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Courte histoire de la chanson française de la deuxième moitié de XXe siècle1

L’expression « chanson française » désigne depuis 1945 un genre musical à part qui se
définit d'abord par la mise en valeur de la langue française, avec la référence à des maîtres et
modèles hérités de la littérature poétique française et par opposition aux - ou par différenciation
avec – les formes dominantes (anglo-saxonnes) de l’industrie musicale. Cette période est
marquée, du point de vue artistique, de nombreux paramètres technologiques et économiques qui
ont changé la création, la diffusion et l’écoute de la chanson.
Nous allons présenter en grandes lignes les caractéristiques de ce genre au long du
temps, les représentants et quelques titres de leur répertoire.

Les années ’50


Les créateurs mettaient en musique les poèmes de guerre et ils adaptaient les textes des
grands poètes du siècle passé comme Verlaine, Rimbaud ; d’ailleurs, la plupart des compositeurs
étaient eux-mêmes poètes. Deux tendances sont remarquables à la chanson française de cette
période : la première est la floraison des auteurs-compositeurs-interprètes ; la deuxième est la
dimension autobiographique dans les répertoires des chanteurs (le succès d’Édith Piaf s’explique
aussi par le fait que les épisodes tragiques de sa vie trouvent écho dans ses textes). Le rythme
prédominant est celui de la java et du jazz.
Les représentants de la chanson française des années ’50 sont : Charles Trenet (1913-
2001) – considéré son père fondateur (La mer, Douce France), Yves Montand (1921-1991) –
Les feuilles mortes, Paris canaille, Édith Piaf (1915-1963) – La vie en rose, La foule, Padam,
padam, L’accordéoniste, etc. La génération relais est représentée par : Charles Aznavour (1924-
…) – Hier encore, Désormais, Emmenez-moi, Sur ma vie ; Barbara (1930-1997), de son vrai
nom Monique Andrée Serf – Liberté, Les voyages, Ma plus histoire d’amour ; Georges Brassens
(1921-1981) – La mauvaise réputation, Le vent ; Jacques Brel (1929-1978) – Quand on n’a que
l’amour, Ne me quitte pas, Il pleut, Orly ; Léo Ferré (1916-1993) – Je t’aime tant, La tristesse,
Avec le temps; Jean Ferrat (1930-2010) – Maria, La montagne ; Gilbert Bécaud (1927-2001) –

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Les informations concernant l’histoire de la chanson française et ses représentants seront parcourues en classe par
les apprenants sous l’attention de l’enseignant qui expliquera aussi les mots inconnus. Après la lecture intégrale de
ces informations et les explications supplémentaires du professeur, celui-ci distribuera aux élèves des fiches
informatives qu’ils attacheront dans le portefeuille où ils ajouteront tous les autres documents exploités par
l’ intermédiaire des activités développées au cadre du cours à options.

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Contre vous, Désiré ; Serge Gainsbourg (1928-1991) – Elisa, Je t’aime ; Claude Naugaro (1929-
2004) – Le jazz et la java, Tu verras, Assez, etc.

Les années ‘60


Il s’agit d’une révolution musicale sous le signe du rock et des textes « yé-yé » pour
lesquels le texte perd toute sa netteté. On constate la naissance d’une musique de type
générationnel grâce au développement d’une société de communication. Les chanteurs
commencent avec le rock ou la pop mais la musique régionale est revitalisée et les variétés
prennent un essor considérable. Une multitude de styles coexistent et chaque chanteur trouve son
public.
Les représentants de la chanson française des années ’60 sont : Charles Aznavour,
Barbara, Serge Gainsbourg, Léo Ferré et encore Johnny Halliday (1943- …) – J’étais fou, Ma
guitare, Belle ; Sylvie Vartan (1944- …) – Moi, C’est fatal ; Jacques Dutronc (1943- …) – La
Seine, Et moi, et moi, et moi, Il est cinq heures-Paris s’éveille ; Dalida (1933-1987) – Paroles
paroles (duo avec Alain Delon), Il venait d’avoir dix-huit ans, Parlez-moi de lui, Je suis
malade ; Françoise Hardy (1945- …) – Viens-là, Le danger  ; Claude François (1939-1978) –
Comme d’habitude, Même si tu revenais ; Christophe (1945- …) – Aline, Les mots bleus ;
Richard Antony (1938- …) – Et après, Les ballons, À toi de choisir, dis-lui que je l’aime ;
Mireille Mathieu (1946- …) – Mon crédo, Chanter, Une femme amoureuse ; Salvatore Adamo
(1943- …) – Tombe la neige, Va mon bateau ; Serge Lama (1943- …) – Sans toi, J’espère, Je
t’aime à la folie ; France Gall (1947- …) – Ella, elle a, Je l’aimais, Poupée de cire, poupée de
son (avec lequel France a gagné le grand prix au concours Eurovision en 1965) ; Enrico Macias
(1938- …) – Mon ami, mon frère, La femme de mon ami ; Eddy Mitchell (1942- …), de son vrai
nom Claude Moine – La dernière séance, J’ai oublié de l’oublier, Dans la peau d’un autre ;
Serge Reggiani (1922-2004) – Ma fille, Adèle, Il suffirait de presque rien, etc.

Les années ‘70


C’est la période où la chanson française est déterminée par la musicalité instrumentale,
un contexte nouveau annonçant « la nouvelle chanson française » qui se distingue par un certain
nombre d’éléments : le rôle de la voix dans la composition du personnage de chanteur, l’univers
musical de référence auquel ce personnage est lié, ainsi que l’univers auquel renvoient les textes.

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Le chanteur est devenu un objet esthétique dont la voix, son timbre, son registre, sa dynamique
sont essentiels. Cette décennie  a vu naître un grand nombre d’artistes célèbres dont les chansons
mêlent romantisme, émotion, passion, pays exotiques. On peut y identifier trois courants : la
grande variété sur les radios périphériques, la chanson de révolte et la nouvelle vague.
Les représentants de la chanson française des années ’70 sont : Alain Souchon (1944-
…) – Foule sentimentale, Rive gauche, La ballade de Jim ; Joe Dassin (1938-1980), chanteur
francophone – L’été indien, Champs Élysées, Salut, À toi, Et si tu n’existais pas ; Michel
Polnareff (1944- …) – Lettre à France, Toi et moi, Dans la rue, Je suis un homme ; Laurent
Voulzy (1948- …) – Rockollection, Là où je vais, Le soleil donne, Jeanne, Le pouvoir des fleurs;
Renaud (1952- …) – Adieu Minette, Il pleut, Hexagone, Banlieue rouge ; Daniel Balavoine
(1952-1986) – SOS d’un terrien en détresse, L’Aziza, Le pied sur terre, Mon fils, ma bataille ;
Patrick Juvet (1950- …) – Sans amour, La solitude, Ça c’est Paris ; Daniel Lavoie (1941- …) –
Qui sait, Chanson de la terre, Ils s’aiment ; Michel Berger (1947-1992) – Serais-tu là ?,
Attendre, Tout est possible ; Francis Lalanne (1958- …) – Reste avec moi, Laisse-toi aimer, on
se retrouvera ; Maxime Le Forestier (1949- …) – Cœur de pierre, La petite fugue, Mon frère ;
Georges Moustaki (1934-2013) – Ma solitude, Ma liberté, Le métèque, Il est trop tard ; Anne
Sylvestre (1934- …) – Au bord des larmes, Chanson d’amour à l’inverse, L’éternelle histoire,
etc.
Les théoriciens préoccupés par l’histoire de la chanson française (comme Edgard
Morin) ont considéré ces premières trois décennies de la deuxième moitié du XX e siècle une
période forte dans son évolution marquée par la recherche de l’authenticité et ils l’ont appelée les
« Les Trente Glorieuses »2.

Les années ’80


C’est la décennie disco qui marque un tournant décisif dans la chanson française. Elle
est adossée à des arts visuels et audiovisuels (vidéo, photo, film, bande dessinée), à des formes
qui déterminent des marchés de consommation (la culture de masse). La chanson est promue par
les canaux de la publicité ou du journalisme et diffusée sur des supports commerciaux. Les
artistes emprunteront dans la culture musicale anglaise des instruments (guitare électrique,

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“Les Trente Glorieuses” désignent la période d’après la Deuxième Guerre Mondiale quand la France est dans la
phase de reconstruction, une période de grande prospérité, menée par une forte croissance économique et la
consommation de masse. Elle finit en 1973 avec le choc pétrolier mondial.

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synthétiseurs, saxophone) pour leurs compositions. D’autres caractéristiques : la primauté du
rythme, la subordination de la représentation à l’action, du concept à l’attitude, du mouvement de
l’idée à celui du corps.
Les représentants de la chanson française des années ’80 sont : Jean Jacques Goldman
(1951- …) – Comme toi, Au bout de mes rêves, Les nuits de solitude, Encore un matin, Là-bas ;
Téléphone (groupe de rock français qui a existé entre les années 1976-1986) – Anna, Seul,
Laisse tomber ; Mylène Farmer (1961- …) de son vrai nom Mylène Jeanne Gautier – Libertine,
Alice, Pourvu qu’elles soient douces, Sans contrefaçon, À quoi je sers ; Indochine (groupe de
rock français et dont l’apparition date de 1981) – Justine, Le baiser, L’aventurier,
L’opportuniste, Françoise (Qu’est-ce que t’as pris), J’ai demandé à la lune; Francis Cabrel
(1953- …) – Je l’aime à mourir, Octobre, Presque rien, Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai, Les
passantes ; Desireless (1952- …) – Voyage, voyage, Il dort, Nul ne sait, Laissez aller, Je
voudrais dire ; Marc Lavoine (1962- …) – Même si, Ami, Paris 28, Toi, mon amour, Reviens,
mon amour ; Patricia Kass (1966- …) – Mademoiselle chante le blues, Mon mec à moi, Les
hommes qui passent, Il me dit que je suis belle, Quand j’ai peur de tout, etc.

Les années ’90

On observe dans cette décennie la tendance de citer la chanson française de la grande


période (on va rechercher Brel, Piaf, Brassens) mais aussi l’apparition de la nouvelle chanson
française qui se prononce contre les variétés (elle est marquée par la « Bruelmania »). On voit
l’essor de la musique africaine d’expression française où les paroles indiquent l’origine nationale
et culturelle de la chanson. C’est également la période de la naissance du rap – la chanson
communautaire qui influence toute une génération par la danse, les codes de langage comme le
verlan, l’habillement, les techniques de brouillage et du repiquage musical. La culture du hip-hop
est celle des jeunes des banlieues défavorisées. La chanson devient une forme d’expression d’une
communauté souffrante, l’expression de la révolte, du combat qui passe par la musique pour
dénoncer l’inacceptable. Le rap français est un rap militant et engagé. Le rappeur, fin rythmicien
qui fait danser les mots, raconte et décrit la réalité, apostrophe son public, lance des
imprécations, toute la société y est convoquée.

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Les représentants de la chanson française des années ’90 sont : Patrick Bruel (1959- …)
– Lettre au Père Noël, Mon amant de St. Jean, Paris je t’aime d’amour, Lequel de nous, J’te
mentirais, Qui a le droit, Le premier rendez-vous ; Céline Dion (1968- …), chanteuse
francophone – Pour que tu m’aimes encore, Le blues du businessman, Ne partez pas sans moi
(avec laquelle elle a remporté le grand prix au concours Eurovision en 1998), On ne change pas,
Parler à mon père, S’il suffisait d’aimer ; Vanessa Paradis (1972- …) – Joe le taxi, La mélodie,
Les piles, Pourtant, Il y a, Encore ; François Feldman (1958- …) – Les valses de Vienne, Tombé
d’amour ; Hélène Ségara (1971- …) – Encore une fois, Elle, tu l’aimes, On ne dit pas, Vivre, La
chanson des Restos ; La Grande Sophie (1969- …) – Pour toi, La valse des adieux, On savait
devenir grand, Où que tu ailles ; Lara Fabian (1970- …), chanteuse francophone – Je t’aime, La
lettre, Il ne manquait que toi, Soleil, soleil, J’y crois encore, Immortelle, Tu es mon autre ;
Patrick Fiori (1969- …) – Il paraît, Quatre mots sur un piano, Marseille, Depuis toi, C’est notre
histoire ; Pascal Obispo (1965- …) – Tu vas me manquer, Il faut du temps ; Florent Pagny (1961-
…) – Ma liberté de penser, Là où je t’emmènerai, Chanter, Savoir aimer, etc. 

2. Les nouveaux artistes / groupes d’artistes

La chanson d’expression française d’aujourd’hui se trouve sous le signe d’un métissage


musical au sein duquel des éléments disparates coexistent et se conjuguent dans une nouvelle
cohérence où la nostalgie se mêle à l’ultra-modernisme. La chanson contemporaine renvoie à des
référents comme l’actualité politique, économique, culturelle. La nature de la chanson a évolué
dans le sens que le langage musical et le langage verbal se trouvent pris dans une dynamique qui
donne naissance à quelque chose d’inédit. On parle d’une « nouvelle » nouvelle chanson
française plus pop et plus folk que l’ainée, plus mûre, plus ouverte, plus fluide et mieux
orchestrée. Simultanément on voit apparaître la seconde génération hip-hop qui se définit par une
écriture plus subtile. Le bouleversement de la société affecte aussi la chanson : la crise du disque,
le chargement sur Internet (son pendant) et l’avènement des émissions de variété-réalité à la
télé : (Star Académy, Nouvelle Star, The Voice : la plus belle voix). La génération de cette
deuxième décennie du nouveau siècle est, d’ailleurs, appelée la génération MP3.

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Les représentants de la chanson française de cette période sont toujours ceux qui ont
commencé leur carrière les années précédentes mais aussi beaucoup d’autres : Calogero (né en
1971) – C’est dit, En apesanteur, Un jour au mauvais endroit, Si seulement je pouvais lui
manquer ; Zazie (née en 1964) – Sur toi, Homme sweet homme, Si c’étais moi, J’étais là,
Excuse-moi ; Yannick Noah (né en 1960) – Si tu savais, C’est toi, En attendant, On court, Aux
arbres citoyens ; Bénabar (né en 1969) – Vélo, Dis-lui oui, Quatre murs et un toit, Le dîner,
L’effet papillon ; Natasha St. Pier (née en 1981) – Il ne savait pas, De nous, Un, deux, trois,
L’instinct de survie, Je te souhaite, Mourir demain (duo avec Pascal Obispo) ; Garou (né en
1972), chanteur francophone de son vrai nom Pierre Garand – Belle, Adieu, Gitan, Seul, Sous le
vent (duo avec Céline Dion), Je n’attendais que vous, Du vent, des mots ; Zaz (née en 1980), de
son vrai nom Isabelle Geffroy – Je veux, On ira, Éblouie par la nuit, La pluie, Les passants ;
Kaolin (groupe rock apparu en 1999) – Ce matin, Sans importance, Partons vite, Pour le peu,
C’est la vie (avec Dyonisos) ; Grégoire (né en 1979) – Toi plus moi, Danse, La plus belle
maman, Ta main, La promesse ; Christophe Maé (né en 1975) – Maman, Ça fait mal, Tombé
sous la charme, Je veux du bonheur ; Grégory Lemarchal (1983-2007) – De temps en temps, Je
deviens moi, La voix d’un ange, Même si ; Carla Bruni (née en 1967) – Quelqu’un m’a dit,
L’amoureuse, L’amour ; Grand Corps Malade (né en 1967), de son vrai nom Fabien Marsaud –
Comme une évidence, Quatre saisons, Définitivement, Midi 20, Au théâtre, Funambule ; Diam’s
(née en 1980) – Jeune demoiselle, Confessions nocturnes, Ma souffrance ; MC Solaar (né en
1969), de son vrai nom Claude M’Barali – Caroline, Gangster Moderne ; Soprano (né en 1979)
– La colombe et le corbeau, Ils nous connaissent ; Zaho (née en 1980) – Je te promets, Tourner
la page, C’est chelou ; Indila (née en 1984) – Dernière danse, Tourner dans le vide, S.O.S ;
Stromae (né en 1985), chanteur francophone – Alors on danse, Papaoutai, Formidable, Quand
c’est ; Amel Bent (née en 1985) – Ma philosophie, Regarde-nous, Où je vais, etc. 

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