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L'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL ET L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET

PROFESSIONNEL EN CÔTE D'IVOIRE : QUELLE ARTICULATION POUR


QUELS ENJEUX ?

Aska Kouadio

Armand Colin | « Carrefours de l'éducation »

2007/2 n° 24 | pages 217 à 232


ISSN 1262-3490
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2007-2-page-217.htm
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L’enseignement général
n International

et l’enseignement technique
et professionnel en Côte
d’Ivoire : quelle articulation
pour quels enjeux ?
s Aska Kouadio

À
l’instar de beaucoup de pays africains, le système
éducatif en Côte d’Ivoire a été l’objet d’une atten-
tion particulière dans les programmes de déve-
loppement économique afin d’offrir à la popula-
tion une culture de type moderne, d’orienter et
sélectionner les jeunes destinés à fournir les cadres
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moyens et supérieurs et de préparer les autres à
soutenir le processus de développement économi-
que du pays. Des budgets importants ont été alloués à ce secteur depuis
l’indépendance en 1960. Aujourd’hui, plus de 43 % du budget général
de fonctionnement de l’État (BGF) sont consacrés à ce secteur (Tanoh
Kouadio, 1999).
Cependant, les graves difficultés financières liées à la crise économique
des années quatre-vingt, la mise en place des Programmes d’Ajustement
Structurel (PAS), l’amenuisement des ressources publiques, l’essoufflement
de l’État et la crise politico-militaire vont affecter le système éducatif pour
aboutir à une baisse drastique du rendement interne. La faiblesse du ren-
dement interne du système éducatif se caractérise à la fois par des taux de
redoublement excessifs (43 % au CM2, 32 % en classe de troisième et de
28 % à 45 % en classe de terminale selon les spécialités) et par un nombre
d’abandons important (30,8 % au CM2 et 32 % en troisième, Unesco,
1999). Les taux de transition dans le système éducatif sont caractéristiques
du manque d’efficacité de l’enseignement. On peut en effet noter que 30 %
des effectifs de la classe de CM2 passent en classe de sixième (Projet BAD V,
2002). Les classes de CM2 et de troisième apparaissent ainsi comme des
goulots d’étranglement, facteurs de nombreux abandons scolaires et de
gaspillage de ressources.
Outre un faible rendement interne, le système éducatif se caractérise
également par un faible rendement externe. Le système est essentiellement

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


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orienté vers la satisfaction des besoins d’un secteur moderne d’emploi (secondaire
et tertiaire) qui représente moins de 10 % des emplois de la population active. Les
problèmes d’insertion dans la vie active se posent avec de plus en plus d’acuité aux
sortants du système éducatif, et il est estimé que près de 250 000 jeunes déscolari-
sés viennent grossir chaque année le nombre de chômeurs (Projet BAD V, 2002).
Des études et rapports d’évaluation conduits par des chercheurs et des experts
ont identifié un certain nombre de facteurs comme étant à l’origine de la faiblesse
de ces résultats dont notamment : la dégradation des conditions de l’enseignement
(K. Fadiga, 1997), la mauvaise organisation de l’établissement (M. T Sawadogo et
C. Yeo, 1997) ; les programmes et les contenus de formation inadaptés ; l’inadé-
quation entre la formation et le marché de l’emploi (Projet BAD V, 2002) ; l’absence
de partenariat entre les écoles de formation et les entreprises (Aska, 2000), etc. Il
faut y ajouter les contraintes liées d’une part à une croissance démographique de
près de 3,6 % par an, qui résulte d’une forte natalité, d’une baisse de la mortalité
et d’un solde migratoire international positif, et d’autre part, à la jeunesse de la
population (56 % des Ivoiriens ont moins de 20 ans).
Pour faire face à l’ampleur des problèmes de l’éducation et de leurs incidences
pratiques, le Gouvernement a élaboré un plan national de développement de
l’éducation-formation (PNDEF) qui couvre la période 1998-2010. Aussi, ce plan
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procède-t-il de la volonté de rendre le système éducatif plus performant en corri-
geant les dysfonctionnements internes et externes.
Mais, lorsqu’on examine les différents aspects du PNDEF et les projets identifiés
par les experts pour le secteur éducation, formation, on se rend compte de l’inexis-
tence de projets formulés dans l’optique d’une étude devant déboucher sur une
politique globale réellement cohérente du secteur. Des allusions sont réellement
faites : les experts recommandent la définition d’une politique cohérente essentielle
à la mise en œuvre des investissements dans le secteur et une concertation intra-
sectorielle soutenue sur une longue période. C’est le lieu de rappeler que le secteur
Éducation-Formation, du point de vue institutionnel est géré au moins par trois
ministères (non compris les ministères techniques) : le ministère de l’Éducation
nationale qui a en charge l’enseignement préscolaire, primaire et secondaire géné-
ral ; le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle
et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. La
répartition des activités du secteur entre trois départements ministériels dispo-
sant chacun de plusieurs structures pose le problème crucial d’articulation ou de
recherche d’une bonne cohérence et de synergie des actions.
Pour nous, ce problème mérite d’être posé à un moment où le comportement
des acteurs du système éducatif nous indique que chacun est plus préoccupé par
sa « chapelle » que par le souci de l’autre. Ce problème mérite aussi d’être posé à
un moment où les élèves sont de plus en plus jeunes et que, pour leur âge, il va
falloir être assez imaginatif pour améliorer l’accès et la rétention dans les différentes
structures du système éducatif. En agissant ainsi, l’on rejoint la Ligue internationale

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L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 219

d’éducation nouvelle qui recommande que l’éducation favorise le développement


aussi complet que possible des aptitudes de chaque personne, à la fois comme
individu et comme membre d’une société régie par la solidarité (in M. Debesse et
G. Mialaret, 1968). Aussi, une bonne articulation entre l’enseignement général et
l’enseignement technique et professionnel peut-elle contribuer à la réalisation de
ces nobles missions à la fois institutionnelles, pédagogiques, sociales et culturelles.
C’est l’objet de cette présente étude.
Nous montrerons qu’une bonne cohérence entre l’enseignement général et
l’enseignement technique et professionnel peut favoriser une meilleure adaptation
de l’élève au système éducatif et au-delà, contribue à l’insertion de l’élève dans la
société du savoir, du savoir-faire et du savoir être.
Pour y parvenir, notre étude procède d’abord de la définition du concept d’ar-
ticulation et son rapport à l’enseignement général et l’enseignement technique et
professionnel. Elle examine par la suite les niveaux actuels de l’articulation entre
les institutions. L’étude se propose enfin de déterminer des visées pour une autre
articulation des deux ordres d’enseignement en Côte d’Ivoire.

Le concept d’articulation et ses implications


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D’un point de vue anatomique, l’articulation est un mode d’union des os entre
eux ; ensemble des parties molles et dures par lesquelles s’unissent deux ou plu-
sieurs os voisins. De ce point de vue, l’articulation est synonyme d’attache, de char-
nière, d’emboîtement… on parlera de l’articulation du genou, du coude, des doigts
avec toutes les maladies qui y sont rattachées : arthrose, coxalgie, entorse, etc.
Sociologiquement parlant, l’articulation, c’est l’organisation en éléments distincts
contribuant au fonctionnement d’un ensemble. Au plan systémique, on ajoutera
avec Joël de Rosnay (1977) que ces éléments doivent être en interaction dynamique
et organisés en fonction d’un but. L’articulation a donc un pouvoir d’unification et
d’intégration parce qu’elle englobe des aspects qui sont complémentaires : permet-
tre l’organisation par exemple des connaissances et rendre l’action de formation
plus efficace. Aussi, l’articulation devient-elle pour nous un concept opérationnel.
Les opérations portent d’une part sur le mode d’union des deux ordres d’enseigne-
ment et d’autre part, sur l’organisation des structures distinctes, qui contribuent au
fonctionnement de l’ensemble institutionnel. Pour mieux cerner ces opérations, il
serait intéressant de définir ces deux ordres d’enseignement.
L’enseignement général dont l’objet pourrait être représenté par l’acquisition de
connaissances théoriques, a pour enjeu la connaissance spéculative en ce qu’elle
est affranchie de ses implications pratiques. Par opposition, l’enseignement tech-
nique et professionnel, dont l’objet pourrait être représenté par l’acquisition d’un
savoir-faire, a pour enjeu la connaissance appliquée en ce qu’elle est subordonnée
aux lois et contraintes de production. Aussi, les enseignements organisés dans
les institutions d’enseignement technique et professionnel ont-ils pour vocation

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


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de former en milieu scolaire, les ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs des


grands secteurs de la production. Contrairement à ce qui se produit dans l’ensei-
gnement général, l’enseignement technique et professionnel ne constitue pas une
série de cycles que l’élève est invité à parcourir successivement. Chacun de ces
cycles conduit, en principe, à une formation terminale spécifique. Toutefois, on
peut dire que « l’enseignement général est à l’enseignement technique et profes-
sionnel, ce que l’utile est à l’utilitaire au sens où il tend à développer une capacité
de distanciation, une aptitude à s’abstenir du réel pour apprécier la diversité des
composantes, le potentiel d’implications, les contradictions qui le façonnent […]
alors que l’enseignement technique et professionnel tend à développer, une capacité
d’approche, une aptitude à coller à la réalité pour en maîtriser les contraintes et
agir à sa transformation ». (Assamoua Yao, 1992, p. 3).
Si le clivage entre « utile » et « utilitaire », « savoir » et « savoir-faire » est bien
réel, leur territoire de compétence n’est pas exclusif : l’« utile » ne manque pas
de prolongements utilitaires ; et l’« utilitaire » se révèle à l’occasion utile. Ainsi
se trouve posé le problème de l’articulation ou la complémentarité entre l’ensei-
gnement général et l’enseignement technique et professionnel. En Côte d’Ivoire,
des études ont montré (Bilan-diagnostic, 1986) que loin de s’améliorer, les rela-
tions entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel
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s’amenuisent au fil des années. Pour Philip H. Coombs (1980), cette situation a
pour origine une demande d’éducation et de formation qui dépasse de loin les
possibilités. Les difficultés économiques ont considérablement freiné l’expansion
du secteur avec des répercussions sur la formation et l’insertion des jeunes dans
la vie active. Cela s’observe particulièrement au niveau de l’accès et du maintien
dans le secondaire général, technique et professionnel. D’autres critiques mettent
en relief l’absence d’une véritable approche sectorielle de l’éducation qui nécessite
le renforcement des capacités des deux ordres d’enseignement (général et technique
et professionnel) et l’amélioration de leur coordination tant au plan pédagogique
qu’institutionnel (PNDEF, 1997). C’est pourquoi, il faut interroger les relations qui
existent entre l’enseignement général et l’enseignement technique et professionnel.
Ces deux ordres d’enseignement sont-ils cohérents ou au contraire leurs différents
aspects relationnels sont-ils rompus ou inadaptés au contexte socio-économique
et culturel actuel ? En d’autres termes, l’on peut se demander si l’enseignement
général et l’enseignement technique et professionnel ne sont pas deux domaines
qui se développent indépendamment l’un de l’autre en Côte d’Ivoire.
Poser le problème de l’articulation entre l’enseignement général et l’enseignement
technique et professionnel, c’est aussi mesurer et rechercher les vertus positives
d’une complémentarité entre les deux ordres d’enseignement. C’est enfin, chercher
à jeter un véritable « pont » entre les structures d’enseignement général et celles de
l’enseignement technique et professionnel, indispensable à l’adaptation du système
éducatif aux mutations sociales, économiques et culturelles actuelles et évolutives.
Tels sont les objectifs que nourrit cette réflexion.

• • • • • • • • • • • • • • •  Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007


L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 221

Schéma 1. — Structure du système éducatif

Facultés Grandes écoles CAFOP Centres universitaires

Établ. privés
BAC ACD prof.
et
BEF
BT BEP

18 T Ens. secondaire
Lycées Lycées
17 1re général CPM
techn. prof.
16 2e 2e cycle

BEPC
CAP CQP
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15 3
Ens. secondaire CETI CETF
14 4
général
13 5
1er cycle CFP CTF
12 6
CQP

CFA
CE 6e CEPE
AAP

11 CM2
10 CM1
9 CE2
Ens. primaire Légende
8 CE1
7 CP2 Diplôme terminal

6 CP1 Test et concours d’entrée

Sortie
5 G8
Éducation
4 M8
préscolaire Passage
3 P8

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


222 International

Enseignement général et enseignement technique


et professionnel : niveaux d’articulation actuels
Il existe dans l’ensemble trois paliers ou niveaux d’articulation de l’enseignement
général et de l’enseignement technique et professionnel (voir le schéma page
précédente).
Le premier niveau est l’accès à l’enseignement technique et professionnel de base
représenté par les centres de formation professionnelle (CFP) et les centres techni-
ques. Il concerne les élèves ayant suivi la classe de cinquième du premier cycle de
l’enseignement secondaire général. La formation – de trois ans – dans les CFP est
sanctionnée par le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) dans diverses spé-
cialités. Les déscolarisés des classes de CM2 et sixième de l’enseignement général
peuvent entrer en apprentissage, s’ils le désirent, dans les ateliers d’application et de
production (AAP) ou dans les centres de formation artisanale (CFA). Le deuxième
niveau d’articulation se situe à l’entrée dans les collèges d’enseignement techni-
que (CET), les lycées professionnels (LP) et les lycées techniques (LT) préparant
respectivement au brevet d’études professionnelles (BEP), au brevet de technicien
(BT), et au baccalauréat. Les populations scolaires concernées sont celles qui ont
le niveau de la classe de troisième de l’enseignement secondaire général. La durée
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de formation est de deux années pour le BEP et trois années pour le BT et le bac-
calauréat. Par ailleurs, des actions de formation qualifiante par apprentissage sont
organisées pour les déscolarisés des classes de troisième qui n’ont pu s’inscrire en
formation diplômante. Le troisième niveau d’articulation se situe à l’entrée dans
les structures d’enseignement technique supérieur représentées par les centres de
bureautique, de communication et de gestion (CBCG) et le centre d’électronique
et d’informatique appliquée (CELIA). Les élèves issus de l’enseignement général,
titulaires ou non titulaires du baccalauréat ont accès à ces établissements qui
forment en deux ou trois années au brevet de technicien supérieur (BTS) dans
plusieurs spécialités des secteurs tertiaire et secondaire. À l’inverse, des titulaires
du baccalauréat de l’enseignement technique et professionnel peuvent poursuivre
leurs études dans les universités dans certaines filières en fonction des séries du
baccalauréat. Les baccalauréats des séries E, G1, G2, B… sont concernés.
Ces trois niveaux d’articulation intègrent trois formes distinctes d’accès à l’en-
seignement technique et professionnel. Certains établissements ou filières sont
accessibles par l’unique voie du concours. C’est le cas des centres de formation
Professionnelle (CFP) des lycées professionnels (LP), et des centres de perfection-
nement aux métiers (CPM) où les candidats à l’entrée sont sélectionnés sur la base
des matières jugées fondamentales. D’autres établissements recrutent leurs élèves
ou stagiaires par la voie d’orientation scolaire. C’est le cas des lycées techniques
(classe de seconde), des collèges d’enseignement technique (CET). Ici l’orientation
concerne les élèves des classes de troisième, titulaires ou non du brevet d’études du
premier cycle (BEPC). Par ailleurs, l’accès à l’enseignement supérieur technique et

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L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 223

professionnel se fait sur orientation après le Baccalauréat. Néanmoins (la troisième


forme de recrutement) des établissements comme le CBCG et le CELIA recrutent
sur test des élèves ayant échoué au baccalauréat de l’enseignement général avec
une moyenne supérieure ou égale à 8/20.

Manifestations d’une mauvaise articulation


Les trois formes distinctes d’accès à l’enseignement technique et professionnel
découlant des trois niveaux d’articulation des deux ordres d’enseignement suscitent
des interrogations et des observations, sortes de manifestations concrètes d’une
articulation globalement insatisfaisante parce qu’inadaptée au contexte actuel et
évolutif du secteur de l’éducation et de la formation. La première manifestation
de cette mauvaise articulation, prend appui sur les « flux de passage » dans les
deux ordres d’enseignement. D’une manière générale, l’on constate que l’essentiel
des entrées dans l’enseignement technique et professionnel qui se faisait vers les
années quatre-vingt-dix à la fin de la classe de troisième, s’est déplacé aujourd’hui
à la fin de la classe de terminale pour la préparation au brevet de technicien supé-
rieur (BTS). On estime à plus de 16 000 élèves (bacheliers et non bacheliers) qui
sortent chaque année de l’enseignement général et s’inscrivent en première année
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ou en année préparatoire au BTS (premier diplôme de l’enseignement supérieur
technique en Côte d’Ivoire). Aussi, l’entrée dans l’enseignement technique et
professionnel supérieur s’est-elle fortement accrue. En 1990, 21,15 % des effec-
tifs des entrées dans l’enseignement technique et professionnel provenaient de
l’enseignement technique et professionnel supérieur. En 2004, ce taux est passé à
environ 73 %. Le développement quantitatif de l’enseignement technique supé-
rieur privé dans ces dernières années constitue également une des causes de ce
flux important d’élèves à ce niveau de l’enseignement technique et professionnel
(MES/RS DEESP, 2005).
À la fin du cycle primaire par contre, les possibilités d’entrée dans l’enseignement
technique et professionnel se restreignent de plus. La part relative des entrants est
pratiquement inexistante en formation initiale. Pourtant, c’est ce cycle qui draine
beaucoup plus de monde au niveau de l’enseignement général. Selon une étude
de l’Office national de formation professionnelle réalisée en mai 1984 (MEN/RS
– 1986), ce fait est le résultat de la mise en œuvre progressive par le ministère
de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MET/FP) de la
réforme de l’enseignement de 1977 qui prévoyait notamment l’allongement du
cycle de base jusqu’au niveau de la classe de troisième, réforme qui toutefois, n’a
pas été menée dans l’enseignement général. Aussi, des déperditions sont-elles
encore plus importantes au CM2 (taux moyen d’abandon : 30,8 % – Unesco, 1999)
tandis que les possibilités d’accueil dans l’enseignement technique et professionnel
se situent à des niveaux plus élevés. Le niveau de recrutement dans les centres
de formation professionnelle (CFP) par exemple tend à se centrer sur la classe de

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


224 International

troisième au lieu de la classe de cinquième. Les possibilités offertes aux sortants


du CM2 et ceux de la sixième à la quatrième de l’enseignement général de suivre
un enseignement technique et professionnel restent donc dérisoires.
Pourtant, l’on peut noter que le CM2 apparaît comme un goulot d’étranglement,
facteur de nombreux abandons scolaires (30 % des effectifs de la classe du CM2
passent en classe de sixième). L’analyse d’une cohorte typique montre que sur 1 000
enfants entrant au CP1, 192 terminent le cycle du primaire avec succès (MEN,
DPES 2000). Ces nombreux recalés du CM2 n’auront pas la chance d’entrer dans
un centre d’enseignement technique et professionnel ; ils constitueront la piétaille
des déscolarisés qui gonflent chaque année le lot des désœuvrés.
Du coup, tout laisse à penser que l’articulation de l’enseignement général avec
l’enseignement technique et professionnel est essentiellement orientée vers la satis-
faction des besoins en cadres supérieurs et moyens au détriment de techniciens,
d’employés ou d’ouvriers qualifiés. Cette tendance découle du sous-investissement
dans les infrastructures requises pour l’enseignement technique et professionnel
des niveaux élémentaires et moyens. La conséquence de ce phénomène est la
coexistence paradoxale d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et d’un nombre
croissant de déscolarisés de ces niveaux en quête d’emplois. Les déséquilibres entre
les demandes d’emplois et les offres satisfaites et les offres non satisfaites (AGEPE,
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2004) sont édifiants. Cette situation tient en partie au décalage entre le profil des
sortants du système d’enseignement et de formation et les qualifications requises.
Plus grave et plus répandu est le déséquilibre entre les formations dites tertiaires et
les formations dans le domaine des sciences et techniques (filières industrielles) ;
celles-ci sont déficitaires et les premières excédentaires. Enfin l’on constate que
le système scolaire dirige dans son ensemble la grande masse des jeunes vers les
emplois salariés disponibles dans le secteur moderne, alors que les emplois qu’il
peut fournir ne touchent qu’une infime partie des activités productives (AGEPE,
2004).
La seconde manifestation de la mauvaise articulation des deux ordres d’enseigne-
ment tient à leur organisation et fonctionnement. Pendant longtemps, et jusqu’à
nos jours, l’enseignement général est resté très fidèle à son schéma académique.
Chaque niveau est conçu plus comme une préparation à l’accès au niveau supérieur
que comme un tout plus ou moins cohérent, ayant des finalités propres et destiné à
permettre aussi une bonne intégration dans les structures de préparation à l’emploi.
Les programmes n’ont pas beaucoup changé en général, et les méthodes d’ensei-
gnement font beaucoup plus appel à la mémoire et aux automatismes qu’elles ne
cherchent à développer l’intelligence et à éveiller les capacités créatrices des jeunes
scolarisés. Toute chose qui rend difficile le rapprochement entre l’enseignement
général et l’enseignement technique et professionnel. De nouvelles options n’ont
pu être créées pour favoriser et développer les liens entre ces deux ordres d’ensei-
gnement en vue d’une grande cohérence.

• • • • • • • • • • • • • • •  Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007


L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 225

Par ailleurs, le va-et-vient entre l’enseignement général et l’enseignement tech-


nique et professionnel n’a jamais existé ; si bien que l’élève ambitieux de l’en-
seignement technique et professionnel qui désire poursuivre ses études dans
l’enseignement général pour acquérir des connaissances générales plus poussées
pouvant déboucher sur des diplômes plus valorisants, se voit bloqué par l’orga-
nisation mise en place. Autant dire que la liaison actuelle entre les deux systèmes
est à sens unique : le passage de l’enseignement général à l’enseignement techni-
que professionnel. Ce qui constitue un obstacle dans l’acquisition du savoir et du
savoir-faire.
En outre, trois ministères sont chargés des questions de l’enseignement : celui
de l’Éducation nationale chargé de l’enseignement préscolaire, primaire et secon-
daire général, le ministère de l’Enseignement supérieur, et celui de l’Enseignement
technique et de la formation professionnelle chargé de l’enseignement technique et
professionnel. Des activités de formation professionnelle apparaissent aussi dans
les attributions d’autres ministères (Agriculture, Santé, Famille et Promotion de la
Femme, entre autres). Ces trois ministères, même s’ils ont des fonctions ou attribu-
tions différentes, concourent à une même finalité qui est l’œuvre de formation.
Cependant les problèmes de coordination se posent et sont rendus plus difficiles
par le fait que les trois ministères ont suivi des cheminements différents dans leur
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évolution. La suppression en 1992 du ministère chargé de l’enseignement techni-
que et de la formation professionnelle et l’intégration de ce sous-secteur au sein
du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur
ont limité l’efficacité des efforts en vue de conduire une réforme de la formation
professionnelle et technique avant emploi. Redevenu ministère à part entière en
1996, l’enseignement technique et professionnel a été de nouveau reparti sur
trois ministères chargés de l’enseignement en 2001. Depuis 2002, l’enseignement
technique et professionnel est redevenu ministère à part entière. Ce phénomène
de « dissolution-intégration-réapparition » du ministère de l’Enseignement techni-
que et de la formation professionnelle pose le problème d’une véritable approche
sectorielle de l’enseignement et de la formation qui nécessite le renforcement des
capacités des trois ministères sectoriels et l’amélioration de leur coordination.
D’un autre côté, la politique d’orientation scolaire et professionnelle instituée
par les autorités est approximative. Face à un enseignement général à option peu
diversifiée dans ses contenus, peut-on véritablement faire des pronostics sur la
réussite de l’élève qui embrasse l’enseignement technique et professionnel ? Il n’est
point de doute ; la configuration actuelle de l’articulation de l’enseignement général
et de l’enseignement technique et professionnel permet de résumer l’orientation
scolaire et professionnelle en côte d’ivoire en ces termes : « Si tout va bien en classe,
l’élève continue dans l’enseignement général ; sinon, on l’« oriente » vers l’ensei-
gnement technique et professionnel ». À une exception près (l’orientation vers
l’enseignement technique long – Aska Kouadio, 1996), c’est la position résignée et
fataliste, mais qui met bien en évidence le poids considérable des notes scolaires sur

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226 International

l’orientation et, parfois, d’une seule note, celle de français ou de mathématiques.


C’est aussi, l’option que l’on a jusque-là attribuée à chacun des deux ordres d’ensei-
gnement dont l’un (l’enseignement technique et professionnel) est appelé à recevoir
en grande partie les déclassés de l’autre (l’enseignement général). En plus, la place
et le rôle de l’orientation ne sont pas envisagés après la classe de troisième.

Éléments pour une nouvelle articulation


Visées pédagogiques et institutionnelles

Face aux observations précédentes qui sont des manifestations d’une mauvaise
articulation des deux ordres d’enseignement, nous posons la complémentarité
et la contamination réciproque de l’enseignement général et de l’enseignement
technique et professionnel comme un postulat.
Pour nous, il ne fait plus de doute à une époque caractérisée par l’exigence
d’une adaptabilité permanente et la reconversion des emplois, qu’une formation
qui apparaîtrait comme le résultat d’un pur conditionnement mécanisé et ne s’ap-
puierait pas sur un minimum de connaissances de base, serait aussi néfaste qu’un
enseignement technique et professionnel de type strictement scolaire, décroché des
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contraintes effectives du métier. Aussi l’enseignement technique et professionnel
et l’enseignement général, s’ils sont matérialisés par une stricte distribution spa-
tiale (lycées et collèges modernes, lycées et collèges techniques et professionnels)
et temporelle (répartition des heures d’enseignement général et d’enseignement
technique et professionnel) ne doivent-ils nullement exclure leurs interférences
réciproques. Dans ces conditions, le clivage institutionnel entre les deux ordres
d’enseignement procède davantage d’un découpage symbolique que d’une fracture
de l’objet de connaissance diffuse et intermédiaire que représente l’enseignement
général ; et connaissance focalisée, apprentissage d’une discipline, d’un métier
que représente l’enseignement technique et professionnel. Il faut donc mesurer et
rechercher les vertus positives d’une liaison entre ces deux ordres d’enseignement ;
car, nous estimons que cette liaison bien pensée conduit ni à une éducation rési-
duelle ni à une formation de révision ou de consolidation simple des acquis. Au
contraire, elle permet le réveil des intérêts des élèves parce que partant de leurs
motivations pour s’ouvrir sur la vie active.
En outre, une liaison bien pensée, où les formations dispensées et les ordres d’en-
seignement peuvent s’articuler entre eux constitue un instrument réel d’égalisation
des chances à l’intérieur du système éducatif, et au-delà pour la vie professionnelle
et sociale parce qu’elle permet une meilleure insertion des jeunes dans une société
de savoirs, de savoir-faire et de savoir être marquée par l’évolution technologique.
Les objectifs de ce système bien articulé (système spécifique d’enseignement)
s’inscrivent également dans une perspective de lutte contre les rejets du système
éducatif, le chômage et les inégalités. Dans toutes ses composantes et à tous les

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L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 227

niveaux, l’articulation doit être considérée comme un produit c’est-à-dire évoluer


à partir d’une réflexion concertée entre les représentants de l’État, du monde
enseignant et du monde du travail.

De l’intensification des « passerelles » et des « classes


passerelles »

La nouvelle articulation dont les objectifs sont décrits ci-dessus, se traduit dans
les faits d’abord par l’intensification des « passerelles » et des « classes passerelles »,
c’est-à-dire des niveaux d’enseignement accessibles d’un ordre à un autre et à l’inté-
rieur d’un même ordre. Dans cette optique, la passerelle ou la classe passerelle est
définie comme un pont étroit réservé à un certain type d’élèves, d’étudiants ou de
stagiaires. C’est aussi un canal, un système d’accès à tel ou tel ordre d’enseignement.
Dans certains cas, la passerelle est une voie « d’embarquement direct ». C’est le
cas de l’accessibilité des niveaux supérieurs au sein d’un ordre d’enseignement. En
d’autres situations, la passerelle est une véritable classe réservée, sorte de garde-
fous pour lutter contre l’exclusion en favorisant le passage d’un ordre à un autre
ordre d’enseignement.
En cela ces passerelles permettent une meilleure fluidité ou régulation des flux
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scolaires. Les élèves titulaires de diplômes d’enseignement technique et profession-
nel pourront poursuivre leurs études dans l’enseignement général et vice-versa.
Pour ce faire, nous proposons le schéma organisationnel ci-dessous.
Ce schéma présente plusieurs avantages dont l’essentiel réside dans la fluidité
des entrées et des sorties du système d’enseignement.
Dans ce système nouveau, plusieurs possibilités sont offertes aux élèves de
l’enseignement général d’accéder, s’ils le désirent, aux formations techniques et
professionnelles. De même, les élèves de l’enseignement technique et professionnel
pourront effectuer des va-et-vient dans l’enseignement général ou poursuivre leurs
études techniques et professionnelles. Déjà, au niveau du primaire, des élèves en
difficultés qui le désirent auront la possibilité d’entrer en apprentissage formel
pour des formations qualifiantes en menuiserie, maçonnerie, fer, bois, etc. À partir
de la classe de cinquième, une autre voie, celle des CFP s’ouvre aux élèves qui
s’adaptent difficilement aux études générales pour préparer en trois ans, le certi-
ficat d’aptitude professionnelle (CAP). Les plus ambitieux accéderont par la suite
à la préparation du brevet d’études professionnelles (BEP), passage obligé pour
entrer plus tard en classe de première d’adaptation dans l’enseignement général.
Cette première d’adaptation conduit en terminale de l’enseignement général et/ou
en deuxième année du brevet de technicien (BT). Armés par le programme de la
première d’adaptation, les titulaires du BT prépareront sans trop de difficultés,
en deux ans, le brevet de technicien supérieur (BTS) qui, à son tour conduit à
l’enseignement supérieur, cycle des grandes écoles d’ingénieurs.

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


228 International

Schéma 2. — Structure du système éducatif avec les passerelles et classes passerelles

Grandes écoles Universités

BTS2

BTS1

Terminale BT3

BT2
CAP3 BEP2 1re adapt. 1re

seconde de
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CAP2 BT1
détermination

CAP1 BEP1 3e

4e

FPC 5e

AAP : atelier d’application


et de production
AAP UM : unité mobile
UM
 : Passerelle
6e FPC : formation profession-
CM2
nelle continue
1re adapt. : 1re d’adaptation

L’autre avantage de cette nouvelle articulation est qu’elle permet à tout élève
de cinquième, quatrième, troisième de l’enseignement général qui le souhaite,
d’accéder à l’enseignement supérieur par le biais de l’enseignement technique et
professionnel de base sans nécessairement obtenir le Baccalauréat. De même, la

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L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 229

classe de seconde devient propice à une orientation, soit vers les classes de première
de l’enseignement général ou technique, soit vers les lycées professionnels pour
préparer en trois ans (y compris le stage) un Brevet de Technicien. Aussi, la classe
de seconde serait-elle considérée comme une classe de formation à l’orientation où
l’information sur les voies à suivre et les métiers devrait être prépondérante. C’est
l’une des grandes nouveautés. En effet, pour que l’élève se construise des notions
claires à son orientation, il doit en plus de son activité intellectuelle, s’impliquer
lui-même dans l’éducation des choix. Il doit surtout comprendre que la classe de
seconde de détermination marque le début de mise en œuvre d’un projet personnel
bien pensé depuis la classe de sixième en passant par les autres classes intermé-
diaires (cinquième, quatrième et troisième). Le processus n’est réussi qu’avec une
bonne écoute, une programmation d’activités motivantes dans lesquelles l’élève
est partie prenante.
Pour nous, la classe de troisième aujourd’hui, est dans l’impossibilité de jouer
ce rôle. Les élèves étant en situation de préparation de leur premier diplôme de
l’enseignement secondaire, le BEPC, consacrent plus de temps aux enseignements
généraux qu’à l’éducation des choix susceptible de leur ouvrir la voie d’une bonne
orientation, une orientation positive centrée sur leurs intérêts réels (en termes de
projets), leurs capacités intellectuelles, physiques et morales. Les notes obtenues
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en classe et à l’examen du BEPC étant déterminantes dans le processus de l’orien-
tation, les élèves de troisième fournissent trop d’efforts pour mieux se positionner
par rapport aux critères scolaires de l’orientation. De tels élèves n’ont ni le temps
ni la motivation nécessaires pour l’éducation des choix conçue et réalisée par les
conseillers d’orientation. Alors, on choisit des filières au hasard, choix qui sont
souvent favorisés par des considérations extra-pédagogiques (stéréotypes), donc
axés sur des intérêts superflus. Pour corriger cette tendance, la seconde de déter-
mination offre un triple avantage ; elle permet :
– de placer l’élève en situation uniquement d’orientation ;
– de préparer l’élève au choix d’une filière scolaire et professionnelle correspon-
dant à ses capacités intellectuelles, physiques, morales, et à ses goûts de telle sorte
qu’il s’en trouve satisfait ;
– d’impliquer davantage les enseignants dans l’acte d’orientation en proposant à
leurs élèves après concertation une orientation qui tient compte à la fois de leurs
aspirations et des exigences intellectuelles, physiques et morales.
Du coup, la classe de troisième devient uniquement une classe de sélection selon
les compétences des élèves. Elle reste aussi une plate-forme entre deux voies :
la poursuite des études pour les plus méritants et la préparation aux premières
qualifications professionnelles (ouvriers ou employés qualifiés) pour les moins
méritants. D’un autre côté, la seconde de détermination allie compétence et projet
professionnel. Elle est le moment de l’élaboration des démarches, des compétences
et des positionnements sociaux et professionnels nécessaires. Sous cet angle la
seconde de détermination est une véritable classe d’orientation.

Carrefours de l’éducation • 24 • Juillet-décembre 2007  •••••••••••••••


230 International

De la révision des contenus des programmes et de l’évaluation

Toutes les dispositions nouvelles ci-dessus décrites nécessitent en définitive


une révision des contenus des programmes d’enseignement et de l’évaluation des
élèves tant dans l’enseignement général que dans l’enseignement technique et
professionnel. Pour l’enseignement général, cette révision doit avoir pour objectif,
entre autres, de rendre plus attractif l’accès à l’enseignement technique et profes-
sionnel qui, à son tour, renforcera les enseignements généraux afin que ses élèves
soient mieux armés pour l’enseignement général lorsqu’ils voudront y retourner.
De façon spécifique, la seconde de détermination a pour seul objectif d’aider les
élèves à acquérir une véritable autonomie dans la conduite de leurs études. Cel-
les-ci porteront à la fois sur toutes les disciplines servant de base à la réalisation
de leur projet scolaire et des séances d’information collectives, individualisées,
d’écoute et de conseil pour favoriser ultérieurement l’orientation et l’insertion
professionnelles. Ainsi (re)bâtie, la seconde de détermination n’est pas sélective
pour la poursuite des études ; ce qu’elle évaluera ne doit pas être toujours un pré-
requis pour la formation ultérieure mais ce qui serait de nature à consolider le
projet professionnel de l’élève.

Conclusion
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L’articulation entre l’enseignement général et l’enseignement technique et profes-
sionnel fait l’objet d’appréciations souvent contradictoires. Certains pensent qu’il
faut éviter que l’enseignement technique et professionnel soit le « dépotoir » de
l’enseignement général. les défenseurs de cette idée poussent leur réflexion jusqu’à
suggérer que « l’enseignement technique et professionnel devienne un système
parallèle à l’enseignement général » oubliant ainsi leur caractère consubstantiel.
D’autres rétorquent que « c’est l’enseignement général qui permet l’existence de
l’enseignement technique ». (Aska, 1986, p. 2). Pour nous, l’enseignement général
et l’enseignement technique et professionnel, même s’ils n’assument pas la même
fonction, doivent être en étroite relation parce qu’ils concourent à une même fina-
lité qui est l’œuvre de formation.
Cette réflexion a pour objectif d’apprécier d’abord l’articulation actuelle de
l’enseignement général et de l’enseignement technique et professionnel en Côte
d’Ivoire. Puis proposer des perspectives porteuses d’orientation en vue d’une nou-
velle articulation pouvant permettre aux deux ordres d’enseignement de concourir
efficacement à l’œuvre commune de formation. Il s’agit notamment de savoir
si les deux ordres d’enseignement cohabitent de façon complémentaire ou au
contraire, si leurs aspects relationnels sont inadaptés au contexte évolutif actuel de
la société ; et les conséquences qu’on peut en tirer. Une seule question a guidé cette
réflexion : quelles sont les éventualités concevables à explorer pour une meilleure

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L’enseignement général et l’enseignement technique professionnel en Côte d’Ivoire… 231

complémentarité ou une contamination réciproque de l’enseignement général et


de l’enseignement technique et professionnel.
Ces motivations ont conduit à considérer l’articulation comme un concept scien-
tifique, susceptible d’élargir nos connaissances et notre compréhension de l’ensei-
gnement général et de l’enseignement technique et professionnel. À cet égard, notre
réflexion s’est appuyée sur l’existant. C’est pourquoi, à ce stade de notre étude, il
convient d’en souligner quelques aspects jugés essentiels. Le premier élément à
retenir de ce travail repose sur le fait que l’articulation actuelle est essentiellement
déterminée par le passage de l’enseignement général à l’enseignement technique
et professionnel. Cette articulation est donc unidimensionnelle. On a ainsi pu
remarquer que l’essentiel de l’articulation se déroule après le Baccalauréat, et dans
une moindre mesure à la fin de la classe de troisième où plusieurs possibilités
sont offertes par l’enseignement technique et professionnel aux élèves issus de
l’enseignement général. Cette vision unidimensionnelle de l’articulation qui exclut
le va-et-vient entre les deux ordres d’enseignement est un blocage pour les élèves
ambitieux de l’enseignement technique et professionnel.
Le second élément à retenir s’articule autour du découpage entre ces deux ordres
qui, loin d’être un découpage symbolique, a pris l’allure d’une fracture réelle au
niveau des contenus et des programmes d’enseignement, fracture qui ne facilite
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pas le réveil des intérêts des élèves et leur attraction pour l’enseignement technique
et professionnel. Ce qui est un frein pour l’acquisition du savoir et du savoir-faire,
indispensables à l’épanouissement de l’homme dans la vie active. Enfin, le dernier
élément jugé essentiel dans cette analyse de l’existant est cette approche approxi-
mative des pratiques d’orientation scolaire et professionnelle qui subordonnent
tout aux seuls résultats scolaires ; et qui donnent l’impression que ne vont vers
l’enseignement technique et professionnel que les déclassés de l’enseignement
général. C’est en cela que les orientations nouvelles suggérées par nos construc-
tions analytiques trouvent tout leur fondement : la recherche de nouvelles voies
concevables pour une liaison plus fonctionnelle des deux ordres d’enseignement.
Les suggestions contenues dans cette étude peuvent paraître, pour certains, inap-
plicables. Mais leur intérêt réside dans le fait qu’elles le sont dans la perspective
d’enrichir le débat sur les stratégies nouvelles d’articulation de l’enseignement
général et de l’enseignement technique et professionnel. De ce point de vue, notre
étude est et demeure prospective.

Aska Kouadio, maître de conférences en sciences de l’éducation, Centre ivoirien


d’étude et de recherche en psychologie appliquée (CIERPA), université de Cocody,
Abidjan, Côte d’Ivoire (askakoua@yahoo.com).

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