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Lire des rouleaux de papyrus sans les dérouler

Une nouvelle technique d’imagerie pourrait nous livrer bientôt les secrets des papyrus calcinés
d'Herculanum, qui formaient la bibliothèque du philosophe épicurien Philodème de Gadara.

François Savatier

Pi-iota-pi-tau-omicron-iota-epsilon, c’est-à-dire Π-Ι-Π-Τ-Ο-Ι-Ε, sont les premières lettres grecques


déchiffrées dans le fragment du papyrus d'Herculanum de Paris n°4. Une équipe franco-italienne dirigée
par Vito Mocella, du CNR (consiglio Nazionale delle ricerche, l'équivalent de notre CNRS), vient de mettre
au point un procédé tomographique pour déchiffrer les papyrus d’Herculanum sans avoir à les dérouler.

Ces centaines de volumens ou livres-rouleaux, c'est-à-dire de longues bandes de papyrus enroulées sur
elles-mêmes, constituaient la bibliothèque du philosophe épicurien d'origine syrienne Philodème de
Gadara (110 - 40 avant notre ère), qui fut l'un des protégés de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus (100 -
43), un homme politique romain dont Jules César épousa la fille en troisième noce.

Hélas, encore enroulés sur eux-mêmes, les papyrus d'Herculanum sont aussi noirs qu’une bûche
calcinée, car ils ont été carbonisés par la chaleur des boues volcaniques du Vésuve, qui les ont
brusquement recouverts en 79 de notre ère. Depuis leur découverte en 1752, on a tenté d'en dérouler
un certain nombre pour les lire… en les détruisant en grande partie à chaque fois. C'est pourquoi, Vito
Mocella du CNR et trois collègues, dont Daniel Delattre du CNRS et du CISPE (l'institut international dédié
aux papyrus d'Herculanum) ont cherché depuis des années un moyen de les lire sans les détruire. Ils se
sont concentrés sur deux des six volumens d'Herculanum qui furent donnés en cadeau à Napoléon
Bonaparte en 1802, aujourd'hui conservés aujourd'hui à l'Institut de France à Paris.

Les chercheurs ont mené au synchrotron européen de Grenoble des essais de tomographie X par
contraste de phase. Cette technique d’imagerie permet de reconstituer des motifs dans l’espace en
exploitant les différences de phase optique qu’ils créent, plutôt que des contrastes de densité comme en
imagerie X classique. La méthode doit encore être raffinée, mais selon Daniel Delattre, à terme,
seulement quelques heures suffiront pour scanner un rouleau entier. Un long travail de reconnaissance
et de placement des lettres sur les nombreuses spires constituant le rouleau s'ensuivra pour établir le
texte grec. Celui-ci pourra alors être enfin livré aux historiens impatients…  Ensuite ? À nous la
philosophie antique !

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