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BULLETIN DE LA

SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’ÉGYPTOLOGIE


N° 183 Juin 2012
BULLETIN DE LA
SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’ÉGYPTOLOGIE

No 183 Juin 2012

1. Compte rendu de l’Assemblée générale du 20 juin 2012 ............... 2


2. Nouvelles de l’égyptologie .............................................................. 2

3. Communications∞∞:
— M. Vincent RONDOT, CNRS UMR 8164 Halma-Ipel – univer-
sité de Lille III, président de la Société internationale des
études nubiennes : Nouveaux projets de barrages au Soudan... 6

— Mme Silvia EINAUDI, docteur en égyptologie, mission fran-


çaise de Louqsor (TT33), mission russe de Louqsor (TT23) :
Le Livre des morts dans les tombes monumentales de
l’Assassif…………………..…………………………………… 14

— M. Jean-Claude GRENIER, UMR CNRS 5140, professeur à l’uni-


versité de Montpellier III : Antinoüs. Varius, multiplex,
multiformis deus……………………………………………… 37

En couverture∞∞:
Nauri, au sud de Kajbar. Vue sur la vallée depuis la stèle de l’an 4 de Séthi Ier
(photographie Vincent Rondot).
Le Livre des morts dans les tombes monumentales
tardives de l’Assassif

Silvia EINAUDI

Mission française de Louqsor (TT33) – Mission russe de Louqsor (TT23)

Le sujet de cet article prend sa source dans ma thèse de doctorat sur


les chapitres du Livre des morts gravés dans la cour de la tombe d’Haroua
(TT 37)1, premier grand monument funéraire bâti dans la nécropole de
l’Assassif proprement dit (ou «∞∞Assassif-Nord∞∞»)2 à l’époque tardive3.
Si, pour la construction de la tombe du «∞∞premier prêtre-âq∞∞» Karakh-
amon (TT 223), creusée dans l’Assassif-Sud, on accepte la datation proposée
par E. Pischikova des règnes de Chabaqa et Chabataqa (710-690 av. J.-C.)4,

1
Thèse intitulée∞∞: Les chapitres du Livre des Morts dans la cour de la tombe d’Haroua
(TT 37). Analyse et comparaison avec les tombes monumentales tardives, préparée sous la
direction de Mme Christiane Zivie-Coche et soutenue à l’École pratique des hautes études de
Paris. Cf. S. Einaudi, «∞∞Le Livre des Morts dans la cour de la Tombe d’Haroua (TT 37)∞∞:
nouvelles découvertes∞∞», dans P. Kousoulis (éd.), Proceedings of the Tenth International
Congress of Egyptologists, sous presse.
2
Pour la distinction entre «∞∞Assassif-Nord∞∞» – qui correspond précisément à l’esplanade
devant les temples de Deir el-Bahari et qui est nommé généralement dans la littérature égyp-
tologique «∞∞Assassif∞∞» tout court – et «∞∞Assassif-Sud∞∞» – secteur de la nécropole thébaine situé
au sud de la colline de Cheikh Abd el-Qourna, dans un ouadi qui est à peu près dans l’aligne-
ment du Ramesseum – cf. D. Eigner, Die monumentalen Grabbauten der Spätzeit in der
Thebanischen Nekropole (DÖAW 8), 1984, p. 28, 33.
3
En accord avec la définition d’Eigner «∞∞die monumentalen Grabbauten der Spätzeit∞∞»
(Eigner, op. cit.), on considère que la tombe d’Haroua, ainsi que celle de Karakhamon, font
partie des hypogées monumentaux «∞∞tardifs∞∞» de l’Assassif, malgré leur datation de la XXVe
dynastie, donc, selon le système chronologique communément accepté, de la fin de la
Troisième Période intermédiaire.
4
E. Pischikova, «∞∞Tomb of Karakhamun (TT 223) in the South Asasif and a “∞∞Lost∞∞”
Capital∞∞», JARCE 44 (2008), p. 187∞∞; E. Pischikova, «∞∞Early Kushite Tombs of South Asa-
sif∞∞», BMSAES 12 (2009), p. 14∞∞; www.southasasif.com/Karak-History-of-the-Tomb.html. Cf.
aussi∞∞: J. Budka – Fr. Kammerzell, «∞∞Kuschiten in Theben∞∞: Eine Archäologische Spuren-
suche∞∞», MittSAG 18 (2007), p. 166, 168 et pl. 1.

14 BSFE 183
cet hypogée serait le premier grand monument funéraire thébain de l’époque
tardive largement décoré du Livre des morts5. En effet, d’après les recherches
en cours menées par la Mission du South Asasif Conservation Project, les
parois, demi-piliers et piliers (en grande partie détruits) des deux salles
hypostyles de la tombe étaient à l’origine gravés de nombreux chapitres du
Livre des morts.
Déjà identifiés dans la première salle6 sont les chapitres 17, 18 (?), 19,
31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38B, 39, 40, 41 (?), 42, 44, 51, 54, 55, 58, 59,
60, 72, 79, 82, 89, 92, 94, 99 (?), 105, 106, 117, 138 (?) et, dans la deu-
xième7, les formules 10, 11, 15h, 24 (?), 26, 27, 28, 44 (?), 45, 50, 51, 52,
57, 63, 74, 75, 77 (?), 80, 84, 86, 91, 100, 104, 105. En outre, le chapitre
125 décore entièrement les parois de la chambre funéraire8. Les thèmes de
ces textes, dont l’arrangement dans la tombe suit souvent la séquence-type
canonisée dans la recension saïte du Livre des morts, sont très variés∞∞: for-
mules pour repousser les animaux dangereux et autres périls, pour respirer
et boire de l’eau, pour donner la liberté de mouvement au ba, pour éviter au
défunt la perte de son cœur et lui permettre d’intégrer la suite de Rê dans sa
barque, formules pour se transformer ainsi que pour sortir au jour tout sim-
plement et continuer à vivre dans l’au-delà.
Dans la première salle, le Livre des morts coexistait avec le Rituel des
heures du jour et de la nuit qui ornait trois côtés de chaque pilier9, selon un

5
K. Griffin, «∞∞A Preliminary Survey of the Book of the Dead from the Second Pillared
Hall∞∞», dans E. Pischikova (éd.), Kushite Tombs of the South Asasif Necropolis. South Asasif
Conservation Project 2006-2011, sous presse. En ce qui concerne la tombe voisine de Kara-
basken (TT 391), datée par Pischikova du règne de Chabaqa (Pischikova, Early Kushite
Tombs, p. 12-13), les fouilles et les recherches n’ont pas encore démontré la présence de
chapitres du Livre des morts dans l’hypogée.
6
M.A. Molinero Polo, «∞∞The textual decoration of the First Hypostyle Hall∞∞», dans
E. Pischikova (éd.), Kushite Tombs of the South Asasif Necropolis. South Asasif Conservation
Project 2006-2011, sous presse.
7
K. Griffin, op. cit., sous presse.
8
M.A. Molinero Polo, «∞∞The Hall of the Two Maats. BD 125 in Karakhamun’s funerary
chamber∞∞», en préparation.
9
Les heures du jour étant placées sur les piliers de la rangée septentrionale (en entrant
dans la tombe à droite), les heures de la nuit sur les piliers de la rangée méridionale (en entrant
à gauche). Sur le Rituel des heures∞∞: J. Assmann, Liturgische Lieder an den Sonnengott (MÄS
19), 1969, p. 113 sq.∞∞; id., Ägyptische Hymnen und Gebete (OBO s.n.), 1999, p. 73 sq.∞∞; id.,
Egyptian Solar Religion in the New Kingdom, 1995, p. 26 sq.∞∞; E. Graefe, «∞∞Das Stundenritual
in thebanischen Gräbern der Spätzeit (Über den Stand der Arbeit an der Edition)∞∞» dans
J. Assmann – E. Dziobek – H. Guksch – Fr. Kampp (éd.), Thebanische Beamtennekropolen∞∞:

BSFE 183 15
modèle décoratif qui deviendra assez répandu parmi les tombes monumen-
tales des XXVe-XXVIe dynasties de la nécropole thébaine.

Peu de temps après le début des travaux de Karakhamon, Haroua, «∞∞grand


majordome de l’épouse divine∞∞» Aménirdis Ire10, commença son imposant
monument funéraire (TT 37) dans l’esplanade de l’Assassif proprement dit.
Cette tombe, sise dans l’alignement de l’ancien temple de Montouhotep II,
fut creusée et décorée dans les années 700-680 av. J.-C. environ∞∞: avec elle
débute l’exploitation intensive et grandiose de l’Assassif comme cimetière

neue Perspektiven archäologischer Forschung. Internationales Symposion Heidelberg


9.-13.6.1993 (SAGA 12), 1995, p. 85-93. Dans la nécropole thébaine, les deux attestations les
plus anciennes de ce Rituel des heures (Stundenritual) – comprenant scènes et hymnes d’ado-
ration associés – viennent des temples d’Hatchepsout à Deir el-Bahari (chapelle dite «∞∞Salle
des Offrandes∞∞»∞ : scènes et textes partiellement en lacune) et de Thoutmosis III à Cheikh Abd
el-Qourna (sanctuaire∞∞: seuls quelques blocs du décor originel préservés)∞∞: É. Naville, The
temple of Deir el-Bahari, IV, 1901, p. 10-11∞∞; pl. CXIV, CXVI∞∞; M. Barwik, «∞∞The so-called
“∞∞Stundenritual∞∞” from Hatshepsut’s Temple at Deir el-Bahari∞∞», dans Chr. Eyre, Proceedings
of the Seventh International Congress of Egyptologists (OLA 82), 1998∞∞; H. Ricke, Der
Totentempel Thutmoses’ III. Baugeschichtliche Untersuchung (BÄBA 3/1), 1939, p. 11∞∞; pl. 9.
Dans les deux cas, le rituel est reproduit au plafond∞∞: heures du jour à gauche en entrant dans
la pièce, heures de la nuit à droite. Ces deux temples donnent d’ailleurs les seules attestations
complètes du Rituel dans la nécropole thébaine avant la XXVe dynastie. À propos des heures
de la nuit, Assmann note que les récitations sont des extraits du Livre des morts ou, comme
Graefe le définit, “∞∞Collagen von Totenbuch-Auszügen∞∞”∞∞: 1re heure=LdM 22+59∞∞; 2e
heure=LdM 71∞∞; 3e heure=LdM 71∞∞; 4e heure=LdM 71 (début)∞∞; 5e heure=LdM 68 (moitié)∞∞;
6e heure=LdM 68 (début)∞∞; 7e heure=LdM 74∞∞; 8e heure=LdM 28+∞∞?∞∞; 9e heure=LdM 26∞∞; 10e
heure=25+∞∞?∞∞; 11e heure=LdM 24∞∞; 12e heure=LdM 67 Naville (Assmann, Egyptian Solar
Religion, p. 26, n. 70∞∞; Graefe, Stundenritual, p. 86-87).
10
Aménirdis Ire est morte pendant le règne de Chabataqa, vers 695 av. J.-C., année où
Haroua a probablement quitté sa haute fonction de «∞∞grand majordome∞∞». Pour les hypothèses
relatives aux dates d’Aménirdis Ire∞ : K.A. Kitchen, The Third Intermediate Period in Egypt
(1100-650 BC), 2004, p. 480∞∞; G. Vittmann, Priester und Beamte im Theben der Spätzeit,
1978, p. 139∞∞; U. Rößler-Köhler, Individuelle Haltungen zum Ägyptischen Königtum der Spät-
zeit. Private Quellen und ihre Königswertung im Spannungsfeld zwischen Erwartung und
Erfahrung (GOF IV/21), 1991, p. 150 et n. 104∞∞; D.A. Aston, «∞∞The Theban West Bank from
the Twenty-Fifth Dynasty to the Ptolemaic Period∞∞», dans N. Strudwick – J. Taylor (éd.), The
Theban Necropolis. Past, Present and Future, 2003, p. 145∞∞; A. Dodson, «∞∞The Problem of
Amenirdis II and the heirs to the office of God’s Wife of Amun during the Twenty-Sixth
Dynasty∞∞», JEA 88 (2002), p. 182, 186. Quant à la période d’activité d’Haroua, je propose une
durée de quatre décennies, de 720 à 680 av. J.-C. environ, date approximative de sa mort∞∞; cf.
aussi∞∞: E. Graefe, Untersuchungen zur Verwaltung und Geschichte der Institution der Gottes-
gemahlin des Amun vom Beginn des neuen Reiches bis zur Spätzeit, I (ÄA 37), 1981, p. 130-
132∞∞: Ì125.

16 BSFE 183
des hauts fonctionnaires de l’époque tardive, qui durera jusqu’à la fin de la
XXVIe dynastie.

Pour le décor de sa tombe, dont le plan ressemble à celui de l’hypogée


de Karakhamon, Haroua a fait grand usage de textes funéraires anciens,
parmi lesquels Textes des pyramides, Textes des sarcophages, Rituel de
l’ouverture de la bouche et Livre des morts. De ce dernier recueil, on a
identifié dans la cour le chapitre 15b sur la stèle-fausse porte à gauche (sud)
de la niche d’entrée, les chapitres LdM 15c-d et 154 sur les parois orientales
des deux portiques, et les chapitres 45, 50, 55, 89, 91 et 106 sur les trois
demi-piliers. D’autres formules avaient été gravées dans la partie souterraine
de la tombe où, toutefois, le travail épigraphique de la Mission archéolo-
gique italienne n’a pas encore abouti voire pas encore commencé, nous
privant, pour l’instant, d’une liste complète de ces textes. Ici, les chapitres
connus jusqu’à présent sont∞∞: 17, 18, 69 et 7611 (1re salle), 15g-h (2e salle),
69 et 124 (passage vers le «∞∞sanctuaire∞∞») – tous consacrés au salut final du
défunt, à son arrivée chez Osiris, le dieu représenté au fond de la tombe, et
à la vénération du dieu-soleil dans la Douat. La position des chapitres 17 et
18, sur les parois sud et ouest de la première salle, ainsi que celle du chapitre
15h, sur la paroi ouest de la deuxième salle, reflètent d’ailleurs précisément
la position de ces textes dans la tombe de Karakhamon.
Selon le journal en ligne de la Mission – qui cependant ne donne pas
d’indications plus précises à ce propos –, d’autres chapitres auraient été
repérés récemment dans la deuxième salle de la tombe d’Haroua. En outre,
puisque les recherches ont permis d’établir que les piliers (tous écroulés) de
la première salle hypostyle présentaient sur trois côtés le Rituel des heures
du jour (rangée septentrionale) et de la nuit (rangée méridionale), comme
dans la tombe de Karakhamon, on peut supposer que le quatrième côté de
chaque pilier avait été gravé d’un, voire deux chapitres du Livre des morts,
selon le même projet ornemental.
Si la présence du Livre des morts dans la cour de la tombe d’Haroua
constitue, à l’époque tardive, une nouveauté décorative introduite par Haroua

11
En ce qui concerne les LdM 69 et 76, M.A. Molinero Polo envisage qu’il puisse s’agir
aussi de leurs «∞∞devanciers∞∞» des Textes des sarcophages («∞∞L’identification des Textes des
Pyramides des tombes de Haroua [TT 37] et de Pabasa [TT 279]∞∞», dans P. Kousoulis (éd),
Proceedings of the Tenth International Congress of Egyptologists, sous presse).

BSFE 183 17
même, la plupart des chapitres sélectionnés sont attestés aussi dans les salles
hypostyles de la tombe de Karakhamon∞∞: 45, 50, 55, 89, 91 et 106. Haroua
aurait donc transporté ces formules à l’extérieur, dans la cour, en respectant
le voisinage des chapitres 50 et 91 qu’on trouve chez Karakhamon et qui se
retrouvera plus tard dans la tombe de Chechonq. Le choix de graver ces
chapitres dans la cour, lieu où, avant l’enterrement, se pratiquaient sur la
momie les derniers rites funéraires visant à garantir la vie éternelle au défunt
(ainsi l’ouverture de la bouche12), est certainement dû au contenu de ces
textes∞∞: tous se rapportent aux besoins physiques ou spirituels constituant les
prémisses nécessaires à la survie dans l’au-delà∞∞: conservation du cadavre
(LdM 45), sauvegarde spirituelle face au péril de damnation éternelle (LdM
50), faculté de respirer (LdM 55), réunion du ba au cadavre et liberté de
mouvement (LdM 89, 91), garantie des offrandes alimentaires (LdM 106).
Dans la cour ont été ajoutés le LdM 154, dont le but est toujours la conser-
vation du cadavre, et le LdM 15, un hymne adressé au dieu soleil dans sa
course céleste. Ce dernier a été gravé près de la porte du vestibule qui mène
dans la cour (15c-d) et sur la stèle-fausse porte près de la niche d’entrée
(15b), selon une tradition qui, depuis le Nouvel Empire, plaçait de tels textes
de vénération solaire à côté de l’entrée des tombes creusées dans la nécro-
pole thébaine13. Les chapitres ayant trait aux besoins surtout «∞∞matériels∞∞»
sont donc concentrés à l’extérieur de la tombe, alors qu’à l’intérieur l’atten-
tion porte plutôt sur le parcours conduisant le défunt vers Osiris et sa vie
bienheureuse dans l’au-delà.
Pour l’architecture et le décor de sa tombe, Haroua se serait donc «∞∞ins-
piré∞∞» de l’hypogée de Karakhamon ou d’un même modèle originel, y
apportant toutefois des nouveautés et des changements significatifs. La
tombe d’Haroua représente ainsi, semble-t-il, une «∞∞phase de transition∞∞»
entre les premières grandes tombes kouchites de l’Assassif-Sud et celles,
monumentales, de l’Assassif-Nord14.

12
Dans la cour de la tombe d’Haroua, la scène de l’ouverture de la bouche orne la partie
cintrée de la stèle-fausse porte placée à gauche (sud) de la niche d’entrée, au-dessus du LdM
15b.
13
À propos du LdM 15 dans les tombes de l’époque saïte, cf. J. Assmann, Sonnenhymnen
in thebanischen Gräbern (Theben I), 1983, p. XIV, XVIII, XXXV.
14
Cf. Pischikova, Early Kushite Tombs, p. 13, n. 14.

18 BSFE 183
Le successeur d’Haroua15, Akhimenrou «∞∞grand majordome de l’épouse
divine∞∞» Chépénoupet II, ne s’est pas construit une tombe ex-novo∞∞: il a
utilisé une partie de celle d’Haroua en la modifiant et en y ajoutant quelques
salles souterraines (TT 404)16. La fouille et l’étude des pièces de la tombe
d’Akhimenrou, qui fait aussi partie de la concession italienne, n’ont pas
encore débuté. Seule la niche d’entrée a été partiellement déblayée, révélant
des fragments des chapitres 142 et 148 du Livre des morts17. En outre, le
chapitre 17 est probablement gravé sur l’une des parois latérales de la salle
hypostyle, selon le même projet décoratif que Karakhamon et Haroua18.

Les deux tombes bâties dans l’Assassif immédiatement après celle d’Ha-
roua sont les plus majestueuses de l’Égypte tout entière∞∞; elles appartiennent
respectivement au «∞∞gouverneur de Thèbes∞∞», «∞∞intendant de la Haute-
Égypte∞∞» et «∞∞quatrième prophète d’Amon∞∞» Montouemhât (TT 34), et au
«∞∞prêtre-lecteur et chef∞∞»19 Pétaménophis (TT 33). Des deux, c’est probable-
ment Montouemhât qui a commencé la sienne en premier∞∞: on l’estime en
effet plus âgé que Pétaménophis20. Dans ces deux hypogées, fouille et étude

15
Vittmann envisage la possible existence d’un autre «∞∞grand majordome∞∞», jusqu’à
présent inconnu, entre Haroua et Akhimenrou (G. Vittmann, Priester und Beamte, p. 141).
16
Pour sa tombe, inédite∞∞: PM I/1, 1960, p. 445∞∞; Eigner, op. cit., p. 39-40 et passim. Pour
le personnage∞∞: Graefe, Gottesgemahlin, I, p. 7-10∞∞: 10.
17
Fr. Tiradritti, «∞∞La Tombe d’Haroua à Louqsor. Un chef-d’œuvre de la renaissance
pharaonique∞∞», Égypte Afrique & Orient 54 (2009), p. 37.
18
Molinero Polo, The textual decoration, sous presse.
19
Ìry-Ìb Ìry-tp. Pour l’interprétation des Ìry-Ìb et Ìry-tp comme deux titres distincts
(«∞∞prêtre-lecteur et chef∞∞») et non pas comme l’union d’un titre (Ìry-Ìb) et de son adjectif
(Ìry-tp) («∞∞prêtre-lecteur en chef∞∞»), ainsi que pour le possible sens de «∞∞magicien∞∞» donné à
Ìry-tp par quelques auteurs (E. Graefe, «∞∞Der autobiographische Text des Ibi, Obervermögens-
verwalter der Gottesgemahlin Nitokris, auf Kairo JE 36158∞∞», MDAIK 50 [1994], p. 89, n. e,
et p. 92∞∞; Jansen-Winkeln, Petamenophis, p. 166), voir J. Quaegebeur, «∞∞On the Egyptian
Equivalent of Biblical Hartummîm∞∞», dans S. Israelit-Groll (éd.), Pharaonic Egypt. The Bible
and Christianity, 1985, surtout p. 164-165∞∞; id., «∞∞La désignation (p-) Ìry-tp∞∞: phritob*∞∞»,
dans J. Osing – G. Dreyer, Form und Mass. Beiträge zur Literatur, Sprache und Kunst des
alten Ägypten (Fs Fecht) (ÄAT 12), 1987∞∞; G. Vittmann, «∞∞Rupture and Continuity. On priests
and officials in Egypt during the Persian Period∞∞», dans P. Briant – M. Chauveau, Organisa-
tion des pouvoirs et contacts culturels dans les pays de l’empire achéménide, 2009, p. 92-94.
20
Puisque Montouemhât est mentionné comme l’un des témoins dans le «∞∞papyrus oracu-
laire∞∞» (pBrooklyn 47.218.3∞∞: R.A. Parker, A Saite Oracle Papyrus from Thebes in the Brook-
lyn Museum [Papyrus Brooklyn 47.218.3], 1962, p. 15, 24) daté de l’an 14 de Psammétique
Ier (651 av. J.-C.), il s’ensuit que cette date représente le terminus post quem pour sa mort, qui
est généralement fixée avant ou en 648 av. J.-C. (= an 17 de Psammétique Ier), quand son fils
Nesptah l’a désormais remplacé dans les fonctions d’ «∞∞intendant de la Haute-Égypte∞∞» et

BSFE 183 19
épigraphique étant toujours en cours, notre connaissance de leur usage du
Livre des morts reste très partielle.

Pour Montouemhât on sait, grâce au travail de G. Rosati21, que les piliers


et demi-piliers de la deuxième cour s’ornaient abondamment de chapitres
du Livre des morts∞∞: les 14, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32,
33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 72,
73, 74, 75, 76, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 109, 112, 113 (?),
disposés normalement selon la succession des formules composant la recen-
sion saïte du recueil. À ces textes, destinés à éviter divers périls dans l’au-
delà (carnage, animaux dangereux, perte du cœur) et à donner des garanties
au défunt (disposer de sa bouche, pouvoir respirer et boire de l’eau, prendre
tous les aspects que l’on peut désirer, connaître les Champs d’Ialou et faire
partie de la suite de Rê), il faut ajouter les chapitres 141 et 142 gravés sur
les parois est et ouest de la chapelle B de la première cour22. D’autres
chapitres (une vingtaine) ont par ailleurs été récemment identifiés par
L. Gestermann23 qui, dans le cadre d’un projet de l’université de Tübingen,
vient d’entreprendre des recherches dans cette tombe. Son travail sur le
contenu épigraphique du tombeau est toujours in fieri et la liste de ces for-
mules reste donc, pour le moment, inédite.

Pour la tombe de Pétaménophis, décorée avec un richissime répertoire


de textes funéraires et de l’au-delà, il convient de compléter la liste des

«∞∞quatrième prophète d’Amon∞∞». Kitchen date l’activité de Montouemhât en tant que «∞∞qua-
trième prophète d’Amon∞∞» des années 680-650 av. J.-C. et Rößler-Köhler est d’avis qu’il
vécut durant les années 720-649/648 av. J.-C. environ (cf. Vittmann, Priester und Beamte,
p. 194∞∞; Kitchen, Third Intermediate Period, p. 482∞∞; Rößler-Köhler, Haltungen, p. 172). Pour
les inscriptions de sa tombe publiées jusqu’à présent, et pour celles de ses monuments, cf.
K. Jansen-Winkeln, Inschriften der Spätzeit, III∞∞: Die 25. Dynastie, 2009, p. 451 sq.
21
G. Rosati, «∞∞Glimpses of the Book of the Dead in the Second Court of the tomb of
Montuemhat (TT 34)∞∞», dans B. Backes – I. Munro – S. Stöhr (éd.), Totenbuch Forschungen.
Gesammelte Beiträge des 2. Internationalen Totenbuch-Symposiums, Bonn 25.-29. September
2005 (SAT 11), 2006, p. 297-324.
22
J. Assmann, Grabung im Asasif 1963-1970, II∞∞: Das Grab des Basa (Nr. 389) in der
thebanischen Nekropole (AV 6), 1973, p. 39.
23
Communication personnelle de L. Gestermann, que je remercie pour les informations
données.

20 BSFE 183
chapitres du Livre des morts publiée par L. Gestermann24 par d’autres cha-
pitres récemment identifiés par Cl. Traunecker25, surtout dans les deux salles
hypostyles. Ces formules se trouvent depuis l’entrée de l’hypogée jusque
dans la chambre funéraire (la cour à portique n’a pas encore été fouillée).
Dans la première salle hypostyle∞∞: 15 a-b, [c-d]-e (dans le passage d’accès),
15A4, 18, 31, 42, 57, 58, 59, 100, 101∞∞; dans la deuxième salle hypostyle∞∞:
71, 94, 95, 104, 113, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 121 (paroi est)∞∞; 90, 91,
102, 105, 106, 107, 108, 129, 131 (piliers)∞∞; 110, 111, 112, 124, 141, 142,
148 (paroi nord)∞∞; dans les salles suivantes∞∞: 125, 126, 127, 128, 137A, 140,
144, 145, 169∞∞; et, pour finir, dans la chambre funéraire∞∞: 137A, 142, 144,
147, 148.
Pétaménophis a, lui aussi, mélangé des chapitres à objectifs différents.
Certains doivent permettre d’éviter des dangers (rencontre avec le crocodile,
massacre dans l’au-delà), d’autres garantir au défunt de respirer et d’avoir
de l’eau à volonté, de descendre dans la barque de Rê, de s’unir aux dieux
et de connaître leurs noms, d’arriver dans les Champs d’Ialou, de vénérer
les dieux. Quelques-unes de ces formules étaient déjà attestées chez Karakh-
amon et chez Haroua, qui, en partie, pourraient avoir «∞∞servi de modèle∞∞»26
pour la construction du monument de Pétaménophis. En particulier, il faut
souligner la position récurrente du LdM 18 dans l’angle sud-ouest de la
première salle hypostyle27, comme dans les deux tombes plus anciennes,
ainsi que la position de divers extraits du LdM 15/hymne solaire qui se
trouve comme d’habitude près de l’entrée de la tombe, dans le passage entre
la cour et la première salle.

Les tombes bâties après celle de Pétaménophis, pendant la première moi-


tié du règne de Psammétique Ier, c’est-à-dire celles de Moutirdis (TT 410)28,
«∞∞supérieure des suivantes de la divine adoratrice∞∞» Nitocris Ire, de Basa

24
L. Gestermann, Die Überlieferung ausgewählter Texte altägyptischer Totenliteratur
(«∞∞Sargtexte∞∞») in spätzeitlichen Grabanlagen, I (ÄA 68), 2005, p. 110 sq.
25
Traunecker, Padiaménopé, 2008, p. 15-48.
26
Id., ibid., p. 24.
27
Id., ibid., p. 28.
28
À propos de ce personnage et de sa tombe, cf. J. Assmann, Grabung im Asasif 1963-
1970, VI∞∞: Das Grab der Mutirdis (AV 13), 1977∞∞; M. Bietak – E. Reiser-Haslauer, Das Grab
des ’Anch-Hor, Obersthofmeister der Gottesgemahlin Nitokris, I (DÖAW VI), 1978, p. 33-34∞∞;
Eigner, op. cit., p. 49 et passim∞∞; N.K. Thomas, A Typological Study of Saite Tombs at Thebes
(UMI), 1982, p. 12-13 et passim ∞; Rößler-Köhler, Haltungen, p. 214-215, no 51.

BSFE 183 21
(TT 389)29, «∞∞gouverneur de la ville∞∞», et d’Ibi (TT 36)30, premier des grands
majordomes de l’épouse divine Nitocris Ire, contiennent très peu de chapitres
du Livre des morts. Dans l’hypogée de Moutirdis, on a repéré les formules
15a-b (premier pylône), 15h et 145 (escalier d’accès), 146 (cour) et 125
(chambre II)31∞ ; dans celui de Basa les LdM 141, 142 et 148 (vestibule)32 et
dans la tombe d’Ibi deux chapitres seulement∞∞: LdM 148 (chambre à piliers
R2) et 161 (chambre funéraire R14)33. Il s’agit, pour la plupart, de formules
relatives au monde souterrain, où le défunt doit arriver bien préparé, connais-
sant les noms des différents dieux pour pouvoir entrer, en tant que Bienheu-
reux, dans les Champs d’Ialou. La tombe de Moutirdis est la seule des trois
où l’on trouve des hymnes solaires∞∞: ici, comme d’habitude, le chapitre LdM
15a-b, consacré à la vénération du dieu soleil dans le ciel, est gravé près de
l’accès de la tombe, sur le premier pylône.

Au contraire de ces trois derniers hypogées, ceux des quatre grands


majordomes en charge après Ibi (c’est-à-dire Pabasa, Padihorresnet, Ânkhhor
et Chechonq) présentent un grand répertoire de chapitres du Livre des morts.
Dans la tombe de Pabasa (TT 279)34, deuxième «∞∞grand majordome de
l’épouse divine∞∞» Nitocris Ire, des chapitres du Livre des morts sont présents

29
Sur ce personnage et sa tombe, cf. PM I/1, p. 440∞∞; Vittmann, Priester und Beamte,
p. 173-175∞∞; Assmann, Basa∞∞; Eigner, op. cit., p. 50 et passim∞∞; Bietak – Reiser-Haslauer, op.
cit., p. 33-34∞∞; Thomas, op. cit., p. 13-14 et passim∞∞; Rößler-Köhler, op. cit., p. 212-213,
no 49.
30
À propos de ce personnage, en fonction dans les années 639-625 av. J.-C. environ, et
de sa tombe, cf. PM I/1, p. 63-68∞∞; E. Graefe, «∞∞Die vermeintliche Unterägyptische Herkunft
des Ibi, Obermajordomus der Nitokris∞∞», SAK 1 (1974), p. 201-206∞∞; Graefe, Autobiographis-
cher Text des Ibi (sur la base de ce texte autobiographique, Graefe envisage que la fonction
de «∞∞grand majordome∞∞» soit restée vacante pendant quelque temps, juste avant la nomination
d’Ibi et après la mort d’Akhimenrou∞∞: cf. p. 90 et 97)∞∞; Vittmann, Priester und Beamte,
p. 103-104∞∞; K.P. Kuhlmann, «∞∞Eine Beschreibung der Grabdekoration mit der Aufforderung
zu kopieren und zum Hinterlassen von Besucherinschriften aus saitischer Zeit∞∞» (MDAIK 29),
1973, p. 205-213∞∞; K.P. Kuhlmann – W. Schenkel, Das Grab des Ibi, Obergutsverwalter der
Gottesgemahlin des Amun (Thebanisches Grab Nr. 36). I∞∞: Beschreibung der unterirdischen
Kult- und Bestattungsanlage (AV 15), 1983∞∞; Bietak – Reiser-Haslauer, ’Anch-Hor, I,
p. 32-33∞∞; Eigner, op. cit., p. 52 et passim∞∞; Graefe, Gottesgemahlin, I, p. 21-25∞∞: j65∞∞; Tho-
mas, op. cit., p. 15 et passim∞∞; Rößler-Köhler, op. cit., p. 216-220, no 53.
31
Assmann, Mutirdis, p. 20-22, 28-30, 32-40, 59 sq., 78 sq.
32
Assmann, Basa, p. 82 sq. et 86 sq.
33
Kuhlmann-Schenkel, Ibi, p. 113 sq., 256-257, 259.
34
La tombe de Pabasa est inédite. Au sujet de ce personnage, en fonction vers 625-610
av. J.-C. environ, et de sa tombe, cf. PM I/1, p. 357-359∞∞; G. Vittmann, «∞∞Neues zu Pabasa,

22 BSFE 183
dans le vestibule (135, 15 a-b-c-d-e), dans la cour (15g, 45, 50, 51, 52, 53,
54, 55, 56, 57, 58, 59, 62, 63, 68, 7136, 72, 74, 81, 82, 85, 88, 89, 90, 102,
106, 107, 137B) et dans la salle hypostyle où, en particulier, figure sur la
paroi orientale le chapitre 17, qui reprend, de façon presque identique, le
même texte que dans la tombe d’Haroua. Chez Pabasa le chapitre 17 conti-
nue également sur la partie est du mur du fond∞∞; en revanche, manque ici le
chapitre 18. Sur la paroi du fond de la salle sont représentées les vaches
célestes qui font partie de la vignette du chapitre 148. De plus, grâce à
l’étude des copies épigraphiques des inscriptions de la tombe, faites pendant
plusieurs campagnes de fouilles avec la Mission archéologique italienne, j’ai
pu identifier d’autres chapitres du Livre des morts gravés sur un côté de
chacun des piliers de la salle∞∞: pour la rangée occidentale, les LdM 80
(1er pilier), 79 (2e pilier), 82 (3e pilier), 52-53 (4e pilier)∞∞; et pour la rangée
orientale, les LdM 23 (1er pilier) et 72 (4e pilier). Le deuxième pilier de cette
rangée porte un texte qui, peut-être à cause d’une reconstitution erronée de
l’inscription à partir de fragments37, ne semble correspondre, tel quel, à
aucun chapitre du Livre des morts. Enfin, le texte du troisième pilier est trop
lacunaire pour permettre son identification. Les trois autres côtés de chaque
pilier sont décorés avec le Rituel des heures du jour (rangée occidentale) et
de la nuit (rangée orientale), selon le modèle déjà vu dans les tombes de
Karakhamon et d’Haroua. On peut alors se demander si ces chapitres du
Livre des morts identifiés sur les piliers de Pabasa avaient été gravés aussi
sur les piliers de la première salle hypostyle d’Haroua∞∞: quelques morceaux

Obermajordomus der Nitokris∞∞» (SAK 5), 1977, p. 245-264∞∞; Vittmann, Priester und Beamte,
p. 118-119∞∞; Eigner, op. cit., p. 53∞∞; Bietak – Reiser-Haslauer, op. cit., p. 31-32 et passim∞∞;
Graefe, Gottesgemahlin, I, p. 63-65∞∞: p20∞∞; Thomas, op. cit., p. 16 et passim. Une description
très sommaire du tombeau est publiée dans le rapport de restauration du monument, qui a été
menée dans les années 1983-84∞∞: M.A. Nasr, «∞∞Report on the Restauration of the Tomb of
Pabasa (TT 279)∞∞», MDAIK 41 (1985), p. 189-196.
35
Cf. Assmann, Basa, n. 17, p. 27.
36
Dans son plan de la tombe de Pabasa, G. Rosati identifie le LdM 40 sur le demi-pilier
nord-ouest, alors qu’il s’agit du LdM 71 (G. Rosati, «∞∞Il libro dei Morti sui pilastri orientali
della corte∞∞», VO IX [1993], p. 108, fig. 2).
37
D’après le rapport relatif à la restauration de la tombe effectuée dans les années 1983-84,
on constate en effet qu’au moment où les travaux ont commencé, la salle hypostyle «∞∞was in
a very bad state. The upper parts of the first and second pillars to the right and left having
fallen with fragments scattered all over the floor, whereas the third and fourth pillars on both
sides had completely collapsed and their fragments been damaged because of the bad quality
of the rock∞∞» (Nasr, Pabasa, p. 194).

BSFE 183 23
de textes repérés pendant les fouilles semblent confirmer cette hypothèse.
Du reste, les recherches menées jusqu’à présent ont permis d’établir, avec
une quasi-certitude, que Pabasa s’est inspiré de l’hypogée voisin d’Haroua
pour la construction et le décor de sa tombe. En ce qui concerne le Livre des
morts, cela est évident surtout dans sa cour où l’on constate que certains
chapitres sont placés exactement en même position que chez Haroua∞∞: les
LdM 45 et 50 sont l’un à côté de l’autre et vis-à-vis du LdM 89, inscrit sur
le demi-pilier opposé38. Par ailleurs, le LdM 106 est, dans les deux cours,
gravé sur le côté d’un demi-pilier de la rangée qui se trouve à droite en
entrant dans la tombe. Pabasa a également respecté la proximité entre les
chapitres 89 et 55, même si elle est moins étroite que chez Haroua (ils ne
sont pas situés sur le même demi-pilier, mais l’un sur le demi-pilier et l’autre
sur le pilier voisin). En raison de ces analogies, on peut alors envisager que
les côtés nord des piliers du portique méridional de la cour d’Haroua, restés
anépigraphes à cause de l’interruption probable des travaux, auraient dû être
décorés de certains chapitres du Livre des morts, comme le sont les piliers
correspondants chez Pabasa, où figurent en séquence les chapitres 51 à 57.
Il s’agit d’une succession logique de formules relatives au risque de manger
des ordures ou de boire de l’eau sale, mais surtout au besoin d’air et d’eau
à volonté dans l’au-delà. On est ainsi en droit de se demander si Haroua
entendait graver aussi sur les quatre piliers méridionaux certains de ces cha-
pitres, notamment les LdM 51, 52, 53 et 54, pour combler le «∞∞vide∞∞» entre
les LdM 50 et 55.
La même hypothèse peut être formulée pour les quatre piliers de la rangée
septentrionale de la cour d’Haroua, à savoir que certains chapitres du Livre
des morts auraient dû en décorer les côtés sud. Une comparaison avec les
piliers du portique correspondant (ouest) de la cour de Pabasa, où l’on
trouve également le LdM 106, pourrait suggérer que les chapitres manquants
sont les suivants∞∞: LdM 58, 59, 62, 63, 68 – les quatre premiers se rapportant
surtout à l’eau et le dernier accordant au défunt tous les pouvoirs dans l’au-
delà. Mais pour l’instant, ce n’est qu’une hypothèse assez fragile, qui n’est
pas corroborée par d’autres parallèles.

38
Rosati, Libro dei Morti, p. 109.

24 BSFE 183
La tombe du troisième «∞∞grand majordome de l’épouse divine∞∞» Nitocris
Ire, Padihorresnet (TT 196)39 présente, elle aussi, un grand nombre de cha-
pitres du Livre des morts. Dans la cour, où les piliers sont décorés sur tous
leurs côtés avec le Rituel des heures du jour (rangée septentrionale) et de la
nuit (rangée méridionale), on trouve les chapitres 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10,
11, 12, 13, 14, 18, 19, 44, 45, 50, 59, 60, 61, 62, 63, 74, 75, 81, 87, 88, 89,
93, 94, 99, 100, 102 et 106, tandis que le 151A est gravé sur la paroi nord
de la niche d’entrée. Parmi ces chapitres, plusieurs sont consacrés à la pro-
cession funéraire vers la tombe et aux rites qui y étaient pratiqués avant
l’enterrement (1-14)∞∞; d’autres doivent garantir au défunt de respirer la brise
et boire de l’eau dans l’au-delà, lui permettre de prendre différents aspects
et de descendre dans la barque de Rê, ainsi que lui assurer des offrandes.
Dans la partie souterraine du monument d’autres chapitres sont gravés sur
les différentes parois∞∞: le 15 a-b-c40 sur le côté sud du passage entre la niche
d’entrée et la première salle∞∞; les 47, 54, 55, 77, 79, 83, 84, 85, 86, 104, 105,
112, 115, 117, 125 et 154 dans la première salle∞∞; les 125, 145 et 170 dans
la deuxième salle. Il s’agit ici de formules garantissant de nouveau au défunt
de respirer, de se transformer selon son désir, de s’asseoir parmi les grands
dieux, de connaître les Baou de l’au-delà et d’arriver aux Champs d’Ialou.
La particularité de cette tombe, par rapport aux grands hypogées dont on
a parlé, est la présence du Rituel des heures dans la cour, et non dans la
partie souterraine du monument. Cela s’explique, probablement, par le fait
que la première salle souterraine de Padihorresnet est dépourvue de piliers
et qu’il n’a donc pas été possible d’y placer les textes du Rituel comme chez
Karakhamon, Haroua et Pabasa. En ce qui concerne les chapitres du Livre
des morts de Padihorresnet, on relève certaines analogies avec les autres
hypogées monumentaux. En particulier, dans la cour, la proximité des LdM
45 et 50 (attestée aussi chez Haroua et Pabasa) est maintenue, ainsi que leur

39
À propos de ce personnage, dont la période d’activité est datée des années 610-594 av.
J.-C. environ, et de son tombeau, cf. PM I/1, p. 302∞∞; Vittmann, Priester und Beamte, p. 103-
104 et 119∞∞; Graefe, Gottesgemahlin, I, p. 77-82∞∞: p211∞∞; E. Graefe, Das Grab des Padihor-
resnet, Obervermögensverwalter der Gottesgemahlin des Amun (Thebanisches Grab Nr. 196),
I-II (MonAeg. IX), 2003∞∞; Eigner, Monumentalen Grabbauten, p. 53 et passim∞∞; Bietak – Rei-
ser-Haslauer, ’Anch-Hor, I, p. 33∞∞; Thomas, Saite Tombs, p. 17 et passim.
40
Assmann a identifié ce texte en tant que LdM 15b, mais l’analyse de l’inscription publiée
par Graefe montre qu’il s’agit des sections LdM 15a-b-c (la section LdM 15c étant incom-
plète)∞∞: cf. Assmann, Sonnenhymnen, p. XXXV (texte 193), pl. LV, LIX∞∞; Graefe, Padihor-
resnet, II, p. 186-187 (texte 281).

BSFE 183 25
position en vis-à-vis du LdM 89 (gravé sur la paroi à côté du demi-pilier
sud-ouest). Comme chez Pabasa, les chapitres 102 et 106 sont contigus. En
outre, le chapitre solaire 15 garde sa place traditionnelle près de l’accès de
la tombe, entre niche d’entrée et salle hypogée.

Dans la tombe d’Ânkhhor (TT 414)41, dernier «∞∞grand majordome∞∞» de


Nitocris Ire, les chapitres du Livre des morts apparaissent seulement dans la
cour, sur les piliers et sur l’un des deux demi-piliers. Il s’agit des formules
43, 44, 45, 50, 53, 54, 55, 56, 57, 59, 60, 63A, 63B, 89. À ces textes il faut
ajouter le chapitre de vénération solaire LdM 15g, consacré au dieu-soleil
dans la Douat, dont un extrait décore la stèle de Mérit-Neith, fille d’Ân-
khhor, placée à l’origine dans la cour42. À part le LdM 15g, tous les chapitres
de la cour d’Ânkhhor relèvent des besoins à satisfaire ou des périls à éviter,
comme assurance d’une vie heureuse pour le défunt dans l’au-delà. Les
textes doivent en particulier éviter à Ânkhhor d’avoir la tête tranchée dans
l’empire des morts, de mourir une seconde fois, de se putréfier, d’entrer dans
l’abattoir divin, de manger des ordures, et lui garantir de respirer et boire de
l’eau dans l’au-delà, et de voir son ba réuni à son cadavre. Quant à l’arran-
gement des chapitres dans la cour, on observe que les LdM 45 et 50 sont
accouplés et placés vis-à-vis du LdM 89, exactement comme chez Haroua
et Pabasa. En outre, les piliers placés entre les LdM 45/50 et le 89 sont
gravés des formules en séquence 53, 54, 55, 56 et 57, par analogie avec le
décor du portique oriental de la cour de Pabasa.

La dernière tombe monumentale de la nécropole tardive de l’Assassif où


on trouve des chapitres du Livre des morts est celle de Chechonq (TT 27)43,

41
Pour le personnage (en charge vers 594-586 av. J.-C.) et sa tombe∞∞: Vittmann, Priester
und Beamte, p. 119 sq.∞∞; Bietak – Reiser-Haslauer, ’Anch-Hor∞∞; Graefe, Gottesgemahlin, I,
p. 51-53∞∞: a90∞∞; Rößler-Köhler, Haltungen, p. 233-235, no 58 et en particulier, à propos de la
relation entre la tombe et la nécropole de l’Assassif, p. 35-36∞∞; Eigner, Monumentalen Grab-
bauten, p. 54 et passim.
42
Bietak – Reiser-Haslauer, op. cit., p. 140-141 et fig. 54∞∞; Assmann, Sonnenhymnen,
p. XXXV (texte 268), pl. LIX.
43
Pour le personnage (en charge à partir de 586 av. J.-C. environ) et sa tombe∞∞: Vittmann,
Priester und Beamte, p. 134-137∞∞; Bietak – Reiser-Haslauer, op. cit., p. 36-37∞∞; Eigner, Monu-
mentalen Grabbauten, p. 55-56∞∞; Graefe, Gottesgemahlin, I, p. 149-151∞∞: S20∞∞; Thomas, Saite
Tombs, p. 18-19∞∞; S. Donadoni, «∞∞Gli scavi dell’Università di Roma all’Asasif (1973-1974-
1975)∞∞», OA XV (1976), p. 209-217∞∞; S. Bosticco, «∞∞Le figurazioni del cortile∞∞», OA XV
(1976), p. 219-225∞∞; L. Sist, «∞∞La presentazione dei sistri∞∞», OA XV (1976), p. 227-231∞∞;

26 BSFE 183
qui occupa juste après Ânkhhor la fonction de «∞∞grand majordome de
l’épouse divine∞∞», au service d’Ânkhnesnéferibrê, sous les règnes d’Apriès
et d’Amasis. Les chapitres avaient été inscrits principalement dans la cour,
où G. Rosati a identifié 16 formules au portique oriental, sur les quatre côtés
de chaque pilier, ainsi que sur deux demi-piliers∞∞: les 22, 26, 44, 45, 50, 56,
57, 61, 62, 64, 75, 77, 79, 83, 89, 91. À ces textes, qui font surtout allusion
à des besoins du défunt (possession de sa bouche et de son cœur, faculté de
respirer et de boire de l’eau, possibilité de se transformer à sa guise, réunion
du ba avec le corps) ou à des dangers qu’il doit éviter (mourir une seconde
fois, se putréfier, avoir son ba emprisonné dans l’au-delà), il faut aussi ajou-
ter dans la cour les LdM 15BIII44 et 15g, sur la paroi nord, le 15d, dans le
passage vers la salle hypostyle45, et le 15b-a∞∞: ce dernier texte figure sur la
stèle-fausse porte à droite (ouest) de la niche d’entrée, comme on l’a vu chez
Haroua. Dans la salle hypostyle de la tombe, où les piliers sont entièrement
décorés du Rituel des heures du jour (rangée orientale) et de la nuit (rangée
occidentale) selon le modèle déjà noté pour Karakhamon, Haroua, Pabasa
et Padihorresnet (ici dans la cour), seuls deux autres chapitres du Livre des
morts ont été repérés∞∞: les 15f46 et 146w47. La majeure partie des parois de
la salle s’ornait en fait des formules des Textes des pyramides48. Il est pro-
bable que l’une des chambres latérales comportait le LdM 125, dont quelques
fragments ont été retrouvés lors des fouilles49.

Au total, dans les tombes monumentales tardives de l’Assassif (Nord et


Sud), on a dénombré jusqu’à présent 127 chapitres du Livre des morts, dont
le plus fréquent est sans doute le chapitre «∞∞solaire∞∞» 15 (présent dans huit

A. Roccati, «∞∞Il libro dei Morti di Sesonq∞∞», OA XV (1976), p. 233-250∞∞; L. Sist, «∞∞Le false-
porte del cortile∞∞», OA XV, 1976, p. 251-255. La tombe de Padineith (TT 197), dernier grand
hypogée bâti dans l’Assassif, est inédite.
44
A. Roccati, «∞∞Totenbuch und Grabarchitektur∞∞: der Fall TT 27∞∞», SAK Beiheft 9 (2003),
p. 347.
45
Roccati, Totenbuch, p. 349.
46
Id., loc.cit.
47
Fr. Tiradritti, «∞∞Il capitolo 146w del Libro dei Morti∞∞», VO IX (1993), p. 71-106.
48
Roccati, op. cit., p. 347.
49
A. Roccati, «∞∞Rückgriff auf ältere Traditionen im Dekorationsprogramm∞∞» dans J. Ass-
mann – E. Dziobek – H. Guksch – Fr. Kampp (éd.), Thebanische Beamtennekropolen (SAGA
12), 1995, p. 82.

BSFE 183 27
tombes), suivi par les chapitres 45, 50, 55, 57, 59 et 89 (dans six tombes)50.
Ces six dernières formules se rapportent toutes aux périls que le défunt veut
éviter∞∞: putréfaction de son cadavre (45), entrée dans l’abattoir divin (50),
risque de ne pas pouvoir respirer ni boire de l’eau dans l’au-delà (55, 57,
59) et danger que le ba ne puisse se réunir au corps (89) – peurs les plus
fréquentes que devaient affronter les propriétaires des ces hypogées.
Ces chapitres sont tous présents dans la tombe de Karakhamon qui, si l’on
accepte la datation proposée plus haut, serait donc le premier monument
funéraire tardif où ils ont été gravés. Par la suite, ces formules figureront
dans la plupart des grands hypogées tardifs. En particulier, en l’état actuel
de nos connaissances, elles sont toutes attestées chez Pabasa et chez
Ânkhhor. Karakhamon a certes joué un rôle important puisque, dans son
choix de textes funéraires, il proposait un modèle qui sera très diffusé (ex.
Rituel des heures du jour et de la nuit sur les piliers de la première salle
hypostyle). C’est pourtant Haroua qui, peu après, a de toute évidence apporté
à ce «∞∞modèle∞∞» des modifications qu’adopteront les tombes postérieures.
Cela est surtout vrai pour le décor de la cour évoqué précédemment. Là,
Haroua a créé ou utilisé un projet ornemental (conçu par ou pour lui) élaboré
autour de certains chapitres du Livre des morts, lançant dans la nécropole
de l’Assassif une mode qui s’enrichira même d’autres formules du Livre des
morts. De fait, les chapitres prévus à l’origine pour la cour de la tombe
d’Haroua ont été repris (et placés souvent selon un même plan) dans plu-
sieurs autres tombeaux de l’Assassif, surtout à partir de celui de Pabasa qui
s’est manifestement inspiré du décor de la tombe d’Haroua.
Parmi les nombreuses formules du Livre des morts que Pabasa a ajoutées
au décor de sa cour, quelques-unes sont attestées aussi dans les cours des
hypogées ultérieurs de Padihorresnet, Ânkhhor et Chechonq. Donc, s’il est
clair que Pabasa a repris certains chapitres de la tombe d’Haroua, on peut
penser de même que les grands majordomes qui ont vécu après Pabasa se
sont inspirés de sa tombe (ou bien à la fois d’elle et de celle d’Haroua), en
empruntant aussi les ajouts ou changements qu’il avait introduits.
En ce qui concerne les nombreuses analogies relevées entre le décor des
tombes de Karakhamon et Haroua et celui des autres hypogées de l’Assassif,

50
Le LdM 89 est aussi l’un des plus fréquents sur les sarcophages des prêtres de Montou
et des membres de leurs familles découverts à Thèbes (presque tous des XXVe et XXVIe
dynasties) et conservés au musée du Caire.

28 BSFE 183
on ne peut exclure qu’elles soient en effet dues, non pas à une copie directe
des tombes les plus anciennes, mais à l’existence de «∞∞lignes directrices∞∞»,
d’un «∞∞modèle∞∞» ou «∞∞projet∞∞» décoratif commun auquel tous auraient pu se
référer. Dans ce cas, il faudrait envisager qu’avec les textes étaient aussi
fournies les indications précises sur les zones de la tombe où les placer51.

D’un point du vue plus strictement textuel, les chapitres du Livre des
morts de la cour d’Haroua, que j’ai étudiés de manière exhaustive, sont en
écriture rétrograde52 comme ceux des autres hypogées monumentaux exa-
minés∞∞: l’orientation des hiéroglyphes en colonnes correspond au sens de
lecture et, également, à l’orientation des figures principales illustrant la
vignette du chapitre, selon une évidente recherche d’uniformité. En revanche,
comme Niwinski le remarque, les manuscrits hiéroglyphiques de la rédac-
tion saïte du Livre des morts utilisent l’écriture normale, c’est-à-dire non-
rétrograde53. À première vue, cela semblerait suggérer que pour graver les
chapitres du Livre des morts dans les tombes de l’Assassif, les artisans se
servaient de modèles du Nouvel Empire plutôt que de sources plus tardives.
L’analyse philologique des chapitres de la cour d’Haroua a cependant
démontré que ces textes montrent parfois de fortes disparités avec les paral-
lèles du Nouvel Empire et, au contraire, des analogies avec certaines ver-

51
Rappelons l’existence d’un texte appelé conventionnellement «∞∞le Manuel du temple∞∞»
– certes d’un milieu et d’une époque différents – nous apprenant l’existence de «∞∞règles∞∞»
écrites à suivre pour la construction des temples dans l’Égypte de l’époque romaine. Il s’agit
là, surtout, d’indications de nature architecturale, mais cela n’empêche pas d’envisager
l’existence de données relatives au décor pariétal des tombes. Cf. J.Fr. Quack, «∞∞Organiser le
culte idéal. Le Manuel du temple∞∞», BSFE 160 (2004), p. 9-25∞∞; id., «∞∞Die Götterliste des
Buches vom Tempel und die überregionalen Dekorationsprogramme∞∞», dans B. Haring –
A. Klug, 6. Ägyptologische Tempeltagung (KSG 3/1), 2007, p. 213-235.
52
À propos de l’écriture rétrograde∞∞: cf. H.G. Fischer, «∞∞L’orientation des textes∞∞», dans
Hommage à Jean-François Champollion (BdE 64/1), 1972, p. 21-23∞∞; id., L’écriture et l’art
de l’Égypte ancienne∞∞: quatre leçons sur la paléographie et l’épigraphie pharaoniques, 1986∞∞;
M.A. Chegodaev, «∞∞Some Remarks Regarding the So-called “∞∞Retrograde∞∞” Direction of
Writing in the Ancient Egyptian “∞∞Book of the Dead∞∞”∞ », DE 35 (1996), p. 19-24∞∞; Fl. Mauric-
Barberio, «∞∞Copie des textes à l’envers dans les tombes royales∞∞», dans G. Andreu (éd.), Deir
el-Médineh et la Vallée des Rois, 2003, p. 175-194.
53
A. Niwinski, Study on the Illustrated Theban Funerary Papyri of the 11th and 10th
Centuries B.C. (OBO 86), 1989, p. 16. Niwinski évoque sans doute ici les seuls papyrus de
la XXVIe dynastie, car, par exemple, le papyrus de Pasenedjemib (Louvre E 11078) daté de
la XXXe dynastie-début de l’époque ptolémaïque, tout comme le papyrus de Hor daté du Ier
siècle av. J.-C., présente une écriture rétrograde, de gauche à droite, cf. M. Mosher, The
Papyrus of Hor (CBD II), 2001, pl. 1 sq.

BSFE 183 29
sions tardives du Livre des morts (par ex. sur les sarcophages des prêtres de
Montou). Il faut alors supposer l’existence d’inscriptions modèles (en écri-
ture hiéroglyphique rétrograde54, probablement sur papyrus55), datant de la
Troisième Période intermédiaire et de l’époque tardive, contenant diverses
sélections de chapitres utilisées expressément pour le décor des tombes et
aussi, visiblement, des sarcophages56. Ces textes, conservés dans quelques
bibliothèques thébaines avec plusieurs autres recueils funéraires57, devaient
être accessibles aux prêtres58 et aux scribes, et on peut envisager que les

54
L. Gestermann pense, en effet, que la forme graphique d’un texte suivait le processus
de transmission du texte même, qu’on empruntait au modèle non seulement le texte qu’on
voulait copier, mais aussi la forme graphique dans laquelle il avait été écrit (L. Gestermann,
«∞∞Aufgelesen∞∞: Die Anfänge des altägyptischen Totenbuchs∞∞», dans B. Backes – I. Munro –
S. Stöhr [éd.], Totenbuch Forschungen. Gesammelte Beiträge des 2. Internationalen
Totenbuch-Symposiums, Bonn 25.-29. September 2005 [SAT 11], 2006, p. 105).
55
En ce qui concerne les supports utilisés pour la rédaction des textes modèles, on a aussi
envisagé l’existence de rouleaux de cuir qui, tout comme les papyrus, étaient conservés à
l’intérieur de casiers ou de vases dans les bibliothèques (J. Kahl, Siut-Theben. Zur
Wertschätzung von Traditionen in alten Ägypten [PdÄ 13], 1999, p. 294∞∞; Kahl, Steh auf,
p. 70). À propos des copies saïtes, Der Manuelian parle de livres de modèles (probablement
sur papyrus) avec scènes, figures et textes, qui étaient probablement gardés dans les archives
des temples (P. Der Manuelian, «∞∞Prolegomena zur Untersuchung Saitischer “∞∞Kopien∞∞”∞∞»,
SAK 10 [1983], p. 231). Par ailleurs, il est vraisemblable que des ostraca aient été utilisés en
tant que supports de textes modèles au service des scribes chargés de copier les inscriptions
funéraires sur les parois des tombes. Cf. l’ostracon issu de la TT 87 (époque Thoutmosis III)
qui présente sur le recto une version du TdS 179 dont le texte est écrit sur la paroi d’une
chambre au fond d’un puits funéraire près de la tombe même (H. Guksch, Die Gräber des
Nacht-Min und des Men-cheper-Ra-seneb, Theben Nr. 87 und 79, 1995, p. 74-75, pl. 20 c-d∞∞;
Gestermann, Überlieferung, I, p. 165).
56
Pour les manuscrits («∞∞Textabschriften∞∞») qui, contrairement aux papyrus du Livre des
morts destinés à être déposés dans les tombes, restaient toujours disponibles dans les archives
et servaient de textes modèles pour la rédaction des Livres des morts, voir U. Rößler-Köhler,
«∞∞Bemerkung zur Totenbuch Tradierung während des Neuen Reiches und bis Spätzeitbe-
ginn∞∞», dans U. Verhoeven – E. Graefe, Religion und Philosophie im Alten Ägypten (Fs Der-
chain) (OLA 39), 1991, p. 279. Niwinski affirme, à ce propos∞∞: “∞∞It seems that the conception
of the prototype of the Theban redaction of the Book of the Dead, as formed by a number of
model-papyri, each containing a thematically arranged series of spells, can well explain both
the absence and the repeated occurrence of some chapters in BD-manuscripts∞∞” (Niwinski,
Theban Funerary Papyri, p. 24).
57
Cf. Gestermann, Überlieferung, I, p. 435 sq.
58
Cf. par exemple les analogies relevées entre les chapitres du Livre des morts de la tombe
d’Haroua et ceux qui ornent les sarcophages des prêtres de Montou ensevelis à Deir el-Bahari,
où, par ailleurs, on a parfois recours à l’écriture rétrograde, surtout pour les textes de la partie
centrale du couvercle (cf., par exemple, le LdM 89 du sarcophage de Khamhor C et le LdM
154 du sarcophage de Harsiesé). On peut en effet penser que pour toutes ces inscriptions on
avait consulté les manuscrits conservés dans les mêmes archives thébaines.

30 BSFE 183
hauts fonctionnaires ensevelis dans l’Assassif aient pu consulter directement
les manuscrits59. La théorie concernant l’existence de ces papyrus modèles
semble d’autre part confirmée par l’analyse des vignettes relatives aux cha-
pitres du Livre des morts gravées dans la cour d’Haroua.
Malgré l’état de conservation des vignettes, parfois très mauvais, l’on
peut observer que le style des figures y diffère beaucoup de celui des reliefs
des parois nord et sud de la cour, inspirés de représentations de l’Ancien
Empire. Les vignettes d’Haroua reproduisent en effet, de façon très fidèle,
les dessins figurant habituellement sur les papyrus du Livre des morts depuis
le Nouvel Empire, dans un style qui n’a donc rien à voir avec les tendances
archaïsantes présentes ailleurs dans la cour60.
En ce qui concerne des papyrus du Livre des morts plus ou moins contem-
porains de la tombe d’Haroua, seuls deux exemplaires ont pour l’instant été
datés par I. Munro de la XXVe dynastie∞∞: les papyrus de Nemti et de Tachep-
enkhonsou61, provenant vraisemblablement de la nécropole de Deir el-
Bahari. La rareté des papyrus remontant à l’époque kouchite marquerait, à
première vue, une «∞∞désaffection∞∞» à l’égard du Livre des morts, devenu,
selon M. Mosher, «∞∞hors d’usage∞∞» à ce moment-là62. Dans cette perspec-
tive, les tombes de Karakhamon et d’Haroua, avec leur répertoire de
chapitres du Livre des morts, constitueraient alors une «∞∞anomalie∞∞», tout
comme les deux sarcophages ornés de formules du Livre des morts appar-
tenant à Ânkhefenkhonsou Ier et à Hétéphéres, eux aussi datés de la XXVe

59
Hypothèse émise par Gestermann pour Pétaménophis en particulier∞∞: Überlieferung, I,
p. 398, 401.
60
Cf. à ce propos Bietak – Reiser-Haslauer, ’Anch-Hor, I, p. 232. Au sujet des vignettes
du Livre des morts gravées sur les piliers de la tombe d’Ânkhhor, Bietak affirme∞∞: “∞∞ Die
Tracht, namentlich der plissierte Schurz mit Seitenschürzen, zeigt Elemente, die auf die späte
18. Dynastie und die Ramessidenzeit zurückgehen∞∞” (Bietak – Reiser-Haslauer, loc. cit.). Cf.
aussi M. Mosher, The Ancient Egyptian Book of the Dead in the Late Period∞∞: a Study of
Revisions evident in Evolving Vignettes and Possible Chronological and Geographical Impli-
cations for Differing Versions of Vignettes, thèse de doctorat, University of California, 1990,
inédite.
61
I. Munro, «∞∞Evidence of a master copy transferred from Thebes to the Memphis area in
Dynasty 26∞∞», BMSAES 15 (2010), p. 203, n. 3∞∞; id., Der Totenbuch-Papyrus der Ta-schep-en-
Chonsu aus der späten 25. Dynastie (pMoskau Puschkin-Museum I, 1b, 121) (HAT 10), 2009.
62
“∞∞ … the Book of the Dead was revived during the 26th Dynasty, after having fallen out
of use during the 23-25th Dynasties∞∞” (M. Mosher, «∞∞Theban and Memphite Book of the Dead
Traditions in the Late Period∞∞», JARCE 29 [1992], p. 143). Mosher affirme d’ailleurs∞∞: “∞∞I am
unaware of any successful attempts to date Books of the Dead to the 23rd-25th Dynasty∞∞” (loc.
cit., n. 2).

BSFE 183 31
dynastie et issus de la nécropole thébaine. L’affirmation de Mosher doit
donc être nuancée, ou bien circonscrite à la diffusion du Livre des morts sur
papyrus. En effet, parler de «∞∞désaffection∞∞» générale pour le Livre des morts
semble abusive au moins pour la XXVe dynastie, car c’est justement à cette
époque qu’apparaît une tendance à l’archaïsme qui se manifestera davantage
à la XXVIe dynastie, et dont relève clairement la «∞∞redécouverte∞∞» du Livre
des morts.

English Abstract

Many chapters of the Book of the Dead have been identified so far, carved
on the walls of the Late Period monumental tombs of the Asasif necropolis.
The abundant use of these funerary texts in tombs of the 25th Dynasty (such
as Karakhamon and Harwa) shows that, despite the scarcity of BD papyri
dated to the Kushite Period, the revival of the Book of the Dead had already
started before the Saitic Period.

CHAP. TOMBES TARDIVES CHAP. TOMBES TARDIVES CHAP. TOMBES TARDIVES


DU DE L’ASSASSIF DU DE L’ASSASSIF DU DE L’ASSASSIF
LDM LDM LDM
1 Pabasa 47 Padihorresnet 99 Karakhamon (?)
Padihorresnet Padihorresnet
2 Padihorresnet 50 Karakhamon 100 Karakhamon
Haroua Pétaménophis
Pabasa Padihorresnet
Padihorresnet
Ânkhhor
Chechonq
3 Padihorresnet 51 Karakhamon 101 Pétaménophis
Pabasa
4 Padihorresnet 52 Karakhamon 102 Pétaménophis
Pabasa Pabasa
Padihorresnet
5 Padihorresnet 53 Pabasa 104 Karakhamon
Ânkhhor Pétaménophis
Padihorresnet
7 Padihorresnet 54 Karakhamon 105 Karakhamon
Montouemhât Pétaménophis
Pabasa Padihorresnet
Padihorresnet
Ânkhhor

32 BSFE 183
8 Padihorresnet 55 Karakhamon 106 Karakhamon
Haroua Haroua
Montouemhât Pétaménophis
Pabasa Pabasa
Padihorresnet Padihorresnet
Ânkhhor
9 Padihorresnet 56 Montouemhât 107 Pétaménophis
Pabasa Pabasa
Ânkhhor
Chechonq
10 Karakhamon 57 Karakhamon 108 Pétaménophis
Padihorresnet Montouemhât
Pétaménophis
Pabasa
Ânkhhor
Chechonq
11 Karakhamon 58 Karakhamon 109 Montouemhât
Padihorresnet Montouemhât
Pétaménophis
Pabasa
12 Padihorresnet 59 Karakhamon 110 Pétaménophis
Montouemhât
Pétaménophis
Pabasa
Padihorresnet
Ânkhhor
13 Padihorresnet 60 Karakhamon 111 Pétaménophis
Montouemhât
Padihorresnet
Ânkhhor
14 Montouemhât 61 Montouemhât 112 Montouemhât
Padihorresnet Padihorresnet Pétaménophis
Chechonq Padihorresnet
15 Karakhamon (15h) 62 Montouemhât 113 Montouemhât (?)
Haroua (15b, c, d, Pabasa Pétaménophis
g, h) Padihorresnet
Pétaménophis (15a, Chechonq
b, c, d, e∞∞; 15A4)
Moutirdis (15a, b, h)
Pabasa (15a, b, c, d,
e, g)
Padihorresnet

BSFE 183 33
(15a, b, c)
Ânkhhor (15g sur
une stèle)
Chechonq (15a, b,
d, f, g, 15BIII)
17 Karakhamon 63 Karakhamon 115 Pétaménophis
Haroua Pabasa Padihorresnet
Akhimenrou (∞?) Padihorresnet
Pabasa Ânkhhor (63A et B)
18 Karakhamon (∞?) 64 Chechonq 116 Pétaménophis
Haroua
Pétaménophis
Padihorresnet
19 Karakhamon 68 Pabasa 117 Karakhamon
Padihorresnet Pétaménophis
Padihorresnet
21 Montouemhât 69 Haroua 118 Pétaménophis
22 Montouemhât 71 Pétaménophis 119 Pétaménophis
Chechonq Pabasa
23 Montouemhât 72 Karakhamon 120 Pétaménophis
Pabasa Montouemhât
Pabasa
24 Karakhamon (∞?) 73 Montouemhât 121 Pétaménophis
Montouemhât
25 Montouemhât 74 Karakhamon 124 Haroua
Montouemhât Pétaménophis
Pabasa
Padihorresnet
26 Karakhamon 75 Karakhamon 125 Karakhamon
Montouemhât Montouemhât Pétaménophis
Chechonq Padihorresnet Moutirdis
Chechonq Padihorresnet
Chechonq
27 Karakhamon 76 Haroua 126 Pétaménophis
Montouemhât Montouemhât
28 Karakhamon 77 Karakhamon (?) 127 Pétaménophis
Montouemhât Padihorresnet
Chechonq
29 Montouemhât 79 Karakhamon 128 Pétaménophis
Montouemhât
Pabasa
Padihorresnet
Chechonq

34 BSFE 183
30 Montouemhât 80 Karakhamon 129 Pétaménophis
Montouemhât
Pabasa
31 Karakhamon 81 Montouemhât 131 Pétaménophis
Montouemhât Pabasa
Pétaménophis Padihorresnet
32 Karakhamon 82 Karakhamon 137 Pétaménophis
Montouemhât Montouemhât (137A)
Pabasa Pabasa (137B)
33 Karakhamon 83 Montouemhât 138 Karakhamon (?)
Montouemhât Padihorresnet
Chechonq
34 Karakhamon 84 Karakhamon 140 Pétaménophis
Montouemhât Montouemhât
Padihorresnet
35 Karakhamon 85 Montouemhât 141 Montouemhât
Montouemhât Pabasa Pétaménophis
Padihorresnet Basa
36 Karakhamon 86 Karakhamon 142 Akhimenrou
Montouemhât Montouemhât Montouemhât
Padihorresnet Pétaménophis
Basa
37 Karakhamon 87 Montouemhât 144 Pétaménophis
Montouemhât Padihorresnet
38 Karakhamon (38B) 88 Montouemhât 145 Pétaménophis
Montouemhât Pabasa Moutirdis
Padihorresnet Padihorresnet
39 Karakhamon 89 Karakhamon 146 Moutirdis
Montouemhât Haroua Chechonq (146w)
Pabasa
Padihorresnet
Ânkhhor
Chechonq
40 Karakhamon 90 Pétaménophis 147 Pétaménophis
Montouemhât Pabasa
41 Karakhamon (?) 91 Karakhamon 148 Akhimenrou
Montouemhât Haroua Pétaménophis
Pétaménophis Basa
Chechonq Ibi
Pabasa
42 Karakhamon 92 Karakhamon 151A Padihorresnet
Montouemhât
Pétaménophis

BSFE 183 35
43 Ânkhhor 93 Padihorresnet 154 Haroua
Padihorresnet
44 Karakhamon 94 Karakhamon 161 Ibi
Padihorresnet Pétaménophis
Ânkhhor Padihorresnet
Chechonq
45 Karakhamon 95 Pétaménophis 169 Pétaménophis
Haroua
Pabasa
Padihorresnet
Ânkhhor
Chechonq
170 Padihorresnet

36 BSFE 183