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Lettres, Sciences Humaines et Sociales N° 13Juin 2018

ISSN : 1840-703X, Cotonou (Bénin)


Dépôt légal n° 10588 du 09/08/2018
ème
3 trimestre 2018 Bibliothèque Nationale du Bénin,
Cahiers du CBRSI

ANALYSE DE LA PERCEPTION DES


CHANGEMENTS CLIMATIQUES PAR LES
PRODUCTEURS DE MAÏS AU BENIN

Yves Yao SOGLO1, Cocou Jaurès AMEGNAGLO1,


Armand Fréjuis AKPA1
1
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Université
d’Abomey-Calavi
ysoglo@yahoo.fr, cocoujaures1@yahoo.fr, frejuisakpa@gmail.com

RESUME

L’adaptation aux changements climatiques est le résultat combiné de


la perception que font les populations de l’évolution du climat et de
leurs caractéristiques démographiques et socio-économiques. Des
études basées sur cette approche d’analyse de la perception et de
l’adaptation sont courantes dans la littérature. Cependant ce qui est
moins courant dans la littérature, c’est l’analyse suivant les zones
climatiques. Ce papier vise à combler ce gap dans la littérature en
analysant la perception des producteurs de maïs des changements
climatiques dans les trois zones climatiques du Bénin d’une part et,
d’autre part, leur adaptation aux changements climatiques. A partir
de données d’enquête collectées auprès de 354 producteurs de maïs
dans les trois zones climatiques du Bénin et à l’aide des statistiques
descriptives, nous avons montré que les producteurs perçoivent une
hausse de la température moyenne, une baisse des précipitations et
du nombre de jours de pluies. Ils notent aussi une augmentation
moyenne des incidences de sécheresse pendant la saison des pluies.
Le changement de la date de semis et la rotation des cultures sont les
principales stratégies d’adaptation retenues par les producteurs.
Cependant, le manque d’informations sur les techniques modernes
d’adaptation aux changements climatiques et le manque de
ressources financières pour acquérir ces techniques constituent les
obstacles majeurs perçus par les producteurs. Une politique de
facilitation d’accès au crédit agricole et d’encadrement des

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producteurs faciliteraient leur adaptation aux changements


climatiques.

Mots clés: Adaptation, changements climatiques, perception,


producteurs de maïs, statistiques descriptives, zones climatiques

ABSTRACT

Adaptation to climate change is the combined result of population’s


perception of the magnitude of change of climate in the future and of
their demographic and socio-economic characteristics. Studies based
on this approach of analysis of perception and adaptation are
common in the literature. However, what is less common in the
literature is the analysis according to the climatic zones. This paper
aimed to fill this gap in the literature by analysing maize producers’
perception of and adaptation to climate change in the three climatic
zones of Benin. Based on a survey data collected from 354 maize
producers across the three climatic zones and using descriptive
statistics, we showed that producers perceived an increase in average
temperature, a decrease in rainfall and number of rainy days. They
also noted an average increase in drought incidences during the rainy
season. The change in planting date and crop rotation were the main
coping strategies used by producers. However, the lack of
information on modern techniques of adaptation to climate change
and the lack of financial resources to acquire these technologies are
the major obstacles perceived by producers. A policy of facilitating
access to agricultural credit and extension services (training) would
equip farmers with the means to better adapt to climate change.

Keywords: Adaptation, climate change, perception, maize producers,


descriptive statistics, climatic zones

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INTRODUCTION

La réalisation et l’effectivité des changements climatiques ainsi que


ses effets et la nécessité de s’y adapter sont sources de controverse
dans la littérature économique. Des acteurs scientifiques,
économiques et politiques, qualifiés de scepto-climatiques,
soutiennent que les changements du climat qui surviennent ou qui
surviendront s’inscrivent dans le cadre des cycles climatiques et que
ces changements se résorberont d’eux même (Jouzel, 2010;
Kergomard, 2012). Par contre, un second courant soutient que les
changements qui surviennent et qui surviendront sont irréversibles et
qu’il urge de mener des actions afin de bénéficier de ses effets
positifs ou de corriger ses effets néfastes sur les populations
(Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), 2014;
Roudier, Sultan, Quirion, & Berg, 2011). En effet, les projections
montrent que les changements climatiques vont se traduire
globalement par une hausse des températures, de l’humidité relative,
de la radiation solaire, du niveau de dioxyde de carbone dans l’air et
une réduction des précipitations (IPCC, 2014; Roudier et al., 2011).
Ces auteurs précisent que les effets des changements climatiques
vont plus affecter les pays en développement se situant sous les
tropiques et dont l’agriculture constitue la principale source d’emploi
et de revenus pour la majorité des populations.

Les acteurs du secteur agricole dans les pays en développement


sont/seront parmi les plus vulnérables aux changements climatiques
car les techniques culturales qu’ils utilisent sont archaïques et une
production largement tributaire du climat (Boko et al., 2008; Paeth,
Capo-Chichi, & Endlicher, 2008; Vissoh, Tossou, Dedehouanou,
Guibert, Codjia, Vodouhe, & Agbossou, 2012). De plus, la
vulnérabilité des producteurs agricoles s’explique aussi par la
faiblesse de leurs revenus, leurs capacités d’adaptation limitées face
aux risques climatiques et le cadre institutionnel dans lequel ils
opèrent (Kurukulasuriya et al., 2006; Roudier et al., 2011). De plus,
les facteurs politiques et institutionnelles (niveau de corruption,
manque de confiance dans les institutions, lenteur administrative,
faible accès aux marchés, indisponibilité des infrastructures, …) tant

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au niveau national que local aggravent la vulnérabilité et réduisent


l’adaptation des petits producteurs face aux changements climatiques
(Baudoin, Sanchez, & Fandohan, 2014; Fadina & Barjolle, 2018).

Le Bénin, un pays en développement dont l’économie dépend


majoritairement de l’agriculture (30% du Produit Intérieur Brut), est
un exemple typique de pays tropical qui sera affecté par les
changements climatiques. Le Bénin, situé dans le Dahomey gap,
reçoit moins de précipitations que les pays environnants à la même
latitude (Saha & Saha, 2001) et de plus, le pays est sujet à une forte
variabilité des précipitations où les années de sécheresse sont suivies
par des années d’inondations (Hountondji, Longueville, & Ozer,
2011). Les scénarios de changements du climat au Bénin projettent
généralement un déplacement du calendrier des saisons, une
augmentation des températures, une diminution ou une stabilité des
précipitations et une augmentation des évènements climatiques
extrêmes (sècheresse et inondations) (Boko et al., 2008; IPCC,
2014). Paeth et al. (2008) projettent que le Bénin recevrait à l’avenir
presque la même quantité de précipitations que dans le passé alors
que Jalloh, Nelson, Thomas, & Roy-Macauley (2013) prévoient que
les précipitations diminueraient ou resteraient stables dans le sud
Bénin et augmenteraient dans le nord Bénin d’ici 2050. Gnanglè et
al. (2011) ont déjà remarqué une hausse significative de la
température moyenne (plus de 1˚C), une diminution perceptible de la
pluviométrie (- 5,5 mm/an en moyenne) et du nombre moyen annuel
de jours de pluie au Bénin. Les mêmes tendances ont été observées
par Boko, Kosmowski, & Vissin (2012) et Paeth et al. (2008).

Face à l’augmentation des risques climatiques, des mesures


d’adaptation sont proposées aux producteurs agricoles. La mise en
œuvre de pratiques telles que l’agroforesterie, la rotation des cultures
et les jachères qui peuvent contribuer non seulement à réduire les
impacts des changements climatiques, mais aussi réduire les
émissions de gaz à effet de serre sont proposées. L’adoption des
innovations technologiques constitue une des options d’adaptation
les plus explorées dans la littérature (Alliance for Green Revolution
in Africa (AGRA), 2014; Chuku & Okoye, 2009). Cependant,

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l’utilisation de telles innovations reste très faible dans les pays en


développement en général et au Bénin en particulier. L’incertitude
liée au climat limite l’adoption d’innovations technologiques en
poussant les petits agriculteurs, notablement adverses aux risques, à
utiliser des stratégies conservatrices qui réduisent les rendements
moyens des cultures, augmentent les coûts de production, diminuent
la rentabilité et l’efficacité des agriculteurs (Hansen, 2002; Meza,
Hansen, & Osgood, 2008; Zinyengere et al., 2011).

La faible adaptation des producteurs aux changements climatiques


est analysée dans la littérature uniquement par les caractéristiques
démographiques et socio-économiques des producteurs (Yegbemey,
Yabi, Aïhounton, & Paraïso, 2014). Toutefois, l’adaptation est le
résultat combiné de la perception que font les populations de
l’évolution du climat et de leurs caractéristiques démographiques et
socio-économiques (Fadina & Barjolle, 2018; Gbetibouo, 2009;
Maddison, 2007; Simelton et al., 2013; Assoumana, Ndiaye, Van
Der Puije, Diourte, & Gaiser, 2016; Yegbemey et al., 2014). Mais la
plupart des études sont menées dans une seule zone climatique alors
que la plupart des pays à l’instar du Bénin compte plusieurs zones
climatiques. Paeth et al. (2008) et Boko et al. (2012) prédisent que
les effets des changements climatiques sont spécifiques à chaque
zone climatique. Il est alors important d’analyser la perception et les
stratégies d’adaptation des producteurs dans toutes les zones
climatiques afin de formuler des recommandations de politiques
agricoles appropriées. Cet article vise à analyser la perception et
l’adaptation des producteurs de maïs aux changements climatiques
au Bénin, dans l’optique d’une meilleure compréhension des risques
climatiques actuels et des réponses développées.

1. METHODOLOGIE

1.1. Zone d’étude et méthode d’échantillonnage

Le maïs est le principal aliment de base au Bénin et la culture la plus


produite dans le pays. La plupart des agriculteurs (85% des
agriculteurs) au Bénin produisent du maïs (Programme Alimentaire

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Mondial (PAM), 2014) et environ un tiers de la superficie agricole


emblavée au Bénin ont été consacrés à la production de maïs (Institut
National de la Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE),
2013; Jalloh et al., 2013). De plus, la consommation de maïs est en
hausse au Bénin. Elle a augmenté de 24% entre 1990-1994 et 2005-
2008 (Regional Strategic Analysis and Knowledge Support System
West Africa (ReSAKSS WA), 2011). La productivité du maïs est
passée de 0,6 tonne par hectare en 1961 pour atteindre près de 1,4
tonne par hectare en 2014 (Ministère de l’Agriculture, de l’élevage et
de la pêche, (MAEP), 2017). Le maïs est produit dans toutes les trois
zones climatiques du Bénin à savoir la zone nord soudanienne, la
zone sud soudanienne et la zone subéquatoriale.

Chaque zone climatique requiert une quantité optimale d’intrants tels


que l’eau, les engrais, les herbicides pour la production de maïs. Afin
d’assurer une représentation égale et équitable de toutes ces
spécificités, une approche d’échantillonnage aléatoire à plusieurs
étapes a été utilisée. La première étape de la conception a consisté en
la sélection aléatoire d’une municipalité par zone climatique, soit
trois municipalités. Les municipalités de Kandi, Glazoué et Zè ont
été aléatoirement sélectionnées. Kandi est situé dans la zone nord
soudanienne avec le sorgho, le mil, le coton, le maïs, le riz et
l’arachide comme principales cultures. Kandi est l’un des principaux
bassin cotonnier du Bénin (Djohy, Boi Wosso, & Kinzo, 2015). Les
agriculteurs vivant dans les zones productrices de coton ont un
meilleur accès aux intrants agricoles et ont de meilleures
performances agricoles. De plus, Kandi est l’un des principaux
centres de production animale. En raison de la faible densité de
population, estimée en moyenne à 55 habitants au km2 en 2013
(INSAE, 2013), Kandi se caractérise également par de grandes
exploitations agricoles. La proportion de pauvres à Kandi est
inférieure à la moyenne nationale. En 2015, 40,1% de la population
du Bénin vivait sous le seuil de pauvreté monétaire tandis que 36,9%
de la population de Kandi vivaient sous le seuil de pauvreté (INSAE,
2015).

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Figure 1.Présentation des zones d’étude

Zè est situé dans la zone subéquatoriale et les principales cultures


produites dans la commune sont le maïs, le manioc, l’ananas, la
tomate, le piment et les légumineuses. Le système de production
dans cette zone est caractérisé par la petite taille des exploitations en
raison de la forte fragmentation des terres et de la forte densité des
habitants (197 habitants par km2 en 2013). La proximité de Zè avec
la capitale économique du Bénin, Cotonou, tend à exacerber la
pression sur les terres arables à cause de l’urbanisation. Zè est l’une
des communes les plus pauvres du Bénin. En 2015, 64,8% de la
population de Zè vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire
(INSAE, 2015). Glazoué est situé dans la zone sud soudanienne et
les principales cultures sont le maïs, l’igname, le manioc, le riz,
l’arachide, le coton, le niébé, le soja et la noix de cajou. Les
systèmes de production à Glazoué sont caractérisés par des
exploitations de taille moyenne. La densité de la population à
Glazoué était d’environ 70 habitants au km2 en 2013 (INSAE, 2013).
Le taux de pauvreté à Glazoué en 2015 était de 52,8%, ce qui est
supérieur à la moyenne nationale de 40,1% (INSAE, 2015).

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La deuxième étape du processus de sélection a consisté en la


sélection aléatoire de trois arrondissements par municipalité
sélectionnée. La troisième étape du processus de sélection a consisté
en la sélection des villages dans chaque arrondissement. Deux
villages ont été choisis au hasard dans chaque arrondissement, ce qui
représente 18 villages pour les neuf arrondissements et les trois
municipalités. La quatrième et dernière étape fut la sélection
aléatoire des agriculteurs. La taille optimale de l’échantillon pour
l’étude est de 323 producteurs de maïs.

Au total, 354 producteurs de maïs ont été enquêtés. Les principales


données collectées auprès des producteurs échantillonnés étaient
relatives aux caractéristiques démographiques et socioéconomiques
(sexe, âge, exercice d’activité secondaire, niveau d’instruction, accès
au crédit, expérience en agriculture, contact avec la vulgarisation,
nombre d’actifs agricoles par ménage, appartenance à une
organisation et droit de propriété sur la terre) des producteurs, leur
perception des changements climatiques et les stratégies d’adaptation
développées. La collecte des données a été réalisée à travers des
enquêtes conduites sous forme d’entretien individuel.

a. Méthodes d’analyse

1.2.1 Perception des producteurs à propos des changements


climatiques

La perception des producteurs à propos des changements climatiques


a été mesurée en utilisant une échelle à cinq points de Likert (5=
Tout à fait d’accord ; 4= D’accord ; 3 = Ni d’accord ni pas d’accord ;
2 = Pas d’accord ; 1= Pas du tout d’accord). L’échelle de Likert
permet d’exprimer l’intensité de son approbation en présentant à des
individus des affirmations préalablement incorporées dans une
échelle. Les individus doivent se prononcer sur chaque affirmation et
y affecter un score. Les producteurs ont été interrogés sur la hausse
ou la baisse générale de la température, de la pluviométrie, du
nombre de jours de pluies, des inondations, des sécheresses et des
attaques infectieuses. Les statistiques descriptives (moyenne,

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fréquence et la médiane) ont été utilisées pour analyser les données


ainsi recueillies. La perception des producteurs à propos des
différentes variables climatiques au niveau national a été présentée
sous forme de fréquences. Afin de faciliter la présentation et la
discussion des résultats, une échelle des moyennes a été développée
comme suit : 1,00–2,49 = Pas d’accord, 2,50–3,49 = Ni d’accord ni
pas d’accord et 3,50–5,00 = D’accord. Aussi les scores médians ont
été calculés pour analyser les différences régionales dans la
perception des changements climatiques. Le test de Mann-Whitney
U a été utilisé pour évaluer la significativité des différences
régionales.

1.2.2 Stratégies d’adaptation des producteurs à propos des


changements climatiques

Les stratégies d’adaptation des producteurs à propos des


changements climatiques ont été mesurées en posant des questions à
réponses binaires aux producteurs (1=Oui, 0=Non). Cela permet aux
producteurs de donner son approbation ou son désaccord face aux
stratégies qui leur sont proposées. Les producteurs ont été interrogés
sur le changement de la variété de culture, le changement de la date
de semis, le changement des espaces cultivés, l’augmentation de
l’utilisation d’engrais, la rotation de culture, l’utilisation des
prévisions météorologiques et la constitution de réserve alimentaire
(stockage de la nourriture dans les magasins à utiliser plus tard). Les
statistiques descriptives (moyenne et fréquence) ont été utilisées pour
analyser les données ainsi recueillies.

2. RESULTATS ET DISCUSSION

2.1. Caractéristiques démographiques et socio-économiques des


producteurs interrogés

Environ 38% des agriculteurs interrogés proviennent de la


municipalité de Kandi, 32% de Zè et 30% de Glazoué (Tableau 1).
Près de la moitié des producteurs interrogés sont chrétiens, un tiers

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adhérent des religions endogènes et le reste (environ 20%) sont


musulmans.

Tableau 1. Caractéristiques démographiques et socio-économiques


des producteurs agricoles
Tous les
Variables Kandi Glazoué Zè
producteurs
Sexe (pourcentage
73,1 75,0. 75,5 68,7
d’homme)
A, B C
Age moyen (années) 41,7 37,2 49,3 39,9
Niveau d’éducation
Sans education 61,6 66,0 53,8 63,7
Niveau Primaire 28,5 19,3 A, B 32,1 36,3
Au-delà du niveau B C
9,9 14,7 14,1 0,0
primaire
Religion
Chrétien 48,0 40,7 B 44,3 C 60,2
Musulman 21,2 55,6 A, B 0 0
Religions endogènes 30,8 3,7 A, B 55,7 C 39,8
Taille moyenne des
10,9 12,5 A 11,4 C 8,5
ménages
Expérience dans la culture
22,2 17,0 A, B 27,6 C 23,3
du maïs (années)
Taille moyenne des
3,9 6,7 A, B 2,9 C 1,6
exploitations (hectare)
Accès aux services de
33,9 65,4 A, B 15,1 13,4
vulgarisation agricole (%)
Participation aux activités
42,7 39,37 44,3 45,1
hors champs (%)
Utilisation d’engrais (%) 56,8 97,8 A, B 58,5 C 5,3
Accès au crédit (%) 52,2 72,1 A, B 48,1 31,1
Accès au marché (%) 89,8 100 A, B 84,0 83,2
A, B et C représentent respectivement une différence statistique à 5% entre
Kandi et Glazoué, Kandi et Zè et Glazoué et Zè

Environ 73% des répondants sont des hommes et un tiers des


producteurs agricoles sont jeunes (18 à 35 ans). L’âge moyen des
producteurs agricoles est de 42 ans, le plus jeune producteur ayant 18
ans et le plus âgé ayant 85 ans. La majorité des producteurs (61,6%)

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n’est pas instruite (éducation formelle) et 28,5% des producteurs


n’ont pas terminé l’école primaire. La taille moyenne des ménages
de producteurs interrogés est de 11 personnes. La taille moyenne des
exploitations agricoles pour l’ensemble de l’échantillon est d’environ
3,9 hectares. La taille de la plus petite et de la plus grande
exploitation est respectivement de 0,28 hectare et de 35 hectares.
L’expérience moyenne dans la production du maïs est de 22 ans
(Tableau 1). Pour la majorité des producteurs (73%), le maïs est leur
principale culture et la majorité des producteurs (57,3%) a déclaré
l’agriculture comme la seule source de revenus.

Seulement un tiers des producteurs interviewés ont reçu la visite ou


des conseils des agents de vulgarisation agricole au cours des trois
dernières saisons agricoles (2012-2014), avec une plus grande
proportion d’interaction dans le nord (65,4%) en raison de la
production de coton dans la municipalité de Kandi. Environ 57% des
agriculteurs ont utilisé des engrais minéraux. Presque tous les
agriculteurs de Kandi ont utilisé des engrais alors qu’à Glazoué,
seule la moitié des agriculteurs ont utilisé des engrais. Dans le sud
(Zè), l’utilisation d’engrais est très faible. La moitié des producteurs
interrogés ont accès au crédit agricole avec une plus grande
proportion à Kandi. La grande majorité des producteurs ont accès au
marché.

2.2. Perception des changements climatiques par les


producteurs

Les producteurs ont été interrogés sur la variation de certaines


variables climatiques à savoir la température, les périodes de
sècheresse au cours de la saison pluvieuse, la pluviométrie, le
nombre de jours de pluies, les infestations parasitaires et les
inondations pendant la saison des pluies. Une grande majorité de
producteurs, environ 88%, déclare percevoir une hausse de la
température moyenne (Figure 2 &Tableau 3) alors qu’une large
proportion de producteurs (81,6%) ont un avis mitigé sur la baisse
des températures. Cependant, une minorité des personnes enquêtées
(6,2%) a plutôt perçu une baisse de la température. Globalement, les

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producteurs à travers tous les trois zones climatiques perçoivent une


hausse de la température moyenne (Tableaux 2 & 3). La hausse des
températures va dans le sens des prévisions et observations
scientifiques (Boko et al., 2012; Gnanglè et al., 2011; IPCC, 2014;
Paeth et al., 2008; Vissoh et al., 2012) et de la perception d’autres
producteurs au Bénin (Baudoin et al., 2014; Fadina & Barjolle, 2018;
Vissoh et al., 2012).

Augmentation du nombre de jours de


pluies
Hausse des incidences de sécheresse
pendant la saison des pluies
Hausse des incidences d'inondation
pendant la saison des pluies
Augmentation des infections parasitaires

Démarrage tardif de la saision des pluies

Augmentation de la pluviométrie

Augmentation de la température

0.0 20.0 40.0 60.0 80.0 100.0

D'accord Ni d'accord ni pas d'accord Pas d'accord

Figure 2. Perception des changements de facteurs climatiques à la


hausse

Près de trois quarts des producteurs ont noté une baisse de la


pluviométrie (Figure 2). Des résultats similaires ont été obtenus par
d’autres auteurs (Baudoin et al., 2014; Fadina & Barjolle, 2018;
Vissoh et al., 2012). Une minorité de producteurs a constaté une
hausse des précipitations. Cette minorité est située dans la commune
de Zè (zone climatique subéquatoriale). En effet, les producteurs de
Zè ont un avis mitigé sur la pluviométrie (Tableaux 2 & 3). Ils
perçoivent une hausse des précipitations pour certains et une baisse
pour d’autres. Cela traduit peut être une stabilité des précipitations
ou des années de déficits sont suivis d’années d’excédents
pluviométriques. Concernant le nombre de jours de pluies, la

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majorité des producteurs (environ 72%) pensent qu’il suit une


tendance à la baisse alors qu’environ 11% des producteurs ne
soutiennent pas cette tendance à la baisse du nombre de jours de
pluies (Figure 3). Fadina & Barjolle (2018) et Vissoh et al. (2012)
ont trouvé des résultats similaires au Sud Bénin.

Aussi, deux tiers des producteurs interrogés ne confirment ni


n’infirment une augmentation du nombre de jours de pluies alors que
20% d’entre eux soutiennent une augmentation du nombre de jours
de pluies (Figure 2). Les producteurs dans les communes de Kandi et
Glazoué perçoivent une diminution du nombre de jours de pluies
alors que ceux de la commune de Zè ont un avis mitigé (Tableaux 2
& 3). Ils ne confirment ni une augmentation ni une diminution du
nombre de jours de pluies par an. Le démarrage des pluies est aussi
un élément qui affecte les systèmes de productions et le
comportement des producteurs. Il faut noter qu’environ 45% des
personnes interrogées perçoivent un démarrage tardif du début de la
saison des pluies alors qu’un tiers des interrogés ne perçoivent pas de
démarrage tardif de la saison des pluies (Figure 2). En moyenne les
producteurs perçoivent un retard dans le démarrage au Bénin mais le
retard est plus accentué au sud Bénin (Zè), alors que le démarrage
précoce des pluies n’est observé dans aucune zone (Tableaux 2 & 3).
Le démarrage tardif de la saison des pluies est aussi noté par les
producteurs au Sud Bénin (Baudoin et al., 2014; Fadina & Barjolle,
2018; Vissoh et al., 2012). Baudoin et al. (2014) ajoutent que les
producteurs remarquent que le retard peut atteindre deux mois. Aussi
21,5% des enquêtés perçoivent un début précoce de la saison des
pluies tandis que 35,6% des producteurs ne perçoivent pas un début
précoce de la saison des pluies (Figure 3).

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Dimunition du nombre de jours de pluies


Baisse des incidences de sécheresse pendant la
saison des pluies
Baisse des incidences d'inondation pendant la
saison des pluies
Diminution des infections parasitaires

Démarrage précoce de la saision des pluies

Diminution de la pluviométrie

Diminution de la température

0.0 50.0 100.0


D'accord Ni d'accord ni pas d'accord Pas d'accord

Figure 3. Perception des changements des facteurs climatiques à la


baisse

Près de trois quarts des producteurs révèlent aussi une hausse des
périodes de sécheresse au cours de la saison des pluies. Des résultats
similaires ont été obtenus par Baudoin et al. (2014) et Fadina &
Barjolle (2018). Vissoh et al. (2012) trouvent que les pluies violentes
surviennent majoritairement à la fin de la saison des pluies. Quant à
l’accroissement des incidences d’inondation, les producteurs ont des
perceptions contrastées. Près de 38% des producteurs pensent que les
incidences d’inondation sont en hausse alors qu’environ 48%
pensent que ces incidences sont en baisse (Figures 2 & 3). Ce
résultat contrasté est peut-être dû à la localisation géographique des
producteurs. En effet, les producteurs du Sud Bénin (Zè) ont
remarqué une augmentation des incidences d’inondation alors que
les producteurs du Centre et du Nord Bénin ont souligné une baisse
des incidences d’inondation (Tableaux 2 & 3). Ce résultat va dans le
sens des observations scientifiques et des projections climatiques. Au
regard des changements perçus/évoqués environ 45,8% des
personnes interrogées perçoivent une hausse des infestations
parasitaires des récoltes contre 13,6% qui perçoivent une baisse.

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Tableau 2. Perception moyenne des changements de facteurs


climatiques à la hausse par zone climatique
Variables climatiques Total Kandi Glazoué Zè
Augmentation de la température 5 5 5 5
Augmentation de la pluviométrie 2 1B 1C 3
Démarrage tardif de la saison des 4 3B 3C 4
pluies
Augmentation des infections 3 4A, B 3C 5
parasitaires
Hausse des incidences d’inondation 3 2A, B 1C 5
pendant la saison des pluies
Hausse des incidences de sécheresse 5 5 5 5
pendant la saison des pluies
Augmentation du nombre de jours de 2 1B 1C 3
pluies
A, B et C représentent respectivement une différence statistique à 5% entre
Kandi et Glazoué, Kandi et Zè et Glazoué et Zè

Tableau 3. Perception moyenne des changements des facteurs


climatiques à la baisse par zone climatique
Variables climatiques Total Kandi Glazoué Zè
Diminution de la température 1 1 1 1
Diminution de la pluviométrie 5 5 5 3
Démarrage précoce de la saison des 3 3 3 3
pluies
Diminution des infections parasitaires 3 3B 3C 1
Baisse des incidences d’inondation 3 5 B 5C 1
pendant la saison des pluies
Baisse des incidences de sécheresse 2 1B 1B 2
pendant la saison des pluies
Diminution du nombre de jours de 5 5B 5C 3
pluies
A, B et C représentent respectivement une différence statistique à 5% entre
Kandi et Glazoué, Kandi et Zè et Glazoué et Zè

2.3. Stratégies d’adaptation aux changements climatiques

Les stratégies d’adaptation aux changements climatiques identifiées


par les producteurs interrogés dans la zone d’étude sont le

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changement de variété des cultures, le changement de la date des


semis, le changement de la superficie de terre allouée aux cultures,
l’augmentation de l’utilisation d’engrais, la rotation de culture,
l’utilisation des prévisions météorologiques et le stockage de
nourriture (Tableau 4). Environs trois quarts des producteurs
interrogés ont changé la date des semis afin de s’adapter aux
changements climatiques (Tableau 4). Le choix de cette stratégie est
dû au fait que les semis marquent le démarrage du processus de
production et son échec traduit un échec de tout le processus. Les
producteurs préfèrent alors adapter le début de la période de semis au
calendrier de chaque saison pluvieuse. Cette stratégie semble être
utilisée par tous producteurs quel que soit leur localité ou zone
climatique. Cependant, les producteurs de Glazoué ont eu plus
recours à cette stratégie (Tableau 4). Ce résultat est confirmé par les
travaux de Baudoin et al. (2014).

Quant à la rotation des cultures, la plupart des producteurs (environ


61%) pensent que cette option peut être envisagée comme une
stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Cette option est
utilisée dans toutes les régions d’étude. D’autres études ont aussi
identifié cette option d’adaptation (Baudoin et al., 2014; Fadina &
Barjolle, 2018). Près de 40% des enquêtés pensent utiliser le
changement de variétés de cultures comme option d’adaptation aux
changements climatiques (Tableau 4). Le changement de variété des
cultures est supposé mieux correspondre aux conditions climatiques
prévalant. Le changement de variété de culture peut signifier
l’utilisation de semences améliorées ou de toute autre variété de maïs
mieux adaptée aux conditions climatiques prévalant. Cette stratégie
est couramment utilisée par les producteurs (Amegnaglo, Anaman,
Mensah-Bonsu, Onumah, & Amoussouga Gero, 2017; Fadina &
Barjolle, 2018; Vissoh et al., 2012; Zinyengere et al., 2011).
Cependant certains auteurs suggèrent que l’utilisation de la variété
de culture appropriée peut considérablement augmenter ou réduire
les rendements agricoles (Zinyengere et al., 2011). Donc, le choix
des variétés de cultures à utiliser doit être guidé par les évidences
empiriques.

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Tableau 4. Stratégies d’adaptation aux changements climatiques


Variables Tous les Kandi Glazoué Zè
producteurs
Changement de variété 40.0 (49.2) 61.5B 50.9C 7.1
des cultures (48.8) (50.2) (25.8)
Changement de la date de 73.1 (44.3) 60.0A,B 84.9 77.9
semis (49.2) (35.9) (41.7)
Changement de la 35.3 (47.8) 55.5A,B 21.7 23.9
quantité de terre allouée à (49.9) (41.4) (42.8)
chaque culture
Intensification de la 22.9 (42.0) 30.4B 29.2C 7.9
production (46.1) (45.7) (27.2)
Rotation des cultures 60.7 (48.9) 57.8 59.4 65.5
(49.6) (49.3) (47.7)
Utilisation des prévisions 11.6 (32.0) 22.2A,B 8.5C 1.8
météorologiques (41.7) (28.0) (13.2)
Stockage de nourriture 8.7 (28.3) 19.2A,B 1.0 3.5
(39.6) (9.7) (18.5)
A, B et C représentent respectivement une différence statistique à 5% entre
Kandi et Glazoué, Kandi et Zè et Glazoué et Zè

Le changement de la superficie de terre allouée aux cultures est une


option envisagée par environs un tiers des producteurs (Tableau 4).
Cette stratégie vise à trouver la meilleure combinaison de cultures et
d’intrants qui permettrait aux producteurs de tirer le meilleur
rendement des conditions climatiques. Les producteurs peuvent
réduire la quantité de terres consacrée à certaines cultures ou allouer
des quantités de terres nulles à certaines cultures dans le but
d’augmenter la superficie de terres allouées aux cultures plus
adaptées aux conditions climatiques prévalant. L’intensification de la
production est une option d’adaptation envisagée par 23% des
producteurs. Cette option est fréquemment citée dans la littérature
(Baudoin et al., 2014; Fadina & Barjolle, 2018). Le faible recours à
cette option est dû aux risques de pertes financières élevées qui lui
sont associés.

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La quasi-totalité des personnes enquêtées n’envisage utiliser ni les


prévisions météorologiques modernes (88,4%) ni le stockage de
nourriture (91,3%) comme stratégies d’adaptation aux changements
climatiques (Tableau 4). Le faible recours aux informations
météorologiques est dû à la non disponibilité d’informations sur les
prévisions météorologiques et aux manques d’études relatives à
l’importance de prévisions météorologiques dans l’adaptation aux
changements climatiques (Amegnaglo, Anaman, Mensah-Bonsu,
Onumah, & Amoussouga Gero, 2017).Les facteurs régionaux
semblent affecter le choix de certaines stratégies d’adaptation aux
changements climatiques (Tableau 4). Les producteurs de Kandi et
Glazoué opteraient plus pour le changement de variété de cultures
contrairement aux producteurs de Zè qui ne pensent pas utiliser cette
option. Le changement de la superficie de terre allouée à chaque
culture sera plus utilisé dans la commune de Kandi (Tableau 4). La
disponibilité de terres ou la grande superficie des champs
expliquerait le choix de cette stratégie. L’intensification de la
production serait une option pour les producteurs de Kandi et
Glazoué. Les producteurs de Zè ne pensent pas utiliser
l’intensification des cultures comme option d’adaptation aux
changements climatiques. Glazoué est situé dans la zone de
transition et les changements climatiques provoqueraient une
augmentation substantielle des risques climatiques et rendraient ainsi
l’intensification comme une option très risquée. Le risque de pertes
financières serait alors trop élevé pour les producteurs de cette zone.
L’utilisation des données météorologiques serait plus une option à
envisager dans la commune de Kandi (Tableau 4). La région de
Kandi se caractérise par un climat avec une seule saison des pluies et
tout échec de production compromet la sécurité alimentaire du
ménage pour toute l’année. Les producteurs sont donc plus enclins à
rechercher les prévisions météorologiques afin de minimiser les
risques d’échec de production. Les producteurs de Kandi pensent
aussi à stocker de la nourriture afin de se prémunir des risques
climatiques liés aux changements climatiques.

En somme, les producteurs de Kandi auront recours au changement


de variété des cultures, au changement de la date des semis, au

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changement de la superficie de terre allouée aux cultures, à


l’augmentation de l’utilisation d’engrais, à la rotation de culture, à
l’utilisation des prévisions météorologiques et le stockage de
nourriture afin d’adapter alors que les producteurs de Glazoué auront
recours au changement de variété des cultures, à l’augmentation de
l’utilisation d’engrais, au changement de la date des semis et à la
rotation de culture. Quant aux producteurs de Zè, ils auront recours
au changement de la date des semis et à la rotation de culture. Il faut
remarquer que dans les communes de Kandi et de Glazoué,
l’augmentation de l’utilisation d’engrais est une option utilisée. Cela
peut être due au fait que le coton est cultivé dans ces deux
communes. Et donc les producteurs un accès plus facile aux engrais.

2.4. Obstacles d’adaptation aux changements climatiques

Une minorité de producteurs, environ 25,4%, des producteurs


interrogés déclarent ne pas pouvoir s’adapter aux changements
climatiques. Plusieurs facteurs limitent l’adaptation des producteurs
aux changements climatiques. Le premier obstacle est le manque de
ressources financières pour acquérir les innovations technologiques.
Les producteurs pensent que l’adaptation passe par le recours aux
innovations technologiques. Fadina & Barjolle (2018) trouvent que
l’accès au crédit peut permettre de lever les contraintes à l’adaptation
aux changements climatiques. Environs deux tiers des producteurs
déclarent manquer de ressources pour s’adapter aux changements
climatiques (Tableau 5). La non disponibilité de semences certifiées
ou améliorées est le second facteur qui va limiter l’adaptation des
producteurs aux changements climatiques (Tableau 5). Assoumana et
al. (2016) trouvent que l’amélioration de l’accès aux semences
améliorées va renforcer l’adaptation des producteurs aux
changements climatiques. Le manque de connaissance sur les
méthodes modernes d’adaptation est le troisième obstacle. Cela
implique une formation des producteurs sur les techniques
d’adaptation. Enfin, le manque de connaissance sur la réalisation des
changements climatiques serait une entrave à l’adaptation. Des
résultats similaires ont été trouvés par Assoumana et al. (2016).

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Tableau 5. Obstacles à l’adaptation aux changements climatiques


Variables Tous les Kandi Glazoué Zè
producteurs
Non disponibilité de
47.4B 58.5C 19.5
semences certifiées ou 41.8 (49.4)
(50.1) (49.5) (39.8)
améliorées
Manque de
42.9A 13.2C 40.7
connaissances sur les 33.3 (47.2)
(49.7) (34.0) (49.3)
techniques d’adaptation
Manque d’information
sur la réalisation des 33.3B 36.8C 12.4
27.7 (44.8)
changements (47.3) (48.4) (33.1)
climatiques
Manque de ressources 60.0A,B 72.6 74.3
68.4 (46.6)
financières (42.3) (44.8) (43.9)
A, B et C représentent respectivement une différence statistique à 5% entre
Kandi et Glazoué, Kandi et Zè et Glazoué et Zè

CONCLUSION

Les changements climatiques sont présentés depuis quelques


décennies comme un problème mondial qui affectera plus les pays en
développement à caractère agricole. Mais les producteurs agricoles
ont été peu entendus dans les débats. Cette étude vise à combler ce
gap et, pour se faire, à choisir d’interroger 354 producteurs de maïs
dans un pays en développement : le Bénin. Les producteurs de maïs
au Bénin perçoivent la réalisation des changements climatiques et
développent diverses stratégies pour s’y adapter. Pour ces
producteurs, les changements climatiques se traduisent et se
traduiront par des perturbations de la température, de la
pluviométrie, du nombre de jours de pluies, des incidences de
sécheresse pendant la saison des pluies et de l’infestation de parasite
de récolte et maladies. Le changement de la variété des cultures, le

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changement de la date de semis, le changement de la superficie de


terre allouée à chaque culture, l’intensification de la production, la
rotation de culture, l’utilisation des prévisions météorologiques et le
stockage de la nourriture sont les principales stratégies d’adaptation
aux changements climatiques. Cependant le choix des stratégies
semble être influencé par des facteurs régionaux. Le manque de
ressources financières et d’information sur les techniques modernes
d’adaptation constituent les obstacles majeurs à l’adaptation. Une
politique de facilitation d’accès au crédit agricole et d’encadrement
des producteurs faciliteraient l’adaptation des producteurs aux
changements climatiques.

Remerciements : Un tel travail scientifique ne pouvait se concevoir


sans le soutien scientifique et financier de nombreuses personnes et
institutions. Nous tenons à exprimer nos remerciements aux
membres du Comité scientifique du CBRSI, au GIEC et à la
fondation CUOMO. Nous remercions également Mr. Mathieu A.T.
Ayenan et le Prof Kwabena Anaman.

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