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LA MAÎTRESSE DU MINISTRE

Chapitre I
Je l’ai tout de suite reconnu. Un jumeau, une âme sœur, un alter ego.
Nous avions le même humour, nous partagions les mêmes valeurs et les
mêmes intérêts. Pendant quelques années, notre relation a été très platonique
mais à un moment donné, j’ai fini par sentir qu’il s’éprenait de moi, qu’il
devenait sensible à mon charme tout en se gardant de l’exprimer. J’étais
aussi très attachée à lui mais je ne voulais pas d’une relation avec un homme
marié, encore moins avec un homme de son rang social, par respect pour
moi et pour l’autre femme.
Puis un jour, portés par l’ivresse du classique verre de vin, dans une
ambiance propice au rapprochement, nous avons laissé nos bonnes
intentions de côté. Mon attirance pour lui a eu raison de mes principes et
nous avons cédé: C’était le début d’une liaison dangereuse.
Nous avons vécu une folle passion: les rendez-vous dans l’ombre, le cœur
qui bat la chamade, les courriels enflammés, les coups de fil nocturnes.
Nous volions très haut. Nous étions en phase sur tous les plans: affectif,
sexuel, spirituel et même philosophique. Je l'admirais beaucoup. J’étais fière
qu’un homme d’une telle envergure, d’un tel charisme et d’une telle
influence s’intéresse à moi. Il correspondait en tout point au compagnon tel
que je me le représentais: vif d’esprit, cultivé, intellectuel, tendre, drôle et
attentionné.
Au bout de deux mois, j’ai néanmoins voulu rompre car je souffrais déjà
d’être reléguée au second plan. Son épouse s’interposait entre nous tel un
fantôme, même comme parfois je ressentais aussi de la culpabilité envers
cette femme que je ne connaissais pas. Cependant, à mes yeux notre amour
méritait d’être connu de tous. Quand je lui ai annoncé ma décision de faire
une pause, il m’a répété à maintes reprises, les yeux plantés dans les miens
et le ton solennel: «je t’aime profondément, tu es la femme de ma vie, je ne
te laisserai pas tomber. Attends-moi». Alors j’ai attendu et ce pendant
longtemps, mais les années qui ont suivi m’ont marqué au fer rouge.
Je n’ai pas douté une seconde de sa sincérité. J’étais certaine qu’il allait
honorer son engagement, après tout je le connaissais depuis longtemps. Je
décidai donc de continuer ma relation avec Rémi-X alias «Monsieur Pilou»,
comme j’aime l’appeler. Je l’appelle ainsi parce qu’il a un pilon efficace. Du
haut de ses cinquante-trois ans, il me fait vibrer au lit. Mon Pilou Pilou me
"pile" bien. Il ne voulait pas me considérer comme sa maîtresse, j’étais son
«grand amour». Étais-je naïve ? Non, je ne le pense pas. Je continue de
croire encore aujourd’hui qu’il était sérieusement épris de moi. Il n’était pas
le genre à cumuler les aventures ni à se jouer des femmes.
Sauf que la situation a fini par me rendre dingue. Je dormais mal, je
mangeais peu, je prenais des médicaments, je pleurais tous les jours, mais je
lui cachais toutefois mon désarroi de peur de le faire fuir. Sincèrement, quel
homme marié voudrait d’une fille qui pleurniche ? Quelle sera sa raison de
quitter sa femme pour elle ? Lorsque venait le temps des vacances
familiales, il se sentait coupable et me couvrait de cadeaux. Je redoutais
toujours ces périodes durant lesquelles il se rapprochait de sa famille et
rongée par l’angoisse, j’étais toujours en attente d’un courriel ou d’un coup
de fil. Il me racontait ses balades avec ses gosses et les soupers dans sa
belle-famille. Je l’imaginais avec les siens et moi ça m’anéantissait; Je ne
supportais plus de ne pas être choisie.
J’ai fini par le confronter car je sentais qu’il ne passerait pas aussi
facilement à l’acte. Alors, à l’occasion de l’une de ses missions au Maroc à
laquelle je l’ai accompagné, il m’a finalement avoué qu’il ne quittera pas sa
femme. Il n’existait pas de mots assez forts pour décrire ma douleur. J’ai
senti le sol se dérober sous mes pieds pendant quelques secondes. Après ce
week-end là, le diagnostic de l’hôpital était sans nuance; j’ai dû passer deux
semaines à la maison sans aller au travail. Cette rupture amoureuse me
plongea dans une profonde dépression nerveuse, affectant ainsi gravement
mon état psychologique.
Nous avons coupé les ponts pendant un bon bout de temps, avant de
renouer le contact. Il a fini par me faire les mêmes promesses avec la même
ardeur. «Les choses ont évolué, donne-moi encore un peu de temps» disaitil. Je
pense qu’il voulait y croire. Moi en tout cas j’y ai cru pour une
deuxième fois. Il a d’ailleurs annoncé à sa femme et à ses enfants son
intention de quitter le toit familial. Ses hommes de main avaient déjà requis
les services d’agents immobiliers afin de vendre sa grande propriété. Notre
projet de vie commune prenait forme: je me voyais déjà aussi apparaître à la
télé comme l’épouse de MONSIEUR LE MINISTRE, nous allions vivre
dans une jolie maison, j’avais hâte de le présenter à ma famille dont bon
nombre de membres ignorait notre idylle. Il n’y a aucune fierté à faire valoir
qu’on fréquente un homme qui n’est pas libre. Et puis je n’avais pas envie
d’entendre: «Regardez-moi la djomba ci !» (Maîtresse).
Quelques semaines après avoir dit à sa femme qu’il la quittait, il est
redevenu fuyant. Il s’est mis à espacer nos rendez-vous, son ton vis-à-vis de
moi changea, et il ne faisait toujours pas sa valise. Alors, je l’ai à nouveau
confronté et je me souviens de la scène. J’étais dans une cabine
téléphonique et je cognais sur les parois. Il promit de venir me voir en
personne pour s’expliquer mais ne l’a jamais fait.
Je crois que c’est lorsqu’il a été question de vendre sa propriété qu’il a
reculé. Probable que ses enfants soient aussi bouleversés par une éventuelle
séparation de leurs parents. Je présume qu’il n’a pas supporté le fait
d’incarner à leurs yeux le rôle du méchant qui quitte leur mère.
Je pense que ma principale rivale ici n’était pas seulement sa femme, mais
plutôt une combinaison de facteurs qui se dressaient devant moi: ses
enfants, leur maison, leur chalet, leurs amis, leur confort, leur standing de
vie. Les hommes se définissent beaucoup plus par leur réussite familiale, par
conséquent ils n'oseraient jamais faire éclater cette bulle qui symbolise
l’aboutissement d’un projet de vie. Je lui en veux encore d’avoir fait passer
tout cela avant nous. Il a beaucoup utilisé les enfants pour retarder
l’échéance et, aujourd’hui ils sont adultes et ont quitté le nid familial: lui
non.
Comment faisait-il pour vivre sans moi ? M’aimait-il autant qu’il le
prétendait ? Ça reste à ce jour un grand mystère. J’étais dans l’illusion qu’il
percevait cet amour de la même manière que moi dans l’absolu. Mais non,
je me suis trompée sur toute la ligne. Il est différent de toi Yolande ! Me
disais-je intérieurement. Il a son univers, son jardin secret et sa propre
conception des choses. C’est la conclusion que je tire de cet épisode de ma
vie dont je porte toujours les séquelles. Une partie de moi est abîmée à
jamais.
Je lui en veux d’avoir nourri mon espoir si longtemps. Je lui en veux de
m’avoir trahie à mort. Le salaud ! Je sais aussi que j’ai contribué moi-même
à mon propre malheur. J’ai fait un mauvais choix et je le reconnais, j’ai
gâché ma trentaine.
C’est un épisode de ma vie dont je parle rarement parce que je ne
supporte pas les jugements à l’emporte-pièce. Notre histoire n’est pas celle
d’une fille naïve qui s’est faite avoir par un connard qui trompait sa femme
encore moins celle d’une «voleuse de mari». Cependant, les gens ont
tendance à coller des étiquettes pour se conforter dans leurs préjugés et
pensent qu’il y a le bien d’un côté et le mal de l’autre, alors qu’il existe un
océan de nuances et de subtilités entre les deux. Les Hommes sont si
complexes. Monsieur Pilou, je t’aime encore tu n’as pas idée. Si seulement
tu pouvais le savoir…
Je me nomme Marie-Yolande Abessolo: «Marie-yo» pour les intimes,
«Yoyo» pour mes gars, et «Abess» pour mes amis et connaissances. Je suis
la fille de Marcel Abessolo et de Liliane Mvoua, «Madame Abess». Nous ne
sommes que deux enfants: ma petite sœur Soraya Abessolo et moi. Mon
père est un grand cultivateur de cacao. Nous avons toutes les deux grandi
dans la saveur et la semence du cacao. Je suis 100% Camerounaise et de
l’ethnie Eton. Les Eton appartiennent à la grande tribu des Beti, et sont les
ressortissants de la région du Centre Cameroun. Ils ont la réputation d’avoir
«cinq minutes de folie», de ne bagarrer qu’à l’aide des machettes, d'être
aussi des «mangeurs de savon»: Se sont de «vrais fous» quoi ! Mais bon,
des stéréotypes et des préjugés on en attribue à chacune des tribus dans mon
pays. Nous sommes originaires d’une petite localité appelée Okola.
Okola est une petite ville située à quelques kilomètres de Yaoundé, la
capitale du Cameroun. On pourrait dire que c’est une banlieue de Yaoundé
car en voiture, le trajet est de quarante minutes maximum. C’est dans ce
petit village que moi, Yoyo, j’ai grandi. J’y ai fait mon école primaire et le
lycée classique. Après l’obtention de mon baccalauréat, je suis partie pour
des études universitaires dans la capitale. J’ai intégré l’université de
Yaoundé I à Ngoa-Ekele, plus précisément à la faculté des sciences. Très
brillante comme étudiante, j’y ai décroché ma licence en biochimie. Plus
tard, je me suis mariée à seulement vingt-deux ans avec mon amour de
lycée, Yves Akono. Le mariage a duré trois ans, mais dû au fait que je
n’arrivais pas à faire d’enfants, ma belle-famille s’est mise à me harceler et
à me persécuter. Yves quant à lui, me trompait de gauche à droite. Ne
pouvant plus supporter toutes ces humiliations, j’ai demandé le divorce.
Dans la mouvance de mon amour pour mon mari, j’ai mis ma carrière en
«stand-by» pour lui qui gagnait plutôt bien sa vie et qui avait demandé à ce
que je ne travaille plus. Après le divorce, bien évidemment, j’avais décidé
de reprendre mes études en me présentant au concours d’entrée à la FASA
(Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles) à l’université de Dschang,
dans la région de l’Ouest du Cameroun. Je passai le concours avec brio et
mention à l’appui. Je fis donc mon entrée à la FASA à l’âge de vingt-cinq
ans en tant que jeune étudiante, divorcée, et sans enfants.
Je noyais mes soucis dans les cahiers et les examens. Le temps passa très
vite et trois ans plus tard, je décrochais mon diplôme d’ingénieur agronome.
Je repris donc la route de la cité capitale où je me suis lancée dans le monde
professionnel. J’ai également fait six mois de cours d’anglais au centre
pilote de Yaoundé dans le but de booster mon CV et être plus compétitive
dans le marché de l’emploi. Étant donné que le Cameroun est un Pays
bilingue, maîtriser les deux langues officielles représente un atout majeur.
Après quelques mois au chômage, j’ai été recrutée comme chef de projet à
l’IRAD (Institut de Recherche Agricole pour le Développement) de
Yaoundé sis au quartier Nkolbisson. J’y travaille depuis près de sept ans.
Je gagne bien ma vie. J’ai eu à rencontrer des personnalités très
importantes du pays dans le cadre de mon travail, y compris Rémi-X.
Aujourd’hui, j’ai trente-cinq ans et c’est le jour de mon mariage.
Assise devant ce grand miroir dans ma chambre, pendant que la
maquilleuse me pomponne et que les gens s’activent de gauche à droite
autour de moi, je passe en revue ma vie de ces cinq dernières années. Tout a
été organisé par mon futur mari: service traiteur, salle de réception, DJ, bref
la totale. Ma robe a été commandée de Paris. Mes parents sont heureux de
voir enfin leur VIEILLE FILLE se marier, d’autant plus qu’ils n’y croyaient
plus. Car après Yves, je suis restée bien silencieuse au sujet de ma vie
amoureuse. Contrairement à moi, ma petite sœur Soraya s’est mariée à un
européen dont elle avait fait la connaissance sur internet et qui l’a fait
voyager. Ils ont aujourd’hui deux enfants. Il y’en a qui savent viser haut.
Tout le monde n’est pas Yolande, la vieille divorcée sans enfants. On dirait
que je ne suis pas une fille Beti, parce que nous sommes reconnues ici au
Cameroun comme étant celles qui sont prêtes à tout pour avoir un blanc. On
aime le confort et la richesse, mais c’est aussi notre faiblesse.
Le cortège de voitures se déplace pour la mairie de Nlongkak (quartier de
Yaoundé). La belle-famille a sa tenue, maman et mes tantes ont la leur. Mes
amies aussi ont la leur. Soraya a tenu à avoir une tenue à elle toute seule, car
dit-elle, elle est ma seule et unique sœur.
Nous arrivons donc à la mairie et nous sommes installés, mon futur époux
et moi. Le maire commence le rituel. Il prêche les leçons sur le mariage, les
conduites à tenir et tout ce qui va avec et enfin, vint la phrase que tout le
monde attendait depuis:
Le maire (s’adressant à mon futur mari): Monsieur Patrice Edou-Mbah,
acceptez-vous de prendre pour épouse mademoiselle Marie-Yolande
Abessolo ? Promettez-vous de l’aimer, de la chérir aujourd’hui demain et
pour toujours ?
Patrice (tout souriant) : Oui je le veux.
La salle: Iyeééééééééé.
Le maire (s’adressant à moi): Mademoiselle Marie-Yolande Abessolo,
acceptez-vous de prendre pour époux monsieur Patrice Edou-Mbah ?
Promettez-vous de l’aimer, de le chérir aujourd’hui demain et pour
toujours ?
Moi (avec un ton ferme): Non, je ne le veux pas.
Un silence de mort règne dans la salle.
Patrice (avec un air relaxe): Oooh chérie, ne fais pas l’intéressante, s’il te
plait !
Le maire (me regardant): Vous avez dit ?
Moi (le visage encore plus ferme): Non ! Je ne veux pas l’épouser.
Patrice regardant l’expression de mon visage, se rendait malheureusement
compte que ce n’était pas une blague.
Lui (haussant le ton): Tu es sérieuse là, Yoyo ?
Moi (le regardant droit dans les yeux): Oh que si, Patrice. Je ne veux pas
t’épouser !
Sa mère se lève de son siège derrière nous et vient nous retrouver devant.
Elle (claquant les mains en regardant son fils): Je t’avais bien dit de ne
pas m’amener cette villageoise. Je savais que ce n’était qu’une petite
sorcière, des mangeurs de savon et des sorciers. Voilà maintenant.
Se tournant vers moi.
Elle: Tu vas l’épouser ma chère !
Elle raconte quoi là ? L’amour n’est pas forcé à ce que je sache. Cette
femme m’énerve. I swear to God, I hate her.
Moi (la regardant méchamment): Je n’épouserai pas votre fils, madame
Mbah !
Les bruits commencent à se faire entendre dans la salle. Les gens
murmurent. Ma belle-famille crie de son côté. Je vois le regard interrogateur
de mon père fixé sur moi. Mais je lui donnerai des explications plus tard.
Monsieur le maire: Que faisons-nous finalement, mes enfants ?
Je n’avais pas articulé ma phrase pour répondre au maire que cette vieille
chipie d’Hélène Mbah posait ce qui lui sert de mains sur moi.
Paf ! Paf !
Madame Mbah, la mère de Patrice venait de m’appliquer une belle paire
de gifle. Je vois maman qui se lève derrière pour venir prendre ma défense.
Maman (s’adressant à la mère de Patrice): Mais vous vous prenez pour
qui ? Vous osez porter main sur ma fille ? Si elle ne veut pas épouser votre
fils, elle a ses raisons à elle.
L’une des choses que j’aime chez maman, c’est que même si elle n’est pas
d’accord avec tes décisions, elle te protège tout d’abord en public. Mais
sache qu’après, tu devras lui donner des explications valables pour justifier
ta conduite.
Ne voulant pas créer un scandale, papa, maman, Soraya et moi avions
regagné la porte de sortie et le chauffeur nous y a pris pour mon
appartement, laissant tous les invités du mariage sans voix.
Je ne voulais pas être sa femme et j’attendais ce moment depuis bientôt
trois ans. Eh oui, je viens de dire "NON" à son altesse, Patrice Edou-Mbah,
qui est en même temps mon patron. Car, c’est lui le directeur général de
l’IRAD où je travaille. C’est d’ailleurs là que nous nous sommes rencontrés
quand j’étais dans mes phases de «break-up-come-back» avec Rémi-X. J’ai
pris la relation au sérieux au tout début mais comme je n’arrivais pas à
concevoir, la mère de Patrice était carrément venue s’installer chez nous. Ils
se sont mis à me mettre les bâtons dans les roues, je vivais un enfer dans ma
propre maison. Je ne pouvais prendre aucune décision dans mon propre
foyer et je n’avais pas le soutien de Patrice. Au contraire, il n’écoutait que sa
mère. Ne pouvant supporter d’être traitée comme la pire des merdes, j’ai dû
me remettre avec Rémi-X, alors qu’on venait de se séparer. Maintenant que
je suis enceinte, Patrice veut m’épouser. Mais, ce qu’il ignore c’est que cet
enfant n’est pas de lui. Il est de Rémi-X qui de son côté, n’est pas au courant
de ma grossesse et je préfère que cela reste ainsi. J’ai souffert pour avoir cet
enfant. À trente-cinq ans, une femme selon la culture africaine devrait déjà
être mariée et mère, ce qui n’est pas mon cas. Je suis plutôt enceinte d’un
membre du gouvernement camerounais, qui me traite comme sa petite
muse. Et là, je viens de dire non à mon patron devant ses amis et sa famille.
********************
Dans la voiture, sur le chemin du retour, mes parents et ma sœur veulent
comprendre pourquoi j’ai dit non, alors que nous avons passé presque trois
mois à préparer ce mariage.
Papa: Tu peux me dire ce qui t’a pris de dire non ? Je te préviens que nous
n’avons pas d’argent à rembourser à la famille Mbah. Où va-t-on prendre
cinq porcs, deux bœufs, vingt-cinq tissus Wax, un sac de kolas, dix cartons
de vin rouge, un réfrigérateur, et une somme de deux millions cinq cent
mille francs CFA ? Alors Yoyo ? J’espère que lorsque tu poses tes actes, tu
pourras les assumer. Car, tout le village a déjà mangé.
Bien évidemment, chez les Eton, la femme coûte assez cher. Pour doter
une fille Eton, il faut bien se préparer; je dirai même des années à l'avance,
parce que ce n’est pas du chocolat.
Moi: Papa s’il te plait, ce n’est pas le moment de parler de tout cela. Je ne
veux pas faire ma vie avec Patrice.
Maman: Mais tu t’es vue Yoyo ? Tu as déjà trente-cinq ans. Quand est-ce
que tu comptes te marier ? Dis-moi, ma fille. Regarde ta petite sœur, elle a
déjà deux enfants.
Ça y est ! Ça recommence. C’est toujours pareil; à la moindre situation,
au moindre faux pas, on me compare à Soraya. Pfff ! Je suis moi, Y-o-l-a-nd-e, à
prendre ou à laisser. Et qui s’y frotte mal s’y pique, comme le grand
Patrice.
LA MAÎTRESSE DU MINISTRE

Chapitre II : Je l’ai dans la peau

** Un mois plus tard **

L’agronome est «un ingénieur du vivant» qui met à profit ses


connaissances techniques et scientifiques liées à l’environnement. Un
ingénieur agronome peut se spécialiser dans la connaissance des sols, des
plantes ou des animaux. Dans mon cas, je suis un ingénieur des sols et j’ai
hérité cela de monsieur Abessolo, mon père, réputé être le grand planteur de
cacao de tout le département de la Lékié à Okola.
En tant que chef de projet à l’IRAD, je passe 80% de mon temps au
bureau et 20% sur le terrain. Je collabore à la fois à la direction régionale et
à la nationale, dans le secteur de l’agriculture. Je peux ainsi participer à tout
le processus décisionnel. Mais, j’aime plus le volet relationnel qui demande
beaucoup de déplacements et de réunions. C’est d’ailleurs au cours d’un de
mes multiples voyages que j’ai eu à rencontrer Son Excellence Monsieur le
ministre. Ça me manque d’être sur le terrain en contact avec la terre et
quoique l’on dise, j’adore mon travail. C’est mon premier mari. D’ailleurs,
je n’ai pas d’autre pour le moment.
Depuis les événements de la mairie le mois dernier, de l’eau avait coulé
sous les ponts, et la vie avait repris son cours normal. Comme on dit: «après
la pluie, le beau temps». On devait bien continuer de vivre, malgré tout.
Plongée dans l’étude d’un dossier qui me remuait les méninges depuis
deux bonnes semaines, je cherchais à trouver une stratégie. Les agriculteurs
de ce pays ont de grands projets, mais ils ne veulent pas mettre des moyens
en jeu. Ils se disent que les ingénieurs vont créer une formule magique pour
les aider à arriver à leur modeste fin. C’est vraiment dommage, pourtant ils
ont un potentiel assez louable. C’est alors que l’interphone de mon bureau
signale le rouge, un appel venant du secrétariat.
Moi: Oui Thérèse. Dis-je en appuyant sur le combiné.
Thérèse: Madame Abessolo, le DG demande à vous voir dans son bureau.
Moi: Et pourquoi ? Y a-t-il un souci ?
Thérèse: Je n’en sais rien, madame. Je vous transmets juste le message.
Moi: Ok, merci Thérèse.
Je dépose le combiné et me lève pour me rendre dans le bureau de Patrice,
situé au bout du couloir. J’espère que ce n’est pas pour me parler de la scène
du mois dernier à la mairie car je n’ai aucune envie d’en parler. Pour moi,
c’est purement et simplement du passé. Je préfère jouer le rôle de la fille
amnésique sur ce coup.
Je marche en ajustant mon décolleté, la grossesse m’avait rendue encore
plus belle. Je mesure 1m70, taille fine, et métisse ratée (personne très claire
de peau). Je suis la preuve vivante de la perfection de Dieu. Quand j’étais
plus jeune, on disait que je ressemblais à la chanteuse américaine Ashanti.
J’ai tout ce qu’il faut là où il faut. Je m’arrête enfin devant les grands
bureaux de monsieur Edou-Mbah, mon ex-fiancé.
Je frappe à la porte et il m’invite à entrer. Le charmant DG me scrute de
haut en bas, à mon entrée dans son bureau.
Moi: Pourquoi demandes-tu à me voir, Patrice ?
Lui: La toute première règle de morale stipule qu’en matinée, lorsque
notre premier regard se pose sur une quelconque personne, on devrait lui
dire bonjour.
Moi: Bonjour Patrice, pourquoi demandes-tu à me voir ? Satisfait ?
Lui: Assieds-toi Yolande.
Me dit-il, le regard figé sur moi, ou devrais-je plutôt dire dans le creux
que laissait entrevoir mon décolleté blanc.
Je m’assieds sur le fauteuil donnant face à lui, le regardant droit dans les
yeux.
Lui: Mes parents demandent que les tiens remboursent la dot versée, il y a
trois mois.
Moi: Tu peux répéter s’il te plait ? Remettre quoi ?
Lui: Tu m’as bien entendu Yolande. Vous devez rembourser tout ce que
j’ai versé à tes parents en guise de dot, il y a trois mois.
Moi: Désolée mon cher ! Ça ne pourrait aucunement être possible.
Lui: Eh bien ! Débrouillez-vous. Sinon je porterai plainte.
Me dit-il d’un ton narquois en posant ses deux pieds croisés sur la table
de son bureau.
Je souris du bout des lèvres.
Mais il raconte quoi celui-là ? Il porte plainte contre qui dans ce
Yaoundé ? J’espère qu’il sait très bien qui je suis.
Moi: Alors là ! Si c’est la raison pour laquelle tu m’as appelée, je vais
devoir prendre congé de toi, car vois-tu mon cher, j’ai du boulot.
Il me tend un dossier.
Moi: Qu’est-ce que c’est ?
Lui: C’est un marché avec un gros client.
Moi: J’ai cru que c’était ta fameuse plainte dont tu parlais tout à l’heure.
Lui: Non pas du tout, mais ça ne saurait tarder crois-moi.
Moi: Après l’amour ce n’est pas la guerre, Patrice. On peut très bien
rester de bons amis.
Lui: À cause de ton vieux…
Je lui coupe directement la parole. Car je sais qu’il voulait faire allusion à
mon Rémi. Je ne supporte pas qu’on parle de ma relation avec lui.
Moi: Mon vieux quoi Patrice ? Ce vieux dont tu parles là, c’est lui qui
m’a recueillie quand ta sorcière de mère et toi m’aviez jetée dehors comme
une malpropre. C’est lui qui paye mon loyer, chose que tu as été incapable
de faire en me demandant après trois mois de relation d’aménager avec toi
pour éviter de payer deux loyers. La voiture dans laquelle je roule, c’est de
lui; chose que je t’ai demandée pendant deux ans sans réponse concrète,
sinon que des promesses non réalisées. Le carburant de mon véhicule, c’est
toujours lui, ainsi que ma ration alimentaire. Dis-moi, depuis que je te
connais, qu’as-tu fait pour moi si ce n’est ta dot de merde que tu utilises
comme chantage aujourd’hui ? Toi et moi savons que, si la dot n’était pas un
passage obligé pour m’épouser, tu ne l’aurais jamais fait. Une fois que tu as
su que je suis enceinte, tu as rapidement demandé ma main. J’ai toujours
détesté cette facette de toi, un homme peu sûr de lui qui refuse
catégoriquement de couper son cordon ombilical avec ses parents. Patrice à
ton âge c’est ta mère qui décide de la couleur de tes draps et tes caleçons
alors que tu as une copine ? C’est elle qui choisit les différentes écoles de
tes filles, c’est aussi elle qui repasse tes sous-vêtements. Alors s’il te plaît,
épargne-moi tes «non-sens». Je t’ai donné ta chance à plusieurs reprises,
mais tu n’as jamais daigné me prouver que tu étais un homme, un vrai et
non un fils à maman.
Lui: Moi je suis juste un petit directeur général. Que puis-je bien
t’apporter Yoyo ? Eh bien rien, pas plus que ce que te donne déjà ton altesse.
Mais je ne peux choisir entre ma mère et toi, c’est impossible. Le dossier
que je viens de te donner, c’est un marché dans la ville de Mfou, examine le
bien. C’est tout ce que j’avais à te dire. Tu peux disposer.
Moi: Ok merci.
Lui: Et réfléchis bien sur le remboursement de la dot.
Moi: Tu peux toujours rêver !
Je sors de son bureau avec le dossier qu’il m’a remis. Cet homme cherche
vraiment à faire rejaillir mes vieux démons.
J’ai refusé d’être l’épouse de Mbah tout simplement à cause de sa maman.
Du haut de ses quarante-sept ans, père de deux filles, Patrice ne peut prendre
aucune décision concernant sa propre vie. Certes, dans notre tradition ta
mère passe bien avant ta femme, elle reste la seule et unique personne
toujours prête à se sacrifier pour toi et à faire tout son possible pour ton
bonheur. Il existe cependant des mères bizarres et très égoïstes, qui veulent
garder leurs fils pour elles, et pour elles seules. Hélène Mbah est de celles
qui pensent que la femme de son fils est là pour lui et elle. Quelque part, je
ne lui en veux pas, car ta mère reste ta mère. Elle a beaucoup souffert pour
toi, elle a des droits sur toi et tu risquerais d’être puni demain devant Dieu si
tu ne les assumais pas. En revanche, ta femme c’est l’amour de ta vie, la
mère de tes enfants. Ces deux femmes de ta vie attendent de toi une
affection spéciale et une marque d’attention particulière. Mais mon cher
Patrice n’a jamais su équilibrer les choses. Désolé pour lui car, la vie
appartient aux courageux et à ceux qui osent prendre des risques.
Le mois dernier, après que mes parents, ma sœur et moi avions quitté la
mairie, tous les invités se sont dirigés vers la salle qui avait été louée dans le
cadre du cocktail prévu à l’issue la cérémonie de la mairie. Ils avaient
mangé et bu sur fond de querelles et d’insultes entre les deux familles avant
de se séparer. La grande soirée avait été annulée. Ma famille m’a traitée
d’enfant maudite, mais je n’en ai rien à foutre; si mes deux parents me
comprennent, c’est largement suffisant. «Avant d’enlever la paille dans l’œil
de ton voisin, enlève d’abord la poutre dans le tien afin de mieux voir» C’est
ce qu’enseigne le livre Saint, il me semble.
J’avais décidé de garder mes enfants. «Mes choux», car ils sont de faux
jumeaux (un garçon et une fille), selon l’échographie faite par ma tendre et
chère amie, Magalie Raymonde, qui est médecin.
J’ai repris le boulot et je me sens bien. Après avoir cherché à tomber
enceinte pendant cinq bonnes années, cette clinique aux Etats-Unis m’a
finalement aidée à concevoir et à bien mener ma grossesse jusqu’ici. Ça n’a
pas été facile. J’y ai dépensé une énorme somme d’argent pour suivre un
traitement de presque six mois et Dieu merci, je suis enceinte. Même si mes
enfants sont de Rémi, je m’en occuperai moi-même, et je serai une bonne
mère.
Rémi quant à lui, je ne l’ai pas vu depuis bientôt deux mois. Mais la
surprise de taille est que ses virements dans mon compte passent chaque
mois: Il me verse une somme de trois cent cinquante mille francs CFA
mensuellement, sans omettre le fait qu’il a déjà réglé mon loyer pour une
durée de trois ans. Je suis aux petits soins avec lui. Mon salaire à moi, je le
garde pour finaliser mes projets. Il faut dire que je suis pleinement engagée
dans les travaux de construction de ma propre maison du côté de Mbalmayo
(ville du Cameroun située après l’aéroport de Yaoundé) et j’ai pour projet
d’offrir un voyage à mes parents l’été prochain à Mykonos, une île grecque.
Pendant que je suis plongée dans mes dossiers de la journée, mon
interphone de malheur me fait sursauter par sa vilaine sonnerie. Je n’aime
pas cet appareil «made in China».
Moi: Oui Thérèse.
Elle: Madame votre père est à la réception. Devrais-je le faire monter ?
Moi: Non Thérèse, demande-lui de m’attendre sur place, j’arrive.
Elle: Ok madame.
Je n’aime pas cet effet surprise de papa. Il débarque toujours à
l'improviste dans mon lieu de service pourtant je lui ai déjà fait cette
remarque plusieurs fois, en vain.
J’enfile mon pull en cachemire et je prends mon sac à main. Je vais saisir
l’opportunité de cette visite pour prendre ma pause-déjeuner. Je descends et
je le vois assis dans le hall de l’institut. Je vais à sa rencontre et je lui fais un
gros câlin.
Moi: Comment vas-tu papa ?
Il me fait un câlin en retour. J’aime beaucoup mon papounet.
Lui: Hum Yolande, les nouvelles ne sont pas bonnes.
Moi: Qu’y a-t-il papa ?
Je me retourne et je constate que la secrétaire avait déjà allongé son cou,
on aurait dit une girafe des savanes tanzaniennes. Cette femme appelée
Thérèse a en elle ce qu’on appelait au lycée «des germes kongossiques»
(elle aime les commérages). Elle peut faire d’une information tout un film
avec effet 3D en plus.
Moi: Viens, sortons d’ici. Allons manger quelque part où nous pourrons
parler dans le calme.
Lui: Ok. On peut aller vers la Montée Anne-Rouge. Je connais un coin où
l’on sert un bon bouillon de queue de bœuf.
Moi: Ok papa.
On monte dans ma voiture et je démarre en direction de la Montée AnneRouge. Je
roule dans une Toyota Rav4 neuve, dernier modèle offerte par
Rémi pour mes trente-deux ans. On arrive enfin au restaurant et tous les
deux, nous nous installons dans un petit coin VIP. Une serveuse vient
prendre nos commandes. En plus des deux plats de bouillon de queue de
bœuf avec du plantain mûr, j’y ai ajouté un jus d’ananas pour moi et une
grande Guinness pour mon paternel.
Lui: Yoyo, la famille de Patrice porte plainte contre nous.
J’ouvre grand mes yeux en accrochant mon sac Hermès sur ma chaise. Je
dois avouer que je suis une maniaque des grandes marques; je fais très
attention à tout ce que je mets sur moi c’est-à-dire sacs, vêtements, bijoux.
Moi: Comment ça ?
Il sort la convocation de son sac et me la tend.
Mais Patrice me veut quoi au juste ? Donc, il me parlait tout à l’heure
dans son bureau alors qu’il avait déjà déposé une plainte contre moi ?
Moi: Donne-moi cette convocation, il n’y aura aucun procès. Je vais
arranger ça papa.
Lui: Et comment comptes-tu t’y prendre Yoyo ?
Moi: Je vais gérer papa, laisse tomber. C’est mon problème.
On nous apporte enfin nos boissons et nos plats. Papa et moi mangeons
avec appétit dans la bonne humeur. À la fin, je lui remets deux billets de dix
mille francs CFA, un pour lui et un pour maman, même si je suis consciente
qu’il ne lui donnera rien. Ça c’est monsieur Abessolo, un amoureux de
l’argent.
Je le dépose à l’agence pour qu’il prenne le car qui va à Okola et je
retourne au bureau.
En sortant de ma Rav4, je croise Patrice à l’entrée de notre parking qui
revient certainement aussi de son déjeuner, lui aussi en voiture.
Lui: Tes pauses-déjeuner ne peuvent pas durer plus d’une heure, madame.
Moi: De quoi je me mêle ?
Lui: Fais attention Yoyo, je suis le DG de cette structure. Méfie-toi de
moi.
Moi: Patrice, tu veux jouer avec le feu ?
Il me regarde durement puis se gare dans le parking.
Très énervée par ce que je venais d’apprendre de ma conversation avec
papa, j'entre à grandes enjambées dans mon bureau et je compose
directement le numéro de Rémi. Je n’en pouvais plus. Je sais que je ne
devrais pas, mais j’en avais marre. Il n’y avait que lui qui pouvait me sortir
de ce merdier. Heureusement pour moi, la secrétaire décroche après une
seule sonnerie.
La secrétaire: Cabinet de monsieur le ministre, que puis-je faire pour
vous ?
Moi: Bonjour Jeanine, c’est Yolande à l’appareil. S’il vous plait pourraisje...
Elle: Ne quittez pas madame Abess, je transfère votre appel.
Moi: Merci bien.
Bien évidemment. Tout le monde me connaissait. Je suis sa «djomba»
officiel.
Elle transfère mon appel et quelques minutes plus tard, Rémi décroche.
Lui: Allô, bonjour Yolande.
Je fonds toujours au son de sa voix. Ça peut paraître fou, mais cet homme
a un charme irrésistible.
Moi: Oui bonjour Pilou.
Lui: Alors dis-moi, qu’est-ce qui ne va pas mon bébé ?
Et oui, il sait toujours tout, on aurait dit qu’il lisait dans mes pensées.
Moi: Pourquoi cette question ?
Lui: Parce que je te connais comme si je t’avais faite Yolande. Tu
apparais, tu disparais et tu réapparais quand ça ne va pas. Pas vrai ?
Moi: …….
Lui: Voilà. Viens-en au fait s’il te plait. Dis-moi ce qui ne va pas poupée,
je vais m’occuper de toi comme il se doit.
Je lui raconte l’histoire avec Patrice et la plainte que ses parents ont
déposée contre les miens.
Lui: Ok j’ai compris. Mes hommes s’en chargent. Que fais-tu ce weekend ?
Moi: Rien, pourquoi ?
Lui: Ça te dirait de m’accompagner à Dakar pour le week-end ?
Moi: Oui, pourquoi pas.
Lui: Ok, Armand viendra te chercher vendredi dans l’après-midi.
Armand c’est son chauffeur. Il connait bien la route de chez moi, celui-là.
Le point positif quand tu sors avec un homme de la cinquantaine, c’est
que les choses sont limpides. Pas de prise de tête ni de questions inutiles;
vous passez très vite à l’essentiel. Je n’échangerais cette relation pour rien
au monde. Un stress de moins, plus de Patrice et sa mère dans ma vie. J’ai
confiance aux hommes de Rémi. «On est quelqu’un quand on a quelqu’un
quelque part».
********************
La semaine s’était écoulée très vite. J’étais submergée par boulot, entre
contrat et entrepreneur, sans oublier les chantiers. J’étais fatiguée et j’avais
hâte d’être enfin à vendredi et me pouponner pour mon amant, R-X. Je
sentais que le week-end allait être chaud donc, les tenues sexy devaient être
au programme.
Aujourd’hui c’est vendredi, je devrais dans la norme bosser dans un
chantier. Mais le client n’étant pas disponible, j’en ai profité pour me refaire
une beauté: manucure, pédicure et coiffure. Monsieur Pilou adore quand je
suis nickel. Je ne sais pas comment j’en suis arrivée là, mais je suis prise au
piège d’une relation adultérine. Je suis à la fois heureuse et honteuse. Et
pour m’en sortir, j’ai dû appliquer ces dix principes que j’appelle les «règles
d’or de Yoyo», qui répondent à la question: Comment s’en sortir avec un
homme qui n’est pas le vôtre ?
Règle 1: Ignorer le fait qu’il est marié. Dites-vous que vous êtes la seule,
l’unique femme de sa vie et que ce n’est que vous qu’il aime. Ça fait un bien
fou.
Règle 2: On ne doit pas se plaindre car justement, c’est pour fuir «une
casse-pied» qu’il se retrouve dans vos bras. Tout est beau, tout est rose, vous
vivez dans un monde parfait. Donc, s’il n’honore pas un rendez-vous alors
que vous vous y êtes préparée un mois à l’avance et même plus, fermez
juste votre clapet et dites-lui juste: «C’est rien bébé, je comprends. On remet
ça à la prochaine fois». Ça fait mal, mais c’est le prix à payer pour survivre
en tant que second plan.
Règle 3: Ne faites jamais de comparaison entre vous et sa femme. Il est
peut-être votre amant, mais il ne rabaissera jamais son épouse devant vous.
Alors, n’y pensez pas, même si vous l’avez en tête.
Règle 4: Gardez votre jardin secret, ne déballez pas votre vie de long en
large. Rappelez-vous que s’il fuit la maison, c’est pour une raison et il doit
se sentir soulagé à vos côtés; il n’est pas votre psy, mais votre petit œuf.
Vous êtes sa mère poule.
Règle 5: Rendez-le heureux. Vous êtes quelqu’un d’altruiste qui pense
d’abord au bonheur de l’autre avant le vôtre.
Règle 6: Ne lui parlez pas de sentiments. Non et non ! Gardez votre
amour pour vous. Les hommes savent faire la part des choses et leur
appareil sexuel est totalement déconnecté de leur cerveau. Lady Ponce, la
chanteuse camerounaise a dit: "l’homme: le ventre et le bas-ventre".
Appliquez la formule sans hésitation.
Règle 7: Ne lui mettez pas la corde au cou. N’oubliez pas qu’il est pris.
Donc, pas d’ultimatum sinon il partira. Vous êtes juste une option pour lui. Il
pourrait en avoir une centaine s’il le voulait, d’autant plus que vous n’êtes
même pas sûre d’être sa seule coqueluche.
Règle 8: Arrêtez d’interpréter les choses et de rêver s’il vous prend la
main dans la rue. Cela ne voudrait pas dire qu’il est prêt à officialiser votre
relation. Il m’a fait cela plusieurs fois, mais sa femme dort toujours dans ses
bras jusqu’à présent.
Règle 9: Sortez de l’illusion selon laquelle il peut être l’homme de votre
vie. C’est le mec d’une autre. C’est clair dès le départ de toute façon.
Règle 10: Vivez au jour le jour, car si vous commencez à penser au
lendemain vous serez perdue et toutes les bases de cette relation seront à
refonder.
Moi Yoyo, j’ai compris tout ça. Donc, je n’ai plus aucun problème. Rémi
ne m’épousera jamais alors je ne me prends plus la tête. Je vis au jour le jour
et d’ailleurs, il y a un adage qui dit qu’on «baise» mieux la femme de dehors
que celle de dedans. Je ne me plains pas de ma relation avec lui.
Je finis de m’habiller. Je mets pour l’occasion un jeans blanc Levis avec
un T-shirt Yves Saint Laurent; au-dessus, un blazer 3/4 noir à deux tons
écossais, assortis des espadrilles Jessica Simpson aux pieds. Je reçois
finalement le message d’Armand qui me dit qu’il est garé au bas de mon
immeuble.
J’habite la Montée Zoé, je n’ai pas voulu prendre un appartement à Bastos
qui est un quartier huppé de la ville, Je trouve que ça fait trop effet cliché.
C’est une sensation du déjà-vu car, à chaque fois qu’une femme sort avec
homme d’un rang social élevé, elle va se prendre un appartement de luxe au
quartier Bastos ou à Santa Barbara. Tout ça ne sert à rien pour moi, ce sont
des parvenues qui le font, c’est-à-dire des filles qui ne s’imaginaient pas un
jour pouvoir toucher à de l’argent ou rouler dans des «caisses» dernier cri.
J’aime mon quartier; je suis au centre-ville, j’ai la Pharmacie de l’Unité un
peu plus bas au cas où je tombe malade, la boulangerie Acropole pour mes
croissants chauds le matin; la cathédrale pour l’église le dimanche; la Poste
Centrale si jamais j’ai un courrier; le Marché Central et le supermarché
Score pour mon shopping quelques fois. Plus loin, le marché Mvog-Mbi
pour ma bouffe. Je suis au rond-point de Yaoundé ici à la Montée Zoé, et
j’aime bien. Ça s’appelle être discret dans l’aisance.
Je sors de chez moi et Armand prend mes effets. Je suis la princesse de
Pilou, donc il doit m’ouvrir la portière.
On roule en direction de l’aéroport, et une heure d’horloge plus tard, nous
arrivons sur les lieux. Il me dépose et le particulier du ministre me conduit
dans le jet. (Oui oui le ministre a son petit jet privé pour ses petites
escapades du week-end).
Une fois dans le jet, je fais bien évidemment un baiser à Rémi qui durera
plus de deux minutes. Je suis malheureusement surprise par la présence
d’une autre femme à bord. Sans tarder, je fais un pas en arrière en me
tournant vers Rémi.
Moi: Qui est-ce, Rémi ?
Lui: Je te présente Nadia, elle ira en week-end avec nous.
Il l’avait dit de façon très spontanée, comme si c’était normal.
Moi: Que devrais-je comprendre par là ? Ce n’est déjà pas facile pour moi
de te partager avec ta femme et je devrais encore le subir avec une autre, et
de surcroît une gamine ?
Nadia: Tu appelles qui gamine, madame ?
Répliqua la jeune demoiselle qui lisait un vulgaire magazine d’Amina
démodé de l’année deux mille douze. Je lui donnerais vingt-cinq ans, vu son
accoutrement sexy et vulgaire à la fois. Les petites filles d’aujourd’hui n’y
vont pas du dos de la cuillère en matière d’hommes.
Moi: Hey, tu ne me parles pas sur ce ton, petite profiteuse de ton état.
Rémi: Calmez-vous les filles.
Dit Rémi en enlevant son costume. Ça se voyait qu’il sortait du boulot.
J’aimerais bien savoir la raison qu’il avait donnée à sa femme. D’un coup, il
me tire à l’écart pour que l’on discute calmement.
Rémi: Écoute ma biche, c’est juste un week-end, rien de bien grave. On
va passer le week-end à trois, fais-moi plaisir ma chérie, c’est un fantasme.
Tu me dois bien cela n’est-ce pas ? En plus, j’ai un cadeau pour toi.
Il sort une clef de sa poche et me la tend. Je la prends malicieusement,
esquissant un sourire du bout des lèvres.
Moi: Qu’est-ce que c’est ?
Rémi: La nouvelle voiture que tu me demandes depuis des mois. Elle
vient d’arriver de Dubaï, une Range Rover, nouvelle sortie.
Moi: Merci chéri. Et le week-end, c’est en quel honneur ?
Rémi: Juste un fantasme poupée, fais plaisir à ton Pilou. Toi, Nadia et moi
pour une partie à trois. Tu connais ?
Moi: Hum !
J’avoue qu’en établissant mes principes de tout à l’heure, je n’avais pas
mis «obéir à tous ses caprices». C’est aussi une raison pour laquelle il fuit la
maison, car la gentille tourterelle qu’est sa femme ne peut faire un certain
nombre de choses, vu sa cinquantaine.
Nous décollons donc en direction de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de
Dakar. Une partie à trois, qu’est-ce que c’est ? Me demandais-je dans ma
tête. Est-ce une espèce de partouze ? Deux femmes et un homme ?
Chapitre III : La Partouze

Assise dans cet avion en direction de Dakar, avec mes deux compagnons:
la poufiasse dévergondée d’un côté, et le baron de l’autre, je ne cesse de
cogiter. Ces mots revenaient sans cesse dans ma tête: «un fantasme»; «une
partie à trois»; et je me posais des questions. Que ferons-nous ? Pourquoi RX
m’infligeait-il une telle peine ? Méritais-je d’être traitée de la sorte après
presque quatre années passées ensemble ? Pourquoi devrais-je souffrir
autant pour un homme qui ne m’épouserait jamais ? Étais-je obligée ? Je
commençais à croire que j’aurais dû dire oui à Patrice quelques semaines
plus tôt.
Le vol ne fut pas long car quelques heures plus tard, le petit jet se posa
finalement sur le tarmac de l’aéroport de Dakar, communément appelée le
Paris d’Afrique de l’Ouest. C’était parti pour une autre aventure parmi tant
d’autres. Avec Rémi, j’avais tellement voyagé et beaucoup appris en
seulement quatre ans. Parfois, je me demandais comment réagissait sa
femme face à tous ces déplacements que faisait son mari. Me connaissaitelle ?
Savait-elle qu’elle avait de potentielles rivales dehors ? Pour quelle(s)
raison(s) acceptait-elle d’être autant cocufiée ? Etait-ce de l’amour ou tout
simplement la peur de perdre tout ce qu’elle avait construit jusqu’ici ?
Nous étions logés à l’hôtel «LE TERRE OU BI», situé en plein centre de
Dakar; une vraie merveille, véritable havre de paix. Tout était mis en place
pour que votre séjour soit inoubliable: restaurant, casino, piscine chauffée,
plage privée, solarium. Le luxe était à portée de main.
C’est avec dextérité que le service bagages de l’hôtel s’empressa de
prendre nos valises pour les porter dans l’immense suite qui était la nôtre.
R-X avait décidé d’aller se relaxer dans la grande piscine. Pendant ce temps,
ma supposée rivale s’agitait dans tous les sens, essayant tout ce qu’elle avait
apporté comme vêtements. Quant à moi, je n’avais qu’une seule envie; celle
de me régaler. Je devais nourrir ces petits êtres qui grandissaient en moi. Et
à ce propos, je ne comptais pas en toucher un mot à Rémi, car s’il apprenait
que j’étais enceinte, il tiendrait à prendre les choses en main et ça ne
m’arrangerait pas évidemment.
Nadia: Pourrait-on faire la paix ?
Moi: Nous ne sommes pas des ennemies, à ce que je sache.
Elle: Et pourquoi m’as-tu crié dessus tout à l’heure ?
Moi: Écoute moi bien je ne discute pas avec des gamines de ton genre.
Alors contente-toi de profiter de ton week-end, s’il te plait.
Elle: Ha ha ha. N’importe quoi !Madame veut être condescendante, je te
rappelle que toi et moi baisons avec le même homme. Alors, n’essaye pas de
monter sur tes grands chevaux.
Moi: Fais gaffe à ton langage ordurier, petite effrontée. Je ne suis pas du
même acabit et encore moins du même rang social que toi.
Elle: wow ! wow ! La jalousie de la femme camerounaise ! C’est toujours
parce que ton type t’a imposé ma présence que tu agis de la sorte ? Ma
mère, je suis là pour pointer mon argent de pension pour le deuxième
semestre et après je me casse. J’ai mon mec à la fac rassure-toi.
Je ne voulais plus discuter avec cette petite. Alors j’ai enfilé une robe
Maxi et je suis descendue au restaurant de l’hôtel pour commander quelque
chose à manger. Je savais à quoi ressemblait la vie de ce genre de filles et
j’osais espérer pour elle qu’elle aurait une fin heureuse. En réalité, R-X et
moi avions commencé à nous fréquenter lors de mes trente et un ans et non
à vingt-quatre.
Pendant que j'ingurgite ma soupe aux carpes, je profite pour passer
quelques coups de fil à mes amours de copines: Magalie et Audrey. Ces
deux femmes sont les prunelles de mes yeux et elles ont toujours été là pour
moi. Magalie je la connaissais depuis la fac sciences, et Audrey est mon
amie d’enfance. Les deux se sont connues par mon intermédiaire et très vite,
nous sommes toutes les trois devenues inséparables.
Quelques temps après ma soupe, je décide de remonter dans la suite pour
voir ce qui était prévu pour la soirée, compte tenu du fait qu’on la passerait
à trois. Très sincèrement, je n’étais pas excitée à l’idée de savoir que cette
petite garce devait partager mon intimité. Mais, c’était aussi le prix à payer
pour côtoyer ces hommes en costume.
Je prends donc l’ascenseur qui me laisse au huitième étage, et je longe le
couloir qui mène dans la chambre. Quelle ne fut pas ma surprise de croiser
la jeune Nadia toute nue dans l’allée. Très vite, j’accourus pour m’enquérir
de la situation.
Moi (toute apeurée): Que se passe-t-il ?
Elle n’arrivait pas à parler et me montrait juste la chambre du doigt. Je ne
comprenais rien. Il est vrai que j’avais passé plus de deux heures au
restaurant en bas. Je me précipitai donc à grands pas dans la chambre et je
manquai de m’évanouir. Il y avait un gros serpent boa étalé sur le lit et il
gesticulait; on dirait qu’il était affamé. R-X quant à lui était assis sur le
divan face au lit. Il transpirait comme l’athlète jamaïcain Usain Bolt après sa
victoire lors des jeux olympiques de 2012. Pourquoi transpirait-il ainsi ?
Était-ce lui sur le lit ? Il changeait sans cesse de couleur tel un caméléon:
tantôt rouge, tantôt bleu, tantôt vert. Était-il un homme serpent ? Était-ce
une partie de lui sur ce lit ? Pourquoi bavait-il au point de ne pouvoir
articuler aucune phrase ? C’était invraisemblable, ce spectacle. Qui l’aurait
cru ? Cet homme imposant qui marche toujours aux côtés des chefs d’Etats,
était là devant moi, réduit à sa plus simple expression. J’avais la peur au
ventre et en même temps la nausée. J’ai juste eu le courage de prendre ma
valise pour me tirer de là au plus vite, avant qu’il ne reprenne ses esprits.
À mon arrivée à la porte d’entrée, le garde du corps vient près de moi
pour essayer de m’empêcher de partir.
Lui: Madame, patron a dit de ne pas vous laisser sortir.
Moi: Tu t’appelles comment déjà ?
Lui: Mamadou.
Moi: Mamadou ? Cela fait combien de temps que tu travailles pour le
patron ?
Lui: Un an déjà madame.
Moi: Je vois. Tu me connais ?
Lui: Non madame.
Moi: Ok. Tu tiens à ton travail ?
Lui: Oui madame.
Moi: Voilà. Alors, tu vas enlever tes mains de ma valise, parce que figuretoi que si tu
ne le fais pas, je dirai au grand patron que tu as essayé de me
violer, ok ?
Lui: Non madame, ne faites pas ça s’il vous plait.
Moi: Laisse-moi donc passer.
Apeuré, il recula me permettant de sortir de la suite tirant ma valise et
celle de Nadia. Je ne l’aime pas du tout mais quand je la regarde, elle me
rappelle Soraya, ma petite sœur.
Une fois au couloir, je la retrouve recroquevillée sur elle-même telle une
tortue.
Moi: Que s’est-il passé Nadia ?
Elle: J’étais dans la chambre, j’essayais mes différentes tenues et je les
classais pour le week-end, quand il est revenu de la piscine il m’a demandé
de me déshabiller. Il disait qu’on allait faire des jeux coquins. Ce que j’ai
fait sans me faire prier puisque je savais que nous étions ici pour nous
amuser. Mais à ma grande surprise, quand j’ai fini il n’était pas dans la
chambre. Je me suis mise à l’appeler; je me disais qu’il était venu te
retrouver en bas. Finalement, il est sorti de la douche et m’a demandé d’aller
verser de l’eau glacée sur moi. Je n’ai pas compris pourquoi, mais je me suis
tout de même exécutée, tout en cogitant. C’est en revenant que j’ai trouvé ce
que tu as vu tout à l’heure dans la chambre. Puis, il m’a demandé de me
faire lécher par ce serpent, si je voulais de l’argent.
Moi: Et qu’as-tu fait Nadia ?
Elle: Je suis sortie en courant sans réfléchir dans le couloir, vu qu’il
commençait lui-même à devenir bizarre. On aurait dit que c’était lui-même
le serpent.
Moi: Écoute, voici ta valise. Tirons nous d’ici !
C’est comme si j’avais percé un abcès en prononçant ces derniers mots.
Elle: Hum ! Vraiment ! Tu crois que je suis aussi naïve ? La situation est
certes bizarre mais je compte bien arriver à mes fins. Pendant des années tu
manges ses sous et tu viens me dire de me tirer quand je suis si proche du
but ? Tu me prends pour qui ?
Moi: Ma sœur, tu es encore si jeune, tu as de l’avenir; ne gâche pas ta vie
pour un acte aussi maléfique s’il te plait. Je pourrai te dépanner si tu veux,
mais il ne mérite pas ton corps.
Elle: Que peux-tu bien me donner ? Toi-même tu grattes les miettes chez
lui et tu veux me donner quoi ? Le plan c’est de rentrer d’ici avec au moins
deux briques (millions) pour que mon gars et moi fassions nos papiers pour
la France. Tu me fais rire toi ! Se faire lécher par un serpent, ça fait quoi ? Je
ferme juste les yeux et c’est parti !
Moi: Ma petite chérie, je t’en prie, partons d’ici. Je côtoie cet homme
depuis des années et c’est la première fois que je vois ce genre de choses,
comme pour te dire que c’est toi la cible et non moi.
Elle: C’est à dire ? Qu’il a peur de te tuer, mais moi oui ?
Moi: Peut-être que ce serpent ne se nourrit que des secrétions vaginales
des jeunes filles de ton âge. Ça ne présage pas quelque chose de bon, Nadia.
Allons avant qu’il ne revienne à lui.
Elle: Pardon, donne-moi ma valise et laisse-moi tranquille. J’ai de grands
projets pour ma vie.
Moi: Tu dis que tu as un copain, alors pourquoi le tromper ?
Elle: Mon copain est celui qui m’a encouragée à le faire et c’est lui qui
m’a également branchée sur ce réseau. C’est donc sérieux entre nous.
Moi: Et que disent tes parents ?
Elle: Quels parents ? Ils vivent au village et attendent que je les sorte de la
pauvreté, raison de plus pour vouloir cet argent.
Moi: Tu n’as pas de frères et sœurs ?
Elle: Un frère qui est en prison. Écoute, ma sœur, arrête de me poser des
questions et laisse-moi avancer s’il te plait.
J’avais mal pour elle. Je pressentais quelque chose de mauvais. Mais que
pouvais-je bien faire face à une jeune fille déterminée à s’en sortir par de
grands moyens, selon elle ? Je me tuais à lui faire comprendre certaines
réalités de la vie par expérience, mais elle s’obstinait à rester. En revanche,
moi je tenais à mes bébés. Alors, je lui ai remis sa valise et j’ai pris la
direction de la sortie. Nos chemins se séparèrent là dans ce couloir.
Je ne connaissais personne dans la ville de Dakar, mais j’avais ma carte
bancaire, mon téléphone et ma bouche; alors pourquoi m’inquiéter ?
À la réception de l’hôtel, j’ai pris quelques renseignements pour des
hôtels moins coûteux afin d’y passer la nuit; et c’est sous un vent sec et
froid que je stoppai un taxi pour l’hôtel que m’avait recommandé la
réceptionniste de l’hôtel le TERRE OU BI.
Une fois dans le taxi, je n’arrêtais pas de réfléchir et de penser à cette
petite qui allait se faire tuer. C’était la première fois que j’assistais à une
scène pareille en compagnie de R-X. Je compris dès lors pourquoi il avait
improvisé un week-end dans la ville de Dakar, parce que si cela avait été au
Cameroun, elle s’en serait très bien sortie.
J’avoue qu’une fois, alors que je l’accompagnais lors d’une mission du
FMI à Genève en suisse en deux mille onze, pendant que nous étions
couchés, j’avais voulu me blottir dans ses bras mais ses mains étaient toutes
molles, on aurait dit quelqu’un qui n’avait pas d’articulations, un invertébré
ou un truc de ce genre. J’avais tout de suite sursauté et Rémi, s’en étant
rendu compte, a tout de suite repris sa forme normale.
Une autre fois, lors des vacances d’été à Saint-Tropez en France, pendant
notre week-end pour fêter ses cinquante ans, dans la matinée sur le volet de
la fenêtre de notre chambre d’hôtel, j’avais aperçu des oiseaux. Je m’étais
tout de suite rappelée ce que disait ma grand-mère: «Les oiseaux suivent
toujours les serpents». Maintenant, toutes ces choses me reviennent à
l’esprit. Seigneur, étais-je en relation avec un homme-serpent depuis tout ce
temps ? Comment faisait-il pour être un homme et un animal en même
temps ? Etait-ce le diable en personne ?
Le taxi arrive à destination et me tire de mes pensées ténébreuses.
Moi: Tenez !
Le taximan: C’est mille cinq cent francs, madame.
Moi: Et depuis quand le taxi coûte aussi cher ?
Lui: Nous sommes à Dakar ici madame, et non à Yaoundé.
Moi: Hey hey, tenez ! Pas la peine de crier.
Lui: Merci madame et bon séjour.
Moi: Merci à vous.
Je sortis en courant m’enregistrer pour ma petite chambre. C’était juste
pour passer une nuit.
Une fois à l’intérieur, je cherchai rapidement le mot de passe du Wifi pour
me connecter et acheter un billet pour Yaoundé à la première heure. Hélas,
mes pensées n’arrêtaient pas de converger vers cette petite. Je m’en voulais
de l’avoir laissée là-bas. Si quelque chose lui arrivait je m’en voudrais toute
ma vie.
Au final, après évaluation et comparaison sur des différents sites, je fis
une réservation à la Camair-co pour le lendemain à douze heures. C’était
avec le cœur en bouillie que je me couchai cette nuit-là, avec la peur de
revoir cet animal dans mes rêves en fermant les yeux.
********************
Le lendemain, je me suis réveillée vers huit heures. J’avais manqué des
appels de papa, Soraya depuis la France, et ceux de Magalie aussi. Mais je
n’étais pas d’humeur à parler à qui que ce soit. Je voulais juste prendre mon
avion et rentrer chez moi, me couler un bain chaud et dormir, pour être
nettement plus en forme le lundi matin, afin d’attaquer ma semaine avec
force et courage.
Une fois debout, je me suis donc dépêchée de prendre une douche et de
filer à l’aéroport. J’avais réservé mon billet, mais je ne l’avais pas encore
payé. Alors, il fallait que je m’y rende pour régler ce qu’il y avait à payer
avant le vol.
Après ma douche rapide, j’enfilai des vêtements propres et pris un taxi
quelques minutes après. Je me demandais comment s’était passée la nuit à
l’hôtel le TERRE OU BI. Je voulais appeler Rémi, mais j’hésitais. Que
s’est-il passé là-bas ? Avait-elle fait ce que lui avait demandé Rémi ? Je
crois que pour obtenir des réponses concrètes à ces questions, il fallait
appeler. Alors d’un coup, je lançai l’appel vers le numéro de Rémi, mais
quelle ne fut pas ma surprise d’avoir Nadia au bout du fil, plutôt que Rémi.
Elle: Oui Yolande, enfin je connais ton nom.
Moi: Tu l’as donc fait petite ?
Elle: Tu peux bien l’imaginer ? Le truc là m’a léché les bêtises et ça avait
un vieux goût.
Moi: Pourquoi gâcher ta vie, Nadia ?
Elle: Gâcher ? Pfff... Ne soit pas parano ma grande.
Moi: Donc tu l’as fait ?
Elle: Oui je l’ai fait, les yeux fermés et …
Je raccrochai, je ne voulais pas entendre la suite. Le taxi me déposa enfin
à l’aéroport et je fis tous mes enregistrements. Douze heures par-là, la
Camair-co décollait pour l’aéroport de Nsimalen à Yaoundé. Je voulais mon
lit, ma couette. J’avais besoin de calme pour me remettre les idées en place.
Rémi était le père de mes enfants; qu’allais-je leur dire dans quelques
années ? Mes bébés votre père est un homme serpent ? Ou alors votre père a
un serpent ? J’étais dégoûtée rien qu’à l’idée d’y penser. Je me suis adossée
sur la vitrine et j’ai fait une petite prière avant de m’endormir.
Une fois à l’arrivée, j’ai tiré ma valise et j’ai emprunté un taxi pour la
Montée Zoé. Quelques minutes après, j’étais chez moi, mon petit nid
m’avait manqué.
J’avais pris le soin de ranger mes vêtements à leur place habituelle,
ensuite j’ai pris mon bain et me suis concoctée un bon plat de légumes
sautés; la meilleure chose que m’avait apprise Liliane Abessolo. Ma maman
savait faire la cuisine, et je m’y prenais comme un vrai chef d’un restaurant
trois étoiles.
Après un bon repas et un paisible repos, vers vingt heures je pris la
décision d’appeler les miens pour me changer les idées. Je commençai par
maman, papa, Soraya, ensuite Magalie et Audrey. Je mourais d’envie de leur
raconter ma soirée.
Moi: Coucou Magalie.
Elle: Oui Yoyo comment vas-tu ?
Moi: Je vais bien ma belle et toi ?
Elle: Ça va ! Juste débordée par le boulot à la clinique.
Moi: Courage chérie. Comment vont mes enfants ?
Elle: Ils vont bien, j’ai eu Audrey hier. Elle voulait aller faire un tour du
côté de Kribi pour un week-end avec nous. Je laisserai les enfants chez la
mère de Brice.
Moi: Oui d’accord, sans soucis. Ça me fera du bien.
Elle: Ok, il faut que je te laisse, on s’appelle en semaine pour faire le
programme.
Moi: Ok ça marche, bisous.
Elle: Bisous.
Magalie est ma copine depuis la fac sciences. Après nos licences en
biochimie, elle a eu le concours d’entrée à la faculté de médecine. Sept ans
après avoir soutenu sa thèse, elle est allée se spécialiser à Dakar et
aujourd’hui elle exerce à l’hôpital général de Yaoundé au quartier Ngousso
en tant que gynécologue. Elle s’est mariée avec Brice Eka, son amour de la
fac. Ils ont eu deux charmants garçons mais le problème dans leur couple est
dû au fait que son mari, professeur de lycée, a toujours tendance à créer
quelques soucis à Magalie parce qu’il gagne moins d’argent qu’elle; et
comme je ne le supporte point, je vais très peu chez elle.
Je lance un autre appel, cette fois c’est Audrey.
Moi: Allô mademoiselle «je sais tout».
Elle: Oui, allô ma grande.
Moi: Comment vas-tu ?
Elle: Je vais bien et toi ?
Moi: Pfff... Ça va. Je croyais que tu étais à Dakar avec le père ?
Moi: Non, je suis rentrée tout à l’heure. Ne m’en parle pas, c’est une
longue histoire.
Elle: J’ai tout mon temps, je suis devant la télé et je m’ennuie.
Moi: Je préfère te la raconter de vive voix chochotte, c’est du vrai fax.
Elle: Wow ! Ok je vois. Magalie t’a dit j’espère, je vous invite pour un
week-end à Kribi.
Moi: Je suis partante, si ça peut m’aider à chasser tout ce que j’ai dans ma
tête, that will be great.
Elle: Ok on se fait donc signe en semaine ?
Moi: Ça marche.
Audrey est avocate. Depuis toute petite, elle a toujours rêvé exercer cette
profession. Alors après le bac, elle s’est inscrite à la faculté de droit à
l'université de Soa où elle a obtenu sa maîtrise en droit avant d’aller faire
deux ans de Master à l’université de la Sorbonne à Paris. Elle en sortira
diplômée en droit des affaires. Elle reviendra rapidement au pays afin de
passer l’examen du barreau, et à l’aide de ses économies elle ouvrira son
propre cabinet. C’est avec beaucoup d’efforts, d’abnégation, de travail, de
persévérance et au prix de sacrifices énormes qu’elle se fera connaître sur la
plateforme juridique camerounaise. Ainsi, à trente-quatre ans seulement,
elle est directrice de son propre cabinet avec à son actif trois juristes qui
travaillent pour elle. Sa conception de la vie est simple: elle ne compte pas
se marier et déteste les enfants. «Madame je sais tout», elle est petite de
taille et très mignonne, mais avec un bagage intellectuel impressionnant.
Ces deux personnes de la gent féminine sont mes perles. Des amies je
n’en ai pas beaucoup, je suis de celles qui pensent que moins tu connais de
personnes, plus tu as la paix du cœur et ressens la joie de vivre.
C’est donc au terme de ma conversation avec elle que le sommeil
m’emporte à nouveau. Les effets de la grossesse de quatre mois
commençaient déjà à se faire ressentir. J’avais décidé d’aller à l’église le
lendemain pour prier. J’avais un grand besoin de me rapprocher de l’Eternel,
le roi des armées.
Jusque-là, je pensais toujours à Nadia. Je ne sais pas pourquoi mais je
pressentais quelque chose de mauvais et me demandais pourquoi elle.

Chapitre V : Les Coépouses

=== Marie-Yolande Abessolo ===


Je froisse machinalement ce bout de papier et le jette à la poubelle puis, je
remets la bâche sur la Range Rover, et j’entre dans mon appartement. Je
prends une douche froide et m’allonge dans mon lit pour me prélasser dans
les bras de Morphée. J’affectionne particulièrement cet état naturel récurrent
de la perte de conscience, (sans perte de la réception sensitive), au cours
duquel le corps se régénère, se répare et grandit: Le sommeil, mon moment
de paix.
Le lendemain, premier jour de la semaine, je saute de mon lit après une
nuit paisible et je m’empresse de me préparer pour prendre la route de mon
lieu de service. Au seuil de ma porte, je lance un regard sur cette grosse
voiture dans mon parking; TSUIP ! Mais de qui se moque Rémi à la fin ?
«Je suis désolé pour ce que tu as vu à Dakar, ce n’est pas ce que tu crois. Je
vais tout t’expliquer» Pffff…. C’est trop facile ça. Pendant quatre ans, je
partage la vie d’un homme et c’est aujourd’hui qu’il veut m’expliquer qu’il
lui arrive de se transformer en serpent ? Ou alors que le serpent est un de ses
totems ? ZAMBA ! ! !
Je démarre ma Rav4 et parcours automatiquement le trajet qui mène à
l’IRAD. Je connais cette route par cœur: Poste Centrale avec ses marchands
ambulants, Hôpital Central toujours des cris à cet endroit, le quartier Messa,
l’entrée de la Cité-Verte, Carrefour Nkolbisson, c’est devenu un rituel au fil
des années. J’arrive enfin et je me gare. Quelques minutes plus tard, j’entre
dans la bâtisse et à peine mes pieds foulent le sol de l’IRAD que Thérèse
vient vers moi en courant. Celle-là qu’est-ce qu’elle me veut encore, la reine
mère du «kongossa» ?
Thérèse: Madame Abess, Madame Abess.
S’écrie-t-elle.
Surprise de cet accueil pour le moins étrange, je tressaille.
Moi: Que se passe-t-il ? Pourquoi cries-tu ainsi mon nom si tôt le matin ?
Elle: C’est que euh... madame le ministre est dans votre bureau, j’ai voulu
l’en empêcher mais elle est passée comme une flèche. Je n’ai pas pu la
retenir...
Je ne la laisse pas achever sa phrase; je traverse directement le hall et je
marche à grandes enjambées. Madame le ministre ? Que vient-elle faire à
mon lieu de travail ? Et qui lui a dit que je bosse ici ? Hum ! Après
l’épisode de son mari, c'est à son tour de venir me hanter ? Heureusement
que Patrice est en déplacement, autrement, j’aurais payé cher pour cette
mascarade. Comment aurais-je justifié cette visite matinale de madame X,
alors que je suis sensée travailler.
J’entre dans mon bureau et lui lance avec désinvolture un «bonjour», tout
en m’asseyant sur ma chaise. Je croise fermement les bras pour me donner
une belle contenance et de la sérénité, comme si je contrôlais parfaitement la
situation alors qu’à l’intérieur de moi, c’est l’émoi total. Je ne sais pas ce
que me réserve cet entretien et je ne veux surtout pas de scandale en ce lieu
un lundi matin.
Moi: Oui madame, que puis-je faire pour vous ?
Elle: Bonjour Yolande.
Me dit-elle en ajustant le décolleté de sa robe noire, on dirait qu’elle
voulait me prouver qu’elle a encore du répondant. Je sursaute légèrement
étonnée de l’entendre prononcer mon prénom.
Elle: Oui, je te connais même si tu ne me connais pas. Je te présente
d’abord mes excuses pour avoir fait irruption dans ton bureau sans rendezvous. Mais
je crois que vu la tournure des événements, il est nécessaire que
je sorte de mon anonymat pour t’affronter.
Moi: Excuses acceptées.
Je rétorque tout en essayant de garder mon regard lucide; car avec ce
genre de femme, il ne faut surtout pas baisser la garde. Je suis bien la
«piqueuse de mari».
Elle: J’ai appris ton existence il y’a deux ans, quand mon mari m’a fait
part de son intention de quitter le nid familial; je dois t’avouer que j’ai piqué
une crise. Je suis mariée depuis bientôt trente ans et Rémi et moi avons deux
charmantes filles qui sont toutes les deux à l’étranger, mais je ne suis pas
venue ici pour cela.
Moi: Et vous êtes donc là pourquoi, madame X ?
Elle: Tu peux m’appeler Mélanie, s’il te plait.
Moi: Ok Mélanie, je vous écoute.
Elle: Je sais que Rémi n’arrêtera pas d’aller voir ailleurs. Donc même si
ce n’est pas toi ce sera forcément une autre; alors je voudrais que l’on trouve
un terrain d’entente.
Très surprise par ce qu’elle venait de dire, je décroise mes mains et je me
redresse pour encaisser le coup. Non mais, elle rigole ou quoi ? Terrain
d’entente ?
Moi: Euh….Soyez plus explicite, s’il vous plait, Mélanie.
Elle: Tu peux me tutoyer vu que nous partageons le même homme.
Moi: Ok. Sois plus explicite, Mélanie
Elle: Étant donné que Rémi aime bien sortir les week-ends, alors je
préfère que tu sois avec lui les week-ends et que tu me le laisses pour le
reste de la semaine.
Moi: Écoute Mélanie entre ton mari et moi, ce n’est plus trop ça depuis
quelques mois; et cela fait deux semaines que je n’ai pas de ses nouvelles.
Et pas plus tard qu’hier, j’ai pris la décision de tout arrêter. Je ne veux plus
rien de lui et donc je préfère mettre un terme à cette relation sans issue.
Elle: Pas si vite Yolande ! On ne se sépare pas aussi facilement de Rémi.
Pas après tant d’années de relation, parole de la femme qui partage sa vie
depuis trente ans.
Moi: Eh Bah, moi si ! Je me sépare bel et bien de lui; et ma décision est
irréversible.
Elle: Fais bien attention ma petite, tu t’es engagée sur un terrain très
glissant et tu devras assumer les conséquences qui en découleront.
Non mais, je rêve ou quoi ? Cette femme est en train d’empiéter sur mes
minutes de boulot pour discuter de son mari et en plus, elle me fait des
petites menaces à peine voilées ?
Moi: Mélanie, dis-je d’un ton courtois, en essayant de contenir la colère
qui commence à monter en moi. J’ai été ravie de te rencontrer, mais il se
trouve que j’ai du boulot. Ton mari je te le laisse, je n’en veux plus. Tu auras
cette conversation avec sa prochaine maîtresse.
Elle: Fais gaffe à toi Yolande, je t’aurais avertie. Je réitère tout de même
ma proposition: Tu as Rémi pour le week-end et moi en semaine.
Moi: Bonne journée à toi Mélanie.
Elle sort de mon bureau et je referme la porte derrière elle en expirant un
grand coup d’air, puis je m’attèle à bosser avec acharnement. Alors que je
travaille sur mon premier dossier de la journée, Patrice débarque à son tour
dans mon bureau pour faire des siennes. Décidément ! Cette journée.
Lui: Tu penses que tu as gagné Yolande ?
Moi: Qu’est-ce que je t’ai encore fait Patrice ? Tu es revenu de ton
voyage à quelle heure d’abord ?
Lui: Ce matin, je vois que tu as demandé à son excellence de détourner
ma plainte. L’affaire est classée sans suite au commissariat.
Moi: Ah bon ?
Je demande ironiquement.
Lui: C’est ça ! Mais tu es loin d’avoir gagné ma chère.
Moi: S’il te plait Patrice, j’ai du travail et je ne veux pas de maux de tête
lundi matin.
Lui: N’oublie pas que dans quelques jours, tu m’accompagneras à Mfou
voir le gros client dont je t’ai parlé il y a deux semaines.
Moi: Ok d’accord ! Je peux bosser maintenant, s’il te plait ?
Lui: Ok je te laisse. Mais je le répète, ne pense pas que tu t’en sortiras
aussi facilement sans me restituer mon argent et tous les autres biens qui ont
été déposés pour ta dot.
Moi: Bonne journée !
Lui: Á plus !
Je me remets aussitôt au boulot pour évacuer le stress et libérer mon
cerveau de tout ce qui l’embrume.
*Quelque part dans la demeure des X ***
=== Mélanie-X ===
Rémi: Où étais-tu de si bonne heure ? Tu as manqué le petit-déjeuner.
Moi: Je suis allée rendre une petite visite à ta protégée.
Lui: Qui donc ?
Moi : Yolande !
Il se redresse en ajustant sa cravate.
Moi: Oui ce prénom, il ne faut surtout pas le prononcer dans cette maison
n’est-ce pas ? Pourtant cette femme a détruit mon mariage, mais on m’a
toujours interdit de parler d’elle.
Rémi: Qui t’a demandé d’aller la voir, Mélanie ?
Moi: Je pense qu’il est temps qu’elle me connaisse Rémi. Tu penses que
je vais supporter d’être traitée de la sorte jusqu'à quand ?
Il s’avance vers moi et me tient par le menton.
Rémi: Et tu peux me dire comment est-ce que je te traite selon toi ?
Moi: Trente ans de mariage Rémi; en trente ans je t’ai toujours partagé
avec une autre, dis-je en criant.
Lui: Tout d’abord tu baisses le ton; les femmes n’élèvent pas la voix dans
cette maison et je ne vais pas me répéter.
Moi: Oui c’est ça.
Lui: Voilà, tu as la vie que tu voulais, tes deux filles sont à l’étranger, ta
famille est pleine aux as. Ce n’est pas ce que tu voulais il y a quinze ans ?
Aujourd’hui de quoi te plains-tu ? Je ne te touche plus depuis bientôt six ans
certes, mais je ne t’ai jamais demandé avec qui tu satisfais tes pulsions
sexuelles. Alors, je t’interdis de te mêler de mes affaires privées. Me suis-je
bien fait comprendre ?
Moi: Et qu’est-ce que je suis sensée comprendre par-là ?
Lui: Fais ce que tu as l’habitude de faire: m’accompagner dans des galas à
la présidence, organiser les réunions avec tes copines. Trouve-toi quelque
chose à faire; crée une ONG; voyage; va bronzer quelque part… Je ne sais
pas moi, mais ne t’avises plus jamais d’aller voir Yolande, plus jamais ! La
prochaine fois que tu refais ce genre de bêtise je te ferai boire de ton propre
sang.
Moi: Sache que ta jeune protégée ne veut plus de toi et de plus, elle est
enceinte. Je sais ce que j’ai vu.
Lui: Cette conversation est close femme ! Retourne donc à tes casseroles !
Il sort de la maison et demande à Armand le chauffeur de le conduire à
son lieu de service.
=== Rémi-X-D ===
Moi: Armand tu es prêt ?
Lui: Oui patron.
Moi: Ok, conduis-moi au cabinet.
Il s’empare de ma mallette qu’il remet à mon garde de corps et m’ouvre la
portière arrière où je m’installe et entame la lecture de la nouvelle édition du
journal «Cameroun Tribune» pendant que le garde de corps s’assoit côté
passager.
Moi: Dis-moi Mamadou, tu étais présent à Dakar quand ma deuxième
épouse partait ?
Lui: Oui patron. J’ai voulu l’en empêcher mais…
Moi: C’est bon, ça va. Elle était apeurée ? Fâchée ?
Lui: Non patron ! Juste pressée.
Moi: Ok. Samedi soir vers dix-huit heures, tu viendras me chercher et on
ira chez elle, ok ?
Lui: Oui patron.
*Quelques jours plus tard ***
=== Marie-Yolande Abessolo ===
Je dois rencontrer Roland aujourd’hui pour qu’il m’explique ce qui s’est
passé. Depuis lundi je me suis plongée dans le boulot pour noyer mes soucis
et je n’ai même pas pu sortir avec les filles hier soir pour prendre un verre,
alors que le «mbenguiste» d’Audrey est dans la ville. La vie de ma copine
est très compliquée; elle se fait passer pour la fille qui ne veut pas d’union
solide, qui n’aime pas les enfants, mais paradoxalement, elle sort avec le
même gars depuis bientôt cinq ans. Après l’obtention de leur diplôme à
Paris, le mec y est resté tandis qu’Audrey est revenue au Cameroun, et
depuis cinq ans ils vivent une relation à distance. Hum ! Ce Jason ne
m’inspire pas confiance et j’ai toujours dit à Audrey de faire très attention
car, à mon avis ce mec mène sûrement une double vie. Vraiment, qui va le
croire ? Un gabonais qui réside à Paris et qui se complaît dans une relation à
distance depuis cinq ans ? Non, Il doit certainement avoir une compagne à
Paris.
Je me gare vers le Carrefour Anguissa où j’ai rendez-vous avec Roland et
je l’appelle pour qu’il me rejoigne dans mon véhicule. Je préfère qu’on
discute dans ma voiture parce que m’asseoir dans des endroits douteux avec
des inconnus de surcroît, ne rentre pas dans mes habitudes. Au final, il me
rejoint et s’installe côté passager. Il est tout pâle, débraillé et les yeux
cernés; il me fait de la peine, le pauvre. On dirait qu’il n’a pas dormi depuis
des lustres.
Lui: Bonjour Yolande.
Moi: Bonjour Roland, comment vas-tu ?
Lui: J’essaie de tenir le coup, mais c’est pénible. Et toi ? Comment vastu ?
Moi: Ça pourrait aller. Je dois avouer tout de même que j’ai moi aussi été
perturbée récemment, surtout avec la disparition de Nadia.
Lui: Justement, elle m’a laissé ton nom et ton numéro de téléphone sur ce
bout de papier.
Moi: Petit frère, ta copine m’a dit que c’était toi qui l’as encouragée à
aller à Dakar ?
Il pose ses mains sur la tête en pleurant.
Lui: Yémaléé ! ! ! Yolande. Est-ce que j’imaginais ce qui allait se passer ?
L’ami de mon coach avait dit qu’il s’agissait juste d’une partie à trois. Mais
en lisant le mot de Nadia, je suis tombé des nues. Le serpent Yolande ?
Nooon ! Ce Monsieur doit payer, il va payer pour ce qu’il a fait.
Moi: Mon frère, enterre d’abord ta copine et pour être honnête avec toi, je
ne pense pas que tu puisses faire quoi que ce soit contre ces gens. Attends tu
t’es vu ? Tu es footballeur de deuxième division et ton club n’est même pas
connu. Tu es un pauvre anonyme et tu veux déclarer la guerre à qui ? Un
baobab ? Crois-moi, le mieux serait d’enterrer Nadia et de faire ses
dernières volontés. Mais laisse la vengeance de côté, tu risques d’y laisser ta
vie. Franchement, la rétribution appartient à Dieu de toutes les façons.
Nous avons continué ainsi à discuter et nous avons convenu que nous
irions ensemble au deuil. Je tiens absolument à l’accompagner et le soutenir;
ce sont deux jeunes qui se sont égarés. Nous nous sommes donc donné
rendez-vous le vendredi à la morgue pour la levée du corps. Je lui ai
demandé de donner de l’argent à la famille de Nadia pour qu’on sorte son
frère de prison, et garder aussi une partie à ses parents. Enfin le reste, il
pourra l’utiliser pour ses fameux papiers afin d’obtenir le visa pour la
France et se tirer du pays parce que déjà, lui-même n’y est plus en sécurité.
********************
Le vendredi après la levée du corps, nous avons pris la route de la ville de
Monatélé. J’ai tout de même prévenu mes parents et mes copines de mon
déplacement car on ne sait jamais. Dans le car pour Monatélé, Roland et
moi avons discuté à propos de Nadia, de leur relation, de Dakar, de l’argent.
Bien évidemment, toute la famille de Nadia connait Roland, les gens
viennent vers lui pour présenter leurs condoléances.
Enfin, vers huit heures du soir, nous arrivons au domicile familial où se
tiendra la grande veillée avec corps. Après la messe, pendant que je me sers
du thé, trois hommes d’âge mûr s’avancent vers Roland et moi et d’un coup,
nous empoignent et nous emmènent dans une chambre obscure.
Homme 1: C’est eux. Je les ai entendus discuter dans le car. Ils ont vendu
Nadia et sont en possession de l’argent.
Homme 2: Vous n’allez pas vous en sortir d’ici vivants.
Le père de Nadia: Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ?
Roland se met à raconter toute l’histoire pendant que je lui fais signe de la
main d’arrêter et de ne rien dire, mais c’était trop tard.
Le père de Nadia fait venir de jeunes hommes costauds qui se mettent à
tabasser Roland. Je crois qu’ils m’ont épargnée parce que je suis enceinte et
les rondeurs de mon ventre commencent à apparaître. Après avoir
copieusement tabassé Roland, ils nous enferment dans une chambre, sans
eau ni nourriture et s’accaparent du sac à dos de Roland qui contient la
somme d’un million de francs qu’il a prévu leur donner. On passe la nuit-là,
sur le sol humide et rocailleux. Je suis mal en point et j’ai très mal pour lui.
Malgré le faible signal que capte mon téléphone, je réussis à joindre Audrey
et lui indique le village où nous nous trouvons. Je ne peux pas appeler
Magalie, avec son mari psychopathe je ne veux pas lui attirer d’autres
ennuis.
La nuit fut longue et pénible, vu l’état lugubre de la chambre, sans lit et
embaumée d’odeurs nauséabondes. Dieu merci, le jour se leva enfin et vers
dix heures environ, nous étions libérés de notre «Guantanamo». Je ne
voulais même plus passer une seule minute dans cet enfer. Roland alla
récupérer son sac vidé de l’argent, car il contenait ses pièces d’identité.
Ensuite, nous avons marché jusqu’au centre-ville où nous devions attendre
l’arrivée d’Audrey. J’étais épuisée par la nuit agitée que je venais de passer.
Heureusement, ma petite Audrey s’est pointée vers midi et tous les trois
avons directement pris la route de Yaoundé.
Audrey: Franchement, quand tu fais tes choses bizarres là il faut souvent
m’épargner Yoyo.
Moi: Désolée ma copine mais je n’avais pas le choix.
Elle: C’est ça ! C’est samedi aujourd’hui et je ne peux pas faire la grasse
matinée parce que je dois venir te chercher dans des coins perdus du
Cameroun. Et qui c’est celui-là ?
Moi: Je te présente Roland, le copain de la jeune Nadia décédée.
Elle: Ah ! J’ai mon cours de yoga vers quatorze heures et je dois me
relaxer. Ensuite, j’ai des dossiers très importants qui doivent être prêt pour
lundi et j’ai besoin d’aller en discothèque ce week-end. En plus, Jason n’est
là que pour deux semaines je dois en profiter.
Sur le chemin retour, on essaye d’engager la conversation avec Roland
qui semble préoccupé, assis la tête entre les mains. Il culpabilise à propos du
décès de sa copine. J’espère que lui au moins suivra mes conseils et
s’éloignera de ce cercle vicieux.
Vers quatorze heures, on le dépose à la gare routière où il doit prendre le
car pour Soa. Nous continuons chez Audrey où je profite pour me
débarbouiller et m’incruster aussi dans sa séance de yoga. De toutes les
manières, j’en ai bien besoin afin de me requinquer vu la semaine que je
viens de vivre. Je passe donc le reste de ma journée avec Audrey, entre
yoga, restaurant, et un peu de shopping. Vers dix-huit heures, elle me dépose
chez moi puisqu’il faut qu’elle passe du temps avec Jason.
Toute joyeuse et rafraîchie, j’entre dans mon appartement et qu’elle n’est
pas ma surprise de le trouver là, allongé sur mon canapé en cuir deux tons
importé de l’Inde il y a un an, un cadeau de Rémi. Je n’ai pas prêté
attention; je n’ai pas vu son véhicule garé dehors; et puis, il a la clé de ma
maison. Comment pourrais-je lui interdire de venir chez moi ?
Lui: Bonsoir Yolande.
Moi: Bonsoir.
Lui: Tu m’évites depuis presque trois semaines.
Moi: Ah bon !
Dis-je en enlevant mes ballerines.
Lui: Jeannine a essayé de t’appeler à ton bureau, mais tu n’as pas daigné
répondre.
Moi: Il se trouve que je n’étais pas là. Figure-toi que je sors de Monatélé,
j’étais à l’enterrement de Nadia, tu te souviens d’elle ? La jeune fille avec
qui nous sommes allés à Dakar.
Piqué au vif, il se lève de son fauteuil et s’approche de moi; je lève les
yeux pour lui faire face.
Lui: Écoute-moi bien ma chère Yolande, parce que je ne veux pas avoir à
réitérer mes propos ou encore être obligé d’arriver chez toi puisque madame
fait les siennes et ne répond pas à mes appels. Ce petit jeu que tu veux
commencer, tu ne pourras pas le gagner.
Moi: Qui veut jouer Rémi ? Pourquoi m’as-tu emmenée à Dakar ? Tu dis
vouloir m’expliquer quoi ? Rémi, qu’est-ce que tu m’as caché pendant ces
quatre dernières années ? Après tout ce que toi et moi avons partagé ?
Lui: Pour commencer tu baisses le ton quand tu me parles; le sexe
féminin n’élève pas la voix en ma présence.
Moi: Ouais c’est ça ! C’est fini Rémi, je ne veux plus de cette relation. Je
veux qu’on arrête, je ne veux plus être ta maîtresse.
Il se rapproche tout près de moi. Il n’y a presque plus d’espace entre nous;
il me susurre nerveusement dans le creux de l’oreille gauche:
Lui: Pas avec mon enfant dans le ventre, jamais Yolande ! Je t’ai créée
pièce par pièce; j’ai fait de toi ce que tu es; je t’ai faite et je peux te défaire.
Tu es à moi, tu m’entends ? Tu es ma muse et aucun homme, je dis bien
aucun homme n’élèvera mon enfant de mon vivant, dans ce pays ou ailleurs.
Mets bien ceci dans ton petit crâne, parce que je sais que tu es très
intelligente: AUCUNE FEMME NE ME DIT QUE C’EST FINI ! J’ai
toujours le dernier mot dans une relation, et tiens-toi tranquille, tu ne peux
rien faire dans ce pays sans que je ne sois au courant. Alors, tu vas être
amnésique à propos de tout ce que tu as vu à Dakar. C’est une partie de moi
et tu te feras le plaisir de vivre avec et on va avancer tout doucement, et
mettre cette histoire aux oubliettes. Me suis-je bien fait comprendre ?
Je pleure à chaudes larmes parce que oui, malgré tout ce que je sais,
quand je le regarde, je me rends compte à quel point je l’aime encore. Mais
je ne peux plus continuer avec cette relation. Je crois qu’il est temps que je
parle de cette histoire à mes parents avant qu’elle ne prenne une tournure
qui échappera complètement à mon contrôle. Il est vrai que je suis
ÉPERDUMENT AMOUREUSE de cet homme qui a sans aucun doute une
facette très opaque.
Je suis éprise d’un homme qui a la capacité de prendre une forme animale
ou alors un homme qui possède un totem, et en plus je porte ses enfants. Je
me demande comment l’a-t-il su ? Probablement par sa femme qui n’a pas
arrêté de me scruter du regard la dernière fois dans mon bureau. Que dois-je
faire ? Me rebeller, envoyer brutalement Rémi balader et perdre ma vie, ou
commencer par remettre cette histoire entre les mains de Dieu et me confier
à mes parents ? J’ai trente-cinq ans et mes enfants sont ma seule raison de
vivre. J’aime tellement Rémi, mais lui et moi ne pourrons jamais construire
une union solide et paisible.

Chapitre VI : Un lundi pas comme les autres

=== Marie-Yolande Abessolo ===

Je suis dans le noir toute pensive, j’ai éteint toutes les lumières et même la
télé; j’ai envie d’arrêter le temps. À cet instant précis, j’aimerais que mon
séjour terrestre prenne fin, j’aimerais être à nouveau la petite fille innocente
et insouciante que sa mère prenait dans ses bras, lui chantait une de ses
berceuses apaisantes, en l’assurant que tout ira bien. Le «monstre» après
qu’il ait fini de me faire ses menaces, est sorti de chez moi, me laissant
plantée au milieu de mon salon. Le visage perdu, le regard dans le vide, j’ai
l’impression que la terre s’est arrêtée de tourner et que ma vie ne tient plus
qu’à un bout de fil. Franchement, il a dit quoi ? Je devrais me contenter de
vivre sereinement avec ce que j’ai vu à Dakar ? Quelle femme normale le
ferait ? Quelle femme vivrait avec un homme sachant pertinemment qu’il a
une double existence ? Qu’il a une facette aussi lugubre ? Et si pendant que
vous faites l’amour ou lors de votre passe-temps quotidien, il lui arrivait de
vouloir prendre sa seconde forme ? NON ! NON ! Je ne peux pas. Je vais
aller voir mes parents ce week-end et tout leur raconter sur cette relation que
j’ai toujours gardée secrète de peur que le monde extérieur ne le sache.
J’avais peur d’être jugée et de renvoyer l’image d’une vulgaire voleuse de
mari puisqu’on n’encense jamais les amantes, les «deuxièmes bureaux»
comme on dit dans notre jargon. Elles sont hautement stigmatisées, car elles
brisent les ménages, les unions que d’autres se sont attelés à construire.
Qu’à cela ne tienne, je vais passer outre ces considérations et me mettre à
nue; de toutes les façons, je suis déjà la risée de la famille surtout qu’après
le mariage raté avec Patrice, on m’a traité de maudite. Alors, pourquoi avoir
peur qu’on m’attribue un nouveau qualificatif ? Je préfère être fustigée que
de me tourmenter, garder ce fardeau en moi et mourir à petit feu.
J’ai beau me retourner dans tous les sens dans mon lit, je ne trouve pas le
sommeil. Je repense à tout ce que j’ai vécu avec Rémi: les voyages, les
cadeaux, les moments passionnés, d’infinie tendresse et d’attention à mon
égard. Pourquoi a-t-il fallu que je découvre que c’est un homme-serpent ? Je
m’étais résolue à demeurer sa maîtresse. J’ai mon boulot, j’aurai bientôt mes
enfants, mon compte bancaire est bien fourni. Je finis bientôt la construction
de ma maison. En somme, je suis déjà suffisamment épanouie comme ça et
je n’ai pas forcément besoin d’un mari pour me sentir comblée. Le rôle de
maîtresse, je l’endosse aisément. Enfin, tout ça c’était avant. Parce que
maintenant, je ne peux plus être sa maîtresse.
Toc toc toc ! Toc toc toc !
Ce bruit provient de la porte centrale.
Je regarde l’horloge accrochée au mur, il est trois heures du matin. Qui
peut bien venir cogner à ma porte à une heure pareille ? Je me lève malgré la
fatigue et je fais un détour à la cuisine pour m’armer d’un couteau. On ne
sait jamais, ce pays est devenu trop dangereux surtout que les statistiques
montrent qu’il y a plus de meurtres par agression. Après m’être munie de
mon arme de protection de fortune, je marche sur la pointe des pieds et je
demande à haute voix:
Moi: Qui est-ce ?
La personne cogne en criant et en pleurant.
Elle: Ouvre-moi Yoyo, s’il te plait, c’est Magalie. Ouvre je t’en prie.
Pfff ! ! Celle-là, je suis sûre que c’est encore une scène avec son
psychopathe de mari, un vrai con, ce gars qu’on appelle Brice. Un homme
qui n’a rien compris à la vie du vingt et unième siècle.
Je me précipite et j’ouvre la porte. Dieu du ciel, elle est maculée de sang
et traîne avec elle ses deux petits garçons Jayden et Sorel, en pleine nuit.
Moi: C’est quoi ça Magalie ?
Elle ne cesse de pleurer; je les fais entrer, je prends les petits et les
conduis dans la chambre. Ils sont épuisés, on dirait qu’ils ont été
brutalement réveillés, les pauvres. Je les installe confortablement dans mon
lit et je reviens au salon avec ma boite à pharmacie.
Moi: Peux-tu me dire ce que tout ceci signifie, Magalie ?
Elle: C’est Brice, Yoyo. Il veut me tuer.
Moi: Magalie tu es trop têtue, on t’a déjà dit de quitter cet homme.
Pourquoi tu te complais à rester mariée avec un homme qui te bat tout le
temps ? Regarde-toi. Tu as le visage parsemé de blessures.
Elle: Yoyo comment vais-je faire ?
Moi: C’est quoi la raison cette fois-ci ?
Elle: Il veut que j’arrête de travailler pour me consacrer à l'éducation des
enfants. Il dit qu’il ne veut plus que la femme de ménage s’occupe d’eux,
parce que je suis tout le temps de garde à l’hôpital.
Moi: Holalaaa ! Tu me fais «chier» Magalie, tu m’énerves ! Arrête de
faire comme une mauviette qui n’a rien dans la tête. Tu as à ton actif un bac
+11, mais tu réagis toujours comme une poule mouillée. Qu’est-ce que
Brice te donne ? Tu es un médecin spécialisé et tu peux t’offrir une vie
décente à toi et à tes enfants. Pourquoi souffrir autant Magalie ?
Elle: Attend, regarde-moi Yoyo. J’ai trente six ans, mère de deux enfants,
tu penses que quel homme voudrait d’une vieille femme divorcée avec deux
enfants ? Je vais abandonner mon foyer pour retourner dans le célibat ? Et
devenir comme toi ?
Moi: Ah bon hein ! C’est là ta seule crainte ? La solitude ? Tu préfères te
morfondre au sein d’un foyer où tu es torturée, chosifiée, quitte à trépasser ?
Alors ne viens plus toquer à ma porte la prochaine fois car s’il t’a raté cette
fois, il ne manquera pas de te tuer la prochaine fois, crois-moi. Et personne
ne te demande d’être la maîtresse d’un homme, j’ai fait mon choix de vie, et
je l’assume pleinement.
Elle: Je ne peux pas quitter Brice, Yoyo, je vais arrêter d’aller à la
clinique. Je veux rester mariée, je ne finirai pas mes jours seule.
Je n’en crois pas mes oreilles ! Pendant que je nettoie ses grosses plaies
faites par son barbare de mari, Madame martèle qu’elle veut arrêter le
boulot pour se dévouer exclusivement à son foyer. C’est incroyable ! A-t-elle
si peu d’amour pour elle-même, pour accepter d’être chosifiée de la sorte et
s’accrocher imperturbablement à son triste sort ? Ah ! Ces femmes battues
se comportent souvent comme si elles étaient envoûtées. Nombreuses sont
celles qui s’entêtent à rester accrochées à leur bourreau jusqu’à ce que
mort s’en suive. C’est fou ça !
Moi: En tout cas, tu fais comme tu veux Magalie, mais la prochaine fois
ne viens pas cogner chez moi. Vas dans ta belle-famille, c’est ce que font les
femmes mariées.
J’ai fini de la secourir, je me suis lavée les mains avant d’aller me coucher
dans la chambre d’amis. Je lui ai laissé ma chambre avec ses enfants.
Magalie a toujours été ainsi depuis la fac, toujours prête à se sacrifier pour
ce connard de Brice; elle préférait prendre son argent de pension pour lui
acheter des paires de tennis de marques. Aujourd’hui, il demande qu’elle
arrête de bosser, c’est pour qu’ils vivent de son modeste salaire de
professeur peut-être ? Et comme d’habitude, madame se plie docilement aux
exigences de monsieur. Je n’ai même plus envie d’y penser avec ma
panoplie de problèmes. En plus, demain c’est lundi, un jour de stress car
avec Patrice, je dois me rendre dans la ville de Mfou pour rencontrer un
client. Alors je me couche tranquillement, j’ai besoin de sommeil.
J’ai dormi d’un coup jusqu’au matin, ce sont les coups à la porte d'entrée
qui m’ont réveillé.
La personne (d’une voix lugubre): Ouvrez cette «putain» de porte
maintenant ! ! ! ! Espèce de ce que je pense.
Ce n’est pas possible je vis dans un monde paranormal ou quoi ? Je me
lève et je reconnais la voix. C’est Brice qui vient comme à son habitude
chercher sa femme, et c’est la troisième fois cette année que je vis cette
scène.
Très en colère, je me lève et ouvre la porte:
Moi: Méfie-toi Brice, tu m’entends ? Je suis ici chez moi et ne viens pas
faire ton bordel ici.
Il me pousse et entre dans la maison en se dirigeant vers ma chambre pour
récupérer ses enfants et sa femme.
Lui: Levez-vous tout de suite ! ! ! ! Nous rentrons à la maison et personne
ne discute.
Magalie s’exécute machinalement, réveille les enfants pour suivre son
maboule de mari. Mince ! J’ai mal pour cette pauvre fille, son manque de
personnalité me dépasse. Mais comment une fille de son rang social peutelle se
laisser mater à ce point ?
Je suis là au salon, la colère monte en moi, déjà je suis énervée à cause de
la situation que je traverse en ce moment et là, cette brute vient en rajouter
une couche en m’imposant ce spectacle ridicule.
Comme une automate, j’entre dans ma cuisine et ramasse ma poêle et je
reviens au pas de course au salon. Pendant que monsieur est en train de tirer
Magalie comme une chienne, je lui assène deux bons coups sur la tête.
Elle: Qu’est-ce que tu fais ? Arrêtes Yoyo ! ! !
Non mais, cette fille est folle ?
Moi: Ici c’est chez moi Magalie, qu’il aille faire sa sauvagerie ailleurs.
Non mais attends ! Tu es certaine que tu vas bien ? Un homme qui te traite
de la sorte et tu oses t’indigner que je lui inflige une petite correction ?
Regarde-toi dans un miroir tu ressembles à quoi ?
Elle: C’est ma vie, laisses moi !
Moi: Ok, sortez donc de chez moi et ne reviens plus toquer à ma porte
même s’il veut te tuer, tu m’entends ?
Elle tire son mari et ils sortent avec les enfants. Je me dépêche de prendre
ma douche et m’habiller pour le boulot, vu que je dois rencontrer un gros
client. J’enfile une robe droite aux rayures blanches et noires, je réajuste
mon brushing et m’enduis de quelques gouttes de parfum, puis je prends la
clé de ma voiture et je démarre à toute vitesse. Je suis déjà en retard à cause
de Magalie et de son mari.
Quelques minutes plus tard, je croise Patrice devant l’IRAD.
Lui: Tu étais où depuis, madame ? Tiens !
Dis t-il en me tendant un dépliant.
Moi: Qu’est-ce que c’est ?
Lui: L’itinéraire pour arriver à Mfou.
Moi: C’est quoi ce cirque Patrice ? Je croyais qu’on y allait ensemble.
Lui: J’ai des réunions aujourd’hui. Je ne pourrai pas.
Décidément ce n’est pas ma journée aujourd’hui. Je récupère le papier et
je prends la route de Mfou situé à quarante-cinq minutes de la capitale. Je
mets de la musique pour m’évader en conduisant. Je suis bien en colère
contre Magalie et je vais la bouder pendant un moment; cette fille est
sacrément énervante.
Vers dix heures, j’arrive à Mfou devant les locaux du supposé gros client.
Je sors de ma voiture et me dirige vers l’entrée principale.
Une dame me sourit à la réception.
Elle: Bonjour, puis-je vous aider ?
Moi: Oui Madame. Je cherche le bureau de Monsieur Ekobena.
Elle sort de sa cabine de réception et m’accompagne jusqu’au dit-bureau
où la secrétaire me demande de m’asseoir dans la salle d’attente.
Pendant que je suis assise, révisant son dossier, il sort de son bureau. Je
manque de m’évanouir littéralement: C’est le jeune étalon que j’ai rencontré
dans la boite de nuit à Kribi ! Oh là !
Il sourit, vu qu’il a bien remarqué mon étonnement.
Lui: Bonjour Yolande. Suivez-moi dans mon bureau, s’il vous plait.
Je me lève de ma chaise tout en espérant fortement que monsieur
Ekobena, mon client, soit peut-être son patron. Mais mon espoir s’éteint net
lorsque je découvre quelques secondes plus tard dans son bureau, des photos
de lui lors de sa soutenance. Mais qui est donc ce garçon ?
Lui: Prenez place madame.
Je m’exécute aussitôt.
Lui: Je vois bien que vous êtes surprise de me voir. La dernière fois je ne
me suis pas complètement présenté: Je suis Jefferson Willis Ekobena.
Moi: Enchantée Jeff, Marie-Yolande Abessolo.
Lui: Enchanté, Marie-Yolande.
Nous commençons alors à discuter sur son projet de construction d’une
grande palmeraie, de ce qu’il lui faut comme budget, comme ressources
humaines, etc. J’apprécie énormément son professionnalisme. Pendant
qu’on bosse, il ne daigne pas évoquer une seule fois notre rencontre en boite
de nuit à Kribi.
Vers midi, les contrats signés et les virements effectués, je suis épuisée et
affamée.
Lui: Vous voulez que l’on aille déjeuner quelque part ?
Moi: Tu peux déjà me tutoyer, vu qu’on va passer les six prochains mois
ensemble.
Lui: Merci Yolande.
J’avais remarqué qu’il aimait ce nom. Il tirait sur Yooolannnde.
Nous sommes donc montés dans sa Lexus blanche, direction le restaurant.
À travers sa manière de conduire il semble connaître les lieux.
Moi: Tu connais la ville apparemment.
Lui: Oui, j’ai grandi ici.
Moi: Ah bon !
Lui: Oui, mes parents vivent ici.
Moi: Ah, ok. Et toi-même tu vis où ?
Lui: Je vis à Yaoundé, mais je bosse ici. J’ai préféré installer mes bureaux
ici pour mieux m’organiser.
Moi: Ok. Donc tu fais le trajet chaque matin ?
Lui: Oui, mais j’ai un chauffeur donc, ce n’est pas trop fatigant.
Moi: Ah, je vois ! Dis-moi, tu as quel âge pour t’engager à investir autant
dans un tel projet ?
Lui: Lol, j’aurai trente-deux ans dans deux semaines.
Moi: Wow ! Je déduis que tu gères plutôt la fortune de papa ?
Lui: Non, pas du tout. C’est juste que j’ai terminé précocement mes
études et j’ai épargné pendant cinq ans. C’est mon rêve depuis ma tendre
enfance.
Moi: Ok. Je vois.
Lui: Je dois t’avouer que je ne pensais plus jamais te revoir, vu que tu
avais refusé de me donner ton numéro de téléphone.
Moi: On peut dire que tu es chanceux alors !
Lui (Tout souriant): En quelque sorte.
On s’installe et on commande. Nous mangeons en discutant de tout et de
rien. Je dois avouer que sa compagnie me fait un bien fou, loin de tout le
stress de ma vie et de la scène de ce matin.
Pendant qu’on mange, il essaye tant bien que mal de me sonder sur ma
vie amoureuse. Je souris, parce qu’au fond de moi je me dis: «S’il savait».
Lui: Alors, c’est quoi le problème ? Je ne vois aucune alliance sur ton
annulaire gauche.
Moi: Hum !
Lui: Cela signifie-t-il que tu es un cœur à prendre ?
Moi: C’est plus compliqué que tu ne le penses.
Lui: J’aime les choses compliquées.
Moi: Je suis enceinte, Jeff.
Lui: Et le père ne veut pas de l’enfant ?
Je ne sais même pas pourquoi je lui dis tout ça. Il ne m’arrive jamais de
raconter ma vie à quelqu’un au premier rendez-vous, encore que ceci n’est
pas un rendez-vous en tant que tel. Ressaisis-toi madame ! Me dit une petite
voix intérieure.
Moi: Écoute Jeff, tu es gentil et jeune, mais je préfère que l’on se
concentre exclusivement sur le boulot, si ça ne te dérange pas.
Lui: Ok. Mais cette fois, je peux tout de même avoir ton numéro de
téléphone ?
Moi: Oui oui, bien-sûr.
Lui: D’accord !
On finit donc de manger et je lui donne mon numéro avant de reprendre la
route de Yaoundé. Je viendrai à Mfou deux fois par semaine pour superviser
le travail fait par les ingénieurs du chantier. J’ai rendez-vous avec mes
parents dans la soirée, chez moi, pour leur parler de mon fameux problème.
Vers dix sept heures, je suis de retour à la maison où je trouve maman qui
cuisine pendant que papa regarde je ne sais trop quoi à la télé. Je me sens
fatiguée, alors je décide de prendre une douche avant d’aborder le sujet avec
eux.
Après ma douche, nous mangeons et nous saisissons l’opportunité de
l’ambiance familiale pour appeler Soraya qui se plaint de ses enfants.
Vers vingt heures, je m’assois donc avec papa et maman comme un
prisonnier sur le banc des accusés.
Moi: Si je vous ai fait venir ici aujourd’hui, c’est pour vous parler de vive
voix d’un problème personnel qui me tient à cœur.
Maman: Hum ! Yolande, tu as encore fait quoi ?
Moi: Je n’ai rien fait, maman.
Papa: Parle ! Nous t’écoutons ma fille.
Moi: Je vois quelqu’un depuis quatre ans.
Maman: Enfin ! Je savais que c’est pour cela que tu as refusé d’épouser
Patrice. Merci ma fille. Mama Philomène m’a déjà humiliée au village à
cause de toi.
Moi: Laisse-moi finir mon propos avant de tirer des conclusions hâtives
maman !
Papa: Vas-y !
Moi: C’est le ministre Rémi-Xenne-D
Mama: Iiiyyyyyyyyééééé ! ! ! ! C’est bien ça ma fille. En plus un
ministre. Ouiiiiiiiii, je savais que tu étais intelligente, pas comme ta sœur
Soraya avec son pauvre blanc là. Je ne sais même pas ce qu’elle fait en
France, celle-là. Elle n’a qu’à rentrer au pays c’est ici qu’il y a le bon
réseau.
Moi: Maman, s’il te plait laisse-moi parler.
Papa: Liliane laisse l’enfant parler, quelles sont ces manières ?
Moi: Et je suis enceinte de lui.
Maman: Il faut donc qu’on se prépare. Je suppose qu’il va venir toquer à
la porte bientôt. Une autre dot pour toi ma fille. Eh Seigneur !
Moi: Maman laisse-moi finir, pardi !
Papa: Parle, Yoyo.
Moi: Mais ce n’est pas un homme bien, et il est marié.
Maman: Il est marié et puis quoi ? Ces hommes ont toujours plus d’une
femme. Et puis de toutes les façons, tu n’es plus toute jeune tu sais ! S’il te
prend comme deuxième femme où est le problème ?
Moi: Mais tu vas me laisser finir, à la fin !
Papa: Liliane si tu ouvres encore ta bouche là, tu vas me sentir. Continue
Yoyo.
Moi: C’est un homme obscur, il appartient à un cercle vicieux. Il est mêlé
à des pratiques pernicieuses.
Je leur raconte tout, la scène de Dakar, la mort de Nadia, la visite de sa
femme dans mon bureau, bref je déballe tout.
Maman: Mais si depuis tout ce temps il ne t’a rien fait, tu crois qu’il peut
encore te faire quoi ? Ça fait quatre ans que tu couches avec lui, il ne s’est
jamais transformé ça veut dire que, quoiqu’il en soit, il t’aime et ne te fera
pas de mal. Il est juste coincé avec sa femme. Peut-être que c’est même elle
la sorcière dans l’histoire. Moi je te dis que c'est elle qui tue les gens et non
lui.
Papa: Je pense que tu dois être liée d’une certaine manière ou d’une autre
à lui parce que ton comportement au mariage de Patrice était inhumain,
dénué de toute empathie. Je n’ai pas reconnu ma fille dans cette posture. À
ton avis, tu n’as pas d’homme dans ta vie pourquoi ? Parce que tu dois être
probablement mariée avec lui dans un monde parallèle. Quelle femme
accepterait la dot d’un homme et préparerait le mariage pendant trois mois,
pour aller le rembarrer et dire non devant monsieur le maire ? Tu es
manipulée et téléguidée par un esprit démoniaque, cet homme exerce un
pouvoir sur toi, tu es sous son emprise, ma fille en gros tu agis comme il le
désire.
Papa parle sans s’arrêter, pendant que maman essaye de le convaincre et
lui montrer le bon côté de la relation. Mais, je sens mon corps me lâcher: La
fatigue, les vertiges, la lumière devient sombre et mes facultés
m’abandonnent progressivement.
Papa: Yoyo, Yoyo Yoyo, tu m’écoutes ? Mince Liliane, cherche les clefs
de la voiture, elle est en train de s’évanouir.
Ma mère fouille mon sac et sort les clefs de la voiture et tous les deux me
portent. Ils me mettent sur le siège arrière et m’emmènent à l’hôpital. Je sais
juste que je me suis retrouvée dans un autre monde où j’ai entendu Nadia
qui criait:
Elle: Sauve-moi Yolande, s’il te plait. Yolande, viens me sauver, je n’en
peux plus. Tout le monde me viole par l’anus, Yolande ! Yolande !
Elle criait et hurlait sans cesse. Mais je ne la voyais pas. J’entendais juste
sa voix.
Je me suis réveillée dans une chambre d’hôpital. Et quand j’ai ouvert mes
yeux, papa et maman étaient à mon chevet, et lui aussi. Il était là, discutant
avec le médecin. Que faisait-il là ? Qui avait appelé Rémi ?
Moi: Où suis-je ?
Papa: Tu as eu un malaise à la maison et ta mère et moi t’avons transporté
ici, à l’hôpital
Moi: Et que fait Rémi ici ?
Maman: Ton assurance maladie porte son nom; alors l’hôpital a informé
son cabinet de ta présence. Apparemment, il connait le médecin. C’est lui
qui t’a inscrite dans cette clinique ?
Moi: Oui
Oh, merde !
Papa: Ma fille, tu es dans de sales draps parce que cet homme a une
influence sur tout ce qui te concerne et tout le monde le connait. Ça ne sera
pas facile, on doit réfléchir sur un bon plan d’attaque. Mais en attendant, tu
dois jouer les filles amoureuses. Ok ?
Moi: Ok, merci papa.
Maman: Hum ! Vraiment il faut au moins qu’il nous donne quelque
chose. Il est quand-même à l’origine de ta grossesse.
Il finit avec le médecin et vient vers nous. Il salue papa et maman et leur
demande de nous laisser seuls.
Lui: Tu as reçu un coup de fatigue et c’est pourquoi tu t’es évanouie. Tu
devras à la longue arrêter de travailler et te trouver une femme de ménage.
Le médecin a dit aussi que tu étais stressée donc, évite de te mettre dans de
telles situations. Par ailleurs, j’apprécierais que tu ne parles pas de ma vie
privée avec tes parents, ok ?
Moi: Ok.
Ah oui, j’avais oublié qu’il possède cette personnalité opaque, il peut très
bien être extra lucide. Il a quatre yeux, comme on le dit communément.
Lui: Bien ! Le chauffeur vous accompagnera chez toi, je ne sais pas
pourquoi tu roules dans cette vieille RAV4 alors que je t’ai fait livrer une
voiture neuve. Evite de me désobéir, chérie.
Il me parle, et j’ai juste envie de fondre en larmes. J’aurais aimé ne pas
être autant amoureuse de lui et l’insulter; mais je n’y peux rien. C’est
comme s’il m’avait envoûtée et on dirait que je suis encore plus amoureuse
de lui qu’auparavant.
Lui: Je vais rentrer et à partir de lundi prochain, je ne veux plus que tu
ailles bosser. Tu as cette semaine pour démissionner, et même tu devrais
arrêter de conduire. Je t’enverrai un chauffeur et une femme de ménage.
Il me fait un bisou sur le front et s’en va en donnant une enveloppe, aux
parents, que maman s’empresse de récupérer. Je repense au songe de tout à
l’heure. Nadia ! ! Où peut-elle être ? Qu’est-ce qu’on lui fait ?
Chapitre VII : On s’aime

=== Audrey Nyango ===

Moi: Je t’aime Jason, mais je suis fatiguée de cette relation à distance. Je


voudrais qu’on trouve une solution, s’il te plait.
Lui: Eh ben ! Moi je ne peux pas venir m’installer au Cameroun, j’ai
construit toute ma vie à Paris.
Moi: Que veux-tu donc ? Que je déménage pour Paris ?
Lui: À toi de voir ma poulette. Prends la décision qui te semble
opportune.
Moi: Dis-donc, à t’entendre parler j’ai l’impression que cette situation
t’indiffère. Aurais-tu une autre compagne à Paris ?
Lui: Mais bébéé où vas-tu chercher de pareilles idées Audrey ? Tu es la
seule femme qui partage ma vie et tu le sais mon cœur.
Moi: Ok. Si tu le dis. Es-tu prêt ?
Lui: Oui, je suis prêt.
Moi: Ok.
Je me nomme Audrey Nyango. J’ai trente-quatre ans, et je suis avocate en
droit des affaires. Je dirige mon propre cabinet. Je suis une fille Sawa de
Douala, Bonamoussadi, mais j’ai grandi à Yaoundé.
L’amour pour moi est éphémère; c’est un sentiment subversif, ravageur,
qui détruit l’être humain plus qu’il ne l’épanouit.
Jason et moi sommes ensemble depuis fort longtemps. Nous avons fait
connaissance il y a bientôt sept ans, et après deux années d’amitié
platonique, nous avons commencé à nous côtoyer intimement. Après mon
diplôme, j’ai tenu à m’installer à mon propre compte et Dieu merci, j’ai
réussi à relever le défi avec brio. Jason est un homme de quarante ans,
divorcé et a fait une fille avec une française; lui-même gabonais et originaire
de Franceville. Au début de notre relation, aucun de nous deux ne voulait
s’engager; il venait fraîchement de divorcer et moi je finissais mes études.
Mais actuellement, j’avoue que je ne veux plus me contenter d’une relation
sans lendemain, j’éprouve le désir de voir notre union solidifiée et
officialisée. J’aimerais moi aussi être l’épouse de quelqu’un, même si
devant les filles je feins d’être insensible à l’amour.
Par moments, je ressens une solitude indéniable, surtout quand je rentre le
soir chez moi et qu’il n’y a personne pour me prendre dans ses bras, écouter
mes confidences sur les péripéties de ma journée, dîner avec moi, ou encore
lorsque je me réveille le matin dans mon lit froid, et que je dois me résoudre
à me réchauffer dans mes draps, et m’agripper à mon oreiller. Dans ces
moments-là, j’ai plus que jamais besoin de me blottir dans les bras
chaleureux d’un homme, de mon homme. Aujourd’hui, Jason retourne à
Paris après deux semaines d’amour et de pure tendresse partagés ensemble.
Il me manque déjà, mais bon on se reverra. Je compte bien lui faire une
surprise cet été.
Moi: Tous ces cadeaux Jason ?
Lui: Mais oui chérie. J’ai mes sœurs et mes tantes à qui je dois ramener
des choses.
Moi: Et c’est quoi ces objets pour bébés ? Ta fille a douze ans et tu
achètes des choses pour des enfants de deux ans et quatre ans ?
Lui: C’est pour donner aux enfants de ma patronne mon amour.
Moi: Hum ! Chéri j’espère bien que tu n’es pas en train de te foutre de
moi.
Lui: Mais non, que vas-tu t’imaginer là princesse ? Tu sais très bien que je
t’aime et je tiens à toi. Autrement, pourquoi viendrais-je passer deux
semaines au Cameroun avec toi alors que j’ai mes activités à Paris ? C’est
pour toi que je fais ce sacrifice bébé, pour nous. Je t’aime trop toi aussi.
Moi: Ok. Je viens donc m’installer en France et on se marie ?
Lui: Chérie, tu viens à peine d’ouvrir ton cabinet. Je pense que tu dois
préalablement t’atteler à implémenter les bases, et ensuite tu pourras partir
où tu veux. Rassure-toi, je reviendrai te voir dès que j’aurai un peu de
temps. Et concernant le mariage, ne sois pas pressée ça arrivera au moment
propice.
Moi: Hum ! D’accord.
Lui: Heu, je voulais aussi que tu me trouves mille euros s’il te plait
chérie.
Moi: Jason tu es toujours en train de me demander de l’argent, chaque
fois je te fais des virements, tu as bien un travail non ?
Lui: Oui, bébé mais je viens de passer deux semaines au Cameroun. Je
n’ai plus d’argent, j’ai tout dépensé pour acheter les cadeaux aux enfants.
Bébé vas-y, je suis ton chéri non ?
Moi: Hum ! On va faire un saut à la banque en allant à l’aéroport.
Je range tous ces cadeaux. Je suis tout de même étonnée que Jason ait une
aussi grande famille; deux valises de provisions en seulement deux
semaines et il est toujours en train de me demander de l'argent celui-là.
On se prépare finalement et on va à l’aéroport. Je m’arrête bien
évidemment à la banque ou je retire une somme de six cent cinquante mille
francs CFA qui équivalent à mille euros et je les lui remets. Nous nous
disons au revoir en se promettant de nous revoir bientôt et de garder le
contact comme nous l’avons toujours fait.
Une fois que j’ai déposé Jason à l’aéroport, je vais chez Yoyo. J’ai appris
qu’elle a eu un malaise dernièrement, je vais aux nouvelles.
=== Marie-Yolande Abessolo ===
Après l’hôpital hier, Rémi est rentré et mes parents et moi avons été
conduits chez moi. Maman s’est emparée de l’enveloppe de deux cent
cinquante mille francs CFA dont Rémi les a gratifiés. Elle a fait toutes sortes
d’achats et est à présent la femme la plus comblée au monde; pendant que
papa et moi nous nous évertuons à chercher les solutions pour que je sorte
du trou dans lequel je me suis fourrée toute seule. Ils viennent de repartir et
la surprise de taille est que Rémi m’a fait envoyer une femme de quarante
cinq ans pour accomplir les tâches domestiques chez moi. J’ai dit à cette
dernière de ne pas entrer dans ma chambre et de ne toucher à rien dans ma
cuisine. Je ne veux pas qu’elle prépare ici. Après le départ de mes parents, je
me suis enfermée dans ma chambre.
Je suis devant la commode et je regarde mon ventre rond dans le miroir.
Je souris succinctement et me mordille délicatement la lèvre inférieure. Une
douce sensation s’empare de mon être, tandis que les souvenirs du fameux
jour où mes bébés ont été conçus emplissent ma mémoire.
*Flashback quelques mois plus tôt ***
Quand j’ai connu Yves mon amour de lycée avec qui je me suis mariée
après ma licence, tout allait bien. Mais je n’arrivais pas à concevoir. Il a
alors commencé à m'être infidèle et nous avons divorcé. Cette rupture m’a
anéantie et j’ai cherché à m’enquérir de la cause de mon infertilité. Je suis
allée dans plusieurs hôpitaux de la place, et j’avais invariablement le même
résultat: Obstruction des trompes, trompes imperméables. Consternée, je
demandais avec insistance l’origine de cela aux médecins, parce que oui, je
voulais savoir ce qui avait bouché mes trompes, me privant ainsi de la
procréation. Je sors tout de même d’une famille où personne n’avait jamais
eu un trouble de la fertilité.
Alors, les médecins m’ont expliqué clairement que la majorité des causes
de l’obstruction des trompes sont des infections des voies génitales
(endométriose ou salpingites) qui ont été contractées par le passé et n’ont
pas été aussitôt soignées convenablement. Et ces infections sont
généralement des maladies sexuellement transmissibles, à l’instar des
infections à chlamydia, de la syphilis, de la blennorragie, des mycoses et
autres verrues génitales. Je me rappelle qu’à l’époque, Yves m’avait filé la
chlamydia quand nous étions en deuxième année de biochimie.
C'est pourquoi nous les femmes devons être très vigilantes en ce qui
concerne la contraction des M.S.T parce que nous sommes plus exposées.
Une seule négligence peut nous coûter cher. Priez que notre partenaire
n’aille pas voir ailleurs, et éviter d’offrir notre intimité à tout va. Et
quoiqu’il en soit, il faut toujours exiger une protection au partenaire, si on
n’a pas préalablement effectué des examens pour s’assurer du bon état de
santé de chacun. À cause de cette chlamydia qu’Yves m’a transmise par le
passé, ma fertilité a été altérée et c’est lui qui par la suite faisait des siennes
quand je ne concevais pas. Je ne le lui ai jamais dit la vérité. Quand je l’ai
appris, j’ai tout de suite entrepris d’aller aux USA, où j’ai suivi pendant six
mois un traitement approprié dans une clinique de fertilité hautement
réputée.
Rémi et moi ne nous sommes pas vus pendant cette période et on se
manquait intensément, malgré le fait qu’il m’appelait en permanence. Nous
tenions impérativement à nous voir, alors il m’a demandé de le rejoindre à
Dubaï pour deux belles semaines au soleil dans ses bras. J’étais rayonnante,
je venais de passer six mois dans le pays de l’oncle Sam. Alors, j’ai fait
quelques courses pour l’occasion. J’ai acheté les tenues les plus sexy qu’on
puisse trouver à New-York et j’ai pris le vol pour Dubaï. C’était un
vendredi, je m’en souviens comme si c’était hier. Il pleuvait quand mon
avion a atterri. Le chauffeur est venu me chercher et nous étions logés dans
un petit palace privé, réservé aux grandes personnalités du monde. Les chefs
d’états ont l’habitude d’y aller pour se ressourcer.
Une fois arrivée sur les lieux, j’avais une seule envie: Qu’il me prenne
tendrement dans ses bras et qu’il me dise à quel point je lui avais manqué et
c’est exactement ce qu’il fit.
Moi: Bonsoir mon cœur.
Dis-je, le regard enjoué et un sourire enjôleur.
Lui: Bonsoir mon trésor, tu es toute rayonnante.
Moi: Merci chéri. Toi aussi tu es tout beau. Alors comment vont les
affaires au Cameroun ?
Lui: Bien mon bébé.
Nous nous étreignons et nous embrassons fougueusement à en perdre
l’haleine. Ensuite, je décide de prendre une douche froide pour me
requinquer et j’enfile une jolie robe mauve pour aller au restaurant privé de
l’hôtel.
Je me souviens avoir vu un président africain en compagnie d’une femme
qui n’était pas la première dame et là, je me suis rendue à l’évidence que
tous ces hommes ont des «deuxièmes bureaux».
Nous avons fini de manger en toute quiétude, comme un couple normal et
nous sommes montés dans notre suite. Je mourais d’envie qu’il me dise
qu’il veut m’épouser et qu’enfin il est décidé à faire le grand le saut. Ce
sujet restait le seul objet de clivage entre nous.
Moi: Rémi, quand est-ce que tu demandes le divorce ?
Lui: Yolande, s’il te plait. On en a déjà discuté au Maroc il y’a un an.
Moi: Je n’en peux plus de continuer à jouer les seconds rôles.
Lui: Oh bébé, tu sais bien que je tiens à toi, sans toi je ne suis rien.
Moi: Tu me racontes la même histoire depuis tout ce temps; tu te fous de
ma gueule ou quoi ? Moi je ne peux plus continuer ainsi Rémi: Soit tu
quittes ta femme, soit tu me laisses tranquille.
Lui: Écoute, cette discussion n’a pas lieu d’être. Pourquoi veux-tu
toujours casser l’ambiance ? On ne s’est pas vu depuis combien mois ? Et
au lieu de savourer ce moment de retrouvailles, tu cherches à tout faire
foirer.
Moi: Eh bien tu vas devoir trouver une autre maîtresse, parce que moi je
me barre.
Paff ! ! Il m’assène une gifle.
Lui: Cette conversation est terminée Yolande ! ! ! Tu restes ma maîtresse
et tu seras toujours bien entretenue.
Très en colère à cause de la gifle qu’il venait de me donner, mon sang a
fait un quart de tour, j’ai remis mes effets dans ma valise décidée à rentrer
au Cameroun à cet instant précis.
Lui: Reviens ici immédiatement ! ! !
Moi: Tu sais où me trouver, alors tu viendras me chercher quand tu auras
pris la décision de m’épouser.
Lui: Yolande, si tu franchis cette porte tu vas me sentir passer.
Je n’ai pas prêté attention à ses menaces et je me suis dirigée vers
l’ascenseur. C’est toujours pareil à chaque fois, j’en ai marre de le partager.
Ne me voyant pas revenir, il s’est mis à courir derrière moi et m’a rattrapé
juste au niveau de l’ascenseur qui s’ouvrait. Je me suis empressée d’y
pénétrer pour refermer les portes mais, trop tard, il a réussi à s’incruster.
Lui: Tu veux me fuir n’est-ce pas ?
Moi: Je n’en peux plus de souffrir et de l’imaginer dans tes bras chaque
soir.
Il me tira contre lui, la pièce était si étroite que je pouvais aisément humer
son parfum qui m’avait manqué depuis tout ce temps. Il appuya sur un
bouton pour bloquer l'ascenseur.
Lui: Viens là, Yolande chérie.
Il me prit les lèvres, je fis mine de résister mais il ne lâcha pas prise. Il
fourra sa langue dans l’entrebâillement de mes lèvres et contre toute attente,
je répondis passionnément à son baiser. Il passa sa main dans mon soutiengorge et
entrepris de malaxer ma poitrine opulente. Ayant compris son jeu,
je fis tomber sensuellement les bretelles de ma petite robe pour lui donner
libre accès à mes seins.
Nous sommes toujours dans cet ascenseur, et nos respirations
commencent à s’affoler. N’étant pas insensible au plaisir que me procure sa
langue qui me viole la bouche, et ses mains qui pétrissent fermement mes
seins, je tends une main vers la braguette de Pilou et je l’introduis
vigoureusement dans son boxer. Je saisis son chibre qui semble encore plus
long et plus gros que d’habitude et je le branle comme je peux; puis il
m’appuie les épaules pour me mettre à genoux et brutalement, il me la
fourre dans la bouche, aussi loin qu’il peut, d’un coup. Je n’arrive même
plus à bien me positionner pour le sucer, car coincée contre les parois de
l’ascenseur avec lui qui est si près de moi. C’est alors lui-même qui se met à
me besogner la bouche en faisant entrer sa grosse chair bien profondément
dans ma gorge dans de vifs mouvements de va et vient. Son gland vient
cogner ma glotte, il se retire presque entièrement pour mieux me la remettre
totalement dans la bouche. De temps en temps, il me la laisse dans la gorge
quelques secondes et je sens ses grosses couilles contre mon menton,
pendant que je gémis comme une chèvre «bê-bê-bê».
Soudain, il se retire, me retourne violemment et me plaque contre le mur.
Il remonte ma robe jusqu'à la taille et tire mon string vers le bas, le faisant
tomber comme une feuille morte à ses pieds. Monsieur le ministre alias
Pilou me chatouille la raie de ses doigts et dit:
Lui: Tu mouilles Yoyo ! ! ! ! ! !
Moi: Oui mon maître.
Je réponds en frissonnant.
Lui: Alors tiens ça !
Il a dit ça d’une voix rauque et j’ai à peine eu le temps de réaliser qu’il me
pénètre d’un coup, après avoir inséré fougueusement deux doigts dans ma
fente et les avoir fait tourner pendant quelques secondes, laissant ainsi
présager ce qui allait suivre.
Il cale donc sa verge affamée contre ma fente mouillée et commence à
forcer le passage; je braille car je suis sauvagement excitée. Tonton P
accentue alors la pression et me laboure l’intérieur avec une telle vivacité.
Wow ! Il a mangé le «bitacola» (Fruit amer que l’on retrouve en Afrique
centrale et qui est très prisé pour ses multiples vertus, tel que antibiotique
mais surtout comme excitant pour booster la virilité des hommes) ou quoi ?
Plaquée contre le mur, je ressens chaque centimètre de son engin passer
douloureusement; gémissant toujours mais avec moins de plaisir cette fois.
Il continue à me pénétrer comme ça, en m’écartant le cul de façon lente et
progressive jusqu’à ce que sa bite soit toute entière en moi.
Il s’arrête subitement et ressort tout son sexe. Il débloque le bouton de
l’ascenseur, l’ouvre, me porte, et tous les deux nous traversons la porte
entrouverte, laissant ma valise derrière nous, en direction de notre chambre
où il me pousse sur le canapé et je me retrouve sur les genoux face contre le
canapé. Cette position laisse découvrir ma somptueuse croupe et en l’espace
d’une seconde, il remonte à nouveau ma robe et me pénètre d’un coup sec et
violent. Cette pénétration brutale m’arrache un cri strident rempli de plainte
et de plaisir.
Moi: Oui Pilou, piles-moi, piles-moi bien, vas-y.
Lui dis-je dans mes vocalises qui ne font que s’accentuer. Le désir a
atteint son paroxysme.
Je ne peux rien pour l’empêcher ou pour l’inciter davantage à me
besogner; la position dans laquelle je me trouve en dit long sur ses envies. Il
me baise, sauvagement, fougueusement, passionnément, allant et venant
brutalement, violemment dans mon petit trou. Il me maintient la tête contre
le canapé d’une main ferme, tout en tenant une de mes fesses dans son autre
main pour bien me maintenir écartée, afin de laisser son énorme tournevis
me pénétrer de toute sa longueur et de sa largeur. Gémissant, j’ai
l’impression d’avoir la raie emplie de ce chibre aux proportions
indescriptibles. Il se retire ensuite de moi, me met debout, prend mon visage
entre ses mains et m’embrasse sulfureusement avec une tendresse inouïe.
On ne dirait pas le même homme qui vient à l’instant de me chevaucher
vigoureusement à grands coups de reins. Sa langue caresse à nouveau mes
lèvres.
Lui: Tu veux toujours rentrer, Yolande ?
Moi: Je t’aime Pilou, je t’aime tant.
Lui: Moi aussi je t’aime, ma poupée.
Moi: Alors, quitte-la et épouses moi.
Lui: C’est plus compliqué que tu ne le penses.
Pendant qu’on se susurre ces mots, il glisse une main dans mon dos pour
me serrer davantage contre lui. L’autre main descend sur mes reins et hop il
me soulève. Il me porte dans la chambre et me fait coucher sur le grand lit
moelleux et doux. Il me grimpe dessus mais cette fois, ne se positionne pas
entre mes jambes. Il se dirige plutôt vers ma tête et je comprends qu’il va
me baiser la bouche. Ses attentes ne tardent pas à être satisfaites, puisqu’il
me plante son pénis dans la bouche et appuie aussi fortement qu’il le peut
jusqu’à ce que son pubis vienne cogner contre mes pulpeuses lèvres.
Pendant qu’il me baise ainsi la bouche, Pilou d’une main me doigte. Il fait
entrer deux, puis trois doigts dans ma foufoune, puis les retire de façon
intermittente. Il me claque les fesses, déclenchant de vibrantes sensations
dans mon corps. Subitement, il se retire de ma bouche et se remet entre mes
jambes qu’il écarte grandement en les maintenant bien haut. Il prend sa bite
dans sa main et la place contre l’entrée de mon doux vagin qui est déjà bien
humide. Il s’y insère sans difficulté et sa grosse queue commence à me
labourer, avec la même bestialité de tout à l’heure. Je gémis de plus en plus
fort, ne sachant plus à quel saint me vouer, tellement le plaisir qu’il me
procure à cet instant est intense. Plus ses couilles claquent contre mon cul,
plus il me défonce et me fait hurler de plaisir. Après quinze minutes de bon
traitement, il éjacule en moi, maintenant sa verge bien enfoncée en moi pour
empêcher son sperme de couler, me remplissant de sa semence chaude.
Nous restons ainsi blottis l’un contre l’autre et nous finissons par nous
endormir paisiblement. Le lendemain matin au réveil, c’est l’amour fou, le
bonheur absolu; il m’aime, je l’aime, et à longueur de journée nous faisons
l’amour.
De retour de Dubaï, nous nous sommes revus deux semaines après et nous
avons eu une dispute terrible à cause de l’argent que j’avais dépensé aux
USA pour mon traitement. Et c’est aussi le même soir que j’ai su que j’étais
enceinte et que j’ai également croisé Patrice à l’hôpital. Il s’est mis à me
conter fleurettes parce qu’il venait de découvrir mes résultats, et avec toute
la rage que j’avais contre Rémi et tout ce que Patrice et sa mère m’avaient
précédemment fait subir, j’ai décidé de lui pourrir la vie. Il a pris une balle
perdue, car c’est ce soir-là que je me suis jurée de lui faire du mal. C’est
ainsi, que je l’ai laissé préparer minutieusement notre mariage, pour ensuite
le rembarrer froidement devant monsieur le maire.
*Retour au présent ***
Le bruit de la sonnerie m’arrache à mes souvenirs, la ménagère vient me
dire que c’est une femme qui me cherche. Je sors de ma chambre et je
constate que c’est Audrey. Je lui fais un câlin.
Elle: C’est comment, tu te sens mieux ma belle ?
Moi: Oui ma puce, je me sens mieux.
On discute. Elle me raconte les histoires de Jason et je lui dis clairement
qu’elle doit impérativement se rendre à Paris pour toucher du doigt la vie
qu’il mène là-bas. Elle n’arrête pas de lui faire des virements alors qu’il
prétend avoir des activités à Paris.
On se fait une sauce gombo avec du couscous et pendant qu’on déguste,
je ne manque pas de lui raconter la scène avec Magalie et son mari; elle est
indignée. Nous passons un agréable moment et en soirée, elle rentre chez
elle, tandis que moi je vais me doucher pour me coucher.
*Une semaine plus tard ***
La semaine s’est bien déroulée; j’ai fait le rapport de mon contrat à
Patrice qui est plutôt satisfait de mon travail et j’en ai profité pour prendre
quelques jours de repos. Rémi m’appelle chaque jour et m’a envoyé un
chauffeur pour mes déplacements. Je joue à la fille docile et calme, je ne
rechigne pas.
Lundi matin comme à l’accoutumée, je me rends à l’IRAD, bien joyeuse
et toute fraîche dans mon cinquième mois de grossesse.
J’arrive à L’IRAD et croise Thérèse qui vacille légèrement à ma vue, elle
est ébahie; elle voulait certainement me dire quelque chose, mais je ne lui
permets pas de s’exprimer. Je ne veux même pas avoir à l’écouter celle-là,
qu’a-t-elle à me dire ? Pfff !
Je fonce dans mon bureau et quelle n’est pas ma surprise de voir un jeune
homme confortablement installé à ma place.
Moi: Que faites-vous dans mon bureau, monsieur ?
Lui: Bonjour madame, Albert Etoundi, nouveau chef de projet. Puis-je
vous aider ?
Je suis là devant lui, perplexe. Que signifie cette parodie ? Je ressors en
vitesse et je me dirige nerveusement vers le bureau de Patrice. Je toque et je
m’immisce immédiatement dans son bureau.
Moi: Tu peux m’expliquer ce cirque ?
Lui: C’est à moi que tu t’adresses ? Va gérer ton problème avec la
direction des ressources humaines. N’as-tu pas coutume de dire que tu
traites avec les grands ? S’il te plait laisse-moi travailler.
Je ressors, et je file aux ressources humaines un peu plus en bas, j’entre
après avoir frappé à la porte et je trouve la directrice.
Moi: Bonjour madame Ondoua.
Elle: Bonjour Yolande.
Moi: Comment se fait-il que j’ai été remplacée ?
Elle: Ma fille, la note vient du bureau régional, je ne peux rien te dire de
plus à ce sujet, tu dois juste signer ces papiers. Elle me tend les papiers que
je lui arrache quasiment des mains, très en colère. Je sors du bâtiment de
l’IRAD et je demande au «père» qui me sert de chauffeur de me remettre les
clés de la voiture; je ne veux même plus de ce chauffeur.
Je démarre en catastrophe en direction du cabinet du ministre. Mais pour
qui se prend Rémi ? Après tant d’années d’études il se permet de me
prendre mon travail ? Une heure plus tard, j’arrive au ministère, je monte et
m’arrête au secrétariat.
Les gens me scrutent et me dévisagent mais je n’en ai cure. Je me dirige
vers Jeannine.
Moi: Bonjour Jeannine, le baron est là ?
Elle: Bonjour Yolande, oui il est là mais il est occupé avec un rendezvous.
Je m’avance comme si je n’avais pas entendu ce qu’elle venait de me
dire. Elle veut se mettre en travers de mon chemin, mais je la foudroie du
regard et elle se ravise.
Je marche à grandes enjambées jusqu’au bout du couloir, je connais bien
ce bureau obscur. Arrivée, je pousse la porte d’un geste brusque.
Putainnnnnnn ! ! ! Que vois-je ? Un spectacle inédit: Rémi qui sodomise
un jeune stagiaire.
Lui: Eh merde ! ! ! Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
Dit le «monstre», tressaillant et interrompant sa basse besogne.
Il retire rapidement sa queue de l’anus du petit. Je regarde ce petit garçon,
il doit être dans la vingtaine. En stage au cabinet du ministre, il espère
sûrement qu’on le confirme pour qu’il puisse avoir un travail stable et
régulier. ZAMBAAA ! ! ! Le Cameroun des grandes ambitions ! C’est
pathétique !
Le petit relève sa culotte, prend son pantalon et sort tout honteux. Alors
que je le regarde avec pitié, Rémi m’applique une bonne gifle. Pafff ! !
Lui: C’est la dernière fois que tu viens ici sans me prévenir ou sans
appeler à l’avance, tu m’entends bien ?
Je veux riposter en levant mon bras qu’il bloque aussitôt.
Lui: Tu veux faire quoi là Yolande, tu veux faire quoi ? Me rendre le
coup ? Ce n’est pas croyable !
Me dit-il en fermant sa braguette.
Je fonds en larmes pendant que je tiens ma joue qui picote, la frottant non
seulement pour atténuer la douleur mais aussi pour la purifier, étant donné
qu’il m’a giflé avec ses mains souillées par ses ébats diaboliques.
Je lance les papiers que j’ai pris aux ressources humaines sur la table.
Moi: Tu peux m’expliquer ceci ?
Lui demandais-je, la voix toute flageolante.
Lui: C’est ce que tu vois, comme tu ne veux pas démissionner, alors je
l’ai fait pour toi.
Moi: Je veux mon travail Rémi. Tu ne peux pas sur une crise d’humeur
me prendre ce pour quoi je me suis battue avec acharnement durant toutes
ces années.
Cet homme va me tuer ! Cet homme va me tuer ! Seigneur, dans quelle
histoire me suis-je fourrée ?
Je me suis mise à pleurer en criant de toutes mes forces.
Moi: Rends moi mon emploi Rémi, rends-le moi. Je vais me tuer ici dans
cette ville de Yaoundé.
Chapitre VIII : L’Univers Occulte

=== Rémi-Xenne-Dwinn ===

Elle pleure à chaudes larmes, on dirait une fillette. Marie-Yolande


Abessolo, cette jeune dame qui partage ma vie depuis quatre ans. Elle a su
trouver en moi ce que Mélanie n’a jamais pu voir: L’homme au grand cœur
que je suis. Quand je l’ai connue, je venais d’être nommé ministre. Je
revenais d’une mission et nous nous sommes rencontrés dans le vol que
nous avions emprunté tous les deux pour Yaoundé. Et là, j’ai tout de suite
craqué de sur son teint, car elle est quasiment identifiable à une métisse.
Outre son physique fort attrayant, c’est une femme de bonne moralité et
respectueuse; je l’aime tellement et je ne veux pas lui causer du tort.
Je vais aux toilettes, me lave les mains et ajuste mon costume.
Moi: Tu vas arrêter de pleurer, s’il te plait ? Ce n’est pas bon pour les
bébés.
Elle me regarde et se demande certainement comment je suis au courant
qu’elle attendait des jumeaux.
Elle: Pourquoi Rémi ? Pourquoi tant de méchanceté envers moi ?
Moi: Assieds-toi Yolande ! Tu es enceinte et rester debout n’est pas bon
dans ton état, donc je te prie de t’asseoir.
Elle tire une chaise et s’assoie pendant que je prends place sur le canapé
de mon bureau.
Moi: Qu’est-ce tu veux, Yolande ma poupée ?
Elle: La vérité Rémi. Je veux savoir la vérité. Qui es-tu ? Que fais-tu ?
Dans quelle histoire t’es-tu trempé ?
Moi: Yolande, c'est compliqué tout ça ma puce. Je ne veux pas te mêler à
tout ça.
Elle: J’y suis déjà mêlée. Je te côtoie intimement depuis quatre ans, je
porte tes enfants et de surcroît, ta femme est venue dans mon bureau l’autre
jour. J’ai été témoin de la fameuse scène de Dakar, j’ai assisté aux obsèques
de Nadia; tout ça c’est trop pour moi. Et comme si ça ne suffisait pas, tu
viens de me prendre mon boulot. J’en ai marre Rémi. Tu penses vraiment
que je ne mérite pas de connaître la vérité ?
Moi: Ok ! Il y a de cela très longtemps, pendant que j’étais à la fac en
France, j’ai fait la connaissance de Mélanie et elle est vite devenue ma petite
amie. Quelques années plus tard, à la fin nos études, nous sommes revenus
au Cameroun. Vu que son père était un homme très influent à l’époque, Il
m’a proposé un travail que j’ai accepté. J’ai signé le contrat et j’ai
commencé à bosser. J’étais innocent et naïf jusqu’au jour où on m’a
demandé si je voulais une promotion. Mélanie assoiffée de la vie de luxe,
m’a encouragé à accepter, appuyée par son père. Et depuis ce jour-là, j’ai
vendu mon âme au diable contre mon gré et je me suis retrouvé comme pris
dans un étau. En l’espace de deux ans, j’ai gravi aisément les échelons; je
suis devenu un grand politicien, parrainé par les pontes du régime en place.
Elle: Et la scène de Dakar ? Pourquoi avoir tué cette petite ?
Moi: Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je n’ai tué personne, Yolande. C’est
Roland, son copain, qui l’a fait.
Elle ouvre grand les yeux
Elle: Que viens-tu de dire là ?
Moi: Roland a intégré la loge il y’a deux ans; chaque jeune a un parrain et
il se trouve que je suis le sien. Il avait des difficultés à se trouver une place
dans les clubs en France et se plaignait de son modeste salaire. On lui a
donc demandé de faire des sacrifices et il a proposé Nadia: C’est comme
cela qu’elle s’est retrouvée à Dakar et à l’heure où je te parle, il est en
France. Il a eu son visa la semaine dernière et il doit signer dans un grand
club dans la ville de Nantes dans un mois. Il a atteint l’opulence dont il a
tant rêvé et pour laquelle il a lâchement vendu l’âme de sa copine. Elle
travaillera toute sa vie dans l’autre monde jusqu'à ce que le ciel décide de
l’emporter définitivement.
Yolande n’en revient pas des révélations que je suis en train de lui faire.
Elle n’y comprend rien, la pauvre petite.
Elle: Attends, qu’est-ce que tu racontes Rémi ? Et c’est quoi l’histoire
avec ce serpent ? Tu es un serpent ? Pourquoi sodomiser ce petit ? Qu’est-ce
que ça t’apporte ? Tu me fais peur, j’ai l’impression d’avoir été en contact
avec un monstre tout ce temps.
Moi: Tout a commencé par un petit club qui à priori, est une association
d’élites et de futurs élites. Cependant, les membres influents du club
instaurèrent une association parallèle qui a abouti à la loge dont j'appartiens.
À l'intérieur, les plus puissants de la loge s’orientent vers une autre loge
encore plus puissante et les grands maîtres de celle-ci intègrent l’illuminati.
Du moment où vous adhérez à cette loge, vous pervertissez votre âme de
toutes les manières possibles: vous vous associez au diable, vous faites des
incantations ésotériques, on vous initie à des pratiques pernicieuses
effroyables et vous signez des pactes irréversibles. Pour acquérir encore plus
de puissance, on vous attribue un totem qui représente votre emblème, et à
qui vous devez faire des sacrifices tout le temps pour asseoir davantage
votre suprématie. Dans mon cas, c’est le serpent mon emblème.
Elle: Et pourquoi tu sodomises les jeunes ? Es-tu bisexuel ?
Moi: La charte de la loge stipule que les parrains doivent toujours
sodomiser leurs filleuls puisque c’est dans cet acte que nous puisons notre
pouvoir. Tout le monde y passe; c’est une sorte de baptême de feu. Les aînés
éclatent le derrière des petits.
Elle: Et pourquoi à Dakar j’avais l’impression que tu resterais mal en
point tant que le serpent n’avait pas assouvi sa besogne ?
Moi: Lorsqu’on t’attribue un totem, tu dois le nourrir, lui offrir des âmes
en sacrifices et si tu ne lui donnes pas son dû, il devient furieux et peut
même décider d’infiltrer ton âme et s’incarner en toi.
Elle: Donc, tu es en train de me dire que si tu ne nourris pas ton serpent il
peut s’en prendre à toi ?
Moi: Tout à fait. En fait le fétiche prend possession de mon être et je
perds toutes mes facultés pendant qu’il se délecte de mon sang.
Elle: Et ta femme, est-elle aussi membre de la loge ?
Moi: Les femmes ne peuvent pas intégrer la loge; ce ne sont que les
hommes qui y sont. Toutefois, elles y adhèrent indirectement à travers leurs
époux et peuvent partager le totem avec ce dernier, car ils sont liés par
l’intermédiaire de leurs enfants.
Elle: Donc si je comprends bien, comme j’attends tes enfants je suis
impliquée dans ta secte ?
Moi: Non tu n’y es pas, mais tu es liée à moi et par conséquent au fétiche,
c’est-à-dire au serpent.
Elle: En des termes prosaïques, que dois-je entendre par là ?
Moi: Que s’il n’est pas nourri, il s’en prendra à mon sang, donc à nos
enfants.
Elle: Et si je m’y oppose ?
Moi: Eh bien, il possédera les enfants, si tu lui résistes.
Elle: Jusqu’ici, combien de personnes as-tu livré à ton totem pour être
riche, Rémi ?
Moi: Yolande, arrêtes avec tes questions embarrassantes.
Elle: Et pourquoi l’une de tes filles est-elle constamment malade ?
Moi: Tu constateras que parmi les enfants de ces boss, il y en a toujours
un qui n’est pas normal: tantôt anémié, épileptique, ou souffrant de
déficience mentale. Ceci s’explique par le fait qu’on ne veuille pas être
contraint de faire des sacrifices tout le temps; alors on vend une âme entière
et les sacrifices consentis par la suite constituent le supplément de bien que
nous possédons.
Elle: Rémi, tout ça c’est compliqué pour moi. Tu as carrément vendu ton
âme au diable. Je ne peux pas continuer cette relation avec toi.
Moi: Alors là ma belle, tu te trompes, parce que tu portes mes enfants et
nos sorts sont liés à vie. Et si jamais tu veux t’y opposer, ce n’est pas à moi
qu’il faudra t’adresser, mais au totem.
Elle: Comment est-ce que tu as su pour mes bébés ? Comment sais-tu que
j’attends des jumeaux ? Tu étais certes à l’hôpital l’autre jour, mais le
médecin ne t’a pas certifié que j’attendais des jumeaux.
Moi: Oh la la ! ! ! Yolande, s’il te plaît, va enquiquiner quelqu’un d’autre
avec tes questions. Je t’ai assez parlé pour aujourd’hui.
Elle: Je veux récupérer mon boulot, s’il te plait.
Moi: Non Yolande ! C’est hors de question ! Ces enfants, tu dois les
protéger et pour cela tu dois te ménager afin de préserver ton état de santé.
Elle: Rémi, c’est ma raison de vivre je veux mon travail. Je te donnerai
tout ce que tu veux s’il te plait, mais rends moi mon emploi.
Moi: Tu me donneras tout ce que je veux ?
Elle: Oui Rémi.
Moi: Tu es sûre de ce que tu dis ?
Elle : Oui, certaine.
Moi: Ma chérie, j’espère que tu mesures l’ampleur de tes promesses.
Elle: Oui, je sais bien ce que je dis, t’inquiètes !
Moi: Ok. Je te fais réembaucher à condition que tu me laisses être là pour
mes enfants et en outre, tu restes ma maîtresse.
Elle: Ok, je suis d’accord, Rémi.
Moi: M’aimes-tu encore, Yolande ?
Elle: Oui Rémi, je t’aime encore.
Après ma causerie avec elle, j’ai appelé le bureau régional pour annuler sa
démission; dès demain, elle pourra reprendre le boulot. Ce que je me suis
gardé de lui dire, c’est qu’en vérité, Mélanie mon épouse est mariée à mon
fétiche et non à moi. C’est de cette façon qu’une femme peut intégrer la
secte, en s’accouplant avec le totem pendant que son mari dompte sa
maîtresse dans le monde parallèle. En gros, Yolande est mon épouse dans le
monde des ténèbres. Je me suis accaparé son âme et je la contrôle de la
même manière que je contrôle ses enfants. Après les grands maîtres de la
loge c’est moi qui ait la parole dans ce pays. Dans l’univers ésotérique, je
suis un démon mais ça ne fait pas de moi un être totalement insensible; la
preuve, je suis amoureux de Yolande et celui qui s’amuserait à faire d’elle sa
femme aura à faire à moi.
=== Marie-Yolande Abessolo ===
Je suis assise dans un bistrot avec Audrey que j’ai appelée en sortant du
bureau de Rémi. Je ressasse tout ce qu’il vient de me révéler; je ne sais par
où commencer pour le raconter à Audrey. Je ne peux pas continuer cette
relation.
Moi: Mon Dieu ! Quand je pense que je suis allée dans le village de Nadia
et que j’ai passé la nuit enfermé dans la même pièce avec ce Roland. Il avait
une mine d’enterrement et semblait si dévasté. J’ai compati à sa douleur et
pendant ce temps, il se foutait de ma gueule ? Je n’y crois pas, Seigneur !
Les apparences peuvent être si trompeuses.
Je pose une main sur mon ventre, en buvant une gorgée de jus que j’ai
commandé, tandis que mes petits poussins donnent des coups dans mon
ventre. Je trouve finalement le courage de tout raconter à Audrey.
Audrey: A Loba sunga biso ! ! ! !(Dieu assiste nous) Alors, tu comptes
faire quoi, ma puce ?
Moi: Hum ! Je n’en sais rien ma belle, je ne peux pas faire le poids face à
Rémi; c’est un baobab. Je pense que je vais jouer le jeu; mais je dois
chercher à voir un prêtre qui va m’accompagner spirituellement et me
délivrer de l’emprise de ce sorcier. Audrey il est le père de mes enfants tu
t’en rends compte
Audrey: Moi je pense aussi qu’il t’a envoûtée. Tu n’arrives pas à
t’engager dans une nouvelle relation.
Moi: Oui, tu as raison. À chaque fois que je veux m’engager sérieusement
avec quelqu’un d’autre, ça finit toujours mal. Sinon, toi comment vas-tu ?
Audrey: Mal Yoyo. Figure-toi que depuis que Jason est rentré, il ne m’a
pas fait signe. Quand j’appelle, il ne daigne pas décrocher le téléphone; Et
quand bien même il me fait même cet honneur, notre conversation se limite
à cinq minutes.
Moi: Je t’ai dit d’aller en France. Vas à Paris voir cette histoire de plus
près parce que ce mec est flou, cela crève les yeux que cette histoire n’est
pas claire. Ce mec doit être un bon gigolo.
Audrey: J’irai le mois prochain, je vais saisir cette opportunité pour
assister à un séminaire juridique.
Moi: Voilà ! C’est une bonne idée. Tu as des nouvelles de Magalie ?
Elle: Non. Je sais juste qu’elle ne va plus à la clinique depuis;
vraisemblablement elle s’est résolue à être une femme au foyer.
Pendant que je discute avec Audrey, mon téléphone sonne et je décroche.
Moi: Oui Allô, Yolande à l’appareil.
Jeff: Bonjour Yolande, c’est Jefferson Willis.
Je le mets direct sur haut-parleur, pendant qu’Audrey me fait des
grimaces.
Moi: Oui Jeff, comment vas-tu ?
Jeff: Je vais bien, maintenant que je te parle.
Audrey me fait de grands signes, j’ai envie de rire mais je me retiens pour
qu’il ne se doute de rien.
Moi: Ah bon ! Tu étais fébrile avant cet appel alors ?
Je rétorque ironiquement.
Jeff: Non, pas du tout. Au fait, je t’appelle parce que je voudrais t’inviter
à mon anniversaire ce week-end. Es-tu disposée à venir ?
Je m’apprête à décliner son offre lorsqu’Audrey avec un sourire enjôleur
me fait un geste de la tête pour m’inciter à donner mon approbation.
Moi: Euh… oui, je serai là. Mais tu sais que je suis enceinte Jeff.
Jeff: Et célibataire aussi.
Audrey éclate de rire, suite à la remarque de Jeff.
Moi: Ok. Je viendrai avec ma copine, ça ne te dérange pas j’espère ?
Jeff: Non pas du tout. Je t’envoie mon adresse par sms alors.
Moi: Ok.
Ainsi donc se termine ma conversation avec le bel étalon.
Audrey: Eh ben dis donc ! On dirait qu’il y’a quelqu’un qui veut doubler
Pilou. J’espère qu’il a les côtes solides.
Moi: Je l’espère aussi. Et si on allait faire les boutiques ?
Nous sommes donc allées faire du shopping, j’avais besoin de me relaxer
et faire le vide dans ma tête. En chemin, je lui ai raconté l’histoire de Roland
et elle m’a bien sermonnée, car je suis toujours prête à tendre la main aux
gens en dépit de tout. Et un jour, je mourrai probablement en voulant aider
un voleur.
*Quelques jours plus tard ***
=== Jefferson Willis ===
Leila: Bébé, tout est prêt pour demain; tu seras l’homme le plus heureux
au monde.
Moi: Chérie s’il te plait, je ne veux pas parler de ça et je t’ai dit que je ne
veux pas une grande fête je n’ai plus vingt-cinq ans moi. Ok ?
Leila: Mais bébé, écoute, s’il te plait. C’est ton anniversaire, et j’ai invité
tous nos amis et certains de tes collègues, en plus de nos familles
respectives. C’est ton jour mon chéri, il mérite d’être célébré avec faste.
Moi: S’il te plait, Leila, arrête !
Leila: Depuis un certain temps, tu es devenu distant, c’est à peine si tu me
regardes. Je ne sais pas ce que je t’ai fait. Pourquoi tu te comportes comme
si nous avions un différend Jeff ?
Moi: Aucun différend ne nous oppose Leila; mais par moment je te trouve
un peu trop collante.
Elle sort de la chambre et s’en va planifier je ne sais trop quoi. Depuis
deux semaines, c’est ce qu’elle s’attèle à faire.
Je me nomme Jefferson Willis et j’aurai trente-deux ans demain. Je ne
veux pas d’une fête grandiose, je souhaite juste un petit dîner avec mes
amis; suivi d’une bonne détente dans un cabaret ou une discothèque de la
place, puis je rentre dormir.
Leila c’est une nénette de vingt-quatre ans et c’est la fille d’un grand ami
à mon père. Quand je suis rentré au Cameroun après mes études de
spécialisation en Belgique, on me l’a présentée et nos deux familles ont
planifié et organisé le mariage. Nous sommes mariés depuis bientôt cinq
mois, mais on a juste célébré le mariage coutumier pour le moment. Je ne
suis pas investi dans la relation; je ne la sens pas. Il se trouve que je suis fils
unique, et mes parents désirent ardemment des petits fils. C’est la raison
pour laquelle ils m’ont forcé à épouser Leila, et je me suis laissé faire pour
ne pas les froisser. Je ne dirais pas que c’est une mauvaise fille, loin de là;
c’est une fille maternelle, respectueuse et attentionnée, mais je n’accroche
pas avec elle, Je ne saurais l’expliquer. Par contre, depuis le jour où j’ai
rencontré cette fille «métisse», Yolande, je ne me lasse pas de penser à elle.
Je me demande qui peut bien lui faire un enfant et l’abandonner ainsi. C’est
une perle, et elle mérite d’être aimée et dorlotée. Elle est vraiment adorable.
Leila pousse la porte et me sort de mes pensées.
Elle: Bébé, on va en ville avec maman, tu viens ?
Moi: Non, je veux rester ici.
Elle: Mais chéri, tu pourrais profiter pour essayer ton costume de demain
et nous devons aussi aller à la mairie pour faire publier les bans pour notre
union.
Moi: Leila s’il te plait, allez-y toutes les deux et rapporte-le moi ici; s’il
ne me sied pas et ben, tant pis. Je porterai autre chose.
Elle: Ok, c’est comme tu veux.
Elle me fait une bise et sort de la maison avec sa mère, pfff... Je ne veux
pas de cette vie fade, je ne me sens pas épanoui avec cette fille à mes côtés.
*Le lendemain, jour de l’anniversaire ***
Il y a un monde fou: les parents, les amis de Leila, quelques-uns des
miens; on dirait un mariage, c’est bien décoré, l’organisation est réussie. Je
reste cependant un peu anxieux, car, j’attends Yolande et sa copine. C’est
elle mon invitée d’honneur, sa présence à mes côtés en ce jour spécial
rehaussera l’éclat de ma fête et illuminera ma soirée. Je compte bien lui
arracher un bisou de surcroît.
=== Marie-Yolande Abessolo ===
Moi: On peut y aller, Audrey ?
Audrey: Oui ! Hum ma chère, tu es toute en beauté. Est-ce toujours pour
le beau gosse ?
Moi: Aka, je t’ai déjà dit que c’est un enfant.
Audrey: Il te plait Yolande; c’est évident. Arrête de faire comme si....,
huum.
Nous sommes en train d’aller à l’anniversaire de Jeff avec Audrey.
J’aurais bien voulu que Magalie soit de la partie, mais son goujat de mari lui
fera certainement de sévères remontrances si on passait la chercher.
J’ai donné un congé au chauffeur de Rémi, je ne veux pas de lui dans les
parages. Je prends donc le volant avec Audrey assise côté passager et nous
prenons la direction du quartier Mimboman, lieu de résidence de Jeff. Je
porte pour l’occasion une robe rouge satin, avec des escarpins noirs et une
écharpe beige qui épouse la couleur de mon sac. J’ai placé un tissage, coupe
fermée et je suis incontestablement irrésistible.
Quelques heures plus tard, nous arrivons sur les lieux de la fête. Waouh ! !
C’est une fête fastueuse apparemment. J’entre avec Audrey et on aperçoit
Jeff qui s’avance vers nous. Il fait une bise à Audrey, et contre toute attente,
il arrive à ma hauteur et pose avec passion ses lèvres sur les miennes et
m’embrasse délicatement. Je réponds à son baiser suave et langoureux, mais
j’ai à peine commencé à le savourer que je sens un violent coup sur ma tête,
on dirait une bouteille. BOOOooongggg ! ! ! Tandis que je perds
progressivement connaissance, j’entends Jeff qui crie:
Jeff: Leila, qu’est-ce qui t’a prise de faire ça ? Mon Dieu ! Elle est
enceinte, bon sang !
Puis, Leila rétorque:
Leila: C’est à cause d’elle que tu ne me touches plus ?
Audrey de son côté hurle:
Audrey: Que quelqu’un cherche un taxi ! ! ! ! S’il vous plait. Un taxi ! ! !
Elle est blessée à la tête, Ayooohééééé ! ! !
Mes forces m’abandonnent, ma vision s’affaiblit, je sombre
définitivement dans l’inconscience et mon ultime réflexe est de poser une
main sur mon ventre pour protéger mes petits.

Chapitre IX : Provocations
=== Marie-Yolande Abessolo ===

Je saigne abondamment de la tête, tout le monde panique et les invités


dans leur grande majorité quittent les lieux à cause de cet incident.
Un invité aide Jeff à m’installer dans sa voiture, et il me conduit à la
clinique où je suis assurée, sous la houlette d’Audrey qui me tient la main.
C’est un établissement sanitaire cossu, attrayant et très propre, avec un
personnel qualifié, et du matériel à la pointe de la technologie. Je suis bien
connue et privilégiée ici, car Rémi est le propriétaire de la clinique et tout le
personnel sait que je suis sa compagne, la prunelle de ses yeux. On arrive
aux urgences où les infirmiers me prennent immédiatement en charge pour
m’administrer les premiers soins. Ils dégagent la zone ensanglantée en me
rasant à l’aide de ciseaux avant de me faire un pansement, tandis que Jeff
s’enquiert de l’état des bébés auprès du médecin qui le rassure sur leur état.
Au petit matin, le médecin m’a fait part du diagnostic qui serait un léger
traumatisme crânien, et me recommande de me reposer car le stress
fragilisera sans doute le bien-être des bébés. Pendant qu’il tient son petit
discours, le médecin n’arrête pas de scruter Jeff l’air pantois. Il doit se
demander qui est cet homme qui joue si délicatement le preux chevalier en
l’absence de Rémi. Pourvu qu’il ne s’empresse pas d’aller rapporter tous les
détails de cette malencontreuse circonstance à son féticheur de «boss»
sinon, Rémi me fera passer un sale quart d’heure et risque d’assombrir
l’avenir du pauvre Jeff. Je ne veux pas que ce jeune homme passe de vie à
trépas, alors que son seul crime aura été de s’enticher de moi.
Après la visite du médecin et sous l’effet des analgésiques, je m’endors.
Hélas, mon doux voyage est brutalement interrompu par des voies dans ma
chambre.
Leila: Ce sont tes enfants que cette garce porte, Jeff ? C’est à cause d’elle
que tu ne veux plus de moi ? Je te rappelle que nous sommes mariés.
Jeff: s’il te plait, arrête ton vacarme. Tu ne peux pas t’empêcher de
meugler comme une vache ? Nous sommes dans un centre de santé ici et il y
a une personne blessée par ta faute.
Leila: J’aurais dû la tuer cette vieille rombière. Je ne la laisserai jamais
me prendre la chose la plus précieuse que j’ai au monde, tu m’entends ?
Audrey: S’il vous plait, calmez-vous, ok ?
Je toussote pour leur faire comprendre que je suis réveillée et que j’ai
entendu leur conversation.
Jeff se rapproche de moi et me fait un bisou sur le front, sous le regard
effaré de Leila. Pendant ce temps, Audrey range le sac qu’elle est allée
chercher chez moi, certainement des habits de rechange et autres objets
élémentaires.
Jeff, ignorant la présence de Leila, me tient chaleureusement dans ses bras
et me demande si je me sens mieux. Toute son attention est portée sur ma
personne, ce qui ne plait pas du tout à sa nénette qui gesticule dans tous les
sens et élève sa voix qui résonne dans la chambre. Le spectacle prend une
autre tournure lorsque Rémi fait irruption dans la pièce. D’un pas décidé,
avec un joli bouquet de fleurs de lys, il se dirige vers moi et dépose un
baiser appuyé sur mes lèvres, sous le regard ébahi de Jeff qui l’a
certainement reconnu. Il vacille légèrement et recule, tandis qu’Audrey
regarde toute la scène un peu décontenancée. Elle est sûrement embarrassée
pour Jeff qui ne sait plus où se mettre. Leila elle, a fermé spontanément son
clapet dès qu’elle a vu la silhouette de l’imposant Pilou franchir le seuil de
la porte. Sans se soucier des autres, il s’installe à mon chevet.
Lui: Comment vas-tu mon cœur ?
Jeff se lève et va se placer à l’autre bout de la pièce
Moi: Je vais bien. Qui t’a dit que j’étais là ?
Lui: Le médecin m’a appelé hier, mais j’étais très occupé.
Moi: Ah, d’accord.
Audrey prend les fleurs et les pose sur la table à côté de mon lit. C’est à
ce moment que Rémi remarque véritablement la présence des autres et salue
affectueusement Audrey, il sait que c’est ma meilleure amie. Ensuite, il lève
la tête et salue également Jeff.
Lui: Bonjour jeune homme.
Jeff: Bonjour monsieur le ministre.
Lui: Ça va ?
Jeff: Ça va assez-bien, monsieur.
Rémi se tourne vers moi.
Lui: Qui t’a fait ça ma puce ?
J’hésite un instant; j’ai l’intention de ne pas lui dire la vérité et d’inventer
une histoire. Lui dire par exemple que j’ai heurté une pierre et me suis
retrouvée au sol; car, je veux me préserver de sa violente réaction mais
surtout, je veux protéger Jeff qui risque bien de le sentir passer, s’il
apprenait la vérité. Mais c’est sans compter sur l’impertinence de la gamine,
qui saisit l’occasion rêvée de déverser son venin.
Leila: C’est moi ! Dit-elle toute revancharde et tremblante de colère. Je
l’ai frappée, car c’est une voleuse de mari. Figurez-vous monsieur, que cette
profiteuse ne s’est pas gênée pour embrasser sous mes yeux mon mari ici
présent, ajoute-t-elle en pointant Jeff du doigt.
Lui: Madame, on ne touche pas à ma femme sous quelque prétexte que ce
soit; je vais vous foutre en cellule. Et vous monsieur, ajoute-t-il, foudroyant
Jeff du regard, vous allez payer cher votre audace; vous comprendrez que la
nourriture des grands, les petits n’y goûtent pas.
Je n’ai pas eu le temps de dissuader Rémi de mettre à exécution ses
menaces que déjà, il avait appelé ses hommes de main qui sont arrivés
quelques minutes plus tard et ont embarqué Jeff et Leila pour le
commissariat.
Moi: Rémi pourquoi tu fais ça ? Etait-il nécessaire de les envoyer en
cellule ?
Lui: Écoute bien, ma petite Yolande. J’ai l’impression que tu ne m’as
toujours pas compris. Tu as dépassé les bornes là. Je ne sais pas ce que tu
faisais à cet endroit avec ce monsieur et son épouse, et je ne veux pas le
savoir d’ailleurs. Tes petites mascarades tu les fais sans exposer ce qui
m’appartient, en l’occurrence: Toi. Me suis-je bien fait comprendre ? Ouvre
grand tes oreilles et scelle au plus profond de ta cervelle tout ce que je te dis
là, parce qu’il n’y aura pas de prochaine fois. Je réitère que tu es à moi, et à
moi seul; aucun homme n’a intérêt à t’approcher de trop près. Personne sur
cette terre ne doit oser te faire de la peine, ou t’écorcher d’une quelconque
manière, si cette personne ne veut pas subir mon courroux.
Moi: Oui Rémi, je t’ai compris.
Lui: Je l’espère bien, rétorque-t-il les nerfs à vif.
Le médecin entre et lui explique qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter
concernant mon état de santé. J’ai juste une blessure bénigne au niveau de la
tête, rien de bien grave. Nous restons encore dans cette salle une bonne
heure, dans un silence pesant. Audrey est calmement assise tête baissée; et
comme à son habitude, en la présence de Rémi, elle ne bronche point. Puis,
Rémi sort et nous laisse seules dans la chambre.
Audrey: Héééé, ma copine ooo, l’heure est grave, cette fois ce n’est plus
de la rigolade. Maaama, le noyau a dépassé l’avocat ! (Comme pour dire
que les problèmes sont largement au-dessus de ma personne). Tu dois
sérieusement chercher un moyen de quitter cet homme. Seul Dieu peut
t’aider. Il faut rencontrer un prêtre exorciste de toute urgence.
Moi: Hum ! Audrey. Moi-même je suis perdue; j’irai voir papa à Okola ce
week-end.
Elle: Et qu’est-ce que tu comptes faire de Jeff et Leila qui sont en garde à
vue ?
Moi: Je vais appeler Rémi demain pour le convaincre de les faire sortir de
là, mais ils y passeront d’abord la nuit tout de même. Rémi se calme
d’habitude après au moins vingt quatre heures.
Je reste donc là avec Audrey, nous discutons amplement de ma situation.
Ma vie est en train d’aller à vau-l’eau. Les évènements me dépassent. Je suis
là, enceinte d’un homme à la personnalité très douteuse, un homme qui a
une telle emprise sur mon âme. Il m’a ensorcelée certainement et
m’embrigade. Je suis tenue de rester à ses côtés contre mon gré. Quel
dommage ! Je n’en peux plus. Je me suis pourtant éprise de lui intensément,
volontairement, passionnément. Et affirmer que ce n’est plus le cas
aujourd’hui serait me mentir à moi-même; mais la réalité est toute autre. Ce
n’est plus la même personne que j’ai connue et aimée si follement; le Pilou
qui me fascinait tant et qui me faisait si bien l’amour. Cet homme qui me
rendait si épanouie a en effet une double personnalité: C’est un monstre en
fait, un sataniste, imprégné de toutes sortes de pratiques maléfiques. Et
depuis Dakar, depuis que je suis au courant du féticheur et du criminel qu’il
est, mon être est apeuré. Je suis toute paniquée; je ne peux pas croire que
pendant toutes ces années j’ai côtoyé ce sorcier. Qu’adviendra-t-il de moi ?
De mes bébés ?
Je vais passer encore une nuit dans cette clinique avant de rentrer chez
moi demain; ce sont les consignes du docteur. Le week-end prochain, j’irai
voir mes parents car j’ai besoin de leur soutien, toute seule je n’y arriverai
jamais. Je sais pouvoir compter sur mon tendre papa, toujours prévenant et
avisé; quand à maman, elle est adorable, mais son matérialisme effréné
embrume son cerveau et lui ôte tout sens du discernement, lorsqu’il s’agit de
Rémi. Oh ma chère maman ! Je ne peux m’empêcher de sourire quand je
repense à son attitude de la dernière fois. Sacrée maman !
=== Jefferson Willis ===
Donc cette Yolande s’envoie en l’air avec monsieur le ministre et c’est lui
le fameux auteur de sa grossesse ? Pourquoi se complait-elle à être dans
une relation où elle ne peut s’exprimer convenablement ? Quel
épanouissement peut-on tirer d’une relation adultérine, avec un homme
dictateur et possessif comme celui-là ? En plus, il ne doit pas être net de
toute évidence. Ça doit être un de ces démons comme ses autres confrères,
pontes du régime. Moi je suis certes marié mais pas différent d’un
célibataire, parce que la présence de Leila à mes côtés m’indiffère. Elle le
sait d’ailleurs, et donc, si Yolande acceptait de se mettre avec moi, elle
aurait toute mon attention, serait choyée et épanouie à mes côtés et elle ne
risquerait pas de se retrouver tourmentée à cause de pratiques occultes. Pas
comme avec ce vieux sorcier qui use de son pouvoir pour nous faire
emprisonner. Tsuiipp ! ! ! N’importe quoi ! Ces hommes pensent détenir le
monopole du pouvoir dans ce Cameroun, ils traitent leurs citoyens comme
leurs créatures et se comportent comme s’ils guérissaient le cancer ou
quelque chose dans le genre. Mais ça ne se passera pas comme ça.
Leila: Voilà, à cause de toi, nous sommes en cellule. Tu vas draguer la
femme d’un ministre, tu n’as même pas honte. En plus, une grand-mère
même, donc tu ne vois pas les fraîches petites filles qui pullulent là dehors ?
Tsuiiipppppppp…
Moi: Tu vas la fermer ?
Leila: Je ne la ferme pas, Jeff. Si tu penses que tu vas me laisser tomber
pour cette vieille, sache que tu te mets le doigt dans l’œil; parce que je ne
vais jamais te laisser faire, tu m’entends ?
Moi: Tu vas faire quoi Leila ? Qu’est-ce que tu peux bien me faire si je
décide de ne pas t’épouser légalement ?
Leila: Notre union est scellée par la coutume; tu ne peux plus rebrousser
chemin Jeff. C’est fini; je suis ta femme.
Moi: C’est ce que tu crois.
Un gardien de prison arrive et nous installe dans des cellules différentes.
Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis aucunement gêné, au contraire ça me
réjouit. J’en pouvais plus de ses jacassements; cette gamine effrontée
m’agace sérieusement. J’ai besoin de me remettre les idées en place; je suis
tellement épris de cette Yolande, et en même temps, je ne peux pas faire le
poids face à cet homme. Je ne saurais lui offrir même le quart de ce que ce
ministre lui sert sur un plateau en argent. Après la scène d’hier soir qui a mis
fin à ma soirée d’anniversaire, mes parents vont certainement faire une
assise pour me demander des comptes. Je crois qu’il est temps que je leur
dise ce que je pense de toute cette mascarade; je ne veux plus de cette vie
maussade, je veux aimer celle que mon cœur désire. Même si elle côtoie les
grands de ce pays, et que moi je suis un petit, je la veux et ferai tout pour
l’avoir: elle sera à moi. Elle ne mérite pas d’être la compagne de ce pervers
sans cœur, qui fait emprisonner les gens quand ça lui chante.
*Le lendemain ***
=== Marie Yolande Abessolo ===
Un jour s’est écoulé après cet incident et aujourd’hui c’est lundi, je dois
reprendre le service à l’IRAD. Je ne suis pas allée au commissariat pour voir
Jeff et je n’ai même pas appelé pour m’informer à son sujet; néanmoins je
compte appeler le cabinet de Rémi ce matin, pour qu’il autorise qu’on libère
le couple. Honnêtement, je ne sais pas quelle folie m’a prise de répondre au
baiser de Jeff, je dois avouer tout de même qu’au fond, il ne me laisse pas
indifférente. Et puis, ses lèvres sont si douces, et il y a plus de quatre mois
que je n’ai pas eu de rapports intimes avec un homme, alors qu’on dit que
les femmes enceintes devraient le faire constamment pour dilater
correctement les parois vaginales. Je suis un peu en manque de sexe en ce
moment et une partie de jambes en l’air avec lui ne me ferait aucun mal. Au
contraire ! Il m’a l’air d’être un bon coup en plus.
Je vais à la douche, je fais couler de l’eau dans ma baignoire, j’y ajoute
quelques gouttes d’huile essentielle bio relaxante à la camomille et je me
glisse à l’intérieur en chantonnant un air de Mani Bella «Pala Pala». Je ne
sais pas pourquoi, mais je suis de bonne humeur aujourd’hui. Je vais
retrouver mon beau bureau et en fin de semaine, j’irai voir mes parents afin
qu’ensemble, nous rencontrions un prêtre exorciste pour lui expliquer la
situation dans laquelle je me trouve.
Mon bain fini, je m’empresse de m’habiller. J’opte pour une paire de
jeans, et une chemise blanche en lin, avec des sandales de couleur vert
citron. Je prends mon sac Céline de la même couleur et je m’installe à
l’arrière de mon véhicule, vu que j’ai décidé de renouer avec les services du
chauffeur de Rémi. De toutes les façons, je n’ai pas le choix.
Quelques minutes plus tard, je suis devant l’IRAD; j’entre dans mon
bureau et, DIEU merci, tout est en ordre. Je prends place sur mon fauteuil et
mon premier réflexe est d’appeler le cabinet du ministre pour avoir Rémi.
Je compose le numéro et je tombe sur Jeannine.
Moi: Allô, bonjour Jeannine. Peux-tu transférer mon appel, s’il te plait ?
Elle: Oui Yolande.
Elle transfère mon appel et Rémi décroche.
Moi: Oui bonjour Rémi.
Lui: Bonjour ma poupée. Comment te sens-tu ?
Moi: Je vais mieux merci, et toi-même ?
Lui: Ça peut aller ! Que me vaut l’honneur de ton appel, ma princesse ?
Moi: Euh… Les deux personnes que tu as faites enfermer là, tu dois faire
quelque chose pour elles, s’il te plait mon doudou.
Lui: Elles sont sorties depuis ce matin.
Moi: Ah bon ?
Lui: Oui, je connais le père du jeune homme, c’est un grand ami à moi.
Donc, il m’a contacté ce matin pour me dire qu’il s’agit de son fils et sa
belle-fille. Alors, j’ai dû m’excuser auprès de lui.
Moi: Ok, merci bien. Je vais devoir te laisser
Lui: Tu es sûre que tout va bien Yolande ?
Moi: Oui. Tout va bien Rémi, à bientôt.
Je dépose le combiné. Il vient de dire quoi ? Jeff est le fils d’un grand ami
à lui ? C’est dire que la poisse me suit partout alors. Le père de Jeff serait-il
un sectaire aussi ? «Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es», dit le
dicton. Il y a peut-être des exceptions à cette règle, mais tout de même ! Les
lions ne traînent pas avec les singes. Donc, si mon «sorcier» et le père de
Jeff sont si liés, c’est qu’ils roulent forcément dans la même farine. Pffff…
Anyway !
J’attrape un dossier sur ma table, et je me plonge dans le boulot. Je ne
veux pas me ressasser ce mélodrame; je ne veux pas saquer ma journée,
alors je préfère orienter mes pensées dans une autre direction.
J’ai bossé des heures d’affilée jusqu'à midi; c’est la sonnerie de mon
interphone qui me sort de la paperasse. Thérèse ! Qu’est-ce qu’elle me veut
celle, là ?
Moi: Oui Thérèse, qu’y a-t-il ?
Elle: Un certain Yves Akono est ici pour vous rencontrer.
Je me redresse aussitôt. Je tombe des nues ! Je manque de m’évanouir.
Non, il doit y avoir une confusion. Il ne peut pas s’agir d’Yves, mon ex-mari,
quand même ? Depuis que nous avons divorcé il y’a plus de huit ans, je ne
l’ai plus jamais revu, celui-là. Et il débarque aujourd’hui tel un revenant
pour me hanter ? Mais qu’est-ce qu’il me veut ?
Moi: Fais le monter Thérèse.
Je range mes dossiers; je suis toute anxieuse, gênée, un brin agacée. Mon
être est en émoi. Yves et moi ne nous sommes plus adressés la parole depuis
le jour du divorce. Je suis sortie de sa maison avec mes bagages et je ne suis
plus jamais repartie chez lui. J’ai coupé tout contact avec lui depuis lors.
Je réajuste ma chemise et jette un coup d’œil rapide dans mon miroir pour
vérifier que mon visage est au top. Ensuite, je me repoudre et remets un peu
de mon gloss Yves Rocher sur mes lèvres pulpeuses. Il faut que ce moribond
se rende compte à quel point notre divorce m’a fait du bien. Il doit
témoigner que mon charme est resté le même et que je suis encore plus
radieuse qu’avant. Il arrive sur le seuil de ma porte et hésite à entrer, mais je
lui fais signe de la main de s’approcher.
Qu’est-ce qu’il a vieilli ! Il a fané et de surcroît, il a une mine renfrognée.
On dirait quelqu’un qui ploie sous les soucis.
Moi: Assieds-toi, Yves.
Lui: Merci de me recevoir, Yolande.
Moi: Il n’y a pas de quoi. Que me vaut l’honneur de ta visite, Yves ?
Après tant d’années, tu ressurgis comme un fantôme. Et d’abord, qui t’a dit
que je bosse ici ?
Lui: J’ai rencontré Magalie en ville l’autre jour. C’est elle qui m’a dit que
tu es employée ici. Félicitations. J’ai toujours su que tu étais une brave
femme.
Moi: Merci, Yves. Mais je ne pense pas que tu aies fait tout ce chemin
pour venir me complimenter, n’est-ce pas ?
Lui: Euuh… En fait, je te cherche depuis deux ans, Yolande.
Moi: Et pour quelle raison ?
Lui: Je suis séropositif !
Hein ? ? ? ? Quoi ? ? ? ? Que ? ? ? ? ? Qu’est-ce qu’il a dit ? Je
tressaille et je pose instinctivement une main sur mon ventre. Non !
Seigneur, pas ça ! J’espère qu’il ne m’a pas contaminée.
Moi: Et quel est mon problème, Yves ? Ça fait pratiquement plusieurs
années que je ne t’ai pas vu.
Lui: Justement. J’avais la maladie depuis fort longtemps, depuis l’époque
où nous étions en couple. Mais je ne présentais pas les symptômes. Il y a
trois ans, j’ai chuté et je suis juste venu te dire de te faire dépister, au cas où.
Moi: Ça c’est bien toi, Yves. Tu n’es qu’un pauvre salaud, loubard,
assassin, dégage de ma vue. Tu m’as refilée la chlamydia en deuxième
année à la fac et cela a altéré ma fertilité. Ta famille et toi m’avez chassée.
Lui: Yolande. Je ne suis pas venu pour parler du passé; je suis venu te dire
que j’ai le VIH, et j’avais la maladie il y’a très longtemps déjà. Mais, mon
organisme ne manifestait pas les symptômes. Donc c’est à toi de voir. Tu
peux me traiter de tous les noms d’oiseaux, et me maudire autant que tu
veux, mais fais-toi dépister, s’il te plait. C’est ma préoccupation.
Moi: Si tu as fini tu peux disposer, s’il te plait. Foutaises !
Il sort de mon bureau sans demander son reste. Fichtre ! Donc, je n’ai pas
assez de problèmes comme cela dans ma vie en ce moment, pour que ce
brigand vienne en rajouter en me disant qu’il a le SIDA ? Et puis quoi ?
Qu’il meure même, pourvu que je ne sois pas contaminée. Cet homme m’a
fait voir de toutes les couleurs. Il me cocufiait impunément et trempait sa
queue partout. Un irresponsable ! Il s’attendait à quoi ? Mais est-il probable
que je sois porteuse du VIH ? J’étais aux USA et à la clinique de fertilité, on
m’a fait tous les examens. Ça ne peut pas être possible que je sois
contaminée.
Après quelques minutes de réflexion, je me décide donc à prendre une
pause pour essayer de nourrir mes petits. Je dois garder mon calme; je dois
me ménager, pour le bien être de mes bébés.
Je sors de l’IRAD et, quand je veux franchir la grande entrée de la bâtisse,
je remarque une silhouette à l’ombre qui s’avance vers moi. Elle arrive à
mon niveau.
La personne: Bonjour Yolande.
Moi: Qu’est-ce tu viens faire ici, Jeff ?
Lui: Je veux qu’on discute Yolande.
Moi: Je suis en train d’aller prendre ma pause, je n’ai pas de temps-là
maintenant.
Lui: Non, Yolande. Je veux qu’on parle.
Il a un ton à la limite agressif; il hurle quasiment. Je le tire et je l’emmène
dans mon bureau avant que la commère de Thérèse ne se rende compte de la
situation. Les Africains affectionnent particulièrement se délecter de ce
genre de scènes. Je ne leur en donnerai pas l’occasion. Nous entrons dans
mon bureau et je verrouille la porte.
Moi: Qu’est-ce que tu veux, Jeff ?
Lui: Toi, Yolande. Toi, je te veux !
Moi: Jeff, ce n’est pas possible, et tu le sais. Tu es marié.
Lui: Ça ne compte pas pour moi, ce mariage.
Moi: Je suis enceinte !
Lui: Oui. Enceinte d’un homme marié qui ne t’épousera jamais.
Moi: Certes, mais la situation est beaucoup plus compliquée que tu ne le
penses.
Lui: Parce qu’il est ministre ? Je peux t’offrir une vie plus comblée,
Yolande.
Moi: Jeff, s’il te plait, arrête.
Il s’approche de moi et prend tendrement ma main droite dans la sienne.
Il me fait une petite caresse et je ressens un frisson me parcourir l’échine.
Lui: Dis-moi que tu n’as rien ressenti samedi quand je t’ai embrassée.
Moi: ………
Il soulève mon menton et plonge son regard dans le mien.
Lui: Dis-le-moi, Yolande. Ose dire que je ne te fais aucun effet.
Moi: ……
Lui: Tu ne dis rien. C’est si difficile pour toi de l’avouer, ma belle ? Vas-y
laisse-toi faire. Je m’occuperai de ton enfant, si c’est ta crainte.
Moi: Écoute, cette histoire n’est pas à ta portée, crois-moi sur parole. Je
préfère te tenir à l’écart de tout ceci, dans ton intérêt personnel. En plus, je
ne veux pas m’attirer les foudres de ta jeune épouse hystérique, ainsi que
celles de ta famille. Et d’ailleurs, j’ai appris que ton père connait Rémi.
Lui: Oui. Ils appartiennent à la même association.
Moi: Tu as dit même association ?
Lui: Oui !
Moi: Quel genre d’association ? Comment ça s’appelle déjà ?
Lui: Bof ! Je ne sais pas. Et d’ailleurs, pourquoi ça t’intéresse tant ?
Moi: Laisse tom……
Je n’ai pas fini ma phrase, qu’il m’interrompt en posant ses lèvres suaves
sur les miennes, tenant fermement mon visage entre ses mains. Et dans une
passion folle, nous nous mettons à nous embrasser fougueusement.
Hmmm… Qu’est-ce que c’est délicieux ! J’avais la capacité de dire non, de
refouler ce baiser, de le chasser de mon bureau. Mais mon corps réclamait
ardemment le contraire. Alors j’ai préféré ignorer ma raison et céder au
désir de mon corps. Nous avons échangé un long baiser; j’ai senti mon être
entier vibrer.
Lui: Accompagne-moi à Limbé la semaine prochaine. Rien que toi et moi,
Yolande. Un séjour d’une semaine.
Moi: Je bosse, Jeff.
Lui: Oui, mais, je suis ton client; je peux dire à Patrice que j’ai besoin du
chef de projet pour tout superviser.
Moi: Je suis enceinte, Jeff.
Lui: Je le sais, Yolande. Tu n’as pas besoin de le marteler toutes les
secondes.
Moi: Et qu’est-ce que tu feras de ta femme ?
Lui: Ce n’est pas ma femme.
Moi: Vous êtes bien mariés, Jeff.
Lui: Je ne reconnais pas ce mariage, il n’a aucune signification pour moi.
S’il te plait viens avec moi à Limbé. Laisse-moi t’aimer de la plus belle des
manières, Yolande. Laisse-moi te combler.
Moi: Le géniteur de ma grossesse n’est pas quelqu’un de bien, je ne veux
pas qu’il te cause des problèmes.
Lui: Il ne me fait pas peur. S’il te plait dis oui, je t’en prie. Je serai
l’homme le plus heureux du monde.
La sonnerie de mon téléphone nous sort de cette conversation et je me
précipite pour décrocher:
Moi: Allô !
La personne au bout du fil crie et pleure en même temps, je n’arrive pas à
percuter.
Moi: Oui Allô, je répète.
La personne: Oui, Yoyo. Pardon, viens me sauver, s’il te plait. Vient me
prendre, je suis morte oooo.
C’est ma chère amie Magalie. Je ne lui ai pas parlé depuis la scène de
chez moi avec son mari et aujourd’hui elle m’appelle encore pour la sortir
d’une situation rocambolesque. J’ai envie de la laisser mourir pour de bon
cette fois, mais à l’entendre hurler comme ça, je crois qu’elle est vraiment
mal en point; c’est toujours pareil à chaque fois. Et la tempête passée, elle
va ignorer mes conseils et se cramponner à son mari, comme si sa vie en
dépendait. Elle m’a dit quoi déjà la dernière fois ? «Je ne veux pas finir
seule comme toi, je ne veux pas quitter mon foyer bla bla bla». Foutaises !
S’il faut se laisser chosifier ainsi pour montrer aux yeux du monde entier
qu’on a un mari, autant demeurer dans le célibat. Une femme qui a une forte
estime de sa personne, et qui s’aime et se respecte assez, ne devrait pas
accepter de se faire traiter comme une esclave au temps de la traite négrière.
C’est quoi ces histoires là ? Tel que tu te présentes aux yeux des gens, c’est
aussi de cette façon qu’ils te traitent. On peut être amoureuse, dévouée,
attentionnée, tout en s’affirmant et en mettant un point d’honneur à
préserver sa dignité. C’est inadmissible d’être esclave de ses sentiments. Je
ne sais pas pourquoi Magalie s’entête à demeurer aux côtés de ce brigand.
Je ne sais pas ce qui lui fait penser qu’elle doit être considérée comme un
résidu. Qu’elle envoie paître ce villageois une bonne fois pour toute ! Je
raccroche et je m’adresse à Jeff:
Moi: Jeff, Il faut que j’y aille. C’est ma copine à l’autre bout du fil. Son
mari l’a tabassée copieusement et elle a besoin de moi.
Il se rapproche de moi puis, il m’embrasse, avant de se résoudre à me
quitter.
Lui: Je passe te chercher vendredi soir, emmène avec toi des tenues
magnifiques. Nous voyagerons avec ma voiture.
Il ouvre la porte et s’en va. Je ne sais pas si je le suivrai vendredi. Je ne
sais vraiment pas !
Holalaaaa ! ! ! Je wanda (suis étonnée) sur ma vie; elle est si compliquée
que je n’oserais la prêter à une tierce personne. Ouf ! Je préfère ne même
pas y penser.
Chapitre X : We made it
=== Marie Yolande Abessolo ===

Je sors finalement et je m’excuse auprès du chauffeur, en lui disant que


j’ai une urgence et qu’il peut prendre son après-midi. Je ne veux pas le
traîner partout avec moi, d’autant plus que je ne sais pas ce qui m’attend au
domicile de Magalie.
Avec une mine réjouie due au baiser de tout à l’heure, je prends donc le
volant en direction de Ngousso où réside madame EKA Magalie Raymonde.
Il y a longtemps que je ne suis pas allée chez elle. Je n’aime pas lui rendre
visite, parce que je déteste son mari. À mon avis, il ne la mérite pas du tout
ce pauvre crétin; il n’a rien compris à la vie. Nous avons beau être au vingt
et unième siècle, il n’en demeure pas moins que son attitude se rapproche
plus de celle de l’homme du Neandertal. Il fait partie de ceux qui réduisent
la femme à la casserole.
Le soleil brille sur la ville aux sept collines, Yaoundé la capitale de mon
beau pays si hospitalier. La terre rouge, le climat tempéré, la belle ambiance
dans les rues, les embouteillages: Il fait bon vivre ici. Je fais un détour à la
station d’essence TRADEX, pour faire le plein de carburant. Je me mordille
délicatement la lèvre inférieure et un sourire succinct irradie mon visage,
tandis que je repense à Jefferson Willis Ekobena; un petit très valable. Le
gars est frais, il dose, teint chocolat, taille moyenne, joli torse baraqué,
lèvres suaves. Le petit est raffiné on dirait David Beckham. Mince ! Je me
demande ce qu’il a dans la culotte. Je sais que je ne suis pas
scrupuleusement les recommandations divines, j’écorche les saintes
écritures des fois, en heurtant au passage les mœurs sociales qui voudraient
que je ne fantasme pas sur le «bien d’autrui».
Mais qui est irréprochable sur cette planète ? Qui est saint ? Nous avons
tous des failles, des faiblesses. Je ne suis peut-être pas un ange, mais je suis
loin d'être un démon. Je suis une charmante jeune femme plutôt agréable à
vivre, pétillante, joviale, sympathique, gentille, altruiste, généreuse. Je
gagne honnêtement ma vie et je n’ai jamais porté atteinte à la vie d’autrui.
Je ne m’investis aucunement à exercer des pratiques malveillantes sur
l’existence de mon prochain. J’ai juste la faiblesse de ne pas résister à
l’envie dévastatrice de me faire du bien, de passer de superbes moments
passionnés avec des hommes qui appartiennent déjà à d’autres. Est-ce ma
faute si de tous les hommes qui me courtisent, les seuls qui me font vibrer
sont hélas, déjà pris ? C’est la faute à la providence peut-être, je n’en sais
rien. Tout ce que je sais, c’est que pour l’heure, j’ai envie de me le faire ce
Jeff. J’ai une soif inextinguible de lui; oui JE VEUX BAISER. Je brûle de
désir en pensant à ce que cet homme pourrait me faire entre quatre murs, en
imaginant la façon dont il pourrait me propulser au paroxysme du plaisir. Il
y a aucun mal à fantasmer sur une «gueule d’ange». Oui, ce sera le
pseudonyme par lequel je le désignerai dorénavant, ça lui va si bien.
C’est décidé ! Je vais à Limbé. Je suis déjà «grillée» (avoir une mauvaise
réputation) de toutes les façons et honnêtement, la personne qui avait dit que
«l’ampoule grillée n’a pas peur du coupe circuit» n’avait pas menti. Moi
Yoyo, je suis «blindée»; je reste impassible et imperméable à toutes sortes
de menaces. Qui sait si je ne porte même pas des petits reptiles dans mes
entrailles ? Donc, le mieux serait que je m’enjaille avant qu’ils ne viennent
m’avaler moi-même. À ce stade, je suis imperturbable et en mode rien à
foutre du «qu’en dira-t-on».
Je roule encore quelques minutes, et j’arrive devant le domicile de
«madame la mariée» ma chère copine qui m’a dit la dernière fois qu’elle ne
voulait pas finir comme moi: Célibataire endurcie. Vraiment ! Je gare ma
Range Rover dans le parking, et je monte. Je suis un peu anxieuse car ne
sais pas quel spectacle m’attend. J’arrive sur le seuil de la porte centrale qui
est légèrement entrouverte, j’entre et, scandale ! Que vois-je ? Magalie
baignant dans son sang. La maison est dans un bordel insoutenable. Dieu
Tout Puissant ! C’est ça le mariage ? Même avec mon Yves, le sidéen, les
choses n’étaient pas aussi dramatiques. Je m’avance vers elle et la soulève,
pendant qu’elle respire péniblement.
Son visage est boursouflé, on dirait que ce salaud lui a administré des
coups de poing en pleine figure. Ce n’est pas croyable ! Je la fais asseoir sur
un fauteuil.
Moi: Ça va aller Magalie, je suis là.
Elle: Merci Yolande, merci d’être venue.
Je ne veux même pas lui passer un savon maintenant; je préfère
l’emmener aux urgences, c’est la chose la plus importante à faire pour le
moment. Nous réglerons le reste plus tard. Je vais dans sa cuisine, je mouille
une serviette et je la nettoie. Je vais ensuite dans la chambre, prendre un
vêtement plus présentable pour changer sa robe maculée de sang. Nous
sortons et je lui tiens la main jusqu’au niveau de ma voiture. Je l’installe sur
le siège passager, et je démarre en direction de l’hôpital Général. En chemin,
elle veut engager la conversation, mais je ne suis pas d’humeur pour cela; et
si je ne tenais pas à elle, je ne serais même jamais venue la chercher.
Elle: Je sais que tu es fâchée contre moi, mais cette fois c’était de ma
faute Yoyo et non la sienne.
Moi: Magalie, s’il te plait tais-toi. Je n’ai aucune envie de t’entendre;
depuis toutes ces années c’est pareil. Ce vaurien te traite comme une esclave
et tu réussis toujours l’exploit de le sanctifier. Ce n’est jamais de sa faute s’il
te martyrise, jamais ! Tsiuuuppp. Si tu veux mourir, meurs; j’assisterai à tes
obsèques. J’en ai marre de toi; si je n’étais pas là aujourd’hui, qu’aurais-tu
fais ?
Elle: Justement, aujourd’hui c’était de ma faute, je te dis. J’ai utilisé sa
carte bancaire sans lui demander la permission.
Je n’en reviens pas ! Qu’est-ce qu’elle raconte ? Un homme t’interdit de
bosser parce qu’à son avis, tu dois jouer les ménagères et baby sitter à
temps plein, mais quand tu veux utiliser sa carte bancaire, cela devient un
problème ? Like really ?
Moi: Tu t’entends parler ? J’ai l’impression que tu deviens même déjà
folle là. Ma copine, j’ai ma panoplie de problèmes qui ne t’intéressent pas,
parce que depuis que tu es sortie de chez moi, tu n’es jamais revenue. Tu ne
m’as même pas appelée; et tu réagis toujours de la sorte. Tu coupes tout
contact avec Audrey et moi quand tout va bien et brusquement, quand la
situation devient compliquée, tu réapparais. Mais sache que c’est la dernière
fois que je vole à ton secours. La prochaine fois, je vais te laisser périr chez
toi, crois-moi sur parole.
Elle: Weeh ! ! ! Yoyo. Tu veux que je fasse comment ?
Moi: Héééé Magalie, s’il te plait arrête. Je suis fatiguée d’écouter tes
sornettes.
Nous arrivons à l’hôpital et elle est immédiatement prise en charge, vu
qu’elle exerce en tant que médecin au sein de cet hôpital. Je m’assois dans
la salle d’attente et je profite pour appeler Audrey et la tenir informée de la
situation. Elle est au cabinet et me promet de nous rejoindre aussitôt qu’elle
sera libre.
Deux heures plus tard, Audrey nous rejoint; et pendant que je la mets au
parfum de l'incident, Magalie sort enfin, avec des points de suture sur tout le
visage. Audrey n’en revient pas.
Audrey: Attends, c’est Brice qui t’a fait ça ?
Magalie : Oui, c’est lui.
Audrey: Et pourquoi donc, Magalie ?
Magalie: J’ai utilisé sa carte bancaire sans lui demander et il l’a
découvert.
Moi je n’ai plus envie de parler; je laisse donc Audrey débattre sur le
sujet avec elle.
Elle: Yolande peux-tu m’héberger temporairement, s’il te plait ?
Moi: Ah non ! Tu vas chez Audrey. Je ne peux plus te prendre chez moi;
je ne veux pas revivre la scène de la dernière fois. Désolée ma grande, tu
dois pouvoir tenir tête à ton mari.
Audrey: J’espère que ton mari sait que moi je suis avocate hein; donc si tu
viens chez moi, il n’a pas intérêt à venir y faire son capharnaüm; sinon je
vais le traîner en justice à la minute qui suit.
Sur ces entrefaites, nous quittons l’hôpital et nous décidons toutes les
trois d’aller chez Audrey pour y passer l’après-midi.
Audrey: Où sont tes garçons ?
Elle: Chez la mère de Brice.
Audrey: Et Brice lui-même, où est-il ?
Elle: Je n’en sais rien. Probablement chez sa mère aussi, ou en train de se
défouler quelque part. Il a fini de me bastonner et il a emporté ses enfants
avec lui.
Audrey: Tu vas enfin demander le divorce ou tu attends qu’il te tue ?
Elle: C’est compliqué, les filles.
Moi: Qu’est-ce qui est compliqué, Magalie ?
Elle: Le truc c’est que je suis enceinte, je viens de le découvrir et je ne
peux pas vivre seule avec cette grossesse.
Moi: Mais arrête à la fin Magalie, arrête un peu tes conneries.
Cette femme me dépasse. Sa bêtise outrepasse mon entendement. Qu’elle
reste esclave de ce zinzin toute sa vie, ça l’engage. Je préfère même ne plus
m’y mêler; j’ai moi-même mon lot de soucis.
Nous rejoignons la salle de séjour d’Audrey et elle nous propose un
délicieux casse-croûte, constitué de petits fours, des macarons Patiss Addict,
de grillades, et de jus de raisin. Je me régale; je dirais même que j’ai un très
grand appétit. Il faut bien que je mange pour trois personnes.
Audrey: Alors, tu vas chez tes parents ce week-end ?
Moi: Non, plutôt demain; j’ai un autre voyage à faire ce week-end.
Toutes les deux ouvrent grandement les yeux, même Magalie qui est
défigurée affiche une expression ébahie.
Audrey: Hein ! La mère, raconte.
Moi: Je vais à Limbé avec Jefferson.
Audrey: Woulilili ! ! ! Ma copine, tu n’as pas froid aux yeux hein. Je
t’avais bien dit que ce jeune homme te plaisait grave. J’espère seulement
que ton «monstre» ne va pas vous déchiqueter quand il se rendra compte de
l’affront que tu es en train de lui faire là.
Moi: Je m’en branle de ce qu’il peut faire, le cadavre ne craint pas le
cercueil.
Je sais déjà ce qui va suivre, et je ne veux pas que quelqu’un me fasse la
morale sur ma décision. Si je dois mourir, j’attribuerai cela à la providence
et je saurai que c’était mon jour; que mon séjour terrestre était arrivé à
expiration. Mais des commentaires et jugements sur ma personne, je n’en ai
cure. Je suis de celles qui prennent des risques, quitte à se casser la figure
en retour.
Nous passons l’après-midi à discuter et Audrey essaye de convaincre
Magalie de s’installer chez elle, mais c’est peine perdue. Je connais ma
copine; elle va rester là pendant deux ou trois jours juste le temps nécessaire
pour que son chien de mari vienne la déloger avec force, et comme
d’habitude elle le suivra sans rechigner.
Vers dix-huit heures, je file chez moi. J’irai au bureau demain matin, mais
je finirai tôt. J’ai rendez-vous avec mon père pour rencontrer un prêtre qui
réside au quartier Oyom-Abang.
** Le lendemain **
=== Magalie Eka Raymonde ===
Je sais que mes amies vont me traiter de stupide, de nulle, de laxiste.
Toujours est-il que chaque femme a sa personnalité. Je suis mariée à Brice
depuis huit ans et nous avons deux magnifiques garçons. Il est certes
aujourd’hui un homme possessif et autoritaire, mais tout allait bien entre
nous avant que je ne commence mon nouveau boulot à la clinique. Mon
travail m’occupe beaucoup et ça l’énerve; c’est la cause principale du
différend qui nous oppose. Il existe des hommes comme Brice qui réduisent
la femme aux tâches ménagères; des hommes qui préfèrent que leurs
compagnes s’attèlent exclusivement à gérer le foyer conjugal. J’aime mon
mari, mais d’un autre côté, je reconnais que les filles ont un peu raison. Il
faut que j’essaye de lui tenir tête et de me montrer ferme face à lui. Ce n’est
pas évident parce qu’il a cette capacité de toujours me faire perdre mes
moyens. Même lorsque je décide de le quitter, il suffit qu’il me parle une
seule fois, qu’il me flatte au minimum, et je baisse la garde, tellement je
l’aime. Si je le quittais, quelle vie mènerais-je ? Je suis médecin et puis
quoi ? Mes enfants vont vivre comment sans père ? Tout simplement parce
que je ne dois pas fléchir devant mon mari ? Je ne dois pas lui obéir ? Il me
tape, il est violent, c’est vrai; mais si je réussis à parler à ses parents, il peut
les écouter. Ses parents peuvent parvenir à le tempérer. Brice écoute et
respecte beaucoup son père, il lui fait confiance. Moi je tiens à avoir une vie
stable avec ma petite famille et je me battrai pour que mon mari change, au
lieu de fuir la difficulté sous le prétexte du «modernisme» et de
l’émancipation de la femme comme le disent mes copines. Je ne vois rien de
plaisant à mener une existence de célibataire dans une soit disante nonsoumission.
Je ne comprends pas qu’on puisse se complaire dans la posture
de l’amante ou de la maîtresse au point d’être épanouie. Je préfère le statut
de femme mariée, et me battrai pour que ma situation s'améliore.
=== Marie Yolande Abessolo ===
J’ai pris une permission au bureau pour aller rencontrer le prêtre avec
papa et maman qui ont fait le déplacement ce matin. Dans trois jours,
Jefferson et moi partons pour une semaine à Limbé. Rémi m’a prévenue
qu’il se déplaçait avec le chef de l’état pour une semaine, donc «le chat
parti, les souris dansent». Après la rencontre avec le prêtre, je dois aller au
laboratoire du Centre Pasteur de Yaoundé pour me faire dépister. J’ai certes
fait des examens aux Etats-Unis mais je vais en refaire; on ne sait jamais.
J’arrive à l’ancien stationnement de Douala et je prends maman et papa
qui sont déjà là. Après les câlins, tous les trois nous prenons la route de la
paroisse. Quelques minutes plus tard, l’Abbé Paul Benoît nous reçoit et nous
invite à entrer. C’est un prêtre exorciste qui soigne les malades et organise
des veillées de prière pour désenvoûter les personnes possédées. Il est
vraiment puissant d’après ce qui se dit.
Le prêtre: Bonjour monsieur Abessolo, prenez place.
Nous nous installons et il nous demande pourquoi nous sommes là. Je
veux parler, mais papa me demande de le laisser introduire le sujet.
Papa: Monsieur l’Abbé, nous sommes ici parce que ma fille ici présente
est en relation depuis des années avec un grand homme politicien de ce
pays. C’est un homme lugubre, et de surcroît, elle attend des enfants de lui.
Papa parle encore, et encore, tandis que maman ne dit rien. Je vois bien
qu’elle s’ennuie; selon elle, on se fait du souci pour rien. On n’a rien à
craindre de Rémi; tant qu’il lui donne de l’argent, tout va bien.
Le prêtre finit par prendre la parole.
Lui: J’ai bien compris votre récit, monsieur Abessolo mais votre fille ne
peut pas quitter cet homme sur un coup de tête. Sa délivrance demande
beaucoup de temps, de courage, et de persévérance. Déjà, elle doit assister à
toutes les veillées de prières que j’organise à la chapelle. Ensuite, on doit
organiser des séances de prières privées avec le groupe charismatique de la
paroisse, où on ne priera que pour elle. Votre fille a besoin de confier son
âme entière à l'Eternel, parce qu’elle est sous l’emprise de ce monsieur. Elle
est fortement tenue par l’univers des ténèbres, mais Dieu est le plus fort. Il
suffit de se confier et de s’abandonner à lui avec foi.
Papa: Ok, merci mon père.
Le prêtre me demande donc de revenir le voir en fin de semaine pour
qu’il me donne tout le programme. Il me recommande également de faire
semblant avec Rémi, car il ne doit se douter de rien; au cas contraire il
pourrait même me tuer.
Je prends donc congé du prêtre et je dépose mes parents en leur donnant
bien sûr quelques billets de banque. Ensuite, j’appelle Audrey pour
m’enquérir de la situation. Elle me rassure qu’elles vont bien toutes les deux
et qu’elles sont sans nouvelles de Brice depuis lors. Toutefois, Magalie est
tout de même allée rendre visite à ses enfants dans sa belle-famille et a
essayé de parler à ses beaux-parents.
Je me dirige au Centre Pasteur et je fais le dépistage du VIH. Plus tard,
dans l’après-midi, je vais faire des emplettes et je fais un saut au salon de
coiffure, car je dois me faire belle. Dans quarante-huit heures, c’est le grand
jour: Je vais passer un séjour inoubliable avec «gueule d’ange» et il va me
faire grimper au septième ciel.
** Deux jours plus tard **
=== Jefferson Willis Ekobena ===
Moi: On se voit lundi, Leila.
Elle: Ouais, c’est ça. Fiche le camp, salaud.
Moi: Tu peux me traiter de tous les noms, mais je pense t’avoir dit dès le
départ ce qu’il en était de nous deux; tu n’as jamais voulu me comprendre.
Si tu avais dit à tes parents de stopper cette mascarade, on n’en serait pas là.
Tu as voulu jouer les têtues et voilà. Assume donc !
Elle: Tu ne t’en sortiras pas ainsi, Jeff. Crois-moi.
Moi: Bye !
Je sors et je prends la direction de l’IRAD, je n’ai pas encore vu mes
parents depuis l’épisode de l’anniversaire; je leur parlerai très bientôt.
Certains diront que je traite Leila avec mépris et dédain, qu’une femme
mérite plus d’égard et de respect mais j’ai mes raisons. Bien avant que je ne
rentre au Cameroun, on m’a présenté Leila et nous avons commencé à
entretenir une amitié platonique. Je n’ai jamais su que sa mère et la mienne
faisaient de basses manigances pour nous unir. Lorsque je l’ai appris, j’ai
appelé Leila en aparté et je l’ai suppliée de convaincre ses parents de mettre
un terme à leur plan, mais madame n’en faisait qu’à sa tête. Pourquoi
aujourd’hui je devrais la traiter comme une princesse, alors qu’elle s’est
jetée toute seule dans la gueule du loup ? N’importe quoi !
Je suis devant l’IRAD et je vois Yolande qui descend les marches, vêtue
d’une petite culotte blanche et d’un t-shirt blanc, avec des sandales rouges et
une paire de lunettes Dior assortie à son sac. Elle est juste magnifique ! Elle
est sublime cette femme. Je sors du véhicule et je lui fais une bise.
Moi: Tu es magnifique, princesse.
Elle: Merci Jeff, toi aussi d’ailleurs.
Je lui ouvre la portière et elle prend place; puis je démarre en direction de
l’une des plus belles villes du Cameroun: Limbé. Le séjour s’annonce épicé.
En chemin, nous discutons à propos de mon projet, de son travail, de ses
copines et de sa grossesse. Mais personne n’ose parler de Leila, et encore
moins de monsieur le ministre.
Elle: Alors, c’est quoi le programme ?
Moi: J’ai réservé une suite dans un magnifique hôtel exotique, aux abords
de la plage: PALM BEACH. Tu vas adorer. On va se relaxer au maximum,
j’espère que tu as prévu des tenues sexy.
Elle (le regard enjoué): Oui j’en ai. J’espère que tu as fait pareil.
Je lui fais un clin d’œil et elle me répond avec un sourire. L’atmosphère
qui règne me laisse penser que beaucoup de choses peuvent se produire au
cours de ce week-end. On rigole comme des gamins. C’est fou, mais je la
découvre sous un autre jour; elle est vraiment détendue et elle est encore
plus resplendissante. Je veux faire ma vie avec cette femme, elle me plaît
beaucoup.
Moi: Dis-moi, de qui as-tu hérité ce magnifique teint ?
Elle: De ma mère, qui elle même a des origines italiennes.
Moi: Ah, je vois …
Quelques heures plus tard, nous arrivons à Limbé et nous nous installons
dans notre suite à l’hôtel. Vers vingt heures, après une bonne douche, nous
allons en ville pour dîner. Yolande est à couper le souffle; on ne dirait pas
qu’elle est enceinte.
Nous trouvons un restaurant chic et elle commande une soupe aux carpes
avec des frites de pommes, et moi, un bon poisson braisé avec des plantains
mûrs. Nous nous régalons donc dans la même ambiance joviale de tout à
l’heure et vers minuit, nous quittons enfin les lieux et nous regagnons notre
hôtel. Je tiens Yolande par la main et ensemble nous montons dans la suite.
Elle me pince la paume de la main comme pour m’envoyer un signal. Je la
regarde en souriant.
Moi: Tu es sûre que tu vas bien ?
Elle: Oui Jeff, je vais bien. Pourquoi ?
Moi: Je te trouve très détendue.
Elle: Ne devrais-je pas l’être ? Je croyais que nous étions ici pour nous
détendre ?
Moi: C’est bien le cas.
Nous entrons donc dans la chambre et tout d’un coup, dans un élan
commun, nos lèvres s’unissent et je me saisis de son visage radieux. Ce
baiser passionné nous procure à tous les deux un bien fou. On dirait que
nous pensons à la même chose: Nous avons chacun envie l’un de l’autre. Au
fil des secondes, le baiser devient de plus en plus langoureux, laissant place
aux caresses. Nous avançons ainsi jusqu’au lit et délicatement, je l’allonge.
D’un geste tendre, je lui ôte sa robe. Nous continuons de nous embrasser
fougueusement et soudain, Yolande me dit d’un ton infiniment sensuel: J’ai
une folle envie de toi, Jeff. Cette phrase résonne dans mon cerveau tel un
stimulant pour décupler le désir.
L’instant d’après, je suis tendu comme un morceau de bois et mon corps
entier frémit. Je me déchaîne donc sur elle, tel un lion affamé, lui ôtant
d’une main de son string rouge vif, et d’un geste très rapide, j’écarte ses
jambes et glisse ma tête dans sa foufoune pour la savourer. Je m’introduis à
travers les lèvres de son vagin et de ma langue experte, je titille avec
vigueur son intimité, pendant qu’elle me caresse les cheveux, en poussant
des gémissements intenses: Ohhh… Ahhhh… Ouiiiiiii…..
Je lui fais des mouvements de va et vient avec ma langue, lui chatouille le
clitoris, en remontant pour l’embrasser de temps en temps. Elle se tord de
plaisir et ça m’excite davantage. Ensuite, elle se relève, s’empare de ma
braguette qu’elle ouvre à l’aide de sa bouche et sort mon engin qu’elle
enfouit dans sa bouche et se met à sucer avec avidité. Mon être exulte et je
n’ai qu’une seule envie; la pénétrer encore et encore jusqu’à ce qu’elle me
dise d’arrêter.
Joignant le geste à mon envie, je l’étends sur le lit et la pénètre de façon
tendre, après avoir enfilé un préservatif. Je plonge mon regard dans le sien
pour intensifier cette communion intime. Je la besogne passionnément,
accélérant le rythme par moments. Elle me caresse et s’agrippe à moi
comme si sa vie en dépendait. Je la laboure ainsi pendant plusieurs minutes
et ensemble, nous atteignons l’extase. Quand je veux me retirer d’elle je n’y
arrive pas. C’est comme si une force tient fermement ma verge à l’intérieur.
Moi (apeuré): Héééé ! Yolande, je n’arrive pas à sortir; je suis bloqué.
Elle: Comment ça bloqué ? Jeff. Retire-toi de moi.
J’essaye de sortir mon pénis de son vagin, mais je n’y arrive pas. Je me
débats, Yolande me pousse mais je suis là, à l’intérieur d’elle, bloqué; c’est
encore quoi ça ? Seigneur !
Elle: Jeff, pardon sors de ma chatte.
Moi: Yoyo, je n’y arrive pas. Je suis bloqué.
Nous tentons toutes les stratégies, elle essaie tant bien que mal de se
défaire de mon emprise, mais nos deux sexes restent scellés. Mon zizi est
«calé dedans». Ce n’est pas la sorcellerie ça ? Les choses qui arrivent aux
autres commencent déjà à m’arriver. Comment nous en sortirons nous dans
cette situation ? Qui viendra nous sortir de là ? Quelle honte ! Qu’est-ce que
c’est que cette histoire ? OH MON DIEU, AIDEZ MOI ! AIDEZ-NOUS !
Je suis calé dans le «kpetou» (vagin) de Yolande.