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LíÈmigration des mineurs entre le Maroc et líItalie. Analyse du contexte social et des itinÈraires

Francesco Vacchiano

Une migration historique

Depuis plusieurs dÈcennies, le Maroc est confrontÈ au phÈnomËne de la migration internationale, soit en tant que pays classiquement ´ exportateur ª de migrants, soit que pays de transit, et rÈcemment díÈtablissement de personnes provenant de líAfrique sub-saharienne. Líhistoire de la migration marocaine vers líÈtranger, et en particulier vers líEurope, est marquÈe par des phases et des moments significatifs, avec díimportantes variations dans ses proportions et ses modalitÈs en relation aux ÈvÈnements historiques et aux politiques migratoires des pays díaccueil. Si dÈj‡ au cours de la PremiËre Guerre Mondiale est bien documentÈ en France líemploi de soldats recrutÈs au Maghreb colonial (principalement algÈriens, mais aussi marocains), cíest avec la reconstruction de líaprËs guerre que síest ultÈrieurement stimulÈ le recours ‡ la main díúuvre ÈtrangËre provenant des pays du sud de la MÈditerranÈe. En 1916, on assiste en France ‡ líinstitution díun bureau de coordination, ayant líobjectif de transfÈrer des colonies vers la mÈtropole les travailleurs pour les industries miniËres et de guerre, ainsi que des combattants pour líarmÈe (estimÈs ‡ presque 40.000 personnes) (de Haas, 2005a). AprËs la guerre, et ‡ cause de la crise Èconomique qui síen suivit, la nÈcessitÈ de leur apport viens ‡ manquer, et plusieurs díentre eux, les premiers ‡ Ítre touchÈs par le chÙmage, retournent ‡ leurs pays díorigine. Pendant la DeuxiËme Guerre Mondiale, la main díúuvre des migrants redevient nÈcessaire, en particulier dans le domaine militaire : on estime que 126.000 marocains ont servi dans líarmÈe franÁaise, et presque 40.000 ont rejoint les troupes franquistes en Espagne.

La migration Èconomique proprement dite reprend en mesure considÈrable ‡ partir du 1954, quand, par effet de la guerre de libÈration en AlgÈrie, usines et mines en France font appel ‡ nouveau ‡ une main díúuvre non qualifiÈe pour la production ‡ large Èchelle. En consÈquence de ce processus, la population marocaine en France passe, entre la fin de la deuxiËme guerre mondiale et le 1962, de 20.000 ‡ 53.000 unitÈs environ. Il est cependant la dÈcennie suivante quíenregistre la plus importante croissance de migrants, non seulement vers la France, mais aussi, et gr‚ce aux accords bilatÈraux, vers líAllemagne, la Belgique et les Pays Bas en un premier temps, et vers la Suisse, líAutriche et les Pays Scandinaves par la suite. La demande en main díoeuvre est telle que la France inaugure des filiales de líOffice Nationale de líImmigration ‡ Casablanca et ‡ Tunis, et forme des agents de recrutements qui parcourent le territoire en proposant des contrats de travail pour la mËre patrie (Fadlullah, 1994). Les pays de líEurope mÈridionale restent jusquí‡ ce moment marginalement touchÈs par ce phÈnomËne,

subsistant chez eux les conditions qui favorisent principalement líÈmigration des propres citoyens : en Italie, líinversion du rapport entre Èmigrants et immigrants ne se vÈrifiera que quelques annÈes plus tard, ‡ partir du

1973.

Si díun cÙtÈ il est donc possible díobserver la hausse de líÈmigration du Maroc vers líEurope ‡ partir du dÈbut des annÈes soixante, de líautre on ne peut ne pas remarquer comme la migration marocaine se dÈfinie ‡ partir díune expÈrience amplement consolidÈe, caractÈrisÈe par des phases alternÈes, mais aussi díune significative consistance temporelle. Le tableau 1 illustre la tendance du phÈnomËne relativement aux principaux pays europÈens de destination : il met en Èvidence la croissance rapide des pays mÈditerranÈens au cours des annÈes í80 et í90, qui porte la fin du siËcle ‡ une distribution en Europe reprÈsentÈe par le graphique 1.

Psichologue et anthropologue, Centre Frantz Fanon et UniversitÈ de Turin. Consultant OIM, Counter-trafficking Unit, Rome. Cette analyse a ÈtÈ rÈalisÈe dans le cadre du projet MíníM (´ Migration et mineurs ª) de líOIM (juin 2007).

Tableau 1: Evolution du nombre de migrants dans quelque pays de líEurope Occidentale (indÈpendamment de
Tableau 1: Evolution du nombre de migrants dans quelque pays de líEurope Occidentale (indÈpendamment de la
nationalitÈ effective et inclusive de deuxiËme et troisiËme gÈnÈration)
AnnÈe
France
Pays-Bas
Belgique
Allemagne
Espagne
Italie
Total
1968
84,000
13,000
21,000
18,000
1,000
NA
137,000
1972
218,000
28,000
25,000
15,000
5,000
NA
291,000
1975
260,000
33,000
66,000
26,000
9,000
NA
394,000
1982
431,000
93,000
110,000
43,000
26,000
1,000
704,000
1990
653,000
184,000
138,000
62,000
59,000
78,000
1,174,000
1998
728,000
242,000
155,000
98,000
200,000
195,000
1,618,000
1,025,000
214,000
73,000
253,000
2005
316,000
397,000
2,278,000
(2002)
(2002)
(2004)
(2004)
Source: de Haas, 2005a
Graphique 1: RÈpartition des citoyens marocains en Europe au 1/1/2000 Source: Eurostat 2001, cit. dans
Graphique 1: RÈpartition des citoyens marocains en Europe au 1/1/2000
Source: Eurostat 2001, cit. dans van der Erf e Heering, 2002

Les donnÈes actuelles du phÈnomËne rapportent díun nombre global de migrants rÈguliers supÈrieur ‡ trois millions díindividus, ‡ savoir un chiffre qui reprÈsente presque le 10% de la population actuelle du Maroc (tableau 2)

Tableau 2: Nombre total de marocains rÈsidants ‡ líÈtranger, annÈe 2004

Pays

Nombre de ressortissants marocains

EUROPE

2.616.871

PAYS ARABES

282.772

ASIE ET OCEANIE

5.167

AFRIQUE

5.366

AMERIQUE

178.914

TOTAL

3.089.090

Source: MinistËre des Habous et des Affaires Islamiques, Rabat

Les chiffres reportÈs ci-dessus montrent un cadre actualisÈ du phÈnomËne : líinterprÈtation de celui-ci ne peut pas se baser exclusivement sur les exigences Èconomiques des pays de destination (ceux quíen littÈrature sont gÈnÈralement dÈfinis en tant que ìpull factorsî), mais elle doit Ítre enrichie díÈlÈments tirÈs díune prise en compte des changements sociaux qui ont caractÈrisÈ la pÈriode coloniale et post-coloniale au

Maroc : croissance dÈmographique, urbanisation (‡ savoir la migration interne de la campagne vers les villes, surtout celle de la cÙte atlantique), augmentation de líespoir ‡ une mobilitÈ sociale et ‡ líautorÈalisation.

Ces importantes transformations niveau de la structure sociale, síaccompagnent, de maniËre non toujours clairement identifiable, la progressive Èrosion des structures de sens (et de pouvoir) traditionnelles, qui gardent leur propre empreinte surtout dans les contextes ruraux et qui se dissoudrent progressivement dans les grands agglomÈrations urbains. La croissance des fluxes communicatifs, des produits de consommation et des reprÈsentations de líÈtranger, axes porteurs díun changement constitutif díune sociÈtÈ de masse de type moderne, ne coÔncide pas pour des raisons díordre Èconomique et sociale avec la croissance díune classe moyenne capable de produire (et díen bÈnÈficier) le bien Ítre attendu et promis. ¿ une rapide saturation des emploies rendues disponibles avec la fin du protectorat, suivi une stagnation de líaccËs ‡ líemploi, avec la pÈnalisation des classes dÈfavorisÈes et une reproduction des structures hiÈrarchiques ‡ travers du clientÈlisme (Mesbahi, 2002). Les programmes díajustement structurel des annÈes í80, dictant notamment une politique de privatisation, provoquËrent un dÈsengagement de líÈtat du secteur publique et une ultÈrieure diminution de la capacitÈ díemploi produite par celui. Le dÈficit publique baisse, líinflation reste sous contrÙle et le revenu moyen par habitant croÓt, mais les bÈnÈfices restent circonscrits aux classes sociales dÈj‡ garanties : en fait, le taux de chÙmage augmente rapidement, effleurant le 20% dans les grandes villes et atteignant dans certains contextes locaux des dimensions encore plus dramatiques (Idali, 2002)

Selon le recensement du 1982 et líenquÍte ad hoc de la mÍme annÈe, le 72% des chÙmeurs ‡ moins de 30 ans et le taux officiel de chÙmage dans la population urbaine, ‚gÈe entre 15 et 24 ans est du 22,9%. ¿ partir de la fin des annÈes í80, une nouvelle donnÈe síimpose : le chÙmage commence ‡ toucher de maniËre croissante mÍme les diplÙmÈs universitaires. Les travaux díune commission gouvernementale, crÈÈe pour Ètudier le phÈnomËne aprËs les rÈvoltes des Ètudiants de la fin des annÈes í90, montrent quíau 27 fÈvrier 1991, 100.374 diplÙmÈs universitaires sont ‡ la recherche díun emploi, dont 61% hommes et 58% ‚gÈs entre 25 et 29 ans :

le 86% díeux est cÈlibataires, le 90% habite encore chez les parents et seulement le 62% des mariÈs a un conjoint qui bÈnÈficie díun emploi (Bennani-ChraÔbi, 1994). LíÈtude conclue que le diplÙme níest plus une garantie automatique pour accÈder ‡ un emploi, et atteste que mÍme ceux qui ont reÁu une formation spÈcialisÈe comme celle dans le domaine mÈdical, se trouvent ‡ risque de chÙmage. De la mÍme analyse rÈsulte que le 75% des diplÙmÈs universitaires est ‡ la recherche díun emploi depuis plus díun an, le 55% depuis plus de deux ans, et le 38% depuis plus de trois ans. Leur age moyenne est de 28.3 ans. Ces derniers ont ÈtÈ classiquement reprochÈ díune excessive sÈlectivitÈ ‡ líÈgard de líemploi, mais de líenquÍte rÈsulte que le 71% des diplÙmÈs universitaires sont disposÈs ‡ accepter níimporte quel type de travail (Bennani- ChraÔbi, 1994).

Ces rÈsultats sont essentiellement confirmÈs par des rÈcentes Ètudes qui signalent un taux de chÙmage estimÈ autour du 19.5% dans les villes (Idali, 2002), avec un pourcentage de jeunes de moins de 30 ans du 68.5% (Khachani, 2003) et font Ètat de ce qui a ÈtÈ dÈfini par Bourdieu ´ mise hors-jeu symbolique ª de la catÈgorie des jeunes (Bennani-ChraÔbi, 1994). Cette condition díinutilitÈ et díattente contribue ‡ gÈnÈrer une sorte de ´ sens de dÈpaysement ª, exprimÈ parfois avec líexpression ´ qnat ª (dÈsespoir, isolement, mais aussi ennui), utilisÈe par les jeunes pour dÈcrire la sensation de vide, de suspension, de malaise gÈnÈralisÈ qui caractÈrise leur condition existentielle. Devant cette situation díÈchec et du consÈquent ´ sentiment díinsÈcuritÈ et de dÈsolidarisation ª (Khatibi, 2003) qui caractÈrise le vÈcu de beaucoup díeux, la migration síoffre en tant que opportunitÈ et possible issue : sa visibilitÈ a augmentÈ au cours des derniËres annÈes, acquÈrant ces caractËres de possibilitÈ et de potentialitÈ par rapport ‡ líabsence díalternatives perÁue dans les contextes díorigine. En fait, soit les nouvelles provenant du kharÓj (líÈtranger), soit les visites rÈguliËres des migrants en pÈriode de vacances, avec leur trousseau de nÈcessaires comportements ostensifs, fonctionnent pour matÈrialiser de maniËre irrÈfutable la dimension du succËs et de rÈussite sociale que la migration renferme en soit (Sayad, 1999; Taliani et Vacchiano 2006).

¿ propos de ce point, il faut souligner quíil ne síagit pas seulement de fantaisie et que le rendement objectif de líentreprise migratoire est amplement prouvÈ par les chiffres. Líargent envoyÈ de líÈtranger par les migrants constitue une source de revenu de premiËre importance pour le pays et un soutien considÈrable pour beaucoup de familles. Entre les annÈes í80 et í90 ces rentrÈes ont dÈpassÈ les revenues de líexportation des phosphates, le premier produit du pays, le rendement global des exportations des produits agricoles et le volume díaffaires induit par le tourisme. En 2004, le Maroc Ètait le cinquiËme pays ‡ niveau mondial pour le

montant des revenues des migrants, et en 2005 líargent envoyÈ par eux reprÈsentait le 20,1% de toutes les importations de biens et de services (de Haas, 2005b). Encore plus considÈrable: selon certaines estimations du 2001, sans líaide des familiers expatriÈs, presque 1.170.000 marocains se retrouveraient au dessous du seuil de pauvretÈ, ramenant le taux global des ´ pauvres officiels ª du 19,0 au 23,2% (de Haas, 2007). Plusieurs territoires ont profitÈ de cette source relativement stable de rendement, mÍme síil est nÈcessaire de souligner que ces rentrÈes níont pas toujours gÈnÈrÈ sur les lieux díorigine des formes efficaces de rÈinvestissement, et que le plus souvent ont donnÈ lieu ‡ une rÈutilisation finalisÈe ‡ líacquisition de biens de consommation ÈphÈmËres et/ou peu productifs. Toutefois, pour effectuer une correcte Èvaluation de ces options, il est nÈcessaire de considÈrer líensemble des conditions sociales et politiques qui favorisent ou entravent ces investissements, qui, comme quelque auteur a soulignÈ, semblent síÍtre plutÙt modifiÈs au cours des derniËres annÈes (de Haas, 2007).

En ce sens et pour plusieurs annÈes, des rÈgions relativement dÈmunies du point de vue Èconomique, notamment les zones montagneuses du Rif au Nord et les oasis au sud de líAtlas, ont amplement profitÈ des ressources envoyÈes des pays díaccueil. Díautre part, il est ‡ observer líextension progressive des zones touchÈes par líÈmigration, qui ne concernent plus exclusivement les territoires ‡ majoritÈ berbËre du Rif, de líAtlas et du Sousse, mais aussi et díune maniËre importante les plaines centrales et les villes des cÙtes atlantiques et mÈditerranÈennes.

Principales zones intÈressÈes par líÈmigration Source: de Haas, 2007, modifiÈ
Principales zones intÈressÈes par líÈmigration
Source: de Haas, 2007, modifiÈ

La migration vers líItalie

¿ líexception de cas isolÈs, líItalie ne devient une destination pour les migrants marocains quí‡ partir de la deuxiËme moitiÈ des annÈes í80, mais se positionne, au cours des vingt derniËres annÈes, aux premiËres places en Europe pour nombre de prÈsences, aprËs France, Espagne, Pays Bas et Belgique (MinistËre des Habous et des Affaires Islamiques, Rabat 2004). Le tableau 3 (et le graphique annexe), obtenus ‡ partir de líÈlaboration des donnÈes du MinistËre de líIntÈrieur Italien, montrent líaugmentation importante des titres de sÈjour dÈlivrÈs aux ressortissants marocains en Italie, entre les annÈes 1985 et 2000.

Tableau 3: Augmentation des titres de sÈjour pour les citoyens marocains entre 1985 et 2000

1985 1990 1995 1997 1998 1999 2000 2.364 77.971 94.237 131.406 145.843 170.905 194.617 Source:
1985
1990
1995
1997
1998
1999
2000
2.364
77.971
94.237
131.406
145.843
170.905
194.617
Source: Èlaboration de donnÈes du Ministre de líIntÈrieur
Graphique 2: Augmentation du nombre de titres de sÈjour pour les Èmigrants marocains entre 1985 et 2000
200.000
180.000
160.000
140.000
120.000
100.000
80.000
60.000
40.000
20.000
0
1985
1990
1995
1997
1998
1999
2000
Source: Èlaboration sur les donnÈes du MinistËre de líIntÈrieur

¿ la fin du 2005, selon les donnÈes de líIstat, les marocains qui rÈsident rÈguliËrement sur le territoire italien sont estimÈs ‡ 319.537 unitÈs, avec des prÈsences importantes surtout dans les grandes villes du Nord (tableau 4).

Tableau 4: Villes principales pour prÈsence díÈmigrants marocains

Province

Total

Turin

16.654

Milan

14.480

Brescia

11.647

Bergame

10.527

ModËne

9.806

VÈrone

8.798

Bologne

8.615

Padoue

6.178

TrÈvise

5.600

Reggio Emilia

5.542

Sourcee: Caritas 2006

Le nombre des femmes a augmentÈ au cours des annÈes, et avec ses 124.615 unitÈs constitue le 39% des citoyens de nationalitÈ marocaine.

Un discours ‡ part est celui relatif ‡ la prÈsence des clandestins, qui par dÈfinition est beaucoup plus difficile relever. Pour les adultes il faudra síen remettre aux chiffres relatifs aux dÈbarquements (qui ne constituent de toute faÁon que presque le dixiËme de líimmigration irrÈguliËre, Caritas / Migrantes, 2005), aux dispositions díÈloignement (refoulements aux frontiËres et expulsions), aux dÈtenus dans les Centres de Permanence Temporaire (CPT) et aux demandes de rÈgularisation (qui souvent sont effectuÈes au bÈnÈfice ou directement par les citoyens Ètrangers dÈj‡ prÈsents sur le sol italien). Les chiffres relatifs líannÈe 2005 indiquent un nombre de citoyens marocains destinataires de dispositions díÈloignement de 9.839 cas, les dÈbarquements font Ètat de 3.634 unitÈs et les dÈtenus dans les CPT correspondent 1.648 cas (De Marco,

2006).

Le chiffre le plus reprÈsentatif des nouveaux arrivÈs est dÈfini surtout ‡ partir des dÈbarquements, du moment que, et sauf cas particuliers, les entrÈes par díautres circuits restent encore mÈconnues. Díautre part, et du moins dans ces derniers temps, les informations ‡ titre officieux semblent indiquer que la majoritÈ des Èmigrants clandestins marocains utilisent des itinÈraires qui passent par la Libye, pays qui a introduit le visa díentrÈe pour le Maroc depuis peu. Cette donnÈe semble Ítre confirmÈe par les informations recueillies auprËs de la reprÈsentation de líOIM sur líŒle de Lampedusa, qui a enregistrÈ pour líannÈe 2006 un transit total de 18.350 personnes, dont 5.852 marocains, premiËre nationalitÈ entre celles transitÈes : un chiffre qui dÈpasse de 2.218 unitÈs le nombre totale des marocains qui ont dÈbarquÈ en 2005. Entre ceux-ci, les femmes constituent le 4,8% et les mineurs, 147 en tout, le 2,5% du total (voir tableau 5).

Tableau 5: Migrants marocains dÈbarquÈs ‡ Lampedusa, annÈe 2006

Hommes

Femmes

Mineurs

Total

% sur tot

5.419

286

147

5.852

29,5%

Source: OIM, janvier 2007

La migration des mineurs

La migration des mineurs, surtout lesdits ´ non accompagnÈs ª, se dÈfinie ‡ partir de ces prÈliminaires, mais avec des spÈcificitÈs ultÈrieures : le chemin est dÈj‡ tracÈ par les adultes, qui constituent le rÈseau nÈcessaire pour imaginer le dÈpart (van der Erf R. et Heering L., 2002), et il est dÈj‡ structurÈ le contexte culturel de rÈfÈrence qui organise les actions et les choix en terme de co˚ts et bÈnÈfices attendus (´ culture de líÈmigration ª). MalgrÈ cela, dans líÈvaluation des itinÈraires des mineurs rencontrÈs, le poids des dynamiques familiales est prioritaire. SpÈcifions : sauf cas particuliers et ‡ cause du type de structure sociale du Maroc, la famille reste le lieu de prÈdilection ‡ líintÈrieur duquel tout projet de migration, pas seulement des mineurs, voit, si non proprement sa formulation, au moins son aval. Il est au sein de la famille que la sensibilitÈ sociale envers les ÈmigrÈs (partis, en visite, ou de retour) trouve sa mÈdiation, cíest dans la maison que les reprÈsentations du contexte díappartenance et leur connotations Èmotives sont formulÈes (souvent selon les catÈgories díune ´ dÈprivation relative ª qui contribue au sentiment díaliÈnation sociale perÁu); et cíest au sein de la famille au sens large que síidentifient et se construisent activement les possibles liens transnationaux imaginÈs en tant que support au projet. Si tout cela est vrai, donc, pour la dÈfinition de chaque parcours migratoire, dans le cas relatif aux mineurs il faut ajouter, ‡ ces dimensions, quelque caractÈristique particuliËre:

a) une reprÈsentation du mineur en tant que sujet productif;

b) une dÈfinition de ses spÈcificitÈs en termes adultes (poussÈe ‡ líautonomie);

c) une conception des besoins individuels dÈfinie ‡ partir de propriÈtÈs concrËtes, en termes díacquisition de biens de confort;

d) une modÈlisation de la croissance travers de la preuve et du dÈfit;

e) une plus gÈnÈrale, mÍme si non ubiquitaire, relation ambivalente avec les repËres normatifs.

Evidemment il y a les diffÈrences, comme trËs diffÈrents sont ces parcours qui naissent dans des conditions díimportant malaise familial, ‡ la base duquel la cassure du lien síest dÈj‡ consommÈe dans le passÈ, parfois ‡ cause de divorces, de dÈcËs des parents, de violences, de fuiteÖetc. Dans telles situations, le rÙle de la famille se traduit plus par son absence síinterposer aux reprÈsentations sociales plutÙt que par la dÈfinition díun vÈritable projet.

¿ líintÈrieur de cet ensemble de faits et reprÈsentations, un facteur significatif est constituÈ par le phÈnomËne de la dÈperdition scolaire, qui est en mÍme temps cause et effet du potentiel migratoire : cause, parce que il est ‡ la suite de líÈchec scolaire quíil naÓt líidÈe de mettre ‡ profit une productivitÈ alternative dans líailleurs; effet, parce quíil est la dimension de líalternative ‡ vider de son sens líidÈe de líengagement et de líinvestissement quotidien dans les Ètudes.

Selon une enquÍte du gouvernement marocain prÈsentÈe en janvier 2004 au MinistËre des Affaires Sociales, de la SolidaritÈ et de la Famille, presque 800.000 enfants ne frÈquentent pas líÈcole: malgrÈ un code du

travail qui interdit líemploi au dessous des 15 ans et díune loi concernant líinstruction obligatoire (loi 04-00), la majoritÈ díeux, en particulier dans les zones rurales, travaille pour contribuer aux besoins de la famille (Le Journal Hebdomadaire, n. 171-2004). Les chiffres officiels du MinistËre de líEducation et de la Direction de la Statistique sont encore plus dramatiques: selon líÈtude, dans líannÈe scolaire 1999-2000, presque deux millions díenfants ‚gÈs de 7 15 ans ne sont pas allÈs ‡ líÈcole, soit puisque jamais inscrits, soit ‡ cause de líabandon scolaire. Selon ces chiffres, le taux global de scolarisation dans cette tranche díge serait de 65,65% ‡ líÈchelle nationale, reparti entre 73,7% pour la tranche díge 7-12 ans (un enfant sur quatre ne va pas ‡ líÈcole) et 49,7% pour celle 13-15 ans (un enfant sur deux) (Lahlou M., 2002).

Líabandon scolaire est directement liÈ ‡ líemploi dans des contextes de travail non garantis et sous payÈs, o˘ assez souvent, selon les rÈcits, les mineurs risquent díÍtre exposÈs ‡ líabus et ‡ líexploitation. Selon le recensement du 1994, le nombre díenfants de moins de 15 ans considÈrÈs en tant que ´ actifs ª du point de vue du travail síest ÈlevÈ ‡ 356.530 unitÈs, soit 4,3% du total des ´ actifs ª et 5,1% de la population occupÈe ‡ líÈchelle nationale (7% de filles, 3,5% de garÁons). Les garÁons sont les plus nombreux, autour du 65,5%. Les enfants de moins de 15 ans employÈs dans les villes passent du 18,8% en 1982 au 26,3% en 1994 (aussi comme rÈsultat de líurbanisation). Le pourcentage des occupÈs au-dessous des 10 ans baisse dans les annÈes, du 14,2% en 1971 au 6,9% en 1994 (59% de sexe masculin et 81% en zones rurales). MalgrÈ cela, de líenquÍte du 1999 ìActivitÈ, emploi, chÙmageî, il en ressort notamment une inversion de tendance et une augmentation du nombre díenfants actifs ‡ 517.800 unitÈs (45,2% en plus dans les cinq annÈes entre le recensement et líÈtude). Le 88% a ÈtÈ recensÈ dans les zones rurales et 66.900 unitÈs dans les villes (Lahlou, 2002). Selon la derniËre enquÍte de la Direction de la Statistique, les enfants de moins de 18 ans constituent le 6,5% des effectifs du secteur informel, c'est--dire 123.741 mineurs, desquels 84.809 dans les zones rurales et 38.932 dans les villes (Khachani, 2003).

Dans une partie trËs considÈrable des cas observÈs en Italie, líÈchec scolaire et le travail des enfants dans le pays díorigine constituent un ÈlÈment commun au parcours des mineurs qui ont optÈ pour líentreprise migratoire, que ce soit par choix individuel ou par mandat de la famille. De maniËre significative, plusieurs díeux expliquent quíil est la perspective de líÈmigration, dÈj‡ prÈsente depuis une ‚ge prÈcoce, ‡ les avoir dÈmotivÈs pour líengagement et líinvestissement dans líÈcole.

Un autre ÈlÈment relevÈ, bien quíen nombre infÈrieur de cas, fait allusion ‡ des situations díimportant malaise social et de dÈsagrÈgation familiale, avec des histoires de divorce, díabandon ou de violence au sein de la famille, qui ont pu donner lieu des fuites du domicile familial et vie de rue (atfl ash-shawrië, ìenfants de rueî) avant la migration.

LíÈmigration de ces derniers est souvent effectuÈe dans des conditions ‡ haut risque (a Casablanca ìriskerî est tout-court synonyme de ìÈmigrerî) pour líimpossibilitÈ, due líextrÍme pauvretÈ, de payer pour le voyage une organisation ou un ìpasseurî (simsr, ìagentî, ìintermÈdiaireî). Dans ces cas, les enfants tentent de se cacher sous un camion ñ dans une niche au dessus de líaxe-moteur o˘ on peut se pelotonner, ou díentrer dans un container, ou encore de síembarquer clandestinement dans un bateau en dÈpart du port. Plusieurs mineurs des quartiers populaires de Casablanca, interviewÈs en diffÈrentes occasions, admettent díavoir abandonnÈ líÈcole depuis longtemps et de passer la grande partie de leur journÈe au port commercial, o˘ on peut les voir en petits groupes, dans la tentative díescalader le mur, expressÈment ÈlevÈ dans les derniËres annÈes. PrËs du port de Tanger, il est assez normal díobserver des jeunes et des mineurs stationner sur le mur díenceinte, pour profiter díune inattention des gardes et síintroduire dans les aires díembarquement. Encore, au cours des embarquements pour líItalie, il est souvent possible díobserver un grand nombre de jeunes qui se pressent sur le quai parallËle et qui tentent de passer le long du filet de líeau vers les navires au dÈpart.

Tanger: Enfants sur le mur du port , mars 2007 Ceux qui en ont la

Tanger: Enfants sur le mur du port , mars 2007

Ceux qui en ont la possibilitÈ, síadressent ‡ la famille, aux voisins ou ‡ des ´ patrons ª pour rÈunir líargent nÈcessaire pour payer le voyage clandestin; argent quíil devront, par la suite et une fois arrivÈs, rembourser aux bailleurs de fonds. Le voyage prÈvoit plusieurs options ‡ des tarifs diffÈrents : la plus Èconomique et plus risquÈe, qui co˚te entre 1.500 et 3.000 euro, prÈvoit le passage via mer (jusquíen 2006, du nord du Maroc vers Gibraltar; aujourdíhui, en ajoutant les frais de líavion, on passe le plus souvent par la Libye, ‡ partir díon síembarque vers Lampedusa, voir plus loin). Plus ÈlevÈ est le co˚t du voyage et meilleurs sont les ´ garanties ª : en cas díinterception ou díexpulsion immÈdiate par les autoritÈs, la deuxiËme ou troisiËme Èpreuve sont gratuites. Le moyen le plus s˚r est aussi le plus cher (6.000/7.000 euro environ) et il est valable exclusivement pour les mineurs : celui-ci consiste paraÓtre, avec photo et documents falsifiÈs, sur les papiers de líaccompagnateur, en se faisant passer pour son enfant rÈguliËrement autorisÈ. Dans ces cas, le transit des frontiËres se fait en voiture ou en bus, et comme observent certains, ´ le rÈsultat est garanti, et ils te dÈposent directement ‡ destination ª.

Dans le jargon marocain, les Èmigrants clandestins sont dÈfinis harrga : le terme dÈrive de la racine arabe h.r.q, qui rappelle au domaine sÈmantique du br˚ler. Le terme ñ harÓg duquel harrga est le pluriel ñ est un participe actif quíon pourrait traduire par ìcelui qui br˚leî. Au Maroc, la formule ´ br˚ler ª, en plus de faire aujourdíhui rÈfÈrence par antonomase ‡ líÈmigration, est souvent utilisÈe pour dÈsigner les infractions ‡ une interdiction ou une limite (assez frÈquemment : ´ br˚ler un feu rouge ª ‡ un croisement, mais aussi et par mÈtaphore, br˚ler les frontiËres). Le terme, qui semble pouvoir faire allusion ‡ líaction de br˚ler ‡ líarrivÈe les papiers díidentitÈ, pratique assez courante il y a quelques annÈes chez les migrants clandestins, renvoie toutefois par analogie la vaste production narrative de líhistoire de líexpansion islamique, o˘ le mythe du conquÈrant, souvent un chef navigateur, síassocie toujours ‡ líexclusion volontaire de líidÈe du retour, travers le geste symbolique de br˚ler les bateaux aprËs le dÈbarquement. Cíest ce quíon raconte de Tariq Ibn Ziyad, le conquÈreur de líAndalousie au VIII siËcle, pour ne pas Ítre tentÈ par le retour, mais cíest aussi le mythe de la conquÍte de Siqilliyya (la Sicile) par les troupes de Assad Ibn Al-Firat en 827.

Les mineurs marocains en Italie

Le pourcentage total des mineurs Ètrangers prÈsents en Italie est assez difficile ‡ Èvaluer, en absence díun registre unifiÈ ‡ niveau national. Les estimations, pour toutes les nationalitÈs, font allusion ‡ 586.483 unitÈs ‡ la fin de líannÈe 2005, c'est--dire le 19,3% de la population díorigine non italienne (Ricucci, 2006). Les donnÈes les plus crÈdibles, qui ne dÈcrivent cependant que la dimension rÈguliËre du phÈnomËne, remontent au recensement du 2001, dío˘ il rÈsultait une prÈsence de 284.224 mineurs Ètrangers (le 21,3% des Ètrangers prÈsents en Italie), dont le 18,6% Ètait constituÈ de mineurs marocains (plus de 52.800) (Marinaro et Nanni, 2005). Si on devait appliquer un pourcentage analogue (donc sous-estimÈ) aux donnÈes actuels, on obtiendrait un chiffre total de mineurs marocains Èquivalent ‡ 109.085 unitÈs: cette donnÈe est bien entendu partielle, mais peut Ítre suffisamment utile pour dÈfinir un ordre de grandeur du phÈnomËne, qui comprend les nouveaux-nÈs en Italie et les nouveaux arrivÈs.

Líestimation du nombre de mineurs Ètrangers non accompagnÈs est encore plus complexe, puisque la source officielle la plus crÈdible, le ComitÈ des Mineurs Etrangers, est informÈ uniquement des mineurs pris en charge par les administrations locales et, malgrÈ les prescriptions de la loi, pas encore dans la totalitÈ des cas. Selon les donnÈes reportÈes par Marinaro et Nanni, les mineurs non accompagnÈs signalÈs au ComitÈ au 15

avril 2005 Ètaient 5.573, dont le 20,1% de nationalitÈ marocaine: cela Èquivaut ‡ 1.120 unitÈs, ‡ savoir le deuxiËme groupe par nationalitÈ aprËs les roumains (Marinaro et Nanni, 2005).

Les donnÈes dont nous disposons, actualisÈes au 28 fÈvrier 2007, indiquent un total de mineurs marocains signalÈs au ComitÈ Èquivalent ‡ 1.555 cas, dont 1.442 garÁons et 113 filles (correspondant au 7,2%). La ville de naissance au pays díorigine est reportÈe dans le tableau 6.

 

Tableau 6: Ville díorigine des mineurs marocains prÈsents en Italie

 

Lieu de Naissance

CAS IDENTIFIES

CAS NON IDENTIFES

TOTAL

% TOTAL

CASABLANCA

51

113

164

10,55%

KHOURIBGA

76

63

139

8,94%

BENI MELLAL

15

80

95

6,11%

OULED AZZOUZ

41

 

41

2,64%

OULED YOUCEF

24

17

41

2,64%

RABAT

12

18

30

1,93%

FQUIH BEN SALAH

18

 

18

1,16%

OUED ZEM

17

 

17

1,09%

BOUJNIBA

11

 

11

0,71%

BENI AMIR EST

8

 

8

0,51%

BENI OUKIL

8

 

8

0,51%

BEZZAZA

8

 

8

0,51%

DonnÈe manquante

 

528

528

33,95%

Autre

208

239

447

28,75%

TOTAL

497

1058

1555

100,00%

Source: ComitÈ Mineurs Etrangers, fÈvrier 2007

 

Comme on peut observer, la partialitÈ de cette donnÈe est considÈrable, ‡ cause de la grande proportion de cas non identifiÈs avec certitude (c'est--dire ceux qui níont pas pu fournir, eux mÍme ou par la famille díorigine, un document díidentitÈ) et pour le nombre considÈrable de donnÈes manquantes (un tiers du total). MalgrÈ Áa, líinformation reste importante, puisquíil montre une tendance díensemble, trËs utile pour dÈfinir les territoires potentiellement intÈressÈs par des projets de prÈvention.

Autant significative est líÈvaluation relative aux lieux de destination, par rapport auxquels líestimation devient reprÈsentative en terme de mouvement et de distribution territoriale (tableau 7).

Tableau 7: Mineurs marocains en Italie: province de relevÈ

 
 

CAS

CAS NON

   

PROVINCE

IDENTIFIES

IDENTIFIES

TOTAL

% TOTAL

TURIN

197

106

303

19,49%

MILAN

83

188

271

17,43%

AGRIGENTE

 

160

160

10,29%

BOLOGNE

12

38

50

3,22%

MODENE

8

34

42

2,70%

GENES

1

37

38

2,44%

NAPLES

6

31

37

2,38%

PADOUE

5

23

28

1,80%

BRESCIA

5

22

27

1,74%

ROME

5

22

27

1,74%

CONI

6

20

26

1,67%

PARME

8

18

26

1,67%

CREMONE

15

6

21

1,35%

SAVONE

4

17

21

1,35%

LUCQUES

1

19

20

1,29%

VERONE

11

9

20

1,29%

PRATO

6

12

18

1,16%

ALEXANDRIE

1

16

17

1,09%

FORLI'-CESENA

7

10

17

1,09%

VERCEIL

9

8

17

1,09%

BIELLA

11

5

16

1,03%

FLORENCE

 

16

16

1,03%

LODI

2

13

15

0,96%

PLAISANCE

2

13

15

0,96%

TRENTE

3

12

15

0,96%

ASTI

6

8

14

0,90%

BERGAME

3

10

13

0,84%

PAVIE

2

11

13

0,84%

CATANE

1

11

12

0,77%

REGGIO EMILIA

7

5

12

0,77%

VARESE

 

12

12

0,77%

VENEZIA

1

11

12

0,77%

BOLZANO

3

8

11

0,71%

RAVENNA

6

5

11

0,71%

VERBANO-CUSIO-OSSOLA

6

3

9

0,58%

VARESE

9

 

9

0,58%

IMPERIA

3

5

8

0,51%

LECCE

 

8

8

0,51%

LECCO

5

3

8

0,51%

TREVISE

2

6

8

0,51%

CATANZARO

 

7

7

0,45%

ROVIGO

4

3

7

0,45%

PESARO URBINO

 

6

6

0,39%

AOSTE

4

1

5

0,32%

BARI

 

5

5

0,32%

COME

1

4

5

0,32%

PEROUSE

1

4

5

0,32%

RIMINI

4

1

5

0,32%

VICENCE

5

 

5

0,32%

ANCONE

1

3

4

0,26%

CALTANISSETTA

 

4

4

0,26%

FROSINONE

 

4

4

0,26%

MANTOUE

1

3

4

0,26%

NOVARE

2

2

4

0,26%

RAGUSE

 

4

4

0,26%

UDINE

 

4

4

0,26%

AREZZO

 

3

3

0,19%

CHIETI

 

3

3

0,19%

GORIZIA

1

2

3

0,19%

MASSA-CARRARA

2

1

3

0,19%

MONZA ET BRIANZA

 

3

3

0,19%

PISTOIA

 

3

3

0,19%

BRINDISI

 

2

2

0,13%

CAGLIARI

 

2

2

0,13%

CASERTE

 

2

2

0,13%

FOGGIA

 

2

2

0,13%

GROSSETO

1

1

2

0,13%

L'AQUILA

 

2

2

0,13%

PISE

 

2

2

0,13%

POTENZA

 

2

2

0,13%

TRIESTE

 

2

2

0,13%

VITERBE

2

 

2

0,13%

BENEVENT

 

1

1

0,06%

CROTONE

 

1

1

0,06%

ISERNIA

 

1

1

0,06%

LIVOURNE

 

1

1

0,06%

PALERME

 

1

1

0,06%

SALERNE

 

1

1

0,06%

SASSARI

 

1

1

0,06%

SYRACUSE

 

1

1

0,06%

TERAMO

 

1

1

0,06%

TERNI

 

1

1

0,06%

REGGIO CALABRIA

1

 

1

0,06%

RIETI

1

 

1

0,06%

AVELLINO

1

 

1

0,06%

MACERATA

1

 

1

0,06%

MESSINE

1

 

1

0,06%

ORISTANO

1

 

1

0,06%

TOTAL

497

1058

1555

100,00%

Source: ComitÈ Mineurs Etrangers, fÈvrier 2007

 

Comme on peut relever des donnÈes, ce sont les provinces du Nord de líItalie, caractÈrisÈes par une prÈsence importante de marocains (voir tableau 4), qui semblent accueillir de faÁon significative aussi les mineurs, confirmant líimportance de la chaÓne migratoire et du rÈseau de rÈfÈrence pour orienter les parcours. La province díAgrigente, en troisiËme position parmi les provinces de grande affluence, est massivement sur- reprÈsentÈe, en vertu du fait que líŒle de Lampedusa tombe sous sa juridiction territoriale et est devenue, au cours de la derniËre annÈe, líun des principaux lieux díentrÈe de migrants en provenance via mer de la Libye. En fait, les mineurs, en totalitÈ non identifiÈs, y transitent le temps de síorienter par rapport aux rÈfÈrences, rÈelles ou imaginaires, de leur rÈseau de contact en Italie, pour ensuite se dÈplacer, en des temps brefs, vers ceux-ci. En ce sens, la donnÈe la plus fiable est celle qui fait rÈfÈrence aux mineurs identifiÈs (tableau 8), puisque le processus díidentification suppose un travail social et Èducatif qui peut Ítre rÈalisÈ exclusivement dans des conditions de continuitÈ relationnelle, garantie seulement par une situation de stabilitÈ. ¿ ce propos, il est important de signaler que seulement quelque administration (et par zones trËs diversifiÈes) montre un nombre de mineurs identifiÈs supÈrieur ‡ celui des non identifiÈs. Pour les considÈrations prÈcÈdemment exprimÈes, cela semble une mesure de líattention au problËme et du type díinterventions mis en acte.

Nous líavons dÈj‡ soulignÈ: la donnÈe ne mesure pas uniquement líeffective prÈsence sur le territoire, mais aussi líaction des administrations locales dans les projets díaccueil et díinsertion (en plus de la correcte communication de ces donnÈes au ComitÈ). Cela níempÍche pas de relever que, au moins dans le cas de deux des villes principales, Turin et Milan, il y a une nette correspondance entre la population globale des marocains et le nombre des mineurs signalÈs. Il est plutÙt líanomalie reprÈsentÈe par les territoires de Brescia e de Bergame qui frappe, o˘ les mineurs non accompagnÈs ne semblent pas prÈsents de faÁon proportionnelle ‡ la prÈsence gÈnÈrale des ÈmigrÈs : Brescia et Bergame reprÈsentent respectivement la troisiËme et la quatriËme ville díItalie par nombre de marocains rÈsidants, mais ne se retrouvent quí‡ la neuviËme et vingtiËme place pour prÈsence de mineurs ´ non accompagnÈs ª.

La donnÈe relative ‡ la destination en Italie est importante, mais il le devient encore plus si analysÈe en relation avec les cas identifiÈs, pour lesquels il est possible de remonter ‡ la ville díorigine, en Èclairant les parcours de maniËre plus prÈcise (Tableau 8)

 

Tableau 8: Mineurs identifiÈs par ville díorigine et province de destination

 

LIEU DE

                       

NAISSSANCE

/ PROVINCE

EN ITALIE

BENI

AMIR

EST

BENI

MELLAL

BEZZAZA

BOUJNIBA

CASABLANCA

FQUIH

BEN

SALAH

KHOURIBGA

OUED

ZEM

OULED

AZZOUZ

RABAT

AUTRES

Total

TURIN

1

   

9

26

7

41

10

35

6

62

197

MILAN

2

4

7

 

7

8

2

2

   

51

83

CREMONE

 

1

   

2

 

2

   

2

8

15

BOLOGNE

 

2

1

 

3

 

2

     

4

12

BIELLA

       

3

 

2

1

   

5

11

VERONE

       

2

 

1

     

8

11

VERCELLI

           

3

1

2

 

3

9

MODENE

1

     

1

 

1

     

5

8

PARME

           

1

   

1

6

8

AUTRE

4

8

 

2

7

2

20

2

3

3

92

143

TOTAL

8

15

8

11

51

17

75

16

40

12

244

497

Source: ComitÈ Mineurs Etrangers, fÈvrier 2007

 

Comme on peut observer, la ville de Khouribga est la localitÈ de provenance la plus reprÈsentÈe. Si ‡ ce chiffre, on ajoute aussi le nombre de mineurs en provenance de Boujniba, Oued Zem et Ouled Azzouz, situÈs dans la mÍme province, nous obtenons un total de 142 unitÈs pour la province dans son ensemble. MÍme ici, cette donnÈe ressent du fait que de cette rÈgion les mineurs se dÈplacent principalement vers Turin, o˘ líadministration est particuliËrement active, soit dans líÈlaboration des projets díaccueil, soit dans la signalisation des cas. Cependant il reste que cette donnÈe est trËs utile, pour líidentification díune rÈgion du Pays díorigine principalement intÈressÈe par des actions de prÈvention et pour la mise en acte díactions impliquant les administrations locales italiennes.

Une fois arrivÈs sur le territoire italien, les mineurs essayent de rejoindre leurs contacts adultes qui leur ont promis líaide ou quíils pensent peuvent le faire. La quasi-totalitÈ des nouveaux arrivÈs se mÈfie des opÈrateurs des centres díaccueil et síenfuit, aussitÙt quíil est possible, vers les villes de rÈfÈrence. La rÈalitÈ de ces lieux peut Ítre initialement accueillante, renvoyant un sens de libertÈ et de rÈussite personnelle, mais avec le temps elle devient plus problÈmatique, pour líÈmergence de la raison mÍme de lí ´ Ítre ici ª dans la capacitÈ de produire et díenvoyer de líargent. Plusieurs mineurs racontent avec fiertÈ de líinvestiture reÁue ‡ distance par la famille (´ maintenant tu es grand, tu dois penser ‡ toi-mÍme ª), mais aussi au brusque sens de responsabilitÈ suscitÈ par les frÈquentes allusions ‡ la situation de la famille dans le pays díorigine. Dans ce contexte, des demandes explicites ne sont pas nÈcessaires, en Ètant suffisantes des insinuations ‡ peine voilÈes ñ un ÈlectromÈnager tombÈ en panne, ‡ la fatigue ‡ se dÈplacer ‡ pied, au co˚t des livres pour les frËres ñ pour signifier ce que tous savent dÈj‡ : que celui qui a eu la chance de partir, doit maintenant rÈpondre aux attentes collectives.

Il est en vertu de ses sollicitations que síimpose ‡ líÈvidence une rÈalitÈ beaucoup plus complexe de celle imaginÈe au pays : le travail est formellement interdit et les adultes qui ont garanti leur aide sont souvent incapables de protection et, eux-mÍmes, en situations de prÈcaritÈ. Les maigres possibilitÈs sociales, par rapport ‡ líexigence díune rapide productivitÈ imposÈe par la situation, poussent alors vers des activitÈs qui se rÈalisent dans líinformel (petit commerce de rue, parking abusif, nettoyage des pare brises aux feux) et qui tÙt finissent dans quelques cas par empiÈter dans líillicite. La comparaison avec les compatriotes Ètait dÈj‡ active avant le dÈpart, mais elle devient maintenant encore plus marquÈe dans la compÈtition morale entre celui qui est plus habile ‡ gagner et ‡ envoyer de líargent. La marque de la valeur personnelle síÈcarte progressivement díune force de caractËre qui síexprime dans la rÈsistance et dans le tempÈrament vers une

capacitÈ qui se mesure en terme de gain : cíest ‡ ce moment que le fl˚ss, líargent, prend le dessus et devient líunitÈ de mesure des choses et du sens de soi.

La possibilitÈ díÈchapper aux tensions de la rÈalitÈ se trouve ainsi rÈalisÈe par le passage progressif ‡ ce qui est harm (´ illicite ª), souvent mis en pratique en adhÈrant ‡ la proposition díun compatriote qui propose la vente de stupÈfiants en tant que stratÈgie de gain rapide et efficace. Avec les activitÈs micro criminelles, líargent afflue rapidement, mais sa possession est vÈcue avec une profonde ambiguÔtÈ, parce quíillicite, et dans le fond dÈpourvue de perspectives. Le vide qui síaccompagne au sens de suspension et ‡ líabsence díalternatives peut Ítre comblÈ par la consommation des mÍme substances vendues ou par le frÈquent abus díalcool, puissante stratÈgie de líoubli. Cíest sous son effet quíil peut arriver de se laisser aller ‡ líimpulsion de síapproprier de ce bien-Ítre qui est tout autour, si proche, mais barrÈ, et dans le fond impossible atteindre autrement.

Mineurs marocains et circuit pÈnal

La prÈpondÈrance des mineurs marocains dÈnoncÈs pour dÈlits est confirmÈ par les donnÈes du DÈpartement de Justice pour les Mineurs, desquels il ressort une croissance du phÈnomËne du 2001 au 2003 (tableau 9), pÈriode pendant laquelle les marocains ont constituÈ le deuxiËme groupe díÈtrangers le plus dÈnoncÈs.

Tableau 9: Mineurs marocains dÈnoncÈs, annÈes 2001-2003

 

GarÁons

Filles

Tot.

2001

1.657

49

1.706

2002

1.759

63

1.822

2003

2.154

52

2.206

2004

n.d.

n.d.

2.052

Source: DÈpartement de la Justice des Mineurs, 2007

Dans líannÈe 2004 les plaintes font allusion le plus souvent ‡ des dÈlits contre le patrimoine, presque la moitiÈ du total des 2.052 dÈlits, dont la plupart pour vol (560, dont 20 filles). Ils sont suivis par des infractions associÈes au trafic de stupÈfiants (366 cas, dont 4 filles), recel (186), faussetÈ en actes et personnes (faux document et fausse identitÈ, qui impliquent 149 mineurs), rapine (145) et lÈsion volontaire

(141).

Si le pourcentage sur le nombre total de plaintes sur mineurs est encore relativement bas (entre 5 et 6 % dans la pÈriode considÈrÈe), la prÈsence dans les instituts de dÈtention síavËre dÈcidÈment plus significative. Celui-ci constitue le vrai indicateur de la condition sociale plus gÈnÈrale (Dal Lago, 2001; Wacquant, 1999; Wacquant, 2002) : le manque de ressources familiales et sociales díappui ne permet pas au mineur marocains de disposer de celles mesures alternatives ‡ la dÈtention qui síoffrent pour les italiens et pour les mineur díautres nationalitÈs, en provoquant une sur-reprÈsentation díeux dans les instituts pÈnitentiaires. Dans la pÈriode 2001-2006, la prÈsence moyenne journaliËre dans les instituts pour mineurs est entre 71 et 58 cas chaque jour, presque exclusivement des garÁons, constituant le 14% en moyenne de tous les mineurs dÈtenus (avec un chiffre en dÈcroissance avec le temps).

Les donnÈes relatives aux mineures marocains qui ont sÈjournÈ dans les Centres de Premier Accueil (CPA) en 2006 sont de grand intÈrÍt. A partir de ceux-ci, il est possible de mettre en Èvidence la ville de naissance et la ville italienne dans laquelle le dÈlit a ÈtÈ commis. Le total des jeunes marocaines entrÈs dans les CPA est de 288 unitÈs, dont seulement 156 de provenance Ètablie. La ville italienne o˘ la concentration díinfractions est la plus importante est Milan avec 39 cas, dont 14 enfants provenant de Beni Mellal, 10 de Casablanca, 4 de Oued Zem et 3 de Ouled Youcef (province de Beni Mellal) : ces donnÈes confirment de ce fait la relation particuliËrement significative entre la province de Beni Mellal et celle de Milan. La deuxiËme ville pour admissions dans les CPA est Turin avec 30 dÈlits, dont la grande majoritÈ commises par des jeunes provenant de Casablanca (23 cas), avec seulement 2 cas de Khouribga (deuxiËme province par ordre de prÈsences) et 1 cas pour Beni Mellal, Loulad, Marrakech, Ouled Brahim et Rabat. Aux deux premiers chefs- lieux suivent GÍnes et Florence avec 19 prÈsences chacune (avec des provenances amplement diversifiÈes, entre lesquelles 4 cas de Krakra et 3 de Meknes ‡ GÍnes et 11 de Casablanca, 3 de El Kelaa et 3 de

Khouribga ‡ Florence). La cinquiËme ville italienne est reprÈsentÈe par Bologne, avec 7 enfants en provenance de Casablanca et 1 de Khouribga. De ces donnÈes, on observe que les jeunes en provenance de Casablanca sont ceux majoritairement reprÈsentÈs dans les CPA avec 64 cas au total, suivi par la province de Beni Mellal avec 22 cas et la province de Khouribga dans son ensemble avec 19 cas. La quatriËme localitÈ par provenance est reprÈsentÈe par Krakra, avec des prÈsences surtout dans la province de GÍnes.

Ces donnÈes, quoique loin de líexhaustivitÈ, permettent de confirmer, mÍme si partiellement, certaines des lignes supposÈes pour líÈmigration des mineurs entre le Maroc et líItalie: on observe une prÈsence considÈrable de jeunes de Casablanca surtout ‡ Turin, puis ‡ Milan, Florence et Bologne, alors que les jeunes de Beni Mellal, comme dÈj‡ observÈ, se trouvent principalement ‡ Milan. Les jeunes migrants en provenance de Khouribga, semblent concentrÈs surtout ‡ Turin, mÍme si la donnÈe est pas reprÈsentÈe par le pourcentage relatif ‡ la dÈviance (seulement 2 cas ‡ Turin, et 4 et 3 respectivement entre Rome et Florence), quoique, le rappelons, il síagit de donnÈes trËs influencÈes par le maigre nombre de cas identifiÈs. Les autres localitÈs de provenance sont reprÈsentÈes en maniËre variable et en proportions nÈgligeables.

Un approfondissement Khouribga: notes sur dÈmographie et territoire

Khouribga est le chef-lieu díune rÈgion de 4.250 km 2 qui regroupe 5 communautÈs urbaines (Kouribga, Hattane, Oued Zem, Boujniba e Bejaad) et 26 communes rurales. Des chiffres du dernier recensement (Haut Commissariat au Plan, 2004) il rÈsulte que la population de la province est ÈvaluÈe ‡ moins díun demi million díhabitants, prÈcisÈment 496.734 unitÈs, dont 51,8% de sexe fÈminin. Le pourcentage des jeunes est considÈrable : le 31,1% de la population a moins de 14 ans, alors que presque le 40% est constituÈ de mineurs (195.648 unitÈs, dont le 50,7% de sexe masculin). La rÈpartition des mineurs par classe díge est reprÈsentÈe dans le Tableau 10, alors que la donnÈe plus analytique entre 15 et 18 ans est reportÈe dans le Tableau 11.

 

Tableau 10: RÈpartition des mineurs par tranche dí‚ge

 
 

Age

GarÁons

Filles

Total

0-4

24.654

24,8%

23.771

24,7%

48.425

24,8%

5-9

26.420

26,6%

25.081

26,0%

51.501

26,3%

10-14

27.781

28,0%

25.081

26,0%

54.553

27,9%

15-18

20.405

20,6%

20.764

21,5%

41.169

21,0%

Total

99.260

50,7%

96.388

49,3%

195.648

100,0%

Source: CERED, Maroc, Elaboration des donnÈes du recensement, Avril 2007

 
Mineurs dans la province de Khouribga: rÈpartition par tranche d'‚ge 30.000 25.000 20.000 Maschi 15.000
Mineurs dans la province de Khouribga: rÈpartition par
tranche d'‚ge
30.000
25.000
20.000
Maschi
15.000
Femmine
10.000
5.000
0
0-4
5-9
10-14
15-18

Tableau 11: mineurs ‡ Khouribga entre 15 et 18 ans

Age

GarÁons

Filles

Total

15

5.300

5.271

10.571

16

5.154

5.197

10.350

17

5.023

5.149

10.172

18

4.928

5.148

10.076

Total

41.169

Source: CERED, Rabat, Elaboration des donnÈes du recensement, Avril 2007

La donnÈe concernant les mariages reflËte le jeune ‚ge de la population (44,7% des hommes et 31,2% des femmes ne sont pas mariÈs), mais il faut relever que la moyenne díage au premier mariage est dÈcidÈment diffÈrenciÈe par genre (31,4 ans pour les hommes et 25,8 ans pour les femmes). MÍme les pourcentages relatifs ‡ líanalphabÈtisme sont caractÈrisÈs par la dimension du genre, de líordre du 27,1% pour les hommes et atteignant le 40,2% pour les femmes, alors que pour les Ètudes supÈrieurs (universitaires) la donnÈe síaligne pour les deux sexes sur des bas pourcentages, respectivement de líordre du 5,7 et du 3,2%.

La province de Khouribga se distingue dans la rÈgion de Chaouia-Ouardigha ‡ laquelle elle appartient, par un taux díurbanisation assez ÈlevÈ (65,6%) en comparaison avec les autres provinces (Settat et ben Slimane), et par la densitÈ de sa population qui Èquivaut ‡ 116 habitants/km 2 (‡ Settat et Ben Slimane sont respectivement 75 et 95, alors que la moyenne nationale est de 74.4 habitants/km 2 ). Les familles sont au nombre de 95.643, composÈes en moyenne de 5,2 personnes, avec un taux de fÈconditÈ Ègal ‡ 2.4 enfants par femme, ‡ peine en dessous de la moyenne nationale (2,68), mais en dessus des autres provinces de la rÈgion (MinistËre de líAmÈnagement du Territoire, de líEau et de líEnvironnement 2004).

Líeffectif de la population urbaine a ÈtÈ en progressive croissance dans toute la rÈgion, mais, comme Áa a ÈtÈ signalÈ, avec une nette prÈpondÈrance pour la province de Khouribga, o˘ ‡ cÙtÈ de la croissance dÈmographique naturelle est venu síajouter le rÈsultat de la migration rurale. En ce sens, un grand nombre de communes rurales de la province sont confrontÈs ‡ une dÈcroissance dÈmographique qui des fois atteint des pourcentages ÈlevÈs. Des 26 communes rurales, 20 communes ont vu le nombre de leur habitants dÈcroÓtre du 1994 au 2004, avec une dÈcroissance moyenne de 1,4%. Par contre, la population urbaine a diminuÈ seulement dans le cas de la municipalitÈ de Hattane (-0,9%), alors quíelle a augmentÈ en moyenne de 1,1% dans les autres centres urbains (la ville de Khouribga a augmentÈ de 0,9%) (Haut Commissariat au Plan,

2004).

Le 6,2% de la population provinciale vit dans des habitations considÈrÈes ìsommairesî (concentrÈes par la majoritÈ des cas dans les villes), alors que les deux tiers du total des habitations est sans salle de bain et le tiers sans eau potable (Haut Commissariat au Plan, 2004). Selon les rÈsultats díune enquÍte sur líhabitat rÈalisÈe en 2002, ‡ Khouribga 1.381 personnes vivent dans des baraques et 11.839 (53% de toute la rÈgion) habitent des quartiers dÈpourvus des infrastructures nÈcessaires (MinistËre de líAmÈnagement du Territoire, de líEau et de líEnvironnement 2004).

La population totale considÈrÈe ìactiveî (15-59 ans) est composÈe de 169.489 unitÈs. Laissant líexploration dÈtaillÈe des potentialitÈs du marchÈ du travail ‡ un approfondissement ultÈrieur, nous citerons exclusivement les donnÈes disponibles pour quelques unes des aires productives du territoire: industrie, commerce et services. En lían 2001, on enregistre dans toute la rÈgion de Chaouia-Ouardigha presque 300 entreprises, qui rÈalisent le 4% de la production nationale et emploient 13.892 personnes. Líindustrie agro- alimentaire est prÈpondÈrante (31%), suivie de líindustrie chimique (30%) et de celle du secteur mÈtallurgique et mÈcanique (22%). Le travail du cuir et les entreprises du secteur Èlectrique et Èlectronique reprÈsentent respectivement le 12 et le 5% (MinistËre de líAmÈnagement du Territoire, de líEau et de líEnvironnement 2004). Toutefois, la plupart de la main díúuvre est absorbÈe par la province de Settat, qui couvre en 2001, le 84% des postes de travail. Nous renvoyons ‡ une Ètude plus approfondie pour líÈvaluation des potentialitÈs des industries miniËres, importantes surtout pour la province de Khouribga.

La forme prÈdominante des activitÈs commerciales est liÈe ‡ la prÈsence de petites rÈalitÈs peu spÈcialisÈes dans les contextes urbains, avec presque 450 commerces qui emploient au total 1.500 travailleurs. Le souk hebdomadaire reprÈsente un contexte important pour les Èchanges commerciaux dans certaines zones, en particuliers dans les aires rurales. Il est par contre líartisanat qui semble reprÈsenter une des ressources spÈcifiques de la province, avec 47% des Ètablissements de la rÈgion.

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