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« L'autobiographie, qui paraît au premier abord le plus sincère de

tous les genres, en est peut-être le plus faux. »


par Adrien Ottino, le 27 mars 2010

« Madame Bovary, c'est moi! » , disait Flaubert. C'est probablement cette exclamation qui a poussé
Albert Thibaudet à écrire à propos de ce grand auteur: « L'autobiographie, qui paraît au premier
abord le plus sincère de tous les genres, en est peut-être le plus faux. » .
L'autobiographie permet-elle véritablement au lecteur de comprendre la mentalité d'un auteur? A
l'inverse, la fiction est-elle tout à fait détachée de la vie de l'écrivain?

Qu'est-ce que l'autobiographie? En réalité, c'est une analyse consciente de la psychologie de l'auteur
par lui-même. En 1964, Jean-Paul Sartre dira au sujet de son autobiographie, Les Mots, qu'elle
explique « L'origine de [sa] folie, de [sa] névrose. » .
Il est connu que Sarte était tout à fait opposé aux idées de Sigmund Freud. Néanmoins, la
psychanalyse est également capable de comprendre la névrose de Sartre grâce aux manifestations de
son inconscient.
Hors il se trouve que la fiction est un excellent moyen de comprendre l'inconscient d'un écrivain,
voire son passé. Par exemple, La Métamorphose de Franz Kafka montre bien la relation difficile
que celui-ci entretient avec son père, alors que cette nouvelle raconte des événements fictifs.

L'autobiographie s'impose comme un genre littéraire véridique: elle se base sur des faits réels et cite
des dates précises. De plus, le narrateur est à la fois héros et auteur, ce qui permet une plus grande
précision dans les événements et les sentiments du personnage.

Mais cette sincérité est à double tranchant; le lecteur, rendu confiant par le fait que l'écrivain décide
de s'ouvrir à lui, oublie qu'on lui cache probablement une partie de la vérité. En effet, l'auteur est
souvent victime de ce que les psychologues appellent un « biais de confirmation d'hypothèse » .
L'écrivain se concentre sur les événements de sa vie qui confirment la vision qu'il se fait de lui-
même, mais ne mentionne pas, consciemment ou inconsciemment, les faits qui peuvent contredire
cette représentation. Ainsi, lorsque Sartre parle de son grand-père en dénonçant l'amour feint ou en
tout cas sublimé que celui-ci lui porte, il donne quelques exemples qui vont en ce sens, mais le
lecteur n'a aucun moyen de savoir si, à d'autres moments, Karl Schweitzer avait fait preuve d'un
amour plus sincère pour son petit-fils. De plus, s'il y a omission, on ne sait pas si elle est volontaire
ou due à un oubli dû au biais de confirmation d'hypothèse.

En outre, dans une autobiographie, une confusion est possible entre les sentiments du héros au
moment décrit et ceux de l'auteur lorsqu'il écrit le livre. Il est impossible de dire si le petit
« Poulou » se sentait véritablement destiné à devenir le grand Sartre ou si ce dernier à arrangé ses
souvenirs afin de le laisser croire. Dans ce cas, Les Mots ne seraient en réalité pas plus crédible que
le livre qu'il mentionne à la page 164, L'enfance des hommes illustres.
Enfin, la honte peut empêcher un auteur de publier certaines turpitudes survenues dans sa vie.

La fiction est bien plus sincère; l'auteur annonce clairement qu'il ne cherche pas à tromper son
lecteur, puisque le livre raconte des faits fictifs. L'auteur se sent ainsi en sécurité pour parler de
thèmes qui lui sont chers, voire d'un traumatisme. C'est le cas notamment d'Aharon Appelfeld qui,
dans son roman Tsili, raconte son isolement total après la mort de ses parents à travers les yeux d'un
personnages du sexe opposé. Cette projection lui permet de se sentir moins impliqué et, de ce fait,
de faire preuve d'une plus grande sincérité.

Même si l'autobiographie permet de connaître un certain nombre d'événements survenus dans la vie
de l'auteur, pour un lecteur attentif, le meilleur moyen de comprendre un écrivain est de le découvrir
au travers de ses oeuvres de fiction, lorsqu'il se livre totalement.