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Pr : Bouchra EDDAOUIBI

DROIT DE LA CONCURRENCE

Introduction :

Au sens strict du terme « la notion de concurrence désigne la rivalité d’intérêts


provoquant une compétition entre plusieurs personnes, en parties, entre
commerçants ou industriels qui tentent d’attirer à eux la clientèle par les
meilleurs conditions de prix, de qualité». Ainsi donc, la concurrence se présente
comme étant une compétition entre plusieurs opérateurs en vue d’arriver à
atteindre la conquête et la conservation d’une part de marché, elle s’exprime
dans une économie de marché basée sur la confrontation de l’offre et de la
demande.

Le terme libre de concurrence ne doit pas être confondu avec la notion


économique de concurrence libre et parfaite, il désigne une concurrence que
n’entravent pas des pratiques interdites par la loi.

Au Maroc, la liberté de concurrence est un principe constitutionnel énoncé par


l’article 35 de la constitution de 2011 qui garantit le droit de propriété et la
liberté d’entreprendre tout en respectant certaines règles et des formalités
particulières à chaque commerce. En fait, une entreprise commerciale
compétitive est celle qui aura su apprendre, investir et innover mieux et plus vite
que ses concurrents. Elle s’intéresse plus à la réduction des couts et à
l’amélioration du profit, il en résulte parfois que les intérêts des consommateurs
sont parfois loin d’être pris en considération par ces entreprises. Pour faire face
aux effets négatifs de cette vision étroite, qu’il a été institué une législation sur
la concurrence.

La mise en place d’un arsenal juridique relative à la liberté des prix et de la


concurrence est de nature à :

-confronter et donner un sens au principe et de la liberté d’entreprendre énoncé


par la constitution ;

-achever le processus de libéralisation des prix, engagé depuis 1982, qui a abouti
à la déréglementation de la quasi-totalité des produits et services ;

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-permettre au Maroc d’honorer ses engagements vis-à-vis de l’étranger. En effet,
l’adhésion du Maroc en 1987 au GATT, puis en 1984 à l’OMC et la signature
d’un accord de libre-échange avec l’union européenne en 1995, ce sont des
engagements pris par le Maroc pour se conformer à l’ensemble des résolutions
sur les règles équitables pour le contrôle des pratiques restrictives de la
concurrence, notamment celles adoptées par la CNUCED.

Le droit de la concurrence au Maroc a connu une évolution progressive au


niveau juridique et institutionnel, cette évolution a été confirmée par la
constitution de 2011, et la publication de deux lois le 7 aout 2014 :

- La loi n° 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence ;


- La loi n°20-13 relative au conseil de la concurrence.

Pour examiner en quoi consistent ces deux lois, l’éclairage sera porté d’abord
sur la libéralisation des prix et les entraves à la concurrence au Maroc, ensuite
sur la composition et les attributions du conseil de la concurrence.

Chapitre I : La libéralisation des prix et la transparence dans les relations


économiques

Au Maroc, le prix de la plupart des produits et services étaient soumis durant les
années 70 à un contrôle des prix de l’Etat, cette politique s’inscrivait dans le
cadre des stratégies adoptées à l’époque et qui avaient pour objectif
l’encouragement de la production industrielle locale et ce à travers la politique
d’import substitution.
Les autorités publiques par cette politique de subvention des produits de base
d’une part, et la réglementation et le contrôle des prix d’autre part visaient la
préservation du marché local aux entreprises nationales, et la protection du
pouvoir d’achat.

Cependant, la situation économique et financière du Maroc vers la fin des


années 70 était très critique à cause de l’endettement extérieur, du niveau très
bas des réserves en devises, de la faiblesse croissance et du taux d’inflation
relativement élevé. Pour faire face à cette situation, le Maroc a adopté le plan
triennal 1978-1980, mais avec l’aggravation de la situation financière, le Maroc
a signé le premier accord de rééchelonnement de sa dette avec le FMI lié à la
mise en œuvre d’un programme d’ajustement structurel.
Ce programme de redressement économique et financier a préconisé la
libéralisation de l’économie, du commerce extérieur et du régime des changes,
l’abandon de l’encadrement des prix et l’assainissement des entreprises
publiques. C’est ainsi que depuis les années 80, le gouvernement a entamé et

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suivi une politique de libéralisation des prix. Ce qui nous amène à porter la
lumière d’abord sur la liberté des prix et le champ d’application de la loi 104-12,
ensuite sur les entraves à la concurrence, le contrôle et les sanctions du non-
respect des règles de concurrence.

Section I : le champ d’application de la loi 104-12 relative à la liberté des


prix et de la concurrence.

Cette section sera consacrée à l’examen :


-du champ d’application de la loi 104-12 ;
-de la liberté des prix.

A- Le champ d’application de la loi n°104-12.

Le législateur marocain a prévu un champ d’application très large pour cette loi
en précisant dans son article 1er que ses dispositions s’appliquent :
-à toutes les personnes physiques ou morales qu’elles aient ou non leur siège ou
des établissements au Maroc, dès lors que leurs opérations ou comportement ont
pour objet ou peuvent avoir un effet sur la concurrence sur le marché marocain
ou une partie substantielle de celui-ci ;
-à toute les activités de production, de distribution et de services, y compris
celles qui sont le fait de personnes morales de droit public lorsqu’elles agissent
comme opérateurs économiques et non dans l’exercice de prérogative de
puissance publique ou de missions de service public.

-aux accords à l’exploitation dans la mesure où leur application a une incidence


sur la concurrence sur le marché intérieur marocain.

B- De la liberté des prix

Le titre II de la loi pose le principe de la liberté des prix. Selon les dispositions
de l’article 2 de la loi 104-12, les prix des biens, des produits et des services
sont déterminés par le jeu de la libre concurrence. Toutefois, l’administration se
réserve le droit d’intervenir sur le marché pour réglementer les prix après
consultation du conseil de la concurrence. Il s’agit ainsi :
- Des situations structurelles dans lesquelles les prix ne peuvent être fixés
par le libre jeu de la concurrence à cause soit d’un monopole de droit ou
de fait, soit à cause des dispositions législatives et réglementaires qui
limitent l’accès à un secteur donné (exp le cas de la distribution d’eau et
d’électricité)
- Des difficultés durables d’approvisionnement, de situations de monopole
sur tout ou partie du territoire, de hausse ou de baisse excessive des prix,
de calamité publique ou de situation manifestement anormale.

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Il y a lieu cependant de souligner que les dispositions de l’article 2 ne
s’appliquent pas aux produits et services dont la liste est fixée par un arrêté du
ministre délégué auprès du chef de gouvernement chargé des affaires générale et
de la gouvernance, après consultation du conseil de la concurrence et avis de la
commission interministérielle des prix.
Ainsi, le retrait définitif des biens, produits et services de la liste, est effectué
par arrêté du chef de gouvernement ou du ministre délégué auprès du chef de
gouvernement chargé des affaires des affaires générales, après avis de la
commission interministérielle des prix.

Section II : les entraves à la concurrence

Avant de traiter en quoi consistent les entraves à la concurrence, il faut d’abord


examiner le principe de la transparence dans les relations économiques.
La loi 104-12 repose sur le principe de la transparence, elle intervient aussi bien
dans les relations commerciales entre professionnels qu’à l’égard des
consommateurs.
Au niveau des relations entre professionnel, la loi impose pour tout achat de
biens ou produits ou prestations de service une obligation de facturation, de
communication du barème des prix et des conditions de vente , l’interdiction des
prix minima de revente, de refus de vente, de la vente liée, des pratiques
discriminatoires et en matière de délais de paiement la loi précise que ces
derniers ne doivent pas être imposés de façon discriminatoire. La loi interdit
également le stockage clandestin.
Pour ce qui est de la transparence commerciale à l’égard du consommateur se
traduit par la mise à sa disposition l’information relative aux prix, aux
conditions de vente, et à la remise de la facture.

Par ailleurs, pour surveiller le marché et instaurer une bonne concurrence, la loi
104-12 a interdit certaines pratiques à savoir :

- Les pratiques anticoncurrentielles ;


- Les pratiques restrictives de la concurrence.

A- les pratiques anticoncurrentielles


Pour garantir une concurrence loyale sur le marché, le législateur marocain a
interdit les actions concertées, les conventions, les ententes ou les coalitions
expresses ou tacites lorsqu’elles ont pour objet ou peuvent avoir pour effet de
restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence sur un marché.

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a) Abus de position dominante et dépendance économique.

Selon Eve Schonberg, pour qu’il y ait prohibition, trois éléments sont à prendre
en considération :

- La place prépondérante qu’occupe l’entreprise incriminée sur le


marché ;
Exemple, l’appartenance à un groupe économique puissant, occupant une
position de leadership sur le plan national dans un secteur d’activité est un
indice.
- L’abus qui consiste en un comportement prohibé ou en une
exploitation abusive de la situation d’un partenaire et qui se manifeste par
des pratiques illicites dont la liste n’est pas limitative ; exemple, se trouve
en état de dépendance économique, le mandataire qui ne fait qu’exploiter
le fonds aux clauses et conditions définies par une société pétrolière, en
distribuant de carburants aux prix et conditions qui lui auront été définis,
tout en n’étant pas libre de ses conditions d’achat et de vente.
- Une atteinte au fonctionnement ou à la structure de la concurrence ;
il en est ainsi si l’abus conduit à la disparition ou au retrait d’une
entreprise.

Ententes et abus de position dominante ne sont pas cependant considérés comme


des pratiques anticoncurrentielles lorsque :

-ils résultent de l’application d’un texte législatif ou réglementaire ;

-leurs auteurs peuvent justifier qu’ils ont pour effet d’assurer un progrès
économique, y compris par la création ou le maintien d’emplois, qu’ils réservent
aux utilisateurs une partie équitable du profit qui en résulte, sans donner aux
entreprises intéressées la possibilité d’éliminer la concurrence pour une partie
substantielle des biens, produits et service en cause.

- ils sont reconnus satisfaisant par décret, notamment lorsqu’ils ont pour objet
d’améliorer la gestion des petites et moyennes entreprises.

Ne sont pas également considérés comme pratique anticoncurrentielle les


accords d’importance mineure qui ne restreignent pas sensiblement le jeu de la
concurrence, en particulier les accords entre petites ou moyennes entreprises.

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b)La pratique des prix abusivement bas

L’article 8 de la loi 104-12 dispose « sont prohibées les offres de prix ou


pratique de prix de vente aux consommateurs abusivement bas par rapport aux
couts de production, de transformation et de commercialisation, dès lors que ces
offres ou pratiques ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d’éliminer à terme
d’un marché, ou d’empêcher d’accéder à un marché, une entreprise ou l’un de
ses produits.

Les couts de commercialisation comportent également et impérativement tous


les frais résultant des obligations légales et réglementaires liées à la sécurité des
produits.

Il est à noter que tout engagement, convention ou clause contractuelle qui donne
lieu à une pratique abusive est nulle de plein droit.

Cette nullité peut être invoquée par les parties et par les tiers ; elle ne peut être
opposée aux tiers par les parties, elle est constatée par les tribunaux compétents
à qui l’avis ou la décision du conseil de la concurrence, s’il en est intervenu un,
doit être communiqué.

c)Les opérations de concentration économique

Est considéré comme opération de concentration :

- fusion de deux ou plusieurs entreprises ;


- prise de participation, achat d’éléments d’actifs, contrat ou tout autres
moyens qui permettent d’acquérir le contrôle, au sens d’influence
dominante, d’une ou plusieurs autres entreprises.
- Création d’une entreprise commune.

Afin d’éviter les opérations de concentration ayant des conséquences néfastes


sur la concurrence, la loi 104-12 instaure des seuils minimums imposant le
contrôle, c’est ainsi que toute opération de concentration doit être notifiée au
conseil de la concurrence par les entreprises et les parties concernées, avant sa
réalisation, si l’une des trois conditions suivantes est réalisée :

-le chiffre d’affaire totale mondial, hors taxe, de l’ensemble des entreprises ou
groupes de personnes physiques ou morales parties à la concentration doit être
égal ou supérieur à 750 millions de dirhams ;

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- le chiffre d’affaire totale hors taxe réalisé au Maroc par deux au moins des
entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales parties à la
concentration doit être égal ou supérieur à 250 millions de dirhams ;

- les entreprises qui sont parties à l’acte, ou qui en sont l’objet, ou qui lui sont
économiquement liées ont réalisé ensemble, durant l’année civile précédente,
plus de 40% des ventes, achats ou autres transactions sur un marché national de
biens, produits ou services de même nature ou substituables de celui-ci.

A cet effet, la réalisation d’une opération de concentration ne peut intervenir


qu’après l’accord du conseil de la concurrence.

B-Les pratiques restrictives de la concurrence

Un ensemble de pratiques restrictives sont prohibés par la loi 104-12, c’est ainsi
que l’article 60 interdit le fait par toute personne d’imposer, directement ou
indirectement, un caractère minimal au prix de revente d’un bien ou d’un
produit, au prix d’une prestation de service ou à marge commerciale.

Il est interdit également par la loi à tout producteur, importateur, grossiste ou


prestataire de services :

1- De pratiquer à l’égard d’un partenaire économique ou d’obtenir de lui des


prix, des délais de paiement, des conditions de vente ou d’achat
discriminatoire ;
2- De refuser aux demandes des acheteurs de bien ou des demandes de
prestations de services ;
3- De subordonner l’achat d’un bien ou la prestation d’un service, soit à
l’achat concomitant d’autres biens, soit à l’achat d’une quantité imposée ;
4- Dans les villes où existent des marchés des gros ou des halls aux poissons
et aménagées à l’effet de permettre la première vente des produits
halieutiques :
a) De ravitailler les grossistes, semi- grossistes ou détaillants en fruits,
légumes ou poissons destinés à la consommation immédiate et vendus
en l’état et qui ne seraient pas passés par le carreau de ces marchés et
de ces halles,
b) De détenir, de mettre à la vente fruits, légumes ou poissons destinés à
la consommation immédiate vendus en l’état et qui ne seraient pas
passés par le carreau de ces marchés et de ces halls.

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On peut ajouter à ces pratiques restrictives de la concurrence, le stockage
clandestin. A cet effet, sont interdites :

- La détention par des commerçants, industriels, artisans ou agriculteurs de


stocks de marchandises ou de produits qui sont dissimulés par eux à des
fins spéculatives
- La détention en vue de la vente d’un stock de marchandises ou de produits
quelconques par des personnes non inscrites au registre du commerce ou
n’ayant pas la qualité d’artisans ou qui ne peuvent justifier de la qualité de
producteur agricole ;
- La détention en vue de la vente, par des personnes inscrites au registre du
commerce ou ayant la qualité d’artisan, d’un stock de marchandises ou de
produits étrangers à l’objet de leur industrie ou commerce ou activité.
- La détention en vue de la vente, par des producteurs agricoles d’un stock
de marchandises ou des produits étrangers à leur exploitation.

Section III : Contrôle et sanctions du non-respect des règles de


Concurrence.

Deux organes sont compétents pour contrôler et prononcer des sanctions en cas
de violation des règles de concurrence, il s’agit :

-du conseil de la concurrence ;

-et de l’autorité judiciaire.

A- Conseil de la concurrence

En vertu de la nouvelle n°20-13, le conseil de la concurrence dispose d’un


véritable pouvoir de décision en matière de concentrations et de pratiques
anticoncurrentielles (ententes anticoncurrentielles et abus de position dominante,
pratiques de prix abusivement bas).
Outre le pouvoir d’instruire, le Conseil de la concurrence peut mener des
enquêtes concernant les pratiques anticoncurrentielles et le contrôle des
opérations de concentration économique.

Aux termes des articles 3 et 4 de la loi n°20-13, le conseil de la concurrence peut


être saisi, pour toutes les pratiques anticoncurrentielles, par les entreprises ou,
pour toute affaire qui concerne les intérêts dont ils ont la charge, par les
organismes à savoir les conseils des collectivités territoriales, des chambres de
commerce, d’industrie et de service, des instances de régulation sectorielle ou

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des associations de consommateurs reconnues d’utilité publique, il peut être
également saisi par l’administration.

Le conseil peut, sur proposition de son rapporteur général, se saisir d’office de


toutes les pratiques susceptibles d’affecter le libre jeu de la concurrence.

a) la procédure devant le conseil de la concurrence

Le conseil de la concurrence examine si les pratiques dont il est saisi constituent


des violations des règles de la concurrence. Il prononce, le cas échéant, les
mesures conservatoires, les astreintes, les injonctions et les sanctions prévues
par la loi.

1) Le recours devant le conseil de la concurrence

Lorsque les faits lui paraissent de nature à justifier des sanctions pénales, le
conseil de la concurrence adresse le dossier au procureur du Roi près le tribunal
de première instance compétent aux fins de poursuites.

Le conseil peut, dans un délai de deux mois de sa saisine déclarer, par décision
motivée, la saisine irrecevable pour défaut d’intérêt ou de qualité à agir de
l’auteur de celle-ci ou si les faits sont prescrits (le délai de prescription des faits
est de 5ans), ou s’il estime que les faits invoqués n’entrent pas dans le champ de
sa compétence ou ne sont pas appuyés d’éléments suffisants probants.

Le conseil peut déclarer par décision motivée, après que l’auteur de la saisine ait
été mise en demeure de consulter le dossier et de faire valoir ses observations,
qu’il n’y a pas lieu de poursuivre la procédure.

La décision du conseil est transmise aux parties.

En cas de désistement des parties, il en est donné acte par décision du président
ou d’un vice-président. Toutefois le conseil peut poursuivre l’affaire qui est
alors traitée comme une saisine d’office.

2) L’instruction

L’instruction et la procédure devant le conseil sont contradictoires. Cependant le


président du conseil peut refuser à une partie la communication ou la
consultation de pièces mettant en jeu le secret des affaires d’autres personnes.
Dans ce cas, une version non confidentielle et un résumé des pièces en cause lui
sont accessibles.

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Ainsi, les parties doivent indiquer à chaque fois qu’elles communiquent des
documents au conseil, les informations qui relèvent du secret des affaires, et
c’est au président du conseil d’apprécier le caractère confidentiel des documents
ou informations figurant dans le dossier.

A cet effet, le rapporteur général notifie les griefs aux intéressés ainsi qu’au
commissaire du gouvernement, qui peuvent consulter le dossier sans violer le
caractère confidentiel des documents et présenter leurs observations dans un
délai de deux (2) mois. Les entreprises destinataires des griefs signalent sans
délai au rapporteur chargé du dossier, à tout moment de la procédure
d’instruction, toute modification de leur situation juridique susceptible de
modifier les conditions dans lesquelles elles sont représentées ou dans lesquelles
les griefs peuvent leur être imputés. Elles sont irrecevables à s’en prévaloir si
elles n’ont pas procédé à cette information.
Le rapporteur peut demander, sous peine d’astreinte, aux parties en cause ou à
toute personne physique ou morale, la communication des documents et
informations qu’il juge nécessaires à l’instruction. En cas de non communication
dans le délai prescrit par le rapporteur, le conseil peut, à la demande du
rapporteur général, prononcer à son encontre une injonction assortie d’une
astreinte dans la limite de 5% du chiffre d’affaires journalier moyen, hors taxe,
par jour de retard à compter de la date qu’il fixe.
Le rapport est ensuite notifié aux parties et au commissaire du gouvernement. Il
doit contenir l’exposé des faits et, le cas échéant, les infractions relevées, ainsi
que les éléments d’information et les documents.

Pour ce qui est des parties en cause, elles doivent présenter par écrit leurs
observations sur le rapport dans un délai de deux (2) mois courant à compter de
la date de sa réception. Ces observations peuvent être consultées dans les vingt
(20) jours qui précèdent la séance du conseil de la concurrence par les parties et
le commissaire du gouvernement.
Lorsque des circonstances exceptionnelles le justifient, le président du conseil
peut, par une décision non susceptible de recours, accorder un délai
supplémentaire d’un (1) mois pour la consultation du dossier et la production
des observations des parties.
En outre, le conseil de la concurrence peut inviter les parties à présenter des
observations orales et leur demander de répondre aux questions qui leur seraient
posées.

Le président du conseil peut, chaque fois que les besoins de l’instruction


l’exigent, faire appel à toute expertise nécessitant des compétences techniques
particulières. Cette décision n’est susceptible d’aucun recours.

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La mission et le délai imparti à l’expert sont précisés par la décision qui le
désigne. le financement de l’expertise est à la charge de la partie qui la demande
ou à celle du conseil dans le cas où elle est ordonnée à la demande du
rapporteur. Toutefois, le conseil peut, dans sa décision sur le fond, faire peser la
charge définitive sur la ou les parties sanctionnées dans des proportions qu’il
détermine.

Bien plus, les juridictions ne peuvent communiquer au conseil de la


concurrence, sur sa demande, copie des procès-verbaux, des rapports d’enquête
ou d’autres pièces de l’instruction pénale ayant un lien direct avec des faits dont
le conseil est saisi.

Les séances du conseil de la concurrence ne sont pas publiques.


Seules les parties en cause et le commissaire du gouvernement peuvent y
assister. Les parties en cause peuvent se faire assister ou représenter par des
conseillers juridiques de leur choix.
Les parties en cause peuvent demander à être entendues par le conseil de la
concurrence.
Le conseil de la concurrence peut entendre toute personne dont l’audition lui
paraît susceptible de contribuer à son information.
Le rapporteur général ou le rapporteur général adjoint et le commissaire du
gouvernement peuvent présenter des observations orales.
Seul le rapporteur chargé du dossier peut, à la demande du conseil, assister au
délibéré sans voix délibérative.
Le conseil de la concurrence est tenu de communiquer les dates de ses séances
par voie d’affichage à son siège et sur son site électronique.

b) décisions et voies de recours

En vertu de la nouvelle loi, Le conseil de la concurrence dispose d’un pouvoir


décisionnel, c’est ainsi qu’en cas de violation des règles de la concurrence, il
peut prononcer des mesures conservatoires, des injonctions.

1) Les mesures conservatoires, les injonctions ou engagements


Le conseil de la concurrence peut, à la demande des entreprises, de
l’administration ou des organismes et après avoir entendu les parties en cause et
le commissaire du gouvernement, ordonner les mesures conservatoires qui lui
sont demandées ou celles qui lui apparaissent nécessaires.
La demande de mesures conservatoires peut être présentée à tout moment de la
procédure et doit être motivée.

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Ces mesures ne peuvent intervenir que si la pratique dénoncée porte une atteinte
grave et immédiate à l’économie du pays, à celle du secteur intéressé, à l’intérêt
des consommateurs ou à l’entreprise plaignante.
Ces mesures peuvent comporter la suspension de la pratique concernée ainsi
qu’une injonction aux parties de revenir à l’état antérieur. Elles doivent rester
strictement limitées à ce qui est nécessaire pour faire face à l’urgence.
Ces mesures sont notifiées par lettre recommandée avec accusé de réception ou
par un huissier de justice aux parties.
Le conseil de la concurrence peut ordonner aux intéressés de mettre fin aux
pratiques anticoncurrentielles dans un délai déterminé ou imposer des conditions
particulières.
Il peut aussi accepter des engagements proposés par les entreprises ou
organismes de nature à mettre un terme à ses préoccupations de concurrence
susceptibles de constituer des pratiques prohibées visées aux articles 6, 7 et 8 de
la présente loi.

2) les sanctions pécuniaires


En cas du non-respect des mesures prises cités ci-dessus, le conseil peut
prononcer une sanction pécuniaire en proportion de la gravité des faits
reprochés, à l’importance du dommage causé à l'économie, à la situation de
l’organisme ou de l’entreprise sanctionné.
Si le contrevenant n’est pas une entreprise, le montant maximum de la sanction
est de quatre millions (4.000.000) de dirhams. Le montant maximum de la
sanction est, pour une entreprise, de 10% du montant du chiffre d’affaires
mondial ou national, pour les entreprises n’ayant pas une activité à
l’international, hors taxes le plus élevé réalisé au cours d'un des exercices clos
depuis l’exercice précédant celui au cours duquel les pratiques ont été mises
en œuvre.
En cas de récidive dans un délai de cinq (5) années, le montant maximum de la
sanction pécuniaire applicable peut être porté au double.

3)Les voies de recours


Les recours contre les décisions relatives aux opérations de concentration, aux
positions dominantes et dépendances économiques, sont portés, dans un délai de
trente (30) jours à compter de la date de notification de la décision, devant la
chambre administrative de la Cour de cassation.
Les recours contre les autres décisions du conseil de la concurrence sont portés
devant la Cour d’appel de Rabat.
Le recours est formé au conseil de la concurrence. Il en est délivré un récépissé.
Le dépôt de la requête est constaté sur un registre spécial.
La requête doit contenir les noms, prénoms, qualités ou professions, domicile ou
résidence des parties en cause. Elle indique, s’il s’agit d’une société, la
dénomination, la nature et le siège de cette société. Elle doit énoncer l'objet,

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les faits et les moyens invoqués. Les pièces dont le requérant entend se servir
sont jointes à la requête.

La requête est transmise, dans les dix (10) jours à compter de la date de dépôt du
recours, ainsi que les pièces qui y sont jointes, sans frais, au greffe de la cour
d’appel.
La cour d’appel fixe les délais dans lesquels les parties à l’instance doivent se
communiquer leurs observations écrites et déposer copie au greffe de la dite
cour. Elle fixe également la date des débats.
Le greffe notifie ces délais aux parties et au commissaire du gouvernement et les
convoque à l’audience prévue pour les débats.
Les décisions de la cour d’appel sont rendues publiquement.

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