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COURS SUR L’HISTOIRE DES IDEES POLITIQUES

OBJECTIF GENERAL DU COURS:

Etre capables de comprendre le rôle qu'a joué l'influence des idées politiques au cours des
grandes civilisations jusqu'à nos jours.

INTRODUCTION GENERALE

L’histoire des idées politiques et une discipline de droit public dont le but essentiel est d’étudier
le niveau politico-intellectuel des idées ou pensées émises au cours de la grande marche de
l’humanité.

L’étude de l’histoire permet à l’étudiant:

 de relever le degré de complexité de l’émergence des concepts politique que les différents
auteurs et penseurs politique élaborent en matière d’organisation du pouvoir.
 De connaître l’histoire de cette pensée, ses origines, ses développement, son évolution à
travers les âges.
 D’acquérir une culture générale tout en lui permettant de comprendre et de situer les
auteurs et leur pensée politique dans le temps et dans l’espace.

Ceci nous amène à se poser la question suivante: « Qu’est-ce que la pensée politique »?

 D’après J.J. Chevalier, la pensée politique est l’une des formes du travail de l’esprit sur la
condition de l’homme en société qui a si puissamment contribué à forger les civilisations.

La pensée politique coordonne, enchaîne les représentations ou idées que l’esprit n’a pu se faire
du phénomène capital qui se dénomme pouvoir et qui est qualifié de politique. Il faut
comprendre qu’il existe diverses formes de pouvoir, mais quand on utilise le mot pouvoir, on se
réfère automatiquement à la politique. D’une autre manière on se réfère au gouvernement de la
Cité qui signifie en grec la POLIS.

En effet, il est impensable d’analyser et plus encore de comprendre la vraie dénomination du


mot « pouvoir » du mot «  politique », sans pénétrer profondément dans les grandes études
politique des différents auteurs qui se sont succédés depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Pour mieux comprendre l’étude de l’histoire des idées politiques, il faut se poser des questions
suivantes :

 Pourquoi il y a différentiation entre les gouvernements et les gouvernés ?


 Que signifie la notion de gouvernement entendue au sens plus large ?
 Quelles sont les valeurs qui légitiment l’obéissance des gouvernés aux gouvernants ?

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 Qu’est-ce que veut dire l’obligation politique ?
 Pourquoi seuls les gouvernants détiennent –ils le monopole de la coercition ?
 Pourquoi le pouvoir est-il qualifié de souveraineté ?
 Quelles sont les diverses formes de gouvernements ? quelle est leur valeur ?
 Est –ce qu’il y a une forme idéale du pouvoir ?

Voilà les vrais problèmes que pose la matière de ‘l’histoire de la pensée politique. Il s’agit en fait
du phénomène du pouvoir qui nous parait inséparable du phénomène politique. Ceci est d’autant
plus utile que ces phénomènes sont d’activité. On croit savoir le pouvoir, on croit savoir le
politique, mais en fait on ne connait rien de ces deux phénomènes sans les avoir étudiés depuis
leur origine jusqu’à nos jours.

Ces phénomène sont épineux et difficiles (et semblent impossibles à résoudre d’une façon
décisive. Il ne faut pas oublier que ces deux phénomènes ont obligé dans le passé et obligeant
toujours l’esprit humain à confronter, aménager, balancer, équilibrer les forces en présence.

La pensée politique a une histoire dans une histoire générale. Il ne s’agit pas d’une histoire
comme celle que nous connaissons tous, qui est une histoire de narration, plutôt une histoire
riche de son contenu intellectuelle et porteuse de conséquences directes ou indirectes sur la
conduite de la civilisation humaine.

Cette histoire comporte des origines lointaines et obscures suivant les grandes civilisations
millénaires d’Asie et d’Egypte. C’est une période très importante mais nous avons jugé utile de
ne pas l’étudier. Ce qu’il faut analyser et d’une manière approfondie c’est la période de la cité
grecque.

Pourquoi ? Parce que selon tous les doctrinaires de la science politique, il semble que la pensée
politique n’a véritablement commencée, que dans le cadre de la Cité- Etat de la Grèce antique. Il
s’agit vraiment d’un cadre singulièrement favorable à l’application de la faculté rationnelle aux
problèmes du pouvoir et donc du politique.

Ensuite c’est dans le cadre immense des Empires à vocation universelle que la pensée politique
va se poursuivre. Empires qui, Alexandre à Constantin en passant par le Christianisme rapports
délicats de César et de Dieu, puis de Charlemagne aux adversaires redoubles de la papauté,
devraient paraître et disparaitre pour donner la place à des sociétés nationales particulières
appelées Etat- Nations avides de souveraineté.

Dans ce cadre nouveau va se déployer avec instance et une vigueur vivaces, la pensée politique
qui va se diversifier davantage et s’enrichir constamment.

Par conséquent, l’histoire de cette pensée va inspirer des œuvres grandioses d’acquérir une place
de premier plan dans la littérature politique universelle. Nous pensons à Machiavel, à Bodin, à
Hobbes, à Locke, à Montesquieu et Rousseau.

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Ainsi donc notre cours va s’articuler autour de ces idées citées ci-dessus.

Dans un premier temps nous allons attaquer la période gréco- romaine, ensuite nous allons
passer à l’époque de la renaissance pour enfin aborder l’apogée de l’Etat- Nation monarchique et
son évolution.

Ière partie : LES ORIGINES DE LA PENSEE POLITIQUE


Les Grecs ne connaissent pas comme plus tard les Romains la notion d’état unitaire, il n’y a
donc pas d’institutions des idées politiques étatiques, ils connaissent uniquement la cité, ce
qu’ils appellent la « polis»
 Chez les Grecs, la cité est à la fois une structure politique et sociale mais aussi
une entité religieuse.
C’est ce que l’on appelle le monisme antique c'est-à-dire que les habitants d’une cité sont
également membres d’une communauté religieuse.
Chaque cité à ses dieux tutélaires. Ainsi Socrate a été condamné à mort car il avait bafoué les
Dieux de la Cité d’Athènes; il y a donc toujours confusion entre le politique et le religieux.
Toutes les cités Grecques, romaines et antiques connaissent ce phénomène.
 L’autre point commun entre les cités est leur mode d’apparition :
 Le Synœcisme, ce sont des rassemblements de tribus qui font émerger la cité.
Cela peut avoir une incidence sur le Droit car le synœcisme produit une rationalisation juridique
en faisant apparaître un droit commun (c’est une des origines par exemple du Droit Romain).

Nous allons essayer de démontrer les sources premières de la pensée politique telle qu’elle a été
édifiée au cours des milliers d’années. Ainsi il sera nécessaire de voir l’évolution des idées
politiques avant PLATON pour étudier ensuite la rénovation de ces idées.

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CHAPITRE I. AVANT PLATON

Il s’agit de voir les différentes formes de gouvernement, l’apport des ioniens (= une des grandes
tribus d’Athènes) et des sophistes et en enfin la réaction socratique.

I.I. Le dialogue sur les formes de gouvernement

C’est à l’époque d’Homère que la réflexion tirait son plein propos des mérites de la monarchie,
d’aristocratie de la démocratie ou la forme mixte. La monarchie patriarcale différait
profondément de la monarchie de type oriental.

Tyrtée le poète de SPARTE (=hommes semés de la mythologie grecque sortis toutes armes du
sol), exalte au nom d’Apollon une forme mixte comportant deux Rois, un conseil des anciens et
des sages du commun.

Athènes, poursuivait avec SOLON (en grec signifie ancien, né en -640 Av. J-C, homme d’Etat,
législateur et poète), le chemin qui ferait d’elle le types de la cité démocratique. Des modérés
athéniens de tendance oligarchique louèrent Solon en tant que père de la constitution  « des
ancêtres » un sage mélange d’éléments opposés mais complémentaire. Les démocrates voyèrent
en lui le père de la démocratie péricléenne.

I.2. L’opinion de quelques pensées.

a) OTANES dénonce le pouvoir d’un seul, la monarchie, et prône celui des plus nombreux, de la
démocratie. Dans le cadre de la monarchie, le chef unique est libre de tout sans rendre des
comptes. Il peut être facilement corrompu. Il bouleverse les coutumes ancestrales, il tue sans
jugement et fait violences aux femmes. OTANES se pose la question comment dans ce cas ne
pas préférer le gouvernement du peuple? Ce gouvernement porte le nom démocratie. C’est-à-
dire égalité devant la loi. Les magistrats sont choisis par le tirage au sort et ils doivent rendre
compte de l’exercice de leurs autorités. Toutes les décisions sont soumises à l’ensemble des
citoyens.

b) Quant à Mégabyse, il est contre le pouvoir d’un seul mais il n’est pas en faveur du pouvoir du
peuple. Il préfère le tyran qui agit en connaissance de causes à plusieurs hommes qui ne sont bon
à rien faire. Cette multitude de personnes ne sait rien, elle se précipite dans les affaires sans
réflexions préalables. C’est pour cette raison que Mégabyse opte pour le gouvernement de
quelques-uns « les meilleurs » seuls capables de bien conseiller.

C) DARIUS

Il repousse aussi le pouvoir des prétendus « meilleurs » que celui du peuple, pour prôner celui
d’un seul. Darius douée d’une logique habile place, au début, les trois formes de gouvernement
sur le même plan. Ainsi il compare la Démocratie aussi bonne que possible à l’oligarchie et à la
monarchie. Il faut souligner que chacune d’elles est susceptible de dévier. La comparaison ne

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peut pas faire démontrer la supériorité du chef unique lorsqu’il est bon. «Ayant des pensées à sa
mesure, il peut exer cer sur le peuple une tutelle irrépréhensible et c’est avec lui que peuvent le
mieux être tenues secrètes les décisions qui visent les ennemis »

Il s’agit-là d’une argumentation qui est renforcée par une vision ingénieuse sur la succession
inévitable des régimes politiques.

Il est inévitable que l’oligarchie (= gouvernement d’un petit nombre) périt à la suite des
discordes internes, car chacun veut dominer ses rivaux jusqu’au meurtre: de meurtre en meurtre,
la monarchie va s’imposer ce qui montre combien ce régime est meilleur. La démocratie
développe la méchanceté d’où des complots peuvent être tramés pour arriver au pouvoir et donc
c’est la ruine de la chose publique.

II. PERICLES

Thucydide est nommé le Maître de l’histoire. Pour lui, Athènes au temps de Périclès n’a de
démocratie que le nom car en fait, elle est « le gouvernement du premier citoyen ». Thucydide a
transmis aux générations futures une apologie du gouvernement du peuple par le peuple sous la
forme du mémorable discours funèbre sur les premiers morts de la guerre de Péloponnèse
qu’il place dans la bouche de Périclès.

Thucydide fait honneur au régime politique « notre constitution, dit-il. N’a rien à éviter aux
lois qui régissent nos voisins, loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre.»

Recherchant l’intérêt du plus grand nombre et laissant la minorité à côté, le régime politique perd
le nom de démocratie. Il repose sur l’égalité et la liberté. Une égalité au niveau de la
participation aux affaires publiques. Il cherche la qualité de la personne. Si cette personne est
capable, elle doit servir la cité.

Concernant la liberté, elle doit se manifester dans les relations privées. Il doit y avoir absence de
contrainte, absence de suspicion, absence d’intolérance.

 Donc sur le plan politique, il y a participation consentie de chacun au gouvernement de


la cité.

La liberté au sens privé s’exerce en respectant les magistrats et les lois: entre autres les lois qui
assurent la défense des opprimés.

La liberté au sens politique n’est pas une simple manière d’agir.

L’exercice effectif de cette liberté est moralement obligatoire. A cet égard les Athéniens
considèrent celui qui se désintéresse des affaires de la cité comme un inutile, comme un oisif qui
n’a pas d’ambition. Il est indigne d’être appelé citoyen.

Périclès fait une distinction nette entre Athènes la démocratie et Sparte l’Oligarchique.

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A ce sujet, il nous signale que par exemple Sparte assujettit ses jeunes à un entraînement pénible
dès leur enfance pour les dresser au courage civil. Elle prépare minutieusement la guerre, elle
voit des espions et prend toutes sortes de précautions. Elle se prive des loisirs, et méprises la
parole. Par contre Athènes se trouve ouverte à tous, improvise, se fie à la valeur naturelle des
siens. Ils sauront bien au moment de l’action, à l’heure du danger, tenir tête à leurs adversaires.
Elle se fait gloire dans la joie et l’abondance, elle donne une importance particulière à la parole.

Résumé le problème posé pour les Athéniens, ce n’était pas celui de rechercher une constitution
idéale, mais une cité-Etat en tant que groupement humain. Quel est alors le comportement des
individus vis-à-vis d’elle ?

III. LES SOPHISTES.

Les sophistes sont des professeurs libres et itinérants faisant métier d’enseigner l’art de parler et
de réussir dans la vie sociale à une clientèle de jeunes grecs riches d’une forme pratique de
sagesse.

Etrangers à Athènes, ils tenaient la cité athénienne et ses institutions pour un fait acquis.
C’étaient de francs-tireurs. L’influence que pourraient avoir sur les fidélités traditionnelles
devaient leurs donner une place appréciable dans l’histoire de l’esprit et provoquer la réaction
socratique avec ses suites.

III. 1. Les sophistes modérés

Protagoras (500 à 420), prince des sophistes, expert en dialectique surtout connu par sa fameuse
affirmation: l’homme mesure de toutes choses. Il s’agit d’une affirmation trop souvent
interprétée comme celle d’un subjectivisme total, selon lequel chaque individu se ferait sa propre
règle du bien et du mal. Il s’agit d’un subjectivisme total.

Mais le « mythe de protagoras » va dans un autre sens. Il insiste sur la nécessite vitale, pour les
hommes assemblés, de posséder l’art politique, c’est à dire celui de vivre dans les citées, art qui
suppose le double sentiment du droit et de l’honneur. Ce beau mythe traduit le sens social le
plus robuste en même temps qu’une acceptation non équivoque du postulat démocratique, cher à
Périclès dont Protagoras était l’ami. Le sage voulait affirmer la valeur du jugement de l’homme
en général. De l’homme normal. Membre de la Cité et dote du sens commun.

Giorgias évita les problèmes de morale et de politique. Il a rejeté radicalement le genre de


recherches si cher aux Milésiens, étant donné son scepticisme général sur la possibilité d’un
savoir scientifique qui allait au fond des choses. La prétention de prouver scientifiquement était

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assez vaine. Il fallait persuader. D’où l’utilité de rhétorique sur les juges que les assemblées
politiques.

III.2. Les sophistes radicaux

Les sophistes dits radicaux vont être plus ou moins franchement subjectifs. Ils vont se détacher
de la vieille orthodoxie, qui voyait dans la cité un don des dieux, conforme à la nature de
l’homme et être moral aspirant :

- à vivre selon le bien ;


- à un Ordre ;
- à une loi en lui-même et dans le monde.

Ils vont avoir en l’homme une force égoïste s’exerçant dans le sens de son égoïsme et à laquelle
ce qui est naturel, c’est l’affirmation du Moi. Ils vont considérer la Cité comme un moyen
artificiel inventer par les individus a l’effet de se garantir mutuellement, aux moindres frais, par
une sortes de contrant tacite, les droits de leur nature, et d’abord la sécurité de leur moi, le
pouvoir n’étant rien de plus qu’un fait de pure force, subordonné dans son exercice à l’intérêt de
ceux qui auront à s’en saisir.

Pour ces nouveaux sophistes, la cité est un moyen, tout artificiel toujours utilisé par les faibles
pour frustrer les forts.

Thrasymaque enseigne que la justice n’est rien que ce qui profite au plus fort et que tout
gouvernement, détenteur par l’hypothèse de la plus grande force dans la Cité, établit des lois
selon son propre intérêt :

 La démocratie des lois démocratiques ;


 La tyrannie des lois tyranniques ;
 Les autres régimes de même.

Il n’y aurait donc pas de droit en soi, scientifiquement connaissable et valable de tout temps.

CALLICLES est jeune homme aristocrate athénien, élève du célèbre professeur de rhétorique qui
donne son nom au dialogue. Il proclame le droit naturel des plus forts « ceux qui valent
davantage  », sont les meilleurs.

CALLICLES en brisant les idoles traditionnelles entend leur substituer, une nouvelle conception
de la vie, une nouvelle morale, une morale supérieure, Il entend faire une révolution éthique.

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III. 3. LA REACTION DES SOCRATES

Un athénien étrange et génial doit avoir les menaces suspendues sur sa patrie et croit saisir la
nature du mal. Réagir s’impose à lui comme un devoir quasi religieux. Et il réagit. On le prend
volontier pour un sophiste qui enseigne gratuitement par sa méthode à lui. C’est Socrate, type
inédit du sage antique.

Pour Socrate, le gouvernement doit connaître son art à fond.

Socrate critique le choix des magistrats par tirage au sort que livre la question de la compétence
au hasard. Il admet difficilement la souveraineté d’une assemblée du peuple ou « cordonniers,
foulons, maçons, colporteurs, et brocanteurs », qui n’ont jamais réfléchi au sens de la politique,
règnent de par la loi de la majorité. Il oppose au gouvernement par amateur celui d’une
aristocratie de l’intelligence qui serait en un temps celle de l’excellence morale de la vertu. La
connaissance est une vertu comme la vertu est une connaissance.

Socrate a réfuté la thèse de thrasymaque sur le gouvernement qui fait les lois dans son propre
intérêt. Le gouvernement digne de ce nom n’a en vue que le plus grand bien des gouvernés. Les
gouvernés sont la matière de son art difficile.

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CHAPITRE II. LES IDEOLOGIES PAIENNES DU POUVOIR.

La Grèce classique exerce sur la pensée occidentale moderne une influence capitale. C’est son
origine théorique, son berceau historique, son modèle culturel et son premier moteur. La
philosophie politique en particulier s’adonne à ce jeu de la reconnaissance en paternité, avec des
sentiments divers, pour ne point dire opposés.

Si l’on tient à porter un jugement, il importe d’analyser d’abord dans quelles conditions
politiques et dans quel contexte idéologique s’affirment les grands philosophes tels que,
ARISTOTE, PLATON , XENOPHON ,CICERON, etc..

1. LES PHILOSOPHES GRECS.

Il s’agit de traiter, Platon, Xenophon et Aristore dans le premier paragraphe. Dans un second
nous allons voir CICERON.

1.1 PLATON

Il appartient dans une famille d’Athènes de tendance libérale. Son origine lui permettait de
prendre part aux affaires publiques. Mais le régime de TRENTE qui émerge après la défaite
d’Athènes détruit ses illutions. Le retour au bout de quelques mois de la démocratie lui rend
l’espoir. Mais Socrate est condamné à mort et cela porte un coup dur à ce jeune Platon pour
qui Socrate est le plus juste homme de son temps. Sa vocation politique semble n’y pas
résister. A mesure qu’il avance en âge, la difficulté de bien administrer les affaires de la cité
l’obsède. Il se posait constamment la question s’il y a avait la possibilité d’améliorer la
situation. Enfin, il arrive à la conclusion suivante: il faut être philosophe pour pouvoir
guérir les maux de la société.
A l’âge de 40 ans, il compose la République pour servir la philosophie seule capable de
guérir les cités malades et le genre humain malade.
Platon n’est venu à la philosophie que par la politique.

A. La République

En écrivant la République, Platon veut présenter la constitution parfaite, démontrer ce que c’est
la justice et surtout comment doit se comporter une cité-Etat ou s’exprimerait l’idée du bien.

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1. Les principes de la République

La République doit se baser sur la justice et l’éducation

 La justice

-Pour thrasymaque la justice est l’intérêt du plus fort

-Pour Glouton la justice est un compromis qui résulte d’un contrat.

 Platon réfute les deux thèses.

Il part d’un postulat réel à savoir la justice d’abord dans la cité et ce n’est qu’ensuite qu’il
s’attaque à la justice chez les individus.

Il convient de s’imaginer la formation d’une cité pour avoir naître la justice au même temps que
son contraire l’injustice.

La formation d’une cité s’explique par le fait que l’individu est impuissant à se suffire lui-même
outre le besoin qu’il a des autres individus. Donc, la différence des aptitudes individuelles et la
division du travail sont le fondement de la Première Cité. Cette cité constitue un modèle heureux
de justice élémentaire. C’est une vraie cité de nature, saine et simple. Cette cité doit faire la
guerre pour s’agrandir et nourrir tous ses membres. D’où un nouveau métier celui de soldat, de
gardien de la cité.

Mais le métier qui manque encore c’est celui de gouvernants qui doivent être de Gardiens
parfaits distingués de simples et singuliers guerriers.

Platon exige de ses gouvernements qu’ils soient à la hauteur de leur responsabilité élevée.

Aussi à la valeur militaire, ils doivent joindre la connaissance excellente de la philosophie.


Qu’est-ce que le philosophe  ? C’est celui qui sait, qui possède la science ou le savoir
fondamental qui est celui du bien.

- Le philosophe a dans l’âme un modèle lumineux, l’idée du bien.


- Le philosophe doit venir en aide à ses frères prisonniers dans la caverne pour les libérer des
vaines apparences et les amener à la lumière de la connaissance, à celle de l’idée du bien.

La cité repose sur la hiérarchie sociale de haut en bas :

 les philosophes rois ou gardiens parfaits ;


 les simples auxiliaires ou défenseurs ;
 enfin les laboureurs, artisans, commerçants qui composent la classe économique ou
professionnelle.

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Il s’agir dans ce cas d’une hiérarchie rigoureuse, la classe économique est inférieur, l’autre
classe des gardiens, guerriers et gouvernante est évidemment supérieure. Chacune de ces classes
se caractérise par une vertu propre :

- Celle des philosophes Rois est la raison ou science du bien ;


- Celle des guerriers sa vertu est le courage.

La classe économique est caractérisée par les appétits et les désirs (manipulations de l’instinct
aveugle et nécessaire qui la mène)

Qu’est-ce que la justice dans ce tout social qui forme la cité ?

 La justice c’est le respect de la hiérarchie sociale et fonctionnelle qu’on vient de décrire.


Chacun fait dans la cité la fonction qui lui convient et qui est conforme à ses aptitudes.
Ces aptitudes sont fortifiées par l’éducation. L’injustice est la violation de la hiérarchie
et de la spécialisation.
 La justice chez l’individu est l’accord hiérarchisée, l’harmonie de trois parties de l’âme
individuelle: Raison-reine, courage, appétit ou turbulent désir dont le désaccord fait
l’injustice.

L’individu est juste comme l’est la cité: Cette dernière ne peut l’être juste que si les individus qui
la composent le sont aussi.

 L’éducation

La théorie platonicienne de l’éducation au service de celle de la justice lie le souci de


l’épanouissement individuel à celui de l’efficacité sociale.

Eduquer c’est tourner l’œil intérieur de l’élève, c’est-à-dire sa faculté d’apprendre ; c’est-à-dire
cette force active que son esprit constitue, dans la direction convenable pour qu’il réagisse le
mieux possible aux données de l’expérience.

Dans l’âge mur c’est la faculté d’illumination qui émerge et se développe. Elle doit être orientée
vers le but ultime : L’idée du bien.

La formation des auxiliaires comporte l’éducation du corps par la gymnastique et celle de l’âme
par l’âme par la musique, pour adoucir sa brutalité en lui donnant le goût du beau sans amollir le
courage qui est sa vertu spécifique.

Après 20 ans commence la formation des gardiens parfaits ou philosophes-rois, sélectionnés


parmi les auxiliaires. Elle ne s’achève qu’à l’âge de 50 ans. De 20 à 30 ans, les élus étudieront
les mathématiques (géométrie) ainsi l’astronomie et l’harmonie, toutes sciences qui permettent

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de voir plus facilement l’idée du bien. Mais qui ne sont que préparations à la dialectique, dont
l’étude sera réservée de 30 à 50 ans, à ceux qui le sort les ont tirés au hasard.

Les dialecticiens retenus doivent passer un stage de 15 ans dans la caverne qui est le dernier
barrage pour être admis à 50 ans dans la carrière de philosophes - rois ou gardiens parfaits. Ils
assumeront le gouvernement.

Ces gouvernants sont aussi bien des hommes que des femmes, les aptitudes seules comptent,
non le sexe. La nature appelle les femmes à toutes les fonctions. Malgré cela, elles sont
inférieures aux hommes.

On voit comment et pourquoi le système éducatif de la République est la pierre angulaire de


tout l’édifice.

2. Le but de la République

Les deux principaux éléments (la justice et l’éducation) constituent la pièce angulaire de toute la
philosophie de Platon pour s’ouvrir à son but qui est la communauté du bien ou il n’y a ni
corruption, ni intérêt personnel.

a) Communauté ou le communisme

Il s’agit d’un double régime de communauté : celle des biens, celle des femmes et des enfants,
régime exclusivement réservé aux gardiens.

 Communauté des biens :

Les gardiens ne devant posséder ni logement ni terre sauf les Object de 1ere nécessité : Ils
recevront de la classe économique leur nourriture comme salaire de garde. Ils ne doivent pas
posséder de l’or et de l’argent. Ils en ont dans leur âme et cela doit leur suffire. Ainsi sera évitée
l’union du pouvoir d’argent avec le pouvoir politique.

Ce régime ne doit pas s’appliquer à la classe économique qui représente l’appétit et le désir.
Cette classe jouit de la propriété privée. Le système de politique y est individualiste sous le
contrôle exercé par les gouvernants. Il n’est donc question chez PLATON que d’un demi-
communisme.

 Communauté des femmes et des enfants :

Les femmes des gardiens seront « communes toutes à tous : aucune n’habitera en particulier
avec aucun d’eux ; les enfants aussi seront communs et le père ne connaîtra pas son fils ni les
filles son père ».

Rien de moins donc, que l’abolition de toute vie familiale. Platon voit dans la famille un noble
alibi à l’égoïsme anti-communautaire comme la propriété privée et l’instinct acquisitif. La

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préoccupation d’une femme et des enfants en soi est contraire à la vocation de guerrier ou de
gouvernant.

b) Perfection et corruption

Aux yeux de Platon, ce demi-communisme est réalisable ; la cité idéale est réalisable ; la cité
idéale, sa constitution parfaite ce sont des philosophes –rois qui devaient l’établir.

Cette constitution parfaite sera, au choix, monarchique ou aristocratique. Platon va interpréter la


cité selon trois types de régimes :

 La cité juste peut tourner au timocratie: gouvernement mêlé de bien et de mal ou


dominent l’ambition et l’amour des honneurs.
 Puis l’oligarchie, gouvernement des riches, prend la place de la timocratie.
 Ensuite la démocratie, gouvernement des pauvres victorieux des riches.

Pour en arriver au terme de la déchéance et au bas de l’échelle descendant à la tyrannie, cet
excès de la servitude fatalement amené par l’excès de la liberté démocratique. Le tyran est
injuste, méchant et malheureux.

L’auteur de la République sera celui des trois, la transmission étant marquée par un dialogue de
haute portée : LAPOLITIQUE

B. La politique :

Il s’agit de voir le Procès et la réhabilitation de la loi d’une part et d’autre part la constitution
imparfaite.

1. Procès et réhabilitation de la loi :

Si la loi gouverne ce n’est pas en raison de sa naissance, ni de son talent ou génie personnel,
mais de sa science. C’est-à-dire qu’il s’est rendu maître de la science royale : la science véritable.

Que ceux-là s’appuient sur les lois ou non, qu’ils soient agrées ou seulement subis, qu’ils soient
pauvres ou riches, peu importe, du moment qu’ils commandent avec compétence par quelque
forme d’autorité que ce soit.

Du moment qu’un chef est sage et bon, que son attention est toujours fixée sur le bien de la cité,
du moment qu’il gouverne utilement, il faut le laisser poser sa propre science comme loi. N’est-
ce pas un mal bien grave, une vraie calamité que de voir les hommes assembles en peuple faire la
chasse au savoir, ni la compétence et lui préférer la lettre écrite, fut-ce sous la forme de textes
fabriqués par eux à l’aveuglette.

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Avec un tel réquisitoire, un surprenant retournement dialectique qui ne conduit Platon de
l’illégalité idéale, la force imposant le bien à la légalité nécessaire.

Platon s’est heurté donc à l’irréalité de son idéal de l’unique compétente ce monasque sans
pareil qui voudrait gouverner avec vertu avec science et distribuer impartialement la justice a
tous.

2. La constitution imparfaite :

Comment choisir entre la monarchie, la tyrannie, l’oligarchie, l’aristocratie et la démocratie ?

Dans quel régime la vie est –elle moins pénible ? Ou lequel est insupportable ?

Platon répond à ces questions en proposant une classification des constitutions.

Cette classification repose sur le critère de la conformité à la non-conformité à la légalité.


Chacune des constitutions est susceptible de revêtir une forme réglée ou une forme déréglée.

C’est ainsi que le pouvoir d’un seul se dédouble en monarchie, soumise à la loi, et en tyrannie,
purement arbitraire, le gouvernement de plusieurs ou d’un petit nombre, en aristocratie et en
oligarchie, le gouvernement du plus grand nombre soit en démocratie et en oligarchie, le
gouvernement du plus grand nombre en démocratie modérée qui respecte la légalité, soit en
démocratie extrême, qui la viole. Ce qui fait en tout six formes de constitution. Toutes n’étant
que des imitations plus au moins marquées puisque nulle n’est, dans sa mise en œuvre, réglée par
la Science royale.

Mais il y a des degrés d’imperfection de ces constitutions. Ainsi le gouvernement d’un seul, étant
le plus fort pour le bien comme pour le mal, peut être considéré comme le meilleur des
gouvernements règles (monarchie) et comme le pire des déréglés. A l’inverse, le gouvernement
du plus grand nombre, faible en tout, sans grande de puissance ni pour le bien, ni pour le mal,
peut être considéré comme le plus mauvais des gouvernants règles (démocratie coudée) mais le
moins mauvais des gouvernements dérèglés (démocratie extrême).

C. Les lois

Les trois premiers livres de cet œuvre consistent une ample préface destiné à ouvrir l’esprit aux
problèmes que pose la fondation d’une cité, à la signification des constitutions et des
législations.

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II. ARISTOTE

Né à Stagire en Macédoine, fils d’un médecin, Aristote avait d’extraordinaires facultés


d’analyse et de systématisation. A dix –sept ans, il rejoint Athènes ou il fait une brillante figure à
l’Académie de Platon. Philippe de Macédoine l’appelait à sa capitale Pella, pour lui confier
l’éducation de son fils Alexandre. Il revient à Athènes, alors qu’Alexandre est devenu Roi pour
fonder le lycée qui concurrence l’Académie. Après treize années marquées par l’essor de lycée
et la fécondité de l’enseignement de son fondateur, il fuit à Charlis et meurt à l’âge de 62 ans de
maladie. Aristote laissait une œuvre prodigieuse et encyclopédique derrière lui

A. La théorie de la Communauté Politique

1. La Cité

La communauté politique polis n’est le produit de la convention arbitraire mais elle est le
couronnement naturel et nécessaire d’un développement progressif.

A la famille, première communauté constitue par la nature pour la satisfaction de besoins de


chaque jour, a succédé le village, communauté formée de plusieurs familles pour la satisfaction
des besoins qui ne sont plus uniquement quotidiens. Enfin, la communauté formée de plusieurs
villages c’est la Cité.

La Cité, elle seule possède la faculté de se suffire, elle seule possède l’indépendance
économique.

La Cité est une société parfaite. Elle est la seule à l’être.

Elle est un fait de nature, tout comme les communautés précédentes qu’elle englobe, qu’elle
élève à son niveau supérieur et dont elle est la cause finale.

Les individus s’épanouissent à l’intérieur de la cité. Ils mènent une vie nouvelle et ont une
nouvelle identité : celle des citoyens polités : membres de la polis. L’appartenance à la cité
donne à l’homme son véritable sens et lui permet de réaliser sa vraie nature.

Par essence l’homme ne peut vivre que dans la Cité. Il est un animal politique.

Cette nature humaine qui s’exprime pleinement dans la polis est une nature morale.

Si l’homme est le seul parmi tous les animaux, celui qui possède de la parole, il est aussi le seul à
avoir le sentiment du bien et du mal, celui de justice et de l’injustice et des autres morales.

15
La Cité est une association pour bien vivre, pour vivre en commun de la meilleure façon possible
aussi bien sur le plan moral que sur le plan matériel en vue de réaliser le bonheur et la vertu de
l’ensemble des associés que de chacun en particulier dans la vie parfaite et indépendante.

La Cité est un organisme moral dotée d’une conscience. Sa conscience et sa moralité ne peuvent
exister que chez ses membres.

2. L’esclavage

Il y a des esclavages par nature. Il y a celui qui commande et celui qui est commandé. Il y a le
chef et le maître et celui qui est chargé d’exécuter les ordres.

Aristote distingue les esclavages de ceux qui sont en servitudes (les biens conquis à la guerre
sont la propriété du vainqueur). Ce dernier esclavage est artificiel et conventionnel.

Cette théorie d’esclavage est fausse et fragile. Aristote l’a sentie. Il admet que la justification par
la conformité à la nature n’a pas un caractère absolu. Ainsi, il arrive que des esclaves aient des
corps d’hommes libres, nullement faits pour les gros travaux et des hommes libres des âmes
d’esclaves. Refuser aux esclavages tout raisonnement est une erreur. L’exercice abusif de
l’autorité absolue du maître est désavantageux à la fois pour celui-ci et pour l’esclave. Donc il
existe une communauté d’intérêt et l’autorité entre l’un et l’autre. Enfin il conseille de faire
entrevoir aux esclaves la liberté comme récompense.

On voit donc que si Aristote est le défenseur de l’esclavage en est en même temps le réformateur.

Quels sont alors les rapports de l’esclavage et de la liberté dans la Cité?

Il est évident que la liberté démocratique d’Athènes se maintenait en partie à l’appui de


l’esclavage. Mais dire que les esclaves faisaient les travaux du peuple, cela est erroné. Pourquoi ?
Parce que la majorité de la population de la cité était pauvre et donc n’avait les moyens d’acheter
et d’entretenir des esclaves. Ainsi la femme et les enfants faisaient le travail.

Qualifier la démocratie Grecque, en invoquant, l’esclavage, d’aristocratie de fait ou d’oligarchie


de fait, serait également, au plan social, inexact. Pensons à l’Assemblée du peuple athénien telle
que la voyait Socrate. Ce qui est vraie au plan politique, (où l’esclavage n’existait absolument
pas) le citoyen, si pauvre soit-il, est un personnage privilégié. Dans ce cas la cité pouvait
apparaître comme le monopole des privilégiés ou les esclavages et les métèques se sentaient
étrangers.

16
B. Les fondements politiques de la cité.

1. L’unité

Pour Aristote, l’unité n’a pas le même sens que celui définit par Platon. La cité a pour fin de
réduire à l’unité, la multiplicité des individus et des associations en les faisant communauté ou
société parfaite. Mais elle ne possède point par nature l’unité absolue que Platon lui attribue. Si
absolue que les propriétés, les femmes et les enfants soient communs.

La cité se compose non seulement d’une pluralité d’individus, mais également d’éléments
spécifiquement distincts et que c’est leur différenciation qui permet, entre ces éléments, des
échanges de toutes nature dont se nourrit et se fortifie le tout social. Aristote plaidait pour une
unité vraie.

De cette unité, il voit la source dans la justice et dans l’amitié qui doivent régner entre les
membres de la polis.

2. La justice et le règne de la loi

a) La justice

La justice complète. C’est la vertu parfaite, c’est la somme des vertus. Mais il s’agit de la vertu
en action au profit d’autrui. Celui qui la possède se sent tenu d’accomplir des actions utiles aux
autres gouvernants ou simples membres de la cité. Il s’agit là d’une tâche difficile.

La justice a aussi un sens plus restreint dans le cadre de la cité, association d’hommes égaux : il
s’agit de maintenir le principe d’égalité. Dans ce cadre est juste ce qui est conforme à l’égalité.
L’injuste étant l’inégalité. On nomme juste celui qui par respect de l’égalité ne prend jamais sa
part :

On dit juste distributive quand on est en face des rapports de la communauté avec chacun de ses
membres.

On parle de justice corrective ou rectificative quand on est dans la sphère des relations de chacun
avec chacun.

Ce sont les deux volets de la justice particulière.

b) Le règne de la loi

Le règne de la loi est le rapport le pus précieux d’Aristote ou constitutionalisme des temps
d’avenir. Il a un lien intime qui unit la justice complète à la loi :

 La loi est le code morale de la communauté politique ;


 La loi est l’expression de la raison, elle est impersonnelle ;

17
 La loi est naturelle ;
 La loi peut être écrite ou non écrite, elle est coutumière ;
 Les lois doivent être réglées sur la constitution, en bien comme en mal.

ARISTOTE distingue 3 parties dans une constitution :

 La première est celle qui délibère sur les affaires communes ;


 La seconde, celle qui se rapporte aux magistratures ;
 La troisième est celle qui rend la justice.

3. La citoyenneté
 Tout d’abord qu’est-ce qu’un citoyen?

Il se définit par sa participation aux fonctions judiciaires et aux autres fonctions publiques. Cette
définition s’applique avant tout au citoyen dans le régime démocratique. Il ne vaut pas dans les
régimes non démocratiques. Il est citoyen celui qui détient la faculté d’accéder aux fonctions
judiciaires, législatives ou gouvernementales.

 Ensuite qui est et doit être citoyen?

Cela dépend de la constitution c’est-à-dire de la forme du gouvernement. Qu’il y ait plusieurs


formes de gouvernement implique qu’il y ait plusieurs espèces de citoyens. Les travailleurs
manuels jouissent de la citoyenneté dans un certain nombre de constitutions. Mais non dans les
constitutions aristocratiques qui accordent les honneurs selon la vertu. Les mécaniciens, les
commerçants, les laboureurs sont exclus de la citoyenneté dans  la cité idéale.

 Puis quelle est la vertu demandée au citoyen?

Etre un homme de bien-être, un bon citoyen de telle ou telle cité n’est pas la même chose. Il n’y
a pas identité entre vertu parfaite de l’homme de bien et la vertu relative du bon citoyen.

 Enfin, comment entendre l’égalité et la liberté du citoyen?

Il ne s’agit pas de l’égalité civique. Il s’agit d’une égalité proportionnelle qui tient compte des
différences existantes et maintient. C’est une égalité conservatrice qui contraste violemment avec
l’égalité démocratique simple, absolue. C’est dans l’aristocratie que se rencontre la conception la
plus haute et la plus vraie de la justice distributive et partant de l’égalité.

Concernant la liberté, il faut commencer par mettre à part la liberté de naissance par opposition
à l’esclavage. Ensuite il faut proclamer que la liberté du citoyen n’a rien à voir avec la faculté
de faire tout ce qu’on veut.

18
ARISTOTE réaffirme la théorie grecque classique qui ne voit pas de contradiction entre la liberté
et l’intervention de la cité en toutes sortes de domaines.

C. La cité idéale

ARISTOTE fixe à la cité idéale certaines conditions matérielles concernant la population et le


territoire.

1. La population
- La population est le corps des citoyens.
- Elle doit être suffisamment nombreuse pour que la Cité possède son indépendance.
Toutefois il faut la limiter.
- Elle doit posséder certains caractères naturels, une certaine nature, propre à la race grecque.

2. Le territoire

ARISTOTE recommande le territoire qui se suffit mieux à lui-même, avec un sol fertile et d’une
entendue que les habitants puissent mener une vie de loisir. Ce territoire doit être difficile à
envahir. Le centre de la cité établi dans une situation favorable par rapport à la mer comme à la
terre. Entre les mains de la classe militaire et de la classe délibérante doivent être concentrées les
propriétés non affectées au domaine public. Entre les mêmes mains sont concentrées les charges
publiques.

L’éducation dans la cité doit être une et identique pour tous. Le don de la cité est absolu. Aristote
admet la collaboration des parents vus sous un contrôle officiel. Le législateur entends assurer
aux enfants un corps en parfait état. L’âge du mariage est fixé à 18 ans pour les filles et 37 ans
pour les hommes, la meilleure saison  est l’hiver.

L’esprit : le savoir, l’intelligence et le goût artistique, la spécialisation est exclue.

Le programme : l’enfant reçoit sa première éducation jusqu’à 7 ans à la maison.

De 7 à 21 : les parents sont tenus d’élever leurs enfants dans une forme libérale et noble.

De 7 à 14 ans : gymnastique

De 14 à 21 ans : les arts libéraux.

19
Conclusion de la première partie

La philosophie grecque nous a laissé deux œuvres importantes de politique. La République de


Platon et la Politique d’Aristote.

Il s’agit de deux modèles essentiels employés par les successeurs, la méthode d’observation et
la méthode atomique. Les deux auteurs n’ont sous leurs yeux qu’une réalité politique assez
uniforme et constante, la cité grecque, qui leur parait le cadre naturel de l’activité humaine. La
cité grecque nous donne l’idée d’une réalité organique possédant sa fin en elle, et conforme à la
nature sociale de l’humanité. La justice Légale est donc la norme supérieure qui s’impose à tout
individu. Dès lors il n’y a pas de philosophe politique proprement dite. Nul ne met en question
l’autorité de la cité qui répond à tous les besoins.

Les ROMAINS sont occupés par la prodigieuse transformation progressive qui charge leur cité
en empire. Ils n’intéressent pas aux questions politiques proprement dites que lors que
l’administration.

CHAPITRE.III. LE NOUVEL ENCADREMENT POLITIQUE


20
La mort d’Aristote, après celle d’Alexandre, marque une date capitale dans l’histoire de la pensé
politique. L’homme en tant qu’un animal politique est mort avec Aristote. Mais cet homme
devient un individu avec Alexandre.

Cet individu doit considérer sa propre vie et d’autres part ses relations avec les autres individus
qui composent non plus uniquement la cité mais un monde habité par des grecs et des non grecs.
Cela implique l’égalité humaine et l’identité de la nature humaine. Ainsi l’individu possède une
valeur propre indépendamment de toute citoyenneté. La cité s’agrandit, l’individualisme va de
pair avec l’universalisme ou le cosmopolitisme.

Le nouvel encadrement politique va être fourni par des grandes monarchies HELLINISTIQUES,
issues du démembrement de l’empire d’Alexandre.

La civilisation hellénistique est diffusée en occident par les Romains. Mais la pensée politique
grecque s’impose toujours aux milieux cultivés des romains. C’est pour cela qu’on parlera de
civilisation Gréco-Romaine qui nourrit l’empire romain fondé par Octobre Auguste. Un empire
universel qui donne des contours et des institutions, une armature juridique et administrative à la
cosmo polis. Un Empire Romain universel ou prend naissance une grande religion de salut : LE
CHRISTIANISME auquel se ralliera trois siècles plus tard l’empire Constantin.

Cette longue période allant d’Alexandre à Constantin englobe six siècles qui se caractérisent à la
fois par une extraordinaire importance et par une singulière unité.

C’est pendant cette période que se sont fixés les traits essentiels de la civilisation occidentale :
du régime de la cité grecque à l’idée de l’état qui administre et se soumet à des règles juridiques
précises.

1. L’ERE HELLINISTIQUE

Par opposition à la civilisation classique, la civilisation hellénistique est une civilisation


monarchique:

Hellénistique: se dit de la période de la civilisation grecque allant de la conquête d’Alexandre à


la conquête romaine. On appelle monde hellénistique l’ensemble des Etats (macédoine, Asie,
Egypte) et des dynasties (Antigonides, Séleucides, Lagides) issus d’empire d’Alexandre.

Trois grandes monarchies y existent. Les cités continuent d’exister en tant que cadres de la vie
quotidienne des Grecs. Mais elles n’ont au contraire que l’autonomie administrative, Le roi est
le souverain. Il n’y pas de société politique, pas un Etat qui existerait indépendamment de lui. La
personne du roi s’est substituée à la Cité- Etat.

21
La poursuite du but morale relève maintenant du roi, de la monarchie. Tous les pouvoirs qui
étaient concentrés entre les mains d’une autorité civique, toute la protection qui appartenait à la
constitution et aux lois, appartenait maintenant à la monarchie.

Ce transfert s’explique en quelque sorte par une influence de la tradition orientale du pouvoir
absolu. Les qualificative de roi vivante, de bien faiseur, de sauveur ont une résonnance
religieuse. Le roi ne peut être que d’une nature plus qu’humaine, d’une race à part, de celle des
dieux.

Il s’agit-là d’une valeur politique évidente d’un tel culte. Toutes les manifestations du roi sont
encouragées par le pouvoir.

La valeur proprement religieuse de ce culte dynastique est discutable. Elle était loin d’être nulle
mais loin aussi de répondre aux aspirations religieuses des gens de la cité, au salut supra
terrestre, au Dieu unique.

A cet égard on peut dire que la conquête d’Alexandre a donné l’essor à une véritable révolution
religieuse pour les Grecs. Une révolution qui touche les gens du peuple, simples plus que les
gens cultivés.

Ces derniers font plutôt appel à la philosophie et à la science. Une grande philosophie qui est au
fond, également une religion, domine l’âge hellénistique : c’est le stoïcisme, une autre au rôle
moindre, mais appréciable : L’EPICURISME.

Epicure, l’athénien et Zénon le phénicien sont d’accord sur le but recherché, mais divergent
radicalement quant aux voix pour l’attendre. Ils pensent tous les deux que dans un monde
transformé pas les conquêtes d’Alexandre, la philosophie devient avant tout un art pratique, mis
à la disposition des hommes pour leur faciliter le bon usage des choses et la poursuite
individuelle de félicité. Mais ils la perçoivent tout différemment. Nous analyserons leurs voix
différentes.

1. Le matérialisme épicurien et la critique de la religion

Epicure fonde en 306 à Athènes l’école dite du Jardin. Il essaya d’impliquer la voie à une
minorité d’hommes qui se sentait opprimée et craintive et qui désirait s’évader. Sa voie est la
recherche du plaisir, convenablement définie et attachée à une série d’exercices intellectuels
adéquats. Pour lui, le plaisir est la fin qui poursuit naturellement les hommes comme les
animaux, de même qu’ils fuient naturellement la douleur. Le sage se distingue par le volume de
l’âme, calme obtenu en repoussant l’agitation. Il n e doit pas craindre la mort, ni les dieux et
leurs sanctions.

A. Refus de l’idéologie religieuse

22
En abordant ici la doctrine épicurienne, nous voudrions rappeler très sommairement l’apologie
des situations historiques ou se situent les deux moments essentiels de l’épicurisme, à savoir la
fondation de l’école et de la doctrine d’Epicure à la fin du IV siècle ceci d’une part et d’autre par
l’éclat donnée à cette doctrine par l’œuvre de son disciple LUCRECE à Rome dans la première
moitié du premier siècle.

Dans les deux cas, on remarque une crise sociale et politique marquée par l’écrasement de ce
qu’on appelle les peuples d’Athènes et de Rome, autrement dit les couches inferieurs
d’hommes libres, leur écrasement au profit des grands propriétaires de la terre, propriétaires
d’esclaves, ou des propriétaires du capital commercial, l’écrasement qui se marque à l’époque
d’Epicure par la fin de la cité comme telle ou du moins de l’existence prédominante de la cité, de
la fin de la démocratie dans les cités sous domination macédonienne qui se prépare au temps
d’Epicure, et au temps de Lucrèce par la substitution à la REPUBLIQUE ROMAINE DU
CESARISME puis de l’empire.

Ces traits de crises sont sans doute la base de la révolte épicurienne contre la tournure que prend
l’histoire de cette société. Cela implique le refus de l’idéologie religieuse qui peut apparaitre à
l’époque comme soutenant cette société.

C’est contre la religion philosophique Platonico- aristotélicienne qui se dresse la philosophie


d’Epicure, en même temps d’ailleurs qu’elle se dresse contre le pouvoir accru, dans ce contexte
de crise, des pratiques superstitieuses, et des tensions mystiques qui règnent dans la conscience
grecque de l’époque.

A Rome, bien plus clairement encore en Grèce, la religion est un instrument de la domination
sociale comme Varron ou Cicéron le disent toujours.

L’élément prédominant de l’attitude épicurienne est une attitude qui vise la foi de la religion
traditionnelle et les théologies philosophiques, et le fond de cette attitude est une position
matérialiste d’ensemble.

B. Critique permanente de la conscience religieuse

La doctrine épicurienne se résume autour de quelques pensés essentielles à savoir que :

 L’épicurienne vise à libérer les hommes de ce qui constitue l’essentiel de la religion,


de la crainte des dieux, de l’idée de l’intervention des dieux dans le monde et dans
des affaires humaines, de la crainte de la mort, de l’idée qu’il y a une survie de
l’âme dans un au-delà qui lui réserverait des épicuriens et des châtiments.

D’où, dans les discours épicuriens, on trouve une critique permanente de la conscience
religieuse.

23
 Critique des pratiques religieuses, des représentations et des cultes chez LUCRECE.

Les fondements généraux de l’épicurisme visent à écarter les craintes et les représentations. Il
faut substituer à la religion le savoir véridique, la physique épicurienne pour pouvoir se libérer de
ces craintes et de ces représentations.

Il faut s’en libérer en sapant ces craintes et ces représentations à la base par une conception
matérialiste de l’univers. Il faudrait rappeler les principes de la physique épicurienne à savoir :

 Le principe de l’unité matérielle de l’univers ;


 le principe de ‘infinité de l’univers ;

Il n’y a pas :

 d’éternité autre que celle de l’univers et de ses constituants ;


 d’incorporel en soi autre que le vide ;
 de privilèges ou hiérarchies d’existence dans la nature,

Tout cela permet la négation de la divinité du monde ou des astres, qui sont des produits
nécessaires ou contingents des combinaisons atomiques.

2. La vocation positive de ZENON

Zénon, le portique et ses partisans, désignait une voie différente de celle d’Epicure. Pour lui, il y
a une majorité d’hommes qui fait partie d’un monde nouveau et navigue sans carte sur une mer
inexplorée, c’est cette majorité qu’il faut éclairer. Il rejetait la voie d’Epicure, en proposant le
cosmopolitisme, une nouvelle conception du sage, et une attitude fort nuancée vis-à-vis de la
politique.

A. Le cosmopolitisme

Avec Zénon, le cosmopolitisme prend un tout nouveau. Il s’agit de la vision d’une communauté
ou vivaient égaux et en harmonie tous les peuples d’un Empire appelé à englober le monde
entier. Pour lui, l’Univers c’est la grande cité. La cité universelle, le cosmopolis où cohabitent
hommes et dieux ou chacun est relié aux autres. C’est la loi qui les gouverne. Mais pas n’importe
quelle loi. Il s’agit de la loi divine dont se nourrissent toutes les lois humaines. L’individu ne
peut pas se rebeller contre la volonté de ce que l’école appelle :

- Nature ;
- Providence ;
- Destin ;
- Dieu,

Car il lui faudra finir par se soumettre.

24
B. La conception du sage

Selon Zénon. Le Sage est celui qui n’a jamais besoin d’être poussé ou conduit par la volonté de
cette école citée en haut. Par contre, il comprend et anticipe avec joies les intentions du Destin,
c’est-à-dire le libre exercice de sa volonté l’amène simplement s l’union de la volonté divine.
Par conséquent, il vit en conformité avec la nature. Il méprise  les choses matérielles, le plaisir, le
luxe, l’argent et le succès. Il se soucie des choses de l’âme. De son perfectionnement moral, de la
recherche de la vertu, libre et seigneur, il l’est vis-à-vis des autres comme de lui-même.

Zénon est pour la liberté et l’indépendance du sage. C’est ce qui lui confère une sorte de
Royauté, en tant qu’incarnation de la loi et reflet de la raison universelle.

C. L’attitude vis-à-vis de la politique

Le devoir su stoïcien : Le mot vient de STOA- le stoïcisme est une doctrine philosophique de
Zénon appuyant sur une conception du monde (physique) et une théorie logique de la
connaissance, étant, en règle générale d’agir et non de s’abstenir. Il soit se rendre utile au plus
grand nombre possible de ses semblables. La politique appartient à la catégorie des choses
indifférentes. Selon Zénon, seul le sage doit s’occuper de la politique. Zénon opte pour un
mélange de démocratie, de royauté et d’aristocratie, c’est-à-dire pour une constitution mixte.

3. LA REPUBLIQUE ROMAINE ET LE STOICISME

La conquête romaine du monde hellénistique amena une hellénisation marquée des vainqueurs.
Le scepticisme, le cynisme, l’épicurisme inspirant de la répugnance à l’aristocratie romaine qui,
appuyée sur la classe moyenne, gouvernant la République. Mais les morales du stoïcisme, son
insistance sur le devoir, sur la volonté droite, sur la vertu convenant merveilleusement aux
milieux dirigeants. Les points de vue de Zénon avaient cependant besoin d’être sensés, élargis et
enrichis dans un esprit électique. Le stoïcisme ancien allait faire place à ce stoïcisme du moyen
auquel Cicérone devra tant : une doctrine assoupie ; qui avait perdu de sa dureté d’autrefois, c’est
ce qui cherchait ces aristocrates Romaines.

POLYBE aussi contribuant, à sa façon, pour rendre le stoïcisme plus humanisé, enrichi
d’apports platoniciens et aristotéliciens : un sage est appelé à désirer le pouvoir pour l’exercer
avec grandeur d’âme et selon la droite raison.

1. Polybe et la Constitution mixte :

Polybe est grec romanisé. Il analyse la constitution romaine et se demande qui parmi les trois
régimes : l’aristocratie, la démocratie ou la monarchie était appliqué à Rome.

Il nous apprend que si on examine les pouvoirs des consuls, on croit :

 Qu’on est sous un régime monarchique ;


 Si on analyse les pouvoirs du Senat, on croit qu’on est sous un régime aristocratique ;

25
 Enfin si on considère les droits du peuple, il nous semble qu’on est sous un régime
démocratique.

Mais cela n’est nullement un obstacle, car grâce à l’agencement des trois éléments on arrive au
meilleur gouvernement possible. D’ailleurs pour trouver un régime plus parfait cela relève du
domaine de l’impossible. C’est par l’expérience que les Romains sont arrivés à cet heureux
mélange. La philosophie cyclique de l’histoire fait corps avec l’apologie du régime mixte. Le
point de départ c’est la monarchie.

Les hommes qui vivaient en troupe comme les animaux, se soumettent comme eux à la loi du
plus fort et du plus brave. Dans ce cas le pouvoir n’a d’autre limite que sa force. Il s’agit-là d’un
processus tout naturel et spontané.

Ces pouvoirs, avec les progrès de la sociabilité et de la moralité, fondés sur l’intérêt, se
transforme en royauté que la raison des gouvernés approuve.

 La royauté dégénère en tyrannie : dès que les rois cèdent aux tentations du pouvoir et
suivent leurs appétits. Les sujets mécontents s’organisent, se révoltent et le régime d’un
seul est balancé par l’aristocratie.
 L’aristocratie dégénère  en oligarchie: les fils perdent le sens du bien public, le sens de
l’égalité politique et le sens de la liberté civile. Ils sont avides d’argent et de plaisir et
attendent à l’honneur des femmes.
C’est ainsi que l’oligarchie apparait et suscite chez le peuple des mêmes sentiments que
la tyrannie. D’où son désastre.

 L’oligarchie n’a pu satisfaire des attentes du peuple, ce dernier n’en a comme ultime
recours que la démocratie. Elle dure grâce à l’égalité et à la liberté. Mais les riches font
appel à la corruption et manœuvrent par tous les moyens jusqu’à la tombée de la
démocratie.
Ainsi le cycle sera parcouru entièrement.

Donc, la vraie solution serait un régime mixte, un mariage entre les 3 régimes pour satisfaire tout
le monde.

Mais le jeu mixte de Polybe qui résulte de la limitation réciproque des pouvoirs juridiques
concurrents, simplifie, idéalise et caricature la réalité constitutionnelle romaine.

2. Cicéron

Le rôle d’adaptation et de transmission rempli par Cicéron a été considérable. Il a adapté aux
modes de pensée romaine les doctrines du moyen stoïcisme. Il a transmis à l’Europe occidentale
quelques uns des thèmes principaux de l’humanisme moral et politique. Il est incontestable que
la philosophie politique à Rome commence à proprement parler avec Cicéron.

26
IV. L’EMPIRE ROMAINE ET LE CHRISTIANISME

Il s’agit de voir deux textes célèbres et complémentaires du nouveau Testament qui allait poser
des problèmes énormes à l’empire Romain. Ensuite nous allons voir l’idée monothéiste et la
révolution constantinienne.

1. Les Textes

L’un de ces textes se trouve dans les évangiles, l’autre est de Saint Paul dans l’Epitre aux
Romains.

On lit dans les Evangiles comment les pharisiens, désireux de tendre à Jésus un piège afin de le
compromettre vis-à-vis de l’autorité romaine, lui envoyèrent leurs disciples pour lui demander
s’il était permis ou non de payer l’impôt à CESAR :

«Mais JESUS, connaissant leur perversité, riposta : Hypocrites, pourquoi me tendez- vous
un piège ? Faites-moi voir l’argent de l’impôt ». Il lui présenta un denier. Et lui dit : «  De
qui est l’effigie que voici ? Et la légende ? «  de César » répondent-ils. Alors, il leur dit : « 
Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». A ces mots ils furent
tous surpris et, le laissant, ils s’en allèrent ».

A César ce qui à César : donc tout de même saurait être à César. César n’a pas le droit de
revendiquer le tout de l’homme en tant qu’héritier d’ancienne polis qui était à la fois ETAT et
EGLISE. César n’est le seul à avoir l’autorité sur l’homme. Le monisme païen s’est substitué le
dualisme chrétien. Qu’est ce serait à Dieu si tout serait à César? Qu’on rende celui-ci la pièce de
monnaie où son image est gravée, mais à Dieu doit être rendue l’image de Dieu qui est sur
l’homme.

Ce que nous devons conclure de ces textes, c’est que le chrétien doit assumer deux séries de
devoirs réclamés par deux institutions indépendantes et qui correspondent à la dualité de l’être
humain : Le matériel et le spirituel.

Mais en cas de conflits de devoirs, il convient comme St. Paul dans l’Epitre aux Romains
approfondit l’idée de l’obéissance en affirmant que le christianisme a fondé une doctrine selon
laquelle chacun doit se soumettre aux autorités : «Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de
Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu ».

Celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu.

2. L’idée monothéiste et la révolution constantinienne.

27
Le politique voulait qu’on se tourne vers la religion. Il fallait la renforcer. C’est ce qu’a fait
l’empereur Aurélien (Cinq ans de règne= empire romain de 270 à 275. Il vainquit Zénobie, reine
de Palmyre et rétablit l’unité de l’empire en Occident. Il fut un réformateur hardi, restaura
l’unité romaine et fit entourer Rome de murs qui existent encore. Se considérant comme
l’incarnation du Dieu seul), en entreprenant un redressement militaire, administratif et financier.
De même son grand règne a permis la restauration de l’unité romaine.

Aurélien institua le culte du soleil invaincu, sol invictus en latin.

L’idée monothéiste sous une forme ou sous une autre, sous celle d’un Dieu Soleil suprême
unissant tous les cultes locaux ou sous celles de Dieu Unique, personnel, transcendant créateur,
devenait l’idée dominante du temps.

La logique de l’Empire, des lors qu’il avait de plus en plus besoin d’une base religieuse adaptée a
l’époque, voulait qu’on opte pour la forme la plus haute et, à l’expérience, la plus vigoureuse et
l’idée monothéiste, à savoir la forme chrétienne.

- Ainsi Constantin commença par se rallier au culte du soleil et il finira par se convertir au
christianisme ;
- Ainsi la religion chrétienne devient légale, licite.

Le culte chrétien est libre comme tous les autres cultes. Chrétiens et Païens sont à parité. Le
compromis se repose sur le double fondement de la liberté de conscience et de la neutralité
religieuse du pouvoir impérial. Il s’agit-là de notions tout à fait étrangères à l’époque nautique.

C’est en 392, sous l’empereur Theodore, qu’une loi interdit le culte païen. En 394, cette loi se
voit appliquée en occident et en Orient.

La situation nouvelle devait permettre de faire la différence entre ce qui devait revenir à César et
ce qui devait rester entre les mains de Dieu. Il s’agit-là d’une délimitation inévitable et délicate :

 Celle de la société politique, l’Etat- empire, héritier des monarchies hellénistiques


comme l’ancienne polis ;
 Celle de la société religieuse à vocation universelle dotée de ses traditions, de ses lois
propres et de son organisme interne propre.

V. SAINT AUGUSTIN

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A. L’idée médiévale de l’Etat

Le milieu du VI siècle a connu un triomphe éclatant du Sacerdoce (autorité pontificale. Il s’agit


du conflit opposa en Allemagne et en Italie l’autorité pontificale à l’autorité laïque. Cette lutte
opposant le pape Alexandre III et l’Empereur Fréderic Ier d’Allemagne se terminera par la
victoire du pape Innocent IV sur Frédéric II.

Un déséquilibre gros de périls tend à se substituer au pendant équilibre Gélasien (le mot vient de
GELASE II, pape de 1118-1119).

Nous sommes donc dans une période ou le sacerdoce est triomphant. Fréderic II est vaincu par
les communes de l’Italie du Nord soulevées à l’appel du Pape. En 1250, il meurt, laissant
l’Empire en pleine désagrégation. La dignité papale l’a emportée sur la couronne impériale.
Universalisme de l’Eglise l’a emporté sur le rêve de monarchie universelle des empereurs
allemands.

A ces sociétés temporelles particulières :

 Il appartiendrait de restaurer l’Etat dans sa nécessite de nature, dans sa dignité et son


efficacité, contre tout universalisme affaiblissant ;
 Il fallait trouver un Etat qui devrait être un support à la fois de la particularité nationale
de ces sociétés et de leur vacation à la souveraineté.
 L’Etat devrait être à la fois un concept de plus en plus dominateur et une organisation
coercitive suprême.

Ces sociétés particulières à la forme monarchique pourraient, à l’appui d’une telle restauration,
invoquer la pensée politique de ST. THOMAS D’AQUIN.

Il est né près d’Aquin dans le royaume de Naples vers 1225. Il étudia la théologie à Paris puis
enseigna à l’Université de Paris II, mourut en 1274. Il occupe le centre du XII siècle qu’on peut
qualifier du siècle des «  Cathédrales d’idées » et qui a été marqué par la RENNAISSANCE de
l’Aristotélisme.

Saint Thomas d’Aquin a édifiée le thomisme ou la raison païenne se mariait avec la théologie de
la Révélation et la nature avec la Grace. Il a réservé une place appréciable à la philosophie
proprement politique. Il a fait une synthèse entre l’antique aristotélisme et les conceptions
médiévales en matière de la loi et de gouvernement.

29
LE POUVOIR POLITIQUE DANS L'ETAT MEDIEVAL

Le pouvoir politique, que trouve dans l’Etat, héritier de la polis, son organisation et son
expression est, selon l’esprit médiéval, d’institution divine. Mais cela ne veut pas dire que ce
pouvoir politique est naturel, est inhérent à l’essence de la nature humaine. C’est vrai que
l’homme, dans le cadre de cet heureux était ignoré par le gouvernement coercitif. On dit souvent
que la domination politique correspond à l’état de nature déchue. Si l’homme doit obéir à son
semblable, c’est à cause du péché, dont le gouvernement est à la fois le châtiment et le remède.

A partir de ce postulat, nous allons voir trois éléments essentiels :

 La justice ;
 La loi ;
 Le pouvoir royal;

a) La justice

La raison d’être et le but de tout pouvoir résident dans le fait de faire régner la justice.

D’ailleurs tous les traites du IXe siècle exhortent le roi à être juste et a designer des
administrateurs justes. La royauté désignait la justice alors la tyrannie désignait l’injustice. C’est
là que se creuse l’abîme qui sépare le roi du tyran. Le roi même féodal doit être tenu de faire
Reigner le droit. Il est essentiellement un justicier qui doit abattre les torts sous ses pieds.

Il ne faut pas oublier que tous les théoriciens aussi bien ceux de l’empire que ceux de la papauté
professent que le souverain temporel est avant tout le serviteur de la justice. Il s’agit d’une
impulsion considérable donnée à la pensée politique. C’est devant Dieu et source de toute justice
et de tout bien, que le souverain est comptable de l’accomplissement de son devoir primordial de
justice. Personne au moyen Age ne met en doute ce point. Les divergences n’apparaissent qu’au
sujet du fondement et de l’étendue de l’intervention de l’Eglise qui représente Dieu sur la terre.

b) La loi

La justice trouve sa forme concrète et précise dans la loi, ou le «  Droit » mais qu’est-ce que la
LOI ?

Dans la conception médiévale primitive, héritée des tribus germaniques semi- nomades, la loi
était la possession propre et l’attribut instinctif du groupe de la communauté ou peuple qu’elle
régissait. Elle était essentiellement une coutume. La communauté ne faisait pas sa loi par un acte
volontaire, c’était la loi qui faisant la communauté. Le roi ne légiférait pas. Il faisait procéder à
une interprétation de la coutume par enquête, suivi d’une déclaration solennelle du contenu
concret de cette coutume. Le peuple donnait son adhésion par l’intermédiaire de ses
« magistrats » ou chefs naturels qui représentent au sens médiéval du terme.

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A mesure que la société médiévale se développa, que ses institutions politiques se
compliquèrent, il fallait trouver une autre conception :

 Celle de la loi expression d’une volonté consciente, délibérée. La renaissance du Droit


romain ne put qu’accentuer le mouvement des idées en ce sens. Mais la volonté
consciente, délibérée qui fait alors jour est celle de la communauté tout entière. Il faut
dire :
 que ce n’est pas encore celle d’un pouvoir législatif ;
 La communauté est au-dessus du roi, qui en fait partie ;
 La loi, aussi, est au-dessus du roi.

Si bien que, là où la volonté règne il n’y a pas de roi, le roi qui est subordonné à Dieu l’est
apparemment par rapport à la loi.

c) Le pouvoir Royal : contrat et statues

Comme nous venons de le voir la suprématie de la loi d’une part et la suprématie de la


communauté d’autre part réalisait tout naturellement la limitation du pouvoir royal. Cette
limitation se trouve renforcée par un pacte ou un contrat qui existe entre le roi et la
communauté.

Que signifie ce contrat ?

L’on se rappelle de l’hypothèse tout abstraite des sophistes grecs et des épicuriens selon laquelle
la société politique serait le fruit d’un contrat d’utilité entre les différents égoïsmes individuels
dans le but d’assurer la sécurité de tous. Il s’agit d’un pacte par lequel une communauté, un
peuple se soumet à tels ou tels ou gouvernements en contrepartie de certaines conditions.

Cette théorie contractuelle s’est véritablement développée au moyen âge.

La tradition des envahisseurs germaniques et les conceptions féodales se sont assemblées pour
faire de cette théorie le mode «  normal » de la pensée politique. La nécessité de l’échange des
serments entre le roi et le peuple répond à cette tradition de l’adhésion requise des gouvernés.

Le développement du régime féodal, que domine le caractère contractuel des obligations entre
suzerain et vassal, vient accentuer encore l’importance des serments. Cet échange des serments
ne vaut pas seulement au moment du consentement, il donne les rapports du roi et de ses sujets
durant le cours du régime.

Par conséquent, l’usage de l’autorité d’une façon contraire au serment royal justifie la déposition
du souverain infidèle, soit par ses sujets, soit par le pape.

Toutefois, en raison de son rang social unique, de son statut unique dans la communauté, le roi
n’avait pas à obéir la loi de la même façon que de ses sujets. Il était inferieur à la communauté

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mais supérieur en son royaume à quiconque pris en particulier. Il n’avait d’égal. Sa charge lui
conférait, dans le cadre général de la loi, des prérogatives dont il avait l’exclusivité.

La suprématie de la communauté, la suprématie de la loi, et la suprématie de théorie


contractuelle entravent ensemble l’avènement de la souveraineté d’un organe quelque de l’Etat.

En réalité personne n’est souverain. Le roi est absolu dans sa propre sphère, mais il est
étroitement limite à la fois par la loi (coutume et droit naturel), la surveillance de l’Eglise, les
obligations féodales etc…

Ce type de monarchie serait –elle appelée contrôlée, mixte ou tout simplement limite ou
tempérée ?

1. LE THOMISME POLITIQUE

Le XIIIème siècle a apporté des éléments essentiels à l’esprit hautement constructif de St.
Thomas d’Aquin. Il les a confrontés avec les néo- aristotélisme puis les a intégrés dans sa propre
synthèse. C’est ainsi qu’il a fondé une philosophie politique originale qui s’articule autour de la
théorie du pouvoir, des lois de la résistance à l’injustice et à la tyrannie.

1.1. La théorie du pouvoir

Deux sortes de pouvoirs se trouvent dégagés :

 le pouvoir in abstracto ;
 le pouvoir in concreto

Mais qui va les détenir ? En d’autres termes, en quoi peut consister la désignation humaine des
gouvernements?

1.1.1. Le pouvoir in abstracto :

Il s’agit d’un pouvoir considéré dans son essence même, en lui-même, autorité en soi, en tant que
faculté de l’homme de commander à l’homme. Ce pouvoir est d’origine et de nature divine.
Pour St. Thomas d’Aquin, ce pouvoir est naturel, il trouve ses racines dans la nature même de
l’homme. Car ce dernier a besoin du pouvoir pour réaliser pleinement ses fins terrestres. Le
pouvoir constitue donc une nécessité naturelle. Son étude relève de la raison naturelle avant de
relever de la théologie.

1.1.2. Le pouvoir in concreto

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Ce pouvoir doit être considéré dans son acquisition, dans son usage, dans ses détenteurs ou
titulaires humains. Il est incarné dans des hommes qu’il s’agit de designer et de choisir. Il est
exercé par des volontés humaines. C’est un pouvoir de pur droit humain. Si une personne ou un
groupe de personnes commandent légitimement d’autres personnes, ce n’est pas un choix direct
et personnel de Dieu, mais par une désignation purement humaine.

Mais une fois le pouvoir acquis, il devient un pouvoir de Dieu. Toutefois cela ne permet pas de
parler de droit au sein étroit que nous venons de voir.

2. Les modes d’accès légitime au pouvoir.

ST Thomas d’Aquin s’efforce d’éclairer une pensée complexe et ambiguë en distinguant les
divers cas possibles :

 Le cas où une société a la faculté de se donner à elle-même des lois.


 Le cas où le peuple a le droit de ce pouvoir d’un roi

Dans ces deux cas, on trouve la notion médiévale de la communauté en tant que source initiale
du pouvoir.

Le cas où une autorité supérieure pourvoit le peuple d’un roi.

Le cas dernier, celui d’un peuple qui ne mérite pas de se donner des lois, mais il est fait pour
obéir à un homme éminent en capacité et en vertu.

Le choix reste ouvert suivant les circonstances, les conditions et l’aptitude plus au moins grande
des gouvernés, entre un titulaire auquel, sans l’avoir inverti, le peuple, la communauté obéit
comme à un chef légitime que qualifie sa vertu.

Nous trouvons là la théorie contractuelle du Moyen – Age où il y a un engagement réciproque


qui lie le peuple et ses gouvernants.

Après cette brève analyse, nous concluons que St Thomas d’Aquin donne la première
importance aux fins du pouvoir qui tiennent dans la notion de bien commun où se trouvent uni
l’ordre et la justice.

Le bien commun et ses exigences, voilà le véritable plan où se situe le thomisme politique, le
véritable foyer de la souveraineté. Les gouvernants règnent de seul droit du bien comme qu’ils
ont la charge expresse de réaliser.

Pour St. Thomas d’Aquin, l’homme a deux fins:

 L’une temporelle, naturelle

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 L’autre spirituel, surnaturelle à laquelle correspond l’Eglise (seule est la fin dernière), et
qui a la supériorité.

La mission de l’Etat est utile est respectable. Il aide ses membres à réaliser le mieux possible
leurs premières destinées terrestres par la pratique des vertus naturelles. Il les amène au seuil des
vertus surnaturelles. Là il les abandonne.

Il les abandonne car il ne lui appartient pas de les conduire au «port du salut éternel  » Une autre
sorte d’autorité est indispensable à cet effet. Il s’agit d’un gouvernement divin, celui de « ce roi
qui est non seulement homme mais encore Dieu ».

La même hiérarchie des valeurs, le même souci de maintenir entre Cité du monde et cité de Dieu,
entre nature et surnature un pont visible et solide se manifeste dans la théorie thomiste des lois.

3. La théorie des Lois

La loi est une certaine règle et mesure des actes. La règle et la mesure sont l’affaire de la raison,
la loi relève donc de l’ordre de la raison, elle suppose une mesure qui dirige les actes vers leur
fin. La volonté qui légifère ne vaut que dans la mesure où elle-même réglée par la raison. La loi
est : «  une ordinaire de la raison en vue du bien commun, établi et promulgué par celui qui a la
charge de la communauté »

On constante qu’il y a une primauté de la raison et un sujet de l’arbitraire qui caractérise la


conception thomiste de la loi.

La première des lois est la loi éternelle, prescription de la raison divine. Elle règle et mesure tout
ce qui est soumis à la providence divine, tous les êtres participent à cette loi. Mais l’homme en
tant que créative humaine y participe d’une manière excellente. Cette participation à la loi
éternelle s’appelle loi naturelle. Ses préceptes sont les suivants :

 Discerner  le bien et le mal ;


 Faire le bien au lieu du mal ;
 Ne pas nuire aux autres ;

Leur application a lieu dans le particulier et le concret, dans des contions spéciales d’espace et
du temps. D’où la nécessite de la loi humaine qui dérive directement de la loi naturelle.

La loi humaine peut être changée selon la notion de bien commun qui se perfectionne avec le
temps.

Enfin il y a la loi divine positive : celle de l’Ancien testament et celle du nouveau. C’est la loi
révélée, donc de la grâce du Dieu. Elle dérive également de la loi éternelle.

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4. La théorie de la résistance.

La conception thomiste consiste, en alliant la théorie des lois et la théorie du pouvoir, à rejeter
l’arbitraire et la justice. Ainsi St. Thomas d’Aquin insiste sur la non- obéissance au prince qui ne
recherche pas le bien commun et viole la loi naturelle.

Dans son ouvrage «  la somme » il traite de la justice et de l’injustice des lois d’institution
humaine. Celles-ci peuvent être injustes par rapport au bien humain ou par rapport au bien divin.

 Par rapport au bien humain  :


- Comme les lois qui profitent du prince qu’à l’utilité commune.
- Comme les lois qui repartissent inégalement les charges imposées au sujet.
 Par rapport aux lois qui sont injustes vis-à-vis du droit divin :
- Elles attendent directement aux droits de Dieu par exemples les lois des tyrans incitant à
l’idolâtrie. Ces lois ne doivent être observées en aucun cas.

La tyrannie constitue un régime injuste qui en cherche que son propre intérêt et délaisse le bien
commun, son bilan est caractérisé par des méfaits aussi bien sur le plan temporel que sur le plan
spirituel. C’est pour cette raison que les sujets doivent revenir sur ce régime.

Pour que la royauté ne tourne pas en tyrannie, St. Tomas d’Aquin recommande au pouvoir royal
d’être tempéré. Si la tyrannie n’a pas d’excès intolérables, il faut la supporter pendant un certain
moment car si on lui résiste, on risque de s’exposer à de dangers multiples qui peuvent être plus
graves que la tyrannie-elle –même.

Cependant, si ‘excès de la tyrannie devient intolérable, est- il permis de tuer le tyran ? Non-dit
St.Thomas d’Aquin car cela est contraire à la doctrine des Apôtres.

5. Le meilleur gouvernement :

De peur que le pouvoir ne dégénère en tyrannie, St. T. d’Aquin a fortement épuisé la question
du meilleur gouvernement. A ce souci, ce sont mêlés d’autres tels que le souci de l’unité de
l’Etat, de la paix sociale qu’elle garantit et le souci de la vertu.

A ce mélange de soucis correspond un certain mélange de diverses formes de gouvernement,


autrement dit une constitution mixte.

D’après lui toujours, établir la loi humaine appartient soit à la multitude toute entière, soit à celui
qui gouverne la communauté de la Cité.

Ceci l’amène à énumérer les divers régimes politiques. Ainsi sont cités la royauté, l’aristocratie
l’oligarchie, la démarche pour préparer la vie au régime mixte qui est le meilleur.

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C’est bien là le meilleur régime, bien dosé, «de royauté en tant qu’un seul y commande le
pouvoir en raison de leur vertu, de démocratie enfin en tant que les chefs peuvent être choisis
dans les rangs du peuple et que c’est au peuple qu’appartient l’élection des chefs.»

C’est là le régime institué selon la loi de Dieu. En principe l’auteur étudie un régime pur, un
régime type : la monarchie ou la royauté.

D’après lui le gouvernement d’un seul est souhaitable à condition que soit barré devant lui la
voie de la tyrannie. Ce régime vaut que celui de plusieurs. Cela pour quatre raisons :

 1. Parce que la fin essentielle du gouvernement étant l’unité ;


 2. Parce que la nature va dans le meme sens ;
 3. Parce que l’expérience confirme la nature et le raisonnement ;
 4. Parce que la tyrannie résulte plus facilement du gouvernement collectif que de celui
d’un seul.

Maintenant, vers la fin du XIII ieme siècle, un roi s’imposait. Un roi de : moins en moins féodal,
de moins en moins conditionné dans son action par les autres éléments de la communauté. Un roi
qui tendait de plus en plus à la souveraineté. Un roi de plus en plus national. Incarnation et chef
unique de l’Etat-Nation un roi souverain dans l’Etat- Nation.

3. LA FIN DU MOYEN AGE 

Pendant que l’Europe occidental était secouée par de grands bouleversements, l’Empire Byzantin
vivait ses derniers instants. L’avènement d’un énergique sultan, Mohamed II a la tête de
l’Empire turc, précipita le dénouement. Au début du mois d’avril 1453, une puissance armé
Ottomane s’installa sous les murs de Constantinople. Pilonnés par l’artillerie, les remparts de la
cité ne protégèrent bientôt plus les assièges. Le 29 mai 1453, les troupes de choc Ottomane,
investirent la ville.

3.1. La fin de l’Empire Byzantin

L’Empire byzantin était démuni longtemps entre en décadence. On peut faire remonter les débuts
de sa crise à la prise de Constantinople par les croisés en 1204. Les barons latins ruinèrent la
ville qui ne se leva jamais complètement du pillage qu’elle subit alors. Mais, même après le
retour sur le trône impérial, en 1261, d’une dynastie byzantine, d’autres causes travaillaient à
l’affaiblissement de l’empire.

Le fossé entre riches et pauvres ne cessait de s’agrandir au cours des décennies, tandis que les
ressources de l’Etat diminuaient de plus en plus. En 1453 Mohamed II assiégea Constantinople.
Le dernier empereur, Constantinople mourût en défendant sa capitale.

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La chute de Constantinople eût d’importantes conséquences pour les pays d’Europe. De
nombreux prélats, artistes et hommes de sciences byzantins se refugièrent en Occident, et
notamment en Italie ou furent accueillis avec empressement. Il appartenait leurs connaissances,
leurs idées et leurs bibliothèques de manuscrits antiques. Les savants italiens tirèrent profit du
savoir accumule en Orient. Ainsi la chute de l’Empire byzantin accéléra-t-elle la renaissance
culturelle de l’Occident.

3.2. Un monde s’éteint un monde naît.

On pouvait constater que le grand idéal médiéval de l’unité était en train de disparaître.

Le Moyen âge avait cherché à réaliser de l’unité universelle :

 unité de la foi dans l’Eglise de Rome, unité politique sous la direction de l’empereur ;
 unité de la culture.

On assistait à l’effritement progressif de cet idéal, remplacé par d’autres aspirations. L’Eglise
traversait une période de crises graves :

 Schisme ;
 divisions et lutte entre papes et antipapes.

Si l’Empire existait encore, il devenait de plus en plus une « affaire de famille » des puissants
seigneurs d’Autriche.

Partout ailleurs, les Etats nationaux s’affirmaient : outre le France et l’Angleterre, les plus
anciens d’entre eux, l’Espagne, la Pologne. La Hongrie, l’Ecorce et le nouvel Etat de Bourgogne
connaissaient un renforcement du pouvoir de leurs princes. Avec l’apparition de la bourgeoisie
bancaire et marchande, l’Etat féodal laissant de la place a des Etats modernes. Sorties de son rêve
d’unité, l’Europe se découvrait riche, mais divisée, dynamique, mais partagée en Etats et
principes langues, avaient une expérience de plus en plus diverse, de plus en plus nationale. Le
développement du sentiment national s’affirmant, empêchera toute renaissance d’un projet d’Etat
universel de leurs conquêtes requiert un changement important dans la forme du gouvernement.
Il ne semple pas que cette question elle-même ait beaucoup excitée la réflexion des philosophes.
Cicéron le plus masquant même ne suit source point les justes qu’avec un imprudent retard.
Lorsqu’il proclame l’urgence du principal, l’on est déjà au diminuant, autant dire à l’empire. La
Rome impérial transforme avec des difficultés la républica en Etat, mais construit sous le Bas-
Empire une théorie juridique non moins importante pour les temps modernes que les principes
d’Aristote. Sa théorie juridique définit de façon expresse une puissance publique, sa force
coercitive et sa base administrative le pouvoir personnel empruntés aux monarchies orientales
peut alors soulever l’Empire. L’autorité du peuple romain, la majesté du souverain apparaissent

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comme une donnée imposée à la communauté, une manière de postulat juridique, dont tous les
droits découlent, et qui ne requiert lui-même aucune justification.

Le christianisme était venu brusquement ébranler la suprématie de ces droits imprescriptibles de


la cité terrestre, en révélant au-dessus d’eux les droits suréminents de la cité céleste.

Inferieur comme simple citoyen, l’homme, en devant chrétien, dépassait cet organisme de toute
la valeur transcendante de son âme immortelle.

Une communauté nouvelle, l’Eglise se constituait autour du croyant pour lui permettre la
réalisation de ses fins dernières. Dans cette perspective, l’autorité politique voyait son
absolutisme contesté par la personne autonome de ses sujets et par une autre société parfaite qui,
tout, en s’organisant sur un plan différent, n’en recrutait pas moins les mêmes membres qu’elle.
Le conflit entre ces deux ordres conduit déjà au problème de la légitimité de l’Etat et des limites
de son juste pouvoir : on sait avec quelle il fut posé pas Saint Augustin, dont l’empreinte marque
profondément les penseurs chrétiens ultérieurs.

On voit comment l’histoire se chargea d’apporter à ces difficultés nouvelles une solution
provisoire. Pratiquement l’édit de Constantin en déclarant l’Etat chrétien s’efforce
d’intégrer l’Eglise dans l’Empire renouvelé. Les communautés chrétiennes reçoivent le statut des
universités, la hiérarchie ecclésiastique prend parmi les fonctions publiques. L’Empereur est
chargé de convoquer ou de présider les conciles. Mais l’empire d’occident s’étant pratiquement
écroulée en 476, la hiérarchie ecclésiastique subsiste seule à peu près intacte, avec une autorité
morale suffisante pour en imposer aux nouveaux souverains et pour augmenter considérablement
aux Vi et VII siècle son patrimoine et son autorité politique. Dès lors se trouve établie pour 8
siècles cette notion de christianité, à la fois corps mystique et corps politique. Il s’agit d’un
organisme aux deux pôles conjugués. Tous deux pouvoirs doivent se prêter aide mutuelle, vers le
XIII siècle, la situation va commencer à se modifier sensiblement. Les légistes vont entrer en
scène, le triomphe du droit romain est général.

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II PARTIE

L’ESSOR DE LA PENSEE POLITIQUE DANS LE CADRE DE L’ETAT-NATION


MONARCHIQUE

Introduction.

Le principale bénéficiaire du renouveau de la situation politique dont on a parlé est naturellement


le Saint-Empire.

L’idée de la puissance impériale est le premier schéma de la majesté retrouvée. L’Eglise en se


donnant des lois manifestes et authentiques, exprimait sa prétention à une souveraineté véritable
sur son domaine personnel : elle créait d’ailleurs une administration capable de le soutenir. Mais
les monarchies récentes entendaient bien, elles aussi, se servir des règles et des formes
nouvelles.

Si l’on peut prendre l’exemple de la France, nous voyons encore à la fin du XV siècle le
principe chrétien, féodal et le principe romain collaborer à sa structure politique. L’Etat reste
avant tout « la communauté chrétienne politique organisée». Le prince et ses officiers jurent
fidélité à l’Eglise et la prennent comme garantie de leur équité et royauté futures.

Le principe féodal n’en reste moins vivant la noblesse, le clergé, les villes et les bourgs
continuent à constituer l’Etat comme une fédération d’organismes, dont l’association n’exclut
pas une certaine autonomie.

Enfin, le prince unitaire tiré du droit romain, confirmé par l’hérédité dynastique, opère une
conquête méthodique. La monarchie alliée de l’Eglise empiète sans arrêt sur ses droits, le roi
élimine progressivement les privilèges fiscaux et juridictionnels des hommes de l’Eglise.
L’aristocratie perd de son importance et ses privilèges sont réduits au maximum.

La seule classe qui progresse, c’est la bourgeoisie. Le commerce international, le développement


de la banque et de l’industrie, toute cette efflorescence capitaliste qui caractérise les XV et XVI
siècle, se font à son seul profit.

A côté de cette force économique, elle s’empare peu à peu de la force politique, des corps de
ville et des états provinciaux.de solides familles dominent les assemblées municipales. Il se
forme ainsi dans les cités industrielles un haut commerce puissant, indépendant, frondeur, frotte
de belles-lettres, de droit et de théologie, désireux d’imposer sa force et ses revendications, bref
une bourgeoisie ambitieuse de pouvoir et de libertés et une masse considérable de pauvres gens,
véritable volant révolutionnaire capable d’appuyer aussi bien l’ambition bourgeoisie l’autorité
royale ou rébellion paysanne, de donner l’assaut aux biens du clergé.

C’est sur ce fond traditionnel, déjà secoue fortement par la transformation économique, que vont
tomber successivement l’humanisme et la reforme. Les dissidences religieuses ruinent

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manifestement la supériorité temporelle du Saint –Siege. Les chrétiens peuvent-ils vivre de leur
foi dans la société politique ? La liberté chrétienne est-elle conciliable avec le glaive, avec
l’ordre et les sanctions ? Le croyant peut –il accepter l’Etat ?

Toutes ces interrogations posent avec acuité les problèmes d‘orientation politique.

L’Etat doit-il se fermer sur lui-même une autarcie économique et culturelle ? Faut-il donner aux
gouvernements des buts lointains ou immédiats éthiques ou simplement politiques ?

Ces questions engendrent à leur tour les problèmes de la meilleure constitution. L’expérience
confirme-t-elle le principe du pouvoir personnel, l’hérédité ou l’élection ? Faut –il augmenter la
centralisation et les droits de la couronne ? Faut-il ou non intégrer les rouages économiques a
l’administration de l’Etat ? Existe-t-il une authentique souveraineté ou seulement des droits biens
définis de l’autorité politique ? Qui possède cette autorité ? Le principe ou la nation ?

Voilà les problèmes que nous posons tout au long de cette partie. La solution nous vient de
plusieurs auteurs qui nous décrivent le cadre de l’Etat-national et souverain, l’Etat-Nation qui
s’est épanoui sous la forme monarchique. C’est son roi qui l’incarne et le gouverne. Cet Etat-
Nation monarchique va s’imposer à travers toutes ces luttes et ses troubles de croissance dont
nous avons parlé.

Ainsi il faut partir de la renaissance avec Machiavel, pour ensuite aborder la réforme protestante
avec Luther et Calvin, en passant par Jean Bodin, Thomas Hobbes etc…

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CHAPITRE. I. L’ETAT ET LA MORALE

Il s’agit de traiter l’Etat – national et souverain, autrement dit Etat- Nation pendant la
renaissance. A cet égard, il faut souligner le fait suivant : Machiavel domine l’ère de la
renaissance. Nous pouvons même avancer, et sans être contredit qu’il a dominé aussi l’âge
moderne et contemporain, celui, de l’Etat-Nation.

Cela est caractérisé par deux concepts essentiels d’une part la netteté tranchante par laquelle il
sépare politique et morale et par d’autre part l’autonomie et la priorité qu’il donne à la politique.

D’autres auteurs et principalement Erasme et Thomas More ont contribué au développement des
idées politiques pendant la renaissance en protestant contre certaines pratiques de gouvernement
et certains principes politiques qu’il serait utile d’analyser.

I. L’ANALYSE DES IDEES DE MACHIAVEL

Il est né le 3 mai 1469 à Florence en Italie dans une famille aisée. Il débute dans la vie publique
très jeune en 1494. Il tient à la foi l’emploi d’un chef de bureau au ministère de l’intérieur et d’un
chargé de mission à l’extérieur. Il remplit d’intéressantes légations auprès d’illustres empereurs
de l’époque. Après avoir été emprisonné en 1512 après la chute de SODERINI, il se trouve
disgracié : le Prince en 1512, les discours sur titre libre en 1512 et 1519.

En ce qui concerne la théorie politique de Machiavel, elle tourne tout autour du « PRINCE » Le
fondateur de la République doit avant tout vaincre l’envie. Si la fortune lui enlève ses rivaux par
une mort naturelle, il n’y a aucun regret à faire, mais au cas contraire, il s’agit d’y remédier au
plus vite. La Prince doit se défaire de ses rivaux par tous les moyens.

A cet effusion de sang vient se joindre l’emploi de la RUSE et de LA MAUVAISE FOI. L’Etat
ou le Prince qui le représente, n’a au fond rien de sacré : la religion, il s’en sert pour gouverner
ses sujets.

Le machiavélisme n’est pas seulement la politique tortueuse et empoisonnée des monarchies


corrompues, c’est aussi la politique violente des démocraties sanguinaires.

Il s’agit pour mieux cerner le système proposé par Machiavel de traiter dans un premier point la
vigilance du prince et dans un second point la notion du machiavélisme.

1. La vigilance du Prince

L’objet essentiel du prince étant de se maintenir, l’art du gouvernement sera désormais dirigé par
cette considération. Le Prince doit partir de la situation donnée, faire un tour d’horizon évaluer
certains périls et leur donner toute son attention. Or ces périls sont de deux sortes :

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 L’opposition de ses sujets
 L’envie de ses voisins

A. Vis-à-vis des sujets

Le prince prend donc position comme à l’égard d’un péril donné. Il lui faut contenir ses sujets
de manière qu’ils ne puissent ni ne doivent l’offenser. Cela peut être fait de deux procédés ; la
manière forte et la manière douce, mais les deux pour Machiavel sont intimement unies et il ne
faut pas les séparer dans son esprit. On pourrait définir ainsi les buts poursuivis par le prince
dans son sort.

1. Le comportement du Prince :

Le prince doit éviter l’intimité personnelle de ses sujets. Pour cela il aura soin de reporter autant
que possible toutes les mesures impopulaires que son autorité nécessite.

Le prince devra par ailleurs chercher à conquérir la meilleure réputation possible. Il faudrait
mieux qu’il soit considéré comme bon, comme élément, comme libéral, mais il ne doit pas
compromettre sa sécurité par la conquête effective de ses qualités.

Machiavel insiste sur la nécessite pour un prince de gagner l’affection d’un peuple et tout au
moins de ne pas s’attirer sa haine.

Le prince pour gouverner sagement doit s’entourer d’un conseil avisé qui lui signale les
difficultés et le mettre du même coup en mesure de les éviter.

Le prince ne choisira qu’un homme épris du bien public et complètement acquis de son maître.
Le prince doit savoir se l’attacher par des faveurs de toutes sortes, le combler de bien et de
richesse.

2. L’apologie de la cruauté

Tout prince doit être clément et non cruel. Il faut pourtant bien prendre garde de ne point user
mal à propos de la clémence. La clémence n’est en effet possible que lorsque l’autorité est bien
fondée ; elle l’agrandit alors. Mais elle risquerait de compromettre le prestige d’un prince
nouveau chez qui elle passerait pour faiblesse : La cruauté accuse au contraire un caractère
vigoureux et diminue fortement le nombre des dangers entourant un pouvoir récent. Il ne faut pas
non plus que la clémence tempère les mesures de rigueur conçues comme nécessaires. Dans
l’exécution, le verdict du prince doit être total et inexorable. C’est ici que se pose à la célèbre
question qui a donné naissance à toutes une littérature : vaut-il mieux le prince être craint ou être
aimé ? Machiavel y répond avec sa subtile coutumière : « le meilleurs serait l’un ou l’autre.

42
Mais comme il est très difficile que les deux choses existent ensemble, je dis que si l’un doit
manquer, il est plus sûr d’être craint que d’être aimé  ».

En fin il conseille au prince d’user, avec sagesse, de la cruauté, car il ne faut pas oublier la
création psychologique des sujets.

Ayant aussi résolu les difficultés intérieures en gagnant à la foi la crainte et l’affection de ses
sujets, le prince est plus à l’aise pour tourner ses égards à l’extérieur et pour entreprendre la
politique étrangère qui confirmera son pouvoir.

B. Vis - à- vis de l'extérieur:

En effet, il est nécessaire qu'un prince possède l'amitié de son peuple, car s'il ne peut compter sur
lui, il n'aura pas à sa disposition les forces nécessaires pour défendre le territoire ou attaquer
l'adversaire. Les principes qui guideront le prince dans ses rapports avec les puissances voisines
sont semblables en tous points à ceux que nous avons décrits plus haut.

1. L'égoïsme sacré:

Là aussi, comme l'égard des sujets, le prince doit se revêtir de toutes les qualités, au mois dans
l'opinion d'autrui, et ne réaliser que des actes entièrement guidés par le souci constant de sa
prospérité personnelle. La théorie de la mauvaise foi répond ici point par point à l'apologie de la
cruauté. vis à vis des autres puissances, le prince devra le même égoïsme sacré que si l'on se
souvient de cette loi fondamentale de l'équilibre des pouvoirs qui veut que partout où l'un monte
l'autre soit abaissé autant.

2. Les conquêtes:

Machiavel conseille au prince les conquêtes d'autres terres en dehors de son territoire initial.
Mais les difficultés d'une telle entreprise sont assez grandes surtout à l'époque de Machiavel de
telles conquêtes sont, parfois, plutôt cause de ruine de prospérité. C'est pour cette raison qu'il
n'est pas partisan de régimes illogiques et éphémères.

Mais la pensée de Machiavel se met toujours autour de deux pôles, opposés mais conjures. S'il
déconseille les conquêtes absurdes vu leur précarité et les lourdes charges qu'elles entrainent,
Machiavel n'en admet pas moins la possibilité pour un prince d'agrandir ses Etats au détriment du
voisin. Les premiers chapitres du prince sont mêmes comme une véritable théorie de l'annexion.
Il y a là tout un traité où l'on apprend à garder ses conquêtes pourvu qu'on ait un esprit
méthodique et point trop embarrassé de scrupules superflus.

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LE MACHIAVELISME:

Le Machiavélisme est un réalisme florentin. C'est à dire que le modèle est donné, et qu'on a plus
qu'à mettre en formule l'état politique de l'Italie contemporaine pour en tirer une doctrine. L’état
de l'Italie c'est le gâchis politique, l'œuvre de Machiavel pourrait au contraire porter comme titre:
" comment en sortir". Elle n'est pas donc la loi du désordre observé, elle est la loi de l'ordre
propre. Il y a donc une véritable expérience politique où le raisonnement inductif et même
déductif tient sa place.

A. Le machiavélisme est un réalisme artificialiste:

Nous allons essayer de démontrer cela à partir de la méthode proposée et les réserves qui en sont
faites.

1. La méthode:

Le Machiavélisme et un biais pour considérer les faits politiques: attitudes que précisément on
appelle réaliste: Machiavel se place sur le terrain du fait. Il voit les gens comme il les trouve,
mauvais à son avis, et se demande comment on peut gouverner des hommes mauvais.

Il s'instruit des exemples heureux et fonde sur la psychologie sociale, telle apparait dans les
œuvres des historiens et les mœurs des contemporains, une techniques de la réussite publique.
Est ce à dire qu'il n'y ait aucun danger à qualifier qui procède le réaliste.

2. Les réserves:

Il conviendrait à notre avis, de marquer sur ce point des réserves importantes.

On pourrait contester d'abord l'exactitude du postulat fondamental:

 la méchanceté des hommes est une vue tout aussi arbitraire que la proposition
contradictoire et qui ne saurait jamais dépasser le seuil d'une honnête probable.

On pourrait en outre exprimer le regret que le théoricien " réaliste" ait limité son étude au seul
facteur humain. La société est en effet un tout complexe où s'intègrent les déterminismes les plus
divers:

 les conditions géographiques,


 les phénomènes économiques ont sur son développement une influence souvent
prépondérante.

Or dans toute l'œuvre de machiavel, il n'y a que deux pages sur la question: disons- le nettement,
c'est là un recul caractérisé par rapport aux penseurs antiques tels que Platon et Aristote, c'est
une infériorité nette même à l'égard des "utopiste" qui ont toujours étudié avec soin la question.

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Enfin, les déterminismes sociologiques eux-mêmes sont trop souvent méconnus par Machiavel.
Pour lui, les représentations collectives perdent toute spontanéité, toute autonomie propre. Le
peuple est toujours conduit par ses maîtres. Il n'exprime jamais sa voix.

B. L'attitude machiavélique en question politique

Pour être un veritable réalisme politique, le machiavélisme devrait donc réintroduire les données
géographiques, économiques et sociologiques dont il a le tort de ne tenir presque aucun compte.

1. Une attitude artificialiste

La façon dont le problème est posé au prince l'empêche de concevoir un veritable réalisme. On
lui demandait en quelque sorte: "Que faut-il que vous vouliez pour vous maintenir".

Des lors, tous les facteurs sont posés uniquement en fonction de la conduite du prince, ou du chef
de la république, ou de législateur. Il n'est plus question que de réactions appropriées devant
lesquelles tout doit s'incliner, par définition: sujets, ennemis, envieurs, obstacles naturels, et, dans
la mesure du possible, la durée même. La volonté intelligente est censée tout pouvoir: il faudrait
dire du prince de machiavel ce qu'une critique contemporaine affirmait de Napoléon: " il est le
symbole de l'homme seul, affrontant le monde humain et en venant à bout". (J. Richard Boch,
Destin du siècle).

L'importance du législateur chez machiavel en est le meilleur signe. La loi pour lui est une
simple affirmation de volonté qui, grâce à la fécondation de l'intelligence, crée un être social
déterminé, un Etat.

Aussi nous abandonnerons le terme inadéquat ici de réalisme pour dire avec Paul Janet, " Ses
études sont des modèles admirables de psychologie politique." (Paul Janet, histoire de la
philosophie morale et politique (Paris 1860).

Sur cette psychologie politique à laquelle seule on peut attacher l'épithète de positive, s'appuie un
art du gouvernement: affirmation hardie de la puissance de la volonte humaine. Voici ce
qu'on pourrait appeler la " Méthode", l'attitude machiavélique en philosophie politique.

2. La doctrine.

Mais à coté de cette méthode, il y a chez Machiavel une doctrine, c'est à dire une théorie
politique propre, un jugement personnel sur les institutions et leur valeur respective. Par là aussi,
Machiavel dépasse: " la nécessite historique" qui lui fourni un champ d'observation déterminé. Il
juge, et pour mieux juger, il commence à comparer. Sans doute son érudition n'est-elle pas
considérable: il ne fait guère qu'opposer à l'Italie contemporaine les souvenirs de l'antiquité
classique; cependant il tire de cette analyse les conclusions assez nettes, une véritable hiérarchie
de valeurs.

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Le fond de cette doctrine est la hiérarchie catégorique entre le prince, la république et le
fondateur.

Du point de vue de la durée, ce classement se conçoit clairement. Tout prince est bon en tant qu'il
supprime pour un temps l'anarchie.

La république le dépasse parce que l'ordre qu'elle représente a une stabilité supérieure. Mais la
république elle-même ne vaut que par son inspirateur. La position de Machiavel est donc
exactement à mi- chemin entre les tenants et ceux de la république.

S'il croit que dans la marche des événements celle-ci s'affirme supérieure, il n'admet point le
prince de la souveraineté nationale. Comment le pourrait-il, lui qui ne croit pas à la volonté
générale? Des lors on ne peut dire qu'il soit vraiment républicain.

On ne peut pas non plus ainsi qu'on l'a fait si souvent- le tirer dans le sens monarchique en
identifiant le législateur au monarque absolu. C'est oublier que le législateur est essentiellement
le fondateur de la république, et celle-ci est un gouvernement mixte où l'élément populaire est
prédominant.

Au moment même où Machiavel vient de condenser dans le Prince les conclusions politiques de
la renaissance italienne, dans les pays du Nord une nouvelle conception de l'Homme, commence
à se dégager, qui s'exprime elle aussi en théories éthico-juridiques. Mais tandis que Machiavel
recouvre de formules anciennes un monde en décomposition, c'est au sein d'une grande
effervescence constructive que le sage ERASME édifie une vue humaine de l'homme et du
gouvernement.

De même THOMS MORE essaye d'apporter la solution aux problèmes posés à l'Angleterre de
son temps. Pour ce faire, il plaide en faveur de la religion traditionnelle.

II. LA PROTESTATION D'ERASME ET DE THOMAS MORE

De la renaissance s'élèvent d'autres voix qui parlent tout autrement que Machiavel. Celles
notamment d'ERASME et de THOMAS MORE.

1. L'autorité politique chez ERASME

Erasme poursuit un idéal unique: l'humanisme. Il est pour une "philosophie chrétienne".

Son œuvre est plus profonde et plus complexe. Il s'agit d'une masse énorme d'un contenu riche et
divers.

Ce qu'il faut retenir c'est que l'évangélisme est le message adressé aux hommes par Erasme. Son
action politique cherche à reformer l'Europe par le retour à l'évangile. Les princes doivent

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exercer leur autorité en s'appuyant sur la CHRETIENNETE. Erasme ne fonde pas directement
l'autorité sur une délégation divine, mais c'est une conception de droit naturel qu'il place en tête
de sa doctrine. L'origine de la société est due aux besoins de l'homme. Il ne faut donc avoir
recours pour l'expliquer qu'à la nature, qu'il s'agit donc de l'existence de la société. Mais
l'existence de la société ne résout pas pour autant le problème de l'autorité.

A. Le fondement de l'autorité

Il ne se trouve pas dans les titres historiques, mais dans la justification morale. L'autorité se
justifie par son bon usage.

La doctrine d'Erasme va graviter autour de deux pôles:

 Est juste l'autorité du prince qui n'a en vue que le bien public
 Est juste également l'autorité du prince que ses sujets acceptent librement.

C'est autour de ces deux idées que s'articule la parallèle si minutieusement établie entre le prince
et le tyran.

 La première différence concerne le bien public:


 le bon prince est un père de famille qui prend soin de ses sujets comme de ses
propres enfants et ne gaspille point le patrimoine.
 Le tyran est celui qui pense à lui plutôt qu'à la république.
 La seconde différence concerne la liberté des sujets
 Le prince n'a en aucun sens la propriété de l'état mais uniquement sa gestion. Un
vrai roi doit se réjouir de la liberté de ses citoyens. Toute la grandeur du métier
d'un roi c'est de commander des hommes libres. C'est par là qu'il imite Dieu, dont
l'autorité respecte la liberté humaine.

Le prince donc gouverne sous le signe de la liberté, il faut appel aux conseils éclairés et respecte
les institutions des sujets, les autorités inférieures.

 Le tyran essaie par tous les moyens d'atténuer l'autorité de ses sujets et surtout
celle des hommes intègres. Le tyran cherche à inspirer la crainte.
 La majesté d'un vrai prince ne consiste que dans sa justice et dans sa sagesse.
 Le roi sera donc une loi vivante, entouré de magistrats intègres dont il respectera
l'indépendance.

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B. Les modes de gouvernement

Erasme est pour une monarchie. Il rejette l'idée d'une souveraineté véritable. Le meilleur moyen
d'empêcher la monarchie de devenir tyrannique c'est de renoncer à la royauté héréditaire. C'est à
partir de là, en effet qu'on amène sur le trône des princes mieux et incapables:

La royauté élective apparait bien préférable si le monarque est essentiellement roi par vertu, la
sélection permet de choisir le plus digne, et toute connaissance de cause.

2. Le cadre de l'utopie de THOMAS MORE

Thomas More a beaucoup écrit sur l'humanisme et la défense du catholicisme. Sa pensée suit un
chemin différent de celui d'Erasme. Elle est pratique, se base sur l'histoire et part de l'univers
concret. Ce n'est que vers la fin de sa vie qu'il plaide pour une religion traditionnelle.

En 1516 parait l'UTOPIE. Il s'agit d'un système proposé pour faire sortir l'Angleterre de la crise
où elle se débat.

A. Le système proposé en 1516 à l’Angleterre.

L'utopie est une terre idéale qui a un caractère indépendant et autonome. La famille même à
l'intérieur de la cité mène une vie mi-urbaine et mi- rurale. Il n'y a ni inégalité, ni désordre, ni
oisiveté. La propriété individuelle et absolue n'existe pas, il n'y pas de séparation entre le travail
manuel et de travail intellectuel. Chacun doit prendre part au travail agricole, qui se fait par
roulement. Les loisirs et les recréations intellectuelles récompensent le travail productif.

La finalité du système est claire:

 Les nécessités publiques étant satisfaites et les besoins de la consommation étant assurés,
il convient que chacun ait le plus de temps possible pour affranchir son âme de la
servitude du corps et cultiver son esprit. Pour les Utopistes, c'est là le vrai bonheur.

B. La portée du système

Les institutions de l'utopie reposent sur un principe essentiel: l'égalité des citoyens, et sur son
corollaire immédiat, qui en facilitera les déductions ultérieures, la subordination des intérêts
particuliers à l'intérêt général. Tous deux conduisent à une même conclusion pratique à savoir
l'exaltation de l'Etat, garant des citoyens contre toute tyrannie indigène ou étrangère, expression
de l'économie, des mœurs et de la culture utopienne.

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CHAPITRE.II LA DEMOCRATIE CORPORATIVE

Pour comprendre le sens qu’ALTHUSIUS donne à la démocratie corporative, il est indispensable


de rappeler la théorie de la personnalité juridique en droit romain. Il faut savoir que les collèges
existant à Rome avant la loi Julia avaient une certaine personnalité. C'est à cette réalité initiale
que se superposait la fameuse loi Julia définissant pour la première fois un corporatisme d'Etat.

L'autorité publique sera compétente à fonder des associations par une concession positive qui les
établit directement sur le modèle de droit public. par conséquent, ce parallélisme va transposer
dans le droit corporatif toute conception nouvelle apparue dans le droit public. Or l'empire
romain va prendre conscience de son unité politique et construire une personnalité juridique
fortement centralisée l'Etat.

La communauté symbiotique universelle doit consacrer ce nouveau système unitaire et


individualiste où le point de vue organique exige une coopération étroite des parties. Mais où la
volonté générale ne peut jamais détruire les droits contractants.

Dans cette communauté, le pur viendra du corps social tout entier. De même la communauté sera
une synthèse des citoyens libres.

Pour cerner l'importance de l'œuvre d'Althusius, il est impératif d'étudier la place qu'on occupe l
Etat dans ce système.

Althusius est un Allemand. Son milieu présente à cette époque une physionomie. Politiquement
la mentalité féodale prédomine toujours. Religieusement, l’Allemagne est d'obéissance
protestante.

1. LA COMMUNAUTE SYMBIOTIQUE INTEGRALE

L'Etat est une communauté intégrale, publique et supérieure. Elle implique la subordination très
nette des intérêts régionaux aux intérêts nationaux.

Pour la premières fois, le concept de nation apparait d'où le sentiment unitaire au sein de l'Etat.
Cette organisation est bien l'œuvre d'un droit nouveau, un droit d'Etat qui établit justement la
corporation et l'unité du territoire.

Cette suprématie indiscutable est nécessaire pour réaliser dans l'Etat l'autonomie absolue. L'Etat
seul intègre tous les besoins vitaux des citoyens pour leur donner satisfaction (Universelle).

Pour ALTHUSIUS, la souveraineté appartient au peuple. Le Roi n'est qu'un simple


administrateur. Si le corps de l'Etat a le pouvoir de déléguer les pouvoirs de sa majesté, il ne

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saurait avoir celui de diviser ses droits, encore moins de les aliéner: ce serait un suicide politique
qui, détruisant la souveraineté, détruirait du même coup l'Etat lui - même.

Cette majesté s'exprime dans deux domaines différents:

 a) spirituel:

L'Etat doit obéir à Dieu. Un véritable pacte solennel par où l'Etat reconnait sont obéissance
envers le véritable Dieu et sa dévotion envers la véritable foi, l'Etat doit veiller aux progrès de la
religion approuvée.

 b) Temporel:

Althusius défend la thèse classique des monarchomaques protestants sur la souveraineté du


peuple et sa supériorité à l'égard du monarque.

L'originalité du système consiste à avoir désigné deux classes de magistrats souverains. Les
éphores d'une part, les summus magistratus de l'autre:

 Les éphores s'occupent de tout et constituent une sauvegarde de la légalité. Les éphores
forment un collège qui constitue la plus haute autorité de l'Etat. Ils constituent un collège
suprême, gardiens de la constitution, expression adéquate d'une volonté générale.

 A côté des éphores, il y a le summus magistrat qui détient le pouvoir exécutif

2. LES DIVERSES FORMES DE L'ETAT.

Les différences entre gouvernements sont de simples variétés d'administration.

Le magistrat suprême est soit une personne physique, soit une personne morale: des le 1er cas
nous sommes en monarchie, dans l'autre en oligarchie, démocratie ou aristocratie suivant
l'étendue respective du collège qui détient cette autorité suprême.

 Là où il y a monarchie, le magistrat suprême est généralement nommé à vie avec un


pouvoir étendu.
 Là où la démocratie l'emporte, la majesté s'incarne au contraire dans l'assemblée
populaire dont les membres n'ont d'autorité que réunis en corps: ils délèguent le pouvoir
exécutif à des magistrats de courte durée et d'attributions limitées.
 Quand au gouvernement aristocratique a ceci de particulier que la majesté y est déléguée
a une minorité dont chaque membre, garde un prestige papistique et un pouvoir
indiscutable.

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 La difficulté du régime monarchique est donc l'exalte assiette du pouvoir personnel, qui
doit être minutieusement réglée par la loi et garantie à la fois contre la tyrannie et contre
la sélection, contre l'aristocratie.
En outre, Althusius repousse la notion de tyran usurpateur celui qui par sa faiblesse
compromit gravement le salut de l'Etat et même sa perdition le navire dont il tient la
barre.
Contre un homme, le peuple est habilité à déchirer le contrat établit pour, le bien
commun. Le droit de résistance est le droit même de l'ordre juridique.
Althusius étudiant de la tyrannie, définit donc un droit de résistance qui va jusqu'a la
sécession complète. Aucun théoricien n'aurait osé à cette époque, soutenir une telle
doctrine. C'est là le signe le plus net d'une démarcation résolue entre les partisans et
les adversaires de la monarchie classique.
La politique d'Althusius, outre le mérite de sa belle ordonnance et de ses vies pénétrantes,
a donc l'intérêt très particulier d'une vaste synthèse où viennent se fondre et se compenser
des éléments très différents. Il a pu par son génie construire la théorie de l'Etat corporatif
qui fonde la véritable démocratie par la souveraineté du peuple l'autonomie des
communautés naturelles, la liberté inexpugnable et la discipline sociale des compagnons
citoyens.

CHAPITRE. III. L'INDIVIDUALISME AUTORITAIRE


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Hobbes est né en 1588. Il publie dans le premier livre en 1642. A l'âge de 63 ans. Il
publie le second livre fameux du nom de LEVIETHAN qui englobe sa philosophie
politique. Il a été fasciné par la géométrie, par les mathématiques. Il avait conçu un
système d'une rigueur totale expliquant le monde psychologique, le monde moral et le
monde politique comme le monde physique. Dominée par le principe de la causalité
mécanique, il s'agissait pour lui de constater des causes et des effets qui constituaient un
enchaînement de mouvement. L'homme individuel était un mécanisme, une machine. La
sensation vient du mouvement. Un désir existe à l'intérieur de l'homme. C’est celui
d'acquérir le pouvoir après le pouvoir. L'homme se distingue des autres êtres par sa
raison, par la curiosité de connaître le pourquoi et le comment de ce mouvement
continuel. Il se distingue aussi des autres êtres par la religion.
C'est autour de tous ces éléments que Hobbes élabore son mécanisme qui est l'Etat
rationnel baptisé Léviathan.

LE MECANISME DE LA NATURE

L'homme pris à l'état pur, jouit d'un droit général et absolu, d'un droit naturel d'exercer
ses pouvoirs naturels.

1. La position du problème:

L'homme vit dans la nature. Il ne se trouve pas seul. Il rencontre souvent un concurrent
sur son chemin. Tous les hommes sont en guerre avec tous, parce qu'il n'existe pas une
puissance, une force coercitive qui tient tout le monde en respect et leur inspire. La
crainte salutaire. Dans un tel état, il n'y a que la force et la ruse, de même, il empêche
toute agriculture, toute industrie, toute navigation et toute séance.
L'homme seul avec sa raison, peut sortir d'un tel état destructeur. L'homme a le désir de
vivre agréablement, a l'espoir d'obtenir tout cela par le travail. Sa raison lui suggère la
paix, la justice, l'équité et la modération. Il s'agit là d'après Hobbes des "lois de nature"
qui sont des règles générales de moralité.

Pour se défendre, les hommes naturels mettent au monde un homme artificiel doué d'une
stature et d'une puissance qui n'a pas d'égale, il s'agit du Léviathan qui est l'Etat ou la
République.
Le Léviathan est une multitude d'hommes naturels unies en une seule personne qui les
représente tous. Chacun des hommes l'autorise à user de ses forces et de ses ressources
dans le but de leur créer la paix à l'intérieur de la société et de les défendre à l'extérieur.
Aucune autre puissance ne peut être comparée à la puissance du Léviathan qui est le
détenteur du pouvoir souverain.

52
2. Le pacte de société

Comment les parties de ce corps ont été unifiées? Elles l'ont été par un pacte de société
entièrement créateur ne se référant à aucune réalité organique préexistence. Il s'agit de pactes
conclus par les hommes naturels entre eux, au profit d'un tiers qui n'a envers eux aucune
obligation et qui est juridiquement la personne unique en laquelle leur multitude s'est unie. Il y a
un transfert par chaque homme de son droit total et absolu au Léviathan. De ce fait lui seul
possède ce pouvoir absolu. Cela est irrévocable. Il s'agit d'un pacte inter-individus pas lequel on
délègue tout au Léviathan.

Le Léviathan est une structure produite par l'artifice humain. Les hommes naturels, voulant vivre
heureux, en paix, se sont vu imposés des restrictions concernant leur liberté et par conséquent
vont tout déléguer au Léviathan.

La procédure proposée par Hobbes appelle certaines remarques.

 En premier lieu, cette formule de pacte laisse intacte l'individualité des contractants, des
hommes naturels. Ils ne se fondent à aucun moment en un peuple. Leurs volontés
individuelles ne se fondent jamais en une volonté commune ou générale.

Il y a uniquement substitution de la volonté unique du souverain à la multitude des vouloirs


individuels d'où résulte l'unité de la société civile. Donc toute fusion est exclue.

 En second lieu, la procédure utilisée par Hobbes écarte toute sorte de pacte ou contrat
appelé pacte de soumission ou contrat de gouvernement. Souvenons-nous du fait que les
hommes naturels n'ont contracté qu'entre eux, au profit d'un tiers bénéficiaire, leur futur
maître.

 En troisième lieu, les hommes naturels ont été forcés de se dépouiller absolument de tout
ce que leur droit naturel comportait.
Enfin, l'Etat- Léviathan est devenu le siège de la souveraineté:
 un individuel -la monarchie;
 une assemblée- aristocratie;
 l'ensemble des sujets-démocratie.

Hobbes ne conçoit aucune autre forme d'Etat ou de république, il écarte toute formule dite
MIXTE.

o Hobbes préfère la monarchie car dans une monarchie l'intérêt personnel du souverain
coïncide avec l'intérêt public.
De toute façon, la nature du pouvoir reste la même, de même que les droits et les devoirs
de l'Etat- Léviathan sont les mêmes.

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I. Les droits et les devoirs de l'Etat- Léviathan

1. Les droits

En général, il revient au souverain d'agir par tous les moyens nécessaires pour procurer à
ses sujets le seul bien universellement désiré à savoir LA PAIX. En échange, ils lui
transfèrent totalement et irrévocablement leur droit général.

 Le souverain est le seul juge du bien et du mal, du juste et de l'injuste, de la police


intellectuelle ( les opinions et les doctrines) de la police spirituelle.
 Le souverain est le maître de la loi, de la propriété, des opinions et doctrines et de la
religion.
 Le souverain a le devoir de donner et de casser la loi. Il édicte et abroge la loi. La loi est
définie après Hobbes comme étant proprement la parole de celui qui de droit commun
commande aux autres.
 Le souverain doit respecter le droit de la propriété.
 Il revient au souverain de juger le bienfait ou le méfait de telles doctrines.
 Il doit diffuser les bonnes doctrines d'une manière active, mais combattre les mauvaises
d'une façon catégorique.
On constate aisément que les droits de la souveraineté, indéniable et individuelle, sont
sans bornes et que les freins prévus par Bodin, se conçoivent plus dans la perspective du
Léviathan.
Hobbes qui opte pour un pouvoir illimité, estime graves que ceux qui résulteraient de
l'absence d'un tel pouvoir. Pour lui, les incommodités de la souveraineté sont sans
commune mesure avec les calamités de l'Etat de nature. En face des droits de la
souveraineté, il y a lieu de considérer ses devoirs.

2. Les devoirs

Le souverain doit maintenir intact ses pouvoirs et ses prérogatives. Ce sont là les moyens
de remplir sa fonction. Toute renonciation, tout transfert à autrui sont exclus.
Il doit procurer au peuple la sureté, c'est à dire la sécurité de la vie, et les satisfactions de
cette vie. Il doit promouvoir la prospérité matérielle, assurer à tous une justice égale,
organiser la charité publique en faveur des invalides, obliger les hommes à travailler
enfin de faire de bonne lois.
Il faut entendre par bonne lois, les lois claires et nécessaires, de lois que le bien public
exige, des lois qui ne doivent pas entraver l'action volontaire des sujets.

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Le souverain doit garantir à ses sujets une liberté réelle, pratique, une liberté variable ici
plus étendue et la plus restreinte.

En conclusion, la souveraineté pour Hobbes constituée sur le plan politique la projection


d'un individualisme philosophique social qui conférait une valeur absolue au vouloir
individuel. Pour lui, l'humanité à l'état pur ou naturel était une jungle.
Alors la solution réside dans l'état social qui ne risquait plus de devenir une jungle dès le
moment où l'homme, en consentant au pouvoir absolu, illimité, cesse d'être un loup pour
l'homme.
Pour Hobbes, comme Machiavel, le pouvoir n'est pas un simple phénomène de force mais
au contraire une force institutionnalisée, canalisée par le droit.

De même, il est à signaler que le hobbisme allait contribuer à l'affermissement de


l'absolutisme monarchique. C'est ce qu'on verrait en France par exemple.

CHAPITRE. IV. L'APOGEE DE L'ABSOLUTISME MONARCHIQUE EN


FRANCE

La France de Louis XIV et de Bossuet a été préparée par celle de Henri IV puis de
Richelieu.
55
Avec l'échec de la Fronde- soulèvement contre Mazarin pendant la minorité de louis XIV
(1648-1652), provoquée par l'impopularité du cardinal et ses exigences financières. La
royauté et Mazarin sortirent victorieux de cette période troublée.

Richelieu et Mazarin transformaient la monarchie royale en monarchie seigneuriale. Il n'y


avait plus pour les sujets de liberté naturelle ni de sure propriété des biens.
Personne ne pourrait contester la supériorité du gouvernement monarchique. La
divinisation de la royauté s'était accentuée. La souveraineté est alors définitivement
consacrée en tant qu'absolue et indivisible. Elle se trouve fortifiée par la théorie du droit
divin.

1. LA SUPERIORITE DU REGIME MONARCHIQUE FRANCAIS

Bossuet proclame que l'autorité royale et héréditaire est la plus propre au gouvernement
surtout quand elle va de mâle en mâle et d'aîné en aîné.
C'est là le régime le plus naturel et le plus durable parce qu'on y est plus uni. Le chef
unique s'occupe de tout. Chaque homme renonce à sa volonté pour la transférer et la
réunir à celle du Prince.
La monarchie absolue constitue un régime conforme au bien commun car elle établit une
solidarité indissociable d'intérêts entre le prince et l'Etat. Le prince qui travaille pour son
Etat travaille pour ses enfants et l'amour qu'il a pour son royaume se confondant avec
celui qu'il a pour sa famille, lui devient naturel.
Pour Bossuet et, tous les gouvernements légitimes quelle que soit leur force, jouissent de
la protection divine, celui qui entreprend de les renverser est à la fois ennemi public et
ennemi de Dieu.

2. LA DIVINISATION DE LA ROYAUTE

D'après Bossuet, les rois français portent sur leurs fronts un caractère divin. Le pouvoir
royale découle directement et sans aucun intermédiaire de Dieu.
Cependant si Bossuet est ferme quant à l'origine du pouvoir, il ne se prononce pas sur le
mode de transmission de ce pouvoir qui vient toujours de Dieu.
D'après lui, il faut obéir même aux princes injustes pour respecter en eux la charge
divine. Un prince peut se redresser lui même quand il a mal fait. Il ne faut pas manœuvrer
contre l'autorité du prince car le fait de murmurer est une disposition à la sédition. Donc il
faut une entière obéissance au prince. La seule exception valable est lorsque ce prince
prend une décision contre la volonté de Dieu.

3. L'EDIFICATION DES IDEES QUI DOMINENT LE DROIT PUBLIC ET LA


PHILOSOPHIE POLITIQUE
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Derrière toute cette façade historique, s'élaborait progressivement toute une construction
puissante d'une politique complète. En effet, les grandes idées politiques qui dominent le
droit public et la philosophie voient le jour. Il s'agit de l'Etat et de la souveraineté.

3.1. L'ETAT

L’idée de l'Etat ou plus exactement de la République se dégage lentement. Entre le rêve


abandonné de l'Empire et le cadre trop uniforme de l'ancienne universitas, les théoriciens
ont dû chercher leur voie. Machiavel, le premier, conçoit le corps politique à l'instar d'un
organisme animé de sa propre vie où la nation n'est que le support d'une autorité
extérieure.
Avec Bodin s'accomplit le pas décisif. Son sens social averti lui indique les infracteurs
nécessaires à une telle construction.
Au dessous de l'Etat, il y a les cellules familiales qui conditionnent le succès du groupe
collectif. Ainsi la République apparait comme un groupe complexe où l'évolution
sociale et l'action du législateur constituent une solidarité organique. C'est ce
qu’Althusius essayait de nous faire comprendre avec l'idée essentielle de la communauté
symbiotique en définissant les lois de cet organisme social.

Ainsi la République doit intégrer la vie normale de ses citoyens. En plus de son rôle
d'hiérarchie politique ou administrative, elle constitue une organisation de toutes les
forces nationales. Elle constitue une organisation de toutes les forces nationales. Elle
s'occupe de la religion, des finances de l'économie, de l'instruction, de l'assistance.

3.2. LA SOUVERAINETE

Cette République organique réclame un principe moteur, une force directive d'autant plus
vigoureuse qu'on s'achemine délibérément vers l'idée d'un Etat national aux attributions
multiples.
Tous les autres auteurs insistent pour que le pouvoir de cette République doive s'exercer
dans le cadre de la loi plus spécialement Bodin qui ramène les attributs souverains du
pouvoir aux principes essentiels à savoir le pouvoir de donner et de casser la loi.
Pour lui, la République est le droit gouvernementale de plusieurs ménages avec le lien de
l'autorité à l'Etat est acquis et que la notion de droit gouvernement amène
automatiquement l'idée d'une norme précise à savoir celle de la justice légale. Ainsi à la
place de la force et de la protestation abstraite, nous avons ici la position d'un ordre
juridique qui consiste une réalité concrète et spirituelle capable de définir les conditions
morales d'une sante activité politique.

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L’autorité doit être invincible pour remplir sa mission. Personne n'est en sureté s'il y a
dans un Etat une quelconque autorité capable d'arrêter le cours de la puissance publique
et de l'embrasser dan son exercice.

FIN DU
COURS 

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