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Modigliani, sculpteur[modifier | modifier le code]

Malgré l'ancienneté de sa vocationM 44, Modigliani se lance dans la sculpture sans formationN 24.

Tête, 1912, calcaire, 68 × 16 × 24 cm, New York, musée Guggenheim.


Depuis des années il considère la sculpture comme l'art majeur et ses dessins comme des exercices préalables au
travail du ciseauP 47. À Montmartre, il se serait dès 1907 exercé sur des traverses, l'unique statuette en bois
authentifiée étant toutefois postérieureM 45. Des rares œuvres en pierre réalisées l'année suivante subsiste une tête
de femme à l'ovale étiréP 47. 1909-1910 marque un tournant esthétique13 : il se jette à corps perdu dans la sculpture
sans cesser tout à fait de peindre43,M 31,K 5 — quelques portraits, peu de nus entre 1910 et 1913P 48 —, d'autant que la
toux due aux poussières de la taille et du polissageP 47 le force à suspendre par périodes son activitéM 28. Dessins et
peintures de cariatides accompagnent son parcours de sculpteurM 46 comme autant de projets avortésA 15.
En ces années d'engouement pour l'« art nègre », Picasso, Matisse, Derain, beaucoup s'essaient à la sculptureK 5.
Que ce soit ou non pour rejoindre Constantin BrâncușiM 44 que le Dr Alexandre lui a présentéA 7, Modigliani
emménage à la Cité Falguière et se fournit en calcaire dans d'anciennes carrièresN 29 ou sur les chantiers de
Montparnasse (immeubles, métro)K 11. Quoique ignorant tout de la technique, il travaille du matin au soir dans la
cour : en fin de journée il aligne ses têtes sculptées, les arrose avec soin et les contemple longuementP 49 — quand
il ne les orne pas de bougies en une sorte de mise en scène primitiveN 30,K 12.

Cariatide, v. 1912, huile sur toile, 72,5 × 50 cm, Düsseldorf, Kunstsammlung Cariatide, v. 1914, grès, 92 × 41,5 cm, New York, Museum
Nordrhein-Westfalen. of Modern Art.
Brâncuși l'encourage41 et l'a convaincu que la taille directe permet de mieux « sentir » la matièreN 31. Le refus de
modeler d'abord le plâtre ou l'argile plaît sans doute aussi au jeune néophyte par le caractère irrémédiable du
geste, qui oblige à anticiper la forme ultimeK 12. La plénitude se rapproche […] Je ferai tout dans le marbre, écrit-ilN 19,
signant ses lettres à sa mère « Modigliani, scultore »K 13.
À partir de ce qu'il admire — statuaire antique et renaissante, art africain, orientalM 47, contemporainP 49 —, Modigliani
trouve son styleK 11. En mars 1911 il expose plusieurs têtes de femmes avec des esquisses et des gouachesP 49 dans
le grand atelier de son ami Amadeo de Souza-CardosoM 46. Au Salon d'automne de 1912 il présente « Têtes,
ensemble décoratif », sept figures conçues comme un tout après de nombreuses détrempes préparatoires7 :
assimilé à tort aux cubistes, il est du moins reconnu comme sculpteurP 50. Quant aux cariatides — retour délibéré à
l'antiqueK 14 —, s'il n'en a laissé qu'une, inachevéeP 51, il les rêvait comme les colonnes de tendresse d'un Temple de
la VoluptéA 16.
Modigliani abandonne peu à peu la sculpture à partir 1914P 52, continuant de loin en loin jusqu'en 1916M 48 : les
médecins lui ont maintes fois déconseillé la taille directe44 et ses quintes de toux vont à présent jusqu'au malaiseP 47.
D'autres raisons ont pu s'ajouter : force physique exigée par cette techniqueA 17, problème de l'espace qui le
contraint à travailler dehors, coût des matériaux38, pression enfin de Paul Guillaume, les acheteurs préférant les
tableauxA 18. Il se peut que ces difficultés et les réactions du public aient découragé l'artisteM 49 : dès 1911-1912, ses
proches observent qu'il est de plus en plus amer, sarcastique, d'un cabotinage extravagantP 53. Roger van
Gindertael invoque en outre son penchant nomade et son impatience à s'exprimer, à achever son œuvre45. Devoir
renoncer à son rêve n'aura en tout cas pas contribué à le guérir de ses addictions16.