différentiable de (IV.4.1). Si A est le
générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique, nous obtenons un résultat qui est beau-
coup plus fort.
Rappelons qu’une fonction f : I −→ X, où I est un intervalle de R, est dite hölderienne d’exposant
α ∈]0, 1] s’il existe une constante Cα > 0 telle que
kf (x) − f (y)k 6 Cα |x − y|α , ∀x, y ∈ I.
Nous verrons plus tard (corollaire IV.4.1) que si f est hölderienne alors la solution “mild” (IV.4.1)
est une solution de (IV.4.1). Le théorème suivant montre que si (T (t))t>0 est un semi-groupe ana-
lytique et f ∈ Lp (0, T ; X), avec p > 1, alors la solution “mild” (IV.4.2) est hölderienne.

Mémoire de Master 54 Salah-Eddine CHORFI


IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes analytiques

Lemme IV.4.1
Soit g : R −→ X une fonction lipschitzienne bornée.
Alors pour tout α ∈]0, 1[, g est hölderienne d’exposant α.

Démonstration :
Notons C > 0 la constante de Lipschitz. Il existe K > 0 tel que kg(t)k 6 K, pour tout t ∈ R.
Pour t, s ∈ R tels que |t − s| 6 1, on a

kg(t) − g(s)k 6 C|t − s| 6 |t − s|α .

Pour t, s ∈ R tels que |t − s| > 1, on a

kg(t) − g(s)k 6 kg(t)k + kg(s)k


6 2K.1 6 2K|t − s|.

Remarque IV.4.1
Puisque toute fonction lipschitzienne est bornée sur un intervalle borné, alors en particulier le
lemme est aussi valable sur des intervalles bornés pour les fonctions lipschitziennes.

Théorème IV.4.1
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique (T (t))t>0 et soit f ∈ Lp (0, T ; X),
p−1
avec 1 < p < ∞. Si u est la solution “mild” de (IV.4.1) alors u est hölderienne d’exposant
p
sur [ε, T ] pour tout ε > 0. Si de plus x ∈ D(A) alors u est hölderienne, avec le même exposant,
sur [0, T ].

Démonstration :
Soit M > 1 tel que kT (t)k 6 M sur [0, T ]. Puisque (T (t))t>0 est analytique, alors par l’assertion
C
(iv) du théorème III.2.1, il existe une constante C > 0 telle que kAT (t)k 6 sur ]0, T ]. Cela
t
implique que : t 7−→ T (t)x est lipschitzienne sur [ε, T ] pour tout ε > 0.
Si x ∈ D(A), ϕ : t 7−→ T (t)x est lipschitzienne sur [0, T ]. Puisque ϕ est borné sur [0, T ], alors
p−1
d’après la remarque IV.4.1 ϕ est hölderienne d’exposant .
p
Pour le reste il suffit de montrer que si f ∈ Lp (0, T ; X), 1 < p < ∞, alors la fonction définie par
Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds, ∀t > 0,
0

p−1
est hölderienne d’exposant sur [0, T ].
p
Pour h > 0 on a Z t+h
v(t + h) − v(t) = T (t + h − s)f (s) ds
t
Z t
+ [T (t + h − s) − T (t − s)] f (s) ds
0
= I1 + I2 .

Mémoire de Master 55 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Estimons I1 et I2 .
D’après l’inégalité de Hölder on a
Z t+h
kI1 k 6 M kf (s)k ds
t
Z t+h 1/p
(p−1)/p p
6 Mh kf (s)k ds
t
(p−1)/p
6 M |f |p h , (IV.4.3)
Z T 1/p
p
où |f |p = kf (s)k ds est la norme de f dans Lp (0, T ; X).
0
Maintenant, soit h > 0, alors on a
kT (t + h) − T (t)k 6 2M pour t, t + h ∈ [0, T ],
et
h
kT (t + h) − T (t)k 6 C pour t, t + h ∈]0, T ].
t
Par suite :
kT (t + h) − T (t)k 6 C1 µ(h, t), pour t, t + h ∈ [0, T ], (IV.4.4)


h
où µ(h, t) = min 1, et C1 une constante vérifiant C1 > max(2M, C).
t
En utilisant (IV.4.4) et l’inégalité de Hölder on trouve :
Z t
kI2 k 6 C1 µ(h, t − s)kf (s)k ds
0
Z t (p−1)/p
p/(p−1)
6 C1 |f |p µ(h, t − s) ds . (IV.4.5)
0

Puisque µ > 0, on a
Z t Z t
p/(p−1)
µ(h, t − s) ds = µ(h, τ )p/(p−1) dτ
0
Z0 ∞
6 µ(h, τ )p/(p−1) dτ
0
Z h  p/(p−1) Z ∞
h
= dτ + dτ
0 h τ
= h + (p − 1)h = ph
Compte tenu de (IV.4.5), on trouve que kI2 k 6 C2 h(p−1)/p , pour une certaine constante C2 .

Nous donnons en suite des conditions sur f pour que la solution “mild” (IV.4.2) soit une
solution classique.

Théorème IV.4.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique (T (t))t>0 et soit f ∈ L1 (0, T ; X).
Supposons que pour tout 0 < t < T il existe δt > 0 et une fonction continue Wt : [0, +∞[−→
[0, +∞[ tels que :
kf (t) − f (s)k 6 Wt (|t − s|), (IV.4.6)

Mémoire de Master 56 Salah-Eddine CHORFI


IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes analytiques

et Z δt
Wt (τ )
dτ < ∞, (IV.4.7)
0 τ
Alors pour tout x ∈ X, la solution “mild” de (IV.4.1) est une solution classique.
Démonstration :
(T (t))t>0 étant un C0 -semi-groupe analytique, donc t 7−→ T (t)x est la solution de l’équation
homogène pour toute valeur initiale x ∈ X. Pour prouver le théorème, il suffit par le théorème
IV.2.1 de montrer que
Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds ∈ D(A) pour 0 < t < T,
0

et que t 7−→ Av(t) est continue sur ]0, T [.


Écrivons :
v(t) = v1 (t) + v2 (t)
Z t Z t
= T (t − s)(f (s) − f (t)) ds + T (t − s)f (t) ds. (IV.4.8)
0 0

D’après l’assertion 2) du théorème II.2.2 on voit que v2 (t) ∈ D(A) et que Av2 (t) = (T (t) − I)f (t).
Puisque l’hypothèse (IV.4.6) entraı̂ne que f est continue sur ]0, T [, il vient que t 7−→ Av2 (t) est
continue sur ]0, T [.
Pour prouver la même condition pour v1 , définissons :
Z t−ε
v1,ε (t) = T (t − s)(f (s) − f (t)) ds, ∀t > ε, (IV.4.9)
0
et
v1,ε (t) = 0, ∀t < ε, (IV.4.10)
Par définition il est clair que v1,ε (t) −→ v1 (t) quand ε → 0, de plus v1,ε (t) ∈ D(A)
et pour tout t > ε : Z t−ε
Av1,ε (t) = AT (t − s)(f (s) − f (t)) ds, (IV.4.11)
0
Les hypothèses (IV.4.6) et (IV.4.7) impliquent que pour t > 0, Av1,ε (t) converge quand ε → 0 et
que Z t
lim Av1,ε (t) = AT (t − s)(f (s) − f (t)) ds.
ε→0 0
Puisque A est fermé, alors v1 (t) ∈ D(A) pour t > 0 et
Z t
Av1 (t) = AT (t − s)(f (s) − f (t)) ds, (IV.4.12)
0

Pour achever la preuve il reste à montrer que t 7−→ Av1 (t) est continue sur ]0, T [.
Pour 0 < δ < t on a
Z δ Z t
Av1 (t) = AT (t − s)(f (s) − f (t)) ds + AT (t − s)(f (s) − f (t)) ds, (IV.4.13)
0 δ

Pour δ > 0 fixé, la seconde intégrale à droite de (IV.4.13) définit une fonction continue en t, et la
première intégrale est un O(δ) uniformément en t. Il en résulte que t 7−→ Av1 (t) est continue.

Mémoire de Master 57 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Remarque IV.4.2
Un fonction est dite localement hölderienne sur un intervalle I si tout t ∈ I admet un voisinage
dont lequel f est hölderienne. On montre que si I est compact et f est localement hölderienne sur
I alors elle est hölderienne.
On note la famille des fonctions hölderiennes sur I d’exposant α par C α (I, X).
Corollaire IV.4.1
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi groupe analytique (T (t))t>0 . Si f ∈ L1 (0, T ; X) est
localement hölderienne sur ]0, T ], alors pour tout x ∈ X le problème (IV.4.1) admet une solution
unique.
Lemme IV.4.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi groupe analytique (T (t))t>0 et soit f ∈ C α ([0, T ], X).
Si : Z t
v1 (t) = T (t − s)(f (s) − f (t)) ds, (IV.4.14)
0
alors v1 (t) ∈ D(A) pour 0 6 t 6 T et t 7−→ Av1 (t) ∈ C α ([0, T ], X).
Démonstration :
Le fait que v1 (t) ∈ D(A) pour 0 6 t 6 T est déjà vu dans la démonstration du théorème IV.4.2.
Montrons maintenant que t 7−→ Av1 (t) est hölderienne sur [0, T ].
Soit M > 1 et C > 0 tels que :
kT (t)k 6 M sur [0, T ] et,
C
kAT (t)k 6 pour 0 < t 6 T. (IV.4.15)
t
Alors pour 0 < s < t 6 T on a
Z t
2

kAT (t) − AT (s)k = A T (τ ) dτ

s
Z t Z t  τ  2
2
6 A T (τ ) dτ = AT dτ (d’après le lemme III.1.2)

s s 2
Z t
0 dτ C0
6 4C 2
= 4 (t − s), (IV.4.16)
s τ ts
Soit t > 0 et h > 0, alors :
Z t
Av1 (t + h) − Av1 (t) = A [T (t + h − s) − T (t − s)](f (s) − f (t)) ds
Z0 t
+ A T (t + h − s)(f (t) − f (t + h)) ds
0
Z t+h
+ A T (t + h − s)(f (s) − f (t + h)) ds
t
= I1 + I2 + I3 , (IV.4.17)
Puisque f ∈ C α ([0, T ], X) (notons L la constante de Hölder) alors d’après (IV.4.16) on a
Z t
kI1 k 6 kAT (t + h − s) − AT (t − s)kkf (s) − f (t)k ds
0
Z t
0 ds
6 4C Lh 1−α
0 (t − s + h)(t − s)
6 C1 hα , (IV.4.18)

Mémoire de Master 58 Salah-Eddine CHORFI


IV.4 Régularité des solutions “mild” pour les semi-groupes analytiques

Pour estimer I2 on utilise l’assertion 2) du théorème II.2.2 et le fait que f ∈ C α ([0, T ], X) :

kI2 k 6 k(T (t + h) − T (h))(f (t) − f (t + h))k


6 kT (t + h) − T (h)kkf (t) − f (t + h)k
6 2M Lhα , (IV.4.19)

Pour estimer I3 , on utilise (IV.4.15) et le fait que f ∈ C α ([0, T ], X) et on trouve :


Z t+h
kI3 k 6 kAT (t + h − s)kkf (s) − f (t + h)k ds
t
Z t+h
6 CL (t + h − s)α−1 ds
t
α
6 C2 h . (IV.4.20)

Par (IV.4.17) et les estimations (IV.4.18), (IV.4.19) et (IV.4.20) on voit que t 7−→ Av1 (t) est
hölderienne d’exposant α sur [0, T ].

Le théorème suivant présente le résultat principal de régularité pour le cas où A est le générateur
infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique.

Théorème IV.4.3
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique (T (t))t>0 et soit f ∈ C α ([0, T ], X).
Si u est la solution du problème (IV.4.1) alors :
(i) Pour tout δ > 0, Au ∈ C α ([δ, T ], X) et u0 ∈ C α ([δ, T ], X).
(ii) Si x ∈ D(A) alors Au et u0 sont continues sur [0, T ].
(iii) Si x = 0 et f (0) = 0 alors Au ∈ C α ([0, T ], X) et u0 ∈ C α ([0, T ], X).

Démonstration :
On a Z t
u(t) = T (t)x + T (t − s)f (s) ds = T (t)x + v(t).
0
Par (IV.4.16) t 7−→ AT (t)x est lipschitzienne sur δ 6 t 6 T pour tout δ > 0, donc il suffit de
montrer que t 7−→ Av(t) est dans C α ([δ, T ], X).
Puisque :

v(t) = v1 (t) + v2 (t)


Z t Z t
= T (t − s)(f (s) − f (t)) ds + T (t − s)f (t) ds.
0 0

Par le lemme IV.4.2 il vient que t 7−→ Av1 (t) est dans C α ([0, T ], X).
Il reste à montrer que t 7−→ Av2 (t) est une application de C α ([δ, T ], X) pour tout δ > 0.
On a Av2 (t) = (T (t) − I)f (t) et puisque f ∈ C α ([0, T ], X) il suffit de montrer que T (t)f (t) ∈
C α ([δ, T ], X) pour tout δ > 0. Soit t > δ et h > 0, alors :

kT (t + h)f (t + h) − T (t)f (t)k 6 kT (t + h)kkf (t + h) − f (t)k + kT (t + h) − T (t)kkf (t)k


C
6 M Lhα + hkf k∞
δ
6 C1 hα . (IV.4.21)

Mémoire de Master 59 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

Où on a utilisé (IV.4.4) et le fait que f ∈ C α ([0, T ], X) avec L la constante de Hölder, et kf k∞ =


max kf (t)k. Ce qui achève la preuve de (i).
06t6T
Pour (ii), notons d’abord que si x ∈ D(A) alors t 7−→ AT (t)x ∈ C([0, T ], X). Par le lemme IV.4.2
on a l’application t 7−→ Av1 (t) est dans C α ([0, T ], X) et puisque f est continue sur [0, T ] il reste à
montrer que t 7−→ T (t)f (t) est continue sur [0, T ]. D’après (i) il est clair que t 7−→ T (t)f (t) est
continue sur ]0, T ]. La continuité en t = 0 résulte de

kT (t)f (t) − f (0)k 6 kT (t)f (0) − f (0)k + M kf (t) − f (0)k.

D’où (ii).
Pour montrer (iii), il suffit de montrer que t 7−→ T (t)f (t) ∈ C α ([0, T ], X) et ceci découle de :

kT (t + h)f (t + h) − T (t)f (t)k 6 kT (t + h)kkf (t + h) − f (t)k + k(T (t + h) − T (t))f (t)k


Z t+h
α

6 M Lh + AT (τ )f (t) dτ

t
Z t+h
α
6 M Lh + CL τ α−1 dτ
t
α
6 Ch . (IV.4.22)

IV.5 Comportement asymptotique des solutions


Dans cette section nous étudions le comportement asymptotique des solutions du problème à
valeur initial :
 0
u (t) = Au(t) + f (t), t > 0
u(0) = x. (IV.5.1)

Commençons d’abord par les solutions du problème homogène, i.e., f ≡ 0, et cherchons quelques
conditions qui donnent leur décroissance exponentielle.

Théorème IV.5.1
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (T (t))t>0 .
S’il existe 1 6 p < ∞ tel que :
Z ∞
kT (t)xkp dt < ∞, ∀x ∈ X, (IV.5.2)
0

alors il existe des constantes M > 1 et µ > 0 telles que kT (t)k 6 M e−µt , ∀t > 0.
On dit que kT (t)k décroit exponentiellement.

Démonstration :
Montrons d’abord que (IV.5.2) entraı̂ne que t 7−→ kT (t)k est bornée.
Soient M1 > 1 et ω > 0 tels que

kT (t)k 6 M1 eωt , ∀t > 0.

Mémoire de Master 60 Salah-Eddine CHORFI


IV.5 Comportement asymptotique des solutions

Si ω = 0 le résultat est trivial. Supposons que ω > 0.


D’après (IV.5.2) il s’ensuit alors que T (t)x → 0 quand t → ∞ pour tout x ∈ X.
En effet, en supposant le contraire on trouve qu’il existe x ∈ X, δ > 0 et tj → ∞ tels que
kT (tj )xk > δ.
1
On peut supposer, sans perte de généralité, que tj+1 − tj > .
  ω
1 1
Posons ∆j = tj − , tj , alors m(∆j ) = > 0 et donc les intervalles ∆j ne se chevauchent pas.
ω ω
δ
Pour t ∈ ∆j on a kT (t)xk > et par suite :
M1 e
Z ∞ X∞ Z
p
kT (t)xk dt > kT (t)xkp dt
0 j=1 ∆j
 ∞
p X
δ
> m(∆j ) = ∞.
M1 e j=1

Ce qui contredit (IV.5.2). Il s’ensuit alors que T (t)x → 0 quand t → ∞ pour tout x ∈ X et le
théorème de Banach-Steinhaus entraı̂ne qu’il existe M > 1 tel que kT (t)k 6 M, ∀t > 0.
Considérons maintenant l’application S : X −→ Lp (R+ ; X) définie par Sx = T (t)x.
D’après (IV.5.2) on voit que S est définie sur X tout entier.
Puisque T (t) est borné alors S est fermé, il vient du théorème du graphe fermé que S est borné.
i.e., Z ∞
kT (t)xkp dt 6 M2p kxkp . (IV.5.3)
0
1
Soit 0 < ρ < M
où kT (t)k 6 M . Définissons
tx (ρ) = sup{t : kT (s)xk > ρkxk pour 0 6 s 6 t}.
Puisque kT (t)xk → 0 quand t → ∞, tx (ρ) est finie positive pour tout x ∈ X.
De plus on a
Z tx (ρ)
p p
tx (ρ)ρ kxk 6 kT (t)xkp dt
Z0 ∞
6 kT (t)xkp dt
0
6 M2p kxkp .
 p
M2
Par suite tx (ρ) 6 = t0 . Pour t > t0 on a
ρ
kT (t)xk 6 kT (t − tx (ρ))kkT (tx (ρ))xk
6 M ρkxk
6 βkxk,
où 0 6 β = M ρ < 1. Finalement, soient t1 > t0 fixé et t = nt1 + s, 0 6 s < t1 . Alors :
kT (t)k 6 kT (s)kkT (nt1 )k
6 M kT (t1 )kn
6 M βn
6 M 0 e−µt ,

Mémoire de Master 61 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

M logβ
où M 0 = et µ = − > 0.
β t1
Le théorème IV.5.1 montre que si T (t)x ∈ Lp (R+ ; X) pour tout x ∈ X, alors
kT (t)k 6 M e−µt pour un certain M > 1 et µ > 0.
Maintenant, on s’intéresse aux conditions sur le générateur infinitésimal A de (T (t))t>0 pour les-
quelles on trouve un comportement similaire.
Dans un espace de Banach X de dimension finie, il est bien connu que si
sup{Re λ : λ ∈ σ(A)} = σ < 0,
alors kT (t)k décroit exponentiellement. Ce comportement résulte du fait que le spectre des opérateurs
linéaires dans un espace de dimension finie se réduit au spectre ponctuel. Le résultat n’est pas, en
général, vrai dans un espace de Banach de dimension infinie.

Exemple IV.5.1 Z ∞
Pour une fonction mesurable f sur [0, +∞[ posons |f |1 = es |f (s)| ds, et soit E l’espace des
0
fonctions mesurables sur [0, +∞[ telles que |f |1 < ∞.
Soit X = E ∩ Lp ([0, +∞[), 1 < p < ∞. X muni de la norme kf k = |f |1 + kf kLp est un espace de
Banach.
Sur X on définit le semi-groupe de translation (T (t))t>0 par :
(T (t)f )(x) = f (x + t), ∀t > 0. (IV.5.4)
(T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe de contraction sur X, donc kT (t)k 6 1, ∀t > 0.
Soient ε > 0 et f = 1[t,t+εp ] ∈ X, en faisant tendre ε ↓ 0 on trouve kT (t)k > 1 et par conséquent
kT (t)k = 1 pour tout t > 0. Le générateur infinitésimal A de (T (t))t>0 est donné par :
D(A) = {u : u est absolument continue, u0 ∈ X} (IV.5.5)
et
Au = u0 , ∀u ∈ D(A). (IV.5.6)
Soit f ∈ X. On considère l’équation :
λu − Au = λu − u0 = f. (IV.5.7)
Par le théorème II.3.1 la fonction
Z ∞ Z ∞
−λs
u(t) = e f (t + s) ds = e λt
e−λs f (s) ds, (IV.5.8)
0 t

est une solution de (IV.5.7). Montrons que si λ est tel que Re λ > −1 alors u, donnée par (IV.5.8),
est à valeurs dans D(A) et donc {λ : Re λ > −1} ⊂ ρ(A).
Pour montrer que u(t) ∈ D(A), il suffit par (IV.5.7) de montrer que u(t) ∈ X et ceci découle de :
Z ∞
Re λt
|u(t)| 6 e e−(Re λ+1)s es |f (s)| ds
Z ∞t
6 e−t es |f (s)| ds
t
6 e−t |f |1 .

Mémoire de Master 62 Salah-Eddine CHORFI


IV.5 Comportement asymptotique des solutions

Ce qui implique que u ∈ Lp ([0, +∞[) et


Z ∞Z ∞
|u|1 6 e(Re λ+1)(t−s) es |f (s)| dsdt
Z0 ∞ tZ s 
(Re λ+1)(t−s)
= e dt es |f (s)| ds
0 0
Z ∞
1
1 − e−(Re λ+1)s es |f (s)| ds

=
Re λ + 1 0
1
= |f | .
Re λ + 1 1
Donc {λ : Re λ > −1} ⊂ ρ(A) et σ = sup{Re λ, λ ∈ σ(A)} 6 −1. Mais kT (t)k = 1 ne décroit pas
exponentiellement.
De l’exemple IV.5.1 on déduit que la décroissance exponentielle de kT (t)k par la condition
σ = sup{Re λ, λ ∈ σ(A)} < 0 nécessite d’ajouter des conditions de plus.
Le théorème suivant ajoute une hypothèse simple mais utile pour assurer le résultat, c’est le cas
où A est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique.

Théorème IV.5.2
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe analytique (T (t))t>0 .
Si σ = sup{Re λ, λ ∈ σ(A)} < 0, alors il existe des constantes M > 1 et µ > 0 telles que :
kT (t)k 6 M e−µt , ∀t > 0.
Démonstration :
D’après les résultats de la section III.2 il s’ensuit qu’il existe des constantes ω > 0, M > 1, δ > 0
et un voisinage U de ω tels que :
n π o
ρ(A) ⊃ Σ = λ ∈ C : | arg(λ − ω)| < + δ ∪ U, (IV.5.9)
2
et
M
kR(λ, A)k 6 , ∀λ ∈ Σ, (IV.5.10)
|λ − ω|
De plus, Z
1
T (t) = eλt R(λ, A) dλ, (IV.5.11)
2πi Γ
où Γ = Γ1 ∪ Γ2 , avec Γ1 = {λ = ρeiθ + ω, ρ > 0, π2 < θ < π2 + δ} et
Γ2 = {λ = ρe−iθ + ω, ρ > 0, π2 < θ < π2 + δ}, Γ est orienté de telle manière que Im λ décroit le
long de Γ.
La convergence dans (IV.5.11) est dans le sens de la topologie uniforme des opérateurs.
R(λ, A) est analytique sur un voisinage du triangle ∆ = {λ ∈ C : Re λ > σ1 , |arg(λ − ω)| > θ},
où 0 > σ1 > σ. D’après le théorème de Cauchy, il s’ensuit que dans l’intégrale (IV.5.11) on peut
changer le chemin d’intégration par Γ0 où Γ0 est composé de :
 
0 iθ ω − σ1
Γ1 = λ = ρe + ω, ρ >
| cos θ|
0
Γ2 = {= σ1 : |Im λ| 6 (ω − σ1 )| tan θ|}
 
0 −iθ ω − σ1
Γ3 = λ = ρe + ω, ρ >
| cos θ|

Mémoire de Master 63 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre IV : Problème abstrait de Cauchy

et il est orienté de telle manière que Im λ décroit le long Γ0 .


Donc Z
1
T (t) = eλt R(λ, A) dλ.
2πi Γ0
En estimant kT (t)k sur Γ0i , i = 1, 2, 3, on trouve facilement que pour t > 1 et une certaine constante
M1 , kT (t)k 6 M1 eσ1 t .
Puisque kT (t)k 6 M2 pour 0 6 t 6 1, on a kT (t)k 6 M eσ1 t , pour t > 0.

Théorème IV.5.3
Soient µ > 0 et A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe vérifiant kT (t)k 6 M e−µt pour
tout t > 0. Si f : [0, ∞[−→ X une fonction bornée mesurable sur [0, ∞[ telle que :

lim f (t) = x0 , (IV.5.12)


t→+∞

alors la solution “mild” de (IV.5.1) satisfait :

lim u(t) = −A−1 x0 . (IV.5.13)


t→+∞

Démonstration :
Puisque kT (t)k 6 M e−µt , ∀t > 0, alors 0 ∈ ρ(A) (voir le théorème II.3.1) et kT (t)xk → 0 quand
t → ∞.
Posons :
Z t
v(t) = T (t − s)f (s) ds
0
Z t Z t
= T (t − s)(f (s) − x0 ) ds + T (t − s)x0 ds
0 0
= v1 (t) + v2 (t).

Il vient (voir la démonstration du théorème II.3.1) que :


Z ∞
lim v2 (t) = T (t)x0 dt = R(0, A)x0 = −A−1 x0 .
t→∞ 0

Il reste à montrer que v1 (t) → 0 quand t → ∞. Soient ε > 0 et t0 choisi tel que pour t > t0 :
εµ
kf (t) − x0 k 6 . (IV.5.14)
2M
Alors, en notant kf k∞ = sup kf (t)k, on a
t>0

Z t0 Z t
kv1 (t)k 6 kT (t − s)kkf (s) − x0 k ds + kT (t − s)kkf (s) − x0 k ds
0 t0
M −µ(t−t0 ) ε
6 2kf k∞ e + .
µ 2
ε
Pour t > t0 assez grand, le premier terme du membre de droite devient plus petit que , et donc
2
pour t assez grand kv1 (t)k < ε.

Mémoire de Master 64 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre V

Équations d’évolution

Sommaire
V.1 Systèmes d’évolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
V.2 Stabilité d’une famille de générateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique . . . . . . . . . . . . 71

V.1 Systèmes d’évolution


Soit X un espace de Banach. Pour tout 0 6 t 6 T , soient A(t) : D(A(t)) ⊂ X −→ X un
opérateur linéaire sur X et f une fonction à valeurs dans X. Dans ce chapitre nous étudions le
problème d’évolution suivant :
 0
u (t) = A(t)u(t) + f (t), s < t 6 T (V.1.1)
u(s) = x.
Une fonction u : [s, T ] −→ X est dite solution classique de (V.1.1) si u est continue sur [s, T ],
u(t) ∈ D(A(t)) pour s < t 6 T et u est continûment différentiable sur ]s, T ] et vérifie (V.1.1).
En particulier, lorsque A(t) = A est indépendant de t on retrouve les résultats du chapitre
précédent, où nous avons vu que la solution du problème non homogène est donnée en terme
des solutions du problème homogène via “la formule de la variation de la constante” :
Z t
u(t) = T (t − s)u(s) + T (t − τ )f (τ )dτ, (V.1.2)
s

où T (t)x est la solution du problème homogène u0 (t) = Au(t), u(0) = x. On retrouve un résultat
similaire lorsque A(t) dépend de t.
On se focalise d’abord sur le problème homogène :
 0
u (t) = A(t)u(t), 0 6 s < t 6 T (V.1.3)
u(s) = x.

Commençons d’abord par le cas simple où A(t) est un opérateur borné sur X et t 7−→ A(t) est
continue pour la topologie uniforme des opérateurs.

65
Chapitre V : Équations d’évolution

Théorème V.1.1
Soit X un espace de Banach et pour tout 0 6 t 6 T et soit A(t) un opérateur linéaire borné sur
X.
Si la fonction t 7−→ A(t) est continue pour la topologie uniforme des opérateurs, alors pour tout
x ∈ X le problème à valeur initiale admet une solution classique unique u.
Démonstration :
Procédons par la méthode des itérations de Picard.
Soit α = max kA(t)k, et considérons l’application S de C([s, T ], X) dans C([s, T ], X) définie par :
06t6T
Z t
(Su)(t) = x + A(τ )u(τ )dτ. (V.1.4)
s
Notons kuk∞ = max ku(t)k, alors on a
s6t6T

kSu(t) − Sv(t)k 6 α(t − s)ku − vk∞ , (V.1.5)


Par (V.1.4) et (V.1.5) et par récurrence il vient que :
αn (t − s)n
kS n u(t) − S n v(t)k 6 ku − vk∞ , s 6 t 6 T.
n!
Par suite :
αn (T − s)n
kS n u − S n vk 6 ku − vk∞ , s 6 t 6 T.
n!
αn (T − s)n
Pour n assez grand, < 1, donc il vient du théorème du point fixe de Picard que S
n!
admet un point fixe unique u dans C([s, T ], X) donné par :
Z t
u(t) = x + A(τ )u(τ )dτ, (V.1.6)
s
Puisque u est continue, le membre de droite de (V.1.6) est différentiable et vérifie u0 (t) = A(t)u(t).
D’où u est une solution du problème (V.1.3). Puisque toute solution de (V.1.3) est aussi solution
de (V.1.6), la solution de (V.1.3) est unique.
On définit “l’opérateur solution” du problème (V.1.3) par :
U (t, s)x = u(t), pour 0 6 s 6 t 6 T, (V.1.7)
où u est la solution de (V.1.3). U (t, s) est une famille à deux paramètres d’opérateurs. Par l’uni-
cité de la solution du problème (V.1.3) il vient que si A(t) = A est indépendant de t alors
U (t, s) = e(t−s)A = U (t − s) et la famille à deux paramètres se réduit en une famille à un seul
paramètre U (t), t > 0, qui est le semi-groupe généré par A.

Lemme V.1.1 (de Gronwall)


Soient u, v : [a, b] −→ R+ deux fonctions continues sur un segment [a, b] à valeurs positives et
K > 0 vérifiant l’inégalité :
Z x
u(x) 6 K + u(s)v(s) ds, ∀x ∈ [a, b].
a
Alors Z x 
u(x) 6 K exp v(s) ds , ∀x ∈ [a, b].
a
Dans le cas où K = 0, u ≡ 0 sur [a, b].

Mémoire de Master 66 Salah-Eddine CHORFI


V.1 Systèmes d’évolution

Démonstration :
Z x
 Z x 
x K + u(s)v(s) ds  Z x
Z
u(t)v(t) a
On a Z t dt 6 v(t) dt. Donc log  6 v(t) dt.
a
 K 
a
a
K+ u(s)v(s) ds
a
D’où Z x Z x 
u(x) 6 K + u(s)v(s) ds 6 K exp v(s) ds .
a a
Si K = 0, alors : Z x
0 6 u(x) 6 0 + u(s)v(s) ds
a
Z x
1
6 + u(s)v(s) ds, ∀n > 1
n a
Z x 
1
6 exp v(s) ds −→ 0
n a n→+∞

D’où u ≡ 0 sur [a, b].

Le théorème suivant présente les propriétés fondamentales de U (t, s) dans le cas où A(t) est
un opérateur linéaire borné sur X pour 0 6 t 6 T et t 7−→ A(t) est continue pour la topologie
uniforme des opérateurs.

Théorème V.1.2
Pour tout 0 6 s 6 t 6 T, U (t, s) est un opérateur linéaire borné et on a
Z t 
(i) kU (t, s)k 6 exp kA(τ )k dτ .
s
(ii) U (t, t) = I, U (t, s) = U (t, r)U (r, s), pour 0 6 s 6 r 6 t 6 T .
(iii) (t, s) 7−→ U (t, s) est continue pour la topologie uniforme des opérateurs, 0 6 s 6 t 6 T .

(iv) U (t, s) = A(t)U (t, s), pour 0 6 s 6 t 6 T .
∂t

(v) U (t, s) = −U (t, s)A(s), pour 0 6 s 6 t 6 T .
∂s
Démonstration :
Puisque (V.1.3) est linéaire, il est clair que U (t, s) est un opérateur linéaire défini sur X.
Par (V.1.6), il vient que Z t
ku(t)k 6 kxk + kA(τ )kku(τ )k dτ.
s
D’après le lemme de Gronwall on a

kU (t, s)xk = ku(t)k


Z t 
6 kxk exp kA(τ )k dτ . (V.1.8)
s

D’où U (t, s) est borné et vérifie (i).


D’après (V.1.7), on a U (t, t) = I, et par l’unicité de la solution de (V.1.3) il en résulte que

U (t, s) = U (t, r)U (r, s), pour tous 0 6 s 6 r 6 t 6 T.

Mémoire de Master 67 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre V : Équations d’évolution

(i) et (ii) impliquent (iii).


Finalement, par (V.1.6) et (3i) on déduit que U (t, s) est l’unique solution de l’équation intégrale :
Z t
U (t, s) = I + A(τ )U (τ, s) dτ, (V.1.9)
s
dans B(X). En dérivant (V.1.9) par rapport à t on obtient (iv).
En dérivant (V.1.9) cette fois-ci par rapport à s et en appliquant la règle intégrale de Leibniz on
trouve : Z t
∂ ∂
U (t, s) = −A(s) + A(τ ) U (τ, s) dτ. (V.1.10)
∂s s ∂s
Par unicité de la solution de (V.1.9) on obtient que :

U (t, s) = −U (t, s)A(s). (V.1.11)
∂s
La famille à deux paramètres d’opérateurs linéaires bornés U (t, s), dans le cas non autonome,
i.e., le cas où A(t) dépend de t, joue le même rôle du semi-groupe à un paramètre U (t) pour le cas
autonome. Ce qui nous amène à la définition suivante :
Définition V.1.1
Une famille à deux paramètres d’opérateurs linéaires bornés U (t, s), 0 6 s 6 t 6 T , sur X est
dite un système d’évolution si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
(i) U (t, t) = I, U (t, s) = U (t, r)U (r, s), pour 0 6 s 6 r 6 t 6 T .
(ii) (t, s) 7−→ U (t, s) est fortement continue pour 0 6 s 6 t 6 T .
Remarque V.1.1
Pour le problème non homogène (V.1.1) où f ∈ L1 (0, T ; X), s’il existe un système d’évolution
U (t, s) associé à ce problème tel que pour tout y ∈ D(A(s)), U (t, s)y ∈ D(A(t)) et U (t, s)y est
différentiable par rapport à t et par rapport à s et vérifiant :

U (t, s)y = A(t)U (t, s)y, (V.1.12)
∂t


U (t, s) = −U (t, s)A(s), (V.1.13)
∂s
alors toute solution classique u de (V.1.1) avec x ∈ D(A) est donnée par :
Z t
u(t) = U (t, s)x + U (t, r)f (r)dr, (V.1.14)
s

V.2 Stabilité d’une famille de générateurs


Cette section est consacrée à quelques notions dont nous aurons besoin pour construire un
système d’évolution pour le problème :
 0
u (t) = A(t)u(t), 0 6 s < t 6 T (V.2.1)
u(s) = x.
dans le cas “hyperbolique”.

Mémoire de Master 68 Salah-Eddine CHORFI


V.2 Stabilité d’une famille de générateurs

Définition V.2.1
Une famille de générateurs infinitésimaux (A(t))t∈[0,T ] des C0 -semi-groupes sur X est dite stable,
s’il existe des constantes M > 1 et ω ∈ R (appelées les constantes de stabilité) telles que :

ρ(A(t)) ⊃]ω, +∞[, ∀t ∈ [0, T ], (V.2.2)

et
k
Y M
R(λ, A(tj )) 6 , (V.2.3)

(λ − ω)k
j=1

pour tout λ > ω et toute suite finie 0 6 t1 6 t2 6 . . . 6 tk 6 T, k = 1, 2, 3, . . .

Notons que dans le cas général, les opérateurs R(λ, A(tj )) ne commutent pas nécessairement et
par suite l’ordre dans (V.2.3) est important. De plus la suite des produits contenant les tj doit
être toujours “ordonnée par rapport au temps”, i.e., un facteur avec un tj plus grand se trouve à
gauche des autres facteurs avec des tj plus petits.
Par définition, il est clair que la stabilité d’une famille de générateurs infinitésimaux (A(t))t∈[0,T ]
est conservée lorsqu’on remplace la norme sur X par une norme équivalente, mais les constantes
de stabilité dépendent de la norme prise sur X.

Remarque V.2.1
Si pour t ∈ [0, T ], A(t) ∈ G(1, ω), i.e., A(t) est le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe
St (s), s > 0 vérifiant kSt (s)k 6 eωs , alors la famille (A(t))t∈[0,T ] est clairement stable avec les
constantes de stabilité M = 1 et ω. En particulier toute famille (A(t))t∈[0,T ] de générateurs infi-
nitésimaux des C0 -semi-groupes de contractions est stable.

Lemme V.2.1 (Formule exponentielle)


Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe d’opérateurs linéaires bornés sur X, de générateur infinitésimal
A, alors :
 −n
t h n  n in
T (t)x = lim I − A x = lim R ,A x, ∀x ∈ X,
n→∞ n n→∞ t t
et la limite est uniforme en t sur tout intervalle borné.

Démonstration :
Voir ([Pa’83], Theorem 8.3, pag. 33-35).

Théorème V.2.1
Pour t ∈ [0, T ], soit A(t) le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe St (s), s > 0 sur X. Alors
la famille (A(t))t∈[0,T ] est stable, si et seulement si, il existe des constantes M > 1 et ω ∈ R telles
que :
ρ(A(t)) ⊃]ω, +∞[, ∀t ∈ [0, T ],
et l’une des conditions suivantes est vérifiée :
!
Yk k
X
Stj (sj ) 6 M exp ω sj , (V.2.4)


j=1 j=1

Mémoire de Master 69 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre V : Équations d’évolution

pour tout sj > 0 et toute suite finie 0 6 t1 6 t2 6 . . . 6 tk 6 T, k = 1, 2, 3, . . .


ou
Y k Yk
R(λ , A(t )) 6 M (λj − ω)−1 , (V.2.5)

j j

j=1 j=1

pour tout λj > ω et toute suite finie 0 6 t1 6 t2 6 . . . 6 tk 6 T, k = 1, 2, 3, . . .


Démonstration :
Il suffit de prouver que pour toute famille (A(t))t∈[0,T ] de générateurs infinitésimaux pour lesquels
ρ(A(t)) ⊃]ω, +∞[, les estimations (V.2.3), (V.2.4) et (V.2.5) sont équivalentes.
Supposons (V.2.3) est vérifiée et sj , 1 6 j 6 k, des nombres rationnels positifs.
Soit λ = N ∈ N∗ tel que N sj = mj ∈ N∗ pour 1 6 j 6 k.
Pk
Dans (V.2.3) posons m = mj termes subdivisés en k sous-ensembles contenant mj -termes,
j=1
1 6 j 6 k. Les valeurs de t dans le j ème sous-ensemble sont toutes égales à tj .
Après la division des deux membres de l’inégalité par N m on trouve :
k  mj
Y m  m  ω −m
j j
R , A(tj ) 6M 1− . (V.2.6)

sj sj N


j=1

En faisant tendre N → ∞, de sorte que N sj reste entier pour 1 6 j 6 k, et chaque mj tend vers
∞, et par la formule exponentielle on obtient
!
Y k Xk
Stj (sj ) 6 M exp ω sj .


j=1 j=1

D’où (V.2.4) est vraie pour tous rationnels positifs sj .


Le cas général des réels positifs quelconques découle de la continuité forte de St (s) en s et par
conséquent (V.2.3) implique (V.2.4).
Dans le deuxième chapitre nous avons vu que :
Z ∞
R(λj , A(tj ))x = e−λj s Stj (s)x ds, pour λj > ω. (V.2.7)
0

En itérant (V.2.7) un nombre fini de fois on trouve :


k k
! k
Y Z ∞ Z ∞ X Y
R(λj , A(tj ))x = ... exp − λj sj Stj (sj )x ds1 . . . dsk . (V.2.8)
j=1 0 0 j=1 j=1

En utilisant (V.2.4) pour estimer le membre de droite de (V.2.8) on obtient :



Y k Y k Z ∞
R(λj , A(tj ))x 6 M kxk e(ω−λj )sj dsj


j=1
0 j=1
k
Y
= M kxk (λj − ω)−1 .
j=1

et par suite (V.2.4) implique (V.2.5).


Finalement, en prenant tous les λj égalent λ dans (V.2.5), on trouve que (V.2.5) implique (V.2.3).

Mémoire de Master 70 Salah-Eddine CHORFI


V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique

Sous-espaces invariants et sous-espaces admissibles :

Définition V.2.2
• Soient X un espace de Banach et Y un sous-espace de X, et soit S : D(S) ⊂ X −→ X un
opérateur linéaire sur X. Le sous-espace Y est dit invariant par S si S : D(S) ∩ Y −→ Y .
• Soit (T (t))t>0 un C0 -semi-groupe sur X de générateur infinitésimal A. Un sous-espace Y de X
est dit A-admissible si Y est un sous-espace invariant par T (t), t > 0, et la restriction de T (t) à
Y est un C0 -semi-groupe sur Y , (i.e., il est fortement continue pour la norme k · kY ).

Exemple V.2.1
Soient X = BU C([0, +∞[, R) muni de la norme supérieure et Y 0 = X ∩ C 1 ([0, +∞[).
Considérons le semi-groupe de translation défini par :

(T (t)f )(x) = f (x + t), pour f ∈ X, t > 0, (V.2.9)

(T (t))t>0 est un C0 -semi-groupe de contractions sur X. Son générateur infinitésimal est donné par :

D(A) = {f ∈ Y 0 : f 0 ∈ X} et Af = f 0 , ∀f ∈ D(A).

On dénote la norme sur X par k · k, et on considère l’espace Y des éléments g ∈ Y 0 tels que g 0 ∈ X.
On muni Y de la norme :
kgkY = kgk + kg 0 k, pour tout g ∈ Y.
Y est fermé pour la norme k · kY et (T (t))t>0 défini par (V.2.9) laisse Y invariant et définit un
C0 -semi-groupe sur Y . Par conséquent Y est A-admissible.

V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique


Cette section concerne la construction d’un système d’évolution pour le problème :
 0
u (t) = A(t)u(t), 0 6 s 6 t 6 T (V.3.1)
u(s) = x,
où la famille (A(t))t∈[0,T ] vérifie les conditions (H1 ) − (H3 ) ci-dessous.
L’ensemble des conditions (H1 )−(H3 ) est souvent relié au cas “hyperbolique”, contrairement au cas
“parabolique” dont lequel chaque opérateur A(t), t > 0 est supposé le générateur infinitésimal d’un
C0 -semi-groupe analytique. Ces noms sont liés aux différentes applications des résultats abstraits
à la théorie des équations aux dérivées partielles.

Soient X et Y deux espaces de Banach munis, respectivement, des normes k · k et k · kY .


Dans cette section on suppose que Y est dense et s’injecte continûment dans X, i.e., Y est un
sous-espace dense dans X et il existe une constante C > 0 telle que kwk 6 CkwkY pour w ∈ Y .
Soit A le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (S(s))s>0 sur X.
Rappelons que Y est A-admissible si Y est un sous-espace invariant par S(s), s > 0, et la
restriction S(s)
e de S(s) à Y est un C0 -semi-groupe sur Y . Dans ce cas, A e la restriction de A à
Y ∩ D(A) est le générateur infinitésimal du semi-groupe (S(s))
e s>0 sur Y .

Mémoire de Master 71 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre V : Équations d’évolution

Pour t ∈ [0, T ], soit A(t) le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (St (s))s>0 sur X.

On impose les hypothèses suivantes :

(H1 ) : (A(t))t∈[0,T ] est une famille stable avec les constantes de stabilité M et ω.
(H2 ) : Y est A(t)-admissible pour t ∈ [0, T ] et la famille (A(t))
e t∈[0,T ] des restrictions à Y est une
famille stable sur Y avec les constantes de stabilité M f et ωe.
(H3 ) : Pour t ∈ [0, T ], D(A(t)) ⊃ Y , A(t) est un opérateur linéaire borné de Y dans X et t 7−→ A(t)
est continue pour la norme usuelle k · kY →X de B(Y, X).

Le résultat principal de cette section : le théorème V.3.1, montre que si (A(t))t∈[0,T ] vérifie les
conditions (H1 )−(H3 ), alors on peut associer un système d’évolution unique U (t, s), 0 6 s 6 t 6 T
au problème (V.3.1).

Théorème V.3.1
Soit A(t), 0 6 t 6 T , le générateur infinitésimal d’un C0 -semi-groupe (St (s))s>0 sur X.
Si la famille (A(t))t∈[0,T ] vérifie les conditions (H1 ) − (H3 ), alors il existe un unique système
d’évolution U (t, s), 0 6 s 6 t 6 T sur X vérifiant :

(E1 ) kU (t, s)k 6 M eω(t−s) pour 0 6 s 6 t 6 T .


∂+
(E2 ) U (t, s)v = A(s)v pour v ∈ Y et 0 6 s 6 t 6 T .
∂t s=t

(E3 ) U (t, s)v = −U (t, s)A(s)v pour v ∈ Y et 0 6 s 6 t 6 T .
∂s
Démonstration :
Commençons tout d’abord par approximer la famille (A(t))t∈[0,T ] par des familles (An (t))t∈[0,T ] , n =
k
1, 2, . . ., définies comme suit : Soit tnk = T, k = 0, 1, . . . , n et soit :
n
An (t) = A(tnk ), tnk 6 t 6 tnk+1 , k = 0, 1, . . . , n − 1

(V.3.2)
An (T ) = A(T ).
Puisque t 7−→ A(t) est continue pour la norme usuelle k · kY →X de B(Y, X), il s’ensuit que :
kA(t) − An (t)kY →X → 0, quand n → ∞, (V.3.3)
uniformément en t ∈ [0, T ], d’après la définition de An (t) et par les conditions du théorème il en
résulte que pour n > 1, (An (t))t∈[0,T ] est une famille stable sur X avec les constantes de stabilité
M et ω et (A en (t))t∈[0,T ] est une famille stable sur Y avec les constantes de stabilité M
f et ω
e.
Définissons une famille à deux paramètres Un (t, s), 0 6 s 6 t 6 T par :
n n

 Stnj (t − s), tj 6 s 6 t 6 tj+1


(V.3.4)
" k−1 #
Un (t, s) =
 
n
Y T
 S tn (t − t )
k Stn Stnj (tnl+1 − s).
k j
n


j=l+1

pour k > l, tnk 6 t 6 tnk+1 , tnl 6 s 6 tnl+1 .


Alors Un (t, s) est un système d’évolution, i.e.,
Un (s, s) = I, Un (t, s) = Un (t, r)Un (r, s) pour 0 6 s 6 r 6 t 6 T, (V.3.5)

Mémoire de Master 72 Salah-Eddine CHORFI


V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique

et
(t, s) −→ Un (t, s) est fortement continue sur 0 6 s 6 t 6 T. (V.3.6)
Par le théorème V.2.1, il vient que :

kUn (t, s)k 6 M eω(t−s) pour 0 6 s 6 t 6 T, (V.3.7)

et par (H2 ) on a
Un (t, s)Y ⊂ Y pour 0 6 s 6 t 6 T, (V.3.8)
Puisque D(A(t)) ⊃ Y pour t ∈ [0, T ], la définition de Un (t, s) entraı̂ne que pour v ∈ Y :

Un (t, s)v = An (t)Un (t, s)v, (V.3.9)
∂t
pour t 6= tnj , j = 0, 1, . . . , n, et

Un (t, s)v = −Un (t, s)An (s)v, (V.3.10)
∂s
pour s 6= tnj , j = 0, 1, . . . , n.
De plus, (H2 ) et le théorème V.2.1 entraı̂nent que :
feωe (t−s) pour 0 6 s 6 t 6 T,
kUn (t, s)k 6 M (V.3.11)

Soit v ∈ Y , considérons l’application ϕ : r 7−→ Un (t, r)Um (r, s)v.


Par (V.3.9) et (V.3.10), il en résulte que φ est différentiable en r, s 6 r 6 t, sauf en un nombre
fini de points r, et on a
Z t

Un (t, s)v − Um (t, s)v = − Un (t, r)Um (r, s)v dr (V.3.12)
s ∂r
Z t
= Un (t, r)(An (r) − Am (r))Um (r, s)vdr. (V.3.13)
s

Posons γ = max(ω, ω e ), Alors (V.3.13) implique que :


Z t
γ(t−s)
kUn (t, s)v − Um (t, s)vk 6 M M e
f kvkY kAn (r) − Am (r)kY →X dr, (V.3.14)
s

Par (V.3.14) et (V.3.3), Un (t, s)v converge dans X uniformément en 0 6 s 6 t 6 T , quand


n → ∞. Or Y est dense dans X, ceci avec (V.3.7) impliquent que Un (t, s) converge fortement dans
X, uniformément sur 0 6 s 6 t 6 T , quand n → ∞. Soit :

U (t, s)x = lim Un (t, s)x, pour x ∈ X, 0 6 s 6 t 6 T, (V.3.15)


n→∞

Par (V.3.5) et (V.3.6), il est clair que U (t, s) est un système d’évolution sur X, et par (V.3.7) il
s’ensuit que (E1 ) est versifiée.
Pour montrer (E2 ) et (E3 ) considérons l’application ψ : r 7−→ Un (t, r)Sτ (r − s)v pour v ∈ Y .
ψ est différentiable sauf en un nombre fini des points r, et on a
Z t

Un (t, s)v − Sτ (t − s)v = − Un (t, r)Sτ (r − s)v dr (V.3.16)
s ∂r
Z t
= Un (t, r)(An (r) − A(τ ))Sτ (r − s)v dr. (V.3.17)
s

Mémoire de Master 73 Salah-Eddine CHORFI


Chapitre V : Équations d’évolution

Par suite
Z t
feγ(t−s) kvkY
kUn (t, s)v − Sτ (t − s)vk 6 M M kAn (r) − A(τ )kY →X dr.
s

Par passage à la limite quand n → ∞ on trouve :


Z t
γ(t−s)
kU (t, s)v − Sτ (t − s)vk 6 M M
fe kvkY kA(r) − A(τ )kY →X dr, (V.3.18)
s

En prenant τ = s dans (V.3.18), en devisant par t − s > 0, et en faisant tendre t ↓ s on trouve :


1
lim sup kU (t, s)v − Ss (t − s)vk = 0, (V.3.19)
t↓s t−s

où on a utilisé la continuité de t 7−→ A(t) pour la norme usuelle de B(Y, X). Puisque t 7−→ Ss (t−s)v
est différentiable à droite en t = s, il s’ensuit par (V.3.19) que U (t, s)v est aussi différentiable et
ses dérivées à droite en t = s sont les mêmes. D’où (E2 ).
En prenant τ = t dans (V.3.18), en devisant par t − s > 0, et en faisant tendre t ↑ s on trouve :
1
lim sup kU (t, s)v − St (t − s)vk = 0. (V.3.20)
t↑s t−s
Ce qui implique que :
∂−


U (t, s)v = −A(t)v. (V.3.21)
∂s s=t
Pour s < t, (E2 ) et la continuité forte de U (t, s) dans X impliquent que :
∂+ 1
U (t, s)v = lim [U (t, s + h)v − U (t, s)v] (V.3.22)
∂s h↓0 h
v − U (s + h, s)v
= lim U (t, s + h) (V.3.23)
h↓0 h
= −U (t, s)A(s)v, (V.3.24)

et pour s 6 t on a par (V.3.21) :


∂− 1
U (t, s)v = lim [U (t, s)v − U (t, s − h)v] (V.3.25)
∂s h↓0 h
v − U (s, s − h)v
= lim U (t, s) (V.3.26)
h↓0 h
= −U (t, s)A(s)v. (V.3.27)

Les égalités (V.3.24) et (V.3.27) montrent que U (t, s) satisfait (E3 ).


Il reste à montrer que U (t, s), 0 6 s 6 t 6 T , est l’unique système d’évolution vérifiant
(E1 ), (E2 ), (E3 ).
Supposons que V (t, s) est un autre système d’évolution vérifiant (E1 ) − (E3 ).
Pour v ∈ Y considérons la fonction χ : r 7−→ V (t, r)Un (r, s)v. Puisque V (t, s) vérifie (E3 ) il vient
alors de la construction de Un (t, s) que χ est différentiable sauf en un nombre fini de points r.
En intégrant ses dérivées on trouve :
Z t
V (t, s)v − Un (t, s)v = V (t, r)(A(r) − An (r))Un (r, s)dr.
s

Mémoire de Master 74 Salah-Eddine CHORFI


V.3 Un système d’évolution dans le cas hyperbolique

Par suite :
Z t
feγ(t−s) kvkY
kV (t, s)v − Un (t, s)vk 6 M M kA(r) − An (r)kY →X dr. (V.3.28)
s

En faisant n → ∞ dans (V.3.28) et en utilisant (V.3.3) on obtient V (t, s)v = U (t, s)v pour tout
v ∈ Y . Puisque Y est dense dans X et, U (t, s) et V (t, s) vérifient (E1 ), alors U (t, s) = V (t, s).

Mémoire de Master 75 Salah-Eddine CHORFI


Conclusion

Ce travail est une étude sommaire des outils mathématiques in-


tervenant dans la théorie des semi-groupes et ses applications dans le
cadre des équations différentielles ordinaires et aux dérivées partielles.
Ce qui a consisté d’abord, à introduire et étudier les notions fondamen-
tales de la théorie, et d’obtenir ainsi des résultats généraux et un bagage
mathématique utile dans différents domaines.

Comme application, on traite en détails le problème abstrait de


Cauchy et quelques équations d’évolution qui sont au fond de l’un des
domaines les plus fertiles de la recherche mathématique actuelle, en don-
nant quelques applications illustratives à quelques équations aux dérivées
partielles classiques.

76
Intégrale de Bochner et L’espace
Lp(a, b; X)

Dans cet annexe, nous donnons une brève introduction de l’intégrabilité au sens de Bochner
des fonctions définies sur un intervalle, à valeurs vectorielles. Pour une étude complète et détaillée,
nous renvoyons à J. Diestel and J. J. Uhl, Jr., Vector measures [DU’78], pag. 41.
La construction de l’intégrale est analogue au cas scalaire. Cependant, il faut faire attention aux
problèmes de séparabilité.

Soit X un espace de Banach et −∞ < a < b < +∞.


D’abord, rappelons que si Y est un e.v. normé et M ⊂ Y , alors la tribu borélienne BM est la tribu
engendrée par les ouverts de M .
On dénote la tribu borélienne sur [a, b] par B[a,b] , la mesure de Lebesgue par dt et la mesure d’un
ensemble mesurable E ∈ B[a,b] par µ(E).
Pour E ∈ B[a,b] , si f : E −→ Y est mesurable (par rapport aux tribus boréliennes B[a,b] et BX )
alors kf k est aussi mesurable, où kf k(x) := kf (x)k, pour x ∈ E.

Une fonction f : [a, b] −→ X est dite simple s’il existe des ensembles E1 , E2 , . . . , Em ∈ B[a,b]
mesurables et x1 , x2 , . . . , xm ∈ X tels que :
m
X
f (t) = χEi (t)xi , ∀t ∈ [a, b].
i=1

Notons que les fonctions simples sont mesurables, et par définition, l’intégrale de Bochner d’une
Pm
fonction simple f = χEi xi est :
i=1

Z b m
X
f (t) dt := µ(Ei )xi ∈ X.
a i=1

et que cet intégrale ne dépend pas de la représentation de la fonction simple f .


Une fonction f : [a, b] −→ X est dite fortement mesurable s’il existe une suite de fonctions simples
fk ,
fk : [a, b] −→ X, telle que :
fk −→ f, p.p sur [a, b].
k→∞

77
Chapitre : Intégrale de Bochner et L’espace Lp (a, b; X)

Une fonction f : [a, b] −→ X fortement mesurable est dite intégrable (au sens de Bochner) s’il
existe une suite de fonctions simples fk , fk : [a, b] −→ X, telle que :
Z b
lim kf − fk k dt = 0.
k a

Dans ce cas, on définit : Z b Z b


f (t) dt := lim fk (t) dt.
a k a

Théorème .0.2 (Bochner)


Une fonction f : [a, b] −→ X fortement mesurable est intégrable si, et seulement si kf k ∈ L1 (a, b).

L’intégrale de Bochner est linéaire et elle vérifie les propriétés classiques de l’intégrale comme
l’inégalité triangulaire, la relation de Chasles, . . . , etc.

Pour 1 6 p 6 ∞, posons :

Lp (a, b; X) = {f : [a, b] −→ X intégrable telle que kf k ∈ Lp (a, b)} .

Comme dans le cas scalaire, nous ne faisons pas la distinction entre deux fonctions égales presque
par tout. Muni de la norme :
Z b 1/p
p
kf kLp (a,b;X) = kf k dt , si p < ∞,
a

et
kf kL∞ (a,b;X) = inf {C : kf (t)k 6 C, p.p sur [a, b]} , si p = ∞,
l’espace Lp (a, b; X) est un espace de Banach.

Mémoire de Master 78 Salah-Eddine CHORFI


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Mémoire de Master 80 Salah-Eddine CHORFI

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