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Le coronavirus1 a provoqué une stagnation de l’économie mondiale et nationale, une

aggravation des crises sociales et la suspension de nombreuses entreprises opérant dans de


nombreux secteurs de production. Cette situation exceptionnelle a eu un impact profond sur
les relations de travail entre les employeurs et les salariés.
A cet égard, une problématique fondamentale se pose : Le coronavirus est-il un cas de
force majeur ?et quel est son effet sur les parties de la relation de travail ?
La recherche sur ce sujet actuel est plus qu’un article, que nous traiterons de la
manière suivant :
I- la qualification juridique du Coronavirus
A- coronavirus comme un cas de force majeur
B- le rôle du coronavirus dans la suspension du contrat de travail
II- l’impact du coronavirus sur l’organisation de travail et les mesures prises en
faveur des salariés et des entreprises
A- l’impact du corona virus sur les parties du contrat de travail
Nous examinerons respectivement l’impact du coronavirus sur le salarié et
l’employeur.
 l’impact du coronavirus sur l’exécution des obligations du salarier
D’après les dispositions des articles 723 du DOC et l’article 6 du code de travail,
l’exécution du travail est considéré comme l’une des obligations les plus importants de
l’employer et , par conséquent, il ne peut être exempté de cet engagement qu’en cas de force
majeur qui l’empêche de remplir l’obligation qui lui est incombe dès lors que les conditions
énoncées ci-dessus sont remplies.
- Le cas de la maladie d’un salarié atteint du coronavirus confirmé par certificat
médicale
si la maladie du salarié par le coronavirus est confirmé par un certificat médical, le
contrat de travail est , conformément à l’article 32 du code de travail , suspendu en cas
d’absence du salarié en raison de cette maladie non professionnelle, selon les deux conditions
prévues à l’article 272 du code de travail , la première est que la période d’absence ne dépasse
pas 180 jours consécutifs au cours d’une période de 365 jours ,et la seconde est que la maladie
n’entraine pas la perte de la capacité de travail de l’employer et , dans ce cas, l'absence du
salarié qui est causée par son infection au coronavirus relève du régime des absences pour
maladie et toute licenciement contre lui peut être considérée comme un licenciement abusif
qui nécessite une indemnisation.
- Le cas du salarié qui refuse de travailler en raison de la propagation du
coronavirus
Le salarié qui n’est pas rejoint son travail et qui est volontairement en quarantaine
peut être considéré comme ayant commis une faute grave , en application de l’article 39 du
code de travail, si la durée d’absence dépasse plus de quatre jours ou de huit demi-journées
pendant une période de douze mois, justifiant son licenciement sans indemnité conformément
aux dispositions de l’article 62 et suivants du code de travail, contrairement à ce qui est
stipulé dans la convention n°155 de l’organisation internationale de travail sur la sécurité et
la santé des travailleurs, qui reconnaît le droit de l’employé de se retirer du travail chaque fois
qu’il y avait une cause raisonnable le menant , et constituer aussi un danger pour sa vie et sa
santé.
 l’impact du coronavirus sur l’exécution des obligations de l’employeur
De manière générale, l'employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires
afin de préserver la sécurité, la santé et la dignité des salariés conformément à l'article 24 du
code du travail. De plus, La gestion des relations de travail dans ce contexte du COVID-19
soulève plusieurs questions relatives aux mesures que l'employeur devrait favoriser pour faire
face à cette situation exceptionnelle. Ces mesures peuvent être résumées au niveau des
questions-réponses suivantes :
- L’employeur est-il en droit d’ordonner le télétravail ?

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Le virus identifié en Chine en décembre 2019 est un nouveau coronavirus qui provoque une infection respiratoire
fébrile appelée COVID-19.
Le télétravail peut être mis en œuvre lorsque l’aménagement du poste de travail est
rendu nécessaire pour permettre la continuité de l’activité de l’entreprise et pour garantir la
protection des salariés. A cet égard, le code de travail, dans son article 8, autorise l’emploi de
salarier à domicile pour le compte de l’employeur à condition de respecter les mesures
d’hygiène et de sécurité prévues par le décret n ° 262.12.2 du 10 juillet 2012 et de disposer
d’une assurance contre les accidents du travail. L’accord pour le recours au télétravail ne peut
en aucun cas affecter les avantages acquis auparavant par le salarié.
- L’employer est-il en droit de réduire les heures de travail ?
L’employeur peut , afin de se protéger des crises périodiques passagères, réduire la
durée du travail, conformément aux dispositions de l’article 185 du code de travail, tout en
respectant l’obligation de consultation des représentants des salariés et, le cas échéant, des
représentants des syndicats au sein de l'entreprise, et s’engager à payer le salaire pour la
durée effective de travail et qui ne peut, en aucun cas, être inférieur à 50% du salaire normal,
sauf dispositions plus favorables pour les salariés.
- Quelle est l’étendue de la possibilité de travail par groupes successives ?
Le législateur a autorisé cette possibilité conformément à l’article 188 du code de
travail, à condition que la durée de travail de chaque équipe ne n’excède pas huit heures par
jour. Cette durée doit être continue sauf une interruption pour le repos qui ne peut être
supérieure à une heure. Cette mesure peut contribuer à limiter au maximum les réunions non
nécessaires dans les lieux de travail.
- Dans le cadre de l'urgence sanitaire coronavirus, est-il possible pour l'employeur
d'imposer des congés payés à ses salariés ?
Cette solution est envisageable conformément aux dispositions de l'article 245 du code
du travail relatif au congé payé en vertu duquel l'employeur peut fixer les dates des congés
annuels payés après consultation des délégués des salariés et, le cas échéant, les représentants
syndicaux. L'article 246 précise, toutefois, que l'ordre des départs en congés doit être
communiqué à tout salarié au moins 30 jours avant la date départ.
Bien que la fixation des dates de congés demeure une prérogative de l'employeur, il
n'en demeure pas qu'il reste tenu de respecter le formalisme de la consultation et le respect des
délais. Sur ce dernier point, nous sommes d'avis qu'en cas d'accord avec les intéressés, le
préavis de 30 jours devient facultatif. A défaut, il est possible que des contentieux puissent
survenir dans le futur relativement à ce sujet, en raison du non-respect par certains
employeurs du délai de 30 jours
- Quid de la fermeture totale ou partielle de l’entreprise ?
Selon l’article 66 du code du travail, l’employeur peut fermer l’entreprise ou réduire
le nombre des salariés, chaque qu’il s’agit des entreprises occupant habituellement dix salariés
ou plus, pour motifs technologiques, structurels ou pour motifs similaires ou économiques
après l’accomplissement des formalités prévues par cet article2. Pour cela, le coronavirus peut
être considéré comme l’une des raisons conduisant à la fermeture de l’entreprise ou à la
réduction du nombre des salariés et donc les salariés bénéficient des indemnités de préavis
tout en profitant d'une priorité de réembauchage.
- Quid des heures supplémentaires ?
Les heures supplémentaires sont les heures de travail accomplies au-delà de la durée
normale de travail du salarié. Compte tenu de la période difficile que connait notre pays en
raison de la propagation de la pandémie de corona, certaines entreprises sont obligées de
travailler pour des périodes supplémentaires pour répondre aux besoins des citoyens et dans
ce cas les salariés de ces entreprises bénéficient , en plus de leur salaire régulier, d’une
majoration pour les heures supplémentaires calculée conformément aux dispositions de
l’article 201 du code de travail.
- Quid de La fermeture des entreprises par décision administrative
La fermeture temporaire des entreprises, lorsque celle-ci intervient légalement
notamment sur une décision administrative, a pour conséquence la suspension du contrat de
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- la consultation des délégués des salariés et, le cas échéant, des représentants syndicaux à l'entreprise ou le
comité d’entreprise dans le cas des entreprises occupant plus de cinquante salariés,
- l’envoi du procès-verbal constatant les résultats des concertations et négociations précitées au délégué provincial
chargé du travail.
-l’obtention d’une à une autorisation délivrée par le gouverneur de la préfecture ou de la province
travail conformément à l'article 32 du code du travail. Cette fermeture, selon l’article 54
même code, est incluse dans les périodes de travail effectif.
B- les mesures en faveur des salariés et des entreprises
La pandémie a des conséquences lourdes sur les plans économique et social en raison
du ralentissement, voire de l’arrêt de plusieurs secteurs d’activité à l’international. Un Comité
de veille économique (CVE) a donc vu le jour. Le CVE a pris une série de mesures, au profit
des salaries et des entrprises, qui resteront en vigueur jusqu’à juin 2020.
 Mesures en faveur des salariés
Pour les salariés, le CVE s'est penché sur la situation de ceux affiliés à la CNSS
et de ceux non affiliés à la CNSS et qui opèrent dans le secteur informel.
Concernat la première catégorie:
- Tous les salariés déclarés à la CNSS en février 2020, en arrêt d’activité, d’une
entreprise en difficulté, bénéficieront d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2000 dirhams
net, des allocations familiales, et des prestations de l’assurance maladie obligatoire (AMO).
Cet appui sera apporté par le Fonds Spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus.
- Ces salariés pourront également bénéficier du report du remboursement des
échéances des crédits bancaires (crédit consommation et crédit acquéreur) jusqu’au 30 juin
2020 à venir.
 Concernat la deuxième catégorie :
Les salariés non affiliés à la Sécurité sociale, Ramédistes 3ou non- Ramédistes,
opérant dans l’informel qui n’ont plus de revenus du fait du confinement obligatoire, peuvent
bénéficier d’une aide de subsistance qui sera servie par le fonds Coronavirus 4déterminé
comme suit :
- 800 dirhams pour les ménages de deux personnes ou moins ;
- 1000 dirhams pour les ménages formés de trois à quatre personnes ;
- 1200 dirhams pour les ménages de plus de quatre personne
 Mesures pour les entreprises, PME5, TPME6 et les professions libérales en
difficulté:
- Suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin 2020;
- Mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits
bancaires et pour le remboursement des échéances des leasings jusqu’au 30 juin sans
paiement de frais ni de pénalités;
- Activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement octroyée par les
banques et garantie par la caisse central de grantie (CCG) .
 Mesures sur le plan fiscal:
- Les entreprises dont le chiffre d’affaires de l’exercice 2019 est inférieur à 20 MDhs
pourront si elles le souhaitent bénéficier d’un report du dépôt des déclarations fiscales
jusqu’au 30 juin 2020.
- Suspension des contrôles fiscaux et des ATD7 jusqu’au 30 juin 2020.

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Bénéficiaires du régime d’assistance médicale
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Ce fonds a été créé le 15 mars sur hautes instructions de Sa Majesté Le Roi. Il sera réservé, d’une part, à la prise en
charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical en termes d’infrastructures adaptées et de moyens
supplémentaires à acquérir dans l’urgence. Il servira, d’autre part, au soutien de l’économie nationale, à travers une
batterie de mesures qui seront proposées par le CVE, notamment en termes d’accompagnement des secteurs
vulnérables aux chocs induits par la crise du coronavirus, ainsi qu’en matière de préservation des emplois et
d’atténuation des répercussions sociales de cette crise.
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Les petites et moyennes entreprises
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Les très petites, petites et moyennes entreprises
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Avis à Tiers Détenteur : est une procédure qui permet aux impôts, à récupérer une créance (un impôt ou une taxe)
en sollicitant une autre personne que débiteur, elle-même détentrice de la somme due (généralement la banque).