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Baccalauréat européen 2004 – Français langue 2

Un voyage en chemin de fer

La scène se passe dans les années 1850. L'oncle Hippolyte est opposé au chemin de fer qui
commence à se développer, alors que Lazare et le Grand Frisé en sont des admirateurs
enthousiastes. Ils ont réussi à persuader l'oncle Hippolyte de les accompagner un dimanche
pour une excursion de Lyon à Saint-Étienne.

Le train avait franchi le tunnel de Vernaison et attaquait maintenant la grande montée.


Puis, lorsque commença le tunnel de Terrenoire, au terme de l'ascension, Lazare
Prévint l'oncle Hippolyte :
- Nous allons passer sous la montagne du bois
d'Avaize.
- Encore un tunnel ? s'effraya l'oncle.
- Oui, l'oncle, et c'est le plus long : nous allons rouler 1 500 mètres sous la montagne.
- Grand Dieu ! Près d'une lieue 1 sous terre ! s'écria le bonhomme qui se cala dans son coin
et, fermant les yeux, se mit à prier.
Pendant les cinq minutes que dura l'aventure, les deux jeunes gens discutèrent
gaiement pour le tranquilliser. À vrai dire, ils étaient fortement émus eux-mêmes à la
pensée de rouler pendant mille cinq cents mètres sous terre. L'atmosphère était enfumée,
et desescarbil1es 2, encore rouges, tourbillonnaient autour du convoi. L'oncle murmurait:
- C'est le sabbat 3 ! Oui, c'est le sabbat !
À la gare de Saint-Étienne, il faisait un beau soleil. Les bois qui couvraient les monts
alentour étaient bien tentants, mais les voyageurs avaient autre chose à faire qu'à se
promener dans les prés fleuris : Saint-Étienne, patrie du chemin de fer, leur offrait beaucoup
mieux. Ils passèrent leur journée dans ce paradis ferroviaire, que l'oncle Hippolyte lui-même
découvrait avec enchantement.
Le soir, au retour, alors que le train redescendait à vive allure vers le Rhône, l'oncle
poussa un petit cri. Lazare et le Grand Frisé, qui plaisantaient, le regardèrent. Ils le virent
faire un grand signe de croix :
- Eh bien, oncle, vous sentez-vous mal ? demanda le Grand Frisé.
-Non, non, dit le vieux, mais je pense tout à coup que c'est aujourd'hui dimanche ! Pour
satisfaire une envie de voyage, nous avons exigé que tous ces employés, ces mécaniciens,
ces chauffeurs ne respectent point le jour du Seigneur !
II y eut un silence gêné. Ce fut le Grand Frisé qui, avec un sourire ironique, le rompit en
disant :
- Oncle Hippolyte, vous avez eu une bonne idée de n'y prendre garde que lorsqu'il était trop
tard. Dieu vous en tiendra compte, n’en doutez pas !

Henri VINCENOT (I912-1985), La Pie saoule (© L'Amitié par les livres, 1956).

1. lieue : ancienne mesure de distance, de valeur variable.


2. escarbilles : fragments de charbon, incomplètement brûlés.
3. sabbat: (ici) tapage, bruit d'enfer, évoquant une assemblée nocturne et bruyante de sorciers et de
sorcières.
I. COMPRÉHENSION (20 points)

1. Quel est l'état d'esprit de l'oncle Hippolyte au moment d'entreprendre ce voyage en train ?
(5 points)

2. Comment l'état d'esprit de l'oncle Hippolyte évolue-t-il ? Justifiez votre réponse.(5 points)

3. Comment comprenez-vous l'expression « paradis ferroviaire » (ligne 17) ? (5 points)

4. Quels scrupules l'oncle Hippolyte exprime-t-il vers la fin du texte ? (5 points)

II. INTERPRÉTATION (40 points)


1. Comment expliquez-vous l'émotion ressentie par les trois voyageurs (lignes 5 à 13) ?
Cette émotion peut-elle encore être ressentie par des voyageurs à notre époque ?
(20 points)
2. L'oncle Hippolyte émet une réflexion qui pourrait gâter le plaisir de ses compagnons (lignes
22 à 24).
Que pensez-vous de la remarque que fait alors le Grand Frisé (lignes 25 à 27) ?(20 points)

III. ESSAI (40 points)

Vous traiterez, au choix, l'un des deux sujets suivants :

1. Certains métiers obligent à beaucoup voyager. Aimeriez-vous exercer l'un de ces métiers ?
Justifiez votre réponse, en examinant les avantages et les inconvénients de ce type d'activités
professionnelles.

2. Le roman que vous avez étudié, Un aller simple de Didier Van Cauwelaert, n'est-il qu'un
roman réaliste, évoquant certains aspects de la société contemporaine ? Justifiez votre réponse.