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On partait ; on a refait les paquets et les sacs.

Adieu à la baraque 7, à la plage, à Tancrède, aux


négros.
Cette fois, on a pris le train : 40 hommes, 8 chevaux en long. Il n’en fallait pas plus. On nous a
enfermés avec un Allemand. Nous étions plutôt gais. Pourtant, si le train nous avait emmenés en
Allemagne ? Non, on venait de nous dire : « Vous serez libérés le plus tôt possible. » Nous allions
vers un centre démobilisateur.
Là, dans le wagon, les gars m’ont mis en avant. Ils voulaient que je parle avec le garde. Pour
savoir…
— Demande-lui ce qu’il pense.
Depuis le quinze juin, je n’avais pas eu de rapports avec les Allemands. Je n’y tenais pas.
Il était assez jeune encore, de mon âge à peu près. Il m’a dit tout de suite qu’on allait à Buxerre.
Voilà qu’on retournait à Buxerre.
— J’aime mieux ça qu’aller à Berlin, a dit Briard.
On a bavardé, l’Allemand et moi. J’arrivais à me faire entendre. Il était de Trêves, boulanger à
Trêves. Il a tiré d’une poche le portrait de sa femme qui a fait le tour du wagon. Tous le regardaient
et opinaient d’une admiration feinte ou sincère.
— Goutte Madame, lui a gueulé Bouquet. Madame goutte.

Ils étaient gonflés. À nous, cela ne nous serait pas venu à l’idée,
pas dans les premiers temps.
C’a été un gentil petit voyage dans, notre wagon à bestiaux de
Cramecy à Buxerre.