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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES

Author(s): F. Gonseth
Source: Dialectica, Vol. 17, No. 2/3 (15. 6 - 15. 9 1963), pp. 119-150
Published by: Wiley
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/42964418
Accessed: 01-04-2017 21:58 UTC

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I. PRINCIPES

DE LA CONNAISSANCE ANALOGIQUE

ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES


par F. Gonseth, Lausanne

L'unité s'entrevoit ; elle reste


pourtant à faire.

I. Les significations ébauchées au niveau du langage courant

L'adjectif analogue est un mot du langage courant. Au niveau


du bon sens, son emploi manque de toute rigueur. On s'en sert
en concurrence avec plusieurs autres adjectifs tels que pareil,
semblable, conforme, etc. Certes, tous les adjectifs de ce groupe ne
revêtent pas toujours la même signification. Mais les différences
tiennent moins à un sens qui serait propre à chacun d'eux qu'aux
différents contextes dans lesquels ils peuvent être engagés. Il y a
là une situation de fait qu'il serait vain de contester : il suffit de
consulter un dictionnaire, quel qu'il soit, pour s'en assurer.
Faut-il en conclure que l'emploi de ces mots, à ce niveau,
n'offre aucune sécurité, qu'il reste sans efficacité ? Ce serait commet-
tre une assez grave erreur. Il faut au contraire prendre au sérieux
le témoignage de l'usage mille et mille fois répété qu'on en fait,
qu'on ne peut pas ne pas en faire. Somme toute et malgré les
imprécisions qu'il comporte, cet usage se révèle valable. Ces mots
revêtent, au sein de la langue courante, des significations garanties
par une longue et multiple pratique. Dans chacune des situations
où ils interviennent, leurs significations équivalent à un ensemble
d'informations gagées par l'expérience. On peut dire, si l'on préfère,
que ce sont des données de la situation.

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120 F. GONSETH

Appliquons ces remarques


avons à prendre note de
complémentaires :
1. La langue courante ne
munis à toutes fins d'un sen
Tout au contraire, ce sens r
les besoins de la pratique, l
à cette lacune de significa
senté par un « discours », p
2. Et pourtant, ces deux
imprécises ou incomplètes
que « des circonstances as
apparente » ne sauraient
valeur. Dans leur juste em
information authentique,
notation, l'expression appro
Ces significations ne sont
au contraire comme des é
ébauches susceptibles d'être
reprises et retouchées. Ce so
Mais comment une signifi
peut-elle être rendue plus p

II. Comment préciser une


qu'ébauchée ?

A cette question, on peut être tenté de donner la réponse


suivante : il faut et il suffira de donner de l'analogie une définition
à la fois correcte et précise. On peut en faire l'essai. Mais on ne
définit rien à partir de rien. La définition ne peut que construire le
sens d'un mot avec un matériau verbal dont le sens est donné par
avance, c'est-à-dire à l'aide de mots dont la signification n'a plus
rien de problématique. Or, dans le cas de l'analogie, on s'apercevra
bien vite que les mots, sur lesquels la définition prétendrait se
fonder, ne sont en tant que mots du langage courant ni plus ni
moins déterminés que le mot à définir lui-même. Il serait certes
exagéré de dire que la recherche d'une bonne définition ne mène

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 121

absolument à rien. La procédure reste cependant incapable d


teindre son véritable but. Mais existe-t-il d'autres façons de pr
céder? Cette question soulève le problème général de la fonc
(ou plutôt des fonctions) du langage. Nous ne pouvons pas song
à l'aborder et le traiter ici. Cependant, pour les besoins mêmes
notre exposé, nous estimons indispensable d'en dire quelqu
mots. On peut commencer par se demander pourquoi, lorsq
demande comment une signification encore imprécise peut
précisée, la procédure de la définition est celle qui se prés
tout naturellement à l'esprit. La chose tient aux vues sur le lang
que nous avons héritées d'une longue tradition. On pourra s'éton
d'une telle affirmation. Est-il possible, dira-t-on, que dans
affaire aussi élémentaire et aussi fondamentale, nous nous laiss
guider par des opinions contestables sans même en avoir conscien
Est-il si difficile de dégager ces vues sur le langage? de
expliciter et même de les isoler pour en faire l'examen et
critique ?
Le fait que nous entrions tout naturellement en possession d'
langage et que nous en fassions un usage quotidien ne doit
nous faire illusion. C'est tout naturellement aussi que nous entr
en possession des moyens de la vision et c'est aussi sans effo
apparent que nous faisons tous les jours usage de la vue. Et pou
tant le problème de la vision n'en reste pas moins un problème
plus difficiles. Il ne suffit pas de voir pour savoir en même te
comment il nous est possible de voir, et surtout pour savoir jusq
quel point ce que nous voyons est une information fidèle sur ce
n'est pas nous. Dira-t-on qu'il doit être facile de séparer le
blème de la vision du problème général de la connaissance,
alléguant que la vision est une activité à la fois élémentaire et
fondamentale? Nous sommes tous suffisamment avertis, suffisam-
ment informés de la question pour ne pas nous laisser prendre à
un piège aussi grossier. En fait, le problème de la vision n'est qu'un
aspect du problème de la connaissance. Qu'on nous comprenne
bien : nous ne disons pas que, pour pouvoir traiter le problème de
la vision, il faille traiter préalablement, dans sa généralité, le
problème de la connaissance. Rien ne permet de supposer que ce
dernier problème puisse être élucidé, et même qu'il puisse être
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justement évoqué dans un


nous aurions immédiatem
nous nous trouvons réellem
là un fait d'expérience), n
à fond le cas particulier
ni de traiter en toute sécu
ne serait plus qu'une sp
puisse paraître, c'est soli
particuliers se prêtent à
particulier sans chercher
lui, le profil du cas génér
tenir compte de ce que l'
sivement. Pour revenir au
valablement sans esquisser
vues sur la connaissance
une théorie de la connaissa
vision conforme à ce qu
en même temps que tous l
analogues.
Il n'en est pas autrement du langage. Il représente, lui aussi,
un cas particulier dont la théorie doit pouvoir être mise à sa place
au sein d'une théorie, au moins esquissée, de la connaissance. En
d'autres termes, si l'on prétend se mettre au bénéfice d'un ensem-
ble de vues justes et éprouvées sur les langages, on ne peut pas
échapper au devoir d'imaginer aussi un ensemble de vues sur
notre faculté de connaître, une philosophie de la connaissance qui
puisse lui servir de cadre.
Je sais bien que cette dernière affirmation peut paraître dérou-
tante et même arbitraire. Et contraire à l'idée d'un savoir positif
qui tirerait tout le parti possible des observations qu'on peut
faire, mais qui se garderait de rien ajouter au contenu d'infor-
mation de ces observations et à leurs conséquences immédiates.
Or, en examinant comment la recherche réelle procède, dans les
multiples exemples que la science moderne nous offre, c'est pré-
cisément cette idée d'un savoir positif qui apparaît hasardeuse ;
c'est la présupposition que c'est là le modèle d'un vrai savoir qui
se révèle arbitraire.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 123

Cela dit, revenons à la question qui est à l'origine des remarques


qui précèdent : comment faut-il s'y prendre pour préciser le sens
d'un mot que le langage courant ne nous fournit que sommairemen
déterminé? Ne suffirait-il pas d'en donner une définition précise
demandions-nous. Nous repoussions tout aussitôt cette suggestion
en disant que, dans notre cas, le sens des mots dont la définition
aurait à se servir ne serait guère plus précis que celui du mot
définir. Mais il y a, sur ce point, à dire quelque chose de plu
essentiel. Il s'agit de l'idée même (que quelques-uns partagent
encore) selon laquelle la définition est la procédure normale pa
laquelle le sens d'un mot peut être assuré et précisé. Cette idée tien
à une certaine philosophie du langage selon laquelle celui-ci est le
moyen par excellence de la découverte et de l'énonciation de la
vérité. Dans les conditions actuelles de la recherche, cette philo-
sophie apparaît périmée.
Pourquoi prenons-nous la peine de tellement insister sur ce
point? Quel profit notre exposé peut-il en tirer? Nous cherchons pa
ce biais à faire clairement comprendre que l'on n'est pas d'avance et
tout naturellement en possession d'idées justes sur la façon dont
une notion telle que celle de l'analogie peut être « perfectionnée »
Mais s'il en est ainsi, comment pourrons-nous savoir si ces idée
sont justes ou fausses? De quels critères disposons-nous pour nous
en assurer?
Il peut sembler dès ici que nous nous engageons sur une fausse
voie. A supposer que nous disposions des critères dont il vient
d'être fait mention, la question se posera fatalement de savoir
comment ces critères sont eux-mêmes garantis, et ainsi de suite.
La situation dans laquelle on s'est ainsi placé paraît sans issue.

III. L'idée-clé et sa justification

Voici l'idée que nous allons faire nôtre. Nous allons l'énoncer
sans justification. Mais nous ne tarderons pas à revenir sur ce
dernier point.
Pour conférer une signification plus précise aux mots dont le
sens reste encore ouvert, il faut les engager dans des situations ou

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dans des activités aux exig


qu'en se déterminant ave
Un exemple simple suff
règle. Comme le mot d'ana
par le langage courant qu
ment il peut être engagé d
l'énonciation de ce que le géomètre imagine, pense et fait.
Il se charge alors d'un sens beaucoup plus exact, convenant
à la fois à la recherche de la rigueur dans le raisonnement et
à celle de la précision dans les applications. Ce sens précisé
était-il contenu d'avance dans le sens encore imprécis? C'est
là une question à laquelle il importe peu de répondre par oui
ou par non. Ce qui est remarquable, c'est que l'engagement
du mot et de la notion correspondante dans les exigences de
l'activité du géomètre ait réellement joué le rôle d'une procédure
précisante.
Il n'est d'ailleurs pas exclu qu'un même mot et une même
notion puissent être ainsi repris et élaborés par plus d'une procédure
précisante, et que les sens précisés divergent sensiblement. Con-
vient-il, dans ce cas, de garder le même mot ou d'introduire des
dénominations ad hoc'i C'est là avant tout affaire de commodité.
Pour ce qui concerne l'analogie, il y a, dans les contribution
à ce symposium, d'assez nombreux exemples de procédures pré
cisantes ainsi comprises. Dans ce qui va suivre, nous participerons
également à cette élaboration. Mais il nous paraît utile, avant
de le faire, de dire un mot de la façon dont la règle de l'engagement peu
être justifiée.
Nous allons rester strictement dans la ligne des explications
données au paragraphe précédent. Nous y disions que l'opinion
selon laquelle la définition représenterait une procédure préci-
sante standard tient à une certaine philosophie du langage,
celle-ci n'étant d'ailleurs qu'un aspect d'une certaine philosophie
de la connaissance, qui se révèle de plus en plus inadéquate. En
est-il autrement de la règle-clé dont nous prétendons nous inspirer?
Celle-ci ne doit-elle pas aussi tenir à une certaine conception du
langage, de son rôle et de sa portée, et cette conception ne doit-
elle pas également tenir à une certaine méthodologie de la

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 125

connaissance et de la recherche? Nous n'avons aucune raison de


penser qu'il puisse en être autrement. La règle de l'engageme
ne fait, en effet, que tirer les conséquences pratiques d'une cert
théorie du langage selon laquelle ce dernier doit être envisag
comme un milieu universel de représentation. Nous le disons un
versel parce qu'il enveloppe l'ensemble de nos activités. Il est
milieu de représentation parce qu'il s'ouvre et confère un asp
sui generis (une forme discursive) à tout ce dont il nous est poss
de prendre conscience. Ses fins sont celles d'une confrontation
d'une mise en rapport des éléments dont il porte les traces,
projections, les applications. Dans un langage ainsi conçu, un mo
n'est pas le porteur d'un sens préalablement fixé une fois po
toutes, mais d'un sens qui lui vient de ce qu'il a pour mission
représenter. En d'autres termes, le mot se charge d'une sign
cation extérieure par le fait même d'être engagé (et cela de faç
inaliénable, comme la conscience du geste s'engage avec le geste) d
la recherche et la découverte des activités efficaces.
Nous nous sommes borné à ne parler que du sens des mots.
Mais il est clair que ce qui vient d'être dit ne doit pas être interprété
de façon trop étroite et littérale. Il faut l'étendre à tous les éléments
et tous les aspects du discours, des mots aux expressions verbales,
aux phrases et même aux textes plus ou moins longs. La conception
du langage qui vient d'être esquissée de façon tout à fait sommaire
s'impose-t-elle d'elle-même? Il est assez remarquable que dans
bien des essais de rejoindre un sens artificiellement précisé à partir
d'un sens naturellement donné, elle forme comme un arrière-fonds
plus ou moins consciemment adopté. Il serait cependant exagéré
de dire qu'il suffit de l'expliquer pour que chacun la reconnaisse
comme sienne. Nous pensons que, pour bien en apercevoir la
justesse, il faut la mettre à sa place, c'est-à-dire l'intégrer à une
méthodologie de la recherche qu'on puisse elle-même tenir pour
plausible, si ce n'est pour absolument certaine. Quant à nous, nous
estimons que la méthodologie dite ouverte offre toutes les garanties
qu'on peut raisonnablement exiger.
Restant toujours dans la même ligne, nous nous heurtons
maintenant à la question suivante que nous ne pourrons pas nous
donner le droit d'écarter sans autre : à supposer que la règle de

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l'engagement puisse être ju


de la méthodologie ouverte de la recherche, quelle raison
avons-nous de penser que cette méthodologie n'est pas arbitraire
et de poser qu'au contraire il est juste de s'y conformer? Cette
question ne crée-t-elle pas une situation tout à fait semblable à
celle dont nous disions, à la fin du paragraphe précédent, qu'elle
était sans issue? Il n'en est rien, mais la chose a besoin d'être
expliquée. Bien entendu, nous ne pouvons le faire ici que de façon
très écourtée en renvoyant pour tous les détails de l'argumentation
aux ouvrages où le sujet se trouve traité dans son ensemble avec
tout le sérieux désirable 1.
Il ne s'agit pas de statuer dans le vide, mais de tirer des ensei-
gnements des siècles de recherches dont nous sommes les béné-
ficiaires. Tout d'abord, il faut se rendre compte qu'on n'échappe
pas aux difficultés d'une ultime justification (au paradoxe du
commencement) par le seul exercice du raisonnement. Il faut à la
fois plus et moins que cela. Il faut faire un choix entre deux atti-
tudes opposées :
- celle qui s'ouvre par principe à l'expérience, qui fait du recours
à l'expérience non seulement un acte légitime, mais un acte premier
et cependant toujours à renouveler (sans en limiter par avance
la portée et avec toutes les conséquences que cela peut comporter) ;
- et celle qui, sans exclure nécessairement le recours à l'expé-
rience, est invinciblement portée à poser la primauté du rationnel et à
reconnaître la nécessité d'un fondement valable une fois pour toutes.
La méthodologie ouverte fait choix de la première attitude,
sachant bien qu'il s'agit là d'une option qui n'est pas rationnelle-
ment justifiable. Cette option la détermine. La philosophie ouverte
se réalise, se déploie en lui restant conforme. Elle n'en est au fond
qu'une mise en forme méthodologique que l'engagement dans tous
les ordres de la recherche (en tant qu'expérience toujours à refaire)
est seul capable de préciser.

1 On pourra consulter en particulier les deux ouvrages suivants par


F. Gonseth : La géométrie et le problème de l'espace ; Le problème du temps,
essai sur la méthodologie de la recherche (Neuchâtel, Editions du Griffon,
1964) et tout spécialement les conclusions du premier de ces ouvrages ainsi
que le grand commentaire méthodologique du second.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 127

L'option d'ouverture à l'expérience ne reste cependant pas


sans une certaine justification, mais ce n'est pas celle que lui pro-
curerait un fondement rationnel. Elle consiste à imaginer la situa
tion de celui qui, dans notre siècle et dans la situation de connais-
sance à laquelle il participe fatalement, se déciderait pour l'autr
option et penserait pouvoir lui rester fidèle. Il se mettrait en oppo
sition, la chose nous paraît claire, non seulement avec toute
l'évolution du savoir, mais aussi avec les plus élémentaires exi-
gences de sa présence en ce monde.

IV. Le schéma

Pour préciser l'idée de l'analogie, pour la spécifier plus exacte


ment, il faut, avons-nous dit, l'engager dans une pratique efficac
(L'efficacité dont il s'agit ici se révèle à l'épreuve, à la mise e
œuvre répétée. Pour être contrôlable, elle n'a pas besoin d'êtr
rationnellement fondée. Elle est de l'ordre des faits constatables
avec une certaine précision, avec une précision qu'il ne servira
à rien de vouloir absolue.) Pour faire un pas décisif dans cet
voie, le plus simple nous paraît être de mettre en valeur la notio
de schéma.
Rappelons les remarques que nous avons opposées plus haut
à l'intention de définir (une fois pour toutes) le contenu de signi-
fication du mot analogie. Ces remarques pourraient naturellement
être toutes reprises à propos du schéma. Mais il ne nous paraît pas
indispensable de nous y arrêter. D'ailleurs, les explications qui
vont suivre y suppléeront.
Il y a déjà bien longtemps que nous cherchons à attirer l'atten-
tion sur le rôle irréductible du schéma dans la formation d'une
connaissance ordonnée à l'action. Voici quelques passages extra
de l'ouvrage Les mathématiques et la réalité, paru en 1936 déjà 1.

1 F. Gonseth, Les mathématiques et la réalité, essai sur la méthode


axiomatique. Paris, Alean, § 92/94.
Nous pourrions aussi citer toute l'introduction à la seconde partie
(Oberstufe) des premières éditions du manuel de géométrie élémentaire
Leitfaden der Planimetrie, tome 2 (Zurich, Orell Füssli, 1936.)
Par Je suite, ce volume a paru séparément, après quelques retouches,
sous le titre Elementare und nichteuklidische Geometrie in axiomatischer
Dartellung und ihr Verhältnis zur Wirklichkeit (Zurich, Orell Füssli, 19

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128 F. GONSETH

Il eût été diamétralement c


commencer par la définitio
l'absence de réalisations où le
ce genre est illusoire et sans e
maintenant en suffisance ; el
qui doit en sortir.
« Mais, dira-t-on, vous arriv
attendre ici a été gaspillée tou
expliquer que nous n'ayons d
ainsi ! » répondrons-nous. « Ta
peuvent être acceptées sans ob

L'exemple de la carte . C'est u


ont occupés jusqu'ici, qui va
problème suivant - qui ne touche aux mathématiques que par un
détour - nous soit proposé.
Une plaine est recouverte d'une forêt assez dense , mais dont les arbres
sont irrégulièrement distribués . Quelque part , à l'intérieur de la forêt , il
y a une clairière , et dans cette clairière une grande boule. Il nous faut la faire
rouler jusqu'en un point , peu importe lequel , de la lisière.
Allons-nous nous précipiter sur la boule et la pousser au petit bon-
heur, en confiant au hasard le soin de trouver une issue? Si la boule est
grande et les arbres serrés, nous n'irons peut-être pas bien loin. Un peu
de réflexion pourra nous épargner bien des efforts superflus. Nous avons
à notre disposition, supposons-le, une feuille blanche, un crayon et un
assez grand nombre de morceaux de papier. Commençons par tracer une
image de la forêt adéquate à notre entreprise.
Nous représentons le point de départ, où gît la boule, par un point A
de la feuille blanche. Puis chaque arbre est à son tour représenté par un point
selon le procédé que voici : on choisit parmi les arbres qui bordent la
clairière trois arbres tels que le triangle qu'ils déterminent contienne la
boule mais aucun arbre à son intérieur. Ces trois arbres vont recevoir
les trois premiers numéros: 1, 2 et 3. Trois points 1, 2, 3 formant
triangle contenant A sont alors reportés sur la feuille blanche.
Dans le voisinage du « segment 1-2 » déterminé par les deux premier
arbres, choisissons-en un quatrième, de telle façon que le triangle 1, 2 e
ne contienne, lui, aucun arbre. Sur la carte en devenir de la forêt, repor
tons un point 4, qui soit « conforme » au rôle qu'il doit jouer, ce qui es
bien facile à réaliser et ainsi de suite...
Rien ne nous empêche de supposer que la carte de la forêt ait été
complètement et fidèlement exécutée suivant ce procédé. Mais elle n'est
pas encore prête à nous rendre service. Revenons à l'arbre 1 et déterminons
tous les arbres du voisinage qui ont, du premier, une distance plus petite
que le diamètre de la boule. Ce seront, disons, les arbres n1, n2. . . nl.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 129

Traçons alors sur la carte des lignes rouges joignant 1 aux points vo
n1, n2. . . n1. Ces traits rouges vont naturellement signifier que le pa
entre les arbres correspondants est infranchissable.
Ceci fait pour tous les arbres sans exception, la carte est terminé
Nous pouvons tranquillement aller nous attabler à l'auberge voisi
Nous y pourrons à loisir découvrir la solution de notre problème
elle existe : la carte va remplacer avec profit la forêt véritable.
Nous allons simplement la découper tout le long des traits rou
Si elle se partage en un certain nombre de morceaux, il nous suffir
conserver celui qui contient A. Si ce dernier fragment contient
partie de la lisière, le problème peut être facilement résolu « en pens
nous aurons vite fait de tracer l'image d'un chemin possible. Sin
problème est insoluble, naturellement.
Rien ne nous empêche maintenant de passer à l'exécution. A supp
que nous ayons découvert une solution « théorique », il va falloir la ré
sur le terrain. Mais la correspondance des numéros attribués aux po
de la carte et aux arbres de la forêt est justement faite pour qu'il n
présente plus aucune difficulté.

Le schéma et ses caractères . La leçon de cet exemple ?


Demandons-nous si la carte est une image fidèle de la forêt. La répo
est naturellement : oui et non ! Non, car il y a un certain nombre de c
tères où la différence saute aux yeux. Ainsi, par exemple, une li
rouge continue sur la carte correspond à une suite discontinue d'arb
réels. Qu'un arbre soit un hêtre, un sapin ou un chêne, peu importe
sont uniformément désignés par des points. Et les rapports entre le
distances véritables n'ont peut-être pas du tout été respectés. Il
certainement pas dans nos habitudes de déclarer qu'une image de ce
genre reproduit fidèlement son modèle.
Et pourtant, si l'on sait interpréter les signes de la carte, si on sait
les traduire, leur restituer leur signification dans la réalité, on aperçoit
une profonde ressemblance, une saisissante conformité de l'image à son
objet. Et ceci bien que d'innombrables réalités n'y aient pas trouvé accès.
Notre carte pourrait paraître sans valeur à celui qui aurait pour mission
de faire le dénombrement des érables à sucre, mais elle est parfaitement
adéquate à nos intentions.
Que dire d'une représentation de cette nature ? Qu'elle remplace une
certaine réalité par une réalité plus accessible, où nous sommes en mesure
d'apercevoir, en dépit des différences, une identité de structure avec la
première, - identité d'ailleurs limitée et qu'il faut se garder de porter
au-delà de sa signification naturelle, - et structure qui se manifeste par
une correspondance assez sommairement définie, et qu'il ne conviendrait
pas de préciser outre mesure. Cette correspondance est symbolique , et la
carte est un schéma .

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130 F. GONSETH

Enumérons quelques caractè

a) Il ne fournit qu'une descr


schéma de l'atmosphère sylv
mouvement des branches, ri
indéfinissables. Rien que ceci
Tout arbre, quelle que soit s
point ;

b) Il pourrait être complété (il est encore en devenir) !


Il pourrait alors être adapté à des fins moins exclusives que celles
qui ont tout d'abord présidé à sa confection. Ainsi, par exemple, il suf-
firait d'indiquer les érables par un symbole ad hoc pour que nous ne soyons
plus les seuls à en tirer profit ;

c) Il possède une structure propre, intrinsèque.


Cette structure est abstraite à la fois du modèle et de l'image schéma-
tique. Les symboles employés et les relations symboliques qu'on a posées
entre eux appartiennent alors à un certain compartiment de l'action ou
de la pensée, défini de façon suifisamment efficace, et au sein duquel on
sait de quelle manière et selon quelles normes il faut les traiter.
Ainsi, dans notre cas, la carte avec tout ce qu'elle contient pourrait
être attribuée à Yanalysis situs intuitive, qui opère avec certains objets
pliables et déformables et qui étudie les propriétés de ces objets qu'une
déformation sans rupture ne réussit pas à détruire. Mais d'autres sché-
mas pourraient mettre en œuvre les symboles qui n'ont de sens que pour
telle ou telle catégorie de techniciens et d'ouvriers, aussi bien que les
abstraits arithmétiques ou géométriques.
Nommons M le domaine où le symbole se réalise non comme sym-
bole, mais comme simple objet, et où les relations symboliques sont de
simples propriétés entre les objets que sont aussi les symboles. Les lois
qui existent dans M en dehors de toute relation à notre schéma confèrent
à celui-ci une structure intrinsèque. En d'autres termes, le schéma envi-
sagé comme objet de M y jouit de certaines propriétés, il y est d'un
certain type, il y est dans certaines relations avec d'autres objets, etc.
En un mot, il y a une certaine façon d'être relative à M, et c'est là ce que
nous nommons sa structure intrinsèque.
Il est d'ailleurs presque superflu de remarquer encore que le « monde
M » n'est délimité que dans le cadre de certaines intentions, relativement
à certaines fins et à certaines actions, dont nous n'exigeons pas non plus
la totale détermination : il suffit que ce qui intervient effectivement dans
le schéma soit pratiquement assuré ;

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 131

d) Le schéma possède enfin une signification extérieure.


En d'autres termes, le schéma objet de M peut être interprété da
un autre monde M', à l'aide de certaines conventions. La réalité de celle
ci est double : elle plonge à la fois dans la réalité de M et dans celle d
Elle est d'ailleurs sommaire aussi bien dans celui-ci que dans celui-là
En outre, et ceci est fort important, il n'est pas nécessaire qu
«monde M» existe par avance: il arrive qu'il se constitue presque
plètement ad hoc .
Lorsque, assis dans l'auberge, nous tracions les traits rouges sur no
carte, découpions celle-ci et cherchions un chemin aboutissant à l'im
de la lisière, c'est uniquement dans le «monde M» que cette reche
s'effectuait, le monde des significations extérieures restant à l'arriè
plan pour /' orienter, pour lui poser ses buts...

V. Le schéma mental

Avant de poursuivre cette citation, il me paraît utile d'insister


sur le fait que la connaissance apportée par le schéma n'est pas
une simple réduction d'une connaissance plus riche qu'on aurait
eue par avance de la « chose à schématiser ». Nous l'avons déjà
relevé à propos de l'exemple de la carte. Celle-ci n'est pas donnée
du seul fait que la forêt existe dans sa propre réalité. La construction
de la carte est un acte créateur : elle nous met en possession d'une
information qui ne s'offrait pas d'elle-même, elle est le moyen
même d'une connaissance dont nous ne disposions pas du seul
fait d'entrer dans la forêt. On peut cependant avoir l'impression,
dans ce cas particulier, que la construction du schéma représente
un moyen assez artificiel de prendre connaissance de la réalité.
Pour être dans le vrai, cette impression doit être redressée. Dans
toute recherche qui va suffisamment profond, il vient un instant
où c'est par la constitution de schémas que la connaissance pro-
gresse et prend plus exactement forme. Imaginer un schéma dont
la réalité à connaître puisse apparaître comme une réalisation,
c'est là l'une des démarches normales et même irréductibles de la
recherche.
Dans notre exemple, le schéma, produit de notre activité,
appartient au monde objectif : c'est un objet artificiel . Nous allons
maintenant voir que le domaine M, où le schéma prend son exis-
tence et sa structure intrinsèque, peut être d'une tout autre

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132 F. GONSETH

nature. Il peut appartenir


sans une certaine audace,
tivité.

La position médiatrice des


lui aussi, n'est pas interven
sens fixé complètement d'av
fication de la phrase, le sens
par son incorporation dans
remanié encore, pour finir,
encore une fois qu'un concep
par une définition puremen
modifie par son emploi.
Combien un mot peut être
originel, combien le concept
insensibles et quelquefois p
maintenant un exemple frap
d'une vérité en soi ! Pour Poi
consentie. Pour Russell? Un
Au sein du système de base,
cite. Toutes ces interprétatio
elles ne voient de l'axiome que le côté tourné vers l'abstrait. Elles lui
confèrent une nature purement rationnelle sur laquelle la réalité exté-
rieure ne devrait avoir aucune prise. En revanche, elles diffèrent du tout
au tout quant à l'appréciation de la liberté que nous avons de les
accepter ou de les refuser.
Et maintenant? L'axiome est à mi-chemin entre la fiction et la des-
cription du réel. Il garde le souvenir du réel, parce qu'il l'a recherché
et qu'il ne l'a pas complètement manqué ! Il peut toujours s'y réintégre
en se repliant sur sa signification extérieure. Mais il porte dans sa str
ture intrinsèque la marque de notre activité créatrice, de notre facult
plus ou moins librement bâtisseuse d'images et de formes.
Nous avons reconnu que la connaissance n'atteint jamais son term
dans le concret et que jamais une notion n'atteint sa limite dernière d
l'abstrait. L'esprit qui veut connaître prend une position intermédiaire
médiatrice entre la liberté du rêve et V absolue détermination de la chose en soi.
A la fois nous regardons le réel et nous regardons notre pensée.
En un mot : Il n'y a pas ď axiome sans un concret où il fonde sa signi-
fication extérieure et un abstrait à la structure duquel il participe1.

Arrêtons ici cette assez longue citation.


Ce qui vient d'être dit de la fonction médiatrice des axiomes ne
fait d'ailleurs que reprendre et préciser, dans le cadre du schéma
F. Gonseth, Les mathématiques et la réalité, § 97.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 133

mental, les remarques que nous faisions plus haut à propo


schéma en général. Un schéma n'existe comme tel qu'une f
revêtu de son rôle. Il faut le relever, car il y a là quelque c
d'essentiel. Mais cela n'a rien d'une explication qui irait jusq
fond des choses. Il n'est pas douteux que certains aspects de
réalité puissent être saisis par le moyen de schémas adéquat
que nous soyons capables de dégager et d'imaginer de tels sché
Nous pouvons en faire et en refaire l'expérience. Mais si le
peut être ainsi constaté, cela ne suffît pas pour que nous l'a
compris. Il est juste de l'accueillir, de le mettre à sa place e
s'y fonder, puisqu'il s'agit là d'un fait assuré. Mais le pour
nous reste obscur. Pourquoi notre faculté de saisir le réel et
capacité du réel d'être saisi par nous se répondent-elles de c
façon ? Pourquoi le schéma représente-t-il le moyen grâce auque
leur est possible de s'ordonner l'une à l'autre ? Nous pensons qu'il n'
pas possible de répondre à cette question sans en susciter d'aut
qui tiendraient à d'autres faits qu'il faudrait expliquer à leur t
Mais, nous dira-t-on peut-être, ne faut-il pas tendre à un
ultime élucidation? Nous ne ferons pas l'hypothèse selon laq
il devrait nous être possible de pénétrer jusqu'aux dernières ex
cations. C'est là, pensons-nous, une hypothèse hasardeuse, e
même arbitraire. Elle appartient à une philosophie qui, su
point au moins, n'est pas capable de fournir de garantie. N
méthodologie, la méthodologie ouverte , ne comporte pas de prin
de réductibilité ou d'intelligibilité de ce genre. Rien ne l'obl
s'en charger. Elle est libre de poser en fait que le schéma exerç
sa fonction médiatrice est l'un des moyens légitimes de la recher
un moyen qu'elle ne pose pas certes intangible, mais qu'il es
vain de vouloir réduire à autre chose avant que l'expérience
ait fourni les raisons.
Doit-on comprendre que le schéma est ainsi mis hors de dis-
cussion? Ce n'est pas là du tout ce que nous voulons dire. La
recherche reste parfaitement libre de revenir sur ces données pour
en éprouver la valeur. C'est ce que nous allons faire en particulier
pour le domaine M où un schéma mental revêt sa structure intrin-
sèque, c'est-à-dire pour ce que nous avons déjà appelé Y horizon ou
même l'univers de la subjectivité .

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134 F. GONSETH

VI. L'horizon de la su

Nous avons déjà exposé co


peut être envisagée sous l
Un schéma, avons-nous dit,
un horizon M de réalité q
les relations à établir ent
carte, le schéma se présent
il est vrai) du monde sensib
couramment le monde extérieur. Il en est tout autrement dans le
cas de la géométrie et plus généralement dans le cas où le schéma
appartient à Vunivers abstrait des mathématiques. Comment situer,
par rapport à nous-mêmes, l'horizon M d'un schéma mental?
Comment spécifier la nature des éléments que cet horizon de
réalité prête au schéma pour que celui-ci revête sa structure
intrinsèque ? Certes, ce sont là des questions difficiles ; il n'est
cependant pas impossible de les aborder en toute objectivité.
Pour ce qui nous occupe ici, c'est l'horizon M des mathéma-
tiques qui se trouve spécialement visé, l'horizon capable de con-
férer aux mathématiques leur réalité spécifique. Or, il ne s'agit là
que d'un aspect particulier d'une certaine recherche sur nous-
mêmes. On peut en effet se proposer de mettre en évidence ce
qui nous appartient, ce que nous mettons en œuvre de nous-mêmes,
en tant que sujets, dans l'acquisition de telles ou telles connais-
sances. C'est là le problème de faire apparaître non pas notre
forme somatique ou généralement corporelle, mais l'aspect dit
phénoménologique de la personne que nous sommes tous et chacun
pour soi. Autrement dit, il s'agit d'apercevoir, dans l'homme
intégral, Yhomo phenomenologicus, c'est-à-dire l'ensemble, orga-
nisé lui aussi, des structures de la subjectivité. Est-il nécessaire,
pour traiter le problème sous l'angle qui nous intéresse spécialement,
de faire apparaître la figure entière de cet homo phenomologicus ?
Certainement pas. La tâche serait, tout d'abord, d'une ampleur
démesurée. Elle est comparable à une perspective qui s'appro-
fondit au fur et à mesure qu'on s'y engage. D'autre part, rien ne
s'oppose à ce qu'on l'aborde directement à partir de son versant

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 135

mathématique. C'est précisément ce que nous avons entrepris de


faire dans l'ouvrage déjà cité La géométrie et le problème de l'espace.
Nous y analysons comment l'espace et les figures spatiales doivent
« être aussi en nous » pour que nous puissions avoir la vision
de l'espace étendu dont en fait nous disposons, en même temps
que de la connaissance intuitive des gestes qui nous y sont per-
mis. Il n'est pas facile de désigner ce dont nous voulons parler
ici et de décrire la façon dont cela est en nous. Pour voir, il nous
faut, on le sait, un support corporel d'une extrême complexité.
La fonction ne saurait s'exercer sans le concours de phénomènes
physiques et chimiques qui vont de l'œil jusqu'au système nerveux
central. Le tout a, dans le monde physique, la structure qu'il faut
pour que nous puissions dire sans craindre de nous tromper : « Je
vois un disque » ou « Je vois une lumière rouge ». Et pourtant,
lorsque nous faisons le projet de faire apparaître l'homo pheno-
menologicus et ses structures, ce n'est pas de cet inévitable et
nécessaire support corporel qu'il s'agit. Tout au contraire, il faut
en faire abstraction, le dépasser pour se trouver sur le versant en
quelque sorte complémentaire de la prise de conscience, de l'exercice
de la mémoire, etc. Certes, ces processus mentaux doivent avoir
aussi leur relief dans le monde dit physique, mais encore une fois,
ce n'est justement pas cet aspect-là que le mot phénoménologique
doit évoquer.
Comment détacher, par exemple, la composante phénoméno-
logique qui donne tout son sens pour nous à l'affirmation : « Je
vois un disque bien circulaire » et comment expliquer que nous
soyons capables de reconnaître ce disque lorsque nous l'apercevons
sous des angles différents, soit qu'on l'ait déplacé, soit que nous
nous soyons nous-mêmes déplacés? Pour y parvenir, il faut procéder
à une difficile et pénétrante analyse de tout ce que doit être celui
qui voit. Pour faciliter les explications, précisons la situation de
la façon suivante : imaginons que nous restions en place, les yeux
fixés sur un objet immobile et que le disque traverse notre champ
d'observation. On pourra faire une première distinction en par-
lant d'une part de ce disque en tant qu'objet du monde extérieur
et, d'autre part, de l'image que le cristallin, fonctionnant comme
une lentille, en projette sur la rétine. Bien entendu, ce n'est pas

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136 F. GONSETH

cette image-là qui constitue


C'est un aspect interédim
n'appartient pas encore à
lumineux reçus par la rétin
nerf optique a pour missi
instances interprétatrices
tient-elle à l'univers de la
médiaire de leur support
monde de l'objectivité... Y
sur cette voie? Nous ne le
objectif, il faut imaginer a
Supposons qu'au lieu d'ob
déplaçant dans notre champ
à une caméra cinématogra
qu'on puisse disposer la ca
et nous placer nous-mêmes
façon que les images form
vision indirecte aient exac
la vision directe. Dans ces
comme une certaine proje
dû se passer en nous si nou
Le matériau visuel que le f
taine fonction de figurati
sont faites nos propres re
subjectifs de notre propr
cherchons à mettre en lu
matériau visuel du film se
prises de vue et qu'une seul
la vision binoculaire directe
Serrons maintenant notre
attention sur la forme qu
mesure que la série des ph
nons les faits suivants :
1. Chaque photographie figure ce que nous nous sommes
représenté, ce qui a été présent à notre conscience, ce qui a été
visualisé à un certain instant. Mais jamais deux de ces images en
nous n'ont été actualisées en même temps.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 137

2. Par l'intermédiaire de leur figuration photographique, ces


visualisations peuvent être comparées entre elles. On peut ains
constater qu'elles ne sont pas identiques. Elles se suivent, au
contraire, en se transformant de l'une à l'autre. Et pourtant, elles
forment un tout, puisque nous sommes capables de les réunir
pour en faire la vision d'un seul et même disque en mouve-
ment.

Que pouvons-nous en conclure? Qu'il n'est pas arbitraire de


parler de l'ensemble des localisations possibles ou virtuelles
d'un objet déterminé. Les remarques qui précèdent suggèrent
l'existence d'un ensemble correspondant de visualisations éga-
lement virtuelles. Voir cet objet dans l'une ou l'autre de ses
positions, c'est en quelque sorte actualiser la visuali-
sation correspondante en la faisant apparaître sur la scène de la
conscience.
Appelons L l'ensemble des localisations virtuelles dont il
vient d'être question et V celui des visualisations correspondantes.
On peut supposer l'ensemble L et le centre O de l'observation
(l'œil ou la caméra) fixés par rapport à un même référentiel. Si O
s'y déplace, l'ensemble L restant objectivement le même, l'en-
semble V ne reste pas tel quel. Soit V cet ensemble transformé
par le passage de O en 0' ; en imaginant V et V' bien distincts pour
un même sujet, on présuppose d'ailleurs qu'il puisse être aussi
fixé par rapport à un même référentiel, à un référentiel trouvant à
se « réaliser », cette fois, dans le même univers subjectif que l'en-
semble V des visualisations. L'ensemble V', avons-nous dit, doit
être envisagé comme une transformation de l'ensemble V. Le
rapport entre ces deux ensembles peut-il être précisé? II suffit de
se rendre compte que la position relative de 0', par rapport à
l'ensemble des localisations, peut être également obtenue en
laissant le centre d'observation en place et en effectuant sur l'en-
semble L envisagé comme un tout le déplacement contraire de
celui qui a conduit 0 en 0'. Appelons L' l'ensemble L ainsi déplacé.
L' n'est qu'une certaine application de L sur lui-même. Il en
résulte que D' n'est, lui aussi, qu'une certaine application de D
sur lui-même. Nous voyons ainsi que le groupe des déplacements
objectivement possibles du sujet induit un groupe d'applications
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138 F. GONSETH

subjectivement effectuab
Remarquons que l'adverbe
nous servir ne saurait être
cessus mentaux dont le suje
rement à la conscience. - A
mental par l'intermédiair
réaliser subjectivement
lui-même - son changement de position dans le monde
extérieur.
Bien entendu, il ne faut pas prendre ce qui vient d'être dit
tout à fait à la lettre. Dans la réalité si complexe du sujet, les
choses ne se présentent certainement pas de façon aussi simple
et aussi précise. Voici, à ce propos et à titre d'exemple, quelques
observations qui viennent immédiatement à l'esprit.
Qu'arriverait-il si le centre d'observation et le disque observé
étaient tous deux en mouvement? Pour analyser le cas, nous
pourrions nous servir du même subterfuge qu'auparavant : rem-
placer l'œil par une caméra à laquelle on imprimerait un mouvement
adéquat. L'ensemble des visualisations pourrait être encore une
fois figuré par la suite des prises de vue. En comparant cette
dernière avec les deux séries correspondant aux deux cas parti-
culiers envisagés plus haut, on s'apercevrait qu'elle devrait être
cette fois encore une application de l'ensemble L (ou L') sur lui-
même. Mais comment distinguer dans cette application subjective-
ment réalisée la part qui revient objectivement au déplacement de
l'observateur d'une part, à celui du disque d'autre part? Réduite
à ce que nous en avons dit, la situation ne semble pas comporter
les moyens de lever cette indétermination. Mais il ne faut pas
oublier que lorsque le sujet est réellement intégré dans le monde
de son activité, la fonction de la vision n'est pas séparable d'un
contexte à la fois ample et divers.
Sans parler encore d'autre chose que de la vision, nous avons
à constater que nous sommes très loin d'avoir traité le sujet dans
sa plénitude. Nous ne l'avons abordé que sous l'angle de la forme.
Or, dans la pratique, la perception d'une forme s'accompagne
fatalement de la perception d'une certaine distribution de cou-
leurs. N'aurait-il pas été possible de partir à la recherche de l'homo

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 139

phenomenologicus sur cette voie-là? Non seulement la chose eût


été possible, l'entreprise se serait même révélée moins ardue. Nous
aurions pu nous mettre au bénéfice des recherches nombreuses et
systématiques auxquelles la vision colorée a donné lieu depuis la
Farbenlehre de Goethe. Les techniques de la colorimétrie confèrent
à ces recherches un caractère indéniablement scientifique. Elles
mettent hors de doute dans tous les cas l'existence d'un corps des
couleurs, chacune de celles-ci représentant une façon spécifique
du sujet de ressentir la réaction de son être corporel (et singulière-
ment des organes de la vision) à certains impacts lumineux. Pour
tout homme, le corps de ses couleurs, c'est-à-dire des couleurs
qu'il est capable de voir, appartient sans équivoque à l'aspect
phénoménologique de son être.
L'étude de la vision colorée permet d'ailleurs de mettre en
évidence un fait d'une importance capitale : c'est que le corps des
couleurs n'est pas exactement le même pour tous les hommes. Il
ne s'agit pas simplement d'écarts secondaires groupés autour
d'un cas normal. Les cas individuels se répartissent en catégories
dont l'une définit bien un cas normal avec une certaine marge
d'incertitude, mais dont les autres révèlent de graves anomalies.
Dans le cas normal, le corps des couleurs se présente comme un
ensemble structuré selon trois dimensions, tandis que dans le
cas des daltoniens, il est réduit à ne plus offrir que deux ou même
qu'une seule dimension. Ainsi se manifeste une certaine indépen-
dance des structures phénoménologiques et de la façon dont elles
répondent aux structures physiques auxquelles elles sont en fait
ordonnées. On peut interpréter dans le même sens le fait que les
couleurs du spectre physique sont ordonnées linéairement du
rouge au violet, tandis que les couleurs du spectre phénoméno-
logique (formant ce qu'on appelle le cercle des couleurs) s'ordonnent
circulairement, les pourpres venant s'insérer entre les rouges et
les violets.
Ces faits, entre bien d'autres, facilitent la distinction entre la
couleur-apparence de l'objet et la couleur-propriété du sujet. Ils
facilitent en d'autres termes une claire conception de l'univers
subjectif du phénoménologique en face de l'univers objectif du
phénoménal. En revanche, on reste loin encore, sur cette ligne de

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140 F. GONSETH

recherche, des mathémati


fait d'utiliser un espace à
caractériser un corps des co
Pour expliquer comment
ménologiques, de l'informa
peut échapper à l'indéterm
la vision est toujours insé
complexité. Il faut naturell
des autres sens, et tout pa
tivité qui fournit au sujet
moins distinctes et plus ou
corporel. Et il faut natur
sens n'est pas une activité
de ses fins. Elle est liée à t
tations et d'actions qu'un
qu'effleurer.
Y a-t-il quelque indicatio
tielle et très sommaire évocation de l'univers et des structures de
la subjectivité? Celle-ci: que cette évocation n'est pas seulement
partielle et sommaire, mais que tout ce qu'elle comporte de des-
criptif et d'explicatif ne peut être que schématique. Cela signifie-t-il
que notre effort, qui était de prendre connaissance de l'homme
phénoménologique en nous, a manqué son but? Pas du tout.
C'est ici le moment de rappeler ce que nous avons dit de la fonction
du schéma : que la production d'un schéma explicatif ou descriptif
est l'un même des moyens par lesquels la connaissance se constitue.
Il est vrai que la connaissance ainsi acquise reste ouverte à son
éventuel progrès. Nous ne pensons pas qu'il puisse en être autre-
ment de l'aspect de nous-même que nous nommons l'homo pheno-
menologicus.
Il est vrai qu'à cet instant la recherche à laquelle nous procédons
ne peut que rebondir. S'il y a schéma, il doit y avoir aussi un
horizon où il revêt sa structure intrinsèque et un matériau avec
lequel on le construit. Inopinément, il y a là deux questions qui
surgissent à nouveau. Sommes-nous en mesure d'y répondre? Ce
que nous allons en dire maintenant va nous ramener à l'horizon
M des mathématiques.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 141

VII. Retour aux mathématiques

Il s'agit tout d'abord de comprendre que l'univers de la su


jectivité comprend encore autre chose que les structures don
a été question jusqu'ici, c'est-à-dire les structures sensorielle
ou parasensorielles.
(Les structures sensorielles sont celles qui servent, du côté de
subjectivité, de milieu de figuration aux impressions venues
organes des sens ; les structures para-sensorielles sont celles qu
sans être ordonnées à un organe sensoriel bien localisé, n'en so
pas moins responsables de certaines représentations fondam
tales, de celles de la durée par exemple.)
Il n'est pas question de faire ici la revue, même d'un co
d'œil fugitif, de tout ce que l'univers de la subjectivité embras
Toutes les activités dont nous sommes capables s'y projett
Aussi convient-il de ne pas perdre de vue le but que nous n
sommes assigné, celui de spécifier autant que faire se peut
nature d'un schéma mathématique. Nous voulons cependan
avant de porter notre attention sur ce point particulier, n
poser une question de portée beaucoup plus générale : est-il poss
d'esquisser à grands traits une méthode qui convienne à la rech
che de ce qui peut être « objet de connaissance » du côté d
subjectivité? On pourrait être tenté de penser à une auto-analy
dont l'introspection fournirait l'instrument. On ne saurait affir
sans autre qu'il s'agit là d'une voie impraticable, mais il conv
drait d'assurer les pratiques de l'introspection contre l'arbitrai
et l'illusoire. Dans ce qui précède, nous avons indiqué par d
fois dans deux cas particuliers une tout autre façon de faire
s'agissait, rappelons-le, de la projection des structures subjectiv
à connaître vers l'extérieur, de leur objectivation dans le mo
phénoménal. La première fois, cette extériorisation pouvait
obtenue par l'intermédiaire d'une série de prises de vues, la seco
fois par les procédures habituelles de la colorimétrie. A eux de
ces exemples suggèrent une procédure très générale, qu'on pour
précisément appeler la procédure d'extériorisation. En mê
temps que par ces deux exemples, la méthode sera, pensons-no

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142 F. GONSETH

suffisamment cernée par


allons faire dans un instant.
Les structures sensorielles et para-sensorielles sont des struc-
tures naturelles de la subjectivité. Nous entendons par là qu'elles
nous sont données indépendamment de notre volonté. Sont-elles
innées? Peut-être ne se fixent-elles qu'en fonction de l'expérience
que chacun doit faire de son insertion active et passive dans le
monde de son existence. Une fois établies, sont-elles parfaitement
immuables ? C'est là une question à laquelle il est difficile de répondre
par un simple oui ou non. Certaines observations montrent que
lorsque la fonction est troublée, la forme subjectivement obligée
de certains objets caractéristiques (la forme rectiligne et verticale
d'un poteau télégraphique, par exemple) peut se rétablir après
un certain temps d'adaptation. Des expériences de ce genre sem-
blent témoigner en faveur d'une remarquable stabilité des struc-
tures subjectives en question. Pour ce qui nous concerne, c'est
précisément cette stabilité qu'il convient de relever.
Pour un homme normalement constitué, ces structures sont
ainsi des données inaliénables. Mais ce ne sont pas là les seuls
éléments de l'univers de la subjectivité auxquels ce rôle doit être
reconnu. Dans toute analyse, quelle que soit la situation dans
laquelle elle s'exerce, il y a un certain élémentaire au-delà duquel
elle ne saurait progresser. Cet élémentaire n'est pas fatalement
d'ordre sensoriel ou para-sensoriel. Il peut être d'ordre relationnel,
pour ne citer qu'un exemple entre bien d'autres. Quelle qu'en
soit la nature, cet élémentaire a ses répondants du côté de
la subjectivité 1. (Il faut d'ailleurs se garder de penser que l'élé-
mentaire puisse simplement servir de fondement à tout le reste
et l'exemple suivant suffira pour faire apercevoir l'écueil qu'il faut
éviter. Supposons qu'on examine à l'œil nu une préparation
microscopique pour l'étudier ensuite au microscope. A propos du
même objet d'observation, on se trouve alors dans deux situations
observationnelles tout à fait différentes. Dans les deux cas, les
élémentaires de la visualisation sont, pourrait-on dire, du même
1 Voir à ce propos la conférence faite par F. Gonseth au Colloque de
Fribourg de l'Académie internationale de philosophie des sciences (1963)
sous le titre L'homo phenomenologicus.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 143

registre. Il n'en est pas de même des constatations élémentaire


du point de vue de l'observation : elles prennent le plus souven
des significations entièrement différentes.)
Les quelques allusions qui précèdent ne donnent naturellement
que de très faibles et très sommaires idées de tout le donné phén
ménologique. Notre intention n'est d'ailleurs pas d'y prendre
pied. Nous voulons maintenant nous en écarter comme d'un
tremplin. On aura remarqué que ce donné représente un ensemble
de moyens mis à diverses fins non pas au service de l'homo pheno-
menologicus, mais de la personne dont cet homo phenomenolo-
gicus n'est qu'un aspect. En face de ces moyens, il convient de
réintroduire la personne capable de s'en servir non seulement
avec discernement, mais d'en faire l'objet d'une élaboration cons-
ciente. L'installation d'une conscience active dans notre perspective
n'est pas un acte arbitraire, elle ne fait que traduire ce dont la
personne humaine est capable, dans la situation qui lui est natu-
rellement faite. Quelque chose d'essentiel manquait, en effet, à la
reconstitution d'un univers subjectif que nous puissions reconnaître
comme nôtre : une pensée agissante. Si nous hésitions à dresser un
monde de la pensée en face de celui des structures, l'analyse à
laquelle nous procédons tournerait court. Pour pouvoir aller plus
loin, il faut qu'une instance capable de produire des pensées et
de les lier en système cohérent soit mise à sa juste place. Il faut
naturellement se garder de forcer la valeur explicative de cet
acte. Celui-ci ne répond en rien à l'intention de découvrir des raisons
premières qui nous rendraient intelligibles à nous-mêmes. Il
laisse de côté la question de savoir comment il peut se faire que
nous soyons ce que nous sommes. La conception même d'une telle
élucidation dans l'inconditionnel lui reste étrangère.
Cet acte est par contre tout animé de la volonté de ne pas laisser
échapper un fait d'une irréductible signification, même s'il n'en
possède pas l'explication, d'en tenir compte et de le mettre à sa
juste place. Ce fait, c'est l'élaboration sous la lumière de la cons-
cience qui permet de passer par exemple de la simple disposition
des structures de la spatialité à l'édification systématique et
rationnelle de la géométrie. Cette élaboration met au service de la
pensée claire un schéma d'idées pour lequel les structures subjectives

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144 F. GONSETH

de la spatialité jouent - si paradoxale qu'en soit l'expression


- le rôle de signification extérieure. (Il y aurait naturellement
avantage à remplacer dans ce dernier cas l'expression de signifi-
cation extérieure par celle de signification antérieure.) Ce schéma
est loin de n'avoir qu'une fonction de description. Il réalise
ce qu'on appelle un modèle universel. C'est en effet un schéma
où s'intègre en un tout homogène l'ensemble des perspectives
virtuelles dont la vision directe n'actualise qu'une seule à la
fois.
Mais on nous arrêtera peut-être ici pour nous demander des
garanties : le fait que nous disons essentiel et dont nous entendons
tenir compte se passe en nous, du côté de la subjectivité. Comment
en sommes-nous informés? Est-ce par introspection que nous
sommes au clair sur l'élaboration qui dégage les notions et les
relations qui sont en possession du géomètre? Si tel était le cas,
serions-nous vraiment, pour reprendre les mêmes thèmes que
précédemment, assurés contre l'arbitraire et l'illusoire? Mais ce
n'est pas ainsi que les choses se présentent, car c'est précisément
ici que se place la troisième application de la procédure d'extério-
risation que nous annoncions plus haut. La voici : en même temps
que l'élaboration du géométrique s'effectue, elle s'extériorise par
l'élaboration parallèle d'un discours géométrique rigoureux et par
la production de figures, d'objets ou de phénomènes susceptibles
d'illustrer et de guider ce discours. La procédure est double, mais
ni d'un côté ni de l'autre elle ne se réduit à la simple objectivation
d'un matériau mental déjà existant. A ce sujet, l'enseignement de
la géométrie ne laisse aucun doute : c'est en prenant appui sur
l'une et sur l'autre de ces deux extériorisations que les notions
idéales, celles du point, de la droite, de la sphère, prennent forme
et que se précisent les relations à établir entre elles. Mais il faut
d'autre part que l'édifice idéal se détache de ces extériorisations
et prenne une existence autonome pour qu'un énoncé tel que
celui-ci : « par deux points, il passe toujours une droite et il n'en
passe jamais qu'une » reste inconditionnellement vrai. Ainsi s'éclaire
aussi le fait que l'existence d'une géométrie idéale puisse être la
garantie à la fois de son déploiement discursif et de son engage-
ment dans l'expérimental.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 145

Pour ce qui concerne la géométrie, il est ainsi possible d'indiquer


quel est l'horizon où elle acquiert sa réalité spécifique, quels son
les matériaux qui lui confèrent sa structure intrinsèque : cet
horizon M appartient à l'univers de la subjectivité et ses matériaux
produits d'une élaboration sui generis, appartiennent au monde (e
devenir) des idées, dont ils illustrent d'ailleurs l'existence.
Ce qui vient d'être dit de la géométrie pourrait aussi être di
mutatis mutandis des autres disciplines logiques et mathématiques
L'essentiel reste le même pour toutes à la fois. En tant qu'idéalisa-
tion, elles se placent du côté de la subjectivité ; mais leur genès
même les ancre aussi dans le discursif et dans l'expérimental.

VIII. Retour à l'analogie


Nous en arrivons maintenant à la question décisive que voici :
le matériau idéal des mathématiques se prête-t-il à la construction
de schémas visant à prendre telle ou telle signification extérieure
ou antérieure ? Après ce qui vient d'être exposé, la réponse ne peut
être qu'affirmative. Elle peut cependant se présenter encore plus
clairement si on la fait en deux temps :
Envisageons tout d'abord les systèmes mathématiques qui ont
été gagnés comme la géométrie par l'élaboration de structure
préalablement et naturellement établies, structures auxquelle
revient alors le rôle de signification antérieure. Dans ce cas et du
fait même de sa genèse, le système mathématique s'établit en un
triple rapport schématique avec ses deux extériorisations et avec
la structure de la subjectivité dont il est issu.
S'il ne s'agit pas seulement d'analyser pour mieux comprendre,
mais de saisir pour mieux agir, alors le caractère schématique d
ce triple rapport peut prendre une valeur opérationnelle. Jusqu'où
celle-ci va-t-elle porter? Il est dans la nature même du schéma qu
la correspondance qui s'établit entre le schématisant et le schéma-
tisé ne soit pas illimité, qu'elle ne soit pas indéfiniment extens
ble. Jusqu'où se maintiendra-t-elle et à quel moment se révélera-
t-elle inopérante? C'est là, dans chaque cas d'espèce, une affaire
d'expérience. Ce que nous avons aussi à recevoir comme un fait
d'expérience, c'est qu'une correspondance schématique justemen

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146 F. GONSETH

établie porte en général pl


remarque est spécialemen
tique dont il est en ce mom
L'édification axiomatique
superflues les explication
permet au contraire de le
que nous en écrivions déjà

Le schéma géométrique et s
faire cet exemple de schéma
et pourquoi énumérer les carac

Cest que la constitution d'un


truction ďun schéma mental ad hoc .

Reprenons, par exemple, le cas de la géométrie élémentaire. Ce cas


ne semble présenter aucune difficulté. Un schéma comprend tout d'abord
un certain nombre de symboles : ce seront les notions géométriques
fondamentales, les points, les droites, les plans, etc. Ces symboles abstraits
doivent avoir une signification extérieure, inutile d'insister sur ce point.
Pour la droite, par exemple, il suffit de penser à l'arête d'une règle à dessin,
à la trajectoire du rayon lumineux, etc. Il faut poser entre les symboles
un certain nombre de relations : ce seront naturellement les axiomes.
Le rôle de ceux-ci est tout à fait clair : ils ont pour mission de traduire
dans la langue des symboles certains faits « extérieurs » d'une spéciale
importance. Leur signification n'est donc pas en eux; elle doit être
cherchée dans le monde de leur signification. En un mot : le monde M du
schéma, c'est la géométrie élémentaire ; le monde M' c'est le monde
physique qu'on n'a pas encore scruté jusqu'aux molécules et aux atomes.
Les propriétés caractéristiques du schéma sont-elles toutes présentes?
Examinons-les l'une après l'autre !
Fournit-il plus qu'une description sommaire? Certainement pas!
L'allusion que nous venons de faire aux molécules et aux atomes est
déjà une indication suffisante.
Pourrait-il être complété? Certainement. Il est certaines figures qu'il
est fort utile de compléter par des hachures, des couleurs, etc. Ces diffé-
rences dans le monde des significations pourraient être aussi évoquées
dans le schéma.
A-t-il une structure intrinsèque? Elle se manifeste dans l'enchaî-
nement des théorèmes qui peut être découvert sans faire appel au monde
extérieur - à la condition naturellement d'avoir des axiomes en suffi-
sance, et de connaître les lois déductives du monde des abstraits géomé-
triques.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 147

Tout semble être parfaitement en ordre. Le malheur, c'est que nous


ne retrouvons plus l'axiomatisation en deux temps, en deux étapes
distinctes : constituant, tout d'abord, à partir du monde extérieur, les
notions et les formes intuitives et soumettant celles-ci seulement ensuite
à l'axiomatisation spécifiquement géométrique. Nous ne renoncerons
pas à notre effort de systématisation, mais le tableau définitif se pré-
sentera un peu moins simplement.
Le modèle qui nous avait guidés ne comprenait que les éléments d'un
unique seuil d'axiomatisation ; mais pourquoi n'imaginerions-nous pas
une chaîne de schémas, dont l'un prendrait le précédent comme réalité
extérieure ? Un schéma peut encore être trop riche, trop chargé d'intuition
pour certaines fins ; pourquoi serait-il impossible de s'en faire aussi une
idée simplifiée?
Dans le cas de la géométrie, il nous faudra donc interposer entre
la géométrie abstraite et le monde physique tout l'ensemble des repré-
sentations spatiales intuitives. La notion de signification extérieure se
dédouble : il n'est pas douteux qu'à travers les images intuitives la
géométrie rationnelle continue de viser le monde des phénomènes. Les
réalités du monde mental sont, d'autre part, beaucoup plus cachées et
beaucoup plus flottantes que celles du monde objectif. Bien plus, il y a
certains cas où nos connaissances intuitives fléchissent et où nous cher-
chons à confronter aussi directement que possible, en dessinant et en
mesurant, le physique et le géométrique. C'est pourquoi nous ne renon-
cerons pas à l'idée de signification extérieure telle que l'oubli du terme
intermédiaire nous l'avait suggérée. La géométrie intuitive et la géométrie
rationnelle auront donc la même signification extrême ; la première n'en
ayant pas d'autre, et la seconde ayant une signification secondaire,
relative à notre connaissance intuitive de l'espace.
Mais n'est-il pas aventureux de comparer cette dernière à un schéma ?
N'est-ce pas infliger un corset de fer à une réalité sans forme bien déter-
minée ? Entrons un peu dans les détails.
Les symboles seraient maintenant les images intuitives encore toutes
chargées des souvenirs « extérieurs », que nous avons longuement étudiées
dans notre analyse du géométrique. La droite, par exemple, abstraite du
faîte du toit, de l'angle dièdre d'une chambre etc., devrait encore prendre
dans ces derniers sa signification extérieure. Et de même pour les autres
notions. Mais où se trouverait le schéma lui-même; où faudrait-il dis-
tinguer le « monde M », où il doit prendre sa structure et ses lois intrinsè-
ques?
Le schéma, ce serait la totalité mentale où se trouvent inscrits
à leur façon les mouvements possibles de nos membres en accord
avec les déplacements éventuels des objets et avec l'aspect qu'ils
nous offrent : ce serait simplement V espace, comme forme de notre
intuition .

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148 F. GONSETH

Les autres caractères du sch


Que les notions intuitives e
elles ne soient que grosso mo
physique, c'est ce que nous av
tance.
Que leur portée et leur structure soient encore susceptibles d'exten-
sion et de transformation, c'est ce qu'on peut observer couramment;
toute virtuosité manuelle ou artistique serait impossible à acquérir si
le registre des associations motrices, que la forme intuitive spatiale
contient, ne pouvait être encore étendu.
Et l'on remarquera que ces observations ont une portée générale. Le
géométrique ne prend pas une position singulière relativement au
processus d'axiomatisation. Tous les secteurs étudiés nous ont pré-
senté, quant à la genèse, à la signification et à l'évolution des notions
fondamentales, des circonstances en principe analogues.
C'est maintenant que, d'un seul coup, nous pouvons réaliser le béné-
fice de notre longue enquête dans la formule que voici :
La formation des notions intuitives peut être envisagée comme une pré -
axiomatisation , dans laquelle , mutatis , mutandis tous les caractères de
Vaxiomatisation mathématique peuvent être identifiés .
Cette dernière à son tour leur fournit la méthode-type selon laquelle se
constituent les schémas abstraits 1.

Examinons maintenant le cas où le système mathématique ne se


présente pas lié par sa genèse même à un certain champ d'appli-
cation. C'est le cas chaque fois que la théorie mathématique d'un
phénomène ne s'impose pas d'elle-même, c'est-à-dire toutes les
fois qu'elle est élaborée à titre d'hypothèse à mettre à l'essai,
d'hypothèse à faire valoir. C'est donc aussi le cas le plus fréquent.
Le matériau mathématique étant constitué, dans l'horizon M
de sa réalité spécifique, rien ne s'oppose à ce qu'on en fasse un
usage plus libre, un emploi au moins partiellement libéré des
circonstances de sa genèse. L'édification d'un système mathéma-
tique imaginé à titre explicatif est alors tout à fait comparable à la
construction d'un schéma. C'est précisément en tant que schéma
qu'il peut être essayé avec quelque chance de succès. Ces chances
seraient par avance compromises s'il devait être l'expression d'une
correspondance parfaitement juste et valable en toutes circons-
tances. Seule la marge d'incomplétude du schéma lui confère la
1 F. Gonseth, Les mathématiques et la réalité , § 94 et 96.

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ANALOGIE ET MODÈLES MATHÉMATIQUES 149

souplesse que la recherche nécessite. Un modèle mathématique en


dans une recherche revêt donc fatalement la nature d'un schéma.
Et maintenant, ce que nous avons encore à dire de l'analogie
n'est plus l'affaire que de quelques mots. Pour que l'idée de l'ana
logie se précise, se spécifie, il faut, disions-nous, l'engager dan
une activité précisante. C'est là, justement, ce que nous venons
de faire. Dans tout ce qui vient d'être exposé du schéma, on
reconnaît en lui l'agent d'une correspondance analogique. Ce qu
nous avons gagné peut maintenant s'énoncer comme suit :
Deux ordres de faits (deux domaines de réalité) sont mis en
correspondance analogique par la production d'un schéma dont
ils représentent l'un et l'autre une signification extérieure.
La portée opérationnelle de cette mise en correspondance
dépend de celle du schéma vers l'un ou l'autre de ces domaines.
En théorie, elle est limitée ; en pratique, elle se révèle à l'expérience
Un modèle mathématique est fatalement un schéma. L'énoncé
précédent comprend donc le cas particulier suivant :
Deux ordres de fait sont mis en correspondance analogique
par la production d'un modèle mathématique commun. Ce modèle
ouvre les voies d'un calcul analogique allant de l'un de ces domaine
à l'autre.

Résumé

Pour en faire l'application à Y analogie , on discute tout d'abord comment


un mot du langage courant peut être engagé dans une signification précisée.
La procédure précisante ne peut pas consister en une simple définition.
Conformément aux vues de la philosophie ouverte, le mot doit être engagé
dans une activité précisante .
Dans le cas de l'analogie, il convient tout d'abord de préciser (dans le
même esprit, d'ailleurs) la notion de schéma en général et celle de schéma
mental en particulier. Pour y parvenir, il faut évoquer les structures natu-
relles de la subjectivité et la reprise en conscience, la reprise élaborée de ces
dernières dont les mathématiques traditionnelles sont le résultat. En général
deux domaines sont mis en correspondance analogique par le fait d'être
envisagés comme deux réalisations d'un même schéma. L'analyse des
structures de la subjectivité permet de comprendre comment ce résultat
s'étend au modèle mathématique et se précise par le rôle de ces derniers.

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150 F. GONSETH

Zusammenfassung

Es wird zunächst untersucht, wie der Gebrauch eines Wortes der


gewöhnlichen Sprache vertieft und präzisiert werden kann. Eine Defi-
nition, so geeignet sie erscheinen mag, genügt dazu nicht. Das Wort soll
als Moment einer präzisierenden Tätigkeit aufgefasst werden können.
Dies soll immer speziell für das Wort und die Idee der Analogie der Fall
sein.
Zu diesem Zweck wird im eben angegebenen Sinne der Begriff des
Schemas auseinandergesetzt. Im Speziellen wird die Frage gestellt in
welchem Horizont ein gedankliches Schema eine ihm eigene Existenz ein-
nehmen kann. Zur Beantwortung dieser Frage ist eine gewisse Unter-
suchung und Klarlegung der Struktur der Subjektivität unumgänglich.
Vor allem soll verständlich gemacht werden, dass die mathematischen
Grunddisziplinen aus einer schematisierenden Verarbeitung einiger dieser
Strukturen entspringen.
Zwei Existenzgebiete können dann als analogisch bezeichnet werden,
wenn sie als zwei verschiedene Realisierungen eines und desselben Schemas
betrachtet werden können. Die bei der Untersuchung der Strukturen der
Subjektivität gewonnenen Einsichten lassen auch erkennen (1) wie dieses
Resultat auf die mathematischen Modelle erweitert werden und (2) wie
eben dadurch die Rolle dieser mathematischen Modelle präzisiert wird.

Abstract

The author first investigates how to precise and get to the core of the
sense of a word in common language. Any definition, however appropriate
it may seem, is in fact inadequate. The word must be considered as a
moment of a precising activity, which is particularly clear in the case of
analogy as a word and an idea. With that in view, the concept of the scheme
is explained and it is examined in which horizon a mental scheme
may have an existence of its own. In order to provide a satisfactory answer,
it is necessary to investigate and uncover the structure of subjectivity, to
make it understood that the basic principles of mathematics arise from
elaborating some of these disciplines in relation with a scheme.
Two fields of existence may then be said analogous if they may be con-
sidered as two different realisations of a scheme. The views gained in
investigating the structures of subjectivity permit to realize (1) how the
result may be extended to mathematical models and (2) how the part
played by those mathematical models may be precised.

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