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Sétra

service d'Études
techniques
des routes
et autoroutes
mars 2006

Document provisoire

Maître d’ouvrage public en Europe


Éléments de repères spécifiques aux ponts
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Document provisoire

Maîtres d’ouvrage publics en Europe


Éléments de repères spécifiques aux ponts
Sommaire
Document préparé par Hélène Abel, Michel Prat et Bernard Favre (Sétra)
version du 7 mars 2006

Introduction................................................................................................................5

Première partie ..........................................................................................................7


Les contours du génie civil en Europe ................................................................................. 7
Le marché unique européen du génie civil........................................................................... 7
Qui est maître d'ouvrage ? ................................................................................................. 10
Les responsabilités du maître d'ouvrage............................................................................ 11
La sécurité ...................................................................................................................... 11
La qualité ........................................................................................................................ 12
La communication .......................................................................................................... 13
Obligations de résultat et obligations de moyen, harmoniser jusqu'où ? ........................... 14
Obligation de résultat ..................................................................................................... 14
Obligation de moyen....................................................................................................... 15
Conséquences en responsabilités ................................................................................. 15
Du projet d'ouvrage à sa mise en service .......................................................................... 16
Les premières réflexions sur les besoins à satisfaire ..................................................... 17
Comment s'organiser pour faire faire ? .......................................................................... 17
Ce qui n'est pas compris dans les éléments de mission de la loi MOP ............................. 24
La maîtrise des coûts ......................................................................................................... 26
Les points essentiels du contrôle extérieur du projet et des études................................... 27

Deuxième Partie.......................................................................................................31
Exigence et performance, fondements des eurocodes ...................................................... 31
Les eurocodes, source de progrès scientifique et soutien de l'innovation ......................... 33
Les eurocodes dans leur environnement, les normes produits et les règles de l'art.......... 34
Les eurocodes, écrits pour les maîtres d'ouvrage.............................................................. 35
Les bases de la conception, "basis of design" ................................................................... 36
Structures exposées au feu................................................................................................ 39
Actions accidentelles dues aux chocs et aux explosions ................................................... 40
Les ouvrages de géotechnique .......................................................................................... 42
Ouvrages en zone sismique............................................................................................... 42
Un observatoire national pour les eurocodes..................................................................... 42

Conclusion ...............................................................................................................45

Bibliographie............................................................................................................47

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4
Introduction
Cet essai sur la maîtrise d'ouvrage est original dans le sens où il traite du domaine
des ouvrages d'art, notamment des ponts, et prend en compte le contexte
réglementaire européen.

Il ne s'agit pas d'un guide, encore moins d'un guide technique. Nous avons
seulement réuni les éléments essentiels pour aider les maîtres d'ouvrage à évoluer
dans le nouvel espace du marché unique européen du génie civil.

Ce document s'adresse donc en priorité aux maîtres d'ouvrages publics, non


spécialistes du domaine des ouvrages d'art, qu'ils soient soumis ou non au code des
marchés publics ou à la loi MOP :

Loi n° 85-704 modifiée relative à la maîtrise d'ouvrage publiques et ses rapports avec la maîtrise d'œuvre
privée dite loi MOP, du 12 juillet 1985.

Sa présentation permet deux niveaux de lecture.

Il n'est pas exhaustif : nous avons au contraire insisté sur les points où les
responsabilités des maîtres d'ouvrage évoluent fortement en raison du contexte
européen. Il n'est pas figé non plus puisque le champ de la maîtrise d'ouvrage, par
nature, ne peut pas conduire à une doctrine unique, et nous serions au contraire
pleinement satisfaits si ce document suscitait des échanges de points de vue, de
pratiques ou de ressentis entre maîtres d'ouvrage.

La première partie rappelle le cadre juridique général et les responsabilités des


maîtres d'ouvrage. Elle précise les étapes clés de la vie d'un ouvrage où le maître
d'ouvrage doit ou peut être amené à faire valoir ses choix. Le maître d'ouvrage peut
avoir besoin de s'adjoindre un maître d'œuvre privé ou pas, préférer un ouvrage
classique ou souhaiter une silhouette architecturale originale. Le maître d'ouvrage
peut aussi ne disposer que d'un financement partiel ou être à la recherche du
financement. La question de la promotion de l'innovation mérite aussi qu'on s'y
attarde. Ce guide donne quelques repères sur les modalités de prise en compte de
toutes ces options et sur leurs conséquences organisationnelles, juridiques et
techniques. Une attention particulière est donnée aux différentes procédures
d'élaboration de la programmation et à la passation du ou des marchés de maîtrise
d'œuvre.

La deuxième partie est consacrée aux nouvelles règles de calcul du génie civil, les
eurocodes. Il n'y est pas question d'en expliquer le contenu qui a été établi par les
experts européens, mais de présenter l'esprit de ces règles et surtout les
conséquences de leur mise en œuvre sur les prescriptions, sur les possibilités
qu'elles offrent à l'innovation et sur les responsabilités des maîtres d'ouvrage.

Conscient de ce bouleversement dans le marché du génie civil, le Sétra met en place


des outils et moyens d'échanges, notamment pour les prescripteurs et les maîtres
d'ouvrage.

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Première partie

Les contours du génie civil en Europe


Il n'y a pas en Europe de définition commune pour désigner le concept d'ouvrage
d'art. Faute de traduction, les anglais reprennent à la lettre l'expression française
dans leur langue, "civil engineering" étant une notion plus large englobant le
bâtiment. En allemand, l'expression plus concrète "bauwerk" (mot à mot, œuvre de
construction) ne fait pas référence à la notion de création artistique, d'art de
construire ou de témoin historique de la société. Ainsi, les allemands incluent plus
volontiers les ouvrages fonctionnels comme les portiques de signalisation dans le
périmètre de leur juridiction sur les "ouvrages d'art".

Au niveau européen, les règles communes de conception du génie civil, qu'on


appelle les eurocodes, s'adressent au bâtiment et à tout le génie civil, à l'exclusion
des ouvrages particuliers du secteur nucléaire ou de la Défense : ponts, murs de
soutènement, silos et réservoirs, ouvrages en terre, etc.

Dans la réglementation nationale française concernant la maîtrise d'ouvrage, on vise


au-delà du bâtiment :
- les ouvrages linéaires, notamment les ouvrages dits "en terre" ;
- les ouvrages de génie civil ;
- les ouvrages d'accompagnement à caractère industriel (stations de pompage et de
ventilation) ;
- les domaines de l'aménagement urbain et des réseaux.

Le marché unique européen du génie civil


Il faut se rendre à l'évidence: le marché unique européen du génie civil existe
aujourd'hui concrètement. La passerelle Simone de Beauvoir que la Ville de Paris
ouvrira au public en 2006 en est un formidable témoin : l'architecte est autrichien, le
bureau d'études est anglais, la construction est française.

C'est la directive européenne sur les Produits de Construction qui a concrètement


lancé cette ouverture en 1989, traduite en droit interne par le décret n°92-647 modifié du 8 juillet 1992.
En imposant le marquage CE sur les produits mis sur le marché européen et
destinés à être intégrés dans les ouvrages de génie civil, les Etats Membres de
l'Union européenne s'assurent de la conformité de ces ouvrages à des exigences de
base retenues au niveau européen, dites "exigences essentielles", parmi lesquelles
on trouve la résistance mécanique, la stabilité et la sécurité en cas d'incendie.

Tous les produits ainsi marqués CE, et seulement ces produits, peuvent circuler
librement sur le marché européen.

7
Les acteurs du génie civil concernés sont bien sûr les fabricants et les distributeurs,
mais aussi les maîtres d'ouvrage, maîtres d'œuvre et entrepreneurs.

Un maître d'ouvrage n'a plus le droit d'accepter un produit non marqué CE sur ses
ouvrages; a fortiori, il ne peut les imposer dans un cahier des charges sans
justification sur ce point.

En 1992 et 1993, les directives européennes de services et de travaux ont été prises
en compte dans les différentes versions successives du code des marchés publics.

La version du Code des marchés publics 2006 prend en compte une adaptation française des directives
unifiées n° 2004/17/CE et 2004/18/CE.

Les spécifications techniques imposées par les pouvoirs adjudicateurs lors d'une
consultation, en bref le cahier des charges techniques, doivent être conformes aux
règles communes afin que ces prescriptions ne constituent pas une entrave à la
concurrence. Toute dérogation à cette règle doit pouvoir être justifiée.

Actuellement la circulaire du 5 juillet 1994, relative à la référence aux normes dans les marchés publics
et dans les contrats soumis à certaines procédures communautaires (JO du 26 août 1994), précise les
modalités de prise en compte des normes dans les spécifications techniques d'un marché. Cette
circulaire doit être prochainement remplacée pour prendre en compte les "nouvelles" dispositions de
l'article 6 du CMP.

Les pouvoirs adjudicateurs sont donc tenus de définir les spécifications techniques propres à leurs
marchés par référence à l'une des dispositions de l'article 6 du code des marchés publics 2006 ou en
combinant les deux possibilités ainsi libellées.

Les prestations qui font l'objet d'un marché ou d'un accord cadre sont définies , dans les documents de
la consultation, par des spécifications techniques formulées :

1° soit par référence à des normes ou d'autres documents équivalents accessibles aux candidats
notamment des agréments techniques ou d'autres référentiels techniques élaborés par des organismes
de normalisation ;
2° soit en termes de performances ou d'exigences fonctionnelles. Celles-ci sont suffisamment précises
pour permettre aux candidats de connaître exactement l'objet du marché et au pouvoir adjudicateur
d'attribuer le marché. Elles peuvent inclure des caractéristique environnementales.

L'ouverture du marché unique n'aurait pas été possible sans l'établissement d'une
base commune de réglementation sur la résistance des structures ou de certains
produits structuraux. C'est l'objectif des eurocodes, normes européennes de calcul
des ouvrages de génie civil et de bâtiment. Ils représentent un ensemble de 56
normes européennes qui décrivent les méthodes de calcul utilisables pour vérifier la
stabilité et le dimensionnement des ouvrages. Ces codes européens se substituent
progressivement aux codes nationaux.

Pour la France, il s'agit des normes indice de classement AFNOR P06, P10, P18, P21, P22 et P94 et un
des fascicules du Cahier des clauses techniques générales suivant :
- fascicule 61 – Titre II – Conception, calcul et épreuves des ouvrages d'art – Programme de charges et
épreuves des ponts ;
- fascicule 61 – Titre IV – Section II – Règles NV 65 et N 84 modifiées 95. Règles définissant les effets
de la neige et du vent sur les constructions et annexes ;
- fascicule 61 – Titre V – Conception et calcul des ponts et constructions métalliques en acier ;
- fascicule 62 – Titre I – Section I – BAEL 91, révisé 99 – Règles techniques de conception et de calcul
des ouvrages et construction en béton armé suivant la méthode des états limites ;
- fascicule 62 – Titre I – Section II – BPEL 91, révisé 99 – Règles techniques de conception et de calcul
des ouvrages et constructions en béton précontraint suivant la méthodes des états limites ;

8
- fascicule 62 – Titre V – Règles de techniques de conception et de calcul des fondations des ouvrages
de génie civil ;
- les DAN pour les ouvrages non pris en compte par un CCTG.

Libre circulation des produits, coordination des procédures d'attribution des marchés
de services et de travaux, base commune de réglementation sur la résistance des
structures : le cadre du marché unique de génie civil est organisé, tant en ingénierie
qu'en construction.

Ce cadre juridique laisse aussi aux Etats membres, dans des limites définies, la possibilité de s'abriter
derrière des particularités réglementaires propres, reposant sur des traditions techniques, elles-mêmes
basées sur des conditions géographiques locales, climatologiques ou de niveau de sécurité.

C'est dans ce nouveau contexte européen que doivent désormais évoluer les
réglementations nationales des Etats Membres en génie civil. Les multiples révisions
du code des marchés publics témoignent d'ailleurs de certaines difficultés comme les
limites de l'extension du "pouvoir adjudicateur" ou l'absence de définition de la notion
de maîtrise d'œuvre au niveau européen. Le droit communautaire encore très récent
est vraisemblablement appelé à se développer dans ce domaine.

Particularité française, la loi MOP définit le rôle et les obligations du maître d'ouvrage
dans le processus d'une réalisation d'ouvrages neufs ou de réhabilitation. Elle définit
aussi l'organisation et le contenu minimum imposé de chaque élément de mission
ainsi que les conditions d'élaboration du contrat de maîtrise d'œuvre. Ce document
propose quelques repères sur la loi MOP spécifiques au contexte des ouvrages d'art.

Les dispositions de l'article 2 du titre Ier de cette loi concernent plus particulièrement
les obligations de la maîtrise d'ouvrage. Le maître d'ouvrage doit avoir défini un
programme et une enveloppe financière prévisionnelle avant tout commencement
des études d' avant – projet pour les ouvrage neufs.

Pour les ouvrages de réutilisation ou de réhabilitation existants, l'élaboration du programme et la


détermination de l'enveloppe financière prévisionnelle peuvent se poursuivre pendant les études d'avant-
projet. Il peut en être de même pour les ouvrages complexes d'infrastructure à condition que le maître de
l'ouvrage l'ait annoncé dès le lancement du ou des consultations du contrats de maîtrise d'œuvre.

Cette loi MOP a été structurée sur le modèle du bâtiment : elle introduit donc par rapport au domaine des
infrastructures un nouveau vocabulaire. Les impératifs de programmation ne figurent qu'au niveau de la
loi MOP modifiée par l'ordonnance n°2004-566 du 17 juin 2004 (art 2). La circulaire n°2001-65 du 18
septembre 2001 de la DR a pris en compte ce nouveau vocabulaire législatif. Elle n'aborde pas les
modalités de contrôle extérieur. Il appartient normalement au maître d'œuvre d' attirer l'attention du
maître de l'ouvrage sur les éléments de mission complémentaire (EMC) si celui-ci n'est pas en mesure
de mener à bien les obligations découlant de l'élément de sa mission DET (direction exécution des
travaux) pour une mise en place d'un contrôle extérieur en complément ou du contrôle intérieur des
entreprises titulaires (point 9 de l'annexe III de l'arrêté du 12/12/1993). Le maître de l'ouvrage peut
également passer un marché avec un organisme de contrôle et mettre le résultat de ce marché à
disposition de son maître d'œuvre. Ce choix organisationnel est une des bases d'établissement des
missions du contrat de maîtrise d'œuvre.

9
Qui est maître d'ouvrage ?

Selon les termes de la loi MOP, le maître d'ouvrage est la personne morale pour
laquelle l'ouvrage est construit. C'est la notion de "pouvoir adjudicateur" au sens du
code des marchés publics version 2006.

Responsable principal de l'ouvrage, il remplit dans ce rôle une fonction d'intérêt général dont il ne peut
se démettre. Il lui appartient, après s'être assuré de la faisabilité et de l'opportunité de l'opération
envisagée, d'en déterminer la localisation, d'en définir le programme, d'en arrêter l'enveloppe financière
prévisionnelle, d'en assurer le financement, de choisir le processus selon lequel l'ouvrage sera réalisé et
de conclure, avec les maîtres d'œuvre et entrepreneurs qu'il choisit, les contrats ayant pour objet les
études et l'exécution des travaux.(extrait de l' art 2 de la MOP modifié par l'ordonnance n°2004-566 du
17 juin 2004).

Le maître d'ouvrage est le plus souvent initiateur, propriétaire et gestionnaire de


l'investissement. Ainsi, se décline le rôle du maître d'ouvrage qui reste le
responsable principal même si concrètement l'ensemble de ses obligations sont
assurées par un collectif de maîtrise d'ouvrage.

La mise en œuvre de cette définition est pratique pour les projets ; elle l'est
beaucoup moins pour les ponts ou les murs existants et il y a vraisemblablement
encore beaucoup de maîtres d'ouvrage qui s'ignorent.
En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires sur la propriété des
ponts, la jurisprudence a dégagé les principes qui s'appliquent en la matière. Les
ponts sont des éléments constitutifs des voies dont ils relient les parties séparées de
façon à assurer la continuité du passage.

Cette solution a été affirmée à plusieurs reprises par le juge administratif qui en a aussi conclu que
l'obligation de gestion et d'entretien incombe au propriétaire de la voie portée par le pont, quelle que soit
l'identité de la personne qui a construit ou financé la construction de l'ouvrage et quelle que soit
l'antériorité de l'ouvrage porté par rapport à l'ouvrage franchi. La gestion et l'entretien du pont incombent
au gestionnaire de la voie portée. Des conventions peuvent toutefois être négociées entre les
collectivités ou société privée (RFF ou concessionnaire autoroutier) pour la répartition des frais afférents.
Cette jurisprudence établie pour les ponts est plus difficilement transposable aux murs de soutènement
ou aux ouvrages de type passage à faune. Le cas des murs de soutènement, faisant parfois intervenir
domaine privé et public, n'est vraiment pas facile, surtout en milieu urbain.

Sans pour autant se démettre de ses responsabilités, le maître d'ouvrage peut déléguer partiellement
ses missions à des personnes physiques ou morales qui assurent certaines missions spécifiques dans le
cadre d'une l'assistance générale sur le plan administratif, financier et technique dans le cas de la
conduite d'opération (article 6 de la loi MOP). Le maître d'ouvrage qui peut également déléguer en
particulier les fonctions d'acheteur public (le point 4.3.2 de la circulaire d'application du Code des
marchés publics du 7 janvier 2004 renvoyait aux règles du Code général des collectivités territoriales
pour la désignation des PRM). Ce terme est exclus du projet de Code 2006.

La notion de PRM a été supprimée au niveau du projet du Code des marchés publics 2006. La notion de
PRM est une notion de pur droit interne. Avec l'unification du marché européen et le rôle accru de la
normalisation, le pouvoir adjudicateur veillera à ce que les spécifications contractuelles ne soient pas
discriminatoires à l'égard des fournisseurs, prestataires de services et entrepreneurs.

10
Les responsabilités du maître d'ouvrage
Le maître d'ouvrage est une personne morale dont les missions sont en général
exercées par un collectif, "la maîtrise d'ouvrage" et dont les responsabilités reposent
à titre individuel sur les représentants désignés.

L'expérience confirme que l'on arrive à répertorier toutes les responsabilités d'un
maître d'ouvrage en observant trois champs : la sécurité, la qualité et la
communication.

La sécurité
Le maître d'ouvrage est effectivement responsable de la sécurité pendant toute la vie
de l'ouvrage, de sa programmation, à sa construction et durant toute la durée de
l'exploitation. En phase de construction, l'entreprise a bien sûr sa part de
responsabilité, mais le maître d'ouvrage aussi, par l'intermédiaire ou non d'un maître
d'œuvre externe dans le cadre d'un contrat spécifique. La responsabilité du maître
d'ouvrage est appréciée en fonction de ses connaissances techniques et juridiques
vis-à-vis des autres intervenants de l'acte de construire.

C'est le maître d'ouvrage (Loi 93-1418 du 31 décembre 1993) qui désigne et suit le marché du
coordonnateur en matière de sécurité et de protection de la santé pour la phase de
conception et de réalisation.

Lors de la conception les résultats des études du coordonnateur doivent être


disponibles lors de la mission d'avant-projet conformément aux dispositions du point
2 de l'annexe III de l'arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques
d'exécution des éléments de mission de maîtrise d'œuvre confiés par des maîtres
d'ouvrages publics à des prestataires de droit privé ( JO du 13/12/93).

Le maître de l'ouvrage doit approuver un Plan Général de Coordination (PGC) en


matière de sécurité et de protection de la santé au cours de la conception, dès
l'élément de mission de MOE d'AVP. Ce document est joint au dossier de
consultation des entreprises travaux. Il doit également s'assurer que ce plan est
respecté lors de la réalisation de l'ouvrage.

Cette mission est étendue aux opérations postérieures à la mise en service de


l'ouvrage où il s'agit de s'assurer que l'exploitation, la surveillance et l'entretien de
l'ouvrage pourront être réalisés dans le respect des règles de sécurité. Les mesures
correspondantes sont consignées dans le Dossier d'Intervention Ultérieure des
Ouvrages (DIUO).
Le plus souvent, l'ensemble de la mission est fractionnée en une tranche ferme "études" et une tranche
conditionnelle "travaux". Il n'est pas interdit d'avoir deux marchés séparés, un marché SPS pour la phase
conception et un marché SPS pour la phase travaux.

En phase d'exploitation, le maître d'ouvrage est concerné par les hypothèses de


risques (risques naturels et technologiques, tempêtes, inondations, incendie, chocs,
etc.) qui ont été prises en compte pour le dimensionnement de l'ouvrage en fonction
des données figurant au programme.

11
Il n'est pas prévu d'orienter le choix de ces paramètres dans les nouvelles règles
européennes du génie civil contrairement aux anciennes pratiques françaises. Le
secteur réglementé au niveau national reste limité actuellement au risque sismique et
à la prise en compte de l'incendie. Le choix de ces paramètres relève donc de la
maîtrise d'ouvrage et ne peut être délégué au maître d'œuvre.

Le maître d'ouvrage veillera avec l'aide du coordonnateur SPS à la sécurité des


usagers, mais aussi des riverains et des agents de maintenance. Dans le cas des
ponts, il faut notamment penser à la sécurité des usagers des voies ou autres
équipements franchis. La SNCF a rédigé un cadre de notice de sécurité pour les
voies ferroviaires qui doit être intégré au programme d'exécution des ouvrages dans
leur voisinage. Ce principe pourrait à juste titre être repris pour les voies routières à
trafic important.

La qualité

Le maître d'ouvrage est responsable de la qualité au sens le plus large possible du


terme : qualité fonctionnelle, technique, économique, juridique, architecturale,
environnementale, etc. Il doit veiller pour cela sur la qualité et la cohérence du
programme de l'ouvrage et exercer le suivi des contrats d'études et de travaux. Au
niveau européen, où la notion de maîtrise d'œuvre à la française n'existe pas, le rôle
du maître d'ouvrage est exacerbé et les normalisateurs ont veillé – à juste titre –
dans leur travail de rédaction à ne pas se substituer aux décisions de maîtrise
d'ouvrage. C'est le cas notamment pour les eurocodes.
L'introduction de la recommandation T1- 99 adoptée le 7 Octobre 1999 par la direction des affaires
juridiques du MINEFI (ex Commission Centrale des Marchés) confirme le renforcement des
responsabilités des maîtres d'ouvrage dans leur rôle de prescripteurs :

"Dans la présentation d'un marché, la définition des spécifications destinées à répondre à un besoin
identifié est une étape essentielle. Le cadre de cette étape est en pleine évolution, avec l'unification du
marché européen et le rôle accru de la normalisation."

Les CCTG, si le maître de l'ouvrage prend la décision de les faire figurer en qualité
de documents généraux dans le cadre du marché (article 13 du Code des marchés publics),
donnent valeur contractuelle à une "doctrine technique commune". Ils font référence
aux normes ou à des certifications françaises. Cette certification française apporte la
preuve que les performances et la régularité sont conformes à un référentiel validé
par une tierce partie. Ce référentiel est publié au JO.

Ces spécifications ne doivent pas être discriminatoires et la question de l'équivalence


entre normes ou marques différentes peut se poser. Les fascicules du CCTG
apportent des indications sur leur application. Toutefois, les normes évoluent
rapidement et les fascicules des documents techniques généraux (CCTG) ne sont
pas mis à jour au même rythme. C'est la raison pour laquelle le Sétra tient à jour un
outil d'aide à la rédaction des pièces écrites (PETRA).

C'est en général au maître d'ouvrage, assisté de son maître d'œuvre, qu'incombe la


responsabilité d'examiner les demandes d'équivalence des soumissionnaires ou des
titulaires, et à ceux-ci d'apporter les preuves d'équivalence.

12
Voir l'article 6 du projet du code des marchés publics 2006. Les mentions "ou équivalents" figurant au
niveau des cahiers des charges sont autant d'options à la solution de base initiale.

Lorsque l'ouvrage est terminé, le maître d'ouvrage prononce la réception de


l'ouvrage et en confie l'entretien et la surveillance à un service gestionnaire. Cette
phase peut, si cela a été prévu par le maître d'ouvrage dans la procédure de
réalisation, se concrétiser par la remise d'un dossier d'ouvrage qui comprend toutes
les informations relatives au projet et utiles à sa maintenance. Ce dossier comprend
les plans conformes à l'exécution remis par l'entrepreneur (plans de récolements selon l'art. 40
de l'actuel CCAG.T), des notices de fonctionnement, des prescriptions de maintenance
des fournisseurs et des éléments d'équipements mis en œuvre.

C'est le maître d'œuvre qui doit préparer et proposer au maître d'ouvrage la


réception. Au titre de l'élément de mission correspondant de la loi MOP, le maître
d'œuvre doit également assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception
des travaux et procéder à l'examen des désordres signalés par le maître de
l'ouvrage.

A noter que dans le cas particulier où le maître d'ouvrage ne dispose pas de la


maître d'œuvre de conception, notamment dans le cas de la procédure de
conception-réalisation, le maître d'ouvrage devra veiller sur cette phase importante
de réception qui nécessite une préparation sur site.

La procédure de conception réalisation n'empêche pas d'avoir un maître d'œuvre travaux titulaire d'une
ou des missions EXE, DET et AOR.

La communication

Le troisième pilier de la maîtrise d'ouvrage ne doit pas être négligé : il s'agit de la


communication et du respect des modalités de concertation compte tenu de
l'évolution de la participation du public au processus décisionnel sur les grands
projets d'aménagement, régie par une succession de lois et de directives
européennes depuis 1983.

En résumé, les responsabilités de la maîtrise d'ouvrage se déclinent donc selon les


trois thèmes : sécurité, qualité et communication. Par rapport à notre culture
française, ces responsabilités sont renforcées par le contexte européen pour deux
raisons essentielles :
- l'Europe privilégie la notion de contrat à celle des textes juridiques épars et des
fascicules du CCTG à la française - le concept de maîtrise d'œuvre reste une
exception française ;
- enfin, l'évolution de la société et la forte demande de démocratie sociale
renforcent par ailleurs les responsabilités délictuelles des maîtres d'ouvrage.

13
Obligations de résultat et obligations de moyen,
harmoniser jusqu'où ?
Dans un cadre contractuel, un prestataire est soumis à des obligations de résultat
et/ou de moyens et pour se donner toutes les chances d'atteindre ce résultat, le
pouvoir adjudicateur doit aussi s'en donner les moyens ; c'est le cas lorsqu'il
demande une garantie particulière spécifique au titre du marché (article 44.3 du
CCAG.T), par exemple, la garantie particulière sur la pérennité des couches de
peinture (ouvrage métal et peinture anti-graffitis), ou lorsqu'il prévoit des essais
destinés au contrôle des résultats ( article 41.5 du CCAG.T). La définition de critères
de performance permet aussi de mesurer les moyens mis en œuvre en vue
d'atteindre le résultat attendu et d'organiser un système qualité par référence à des
obligations de résultat et/ou de moyens et à leurs conséquences en responsabilités.
Obligations de résultat et de moyen ne s'excluent donc pas et dans un marché, le
prestataire n'est pas le seul concerné par cette obligation.

Obligation de résultat

La jurisprudence ne donne pas à contester la qualification d'obligation de résultat


pour l'entrepreneur qui tente généralement, pour exonérer sa responsabilité, de
rechercher et de démontrer la cause étrangère (ou l'aléa) du fait du maître d'ouvrage
ou de la connaissance égale à la sienne du maître d'ouvrage dans le domaine
concerné.

En effet, cette jurisprudence reconnaît au constructeur (homme de l'art) une


compétence réelle en matière de construction, notamment dans les choix essentiels
touchant à sa définition. Le rôle actif que le constructeur joue pourrait d'ailleurs être
compris comme obligation de résultat : « L'entrepreneur quel qu'il soit, devrait
toujours être tenu de l'obligation déterminée de délivrer une chose correctement
construite, réparée ou remise en état ». Mais la considération d'un aléa, souvent
envisageable, interdit la qualification systématique d'obligation de résultat. Les
dispositions de l'article 29-2 du CCAG-T lui fait obligation de vérifier et de signaler les
erreurs dans les documents remis par le maître d'œuvre.

A l'inverse, le maître d'ouvrage qui n'est généralement pas un spécialiste, peut être
tenté de laisser toute latitude à la maîtrise d'œuvre pour faire réaliser l'ouvrage sans
intervenir dans les études, ni même parfois préciser suffisamment le résultat à
atteindre. Mais de toute évidence, en matière d'études techniques comportant des
clauses liées à la sécurité, on peut considérer qu'il y a promesse de résultat de la
part du maître d'œuvre et de l'entreprise du fait que le maître d'ouvrage a approuvé
ces clauses au niveau du programme dont il a la responsabilité, par référence aux
éléments constatés (besoins et données) et aux éléments imposés (besoins et
exigences.) de l'ouvrage.

14
Obligation de moyen

Afin de réaliser une prestation de service, le débiteur d'une obligation, de surcroît


homme de l'art, se doit de mettre en œuvre l'ensemble des moyens de l'art pour
s'exécuter, y compris les obligations d'information.

La jurisprudence montre que de nombreuses décisions font référence aux règles de


l'art en faisant d'ailleurs tomber la faute sur l'homme de l'art. Ces décisions apportent
une appréciation de comportement, rejetant par ce choix la qualification d'obligation
de résultat. Malgré diverses interprétations, les arrêts de principe confirment que le
droit commun de la responsabilité des constructeurs est celui des obligations de
moyens dans les limites des connaissances lors de la réalisation de l'ouvrage et
appréciées sur la base des règles de l'art, autrement dit sur le savoir faire.

Les règles de l'art, en tant que règles de comportement, semblent donc jouer un rôle
dans le cadre des obligations de moyens et non dans celui des obligations de
résultat. Mais s'agissant d'un résultat promis, le problème se pose en considération
des volontés et des usages. L'argumentaire par l'entreprise est toujours la
démonstration de la cause étrangère ou d'une immixtion de la maître d'œuvre dans
la construction malgré les mises en garde de l'entrepreneur.

Les normes de moyens sont nombreuses, notamment les méthodes d'essais visant à
vérifier les caractéristiques d'un produit soumis à une norme de résultat. Les normes
de moyens sont de comportement, car elles fixent les modalités du savoir-faire. Ce
rôle est actuellement assuré par les documents techniques généraux, les CCTG les
DTU, et les normes d'essais qui couvrent notamment les questions de validation de
la mise en œuvre. Par contre, la volonté politique d'harmonisation au niveau
européen s'est en général arrêtée aux obligations de résultats et à la logique de
performance des produits. Ceci traduit la position française dans les instance de
normalisation au niveau européen reprise par les dispositions de l'article 6 du CMP.

Conséquences en responsabilités

Dans ces conditions, le maître d'ouvrage, en qualité de pouvoir adjudicateur et


d'acheteur public, peut se faire assister d'un professionnel de chaque discipline, et
doit au minimum, c'est une première difficulté, être conscient des conséquences en
responsabilités liées aux choix et aux prérogatives de chacun. Ceci dans un contexte
particulier qui peut être lié aux nouveaux types de contractualisation, comme le
partenariat entre le public et le privé, aux transferts de responsabilités et de missions
traditionnellement du ressort d'un échelon central et à la décentralisation.

15
Du projet d'ouvrage à sa mise en service

Les grands maîtres d'ouvrages européens s'accordent sur le besoin de procédures


nationales d'élaboration des projets qui leur permettent d'organiser un contrôle
extérieur et d'exercer ainsi leurs responsabilités.

Ainsi le ministère fédéral allemand intervient régulièrement dans l'élaboration des


projets fédéraux confiée aux états régionaux (Länder). En France, c'est depuis 1985
la loi MOP qui rythme la procédure d'élaboration des projets pour la plupart des
maîtres d'ouvrages publics. Mais cette loi – calquée sur le modèle du bâtiment – est
plutôt destinée à définir les missions minimales de maîtrise d'œuvre et leur
rémunération forfaitaire, sans se préoccuper des conditions d'exercice du contrôle
extérieur par les maîtres d'ouvrage.
Par ailleurs rien n'interdit à un maître d'ouvrage de mettre à disposition du maître d'œuvre les résultats
du contrôle extérieur obtenus dans le cadre d'un marché spécifique afin de lui permettre de valider le
contrôle intérieur du ou des titulaires marchés de travaux soit aux points sensibles, soit aux points d'arrêt
dans le cadre de l'élément de mission DET (direction exécution des travaux).

Pour le ministère chargé de l'équipement, le contrôle des projets sur routes


nationales est organisé selon la circulaire du 5 mai 1994 complétée par la circulaire
n°2001-65 du 18 septembre 2001. Elles sont actuellement en cours de révision.
Quant aux collectivités locales, elles peuvent exercer leur contrôle comme bon leur
semble à condition bien sûr de respecter les processus d'élaboration des projets
qu'elles ont choisis et les contrats afférents de maîtrise d'œuvre. A noter que
beaucoup de collectivités ont adopté pour leur contrôle une procédure identique à
celle du ministère, reprenant le même vocabulaire pour définir les étapes des études
et des avis sur dossier. En matière de contrôle des projets, la doctrine tend donc à
s'établir par l'usage.

Modifiant la pratique en infrastructure, la loi MOP de 1985 modifiée et le code des


marchés publics mettent l'accent sur la définition des besoins en amont des
marchés. Cette volonté, justifiée par la logique de contractualisation avec l'ingénierie
privée, n'est pas très compatible avec une démarche itérative d'élaboration des
projets.

Toutefois, l'ordonnance n° 2004-566 du 17 juin 2004 modifiant la loi MOP tente de


résoudre cette difficulté en permettant de poursuivre l'élaboration du programme d'un
ouvrage ainsi que son enveloppe financière pendant la phase d'études appelée
avant-projet.
Cette possibilité est automatique pour les ouvrages à réhabiliter. Pour les ouvrages neufs, le maître de
l'ouvrage aura pris soin de l'annoncer dès le lancement de la consultation et devra justifier de la
complexité de l'ouvrage.

Ainsi, les textes (lois, arrêtés circulaires, guides, etc.) qui traitent de l'organisation des études et de leur
contrôle foisonnent et il est certainement difficile pour un maître d'ouvrage non aguerri de s'y retrouver.
Nous proposons ici quelques repères sur les phases d'études et les procédures d'attribution de marché
de maîtrise d'œuvre, ce qui permet de caler entre eux les différents vocabulaires et de rappeler quelques
points spécifiques aux études et à la construction des ouvrages d'art que la maîtrise d'œuvre soit
publique ou privée.

16
Les premières réflexions sur les besoins à satisfaire

Le processus d'élaboration d'un projet commence avec la première commande du


maître d'ouvrage qui recherche un parti d'aménagement et une enveloppe
prévisionnelle globale. Les premières réflexions portent donc sur l'opportunité de
faire, le choix des modalités de transport, les différentes options de tracé. Ces études
proposent les grandes lignes du projet politique, social et économique. Elles sont
destinées à l'élaboration du dossier visant à obtenir la Déclaration d'Utilité Publique
(point 3-1 de la circulaire DR du ministère des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer n°2001-65 du
18/09/2001).

A la suite du recensement des brèches, le maître d'ouvrage collecte – en proportion


utile au niveau d'avancement des réflexions – les données du futur ouvrage, les
besoins, les contraintes. La définition de l'ensemble des contraintes (techniques,
climatiques, urbanistiques, socio–économiques, environnementales, architecturales,
écologiques, etc.) constitue le fondement de la qualité des études de
programmation (Arrêt du Conseil d' Etat n°234298 du 19 octobre 2001 route des Tamarins ).

Très en amont, ces études relèvent directement de la maîtrise d'ouvrage et ne sont


pas considérées comme des éléments de mission de maîtrise d'œuvre. Elles ne font
pas partie des Etudes Préliminaires ou de diagnostic pour la réhabilitation au sens de
la loi MOP. Dans le vocabulaire du guide de la Mission Interministérielle pour la
Qualité des Constructions Publiques (MIQCP) sur la maîtrise d'ouvrage, cette phase
est appelée "pré-programmation" ou encore étude de faisabilité.

Comment s'organiser pour faire faire ?

La réalisation de l'ouvrage étant fortement pressentie, il revient au maître d'ouvrage


de décider :

- d'annoncer éventuellement un souhait politique particulier, par exemple en matière


d'innovation ou de geste architectural,
- de s'adjoindre ou non une ou plusieurs assistances à maître d'ouvrage (AMO), puis
une fois les études de programmation terminées de s'adjoindre un maître d'œuvre
externe ou non,
- de financer seul l'ouvrage, ou partiellement, ou pas du tout,
- d'organiser les études – dans le cadre de la loi MOP pour les maîtres d'ouvrage qui
y sont soumis,
- d'organiser le contrôle de ces études – dans le cadre de la circulaire du 5 mai 1994
modifiée ou de sa révision future pour les maîtres d'ouvrages du réseau routier
national,
- de choisir la procédure d'attribution des marchés compte tenu des possibilités
offertes
par le code des marchés publics pour les maîtres d'ouvrages qui y sont assujettis et pour les personnes
non soumises au code des marchés publics, obligation de mettre en œuvre les dispositions du décret
n°2005-1742 du 30/12/2005 fixant les règles applicables aux marchés passés par les pouvoirs
adjudicateurs mentionnés à l'art 3 de l'ordonnance n°2005-649 du 6 juin 2005 relative aux marchés
passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics.

17
Cette phase d'organisation en vue de l'attribution des marchés est essentielle et
nécessite d'y consacrer le temps nécessaire sur le planning global de l'opération,
d'acter les décisions correspondantes et si nécessaire de s'adjoindre les
compétences d'une ingénierie juridique et financière, soit totale (art. 6 de la loi
MOP), soit partielle (AMO).

Les pouvoirs adjudicateurs qui représentent les différents maîtres d'ouvrage ne sont pas tous soumis au
même cadre réglementaire (depuis l'ordonnance 2005-649 du 6 juin 2005), notamment vis à vis du CMP
et de la loi MOP. Ceux-ci devront y prendre garde et notamment, veiller sur la pertinence des
propositions que leur font des prestataires en assistance à maîtrise d'ouvrage lorsque ces prestataires
sont peu aguerris à ces situations juridiques diverses.
De plus, le point I-2-d) de l'annexe de la circulaire DR en date du n°2001-65 du 18 septembre 2001
relative à l'organisation de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'œuvre pour l'aménagement du réseau
national prévoit lors d'une action comportant plusieurs maîtres d'œuvre de définir au niveau de chaque
marché de maîtrise d'œuvre les contraintes des interfaces de l'ouvrage concerné avec l'ensemble des
ouvrages à réaliser dans le cadre de l'opération.

Le code des marchés publics (CMP) autorise cinq procédures différentes pour
l'attribution d'un marché de maîtrise d'œuvre (appel d'offres, concours, marché
négocié, appel d'offre en vue d'un marché de conception/réalisation et procédure du
dialogue compétitif). Le maître d'ouvrage choisit la procédure en fonction du niveau
d'avancement du projet et du seuil estimé des honoraires.

Le tableau n°1 ci-après rappelle les procédures adaptées aux différentes situations
pour un maître d'ouvrage soumis au CMP.

Si le maître d'ouvrage dispose déjà d'une solution suffisamment précise, il peut


lancer un appel d'offres

(exception au concours prévue 4° du III de l'article 74 du CMP) ou un marché à


procédure adaptée (MAPA) si le montant estimé des honoraires est inférieur aux
seuils des marchés passés selon une procédure formalisée. La commission sera
composée comme celle d'un jury de concours (b) du 4° article 74 du CMP). Si l'appel
d'offres est retenu, le contenu de la prestation étant bien défini, il n'aura pas la
possibilité de négocier avec le candidat, mais seulement de procéder à la mise au
point du marché.

Il a aussi toujours la possibilité d'organiser un concours mais sans fournir de solution


ou de début de solution au cahier des charges.

Si le programme est peu avancé, le maître d'ouvrage peut organiser un concours de


maîtrise d'œuvre et passer un marché de maîtrise d'œuvre après négociation avec
tous les lauréats (7° du II de l'article 35 du code des marchés publics 2006).

Comme précédemment, aucune solution ou esquisse de solution n'est fournie par le


maître de l'ouvrage dans le programme du concours.
Le montant de la prime attribuée à chaque candidat est égal au prix estimé des études à effectuer par
les candidats telles que définies dans l'avis d'appel public à la concurrence et précisées dans le
règlement du concours affecté d'un abattement au plus égal à 20%.

18
A titre dérogatoire, si le maître d'ouvrage est très contraint, il peut directement
négocier un marché de maîtrise d'œuvre.
Le recours à cette procédure doit être obligatoirement justifié au niveau du rapport de
présentation. Il peut s'agir d'une suite donnée à une première procédure infructueuse
(art. 35-I 1° du CMP ou 35-II 3°; l'ex article 3° II de l'article 35 n'existe plus dans le CMP version 2004 et 2006
suite à une demande d'une décision motivée de Bruxelles), à un marché complémentaire (35-II 5°), ou
à l'extension d’ouvrage (35-II 8°). Il s'agit d'un marché négocié en raison de l'objet mais
la rédaction du rapport de présentation doit démontrer que l'objet du marché répond
bien au cas annoncé. Dans des cas très spécifiques et complexes, il est également
possible d'utiliser la négociation visée à l'article 35-II.2° version du Code des
marchés publics 2006.
"Les marchés de services, notamment les marchés de services financiers mentionnés au 6° de l'article
29 et les marchés de prestations intellectuelles telles que la conception d'ouvrage, lorsque la prestation
de services à réaliser est d'une nature telle que les spécifications du marché ne peuvent pas être
établies préalablement avec une précision suffisante pour permettre le recours à l'appel d'offres." Cette
procédure a été utilisée pour le marché d'instrumentation destinée à suivre le comportement vibratoire de
la passerelle Solférino à Paris.

Par ailleurs lorsque le maître d'ouvrage ne connaît ni les moyens, ni les techniques
mobilisables pour son projet, ni les performances à en attendre, il peut lancer
plusieurs marchés de définition (au minimum 3 art. 73 du projet de code 2006), puis attribuer un
marché négocié de maîtrise d'œuvre avec l'un des lauréats (IV de l'article 74 du CMP 2006).
Les critères de sélection de ce second marché seront annoncés dès l'appel à concurrence du marché de
définition. Cette procédure est utile pour un projet expérimental ou de recherche.

La procédure du dialogue compétitif permet au maître d'ouvrage de consulter toutes


les offres potentielles susceptibles d'être proposées conformément aux dispositions
de l'article 26 du décret n°93-1268 du 29 novembre 1993.

Le dialogue permet de mettre au point un cahier des charges (art. 36 et VII de l'article 67 du
code des marchés publics).

Si le marché doit aussi porter sur l'exécution de l'ouvrage et si le maître d'ouvrage


est soumis à la loi MOP, c'est la procédure de conception/réalisation qui sera
appliquée. Mais le recours à cette procédure doit être justifié par la complexité de
l'ouvrage.

Les conditions de l'article 18–I de la loi MOP doivent être réunies (motifs d'ordre technique rendant
nécessaire l'association de l'entrepreneur aux études de l'ouvrage) et décret n°93-1270 du 29/11/1993.

La procédure de conception-réalisation est particulière puisque dans ce cas, le


maître d'ouvrage contracte directement avec le constructeur, mandataire d'un
groupement un marché de conception et de réalisation de l'ouvrage. Il n'y a donc pas
de maître d'œuvre de conception dissocié. Le recours à cette procédure est
dérogatoire : le maître d'ouvrage soumis au code des marchés publics doit justifier la
nécessité de faire intervenir le constructeur dans le processus de conception de
l'ouvrage.

19
Cette procédure ne facilite pas non plus le contrôle extérieur des études, ni le
contrôle des demandes d'acompte, ni les opérations préalables à la réception de
l'ouvrage. Il faut mettre en place lors de la mise au point du marché les points
sensibles et les points d'arrêt permettant le contrôle de réalisation des travaux. Le
maître d'ouvrage peut si besoin faire appel à un maître d'œuvre externe pour des
éléments de mission de maîtrise d'œuvre Travaux.

Il s'agit bien d'un appel d'offres restreint (article 69 du CMP) : les performances de
l'ouvrage attendues doivent être décrites dans le cahier des charges et le programme
de l'opération (1° du I de l'art 12 du CMP). Seule l'audition est possible : la négociation n'est
pas autorisée, mais seulement la mise au point du marché après demande
éventuelle de clarification ou de précision ne modifiant pas les éléments
fondamentaux de l'offre ou des caractéristiques essentielles du marché. Au vu des
dispositions du III de l'article 1er du CMP, il s'agit d'un marché de travaux et non d'un
marché de prestations de service. Ceci explique la raison de la non prise en compte
de l'anonymat dans le cadre de cette procédure.

Enfin, lorsque le maître d'ouvrage ne compte pas apporter le financement de


l'opération, il a recours à la Délégation de Service Public (DSP) ou à un contrat de
Partenariat Public Privé (PPP).

Contrairement au marché public, il n'y a pas de rémunération intégrale et immédiate


effectuée par le pouvoir adjudicateur. La conclusion d'un contrat de délégation de
service public n'entre pas dans le champ d'application du code des marchés publics.
Elle doit toutefois obéir aux principes fondamentaux de la commande publique.
La délégation de service public est définie par les dispositions de l'article 1101 du Code civil "convention
par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou
ne pas faire quelque chose". L'article 3 de la loi n°2001-1168 portant mesures urgentes de réformes à
caractère économique et financier du 11 décembre 2001 dite "MURCEF" précise : "est un contrat par
lequel une personne morale confie la gestion d'un service public dont elle a la responsabilité à un
délégataire public ou privé, dont la rémunération est substantiellement liée au résultat de l'exploitation du
service", en modification de l'article 38 de la loi n°93-122 du 29 janvier 1993 relative à la prévention et à
la transparence de la vie économique et de l'article dite loi "Sapin"(l et l'art. L 1411-1 du code général des
collectivités territoriales).

Dans un partenariat Public Privé, la maîtrise d'ouvrage des travaux est transférée sur
le partenaire privé contrairement au cas de la délégation de service. Les dispositions
de l'article 1er de l'ordonnance n°2004-559 du 17 juin 2004 autorisent le co-
contractant de la personne publique à prendre en charge tout ou partie de la
conception des ouvrages. Dans ce cas, le co-contractant public limitera son contrôle
à la bonne exécution du contrat de partenariat, sans exercer une quelconque action
de direction technique des actions de construction et en se limitant strictement à la
conception de l'ouvrage.

20
Contexte du projet Le maître d'ouvrage (MOA) Le maître d'ouvrage ne
souhaite s’adjoindre un maître s’adjoint pas de maître
d'œuvre d'œuvre conception

Le concours n’est pas obligatoire en infra; Cas particulier d'un marché de


Le projet est assez possibilité de lancer un appel d’offres avec conception / réalisation à la suite d'un
commission composée comme un jury (4° du appel d’offres restreint. La commission
bien défini et le maître III de l'art.74 du CMP) ou MAPA si montant d'appel d'offres comporte 1/3 maîtres
d'ouvrage finance tout d‘œuvre dans le jury.
inférieur au seuil des marchés formalisés (II de
l'article 74 du CMP). Audition et négociation Le MOA définit les performances.
ou partie sont interdites (sauf condition contraire Conformément aux dispositions de l'article
expresse dans le cas d'un MAPA ). 11 du code des marchés publics le
programme de l'opération ainsi que les
études de conception constituent des
pièces contractuelles du marché.
Concours (art. 71) avec jury classique, Nécessité de justifier l’intervention de
anonymat requis, en 3 enveloppes, puis l’entreprise dans la conception (art. 37).
marché négocié.
Marché négocié en raison de l’objet selon la En particulier pour le contrôle des
procédure dérogatoire (art.35) : choix de la demandes d’acomptes, les opérations
Le projet est assez peu procédure à justifier (procédure infructueuse, liées à la réception et le contrôle du
défini et le maître marché complémentaire, extension d’ouvrage, Dossier d'ouvrage.
ouvrages complexes, etc.).
d'ouvrage finance tout Il n'y a pas obligation d’intervention d’un
ou partie architecte, sauf demande spécifique du
maître d'ouvrage. La loi 77-2 modifiée du
3/01/1977 ne l'impose pas.

Audition possible, négociation interdite.


Le MOA ne connaît ni les moyens, ni les
techniques, ni les performances: il peut lancer
plusieurs (au minimum 3) marchés de
définition (art. 73) puis attribuer un marché
négocié de maîtrise d'œuvre avec l'un des
lauréats (IV de l'article 74 du CMP).
Dialogue compétitif pour un projet
partiellement défini et pour améliorer la
définition des besoins, rédiger les cahier des
charges puis remise des offres.( art. 36 et 67
du CMP).

Le projet est assez peu Contrats de Partenariat Public Privé ou


Délégations de Services Publics.
défini et le maître
d'ouvrage ne finance
rien

Tableau 1 : Les modalités d'attribution de marché de maîtrise d'œuvre pour un maître


d'ouvrage soumis au CMP selon ses choix de financement et d'organisation.
La définition préalable des besoins à satisfaire, les études jusqu'au

21
A l'exception du cas de la procédure de conception-réalisation, il est nécessaire de
définir au mieux la ou les solutions retenues pour la consultation des entreprises de
construction. Le programme de l'ouvrage est élaboré par étapes successives. Cela
correspond au travail de programmation dans le cadre des dispositions de la MOP et
de la circulaire DR n°2001-65 du 18 septembre 2001.

Ce travail de programmation, dans la circulaire de1994 destinée à organiser le


contrôle des projets sur le réseau routier national dans le cadre à l'époque d'une
maîtrise d'œuvre publique, était constitué de deux étapes : l'une conduisant au
dossier d' "Etude Préliminaire d'Ouvrage d'art" et l'autre au dossier de "Projet
d'Ouvrage d'Art" dont le niveau de précision correspond à celui du dossier de
consultation des entreprises.

L'objectif de la loi MOP étant d'organiser les missions de maîtrise d'œuvre privée et
leurs contenus minimum obligatoire législatifs, celle-ci a pris un sens différent avec
un même vocabulaire homographe. Les équivalences de vocabulaire ont été
données par la circulaire complémentaire DR n°2001-65 du 18 septembre 2001.

Le travail de programmation comprend au sens de la loi MOP trois étapes dont


l'agencement est essentiellement destiné à lancer les consultations de maîtrise
d'œuvre et à déterminer les taux de rémunération par éléments de missions.

Contrairement au domaine du bâtiment, il n'y a pas en infrastructure de mission de


base obligatoire comprenant six éléments de mission bloqués.

Le maître d'ouvrage infra peut faire appel successivement à un maître d'œuvre privé
différent pour la réalisation de chaque élément de mission. Toutefois, il est préférable
que le titulaire de l'élément de mission PROJET assure également l'élément VISA
permettant ainsi une continuité dans la réalisation de l'ouvrage entre les études de
conception et celles de "réalisation".

Les Etudes Préliminaires permettent :


(loi MOP, décret n°93- 1268 du 29/ 11 /93, article 18 complété par le point 1 de l'annexe III de l'arrêté du
21 décembre 1993 ) :
- de préciser les contraintes physiques, économiques et d'environnement,
- de présenter une ou plusieurs solutions techniques, architecturales, d'implantation
et d'insertion, assortis de délais,
- de vérifier la compatibilité avec l'enveloppe financière ainsi que la faisabilité de
l'opération.
Les études d'élaboration du dossier visant à la DUP ne font pas partie des Etudes Préliminaires au sens
MOP. Si nécessaire, il est possible de demander un élément de mission complémentaire dans le cadre
des dispositions du point 9 de l'annexe III de l'arrêté du 21 décembre 1993.

Les études de l'Avant-Projet permettent :


(loi MOP, décret n°93- 1268 du 29/ 11 /93, article 20 complété par le point 2 de l'annexe III de l'arrêté du
21 décembre 1993 ) :
- de vérifier et de confirmer la solution technique,
- de signaler les aléas de réalisation prévisible,
- d'apprécier et de déterminer les caractéristiques principales de la solution retenue,
- de proposer une implantation topographique des ouvrages à réaliser,
- de préciser la durée de réalisation des ouvrages,

22
- d'établir l'estimation du coût prévisionnel des travaux avec son niveau d'incertitude,
- d'établir les différents dossier à déposer pour les éventuelles autorisation
administratives nécessaires et l'assistance auprès du maître de l'ouvrage au cours
de leur instruction.

Le rendu de ces études permettent au maître de l'ouvrage de prendre ou de


confirmer la décision de réaliser l'ouvrage, d'en arrêter définitivement le programme,
d'en déterminer les moyens nécessaires notamment financiers dans les conditions
prévues au contrat de maîtrise d'œuvre.

Les études de Projet ont notamment pour objet :


loi MOP, décret n°93-1268 du 29/11/93, article 21 complété par le point 3 de l'annexe III de l'arrêté du 21
décembre 1993) :
- de préciser la solution,
- de confirmer les choix techniques, architecturaux et paysagers,
- de fixer les caractéristiques et dimensions des différents ouvrages,
- de vérifier la stabilité et la résistance des ouvrages
- d'établir un coût prévisionnel des travaux,
- de permettre au maître de l'ouvrage d'arrêter le coût prévisionnel de la solution
d'ensemble et, le cas échéant, de chaque tranche de réalisation, d'évaluer les coûts
d'exploitation et de maintenance.

A noter que l'estimation de ces coûts d'exploitation et de maintenance, ainsi citée


dans la loi MOP, n'est pas prévue dans l'élément de mission correspondant.

Elle peut être, si nécessaire réalisée dans le cadre d'un élément de mission
complémentaire (EMC 9éme alinéa du point 9 de l'annexe III de l'arrêté du 21 décembre 1993).
L'estimation financière doit être fondée sur une véritable analyse conjoncturelle, accordant crédit à
l'incertitude. Il s'agit alors de majorer au plus près les facteurs d'ignorance ou de variabilité, afin d'éviter
toute complication pouvant altérer les relations entre partenaires et ternir de ce fait la qualité du projet.

La loi MOP ne le prévoit pas, mais il semble judicieux dans le contexte européen
que le maître d'œuvre rédige un mémoire sur les justifications par rapport aux
exigences normatives et réglementaires, sur les hypothèses de calcul et tous les
paramètres de dimensionnement qui relèvent de la responsabilité du maître
d'ouvrage.
Le maître d'ouvrage peut aussi demander un EMC (Elément de Mission Complémentaire) si le rendu
correspondant aux études de projet n'est pas suffisant.

A ce stade des études, le maître d'œuvre s'engage sur le coût prévisionnel de


l'ouvrage avant la passation du contrat de travaux. Il peut être amené, suite à la
consultation en vue des travaux, à compléter ses études pour étudier une variante
d'entreprise ou vérifier le coût prévisionnel de l'ouvrage.

L'élément de mission PROJET prévoit en outre l'obligation pour le maître d'œuvre, en cas de
l'acceptation par le maître de l'ouvrage d'une variante conforme aux obligations du cahier des charges,
d'assurer la cohérence de cette variante avec les études d' avant-projet et des dispositions en découlant
(paragraphe b du point 3 de l'arrêté du 21 décembre 1993).

23
Ce qui n'est pas compris dans les éléments de
mission de la loi MOP
Il faut rappeler que les éléments de mission de la loi MOP sont incomplets par
rapport aux pratiques du domaine des infrastructures.

Le point 9 de l'annexe III de l'arrêté du 21 décembre 1993 énumère des points qui
doivent donner lieu à des demandes de missions et de rémunérations
complémentaires par rapport au forfait de rémunération de la loi :
- l'assistance au maître d'ouvrage pour la communication, la consultation et
l'information du public et des usagers,
- la coordination des actions faites par des intervenants extérieurs à la maîtrise
d'œuvre,
- les évaluations environnementales,
- l'étude d'impact, l'enquête Loi sur l'eau,
- le schéma directeur de la qualité,
- la vérification des documents techniques d'exécution de l'entrepreneur,
- le suivi particulier permanent,
- la tenue du journal de chantier,
- la détermination des coûts d'exploitation et de maintenance,
- l'établissement des spécifications techniques des marchés de topographie, de
reconnaissances géotechniques et géologiques,
- l'assistance au maître d'ouvrage pour les opérations de mise en service,
- l'assistance au maître d'ouvrage pour des missions d'expertise en cas de litige
avec des tiers.

Cette liste peut être complétée en cas de besoin, elle n'a pas de caractère
exhaustif.

Comme le signale le dernier alinéa de cet arrêté, le maître d'œuvre devrait attirer
l'attention du maître d'ouvrage sur la nécessité de prendre en compte ces
préoccupations. Force est de constater que c'est rarement le cas.

24
Etapes du contrôle extérieur
sur le réseau routier national Missions de maîtrise d'ouvrage Eléments de missions de
selon la terminologie de la maîtrise d'œuvre de la loi
circulaire du 5 mai 1994 MOP
Sur la base d'un Pré-programme selon la MIQCP ou
Avant-Projet Sommaire d'un APS selon la terminologie du ministère en
infrastructure.
de l'opération routière - Débat public et politique de communication.
- Etudes préliminaires (ou de faisabilité) en interne à la maîtrise d'ouvrage ou grâce à un ou
Etude Préliminaire plusieurs marchés d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Il peut être fait appel si besoin à une
conduite d'opération (article 6 de la loi " MOP").
d'Ouvrage d'Art - Organisation des études à effectuer : choix de la procédure d'attribution des différents
(EPOA) marchés à effectuer.
- Organisation et mise en place du contrôle extérieur.
Consultation et attribution Etudes préliminaires
- d'un marché de maîtrise d'œuvre, (ouvrage neuf)
- d'un marché de coordination Sécurité et protection de Etudes de diagnostic
la santé. (réhabilitation)
Etudes d'avant-projet
Finalisation du programme et de l'enveloppe financière permettant de fixer la rémunération
pour les ouvrages non complexes. de la maîtrise d'œuvre.
Finalisation du programme et de l'enveloppe financière Etudes de projet
Projet d'Ouvrage d'Art pour les ouvrages neufs complexes et pour la Engagement du maître d'œuvre sur
réhabilitation d'ouvrages. le coût prévisionnel avant la
(POA) Approbation des hypothèses de risques et autres passation du contrat de travaux.
paramètres caractérisant la sécurité et la qualité.
Consultation en vue des travaux. Assistance à la passation
Mise au point du marché ou négociation. des contrats de travaux
Attribution du marché Travaux.

Prévoir le contrôle des études et des plans d'exécution, VISA : des études d'exécution.
En phase Travaux non compris dans la mission Visa. EXE : Les études d'exécution en
compléments de celles réalisées par
les entrepreneurs .Une partie de cet
élément de mission est réalisée en
parallèle avec l'élément ACT (DQE).
DET : Direction de l'exécution des
contrats de travaux.
Réception AOR : Assistance aux opérations
Règlement des contentieux. de réception.
Suivi des garanties particulières ( ex : cas du fascicule Adaptation du contrat en cas de
56 du CCTG). garanties particulières (art. 44.3
CCAG.T).
Mise en service Rappel en cas de problème du MOE
Transmission du Dossier d'ouvrage au gestionnaire titulaire de la mission AOR.
Gestion des garanties et des garanties particulières.

Tableau 2 : ordonnancement des missions de maîtrise d'ouvrage au regard des éléments de


mission loi MOP et du vocabulaire de la circulaire DR du 5 mai 1994 modifiée visant le
contrôle des projets sur réseau national routier (tableau du guide MIQCP complété).

25
La maîtrise des coûts
La question de la maîtrise des coûts mériterait à elle-seule un travail important et des
échanges entre différents maîtres d'ouvrage. Ce document s'en tient, là-aussi, à
quelques repères.

En premier lieu, il faut avoir à l'esprit que les estimations prévues dans les missions
de la loi MOP ont pour le maître d'œuvre un objectif diffèrent selon les étapes du
processus d'élaboration du projet :
- au niveau des études préliminaires, il s'agit essentiellement de comparer à base
égale les estimations de différentes solutions possibles ;
- au niveau de l'avant-projet dans le cas d'une maîtrise d'œuvre privée, un des
rendus de cet élément de mission consiste à établir une estimation du coût
prévisionnel des travaux ainsi que l'incertitude qui est attachée en vue de fixer le taux
de rémunération du maître d'œuvre.
Article 21 du décret n°93-1268 du 29 novembre 1993 et point 3-a de l'annexe III de l'arrêté du 21
décembre 1993 ; les conditions des modalités de rémunération du maître d'œuvre sont fixées par les
dispositions des articles 28, 29 et 30 du décret n°93-1268 du 29 novembre 1993.

Les dispositions de l'article 30 du décret 93-1268 modifié précisent que le contrôle de l'engagement du
maître d'œuvre est effectué à l'issue de la consultation des entreprise de travaux. En cas de
dépassement du seuil de tolérance, le maître de l'ouvrage peut demander au maître d'œuvre d'adapter
ses études, sans rémunération supplémentaire. Il convient donc d'insérer cette clause en complément
des dispositions de l'article 34 du CCAG.PI.

Le dernier contrôle de l'engagement du maître d'œuvre a lieu lors de la réalisation


complète des travaux en fonction des décomptes finaux des entreprises majorés des
variations économiques dont les modalités figurent au contrat initial de maîtrise
d'œuvre. En cas de dépassement excédant le seuil de tolérance fixé par le marché,
la rémunération est réduite. Le marché doit déterminer les modalité d'application du
calcul de cette réduction qui ne peut excéder de15% la rémunération du maître
d'œuvre correspondant aux éléments de missions postérieurs à l'attribution des
marchés de travaux. Le marché de maîtrise d'œuvre peut, en outre, prévoir d'autres
clause d'incitation à de meilleurs résultats quantitatifs ou qualitatifs (avant dernier
alinéa de l'article 30 du décret).

Il revient donc au maître d'ouvrage de veiller sur la signification et l'évolution des


coûts d'une étape à l'autre de l'élaboration des projets, de veiller sur les dérives
possibles des processus financiers, notamment de regarder si un chef de projet ou un
maître d'œuvre a intérêt à annoncer un coût prévisionnel différent du coût probable et
d'organiser son contrôle extérieur en conséquence.

Il est essentiel que le montant de l'enveloppe financière de la programmation soit


réaliste. Une enveloppe financière sous-évaluée aurait pour conséquence de peser
favorablement sur une décision de lancement qui serait par la suite irrévocable.

Sur un plan technique, le degré de précision du coût probable d'une opération


dépend évidemment du niveau d'avancement des études. Il est possible pour les
ouvrages les plus simples d'utiliser des informations statistiques disponibles au
Sétra.

26
L'estimation des ouvrages complexes relève de spécialistes qui sauront apprécier le
niveau d'avancement, la qualité des études, les difficultés probables d'exécution, les
contraintes locales d'environnement et d'implantation ainsi que les effets de la
conjoncture économique.

Il est d'usage aussi de rechercher à harmoniser la consistance des estimations mais


il n'y a pas de règles précises dans ce domaine ce qui complique le dialogue entre
maître d'ouvrage et maître d'œuvre. Le poste Ouvrages d'art en général ne
comprend pas les remblais d'accès, les déblais généraux ni les déviations provisoires
nécessaires à la réalisation de l'ouvrage. Ces dépenses peuvent figurer dans les
postes "terrassements" et "superstructures". Par contre, le coût des remblais
techniques derrière les ouvrages est en général inclus.

La qualité des contrats de maîtrise d'œuvre et de leur suivi est donc un facteur de
maîtrise des coûts. On a vu que les éléments de mission de la loi MOP sont
incomplets par rapport aux préoccupations du domaine des infrastructures ; ceci est
souvent source de dérive du coût des études et des travaux. La qualité de gestion du
projet, de la coordination des études et la compétence du conseiller technique du
maître d'ouvrage sont aussi essentielles. Les documents généraux (CCAG et CCTG)
proposent des spécifications de nature à cerner l'évolution des coûts en phase
d'exécution, notamment de faire la distinction entre ce qui relève des méthodes de
construction et autres choix propres à l'entreprise de ce qui est plus directement lié
aux besoins du maître d'ouvrage. Suivant la forme du marché, cette distinction peut
rentrer de façon sensible dans la logique des prix.

Les points essentiels du contrôle extérieur du projet


et des études
Contrairement au secteur du bâtiment, il n'y a pas dans le domaine des
infrastructures d'obligation légale en matière de contrôle technique.

Pour les ponts routiers du réseau national, l'Etat s'est doté d'une procédure. Le
contrôle extérieur est actuellement organisé selon la circulaire DR du 5 mai 1994
modifiée, elle-même en cours de révision. Cette procédure prévoit un contrôle assez
homogène et relativement centralisé de l'ensemble de l'opération. Il a été jugé
opportun de privilégier un contrôle mieux ciblé sur des objectifs de maîtrise d'ouvrage
et de s'appuyer sur une démarche qualité homogène des intervenants.

Chaque enjeu devrait correspondre à des objectifs. Des objectifs généraux peuvent
être énoncés au titre de la politique générale du maître d'ouvrage et d'autres
demandent à être déclinés par ouvrage et faire l'objet de commandes formalisées au
sein du collectif de la maîtrise d'ouvrage et transposés dans les contrats de maîtrise
d'œuvre. La difficulté revient à adapter le niveau de délégation en fonction des
compétences et d'organiser le contrôle extérieur préalablement à la formalisation des
contrats de maîtrise d'œuvre de façon à veiller sur leur compatibilité, notamment
juridique.

27
Il serait difficile et inopportun d'essayer de définir une doctrine générale en matière de
contrôle, chaque maître d'ouvrage ayant ses enjeux et son organisation propres. On
a toutefois fait l'exercice de rédiger quelques repères dans le tableau 3 ci-après, en
faisant correspondre pour chacun des enjeux du maître d'ouvrage la phase où le
risque est le plus élevé et la phase où le contrôle est le plus pertinent en vue de
réduire ce risque. L'organisation matérielle du contrôle dépend ensuite beaucoup de
l'organisation contractuelle de la maîtrise d'œuvre et de l'organisation du collectif de
maîtrise d'ouvrage.

L'objectif de ce document est d'insister sur :


- l'intérêt pour le maître d'ouvrage de se positionner dès la rédaction des contrats de
maîtrise d'œuvre par rapport aux compléments éventuels des éléments de mission
standardisés de la loi MOP (voir plus haut) ;
- la nécessité d'organiser le contrôle extérieur suffisamment tôt dans le processus
d'élaboration de l'opération ou de l'ouvrage à réaliser pour prévoir les étapes de ce
contrôle et les modalités de prise en compte des mesures correctrices dans les
différents contrats, notamment sur les questions financières et de planning ;
L'élément de mission OPC de la MOP a trois buts essentiels :
- L'ordonnancement et la planification : analyser les tâches élémentaires portant sur les études
d'exécution et les travaux, d'en déterminer leurs enchaînements ainsi que leur chemin critique par les
documents graphiques, veiller au respect des délais de réalisation et proposer des mesures et une
répartition appropriée des éventuelles pénalités.
- Pilotage : mettre en application les mesures d'organisation arrêtées au titre de l'ordonnancement et la
coordination au stade des travaux et jusqu'à la levée des réserves dans le délai impartie dans le marché.
- Coordination : harmoniser dans le temps et dans l'espace, les actions des différents intervenants au
stade des travaux.

- la "nouvelle" responsabilité des maîtres d'ouvrage sur la sécurité, notamment dans


l'approbation des hypothèses de dimensionnement vis à vis des risques (voir la
partie 2) : un mémoire récapitulatif est utile pour la qualité du dossier de consultation
des travaux, ainsi que pour l'usage du gestionnaire de l'ouvrage fini ;
Le devoir des maîtres d'œuvre dans le cadre de l'élément de mission ACT est de définir le dossier de
consultation des entreprises de valider la réponse des candidats en conformité avec les normes en
vigueur permettant de respecter les exigences du programme de l'ouvrage (article 6 du projet du
nouveau Code des marchés publics 2006). Il appartient au maître d'œuvre de mettre en conformité les
études d'avant-projet et de projet afin d'assurer la cohérence totale avec la solution retenue (art. 23 du
décret 93-1268 et annexe III 3b de l'arrêté du 21/12/1993).

Dans ce cadre, un mémoire sur les écarts par rapport aux normes et surtout les
justifications de ces choix – elles doivent être solides et avoir un caractère
exceptionnel - permet au maître d'ouvrage d'organiser, au regard de ses
responsabilités, un dispositif de traçabilité et de suivi dans le temps d'une
disposition non conforme. On peut effectivement imaginer qu'un maître d'ouvrage,
à défaut d'avoir pu se conformer à une norme, ait mis en place un système
compensatoire de suivi dans le temps de la disposition finalement adoptée, avec si
possible un avis extérieur.
Ce mémoire est indispensable pour le bon déroulement des éléments de mission EXE et DET, et peut
aussi influer sur la mission du coordonnateur SPS.

Une telle démarche est également indispensable dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions de
l'article 30 du CCAG.T modifications apportées aux dispositions contractuelles.

28
Enjeux pour le Phases où le risque Points de contrôle possible
maître d'ouvrage est le plus fort en amont

Sécurité En phase d'exécution Choix de construction pouvant intervenir dès


l'Avant-Projet
Lors des opérations Mise au point de la mission du coordonnateur
exceptionnelles SPS
En fin de chantier Mémoire sur les hypothèses de risques du
projet
Délai, organisation Lors de la mise en place du Revue de projet
financement Choix du ou des maîtres d'œuvre
Qualité des processus de publicité et de
Mise en service consultation
Qualité de la concertation et de la communication
Qualité juridique Phase d'attribution du ou Qualité des processus de publicité et de
des marchés maîtrise consultation
d'œuvre Evaluation du coût prévisionnel
Phase d'attribution du ou Mise au point des marchés (éléments de
des marchés Travaux mission de maîtrise d'œuvre à préciser par
rapport à la loi MOP)
Qualité technique Phase de projet Mémoire justifiant les écarts par rapport à la
réglementation et aux normes
Phase de réception Mémoire sur les hypothèses de
dimensionnement de la résistance et de la
stabilité de l'ouvrage, sur les hypothèses de
durée de vie de l'ouvrage, sur les hypothèses
liées à la sécurité d'exploitation et de
maintenance
Définition du contrôle d'exécution.
Préparation des opérations de réception.
Qualité fonctionnelle Etudes préliminaires Programme de l'ouvrage au niveau de l'avant-
projet
Qualité environnementale Etudes préliminaires Programme de l'ouvrage au niveau de l'avant-
Phase d'exécution projet
Qualité architecturale Etudes d'avant-projet Programme de l'ouvrage au niveau de l'avant-
projet
Coût Projet Programme de l'ouvrage
Négociation ou Mise eu Revue de projet
point du ou des marchés Mise au point des marchés
Travaux/Réception
Achèvement des garanties
y compris des garanties
particulières
(art. 44.3 du CCAG.T)

Tableau 3 : Les étapes critiques du processus d'élaboration du projet au regard des


responsabilités du maître d'ouvrage. Outil d'aide à l'élaboration d'un contrôle
extérieur.

29
30
Deuxième Partie
Exigence et performance, fondements des
eurocodes
La logique développée en première partie de la réglementation européenne dans le
domaine du génie civil peut tenir en deux mots: exigence et performance. L'Europe a
affiché cette volonté dès 1976 dans son guide à l'intention des maîtres d'ouvrage et
des maîtres d'œuvre (JO n° 2009). Les six exigences essentielles obligent les
maîtres d'ouvrage publics à se préoccuper en priorité des risques encourus du fait
des ouvrages à réaliser, de la protection de l'environnement (l'eau, l'air, l'écologie, le
bruit, etc.), et à mesurer les conséquences socio-économiques, juridiques, des
termes de la commande publique.
Des documents interprétatifs ont été établis par la Commission après avis du Comité permanent. Ils
étaient disponibles au JOCE du 28 février 1994 sous la référence 94/C 62/01.

Pour les ouvrages et les spécifications techniques des produits qui les composent,
nous retiendrons :
leur résistance (mécanique et stabilité),
leur sécurité (stabilité présumée des éléments porteurs de l'ouvrage pendant
une durée déterminée, incendie, utilisation),
leur protection (hygiène, santé, bruit, environnement),
leur économie (énergie et isolation).

La performance est aussi une valeur très forte dans la construction européenne. On
la retrouve dans la nouvelle approche de la normalisation qui passe d'une logique
descriptive à une logique performantielle. Cette même logique anime le code des
marchés publics dans ses versions successives; les maîtres d'ouvrage doivent
énoncer ce qu'ils veulent plus en terme d'objectifs à atteindre que de moyens.

La première directive européenne sur les marchés publics de travaux (datée du 26


juillet 1971 n°71/305/CEE ) est à l'origine des eurocodes.

La volonté affichée était de permettre l'ouverture du marché européen à tous les


entrepreneurs et bureaux d'études de la Communauté (marché unique). Le principe
de reconnaissance mutuelle mis en avant interdisait donc à un maître d'ouvrage
public de refuser une proposition d'offre au motif qu'elle était établie sur la base de la
réglementation d'un autre Etat membre.
Note - Cette obligation figurant au IV de l'article 53 du code des marchés publics 2004 est transférée au
niveau des V et VI de l'article 6 du projet de code des marchés publics 2006 actuellement en consultation
sur le site Minefi.

Mais, l'application de ce principe, mettait le maître d'œuvre face à des difficultés


insurmontables, au regard des différences existant entre les normes et/ou les règles
en vigueur dans les divers pays. La notion "ou équivalent" devant figurer au niveau
des spécifications techniques du DCE correspondait à une option du maître de
l'ouvrage.
(Recommandation T1/99 relative à l'utilisation des normes et des certificats dans les spécifications, et à
l'appréciation des équivalences. Fiches F1 à F4, appréciation des équivalences).

31
Il fallait donc opter pour un référentiel commun, les eurocodes, représentatif,
cohérent, ne favorisant aucun secteur de la construction (matériaux, produits), et si
possible, bénéficiant des connaissances les plus actuelles.

Les eurocodes constituent un ensemble de textes (10 eurocodes, subdivisés en 58


parties) établis, par des experts appartenant aux pays de l'Union, sous l'égide du
Centre Européen de Normalisation. Ils permettent :
- de parler le même langage dans l'expression des contrats et des marchés
d'ingénierie et de travaux ;
- d'établir un lien entre l'ouvrage et l'ensemble des produits qui le composent,
en cohérence avec le marquage CE de ces produits ;
- de vérifier la conformité des projets vis-à-vis des exigences de stabilité, de
résistance mécanique et de sécurité en cas d'incendie.

Les eurocodes ne concernent que les ouvrages neufs; ils ne sont pas adaptés au
études de réparation.

Concrètement, les textes européens sont repris par l'Afnor et publiés sous le statut
de normes françaises homologuées NF EN 199x (par exemple NF EN 1990, pour les
principes de conception). Ils sont assortis d'une annexe nationale ayant le statut de
norme française. Cette annexe permet d'adapter les paramètres de conception – ils
sont minoritaires - laissés à l'appréciation des Etats membres de façon à tenir
compte des spécificités culturelles, climatiques ou géographiques de chaque
nationalité.

A l'origine, les eurocodes sont des normes européennes volontaires, mais de fait, ils
deviendront concrètement incontournables en Europe pour trois raisons essentielles:
un maître d'ouvrage public ne peut refuser une offre comportant une solution
conçue avec les eurocodes même si sa commande est rédigée avec une
réglementation locale,
les programmes scolaires ne connaissent maintenant que les eurocodes,
les vieux règlements ne sont plus réactualisés et ne permettent pas de couvrir
des solutions innovantes.

De plus, en France, les eurocodes ont reçu le statut de normes françaises


harmonisées. Ils sont donc d'application obligatoire pour tous les maîtres d'ouvrages
publics de l'Etat à l'issue de la période dite de transition où la coexistence des
anciens règlements et du CCTG Travaux est encore consentie, soit deux ans après
la diffusion des annexes nationales. Pendant cette période peu confortable pour la
profession, il est possible pour un maître d'ouvrage de choisir son référentiel et de
porter ce choix dans les spécifications techniques du marché.

Autrement dit, les maîtres d'ouvrages peuvent encore lancer des consultations sur la
base des anciens règlements français, mais ils peuvent dès aujourd'hui recevoir des
offres établies avec les eurocodes; ces offres sont recevables. Dans deux ans au grand
maximum (il convient de vérifier les délais pour chacun des eurocodes auprès de
l'AFNOR ou de la DAEI), ces référentiels seront incontournables dès les études d'avant-
projet.

32
Les eurocodes, source de progrès scientifique et
soutien de l'innovation
Les eurocodes ne sont cependant pas des textes simples. Leur lecture peut être
difficile et réputée administrative. Ils ne sont pas simples d'emploi. Leur structure
oblige à de nombreux renvois.
Les eurocodes matériaux sont par exemple divisés en deux parties, une première partie qui traite des
généralités et des bâtiments et une deuxième partie qui traite des ponts. Mais les parties ne sont pas
"fermées". Certains articles de la partie 1 sont aussi valables pour les ponts et c'est loin d'être explicite.
Que dire lorsque l'ouvrage est constitué de plusieurs matériaux…

Ils nécessitent encore pour leur application des guides expliquant ce qui devrait
conduire le prescripteur à choisir tel ou tel niveau de qualité, telle ou telle
simplification. L’origine de ces explications est souvent à rechercher dans des
rapports académiques ou des discussions de spécialistes. Il s’agit de valider les
interprétations possibles, les différences avec les pratiques nationales. Bref, les
eurocodes ne sont pas facilement accessibles aux non-spécialistes. Un travail
d'explication est nécessaire.

Il est actuellement en cours au Sétra. Des documents d’accompagnement seront


prochainement publiés dans ses collections, notamment des guides pour la
conception et le dimensionnement des ouvrages en béton, en acier, en bois et un
guide sur la prise en compte des charges.

Il convient aussi de mettre en avant la plus value scientifique dans le cheminement


normatif spécifique des eurocodes. En ce sens, l'Europe fait avancer la
connaissance collective du génie civil. Ces textes s'appuient en effet sur des
recherches de premier ordre. Par exemple, le calibrage des charges de trafic routier
a été réalisé à partir de mesures de trafic réel sur de nombreux sites routiers et
autoroutiers européens. Le pesage des camions en marche a ainsi permis de former
des séquences d'essieux lourds de camions circulant dynamiquement sur diverses
voies de ponts et d'en déduire leurs effets locaux et généraux sur la structure.
Partant de tous ces efforts, nous en avons cherché une enveloppe reproductible par
un modèle simplifié. Cette démarche a permis de définir des modèles qui, bien que
conventionnels, traduisent la réalité du trafic européen.

Il n'aurait pas été possible de concevoir le pont de Normandie achevé en 1995 sans
une démarche scientifique similaire pour modéliser le trafic réel et optimiser la
structure. Les ingénieurs savent innover à partir de l'expérience et les eurocodes les
guident aujourd'hui dans ce type d'approche. Les eurocodes sont des textes souples,
ouverts à l'expérimentation et aux nouveaux matériaux. Ils sont un outil indispensable
de l'innovation. Tous les ouvrages exceptionnels soit par leur taille (Millau), soit par
leur structure (Passerelle Simone de Beauvoir à Paris) sont dimensionnés aux
eurocodes.

Il convient d'insister également sur un autre point, celui de l'homogénéité des textes.
Ces textes ont été finalisés dans la même période et sont fondés sur des concepts
scientifiques cohérents qui devraient être un gage d'utilisation optimale des
matériaux et de leur compétitivité respective.

33
Les eurocodes dans leur environnement, les normes
produits et les règles de l'art
Les référentiels techniques en matière de conception, de réalisation, de qualification
et de certification sont principalement les normes, parmi lesquelles les eurocodes, et
les règles de l'art. Juridiquement parlant, les normes sont au-dessus des règles de
l'art. Heureusement, les normes ne traitent pas de tout. Que dirait-on d'un monde
entièrement normé ? Malheureusement aussi : les eurocodes ne donnent par
exemple aucune prescription sur les charges d'épreuve des ponts, essentielles pour
vérifier le comportement d'un ouvrage avant d'en prendre possession. En l'absence
de normes nationales, il y a donc lieu de se référer aux usages et autres guides.

Les nouvelles dispositions de l'article 6 du code des marchés publics 2006 prévoient
à juste titre la possibilité de définir dans un dossier de consultation les spécifications
techniques :

soit par référence à des normes ou à d'autres documents équivalents accessibles aux
candidats notamment les agréments techniques, les référentiels élaborés par les organismes de
normalisation ;

soit en termes de performances ou d'exigences fonctionnelles, avec la possibilité, si


besoin, de faire une combinaison de ces deux possibilités.

De cette alternative, il résulte une utilisation importante des référents normatifs. En


effet, ou le maître de l'œuvre vise les normes pour spécifier les prestations du cahier
des charges (normes de prescription), ou les candidats utilisent les normes pour
justifier l'adéquation entre la réponse apportée et le besoin exprimé dans le cahier
des charges (norme de référence).

Les normes techniques résultent généralement d'un formalisme protocolaire


empreint de lenteur et de rigidité qui n'est pas toujours synonyme de rigueur. Les
règles, quant à elles, résultent d'une connaissance issue de l'expérience.
Contrairement aux normes, les règles de l'art sont étrangères à toute formalisation.
Le CCTG a codifié ces règles de l'art. Elles sont « règles de savoir-faire » et constituent un ensemble de
règles techniques par lequel les phénomènes naturels, existant sans la volonté de l'homme, peuvent être
maîtrisés. En effet, la jurisprudence utilise abondamment dans ses décisions le signifiant « règles de
l'art » en faisant abstraction du caractère flou et non écrit.

Nous pouvons par exemple nous rapprocher des fascicules du CCTG ou des D.T.U. des règles de
savoir-faire1, car ils apparaissent comme une codification des règles de l'art dans le domaine du
bâtiment. En 1977, les D.T.U. se définissaient comme « la manière de mettre en œuvre les matériaux
traditionnels » (circulaire ministérielle parue au J.O. du 23 novembre 1977). Cependant, outre les
documents sur le savoir-faire touchant à la construction, les D.T.U. comprennent des règles de calcul
pour le dimensionnement des ouvrages en construction ou en situation d'exploitation.

Avec ses documents généraux de spécifications (les fascicules du CCTG et du


CCAG), la France est historiquement un pays de tradition réglementaire plutôt que
normative. La réglementation française a dû s'adapter à la nouvelle donne du
marché unique, d'où la modification de l'article 6 du code des marchés publics 2006.

1
Le groupe des documents techniques unifiés (D.T.U.) a été créé en 1958 à la suite de la catastrophe du mur de
Neuilly sur le constat de l'incohérence et de l'insuffisance des règles de construction.

34
Au contraire, les pays fédéraux de l'union européenne ont développé avant même la
mise en place du marché unique un système normatif important leur permettant de
communiquer voire de se protéger d'un land à l'autre en Allemagne par exemple.
Ces normes plutôt descriptives sont elles aussi assez comparables à nos fascicules
du CCTG alors que les modalités de rédaction des nouvelles normes sont spécifiées
aux moyens d'obligation de résultat et non plus de moyen (par exemple : NF P 98
160, enduits superficiels).

Les Etats ont accepté pour réaliser le marché unique d'abandonner certaines de
leurs prérogatives et notamment la subordination des produits à des contrôles
nationaux (homologations, certifications, agréments) pour leur utilisation à l'intérieur
de chaque territoire. Cette "libre circulation" des produits ne pouvait être envisagée
que par référence à des conditions unifiées au plan européen garantissant certaines
exigences essentielles et plus particulièrement la sécurité. C'est ce que l'on appelle
le marquage CE.
Ce marquage n'est ni un outil de prescription, ni un outil d'aide à la décision: voir sur ce point l'annexe B5
de la T1/99.

Il faut bien comprendre que le marquage "CE" vise la conformité par rapport aux
exigences essentielles mais pas plus.

Cela signifie que le produit ne met pas en danger la santé ou la vie des personnes
mais il ne donne aucune assurance quant au fonctionnement du produit ou quant à
sa performance.

Enfin, un prochain arrêté doit définir les conditions de dérogation aux normes dans la
mesure où la mise en place du code des marchés publics supprime les dispositions
des articles 13 et 18 du décret 84-74 modifié portant statut de la normalisation.

Les eurocodes, écrits pour les maîtres d'ouvrage


Rappelons en préalable que les eurocodes sont l'expression d'une cohérence
scientifique et d'une homogénéité d'écriture que ne possédait pas notre ancienne
réglementation. De plus, ils sont ouverts. Ils permettent en effet de conduire un
dimensionnement assisté par l'expérimentation, par exemple pour définir de
nouvelles charges ou pour utiliser des matériaux innovants. Les eurocodes
constituent donc le référentiel le mieux partagé et le plus actuel en Europe. C'est la
base scientifique et opérationnelle à laquelle il faudra se référer pour être en mesure
de donner la preuve de la qualité de la conception d'un ouvrage et de sa cohérence
par rapport au marquage CE des éléments.

Cependant, à y regarder de plus près, les eurocodes sont plus que de simples
règles. Ils fourmillent d'indications et d'informations qui peuvent aider le maître
d'ouvrage à approuver son programme d'ouvrage. Nombreux sont les articles, les
notes, les annexes dites informatives, qui sont autant de conseils et de

35
recommandations à l'adresse de ceux qui veulent saisir le pourquoi des règles et de
leur application. Dommage que ces éléments précieux soient noyés dans le texte.

De façon corollaire, les eurocodes n'anticipent pas sur les décisions de maîtrise
d'ouvrage; par exemple, ils ne fixent pas d'hypothèses de risque et s'en tiennent à
donner les méthodes pour les prendre en compte dans la conception. Autrement
dit, les eurocodes ne permettent pas aux maîtres d'ouvrage de se reposer
entièrement sur leurs maîtres d'œuvre, cette notion de maîtrise d'œuvre restant en
Europe une exception française.
Ainsi, il est parfois difficile de distinguer dans les eurocodes, par exemple les parties
de codes de calcul pur (parties extrêmement techniques plutôt réservées aux
spécialistes et les parties de textes plutôt chargées de sens pour le maître d'ouvrage,
rédigées dans l'esprit des directives et des exigences essentielles.

Pour en faire la démonstration, il suffit de faire un "état des lieux" des articles des
eurocodes concernant la "Maîtrise d'ouvrage"2. Nous allons ici limiter l'exercice et
parler plus précisément des eurocodes suivants :
- EN 1990 : Bases de conception ;
- EN 1991-1-2 : Structures exposées au feu;
- EN 1991-1-7 : Actions accidentelles dues aux chocs et aux explosions ;
- EN 1997 : Ouvrages de géotechnique ;
- EN 1998 : Ouvrages en zone sismique.

Les bases de la conception, "basis of design"


L'eurocode EN 1990 intitulé "Bases du projet" pourrait être aussi appelé "Bases
techniques du programme d'ouvrage". Le texte définit des notions très utiles.

o Exigences de base

Dans sa section 2, l'eurocode 0 développe des principes d'exigences assez


généralistes selon lesquels l'ouvrage doit rester, pendant sa durée de vie ou de
service, incluant bien sûr la période de réalisation de l'ouvrage, à un niveau de
fiabilité en adéquation avec sa finalité et son usage. Déjà à ce stade, il est question
de résistance structurale, d'aptitude au service et de durabilité. Ces notions font
certes appel à des chapitres précis de la technique, mais il n'en demeure pas moins
qu'elles engagent fortement la responsabilité du maître d'ouvrage contrairement à
une responsabilité partagée entre tous les acteurs de l'acte de construire comme
précédemment. Dire qu'une structure doit être conçue et dimensionnée pour assurer

2
Cet état des lieux reste très succinct en regard des possibilités d'analyse offertes. Il ne nous appartient pas ici
de faire un travail exhaustif de repérage des articles (souvent disséminés au milieu de parties techniques des
eurocodes) pouvant intéresser le maître d'ouvrage. Mais ce travail pourrait être entrepris, par une équipe
constituée, dans le cadre de l'écriture d'un véritable Guide sur la Maîtrise d'ouvrage. Nous nous limitons donc,
dans ce qui suit, plus à donner des pistes, à citer certains points d'entrée ou liens (qui pourront paraître évidents à
certains) ou à brosser très rapidement une idée sous-jacente, qu'à rentrer dans le détail des explications d'un
programme de Maîtrise d'ouvrage sous l'éclairage des eurocodes. S'il est entrepris, ce travail aura le mérite d'être
très utile et de recentrer une profession sur un objet original, celui d'inscrire l'ouvrage d'art un peu plus dans sa
dimension politique et économique.

36
un niveau de fiabilité requis crée des obligations, non seulement pour choisir les
matériaux et les structures, mais aussi pour choisir les équipes qui vont étudier et
réaliser la construction.

Il nous faut insister ici sur la notion de durée de vie. Le maître d'ouvrage fait
construire et garde la paternité juridique de la structure tout au long de sa durée de
vie. Ce n'est pas une notion nouvelle mais c'est la première fois que cette idée prend
forme avec des spécifications quantifiées dans des règles de dimensionnement en
France. Ceci bouleverse la logique de l'acte de construire, c'est "construire pour
durer". Le programme de l'ouvrage doit donc être cohérent et prévoir la traçabilité de
l'acte de construction.

Un autre principe important, qui sera rediscuté par la suite, oblige le maître d'ouvrage
à réaliser (c'est le maître d'œuvre qui doit concevoir) une structure pouvant résister
de façon proportionnée à des événements comme les explosions, les chocs de toute
nature ou les conséquences d'erreurs humaines. Il s'agit par conséquent de faire une
analyse des risques potentiels et d'adapter les choix (résistances, dispositions
constructives, contrôles) :
- pour réduire les dangers ;
- pour minimiser les conséquences dommageables suite à un désordre plus ou
moins localisé ;
- pour éviter les effondrements sans signe précurseur.

o Gestion de la fiabilité

Le projet doit être examiné en termes de compétence et de vigilance, par référence à


un corpus, le plus actuel possible, de connaissances et de bonnes pratiques. Ceci ne
change pas beaucoup par rapport aux pratiques actuelles françaises.

Les niveaux de fiabilité sont définis en considérant :


les risques pour les biens matériels et immatériels et les personnes ;
la prévention et ses aspects économiques ;
le degré d'aversion de la société vis-à-vis d'une défaillance. Ce paramètre sociétal
est important et change d'un pays à l'autre, parfois même d'une région à l'autre.
Ces niveaux concernent en général le fonctionnement de l'ouvrage globalement ou
localement, en cours d'exécution ou en service. La fiabilité exigée peut être atteinte
en mettant en œuvre les mesures ou "moyens" appropriés de protection et de
prévention (choix d'un type de barrière de sécurité, choix d'une peinture spéciale
contre la corrosion, etc.).

Des classes de conséquences sont proposées qui tiennent compte des


conséquences de désordre ou de mauvais fonctionnement.
La classification de l'eurocode permet de différencier la fiabilité en termes de
.
conséquence sur la perte en vie humaine, en termes de conséquences économiques,
sociale ou environnementale et en termes de type de structures.

37
o Durée d'utilisation de projet

Pour un projet donné, la durée d'utilisation de l'ouvrage doit être spécifiée par le
maître d'ouvrage et c'est nouveau. Cette durée de vie servira entre autres à définir
des performances dépendantes du temps, c'est le cas par exemple du phénomène
mécanique de fatigue sur les ponts métalliques. Un tableau donnant les durées
indicatives de projet en années figure dans l'eurocode.

o Durabilité

Un ouvrage donné, soumis à l'épreuve du temps, ne doit pas voir ses performances
descendre en dessous d'un niveau escompté pendant toute sa durée d'utilisation.

La durabilité d'un ouvrage dépend de nombreux facteurs, qui doivent être identifiés
au stade du projet. Par exemple :
- la finalité de la structure ;
- les qualités des structures et des matériaux ;
- le contexte environnemental, y compris les aspects géotechniques ;
- le niveau de maintenance.
autant de choix qui conditionnent le comportement de l'ouvrage dans le temps.

Le fait d'introduire des critères de durabilité dans les prescriptions est aussi tout à fait
nouveau. Il engage le maître d'ouvrage au-delà de la durée de construction de
l'ouvrage.

Enfin, il doit rappeler au maître d'œuvre de respecter cette cohérence dans toute
demande éventuelle de réparation ou de mise en conformité pendant la construction.

o Gestion de la qualité

Au stade du projet, toutes les mesures relatives à la gestion de la qualité, visant


principalement à éliminer les désordres dues à des erreurs grossières et à garantir
les résistances attendues, seront prises, notamment en termes d'organisation et de
contrôles. La NF EN ISO 9001 (X 50-131) (Systèmes de management de la qualité –
Exigences, de décembre 2000) peut servir de base à l'établissement des documents
correspondants.

L'eurocode propose une différenciation de la supervision de projet consistant en


différentes mesures de type organisationnel de maîtrise de la qualité. Trois niveaux
de supervision sont proposés liés à la classe de fiabilité déjà évoquée et aux types
d'exigences recommandées pour le contrôle : contrôle par tierce partie, auto-
contrôle, etc.

Dans sa section 4, l'eurocode aborde un certain nombre de points qui permettent au


maître d'ouvrage d'éclairer ses choix et de prendre des décisions allant dans le sens
d'une meilleure qualité des composants d'ouvrage.

Outre la définition des actions et surtout des niveaux d'action, par exemple, pour un
pont ou une route, il peut s'agir du choix des classes de trafic, le maître d'ouvrage
doit se donner également les moyens de connaître principalement :

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- les influences de l'environnement susceptibles de diminuer la performance
des ouvrages ou des éléments d'ouvrage ;
- les propriétés des matériaux et des produits. Dans certains cas, le maître
d'ouvrage ne doit pas négliger de prévoir des campagnes de sondage (sol et
roche) et/ou d'essais (béton) pour être en mesure de faire établir, à partir de
données statistiques, des valeurs caractéristiques des propriétés des
matériaux ou des produits. Dans cet esprit, l'annexe D de l'eurocode 0 traite
du dimensionnement assisté par l'expérimentation. Cette annexe a été
introduite, et cela mérite d'être signalé, pour servir de base à des études
innovantes. Le cadre souvent rigide des normes a été discuté. Ici, le maître
d'ouvrage trouve la possibilité d'ouvrir le champ applicatif des eurocodes à des
matériaux innovants, sous réserve bien sûr d'apporter toutes les garanties en
termes d'exigences.

Structures exposées au feu


Elles sont traitées dans l'eurocode EN 1991-1-2.

Si la sécurité incendie est fondamentale dans le domaine des bâtiments, la tenue au


feu des ponts n'en demeure pas moins importante. Bien sûr, les ponts ne sont pas
considérés comme des bâtiments ouverts au public. Toutefois, nombreuses peuvent
être les causes d'un départ de feu sur ou sous une chaussée (poids lourd citerne en
difficulté ou ayant chuté, choc accidentel entre véhicules, explosion, etc.),
susceptibles d'entraîner des désordres irréversibles et peut-être une détérioration
locale ou globale pouvant entraîner un effondrement. Il s'agit donc au stade du projet
d'anticiper les conséquences d'un incendie et d'être en mesure de déduire les
mécanismes de rupture d'une structure soumise à certains types de feu. Le maître
d'ouvrage doit avoir à l'esprit que l'étude de l'action du feu sur une structure porteuse
requiert une expertise extrêmement pointue. Les choix relatifs à ces questions (choix
techniques, choix financiers) sont donc déterminants.

L'eurocode (EN 1991-1-2) donne des informations techniques sur ces points :
nécessité de faire une analyse structurale au feu en sélectionnant des scénarios
adaptés pour obtenir des valeurs de feux à partir desquelles le comportement
mécanique des éléments de structure et la formation des mécanismes pourront être
valablement étudiés et anticipés.

Une évaluation des risques d'incendie s'avère indispensable, même pour les ponts,
afin de préciser les situations à risques, sans oublier l'impact des actions thermiques
sur les propriétés mécaniques des matériaux. En effet, si le risque est fort, un type
de matériau, considéré comme moins fragile au feu, peut s'imposer par rapport à un
autre. Il y a aussi des types de structure plus robustes en cas de feu que d'autres.

Les choix correspondants peuvent remettre en cause des solutions architecturales


et ces décisions de choix de conception interviennent au stade de la maîtrise
d'ouvrage. D'une manière générale, ces risques sont à rattacher au concept de
sécurité globale de l'ouvrage.
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Actions accidentelles dues aux chocs et aux
explosions
L'eurocode EN 1991-1-7 traite plus particulièrement des actions accidentelles dues
aux chocs et aux explosions.

Il introduit également des notions de robustesse des ouvrages, principalement pour


les bâtiments et d'analyse de risque.

Plus particulièrement, dans sa section 3, cet eurocode définit des situations de projet
et décrit, vis-à-vis d'actions accidentelles identifiées ou non, les stratégies de
limitation de la propagation d'une défaillance à l'ensemble d'une structure.

Ces stratégies mettent l'accent sur des mesures directes liées :


- non seulement à une prévention active, par exemple la protection d'une pile
quand cette dernière est indispensable, au moyen de "bollard" et d'une
glissière ou le renforcement de cette pile suite à l'étude fine de la stabilité et
de la capacité portante du fût soumis à un choc,
- mais aussi à une prévention passive, par exemple, lors de la conception d'un
pont, la suppression d'un appui intermédiaire avec renforcement du tablier ou
changement du type de pont donc en faisant un choix de structure ou de
matériau, peut-être moins économique, ou l'aménagement d'espace entre la
pile et l'axe de la voie.

Ces stratégies, comme dans le cas du feu, peuvent avoir une incidence indirecte sur
les définitions structurales ou sur le choix de matériaux (ou des assemblages) :
redondance renforcée des dispositifs de reports de charges (faire en sorte que le
tablier d'un pont ne s'écroule pas, suite à la rupture d'une pile lors d'un choc de poids
lourd) ;
protection de piles de ponts pour éviter les chocs de bateaux (gabions du bouclier de
protection de la pile nord du pont de Normandie, calculés sous l'action d'un tanker
subissant une avarie de moteur et de gouvernail) ;
dispositions particulières pour prescrire des éléments d'intégrité ou de ductilité : choix
d'une structure souple qui "plie mais ne rompt pas" ou inversement, mise en œuvre
de chaînages tridimensionnels pour renforcer la robustesse.

Nous voyons que dans le domaine des ponts, les choix techniques initiaux, donc le
coût des ouvrages, peuvent être guidés par des considérations simplement liées à la
sécurité. Ces choix peuvent et doivent être remis en cause si des solutions apportent
de meilleures garanties.

Concevoir, construire, voilà des actions qui ne peuvent plus être envisagées sans
faire référence à l’analyse des risques. La maîtrise des risques devient une science,
au même titre que la science des structures et des matériaux. Il s'agit sans doute
d’un «saut technologique». La considération des conséquences d’un accident,
comme nouveau paramètre lors de la conception des ouvrages devrait changer non

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seulement la nature du projet, mais aussi son coût. Mais ce sera alors le prix, non
pas à payer, mais plutôt le prix à ne plus payer, celui des accidents…

Un exemple très simple : une pile de pont ne peut plus être calculée pour résister
dans tous les cas. Au contraire, dans certains cas, il peut s’avérer utile que cette pile
puisse s’effacer (sans effondrement du pont) devant un train déraillé par exemple ou
un poids lourd en perte de contrôle…
Les cas de déraillement de train en amont des ouvrages sont certes peu fréquents,
mais ils peuvent être dévastateurs. Les dangers inhérents à de tels chocs ne doivent
donc pas être négligés.

Généralement le risque majeur lié à toute collision de train tourne autour des
dommages aux personnes circulant à bord du train. Les conséquences peuvent être
très graves et dans ce domaine les recommandations européennes et internationales
proposent des méthodologies d’évaluation de risques visant notamment à réduire le
nombre des victimes.

Or la présence d’appuis dans les zones d'aiguillages aggrave le risque pour les
personnes dans le train.

Ces considérations, montrent bien que la décision d'implanter des appuis dans
certaines zones n'est pas simple. La modulation de l'espace libre sous le pont agit
directement sur le type de pont à mettre en place et sur les choix du maître
d'ouvrage.

Il nous faut à présent parler de ce point plus délicat à appréhender, celui de la


perception des accidents par le public et les médias, nous parlons alors de risques
perçus. Le domaine ferroviaire est par exemple extrêmement vigilant sur le sujet. Il
préconise tout un ensemble de dispositions à mettre en œuvre pour éviter les
déraillements de trains à proximité des ouvrages (bâtiments, quais de gare et ponts),
qui, lorsqu'ils arrivent, peuvent avoir des effets très négatifs en termes d'image. Dans
le domaine routier, des effets négatifs peuvent également être consécutifs à des
fermetures de tronçons d'autoroute, des évacuations de population, en cas
d'accidents graves.

Les conséquences des accidents ne doivent donc pas être évaluées uniquement
sous l'angle technique (tenue d'un ouvrage), mais aussi sous l'angle socio-
économique, voire politique (gêne aux usagers, dangers pour les populations
riveraines). Les risques sont de plus en plus au centre du projet d'ouvrage.

L'annexe B (informative) de cet eurocode donne des informations sur l'évaluation


des risques. En réalité, cette annexe, écrite tardivement, devrait figurer
ultérieurement dans les bases du projet (EN 1990). Elle aborde des sujets qui se
retrouveront dans les annexes nationales fixant des règles à l'échelon national. On
trouve en particulier un aperçu général d'une analyse de risque (analyse qualitative
et quantitative), des informations sur l'acceptation du risque et sur les mesures
d'atténuation, des données applicatives par domaine (trafic routier, trafic
ferroviaire)…

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Les ouvrages de géotechnique
Nous avons vu l'importance des choix géotechniques dans l'élaboration du
programme d'ouvrage. L'eurocode EN 1997 sur les "Bases du projet en
géotechnique" est donc très utile au maître d'ouvrage, tout du moins dans les
échanges qu'il sera amené à avoir lors d'une assistance maîtrise d'ouvrage sur ce
point.

Rappelons que la spécificité de l'ouvrage d'art est le fait du sol (et/ou du sous-sol )
Deux ponts identiques à cent mètres de distance ne sont pas les mêmes ponts
puisqu'ils ne reposent pas sur le même sol. Les auteurs de cet eurocode ont
d'ailleurs eu l'intelligence d'en tenir compte et de faire une grande place à des
notions de maîtrise d'ouvrage. Par exemple : la définition des situations de projet,
des notions de durabilité, mais aussi un chapitre sur les données géométriques
(paramètres et investigations) et la supervision.

Ouvrages en zone sismique


L'eurocode EN 1998 fait plus de 220 pages. Il traite des principes de
dimensionnement des ouvrages considérés comme l'interaction entre une structure
et un ou plusieurs matériaux (béton, acier, mixte béton-acier, bois, maçonnerie),
mais il donne aussi des conseils et recommandations sur la conception des ouvrages
pour limiter le risque sismique (la conception restant du domaine du maître d'œuvre).

S'agissant des ponts, il est par exemple souvent utile de privilégier certains axes
routiers afin de préserver ces axes comme moyens d'acheminement des secours en
cas de sinistre. On trouve explicitées, les exigences de performance et les critères de
conformité
o au stade de la conception,
o pour le dimensionnement des fondations,
et un plan de système de qualité.

Un observatoire national pour les eurocodes


L’application des eurocodes doit également changer la donne en matière de coûts.
Même si les experts ont veillé sur ce point et si des projets pilotes ont été
spécialement étudiés à cet effet – l'impact sur les quantités est actuellement évalué à
un surcoût de 10% environ par rapport aux anciens réglements –, l'évolution des
quantités doit être suivie sur le court et le moyen terme.

Le rapprochement des dispositions législatives et réglementaires des Etats-membres


concernant les produits de construction doit agir aussi sur le fonctionnement intérieur
du marché européen.

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Pour mesurer ces évolutions, la création d’un observatoire est apparue
indispensable. Cette création nécessite le concours des différents maîtres d’ouvrage
pour permettre l'analyse des problèmes rencontrés lors de l’établissement des
programmes d’ouvrage et leur capitalisation par tous. Cet observatoire, dans une
phase ultérieure de son développement, ne doit pas ignorer l'Observatoire
économique de l'achat public mis en place récemment par l'article 136 du code des
marchés publics. Cet article du projet de code des marchés publics 2006 est
actuellement ainsi rédigé:

"L'observatoire économique de l'achat public peut créer des groupes d'études des
marchés chargés d'élaborer des recommandations techniques relatives à certaines
catégories de marché. Les missions, la composition, l'organisation et les modalités
de fonctionnement des groupes d'étude des marchés sont fixées par arrêté du
ministre chargé de l'économie".

Cet observatoire devrait disposer des références les plus actuelles sur les marchés
relatifs aux ponts. Ces simples renseignements permettraient par la suite de
contacter les organismes concernés, d'établir une carte géographique des ponts
calculés aux eurocodes et de pouvoir suivre et informer de l'impact des normes sur
les nouveaux projets.
Note - Le II de l'article 3 de l'arrêté du 10 novembre 2005 prévoit un représentant du ministre chargé de
l'équipement dans l'observatoire économique de l'achat public. Le III de ce même article prévoit douze
personnalités qualifiées nommées par le ministre chargé de l'économie. Pour mémoire le projet de code
des marchés public 2006 prévoit que ce nouvel "Observatoire" reprenne les missions de l'ex GPEM/TMO
et de la commission technique des marchés pour la réalisation des prestations.

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44
Conclusion

Vent, neige, inondations, courants et marées, tempêtes, etc. : autant de sujets qui
peuvent commander les choix et les décisions du maître d'ouvrage. Ils sont traités
dans les eurocodes. Ces préoccupations sont actuellement mal appréhendées par
les maîtres d'ouvrage français habitués à se reposer sur un maître d'œuvre,
exception culturelle française, et sur des documents techniques généraux tels que
les CCTG dans leur version actuelle. Les eurocodes s'imposent aujourd'hui aux
maîtres d'ouvrages publics, bon gré, mal gré. Force est de constater que ces textes
représentent une base culturelle indéniable et un trésor de guerre pour l'Europe sur
le plan de l'exportation. On imagine mal l'ingénierie proposer encore nos vieux
règlements rédigés en français pour concevoir un projet en Asie ou en Inde. L'opéra
de Pékin est ainsi conçu selon les eurocodes. L'écriture des eurocodes a aussi été
l'occasion de constituer un véritable réseau scientifique européen autour du génie
civil.

Mais la mise en œuvre des eurocodes et de la normalisation européenne


concrétisent aussi le bouleversement des pratiques françaises dans le domaine
réglementaire, l'évolution très forte des responsabilités des maîtres d'ouvrage et le
fonctionnement du marché unique en génie civil. A Paris, la réalisation de la
passerelle Simone de Beauvoir réunit un architecte autrichien, un bureau d'étude
anglais, des entreprises allemande et française.

Le Sétra fournit une série d'outils d'accompagnement (guides, logiciels, bases de


données, outil d'aide à la rédaction de marché) pour préparer la profession, les
maîtres d'œuvre ainsi que les pouvoirs adjudicateurs. Nous sommes heureux de
pouvoir échanger sur tous ces sujets avec les maîtres d'ouvrage et de faire vivre
ainsi l'observatoire national sur la mise en œuvre des eurocodes.

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46
Bibliographie
Guide à l'intention des maîtres d'ouvrages publics pour la négociation des rémunérations de maîtrise
d'œuvre juin 1994 – Mise à jour au 30 septembre 2002 – MIQCP.

Loi n°85-704 du 12 juillet 1985 modifiée relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports
avec la maîtrise d'œuvre privée.

Ordonnance n°2004-559 du 17 juin 2004 (permet à l'Etat et aux CL de confier à des entreprises
privées une mission globale portant sur le financement, la conception, la réalisation, la transformation
d'ouvrages ou d'équipement nécessaires au service public, ainsi qu'à leur entretien, leur maintenance,
leur exploitation ou leur gestion.

Guide du projeteur Ouvrages d'art Sétra 1999 ISBN 2 – 11 085852 4.

Loi 93-122 du 29 janvier 1993 dite "loi Sapin" modifiée par la loi 2001-1168 du 11 décembre 2001.

Code Général des Collectivités Territoriales.

Loi 93-1418 du 31 décembre 1993 applicable aux opérations de bâtiment et de génie civil en vue
d'assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs et le décret 94-159 du 26 décembre 1994
relatif à l'intégration de la sécurité et à l'organisation de la coordination en matière de sécurité et de
protection de la santé lors des opérations de bâtiment et de génie civil.

Arrêt du conseil d'Etat du 14C décembre 1906, préfet de l'Héraut (CE, 14 décembre 1906, préfet de
l'Héraut).

Arrêt du Conseil d'Etat n°149830 du 27 mai 1998 Société Dodin : cas de l'acceptation sans
observations ni réserves le projet par le maître de l'ouvrage.

Arrêt du Conseil d' Etat n°234298 du 19 octobre 2001 route des Tamarins Ambiguïtés des études de
programmation mis à dispositions des candidats.

Arrêt du Conseil d'Etat (CE, "Département de la Somme, 26 Septembre 2001).

Publication du JO du Sénat du 08/12/2005 – page 3188 – Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre en


Ouvrages d'art DGUHC.

Missions d'assistance à décideur et maître d'ouvrage (MTETM, Syntec-Ingénierie, AITF), septembre


2005.

Code des marchés Publics – Décret n°2001-210 du 07/03/2001.

"36 réponses aux questions que vous vous posez sur les eurocodes" – DAEI.

Sites "Internet" : www.setra.equipement.gouv.fr/euronormes et www.afnor.fr

Directive 89/106/CEE pour l'harmonisation concernant les produits de construction.

Directive 92/50/CEE relative à la coordination des procédures de passation des marchés publics de
services.

Directive 93/37/CEE relative à la coordination des procédures de passation des marchés de travaux
publics.

Directive 2004/18/CEE relative à la coordination des procédures de passation des marchés de


travaux, de fournitures et de services.

47
Circulaire du 05/07/94 (JORF du 26/08/94) relative à la référence aux normes dans les marché
publics et les contrats soumis à certaines procédures communautaires. Les dispositions du nouvel
article 6 du projet du nouveau Code des marchés publics 2006 prévoient un arrêté spécifique qui doit
annuler cette circulaire pour la rendre compatible avec les modifications du décret 84-74 modifié.

Recommandation T1-99 aux maîtres d'ouvrage publics, relative à l'utilisation des normes et des
certifications dans les spécifications, et à l'appréciation des équivalences. GPEM Travaux / Direction
des Affaires Juridiques Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie Revue de l'Achat
Public n°6/99.

Ordonnance 2004-559 du 17 juin 2004 relative aux contrats de partenariat.

Circulaire n°2005-17 UHC/MA1 du 28 février 2005 relative aux conditions d'exercice des missions
d'ingénierie publique concurrentielle dans le cadre d'un groupement momentané d'entreprise public
/privé.

Circulaire du 29 novembre 2005 relative aux contrats de partenariats à l'attention des collectivités
territoriales (JO du 15 décembre 2005 n°291).

Guide pour la commande et le pilotage des études d' Ouvrages d'art Sétra, réf 9761.

Revue MIQCP - Médiations n°11de mars 2004. Quelles procédures adaptées pour la passation des
marchés de maîtrise d'œuvre au-dessous des seuils Européens.

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Sétra
service d'Études
techniques
des routes
et autoroutes

46 avenue
Aristide Briand
BP 100
92225 Bagneux Cedex
France
téléphone :
33 (0)1 46 11 31 31
télécopie :
33 (0)1 46 11 31 69
internet : www.setra.
equipement.gouv.fr

Ce document n’est pas un guide, encore moins un guide technique. Nous


avons seulement réuni ici les éléments essentiels pour aider les maîtres
d’ouvrage à évoluer dans le nouvel espace du marché unique européen
du génie civil.
Il n’est pas exhaustif : nous avons au contraire insisté sur les points où
les responsabilités des maîtres d’ouvrage évoluent fortement en raison
du contexte européen. Il n’est pas figé non plus puisque le champ de
la maîtrise d’ouvrage, par nature, ne peut pas conduire à une doctrine
unique, et nous serions au contraire pleinement satisfaits si ce document
suscitait des échanges de points de vue, de pratiques ou de ressentis entre
maîtres d’ouvrage.
A partir des grandes options offertes aux maîtres d’ouvrage en début
d’opération (souhait de s’adjoindre un maître d’œuvre externe ou pas,
envie ou non d’innover, disposer d’un financement complet ou partiel,
etc.), ce texte propose, en première partie, quelques repères pour aider
les maîtres d’ouvrage dans l’exercice de leurs responsabilités au cours des
processus d’élaboration des études de projet, de rédaction et d’attribution
de marchés et lors de la réalisation des ouvrages. Il développe ensuite
le sujet des eurocodes, ces nouvelles règles du génie civil communes à
toute l’Europe qui s’imposent aujourd’hui à tous les maîtres d’ouvrage
et bouleversent nos pratiques de prescription.

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au Réseau Scientifique
et Technique
de l'Équipement
Document provisoire diffusé dans le cadre du colloque « Maître d’ouvrage en Europe »
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