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Les passions du peintre (1914-1920)[modifier | modifier le code]

Nu allongé sur un oreiller blanc, vers 1917, huile sur toile, 60 × 92 cm, Stuttgart, Staatsgalerie.
À son retour de Livourne, Modigliani retrouve ses amis, sa misère et sa vie marginaleN 23. Sa santé se dégrade mais
son activité créatrice s'intensifieM 50 : il se met à peindre pour de bon46. De 1914 à 1919, apprécié des marchands
Paul Guillaume puis Léopold Zborowski, il produit plus de 350 tableaux47 qui commencent à se vendreM 51, même si
la Première Guerre mondiale retarde cette reconnaissanceR 2 : cariatides, portraits nombreux
et nus resplendissants48. Parmi ses maîtresses se distinguent la volcanique Beatrice Hastings et surtout la
tendre Jeanne HébuterneN 32, qui lui donne une fille et le suit dans la mort.
La vie d'un artiste maudit[modifier | modifier le code]
Errance, alcoolisme et toxicomanie croissants, amours orageuses ou sans lendemain, exhibitionnisme agressif :
Modigliani incarnera la jeunesse brûléeM 52.
Rentré à Paris durant l'été 1913, il reprend sa cage du boulevard RaspailP 29 puis loue des ateliers-logements au
nord de la Seine (passage de l'Élysée des Beaux-Arts, rue de DouaiN 23, Place Émile-GoudeauM 53) tout en passant
ses journées dans le quartier du Montparnasse où ont peu à peu migré les artistes de Montmartre et qui, jusqu'alors
campagnard, est en pleine rénovationN 20.

La crèmerie-restaurant Chez Rosalie, rue Campagne-Première, vers 1918-1919.


Au Dôme ou à La Closerie des Lilas il préfère La Rotonde, rendez-vous d'artisans et d'ouvriersP 54 dont le
propriétaire, Victor Libion, laisse les artistes rester des heures devant le même verreP 48. Il a ses habitudes chez
Rosalie, connue pour sa cuisine italienne bon marché et sa générositéN 20, et à qui il répète qu'un artiste sans le sou
ne devrait pas payerP 55. Pauvre Amedeo ! se souvient-elle. Ici, il était comme chez lui. Quand on le trouvait endormi
sous un arbre ou dans une rigole, on le portait chez moi. Alors, on le couchait sur un sac dans l'arrière-boutique
jusqu'à ce que la cuite lui soit passéeN 33. Pendant la guerre il fréquente aussi, impasse du Maine, la « cantine » et
les soirées de Marie VassilieffP 56, qui toutefois redoute ses éclatsP 57.
Plus que jamais, « Modi »k aviné — quand il ne combine pas l'alcool aux stupéfiants — fanfaronneM 52, déclame des
versl, se lance dans des tirades lyriques ou des altercations17 : seul Libion saurait le calmer49. Quand il échoue
au poste de police, le commissaire Zamarron, féru de peinture, l'en fait sortir ou lui achète en se privant quelque
toile ou dessinM 54 : son bureau à la préfecture est orné d'œuvres de Soutine, Utrillo, Modigliani, habitués du
commissariatP 54.
Lors de la mobilisation d'août 1914 Modigliani veut s'engager, mais ses problèmes pulmonaires empêchent son
incorporationK 15. Il reste un peu isolé dans Montparnasse47, malgré le retour des réformés pour blessures graves :
Braque, Kisling, Cendrars, Apollinaire, Léger, ZadkineP 59… Contrairement à celles de Picasso, Dufy, La
Fresnaye ou des expressionnistes allemands, ses œuvres ne comportent aucune allusion à la guerre, même quand
il peint un soldat en uniformeA 19.

Madame Pompadour (Béatrice Hastings), 1915, huile sur toile, 61 × 50 cm, Art Institute of Chicago.
Il multiplie les aventures, d'autant que, se rappelle Rosalie, comme il était beau, savez-vous ? Sainte Vierge !
Toutes les femmes lui couraient aprèsN 33. Ses relations avec l'artiste Nina Hamnett, la « Reine des Bohémiennes »,
n'ont probablement pas dépassé l'amitiéP 60 mais avec Lunia Czechowska, qu'il a connue grâce aux Zborowski et
peinte quatorze foisN 34, peut-être. Entre autres passades, Elvira dite la Quique (« la Chica ») est une entraîneuse de
Montmartre : leur rapport érotique intenseN 32 a donné lieu à plusieurs nus et portraits avant qu'elle ne le quitte
brusquementP 61,m. Quant à l'étudiante québecoise Simone Thiroux (1892-1921), accouchée en septembre 1917 d'un
filsn que Modigliani refuse de reconnaître50, elle oppose en vain à sa muflerieP 63 des lettres où elle quémande
humblement son amitié51.
Le peintre a vécu en revanche du printemps 1914 à 1916 avec la poétesse et journaliste britannique Beatrice
Hastings. Tous les témoins évoquent un coup de foudre. Béatrice a de l'allure, de la culture, un côté excentriqueP 64,
et un penchant pour le cannabis et la boisson qui fait douter qu'elle y ait freiné ModiglianiM 55, même si elle affirme
qu'il n'a jamais rien fait de bien sous l'effet du haschichK 16. D'emblée tumultueuse, leur relation passionnelle faite
d'attirance physique et de rivalité intellectuelleN 35, de scènes de jalousie terribles52 et de réconciliations tapageusesP
64
, alimente les potins. Béatrice lui inspire de nombreux dessins et une dizaine de portraits à l'huileM 55 parfois
humoristiquesN 35. Un porc et une perle dira-t-elle de lui, lassée de leurs querelles de plus en plus violentesK 16,53. L'art
de Modigliani n'en a pas moins gagné en fermeté et en sérénitéM 56 durant la période Hastings54.

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