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ÉVALUATION DU GISEMENT POTENTIEL DE

RESSOURCES ALGALES POUR L’ENERGIE ET LA


CHIMIE EN FRANCE A HORIZON 2030

Juillet 2014

Étude réalisée pour le compte de l’ADEME par

ENEA Consulting et INRIA

Contrat n°1301C0033

Coordination technique : Aude-Claire HOUDON / Alice GUEUDET Service Bioressources –


Direction Productions Energies Durables – ADEME Angers

RAPPORT FINAL
Juillet 2014

REMERCIEMENTS

Cette étude a été réalisée sous la supervision et avec la participation active d’acteurs français référents sur le sujet,
tant dans l’administration que le secteur de la recherche et l’industrie :

ADEME
- Aude-Claire Houdon, Direction Energies et Productions Durables, Service Bioressources, biocarburants
avancésen charge du suivi de la mission
- Alice Gueudet, Direction Energies et Productions Durables, Service Bioressources, chimie et matériaux
biosourcés, en charge du suivi de la mission
- Bruno Gagnepain, Direction Energies et Productions Durables, Service Bioressources, biocarburants
- Aicha El Khamlichi, Recherche & Prospective / Recherche et Technologies Avancées (RTA) / CCSV
- Claire Delalande, Direction villes et territoires durables, Service Friches urbaines et Sites pollués
- Thomas Eglin, Direction Energies et Productions Durables, Service Agriculture et Forêts
- Jean-Christophe Pouet, responsable du Service Bioressources
AIRBUS : Yohan Allouche, Responsable projets de recherche carburants
CIMENT CALCIA (Italcimenti): Christophe Lombard, Département R&D, Chef de projet CO2
FRANCE AGRIMER : Tarek Mhiri, Direction Marchés, études et prospective, Service Evaluation, prospective, ana-
lyses transversales, Chef de l’unité Analyses transversales
GrDF : Anthony Mazzenga, Chef du pôle Stratégie
LA COMPAGNIE DU VENT : Thomas Lasserre, Responsable du pôle Bioénergies

Les auteurs tiennent également à remercier les personnes suivantes pour leur contribution à l’étude :

Philippe Potin - Station Biologique de Roscoff et Université Européenne de la Bretagne


Raymond Kaas – IFREMER
Laura Lecurieux-Belfond – Pôle TRIMATEC

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit
ou ayants cause est illicite selon le Code de la propriété intellectuelle (art. L 122-4) et constitue une contrefaçon répri-
mée par le Code pénal. Seules sont autorisées (art. 122-5) les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage
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caractère critique, pédagogique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées, sous réserve, toutefois, du
respect des dispositions des articles L 122-10 à L 122-12 du même Code, relatives à la reproduction par reprographie.

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A PROPOS D’ENEA CONSULTING


ENEA Consulting est une société de conseil de 25 personnes, spécialisée sur la transition énergétique et le dévelop-
pement durable.

ENEA accompagne les leaders de l'industrie, les institutionnels, les investisseurs, les équipementiers et les entrepre-
neurs, en France et dans le monde. ENEA intervient en conseil stratégique, en conseil à l'innovation, en accompagne-
ment aux projets ainsi qu'en tant qu'expert sur ses sujets : énergies renouvelables, stockage d'énergie, captage et
valorisation du CO2, efficacité énergétique, hydrogène, accès à l'énergie et bioénergies.

Sur les bioénergies en particulier, ENEA a développé son expertise sur les algues et micro-algues, la méthanisation, la
gazéification et la production de biocarburants. En travaillant à la fois sur les gisements, les technologies de produc-
tion, les vecteurs d'utilisation et leurs marchés, ENEA a développé une profonde connaissance de ces filières.

Depuis 2007, ENEA œuvre également pour l'accès à l'énergie dans le monde, via des missions d'accompagnement pro
bono au profit d'acteurs sociaux (2000 jours de conseil, 50 missions, 20 pays, 15 études en diffusion libre). Au-delà
d'un engagement éthique et d'un souhait de contribuer au développement, ce modèle créé du sens et de la valeur,
force à l'innovation et fédère les équipes.

A PROPOS D’INRIA – BIOCORE


BIOCORE (Biological control of artificial ecosystems) est une équipe-projet commune à INRIA (Institut National de
Recherche en Informatique et en Automatique - Unité de Recherche de Sophia-Antipolis), l’INRA (Institut National de
la Recherche Agronomique - sites de Sophia Antipolis et LBE Narbonne) et l’UPMC/CNRS Laboratoire Océanogra-
phique de Villefranche sur mer (LOV).

Le but global de BIOCORE est de contribuer à préserver l'environnement, en développant de nouvelles sources
d'énergie, en évitant la pollution des eaux ou l'utilisation de produits chimiques pour les cultures. Dans cette optique,
l'objectif est d’appliquer et de développer des méthodes de l’automatique (modélisation, identification, estimation,
régulation, contrôle optimal, théorie des jeux) et de la théorie des systèmes dynamiques aux écosystèmes artificiels.

Auteurs :

Guillaume KERLERO de ROSBO – Chef de projet, ENEA Consulting


Olivier BERNARD – Directeur de recherche, INRIA

Contributeurs :

Francis MAIRET – Chargé de Recherche, INRIA


Monique RAS DE MONCUIT – Chargée de Recherche, Station Biologique de Roscoff
Ghjuvan GRIMAUD – PhD INRIA
Etienne DELCLAUX – Ingénieur INRIA
David REY – Ingénieur de recherche, INRIA
Luc PAYEN – Consultant, ENEA Consulting

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SOMMAIRE
Glossaire ......................................................................................................................................... 7
Introduction ................................................................................................................................... 9
Contexte .............................................................................................................................................................. 9
Objectifs de l’étude ............................................................................................................................................ 10
Résumé de l’étude ........................................................................................................................ 11
1 Les algues et leurs applications ............................................................................................. 23
1.1 Les micro-algues ............................................................................................................................ 23
1.2 Les macro-algues ........................................................................................................................... 25
2 Les chaînes de production et de transformation des algues ................................................. 29
2.1 Les micro-algues ............................................................................................................................ 29
2.1.1 Technologies de culture des micro-algues ................................................................................................. 31
2.1.2 Technologies de récolte et concentration .................................................................................................. 34
2.1.3 Technologies de séchage ........................................................................................................................... 36
2.1.4 Technologies d’extraction ......................................................................................................................... 38
2.1.5 Technologies de post-traitement............................................................................................................... 41
2.2 Les macro-algues ........................................................................................................................... 44
2.2.1 La culture et récolte des macro-algues ...................................................................................................... 45
2.2.2 Technologies de pré-traitement et d’extraction ......................................................................................... 48
2.2.3 Technologies de post-traitement pour une production de biocarburants ................................................... 48
2.3 Conclusion ..................................................................................................................................... 51
3 État des lieux des filières algales : marchés et acteurs .......................................................... 53
3.1 La filière micro-algues.................................................................................................................... 53
3.1.1 Les micro-algues dans le monde ................................................................................................................ 53
3.1.2 Les micro-algues en France ....................................................................................................................... 63
3.1.3 Estimation des tailles de marchés potentiels pour les micro-algues françaises à 2030 ................................ 65
3.2 La filière macro-algues................................................................................................................... 67
3.2.1 Les macro-algues dans le monde ............................................................................................................... 67
3.2.2 Les macro-algues en France....................................................................................................................... 70
3.2.3 Estimation des tailles de marchés potentiels pour les macro-algues françaises à 2030 ............................... 75
4 Potentiel physique de production et de valorisation des algues en France à horizon 2030 .. 76
4.1 Méthodologie employée ............................................................................................................... 76
4.1.1 Estimation du potentiel physique maximum de production de biomasse algale ......................................... 77
4.1.2 Couches limitantes utilisées et hypothèses retenues ................................................................................. 83
4.1.3 Cas particulier des DOM-COM ................................................................................................................... 87
4.1.4 Du potentiel « biomasse » au potentiel « produits » .................................................................................. 89
4.1.5 Modulation par l’analyse des marchés....................................................................................................... 89
4.1.6 Synthèse comparative et valeur ajoutée de la présente approche par rapport à l’état de l’art.................... 90
4.2 Potentiel des micro-algues – Résultats et analyses........................................................................ 91
4.2.1 Potentiel physique maximum de production de biomasse ......................................................................... 91

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4.2.2 Potentiel physique maximum pour les produits micro-algaux .................................................................... 99


4.2.3 Comparaison des potentiels « physique » et « marché » pour les différents produits micro-algaux (hors
carburants)........................................................................................................................................................102
4.2.4 Scénarios de co-valorisation et de développement de bio-raffineries........................................................104
4.3 Potentiel des macro-algues – Résultats et analyses..................................................................... 106
4.3.1 Potentiel physique maximum de production de biomasse macro-algale ...................................................106
4.3.2 Potentiel physique maximum pour les produits macro-algaux et comparaison avec les tailles de marché .109
5 Conclusions générales sur le potentiel des filières algales françaises ................................. 111
Le potentiel des micro-algues .............................................................................................................. 111
Un potentiel physique en biomasse substantiel…à modérer...............................................................................111
Pour la production de biocarburants 3G : un potentiel élevé, un enjeu sur les ressources en azote ....................112
Pour la production de produits non-énergétiques ..............................................................................................112
Le potentiel des macro-algues ............................................................................................................. 113
Du potentiel théorique à une réalité pour 2030................................................................................... 113
Pour aller plus loin : la nécessité d’une analyse complémentaire centrée sur les coûts de production et
la future compétitivité des produits algaux ......................................................................................... 114
Des besoins en R&D pour accéder à la maturité technico-économique ............................................... 114
Bibliographie .............................................................................................................................. 116
Annexe 1 – Arbres technologiques ............................................................................................. 122
Annexe 2 - Principaux projets français de R&D .......................................................................... 127
Sur les micro-algues ................................................................................................................... 127
Sur les macro-algues................................................................................................................... 132
Annexe 3 – Analyse des marchés des produits algaux non énergétiques................................... 134
1 Produits micro-algaux ......................................................................................................... 134
1.1 Alimentation et nutrition humaine.............................................................................................. 135
1.1.1 Oméga 3 ..................................................................................................................................................135
1.1.2 Algues entières comme compléments alimentaires ..................................................................................138
1.1.3 Pigments comme colorants alimentaires ..................................................................................................141
1.2 Alimentation animale .................................................................................................................. 143
1.2.1 Alimentation des poissons (aquaculture) ..................................................................................................143
1.2.2 Aliments pour autres animaux (volaille, bétail) .........................................................................................145
1.2.3 Additifs alimentaires pour autres animaux (volaille, bétail) .......................................................................147
1.3 Chimie verte ................................................................................................................................ 149
1.3.1 Plastiques bio-sourcés ..............................................................................................................................149
1.3.2 Autres applications en Cosmétique et Pharmaceutique ............................................................................151
2 Produits macro-algaux ........................................................................................................ 153
2.1 Algues légumes ............................................................................................................................ 153
2.1.1 Analyse du marché algal ...........................................................................................................................153
2.1.2 Synthèse des hypothèses de potentiel retenues pour ce(s) marché(s).......................................................153
2.2 Colloïdes algaux ........................................................................................................................... 155

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2.2.1 Analyse du marché algal ...........................................................................................................................155


2.2.2 Synthèse des hypothèses de potentiel retenues pour ce(s) marché(s).......................................................156
Annexe 4 – Sélection des terrains éligibles à la culture des algues ............................................ 157
Annexe 5 – Synthèse méthodologique comparative et valeur ajoutée de la présente étude .... 159
Annexe 6 – Règles de conversion des tonnages de biomasse en tonnages de produits algaux . 162

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Glossaire
AGPI Acides Gras PolyInsaturés (PUFA en anglais)
AGV Acides Gras Volatiles
ALA Acide α-linolénique (omega 3)
ARA Acide arachidonique (omega 6)
B2B Business to Business (commerce réalisé entre entreprises),
B2B2C Business to Business to Customer (commerce réalisé entre entreprises mais où le client
final, généralement un particulier, joue un rôle important dans l’expression du besoin)
BDD Base de données
CAPEX Coûts d’investissement (de l’anglais Capital Expenditures)
CO2 Dioxide de carbone
DCO Demande Chimique en Oxygène
DHA Acide Docosahexaénoique (omega 3)
EPA Acide Eicosapentaénoïque (omega 3)
ETBE Ethyl tertio-butyl ether
GES Gaz à Effet de Serre
GLA Acide γ-linolénique (omega 6)
H2S Sulfure d’Hydrogène ou hydrogène sulfuré
HVA Haute Valeur Ajoutée
HVO Hydrotreated Vegetable Oils
IREP Registre français des émissions polluantes
ISDND Installation de Stockage des Déchets Non Dangereux
JV Joint Venture (entreprise commune entre deux entreprises ou plus)
MS Matière Sèche
MVA Moyenne Valeur Ajoutée
M&HVA Moyenne et Haute Valeur Ajoutée
OP Open Pond ou Bassin ouvert
OPEX Coûts d’opération (de l’anglais Operational Expenditures)
PCI Pouvoir Calorifique Inférieur
PET Polyéthylène
PBR Photobioréacteur
PHA PolyHydroxyAlcanoate
PLA Poly-acide lactique (de l’anglais Poly-Lactic Acid)
PUFA PolyUnsaturated Fatty Acids (AGPI en français)
REACH Registration, Evaluation, Authorization and restriction of CHemicals
R&D Recherche et Développement
RW Raceway
SIG Système d’Information Géographique
STEP Station d’épuration

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TCLC Taux de Croissance en Lumière Continue


TGD Triglycérides
UIC Union des Industriels de la Chimie
ω3 Omega-3
ZEE Zone Economique Exclusive

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Introduction
Contexte
Face aux enjeux environnementaux et climatiques, des alternatives à l’utilisation des ressources fossiles sont recher-
chées, tant pour la production de carburants que de produits chimiques. Une des alternatives attirant le plus
d’attention consiste à utiliser directement la biomasse (matière organique végétale) comme source d’énergie et de
molécules chimiques sans attendre sa fossilisation géologique en hydrocarbures.

Le développement en parallèle des différents usages de la biomasse (alimentation, matériaux, chimie, énergie…) pose
cependant des questions sur la disponibilité des différentes ressources végétales à court, moyen et long terme.

L’approche adoptée jusqu’à présent consistait à développer les cultures agricoles pour la production de biocarburants
dits de première génération. La Commission Européenne souhaite aujourd’hui restreindre la conversion de terres en
cultures destinées à la production de biocarburants et accroître les effets bénéfiques pour le climat des biocarburants
utilisés dans l'Union européenne. Mi-octobre 2012, elle a proposé de limiter la part des biocarburants de première
génération à 6 % dans l’atteinte de l’objectif de 10 % d'énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale
des transports en 2020. Le but est de contribuer à stimuler le développement d'autres biocarburants, dits avancés,
dont les émissions de gaz à effet de serre devront être nettement inférieures à celles des combustibles fossiles et qui
n'interfèreront pas directement avec la production alimentaire mondiale.

L’ADEME, en accord avec sa propre feuille de route et dans la lignée de la politique Européenne, souhaite promouvoir
des solutions dont l’impact sur le climat serait encore amélioré, et pour lesquelles les impacts liés à l’occupation des
sols et aux conflits d’usage, sur l’alimentation et la déforestation en particulier, soient réduits.

Dans ce contexte, les algues présentent un potentiel particulièrement intéressant. Comme les autres biomasses, les
algues présentent une composition biochimique permettant des applications dans l’alimentaire, la production de
carburants (dits alors de 3ème génération) ou encore de molécules d’intérêt pour la chimie, la pharmaceutique ou la
cosmétique. Les principaux avantages des algues sur les autres biomasses sont les suivantes :

Une productivité bien supérieure aux


plantes terrestres, notamment en raison
de leur cycle reproductif plus court.
La possibilité de développer de nouveaux
usages pour la biomasse sans créer de
tension sur les marchés des matières pre-
mières alimentaires.
La possibilité de cultiver les algues en mer
ou sur des terres non arables sans compé-
tition non plus avec l’alimentation pour
l’usage des sols.
La possibilité de rendre des services envi-
ronnementaux parallèlement à leur pro-
duction : traitement des eaux et valorisa-
tion du CO2.
Figure 1 – Productivité en huile des micro-algues et de diverses
plantes terrestres en m3/ha/an [1]
(*hypothèses : productivité de 20 g/m²/jr et 15 % d’huile en matière sèche)

L’ADEME a financé en 2010 une étude consacrée à l’ « État des lieux des travaux de recherche français et européen en
biomasse et sa mobilisation pour l’énergie et la chimie - Élaboration de recommandations pour une stratégie de tra-
vaux à mener ». Sa conclusion était notamment d’intensifier les travaux sur l’estimation du potentiel des algues pour
l’énergie et la chimie du végétal.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 9
Juillet 2014

Objectifs de l’étude
La présente étude vise à évaluer le gisement potentiel français de ressources algales (micro et macro-algues) pour la
production de biocarburants avancés et de molécules d’intérêt, ce à l’horizon 2030. Cette évaluation, reposant à la
fois sur les ressources nationales (potentiel physique de production sans utiliser de terres agricoles) et sur ce que l’on
sait aujourd’hui des marchés concernés et de leur projection à 2030, est faite à travers les étapes et sous-objectifs
suivants :

Réalisation d’un état de l’art technologique de l’exploitation d’algues (micro et macro) et des produits possibles,
Description de la situation actuelle en France, et comparaison avec les principaux contextes étrangers,
Évaluation de la ressource potentiellement exploitable en métropole et dans les DOM-COM, et des volumes de
production de matière sèche de biomasse algale que cela pourrait représenter,
Conversion en volumes de production techniquement atteignables pour les différents produits pouvant être is-
sus des filières algales,
Prospective 2030 : en fonction de la situation de départ, du potentiel technique total et des contraintes règle-
mentaires et marché, identification des situations atteignables en 2030 et des leviers possibles.

Ce rapport s’organise en cinq grandes parties :

Partie 1 – Présentation des algues et de leurs applications


Partie 2 – État de l’art des chaines de production et des technologies impliquées
Partie 3 – État des lieux des filières algales en France et dans le monde : marchés, acteurs, contextes pays
Partie 4 – Étude prospective du potentiel français de production d’algues et principaux produits dérivés à 2030
Partie 5 – Conclusions générales sur le potentiel des filières algales françaises

Considérant que pour modéliser et projeter le potentiel des algues dans le futur, il est nécessaire de bien comprendre
la situation actuelle, tant en termes de performances que d’usages, les trois premières parties font l’état des lieux
technologique et marché des filières algues, tant micro que macro, et tâchent de répondre à des questions telles que :
« comment les algues sont-elles produites ? », « à quoi peuvent-elles être utilisées ? », « quel est l’état de ces marchés
aujourd’hui ?», « la situation française est-elle en phase avec la situation mondiale ? ». La Partie 4 décrit la méthodo-
logie proposée pour estimer le potentiel physique français de production de biomasse algale et de produits dérivés,
présente analyse les résultats obtenus et compare ce potentiel physique à des estimations de marchés projetées à
2030. Enfin, la Partie 5 donne les conclusions générales de l’étude, fournit des pistes d’approfondissement et des
recommandations pour le développement de la filière.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 10
Juillet 2014

1 Les algues et leurs applications

1.1 Les micro-algues


Les micro-organismes photosynthétiques peuvent être procaryotes (cyanobactéries) ou eucaryotes (micro-algues
stricto sensu), selon la présence ou non d’un noyau cellulaire. Apparues il y a 3 milliards d'années, les cyanobactéries
sont à la source, par endosymbiose13, des chloroplastes des cellules végétales. Par abus de langage, on regroupe sous
le terme « micro-algues » l’ensemble des microorganismes photosynthétiques. C’est cette définition largo sensu que
l’on retiendra ici.

Les débouchés potentiels pour les produits micro-algaux sont variés et dépendent de la composition biochimique des
algues, qui elle-même varie selon les espèces ou encore les conditions de culture et de croissance.

Les micro-algues peuvent ainsi trouver des applications dans l’alimentation / nutrition humaine, l’alimentation ani-
male, la chimie, l’énergie ou encore la fabrication de produits cosmétiques et pharmaceutiques.

Les principales familles de molécules justifiant l’intérêt porté aux micro-algues sont les suivantes :

Les lipides (5-40% MS) : de réserve (triglycérides) ou membranaires (phospholipides et glycolipides). En fonction des
procédés utilisés, tout ou partie de ces lipides peut être converti en carburants (biodiesel typiquement) ; ils présen-
tent par conséquent un intérêt énergétique. Ils contiennent également des acides gras saturés et polyinsaturés (AGPI
ou PUFAs, « PolyUnsaturated Fatty Acids ») comme les oméga-3 : EPA14 (C20:515), DHA (C22:6), ALA (C18 :3), ou les
oméga-6 : GLA (C18 :3) ou ARA (C20:4) avec des applications dans le domaine de la nutrition/santé (compléments
nutritionnels en substitution aux huiles de poissons). Dans certaines conditions de culture (typiquement un stress
azoté), la teneur en huile de certaines espèces de micro-algues peut monter jusqu’à 60-70% (au détriment de la pro-
ductivité).

Les protéines (15-65% MS) : certaines espèces présentent une teneur élevée en protéines et acides aminés, ainsi que
des profils d’acides aminés très proches des sources de protéines classiques (e.g. soja), les rendant particulièrement
attractives pour l’alimentation humaine ou animale (nourriture pour poissons notamment).

Les sucres ou carbohydrates (10-50% MS) : présents sous formes de polysaccharides (e.g. amidon), oligo- ou mono-
saccharides (e.g. glucose), les sucres peuvent éventuellement être convertis en bioéthanol, bien que cela demeure
difficile, la plupart des sucres présents dans les micro-algues étant plus difficile à fermenter que les sucres d’autres
biomasses terrestres.

Les pigments (0,5-1,5% MS) : notamment,

les caroténoïdes : principalement β-carotène (orange, jusqu’à 14% MS chez Dunaliella salina) et asthaxantine
(rouge, particulièrement présente chez Haematococcus pluvialis, jusqu’à 4% MS), dans une moindre mesure lu-
téine et zéaxanthine (jaune).
les phycobiliprotéines : phycocyanine (bleu, particulièrement présente chez la Spiruline) et phycoérythrine
(rouge, particulièrement présente chez Porphyridium purpureum).
la chlorophylle (verte), pigment commun à toutes les micro-algues.

Ces pigments peuvent être vendus en tant qu’extraits purifiés, ou directement sous forme de poudre d’algue riche en
pigment. Ils sont utilisés comme colorants alimentaires, additifs pour nourriture animale (coloration des poissons,
volailles), et trouvent également des applications dans la cosmétique et la pharmaceutique (anti-inflammatoires, anti-
cancereux, marqueurs fluorescents en immunologie, etc.)

13
Association symbiotique où l'un des organismes, appelé endosymbionte, est présent à l'intérieur des cellules de
son hôte.
14
EPA : Acide Eicosapentaénoïque ; DHA : Acide Docosahexaénoique ; ALA : Acide α-linolénique ; GLA : Acide γ-
linolénique ; ARA : Acide arachidonique
15
C20:5 signifie que la molécule a vingt atomes de carbone et cinq double liaisons

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 23
Juillet 2014

Les vitamines : A, B1, B6, B12, C, E, etc. Quasiment toutes les vitamines essentielles se retrouvent chez les micro-
algues, en plus ou moins grande quantité en fonction des conditions de culture. Ces vitamines, tout comme certains
minéraux également présents, augmentent la qualité nutritionnelle des micro-algues.

Ci-dessous figurent des exemples de produits reposant sur la valorisation des micro-algues ou de leurs composants
cellulaires.

Spiruline pour alimentation humaine (Hawaïan Pacific) Gélules de β-carotène pour alimentation humaine (Body
Science)

Nourriture pour poissons (HBH) Biodiesel (Seambiotic)

Figure 8 – Exemples de produits issus des micro-algues

Les micro-algues peuvent être considérées selon plusieurs angles d’approche, synthétisés en Figure 9, afin de générer
ces produits.

Tout d’abord, la complexité biologique et biochimique des micro-algues en tant qu’êtres vivants, combinée à leur très
grande diversité génétique (plus de 30 000 espèces référencées, une diversité naturelle probablement plus proche de
la centaine de milliers voire du million d’espèces), en font une source immense de molécules d’intérêt que l’on peut
extraire et utiliser pour de nombreuses applications industrielles existantes et restant à découvrir. Pour les applica-
tions énergétiques, les lipides et sucres issus des micro-algues peuvent être utilisés et convertis en biocarburants par
ere
les mêmes procédés que pour les molécules issues de plantes alimentaires (biocarburants dits de « 1 génération »).

Ensuite, les micro-algues constituent une biomasse en soi, valorisable dans son entier en alimentation ou en énergie à
travers des procédés de valorisation énergétique de la biomasse (utilisés notamment pour produire des biocarburants
nde
à partir d’autres biomasses et dits de « 2 génération » : méthanisation, procédés thermochimiques…).

Enfin, de nouvelles voies, encore peu matures, sont étudiées pour utiliser la micro-algue elle-même comme réacteur
biologique capable de produire et exsuder certaines molécules et composants. Typiquement, de nombreux travaux de
recherche ont été menés pour évaluer la faisabilité de production directe de dihydrogène à partir de micro-algues (par
biophotolyse directe ou indirecte, « dark fermentation », photo-fermentation ou encore par combinaison de ces deux
dernières). Néanmoins, ces voies exploratoires demeurent encore sujettes à d’importants verrous métaboliques (ob-
jectif de rendement de 5% et d’une capacité de production en continu de 4h d’ici 2018 [2]) et ne font par conséquent
pas l’objet d’une analyse détaillée dans cette étude.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 24
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Microalgue

Comme source de
Comme biomasse à Comme producteur
biomolecules à extraire
valoriser directement direct de biomolécules
et transformer

Résidus

Vers les procédés biocarburants Vers les procédés biocarburants Procédés « 3G+ »
de « 1ère génération » de « 2ème génération »

Molécules pour la chimie,


Alimentation humaine et animale
pharma, cosmétique, IAA

Figure 9 – Principaux modes d’utilisation des micro-algues

1.2 Les macro-algues


Le terme de macro-algues est un terme générique englobant tous les organismes aquatiques eucaryotes16 photo-
synthétiques multicellulaires non terrestres. Ce terme n’a aucune valeur taxonomique, les macro-algues regroupant
des espèces aux métabolismes extrêmement variés, issues de lignées évolutives distinctes regroupées en trois en-
sembles :

Les Chlorophytes ou « algues vertes », ancêtres des plantes terrestres,


Les Rhodophytes ou « algues rouges », partageant un ancêtre commun avec les algues vertes, et
17
Les Phéophycae ou « algues brunes », issues d’une endosymbiose secondaire d’une algue rouge.

Contrairement aux micro-algues, la plupart des macro-algues sont visibles à l’œil nu et se développent généralement
de manière sédentaire en se fixant à un support solide grâce à un crampon. Cette biomasse fixée se retrouve autant
sur la frange littorale (limite à marée haute) qu’à 20-30 m de profondeur, soit dans des zones à peine découvertes aux
marées basses. Les marées, l’exposition aux vagues, mais aussi la température de la mer et la luminosité (latitude
géographique et turbidité de l’eau) constituent les éléments dictant la diversité des populations d’algues dans un
environnement donné. La plus grande diversité en algues se trouve surtout dans des régions offrant une multitude
d’environnements propices à leur croissance.

On répertorie aujourd’hui environ 8000 espèces de macro-algues dans le monde, dont 1 200 espèces de macro-algues
vertes, 6 000 espèces de macro-algues rouges et 800 espèces de macro-algues brunes. La France, de par son espace
maritime sur l’hexagone et ses départements d’outre-mer, possède la deuxième zone économique exclusive (ZEE) du
monde avec 11 035 000 km2 d’espace maritime (derrière les États-Unis). Au sein de cet espace maritime d’envergure,
la diversité des algues marines est importante. La France compte plus de 700 espèces d’algues différentes référen-
cées, principalement autour des côtes Bretonnes [3].
Cependant, seules 15 espèces sont autorisées à la vente en tant qu’algue alimentaire18. Cette règlementation conduit
donc à une récolte et exploitation réduite sur ces 15 espèces. D’autres espèces telle que Laminaria hyperborea peu-
vent être aussi récoltés mais pour une valorisation dans l’industrie chimique.

16
Disposant d’un noyau cellulaire
17
Pour une explication plus détaillée, voir [90]
18
Alaria esculenta, Laminaria digitata, Laminaria japonica, Ascophylum nodosum, Chondrus crispus, Enteromorpha,
Ulva, Fucus, Gracilaria, Himanthalia, Palmaria palmata, Porphyra, Saccharina latissima, Undaria pinnatifida. 6 autres
algues sont utilisables indirectement. Pour plus de détails sur les restrictions d’utilisation et les références réglemen-
taires, voir le site du CEVA [89]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 25
Juillet 2014

Figure 10 – Quelques exemples de macro-algues autorisées pour l’alimentation humaine et récoltés sur les côtes
bretonnes [4]

En termes de secteurs, les débouchés potentiels pour les produits macro-algaux sont de même nature que pour les
micro-algues. En effet, les macro-algues peuvent être utilisées pour l’alimentation humaine, l’alimentation animale, la
chimie, ou encore la fabrication de produits cosmétiques et pharmaceutiques.

Les produits susceptibles d’être obtenus sont cependant légèrement différents des micro-algues. Les macro-algues
renferment des composés chimiques qui leur sont propres et encore inconnues dans d’autres plantes terrestres. Les
possibilités de valorisation dépendent là-aussi de la composition biochimique des algues, variable selon les espèces,
les conditions de culture et de croissance, etc. Les principales catégories de composants et molécules justifiant
l’intérêt porté aux macro-algues (particulièrement les brunes et rouges), sont décrites ci-dessous [5].

Les minéraux, puisés dans la mer, que ce soit des macro-éléments (sodium, calcium, magnésium, potassium, chlore,
soufre, phosphore) ou des oligo-éléments (iode, fer, zinc, cuivre, sélénium, molybdène, etc.). Les minéraux peuvent
représenter jusqu’à 40% de la masse sèche des algues brunes. L’iode, notamment, est particulièrement concentrée
chez les macro-algues, notamment les laminaires (algues brunes) et gracilaires (algues rouges), chez qui les concentra-
tions peuvent atteindre jusqu’à 1g/kg.

Les protéines, particulièrement présentes chez les algues rouges (jusqu’à 30-40% de la matière sèche, contre jusqu’à
20% pour les algues vertes et 5-11% pour les algues brunes. A noter à nouveau l’importance des conditions de culture.
Par exemple, dans des conditions de milieux particulièrement riches en azote (nitrate, urée ou ammoniaque), le con-
tenu en protéines des algues vertes peut augmenter jusqu’à 40% de la matière sèche.

Les vitamines : on trouve notamment des teneurs intéressantes en provitamine A chez les algues rouges, en vitamine
C chez les algues brunes et vertes, et en vitamine E chez les algues brunes. Les macro-algues sont par ailleurs une
source de vitamine B12, vitamine absente chez les plantes terrestres.

Les pigments caroténoïdes (environ 0,1% de la matière sèche), utilisés comme antioxydants. Les algues brunes pro-
duisent notamment fucoxanthine, β-carotène et violaxanthine. Les algues rouges, du β-carotène, α-carotène et leurs
dérivés dihydroxylés : zéaxanthine et lutéine. Les algues vertes, comme les végétaux aériens terrestres, produisent
plutôt de la chlorophylle a et b et du β-carotène.

Les polyphénols (jusqu’à 15% de la matière sèche, notamment dans les fucales) : polymères de phloroglucinol, les
polyphénols constituent un groupe de molécules très variées en fonction de leur structure et de leur degré de poly-

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 26
Juillet 2014

mérisation, ce qui leur confère des activités biologiques différentes. Ces composés ont des actions antioxydantes et
antibactériennes [6].

Les phycolloïdes ou hydrocolloïdes sont des polysaccharides (sucres complexes) solubles présents uniquement chez
les algues. Ces polymères jouent un rôle de structure, maintien et résistance des algues en tant que composant des
parois cellulaires, ou bien un rôle de réserve, en s’accumulant dans le cytoplasme cellulaire. Ils représentent jusqu’à
45% de la masse sèche des algues brunes. Le Tableau 3 détaille les différents phycolloïdes présents dans les algues.

Contrairement à certaines micro-algues, les macro-algues sont très peu riches en lipides, avec moins de 5% de la ma-
tière sèche. Ces lipides sont néanmoins intéressants d’un point de vue qualitatif, avec une proportion importante
d’acides gras essentiels. Les acides gras polyinsaturés représentent notamment une part importante de la fraction
lipidique des algues rouges, certains oméga-3 comme l’EPA constituant la moitié de ces acides gras chez des espèces
comme Porphyra sp. et Palmaria palmata [5].

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 27
Juillet 2014

Phycol- Source Espèces Structure Propriétés Valorisation industrielle


loïdes type chimique
Paroi Laminaria, Polymères de deux Texturantes, Additifs alimentaires (E400 à E405)
Alginates 20
d’algues Ascophyllum acides hexuro- épaississantes, Industrie agroalimentatire (PGA :
brunes et Macro- niques (acide ß-D- gélifiantes, émulsifiants et stabilisants
cystis mannuronique et stabilisantes d’émulsions huile / eau, typique-
15-45% MS acide α-L- ou encore ment pour sauces et vinaigrettes
guluronique) cryo- prêtes à l’emploi)
19
protectrices
Paroi Chondrus Polymères linéaires Stabilisantes Agents épaississant, de gélifiant, de
Carrag-
21 d’algues crispus, de galactoses plus épaississantes stabilisant d’émulsions ou de sus-
hénanes
rouges Kappaphy- ou moins sulfaté et gélifiantes. pensions, utilisés dans l'alimenta-
cus al- tion, le textile, les cosmétiques
varezii, (dentifrices, shampooings, rouges à
Eucheuma lèvres) et l'industrie pharmaceu-
denticula- tique.
tum…
15-45% MS
Paroi Gracilaria et Polymères Stabilisantes Applications alimentaires (90%),
Agars 22
d’algues Gelidium d’agarose et et gélifiantes. Applications biotechnologiques
rouges d’agaropectine23. (10%)
Paroi Ulva spp, Polymères de L- Non commercialisés aujourd’hui.
Ulvanes
d’algues Enteromor- rhamnose sulfaté Potentiels précurseurs de sucres
vertes pha spp en position 3, acide rares pour la chimie fine, source
8-30% MS D-glucuronique et d’oligosaccharides pour cosmé-
acide Liduronique, tique ou phytopharmaceutique,
(minoritairement D- agents texturants pour la viscosa-
galactose, D-glucose tion de formulations ou conception
et D-xylose) de gels thermoréversibles à texture
contrôlée avec précision
Paroi Laminaria, Polymères de fu- Co-produits des alginates.
Fu-
d’algues Ascophyllum coses sulfatés, Non commercialisés aujourd’hui,
coïdanes
brunes et Macro- autres sucres pas d’application commerciale
cystis neutres et acide évidente à ce jour.
3-30% MS uronique
Tableau 3 – Caractérisation des principales familles de phycolloïdes macro-algaux (adapté de [5]). Afin d’être valori-
sées en produits, les différentes biomolécules d’intérêt vont devoir être extraites de l’algue et éventuellement puri-
fiées ou transformées.

19
Les propriétés physiques des alginates varient en fonction de la composition de l’alginate (proportion et enchaine-
ment des deux monomères) et des éléments qui lui est associé. Par exemple, les gels d’alginate de calcium sont durs
et thermostables tandis que les gels d’acide alginique, doux, élastiques et fusibles, sont substituables à la gélatine [5].
20
PropylèneGlycol-Alginates, ou hydroxypropyl-alginates.
21
Il existe trois types de carraghénanes plus ou moins sulfatés et aux proportions plus ou moins élevées chez chaque
algue « carraghénophyte » [2]: le lambda-carraghénane, épaississant non gélifiant, prédominant chez Gigartina ascicu-
laris par exemple, le kappa-carraghénane, épaississant soluble à chaud et donnant en refroidissant un gel dur et doux,
prédominant chez Kappaphycus alvarezii par exemple (le « cottonii » du commerce), et l’iota-carraghénane, donnant
des gels plus élastiques, prédominant chez Eucheuma denticulatum par exemple (« spinosum » dans le commerce).
22
Homopolymère neutre d’agarobioses, unité disaccharidique constituée d’un D-galactose d’un 3,6-anhydro-L-
galactopyranose.
23
Polymère d’unités d’agarobiose pures et d’unités d’agarobiose substituées par des groupes sulfates, méthy ou
encore pyruvate.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 28
Juillet 2014

2 Les chaînes de production et de transformation des algues


Cette partie a pour objectif de brosser un panorama des modes de production des algues et des produits qui en sont
issus, de la variété des chaines procédés impliquées et des enjeux associés.
Des arbres technologiques complets sont fournis afin de donner une vision d’ensemble. Les principales technologies
existantes ou en développement sont ensuite décrites dans différentes sous-sections correspondant aux différentes
étapes de la chaine de production : culture, récolte et concentration, extraction, post-traitement. Pour chaque tech-
nologie décrite, les informations suivantes sont fournies :
Principe
Avantages et inconvénients
Maturité actuelle
Potentiel futur
Il est important de mentionner que ces informations sont pour la plupart qualitatives (la filière micro-algue demeurant
peu mature dans l’ensemble, et les projets étant très différents les uns des autres, peu d’informations quantitatives
sont aujourd’hui disponibles et consolidées) et comparatives, l’objectif principal étant avant tout de faire ressortir les
avantages et inconvénients relatifs de chaque technologie au sein d’une catégorie donnée. Ces évaluations sont issues
d’un travail bibliographique complet et de l’expertise des auteurs sur le sujet (dires d’experts). A chaque fois que cela
s’avère possible et pertinent, des ordres de grandeur quantitatifs sont donnés. De même, l’indicateur de « potentiel »
(faible, modéré, élevé) donné est une indication qualitative et relative reposant sur l’expertise des auteurs et doit par
conséquent être prise avec les précautions nécessaires.

2.1 Les micro-algues


L’utilisation des micro-algues comme biomasse ou source de biomolécules d’intérêt nécessite un certain nombre
d’étapes technologiques détaillées en Figure 11. A chaque étape, de nombreuses technologies sont disponibles. Cer-
taines étapes, indiquées entre parenthèses, peuvent parfois être évitées en fonction des technologies utilisées en
amont et des besoins en aval. Le choix des procédés utilisés doit être fait au cas par cas et de manière intégrée, en
fonction de ce que l’on souhaite produire, des objectifs technico-économiques de production, des micro-algues utili-
sées, etc.

Type trophique Photoautotrophes, Chimiohétérotrophes, Mixotrophes


& souche 30 000 espèces…

Bassins ouvert, PBR, fermenteur, combinaisons, etc.


Culture
Quelle type, quel design ?
Effluent algal (0,1 - 0,3 % MS)

Filtration, Centrifugation, Sédimentation, Floculation (chimique,


Récolte
électrique, autofloculation, biologique…), etc.

Pate d’algues (2 -25 % MS)

Séchage Solaire, Flash, Spray, Micro-ondes, etc.

Gâteau d’algues (15-30 % MS)


Sèche ou humide ? Solvents organiques, fluides supercritiques, presse,
Extraction
sonication, hydrolyse enzymatique, etc.

Biomolécules
Lipides, protéines, carbohydrates, etc.
d’intérêt

Post process Physico-chimique, Bio-chimique, Thermo-chimique, etc.

Produit final Différents produits finaux…et co-produits !

Figure 11 – La chaine micro-algues : de nombreuses étapes, de nombreuses possibilités

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 29
Juillet 2014

La Figure 12 donne une vision détaillée des différents chemins technologiques susceptibles d’être empruntés, du type
de micro-algue aux produits finaux. Cet ensemble des possibles est représenté sous forme d’un arbre technologique.
La bande de gauche rappelle les principales étapes présentées en Figure 11. Les procédés sont représentés en vert
(technologiquement mature pour des applications algues) ou orange (en développement pour les algues) tandis que
les produits et intermédiaires sont indiqués en noir. Cet arbre, complexe, vise avant tout à donner une vision
d’ensemble des possibilités et de la multiplicité des possibilités afférente à cette filière. Pour plus de lisibilité, une
version agrandie est également fournie en Annexe 1 – Arbres technologiques. Les sections suivantes décrivent indivi-
duellement les différents maillons de cette chaine technologique et comparent les principales technologies suscep-
tibles d’être utilisées à chaque étape.

Figure 12 – Arbre technologique de production et utilisation des micro-algues

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 30
Juillet 2014

2.1.1 Technologies de culture des micro-algues


2.1.1.1 Le milieu de culture
Les micro-algues sont cultivées dans des réacteurs spécialisés leur fournissant les différents éléments nécessaires à
leur croissance. Pour survivre et se reproduire dans ce milieu aqueux, les micro-algues ont besoin :

D’une source de carbone


D’une source d’énergie
D’une source d’électrons pour assimiler le carbone
De macronutriments (azote, phosphore, etc.)
De micronutriments (vitamines, fer, …).

Selon le « type trophique » (du grec trophe : nourri) de l’algue, la source de ces différents besoins va être différente,
comme indiqué sur la Figure 13. Par exemple, les algues phototrophes utilisent la lumière du soleil comme source
d’énergie tandis que les chimiotrophes doivent trouver cette énergie dans des molécules chimiques. De même, les
algues capables d’utiliser le CO2 comme source de carbone sont appelées autotrophes tandis que les hétérotrophes
utilisent le carbone de molécules organiques. Quasiment toutes les combinaisons de types trophiques existent dans la
nature, néanmoins deux combinaisons prédominent :

Les photoautotrophes, pratiquant la photosynthèse comme métabolisme principal


Les chimiohétérotrophes, pratiquant la respiration comme métabolisme principal

A noter que la majorité des espèces sont capables d’adapter leur métabolisme aux conditions du milieu (présence ou
non de lumière, présence ou non de matière organique…), on parle alors d’algues mixotrophes.

- REACTEUR -

• Mineral (CO2): Auto- • Soleil : Photo-


• Organique: Hetero- • Chimique: Chimio-
Carbone Energie • Variable: Mixo-

Type
trophique
Electrons
Besoins de l’algue
Influe sur

ALGUE Influencé par le


type trophique
Influencé par
l’espèce

Souche /
pH Espèce
• Douce •N
• Saumâtre Eau Nutriments •P
• Salée / de mer •K
• Usée T° • Ca
Sal.
• Mg…

Figure 13 – Représentation schématique d’un réacteur de culture de micro-algues et des besoins de l’algue selon
son type trophique

Par ailleurs, chaque espèce (ou souche) d’algue utilisée va être plus ou moins adaptée à certains paramètres du milieu
de culture, tels que la salinité de l’eau, sa composition en oligoéléments ou sa température. Les besoins en nutriment
vont également varier en fonction des algues.

Ces paramètres sont en outre interdépendants : la spéciation des formes de carbone inorganique dissous (carbonate,
CO2, bicarbonate) dépend du pH et de l’alcalinité. Les formes assimilables (principalement CO2 dissous et bicarbonate
pour les espèces disposant de mécanismes de concentration) seront donc plus ou moins accessibles aux algues en

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 31
Juillet 2014

fonction des fluctuations du pH (et donc d’un apport en CO2 ou d’une consommation d’ammonium). L’utilisation
d’eau de mer ou d’eau usée permet un apport intrinsèque de minéraux et/ou nutriments au milieu, etc.

La composition finale de l’algue en lipides, protéines, carbohydrates (sucres) et autres molécules d’intérêt est extrê-
mement variable et dépend à la fois de la souche considérée et des conditions du milieu. Un équilibre délicat et spéci-
fique à chaque algue est donc à trouver en termes de conditions opératoires pour optimiser la productivité de l’algue
et les rendements en produit(s) cible(s).

2.1.1.2 Technologies de culture


Le réacteur de culture peut prendre plusieurs formes. Trois grandes familles de designs peuvent être distinguées : les
fermenteurs pour les chimiotrophes, globalement similaires aux fermenteurs industriels utilisés pour les levures, bac-
téries et champignons pour la fermentation alcoolique ou lactique, et deux familles de systèmes pour les algues pho-
tosynthétiques suivant que le réacteur est ouvert à l’environnement (bassins ouverts) ou fermé (photobioréacteurs).

Les bassins ouverts (ou « open ponds ») peuvent être intensifs (optimisation de la productivité par agitation, apport
d’intrants, apport de CO2) ou extensifs (larges surfaces, naturelles ou artificielles, pas particulièrement optimisées).

Les systèmes fermés, appelées photobioréacteurs (PBR), présentent de nombreux designs différents, comme indiqué
sur la Figure 14. Le choix de ce design dépend de l’espèce d’algue cultivée et des produits visés.

Figure 14 – Arbre technologique des réacteurs de culture de micro-algues

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 32
Juillet 2014

Chaque famille de systèmes de culture présente ses avantages et ses inconvénients. Le Tableau 4 ci-dessous récapitule
les principaux arguments en faveur de l’un ou l’autre ainsi que les principales stratégies mises en œuvre pour com-
penser les défauts de chaque système.

« Open ponds » Photobioreacteurs Fermenteurs


Plus simple, facile à construire et Plus haute productivité volumique Productivité bien supérieure (x10
opérer (plus fortes densités, moindre par rapport aux PBR, due aux
Plus faibles CAPEX (~100 k$/ha) & contamination) concentrations importantes
Principaux
OPEX Meilleur contrôle des conditions atteignables)
avantages
Plus mature que les PBR opératoires Pas de contrainte géographique
Montée en échelle plus simple Meilleure sélectivité de l’espèce et du Hautement industrialisable,
(multiplication des unités) produit final mature
CAPEX élevés
Plus faible productivité (risque de CAPEX ~10 fois supérieur aux Open Compétition avec d’autres
contamination, plus faible densité, ponds (~ 1 M$/ha) microorganismes sur les produits
agitation moindre, plus forte photo- Maintenance (encrassement) et (bactéries, champignons)
inhibition) décontamination beaucoup plus difficile OPEX élevés dûs au besoin en
Principaux Moindre contrôle et moindre fiabilité Accumulation d’oxygène et inhibition source de carbone externe et
challenges de production de la photosynthèse stérilisée
Dépendance au climat OPEX supérieurs (énergie d’agitation, Bilan énergétique globalement
(ensoleillement, température) de compensation des pertes de charge, inefficace, à moins d’utiliser des
Pertes en eau et CO2 par évaporation régulation thermique, maintenance, etc.) déchets comme source de carbone
Plus forte empreinte au sol Montée en échelle plus difficile et/ou énergie
Emissions de CO2
Travailler dans des conditions
Adapter le design des PBR et les
extrêmes avec des algues adaptées
conditions opératoires à chaque algue
(haute salinité, haute alcalinité, etc.)
Favoriser les PBR d’extérieur
Principales pour limiter la contamination Utilisation d’eaux usées et de
Combiner apport de CO2 et
stratégies Utiliser un mélange de souche locales déchets comme source de carbone,
homogénéisation du milieu
pour pour limiter la contamination d’énergie et de nutriments
Développer des designs innovants
surmonter Poser une bâche transparente sur le Développement de réacteurs
(matériaux bas coût, matériaux poreux
ces bassin ou construire le bassin sous serre hybrides (avec flash lumineux) pour
au gaz, mesures anti-encrassement,
challenges pour limiter la contamination algues mixotrophes
orientation suivant le soleil, etc.).
Développer des procédés de récolte à
Développer des systèmes de rupture
moindre coût pour compenser la
(voir ci-dessous)
moindre densité de culture

Tableau 4 – Analyse comparative des principales familles de systèmes de culture des micro-algues

Dans les concepts de rupture en cours de développement pour les photobioréacteurs, on peut citer notamment :

Les systèmes immergés :


Principe : utilisation de sacs plastiques immer-
gés et poreux aux gaz.
Avantages : plus faible CAPEX, utilisation de
l’eau comme support structurel et comme régu-
lateur thermique et échangeur gazeux ; en mi-
lieu marin les vagues servent d’agitateur.
Inconvénients : non identifiés
Développeurs : Algasol Renewables & NASA, So- Figure 15 – PBR immergé, Solix Biosystems
lix Biosystems.

Les systèmes à illumination naturelle interne :


Principe : containers fermés avec collecteurs externes
de lumière solaire (lentilles de Fresnel et fibre de
verre).
Avantages : régulation thermique non nécessaire, sté-
rilisation facile, faible dépendance à la météo.
Inconvénients : 50% de pertes de conduction lumi-
Figure 16 – Illumination naturelle interne, Algae Tec. neuse et encore très onéreux. Rendements à valider.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 33
Juillet 2014

Développeurs : Algae Tec.

Le système de culture sera choisi in fine en fonction de l’algue cultivée, du ou des produits finis voulus, de l’échelle de
production visée, des conditions climatiques et environnementales locales ou encore des capacités d’investissement.

2.1.2 Technologies de récolte et concentration


La séparation des algues du milieu de culture est une étape critique. En effet, la solution algale présente dans le réac-
teur de culture est très diluée (0,1 – 0,3% matière sèche) et particulièrement stable. Cette stabilité a pour principales
raisons :

La faible taille des micro-algues et leur faible différence de densité avec le milieu de culture, ce qui les pousse à
y rester en suspension.
Une membrane chargée négativement chez la plupart des micro-algues, les empêchant de s’agréger. L’intensité
de cette charge est fonction du type d’algue, du milieu de culture et de son pH.

Ce caractère dilué et cette stabilité rendent la récolte des micro-algues difficile. Plusieurs techniques sont souvent
combinées afin d’atteindre les performances voulues. L’eau récoltée est quant à elle généralement recyclée et ren-
voyée vers le milieu de culture.

Les principaux critères influençant le choix de la technologie ou combinaison de technologies de concentration et


récolte des micro-algues sont les suivants:

Type de souche utilisée : morphologie (taille, densité) et physiologie (tolérance au stress)


Débit de culture à traiter
Efficacité de séparation et siccité finale (fonction des étapes ultérieures d’extraction et transformation)
Impact sur la qualité de la biomasse en sortie en lien avec les applications visées
Coût d’investissement et coûts d’opération (consommation d’énergie, de consommables, maintenance, etc.)

A l’issue de cette étape, on obtient une solution concentrée ou une pâte algale qui, en fonction des technologies utili-
sées, contient entre 2 et 25% de matière sèche.

2.1.2.1 Centrifugation
Les algues sont séparées du milieu de culture sur la base de leur différence de densité en utilisant la force centrifuge
(rotation à grande vitesse augmentant la force de gravité).

AVANTAGES INCONVENIENTS
24 25
Efficace : jusqu’à 15-30% MS CAPEX très élevés
26
Rapide Consommation énergétique élevée
Pas de contrainte particulière sur le type d’algue Maintenance relativement importante
N’utilise pas de produits chimiques Capacités de traitement (débits de milieu de culture)
limitées par unité
MATURITE POTENTIEL
Trop chère pour les applications carburant, mais poten-
Commerciale, principale technique utilisée aujourd’hui tiel élevé pour produits à HVA27 (efficace, adapté aux
petits volumes)

24
MS : matière sèche
25
275 000 US$ pour une capacité de 110 000 L/h environ; 2230 centrifugeuses nécessaires pour récolter les algues de
4000 ha de bassins ouverts soit 613 M$ [83], soit un budget récolte d’environ 150 000 $/ha.
26
2,8 MWh pour 10 millions de litres de milieu de culture (soit 10 tMS de biomasse à récolter) [85]
27
HVA : haute valeur ajoutée

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 34
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2.1.2.2 Sédimentation
Les algues sont séparées du milieu de culture sur la base de leur différence de densité (supérieure au milieu) sans
aucune action particulière, certaines algues sédimentant d’elles même une fois le brassage du milieu arrêté. Les mi-
cro-algues sédimentées sont ensuite récoltées par raclage.

La sédimentation n’est pas une technologie de récolte en soi mais plutôt une façon, lorsque leur densité / taille le
permet, de pré-concentrer les algues et de réduire la consommation énergétique du procédé de récolte.

Cette technologie peut être optimisée par une étape de floculation préalable.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Coût faible Adapté à certaines algues uniquement : de grande
Possibilité de traiter de larges volumes en continu (à taille et densité, non mobiles i.e. sans flagelle (sauf flo-
l’image des stations de traitement des eaux) culation associée)
N’utilise pas de produits chimiques (sauf floculation Peu efficace : concentration finale faible (<5% MS)
associée) Lent
MATURITE POTENTIEL
Potentiel faible sans floculation associée (peu efficace ;
Commerciale peu cher mais non pertinent pour les algues riches en
lipides car moins denses)

2.1.2.3 Flottation
Les algues sont séparées du milieu de culture sur la base de leur différence de densité (inférieure au milieu). Cette
flottation peut être naturelle (algues riches en lipides par exemple) mais s’avère généralement insuffisamment effi-
cace. Elle est plus généralement induite par l’utilisation de bulles d’air (« flottation par air dissous » ou « Dissolved Air
Floatation – DAF ») ou de microbulles d’hydrogène issues de l’électrolyse de l’eau (« électro-flottation »). Les micro-
algues se retrouvant à la surface sont ensuite récoltées par écrémage.

Cette technologie peut également être optimisée par une étape de floculation préalable.

AVANTAGES INCONVENIENTS
N’utilise pas de produits chimiques Peu efficace : concentration finale faible <5% MS
Naturelle : faibles CAPEX & OPEX, faible conso. énergé- Electro-flottation : consommation énergétique très
tique élevée (électrolyse de l’eau nécessaire)
DAF : mature dans le traitement des eaux usées Electro-flottation : mauvaise tenue des électrodes en
eau salée
MATURITE POTENTIEL
Potentiel élevé (DAF surtout, déjà éprouvée pour le trai-
Démonstration tement des eaux ; flottation naturelle trop lente dans
beaucoup de cas ; électro-flottation trop énergivore)

2.1.2.4 Floculation
La floculation consiste en une concentration des cellules par agrégation suite à une modification de la polarité élec-
trique de leur membrane externe. Cette technique permet d’augmenter l’efficacité d’autres technologies générale-
ment placées en aval, comme la sédimentation, la flottation voire la centrifugation. Cette floculation peut être :

Chimique : utilisation de produits chimiques type sels ferreux (Al, Fe) ou polymères ioniques qui neutralisent les
charges membranaires et permettent aux algues de s’agréger en flocs,
Biologique : utilisation de produits biologiques (ex : Chitosan),
Électrique : application d’électrodes dans le milieu, créant une différence de potentiel et le regroupement des
algues (chargées négativement) vers l’anode, où elles perdent leur polarité et peuvent alors s’agréger,
Acoustique : utilisation d’ultrasons, les algues s’accumulant dans les zones de faible potentiel,
Auto-floculation : une augmentation du pH peut également modifier l’équilibre ionique et la stabilité de la sus-
pension algale (précipitation de Mg, Ca, P…) et entrainer leur agrégation.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 35
Juillet 2014

AVANTAGES INCONVENIENTS
Chimique : mature dans l’industrie du traitement de Peu efficace : concentration finale faible <5% MS
l’eau Chimique : pollution aux métaux incompatible avec de
Possibilité de traiter de larges volumes en continu nombreuses applications algales
Electro & Acoustique : pas besoin de floculant (ni de Chimique & Biologique : coût élevé du floculant
son recyclage) Electro : encrassement de la cathode
MATURITE POTENTIEL
Chimique : commerciale Potentiel élevé (couplable avec la plupart des autres
Biologique : commerciale solutions pour améliorer leur efficacité)
Autres : R&D / pilote

2.1.2.5 Filtration
Les algues sont séparées du milieu de culture sur la base de leur différence de taille. Cette filtration peut être plus ou
moins fine :

Filtration classique : frontale (fluide circulant perpendiculairement à la membrane) ou tangentielle (fluide circu-
lant parallèlement à la membrane, milieu de culture traversant par différentiel de pression)
Microfiltration
Ultrafiltration

AVANTAGES INCONVENIENTS
Mature dans le secteur du traitement de l’eau Problèmes de colmatage
N’utilise pas de produits chimiques Frontale : réservée aux algues de grande taille (>40 µm)
Efficace : jusqu’à 25% MS OPEX élevés (changement des membranes et pompage)
Frontale : très simple

MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel élevé

2.1.3 Technologies de séchage


Une fois les algues concentrées et séparées du milieu de culture, une pate algale est obtenue. La durée de vie de celle-
ci est limitée et il est donc nécessaire de la traiter rapidement. La sécher peut être à la fois une manière de la conser-
ver plus longtemps et un pré-requis à l’utilisation de certaines techniques d’extraction.

2.1.3.1 Séchage solaire


Évaporation de l’eau grâce à l’énergie solaire, sous serre ou à l’air libre.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Technologie la moins chère Lent (heures voir jours, pas d’apport externe de chaleur)
Nécessite de larges surfaces au sol
Dépendant du climat
Risque de détérioration de la qualité de la biomasse
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel faible

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 36
Juillet 2014

2.1.3.2 Séchage Indirect Par Vapeur


La pâte d’algues passe dans un sécheur horizontal à tubes de vapeur.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Efficace Procédé très onéreux :
CAPEX élevés
Conso. énergétique élevée (génération de vapeur)
Besoins en maintenance élevés
MATURITE POTENTIEL
Démonstration Potentiel modéré (applications HVA éventuellement)

2.1.3.3 Séchage flash


La pâte d’algue est pulvérisée dans un courant ascendant d’air ou de gaz chaud, auquel se mêle l’eau évaporée. Le gaz
et le solide sont ensuite séparés dans un collecteur de type cyclone. Les résidus de solides présents dans la fraction
gaz peuvent également être récoltés par filtration.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Très rapide Consommation énergétique élevée (3,2 kWh/kg à
30 %MS [7])
Possible détérioration de certains composants (vita-
mines, pigments)
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel élevé pour applications alimentaires

2.1.3.4 Séchage spray


Même principe que les sécheurs flash, la pâte d’algue est pulvérisée dans un courant d’air chaud / vapeur / gaz chaud,
cette fois descendant. L’algue séchée est récupérée en bas de l’équipement.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Consommation énergétique très élevée (6,4 kWh/kg à
Très rapide (quelques secondes) ; La pâte est généra-
30 %MS [7])
lement laissée plus longtemps pour stérilisation et dé-
composition simultanée des cellules
Conserve un nombre important de constituants cellu-
laires
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel élevé pour applications alimentaires

2.1.3.5 Lyophilisation
Surgélation des algues puis sublimation de la glace afin d’éliminer l’eau.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Mature dans l’industrie agro-alimentaire Conso. énergétique très élevée
Conserve le volume, l’aspect et la forme de l’algue Procédé très onéreux
traitée
Favorise l’extraction des huiles par solvant
MATURITE POTENTIEL
R&D (Labo) Adapté aux produits à très HVA

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 37
Juillet 2014

2.1.3.6 Refractance Window® Heat Transfer (RWTM)


La pâte d’algues passe sur un tapis en plastique transparent positionné au-dessus d’eau chaude à 99°C et est réchauf-
fée par l’énergie infrarouge à pression atmosphérique [8].

AVANTAGES INCONVENIENTS
Technique douce conservant la qualité de la biomasse Conso. énergétique très élevée
Procédé très onéreux
MATURITE POTENTIEL
Potentiel à valider (applications alimentaires principale-
Démonstration
ment visées)

2.1.3.7 Sécheur a lit fluidisé


Évaporation de l’eau par application d’air chaud sur une plaque tournante.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Technique douce conservant la qualité de la biomasse CAPEX élevés
Vapeur ou chaleur non requise Faible capacité de séchage, la pâte doit déjà présenter
une siccité élevée
MATURITE POTENTIEL
Démonstration Potentiel modéré

2.1.3.8 Micro-Ondes
Évaporation de l’eau grâce à de l’énergie électromagnétique.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Coût de séchage par unité d’humidité inférieur au CAPEX élevés
séchage par vapeur Consommation importante d’électricité
Temps de séchage rapide Séchage potentiellement non homogène
MATURITE POTENTIEL
R&D Potentiel modéré. Intérêt en cas d’électricité peu chère.

2.1.4 Technologies d’extraction


Selon les produits visés et comme expliqué en Figure 9, il peut s’avérer nécessaire d’extraire les biomolécules d’intérêt
de l’algue pour ensuite éventuellement les purifier et/ou transformer. Les technologies d’extraction et de transforma-
tion sont souvent intrinsèquement liées aux produits visés.

Pour extraire les différentes molécules algales d’intérêt, il est nécessaire d’accéder à l’intérieur de la cellule. Dans un
grand nombre de cas cela nécessite une destruction de la membrane cellulaire grâce à une étape de broyage ou de
lyse de la cellule. Ce broyage peut être mécanique (homogénéisation à haute pression, autoclavage, broyage à billes,
ultrasons, etc.), chimique/biologique (lyse enzymatique, acidification, utilisation de solvants, etc.), ou encore électro-
magnétique. Tout comme les procédés de récolte, les procédés de lyse cellulaire peuvent être combinés en fonction
des performances obtenues et des besoins des procédés situés en aval. Les critères de performance considérés sont
l’absence de détérioration ou dénaturation des produits ou de la biomasse résiduelle, l’obtention de fractions aisé-
ment séparables, la faible consommation énergétique, le faible coût d’investissement.

2.1.4.1 Presse mécanique


Broyage des cellules et extraction mécanique des huiles par presse (à vis par exemple). Cette technique peut être
simplement utilisée comme technique de broyage avant utilisation de solvants.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 38
Juillet 2014

AVANTAGES INCONVENIENTS
Mature pour l’extraction d’huile à partir d’autres res- Efficacité relative : récupère jusqu’à 75-80% de l’huile ;
sources une partie de l’huile pressée reste sur la biomasse ré-
N’utilise pas de produits chimiques siduelle, nécessitant souvent une extraction addition-
nelle par solvant
Nécessite une séparation de l’eau si séchage partiel
des algues en amont
CAPEX relativement élevés
Conso. énergétique élevée
Maintenance élevée
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel limité

2.1.4.2 Solvants organiques


Utilisation de solvants organiques (benzène, éther, hexane) pour dégrader la membrane cellulaire et solvater les
huiles ou autres biomolécules (pigments, etc.) qui sont ensuite récupérées par distillation. Possible utilisation con-
jointe avec une presse mécanique.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Relativement peu cher Produits chimiques toxiques et corrosifs (risques pro-
Efficace : récupère jusqu’à 90 voire 95% de l’huile portionnels aux volumes manipulés)
(dont 65% de triglycérides) Cadre réglementaire associé contraignant
Faible sélectivité
Résidus de solvants dans le produit
CAPEX & conso. énergétique additionnels associés à la
régénération du solvant
MATURITE POTENTIEL
Potentiel limité à terme (sera remplacé par des solutions
Commerciale, technique la plus utilisée pour l’extraction
non chimiques, comme les fluides supercritiques, dès
d’huiles
que ces dernières seront compétitives)

2.1.4.3 Fluides supercritiques (CO2, H2O)


Extraction à l’aide d’un fluide (eau, CO2) à l’état supercritique (haute température et haute pression) pénétrant dans
les cellules et entrainant leur lyse.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Efficace : rendement proche de 100% CAPEX relativement élevés
Bonne sélectivité / pureté des produits Conso. énergétique élevée
Rapide Procédé sensible fonctionnant à haute pression
Faible impact environnemental Fonctionne mieux avec cellules partiellement lysées
N’utilise pas de produits chimiques
CO2 :
séparation facile à température ambiante
extraction sélective par ajustement des conditions P/T
Mature dans l’agro-alimentaire (Ex : café)
valorisation du CO2
H2O :
Extraction humide (séchage non nécessaire)
MATURITE POTENTIEL
CO2 : Commerciale – H2O : R&D Potentiel très élevé

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Juillet 2014

2.1.4.4 Lyse enzymatique


Utilisation d’enzymes pour dégrader la membrane cellulaire. L’eau sert de solvant.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Extraction humide (séchage non nécessaire) Procédé très onéreux
Récupération facilitée des huiles (pas de solvant orga-
nique)
Faible impact environnemental
N’utilise pas de produits chimiques
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel modéré

2.1.4.5 Ultrasons
Les ondes ultrasons créent une alternance de zones haute pression et basse pression. Des bulles d’air se forment dans
les zones basse pression et grossissent par intermittence au passage de l’onde jusqu’à atteindre une taille critique et
exploser. Leur explosion génère des ondes de choc qui détruisent la membrane cellulaire des algues. L’eau sert de
solvant.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Extraction humide (séchage non nécessaire) Consommation énergétique élevée
Très efficace
Récupération facilitée des huiles (pas de solvant orga.)
Faible impact environ.
N’utilise pas de produits chimiques
MATURITE POTENTIEL
Potentiel modéré (faisabilité technico-économique à
R&D / pilote
démontrer)

2.1.4.6 Extraction in situ (« milking »)


La R&D s’oriente de plus en plus vers des solutions d’extraction continue et de récupération des molécules d’intérêt
directement dans le milieu de culture, en les extrayant des micro-algues vivantes sans avoir à récolter ni à sécher ces
dernières. Ces techniques reposent sur des principes de fragilisation de la membrane cellulaire (champs électroma-
gnétiques, acidification) afin de laisser passer les molécules d’intérêt par osmose (différence de concentration entre le
milieu cellulaire et le milieu de culture). Cette solution est typiquement étudiée pour la récupération des lipides libres,
qui remontent en surface par différence de densité et peuvent ainsi être écrémés. La biomasse pauvre en lipides peut
alors sédimenter et être récupérée pour concentration ou séchage additionnel.

AVANTAGES INCONVENIENTS
Évite les étapes de récolte et de séchage des micro- Débit de production encore faible
algues, réduisant considérable les coûts d’extraction Aujourd’hui limité à quelques espèces
Technique non-destructive Difficulté de récupération d’autres molécules que
lipides
MATURITE POTENTIEL
Potentiel modéré (très fort potentiel à long terme si les
R&D
verrous techniques sont levés)

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 40
Juillet 2014

2.1.5 Technologies de post-traitement


Le post-traitement inclut les différentes étapes de transformation et purification des algues après récolte ou sous-
produits des algues obtenus après extraction. Les technologies susceptibles d’être employées sont variées et dépen-
dantes du type de produit visé, de la quantité et qualité de la biomasse algale ou des molécules d’intérêt extraites,
ainsi que de considérations économiques.

Ces procédés reposent sur des principes physicochimiques, biochimiques ou encore thermochimiques différents.
Peuvent être distingués les procédés de transformation et/ou purification de molécules d’intérêt préalablement ex-
traites des micro-algues et les procédés de transformation des algues entières ou des résidus d’extraction.

2.1.5.1 Transesterification
Procédé physicochimique. Certains lipides, les triglycérides (TGD), vont réagir avec du méthanol pour produire des
ester méthylique (biodiesel) et du glycérol en présence d’un catalyseur. La glycérine et le biodiesel sont séparés puis
séparément purifiés. L’alcool et le catalyseur sont séparés des résidus de purification et recyclés en tête de procédé.

Figure 17 – Réaction de transesterification, transformant des lipides (triglycérides) en biodiesel (et glycérol)

AVANTAGES INCONVENIENTS
Voie la plus mature, utilisée pour produire Ne valorise que les TGD (pas les glyco- et phospholipides), néces-
du biodiesel à partir d’huiles issues d’autres site une forte sélectivité du procédé d’extraction pour les TGD
biomasses (huile de palme, de colza, etc.) Nécessite l’optimisation des conditions de culture vers le stockage
Réaction chimique relativement simple de lipides, généralement au détriment de la productivité
Haut rendement : 98% Ne fonctionne bien qu’avec une huile peu riche en acides gras
Bonne cinétique: production de carburant libres (« free fatty acids » ou FFAs) i.e. raffinées, car les FFAs sont
sous certaines conditions en environ 2 convertis en savon, diminuent le rendement, peuvent entraver la
heures réaction et rendent la récupération du glycérol plus difficile
Co-production de glycérol valorisable La présence d’eau diminue le rendement (hydrolyse)
MATURITE POTENTIEL
Commerciale Potentiel élevé

2.1.5.2 Fermentation alcoolique


Procédé biochimique durant lequel les sucres simples extraits des algues subissent une fermentation alcoolique impli-
quant des micro-organismes (généralement des levures ou des bactéries) et des enzymes. Des carbohydrates plus
complexes comme l’amidon peuvent également être fermentés après une étape d’hydrolyse enzymatique (amylases).
L’éthanol obtenu est récupéré par distillation et déshydratation. Le bioéthanol obtenu présente certaines limites (cf.
inconvénients) qui peuvent être compensées par sa conversion en ETBE ("Ethyl tertio-butyl ether") par un ajout d’iso-
butène.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 41
Juillet 2014

Glucose Ethanol Dioxyde de


carbone
C6H12O6 2 CH3CH2OH + CO2
Figure 18 – Réaction de fermentation alcoolique, transformant les sucres en bioéthanol

AVANTAGES INCONVENIENTS
Procédé mature pour d’autres applica- Sucres issus des micro-algues (type amidon) difficiles à fermenter,
28
tions rendements en alcool très faibles
Fort potentiel de mélange de l’éthanol Evaporation plus forte (avec un mélange à 5% de bioéthanol, le
avec de l’essence taux d’évaporation de l’essence peut atteindre 50%), nécessité de
Bon impact environnemental, y compris diminuer la volatilité des carburants pour ajouter de l’éthanol
local, par rapport à l’essence (émissions Teneur énergétique plus faible ~ 1/3 des essences traditionnelles
d’HC et de CO : - 5% à -10%) Augmentation des émissions d’aldéhydes
Conditions opératoires (P/T) peu contrai- Si faible teneur en éthanol et présence d’eau: possibilité de sépara-
gnantes tion des phases
Une forte teneur en éthanol est agressive pour les moteurs qui
Conversion en ETBE :
doivent être adaptés (e.g. Véhicules « Fuel Flexible »)
Stabilité accrue du mélange (risque de
Conversion en ETBE :
séparation de phase diminué)
Évaporation plus faible L’iso-butène est issu de sources fossiles
Même indice d’octane La conversion en EBTE augmente les coûts et les émissions
MATURITE POTENTIEL
R&D Potentiel modéré

2.1.5.3 Hydrogénation
Transformation des lipides (chaines carbonées insaturées) de l'huile végétale en leurs alcanes correspondants (chaines
carbonées saturées) par réaction avec du dihydrogène à haute pression (5-200 bars) et relativement haute tempéra-
ture (150-200 °C) en présence d’un catalyseur.

Figure 19 – Réaction d’hydrogénation, transformant des lipides (triglycérides) en HVO (Hydrotreated Vegetable Oils)
c’est à dire alcanes (CnH2n+2) et propane (C3H8)) [9]

AVANTAGES INCONVENIENTS
Panel des lipides valorisables plus large que pour la Consommation importante d’hydrogène
transestérification Nécessaire purification préalable des huiles
Commercial pour d’autres huiles végétales (palme…)
Produit final stable et de qualité (indice de cétane
élevé, absence d’aromatiques, etc.)
MATURITE POTENTIEL
Potentiel modéré à élevé (bien maitrisé mais nécessite
Commerciale
un accès à de l’hydrogène peu cher)

28
Des essais ont montré une production de 385 mgethanol/g de glucose contre 115 mgethanol/g de micro-algues [81]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 42
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2.1.5.4 Méthanisation
Procédé biochimique complexe impliquant différentes bactéries et réactions chimiques successives en milieu anaéro-
bie (sans oxygène). Les macro-molécules (protéines, lipides, glucides) sont tout d’abord hydrolysées en molécules
simples (monosaccharides, acides aminés, etc.) qui sont convertis en acides organiques (acides gras volatiles ou AGV)
par acidogénèse. Ces derniers sont à leur tour convertis en un mélange d’acétate, de CO2 et d’H2 par acétogénèse.
Enfin, des bactéries pratiquant la méthanogénèse transforment soit l’acétate (voie acétoclastique) soit les gaz (voie
hydrogénophile) en un mélange composé essentiellement de méthane CH4 et de CO2 qu’on appelle biogaz.
Le procédé se déroule à pression atmosphérique, à température dépendante des bactéries utilisées mais centrée
autour de 38°C et un pH autour de 7. Le biogaz obtenu est ensuite séché, comprimé puis prétraité pour enlever les
COV (Composés Organiques Volatiles) et l’H2S. Il peut ensuite être valorisé en cogénération chaleur/électricité ou
encore épuré et comprimé pour donner du biométhane. Ce dernier peut être injecté dans le réseau de gaz naturel ou
transformé en bio-GNV (carburant véhicules). Toute la partie de la biomasse qui n’est pas convertie en gaz est appelée
« digestat » ayant un intérêt agronomique en tant que fertilisant.

Entrée : algue entière ou résidus d’extraction


Sortie : biogaz ou biométhane (après épuration du biogaz), digestat

AVANTAGES INCONVENIENTS
Voie mature à l’échelle industrielle pour de nom- Rendement en biogaz très dépendant du type d’algue
breuses biomasses Présence de sel potentiellement inhibitrice
Valorisation de l’algue entière ou des résidus Adaptation du procédé à de hautes teneurs en azote
d’extraction potentiellement nécessaire
Voie humide, ne nécessite pas d’étape de séchage
Faible conso. énergétique
Production de digestats valorisables en agriculture, ou
recyclables comme source de nutriments pour les
algues
MATURITE POTENTIEL
Potentiel élevé (algue entière en voie humide évitant
séchage et extraction ; débouché énergétique des résidus
Commerciale d’extraction notamment, y compris pour des algues culti-
vées en conditions potentiellement rédhibitoires pour
une application en alimentation humaine/animale)

2.1.5.5 Liquéfaction Hydrothermale


Procédé thermochimique à moyenne température (250 - 350°C) et haute pression (100 - 200 bars) en présence ou
non de catalyseurs. Dans ces conditions l’eau est à l’état sub-critique, ce qui en fait un excellent milieu réactionnel
(faible viscosité, forte solubilité de la matière organique [7]).

Entrée : algue entière ou résidus d’extraction


Sortie : bio-brut (carburant à la composition proche d’un pétrole brut conventionnel)

AVANTAGES INCONVENIENTS
Valorisation de l’algue entière ou des résidus Réacteurs et ingénierie complexes
d’extraction Impact du type d’algue sur la composition du bio-brut
Voie humide, ne nécessite pas d’étape de séchage inconnu
Lyse des cellules non nécessaire Raffinage nécessaire du bio-brut obtenu
Bio-brut obtenu plus stable et avec un pouvoir Fraction azotée des algues potentiellement problématique
calorifique supérieur aux huiles de pyrolyse pour le process
MATURITE POTENTIEL
Potentiel modéré à élevé (algue entière en voie humide
R&D évitant séchage et extraction ; prometteur mais développe-
ment en retard sur la méthanisation)

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 43
Juillet 2014

2.2 Les macro-algues


Les différentes étapes et catégories de procédés utilisés pour les macro-algues sont les mêmes que pour les micro-
algues.

De la même façon, la Figure 20 ci-dessous donne une vision détaillée des différents chemins technologiques déjà em-
prunté ou susceptibles d’être empruntés, des macro-algues aux produits finaux. Cet ensemble est représenté sous
forme d’un arbre technologique. La bande de gauche rappelle les principales étapes de la chaine. Les procédés sont
représentés en vert (mature pour des applications algues) ou orange (en développement pour les algues) tandis que
les produits et intermédiaires sont indiqués en noir. A nouveau, cet arbre vise avant tout à donner une vision
d’ensemble des possibilités et de leur multiplicité. Pour plus de lisibilité, une version agrandie est également fournie
en Annexe 1 – Arbres technologiques. Les sections suivantes décrivent individuellement les différents maillons de
cette chaine technologique et comparent les principales technologies susceptibles d’être utilisées à chaque étape.

Figure 20 – Arbre technologique de production et utilisation des macro-algues

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 44
Juillet 2014

2.2.1 La culture et récolte des macro-algues


Contrairement aux micro-algues qui, à part dans de rares cas d’eutrophisations de lacs ou étangs, nécessitent absolu-
ment la mise en place d’un système de culture, les macro-algues peuvent être cultivées ou directement récoltées dans
leur environnement, à la main ou moyennent des systèmes de récolte mécanisés.

2.2.1.1 La récolte des algues sauvages

2.2.1.1.1 Les outils de récolte


Selon les espèces considérées, les macro-algues sauvages peuvent être récoltées soit en mer à l’aide de navires équi-
pés de systèmes de récolte spécifiques, soit à pied sur l’estran (littoral soumis à la marée).

En mer, des bateaux spécialisés sont utilisés, typiquement :

Des navires goémoniers, équipés d’une grue articulée au bout de laquelle peuvent être fixés différents outils :
- un crochet appelé « scoubidou ». Cette solution est typiquement utilisée pour la récolte de Laminaria di-
gitata.
- un peigne dragué sur les fonds. Cette solution, inspirée des pêcheurs norvégiens, est typiquement utili-
sée pour la récolte de Laminaria hyperborea, laminaire ne pouvant être prélevée avec le scoubidou.
Des navires équipés de filets.
Des bateaux « faucardeurs / ramasseurs », équipés d’une fourche télescopique modulable à l’avant du bateau
permettant de couper, ramasser et stocker les algues en un seul passage, sont également proposés pour les
algues en flottaison (Ex : Ulves), notamment en plans d’eau (lacs, étangs, etc.) et canaux.
Des navires « sabliers » sont utilisés pour la récolte de Lithothamnium calcareum ou « maërl », à l’aide d’une
drague aspirante. Pour des raisons écologique de maintien de cette espèce répertoriée comme « menacée ou
en déclin », son exploitation est interdite en Bretagne depuis début 2013.

Figure 21 - Le scoubidou utilisé pour la récolte de Figure 22 - Le peigne Norvégien utilisé pour la récolte de
Laminaria digitata Laminaria hyperborea

A terre, les algues de rive ou algues d’échouage peuvent être récoltées de différentes façons, illustrées en Figure 23 :

A pied : découpées (Ascophyllum nodosu, Himanthailia elongata ou Fucus sp.) ou arrachées (Chondrus crispus,
Porphyra, etc.), ramassées à la main ou à la faucille et chargées dans des remorques tirées par tracteur. C’est un
travail sélectif qui permet de fournir une biomasse de haute qualité utilisée pour l’alimentaire (en tant que lé-
gume) ou pour les carragénanes (Chondrus).
A l’aide de bulldozers et tracteurs, que ce soit pour :
- La récolte d’algues vertes en flottaison avant l’échouage sur les plages (donc avant décomposition) afin
de garder une qualité chimique valorisable. Cette biomasse est récoltée en période d’efflorescence esti-
vale (marées vertes).
- La récolte d’algues échouées sur les plages. Cette biomasse considérée comme déchet (car souvent en
cours de décomposition) est principalement utilisée pour un amendement direct de terres agricoles (si-
gnature de conventions avec les agriculteurs).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 45
Juillet 2014

Figure 23 – Récolte sélective d’algues à terre par les goémoniers (à gauche) et collecte d’algues vertes avant
échouage (centre ; sociétés Olmix / Agrival) et après échouage (à droite)

2.2.1.1.2 Les périodes de récolte : disponibilité de la biomasse


La récolte des algues suit un calendrier saisonnier respectant le cycle de reproduction de l’algue afin d’assurer le
temps nécessaire à la restauration poste-récolte (on parle de plan de gestion). La disponibilité de la biomasse dépend
donc des espèces, de la période de l’année et de la zone géographique considérée.

A titre d’exemple, le Tableau 5 indique les périodes de récoltes des principales espèces de macro-algues en France :

Février à Avril &


Toute l’année Mars à Décembre Mars à Août Mai à Octobre
Septembre à Novembre

Ulva, Saccharina Laminaria hyperborea Palmaria palmata Porphyra Chondrus,


latissima, Himanthalia Mastocarpus,
elongata, Ascophyllum Laminaria digitata
nodosum, Fucus
Tableau 5 – Périodes de récolte des principales espèces de macro-algues en France

2.2.1.2 La culture des macro-algues


La culture des macro-algues, bien que minoritaire en France, représente la grande majorité de la production mondiale
(cf. § 3.1.3.2). Les modes de culture des algues varient selon le mode de reproduction, sexué ou asexué, des espèces
ciblées.

Les algues capables de se multiplier simplement par voie asexuée (ou dite végétative, exemple : Ulves) permettent
une culture rapide et facile de la biomasse, dans des bassins à terre par exemple.

La reproduction sexuée implique quant à elle l’émission de spores microscopiques par les algues gamétophytes, mâle
et femelle. La fécondation de ces spores donne ensuite lieu à une algue que l’on appelle sporophyte, qui est généra-
lement la forme visible à l’œil nu et qui est récoltée. La reproduction sexuée se résume à une alternance de phase
gamétophyte/sporophyte qui doit être maitrisée pour pouvoir procéder à la culture de l’espèce.

Concrètement, les semences (spores) sont produites en écloseries, puis la fécondation et l’ensemencement des lignes
par les plantules (gamétophytes) sont effectués à terre avant de procéder à la croissance de biomasse fixée sur des
lignes posées en mer (horizontales et verticales). Ces différentes étapes, calquées sur le cycle reproductif des algues,
sont illustrées en Figure 24 et Figure 25.

Figure 24 – Cycle de culture des macro-algues en mer (adapté de [10], [11])

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 46
Juillet 2014

Figure 25 – Des étapes calquées sur le cycle reproductif, exemple de Saccharina latissima [11]

Par ailleurs, certaines macro-algues sexuées peuvent être cultivées en bassin à terre. L’entreprise vendéenne INNO-
VALG cultive par exemple une macro-algue (Chondrus crispus) en association avec une micro-algue (Odontella) depuis
plus de 10 ans à l’aide de raceways à ciel ouvert (cf. Figure 26). Plusieurs projets de culture à terre sont en cours de
préparation par des algoculteurs seuls ou en association avec des conchyliculteurs.

Figure 26 – L’entreprise INNOVALG équipée de raceways (à gauche) pour co-cultiver Chondrus crispus (au centre) et
Odontella aurita (à droite)

Les techniques de culture sont aujourd’hui maitrisées pour une partie des espèces disposant déjà d’applications
commerciales (alimentation, agroalimentaire). Le principal enjeu associé à la culture des macro-algues dans l’optique
d’une production de biocarburants est la maitrise du changement d’échelle nécessaire à son industrialisation et à la
baisse de ses coûts de production. En effet, la culture des macro-algues est relativement intensive en main d’œuvre,
mais surtout, le passage à une grande échelle de production nécessiterait de passer des zones proches de la côte (gé-
néralement saturées) à une culture en pleine mer, ce qui pose aujourd’hui des problèmes majeurs d’ancrage à ces
profondeurs. Des projets d’intérêt ont lieu pour évaluer le potentiel de la culture des macro-algues en association
avec des parcs éoliens offshores, mais les surfaces restent limitées.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 47
Juillet 2014

2.2.2 Technologies de pré-traitement et d’extraction


Tout d’abord, pour pouvoir être utilisées, les macro-algues nécessitent généralement d’être débarrassées des éven-
tuels débris et sable, et rincées pour enlever l’excès de sel. En cas de production d’algues aliments, les algues sont
simplement séchées, voire hachées/broyées. En cas de production de biomolécules particulières, les algues sont
broyées, puis les différentes molécules extraites selon des techniques similaires aux micro-algues.

Dans le cas particulier des phycolloïdes, les techniques d’extraction et de purification sont spécifiques à chaque col-
loïde et font généralement intervenir différentes étapes combinant dissolution, précipitation, lavage, essorage et
déshydratation ou encore des variations de pH.

2.2.3 Technologies de post-traitement pour une production de biocarburants


Comme indiqué sur l’arbre technologique des macro-algues (cf. Figure 20 page 44 ou Annexe 1 – Arbres technolo-
giques), celles-ci peuvent théoriquement être valorisées en biocarburants, tout comme les micro-algues. Cependant,
ces voies demeurent au stade R&D et malgré presque 30 ans de recherche et développement pour développer des
voies de production de carburants à partir de macro-algues, cette possibilité demeure très lointaine [12]. Le verrou ne
se situe pas au niveau de ces étapes de post-traitement mais dans la grande difficulté à cultiver des macro-algues à
grande échelle et à bas coût (cf. 2.2.1.2). Par ailleurs, des débouchés à haute valeur ajoutée avec des marchés non
saturés existent déjà pour nombre de macro-algues et composants cellulaires. Ainsi, les seules voies énergétiques
aujourd’hui envisageables pour les macro-algues consisteraient soit à valoriser des algues d’échouage à coût très
faible (voire quasi nul), soit à valoriser la biomasse résiduelle post-extraction de molécules à haute valeur ajoutée.
Néanmoins, même cette dernière option est probablement à relativiser : les macro-algues ayant déjà une valeur éner-
gétique limitée, le résidu d’extraction devrait montrer un intérêt encore moindre. Dans tous les cas, les volumes se-
raient vraisemblablement limités en plus d’être saisonniers. Le tableau ci-dessous reprend les principaux procédés
étudiés à l’échelle R&D.

2.2.3.1 Méthanisation
Procédé biochimique complexe impliquant différentes bactéries et réactions chimiques successives en milieu anaéro-
bie (sans oxygène). Les macro-molécules (protéines, lipides, glucides) sont tout d’abord hydrolysées en molécules
simples (monosaccharides, acides aminés, etc.) qui sont convertis en acides organiques (acides gras volatiles ou AGV)
par acidogénèse. Ces derniers sont à leur tour convertis en un mélange d’acétate, de CO2 et d’H2 par acétogénèse.
Enfin, des bactéries pratiquant la méthanogénèse transforment soit l’acétate (voie acétoclastique) soit les gaz (voie
hydrogénophile) en un mélange composé essentiellement de méthane CH4 et de CO2 qu’on appelle biogaz.
Le procédé se déroule à pression atmosphérique, à température dépendante des bactéries utilisées mais centrée
autour de 38°C et un pH autour de 7. Le biogaz obtenu est ensuite séché, comprimé puis prétraité pour enlever les
COV (Composés Organiques Volatiles) et l’H2S. Il peut ensuite être valorisé en cogénération chaleur/électricité ou
encore épuré et comprimé pour donner du biométhane. Ce dernier peut être injecté dans le réseau de gaz naturel ou
transformé en bio-GNV (carburant véhicules). Toute la partie de la biomasse qui n’est pas convertie en gaz est appelée
« digestat » ayant un intérêt agronomique en tant que fertilisant.

Entrée : algue entière ou résidus d’extraction


Sortie : biogaz ou biométhane

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 48
Juillet 2014

AVANTAGES INCONVENIENTS
Rendement en biogaz très dépendant du type d’algue
Voie mature à l’échelle industrielle pour de nom-
et de la période de récolte pour une algue donnée (+/-
breuses biomasses, pas de verrou technologique ma-
20% [11])
jeur
Inhibition liée à la forte teneur en sel des macro-algues
Valorisation de l’algue entière ou des résidus - + +
(Cl , Na , K )
d’extraction
Epuration du biogaz en soufre nécessaire (haute te-
Voie humide, ne nécessite pas d’étape de séchage
neur en soufre des macro-algues)
Production de digestats valorisables en agriculture, ou
recyclables comme source de nutriments pour la cul-
ture des micro-algues
Rentabilité annoncée atteinte en co-digestion si
proche de la zone de récolte [13]
MATURITE POTENTIEL
Potentiel élevé (débouché énergétique potentiel pour
l’ensemble de la biomasse résiduelle post-extraction de
R&D / pilote molécules d’intérêt, y compris pour des algues cultivées
en conditions potentiellement rédhibitoires pour une
application en alimentation humaine ou animale29)

2.2.3.2 Liquéfaction Hydrothermale


Procédé thermochimique à haute température (250 - 350°C) et haute pression (100 - 200 bars) en présence de cataly-
seurs.

Entrée : algue entière ou résidus d’extraction


Sortie : bio-brut

AVANTAGES INCONVENIENTS
Réacteurs complexes
Valorisation de l’algue entière ou des résidus
Impact du type d’algue sur la composition du bio-brut
d’extraction
inconnu
Voie humide, ne nécessite pas d’étape de séchage
Bio-brut obtenu avec un pouvoir calorifique supérieur
aux huiles de pyrolyse
MATURITE POTENTIEL
Potentiel modéré à élevé (algue entière en voie humide
R&D évitant séchage et extraction ; prometteur mais déve-
loppement en retard sur la méthanisation)

29
Comme l’utilisation de CO2 capté ou d’eaux usées, ou l’utilisation de techniques d’extractions toxiques pour
l’alimentation

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 49
Juillet 2014

2.2.3.3 Fermentation alcoolique


Procédé biochimique durant lequel les sucres simples extraits des algues subissent une fermentation alcoolique impli-
quant des micro-organismes (généralement des levures ou des bactéries) et des enzymes. Des carbohydrates plus
complexes comme l’amidon peuvent également être fermentés après une étape d’hydrolyse enzymatique (amylases).
L’éthanol obtenu est récupéré par distillation et déshydratation. Le bioéthanol obtenu présente certaines limites (cf.
inconvénients) qui peuvent être compensées par sa conversion en ETBE ("Ethyl tertio-butyl ether") par un ajout d’iso-
butène.

Les macro-algues particulièrement riches en carbohydrates peuvent être fermentées après une étape d’hydrolyse des
polysaccharides comme la cellulose ou le mannitol afin de rendre les sucres accessibles aux bactéries ou champignons
pratiquant la fermentation.

Entrée : résidus d’hydrolyse


Sortie : bioéthanol ou biobutanol

AVANTAGES INCONVENIENTS
Voie humide, ne nécessite pas d’étape Verrou enzymatique, nécessite le développement de bacté-
de séchage ries/champignons spécialisés [12]
Faible teneur en sucres comparé à d’autres biomasses
Ex : Rendement en éthanol / kg d’algue = 60% du rendement maïs [13]
Production saisonnière d’éthanol, solutions de stockage long-terme
inexistantes
Solution très peu compétitive à moins d’une récolte quasi gratuite [13]
Emissions de CO2 (par respiration), contrairement aux algues photosyn-
thétiques qui en consomment
MATURITE POTENTIEL
R&D Potentiel faible

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 50
Juillet 2014

2.3 Conclusion
Que ce soit pour les micro- ou macro-algues, il existe de nombreuses technologies envisageables à chaque étape de la
chaine procédé, chacune ayant ses propres avantages et inconvénients. Bien que la gamme de produits en sortie dif-
fère partiellement, les grandes étapes de la chaine de production sont identiques pour les deux filières.

Les différentes étapes de cette chaine sont interdépendantes : chaque étape va conditionner la pertinence et
l’efficacité des technologies situées en amont ou en aval. Le choix des technologies utilisées doit par conséquent se
faire de manière intégrée, en fonction des conditions locales de culture et des contraintes et opportunités du marché.

Techniquement, de nombreuses chaines de production sont déjà faisables aujourd’hui, tant pour des produits à
moyenne et haute valeur ajoutée que pour des carburants : la lecture des arbres technologiques le montre, il est
d’ores et déjà possible de convertir des algues en produits en ne passant que par des briques procédés technologi-
quement matures (« briques vertes » sur les arbres).

Au sein de ces chaines de production technologiquement matures, seules certaines sont aujourd’hui économique-
ment matures. Toutes ou presque mènent à des produits à relativement haute valeur ajoutée, condition pour le mo-
ment requise pour justifier des coûts de production importants. Ces schémas rentables sont aujourd’hui plus présents
du côté des macro-algues, dont le caractère macroscopique rend certaines étapes techniquement plus simples (la
phase de récolte et concentration, notamment) et/ou moins coûteuses (la phase de culture par exemple, allant
jusqu’à être gratuite dans le cas d’une récolte d’algues sauvages). Il peut également s’avérer non seulement faisable
mais rentable de cultiver des micro-algues avec du CO2 pur livré par camions, de les récolter par centrifugation puis de
les sécher à l’aide d’un sécheur « flash », si c’est pour vendre des capsules d’algues riches en beta-carotène pour
l’alimentation humaine à plusieurs milliers d’euros le kilo.

A l’inverse, les enjeux restent de taille en ce qui concerne la production viable de produits énergétiques (ou plus géné-
ralement, à faible valeur ajoutée), qui se heurte quant à elle à deux verrous majeurs :

Des coûts de production ne permettant pas de concurrencer les sources d’énergie conventionnelles.
La nécessité d’une importante montée en échelle des chaines de production pour à la fois faire des économies
d’échelle et répondre à l’enjeu précédent à l’échelle d’un projet, et produire des volumes significatifs nécessaire
à une quelconque influence sur les marchés de masse que sont les marchés de l’énergie.

La baisse des coûts dans une optique de production de biocarburants de 3e génération passera probablement, à
moyen-long terme, par :

Le développement de systèmes de culture hybrides (cf. Figure 15 par exemple), conciliant les bas coûts des sys-
tèmes ouverts avec les productivités volumiques supérieures des PBR liées en raison d’un meilleur contrôle des
conditions opératoires et d’une réduction des risques de contamination.
Le développement de procédés et de chaînes de production permettant de s’affranchir d’une ou plusieurs des
étapes de récolte, séchage et extraction, ces étapes comptant pour approximativement 40 à 60% des coûts de
production. Cela peut passer par le développement de procédés d’extraction en voie humide (pour éviter le sé-
chage), une valorisation directe de la biomasse humide (e.g. par méthanisation ou liquéfaction hydrothermale)
ou encore, plus efficace mais plus lointain, le développement des techniques de « milking » et des procédés 3G+
mentionnés en Figure 9 (qui évitent l’ensemble des trois étapes).
La promotion, à travers la culture de micro-algues, de synergies entre la production d’énergie et des services
environnementaux tels que la valorisation de CO2 capté sur des installations émettrices et le traitement d’eaux
usées (ou plus généralement, de déchets).
Une co-production de produits énergétiques et de produits à plus haute valeur ajoutée au sein d’unités inté-
grées ou « bio-raffineries », permettant d’augmenter la rentabilité de projets à vocation prioritairement énergé-
tique dans la limite de la taille des marchés en question (cf. partie 3).

Du côté des produits à haute valeur ajoutée, le gros des efforts à apporter réside dans l’identification de nouvelles
souches et le développement de nouveaux procédés innovants qui, combinés, permettront d’élargir le spectre des
produits et molécules à haute valeur ajoutée aujourd’hui valorisées et de créer de nouvelles opportunités sur ces
marchés.

Plus généralement, les chaines de production algales font appel à un nombre important d’étapes nécessitant des
compétences variées (de la microbiologie au génie des procédés en passant par l’agronomie) et impliquant par consé-

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 51
Juillet 2014

quent un écosystème d’acteurs relativement diversifié et éclaté. Si les consortiums de recherche public-privés sont
relativement efficaces pour faire avancer la R&D et démarrer les projets pilotes, des acteurs intégrateurs seront pro-
bablement nécessaires à moyen-long terme.

Compétences / Types d’acteurs Principaux enjeux et verrous

Type trophique Biologie, biochimie, génomique Améliorer la connaissance des


& souche Laboratoires de recherche souches et des métabolismes

Bio-procédés, agronomie Améliorer la productivité & la densité


Culture Laboratoires, Développeurs de des cellules, Augmenter la
technologie fiabilité/disponibilité, Baisser les coûts

Diminuer la consommation
Génie des procédés, mécanique des
énergétique & les coûts, Gérer la
Récolte fluids, séparation solide/liquide
montée en échelle, Developper les
Développeurs de technologie
techniques de “milking”

Séchage

Diminuer la consommation
Extraction
Transformation

énergétique & les coûts


Génie des procédés Gérer la montée en échelle,
(Purification, Extraction) Développer les techniques
Industriels traditionnels d’extraction humide
Biomolécules
Adapter les procédés de traitement
d’intérêt existants à la biomasse algale

Post process

Assurer la visibilité marché


Valorisation marché
Produit final Conseil, Industriels, Consommateurs
Adapter réglementations & standards
Piloter l’acceptation sociétale
Figure 27 – La chaine algale : de nombreux acteurs, de nombreux enjeux

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 52
Juillet 2014

3 État des lieux des filières algales : marchés et acteurs

3.1 La filière micro-algues


Cette section fait l’état des lieux de la filière micro-algues actuelle dans le monde (volumes de production, caractérisa-
tion des principaux marchés, analyse du contexte de pays en pointe) puis en France (volumes de production, princi-
paux acteurs, principaux projets).

3.1.1 Les micro-algues dans le monde

3.1.1.1 Production et consommation mondiale de micro-algues


Au niveau mondial, la production de micro-algues est d’environ 15 000 t de matière sèche, pour une valeur (faisant
encore peu consensus) estimée en 2010 entre 600 millions d’euros [14] et 3,3 milliards d’euros [15].

Le marché commercial effectif n’est encore


qu’en croissance lente, principalement porté par
la production de Spiruline, mais le secteur béné-
ficie plus largement d’une attention et d’efforts
de R&D en forte croissance depuis un peu plus
de 5 ans. Cet engouement retrouvé, lié à la pers-
pective de produire des biocarburants de
3e génération à partir de micro-algues dans un
contexte de hausse du prix du pétrole et de la
conscience environnementale des consomma-
teurs, s’est illustré par l’apparition de dizaines de
startups et la croissance exponentielle du
nombre de publications scientifiques sur le sujet Figure 28 – Évolution du nombre de publications par
(cf. Figure 28 ci-contre). an sur les micro-algues [16]

Cette course à l’eldorado des biocarburants algaux semble se rationaliser depuis un an ou deux face aux coûts de
production, nombre d’acteurs annonçant un report vers une production préliminaire de produits à plus haute valeur
ajoutée ou une co-valorisation. Néanmoins, la dynamique est créée et la production mondiale de micro-algues devrait
continuer à augmenter dans les années à venir.

3.1.1.1.1 Types d’algues


99% du volume mondial de production est concentré sur une douzaine d’espèces de micro-algues dont les principales
sont :

Arthrospira ou Spiruline (cyanobactérie), la plus cultivée au monde (5 kt/an)


Chlorella vulgaris
Dunaliella salina
Aphanizomenon flos-aquae (cyanobactérie)
Haematococcus pluvialis
Crypthecodinium cohnii (absence de choroplaste)
Ulkenia sp.
Ondotella aurita (diatomée)
Schizochytrium (protiste hétérotrophe à la frontière avec les champignons)
Nannochloropsis
Euglena

Une vingtaine d’autres espèces ou genres sont également étudiées, sans pour l’instant atteindre de volumes de pro-
duction significatifs. On peut citer notamment : Botryococcus braunii, Nannochloris, Scenedesmus, Tetraselmis, Cylin-
drotheca, Isochrysis, etc.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 53
Juillet 2014

3.1.1.1.2 Principaux marchés


Le premier marché en volume pour les 1%

micro-algues (74% [14]) est celui de


25%
l’alimentation humaine, principalement en
tant que complément alimentaire riche en
protéines et oméga-3. De nombreux pro- Alimentation humaine
duits dérivés (pain, pâtes, biscuits, jus et Alimentation animale
même chocolat à la Spiruline, pour n’en Chimie & cosmétique
citer que quelque uns) sont également
vendus dans certains pays en volumes plus 74%
limités (e.g. Chine) et font doucement leur
apparition dans les pays occidentaux, pré-
sentés comme des aliments fonctionnels
Figure 29 – Répartition des marchés mondiaux actuels des
sources de bienfaits pour la santé.
micro-algues en volume (adapté de [14])
En Europe, les micro-algues doivent passer une procédure relativement stricte d’homologation avant de pouvoir être
commercialisées en alimentation humaine. Sont aujourd’hui autorisées : Spirulina (dans toute l’Europe, depuis 1981)
Ondotella aurita (en France, depuis 2002) et Chlorella vulgaris (en France, depuis 2004).

Vient ensuite l’alimentation animale (25% [14]) et particulièrement l’alimentation aquacole. Dans ce dernier cas, les
algues sont fournies séchées ou vivantes (« eau verte », typiquement : Skeletonema, Nitzschia, Nannochloropsis).

Enfin, le dernier en volume (1% [14]) mais aussi le marché le plus lucratif est celui des molécules à haute valeur ajou-
tée pour la chimie et la cosmétique (pigments, PUFAs, polysaccharides). Les pays asiatiques notamment ont d’ores et
déjà intégré les micro-algues à leurs habitudes de consommation, pas uniquement alimentaires mais également hy-
giéniques, avec la vente de produits tels que des dentifrices à base de Spiruline.

A noter que les micro-algues peuvent également fournir des services à caractère environnemental en parallèle de leur
culture : valorisation de CO2 industriel ou agricole capté (centrale thermique, cimenterie, aciérie, etc.) et épuration
d’eaux usées ou d’effluents industriels. Ainsi, les micro-algues jouent un rôle clé dans les procédés d’épuration de
l’eau par lagunage (20% du parc des stations d’épuration en France), bien qu’elles ne soient aujourd’hui pas valorisées
en dehors du procédé (typiquement consommées par du zoo-plancton, autres micro-organismes présents sur la
chaine d’épuration). Ces services sont peu valorisés par rapport à certains produits mais sont néanmoins une condi-
tion sine qua none à une production viable de biocarburants, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Il n’existe pas encore de production commerciale de biocarburants à partir de micro-algues. De nombreuses compa-
gnies ont construit des unités pilotes ou de démonstration, qui produisent aujourd’hui des volumes limités de biocar-
burants, généralement valorisés dans le cadre de partenariats spécifiques avec de futurs consommateurs. Solazyme a
par exemple délivré 5 700 litres de jetfuel algal à l’US Navy en 2010.

Ces différents produits ont plus ou moins de valeur ajoutée, en fonction de leur prix de vente sur leurs marchés res-
pectifs. La Figure 30 représente de manière simplifiée les différents types de produits micro-algaux, par marché, et
leur valeur ajoutée. Bien que celle-ci soit variable et que ce graphique ne soit qu’indicatif, on peut garder en tête les
ordres de grandeur suivants : quelques euros à une dizaine d’euros le kilo pour les produits de faible à moyenne va-
leur ajoutée, quelques dizaines d’euros le kilo pour les produits de moyenne à haute valeur ajoutée, et de quelques
dizaines à quelques centaines voire milliers d’euros le kilo pour les produits de haute à très haute valeur ajoutée.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 54
Juillet 2014

Figure 30 – Principaux produits micro-algaux par secteur d’application et valeur ajoutée

Tous marchés confondus, on estime que la moitié des algues produites sont vendues « entière », l’autre moitié faisant
l’objet d’une extraction de biomolécules d’intérêt [14], les principaux extraits étant de loin les pigments.

3.1.1.1.3 Mode de production


La grande majorité de la production de micro-algues aujourd’hui dans le monde repose sur l’utilisation d’algues pho-
totrophes cultivées en bassins ouverts.

3.1.1.1.4 Localisation de la production mondiale


La majorité de la production mondiale est située dans les pays asiatiques. En Europe, le premier producteur est
l’Allemagne, avec environ 150 tMS/an.
Le Tableau 6 donne le détail des tonnages de production annuelle de micro-algues par type de souche et fait le lien
entre les espèces, les principaux éléments valorisés et les marchés sur lesquels ces produits trouvent des applications.

Production annuelle Principaux pays Produit


Micro-algue Applications
de biomasse (tMS/an) producteurs typique
Etats-Unis, Chine, Biomasse Alimentation et nutrition
Spirulina
4-5000 Inde, Japon, Algue séchée riche en humaine et animale, nutri-
platensis tion, cosmétique
Myanmar phycocyanine
Chlorella vul- Taiwan, Alle- Alimentation humaine, aqua-
2000
garis magne, Japon culture, cosmétique
Algue séchée riche en Alimentation humaine et
Dunaliella Australie, Israël,
1200 β-carotène animale, agroalimentaire,
salina Etats-Unis, Chine cosmétique
Extrait de β-carotène
Nostoc fusi-
600 n.r Biomasse Alimentation humaine
forme
Aphanizome-
500 Etats-Unis Biomasse Alimentation humaine
non flos-aquae
Algue séchée riche en Aquaculture, agroalimen-
Haematococcus Etats-Unis, Inde,
50-300 asthaxantine taire, pharmaceutique (im-
pluvialis Israël munologie, anti-oxydant)
Extrait d’asthaxantine
Crypthecodiniu
240 Etats-Unis DHA Nutrition (infantile)
m cohnii
Alimentation humaine, cos-
Ondotella Biomasse
20 n.r métique (anti-inflammatoire,
aurita EPA renforcement capillaire)
Shizochytrium 10 Etats-Unis DHA Nutrition infantile
Tableau 6 – Principales micro-algues commercialisées, applications et volumes concernés (d’après [16], [14], [17])

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 55
Juillet 2014

3.1.1.2 Caractérisation de ces marchés


Comme exposé précédemment, les différents marchés accessibles aux micro-algues varient énormément en valeur
ajoutée des produits mais également en taille, comme représenté ci-dessous (les valeurs indiqués sont des ordres de
grandeurs à caractère principalement illustratif) :

Evaluation de la taille des marchés potentiels Relation taille de marché / valeur ajoutée

Alimentation
humaine
60 millions Alim.
d'euros humaine

Valeur ajoutée / rentabilité


Alimentation animale
3 à 4 milliards d'euros
Alim.
animale
Chimie
> 50 milliards d'euros

Chimie
Carburant
Carburants
> 1 000 milliards d'euros

Taille de marché

Figure 31 – Taille des principaux ensembles de marchés sur lesquels les micro-algues peuvent s’insérer et relation
schématique entre taille de marché et valeur ajoutée (adapté de [18], [19], chiffres 2010)

De manière simplifiée, la valeur ajoutée d’un produit est inversement proportionnelle à la taille de son marché.

La valeur ajoutée très supérieure de certains coproduits (molécules pharmaceutiques, acides gras, antioxydants...) par
rapport à celle des huiles utilisées pour produire des hydrocarbures, permet en théorie d’améliorer le bilan écono-
mique de l’exploitation des micro-algues. En fait, la situation est plus mitigée. S’il est a priori possible de valoriser
simultanément différents composés de la biomasse algale, un problème de compatibilité entre les volumes des mar-
chés de biocarburant et des marchés à haute valeur ajoutée se pose en pratique. Par exemple, la concentration d’une
micro-algue en PUFAs est globalement 10 fois inférieure à la concentration en triglycérides utilisables pour la produc-
tion de biodiesel. Une covalorisation des deux à grande échelle pour produire quelques % du marché mondial du die-
sel saturerait le marché des PUFAs et ferait chuter leur prix. Si elle représente une solution à court et moyen termes
pour rentabiliser des projets orientés carburants, la viabilité économique de la coproduction n’est pas assurée à
l’échelle industrielle à long terme.

Le Tableau 7 donne des informations plus précises sur les principaux produits micro-algaux : ordres de grandeurs de
prix de vente et de taille de marché, maturité du marché et potentiel intérêt pour de nouveaux entrants.

Les applications des micro-algues dans la pharmaceutique sont encore balbutiantes et représentent aujourd’hui des
volumes négligeables. Un vaste et prometteur champ de recherche reste encore à explorer pour ce marché en expan-
sion. Considérant que 64% des nouveaux médicaments approuvés entre 1981 et 2002 provenaient de sources natu-
relles ou de produits naturels modifiés, contre 33% seulement issus de produits totalement synthétiques, on peut
considérer ce secteur comme favorable aux micro-algues [20]. Bien que ce champs n’en soit qu’à ses débuts, on peut
citer quelques molécules micro-algales d’ores et déjà étudiées comme ingrédients pharmaceutiques [14]:

La curacine, extraite de Lyngbya majuscula, pour des applications anti-cancer


La cryptophycine, extraite de Nostoc sp., pour des applications anti-cancer
L’acide ocadaïque, extrait de Prorocentrum lima, pour des applications anti-cancer
La saxitoxine, extraite d’Alexandrium sp., pour ses effets analgésiques

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 56
Juillet 2014

Catégorie Produits Taille / Valeur du Prix de Maturité du Potentiel d’évolution et


débouché vente marché intérêt
mondial actuel ($/kg MS)
Biomasse pour
alimentation 1,1 Mds $ 10-80 Mature En croissance
humaine
Biomasse comme
complément 25-52 Mature En croissance
alimentaire
Biomasse
Biomasse pour 50-150 $/kg
Mature En croissance rapide
aquaculture 70 $/L
Biomasse comme
complément
10-130 En croissance rapide
alimentaire pour
animaux
300-3000 Mature, saturé et
35-40 kt/an (très dépen- compétitif, fortes
β-carotène Intérêt limité
> 25 M$ dant de la barrières à
qualité) l’entrée
~2500 - Mature ; Non Marché de niche au sein
10000 compétitif par duquel le caractère natu-
Pigments Astaxanthine >250 M$: (très dépen- rapport à la molé- rel importe : nourriture
dant de la cule synthétique animale
qualité) (BASF)
Non mature
Très verrouillé Marché en croissance
Fucoxanthine Marché de niche ~3000 Intérêt fort
(nombreux bre-
vets)
Extraits de En développe- Marché en croissance et
10 M$ 30-80 pression sur la ressource
PUFAs ment
halieutique (marché total
300 M$ des Ω3 : 1,5 Mds$ en
PUFAs EPA (Ω3) 300 t/an 2010 dont 90% de res-
sources marines)
DHA (Ω3) 250 M$ Intérêt fort
Marché à construire
Cible : baril Volumes potentiels
Biocarburants
Bio- Anecdotique à ~100$ soit Non existant énormes
liquides
carburants 0,47€/L30 Intérêt fort

Biogaz Faible Non mature Intérêt fort


Tableau 7 – Caractérisation des principaux marchés des produits micro-algaux (adapté de [14], [19])

30
Cours du Brent au 14/10/13

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 57
Juillet 2014

3.1.1.3 Analyse du contexte dans quelques pays clés


L’effort de recherche engagé à travers le monde est conséquent (plusieurs milliards de dollars pour les micro-algues
uniquement aux États-Unis au cours des dernières années, de nombreux projets de culture de macro-algues à grande
échelle en Europe), et de nombreuses ruptures technologiques sont attendues pour faire baisser les coûts, améliorer
les rendements énergétiques et plus globalement le bilan environnemental de ces solutions.

La reprise des recherches pour les micro-algues, principalement sous l’impulsion d’une forte hausse du baril de pé-
trole en 2006, a déjà connu trois phases. Une première phase de type « bulle » où de nombreux acteurs ont investi un
créneau qu’une analyse trop rapide semblait promettre à des débouchés lucratifs à très court terme. La R&D s’est
repliée sur des consortia minimalistes, associant souvent un industriel à une équipe de recherche, mais le potentiel
des micro-algues a continué à être été largement survendu ; le parti pris des startups qui visaient une commercialisa-
tion rapide, ou des équipes de recherche qui voyaient l’opportunité de faire financer leurs travaux a progressivement
décrédibilisé une partie des acteurs du domaine. La bulle a finalement explosé au bout de cinq années, dans une
phase de sélection, et seules les sociétés les plus solides ont survécu. Cette seconde phase a permis de prendre la
mesure des enjeux et des échelles de temps nécessaires pour répondre aux différents marchés, depuis les molécules à
haute valeur ajoutée jusqu’à l’énergie et la chimie bio-sourcée. La majorité des acteurs qui avaient annoncé des déve-
loppements pour le marché de l’énergie se sont redirigés vers les applications nutrition ou santé. Plus récemment,
une troisième phase s’est amorcée, où la R&D s’est inscrite plus sereinement dans des échelles de temps en accord
avec les défis à relever.

Afin de comprendre la dynamique de la filière micro-algues et les conditions favorables à son émergence en France, il
est important de s’intéresser au contexte des pays les plus avancés en la matière. On peut notamment citer les Etats-
Unis, le Japon, la Chine, l’Australie, Taïwan ou encore Israël. En Europe, les pays leaders sont l’Allemagne, la France,
l’Espagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

Sans prétendre à l’exhaustivité, cette section donne une vision synthétique de l’environnement des micro-algues dans
quelques-uns de ces pays clés.

3.1.1.3.1 États-Unis
Les États-Unis sont probablement le pays le plus dynamique sur les micro-algues, avec la plus grande concentration
d’acteurs et de projets de R&D (entre 30 et 40% des projets mondiaux actuels [21]) et les efforts mondiaux les plus
conséquents investis sur le développement des applications biocarburant. Comme raisons à ce constat, on peut citer :
Les efforts majeurs du gouvernement américain de cette dernière décennie en matière d’aide au financement
de projets de R&D et de démonstration sur les micro-algues, notamment pour les applications biocarburants. Le
secteur du transport représente en effet les 2/3 des consommations de pétrole et 1/3 des émissions de gaz à ef-
fets de serre aux Etats-Unis, et le pays présentait d’importants enjeux d’indépendance énergétique jusqu’à
l’apparition récente de ressources non conventionnelles (gaz de schiste, etc.).
Des conditions climatiques particulièrement favorables dans les Etats du Sud et de l’Ouest notamment,
La position dominante des Etats-Unis en matière de recherche scientifique et de biotechnologies,
La culture entrepreneuriale américaine favorisant l’émergence de startups.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 58
Juillet 2014

PRINCIPAUX ACTEURS PRINCIPAUX PROJETS & INITIATIVES


Publics : California Center for Algae Biotechnology, Cyanotech : production commerciale de Spiruline en
Arizona State University, Sandia National Laborato- raceway pour alimentation et nutrition humaine.
ries, NASA, University of Texas, California Polytechnic Earthrise : production commerciale de Spiruline en
State University, etc. raceway sur 56 000 m² (5,6 ha) ; 400 tMS/an.
Privés : Cyanotech, Earthrise nutritionals, Sapphire Sapphire Energy : unité pilote ; unité de démonstration
Energy, Martek, Solazyme, Algenol Biofuels, Cellana, en construction pour multi-valorisation en raceway sur
Solix Biosystems, BARD Holdings, Heliae Development 400 000 m² (40 ha).
LLC, Aquaflow bionomics, Synthetic genomics, Gen- Martek (DSM) : deux unités commerciales de production
eral Atomics, OriginOil, PhycoBioscience, Parabel, Al- de micro-algues hétérotrophes pour applications nutri-
gix, etc. tion et cosmétique.
Consortiums & Associations: Algal Biomass Associa- Solazyme : unités de démonstration pour biocarburants
tion, Algal Biomass Organization, National Biodiesel et unité commerciales pour produits à HVA.
Board, National Alliance for Advanced Biofuels and Solix Biosystems : unité pilote en PBR immergés sur 3000
Bio-products (NAABB) m² (4000 L) pour co-valorisation
General Atomics : unité de démonstration de production
de jetfuel en raceway à Hawaï
Algenol : unité de démonstration pour production de
bioethanol sur 65 000 m² (6,5 ha) en Floride

Figure 32 – L’écosystème US des micro-algues (en bleu


les laboratoires, en vert les entreprises et projets) [22]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 59
Juillet 2014

REGLEMENTATION & INCITATIONS AIDE AU FINANCEMENT


Renewable Fuel Standard 2 (RFS2) de l’US EPA Le Congrès américain finance des travaux sur les biocarburants
(2013), fixant les taux d’incorporation de biofuels : microalgaux depuis les années 70, de façon plus ou moins
multiplication de la production de biocarburants intensive au grès du cours du pétrole.
par 6 entre 2008 et 2022 (jusqu’à 136 milliards de
Financements du Department of Energy (DOE) : En dé-
litres/an), avec des quotas spécifiques pour les
cembre 2010, le DOE annonçait avoir investi en tout 236 M$.
biocarburants avancés (i.e. ici, autres que bioé-
A cela se sont ajoutés 43 M$ en 2012 et 51 M$ prévus pour
thanol de maïs) ; Les carburants algaux ne sont
2013, soit un total de 330 M$.
cependant éligibles qu’à 15% de ces mandats [22]
Ces investissements se font par l’intermédiaire d’entités et
(éligibles au « biomass based diesel » dont la pla-
programmes variés : Office of Biomass Program (OBP), Ad-
nification des quotas reste encore indéterminée
vanced Research Projects Agency (ARPA-E), Office of
et de toute façon limitée, et non éligibles à la ca-
Science, Energy Efficiency and Renewable Energy (EERE) of-
tégorie « cellulosic biofuels » qui eux doivent pas-
fice, le Fossil Energy Program, ou encore le Small Business
ser de 3% à 44% du mandat d’incorporation d’ici
Innovation Research Program (SBIR).
2022 alors que les quotas actuels ne sont pas at-
Financements d’autres départements comme le De-
teints [23]). Des négociations sont en cours pour
partment of Defense (DOD) ou le Department of Agriculture
inclure les carburants algaux à cette dernière ca-
(USDA). Exemple : en 2011, ces deux entités ont fait en
tégorie.
commun la plus importante commande de biocarburant
L’American Taxpayer Relief Act de 2012 a d’ores
(mélange de déchets et d’algues) de la part d’une adminis-
et déjà inclus les carburants algaux à la réduction
tration : 450 000 gallons (1,7 millions de litres) pour 12 M$.
de taxe et au crédit d’impôt jusque là réservé à
American Recovery and Reinvestment Act de 2009: en plus
l’éthanol cellulosique (-50% la première année).
des 146 M$ distribués directement par le DOE, l’ARRA a éga-
Biorefinery Assistance Program : garantie de prêt.
lement dépensé 49 M$ dans la construction du consortium
R&D NAABB, mêlant industriels, universitaires et labora-
toires nationaux.
Multitude de prix, bourses et autres « awards » pouvant
co-financer des projets : Rocky Mountain Clean tech compe-
tition, Frost & Sullivan’s “Hot Investment Prospect in Biofu-
els” award, Global Algae Biofuels Green Excellence in Tech-
nology Innovation of the Year Award, Small Business Innova-
tion Research (SBIR) grant from the National Science Foun-
dation, Texas Emerging Technology Fund, US Air Force grant
Tableau 8 – Le contexte des micro-algues aux Etats-Unis

3.1.1.3.2 Japon
Le Japon est un des pays possédant une grande expérience de production commerciale et consommation de micro-
algues et d’algues en général, essentiellement dû aux habitudes alimentaires asiatiques. Heian Chlorella G.F.C. Co,
renommée Sun Chlorella en 1980, produit des Chlorelles depuis 1969. Le pays consommait déjà en 1996 autour de
2000 t/an de Chlorelle (1100 t/an produites localement contre 600 t/an deux ans plus tôt, le reste importé de Taïwan)
et 400 t/an de Spiruline importée des Etats-Unis, Thaïlande et Taïwan [24]. Ces micro-algues étaient et demeurent
destinées au marché de la nutrition humaine sous forme de poudre d’algue ou de tablettes, accessoirement à
l’aquaculture, et produites pour moitié de manière autotrophe en bassins ouverts circulaires, et pour moitié de ma-
nière hétérotrophe en fermenteur.

PRINCIPAUX ACTEURS PRINCIPAUX PROJETS & INITIATIVES


Publics : NEDO (New Energy & Industrial Technology Plusieurs installations commerciales de Chlorelle pour
Development Organization, pilotant l’ensemble de la applications en alimentation/nutrition humaine
recherche japonaise sur l’énergie), University of Tsu-
Projet de production d’Euglena gracilis pour la produc-
kuba, University of Tokyo, Tottori University, etc.
tion de cosmétiques (recherche amont) : University of
Privés : Chlorella Industry, Euglena Inc., Yaeyama
Tokyo, Tottori University, Kinki University, Osaka Prefec-
Chlorella, Nihon Chlorella, Kyowa Hakko Togyo, Ren-
ture University, Euglena Inc.
go.
REGLEMENTATION & INCITATIONS AIDE A LA R&D
n.r. Financements du NEDO
Tableau 9 – Le contexte des micro-algues au Japon

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 60
Juillet 2014

3.1.1.3.3 Chine
Tout comme le Japon et plusieurs de ses voisins asiatiques, la Chine produit et consomme des algues depuis long-
temps. Le pays hébergeait déjà 80 producteurs de Spiruline à la fin des années 90, produisant chacun entre 3 et
500 t/an [24], commercialisées en alimentation humaine.

L’émergence des problématiques associées à la sécurité énergétique de la Chine et au changement climatique ont
renforcé l’attention de la Chine sur les micro-algues ses dernières années. Plusieurs projets pilotes sont apparus ces
dernières années, la plupart du temps en partenariat étroit ou entreprises communes (« joint ventures ») avec des
sociétés occidentales.

Le soutien à l’axe algocarburant est notamment expliqué par la réticence de la Chine à développer des biocarburants
de première génération en compétition avec les ressources alimentaires, par l’accès facilité à de vastes terrains, à de
l’eau, à du CO2 capté et par un ensoleillement favorable. Les modes de culture envisagés sont principalement des
raceways équipés de bâches en raison des fortes pluies au Sud-Est et des hivers froids de la partie Nord du pays.

PRINCIPAUX ACTEURS PRINCIPAUX PROJETS & INITIATIVES


JV entre Seambiotic (Israel), Yantai Hairong Electricity (CO2 capté) et
Publics : Qingdao Institute for Bioener-
Penglai Weiyuan Science & Trading Ltd avec une unité pilote de pro-
gy and Biotechnology (200 chercheurs
duction de microalgue de 8000 m² en raceway pour multi-valorisation.
en 3 ans)
Accord cadre entre Parabel et CECEP/Chongqing Industry pour la
Privés : ENN
construction de 10 unités de 5000 ha en raceway (une unité pilote
existante).
ENN : unité pilote en raceway en fin de construction pour applications
biocarburant. MoU avec EADS pour application jetfuel.
MoU signé entre Algae.Tec et la Shandong Kerui Group Holding pour
une JV et la construction d’une unité de démonstration de PBR à illu-
mination interne pour production de biodiesel.
REGLEMENTATION & INCITATIONS AIDE A LA R&D
N/A N/A
Tableau 10 – Le contexte des micro-algues en Chine

3.1.1.3.4 Australie
L’Australie dispose à la fois :
De conditions climatiques et environnementales très favorables à la production de micro-algues,
D’une situation insulaire et des ressources fossiles limitées faisant de la sécurité énergétique un enjeu priori-
taire du gouvernement (85% des carburants pour les transports ont été importés en 2013 [25]),
Un enjeu partagé par des acteurs majeurs du transport aérien, Qantas Airways et Virgin Australia, qui ont ex-
primé leur intérêt à bio-sourcer 5% de leur carburant d’ici 2020 [25].
D’une industrie aquacole développée, estimée à 5 milliards de dollars.

PRINCIPAUX ACTEURS PRINCIPAUX PROJETS & INITIATIVES


Cognis (BASF) : production commerciale de β-carotène depuis 1986 en
Publics : Murdoch University, Mel-
bassins ouverts extensifs sur deux sites de 520 et 440 ha.
bourne University, Cook University,
Aurora algae : unité de démonstration pour applications en alimenta-
University of Queensland (Solar Biofu-
tion, nutrition et pharmaceutique en raceway sur 80 000 m² (0,8 ha) ;
els Research Centre), University of Ade-
185 tMS/an.
laide
Muradel (JV entre Murdoch University, Adelaide Research and Innova-
Privés : Cognis (BASF), Aurora algae,
tion & SQC): pilote en raceway pour production de biodiesel et jetfuel
MBD Energy Ltd, Muradel, Algae.Tec.
sur 4 000 m².
REGLEMENTATION & INCITATIONS AIDE A LA R&D
Australian Renewable Energy Agency’s (ARENA) Advanced Biofuels
N/A
Investment Readiness Program : 10 M$ investis sur deux projets en
2013
Tableau 11 – Le contexte des micro-algues en Australie

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 61
Juillet 2014

3.1.1.3.5 Union Européenne (hors France)


Si la production Européenne de micro-algues reste faible en comparaison de certains pays asiatiques, l’Union Euro-
péenne n’est pas en reste en matière de R&D.

PRINCIPAUX ACTEURS PRINCIPAUX PROJETS & INITIATIVES


Consortiums & Associations: European Algae Bio- Roquette Klötze (Allemagne): production commerciale
mass Association (EABA), European Bioenergy Indus- de Chlorella depuis 2008 en PBR tubulaire horizontal
trial Initiative (EIBI) (500 km de tubes ; 30 fois 20 000 litres) pour applica-
Allemagne: développeurs de technologies de PBR tions à HVA
(Subitech GmbH, IGV GmbH, Novagreen GmbH), Uni-
BIOFAT (Italie) : unité de démonstration prévue pour
versité de Cologne, Université technique de Berlin,
production de biodiesel et bioéthanol en couplage
Institut Technologique de Karlsruhe, etc.
raceway / PBR sur 10 ha ; objectif 900 t/an de biomasse.
Espagne : AlgaEnergy, Aqualia, BioFuel Systems, Bio-
All Gas (Espagne) unité de démonstration prévue pour
technologica de microalgas, AlgaeLink, Universidad
production de biodiesel et biogaz en raceway sur 10 ha
de Almería, University of Alicante, University of Va-
Ecoduna (Autriche) : unité de démonstration de 50 000
lence, University of Seville, Iberdrola, etc.
litres de PBR pour production d’oméga-3 avec utilisation
Pays_Bas : Université de Wageningen, Ecoduna,
de CO2 capté d’origine industrielle fourni par Vattenfall
Netherlands Insitute of Ecology (NIOO), Univ. de
Gent…
Royaume-Uni : Cranfield University, Algal Innovation
Centre, Swansea University, Plymouth Marine Labor-
atory; University of Southhampton; Queen Mary;
University of London; University of Manchester; Uni-
versity of Sheffield; Newcastle University; Scottish As-
sociation of Marine Sciences, Coventry University;
Swansea University, etc.
REGLEMENTATION & INCITATIONS AIDE A LA R&D
Autorisation de plusieurs micro-algues en alimenta- Appels à projets spécifiques :
tion humaine
FP7 – Appel à projet 2010 : financement de 3 projets
Double comptage des biocarburants avancés dans les
pour un montant total de 20,5 M€ de minimum 10 ha
calculs de quotas d’incorporation de biocarburants
chacun (Biofat, All Gas & InteSusAl).
Vote en première lecture au Parlement Européen du
11 Septembre 2013 sur une proposition de modifica- Programmes génériques ou non limités aux algues :
tion des Directives Energies Renouvelables et Qualité
FP7 – Appel à projet KBBE 2013 : 341 M€
Carburant, comportant notamment des dispositions
European Neighbourhood and Partnership Instrument
favorisant l’émergence des biocarburants de 2eme et
eme ère EU LIFE+
3 génération (suite à des polémiques sur la 1 ) :
EU FEDER
Depuis, texte amendé par Conseil Européen et en
attente de vote en deuxième lecture sur les bases Financements nationaux et locaux – Exemples d’entité
suivantes : ayant subventionné des projets micro-algues :
Limitation des biocarburants 1G à 7% dans l’objectif
Espagne : Ministère des Sciences et de l’Innovation, Plan
de 10% d’incorporation en 2020
Espagnol de stimulation de l’économie, CDTI et Minis-
Objectif indicatif de 0,5% pour les biocarburants
tère de l’économie et de la compétitivité, Institut Madri-
avancés (2G & 3G), avec possibilité d’adaptation par
lène de Développement (IMADE), Ville de Madrid
Etat membre
Pays-Bas : Province of Zeeland, Programme gouverne-
Niveau minimal de réduction des émissions de GES
mental OP Zuid, Ministère des Affaires économiques, de
par rapport aux carburants fossiles porté à 60% pour
l’agriculture et de l’innovation, Province de Gelderland
les nouvelles installations
Royaume-Uni : Biotechnology and Biological Sciences
Etablissement d’une liste de matières premières
Research Council, Carbon Trust’s Advanced Bioenergy
bases de biocarburants éligibles au multiple comp-
Directed Research Accelerator (incluant le Algae Bio-
tage
fuels Challenge de plusieurs millions de livres sterling)
Estimation nationale par les Etats membres des
Allemagne : programme « bioénergie et biocarburants »
émissions GES estimatives liées aux changements
du German Federal Ministry of Education and Research
d'affectation des sols indirects (CASI) pour chaque
(BMBF), Federal Ministry of Agriculture, Food, and Con-
culture dans les rapports à la Commission
sumer Protection
Tableau 12 – Le contexte des micro-algues en Europe

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 62
Juillet 2014

3.1.2 Les micro-algues en France


3.1.2.1 Production et consommation française de micro-algues et produits micro-algaux
La France dénombre aujourd’hui une petite centaine de sites de production de micro-algues, essentiellement dédiés à
la production de spiruline (80 producteurs en 2012, contre 3 producteurs en 2004 !) pour l’alimentation/nutrition.

La plupart d’entre eux sont situés dans le sud-est de la


France (Languedoc-Roussillon, PACA, Midi-Pyrénées),
comme indiqué sur la Figure 33.

Le volume de production français est en évolution cons-


tante et difficile à estimer. En 2008, la consommation de
Spiruline en France était estimé à 40 à 50 tMS/an, la pro-
duction française n’en couvrant que 10 à 20 %, soit 5 à
10 tMS/an, le reste étant couvert par l’import en prove-
nance d’Asie essentiellement [26]. En 2012, cette pro-
duction française était estimée par les producteurs à
20 tMS/an, toujours en croissance (croissance de
+10 %/an avancée par les producteurs [26]).

Cette spiruline est essentiellement séchée et vendue


telle quelle sous la forme de paillettes spiralées. Figure 33 – Répartition géographique des producteurs
de spiruline en France [27]
Quelques acteurs de l’industrie cosmétique et du luxe consomment également des micro-algues en petites quantités
pour leurs besoins propres. C’est le cas notamment de Daniel Jouvance (production d’Emiliana utilisée dans la formu-
lation de crèmes pour la peau), de Dior (groupe LVMH) ou encore Sephora (en partenariat avec Solazyme et sa gamme
AlgenistTM).

3.1.2.2 Principaux acteurs français positionnés sur les micro-algues


Le Tableau 13 ci-dessous récapitule les principaux acteurs français, tant centres de recherche publics que structures
privées, impliquées sur la chaine micro-algues, et ce par segment d’activité ou spécialité.

Pour plus de détails sur les différents acteurs et leurs activités, voir les documents « Algues, filières du futur ; Livre
Turquoise » (DGCIS, Trimatec, Adebiotech, 2010) et « La filière des macro-algues en France » (NetAlgae, 2012).

La France est l’un des premiers acteurs de la recherche dans le champ des micro-algues avec des organismes tels que
le CNRS (premier organisme de recherche avec 200 publications ou brevets), l’IFREMER et le CEA, des banques de
souches algales de rang mondial notamment à la Station biologique de Roscoff, et des plateformes technologiques
comme Défiµalgues et Héliobiotech. Elle se situe au 1er rang pour les publications et au 4ème rang pour les brevets
(données 2010). Par contre, elle ne représente que 5% des investissements sur les projets dans ce domaine. Ce chiffre
met en évidence le besoin d’améliorer le transfert des connaissances scientifiques vers l’industrie [28].

Figure 34 – Répartition des principaux centres de recherches positionnés sur les micro-algues en Europe [16]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 63
Juillet 2014

SEGMENT/ ACTIVITE CENTRES DE RECHERCHE INDUSTRIELS & ORGANISMES PRIVES


Pôles de compétitivité Trimatec, Mer
Bretagne, Mer Méditerranée, Indus-
Transverse tries et Agro-Ressources (IAR)
Fédération des Spiruliniers de France
Atlanpôle Blue Cluster de Nantes

Laboratoire d’Océanographie de Ville-


franche (CNRS/UPMC)
PBA (IFREMER)
Station biologique de Roscoff
(CNRS/UPMC)
INRA (Laboratoire de Biotechnologie de
Biologie, physiologie, éco-
l’environnement)
logie
FEME (Université de Caen/CNRS)
Université de Caen & IFREMER / Physio-
logie et Ecophysiologie des Mollusques
marins
Centre de recherche de la Tour de Valat
UNAM : laboratoire MMS

LB3M (CEA)
Biochimie, biologie molécu-
OOB (UPMC/CNRS)
laire
ENS

BIOCORE (INRIA)
Modélisation, optimisation INRA (LBE)
et contrôle GEPEA (Université de Nantes)
LGCB (Univ de Clermont-Ferrand)
Algosource (Algosource technologies,
GEPEA (Université de Nantes)
Alpha Biotech)
PBA (IFREMER Nantes)
Développement de procé- Greensea
CEA
dés, production et valorisa- Microphyt
tion d’algues autotrophes Innovalg
Soliance
ESETA
Fermentalg
Développement de INRA (LBE)
Roquette Frères
procédés de production et
valorisation d’algues
hétérotrophes
Sofiprotéol (dont Diester industrie)
Université de Bretagne-Sud / Labora-
Post-traitement et valorisa- Roquette Frères
toire de Biotechnologie et Chimie Ma-
tion de biomolécules al- rines (LBCM)
gales à valeur ajoutée M2P2 (Université d’Aix-Marseille)
Green (Université Avignon)
Airbus
CIRAD
EADS
Valorisation carburants / IFPEN
PSA Peugeot Citroën
énergie INRA / Laboratoire de Biotechnologie de
La Compagnie du Vent
l’Environnement
Naskéo
Saur
Traitement des déchets INRA / Laboratoire de Biotechnologie de
Naskéo
l’Environnement
Tableau 13 – Principaux acteurs français impliqués sur la filière micro-algues, par activité/spécialité

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 64
Juillet 2014

3.1.2.3 Principaux projets français de recherche et développement sur les micro-algues


Les principaux projets de R&D actuels, récemment terminés et prévus relatifs à la production de micro-algues sont
fournis en Annexe 2 - Principaux projets français de R&D. Les installations commerciales comme les installations de
production de Spiruline ne sont pas référencées.

En France, la dynamique des micro-algues s’est notamment traduite par la mise en place de l’Institut d’Excellence
pour les Energies Décarbonées « Green Stars », soutenu par cent experts internationaux du domaine, et finalement
labellisé en 2011 par le Commissariat Général à l’Investissement, après qu’un jury d’experts internationaux l’ait sélec-
tionné. Cet institut permettait d’installer les recherches sur les micro-algues dans la durée, et surtout d’associer le
monde académique et le tissu industriel autour de projets innovants. Le réseau d’experts pluridisciplinaires (la majori-
té des grands établissements publics de recherche étaient partenaires) et de plateformes innovantes, garantissait la
cohérence nécessaire pour synchroniser et rationnaliser les développements à l’échelle nationale. L’initiative a fait
école, et des consortiums similaires sont en cours de montage dans d’autres pays (Allemagne, Royaume-Uni, etc.).
L’annonce de l’arrêt du financement de cet IEED suite au retrait de certains industriels de l’énergie laisse à ce jour
planer une incertitude sur le devenir de la filière micro-algues française, avec un risque de morcellement des efforts
de recherche.

3.1.3 Estimation des tailles de marchés potentiels pour les micro-algues françaises à
2030

3.1.3.1 Segmentation des produits micro-algaux


Si, comme expliqué dans les paragraphes précédents, le potentiel génétique et physiologique des algues est extrê-
mement vaste et que de très nombreuses biomolécules aux applications multiples sont susceptibles d’être isolées et
produites par des algues dans les décennies à venir, la présente étude ne peut appuyer une analyse quantitative que
sur des produits algaux connus et déjà identifiés comme significatifs en termes de volumes de marché. Les 11 catégo-
ries suivantes de produits micro-algaux ont été considérées pour cette étude:
Biocarburants : Alimentation et nutrition animale :
- Biodiesel - Huiles pour alimentation des poissons
- Bioéthanol - Farines pour alimentation des poissons
- Biogaz - Algue entière comme nourriture ou additif
Alimentation et nutrition humaine : nutritionnel pour bétail
- Algue entière comme complément alimen- Pharmaceutique et cosmétique : ω3
taire (type spiruline) Chimie : plastiques biosourcés
- ω3 pour la nutrition infantile et les com-
pléments alimentaires
- Pigments comme colorants alimentaires

3.1.3.2 Méthodologie employée


La plupart de ces produits algaux n’étant pas encore commercialisés, ou à une échelle anecdotique, cet exercice de
prospective demeure particulièrement délicat. L’objectif de cette analyse est donc de mieux appréhender le potentiel
de ces marchés à travers l’estimation d’ordres de grandeurs cohérents, en analysant les résultats avec toutes les
précautions nécessaires. Cette analyse de marché comporte quatre étapes :

L’analyse du marché actuel correspondant au produit algal considéré


La projection de la taille de ce marché à 2030
L’estimation de la part de marché que les algues pourraient prendre
L’estimation de la part de ce marché algal susceptible d’être produite par la France

L’analyse du marché actuel correspondant au produit algal considéré inclut des informations sur la taille, la segmen-
tation, le dynamisme du marché, etc. Le périmètre de référence retenu est ici le marché Européen, bien que la taille
et la dynamique du marché mondial soient également renseignées pour information. Ce périmètre permet de se rac-
crocher à des données de marché relativement connues et de faire une première analyse sur ces ordres de grandeur,
même si dans un certain nombre de cas, des flux d’import/export hors Europe viendront moduler les débouchés dis-
ponibles. En fonction des données disponibles, cette évaluation est faite en valeur ou en volume, avec des données
d’évolution sur les années précédentes. Enfin, cette analyse du marché actuel inclut une évaluation du coût du pro-
duit actuellement disponible sur le marché.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 65
Juillet 2014

La projection de la taille de ce marché à 2030 se fait sur la base d’un taux de croissance sur la période 2014-2030,
généralement estimé à partir des taux de croissance annuels actuels connus.

L’estimation de la part de marché que les algues pourraient prendre a là encore pour objectif d’aller un cran plus loin
que les études précédentes. Vu la grande incertitude pesant sur la compétitivité économique des solutions algales à
2030, la plupart des publications raisonnent sur la base d’une part de marché arbitraire, dans une approche
« si … alors … » (par exemple « si les algues fournissaient 10% du marché, alors la taille du marché serait de… »). Dans
cette étude, la part de marché pour les algues est estimée au cas par cas à travers l’analyse de différents facteurs tels
que :

La pertinence technique (voire économique) du produit algal, avec mention des études scientifiques validant ou
non la faisabilité technique ou mérites d’une substitution d’un produit conventionnel par un produit algal,
Les volumes actuels de production algale pour le marché analysé (si disponibles),
Une estimation du caractère différenciant ou non pour le consommateur du caractère « bio-sourcé » du produit
(« prime verte » éventuellement donnée aux produits algaux), etc.

L’estimation de la part de ce futur marché algal Européen susceptible d’être produite par la France. L’application de
ce dernier coefficient, particulièrement incertain, s’appuie sur la part de production française actuelle lorsque cela est
possible et, le plus souvent, sur des parts de marchés françaises connues pour des secteurs d’activités connexes et
matures.

3.1.3.3 Résultats
Le passage d’un volume de marché conventionnel Européen à 2030 à un potentiel marché pour des algues françaises
est un exercice pour le moins difficile, ne serait-ce que parce que les parts de marchés réellement prises par les pro-
duits issus d’algues dépendront complètement de leur compétitivité avec les autres produits en compétition sur
chaque marché et sous-segment de marché (que ce soit les produits conventionnels ou d’autres produits bio-sourcés).
L’exercice n’a pas conséquent pas d’autre prétention que celle de donner des ordres de grandeurs sur la base
d’hypothèses à la fois ouvertes et totalement transparentes.

La synthèse de cette analyse est présentée en Figure 35, en utilisant une échelle logarithmique afin de palier à plu-
sieurs ordres grandeur d’écart, tant entre produits qu’entre les différents périmètres marché estimés pour un produit
donné. L’ensemble de l’analyse est fournie en Annexe 3 – Analyse des marchés des produits algaux non énergétiques.

Estimation Marché Europe 2030 conventionnel


Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux
Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux français
1 000 000
180 000

100 000

10 000 4 000

600 850 560


1 000

85 100
100

15 20
10 6
10
3 4

1
0,2

0
0,1

0
Algues entières Huiles pour poisson ω3 Pigments Bioplastiques

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 66
Juillet 2014

Figure 35 – Estimation en kt/an des tailles de marché conventionnels Europe, produits micro-algaux Europe et pro-
duits micro-algaux produits par la France à 2030 (échelle logarithmique)

Ces estimations donnent une idée des volumes maximaux envisageables pour les produits algaux non énergétiques à
horizon 2030 sur la base des informations disponibles aujourd’hui. A nouveau, les parts de marché réelles prises par
les algues dépendront de la compétitivité des produits concernés et les volumes associés pourront être modulés par
d’éventuelles exportations hors zone Europe. Les ordres de grandeur affichés permettent d’ores et déjà de mettre le
doigt sur le caractère fini de ces opportunités et de leur hétérogénéité.

3.2 La filière macro-algues

3.2.1 Les macro-algues dans le monde


3.2.1.1 Production et consommation mondiale
Au niveau mondial, la production de macro-
algues a atteint 16 Mt d’algues fraiches en
2012 pour une valeur de 5 milliards d’euros
[11], soit un marché bien plus mature et
conséquent en volume que celui des micro-
algues.

Le marché est en croissance (croissance de 5


à 15 %/an depuis 10 ans [29] ; 14,3 Mt en
2010 [5] soit une hausse de 12% en 2 ans), les
volumes de production ayant sensiblement
augmenté sur la dernière décennie notam-
ment à travers l’entrée de la Chine sur le
marché et le développement de très grandes Figure 36 – Evolution de la production mondiale de macro-
installations d’aquaculture. algues depuis les années 60 [4]

3.2.1.1.1 Types d’algues


96% du volume mondial de production et 96% de la valeur des produits est concentré sur 9 espèces de macro-algues
(données FAO 2010 reprises par [30] en 2012) dont les principales sont :

Laminaire du Japon, Konbu (Laminaria japonica), algue la plus cultivée au monde (5,2 Mt en 2010)
Eucheuma spp. (3,5 Mt)
Kappaphycus alvarezii (1,9 Mt)
Wakamé (Undaria pinnatifida – 1,5 Mt)
Graciliaire commune (1,1 Mt)
Nori (Porphyra sp. - 1,1 Mt)

3.2.1.1.2 Principaux marchés


La répartition en valeur des débouchés mondiaux est, d’après [11] :

89% de cette production dédiés aux marchés de l’alimentation, essentiellement sous forme d’algues entières
pré-séchées (pré-fanées sur site à 70% de matière sèche),
7% aux marchés de la chimie fine et
4% à la production d’hydrocolloïdes.

Comme expliqué plus loin, cette répartition est inverse à celle de la France.

3.2.1.1.3 Mode de production


Là encore, la situation est inversée par rapport à la France. En effet, 93% de la production mondiale est aujourd’hui
issue de l’aquaculture contre 7% seulement de récolte d’algues sauvages.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 67
Juillet 2014

3.2.1.1.4 Localisation de la production mondiale


En 2010 [30] :

70-75% de la production mondiale de


macro-algues provenaient de la Chine,
avec 10,1 Mt (5,2 Mds $)
20-25% supplémentaires provenaient
d’autres pays asiatiques, respective-
ment : Indonésie et Philippines (colloïdes
principalement, voir Figure 38), Répu-
blique de Corée et Japon.
5% restant en provenance d’Europe et
d’Amérique (du Sud principalement), qui
cherchent à développer une production
à grande échelle. Figure 37 – Principaux pays producteurs de macro-algues
(production en Mt/an en 2010) [29]
D’autres régions présentent des conditions favorables à la production de macro-algues (Amérique du Nord, Afrique du
Sud, Océanie), bien que cette dernière y soit pour l’instant négligeable (cf. Figure 38 ci-dessous).

Figure 38 – Zones propices à la culture de macro-algues (cercles) et part de la production en 2012 (%) [4]

Les flux d’importation représentent plus de 2 Mt pour une valeur de près de 770 M$ [30].

Si la Chine est le principal producteur mondial, il est également premier importateur (37% des importations
mondiales), ses volumes de production ne suffisant pas à répondre à la demande intérieure, suivis du Japon
(16%), des Etats-Unis et de la France.
En termes d’exportations, le leader mondial est l’Indonésie (32%), suivi du Chili et de la Chine (11%).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 68
Juillet 2014

3.2.1.2 Caractérisation de ces marchés


Le Tableau 14 donne des informations plus précises sur les principaux produits micro-algaux : ordres de grandeurs de
prix de vente et de taille de marché, maturité du marché et potentiel intérêt pour de nouveaux entrants.

Produits Taille du marché Prix de vente Maturité du marché Potentiel d’évolution et intérêt
mondial (€/kg MS)
Mature, fortement Marché relativement stable,
Alginates 35-40 kt/an ~10 concurrentiel, fortes croissance à la marge (1-2%/an)
barrières à l’entrée mais surcapacité de production.
~200 (très
Polyphénols dépendant de la Mature
qualité)
Non mature
Fucoxanthine Marché de niche ~3000 Très verrouillé (nom- Marché en croissance
breux brevet)
Substituts de
sels (miné- Marché de niche < 10 Non mature Marché en croissance
raux)
16 Mtfraiches/an
Vrac : ~50 Marché asiatique en croissance
Algues Très gros marché
Sachet 50g : Mature en Asie Marché français à construire
légumes asiatique, Marché
~80-100
français de niche
Tableau 14 – Caractérisation des principaux marchés des produits macro-algaux [11], [30], [13]

3.2.1.3 Analyse du contexte dans quelques pays clés


Comme pour les micro-algues, cette section donne une vision synthétique de l’environnement des macro-algues dans
quelques-uns des principaux pays producteurs. Comme présenté au paragraphe 3.2.1.1, ces pays sont pour la plupart
asiatiques. La filière macro-algues étant plus mature que la filière micro-algues, on s’attache ici principalement à dé-
crire les principaux leviers ou conditions ayant permis leur développement, plutôt que les projets de R&D ou méca-
nismes incitatifs. Ces éléments sont principalement issus du rapport du projet BREIZH’ALG publié en 2013 [29].

3.2.1.3.1 Chine
La Chine est de loin le premier producteur (59% en 2010 [29]) et consommateur mondial (61% en 2010[29])) de ma-
cro-algues. 99% du marché chinois sont représentés par 4 espèces : la Laminaire du Japon (57% de la production), la
Gracilaire commune, le Wakamé et Nori (~14% chacune). Ces algues sont consommées en alimentation humaine,
comme légume ou condiment (intégration dans des soupes, etc.). Les principaux facteurs sous-tendant cette position
dominante sont les suivants :

Une consommation culturelle d’algues, profondément ancrée dans les habitudes culinaires. Les macro-algues
sont utilisées comme des légumes, en accompagnement, et sont appréciées pour leurs qualités nutritives. La
consommation individuelle moyenne est de 8 kg/personne/an.
Un parc de consommateurs énormes : une population d’1,381 milliard d’habitants, en croissance.
Des surfaces de production importantes.
Une production historique avec des techniques de production maitrisées.
Une main d’œuvre bon marché.

Portée par la croissance de la population, la consommation continue d’augmenter. Les sites de production sont quant
à eux saturés, phénomène compensé par une augmentation des importations (1er importateur mondial). La pollution
croissante des eaux territoriales entraine également une hausse des coûts de production, si ce n’est des problèmes
sanitaires.

3.2.1.3.2 Japon
Le Japon était en 2010 le 4e consommateur mondial (5 %), 5e producteur (3 %) et 2e importateur (16 %) mondial de
macro-algues [29]. 90 % du marché japonais sont représentés par 2 espèces : Nori (66 % de la production), notam-
ment utilisée pour la confection de Makis, et la Laminaire du Japon. La encore, le développement de la filière trouve
ses racines dans les habitudes alimentaires des japonais, avec une consommation individuelle moyenne de
7 kg/habitant/an et une faible sensibilité du consommateur au prix du produit [29]. Contrairement à la Chine, le mar-

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 69
Juillet 2014

ché est ici en décroissance, en corrélation directe avec une décroissance de la population depuis 2005. Les coûts de
production japonais étant aujourd’hui supérieurs au prix des algues importées (de Chine notamment), la production
japonaise de macro-algues devrait suivre la consommation et décroître à moyen terme.

3.2.1.3.3 Indonésie
L’Indonésie était en 2009 le 2e producteur mondial (16 %), 2e consommateur (13 %) et 1er exportateur mondial de
macro-algues (32 % des flux). 87% du marché est centré sur la production d’Euchema spp [29]. Ces algues sont culti-
vées et non récoltées à l’état sauvage. Contrairement à la Chine et au Japon, et à l’instar de la France, la production
indonésienne de macro-algues sert le marché des colloïdes, et notamment de carraghénanes utilisés somme stabili-
sants, émulsifiants et gélifiants dans l’agro-alimentaire, tandis que la consommation individuelle en alimentation reste
faible.

Comme ses voisins du nord de l’Asie, l’Indonésie bénéficie d’importants espaces littoraux, cette fois peu exploités,
d’un climat propice et d’une main d’œuvre bon marché. La culture algale s’y est imposée comme une nouvelle source
de revenus pour les familles qui n’arrivaient plus à vivre de la pêche [29].

3.2.1.3.4 Chili
Le Chili est le premier producteur de macro-algues non asiatique, à la 6e place en 2010 avec 2 % de la production
mondiale, derrière la Chine, l’Indonésie, les Philippines, la Corée du Sud et le Japon [29]. Là encore, la production est
concentrée sur deux catégories d’algues : le genre Lessonia (~60 %) et les gracilaires (~10 %). Comme l’Indonésie, le
Chili a une production orientée sur la production de colloïdes à l’export (2e exportateur mondial) et une consomma-
tion domestique d’algues légumes faible [29]. Le Chili s’est intéressé tôt aux macro-algues en raison d’une utilisation
traditionnelle (« cochayuyo ») aujourd’hui en déclin mais compensée ces dernières années par des investissements
étrangers dans l’aquaculture et le développement d’une expertise de recherche au sein d’instituts locaux.

3.2.2 Les macro-algues en France


3.2.2.1 Production et consommation actuelles de macro-algues en France
En 2012, environ 95 000 tonnes d’algues fraîches (un peu plus de 14 000 tMS) ont été produites et récoltées sur le
territoire français, soit environ 0,6% de la production mondiale (16 Mt/an de matière fraîche soit environ 2,4 MtMS/an).
La France se situe malgré cela autour du 10e rang des pays producteurs au monde, 2e en Europe derrière la Norvège.

3.2.2.1.1 Types d’algues


La majorité des algues récoltées sont des
algues brunes, 95 % de la production étant
concentrée sur 2 groupes d’espèces : les
Laminaires (75 % de la production : 60 % de
Laminaria digitata avec 57 000 tonnes en
2012 et 15% de Laminaria hyperborea avec
14 000 tonnes en 2012) et Fucales (6 % de la
production, essentiellement Fucus spp. et
Ascophylum nodosum) [29].

La Figure 39 ci-contre donne les quantités


d’algues et de plantes de bord de mer bre-
tonnes (localisation de 90 % de la production
nationale) transformées par les entreprises
de la Chambre Syndicale des Algues et Végé-
taux Marins publiés en 2008 (en tonnes).
La Chambre Syndicale des Algues et Végé-
taux Marins regroupe une majorité de pro-
ducteurs, récoltants et exploitants la bio-
masse algale en Bretagne et permet de
suivre l’évolution des biomasses récoltées et Figure 39 - Tonnages d’algues et de plantes de bord de mer bretonnes
donc transformées au cours des années et transformées par les entreprises de la Chambre Syndicale des Algues
selon les espèces. et Végétaux Marins publiés en 2008

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 70
Juillet 2014

3.2.2.1.2 Principaux marchés


Ces algues servent très majoritairement le marché des hydrocolloïdes (90-95 % [31]), et notamment des alginates. Les
phycocolloïdes (alginates et carraghénanes) extraites des algues récoltées en Bretagne représentent environ 20% du
marché mondial. Deux entreprises multinationales Dupont-Danisco et Cargill, installées en Finistère Nord, assurent
cette transformation.

Le second marché est celui de l’algue alimentaire (algues fraiches, séchées, marinades et autres produits aux algues)
avec 12 espèces autorisées dans l’alimentation humaine.

Certaines espèces renferment aussi des composés actifs utilisés dans l’industrie pharmaceutique, cosmétiques et en
thalassothérapie. Enfin, d’autres espèces d’algues brunes renferment des composés actifs exploités dans la filière
agricole en tant qu’éliciteur (stimulation des défenses naturelles des plantes pour lutter contre les ravageurs).

3.2.2.1.3 Mode de production


La récolte d’algues sauvages représente l’écrasante majorité de cette production, seules 50 tonnes d’algues provenant
de l’algoculture [32]. Environ 90 % de cette récolte se fait en mer à l’aide de navires goémoniers, les 10 % restants
étant ramassés sur les plages par des récoltants à pied (environ 6000 t/an).

Les 50 tonnes cultivées concernent deux espèces principalement : Undaria pinnatifida (Wakamé) et Saccharina latis-
sima (Kombu) destinées à des marchés à haute valeur ajoutée (alimentaire, cosmétique…).

3.2.2.1.4 Localisation de la production française


La récolte de macro-algues s’opère quasi-exclusivement le long des
côtes Bretonnes (90 %), notamment dans le Finistère et les Côtes
d’Armor, où les champs d’algues sont les plus importants d’Europe
(cf. Figure 40). Cette répartition est identique pour les sites de
cultures, avec 9 sites situés en Bretagne sur les 10 sites identifiés
en France, le 10e site se trouvant en Charente Maritime. La surface
totale dédiée à la culture d’algues en mer et à terre représente
aujourd’hui 85 hectares (cf. Figure 41) et augmentera d’ici 2016 à
185 hectares (avec le projet ALGOLESKO [33] et le passage de 50 à
150 ha de culture de Saccharina latimissa pour un objectif final de
5 à 7000 tonnes d’algues par an – poids humide).

La consommation française de macro-algues est environ 2,5 fois


supérieure à sa production avec environ 180 000 t consommées en
2011, ce qui place la France au 9e rang des pays consommateurs
avec environ 1 % de la consommation mondiale [29].

Cet écart entre production et consommation est compensé par des


importations, principalement en provenance du Chili (27 %), des
Philippines (22 %), de la Tanzanie (17 %). En 2011, ces dernières se
chiffraient à environ 18 000 tonnes, soit environ 125 000 tonnes
équivalent frais, pour une valeur de 22,4 M€ [29].

Une partie de la production française est également exportée,


principalement à destination de ses voisins Européens (79 %) : un
Figure 40 – Zones de production (culture et
peu moins de 3000 tonnes, soit environ 20 000 tonnes équivalent
récolte) de macro-algues en France [32]
frais, exportées en 2011 pour une valeur de 9 M€ [29].

Ces chiffres ne prennent pas en compte la récolte d’algues vertes issues de marées vertes au printemps. Cette der-
3
nière biomasse, si échouée, est considéré comme un déchet. En 2012, 46 000 m d’algues vertes-déchets ont été col-
lectés sur les plages par les collectivités locales (pour amendement de terres agricoles), mais les possibilités de valori-
sation de ces algues échouées restent limitées par leur rapide putréfaction (source d’émissions de sulfure
d’hydrogène) et le caractère saisonnier de la ressource. Toutefois, une nouvelle voie de valorisation de cette biomasse
verte est en cours. La Société OLMIX récolte la biomasse dans la colonne d’eau (avant échouage) et cherche à valori-
ser la matière fraiche dans la filière de l’alimentation et la santé animale. La société OLMIX estime à 80 000 tonnes le
gisement d’algues vertes pouvant être récoltées avant échouage pour être valorisées.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 71
Juillet 2014

Sociétés Espèces Surface (ha)


U. pinnatifida, S. latissima, 12
CWeed aquaculture A. esculenta, U. armorica
U. pinnatifida, S. latissima, 7
Aleor A. esculenta
U. pinnatifida, S. latissima, 6
CEVA A. esculenta, U. armorica
U. pinnatifida, S. latissima, 4
Bioocéan A. esculenta

France Haliotis S. latissima, A. esculenta 1

Algues et Mer U. pinnatifida, A. armata 4

Keratry Autres .018

S. latissima 50
Algolesko (2016 : 150)

Talibreihz P. palmata 1.5

Innovalg C. crispus ?

85
Somme 7 espèces
(2016 : 185) ha

Figure 41 – Sites de culture de macro-algues en France et tonnages associés (IFREMER)

3.2.2.2 Principaux acteurs français positionnés sur les macro-algues


On compte 36 bateaux licenciés pour effectuer la récolte d’algues en mer. Les goémoniers embarqués sur les navires
ont un statut de pécheur et sont affiliés à l’Établissement National des Invalides de la Marine (ENIM) et bénéficient de
tous types de droits sociaux (assurance maladie, retraite, allocations familiales…). Ces récoltants ont souvent une
double activité, celle de pêche (poisson ou coquille) et celle de goémonier, afin d’optimiser leurs activités tout au long
de l’année.

On compte plus de 300 récoltants d’algues de rive. Ces goémoniers se retrouvent sous deux statuts possibles : les
récoltants professionnels au nombre d’une vingtaine (emploi annuels, affiliés à l’ENIM ou la MSA) ou les récoltants
occasionnels (employés par les entreprises de transformation uniquement pendant les périodes de récolte autorisés)
qui doivent être liés à une entreprise souvent sous forme de Titre Emploi Simplifié Agricole (TESA). Le chiffre d’affaires
de la récolte de rive était estimé à environ 300 000 € en 2008 [34].

Au niveau de la transformation des algues, environ 70 établissements bretons fabriquent ou commercialisent des
produits à partir d’algues et de végétaux marins, ce qui représentait 1 635 emplois en 2007 (hors agro-alimentaire)
pour un chiffre d’affaire total évalué à 424 M€ [5]. Ces entreprises incluent les deux producteurs historiques de col-
loïdes ainsi que de nombreuses PME travaillant sur des applications alimentaires, cosmétiques, pharmaceutiques, etc.
[31].

Environ 85% des entreprises produisant et transformant des macro-algues en France sont concentrées en Bretagne,
dont 95% des industriels producteurs d’hydrocolloïdes [31].

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 72
Juillet 2014

Le Tableau 15 récapitule les principaux acteurs français, tant centres de recherches publics que structures privées,
impliquées sur la chaine macro-algues, et ce par segment d’activité ou spécialité.

SEGMENT/ ACTIVITE CENTRES DE RECHERCHE INDUSTRIELS & ORGANISMES PRIVES


IFREMER Chambre Syndicale des Algues et des Végé-
Centre d’Etude et de Valorisation des taux Marins (organisation professionnelle)
Algues (CEVA) Syndicat des récoltants d’algues (à terre)
AGROCAMPUS OUEST Syndicat Carragéen
Transverse
Synergie Mer Et Littoral (SMEL) Légumiers de la Mer (association
d’algoculteurs à vocation coopérative)
Bretagne Développement Innovation (agence
de développement de la région Bretagne)

Station biologique de Roscoff


Biologie marine, Station biologique de Concarneau
biochimie, physiolo- Université de Bretagne Occidentale
gie, écologie des Université de Caen & IFREMER / Unité
macro-algues Mixte de Recherche Physiologie et Eco-
physiologie des Mollusques marins

Institut Universitaire Européen de la


Cartographie et
Mer (IUEM) de l’Université de Brest /
Suivi des popula-
Laboratoire des sciences de
tions
l’environnement marin (LAMAR)
Modélisation des
IFREMER
éco-systèmes marins
Parc naturel marin d’Iroise

35 navires goémoniers
Récolte de macro-
20 récoltants professionnels et 300 récoltants
algues
occasionnels récoltant les algues de rives

Centre d’Etude et de Valorisation des Une douzaine d’entreprises en Bretagne (cf.


Culture de macro-
Algues (CEVA) Figure 42) dont : CWeed aquaculture, ALEOR,
algues
Algolesko, BioOcéan, TaliBreihz, etc.

Station Biologique de Roscoff - CNRS 60 à 70 entreprises de transformation en


Transformation des Bretagne (cf. Figure 43 pour les principales)
Université de Bretagne-Sud / Labora-
algues et valorisa- Dans le Sud : Poletto (150 tMS/an de nourri-
toire de Biotechnologie et Chimie Ma-
tion des biomolé- ture pour volaille), Novapharm (2,5 tMS/an de
rines (LBCM)
cules algales gélules amincissantes)
Centre de Recherche Mèze Hérault
(CEREMHER)

IFREMER
Aspects écono-
miques, juridiques Institut Universitaire Européen de la
et politiques des Mer (IUEM) de l’Université de Brest /
espaces marins et Unité Mixte Aménagement des Usages
littoraux des Ressources et des Espaces marins et
littoraux (AMURE)
Tableau 15 – Principaux acteurs français impliqués sur la filière macro-algues, par activité/spécialité

Les Figure 42 et Figure 43 présentent plus en détail les différents acteurs privés impliqués dans la production et la
transformation de macro-algues en Bretagne. Pour plus de détails sur les différents acteurs et leurs activités, voir par
exemple les documents « Algues, filières du futur ; Livre Turquoise » (DGCIS, Trimatec, Adebiotech, 2010) et « La fi-
lière des macro-algues en France » (NetAlgae, 2012).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 73
Juillet 2014

Figure 42 - Principaux acteurs Bretons impliqués dans la production de macro-algues (adapté de [5])

Figure 43 - Principaux acteurs Bretons impliqués dans la transformation de macro-algues (adapté de [5])

3.2.2.3 Principaux projets français de recherche et développement sur les macro-algues


Les principaux projets français de R&D actuels, récemment terminés et prévus relatifs à la production de macro-algues
sont fournis en Annexe 2 - Principaux projets français de R&D. Les activités commerciales ne sont pas référencées.

Le principal projet, intitulé IDEALG (Investissements d’Avenir, ANR), pour un budget global de 36 M€ sur 10 ans, réunit
entreprises et chercheurs pour développer la filière des macro-algues en France. Débuté en 2011, IDEALG réunit les
principaux industriels du domaine (3 algoculteurs, 2 exploitants d’algues dont une multinationale et un centre tech-
nique des algues) ainsi que 12 centres de recherche et universités en pointe dans le domaine. Plus de 100 personnes
se sont engagées dans le projet IDEALG et plus de 25 personnes sont employées. Il ne fait aucun doute qu’IDEALG
contribuera à dynamiser et à donner de la visibilité à la filière au niveau national mais également au niveau européen
et international. L’expertise spécifique du consortium sur la chimie et la génétique des algues accélérera le transfert
de connaissances pour introduire les biotechnologies dans la filière des macro-algues et donner à la France un statut
de référence en Europe. Ce projet permettra de progresser sur de nombreux verrous spécifiques à ce secteur : les

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 74
Juillet 2014

freins économiques, la maitrise des cultures, les contraintes d’espace et les craintes d’impact de cultures sur les popu-
lations naturelles qui limitent aujourd’hui le développement de la filière.

3.2.3 Estimation des tailles de marchés potentiels pour les macro-algues françaises à
2030
3.2.3.1 Segmentation des produits macro-algaux
Pour les macro-algues, 4 produits ont été considérés :

Biocarburants : Algue entière pour alimentation humaine


- Bioéthanol Colloïdes pour l’agro-alimentaire
- Biogaz

3.2.3.2 Résultats
La méthodologie employée pour cet exercice est la même que Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux
pour les micro-algues (cf. 3.1.3.2 page 65). Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux français

A nouveau, on considère que les marchés énergétiques ne sont 100

pas plafonnés.
47

Le détail des analyses menées (informations sous-tendant les


24
hypothèses retenues, résultats intermédiaires) sont fournis en
Annexe 3 – Analyse des marchés des produits algaux non éner-
gétiques. La synthèse de cette analyse est présentée en Figure
44, en utilisant une échelle logarithmique afin de palier à plu- 10
sieurs ordres grandeur d’écart, tant entre produits qu’entre les
différents périmètres marché estimés pour un produit donné.
Contrairement à la figure équivalente proposée pour les micro- 2,3
ère
algues (Figure 35 page 67), la 1 colonne (bleu foncé) affichant
le marché Europe 2030 conventionnel est ici manquante, les
produits macro-algaux étant suffisamment matures pour que les
1
marchés estimés soient déjà des marchés spécifiques aux algues.

L’ensemble de l’analyse est fournie en Annexe 3 – Analyse des


marchés des produits algaux non énergétiques. 0,2

Ces estimations donnent une idée des volumes maximaux envi-


sageables pour les produits macro-algaux non énergétiques à
0
horizon 2030 sur la base des informations disponibles au- Algues légumes Colloïdes
jourd’hui. Tout comme pour les micro-algues, les parts de mar-
ché réelles prises par les algues dépendront de la compétitivité Figure 44 - Estimation en kt/an des tailles de
des produits concernés et les volumes associés pourront être marché Europe 2030 pour les produits macro-
modulés par d’éventuelles exportations hors zone Europe. Les algaux (échelle logarithmique)
ordres de grandeur affichés permettent d’ores et déjà de mettre
le doigt sur le caractère fini de ces opportunités.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 75
Juillet 2014

4 Potentiel physique de production et de valorisation des algues


en France à horizon 2030
La suite de ce document présente la méthodologie proposée pour mieux évaluer le potentiel de production de micro-
et macro-algues en France, ainsi que les résultats obtenus. C’est donc un exercice de prédiction délicat, pour les mi-
cro-algues encore très peu cultivées dans l’hexagone mais également pour les macro-algues sachant que les études
d’impact de cultures et de récolte en mer et sur estran n’ont été entreprises que récemment.

Pour les cultures de micro et macro-algues, il s’agit avant tout d’éviter les travers caractéristiques d’un engouement
trop rapide, où les potentialités des algues sur divers plans (taux de croissance de la biomasse, teneur en lipides, te-
neur en protéines, etc.) sont souvent naïvement conjuguées sans prendre en compte leur mutuelle exclusion. En effet,
il n’est pas possible d’avoir à la fois des taux de croissance forts et des teneurs en carbone de réserve élevées, de
même qu’une carence en azote fait augmenter la teneur en lipides ou en sucres, mais fait aussi chuter la teneur en
protéines. Le développement de modèles numériques intégrant l’effet du flux solaire incident, à la fois sur la photo-
synthèse et sur la température du milieu de culture permet aujourd’hui de cerner le potentiel de façon plus ration-
nelle. Cette approche est ici déployée pour proposer des chiffres plus réalistes, et plus en accord avec des essais à
l’échelle 1:1, chiffres souvent en deçà des productivités peu réalistes proposées par certaines publications.

Cette étude vise à déterminer le potentiel français de ressources algales, principalement pour les marchés de l’énergie
et la chimie du végétal, à horizon 2030.

Il s’agit avant tout d’évaluer un potentiel physique de production, afin de savoir de quelle marge de manœuvre de
production disposerait la France en considérant les solutions algales compétitives sur leurs marchés respectifs.
L’objectif n’est donc pas de projeter et d’évaluer la compétitivité de chaque solution algale à 2030 (tant la multiplicité
et la complexité des chaines de production que la grande incertitude pesant sur les coûts de production due à la faible
maturité de la filière rendraient l’exercice particulièrement hasardeux) mais bien, sur la base des ressources physiques
disponibles et de l’analyse des marchés concernés, d’estimer des ordres de grandeur réalistes de ce que la France
pourrait produire au maximum, tant en termes de biomasse qu’en termes de produits susceptibles d’en découler.

4.1 Méthodologie employée


Cette section décrit la méthodologie employée pour la phase de modélisation du potentiel algal français. Le péri-
mètre retenu est le suivant:

Le périmètre géographique inclus l’ensemble du territoire français, métropole et DOM-COM inclus.


Le périmètre des algues considérées inclus à la fois les micro-algues (auto- et hétérotrophes) et les macro-
algues.
Le périmètre des secteurs et applications considérés pour les produits algo-sourcés, s’il est centré sur l’énergie
et la chimie, est élargi aux secteurs agroalimentaire, cosmétique et pharmaceutique, débouchés d’intérêt ma-
jeur pour les produits et co-produits algaux, comme présenté en Partie 1 de ce rapport.

La modélisation repose sur plusieurs principes généraux décrits ci-dessous.

La modélisation de divers scénarios indépendants : comme décrit en Partie 1 de ce rapport, les chaînes de produc-
tion de produits algo-sourcés se doivent d’être conçues de manière intégrée et tant les espèces utilisées que les sys-
tèmes de culture, types d’intrants et technologies d’extraction et transformation seront sélectionnés et articulés au
cas par cas en fonction des produits visés. La productivité même des unités de production d’algues dépend par consé-
quent du ou des produits visés. S’il n’est pas possible aujourd’hui de connaître précisément l’arbitrage qui sera fait
entre toutes les filières algales et les différents produits potentiels, il est possible d’estimer le potentiel maximal de
production d’algues selon différents scénarios indépendants dans lesquels la production française est orientée préfé-
rentiellement vers un type de débouchés ou un autre. Ces différents scénarios sont présentés dans le Tableau 16 au
paragraphe 4.1.1.1.

Pour chaque scénario, le calcul d’un potentiel physique maximal mais réaliste, et ce grâce à deux composantes es-
sentielles de la méthodologie :

Les différents algorithmes intégrés à la plateforme In@algae, qui à travers des prédictions de croissance non
uniquement basés sur l’ensoleillement (comme la plupart des calculs généralement réalisés) mais sur un cou-

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 76
Juillet 2014

plage dynamique « ensoleillement-température », permettent une prise en compte réaliste de l’équilibre entre
productivité en biomasse et accumulation de biomolécules, notamment de lipides (voir le paragraphe 4.1.1.2
pour plus de détails sur les modèles utilisés).
La prise en compte, au-delà du climat, de contraintes liées à la disponibilité des terrains et la présence ou non
des ressources nécessaires à la culture des algues, notamment les sources de carbone et de nutriments (voir 
pour plus de détails sur les couches limitantes utilisées), qui permettent d’aller au-delà d’un potentiel purement
climatique sans aucune réalité de terrain.

Une projection partielle des résultats à horizon 2030 : la modélisation du potentiel algal repose ici sur une approche
géographique à travers des calculs de productivité en chaque point du territoire français. L’éligibilité des terrains et la
présence ou non de ressources en carbone et nutriments sont par conséquent conditionnées par l’affectation actuelle
des sols et la localisation actuelle des sources de CO2 et de nutriments. L’année de référence choisie, commune aux
différentes bases de données utilisées, est l’année 2012. S’il est impossible de connaître aujourd’hui le nombre et la
localisation exacte de ces sources en 2030, une projection du nombre de sources de CO2 (paramètre particulièrement
limitant) à prévoir à cet horizon de temps a été réalisée sur la base des tendances actuelles afin de projeter les résul-
tats obtenus. L’évaluation des marchés est également projetée à 2030 (cf. point suivant).

Une confrontation de ce potentiel orienté « ressources » à la réalité des marchés, à travers une évaluation, pour
chaque segment de marché sélectionné, de la taille du marché à horizon 2030, de la part que les algues pourraient
représenter dans la fourniture de ces marchés et de la part que la France pourrait prendre dans la production de ces
algues.

L’analyse passe par trois grandes étapes méthodologiques détaillées aux paragraphes suivant:

L’estimation du potentiel physique maximum de production de biomasse micro et macro-algale


Le passage du volume de biomasse algale aux volumes des principaux types de produits algaux
La modulation éventuelle des résultats par une analyse de divers paramètres d’influence, notamment une ana-
lyse préliminaire de la taille des marchés des produits algo-sourcés

4.1.1 Estimation du potentiel physique maximum de production de biomasse algale


Cette première étape, centrale, consiste à évaluer le tonnage annuel maximal de biomasse algale susceptible d’être
physiquement produite sur le territoire français. Cette étape est réalisée sur la base de la plateforme de simulation
In@lgae développée par l’INRIA.

4.1.1.1 Scénarios considérés et principe méthodologique


Les différents scénarios de production de biomasse algale modélisés dans cette étude sont présentés au Tableau 16.

Pour les raisons exposées ci-avant, on distingue les potentiels maximaux de production de micro-algues et de macro-
algues, et les potentiels de production de micro-algues autotrophes d’une part et hétérotrophes d’autre part. Pour
chacune de ces grandes familles, un certain nombre d’espèces d’algues représentatives ont été sélectionnées et mo-
délisées (voir le paragraphe 4.1.1.2.2 pour la liste des espèces modélisées).

Au sein de la branche « micro-algues autotrophes », on distingue également un scénario où la production française est
orientée préférentiellement vers la production de biocarburants d’un scénario où la production est orientée vers des
produits à plus forte valeur ajoutée. En effet, les contraintes (notamment la nature des intrants utilisables) sont diffé-
rentes dans les deux cas, ce qui nécessite de les évaluer séparément. Notons qu’un scénario orienté « biocarburants »
n’empêche par la production de certains produits à plus haute valeur ajoutée en tant que co-produits, et vice versa.

Enfin, pour chacun de ces deux scénarios « micro-algues autotrophes orientées biocarburants » et « micro-algues
autotrophes orientées produits à moyenne et haute valeur ajoutée (MVA & HVA) », deux systèmes de culture ont été
modélisés : bassins ouverts de type raceways et photobioréacteurs, ce qui permet d’encadrer les productivités calcu-
lées entre une borne basse (une production française assurée uniquement par des raceways, scénario S1 A dans le
Tableau 16) et une borne haute (une production française assurée uniquement par des photobioréacteurs, scénario
S1 B dans le Tableau 16).

Pour les algues hétérotrophes, seul le scénario orienté « biocarburants » est effectivement modélisé et simulé. En
effet, très peu de contraintes physiques restreignent réellement la production de produits à moyenne ou haute valeur
ajoutée à partir d’algues hétérotrophes. Notamment,

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 77
Juillet 2014

La culture hétérotrophe n’est pas dépendante du climat,


Cette culture est peu dépendante de la nature des terrains : empreinte au sol moindre, possibilité de produire
en intérieur dans n’importe quel bâtiment, etc.
Enfin, la contrainte sur les ressources est également fortement réduite, la vente de produits à haute valeur
ajoutée étant plus susceptible de justifier économiquement un approvisionnement en carbone et en nutriment
en quasiment n’importe quel point du territoire.

Dans un tel scénario, le potentiel français n’est par conséquent pas limité par la ressource physique mais bien par la
taille des marchés (et la compétitivité des produits algaux sur ces marchés, non évaluée quantitativement dans cette
étude).

ORIENTATION DE LA PRODUCTIVITE
SCENARIO TYPE TROPHIQUE SYSTEME DE CULTURE
CONDUITE OPTIMISEE
S1 A Autotrophe (5 espèces) Biocarburants En lipides Raceway

S1 B Autotrophe (5 espèces) Biocarburants En lipides Photobioréacteur

S2 A Autotrophe (5 espèces) Produits MVA & HVA En biomasse Raceway

S2 B Autotrophe (5 espèces) Produits MVA & HVA En biomasse Photobioréacteur

S3 Hétérotrophe (1 espèce) Biocarburants En lipides Fermenteur

S4 Macro-algues (2 espèces) - En biomasse Raceway modifié


Tableau 16 – Scénarios considérés pour la modélisation du potentiel max de production de biomasse algale

Pour chacun des scénarios considérés et pour chacune des espèces représentatives sélectionnées, le modèle In@algae
calcule des productivités algales dynamiques (évolutions par pas de 6h agglomérées en valeurs mensuelles) en chaque
point du territoire en fonction de données climatiques (sauf scénario hétérotrophe, non dépendant du climat). Afin de
rendre les estimations de volumes d’algues produites les plus réalistes possibles, un certain nombre de couches SIG31
sont également générées afin de ne sélectionner que les terrains effectivement éligibles à une production d‘algues,
tant en termes de disponibilité des sols que de présence des ressources nécessaires (CO2 et nutriments, typiquement).
Le principe général de cette démarche est illustré en Figure 45. Des détails supplémentaires sur chacune de ces étapes
sont fournis dans les paragraphes suivants.

Niveau Type de données / hypothèses Sortie / Résultat

Souche(s) type(s) pour le scénario


Système de culture pour le scénario
Productivité dynamique théorique sur
1
l’ensemble du territoire
Données climatiques (soleil, T°)

Oui/Non
Productivité théorique dynamique sur les
2 Terrains disponibles
terrains a priori éligibles
• Usage des sols
• Pente
Oui/Non Productivité théorique dynamique sur les
Ressource(s) limitante(s) pour le
3 terrains éligibles à proximité des
scénario considéré
ressources
• Source de carbone
• Source de nutriments

Figure 45 – Principe méthodologique : données d’entrée et de sortie du modèle d’estimation du potentiel de pro-
duction de biomasse algale

31
cartes utilisées par les Systèmes d’Information Géographique

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 78
Juillet 2014

4.1.1.2 La plateforme de simulation In@lgae

4.1.1.2.1 Principes de fonctionnement et valeur ajoutée


La méthode mise en œuvre repose sur la plateforme de simulation In@lgae pour la croissance autotrophe. Cette pla-
teforme, développée au cours des cinq dernières années, regroupe différentes briques numériques pour, in fine, pré-
dire la productivité d’un dispositif de culture. Le modèle utilisé prend en compte :

La météorologie correspondant au lieu et à la période de l’année considérée : Les données météorologiques utilisées
sont celles produites par le projet Européen FP7 MACC (Monitoring Atmospheric Composition and Climate). Cette
base de données donne accès, à une maille particulièrement fine - interpolation sur une maille de 0.25°x0.25° et esti-
mations toutes les 6 heures-, à un certain nombre de paramètres clés nécessaires au modèle : l’ensoleillement, mais
aussi la température (à 2m), le point de rosée (à 2m et qui, combiné à la température, permet de recalculer le taux
d’humidité de l’air), la vitesse du vent (à 10m), la couverture nuageuse (permettant de corriger le flux solaire incident
théorique) et les précipitations (à grande échelle et localement).

Un modèle de répartition de la lumière dans le dispositif de culture : Une décroissance exponentielle de l’intensité
lumineuse dans le dispositif de culture en fonction de la biomasse (approximation Beer-Lambert) est ici considérée.

Un modèle d’évolution de la température du système de culture : Le modèle de Béchet et al. (2011) est utilisé pour
décrire les fluctuations de la température liées au flux solaire. Ce modèle décrit également l’évaporation du milieu de
culture, et permet de calculer les quantités d’eau perdues par évaporation.

La régulation de la température se fait de façon naturelle pour les raceways, principalement grâce à l’inertie ther-
mique et à l’évaporation de l’eau du milieu de culture. Nous faisons l’hypothèse que la brumisation, nécessaire au
refroidissement des PBR, mobilise les mêmes quantités d’eau. Il faut toutefois noter que l’eau dédiée au refroidisse-
ment des PBR doit être de l’eau douce de bonne qualité. Un processus de régulation automatique maintient le niveau
de l’eau constant, et on fait l’hypothèse d’une recirculation à 95% de l’eau (5% du flux de sortie est perdu par des
fuites (Béchet et al. 2014).

Un modèle de croissance autotrophe en fonction de la lumière et de la température : Le modèle proposé dans Ber-
nard et Raymond (2012), calibré pour 15 espèces différentes, différentes permet de prédire la croissance de l’algue en
fonction de la lumière et de la température de son milieu de culture.

Un modèle de croissance sous stress azoté : La croissance moyenne dans le dispositif de culture suit le modèle de
Droop (1968) modifié, tel que présenté dans Bernard (2011). Ce modèle permet d’intégrer de façon plus réaliste le
compromis entre le taux de croissance et le contenu lipidique (induit par une augmentation du stress azoté et/ou du
flux lumineux).

En outre, ce modèle donne accès à une évaluation de la teneur en Chlorophylle a. En utilisant une relation empirique
liant, pour Dunaliella salina, la teneur en triglycérides et la teneur en caroténoïdes dans diverses conditions expéri-
mentales, on évalue également le potentiel de production de pigments caroténoïdes. Cette production potentielle de
caroténoïdes vient en remplacement d’une accumulation de lipides.

Un modèle de synthèse et de reconsommation de lipides : Le modèle proposé par Mairet et al. (2010) et validé en
conditions dynamiques pour deux espèces, est ici utilisé. Les paramètres de ce modèle sont modifiés de manière à
simuler, pour le besoin de certains scénarios, la dynamique d’une espèce suraccumulatrice de triglycérides (Bougaran
et al. 2013). Compte tenu des efforts de recherche actuels pour améliorer les performances des micro-algues par
sélection dirigée (projet Facteur 4 financé par l’ANR) ou par voie OGM (Algomics, Giavap, etc.), il est raisonnable
d’imaginer des souches opérationnelles présentant un potentiel amélioré pour 2030. Dans ce modèle modifié, on
suppose un taux de stockage des triglycérides augmenté de 25% (au détriment du stockage de sucres), ainsi qu’un
taux de reconsommation des triglycérides réduit à 50% de la valeur nominale obtenue pour les souches sauvages. Ce
jeu de paramètres permet de reproduire de manière réaliste les teneurs en lipides obtenues avec des espèces surac-
cumulatrices.

Une gestion optimisée de la culture : Afin d’évaluer des modes de production optimisés, des algorithmes de contrôle
optimal des systèmes de culture sont également intégrés au modèle. Ces stratégies de conduite des cultures, identi-
fiées à l’aide de la plateforme In@lgae et présentées dans Munoz-Tamayo et al. (2013), permettent maximiser les
rendements obtenus par le modèle. L’idée consiste à maintenir la densité de la culture à un niveau qui bénéficie d’un
compromis optimal entre la respiration et la photosynthèse dans les couches sombres du système de culture (Masci,

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 79
Juillet 2014

2010, Grognard et al. 2013). Ces conditions optimales peuvent être approchées en contrôlant l’épaisseur optique du
milieu de culture. De même, un dispositif permet de compenser l’eau perdue par évaporation. Enfin, une loi de con-
trôle permet de déclencher une double limitation azote/lumière et déclencher ainsi l’accumulation de lipides.

La modélisation de différents systèmes de culture :

Le système de culture de base intégré à la plateforme est un réacteur de type raceway (RW) de 30 cm de pro-
fondeur.
L’effet d’une alternance lumière/obscurité marquée due aux trajectoires des cellules dans le gradient de lu-
mière (Hartmann et al. 2013) est simulé pour représenter le gain potentiel de productivité en photobioréacteur
(PBR). Le facteur obtenu peut alors être utilisé pour passer d’une productivité obtenue en raceway à une pro-
ductivité en système amélioré. Ainsi, Le raceway permet d’atteindre un taux de croissance moyen de 40% par
rapport au taux de croissance en lumière continue (TCLC, i.e. pour lequel la totalité des photons est utilisée). Le
scenario en PBR fait l’hypothèse que le taux de croissance maximal est de l’ordre de 80% du TCLC. Le taux de
fixation du CO2 est par ailleurs de 40% pour le RW et de 70% pour le PBR.
Cas des algues hétérotrophes : pour la croissance hétérotrophe, les paramètres obtenus expérimentalement
par Pleissner et al. (2013) pour un hydrolysat de déchets alimentaires ont été retenus. Cette étude montre que
(après une étape d’hydrolyse), 20 g de biomasse sèche de Schizochytrium mangrovei peuvent être produits à
partir de 100 g de déchets organiques. Les déchets utilisés par cette étude (60% carbohydrates, 20% protéines
et 10% lipides en masse) sont plus biodégradables qu’une eau usée standard, mais ils permettent de donner des
ordres de grandeur adaptés, notamment en anticipant une amélioration des technologies d’ici 2030. La compo-
sition de la biomasse de Schizochytrium produite en condition hétérotrophe est donnée par Pleissner et al.
(2013) : 40% carbohydrates, 20% protéines, et 32% lipides. Le flux de matière organique reçu par une STEP est
calculé sur la base de son potentiel maximum en équivalents habitants (un équivalent habitant correspondant à
135 g DCO/jour- soit 98 g de déchets organiques- et à 15 g N/jour).
Cas des macro-algues : les modèles utilisés pour l’évaluation du potentiel de production de macro-algues à
terre reposent sur les mêmes principes que les modèles micro-algues autotrophes. On suppose un raceway de
75 cm de profondeur et les paramètres de distribution du carbone au sein de la cellule simulent une voie de
synthèse de lipides quasi inexistante. Les paramètres de croissance de deux espèces connues ont été utilisés (cf.
paragraphe suivant).

Le principe général de la plateforme est présenté en Figure 46.

Figure 46 – Schéma simplifié de la chaine de traitement In@lgae, des données climatiques aux productivités

L’association de ces modèles numériques au sein de la plateforme permet de représenter proprement l’effet des
deux principaux facteurs affectant des cultures au soleil : la lumière et la température, et présentent l’avantage
déterminant de respecter les contraintes physiologiques qui ne permettent pas d’espérer de fortes productivités
pour des carences azotées marquées. De même, une biomasse produite par stress azoté sera moins riche en pro-

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 80
Juillet 2014

téines. Cela constitue une véritable valeur ajoutée par rapport à la majorité des estimations trouvées dans la biblio-
graphie actuelle, qui maximisent généralement à la fois la productivité en biomasse et la productivité en biomolécules
d’intérêt, et permet à cette étude de prédire des productivités dans des conditions optimisées mais pour autant réa-
listes et cohérentes.

En outre, ces modélisations conduisent à l’estimation des flux d’éléments nutritifs et d’eau nécessaires à la production
de composés d’intérêt.

Figure 47 – Exemple de productivité réaliste en biomasse (Px) et en lipides (Pl) obtenue pour période de 30 jours –
avec calcul du débit d’alimentation du RW (fi)- pour Isochrysis galbana

4.1.1.2.2 Espèces modélisées

4.1.1.2.2.1 Micro-algues
Cinq jeux de paramètres réalistes sont utilisés pour les micro-algues autotrophes, correspondant chacun à une espèce
différente :
Chlorella vulgaris Neochloris oleoabundans
Nannochloropsis occulata Phaeodactylum tricornutum
Isochrysis galbana
Les raisons à la sélection de ce jeu d’espèces sont les suivantes :

Ces cinq espèces permettent de balayer différentes classes d’algues : chlorophycées, diatomées, prymnésiophy-
cées et eustigmatophycées.
Ces algues sont largement étudiées et font parties des espèces les plus prometteuses pour la production de li-
pides ou de biomasse.
La réponse de ces espèces à la lumière et à la température a déjà été étudiée et quantifiée précisément.
La sélection de Phaeodactylum permet de modéliser une espèce plus adaptée à des conditions de croissance
hivernale.

Une espèce hétérotrophe est également considérée. Il s’agit de Schizochytrium mangrovei, une des espèces les plus
prometteuses en termes d’accumulation de lipides.

4.1.1.2.2.2 Macro-algues
Pour les macro-algues, les espèces Saccharina latissima (Broch et al. 2012) et Ulva (solidoro 1997) ont été retenues
selon les mêmes critères que pour les micro-algues. Notamment :

Ce choix permet de représenter une algue verte et une algue rouge.


Ces espèces présentent un fort potentiel et sont bien caractérisées.
En outre, contrairement aux micro-algues pour lesquelles il existe de nombreux modèles de croissance, peu de
modèles ont été développés pour les macro-algues en raceway. Les deux espèces considérées sont celles qui
ont été le plus modélisées (Bendoricchio 1993 ; Solidoro, 1997 ; Broch et al. 2012, dans le milieu naturel, voire
en raceway pour Ulva).

Les modèles développés pour les macro-algues s’appuient sur ceux mis au point pour les micro-algues. Les fonctions
décrivant l’effet des différents forçages pris en compte sont similaires (Duarte, 1998 ; Martins, 2002 ; Solidoro, 1997).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 81
Juillet 2014

Bien que n’étant pas cultivée en raceway, les paramètres de Saccharina latissima permettent d’extrapoler à une es-
pèce virtuelle capable d’accumuler de fortes quantités de carbohydrates et présentant des réponses réalistes à la
lumière et à la température.

La composition des sucres diffère pour les deux espèces. Pour Saccharina latissima, les carbohydrates sont constitués
d’alginate, laminaran et mannitol. Pour Ulva, ils sont principalement constitués de fibres -hemicelluloses (20%) et
cellulose (9%)- et d’amidon (20%).

4.1.1.2.3 Construction des cartes de productivité


Le code de calcul reconstruit une carte de productivité en évaluant les productivités en chaque point du maillage. Le
simulateur est lancé chaque mois, pour les 7 espèces, en mode « raceway » et « photobioréacteur » pour les espèces
autotrophes. On suppose que les raceways sont inoculés chaque mois, et la productivité est calculée en soustrayant la
quantité initiale de biomasse introduite. Cette productivité est ensuite moyennée sur le mois.

Le modèle de productivité réaliste est développé avec le langage scientifique Scilab. La simulation de chaque coor-
donnée géographique dure de l’ordre de la minute. Compte tenu du nombre de mailles sur le domaine, de la variété
des espèces simulées (7) et de la pluralité des différents scenarii considérés, le cluster de calcul haute performance
NEF de l’INRIA a été utilisé pour réduire le temps de simulation à une semaine de calculs en effectuant les calculs
simultanément sur 300 coeurs. Le résultat des simulations est ensuite analysé par des codes développés avec la boite
à outils Mapping Matlab dédiées à l’analyse SIG.

Les productivités sont calculées en termes de :


2
Biomasse (g matière sèche/m /jour)
Lipides (g/m2/jour)
Sucres
Carbone structurel (gC/m2/jour)
Chlorophylle a (g/m2/jour)

Pour chaque mois et en chaque point de la carte, l’espèce qui a réalisé la meilleure productivité mensuelle est rete-
nue. La productivité annuelle obtenue in fine en chaque point est donc la somme mois par mois des productivités des
algues les plus productives de chaque mois à cet endroit. La somme de ces productivités sur l’ensemble du territoire
éligible donne ensuite un tonnage annuel total en biomasse.

Pour les scénarios orientés biocarburants, c’est l’espèce la plus productive en lipides qui est retenue.

En parallèle, les principales consommations associées à la culture sont également calculées. Il s’agit des consomma-
tions en :

Eau (L/m2/jour)
Azote (g/m2/jour)
Phosphore (g/m2/jour)
2
CO2 (g/m /jour)

4.1.1.2.4 Les limites du modèle


La température joue un rôle important dans la prédiction des productivités atteignables. Le modèle suppose qu’il n’y a
pas de dispositif actif de réchauffement des réacteurs, ou de refroidissement (autre que l’évaporation pour les
raceways et la brumisation pour les PBR, avec des flux limités à l’équivalent de l’évaporation dans les raceways). Tout
processus permettant de mieux réguler la température (réchauffage l’hiver et refroidissement l’été) autour d’un pré-
férentiel adapté à l’espèce considérée peut infléchir les conclusions.

La consommation en eau est sans doute sous-estimée : nous avons fait l’hypothèse que les précipitations sont collec-
tées et réinjectées dans les dispositifs de culture (ce qui est simple pour les raceways et complexe pour les PBR). La
consommation d’eau vient d’une part de l’évaporation directe (raceway) ou indirecte (PBR) et d’autre part de la com-
pensation des pertes en eau (supposées de l’ordre de 5% de la quantité d’eau en sortie du dispositif). L’éventuelle
utilisation d’eau dans les diverses opérations de post-traitement doit également être rajoutée.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 82
Juillet 2014

L’année 2012 qui a servi à générer les données climatiques a connu un hiver particulièrement rigoureux, qui conduit
sans doute à des prédictions pessimistes pour cette période.

Les limitations liées à la compétition avec d’autres espèces, à la prédation ou à des infections virales n’ont pas été
représentées. Il s’agit donc bien d’un potentiel maximal, qui peut être érodé si ces aspects sont mal maitrisés (jusqu’à
-30% de productivité en open pond).

4.1.2 Couches limitantes utilisées et hypothèses retenues


Comme expliqué précédemment, le potentiel théorique physique de production d’algues est modulé par un certain
nombre de paramètres limitants, notamment la disponibilité des terrains et des ressources nécessaires à la produc-
tion en fonction de chaque scénario. Le Tableau 17 ci-dessous résume les différentes informations et contraintes utili-
sées en entrée de chacun des scénarios modélisés.

Données Usage des Dispo. CO2 Présence de


SCENARIO Pentes
climatiques sols capté STEP

S1 A & B Autotrophe – Biocarb.

S2 A & B Autotrophe – M&HVA

S3 Hétérotrophe – Biocarb.

S4 Macro-algues

Tableau 17 – Résumé des couches utilisées pour chacun des scénarios

L’usage des sols et les contraintes physiques liées à la pente des terrains sont des couches communes à l’ensemble
des scénarios. Les données climatiques sont communes à l’ensemble des scénarios autotrophes. Pour les scénarios
S1 A & B de production de biocarburants à partir de micro-algues autotrophes, on considère l’utilisation de CO2 capté
et de déchets comme source de nutriments (eaux de stations d’épuration) comme indispensable pour éventuellement
atteindre une rentabilité économique. Des couches cartographiant les installations émettrices de CO2 et les stations
d’épuration sont par conséquents intégrées au modèle pour ces scénarios. Ces intrants ne sont en revanche pas adap-
tés à la production de produits à plus haute valeur ajoutée (alimentation humaine ou animale, cosmétique, pharma-
ceutique, etc.) pour des raisons à la fois réglementaires et sanitaires. On considère par conséquent dans ces scénarios
(S2 A & B) que le CO2 et les nutriments sont achetés « purs » (achat justifié par la valeur ajoutée des produits en sor-
tie) et ne sont pas considérés comme des paramètres physiquement limitants. Idem pour le scénario macro-algues
(S4) qui vise à produire tant des biocarburants que des produits à plus forte valeur ajoutée. Enfin, la couche « stations
d’épuration » est utilisée dans le scénario S3 de production de biocarburants à partir de micro-algues hétérotrophes,
en tant que source de carbone et de nutriments.

Ces différentes informations sont récupérées sous formes de bases de données et converties en « couches » (ou
cartes) intégrables au système d’information géographique. Les paragraphes suivants décrivent les différentes con-
traintes prises en considération et précisent l’origine et la granulométrie des données utilisées pour les simuler.

4.1.2.1 Disponibilité des terrains – Usage des sols


32
L’ensemble des terrains français ne sont évidemment pas disponibles pour la culture des algues. La disponibilité des
terrains dépend de nombreux facteurs physiques, sociaux-économiques ou encore réglementaires et politiques.

La base de données utilisée pour référencer les types de terrains et leur affectation est Corine Land Cover 2006 (mise
à jour 2011), base de données de référence sur l’utilisation des sols en Europe. Une extension spécifique (CLC DOM)
est utilisée pour les Départements d’Outre-Mer.

32 2
Sur la base d’une surface d’environ 553 100 km

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 83
Juillet 2014

La base Corine Land Cover segmente les terrains européens en 44 catégories regroupés sous 5 macro-catégories :
territoires artificialisés, territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels, zones humides et surfaces en eau.

Pour chacune des 44 catégories, il a été défini, en concertation avec l’ADEME :

Si le type de terrain concerné était éligible ou non à une culture d’algues


Le cas échéant, quel pourcentage de la surface de ces terres pouvait au maximum être affecté à de l’algoculture

Le récapitulatif des terrains éligibles et des pourcentages d’affectation associés est donné en Annexe 4 – Sélection des
terrains éligibles à la culture des algues. Par exemple, on considère utilisable une fraction des catégories de terrains
suivantes : certains espaces ouverts sans ou avec peu de végétation comme les terrains à « végétation clairsemée »,
certains milieux à végétation arbustive et/ou herbacée comme les terrains à « végétation sclérophylle », les marais
salants, les décharges, certaines zones urbanisées à tissu urbain discontinu, une partie des zones industrielles et
commerciales, etc.

Ces estimations ne prennent pas en compte la possible concurrence d’autres activités et projets (y compris d’autres
énergies renouvelables) pour l’utilisation des surfaces envisagées.

La Figure 48 donne l’exemple des terrains disponibles sur le département de l’Aude.

Les terrains colorés sont les terrains appartenant à des catégories d’usage jugées comme potentiellement aptes à la
culture des algues. Comme expliqué en 4.1.2.1 et présenté en Annexe, chacune de ces catégories de terrains est affec-
tée d’un coefficient de disponibilité, distingués par le code couleur utilisé en Figure 48. Ainsi, on considère que 10%
des surfaces jaunes et 30% des surfaces vertes sont techniquement utilisables pour la production d’algues.

La maille de la couche Corine Land Cover (maille de 250 m de côté) sert de référence, toutes les autres cartes sont
extrapolées à cette maille.

Figure 48 – Représentation géographique de la disponibilité des surfaces du département de l’Aude selon l’usage
des sols

4.1.2.2 Disponibilité des terrains – Pente


La culture des algues nécessite des terrains relativement plans. Ainsi, les données topographiques SRTM (Shuttle Ra-
dar Topography Mission) de la NASA (maille de 90 m de côté) sont utilisées pour écarter les terrains trop pentus.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 84
Juillet 2014

Une distinction est ici faite entre les systèmes de culture. En effet, l’installation de photobioréacteurs tolère des
pentes légèrement supérieures aux raceways. Ainsi, on considère que seuls les terrains dont les pentes sont infé-
rieures à 2 % sont mobilisables pour des raceways, tandis que les technologies de type PBR permettent d’envisager
des installations sur des pentes allant jusqu’à 5%.

A titre d’exemple, la Figure 49 représente les terrains du département de l’Aude dont la pente est inférieure à 2%
(zones vertes).

Figure 49 – Représentation géographique des surfaces du département de l’Aude ayant une pente ≤ 2%

4.1.2.3 Disponibilité en CO2

4.1.2.3.1 Localisation des sources d’émission de CO2


Deux bases de données ont été utilisées pour référencer les installations émettrices de CO2 et les géo-localiser :

La BDD IREP (Registre français des émissions polluantes, mise à jour 2012), géo-référençant et donnant les
émissions annuelles d’environ 1060 sources de CO2 (aux émissions >10 ktCO2/an) : sites industriels, incinéra-
teurs, chaufferies de quartier, etc.
La BDD méthanisation du club Biogaz de l’ATEE, regroupant les BDDs AILE, RAEE et SINOE pour environ 300 uni-
tés, toutes filières confondues, ce qui permet de compléter la base IREP avec des sources de taille inférieure à
10 ktCO2/an. Les doublons avec la BDD IREP ont été éliminés (pour les plus grosses unités) et les adresses pos-
tales des unités ont été converties en coordonnées géographiques. La disponibilité du CO2 issu des unités de
méthanisation pour la culture d’algues est à considérer avec précaution, dans la mesure où seules les unités
disposant d’un équipement d’épuration du biogaz en biométhane pour une injection au réseau de gaz naturel
seront susceptibles de capter leur CO2. Or aujourd’hui, seules 4 unités sont dédiées à l’injection. Cependant, le
taux d’installations dédiées à la production de biométhane est amené à augmenter d’ici 2030 et la prise en
compte de ces sources à faible débit de CO2 permet de compenser l’absence de cette typologie de sources dans
la base IREP.

4.1.2.3.2 Rayon d’éligibilité au CO2 autour des sources d’émission


On considère que seuls les terrains situés à moins d’une certaine distance de ces sources d’émissions sont suscep-
tibles d’être approvisionnés en CO2 capté. Pour une modélisation plus réaliste, ce rayon d’éligibilité au CO2 varie selon
la taille de la source et la densité locale des sources de CO2. Ainsi :

Les petites et moyennes sources isolées ont un rayon d’éligibilité au CO2 de 5 km.
Les plus gros émetteurs ont un rayon d’éligibilité au CO2 de 30 km.
Dans les zones de forte concentration en sources de CO2, zones assimilables à des bassins industriels, on consi-
dère que le transport de CO2 pourrait être facilité (par la présence de grosses sources, la mutualisation des flux

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 85
Juillet 2014

ou encore la plus forte probabilité de la construction d’un réseau de CO2). Plus une source de CO2 est proche du
centre de ces zones industrielles, plus son rayon d’éligibilité est important. Ainsi, une source située au cœur
d’une de ces zones aura un rayon d’éligibilité de 30 km. Le rayon d’éligibilité des sources décroit ensuite propor-
tionnellement à la distance au centre de la zone, jusqu’à retomber à 5 km pour les sources situées à 50 km et
plus du centre de la zone industrielle. Le rayon RCO2 d’éligibilité au CO2 autour d’une source située à une dis-
tance « d » du centre d’une zone industrielle est donc défini par la relation suivante : RCO2 = max(5 ; 30 – d/2).
La Figure 50 illustre les terrains éligibles au CO2 capté dans le département de l’Aude (zones vertes).

Figure 50 – Représentation géographique des surfaces du département de l’Aude susceptibles d’être alimentées en
CO2 capté

4.1.2.3.3 La question de la projection des sources de CO2 à 2030


Si la localisation des futures installations émettrices de CO2 en 2030 ne peut être connue et directement servir à la
modélisation cartographique, la question se pose d’éventuellement moduler les résultats obtenus avec les sources
actuelles en fonction de ce que l’on sait de leur évolution. Les données aujourd’hui disponibles pour évaluer cette
tendance sont les données historiques de la base IREP utilisée pour référencer les sources actuelles. Or, on constante
que le nombre d’émetteurs français de CO2 référencés dans cette base de données (émissions > 10 ktCO2/an) a baissé
d’environ 10 % entre 2006 et 2012 et est plutôt en stagnation (voire décroissance lente) depuis 2009, comme illustré
en Figure 51.

2600

2550

2500

2450

2400

2350

2300

2250

2200
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012

Nb de sources de CO2 Linéaire (Nb de sources de CO2)

Figure 51 – Évolution du nombre de sources de CO2 dans la base IREP entre 2006 et 2012

La dynamique industrielle française et les mesures de limitation des émissions mises en place laissent en effet plutôt
entrevoir une décroissance qu’une croissance des émissions et du nombre d’émetteurs à horizon 2030.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 86
Juillet 2014

Cette légère baisse pourrait être partiellement ou complètement compensée par l’augmentation du nombre d’autres
types d’émetteurs, plus petits en volumes d’émission, comme les unités de méthanisation. On estime en effet la crois-
sance du nombre d’unités de méthanisation dans une fourchette comprise entre +10 et +30 unités/an [35][36], sa-
chant que seule une partie de ces unités seront destinées à l’injection de biométhane et donc candidates à une fourni-
ture de CO2.

Pour ces différentes raisons, il est peu probable que le potentiel de récupération de CO2 évolue de manière fonda-
mentale d’ici 2030, on le considèrera donc comme identique au potentiel actuel.

4.1.2.4 Disponibilité en nutriment


Les sources de nutriments à bas prix (sur une base de déchets) utilisées pour modéliser le potentiel de production de
biocarburants sont les stations d’épuration. D’autres sources sont envisageables (certains effluents industriels ou
agricoles) mais sans bases de données géolocalisées identifiées pour les intégrer au modèle. La localisation des sta-
tions d’épuration comme source de nutriments est permise grâce à la BDD du portail d’information sur
l’assainissement communal. Cette BDD fournit les coordonnées des STEP et leurs capacités nominales. Le rayon
d’éligibilité aux nutriments fixé autour des STEP est de 5 km. Par exemple, la quasi intégralité des surfaces du dépar-
tement de l’Aude sont situées à moins de 5 km d’une STEP, comme illustré sur la Figure 52.

Figure 52 – Représentation géographique des surfaces du département de l’Aude susceptibles d’être alimentées en
nutriments (eaux usées de STEP) avec un rayon d’éligibilité de 5 km

4.1.3 Cas particulier des DOM-COM


Les Départements et Collectivités d’Outre-Mer ont été modélisés à part dans la mesure où le niveau d’information
relatif aux différentes bases de données utilisées est dans l’ensemble inférieur à la métropole, ce qui a nécessité
quelques ajustements méthodologiques. Celles-ci sont présentées au Tableau 18.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 87
Juillet 2014

Usage des Dispo. CO2 Présence


DOM-COM Pentes Stratégie de modélisation
sols (CLC) capté de STEP
DOM

971 Guadeloupe Modélisation directe

972 Martinique Modélisation directe

Modélisation possible mais lourde.


973 Guyane Extrapolation à partir d'une zone
de calcul restreinte.

974 Réunion Modélisation directe

974 Mayotte Non pris en compte


COM
Sols : extrapolation de la moyenne
d’éligibilté de la matrice CLC de la
987 Polynésie
Guadeloupe soit 0,0272 % des sols.
Pas de scénario biocarburant.

Autres COM Non pris en compte


Autres
Sols : extrapolation de la moyenne
Nouvelle d’éligibilté de la matrice CLC de la
988
Calédonie Guadeloupe soit 0,0272 % des sols.
Pas de scénario biocarburant.
Tableau 18 – Résumé des informations disponibles pour les DOM-COM et de leur mode d’inclusion à l’évaluation

L’information est disponible de manière suffisamment complète pour les quatre principaux Départements d’Outre-
Mer. Aucun des autres territoires ne dispose des informations et bases de données requises. Pour la Polynésie fran-
çaise, dont la surface est relativement importante, la modélisation a tout de même été faite sur la base de la typologie
guadeloupéenne d’usage des sols. Aucune information sur les sources émettrices de CO2 et les STEP n’étant dispo-
nible à ce jour, seul un scénario « M & HVA » est calculable. Bien que n’ayant pas stricto-sensu le statut de COM, la
Nouvelle Calédonie a été incluse de la même manière, car sa superficie est significative d’une part et parce des projets
micro-algues y sont déjà identifiés d’autre part. Mayotte (DOM) et les autres COM (St Pierre et Miquelon, Wallis et
Futuna, St Barthelemy, St Martin), représentant de faibles surfaces, ne sont pas pris en compte. Bien qu’une extrapo-
lation des résultats moyens des DOM-COM modélisés soit applicable à la surface de ces îles, cela n’impacterait les
résultats que de façon marginale.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 88
Juillet 2014

4.1.4 Du potentiel « biomasse » au potentiel « produits »


Cette seconde étape consiste à passer des tonnages annuels maximaux de biomasse algale susceptible d’être produite
en tonnages annuels maximaux de certains produits ou types de produits phares.

La segmentation des produits utilisée est la même que celle présentée pour l’analyse de marché en 3.1.3.1 (page 65)
pour les micro-algues et en 3.2.3.1 (page 75) pour les macro-algues.

Pour passer du tonnage de biomasse produite dans un scénario donné au tonnage d’un produit particulier, il
faut connaître à la fois :

1. La partie de l’algue ou biomolécule d’intérêt utilisée pour générer ce produit (lipides, sucres, pigments, etc.),
2. La composition massique de l’algue (part de cette biomolécule d’intérêt dans la masse totale) ou directement
la productivité en biomolécule d’intérêt,
3. Les différentes étapes / procédés nécessaires à l’extraction et/ou transformation de la biomolécule d’intérêt
en produit,
4. Le ratio massique entre la biomolécule d’intérêt et le produit final, calculable à partir des rendements mas-
siques de ces éventuelles étapes d’extraction et de conversion.

La plateforme In@lgae calcule directement, pour chacun des scénarios, la productivité en lipides, sucres et protéines,
permettant ainsi de traiter les points 1 et 2.

Préciser les points 3 et 4 permet de convertir ces tonnes de biomolécule en tonnes de produit, mais nécessite de faire
des hypothèses fortes sur les procédés de transformation employés ainsi que les choix de valorisation effectués.

En effet, comme présenté en Partie 1, il existe parfois un nombre importants de procédés possibles, plus ou moins
matures et efficaces, pour extraire une biomolécule donnée et la transformer en un produit visé (cf. Annexe 1 –
Arbres technologiques). Ces procédés peuvent présenter des rendements massiques différents, c’est pourquoi il est
nécessaire, pour chaque calcul de potentiel « produit » réalisé ici, de sélectionner un chemin type de production.
Les procédés sélectionnés pour les calculs, choisis pour leur niveau de maturité et de pertinence conformément à
l’analyse présentée en Partie 1 du rapport, sont précisés en Annexe 6 – Règles de conversion des tonnages de bio-
masse en tonnages de produits algaux.
Par ailleurs, la quantité de biomasse ou de biomolécule disponible pour la production d’un produit donné ainsi que le
choix des technologies utilisées dépendent également des hypothèses d’affectation de la biomasse, à savoir si l’on
raisonne en mono-produit (l’ensemble de la biomasse est affectée à la production d’un produit donné et l’éventuel
résidu est perdu) ou en co-valorisation de la biomasse en plusieurs produits complémentaires. Les deux approches
sont développées ici :

Dans un premier temps, les potentiels maximaux de production de chaque produit algal sont calculés indépen-
damment les uns des autres selon un chemin typique d’extraction et/ou conversion,
Dans un second temps et parce que, comme présenté en Partie 1, cette option conditionnera vraisemblable-
ment la viabilité de certains projets, on envisage également la possibilité d’une co-valorisation simultanée de
différentes parties des algues afin de générer différents produits à partir d’une même biomasse. Là encore, il
existe théoriquement une très grande variété de scénarios de co-valorisation de la biomasse, plus ou moins ma-
tures aujourd’hui et plus ou moins réalistes à horizon 2030. S’il n’est pas pertinent de rechercher ici
l’exhaustivité, il est néanmoins intéressant de faire l’exercice sur un certain nombre de scénarios de co-
extraction et co-valorisation, en partant de ce qu’il est d’ores et déjà possible de faire aujourd’hui pour aller
vers des cas plus théoriques mais plus représentatifs de ce vers quoi la filière souhaite se diriger à moyen terme.
Un panel d’exemples de scénarios de co-valorisation des biomolécules algales, ainsi qu’une indication de leur
échéance de faisabilité, sont présentés dans le Tableau 20.

4.1.5 Modulation par l’analyse des marchés


Il est ensuite pertinent de comparer le potentiel « physique » en produits algaux évalué dans les étapes précédentes
avec ce que l’on sait des marchés concernés et de leur évolution à 2030.

Pour le marché des biocarburants, non plafonné, aucune limite de marché n’est considérée. Le potentiel français de
production de biocarburants à partir d’algues est par conséquent égal à son potentiel physique (i.e. ses ressources).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 89
Juillet 2014

Pour les marchés des produits à moyenne et haute valeur ajoutée, la probabilité d’une limitation du potentiel de pro-
duction par le marché est plus importante, c’est pourquoi les marchés potentiels de ces produits algaux, estimés en
3.1.3 pour les micro-algues et en 3.2.3 pour les macro-algues, ont été intégrés à l’analyse.

4.1.6 Synthèse comparative et valeur ajoutée de la présente approche par rapport à


l’état de l’art
L’Annexe 5 – Synthèse méthodologique comparative et valeur ajoutée de la présente étude fournit une comparaison
des paramètres inclus dans la modélisation de la présente étude avec les principales études équivalentes existantes.
Ce tableau comparatif est issu d’une étude de la Murdoch University et University of Western Australia parue en sep-
tembre 2012 [37], auquel les caractéristiques de la présente étude ont été ajoutées (dernière colonne).

On constate tout d’abord que la présente étude se distingue par un périmètre sensiblement plus large et plus complet
que les autres études référencées, qui se concentrent sur l’équivalent du scénario « S1 A » modélisé ici (à savoir des
micro-algues autotrophes cultivées en bassins ouverts pour la production de biocarburants) quand 6 scénarios impli-
quant 8 espèces d’algues sont modélisés ici.

Ensuite, tant les modèles composant la plateforme de simulation que la granulométrie des couches limitantes utilisées
permettent à la France de se doter d’une étude de potentiel présentant niveau de précision vraisemblablement inéga-
lé pour une couverture géographique. En effet,

L’évaluation des productivités repose sur des données climatiques complètes et dynamiques (pas de temps de
6h) quand la plupart des études utilisent des valeurs moyennes annuelles, et modélise les couplages entre enso-
leillement et température d’une part, et entre croissance et accumulation des différentes biomolécules d’autre
part, ce que ne font pas les autres modèles référencés.
Le choix des terrains éligibles à une culture d’algues repose sur une typologie de 44 catégories (entre 3 et 10
pour les autres études) et sur la définition de pourcentages des terrains réellement utilisables au sein des caté-
gories éligibles (raisonnement en « tout ou rien » dans les autres études, avec une sélection, par exemple, de
toutes les prairies ou de tous les terrains agricoles).
Le référencement des sources de CO2 pour les scénarios biocarburants dénombre presque 1400 sources (10
maximum dans les autres études), etc.

Enfin, la présente étude ne s’arrête pas à un potentiel de production de biomasse (ou à une conversion en un unique
biocarburant) mais fait le lien entre la biomasse obtenue et une liste de 13 familles de produits algaux dont les mar-
chés ne sont pas uniquement décrits aujourd’hui mais projetés à 2030.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 90
Juillet 2014

4.2 Potentiel des micro-algues – Résultats et analyses

4.2.1 Potentiel physique maximum de production de biomasse


4.2.1.1 Productivités surfaciques obtenues pour les micro-algues autotrophes
La productivité surfacique prédite par le modèle sur la base des données climatiques, en maximisant mensuellement
les espèces sélectionnées et en moyennant les résultats sur l’année, est de l’ordre de 14,4 g/m²/jour pour les
raceways et de 25,3 g/m²/jour pour les PBR.

Ces chiffres, relativement faibles par rapport aux valeurs souvent annoncées dans la littérature, cachent des variations
saisonnières et régionales très importantes (cf. Figure 53 et Figure 54), avec :

Un gradient Nord-Sud relativement prononcé.


Des valeurs beaucoup plus élevées pendant les mois les plus chauds de l’année : au-delà de 25 g/m²/jour en
raceway et de 60 g/m²/jour en PBR. Cependant, la surchauffe des cultures en août dans les régions les plus
chaudes est également notable, et contribue à diminuer les productivités.
Des productivités très réduites voire nulles en hiver, où, sur l’essentiel du territoire, seules les espèces hiver-
nales se développent. L’utilisation d’espèces « hivernales » permet de réduire cette forte variabilité saisonnière,
mais aucune des espèces étudiées ne permet réellement de maintenir de fortes productivités en condition hi-
vernale sauf dans certaines régions du bassin méditerranéen (qui permettent le maintien de productivités de
l’ordre de 17 g/m²/jour en raceway et 29 g/m²/jour en PBR).

Ces éléments montrent à quel point la saisonnalité, généralement totalement ignorée, doit être prise en compte dans
les calculs de productivité. En effet, cette dernière induit à la fois des variations de la température du milieu de culture
et de lumière incidente.

Les calculs de productivités moyennes pour les DOM-COM, pour lesquels le climat est à la fois plus clément et plus
constant tout au long de l’année, conduisent d’ailleurs à des productivités nettement plus fortes (25,4 g/m²/jour en
raceway et 45,2 g/m²/jour en PBR). L’exemple de la Guadeloupe est donné en Figure 55.

Figure 53 – Carte de productivité moyenne annuelle obtenue à l’échelle locale – Département de l’Aude

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 91
Juillet 2014

Figure 54 – Exemples de cartes de productivité (en g/m²/jour) obtenues à l’échelle nationale – Cas de Nannochlo-
ropsis occulata cultivée en raceway pour les mois de janvier, mars, juillet et octobre

Figure 55 – Exemples de cartes de productivité (en g/m²/jour) obtenues pour la Guadeloupe – Cas de Nannochlo-
ropsis occulata cultivée en raceway pour les mois de janvier, mars, juillet et octobre

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 92
Juillet 2014

En effet, le climat étant à la fois plus clément et plus constant tout au long de l’année, les productivités obtenues pour
les îles sont plus importantes. La productivité surfacique moyenne obtenue pour les DOM-COM modélisés est de
l’ordre de 25,4 g/m²/jour en raceway et 45,2 g/m²/jour en PBR. Une culture orientée vers une accumulation optimisée
de lipides fait baisser cette productivité en biomasse à 19,6 g/m²/jour (en raceway) mais fait passer le taux de lipides
de 27 % à 44 %.

50
Productivité en biomasse Taux d'accumulation de lipides METROPOLE
45 [gMS /m²/jour] [% de la MS] DOM-COM
40 50%
METROPOLE
35 45%
DOM-COM
40%
30
35%
25 30%
20 25%
20%
15
15%
10 10%
5 5%
0%
0
S1 A S1 B S2 A S2 B
S1 A S1 B S2 A S2 B

Figure 56 – Productivités surfaciques journalières (à gauche) et taux d’accumulation de lipides (à droite) obtenus en
métropole et dans les DOM-COM pour les différents scénarios autotrophes

Ces résultats montrent que des leviers doivent être recherchés pour optimiser la productivité en augmentant la tem-
pérature des milieux de culture l’hiver (production sous serre) et en limitant la surchauffe l’été (procédés d’ombrage
ou de valorisation des calories stockées dans le système de culture).

Les teneurs obtenues en lipides, protéines sont par ailleurs conformes aux valeurs de la littérature. Le scenario
d’optimisation de la production de lipides induit une diminution de l’ordre de 10 % de la production en matière sèche,
pour des taux d’accumulation de lipides de l’ordre de 50 % maximum.

4.2.1.2 Tonnages annuels de matière sèche obtenus pour les différents scénarios autotrophes
La Figure 57 fournit les sorties du modèle pour les scénarios S1 (orientation vers la production de biocarburants et
basé sur des intrants industriels) et S2 (orientation vers la production de produits à moyenne et haute valeur ajoutée,
sans contrainte sur les intrants), avec dans chaque cas le sous-scénario A (culture en raceway) et B (culture en photo-
bioréacteur).

Tonnage annuel en biomasse DOM-COM


[MtMS /an] METROPOLE
60
5,4
50

40

30

2,3 1,3
20

0,05
10
7 16 15 48
0
S1 A S1 B S2 A S2 B
Figure 57 – Potentiel physique annuel de biomasse algale généré pour les scénarios autotrophes

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 93
Juillet 2014

La quantité maximale de biomasse susceptible d’être produite en France en utilisant l’intégralité des terrains considé-
rés comme éligibles est par conséquent de l’ordre de la dizaine de mégatonnes de matière sèche par an.

La part susceptible de provenir des DOM-COM oscille entre 8 % (en PBR) et 13 % (en RW), alors que leur surface ne
correspond qu’à 4 % de la surface totale française (métropole plus DOM-COM). Cela est dû aux productivités nette-
ment supérieures obtenues dans les îles (cf. Figure 56).

Le potentiel de production de biomasse micro-algale dans les DOM-COM est de l’ordre de la mégatonne de matière
sèche par an (ensemble de la production en raceway) à plusieurs mégatonnes de matière sèche par an (ensemble de
la production en PBR). La Figure 58 donne la répartition de cette production potentielle entre les différents départe-
ments et collectivités d’Outre-Mer. La moitié du potentiel estimé par le modèle est concentré sur la Nouvelle Calédo-
nie, ce qui n’est pas étonnant étant donné que sa surface est supérieure à la somme des surfaces des autres DOM-
COM étudiés.

1400 4% 1%
1300
1200 Guadeloupe
22%
1000 Martinique Guadeloupe
800 Guyane Martinique
650 50%
600 Réunion Guyane

400 Polynésie Réunion


280 300
N. Calédonie Polynésie
200
48 15 7 TOTAL 23% N. Calédonie
0

0%

Figure 58 – Tonnages annuels de biomasse obtenus par DOM-COM en ktMS/an (à gauche) et leur répartition (à
droite)

En revanche, la quantité de biomasse pouvant être produite à base de CO2 capté et d’eaux usées de STEP pour une
production de biocarburants est particulièrement faible (dans les 50 ktMS/an si l’on considère que ces applications
utilisent des raceways, cf. scénario S1A sur la Figure 57). Ceci est lié au plus faible maillage de sources de CO2 et de
STEP dans ces zones qu’en métropole, et au fait que le potentiel de la Polynésie et de la Nouvelle Calédonie n’est pas
inclus dans cette estimation (faute de données).

4.2.1.3 Analyse des contraintes (couches limitantes)


Cette section s’intéresse à l’analyse de l’influence des différentes contraintes modélisées sur les résultats obtenus.
Contrairement aux données climatiques, au choix des espèces et de la technologie de culture, qui vont jouer directe-
ment sur la productivité surfacique, les contraintes étudiées ici vont quant à elles avoir une incidence sur les surfaces
de terrain éligibles à la culture.

La Figure 59 récapitule tout d’abord, pour chacune des couches limitantes utilisées dans le modèle et indépendam-
ment les unes des autres, la part de la surface nationale française remplissant la condition en question (pente ≤ X%,
usage des sols approprié, présence d’un émetteur de CO2 et/ou d’une station d’épuration à proximité). Ces résultats
sont donnés pour la métropole.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 94
Juillet 2014

100%
85,4%
90%
80%
70%
59,1%
60%
50% 40,3%
40%
30,3%
30%
20%
2,2%
10%
0%
Pente ≤ 2% Pente ≤ 5% Usage des sols CO2 Nutriments
(RW) (PBR) industriel (STEPs)

Figure 59 – Récapitulatif de l’influence de chaque contrainte sur la disponibilité des surfaces

On constate que la couche la plus limitante, avec les hypothèses sélectionnées, est de loin la couche relative à l’usage
des sols et à la faible disponibilité des terrains qui en découle.

Le Tableau 179 donne les surfaces françaises éligibles à la culture des micro-algues pour les scénarios autotrophes,
c'est-à-dire les surfaces résultant de la combinaison des différentes contraintes considérées.

SCENARIO MODELISE COMBINAISON DE SURFACE ELIGIBLE SURFACE ELIGIBLE


& DESCRIPTION CONTRAINTES [%] [ha]

Micro-algues RW 0,27% 148 324


S1
Autotrophes
A&B
Biocarburants PBR 0,45% 249 854

Micro-algues RW 0,52% 288 938


S2
Autotrophes
A&B PBR 0,94% 517 563
MVA & HVA
Tableau 19 – Surfaces françaises disponibles pour chacun des scénarios (métropole)

Ainsi, seuls 0,27% des terres françaises (soit un peu moins de 150 000 ha) seraient techniquement éligibles à la pro-
duction de biocarburants en raceway dans la mesure où elles présentent à la fois une pente inférieure à 2%, une
source de CO2 et une station d’épuration à proximité, et une utilisation actuelle du sol a priori non rédhibitoire pour
cultiver des algues.

Si l’on cherche en revanche à produire des produits à plus haute valeur ajoutée en PBR, cette surface maximale
allouable à la culture des algues pourrait monter à 0,94% du territoire, soit plus de 500 000 ha, en considérant une
utilisation du sol identique, une pente maximale élargie à 5% et aucune contrainte sur le CO2 et la source de nutri-
ments.

A titre de comparaison,

150 000 ha correspondent à la surface d’un carré de 40 km de côté ou d’un département comme le Val d’Oise
(95) et 500 000 ha à celle d’un carré de 70 km de côté environ ou d’un département comme les Bouches du
Rhône (13).
Les terres arables en France représentent 18,4 millions d’ha.

Ces ordres de grandeur peuvent sembler très importants. Les éléments suivants viennent néanmoins les moduler :

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 95
Juillet 2014

Ces surfaces éligibles sont en réalité extrêmement morcelées, chaque parcelle dépassant rarement la dizaine
d’hectares.
Ces ordres de grandeur sont des maxima physiques correspondant à l’utilisation totale et exclusive de chaque
cm² du territoire remplissant les conditions spécifiées.

La comparaison des scénarios, illustrée en Figure 60, permet par ailleurs de faire ressortir l’impact des différentes
hypothèses. Ainsi :

La comparaison des scénarios 1 et 2 montre que l’inclusion ou non des contraintes liées à la présence de
sources émettrices de CO2 et de stations d’épuration réduit les surfaces éligibles d’un facteur 2 environ (cf.
flèche verte),
La comparaison des scénarios A et B montre que le passage d’une pente maximale de 2% à 5% impacte égale-
ment les surfaces éligibles d’un facteur 1,7 à 1,8 suivant les scénarios.

1,00%
0,90%
Surface éligible (%)

0,80% Scénario & Hypothèses


+79%
0,70%
S1A (RW-2%)
0,60%
S1B (PBR-5%)
0,50%
+68% S2A (RW-2%)
0,40%
S2B (PBR-5%)
0,30%
0,20%
0,10%
0,00%
S1 S2

x2

Figure 60 – Influence des hypothèses sur les surfaces françaises éligibles pour chacun des scénarios

Les sous-sections suivantes fournissent des éléments complémentaires d’analyse, contrainte par contrainte.

4.2.1.3.1 Influence de la disponibilité des terrains


En l’état des hypothèses faites sur l’éligibilité de chacune des catégories de terrains à la culture des algues, la couche
Corine Land Cover représente le principal facteur dimensionnant les surfaces éligibles pour la culture, avec un impact
direct sur les volumes potentiels de production. Cette contrainte est également responsable du morcellement impor-
tant des terrains éligibles.

Le choix fait de ne pas considérer les terrains à vocation agricole est ici structurant. L’inclusion de ne serait-ce que de
10 % des « surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants » qui, plus précisé-
ment, contiennent un « mélange de végétation naturelle, forêts, landes, pelouses, plans d'eau ou rochers à nu où les
terres agricoles occupent entre 25 % et 75 % de la surface totale de l'unité » (terrains de catégorie 243 de Corine Land
Cover) entraîne par exemple, selon les scénarios, une augmentation des surfaces éligibles à la culture des algues de
+7% à +14%, soit entre 10 000 et 75 000 ha supplémentaires.

4.2.1.3.2 Influence de la pente


Comme illustré en Figure 59, le passage d’une pente maximale éligible de 2 % à 5 % fait passer la surface concernée
d’environ 30 à 59 % du territoire, soit quasiment un doublement des surfaces. Ce paramètre est donc également par-
ticulièrement sensible.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 96
Juillet 2014

4.2.1.3.3 Influence de la disponibilité en CO2


Avec les hypothèses retenues (cf. 4.1.2.3.2 - Rayon d’éligibilité au CO2 autour des sources d’émission), le CO2 est ac-
cessible sur une moyenne de 40 % du territoire, ce qui est finalement relativement peu discriminant.

Si l’on considère, pour des questions de coût de transport, que la distance maximale d’éligibilité au CO2 autour des
principaux émetteurs ou bassins industriels n’est plus de 30 km mais de 10 km (en conservant un rayon de 5 km pour
les sources isolées), le CO2 n’est plus accessible qu’à 12,2 % du territoire et la surface éligible à un scénario « produc-
tion de biocarburants en raceway (S1 A) » passe de 0,27 % à 0,15 %.

La surface éligible à un scénario « production de biocarburants en PBR (S1 B) » passe quant à elle de 0,45 % à 0,24 %,
soit une division par 2 environ dans les deux cas. Ces résultats sont représentés en Figure 61. Les scénarios S2 A et
S2 B ont été conservé sur la figure à titre de comparatif, bien que ces scénarios ne soient pas impactés par la disponi-
bilité en CO2 capté.

1,00%
0,90%
Surface éligible (%)

0,80% Scénario & Hypothèses

0,70%
S1A (RW-2%) - 30 km
0,60%
S1A (RW-2%) - 10 km
0,50%
S1B (PBR-5%) - 30 km
0,40%
- 47% S1B (PBR-5%) - 10 km
0,30%
- 45% S2A (RW-2%)
0,20%
S2B (PBR-5%)
0,10%
0,00%
Figure 61 – Influence du rayon d’éligibilité au CO2 autour des sources sur les surfaces éligibles

On constate par la même occasion que plus le rayon d’éligibilité au CO2 est réduit, moins la contrainte de pente joue
sur le résultat (différence de 68 % entre S1A et S1B pour une éligibilité CO2 de 30 km contre une différence de 62 %
pour une éligibilité de 10 km). Ce constat est cohérent sachant que la plupart des industries sont situées en zones
planes.

Il est pertinent de compléter la réflexion en comparant également les volumes de CO2 nécessaires et disponibles afin
de les confronter aux hypothèses de rayon d’éligibilité sélectionnées. Ainsi, pour consommer la production d’une
source de taille moyenne émettant 100 000 tonnes de CO2/an (soit 275 t/jour) avec une productivité maximale de
40 gMS/m²/jour, il faut au moins 3,85 km² de culture. En introduisant la contrainte sur l’usage des sols (éligibilité
moyenne de 2,5 %, cf. Figure 59), la surface utile nécessaire à l’utilisation de ce CO2 est de 150 km² soit un disque d’un
rayon de 7 km en considérant une consommation de CO2 sans pertes (1,8 gCO2/gMS) et de 4 km en considérant qu’il
faut apporter plus de CO2 au système de culture car une partie n’est pas consommée (Ex : apport de 5 gCO2/gMS). Le
rayon d’éligibilité de 5 km sélectionné pour la modélisation est donc en adéquation avec les ordres de grandeur
d’émissions par source et les besoins des algues en CO2.

Le même calcul effectué sur une source de CO2 émettant 2 Mt/an (une centrale à charbon par exemple) donne un
disque de 31 km de rayon (pour 1,8 gCO2/gMS ; 19 km pour 5 gCO2/gMS). A nouveau, le rayon de 30 km sélectionné pour
les zones de concentration importante d’émission est cohérent avec les volumes émis.

Dans le cas particulier des petits émetteurs que sont la plupart des unités de méthanisation, une analyse complémen-
taire a été menée. En effet, pour ces sources à faible volume d’émissions, les quantités de CO2 disponibles risquent
d’être plus rapidement limitantes que le rayon d’éligibilité à un transport du CO2. En appliquant un rayon maximal
d’approvisionnement en CO2 autour de chaque méthaniseur en fonction de leur débit de CO2 sortant (et en considé-
rant un taux moyen de disponibilité des terrains de 5 % en terme d’usages), les terrains éligibles à la culture d’algue ne
représentent que 0,1 % du total obtenu avec l’ensemble des sources de CO2.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 97
Juillet 2014

4.2.1.3.4 Influence de la disponibilité en nutriments


Avec un rayon d’éligibilité aux nutriments fixé à 5 km autour de chaque station d’épuration, cette contrainte est fina-
lement la moins limitante du modèle avec 85 % du territoire alimenté.

Comme pour le CO2, ce constat peut être complété par une analyse des volumes moyens en nutriments nécessaires et
disponibles.

Dans le cas de l’azote, une productivité algale de 40 gMS/m²/jour correspond à une consommation de l’ordre de
2 gN/m²/jour. Une STEP produit en moyenne 75,5 kg d’azote par jour, ce qui correspond à la consommation journa-
lière d’une surface de 4 ha d’algues. En supposant un taux de disponibilité des terrains de 2,5 %, cela revient à un
disque de 160 ha soit de 0,71 km de rayon. Même en réduisant le taux d’utilisation du sol de 2,5 % à 0,5 % de la sur-
face, ce rayon ne monte pas à plus de 2 km.

Ce résultat est important dans la mesure où si 83 % du territoire est potentiellement éligible à une fourniture
d’azote en provenance d’une STEP située à moins de 5 km du site, le volume d’azote émis par ces sources est loin
d’être suffisant pour atteindre le plein potentiel de ces surfaces.

Pour affiner l’analyse, un calcul plus fin des rayons des surfaces de micro-algues qui peuvent être mises en culture
autour de chaque STEP a été réalisé en fonction de son débit en azote. Nous avons supposé une productivité moyenne
de 14,3 g/m2/jour en RW et de 25,3 g/m2/jour en PBR, et un taux de disponibilité de 5 % des terrains. Ainsi, chaque
STEP peut être associée à un disque de rayon plus réaliste. La Figure 62 illustre de quelle manière la couche nutriment
est fortement impactée (figure à comparer avec la Figure 52 page 87). A l’échelle de la métropole, les terrains éligibles
pour les nutriments passent de 85 % à 8 % de la surface totale pour des cultures en RW (conduisant à une baisse du
potentiel de production global de 62 %) et de 85 % à 1,5 % en PBR (conduisant à une baisse du potentiel de produc-
tion global de 74 %).

Figure 62 – Représentation géographique des surfaces du département de l’Aude susceptibles d’être alimentées en
nutriments (eaux usées de STEP) en se basant sur les volumes disponibles

L’atteinte des potentiels de production évalués dans cette étude pour les deux scénarios biocarburants en autotrophie
peut par conséquent être fortement impactée par la capacité ou non des projets à capter l’azote présent dans les
eaux usées. En l’état des volumes disponibles, seul 20 % du potentiel biocarburant pourrait in fine être réalisé. Cette
tension sur la disponibilité en azote renvoie à la nécessité de réduire les besoins en azote ou de mobiliser d’autres
sources d’azote.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 98
Juillet 2014

La mise en œuvre des leviers suivants permettrait d’augmenter la quantité d’azote disponible et ainsi atteindre le
potentiel affiché :

Récupérer l’azote en provenance des nombreuses autres sources de déchets azotés que les eaux de stations
d’épuration, typiquement des effluents industriels ou effluents agricoles, non modélisés ici faute de données
disponibles. La France présentait en 2011 plus de 500 000 exploitations agricoles dont 55 % dédiées à l’élevage
et donc sources d’effluents azotés [38].
Utiliser des espèces et des modes de cultures avec un besoin réduit en azote. En effet, les micro-algues ont une
33
très forte plasticité naturelle, le rapport (massique) entre carbone et azote peut varier de 5.7 à plus de 35
pour certaines espèces, en condition de limitation en azote. Les optimisations du modèle utilisé pour l’étude
conduisent à des régimes de croissance peu économes en azote. D’autres modes de gestion, avec des stress
azotés plus importants (pour optimiser le taux d’accumulation de lipides par exemple) peuvent réduire les be-
soins en azote de moitié, voire moins pour certaines espèces. Ces scenarii devraient être explorés en priorité,
en optimisant le rendement de transformation de l’azote en lipides, et ainsi gagner un facteur 2 dans l’efficacité
d’utilisation de l’azote.
Reminéraliser une fraction de l’azote contenu dans les micro-algues, en associant la culture de micro-algues à
une méthanisation des résidus d’extraction. La digestion anaérobie permet en effet de recycler l’azote orga-
nique sous forme d’ammonium (et le phosphore organique sous forme de phosphate). Ce recyclage de l’azote
lors de l’étape de digestion anaérobie, compte tenu de la biodégradabilité des micro-algues (de l’ordre de 50%
[39]), permettrait de gagner un facteur 2 dans les besoins en azote.
Finalement, l’utilisation de cyanobactéries diazotrophes, i.e. capables de fixer le N2 atmosphérique, bien que
plus exploratoire, est une solution à creuser pour augmenter le potentiel en biocarburant sans apport d’azote
minéral. La fraction d’énergie solaire nécessaire à l’activation de la nitrogénase (enzyme permettant cette fixa-
tion) devrait être évaluée précisément pour évaluer les pertes induites sur la productivité en carbone de ces
algues.

Le phosphore se révèle moins limitant que l’azote. En effet, il est nécessaire à la croissance des micro-algues dans un
34
rapport massique de 7.2 gN/gP . Or le rapport N:P dans les effluents d’une STEP est de l’ordre de 3.75, ce qui assure le
double de l’apport nécessaire en phosphore par rapport à l’azote.

4.2.1.4 Tonnages annuels de matière sèche obtenus pour les micro-algues hétérotrophes
Sur la base des hypothèses présentées aux paragraphes 4.1.1.1 et 4.1.1.2.1, on considère ici l’utilisation de micro-
algues hétérotrophes pour la production de biocarburants. Les stations d’épurations sont considérées à la fois comme
source de carbone et de nutriments.

La consommation de l’ensemble de la DCO contenue dans le débit total des presque 20 000 STEP de France métro-
politaine conduirait à la production d’environ 715 000 tonnes de biomasse algale par an, correspondant à une pro-
duction totale de l’ordre de 230 000 tonnes de triglycérides (lipides) et 290 000 tonnes de sucres.

Ce potentiel théorique pourrait être gonflé par l’utilisation d’autres effluents comme source de carbone et de nutri-
ments (effluents agricoles, industriels…).

4.2.2 Potentiel physique maximum pour les produits micro-algaux


Les sous-sections suivantes convertissent les tonnages en biomasse précédemment obtenues en tonnages de produits
susceptibles d’en découler. Les règles de conversion utilisées sont précisées en Annexe 6 – Règles de conversion des
tonnages de biomasse en tonnages de produits algaux.

4.2.2.1 Production physique maximale de biocarburants


La Figure 63 fournit les potentiels de production annuelle des différents biocarburants liquides (biodiesel et bioétha-
nol) et gazeux (biogaz) à partir d’algues autotrophes et hétérotrophes. Ces algues sont alimentées en eaux usées de
STEP et en CO2 capté (pour les autotrophes).

Le potentiel de production de biogaz est calculé dans deux configurations : la méthanisation des algues entières d’une
part, et la méthanisation de la biomasse résiduelle après extraction des lipides.

33
Rapport de Redfield [116] [117]
34
Rapport de Redfield [116] [117]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 99
Juillet 2014

Le potentiel de production de biodiesel est calculé en considérant une conduite de culture orientée vers la maximisa-
tion de la productivité en lipides. Les potentiels de production de bioéthanol et de biogaz à partir d’algues entières
sont calculés sur la base d’une conduite « classique » optimisant la productivité en biomasse.

La dernière catégorie (« Biodiesel + Biogaz ») somme les potentiels énergétiques obtenus pour la production de bio-
e e
diesel seul et la production de biogaz à partir des résidus d’extraction (1 et 3 scénarios du graphique).

Afin de pouvoir comparer les potentiels énergétiques des carburants liquides et du biogaz, l’ensemble des productions
sont données en TWhPCI.
100

Autotrophie
90 Min (RW)
Autotrophie
Potentiel énergétique annuel [TWhPCI/an]

80
Max (PBR)
Hétérotrophie

70

60

50

40

30

20

10

0
Biodiesel Bioéthanol Biogaz -résidus Biogaz - algues Biodiesel + Biogaz avec
(optim. lipides) (optim. biomasse) (optim. lipides) entières les résidus
(optim. biomasse) (optim. lipides)
Figure 63 – Potentiel annuel maximal de production de biocarburants par auto- et hétérotrophie

Considérant les forts enjeux de minimisation des coûts de production pour être compétitif sur le marché des carbu-
rants, il est plus probable que cette production se fasse en raceway. En se basant sur ces scénarios (barres vertes pour
les raceways), le potentiel maximal de production de biodiesel est d’environ 23 TWhPCI/an soit 16 millions de barils par
an, ce qui représente environ 7 % de la consommation française annuelle de diesel [39] et représenterait 9 % de cette
même consommation projetée à 2030 (en considérant une diminution de la consommation de produits raffinés de
20% en 2030 par rapport aux niveaux de 2006 [40]).

Ce ratio est particulièrement intéressant à regarder pour les DOM-COM au vu des enjeux d’indépendance énergétique
auxquels doivent faire face les territoires insulaires. Sur l’ensemble des quatre DOM, la consommation de carburants
routiers s’élevait en 2009 à un peu moins de 1,2 million de m3 (environ 0,96 Mt/an35), dont plus de 60 % de gazole
(diesel). La production potentielle maximale de biodiesel algal dans les DOM s’élève donc à 4% de leur consommation
actuelle et 5% de leur consommation projetée à 2030.

Le potentiel de production de biogaz à partir de l’ensemble de la biomasse résiduelle résultant d’une extraction de
lipides est de 12,8 TWhPCI par an, contre 18,4 TWhPCI en méthanisant l’ensemble de la biomasse36,37. A titre de compa-

35
Pour une densité moyenne de 0,8 t/m3
36
On considère un biogaz moyen à 70% de méthane

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 100
Juillet 2014

raison, la consommation française de gaz naturel était de 514 TWhPCI en 2012, pour une production d’environ
10 TWhPCI (soit environ 2% des approvisionnements) [41]). La production française était quant à elle d’un peu plus de
4 TWhPCI de biogaz (biogaz de décharge en provenance d’ISDND38 à 78%) soit environ 1,1 TWhe d’électricité en 2011
[35][42]. Au niveau Européen, les objectifs de production d’électricité issue de biogaz sont de 64 TWhe d’ici 2020,
tandis que cette production était estimée à environ 36 TWhe en 2011 [42]. Ainsi, l’utilisation de l’ensemble des ter-
rains potentiellement éligibles à la culture de micro-algues à vocation énergétique et l’utilisation de la totalité des
algues produites pour produire du biogaz permettrait de plus que doubler la production française de gaz (gaz naturel
et biogaz inclus) par rapport aux niveaux de 2011 et de répondre à un maximum de 10% des objectifs européens de
39
production d’électricité à partir de biogaz à horizon 2020 .

Le potentiel énergétique maximal est obtenu en cumulant la production de biodiesel à partir d’une productivité en
lipide optimisée et la production de biogaz à partir des résidus d’extraction des lipides. Ce potentiel est de
36 TWhPCI/an en raceway.

4.2.2.2 Production physique maximale de produits à moyenne et haute valeur ajoutée


La traduction en produits à M&HVA des tonnages de biomasse obtenus est présentée en Figure 64. Dans un premier
temps, pour évaluer les ordres de grandeurs et bien que ces scénarios ne soient pas réalistes compte tenu des tailles
de marché, on évalue les tonnages obtenus si l’ensemble de la biomasse algale est convertie dans le produit considé-
ré. Les tonnages de biomasse utilisés sont ceux du périmètre métropolitain. La borne basse correspond à une produc-
tion uniquement en RW (scénario S2A), la borne haute à une production uniquement en PBR (scénario S2B). A ces
produits s’ajoutent les plastiques biosourcés, qui bien que de faible à moyenne valeur ajoutée et vraisemblablement
produits à partir d’intrants industriels (scénarios S1A et B), sont inclus dans ce paragraphe en tant que produits non
énergétiques.

37
A titre de comparaison, l’étude GrDF de 2013 sur l’évaluation du potentiel de production de biométhane à partir de
micro-algues en France à horizon 2030 estimait, sur la base de l’utilisation de terrains industriels dans des secteurs
ciblés, un potentiel situé entre 1,1 et 9,3 TWh/an à horizon 2020 et un potentiel de 19,3 TWh/an à horizon 2050. Les
ordres de grandeurs sont par conséquent cohérents, le potentiel estimé dans cette étude étant supérieur notamment
en raison d’un périmètre de terrains éligibles plus large.
38
Installations de Stockage des Déchets Non Dangereux
39
18,4 TWhPCI équivalent à 6,4 TWhe en considérant un rendement électrique moteur de 35% [110]

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 101
Juillet 2014

100000

47500 Borne basse = En RW


Borne haute = En PBR

15000
10000
6900
5660

2460
2860
1380

1000
1020
910

570

100
Algues entières Huiles pour ω3 Pigments Bioplastiques
poisson
Figure 64 - Maxima physiques indépendants de production française de produits micro-algaux sur la base des res-
sources disponibles pour des algues autotrophes, en kt/an (échelle logarithmique)

4.2.3 Comparaison des potentiels « physique » et « marché » pour les différents pro-
duits micro-algaux (hors carburants)
La Figure 65 compare, pour l’ensemble des produits à vocation non-énergétique, les potentiels physiques de produc-
tion à partir d’algues autotrophes (telles que présentées en Figure 64) et les tailles des marchés estimées pour ces
produits (telles que présentées en Figure 35 page 67).

Pour les potentiels physiques, la borne basse correspond à une production en RW, la borne haute à une production en
PBR et le curseur est placé sur la moyenne des deux. Pour les potentiels marchés, la borne haute correspond à la pro-
jection de la taille du marché européen des produits conventionnels à 2030, le curseur à la part de ce marché estimée
pour les algues, et la borne basse à la part de ce marché estimée pour les algues françaises (cf. Annexe 3 – Analyse des
marchés des produits algaux non énergétiques).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 102
Juillet 2014

1000000
180000

100000 47500

6900 5700
10000
15000 2460
4000 1380
850
1000 2900 560

1020 910
600 570 100
100 85
20

10 10
14,9 6

4
1 3

0,2
0 0,1
Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel
physique marché physique marché physique marché physique marché physique marché
Algues entières Huiles pour poisson ω3 Pigments Bioplastiques

Figure 65 – Comparaison des potentiels physiques autotrophes et des potentiels marchés pour les produit micro-
algaux non énergétiques, en kt/an (échelle logarithmique)

Ces ordres de grandeur confirment tout d’abord que dédier l’ensemble de la production potentielle d’algues à l’un de
ces produits suffit à inonder l’ensemble du marché Européen prévu à 2030, à l’exception du marché des algues en-
tières pour l’alimentation (porté par les très importants besoins en alimentation animale, notamment du bétail).

En faisant l’exercice inverse, la Figure 66 donne une indication du % du potentiel physique (autotrophe en raceway)
nécessaire ou suffisant pour répondre aux besoins du marché européen en 2030 et à la part de marché estimée pour
les algues françaises. Le % nécessaire à la fourniture du marché total Europe n’est pas renseigné pour les algues en-
tières car le potentiel français est de plusieurs ordres de grandeur insuffisant (l’hypothèse de l’ensemble du marché
de la nutrition animale, notamment, rend ce marché énorme).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 103
Juillet 2014

70% 3,5%

% du potentiel physique
% du potentiel physique
60% 3,0% nécessaire pour répondre à
nécessaire pour répondre au
l'estimation du marché pour les
marché total UE 2030
algues FR à 2030
50% 2,5%

40% 2,0%
Potentiel physique insuffisant

30% 1,5%

20% 1,0%

10% 0,5%

0% 0,0%

Figure 66 - % du potentiel physique nécessaire pour répondre au marché Europe 2030 (à gauche) et à la part de
marché estimée pour les algues françaises (à droite)

Ainsi, avec l’ensemble des hypothèses sélectionnées pour le calcul de la part des marchés algaux susceptibles d’être
couverts par des algues françaises à 2030, l’atteinte de ne serait-ce que 3 % du potentiel physique français suffirait à
répondre aux estimations de marché en dédiant l’ensemble des cultures à la production d’algues entières, tandis que
moins de 1 % du potentiel physique suffirait pour les autres produits (toujours dans l’hypothèse peu réaliste d’une
culture française totalement dédiée à la production du produit en question).

En sommant ces pourcentages, on accède au pourcentage total du potentiel physique nécessaire pour répondre à
l’ensemble des marchés. Ainsi, l’atteinte de 5 % du potentiel physique permettrait de fournir l’ensemble des estima-
tions de marché établies pour les algues françaises à 2030. Le potentiel physique français est en revanche insuffisant
pour répondre à l’ensemble des marchés européens, ce qui n’a de toute façon que peu de réalité.

4.2.4 Scénarios de co-valorisation et de développement de bio-raffineries


Comme nous l’avons vu dans les premières parties de ce rapport, non seulement la production algale française ne
sera évidemment pas dédiée à un seul produit, mais chaque projet ou installation ne le sera probablement pas non
plus, la commercialisation de plusieurs produits à partir de la même biomasse étant un pré-requis à une rentabilité
économique dans de nombreux cas.

Le développement de schémas de co-valorisation ne modifiera pas en soit les ordres de grandeurs des potentiels phy-
siques de production des différents produits présentés dans le paragraphe précédent, mais permettra éventuellement
d’en cumuler certains.

Le Tableau 20 donne plusieurs exemples de scénarios de co-valorisation possibles ainsi qu’un indicateur (dire
d’expert) de leur échéance de faisabilité technique. Ces stratégies de co-valorisation ne sont pas exhaustives, mais
donnent un aperçu de ce qui peut être fait et visé par la filière dans le futur.

La faisabilité effective d’une co-valorisation dépendra fortement de la maturité et des performances des technologies
d’extraction et plus généralement du développement technologique en matière de multi-extraction : développement
de procédés non destructeurs permettant d’obtenir un résidu d’extraction valorisable, développement de techniques
permettant l’extraction de simultanée mais séparée de plusieurs molécules au sein de la même brique procédé, ou

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 104
Juillet 2014

encore le développement de schémas procédés intégrés faisant intervenir plusieurs équipements d’extraction en
cascade.

Echéance
Biomolécule utilisée Biomolécule utilisée Biomolécule utilisée
Faisabilité technique
40 Produit principal Produit secondaire Produit tertiaire
(CT/MT/LT )
Triglycérides Biomasse résiduelle
CT -
Biodiesel Biogaz

Triglycérides Biomasse résiduelle


MT -
Biodiesel Bioéthanol

Triglycérides Biomasse résiduelle


MT -
Biodiesel Farines pour poisson

Triglycérides Biomasse résiduelle


LT
Biodiesel Plastiques bio-sourcés

Sucres Biomasse résiduelle


LT -
Plastiques bio-sourcés Farines pour poisson

Biomasse résiduelle
Triglycérides Pigments
LT Compléments
ω3 pour marchés divers Colorants alimentaires
alimentaires
Tableau 20 – Exemples de scénarios de (co-)valorisation de la biomasse algale pour chaque scénario de production

Les stratégies de co-valorisation impliquant un carburant comme produit principal et des produits à plus haute valeur
ajoutée peuvent permettre de viabiliser les projets à vocation énergétique mais à court terme uniquement, dans la
mesure où une production à grande échelle de carburants avec co-valorisation de produits secondaires sur des mar-
chés finis inonderait rapidement ces derniers. Seuls les modèles purement énergétiques (Ex : biodiesel plus biogaz) ou
avec un produit secondaire de faible à moyenne valeur ajoutée (Ex : biodiesel plus plastiques bio-sourcés ou biodiesel
plus alimentation animale) permettent réellement une co-valorisation sur des échelles importantes, au détriment
cependant de la rentabilité de ces modèles.

Enfin, seules les principales catégories de produits sont représentées mais n’importe quel autre produit à moyenne ou
haute valeur ajoutée développé dans le futur pourrait être combiné dans un schéma de multi-valorisation, du mo-
ment que l’ensemble des co-produits choisis font appel à des biomolécules (ou parties de l’algue) complémentaires et
que les technologies d’extraction le permettent.

40
CT : court-terme ; MT : moyen-terme ; LT : long-terme

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 105
Juillet 2014

4.3 Potentiel des macro-algues – Résultats et analyses

4.3.1 Potentiel physique maximum de production de biomasse macro-algale


4.3.1.1 Récolte de populations naturelles
Comme spécifié au paragraphe 3.2.2.1, la production de macro-algues en France est aujourd’hui d’environ
95 000 tonnes (poids humide, soit environ 14 250 tMS), dont 90 000 tonnes (13 500 tMS) en récolte et ramassage
d’algues sauvages, et ce quasi-exclusivement en métropole (côtes Bretonnes principalement).

La France exploite déjà ce potentiel au maximum et les tonnages liés à la récolte de macro-algues ne devraient pas
augmenter de façon majeure d’ici 2030 [43].

4.3.1.2 Algoculture en mer


L’algoculture en mer représente aujourd’hui 5 000 tonnes d’algues humides.

Si des espaces maritimes supplémentaires sont techniquement mobilisables pour cette activité, notamment en eau
profonde, le frein est aujourd’hui principalement administratif. Obtenir une nouvelle concession maritime en Bre-
tagne est devenu extrêmement rare, notamment en raison de nombreux conflits d’usage et d’enjeux d’acceptation
sociétale particulièrement forts. Ainsi, si le projet Algolesko a récemment réussi à sécuriser 200 ha, ce cas reste,
semble-t-il, une exception. Le projet porté par Aleor dans les Côtes d’Armor, par exemple, est en stand-by depuis un
an faute d’accord.

La tendance est par conséquent plutôt à la récupération d’espaces sur des concessions existantes, typiquement les
concessions conchylicoles. Les algues représentent notamment une source de diversification pour une activité ostréi-
cole très impactée par la mortalité des naissains d'huîtres.

Les concessions d’éolien offshore permettraient également de sanctuariser des espaces maritimes de plusieurs hec-
tares, où les activités de pêche et de plaisance y seraient potentiellement limitées. En revanche, contrairement aux
espaces conchylicoles, la culture d’algues sur des concessions d’éolien en mer serait assurée par un acteur différent de
l’acteur déjà en place, impliquant des modes d’articulation encore indéfinis. En fonction du développement de ces
projets et de la place effectivement attribuable à une culture d’algues au sein de ces espaces, le potentiel de produc-
tion est important, comme on peut le voir en Tableau 21.

La culture de macro-algues pourrait également se faire sur l’estran (zone littorale située entre les limites extrêmes des
marées hautes et basses, immergée de façon périodique) avec des espèces comme Ulva sp. (dont la productivité à
terre est d’environ 20-25 gMS/m²/jour, contre 7,5 gMS/m²/jour pour Saccharina en mer [44]). La surface de ces espaces
potentiels est cependant difficile à estimer précisément à ce jour.

Part de ces surfaces Productivité des


Potentiel de
Espaces Surfaces (ha) dédiable à macro-algues [44]
production
mobilisables l’algoculture (Ex. de Saccharina)
[ha] [%] [tMS/ha/an] [tMS/an]
41
Conchyliculture 4 500 0 – 30% 35 0 – 47 250

Parcs éoliens
53 00042 0 – 30% 35 0 – 556 500
offshore
Tableau 21 – Espaces mobilisables et potentiel de production de macro-algues sur les concessions conchylicoles et
éolien offshore

41
Façade Atlantique et Manche [39]
42
Les 5 zones du premier appel d’offre de 2011 visant à installer 3 GW d’éoliennes offshore correspondent à une
surface totale d’environ 53 000 ha [93]. Les objectifs du Grenelle de l’Environnement sont par ailleurs de 6 GW
d’éolien offshore et énergies marines à horizon 2020.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 106
Juillet 2014

4.3.1.3 Algoculture à terre


Ce cas, proche de la culture des micro-algues, correspond au scénario macro-algues modélisé. Les simulations pour les
macro-algues prédisent des productivités moyennes légèrement inférieures aux micro-algues (de 20% en masse
sèche). La production a lieu principalement en mi-saison, quand la température reste modérée. Les productivités au
Sud pendant les mois chauds restent faibles, ce qui conduit à une inversion du gradient géographique Nord-Sud en
été. D’une manière générale, la production est plus régulière que pour les micro-algues.

Janvier Mars
30
30

50° N 25
50° N 25

20
20

15
15

45° N
45° N
10
10

5
5

5°W ° 0
5° W ° 0 0° 5° E
10 E
0° 5° E
10 E

Juillet Octobre
30 30

50° N 25
50° N 25

20 20

15 15

45° N 45° N
10 10

5 5

5° W ° 0 5°W °
0° 10 E 0
5° E 0° 5° E
10 E

Ulva - Raceway
Figure 67 – Exemples de cartes de productivité (en g/m²/jour) obtenues à l’échelle nationale – Cas d’Ulva cultivée
en raceway pour les mois de janvier, mars, juillet et octobre

Le potentiel obtenu de production annuelle de macro-algues à terre en raceway va de 5,9 MtMS/an dans un scénario
orienté biocarburants à 11,7 MtMS/an dans un scénario M&HVA (sans contrainte sur les sources de CO2 et de nutri-
ment).

4.3.1.4 Potentiel physique total pour les macro-algues


Le potentiel de production de biomasse macro-algale est synthétisé dans le Tableau 22.

Les différents tonnages affichés sont cumulables, à la fois entre eux et aux tonnages obtenus pour les micro-algues
(sauf pour l’algoculture à terre, en compétition avec la culture de micro-algues).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 107
Juillet 2014

Surfaces Potentiel de
Source de la biomasse maximales mobilisables production
[ha] [ktMS/an]
Récolte - 14

Algoculture sur espaces


1 35043 5044
conchylicoles

Algoculture sur parcs 45 46


16 000 560
éoliens offshore

Algoculture à terre
47 150 000 6 000 à 12 000
(RW)

TOTAL 167 350 6 000 à 13 000


Tableau 22 – Synthèse des surfaces mobilisables et des potentiels maximaux de production de biomasse macro-
algale en récolte, algoculture en mer et algoculture à terre (valeur arrondies)

Si le potentiel de récolte est globalement plafonné aux tonnages actuels, le potentiel physique de production en algo-
culture est de un à deux ordres de grandeur supérieur à la production actuelle de macro-algues selon que l’on consi-
dère une algoculture en mer ou à terre.
3
Ce potentiel n’inclut pas une éventuelle valorisation des algues vertes échouées sur les plages. En 2012, 60 000 m
d’algues vertes ont été ramassées sur les littoraux bretons. Ces opérations de ramassage sont aujourd’hui décidées
par les communes en fonction de la nuisance perçue, de la pression touristique, des conditions d'accès aux plages, des
possibilités de valorisation ou d'élimination des algues et des coûts. Les quantités collectées sont donc très variables
selon les années. L’usine de traitement de Launay Lantic, financée à 80 % par l’Etat, traite plusieurs milliers de tonnes
d’algues vertes (8300 tonnes en 2012) pour en faire un sable « calco-organique » ensuite épandu par les agriculteurs
(son caractère alcalin permet notamment de corriger le pH acide des sols bretons) [45]. Néanmoins, cette solution est
présentée comme une solution de traitement d’urgence d’une pollution et non une stratégie de valorisation à pro-
prement parler. Une valorisation tentée par la société Olmix mais qui, au-delà du challenge technique, doit faire face à
des enjeux d’acceptation (une partie de l’opinion locale craignant qu’une valorisation pérenne des algues vertes
échouées se fasse au détriment de la lutte contre les sources de cette pollution, à savoir les rejets d’azote issus des
activités agricoles).

43
Hypothèse de 30% maximum des 4500 ha de concessions conchylicoles
44
Sur la base d’une productivité de 35 tMS/ha/an pour Saccharina
45
Hypothèse de 30% maximum des 53 000 ha de concessions éolien offshore en cours
46
Sur la base d’une productivité de 35 tMS/ha/an pour Saccharina
47
Terres agricoles non éligibles

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 108
Juillet 2014

4.3.2 Potentiel physique maximum pour les produits macro-algaux et comparaison


avec les tailles de marché
La traduction des tonnages de biomasse obtenus en produits macro-algaux est présentée en Figure 68 pour les pro-
duits énergétiques et en Figure 69 pour les produits non-énergétiques.

Le potentiel de récolte à 2030 étant sensiblement identique à la situation actuelle, la traduction de cette biomasse en
produits indiquée correspond à la production actuelle en considérant que l’affectation de la biomasse ne changera pas
radicalement, et non pas à un potentiel physique théorique si la totalité de la récolte était affectée à un produit don-
né. Par soucis de cohérence, le potentiel théorique de production de carburants à partir d’algues sauvages récoltées,
de toute façon négligeable face au potentiel en algoculture, n’est par conséquent pas affiché en Figure 68.

Contrairement aux figures équivalentes présentées pour les micro-algues (Figure 63 à Figure 65, pages 100 à 103)
présentant des scénarios indépendants (selon le type d’algues et le mode de culture), les potentiels présentés dans les
figures suivantes ne s’excluent pas les uns les autres dans la mesure où ils font appel à des espaces -et surfaces- diffé-
rents. Leurs tonnages sont par conséquent cumulables.

A l’exception du potentiel relatif à l’algoculture à terre, directement en concurrence avec les micro-algues pour les
espaces éligibles, ces tonnages sont également cumulables avec les potentiels micro-algaux.

La Figure 68 montre que le potentiel physique de 100,00


Algoculture - espaces
production de bioéthanol est de l’ordre de 140 conchycoles
GWhPCI/an en faisant appel à 30% des espaces con- Algoculture - parcs
chylicoles, de 1,7 TWhPCI/an en mobilisant 30% des éoliens offshore
Potentiel énergétique annuel [TWhPCI/an]

18
Algoculture à terre
futurs parcs éolien offshore et 18 TWhPCI/an en utili-
sant les espaces à terres jugés éligibles à la culture 8
10,00
des algues (les mêmes que pour les micro-algues,
sans contrainte sur les intrants).
1,7
Les volumes totaux de bioéthanol en jeu sont impor-
tants (20 millions de barils/an environ) et couvri- 1,00
0,8
raient, cumulés sur les différents espaces, un peu
plus de 30 % de la consommation française d’essence
de 2011, ce qui est à la fois considérable et peu pro-
bable. 0,14

0,10 0,07
Le potentiel physique de production de biogaz à
partir de l’ensemble de la biomasse macro-algues
susceptible d’être cultivée est de plusieurs TWhPCI/an
(environ 9 WhPCI/an en mobilisant tous les espaces à
terre comme en mer, contre un peu plus de 18
TWhPCI/an pour les micro-algues). Cela correspond à 0,01
plus de 2 fois la production de biogaz française de Bioéthanol Biogaz - algues entières
Figure 68 – Potentiel annuel maximal de production de bio-
2011.
carburants à partir de macro-algues (échelle logarithmique)
Ces chiffres n’ont réellement d’intérêt que pour les marchés de l’énergie. En effet, les tailles des marchés mondiaux
actuels des algues pour l’alimentation et les colloïdes sont respectivement de 2,4 Mt/an et 86 kt/an, comme on peut
le voir en Figure 69, l’atteinte de respectivement 19 % (pour les algues aliments) et 3 % des potentiels physiques suffi-
rait par conséquent à couvrir la consommation mondiale actuelle.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 109
Juillet 2014

100000 25%
% du
potentiel
11700
physique
10000 nécessaire
3000
2400 20% pour
répondre au
600
1000 marché
200 mondial
2014
50 86 15%
100 47
24
10
10
2,3 3 10%

1
0,2
0,1 5%
0,1

0,01
0%
Potentiel Potentiel Potentiel Potentiel
physique marché physique marché Algues Colloïdes
entières
0,001
Algues entières Colloïdes
Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux français
Récolte
Algoculture - espaces conchycoles Marché monde 2014
Algoculture - parcs éoliens offshore Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux
Algoculture à terre Estimation Marché Europe 2030 pour produits algaux français
Récolte
Figure 69 – Comparaison des potentiels physiques et des potentiels marchés pour les produits macro-algaux non
énergétiques, en ktMS/an (à gauche, échelle logarithmique) et % du potentiel physique nécessaire pour répondre au
marché mondial actuel (à droite)

En se concentrant sur les espaces conchylicoles, potentiel le plus probable à 2030, il est possible de tripler la produc-
tion actuelle de colloïdes ou de produire jusqu’à 50 kt d’algues sèches.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 110
Juillet 2014

5 Conclusions générales sur le potentiel des filières algales


françaises

Le potentiel des micro-algues

Un potentiel physique en biomasse substantiel…à modérer


Les quantités maximales de biomasse micro-algale susceptibles d’être produites sur le territoire français sont de
l’ordre de plusieurs millions de tonnes de matière sèche par an (entre 7 et 53 MtMS/an selon les scénarios). Cette es-
timation peut donc varier de façon importante en fonction de chacune des hypothèses sélectionnées, que ce soit sur
le procédé utilisé ou les conditions géoéconomiques (pentes des terrains, nécessité ou non de s’approvisionner en CO2
et en nutriments auprès de sources industrielles).

Les productivités moyennes obtenues en optimisant le choix des espèces utilisées chaque mois en chaque point du
territoire sont de 14,4 g/m²/jour pour les raceways et de 25,3 g/m²/jour pour les photobioréacteurs. Ces moyennes
cachent de fortes hétérogénéités saisonnières mais aussi géographiques, les zones les plus productives étant les
DOM-COM et les départements du pourtour méditerranéen, qui montrent respectivement des productivités mas-
siques de l’ordre de 75 % et 25 % supérieures à la moyenne.

Les hypothèses retenues pour prédire les productions de micro- et macro-algues à horizon 2030 semblent à certains
égards plus conservatives que celles qui ont été utilisées dans d’autres études. L’effet est d’autant plus marqué que
ces critères ont été croisés pour identifier les zones propices à la culture de micro-algues (à moins de 5 km d’une
source de CO2 ET de nutriments ET sur des terrains peu pentus ET non déjà affectés à des usages jugés incompatibles).
Les hypothèses biologiques retenues sont également nettement moins optimistes qu’un grand nombre de publica-
tions [47], qui décrivent souvent implicitement les meilleurs mois de l’année, pour des climats plus cléments. Ainsi, les
rendements de conversion solaire en métropole sont compris entre 1,5 % et 3 %. Malgré ces hypothèses restrictives,
mais qui se veulent réalistes, le potentiel de production algal français reste significatif, permettant de réaliser des
productions d’un ordre de grandeur au-dessus de la plupart des marchés accessibles.

Les productivités annuelles sont plus faibles que les chiffres généralement annoncés notamment à cause de mois
d’hiver très peu productifs et d’une certaine surchauffe des milieux de culture pendant les mois d’été, et ce bien que
cet effet ait été en partie gommé dans l’étude grâce à l’utilisation de 5 espèces pouvant se relayer d’un mois à l’autre.
Des développements devront être conduits pour mieux gérer les aspects thermiques des dispositifs de culture et ré-
duire l’impact des oscillations thermiques sur la productivité. L’utilisation d’espèces plus tolérantes à des larges
gammes de températures permettrait également d’améliorer les productivités.

La principale contrainte limitant le potentiel physique de production de biomasse micro-algale est l’usage des sols, la
quasi-totalité des sols français étant déjà affectée à des usages ne permettant pas le développement de cette activité.
Les hypothèses de disponibilité prises ici laissent néanmoins la place à plusieurs centaines de milliers d’hectares de
culture au maximum (entre 150 et 500 000 suivant les contraintes sur la pente éligible, l’origine des intrants, etc.).
Ce potentiel pourrait par ailleurs évoluer à la hausse, dans la perspective d’une nouvelle vision de l’agriculture, si cer-
taines productions de composés algaux à vocation alimentaire étaient partiellement réalisées sur des terrains agri-
coles. Ce point est d’autant plus important si l’on considère la production de micro-algues à la ferme couplée à de la
méthanisation. Les calculs réalisés à partir des méthaniseurs répartis sur le sol français indiquent que le potentiel
associé à ces sources ne constitue que 0,1 % du potentiel physique total, en grande partie du fait du manque de ter-
rain de nature éligible dans les zones (de faible étendues pour ces petites sources) situées autour des méthaniseurs,
pour la plupart « à la ferme ».

Un deuxième aspect important pourrait limiter ces estimations : les problèmes de contaminations par des organismes
compétiteurs, prédateurs ou par des virus, non intégrés à la modélisation, induisent des pertes de production par
rapport à la quantité théorique de l’ordre de 30 % à 50 %. Ce facteur externe, encore très mal maitrisé est un réel
frein au développement de la filière. Le problème est nettement plus prégnant pour des microorganismes pour les-
quels les contaminants n’apparaissent pas de façon visible. Cet élément est en faveur des macro-algues, et dans une
moindre mesure des photobioréacteurs (plus résistants aux contaminations mais nettement plus difficile à déconta-
miner).

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 111
Juillet 2014

De même, le constat de la forte sensibilité des productivités aux variations thermiques est directement associé à la
question des besoins en eau. L’étude a fait l’hypothèse que l’eau de pluie pouvait être recyclée localement, ce qui
3
conduit à une consommation moyenne de 10 m par tonne de masse sèche (50 litres d’eau par kg de biodiesel, ou
80 litres par kilo d’éthanol pour les macro-algues). Mais il existe une très forte variabilité sur le territoire, et le besoin
en eau est 50% supérieur pour les départements du pourtour méditerranéen (où la productivité est augmentée de
25 %), régions plus facilement en stress hydrique. L’utilisation d’eau de mer ne semble possible que pour une frange
marginale des territoires, ce qui signifie que l’essentiel de la production ne pourra se faire qu’à partir de ressources
3
locales. Dans l’hypothèse d’une implantation des cultures autour des stations d’épuration, les flux liquides (10 m /kg
d’azote) sont à même d’assurer un apport suffisant en eau.

Pour la production de biocarburants 3G : un potentiel élevé, un enjeu sur les res-


sources en azote
Le potentiel physique de production de biocarburant est significatif : de l’ordre de 7 % de la consommation française
de diesel (pour une production 100 % orientée vers la production de biodiesel) ou 15 % de la consommation en es-
sence (pour une production 100 % orientée vers la production de bioéthanol).

Dans une optique de production de biocarburants, le développement effectif de cultures de micro-algues sur les ter-
rains éligibles et l’atteinte du plein potentiel évalué dans cette étude implique de faire appel à d’autres sources de
déchets azotés que les stations d’épuration, tels que des effluents industriels ou agricoles (non modélisés ici) ou la
mise en place des stratégies de recyclage de l’azote comme un couplage avec des unités de méthanisation. L’étape de
digestion anaérobie permet en effet le recyclage (au sein du digestat) d’une partie de l’azote (sous forme
d’ammonium) et du phosphore (sous forme de phosphate). De plus, l’utilisation de l’azote issu des eaux usées est un
point sur lequel nous manquons de recul technologique. Même si la faisabilité a été démontrée par de nombreuses
études, les réalisations pratiques pour en cerner les limites sont encore rares. Il est certain que de nombreux dévelop-
pements seront nécessaires avant de pouvoir réellement mobiliser cet azote pour la culture de micro-algues.

La contrainte sur l’azote conduit à un modèle où les sites de production de micro-algues sont intégrés aux stations
d’épuration, et sont pleinement impliqués dans le traitement de l’azote. De façon générale, se dessinent des logiques
de recyclage local de l’azote et du carbone, au sein d’écosystèmes couplant auto et hétérotrophie. L’utilisation
d’espèces marines peut poser problème dans ce contexte, car le sel est un inhibiteur de la digestion anaérobie. De
façon plus générale, le traitement d’effluents salins en grande quantité est un vrai problème qui réduit considérable-
ment la possibilité d’associer la production de micro-algues marines à une logique de traitement de l’eau.

Limiter le développement des micro-algues à vocation énergétique à la périphérie des sources de déchets azotés im-
pacte également le choix des procédés de production. L’utilisation de technologies plus efficaces (photobioréacteur)
conduit à des surfaces à mobiliser moindres, dans la périphérie des stations d’épuration pour utiliser les mêmes flux
d’azote. Ce gain en densification du procédé (moindre surface et concentration algale plus forte) ne compensera sans
doute pas les coûts d’investissement supérieurs d’un facteur dix par rapport aux raceways. Par ailleurs, l’utilisation de
48
nutriments issus de STEP rendra la culture axénique difficile, et pourrait compliquer le nettoyage des installations.
L’utilisation de photobioréacteurs semble donc moins bien adaptée à un scenario de mobilisation de déchets azotés
pour la production de biocarburants.

Le potentiel de production en hétérotrophie, s’il n’est que peu limité physiquement pour la production de molécules à
haute valeur ajoutée, est d’un ordre de grandeur inférieur aux micro-algues autotrophes pour la production de bio-
carburants. Il est également plus incertain, les étapes pour passer d’une eau usée à la production de lipides issus de
micro-algues hétérotrophes sont plus prospectives et nettement moins bien caractérisées dans la littérature. Par ail-
leurs, les techniques permettant de remobiliser l’azote dans les déchets pour assurer la croissance des algues (diges-
tion anaérobie) contribuent à la transformation d’une majeure partie du carbone organique en CO2 et CH4. Il y a donc
une compétition implicite entre les technologies de remobilisation du carbone et de l’azote organique et l’utilisation
des deux simultanément est un verrou.

Pour la production de produits non-énergétiques


Si les marchés à moyenne et haute valeur ajoutée restent les plus accessibles à court terme, le développement des
algues à grande échelle ne se fera que via le développement des applications biocarburants (ou une généralisation

48
Dépourvue de contamination par d’autres micro-organismes pathogènes ou en compétition avec les algues

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 112
Juillet 2014

d’une alimentation animale par les algues). Sans cela, la production européenne sera plafonnée à quelques milliers de
tonnes maximum du fait de contraintes marché fortes sur les applications à moyenne et haute valeur ajoutée.

Les schémas de co-valorisation de produits énergétiques et non-énergétiques, s’ils sont un bon moyen de rentabiliser
les premières unités et de réduire les coûts par l’apprentissage et la standardisation, devront, dans l’hypothèse d’un
déploiement massif des algues, laisser la place à des installations à vocation purement énergétique.

Le potentiel des macro-algues


Bien que le potentiel de récolte soit globalement plafonné aux tonnages actuels, le potentiel physique d’algoculture,
aujourd’hui peu exploité, demeure très important.

Le premier frein à l’exploitation de ce potentiel est aujourd’hui d’ordre administratif (difficulté d’obtention de conces-
sions maritimes) et la tendance est par conséquent à la récupération d’espaces de culture sur des concessions exis-
tantes.

Les espaces offrant le potentiel le plus direct, notamment en raison de synergies d’activités, sont les concessions con-
chylicoles. Les algues représentent notamment une source de diversification pour une activité ostréicole très impac-
tée par la mortalité croissante des naissains d'huîtres. La culture de macro-algues sur 30 % de ces espaces permettrait
à elle seule de générer plus de 50 000 tonnes de matière sèche supplémentaires (avec une productivité similaire à
celle de Saccharina). Un couplage avec les futurs parcs éoliens offshore ouvrirait la porte à des surfaces plus impor-
tantes encore.

La culture de macro-algues à terre (en bassins ouverts), existante mais encore très peu répandue, a également été
modélisée. Les macro-algues cultivées à terre conduisent à des productivités massiques sensiblement plus faibles que
les micro-algues (inférieures d’environ 20% en masse sèche). Leur utilisation à des fins de biocarburant aboutit à des
productivités énergétiques inférieures d’un facteur 5. Compte tenu des moindres coûts énergétiques de récolte et de
séchage pour les macro-algues, et l’implication de procédés plus simples, les macro-algues constituent néanmoins une
alternative pertinente aux micro-algues à moyen-terme. Un arbitrage entre les cultures à terre de micro-et macro-
algues semble difficile sans une analyse économique comparative et au vu des incertitudes sur la levée de leurs ver-
rous technologiques respectifs.

Du potentiel théorique à une réalité pour 2030


Même si l’activité de production de micro-algues devient viable sous certaines conditions, le potentiel proposé peut
correspondre dans un certain nombre de situations à des productivités trop faibles pour qu’une rentabilité écono-
mique puisse être trouvée, si bien que certaines localisations n’ont pas de réel potentiel de rentabilité ou en tout cas
pendant toute l’année. Le potentiel physique économiquement exploitable est donc inférieur au potentiel physique
présenté ici, et dépendra des conditions technico-économiques minimales nécessaires à une rentabilité des projets.

Au-delà du potentiel théorique se pose la question du potentiel atteignable à horizon 2030. Un doublement annuel de
la capacité française actuelle de production de micro-algues serait nécessaire pour atteindre les tonnages physiques
correspondant au scénario le plus conservatif (S1A : production en raceway utilisant des intrants industriels). Ce scé-
nario de montée en puissance semble démesurément optimiste ; un scénario encore optimiste d’une croissance an-
nuelle de 50 % des tonnages de micro-algues produits ne permettrait d’atteindre en 2030 qu’environ 1 % du potentiel
physique. Dans ce cadre et à horizon 15 ans, les scénarios de co-valorisation ont donc encore toute leur place.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 113
Juillet 2014

Pour aller plus loin :

- La nécessité d’une analyse complémentaire centrée sur les coûts de pro-


duction et la future compétitivité des produits algaux
La réponse à la question posée dans cette étude est relativement claire : oui, la France dispose de ressources phy-
siques importantes et d’un tissu d’acteurs, tant dans la recherche que dans l’industrie, donnant la latitude nécessaire
à la France pour prendre une place de choix sur le marché des algues et produire des volumes importants.

Si le potentiel est de taille, le niveau d’atteinte de ce potentiel à horizon 2030 est incertain, tant en biomasse qu’en
termes de répartition entre les différents produits possibles. La vitesse de montée en puissance des espaces cultivés
sera directement indexée sur la rentabilité économique des différentes voies de production algales et sur la compéti-
tivité des différents produits algo-sourcés vis-à-vis des autres produits en compétition pour chaque marché.

Ici les contraintes économiques n’ont pu être abordées qu’indirectement, à travers :

La nécessité pour les scénarios de production de biocarburants d’alimenter les cultures en CO2 capté et en nu-
triments issus de stations d’épuration
L’estimation des parts de marchés susceptibles d’être prises par les produits algaux à moyenne et haute valeur
ajoutée, reposant en partie sur des éléments économiques comme les coûts des modes de production tradi-
tionnels, l’anticipation d’un premium associé à un produit bio-sourcé ou non, etc.

Bien que la faible maturité des technologies en jeu rende aujourd’hui difficile la réalisation d’évaluations économiques
robustes, il est toutefois nécessaire de compléter les résultats de cette étude par un volet d’analyse de business cases
avec études de sensibilité sur les différents paramètres et hypothèses afin de préciser les conditions qui feront la
compétitivité ou non des produits algaux à horizon 2030 (réductions à viser en termes de coûts d’investissement,
conditions de marché justifiant l’intérêt des produits algaux, etc.) et d’identifier les filières les plus susceptibles
d’atteindre une rentabilité à l’horizon considéré.

Par exemple, l’atteinte du potentiel de culture de macro-algues en mer se heurtera probablement à la réalité écono-
mique. En effet, le coût d’une tonne de Laminaires aujourd’hui récoltées à partir de populations naturelles est estimé
à approximativement 50 €, alors que le coût d’une tonne d’algues laminaires cultivée en mer revient à environ 1000 €
[43]. Le coût de la main d’œuvre française est la principale raison de cet écart. Il est évident que le coût de production
en Asie rend le marché des algues très compétitif, et c’est également pourquoi la production française, aujourd’hui
basée sur les algues de récolte, ne fournit que 40 % de la consommation française et doit être complétée par ces im-
portations. Les stratégies de développement s’appuieront vraisemblablement sur la qualité des algues cultivées pour
trouver des relais sur des marchés à plus haute valeur ajoutée, comme ceux de la cosmétique [43], mais l’atteinte
d’un potentiel de masse semble incertain dans ces conditions.

- Des besoins en R&D pour accéder à la maturité technico-économique


Les micro- et macro-algues présentent un potentiel certain pour les marchés pharmaceutiques, alimentaires et, à plus
long terme, pour la chimie verte voire les biocarburants, et la France dispose des atouts physiques, scientifiques et
industriels pour s’y positionner.

Pour réaliser ce potentiel, que ce soit pour les micro- ou les macro-algues, un effort de recherche important est en-
core nécessaire afin de lever les verrous sur l’ensemble de la chaine de valeur : identification et sélection de souches
plus performantes, meilleure connaissance du génome de ces organismes, recherche de techniques de culture et de
récolte moins énergivores et moins couteuses, mise au point de procédés de type bioraffinerie pour séparer efficace-
ment les différents produits d’intérêt ou encore développement de méthodes pour se prémunir contre le développe-
ment de compétiteurs, pathogènes ou prédateurs. Les défis ne manquent pas.

L’effort de recherche engagé à travers le monde est conséquent (plusieurs milliards de dollars pour les micro-algues
uniquement aux États-Unis au cours des dernières années, de nombreux projets de culture de macro-algues à grande
échelle en Europe), et de nombreuses ruptures technologiques sont attendues, capables de faire baisser les coûts,
améliorer les rendements énergétiques et plus globalement le bilan environnemental de ces solutions. Il apparait que,
pour ces deux filières, un modèle économique viable combinera différentes voies de valorisation et services intégrés,
via une approche de type bioraffinerie.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 114
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ème
Alors que des macro-algues étaient récoltées dès le XIX siècle et sont cultivées depuis plusieurs décennies, les mi-
cro-algues ont été et sont encore largement moins exploitées. La reprise des recherches pour les micro-algues, princi-
palement sous l’impulsion d’une forte hausse du baril de pétrole en 2006, a déjà connu trois phases. Une première
phase de type « bulle » où de nombreux acteurs ont investi un créneau qu’une analyse trop rapide semblait pro-
mettre à des débouchés lucratifs à très court terme. La R&D s’est repliée sur des consortia minimalistes, associant
souvent un industriel à une équipe de recherche, mais le potentiel des micro-algues a continué à être largement sur-
vendu ; le parti pris des startups qui visaient une commercialisation rapide, ou des équipes de recherche qui voyaient
l’opportunité de faire financer leurs travaux a progressivement décrédibilisé une partie des acteurs du domaine. La
bulle a finalement explosé au bout de cinq années, dans une phase de sélection, et seules les sociétés les plus solides
ont survécu. Cette seconde phase a permis de prendre la mesure des enjeux et des échelles de temps nécessaires
pour répondre aux différents marchés, depuis les molécules à haute valeur ajoutée jusqu’à l’énergie et la chimie bio-
sourcée. La majorité des acteurs qui avaient annoncé des développements pour le marché de l’énergie se sont rediri-
gés vers les applications nutrition ou santé. Plus récemment, une troisième phase s’est amorcée, où la R&D s’est ins-
crite plus sereinement dans des échelles de temps en accord avec les défis à relever.

En France, cette nouvelle dynamique s’est notamment traduite par la mise en place de l’Institut d’Excellence pour les
Energies Décarbonées « Green Stars », soutenu par cent experts internationaux du domaine, et finalement labellisé en
2011 par le Commissariat Général à l’Investissement, après qu’un jury d’experts internationaux l’ait sélectionné. Cet
institut permettait d’installer les recherches sur les micro-algues dans la durée, et surtout d’associer le monde acadé-
mique et le tissu industriel autour de projets innovants. Le réseau d’experts pluridisciplinaires (la majorité des grands
établissements publics de recherche étaient partenaires) et de plateformes innovantes, garantissait la cohérence
nécessaire pour synchroniser et rationnaliser les développements à l’échelle nationale. L’initiative a fait école, et des
consortiums similaires sont en cours de montage dans d’autres pays (Allemagne, Royaume-Uni, etc.). L’annonce de
l’arrêt du financement de cet IEED suite au retrait de certains industriels de l’énergie laisse à ce jour planer une incer-
titude sur le devenir de la filière micro-algues française, avec un risque de morcellement des efforts de recherche.

L’opération a réussi dans le domaine plus mature des macro-algues, où le projet IDEALG (Investissements d’Avenir,
ANR), pour un budget global de 36 M€ sur 10 ans, réunit entreprises et chercheurs pour développer la filière des ma-
cro-algues en France (voir p75 §3.2.2.3).

- Une connaissance améliorée des impacts environnementaux


Au-delà des défis purement scientifiques et dans un contexte complexe, le développement de ces filières nécessite
d’aborder également les aspects socio-économiques et environnementaux pour espérer susciter l’adhésion et pro-
duire durablement en anticipant les impacts d’un éventuel développement massif. Les difficultés liées à la gestion de
l’eau devront notamment être prises en compte.

Cette étude démontre qu’il y a un potentiel réel pour les micro- et macro algues en France. Ce potentiel ne se concré-
tisera toutefois qu’au prix d’un effort de recherche et développement conséquent.

Evaluation du gisement potentiel de ressources algales pour l’énergie et la chimie en France à horizon 2030 115
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L’ADEME EN BREF

L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de


l'Energie (ADEME) participe à la mise en œuvre
des politiques publiques dans les domaines de l'en-
vironnement, de l'énergie et du développement du-
rable. Afin de leur permettre de progresser dans
leur démarche environnementale, l'agence met à
disposition des entreprises, des collectivités locales,
des pouvoirs publics et du grand public, ses capaci-
tés d'expertise et de conseil. Elle aide en outre au
financement de projets, de la recherche à la mise
en œuvre et ce, dans les domaines suivants : la
gestion des déchets, la préservation des sols, l'effi-
cacité énergétique et les énergies renouvelables, la
qualité de l'air et la lutte contre le bruit.

L’ADEME est un établissement public sous la tutelle


conjointe du ministère de l'Ecologie, du Dévelop-
pement durable et de l'Energie et du ministère de
l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur
et de la Recherche.

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