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F R A N C E A M E R I Q U E L AT I N E M A G A Z I N E

FAL MAG N°93


2ème trimestre 2008
4,00 euros

DETTE:
QUI DOIT PAYER ?
EN IMAGES
ACTUALITÉS

RESEAU

BOLIVIE PEROU ENLAZANDO ALTERNATIVAS


Violences contre « Le peuple du lac » Titicaca Succès du Sommet des
paysans indigènes Peuples à Lima
ASSOCIATION FRANCE AMERIQUE LATINE
Amitié-Découverte-Solidarité
avec les peuples d’Amérique Latine
et de la Caraïbe
Association de solidarité internationale, France Amérique Latine (FAL) travaille depuis plus de
35 ans à dénoncer les atteintes aux droits humains en Amérique latine et Caraïbe (ALC), et à construire
une réflexion nouvelle sur les alternatives au développement néo-libéral. Notre association s’efforce de
faire connaître la culture des peuples d’Amérique latine et de la Caraïbe, dans toutes leurs composantes,
leurs différences, leurs espoirs et leurs élans novateurs. C’est en faisant connaître leurs combats et leurs
succès dans la défense des droits humains et de la démocratie, pour le développement économique et
le progrès social, que nous leur manifestons notre solidarité. Nous agissons sous la forme d’appels, de
pétitions, de manifestations, d’interventions directes auprès des ambassades et des gouvernements. FAL
organise régulièrement des conférences-débats, des colloques, des rencontres avec des militants latino-
américains, des expositions thématiques, des projections de films.

Essence même de la création de notre organisation, un travail en réseau permanent est


incontournable pour se faire entendre sur la scène politique internationale. FAL est membre du
CNAJEP (Comité pour les relations Nationales et internationales des Associations de Jeunesse
et d’Education Populaire), d’ATTAC, du CRID (Comité de Recherhe et d’Information sur le
Développement), du CAL (Collectif pour l’Amérique latine et la Caraïbe), de l’ACME (Association
pour le Contrat Mondial de l’Eau), du Collectif Haïti de France, du Collectif Guatemala, entre
autres.
Pour être membre de FAL, il suffit de vouloir connaître,
faire connaître et soutenir les peuples d’Amérique latine et de la Caraïbe !!!

L
E S PAGNO
S ON
TIO NNER
PE RFEC 2 heures de discussion en espagnol
Tous les jeudis de 18h30 à 20h30 à France Amérique Latine, Paris

Prendre de l’aisance à l’oral, perfectionner son apprentissage de la langue


espagnole : France Amérique Latine propose toutes les semaines deux heures de
discussions en groupe animées par un professeur hispanophone.

France Amérique Latine : 37, Boulevard Saint Jacques 75014 Paris


Tél : (33) 1 45 88 20 00 Fax : (33)1 45 65 20 87
www.franceameriquelatine.org

FAL Mag est une revue publiée par l'association France Amérique Latine
Directeur de Publication : Fabien Cohen Azam, Anna Bednik, Comité FAL 33, Anaïs Le- Impression : Imprimerie Desbouis Grésil S.A.S.
grand, Anne-Marie Lustin, Jean Ortiz, Lucía ZIC du Bac d’Ablon 10-12 rue Mercure
Rédactrice en chef : Coralie Crivillé Sepúlveda Ruiz, Frédéric Thomas. 91230 Montgeron
Tél. : 01.69.83.44.66; idg@desbouis-gresil.fr
Comité de rédaction : Renata Molina, Luc Comité de traduction : Luc Brossard, Colette
Brossard, Danièle Coll-Figueras, Michel Dona- Casado, Nathalie Charles, Danièle Coll, Sylvie Diffusion : Départ Presse,
bin, Michel Forgeon, Franck Gaudichaud, Pa- Favier, Michel Forgeon, Patrice Issartelle, Gloria Tél. : (33) 1 43 03 17 17, fichier@departpresse.fr
trice Issartelle, Braulio Moro, Jean Marie Paoli, Verges, Baudoin Vidalin.
Valérie Techer, Gloria Verges.
Maquette : Coralie Crivillé Couverture : « Cuando algunos sonríen otros
Ont participé à ce numéro : Association d’Ex tristes están » (Quand certains sourient, d’autres
prisonniers Politiques Chiliens, Geneviève ISSN : 1957-6668 CPPAP : 0111 G 87915 sont tristes), par Bruno Ciampi.
EDITORIAL

« LA MÉMOIRE NE SE REND PAS, LA MÉMOIRE FAIT SON TRAVAIL »

Du 13 au 16 mai 2008, Lima accueillait le Sommet des Peuples, organisé par le réseau bi con-
tinental Enlazando Alternativas face au Sommet ALC UE, réunissant Chefs d’Etats et des gou-
vernements d’Amérique Latine, de la Caraïbe et de l’Union européenne.
Pour cette troisième édition, Enlazando Alternativas 3, rassemblait organisations sociales, po-
litiques et populaires, de travailleurs, de migrants, de communautés paysannes et indigènes,
de mouvements de femmes, de jeunes et de mouvements syndicaux d’Amérique Latine, de
la Caraïbe et d’Europe, qui ont répondu présentes, malgré les grandes difficultés posées par le
gouvernement péruvien d’Alan Garcia. Quinze jours avant le rassemblement, rien ne garan-
tissait le bon déroulement de l’expression démocratique des peuples.
Plus de 15 000 participants ont pourtant fait le déplacement pour participer à la réflexion
collective, autour d’une intégration pensée « par et pour les peuples ». Six membres de France
Amérique Latine ont notamment animé plusieurs ateliers thématiques.

Le Tribunal Permanent des Peuples (TPP) - point d’orgue du Sommet - a effectué un saut
qualitatif indéniable depuis la première session de Vienne (Autriche) en 2006. Cette seconde
édition, qui avait pour finalité la mise en accusation de vingt transnationales européennes
(dont deux françaises, Veolia et Suez) en Amérique latine et Caraïbe pour les conséquences
sociales et environnementales de leurs activités, a entendu près de 24 cas de violations de
droits de l’homme en l’espace de deux jours.
Parmi les multinationales accusées présentes au Pérou, figuraient l’entreprise d’exploitation
minière Rio Blanco Copper (Majaz), la firme agroalimentaire norvégienne Camposol (Dyer), et
le groupe agrochimique allemand Bayer, accusé d’avoir empoisonné 44 enfants de la région
de Cuzco, dont 24 sont décédés après avoir ingéré un aliment contenant l’un de ses produits
insecticides.

En France aussi, le mois de mai se voulait riche. En effet, du 19 au 23 mai 2008, la Cour d’Assi-
ses de Paris devait être le théâtre du procès contre 15 des hauts responsables de la dictature
chilienne, pour la disparition et actes de tortures à l’encontre de quatre militants français de
gauche (Alfonso Chanfreau, Jean Yves Claudet, Georges Klein, Etienne Pesle). Quelques jours
avant l’ouverture de ce procès emblématique, historique et symbolique, le Parquet annonçait
par un communiqué le report de ce dernier, en raison de difficultés relatives aux citations
diffusées dans plusieurs pays étrangers. Quelle frustration fut la nôtre ! Nous attendions ce
procès depuis des années, pour ne pas dire des décennies.
Ce procès permettra de mettre publiquement en évidence les mécanismes de répression et
la mise en lumières des années noires de la dictature du Général Pinochet.
Mais la soirée d’information du 19 mai, dans l’Hémicycle du Conseil Régional d’Ile de France,
organisée par FAL et l’association d’Ex Prisonniers Politiques Chiliens – France (AEXPPCH),
avec le soutien de la vice présidence chargée de la démocratie régionale en Ile de France, a
permis de redonner une dynamique à la mobilisation future de ce procès.
Ce n’est que partie remise, FAL sera prête, nous serons prêts ! Pour accompagner les familles
des victimes, pour donner enfin un tombeau aux victimes, pour réclamer Vérité et Justice.

« La mémoire ne se rend pas, la mémoire fait son travail », avais-je dis, en 2004, lors d’un hom-
mage aux victimes du Coup d’Etat chilien de 1973. C’est toujours vrai.

Sur tous les fronts, France Amérique Latine poursuivra inlassablement son devoir de
mémoire.
Renata Molina
Chargée de projets à FAL

3
SOMMAIRE EN IMAGES
Pérou :
Les îles flottantes du « peuple
du lac » Titicaca

LE POINT SUR P. 23
Par Jean Ortiz : Lettre à La Havane p. 5

ACTUALITES

Dictature chilienne : Quatre disparus emblématiques dans un procès symbolique p. 6

Droits de l’homme : Le gouvernement chilien interpellé p. 8

Humiliation publique en Bolivie : Paysans indigènes violentés p.11

RESEAU BI REGIONAL

Enlazando alternativas 3 : Succès du Sommet des Peuples à Lima p.26

CULTURE(S) p. 29

VIE ASSOCIATIVE

FAL Bordeaux Gironde : Promouvoir le cinéma latino-américain p.30

DOSSIER P. 12
DETTE : QUI DOIT PAYER ?

Tour d’horizon p. 13

« Nous ne devons rien, nous ne paierons rien » p. 14

Institutions Financières Internationales mises à mal p.17

De nouvelles banques alternatives p. 19

Bio-piraterie et dette écologique p. 20

Ayiti et sa dette odieuse p. 22


LE POINT SUR

LETTRE DE LA HAVANE
PAR JEAN ORTIZ
Jean Ortiz, originaire du Tarn, est
historien, maître de conférences
à l’université de Pau. Il a réalisé pour la fin 2009. Il n’en a pas tenu depuis plus de 10
de nombreux films et son dernier ans. Les principaux changements me paraissent avoir
livre est un ouvrage collectif uni-
lieu dans une période où le secteur agricole est par-
versitaire, « Che plus que jamais »,
ticulièrement déprimé. La courbe récessive s’est déjà
© D.R.

publié en 2007.
inversée en 2007. Le taux de croissance (environ 12%)
témoigne d’un début de récupération économique,
et ce, malgré les nouvelles sanctions américaines. Les
I maginons un pays où un habitant sur deux parti-
cipe à un vaste débat national, stimulé pas les auto-
rités; où chacun exprime ses doléances, ses besoins,
investissements étrangers, notamment par le biais
des entreprises mixtes et du tourisme, restent régu-
ses frustrations. Imaginons un pays qui devait s’effon- lés par la puissance publique. Malgré les 2 300 000
drer après la disparition d’un leader sur lequel, nous touristes, 75% de la population active travaille dans le
expliquait-on, reposait tout le processus révolution- secteur de l’Etat. Après le recentrage économique et
naire. Fidel a délégué ses pouvoirs, depuis juillet 2006, la fermeture de la moitié des centrales sucrières, une
sans cataclysme. Imaginons un petit pays à qui la plus économie de services et de la connaissance cherche
grande puissance mondiale ne pardonne pas d’exis- à se mettre en place. L’île apporte aussi une aide mé-
ter et d’avoir été le premier laboratoire du so- dicale à 70 pays et consacre 19,4% de son budget à
cialisme en Amérique latine. Je rentre de Cuba l’éducation.
où « la révolution » dure, au milieu de difficultés
colossales, justement parce qu’elle a pour acteur Malgré les avancées, les conséquences de la « double
principal la population. Une population qui exige des économie », la double monnaie, restent la principale
changements rapides et souhaite, ma- source de mécontentement populaire.
joritairement, qu’ils s’inscrivent dans le Cela renforce les frustrations et des zo-
système issu de 1959. L’adhésion n’est « Le taux de croissance nes de marginalité, tout comme l’élar-
pas aussi massive que dans les années (environ 12%) gissement récent, en pesos convertibles,
1960-1970, mais elle reste forte et sur- témoigne d’un début de l’accès aux équipements électromé-
tout critique. Depuis la fin février 2008, de récupération nagers et vidéos. Conscient des dan-
alors que les médias-mensonges prédi- économique, et ce, gers, le gouvernement a mis en œuvre
saient la catastrophe, Raúl Castro, dirige malgré les nouvelles des « programmes sociaux » d’aide aux
désormais le travail collégial d’une équi- sanctions américaines » plus faibles. En peu de temps, le salaire
pe composée de dirigeants de la « vieille moyen a doublé (409 pesos, soit 17 CUC).
garde » et de plus jeunes, comme Carlos Et les droits de l’homme ? Le 29 février
Lage. De son repos forcé, le « compañero Fidel » parti- 2008, Amnesty International a salué l’adhésion de
cipe à « la bataille des idées ». La transition continue, Cuba à deux pactes des Nations Unies sur les droits
depuis 1959, sans rupture historique. de l’homme. Le rapport 2007 d’Amnesty recense 69
« prisonniers d’opinion », la plupart d’entre eux in-
La nouvelle équipe s’attache à introduire « des chan- culpés « pour avoir reçu des fonds du gouvernement
gements structurels et de concept ». Raúl Castro gou- américain pour des activités perçues par les autorités
verne plus discrètement que Fidel, mais avec réalis- cubaines comme subversives ». Dans un tel climat, la
me et efficacité. Il semble vouloir reprendre le cours nécessaire unité nationale tend à limiter la confronta-
des remises en cause de 1986-87 contre « l’ennemi tion des idées, alors même que le parti est confronté
intérieur », à savoir la bureaucratie, l’inefficacité éco- au pluralisme social, culturel, idéologique… Au même
nomique, les inégalités… La grande question de- moment, le pro-consul Caleb Mc Carry, désigné par
meure celle de la recherche d’une voie économique Bush pour « coordonner la transition cubaine », doté
endogène, qui permette d’augmenter la production d’un budget de 45,7 millions de dollars pour 2008,
et d’obtenir des résultats aptes à répondre aux in- prône le resserrement du blocus et prépare le réta-
satisfactions populaires. C’est sans doute l’une des blissement de l’économie « de marché ». Et l’Union
raisons qui a poussé le PCC à convoquer un congrès Européenne, brave fille, s’aligne sur le suzerain…

5
ACTUALITES

PROCÈS EN FRANCE DE LA DICTATURE CHILIENNE

QUATRE DISPARUS EMBLEMATIQUES CHILI

DANS UN PROCES SYMBOLIQUE


Il a été dit à propos du jugement de la dictature chilienne qui devait avoir lieu
du 19 au 23 mai prochain à la Cour d’Assises de Paris, qu’il s’agissait d’un pro-
cès « emblématique ». Ce n’est pas tant le procès en lui-même qui est emblé-
matique que les cas des quatre victimes de la dictature, qui, dans leur variété
de circonstances ont obligé l’instruction à prendre en compte presque tous les
faits majeurs ou les principales caractéristiques de la féroce répression exer-
cée par la Dictature, principalement du fait des forces armées et d’organismes
spécialisés, mais aussi de civils qui ont collaboré avec eux.

C ertes le procès sera avant tout celui des


bourreaux de quatre franco-chiliens arrê-
tés, torturés puis « disparus », mais dans l’esprit
(Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) et
les autres au PS (Parti Socialiste).

de leurs Familles comme dans l’ensemble des Indépendamment de toutes les informations
situations et faits qui seront évoqués concer- collectées, il est important de savoir qu’il y a
nant les victimes ou lors des témoignages des documents officiels chiliens que plus per-
des « grands témoins », ce sera l’ensemble des sonne ne conteste, les Rapports Rettig et Va-
victimes de la dictature à qui l’on fera généri- lech qui décrivent avec une trop cruelle pré-
quement et symboliquement justice. Symbo- cision, sur la base de milliers de témoignages
liquement, car les accusés ne reconnaissant concordants, le contexte et les méthodes de
pas la juridiction française, c’est bien pratique, répression. On peut trouver ces 2 rapports
et ne se présentant pas, ce serait dangereux, en espagnol sur Internet (Pour l’Informe Ret-
ne subiront comme seule peine –en dehors tig de février 1991, qui reconnaît 2296 morts
de leur condamnation- que l’impossibilité de ou disparus sous la dictature sur un total de
sortir du Chili sous peine d’être arrêtés par In- 3550 plaintes, on peut télécharger les 3 volu-
terpol. Signalons que ces quatre « disparus » mes en format pdf; pour l’Informe Valech de
appartenaient pour deux d’entre eux au MIR novembre 2004 qui reconnaît plus de 27000
© D.R.

Jean-Yves Claudet Alfonso Chanfreau Etienne Pesle Jorge Klein

6
En Bref

PARAGUAY : VICTOIRE HISTORIQUE DE


«L’EVÊQUE DES PAUVRES»
personnes torturées, on obtient également les
chapitres en format pdf ). Avec un peu plus de 40% des votes, Fernan-
do Lugo ancien évêque à la tête de l’APC
Si l’on considère les faits ayant menés à la dis- (Alianza Patriotica por el Cambio) a mis fin
parition de Georges Klein, arrêté à la Moneda à plus de 60 ans de règne du Parti Colora-
le jour du Coup d’état, et à celle d’Etienne Pesle, do. Son militantisme politique l’a conduit à
arrêté le 19 septembre à Temuco, on se trouve rompre avec la hiérarchie catholique ; après
dans la situation des premières semaines de 35 ans de charges ecclésiastiques, il renon-
répression, très brutale, pas toujours faite avec ce en décembre 2006 à sa charge d’arche-
discernement, et destinée à faire comprendre à vêque.
tous que ce n’était pas une plaisanterie. L’opé- Le succès de Lugo est dû principalement a
ration « Caravane de la Mort » qui a exécuté 72 une mobilisation sans précédent d’associa-
prisonniers dont certains avaient été condam- tions sociales, syndicales et paysannes mais
nés à de simples peines de prison, sans autre aussi au regroupement de plusieurs partis
critère que jeter l’épouvante, est significative politiques d’opposition très divers dont le
des méthodes employées. Il se trouve aussi que parti libéral.
ces deux cas se situent dans les deux endroits Lugo devra lutter contre une administration
qui ont connu le plus d’emprisonnements au corrompue, des forces conservatrices pro-
début de la junte : Santiago et Maquehue, base fondément ancrées dans la société, le poids
de l’armée de l’air à Temuco. d’une église opposée à sa candidature, des
forces armées dont la loyauté n’est pas en-
Si l’on s’attarde aux activités d’Etienne Pesle core acquise et un parti libéral fermement
qui a travaillé avec conviction à la réforme opposé à toute réforme agraire.
agraire et à la restitution des terres ancestra-
les aux Mapuche, on voit ensuite toute l’action
menée à l’instigation des anciens latifundis- BÉBÉS VOLÉS EN ARGENTINE : CONDAMNA-
tes contre les fonctionnaires de cette réforme TION DES PARENTS «ADOPTIFS»
agraire et les Mapuche. C’est d’ailleurs le riche
propriétaire Miguel Manriquez, commandant L’Argentine vient de condamner les parents
de la patrouille, qui a arrêté Etienne Pesle, ac- « adoptifs » de Maria Eugenia Sampallo Bar-
compagné d’Emilio Sandoval Poo, encore un ragan ainsi que l’intermédiaire de l’adoption
des plus riches propriétaires de cette région. à des peines allant de 7 à 10 ans de prison.
Les importantes opérations anti-mapuche du Cette dernière, fille de militants communis-
premier mois de la dictature et le nombre im- tes assassinés, est la première des enfants
pressionnant de victimes est à mettre dans le disparus à porter plainte contre ses parents
même chapitre. « adoptifs ». Sur 500 enfants bébés volés, 90
enfants ont aujourd’hui retrouvé leur véri-
Pour les deux autres disparitions qui ont eu table identité.
lieu plus tard, la junte avait mieux « organisé »
la répression et mis en place des organismes
spéciaux à cet effet (DINA, CNI, Condor). Les DICTATURE CHILIENNE :
événements liés à la détention, aux tortures VICTOR JARA ENFIN RECONNU VICTIME
et à la disparition d’Alfonso Chanfreau sont
à lier à la recherche de destruction systéma- Le 3 juin 2008, le juge chilien Juan Fuentes
tique de la force qui posait, au début, le plus Belmar a ré-ouvert l’instruction concernant
de problèmes à la Junte, le MIR. Ce n’est qu’en l’assassinat de Victor Jara grâce à de nombreu-
juillet 74 qu’il est arrêté avec sa femme par la ses manifestations animées par la Fondation
DINA à la recherche de « Emilio ». C’est sur son Victor Jara et suite à la demande officielle de
cas et les circonstances qui y sont liées qu’il y plusieurs députés. Le chanteur, connu pour
ses chansons populaires et révolutionnaires
.../... avait été arrêté, torturé et abattu dans le stade
national de Santiago, quelques jours après le
coup d’Etat de 1973.

7
ACTUALITES

.../...
a le plus d’information. Il sera l’un des 119 dis- chasse aux Miristes ; on l’arrêtera en croyant
parus de l’« opération Colombo » par laquelle la tomber sur « Sotomayor », puis en vérifiant
dictature et ses laquais ont essayé de tromper qu’il s’agissait du courrier du MIR « Daniel ».
le monde entier en montant une opération Mais avec lui ressort toute l’organisation du « plan
d’intelligence tendant à faire croire que les soi- Condor », intégration et coordination des servi-
disant disparus étaient sortis clandestinement ces d’intelligences militaires du cône sud pour
du pays pour aller régler leurs comptes entre la recherche et la répression des révolution-
eux ensuite! En outre, bien qu’aucune preuve naires à partir de fin 1975, dont il sera une des
formelle n’existe à ce sujet, des témoignages premières victimes.
précisent qu’Alfonso aurait été transféré et
torturé à la « Colonia DIGNIDAD ». Association d’Ex Prisonniers Politiques
Reste le cas de Jean-Yves Claudet, qui certes Chiliens en France (AEXPPCH)
est également recherché dans le cadre de la

DROITS DE L’HOMME

LE GOUVERNEMENT CHILIEN
INTERPELLÉ
Le discours de Michelle Bachelet avait enchanté beaucoup de Chiliens atta-
chés aux droits de l’homme. Aujourd’hui, son gouvernement n’arrive pas à
cacher l’aggravation de la tendance à criminaliser les luttes sociales et l’im-
punité face aux assassinats de jeunes mapuches. Dans de nombreux cas, les
carabiniers ont réprimé les manifestations syndicales et se mettent au service
des grandes entreprises forestières ou agroexportatrices. On observe égale-
ment des reculs importants lors des jugements de crimes de la dictature, avec
des sentences dérisoires ou la prescription de délits de lèse-humanité. Il n’y a
de verdicts définitifs que dans très peu de cas, et à peine un tiers des victimes
de la dictature qualifiées dans le Rapport Rettig1 a obtenu le « privilège » qu’on
ouvre une enquête judiciaire.

E n 2008, le jeune mapuche Matías Catrileo


(23 ans) a été criblé de balles dans le dos
lors de la récupération de terres ancestrales
Santiago, René Palma (26 ans) et Johnny Cari-
queo (Mapuche de 20 ans), moururent le 29 et
le 31 mars respectivement, après avoir parti-
survenue le 3 janvier dans le sud du pays. A cipé à une commémoration nommée « Le jour
l’incessante répression des communautés in- du Jeune Combattant ». Le très mauvais suivi
digènes en conflit, s’ajoute la mort de deux de la santé dans les quartiers, joint à la vio-
autres jeunes. Dans des quartiers pauvres de lence policière croissante et à l’utilisation de

* Le Rapport Rettig (remis au président Patricio Aylwin en février 1991) - officiellement appelé « Rapport de la Commission
Nationale Vérité et Réconciliation » - est un enquête sur les violations des droits de l’homme commis sous le régime militaire
d’Augusto Pinochet au Chili de 1973 à 1990.
8
En Bref

CHILI
SALVADOR ALLENDE , PRESENTE !

méthodes comme l’infiltration et la torture, ex- Il y a 100 ans, le 26 juin 1908, naissait à
pliquent ces morts. La torture a provoqué un Valparaiso celui qui allait devenir le pre-
infarctus mortel pour Cariqueo, membre d’un mier « véritable » socialiste, président d’un
collectif de Hip Hop, quelques heures après sa des pays d’Amérique Latine, en 1970. Dans
libération. La mort étrange de René Palma en- de nombreux pays, des parlementaires, des
tre les mains d’un groupe non identifié, étran- syndicalistes, des organisations sociales, des
ger au quartier, qui l’accusait d’être un infiltré, défenseurs des droits de l’homme, lui ren-
n’a pas été clarifiée. Lors d’une grève dans une dent hommage. Salvador Allende est mort
entreprise forestière, l’année passée, l’ouvrier le 11 septembre 1973 en défendant le palais
Rodrigo Cisternas (26 ans) a été assassiné par de la Moneda contre le putsch des militaires
la police qui a ouvertement défendu les in- chiliens. Son assassin Pinochet est mort sans
térêts de la compagnie. C’est la même chose avoir répondu de ses actes.
avec les carabiniers et la marine dans la crique
de Mehuín, à plus de 800 km au sud de la ca-
pitale, où les pêcheurs et les indigènes luttent ENVIRONNEMENT :
actuellement pour empêcher l’installation AMENDE POUR L’ENTREPRISE GETHAL
d’un conduit de rejet des déchets de l’usine
de cellulose CELCO qui contaminerait la mer. L’entreprise suédoise va devoir payer 275
La justice ne châtie pas les coupables, et l’Etat millions de dollars à l’Institut brésilien de
chilien n’exécute pas la recommandation de l’environnement et des ressources natu-
la Commission Interaméricaine des Droits de relles pour déforestation illégale (230 000
l’Homme de modifier cette situation. arbres) en Amazonie. Le propriétaire John
Eliasch, conseiller du Premier Ministre bri-
La grève de la faim qu’a menée durant plus de tannique Gordon Brown, exerçait cette ac-
100 jours la lutteuse sociale mapuche Patri- tivité sous couvert d’une ONG, Cool Earth,
cia Troncoso pour demander la liberté d’une dont il est le fondateur et dont l’objectif af-
dizaine de prisonniers politiques condamnés fiché était pourtant de protéger la forêt.
par la loi anti-terroriste, a réussi à rompre la Source : Le Monde. Publié le 08/06/2008.
censure sur les abus répressifs et à incorporer
ses exigences dans la plate-forme générale
des droits de l’homme. Les organisations ma- TERRES COMMUNALES PERUVIENNES
puches, telle que l’Observatoire des Conflits AUTORISÉES À LA VENTE
Indigènes, ont sollicité de la part des Nations
Unies et de la Commission Interaméricaine Le gouvernement péruvien vient de déci-
des Droits de l’Homme l’envoi d’une mission der par décret l’autorisation de la vente des
in situ. terres des paysans et des indigènes, « las
Comunidades Campesinas », qui se fera par
Autonomisation de la police nationale un vote à la majorité lors des assemblées
paysannes. Précédemment, la vente ne
Face à des cas comme la récente expulsion pouvait se faire qu’avec l’approbation des
des groupes de rock basques « Distorsión » et deux tiers de l’assemblée. Cette décision va
« Puente Romano » pour avoir participé le 29 à l’encontre de l’article 89 de la Constitu-
mars à une manifestation politico-culturelle tion, qui stipule que la propriété de ces ter-
à Villa Francia (un quartier emblématique res est imprescriptible, et de l’approbation
qui concentre actuellement des collectifs de du Parlement. Les terres communales sont
jeunes autonomes adeptes des barricades), un espace d’identité sociale, économique
certains avocats estiment qu’il s’est produit et culturelle des Indigènes où se pratique
un genre d’autonomisation de la police, avec d’anciennes formes de travail en commun
l’indulgence de la presse et de la droite. Ainsi, de la terre. Mais ces zones sont très riches
.../... en ressources naturelles et sont devenue
« l’El Dorado » des entreprises multinatio-
nales en quête de ces précieuses ressour-
ces.

9
ACTUALITES

.../...
les carabiniers perquisitionnent avec violence, la Salazar et de leur fille, et pour le « Cas Chena »
comme sous la dictature, et détiennent des (disparitions).
militants indigènes. C’est ce qui est arrivé en
mars à deux jeunes documentalistes français Match nul à la Cour Suprême
à Collipulli.
Cette jurisprudence contradictoire, selon l’es-
C’est avec des gaz lacrymogènes et des chars timation du FASIC dans son rapport 2007, est
lançant des jets de substances chimiques ur- due au fait que la désignation légale des juges
ticantes qu’a été réprimé en avril une protes- se fait actuellement au Sénat. La « Concerta-
tation pacifique de femmes contre une réso- tion » - bloc politique d’appui au gouverne-
lution du Tribunal Constitutionnel interdisant ment - obtient une quote-part dans la négo-
au Ministère de la Santé de distribuer la « pilule ciation, alors que l’autre, pour la droite, est en
du lendemain ». Cette mesure discriminatoire faveur de la prescription.
empêche les femmes des secteurs populaires,
avec un fort taux de grossesses adolescentes, Autre signe du recul judiciaire: les remises de
d’accéder au médicament. peines pour des criminels notables. L’ex-géné- ©

ral Raúl Iturriaga Neumann a eu la faveur de


Le recul dans les procès la Cour Suprême avec 5 ans de prison au lieu
de 10, en raison de son « irréprochable conduite
Au Chili, les tribunaux ont l’habitude d’ignorer antérieure » (il a commandé la brigade experte
le droit international. La seconde Salle Pénale en perversions sexuelles dans le centre de tor-
de la Cour Suprême a appliqué la prescription ture clandestin « Venda Sexy »), mais on n’a pu
le 14 novembre 2007, en absolvant le colonel l’emprisonner qu’après une fugue qui a duré
Claudio Lecaros Carrasco, de l’école d’Artillerie 52 jours.
de Linares pour la disparition qualifiée d’ho- La Cour Suprême a également baissé de moi-
micide, de trois paysans en septembre 1973. tié (5 ans) les condamnations de l’ex-chef du
Les juges Nibaldo Segura, Rubén Ballesteros groupe « Halcón » de la DINA Miguel Krassnoff,
et l’avocat José Fernández n’ont pas estimé de Marcelo Moren Brito et de l’ex-chef du cen-
devoir appliquer les Conventions de Genève. tre clandestin « Londres 38 », Rolf Wenderoth
pour la séquestration de Manuel Cortés Joo.
L’organisation de droits de l’homme FASIC,
dans son Rapport annuel, a qualifié cette con- (...)*
duite « d’irrégulière ». Le jour suivant, la salle a
rejeté la prescription et condamné sept ex- Comme les juges qui enquêtent sur les causes
agents d’un organisme de répression qui dé- des droits de l’homme doivent s’occuper de
pendait de l’aviation, le « Comando Conjunto », tous les types de causes possibles, le FASIC es-
pour l’homicide qualifié du dirigeant commu- time que la Cour Suprême et le gouvernement
niste Carlos Contreras Maluje en 1976. Le 20 devraient réinstaller dans tout le pays les ju-
janvier 2007, elle a de nouveau rejeté la pres- ges attachés à des causes particulières. Ce se-
cription en condamnant à 5 ans et un jour l’of- rait le moyen unique de conclure les procès en
ficier de marine Héctor Rivera Bozzo, comme cours et de commencer les jugements pour
auteur de l’homicide du militant mapuche les plaintes qui émanent de la réouverture
José Matías Ñanco en octobre 1973 à Mari- des commissions Valech et Rettig, une mesure
quina. non encore officialisée et très attendue dans
les milieux des droits de l’homme.
De même, en janvier et mars 2007, cette salle
pénale a rouvert deux procès objets d’un non- Lucía Sepúlveda Ruiz, journaliste
lieu en 2004, pour les exécutions du couple www.periodismosanador.blogspot.com
Hilda Velásquez Calderón et Héctor Valenzue-

*Lire la version longue de l’article sur notre site internet : www.franceameriquelatine.org/index.php?m=3&idnews=97

10
ACTUALITES

HUMILIATION PUBLIQUE EN BOLIVIE

BOLIVIE PAYSANS INDIGÈNES VIOLENTÉS


Le 24 mai 2008, à Sucre en Bolivie, avait lieu la commémoration du premier
soulèvement contre l’Espagne coloniale, pendant laquelle le Président de la
République Evo Morales Ayma devait rencontrer des délégations paysannes
et leur remettre des fonds pour divers projets de développement. La rencon-
tre n’a pu avoir lieu car des groupes d’opposants du Comité Interinstitutionnel,
des Comités civiques et des étudiants de la « Union Juvenil Cruceñista » (extrême
droite) ont attaqué à coup de pierres les paysans indigènes.
© Renata Molina
Place centrale
du 25 mai, Sucre,
Bolivie. C’est là de plus en plus radicale, voire fasciste, de ses
que tous les actes
racistes ont eu
opposants. Depuis la création d’une nouvelle
lieu, soit devant assemblée constituante, les nationalisations
la Casa de la et les réformes en faveur des pauvres, des in-
Libertad (siège digènes et des paysans, la minorité s’est faite
des autorités).
de plus en plus virulente contre le pouvoir en
place faisant ressurgir un racisme anti-indigè-
ne que l’on croyait dépassé.
Suite à ces événements récents, la fondation
Danielle Mitterrand, le MRAP, le CETIM et le
A près les avoirs roués de coups, ces groupes
d’opposants ont forcé une cinquantaine
de paysans à se mettre torse nu et les ont fait
WILPF ont déposé une motion auprès du Con-
seil des droits de l’homme à Genève le 6 juin
défiler dans la rue les poings liés. Arrivés à la 2008, l’appelant à « intervenir promptement
place centrale du 25 mai, ils ont dû se mettre à pour sauver la démocratie en Bolivie ».
genoux. Et tandis qu’ils étaient insultés et mal-
traités, les groupes d’agresseurs ont brûlé leurs Anaïs Legrand
drapeaux et leurs habits traditionnels face à Etudiante en Affaires Internationales
une foule immobile. Durant cette journée, une
cinquantaine de paysans (femmes et enfants
compris) ont été blessés, et certains torturés. AUTONOMIE DES RÉGIONS DE LA « DEMI-LUNE »
C’est dans un climat de violence de plus en
plus important qu’Evo Morales a décidé de Depuis mai 2008, le Président de la République Evo Morales
convoquer un référendum révocatoire le 10 Ayma fait face à de nouvelles attaques de la part de ses oppo-
août prochain. Ce référendum mettra en jeu sants. Ces derniers ont déclaré successivement l’autonomie des
les mandats du Président de la République, du régions de la « Demi-lune » (Beni, Pando, Santa Cruz et Tarija)
vice-président et des neufs préfets (gouver- après des référendums illégaux dont les résultats étaient favo-
neurs) du pays (dont certains appartiennent rables à la mesure (entre 80% et 85% de « oui »). Ces résultats
à l’opposition). Ce référendum est d’ailleurs cachent, non seulement une grande abstention (entre 38% et
réclamé par l’opposition qui voit là un moyen 41%), mais également de nombreuses pressions qu’auraient su-
de destituer le Président. Ce dernier, quant à bies les ouvriers des grandes propriétés. Les séparatistes – riches
lui est presque sûr de remporter ce vote, qu’il industriels, grands propriétaires, universitaires et hommes poli-
veut démocratique et opposé à la violence tiques - voient dans ce processus un moyen de déstabiliser le
pouvoir en place et ainsi empêcher les nationalisations et multi-
ples réformes engagées par le gouvernement dans ces régions
Consulter la lettre ouverte d’Evo Morales, président de possèdant les principaux gisements d’hydrocarbures ainsi que
Bolivie, sur la « directive retour » de l’Union européenne : la plupart des terres fertiles agricoles.
www.franceameriquelatine.org/index.php?m=9&theme=9
11
DETTE : QUI DOIT PAYER

© Bruno Ciampi
DOSSIER

« Cuando algunos sonríen otros tristes están » (Quand certains sourient, d’autres sont tristes)

Dossier coordonné par Danièle Coll-Figueras et Luc Brossard,


Membres du Comité Directeur de FAL

Le mécanisme du surendettement apparaît au Nord comme au Sud avec ses me-


sures collatérales. Ici on parle de « rigueur, d’austérité » et au Sud de « programmes
d’ajustement structurel ». Mais au-delà des similitudes, il y a une différence signifi-
cative, la crise de la dette des pays du Sud est principalement une crise de la dette
externe qui devra être remboursée en dollars.

C’est une source majeure de domination, d’appauvrissement massif, de corruption


exponentielle, de perte de souveraineté, de spoliation des ressources naturelles et
de désastres écologiques qui contribue à l’exode des populations des pays du Sud
des campagnes vers les villes et vers « l’Eldorado » des pays du Nord et qui, actuelle-
ment aggrave la crise alimentaire.

L’injustice de la dette a été soulevée dès 1985 à Cuba, lors des conférences interna-
tionales sur le thème « la dette ne peut pas être remboursée ». Cette lutte a été reprise
courageusement par Thomas Sankara* et aujourd’hui elle figure sur le devant de la
scène dans les luttes pour une humanité plus juste.

*Arrivé au pouvoir par une « révolution démocratique et populaire » en août 1983 en Haute-Volta, qu’il rebaptise Burkina
Faso (« pays des hommes intègres »), Thomas Sankara sera assassiné le 15 octobre 1987. Il chercha à mettre en place à
Addis-Abeba (29 juillet 1987) avec les dirigeants africains un front du refus de remboursement de la dette. Mais parfai-
tement conscient des risques qu’il encourait : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la
prochaine conférence ».
12
TOUR D’HORIZON
Si la situation financière de quelques pays en développement semble s’être améliorée,
chaque année les gouvernements des pays en voie de développement (PED) rembour-
sent 240 milliards de dollars d’argent public aux créanciers, ce qui représente plus de
trois fois la somme dont ils auraient besoin pour atteindre les objectifs du Millénaire
pour le développement proposés par l’assemblée des Nations Unies.

DOSSIER
D epuis 2004, le prix élevé des matières pre-
mières a permis à une majorité des PED
d’augmenter leurs recettes d’exportation
la suppression des transports ferroviaires au
dépend du transport routier privé etc.

et d’engranger d’importantes réserves de Alors que la crise alimentaire est là


change. Cette situation concerne plus parti-
culièrement les pays exportateurs de pétrole, Elle était déjà là dans ces pays endettés où les
de gaz et de minerais et d’un certain nombre gouvernements soumis au diktat des IFI, n’ont
de produits agricoles. En 2007, les réserves plus d’autonomie économique ni politique
de change de ces PED se montent, à plus de pour conduire des mesures de souveraineté
3000 milliards de dollars tandis que les pays alimentaire.
industrialisés n’en détiennent que la moitié.
Par ailleurs, les institutions financières interna- CAMPAGNE « DETTE »
tionales vivent une crise de légitimité et subis-
sent une mise à distance par la Bolivie, l’Equa- Ces dernières années, au Nord comme au Sud, les actions des
teur et le Venezuela (voir texte annexe IFI). Le campagnes «dettes» n’ont jamais été si précises, si coordon-
président de la Banque mondiale, Paul Wol- nées. Les campagnes ont pris progressivement un caractère
fowitz, président depuis 2005, a été contraint à de masse : en Espagne avec la « consulta » réalisée en mars
la démission en juin 2007 suite au népotisme 2000 par le Réseau citoyen pour l’abolition de la dette ex-
dont il a fait preuve. térieure (plus d’un million de participants), au Brésil avec le
référendum réalisé en septembre 2000 par les mouvements
Malgré cela, la situation dans son ensemble
sociaux (6 millions de bulletins de vote).
reste très préoccupante

Pour un nombre considérable de pays où la D’autres causes viendront aggraver cette situation
majorité de la population vit en dessous du alimentaire :
seuil de pauvreté, les dettes à l’égard du FMI - le dérèglement climatique,
et de la Banque mondiale restent très élevées - la demande croissante de l’Inde et de la Chine
et insoutenables. Dette qui, pour être payée, a pour des matières premières agricoles
besoin de devises. Devises qui exigent souvent - la spéculation intense suite à l’éclatement de
l’abandon des cultures vivrières au profit des la bulle de l’immobilier des Etats-Unis.
cultures d’exportation comme actuellement - le développement des cultures pour les agro
les cultures pour fabriquer les bien mal nom- carburants, etc.
més biocarburants. Dette qui sera multipliée
par 12 suite à l’augmentation déraisonnée des Le nombre de personnes vivant dans la pau-
taux d’intérêts et la chute drastique du cours vreté absolue risque d’augmenter et de graves
des matières premières entre les années 70 et crises alimentaires peuvent se produire.
80. Dette qui subira les nouvelles conditions du
FMI et de la Banque Mondiale : les privatisations
de l’eau, de l’électricité, de l’éducation, de la Danièle Coll-Figueras
santé, de la culture, des entreprises minières,

13
NOUS NE DEVONS RIEN !
Sous prétexte de favoriser le développement, les PED (Pays En voie de Développement)
se sont tellement endettés que la dette s’est transformée en un pompage permanent
de leurs richesses au profit des capitalistes du Nord et du Sud. En réalité les créanciers
qu’ils soient privés ou publics, bilatéraux (Etats du nord) ou multilatéraux (BM, FMI et
autres) n’ont jamais eu pour objectif le développement économique, encore moins le
développement humain, des pays qui s’endettaient auprès d’eux.
DOSSIER

« Nous ne devons rien, nous ne paierons rien …


car la crise a été déclenchée par des facteurs
indépendants de notre volonté »*. Dans les an-
vement détérioré les conditions de vie des
populations, et vont dans le sens d’une vérita-
ble colonisation économique, comme les pri-
nées 60, les pays du Sud s’endettent massive- vatisations de l’eau et de l’électricité qui ont
ment, incités dans un premier temps par des entraîné des hausses de prix, la privatisation
puissances post–coloniales désireuses d’écou- des industries nationales, les privatisations
ler leurs liquidités puis, après le choc pétrolier des services publics de la santé et l’école, les
de 1973, par des banques occidentales regor- baisses de salaires, les suppressions des aides
geant de pétrodollars. Deux tendances vont, aux produits de base, les suppressions des bar-
au tournant des années 70 et 80, plonger ces rières douanières, une fiscalité qui aggrave les
pays dans une situation économique inte- inégalités, une libéralisation forcenée de l’éco-
nable : l’augmentation déraisonnée des taux nomie et une mise en concurrence déloyale
d’intérêts et la chute drastique du cours des des producteurs locaux avec les grandes mul-
matières premières dont l’exportation leur tinationales.
donne les devises pour rembourser leurs det-
tes.
L’Amérique latine a été délibérément incitée
DETTE ILLÉGITIME
par la BM et le FMI à s’endetter : entre 1970 et
1982, la dette extérieure publique de la région
La notion d’illégitimité n’a pas à proprement parler
passe de 16 à 178 milliards de dollars.
de définition en droit. Elle a été utilisée pour la pre-
C’est le début d’une spirale infernale qui dé-
mière fois par une instance officielle en 2000, dans
bouchera sur la crise de la dette et la « décen-
la sentence rendue par la cour fédérale argentine
nie perdue » pour le développement.
pour qualifier la dette contractée par le régime dic-
En 1982, le Mexique annonce qu’il ne peut plus
tatorial de 1976 à 1983. En octobre 2006, le gouver-
honorer sa dette. A sa suite, de nombreux pays
nement norvégien a utilisé ce terme pour renoncer
croulant sous une dette impayable, cesseront
au remboursement de certaines de ses créances.
provisoirement de rembourser leur dette .
Entre 1970 et 1980, la dette des pays en déve-
loppement est multipliée par 12 en raison de
la hausse du taux d’intérêt. En 1980, l’Equateur destine 40% de son bud-
En 2004, la dette extérieure (privée et publi- get à la santé et l’éducation et 15% au service
que) des PED s’élève à 2600 milliards dollars. de la dette. En 2005, la situation est inversée,
le gouvernement dédie 40% du budget au
« Nous ne devons rien, nous ne paierons rien » service de la dette et les dépenses de santé et
Car les plans d’ajustements structurels (PAS), d’éducation ne totalisent que 15% du budget.
réponse du FMI et de la BM à cette crise, ont En Equateur, la suppression des subventions
été un concentré de mesures macroéconomi- aux produits de première nécessité a eu des
ques ultralibérales destinées à rétablir la solva- conséquences sociales et économiques désas-
bilité des pays et à conditionner alors l’octroi treuses : 80% de la population va vivre avec 2
de nouvelles aides. dollars par jour.
Des séries de mesures drastiques, qui ont gra- Car les allègements de dettes prévus par le Plan

* Traduction française de « Don’t owe, won’t pay », slogan des organisations membres du réseau Jubilé Sud.

14
14
LEXIQUE
Transfert net sur la dette : c’est la dif-
férence entre le service de la dette
(remboursements annuels des intérêts
aux pays industrialisés) et les sommes
pour les pays les plus endettés (PPTE) lancé reçues en dons et nouveaux prêts pen-
par la BM en 1996, sont un paravent permet- dant la même période
tant souvent de trouver des fonds pour rendre
leur dette soutenable. On va annuler juste ce
qu’il faut pour faire payer les PED au maximum Les réserves de change sont des avoirs
de leurs possibilités. En fait, on annule essen- en devises étrangères détenus par une
tiellement les créances impayables. L’initiative banque centrale. Ils sont généralement
PPTE est avant tout destinée à garantir la pé- sous la forme de bons et obligations du

DOSSIER
rennité des remboursements et à dissimuler le Trésor d’États étrangers, ce qui permet
renforcement de l’ajustement structurel sous à ces réserves de rapporter un intérêt.
une apparence de générosité. Elles sont utilisées par les autorités
monétaires pour réguler les taux de
« Nous ne devons rien, nous ne paierons rien » change.
Car, la dette a déjà été remboursée plusieurs
fois. Pendant la période1970-2007, bien que
l’Etat équatorien a remboursé 172 fois le mon- Audit de dettes : il s’agit de scanner l’en-
tant de la dette publique externe de 1970 semble des dettes d’un Etat et de faire
(égale à 195 millions de dollars d’après la BM), la part entre les dettes légitimes qui ont
le volume de cette dette externe a été multi- réellement créé un service, un bien, un
plié par 53. investissement pour la population et
les dettes illégitimes ou odieuses qui
Car la dette organise un transfert de richesses peuvent être répudiées unilatérale-
des populations du Sud vers leurs riches créan- ment notamment d’après la doctrine
ciers, de l’ordre de plusieurs plans Marshall en- juridique de la dette odieuse.
voyés du Sud vers le Nord, grâce au service de
la dette, grâce aux dépôts des riches du Sud
dans les banques du Nord, grâce au rapatrie- Club de paris : groupe informel de 19
ment des bénéfices des multinationales qui principaux pays créditeurs (Allemagne,
travaillent dans les pays du Sud. Australie, Autriche, Belgique, Canada,
Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlan-
De 1998 à 2002, le transfert s’est élevé, con- de, France, Irlande, Italie, Japon, Norvè-
cernant la part publique de la dette, à 217 mil- ge, Pays-Bas, Royaume Uni, Fédération
liards de dollars et de 1460 milliards de dollars de Russie, Suède et Suisse).
pour le dépôt des riches du Sud à l’étranger.

« Nous ne devons rien, nous ne paierons rien » COFACE : Compagnie française d’assu-
Car la plupart du temps ces dettes concer- rance du commerce extérieur (Agence
nent des projets de développement mal con- française de garantie des exportations).
çus que l’on a appelé les « éléphants blancs »
qui n’étaient un apport que pour l’économie
du Nord et n’auraient jamais dû être financés, IFI : Institutions Financières Internatio-
des dettes contractées par des régimes des- nales, notamment le Fonds monétaire
potiques incluant aussi l’achat d’armes utiles international (FMI) et la Banque Mon-
au maintien de leur régime, des dettes corres- diale (BM), créées par les accords de
pondant à des projets s’avérant de véritables Bretton Woods.
pillages des ressources causant des domma-
ges à l’environnement (barrages, extractions
minières ou pétrole). (dette) Multilatérale : contractée envers
une IFI
Ces fonds ont enrichi, renforcé et armé des
régimes despotiques et corrompus, alliés stra-
.../... (dette) Bilatérale : contractée envers un
Etat.

15
DETTE ODIEUSE

Ce sont des dettes odieuses. La dette odieuse


est une doctrine de droit, théorisée en 1927 par
Alexander Sack, ancien ministre russe de Nicolas II
et professeur de droit à Paris. Selon lui, « si un pou-
voir despotique contracte une dette non pas pour les
© Dskciado
besoins et dans les intérêts de l’Etat, mais pour forti-
fier son régime despotique, pour réprimer la popula-
DOSSIER

tion qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour


la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas
obligatoire pour la nation; c’est une dette de régime,
dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par
conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir ».
Cette doctrine cherche à formaliser la responsabi-
lité des créanciers. Si ceux-ci connaissent les des-
seins de l’emprunteur, ils commettent « un acte
hostile à l’égard du peuple » et s’exposent eux-mê-
mes au risque de non remboursement si le régi-
me est déchu. Ils ne peuvent donc réclamer leur
dû. Certains préfèrent parler de « prêts odieux »
plutôt que de « dette odieuse » pour insister sur la « El hambre pide a la necesidad »
responsabilité des créanciers. En Equateur, la suppression des subventions aux produits de pre-
mière nécessité a eu des conséquences sociales et économiques dé-
sastreuses : 80% de la population va vivre avec 2 dollars par jour.

.../...

tégiques des grandes puissances. Les dettes En Amérique du Sud elles sabotent les régi-
odieuses sont généralement associées à des mes démocratiques qui entreprennent des ré-
régimes dictatoriaux comme celui de Gnas- formes tendant à réduire les inégalités : ainsi,
singbé Eyadema au Togo, de Mobutu au Con- au Brésil dès 1958, opposition au président
go, de Ferdinand Marcos aux Philippines, du Juscelino Kubitschek, qui refuse les conditions
régime de l’apartheid en Afrique du Sud, des fixées par le FMI, puis boycott de son succes-
juntes en Amérique latine ou encore de Sad- seur Joao Goulart quand celui-ci annonce une
dam Hussein en Irak. Ces régimes liberticides réforme agraire et la nationalisation du pétrole
ont tous contracté des dettes colossales auprès en 1963. En revanche, dès la mise en place de la
de pays et institutions internationales avertis, junte militaire en avril 1964, le FMI et la BM ac-
à des fins éloignées de l’intérêt de leur popu- courent. Ils font de même en septembre 1973,
lation. La doctrine de la dette odieuse aurait au Chili, après le renversement et la mort de
ainsi pu servir de fondement au Rwanda pour Salvador Allende. En mars 1976, en Argentine
répudier la dette extérieure contractée par le cette fois le FMI apporte son concours à la dic-
régime responsable du génocide de 1993. tature du général Jorge Videla. En 2002, il sera
le premier (avec les Etats-Unis et l’Espagne de
En Amérique centrale, les institutions de Bret- Jose Maria Aznar) à offrir ses services au bref
ton Woods ont soutenu : au Nicaragua le dic- gouvernement de facto issu du renversement
tateur Anastasio Somoza pendant près de du président vénézuelien Hugo Chavez.
trente ans, jusqu’au jour de son renversement
en 1979, au Guatemala, en 1954, elles boycot-
tent le gouvernement progressiste de Jacobo
Arbenz, puis elles s’empressent de soutenir la Danièle Coll-Figueras
junte militaire qui l’a renversé.

16
INSTITUTIONS FINANCIÈRES INTERNATIONALES
MISES À MAL
Au niveau international au Nord comme au Sud, les actions visant à saper un peu plus
les fondements des IFI sont pour la première fois bien coordonnées et précises. Cela
augure en tous les cas d’avancées stratégiques des mouvements sociaux sur la problé-

DOSSIER
matique de la dette du Tiers Monde.

L a Bolivie ne fait plus partie du CIRDI (Centre


International de Règlement des Différents
liés à l’Investissement), filiale de la Banque
dettement du pays. En 1990, le mouvement in-
digène équatorien est le premier à se révolter
avec force contre les politiques néolibérales
mondiale. Cette décision, à laquelle ont aussi ouvrant la voie à une décennie de luttes socia-
souscrit le Venezuela et le Nicaragua, est effec- les et politiques. Elles vont conduire à l’élec-
tive depuis le 2 mai 2007. tion de Rafael Correa ainsi qu’à l’approbation
La fonction principale de cette institution, par 82% de oui d’une Assemblée Constituante
créée en 1966 (144 pays appelés Etats con- aux pleins pouvoirs chargée de rédiger une
tractants), est d’arbitrer les litiges liés aux in- nouvelle constitution, soumise à référendum
vestissements réalisés par les ressortissants en 2008.
d’un Etat contractant dans un autre Etat mem-
bre contractant. Mais c’est toujours le même Vers une gestion souveraine de la dette
credo néolibéral qu’il défend, protégeant les
intérêts des pays riches et des multinationales. Parmi les grandes orientations du nouveau
Lors des luttes dans les « deux guerres de gouvernement figure un axe majeur: la restruc-
l’eau » à Cochabamba en 2001 et El Alto en turation de la dette publique tant extérieure
2005, le peuple bolivien a bien failli payer très que intérieure, une étape indispensable pour
cher la récupération du contrôle de l’approvi- entamer un processus de transformation vers
sionnement en eau potable, dont la privatisa- un autre modèle de développement sociale-
tion avait été imposée par la BM et le FMI. Sous ment juste. Le gouvernement de Rafael Correa
la pression du peuple bolivien les concessions renégociera le paiement de la dette extérieure
ont été retirées aux entreprises Bechtel et Suez, et poursuivra le processus d’audit de la dette
et la gestion de l’eau a de nouveau été confiée mise en place par le président sortant Alfredo
au secteur public. Le président Evo Morales a Palacio, avec la création d’une « Commission
dénoncé le caractère déséquilibré du CIRDI et Spéciale d’Enquête de la Dette Extérieure Equa-
sa propension à favoriser les multinationales torienne ». Correa propose également la créa-
même si celles-ci se rendent coupables de tion d’un Tribunal International d’Arbitrage de
non respect de la constitution ou des lois boli- la Dette qui réviserait les dettes externes des
viennes. Seuls le droit national et les tribunaux nations et déterminerait leur légalité, en vue
nationaux seront désormais compétents pour de renégociation conjointe.
régler les relations contractuelles entre l’Etat
et les investisseurs étrangers. Dette sociale, dette externe

Equateur : rompre le cercle vicieux de la dette La dette extérieure de l’Equateur s’élève à 16,8
milliards de dollars. Afin de dédier les ressour-
L’endettement massif et frauduleux a été le ces du pays aux dépenses sociales et produc-
principal mécanisme de pillage des ressour- tives, le gouvernement prévoit une réduction
ces. L’hémorragie a commencé sous la dicta- significative de la part du budget dédié au
ture, à partir de l’essor pétrolier des années paiement de la dette externe, qui passera de
70, qui marque le début du processus d’en- 38% en 2006 à 11,8% en 2010.

17
EVENEMENTS
LA SENTENCE D’OLMOS
Rupture avec le FMI et la Banque mondiale
En 1982, à la chute de la dictature en Ar-
gentine, le journaliste Alejandro Olmos
L’Equateur a soldé sa dette extérieure de 11,4
porte plainte à titre personnel contre
millions de dollars envers le FMI. Il n’est main-
la dictature pour la dette accumulée.
tenant plus question pour Correa de faire ap-
Un juge de la Cour Suprême conduira
pel à cette institution pour obtenir des prêts.
entre 1982 et 2000 un des premiers
Dans la foulée, il a expulsé le représentant de la
audits judiciaires de la dette, qui abou-
BM. En 2005, alors que Correa était ministre de
tira à la « Sentence d’Olmos ». Il avalisera
l’économie sous le gouvernement de Palacio,
le caractère illégitime de la dette et la
DOSSIER

la BM a bloqué un prêt promis de 100 millions


responsabilité des créanciers. Le juge
de dollars en représailles aux réformes du FSIREP
confirmera, entre autres, que le FMI a
(Fonds de Stabilisation d’Investissement et de
soutenu activement la dictature argen-
Réduction de l’Endettement Public), qui pré-
tine et qu’« approximativement, 90% des
voyaient d’utiliser l’argent du pétrole pour pri-
ressources provenant de l’extérieur via
vilégier la politique sociale plutôt que le rem-
l’endettement des entreprises (privées et
boursement de la dette. C’est ainsi qu’il a mis
publiques ) et du gouvernement étaient
fin a plus de deux décennies de soumission
transférées à l’extérieur dans des opéra-
aux recettes perverses du FMI et de la BM.
tions financières spéculatives ».
Si la prescription empêche de poursui-
Le cas de l’Argentine :
vre les responsables, le gouvernement
Suspension de paiement
argentin aurait pu, en revanche, dé-
clarer la dette odieuse et refuser son
L’Argentine a décrété la plus importante sus-
paiement. Mais les gouvernements
pension de paiement de sa dette extérieure de
successifs ne s’appuieront pas sur cette
l’Histoire, pour environ 100 milliards de dollars,
sentence pour dénoncer la dette du
tant envers les créanciers privés qu’envers les
pays par crainte des répercussions sur
pays riches regroupés au sein du Club de Paris.
les marchés financiers, ce sera en effet
L’Argentine, après un quart de siècle d’accord
un argument couramment invoqué
continu entre le FMI et les autorités, a démon-
pour endosser la dette d’un régime
tré qu’un pays pouvait arrêter de rembourser
despotique.
la dette de manière prolongée sans que les
créanciers soient capables d’organiser des re-
LA DÉCISION NORVÉGIENNE: UN PRÉ-
présailles efficaces. Le FMI, la BM, les gouver-
CÉDENT HISTORIQUE
nements des pays les plus industrialisés, les
grands médias avaient annoncé que le chaos
En annulant en octobre 2006, en rai-
s’installerait. Loin de sombrer, l’Argentine a
son de leur caractère illégitime, près
commencé à se redresser. Nestor Kirchner a
de 65 millions d’euros dus par l’Egypte,
défié les créanciers privés en leur proposant
l’Equateur, la Jamaïque, le Pérou, et la
d’échanger leurs titres contre de nouveaux de
Sierra Leone, la Norvège a établi un pré-
moindre valeur. Après de longues négociations
cédent historique. Ces créances avaient
achevées en février 2005, 76 % d’entre eux ont
été contractées entre1976 et 1980 dans
accepté de renoncer à plus de 60% de la valeur
le cadre d’une campagne d’exportation
des créances qu’ils détenaient. Le monde avait
de bateaux destinée a soutenir l’indus-
les yeux braqués sur l’Argentine qui a démon-
trie navale norvégienne en crise, sans
tré qu’un peuple pouvait dire non.
considération des besoins réels des
Reste encore la négociation avec le Club de
pays importateurs. La Norvège admet
Paris de la dette (bilatérale) de 6,3 milliards de
ainsi une « responsabilité partagée »
dollars, dette qui n’a pas profité au peuple et
dans la constitution de ces dettes.
dont les remboursements dans les prochaines
Une décision courageuse inédite qui
années rendront impossible la mise en place
témoigne que les créanciers peuvent
d’une politique alternative au monde libéral.
faire face à leurs erreurs passées et en
assumer le coût.
Pour ne pas rester un cas isolé, Oslo a Danièle Coll-Figueras
demandé aux Nations Unies et à la Ban-
que Mondiale d’étudier sérieusement
la doctrine de la dette odieuse.
18
DE NOUVELLES BANQUES ALTERNATIVES
La Banque du Sud a été créée en décembre 2007 à Buenos Aires par N. Kirchner et les
présidents Lula (Brésil), Duarte (Paraguay), Correa (Equateur), Morales (Bolivie), Chavez
(Venezuela). Elle sera opérationnelle en 2008 avec un capital initial de 7 milliards de
dollars pour favoriser l’intégration sud américaine, la création d’une monnaie unique,
la souveraineté vis à vis de la Banque mondiale et du FMI.

DOSSIER
La Banque de l’ALBA quant à elle, créée en février 2008 par la Bolivie, Cuba, le Nicara-
gua, le Venezuela et l’Equateur est un projet plus politique qu’économique, davantage
basé sur des échanges de type trocs et donations.

l’Argentine semblent vouloir faire passer leurs


D eux propositions s’avancent , la proposi-
tion du Venezuela et de l’Argentine et
celle de l’Equateur. Les fondateurs argentino-
intérêts en priorité et préfèreraient favoriser le
financement de gros projets d’infrastructure.
vénézuelien prétendent promouvoir le déve- Pour l’instant, c’est toujours le silence sur les
loppement des marchés de capitaux et des statuts de cette banque. Créer une nouvelle
marchés financiers régionaux, favoriser l’in- architecture financière alternative est un défi
dustrie, le développement de l’infrastructure, énorme. Il faut inverser une longue histoire de
l’énergie, le commerce. Mais la protection de déprédation et de pillage des ressources publi-
l’environnement ou les politiques culturel- ques et sociales, créer une monnaie commune,
les et éducatives ne sont pas mentionnées. mettre un terme à la circulation incontrôlée et
Le droit de vote serait fonction de l’apport toujours plus dangereuse des capitaux et af-
de chaque pays et les archives inviolables fronter l’hypothèque commune et permanen-
(pas d’audit possible). C’est un « copier, col- te d’un endettement chronique pervers.
ler » pur et simple de la BM, du FMI et de la
BRI*. Par contre, la proposition de l’Equateur Une nouvelle IFI pour l’ALBA
a une approche en terme de droits humains
et propose que cette institution permette Cette initiative proposée par le président Hugo
l’application des accords et critères des trai- Chavez et inspirée du liberator Simon Bolivar,
tés internationaux qui se réfèrent aux droits où chaque pays fournit ce qu’il possède non
économiques, sociaux, et culturels. L’idée est au prix du marché mais sous forme d’échange,
de faire des prêts destinés au secteur public, à a été concrétisée en avril 2005 avec Cuba: Le
des petits producteurs, au secteur coopératif, Venezuela offre ses ressources pétrolières à
aux communautés locales, aux municipalités. Cuba en échange Cuba apporte un service
Son capital serait indépendant des marchés de santé avec 20 000 médecins qui travaillent
des capitaux, et ne serait pas placé dans l’es- dans les quartiers pauvres du Venezuela.
pace financier des bourses. Chaque année la « La naissance de cette nouvelle IFI profitera
Banque doit rendre des comptes du fonction- dans un premier temps à plus de 53 millions de
nement de ses activités et de celles du fonds personnes » a annoncé le ministre des finances
dans le cadre d’une discussion parlementaire vénézuelien, Rafael Isea.
publique. Pas d’immunité des fonctionnaires « Nous sommes en train de briser un mécanisme
qui sont par ailleurs soumis à l’impôt. du capitalisme », a souligné pour sa part Hugo
Le débat autour de la Banque du Sud doit Chavez en précisant que « cette banque est un
avancer et synthétiser le lien entre les mobi- instrument politique, pour le développement so-
lisations, prises de position et réactions qui se cial et économique des peuples du monde ».
développent aujourd’hui en Amérique latine
et les dures leçons de l’histoire au cours des Danièle Coll-Figueras
dernières années. Le Brésil et actuellement

* Banque des Réglements Internationaux, créées en 1930

19
BIO-PIRATERIE ET DETTE ECOLOGIQUE
L’Institut d’Ecologie Politique du Chili a formulé en 1990 l’idée de dette écologique des
pays du Nord vis-à-vis de ceux du Sud. Cette dette puise sa source dans la colonisa-
tion, et s’est poursuivie par l’exploitation sans merci des ressources naturelles et l’ex-
portation des déchets toxiques dans les pays du Sud. Elle se double des effets globaux
de la destruction des écosystèmes. Cette idée a fait son chemin et à Prague, en 2000,
DOSSIER

s’est constituée l’Alliance des peuples du Sud créanciers de la dette écologique (SPED-
CA), avec la participation d’organisations latino-américaines comme Accion ecologica
(Equateur) ou encore le Foro boliviano medio ambiente y desarrollo.

Le dérèglement climatique participe de la leur gestion commune sont considérés com-


dette écologique : selon le rapport du PNUD me sources de gaspillage, leur sauvegarde et
2007-2008, les émissions de CO2 par habitant une gestion efficaces n’étant possible que sur
en 2004 (en tonnes CO2) sont de 20,6 pour les la base des droits de propriété privée.
Etats-Unis, 1,8 pour le Brésil et 0,1 pour l’Ethio- Alors que jusque-là, en accord avec l’Organisa-
pie. Sur les 29 gigatonnes d’émissions dans le tion Internationale de la Propriété Intellectuel-
monde en 2004, l’Amérique Latine en compte le (OMPI), les DPI avaient une base territoriale,
seulement 1,4 Gt. Ces chiffres ne tiennent pas la création de l’OMC en 1994 déterritorialise
compte de l’accumulation antérieure du CO2 ces droits et les fait entrer dans les négocia-
dans l’atmosphère. Or, comme le prouvent les tions commerciales. C’est un domaine central
travaux du GIEC, la dette s’alourdit encore dès pour le contrôle du processus de la division in-
lors que les effets du dérèglement climatique ternationale du travail et pour l’appropriation
vont atteindre tout particulièrement les pays de la bio-diversité. En effet, un des accords clé
les plus pauvres. Le recul des glaciers s’accélè- de l’OMC concerne ces droits : l’accord A.D.P.I.C.
re au Pérou, en Bolivie, en Equateur, en Colom- (Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle
bie, alors que le problème de l’eau y est crucial. liés au Commerce). Même si l’article 27 évo-
Aujourd’hui, une autre forme de spoliation, que en préambule la possibilité de limitations
plus sournoise, met en péril les équilibres so- pour protéger l’ordre public, la santé ou l’en-
ciaux et écologiques de nombreux pays du vironnement, l’article 27-1 des ADPIC indique
Sud: la bio-piraterie. Les hauts lieux de la bio- qu’un « un brevet pourra être obtenu pour toute
diversité se trouvent en effet dans les pays du invention, de produit ou de procédé, dans tous
Sud, particulièrement en Amérique latine et les domaines technologiques, à condition qu’elle
un flux continu de matière génétique transite soit nouvelle, qu’elle implique une activité in-
des pays du Sud vers ceux du Nord. Alors que ventive et qu’elle soit susceptible d’application
se mettait en place au XIX° siècle le régime industrielle ». Les entreprises multinationales
des brevets, l’exclusion du vivant, du bio, était dans le domaine des bio-technologies peu-
comprise de manière tacite car les brevets ne vent ainsi disposer d’un immense réservoir de
pouvaient porter que sur l’inanimé. Le déve- ressources.
loppement des biotechnologies va boule- L’article 27-1 précise que « des brevets pour-
verser cet ordre. Le vivant est décomposé en ront être obtenus et qu’il sera possible de jouir
pièces détachées qui ne font plus sens : organes, des droits de brevets sans discrimination quant
tissus, cellules, gènes, molécules ; il devient « ma- aux lieux d’origine de l’invention, aux domaines
tière biologique », travaillée par l’industrie. technologiques et au fait que les produits sont
Ainsi, à partir des années 1980, sont importés ou sont d’origine nationale ». L’article
institués des droits de propriété intellectuelle 28 précise le droit exclusif du titulaire de bre-
(DPI) sur le vivant. Dans le contexte idéologi- vet qui peut « empêcher des tiers agissant sans
que du néo-libéralisme, les biens communs et son consentement (de) fabriquer, utiliser, offrir à

POUR ALLER PLUS LOIN : Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat http://www.ipcc.ch/languages/french.htm

20
© Fabien Cohen

Marche à Lima (mai 2008) du


réseau bi régional Enlazando
Alternativas. Campagne pour
l’abolition de la dette externe
et restitution de la dette écolo-

DOSSIER
gique.

disposer d’eux-mêmes » et
la vente, vendre ou importer…l’objet du brevet ».
que « pour atteindre leurs fins, tous les peuples
Le produit breveté peut ainsi être importé et
peuvent disposer librement de leurs richesses
commercialisé sans contrepartie vis-à-vis des
et de leurs ressources naturelles (…). En aucun
pays d’origine. Les quelques limites énoncées
cas, un peuple ne pourra être privé de ses pro-
sont interprétées de manière toujours très res-
pres moyens de subsistance. » .
trictive, notamment avec le développement
Ils sont également en contradiction avec la
de traités de libre-échange bilatéraux. C’est le
Convention de Rio sur la Diversité Biologique
cas de l’accord de libre-échange entre l’Améri-
(CRD) de 1992. L’accord sur les ADPIC établit
que centrale, la République dominicaine et les
que les ressources naturelles doivent être sou-
Etats-Unis (CAFTA).
mises au droit privé de propriété intellectuelle,
sans consentement nécessaire, et confie ainsi
Ces droits de propriété contribuent d’abord à
la conservation de la biodiversité à quelques
réduire la biodiversité et à la transférer dans
firmes transnationales dont le seul horizon est
les pays riches. Ce sont en effet les paysans qui
le profit, alors que la Convention la confie aux
sont les acteurs de la biodiversité car ils s’ef-
peuples et aux États.
forcent de respecter l’unicité et la globalité du
monde vivant tout en jouant sur sa variabilité.
Si la dette écologique ne peut être véritable-
Ces droits de propriété engendrent d’ores et
ment chiffrée, sa mise à jour et sa reconnais-
déjà de l’irréversible par l’introduction d’espè-
sance sont un impératif pour les négociations
ces génétiquement modifiées, par le piratage
internationales dans le domaine de l’environ-
des savoirs traditionnels, par la concentration
nement : impératif de solidarité et de justice
de la recherche sur quelques espèces, par la
vis-à-vis des pays du Sud, impératif de remise
disparition des systèmes socio-économiques
en cause des trajectoires conduites depuis les
qui s’inscrivent dans cette diversité. Ils favori-
pays du Nord.
sent la bio-piraterie internationale qui marque
« Payons aux peuples exploités et appauvris ce
aujourd’hui les rapports Nord-Sud et majore
que nous leur devons, parce que nous sommes
encore la dette écologique.
débiteurs, non créanciers », Adolpho Pérez Es-
Enfin ces droits de propriété intellectuelle
quivel, Prix Nobel de la paix.
abolissent la notion de souveraineté et de
bien commun. Ils sont en effet en contradic-
tion avec le Pacte International sur les Droits
Economiques, Sociaux et Culturels (1966) qui Geneviève Azam (conseil scientifique d’Attac)
précise que : « tous les peuples ont le droit de

Pacte International sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (1996) et Convention de Rio sur la Diversité Biologique (1992)
disponibles sur le site Internet de l’Unesco: unesco.org/education
21
AYITI ET SA DETTE ODIEUSE
En 2007, Haïti est le pays des Amériques le plus appauvri et dont l’IDH (Indice de Déve-
loppement Humain établi par le PNUD) est un des plus faibles au monde (146ème sur
177 pays). Comment en est-on arrivé là ?
DOSSIER

D écembre 1492 : les amérindiens appren-


nent à C. Colomb qu’ils appellent leur
île (qu’il dénommera Hispaniola), Ayiti. Cin-
De 1957 à 1986, sous les dictatures de
François (« Papa Doc ») puis de Jean-Claude
(« Baby Doc ») Duvalier, les milices des « ton-
quante ans plus tard, les quelques 3 millions tons macoutes » assassinent plus de 30000 haï-
d’indiens qui la peuplaient avaient péri de ma- tiens. En 1986, une junte renverse Baby Doc,
ladies, massacres ou de travail forcé dans les qui se réfugie en France : la « dette » odieuse
mines d’or : premier © Geneviève Grevêche de Haïti se monte à
exemple d’une dette 750 millions de dol-
culturelle et démo- lars qui s’ajoutent
graphique que l’Eu- aux 900 millions de
rope a contractée vis dollars détournés par
à vis de Haïti. le clan Duvalier (et
Janvier 1794 : réinvestis en Europe).
la Convention abolit Fin 1990, est élu par
« les cultures » (l’escla- 67% des voix le père
vage). Bonaparte les Jean-Bertrand Aris-
rétablit en envoyant tide, théologien de la
son beau frère mâter libération, renversé
les rebelles « marrons » 8 mois plus tard par
dirigés par T. Louver- des « escadrons de la
ture. Mais Dessalines mort ». Réfugié aux
proclame en janvier La crise économique que vit le pays pousse les Haïtiens à migrer Etats-Unis, il s’en-
1804 l’indépendance vers les bords de mer. Les différentes activités littorales (pêche, gage à « réconcilier
de la première répu- commerce, agriculture et tourisme) couplées à ces migrations en- riches et pauvres », à
traînent une pollution toujours plus poussées des plages, rendant
blique noire d’Amé- ne plus stigmati-
les conditions de vie d’autant plus difficiles.
rique. La France ne ser le capitalisme
la reconnaîtra qu’en comme un « péché
1825 en échange du paiement d’une rançon mortel » et à appliquer les préceptes du FMI :
de 150 millions de francs-or, ramenée en 1838 il reviendra dans les bagages des GI’s en 1994,
à 90 millions et intégralement payée en 1855! sera réélu avec 91% des voix… renoue avec sa
Cette « dette », encore occultée de nos jours, fut politique anti-impérialiste et exige de la Fran-
aggravée en 1826 par le Code rural obligeant ce de rembourser les 90 millions de francs-or,
le paysan haïtien à rester travailler sur les an- qui, actualisés et augmentés de leurs intérêts,
ciennes plantations de café! représentent 21 milliards de dollars ! G.W. Bush
Au début des années 1970, grâce à ses et la France décident alors de « débrancher »
85000 hectares de canne à sucre, Haïti exporte Aristide pour le remplacer par René Préval,
un sucre raffiné de qualité vers les Etats-Unis. plus discipliné et obséquieux. Alors, pourquoi
En 1995, moins de 45000 hectares restent em- tant d’acharnement contre Haïti ? Une des ré-
blavés en canne à sucre, et Haïti doit importer ponses se trouvent-elles dans le trafic de dro-
plus de 100000 tonnes de sucre par an pour gue... (cf. www.globalresearch.ca) ?
sa consommation intérieure! C’est le résultat
de l’ouverture du marché intérieur aux surplus Luc Brossard
agricoles en provenance des Etats-Unis.

POUR ALLER PLUS LOIN APRÈS CE DOSSIER : Plate-forme Dette & Développement : www.dette2000.org Eurodad : www.eurodad.org
Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM) : www.cadtm.org Jubilé Sud : www.jublileesouth.org

22
EN IMAGES
TEXTE ET PHOTOS: Anna Bednik

PEROU :
Les îles flottantes du « peuple du lac » Titicaca

L’histoire des peuples originels des rivages et des îles du lac Titicaca – le lac navigable le plus haut du
monde (situé à 3 810 mètres d’altitude), qui s’étend sur environ 8300 km2 entre le Pérou et la Bolivie
– est complexe et peu connue, soigneusement occultée par les chroniques des envahisseurs succes-
sifs : Aymaras, Incas, puis Espagnols. Les îles flottantes des Uros, situées dans la baie de la plus grande
ville de la rive péruvienne, Puno, portent cependant toujours le nom de ceux, qui, selon les légendes
locales, étaient là « avant le soleil ».

Sur ces petites îles totalement artificielles, construites avec de la totora, le roseau qui pousse en
abondance près des rivages, les pêcheurs Uros (ou « Kotsuña »), l’un des nombreux peuples du lac
aujourd’hui disparus, continuaient, même aux temps des Incas et des Espagnols, à perpétuer leurs
traditions et leurs rites.

La dernière « vraie » Uro serait décédée en 1959, et la langue ancestrale, uruquilla, est en train de
s’éteindre. Mais les îles flottantes sont toujours là, habitées aujourd’hui par une population métissée
Uro-Aymara (environ 3000 personnes), qui continue à s’appeler Uro et à vivre de la pêche et du ro-
seau comme les anciens. Le roseau, totora, fournit aux habitants des Uros quasiment tout. Matériel
de construction pour les îles elles-mêmes, il est aussi utilisé dans la fabrication des habitations, des
meubles et des barques, et vendu comme fourrage pour le bétail du « continent ».

Toutefois, si le mode de vie insulaire a, dans le passé, servi avec quelque succès de rempart à l’ac-
culturation, il ne semble pas arrêter les conquistadors modernes. Des missionnaires adventistes ont
construit des écoles flottantes et offrent aux convertis des plaques de tôle pour construire toits et
cabanes en lieu et place des habitations traditionnelles. Quant à l’afflux croissant de touristes, pour
qui l’escale de quinze minutes aux Uros est devenue une étape obligatoire sur la route pour l’île de
Taquile ou la Bolivie, il fournit certes une précieuse source de revenus aux habitants, mais au prix de
donner aux îlots, envahis à l’heure de pointe, un triste air de Disneyland.

23
Chaque île héberge entre 3 et 10 familles. Le nombre total des îles, environ 40, varie
en fonction des besoins - agrandissement des familles, décision de séparation ou de
regroupement, etc. - et des dégâts provoqués par les intempéries.

Les habitants des Uros


vivent de la pêche et de la
chasse d’oiseaux sauvages,
de la vente de totora et de
barques qu’ils construisent,
mais aussi, de plus en plus,
du tourisme. Ainsi, pendant
que les hommes pêchent ou
travaillent à Puno, les femmes
reçoivent les touristes en
espérant réaliser quelques
ventes : des artisanats faits
de totora et des broderies
typiques de la région (même
si ces dernières ne sont pas
vraiment traditionnelles pour
les Uros).

24
EN IMAGES

Les îles sont construites sur des couches


compactes de racines décomposées de totora,
de 2 à 3 mètres d’épaisseur. Dessus, sont
amoncelées des couches de totora sèche, qui
doivent être renouvelées au fur et à mesure de
leur décomposition. Les « îles-bateaux » sont
ancrées au fond du lac à l’aide de pieux et de
grosses pierres attachées à des cordes.

Un arrêt de quinze minutes sur une ou deux îles Uros est devenu
incontournable pour tous les bateaux de tourisme, qui, depuis
Puno, prennent la route des îles Taquile, Amantani ou la Bolivie.
Mais le développement touristique reste inégal : les visites sont
conditionnées par les accords passés entre les îles, les agences de
voyage et les propriétaires des bateaux, et les îlots les plus éloignés
restent en dehors de ce circuit économique.

25
RESEAU BI-REGIONAL

ENLAZANDO ALTERNATIVAS III

SUCCÈS DU SOMMET
DES PEUPLES DE LIMA
Après les deux premiers sommets à Guadalajara en 2004 et à Vienne
en 2006, la troisième édition à Lima, du 13 au 16 mai 2008, allait revêtir
un enjeu spécifique, surtout dans le contexte d’effervescence latino-
américain actuel, alors que l’Europe s’enfonce dans un ultralibéralisme
débridé. Le résultat fut à la hauteur des aspirations des organisateurs
avec plus de 15 000 participants et une centaine de débats, et 20 000
manifestants lors de la clôture sur la Place 2 de Mayo au cœur de Lima.

tion Nationale des Indigènes de Colombie, la

A u delà des chiffres, il faut y voir le formi-


dable travail entrepris par la Coordinadora
Peruana, comité d’organisation péruvien, qui
COICA – Coordination des Organisations In-
digènes de la Cuenca Amazonienne, la CICA
– Conseil des Organisations d’Amérique Cen-
a réussi à mobiliser organisations syndicales trale, la CONAIE – Confédération des Nations
et indigènes, mouvements sociaux et partis Indigènes de l’Equateur.
politiques péruviens, face à un pouvoir politi-
que qui a fait de la stratégie libérale son credo, Cette soif de justice sociale s’est particuliè-
privatisant tout ce qui pouvait l’être encore, rement manifestée dans l’imposante partici-
ancrant son économie aux intérêts des multi- pation aux séances de la seconde édition du
nationales étasuniennes et européennes. Tribunal Permanent des Peuples, à travers la
Soyons clair, ce sommet a été imposé au gou- mise en accusation des vingt transnationales
vernement d’Alan Garcia qui - quinze jours
avant - se refusait de donner un lieu aux or-
ganisations pour que ce Sommet des Peuples
puisse se tenir dans la Capitale. CRÉATION DU RÉSEAU ET DU SOMMET

Ce succès est aussi lié à la volonté des peuples Il y a cinq ans à Paris, naissait lors du Forum Social Euro-
andins et plus largement latino-américains et péen, l’idée d’organiser un contre sommet des peuples
caribéens, de ne pas laisser l’Europe, après les en alternative à celui des Chefs d’Etats et de Gouverne-
Etats-Unis, dicter sa loi sur leur continent. Une ments de l’Union Européenne et de l’Amérique latine
forte mobilisation en phase avec l’évolution Caraïbe.
politique de ces dernières années. Rappelons
la récente ascension d’un nouveau gouver- L’année suivante, en 2004 à Guadalajara (Mexique),
nement de gauche et l’élection de Fernando le premier Enlazando Alternativas (EA) accueillait un
Lugo, au Paraguay. peu plus de trois cents participants, et dans la foulée
se créait le Réseau bi continental Europe Amérique
L’université nationale d’Ingénierie (UNI) de Latine Caraïbe, dénommé depuis Réseau Enlazando
Lima, a aussi été le siège durant ces quatre Alternativas, qui a réussi le pari de réunir, en 2006 à
jours de la représentation des principales or- Vienne (Autriche), plus de 5000 personnes. C’est là qu’a
ganisations indigènes du continent latino- eu lieu la première session du Tribunal Permanent des
américain : la CAOI – Coordination Andine des Peuples (TPP) mettant en accusation les violations des
Organisations Indigènes, la ONIC – Organisa- droits de l’homme perpétrées par les transnationales
européennes en Amérique latine et Caraïbe.

26
RESEAU BI-REGIONAL

Deux photos ci-dessous: Inauguration du Sommet des Peuples au


théâtre de l’UNI, ainsi que de la session du Tribunal Permanent des Peu-
ples (TPP) mettant en accusation les transnationales européennes en
Amérique latine et Caraïbe. Plus de 2000 personnes étaient présentes.

© Pedro Ramiro Pérez


Ci-dessus : Juan Hernán-
dez (Pays Basque - Etat
espagnol) était l’un des ex-
perts invités par le Tribunal
permanent des Peuples. Il
est professeur de Droit du
Travail de l’Université du
Pays Basque (UPV/EHU) et
membre du Conseil écono-
mique et Social basque.

en Amérique latine comme en Europe, et la fler le carnet de commandes


sentence finale émise par le Jury. des transnationales et à approfondir les poli-
Celle-ci ne s’est pas contentée de condamner tiques néolibérales - sont incompatibles avec
les multinationales, mais elle a aussi permis de le discours du sommet officiel sur le change-
mettre en exergue les politiques néolibérales ment climatique, la réduction de la pauvreté
et la complicité des gouvernements, comme et la cohésion sociale.
des institutions telles que l’OMC, le FMI, la
Banque Mondiale, ou la BID. Quatre jours pendant lesquels nous avons
Le Tribunal a par ailleurs, dans ses conclusions, montré combien les Traités de libre échange,
fait des demandes concrètes au Conseil des signés par ces pays avec l’Union européenne,
Droits Humains des Nations Unies, à la Cour n’avaient rien à envier à ceux proposés par
Pénale Internationale, aux Présidents des Tri- les Etats-Unis, et que nous rejetons le pillage
bunaux et Cours constitutionnelles, Ministères sans discernement des ressources naturelles,
publiques, etc. de l’Union européenne comme le déplacement de communautés entières, la
d’Amérique latine et Caraïbe. dévastation de la biodiversité, l’épuisement
des ressources hydriques, la paupérisation de
Quel chemin parcouru en quelques années la main d’œuvre, pour lesquels les multinatio-
pour créer entre les peuples des deux régions, nales européennes ont une lourde part de res-
de nouvelles solidarités, afin de construire en- ponsabilité.
semble un système dans lequel les droits éco-
nomiques, politiques, sociaux, culturels et en- Mais l’Enlazando Alternativas III n’a pas seu-
vironnementaux du plus grand nombre soient lement dénoncé la politique de l’Union euro-
une priorité et une raison d’être des politiques péenne en faveur de ses multinationales, ce
gouvernementales. fut aussi un temps fort de mise en accusation
Pendant ces quatre jours, nous avons cher- de la politique des gouvernements de l’UE
ché à mettre en évidence très concrètement autour du Traité de Lisbonne qui renforce le
combien ces politiques de compétitivité et de concept d’une Europe Forteresse, d’une Euro-
croissance économique - qui cherchent à gon- pe néolibérale qui intensifie la militarisation,
l’exclusion, les inégalités et la marchandisa-

27
RESEAU BI-REGIONAL

© Fabien Cohen Dans le même temps, il fut une fois de plus


rappelé la dette historique que se doit d’as-
sumer l’Union Européenne envers les peuples
d’Amérique Latine, en particulier envers les
peuples originaires. Une réalité historique aux
conséquences particulièrement dramatique
en Haïti, résultat de décennies de spoliation,
aggravée par l’actuelle domination militaire.
Autre résolution particulière, celle dénonçant
la politique de complaisance de l’Union Euro-
péenne avec le gouvernement colombien.

Ce sommet alternatif de LIMA, a conforté les


précédents dans la nécessité de plus et mieux
mutualiser les luttes des peuples latino-amé-
ricains, caribéens et européens, et de s’unir
En haut : Plus de 20 000 personnes se sont ras-
semblées, le 16 mai 2008, sur la Plaza 2 de mayo
pour défendre leur bien-être et renforcer la
lors de l’acte final du Sommet des Peuples, orga- résistance et la mobilisation contre les politi-
nisé par le réseau Enlazando Alternativas. ques néolibérales à l’image de l’IIRSA (Initiative
pour l’Intégration Infrastructurelle Régionale
A gauche : Marche finale des délégations pré- Sud Américaine) ou des questions relatives au
sentes au Sommet des Peuples partant de l’Uni-
versité Nationale d’Ingénierie (UNI) jusqu’à la domaine minier, aux agro combustibles, etc.
Plaza 2 de Mayo, au centre de Lima.
D’où l’appel lancé aux populations pour qu’el-
les ne se laissent pas encore abuser par des
gouvernements autoritaires, qui prétendent
criminaliser les mouvements de protestation
© Pedro Ramiro Pérez civile justes, et à s’unir pour être ainsi à la hau-
tion sur les deux continents et qui favorise teur des défis auxquels l’humanité doit faire
le durcissement des politiques sécuritaires et face aujourd’hui.
répressives.
Une analyse, qui a su avec discernement sa- Un appel qui annonce une volonté de renfor-
luer des mesures positives comme la natio- cer la structuration de notre réseau bi-conti-
nalisation d’entreprises stratégiques pour le nental, pour donner une suite concrète aux
développement national et les ressources mobilisations annoncées notamment autour
nationales, qui appartiennent aux peuples, et des Traités de libre échange ou des politiques
non aux transnationales, telle que l’entreprise de migration, tout en invitant les organisations
bolivienne de télécommunications ETI/ENTEL. sociales et populaires des deux continents à
Cela a débouché sur un appel aux gouverne- préparer dès maintenant le prochain Sommet
ments favorisant des politiques progressistes Social des Peuples, Enlazando Alternativas IV,
pour qu’ils adhèrent au processus de transfor- qui aura lieu en 2010 à Madrid (Espagne).
mation que nous encourageons. Comme le dit
le Coordinateur de la CAOI, Miguel Palacin, « Il
est venu le temps pour la société civile et les peu-
ples indigènes d’être reconnus comme des sujets
politiques dont le travail et le rôle politique est mis
Fabien Cohen
journellement en pratique sur leurs territoires ».
Secrétaire Général de FAL

Intégralité des résolutions finales :


Site de FAL www.franceameriquelatine.org
Site du Réseau Enlazando Alternativas www.enlazandoalternativas.org

28
Culture(s)

Lee Kyung Hae


Film documentaire de Daniel Tromben Rojas, France-Mexique, 2007,
54 min, vostf.

Quand le fait divers devient symbole et offre une grille de


lecture du monde…

Cancún, Mexique, 10 septembre 2003, Lee Kyung Hae, paysan coréen, se donne la mort devant
les grilles qui protègent les décideurs de l’OMC d’une foule militante venue du monde entier. Lee, étu-
diant devenu paysan par idéalisme, ruiné comme tant d’autres, prend en charge ce malheur collectif.
Sa voix exprime son désir de témoignage sacrificiel et son obsession : « l’OMC tue les paysans ».
Témoignage croisé de paysans, syndicalistes d’Inde, du Mali, du Mexique ou même d’Europe :
Lee, de façon spectaculaire, a rendu visible la détresse paysanne devant l’ouverture des marchés locaux
aux produits du Nord à très bas prix, laissant aux paysans le choix entre faillite, suicide, émigration.
Etablir le droit à l’autosuffisance alimentaire locale, sauver les paysans, empêcher les famines qui
s’annoncent, garantir une nourriture saine pour tous et une terre cultivée avec soin par ceux qui y vivent.
A travers l’empathie créée par le geste et la voix de Lee, ce sont peu à peu les effets et les causes d’une
politique agricole mondiale folle qui se donnent à penser.
Oui, décidément, nous sommes tous concernés par le geste de Lee, et par le film de Daniel Tromben
Rojas.
Par Anne-Marie Lustin, FAL 33
Contact film : danieltrombenrojas@gmail.com Tél : 06 30 46 21 33
Contact film :
Tél : 06 30 46 21 33

Le Volcan latino-américain
Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine,
Gaudichaud Franck (dir.), Paris, Éditions Textuel, 2008, 440 pages, 24 euros.

Ce livre collectif dirigé par Franck Gaudichaud aborde les principales dy-
namiques politiques de l’Amérique latine et les mouvements sociaux les plus
importants de ces dernières années. Ainsi, des mouvements indigènes ou fémi-
nistes aux expériences des différents gouvernements progressistes, en passant
par les zapatistes mexicains, les analyses reviennent sur quelques idées reçues,
démontrant les contradictions, dont l’une des principales au sein des gouver-
nements de gauche, est celle entre la rhétorique radicale et les actes pragmatiques. Si ces expériences,
loin d’être achevées, peuvent encore prendre différents chemins, le livre souligne déjà l’un de ses effets
positifs : les classes populaires engagées dans ces mobilisations ont repris l’initiative.
Le « Volcan latino-américain » est traversé d’une question centrale sur l’articulation entre mou-
vements sociaux et partis politiques dans le projet de transformation de la société. Il poursuit le débat
rouvert par le soulèvement zapatiste, en 1994, et le livre de John Holloway, « Change the world without
taking power » (2002). Ce livre constitue ainsi une somme qui fera sûrement référence pour quiconque
s’intéresse à l’actualité de ce continent, mais aussi pour tous ceux qui réfléchissent aux expériences ré-
centes de résistance à la contre-offensive néolibérale.
Par Frédéric Thomas, revue Dissidences

Un ouvrage avec la participation de Arturo Anguiano, Atilio Borón, Hervé Do Alto, Cédric Durand, Bernard Du-
terme, Jairo Estrada Álvarez, Thomas Fritz, Jules Falquet, Janette Habel, Claudio Katz, Edgardo Lander, Maurice
Lemoine, Michael Löwy, Pablo Navarette, James Petras, Hélène Roux, Alexis Saludjian, Maristella Svampa et
Eric Toussaint.
Contact livre : franck.gaudichaud@u-grenoble3.fr 29
VIE ASSOCIATIVE

FAL 33 - Comité Bordeaux Gironde

PROMOUVOIR LE CINÉMA
LATINO-AMÉRICAIN INÉDIT
Créé en 1981 par des amis de l’Amérique latine et des latino-américains
résidant dans la région bordelaise, notre comité est ouvert à toute
personne intéressée par le soutien et la participation aux actions de
solidarité envers l’Amérique latine.
Rencontres du Cinéma latino-américain depuis 1985, conférences-
débats, campagnes de solidarité, concerts, expositions, voyages, etc :
les activités Fal 33 sont multiples. Exemple de la promotion du cinéma
latino-américain :

Catalogue de films latino-américains distri-


bués par FAL 33

Depuis 6 ans nous sous-titrons des films (fic-


tion et documentaire) produits de manière in-
dépendante. Nous avons décidé de lancer une
activité de distribution non commerciale afin
d’aider à la diffusion de ces œuvres en France
et en Europe. Elle s’inscrit dans notre volonté
Extrait du film « Cuba une utopie blessée », de Renaud Schaack
d’aider et de promouvoir un cinéma latino-
américain inédit et de qualité.
mis au vote des spectateurs. Grâce au soutien
Nous disposons de films des pays suivants : de Laser-Cofinoga, le 1er prix du public consis-
Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa te en une dotation de 1000 euros pour le réa-
Rica, Equateur, Mexique, Nicaragua, Pérou, Ve- lisateur. Pour le 2ème prix, FAL 33 sous-titre le
nezuela. documentaire suivant du réalisateur.
Ces films abordent diverses thématiques : la
terre ; les ressources naturelles et l’environ- Edition 2008
nement ; les migrations ; les droits humains ; 1er prix : Cuba, une utopie blessée, Renaud
la lutte contre l’impunité et pour la mémoire ; Schaack, (France/Cuba, 2007, 90 min)
le monde du travail ; les médias ; les rapports A travers un voyage dans l’Histoire et ses tu-
Nord-Sud et les traités de libre échange… multes, ce film propose une réflexion sur les
ambitions et les difficultés d’une politique
Prix Public du Documentaire Indépendant culturelle émancipatrice.

En 2007, les Rencontres ont choisi de créer 2è prix : Terre de refuge, récits de l’exil, Favio
le Prix Public du Documentaire Indépendant Fisher et Hernan Belon (France/Argentine,
attribué à un documentaire indépendant ou 2007, 63 min)
auto-produit. Trente après avoir fui les dictatures d’Améri-
Les films en compétition, sélectionnés par les que latine, des réfugiés politiques exilés en
responsables de la programmation, sont sou- France racontent…

30
VIE ASSOCIATIVE

Edition 2007
1er prix : Abya Yala es nuestra, Patrick Vanier
(France/Bolivie, 2007, 80 min)
Mille voix racontent, autour de l’élection du
premier président indigène d’Abya Yala, l’his-
toire de ce continent envahi par l’Europe.

2è prix : Plan Puebla Panama, du CIEPAC (Mexi-


que, 2006, 57 mn)
Le Plan Puebla-Panamá est un programme
de développement à l’initiative du gouverne-
ment de Fox et de la BID qui coupe le Mexique
en deux.

Le comité FAL 33
Photo tiré du film « Abya Yala es nuestra », Patrick Vanier
Contact:
16, rue Son Tay 33800 Bordeaux
Tél/fax : 05 56 85 27 35
Couriel : franceameriquelatine@free.fr
Site : www.fal33.org

J’ADHERE A L’ASSOCIATION JE M’ABONNE A FALMAG

Amitié - Découverte - Solidarité 4 numéros trimestriels par an


avec les peuples d’Amérique latine et 1 hors série « Spécial Culture »
de la Caraïbe

ADHESION 2008 : ABONNEMENT POUR UN AN (tarif 2008) :


Etudiant/ Chômeur 8 € Adhérent France Amérique Latine 15 €
Normal 24 € Non Adhérent 27 €
Collectivité 40 € Collectivité 50 €
Etranger 50 €

SOUSCRIPTION (je souhaite aider les activités menées par France Amérique Latine) :
Je verse la somme de ................. €

NOM : ..................................................... ............. PRENOM : ................................................

ADRESSE : .....................................................................................................................................

CODE POSTAL : .................................................. VILLE : ................................

EMAIL: ................................................................ TELEPHONE : ..........................................

Réglement par chèque à envoyer à : France 31Amérique Latine, 37 Bd Saint-Jacques 75014 Paris
Pour plus d’informations Tél : 01 45 88 20 00 ; Email : falnationale@franceameriquelatine.fr
VENEZUELA,
Au rythme
des communautés
La Grande Savane, Le Delta de l’Orénoque, Ubanoco, Mochima, Medina

« Un autre voyage est possible »


Pour découvrir la culture et le mode de vie des populations locales, pour partager le
quotidien des personnes au sein de différentes communautés ou villages,
et pour découvrir les principaux sites.

Du 22 Octobre au 05 Novembre 2008


Circuit 15 jours / 13 nuits au départ de Paris

Programme :
Au cours de ce voyage, vous traverserez les régions du
sud ouest vénézuélien pour rejoindre ensuite le célè-
bre Delta de l’Orénoque avant de revenir à Caracas.

Nous avons organisé avec notre partenaire local votre


séjour au sein des communautés et des villages où les
habitants vous accueilleront pour vous faire découvrir
leur mode de vie et leurs traditions.

Les points forts de ce voyage:

Découverte de la nature et des paysages avec des


baignades en pleine nature
Le prix comprend :
Découverte du Delta de l’Orénoque - Le vol aller-retour Paris / Caracas
- La pension complète
Des nuits sous tente au sein de villages indigènes - Hébergement dans des hôtels 2 étoiles ou
au sein des communautés
ou dans des cases traditionnelles - Les excursions et visites
- L’assistance d’un guide francophone
- Les transferts

Prix adhérents : 1 835 euros TTC Le prix ne comprend pas :


(sur la base de 6 participants) - Les taxes aéroport (180 € à ce jour)
- Le supplément chambre individuelle :
150€ par personne
FAL VOYAGES : - Les assurances : 35 € par personne
- Les boissons lors des repas
TÉL: 01 45 88 20 00 - Les pourboires et dépenses personnelles
Email: falvoyages@franceameriquelatine.fr