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Methodos

Savoirs et textes
15 | 2015
Philosophie et littérature

Philosophie et littérature : savoirs, pratiques,


transformations
Philippe Sabot et Éléonore Le Jallé

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/methodos/4292
DOI : 10.4000/methodos.4292
ISSN : 1769-7379

Éditeur
Savoirs textes langage - UMR 8163

Référence électronique
Philippe Sabot et Éléonore Le Jallé, « Philosophie et littérature : savoirs, pratiques, transformations »,
Methodos [En ligne], 15 | 2015, mis en ligne le 08 juin 2015, consulté le 03 mai 2019. URL : http://
journals.openedition.org/methodos/4292 ; DOI : 10.4000/methodos.4292

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Philosophie et littérature : savoirs, pratiques, transformations 1

Philosophie et littérature : savoirs,


pratiques, transformations
Philippe Sabot et Éléonore Le Jallé

1 L’objectif de ce dossier est d’interroger les liens qui unissent la philosophie et la


littérature sous le double point de vue des savoirs et des formes de pensées que
contribuent à produire les textes philosophiques et les textes littéraires, envisagés dans
leur confrontation ou leur interaction ; et de la dimension pratique de ces savoirs et de
ces pensées, dès lors qu’ils sont engagés dans la dynamique d’une expérience
transformatrice de soi et du monde.
2 Il s’agit donc d’abord de nourrir une réflexion sur les rapports qu’entretiennent la
philosophie et la littérature en partant de l’hypothèse que la littérature constitue par
elle-même, dans la grande diversité de ses productions, un champ d’expériences et de
réflexion privilégié auquel la philosophie peut se rapporter de manière pertinente
lorsqu’elle cherche à mettre à l’épreuve ses concepts ou ses questionnements. De quelle(s)
manière(s) la philosophie, le discours philosophique se laissent-ils interroger à partir de
la littérature ? Quels sont les usages ou les pratiques philosophiques de la littérature qui
correspondent à une telle ambition ? Et à quels types de savoirs ces rencontres entre
philosophie et littérature donnent-elles lieu ?
3 Dans le présent dossier, cette réflexion prend d’abord appui sur des études qui montrent
comment la littérature peut présenter, dans la forme décalée de fictions « scientifiques »
une série d’expérimentations venant problématiser notre rapport au réel et aux concepts
qui l’ordonnent habituellement et offrant ainsi une ouverture vers d’autres formes de
pensée et même d’autres représentations de l’action. Qu’il s’agisse des dispositifs
technico-fantastiques mis en scène dans les récits d’Alfred Jarry (Ph. Sabot) ou des
propositions imaginaires futuristes de la science-fiction contemporaine (Y. Rumpala), le
texte de fiction se voit assigné une fonction proprement réflexive qui met au jour
l’impensé de notre rapport à la technique, au temps ou même à l’humain. Pourtant, ces
reconfigurations de l’expérience ne sont pas systématisables et n’ont de valeur que dans
la prise singulière qu’elles offrent sur la représentation du réel : là où Jarry explore les
limites d’une expérience du désir et rejoint ainsi les limites de la fiction elle-même, les

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romans de science-fiction projettent la fiction à la limite du réel et du possible,


l’articulant ainsi à la perspective d’une pensée du devenir.
4 Ces études invitent ainsi à réfléchir plus radicalement aux modalités de production du
sens qui sont inhérentes au déploiement des structures symboliques dans l’ordre de la
fiction littéraire. L’analyse « noétique » que propose P. Vinclair constitue à cet égard une
percée vers une étude plus systématique du mode de pensée du roman qui ne s’élabore
qu’à la condition de confronter le monde du roman à la conscience du lecteur qui en
reçoit l’expression et réinterprète à partir de lui les structures de sa propre expérience.
D’une autre manière, l’étude des Maximes de La Rochefoucauld que propose A. Laidli
conduit à s’interroger sur la valeur cognitive spécifique de ce type d’énoncé en principe
non narratif en prenant en considération notamment sa dimension d’adresse qui
implique un lecteur (en l’occurrence, une lectrice : Christine de Suède) et qui vise à
travers son usage du texte l’élaboration d’une véritable connaissance pratique.
5 Cette manière de nouer l’expérience littéraire à la perspective du lecteur déplace alors
l’interrogation sur les pratiques philosophiques de la littérature vers une autre
interrogation, concernant les conditions dans lesquelles la littérature met en œuvre des
situations particulières et engage ainsi une réflexion de nature pratique. Le rapport entre
philosophie et littérature peut ainsi s’envisager à travers le prisme des relations qui
unissent imagination morale et fiction ou encore sous l’angle d’une pertinence éthique de
la littérature, relevant de la libre expérimentation de manières de vivre. Dans cette
perspective, les études que P. Fasula et É. Le Jallé consacrent à la discussion des thèses de
Martha Nussbaum permettent de préciser la nature de la transformation que la
littérature peut opérer sur le questionnement philosophique. Comme y insiste P. Fasula,
cette transformation concerne avant tout la réélaboration permanente d’une
interrogation éthique fondamentale (« comment faut-il vivre ?) dans la confrontation
avec des situations narratives particulières qui en relativisent par avance les réponses
possibles. En proposant une relecture de David Copperfield à la lumière du rapport entre
l’amour et le point de vue moral, É. Le Jallé est amenée quant à elle à corriger de manière
importante les conclusions énoncées par Nussbaum à ce sujet, révisant alors la position
éthique générale qui peut être attribuée au roman de Dickens.
6 Il apparaît alors que la littérature offre à la réflexion un creuset d’expériences singulières
qui, si elles résistent a priori à la dimension englobante du concept ou aux catégorisations
formelles du jugement moral, peuvent néanmoins participer à leur élaboration, c’est-à-
dire aussi à leur révision. Cet apport fondamental de la littérature tient sans doute à ce
qu’elle se nourrit elle-même de ces expériences ordinaires qui forment la trame de nos
existences et auxquelles elle ajoute de multiples points de vue réflexifs, ceux de l’auteur,
de ses personnages, du narrateur, ou encore celui du lecteur. Cette expérience réfléchie
s’avère en outre transformatrice. Dans son étude de quelques récits de deuil (Simone de
Beauvoir, Peter Handke), R. Le Berre souligne ainsi à la fois la manière dont ces récits
reconfigurent une expérience de deuil qui leur préexiste et les effets de cette
reconfiguration sur le sujet de l’écriture : le récit devient ainsi l’occasion d’une
transformation de soi, aussi bien que d’une réélaboration des jugements, des pensées et
des formes de vie qui relient le sujet à soi, aux autres et au monde.

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Philosophie et littérature : savoirs, pratiques, transformations 3

AUTEURS
PHILIPPE SABOT
UMR 8163, CNRS et Université de Lille

ÉLÉONORE LE JALLÉ
UMR 8163, CNRS et Université de Lille

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