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L'« Expérience intérieure »

de Georges Bataille
DU MÊME AUTEUR

Poèmes

AUX ÉDITIONS DU SEUIL

En une seule vigne, 1959


Incantation du temps, 1962
La Terre du sacre, 1966
La Braise et la Rivière, 1969
Le Dieu de nuit, 1973
La Lumière du silence, 1978
Toutes les îles sont secrètes, 1984
Choix de poèmes, à paraître

CHEZ D'AUTRES ÉDITEURS

Connaissance des noces, 1977


Les Editeurs Français Réunis
Dits d'un livre des sorts, 1978
Éditions de la Différence
12 Dits, 1980
Éditions Le Verbe et l'Empreinte

Essais

AUX ÉDITIONS DU SEUIL

Notes sur la poésie, 1970


Le Lieu du voyageur. Notes sur le Mystère, 1980
Une autre parole, 1981

CHEZ GALLIMARD

Notes sur la foi, 1973


Jean-Claude Renard

L'« Expérience intérieure »


de Georges Bataille
ou la négation du Mystère

Publié avec le concours


du Centre national des lettres

Éditions du Seuil
27, rue Jacob, Paris V I
ISBN 2 - 0 2 - 0 0 9 5 2 3 - 8 .

© ÉDITIONS DU SEUIL. FÉVRIER 1987.

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une


utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle
faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de
ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les
articles 425 et suivants du Code pénal.
Avertissement

Les principales références aux œuvres de Georges


Bataille citées dans le présent ouvrage y sont, avec appels
de notes numérotés de 1 à X par rubrique, rassemblées
sous chacune de celles-ci et données comme ci-dessous
indiqué :
L'Expérience intérieure dans Œuvres complètes (Gal-
limard) tome V, désignée par les lettres El, OC, V,
suivies du numéro des pages correspondant aux cita-
tions;
Manuel de l'anti-chrétien dans Œuvres complètes,
tome II, désigné par les lettres MA, OC, II, suivies du
numéro des pages correspondant aux citations;
Théorie de la religion dans collection « Idées »,
Gallimard, Paris, 1973, désignée par les lettres TR,
suivies du numéro des pages correspondant aux cita-
tions.
Les autres références aux Œuvres complètes de
Georges Bataille utilisées dans le présent ouvrage y sont
désignées par les lettres OC suivies du numéro des tomes
(I, II, V et VII) et du numéro des pages correspondant
aux citations. Il s'agit des tomes I (PREMIERS ÉCRITS,
1922-1940 : Histoire de l'œil, l'Anus solaire, Sacrifices,
Articles); II (ÉCRITS POSTHUMES, 1922-1940); V (SOMME
ATHÉOLOGIQUE, I : l'Expérience intérieure, Méthode de
méditation, Post-scriptum 1953, le Coupable, l'Alle-
luiah); VII (l'Économie à la mesure de l'univers, la
Part maudite, la Limite de l'utile [Fragments], Théorie
de la religion, Conférences 1947-1948, Annexes), Gal-
limard, Paris.
Introduction

Je dois d'abord préciser que, tout au long de ces pages,


je désignerai par le mot Mystère ce que d'ordinaire l'on
appelle « Dieu ». Autrement dit, je me servirai de ce
vocable pour représenter ce qui m'apparaît comme
l'énigme d'une réalité partout immanente mais en même
temps sans cesse transcendante et irréductible à quoi
que ce soit d'autre qu'elle-même. On ne confondra donc
pas le Mystère avec l'inconnu. Celui-ci, étant en effet
de l'ordre quantitatif et scientifique, peut toujours être
considéré comme provisoire et devenir tôt ou tard
connaissable - alors que le Mystère est de l'ordre qua-
litatif et métaphysique d'une expérience (à la fois sub-
jective et objective) qui ne saurait avoir de signification
que vécue en tant que telle * par tout être humain
dénommé par suite « mystique » au sens strict où une
relation particulière s'établit entre lui et le Mystère.
C'est pourquoi je me vois sans cesse tenu par moi-
même et par l'activité poétique de me demander si,
malgré la présence de ce Mystère devant lequel nous
sommes tous (positivement ou négativement) placés, je
ne suis pas un homme dont l'expérience spirituelle est
prise au piège des mots et à leur seul piège. Aussi

* Cf. J.-C. Renard, Le Lieu du voyageur. Notes sur le Mystère,


Éd. du Seuil, Paris, 1980.
importait-il (et continuera-t-il d'importer) que j'astreigne
celle-ci à une sorte de contrôle aussi permanent que
possible. Car elle s'exprime en moi par un phénomène
dont la nature « mystique », sous réserve de n'être pas
illusoire, semble résider paradoxalement dans le senti-
ment même de sa « non-mysticité ». J'entends que je ne
sais rien de ce qui se produit en fait. J'éprouve unique-
ment l'impression de me trouver parfois dans un état de
vide total qui, sans que je puisse expliquer pourquoi, me
saisit d'une manière abrupte comme une absence dési-
gnant une présence, du néant désignant de l'être, ou
encore comme une évidence sans évidence, la manifes-
tation d'un silence ressenti comme chargé d'une parole
informulable. En d'autres termes, survient en moi, et
par conséquent dans le monde où je vis, un donné qui,
en même temps, n'est plus au monde ni du monde parce
qu'il n'est plus nommable. C'est ainsi que je rencontre,
si du moins il y a rencontre proprement dite, le Mystère.
Le dehors informe alors le dedans - le devient tout en
demeurant le dehors. Le non-sens provoque le désir
inassouvissable du sens. Il se propose comme figure du
non-représentable. Par là, il fait signe comme à partir
du rien pour que quelque chose, par le rien, puisse
exister en soi-même au-delà du sens : avant ou après lui
- laissant éclater la lumineuse et foudroyante ténèbre
où l'inconnaissable paraît s'offrir à la re-connaissance.
U n e interrogation permanente

Il me faut donc remettre constamment en cause les


réponses que je puis être tenté d'apporter aux questions
que cette expérience m'impose à travers la clarté, l'obs-
curité, l'ambiguïté ou le mélange de doutes et de certi-
tudes (peut-être interchangeables) dont elle est pour moi
constituée. Ces questions sont en effet implacables. Ce
que j'appelle ma « foi » est-elle une vraie foi ou n'est-
elle qu'une « fable » créée par le langage qui la commente?
Est-elle de l'ordre d'une pure intériorité subjective qui
se limite à elle-même sans se traduire à l'extérieur par
une modification objective du comportement personnel
entraînant une modification objective du comportement
social? Ou est-elle au contraire le principe d'une trans-
formation réelle incarnée dans l'action et attestée par
celle-ci? Ce qu'elle vit ou croit vivre du dedans et au-
dedans de soi correspond-il ou non à une « méditation »
authentique? Cette dernière est-elle ou non plus qu'une
simple réflexion égocentrique du « moi » sur lui-même?
Efface-t-elle ou dépasse-t-elle ou non la dualité du même
et de l'autre, du «je » et du « Tout », etc.? Voit-elle en
cette dualité une réalité ou un leurre? Inclut-elle une
véritable « spiritualité » ou n'est-elle que l'illusion spi-
rituelle d'un strict intellectualisme? Y a-t-il dans la
conduite mystique plus qu'une fuite devant les pro-
blèmes redoutables et sans solution apparente auxquels
nous affronte l'existence? Ou ne cache-t-elle que la
recherche d'un refuge contre cet affrontement? La
fausse rencontre de quelqu'un là où il n'y aurait per-
sonne ni rien qu'un inaccessible secret? La fondation
menteuse d'un sens là où il n'y aurait que non-sens?
Une ruse de la mauvaise conscience - sinon la feinte
même du mal? Etc.
J'erre, parmi ces questions, comme dans un labyrinthe
dont l'on sait que les structures, depuis l'époque paléo-
lithique, représentent à la fois la prison dont l'on essaye
de s'échapper et le sanctuaire dont l'on s'efforce de
découvrir l'entrée, le lieu de jonction du sacré et du jeu,
et l'espace où l'homme fête les mystères de la nature.
Me méfiant également de tout ce qui pourrait en moi
ne recouvrir qu'une invention née d'une effervescence,
trompeuse en la matière, de l'affectivité et du psychisme,
je dois aussi m'interroger sans relâche sur le caractère
le moins aléatoire de ce que je vis ou crois vivre. Par
contrecoup, je dois de même me demander - quitte, en
l'occurrence, à ne pouvoir rien affirmer parce que (répé-
tons-le) nous ne savons pas avec une objectivité assez
nette si et quand nous croyons ou non véritablement -
dans quelle mesure l'impression de croire ne risque pas
de remplacer parfois l'acte de croire ou ne se réduit pas
simplement au besoin de croire. Ma seule assurance est
qu'en dépit de cette interrogation qui n'arrête pas de me
harceler d'une façon simultanément négative et positive,
autant qu'en raison de ce qui me questionne en elle sur
ma propre sincérité comme sur la sincérité de ma foi,
je ne peux pas ne point croire. Mieux : je ne pense pas
que je pourrais exister sans croire - fût-ce à cause de la
simple énigme d'être - et que jugeant même ma foi
muette et morte, je ne pourrais en fait continuer de vivre
que si, même en l'ignorant, je continuais encore de croire
du fond de son silence et de sa mort.
Ayant enfin conscience de passer par la voie obscure
plutôt que par la voie claire de l'expérience spirituelle,
de rencontrer la présence inscrite dans le Mystère plutôt
en sa distance qu'en sa proximité tout en la vivant
pourtant intimement, tantôt d'une manière immédiate,
tantôt d'une manière médiate, il m'est donc apparu
nécessaire, pour tenter à la fois de la mieux comprendre
et de me mieux comprendre, de la comparer à l'une des
formes d'expérience intérieure les plus opposées à la
mienne. Car cette antinomie seule me permettrait de
jauger précisément les données capables, en la contre-
disant, de déterminer et de justifier peut-être, du même
coup, le moins inexactement possible, la nature et la
signification réelles de mes rapports avec la dimension
du Mystère.
C'est pourquoi, afin de mieux saisir aussi ce qui a pu
conditionner ma propre évolution religieuse, j'ai choisi
de confronter mon chemin avec celui du chrétien devenu
athée que fut Georges Bataille. Son expérience (décrite
dans l'Expérience intérieure) était en effet pour moi
d'autant plus fascinante qu'elle posait également, d'une
façon directe, la question de la possibilité d'être ou non
réellement athée. Car elle marque que si l'on peut le
devenir, rien n'assure qu'on puisse l'être originellement
malgré la pulsion naturelle qui semble universellement
orienter l'homme vers le sacré, la transcendance, l'absolu
- et par-delà elle le demeurer à l'état pur tout au long
d'une vie. Je veux dire que seul un athéisme de ce type
serait, s'il existe, authentique. Mais est-il susceptible
d'exister? Autre est l'acte de ne plus croire en « Dieu ».
Et d'autant plus distinct de l'éventualité d'un athéisme
inné qu'il s'obstine sans raison à parler de ce qui, pour
lui, n'est pas. Au lieu de garder un silence qui serait du
moins logique en l'occurrence, l'athée est peut-être, para-
doxalement, la personne qui ne réussit que le plus diffi-
p e u r d e R I E N 24 » . C e t t e p e u r n e p e u t d o n c p a s n o n p l u s

ê t r e la s o u r c e d ' u n v é r i t a b l e « r a v i s s e m e n t » e x t a t i q u e

p u i s q u e « seul u n i l l u s o i r e r é p o n d a u c r o y a n t , m a i s a u

non-croyant l' inintelligible 25 ». Ici encore, par consé-


quent, il s'agit bien d'une conduite intellectuelle et non
d'un cheminement spirituel accessible à ce qu'est la
« conscience de soi » dans l'opération de la foi religieuse
agissant comme un saut dans le Mystère. Aussi semble-
t-il en définitive n'y avoir aucun point profond véritable-
ment commun entre l'extase telle que la vivait, par
exemple, saint Jean de la Croix ou sainte Thérèse d'Avila
et celle recherchée, expérimentée et décrite par Georges
Bataille. Car on peut en effet se demander si, contrai-
rement au mystique qui semble perdre plus ou moins
conscience de ce qu'est l'extase comme de ce qu'il y vit
et n'a donc la faculté d'en parler (d'une façon d'ailleurs
uniquement allusive, symbolique et poétique, c'est-à-dire
par images hors logique et hors sens parce qu'il ne trouve
pas de mots suffisants propres à exprimer et à épuiser
le contenu de son extase) qu'une fois totalement sorti et
revenu de son « ravissement », - Bataille, quant à lui,
n'y reste pas conscient et n'en rapporte pas des impres-
sions ou des souvenirs plus ou moins précis dont il paraît
en tout cas capable de rendre compte. Rappelons-nous,
en l'occurrence, les confidences de saint Paul concernant
les « visions et révélations du Seigneur », confidences
archétypiques de l'attitude d'humilité du ravi en face
de ces « visions et révélations » : « Je connais un homme
dans le Christ qui [...] - était-ce en son corps? je ne
sais; était-ce hors de son corps? je ne sais, Dieu le sait
- [...] fut ravi jusqu'au paradis et qu'il entendit des
paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à l'homme de
redire. [...] Pour cet homme-là [...], si je voulais me
vanter, je ne serais pas fou; je ne dirais que la vérité »
(2 Co 12, 2-6).
Quoi qu'il en soit, notons aussi, finalement, que l'ex-
tasié mystique se méfie en général de l'extase comme
de ce qu'il pense y avoir rencontré, alors que Bataille -
parce qu'il s'oppose « à prendre pour souveraineté [la]
vanité » de l'être humain et « pour " immanence " divine
la menteuse supériorité de la " transcendance " » - ne
veut « rien sans la conscience » : l'inconscience étant
toujours pour lui « le gage de la servitude » et « le choix
de l'inconscient » exigeant « d'abord plus de cons-
cience 26 ». En d'autres termes, pour Bataille, « l'expé-
rience » se compose « avec la réflexion sur elle » et son
« effort [...] ne sera jamais qu'un refus d'accepter le
s o r t ». Mais il se trouve « placé de telle sorte que
l'immuable inachèvement de [son] effort ressemble à
l'inachèvement de l'humanité entière 28 ». D'où il déduit,
à juste raison, qu'en lui-même « ainsi qu'en son immen-
sité, l'humanité reprend sans relâche la contestation de
ses limites 29 ». Nous le rejoignons pleinement dans cette
manière de voir. Mais, à sa différence, nous croyons
avoir parfois le sentiment de devoir au Mystère saint
qui fonde et habite l'extase un inexplicable instant
d'achèvement de l'être ou, du moins, une continuelle
ouverture sur l'espoir d'un accomplissement toujours
possible, quoique toujours énigmatique et indétermi-
nable, de l'union véritable de la Divinité et de l'Huma-
nité.
Le M y s t è r e et l'espérance

Je conclurai de cette analyse que, quelles que soient


leurs zones de concordance ou leurs oppositions parti-
culières, leur relativité et leur subjectivité respectives,
un antagonisme fondamental subsiste finalement entre
l'« expérience mystique » telle qu'elle me semble conce-
vable à partir de ce qui me la rend vivante et l'« expé-
rience intérieure » telle que la conçoit Bataille. Cette
antinomie réside dans le fait que « se connaître soi-
même » d'une manière « souveraine » postule, pour
Bataille, la négation systématique et radicale de toute
« déité » proprement dite. Tandis que, pour ma part, je
considère que toute connaissance authentique de soi
implique au contraire la rencontre, la relation ou l'équa-
tion qui peuvent s'établir, dans le Mystère, entre ce que
je suis et la « déité » désignée, qualifiée et rendue présente
par ce qu'il est lui-même. Je ferai pourtant remarquer
que Bataille paraît hésiter encore devant son « système
athéologique » quand il se juge arrivé au point « où
s'arrête la vie, où elle s'épuise, où elle se perd [...] dans
un lointain si chargé que tout y est accablant », et quand
il doit constater qu'il n'existe pas pour lui « de mystère
plus profond, pas de plus impénétrable, alors que, cepen-
dant, nous n'avons [...] de sens que dans la mesure où
sa profondeur, tout à coup, nous demeure accessible,
ouverte 1». Ceci, parce qu'il a pu - par une « réflexion
archéologique » - parvenir « là où chaque chose qui se
révèle se fait sacrée », grâce à la recherche des « voies
suivies par les sacrifices de tous les temps » et à la
disposition, « sur ces voies, des données étendues qu'une
lucidité indifférente a p a t i e m m e n t établies 2 ».

Il s'ensuit, du moins selon moi, que tout être humain,


y compris l'athée, habité - fût-ce sans nécessité de foi
- par le sentiment du Mystère ou de l'absolu et éveillé
par lui à quelque chose de plus ou d'autre que soi seul,
devient à sa façon, en en prenant conscience, un croyant
sans Église, ni dogmes ni rites et un orant sans prière
qui néanmoins prie à travers la connaissance modifiée
qu'il a désormais de soi et la modification d'être et
d'action à laquelle cette transformation de la connais-
sance peut précisément le conduire. Autrement dit, c'est
l'appréhension (aussi rare ou brève soit-elle) d'une réalité
énigmatique, mais irréductible et indiscutable, capable
d'être à la fois simultanément immanente et transcen-
dante, qui changera sa vie. Car elle le gardera doréna-
vant, même en dehors de toute expérience mystique,
sans cesse disponible à l'impossible et à l'inconnaissable
eux-mêmes. Elle le détournera de toute négation défini-
tive en préservant en lui, jusqu'au bout de l'existence et
jusqu'au seuil de ce qui est susceptible de la dépasser,
une possibilité positive de surmonter les limites humaines,
l'angoisse ontologique et l'hypothèse du néant. En somme,
elle fera de lui le lieu vivant d'un Mystère vécu comme
un silence et une parole, une parole dans le silence et
un silence dans la parole, dont nous pouvons tout espérer.
Post-scriptum

A ce qui fait toujours, plus ou moins, de la réflexion


sur l'« expérience religieuse » une série de « points de
vue » d'ordre subjectif, je crois utile - pour être plus
complet - d'ajouter celui que voici.
Il semble en effet, si Dieu existe en tant que Mystère
et Transcendance uniques et absolus, qu'il ne soit obligé
ni de se révéler Lui-même à Lui-même ni de se faire
connaître par qui ou quoi que ce soit d'autre que Lui.
Car Il est alors l'immédiate et éternelle conscience de
Lui-même qui se suffit totalement à elle-même et n'a
donc en principe besoin ni de l'univers ni de l'humanité
pour être et se connaître. On peut, en cela, définir Dieu
comme le Rien ou le Tout parfait.
Mais en revanche, s'il nous est permis de considérer
l'univers soit comme créé soit comme existant depuis
toujours, deux ordres de conjectures s'offrent à nous par
rapport à Dieu.
Dans le premier cas, nous pouvons poser pour hypo-
thèse que l'univers est dès lors créé par plus que soi-
même : c'est-à-dire par Dieu. Ceci - selon les modalités
d'une création permanente évoluant naturellement, sans
cesse et partout, à partir d'une ou de plusieurs explosions
de la matière originelle, gratuitement façonnée par la
Divinité, pour aboutir (entre des germinations et des
entropies, des naissances et des morts cosmiques indéfi-
niment renouvelées) à un mode ou à des modes de
conscience capables de rencontrer le Mystère divin, absolu
et transcendant, et de l'expérimenter en l'énigme incom-
préhensible de sa propre présence immanente dans les
incalculables formes et images de ce que l'humanité et
les autres êtres éventuels du cosmos conçoivent comme
Dieu.
Dans le second cas, en supposant que l'univers existe
depuis toujours, le même schéma d'existence peut néan-
moins être envisagé et lui être appliqué au plan du
processus de son développement, - sauf, d'évidence, en
ce qui concerne son point de départ. Autrement dit, et
anthropologiquement parlant, on peut voir dans ces deux
hypothèses une ou des façons, pour Dieu, de se faire
(sans en avoir aucun besoin) connaître par ce qui n'est
pas Lui mais paraît cependant ne pouvoir s'accomplir
soi-même qu'en entrant librement en relation avec Lui.
De sorte qu'en ce sens il est possible de dire que Dieu
se révèle, par pure bénévolence, à l'humanité comme à
tous les êtres conscients plausiblement présents dans le
cosmos, pour donner à celle-ci et à ceux-là —grâce à la
conscience du Mystère saint par lequel tout être s'éprouve
sans cesse dépassé tout en demeurant toutefois en rapport
avec Lui - la vertu d'atteindre elle-même et eux-mêmes
(s'ils le désirent et le veulent) leur plénitude ontologique
en se « divinisant » ou en étant « divinisés » par Dieu
sans jamais cependant s'identifier entièrement à Lui.
C'est cette révélation et ce rapport que nous pouvons
désigner comme le libre amour de Dieu pour nous et,
en réponse à l'une et à l'autre, notre libre amour pour
Dieu.
Notes

Bataille et le christianisme : 1. MA, OC, II, 380. - 2. MA, OC II, 385. -


3. MA, OC, II, 386. - 4. OC, I, 561. - 5. OC, V, 462. - 6 . TR, 71. -
7. TR, 71. - 8. OC, I, 560. - 9. OC, I, 561. - 10. OC, I, 561. - II. OC,
I, 562.

Un « anthropomorphisme déchiré » : 1. OC, V, 261. - 2. OC, V, 464. -


3. OC, V, 482. - 4. OC, V, 483. - 5. OC, V, 371. - 6. OC, V, 491. -
7. OC, V, 262. - 8. OC, V, 261. - 9. OC, V, 264. - 10. OC, V, 55. -
II. OC, V, 155. - 12. OC, V, 48. - 13. OC, V, 356. - 14. OC, V, 386. -
15. OC, V, 120. - 16. OC, V, 121. - 17. OC, V, 552. - 18. OC, V, 126.
- 19. OC, V, 561. - 20. OC, V, 259. - 21. OC, V, 259. - 22. OC, V, 49.
- 23. OC, V, 48. - 24. OC, V, 282. - 25. OC, V, 282. - 26. OC, V, 350.
- 27. OC, V, 361. - 28. OC, V, 363. - 29. OC, V, 152. - 30. OC, V, 363.
- 31. OC, V, 152. - 32. OC, V, 506. - 33. OC, I, 683. - 34. OC, V, 25.

« Expérience intérieure » et « expérience mystique » : 1. OC, V, 15. - 2. OC,


V, 15. - 3. OC, V, 16. - 4. OC, V, 16. - 5. OC, V, 17. - 6. OC, V, 18.
- 7. OC, V, 69. - 8. OC, V, 19. - 9. OC, V, 19. - 10. OC, V, 20. -
11. OC, V, 21. - 12. OC, V, 21. - 13. OC, V, 22. - 14. OC, V, 218. -
15. OC, V, 255. - 16. OC, V, 220. - 17. OC, V, 428.

Le refus de la transcendance ; 1. TR, 45. - 2. TR, 30-31. - 3. TR, 59. -


4. TR, 45. - 5. TR, 46-47. - 6. TR, 14. - 7. TR, 18. - 8. TR, 20. -
9. TR, 20. - 10. TR, 47. - 11. TR, 47. - 12. TR, 48. - 13. TR, 51. -
14. TR, 93. - 15. TR, 93. - 16. TR, 94. - 17. TR, 95. - 18. TR, 95. -
19. TR, 95. - 20. TR, 96.

Le « sacrifice » : 1. TR, 58. - 2. TR, 59. - 3. TR, 59. - 4. TR, 59. - 5. TR,
60. - 6. TR, 60. - 7. TR, 60-61. - 8. TR, 61. - 9. TR, 61. - 10. TR.
61. - 11. TR, 61.

La « mort » : 1. TR, 63. - 2. TR, 63. - 3. TR, 64. - 4. TR, 65. - 5. TR,
65.

L'« intimité est la violence » : 1. TR, 66. - 2. TR, 66-67. - 3. TR, 68. -
4. TR, 68-69. - 5. TR, 69. - 6. TR, 70. - 7. TR. 70. - 8. TR, 71. -
9. TR, 72. - 10. TR, 102-103. - 11. TR, 102-103. - 12. OC, V, 155. -
13. OC, V, 155.

La « fête » : 1. TR, 72. - 2. TR, 72. - 3. TR, 72. - 4. TR, 72. - 5. TR.
73. - 6. TR, 73. - 7. TR, 73. - 8. TR, 74. - 9. TR, 74. - 10. TR, 74.
- 11. TR, 74. - 12. TR, 75. - 13. TR, 76. - 14. TR, 76. - 15. TR, 76.
- 16. TR, 55. - 17. TR, 55. - 18. TR. 55. - 19. TR, 55-56. - 20. TR,
56-57. - 21. TR, 55-56.

« Conscience claire » et « conscience obscure » : 1. TR, 77. - 2. TR, 77. -


3. TR, 77. - 4. TR, 77. - 5. TR, 77. - 6. TR, 77.

« théorie » - non une « spiritualité » : 1. TR, 77. - 2. TR, 78.

La « science » : 1. TR, 4 1 . - 2 . TR, 43. - 3. TR, 124. - 4. TR, 122. -


5. TR, 124. - 6. TR, 124. - 7. TR, 128-129. - 8. TR, 125. - 9. TR 125
- 10. TR, 125. - 11. TR, 126. - 12. TR, 126. - 13. TR, 126. - 14. TR,
126. - 15. TR, 126-127. - 16. TR, 127. - 17. TR, 127. - 18. TR, 1 2 7 .

L'« homme et le monde réels » : 1. TR, 127. - 2. TR, 127. - 3. TR, 127-
128. - 4. TR, 128. - 5. TR, 128. - 6. TR, 129. - 7. TR, 129. - 8. TR,
129. - 9. TR, 129-130. - 10. TR, 130. - 11. TR, 130. - 12. TR, 131. -
13. TR, 131. -14. TR, 131-132. - 15. TR, 132. - 16. TR, 132. - 17 TR,
132. - 18. TR, 132. - 19. TR, 132. - 20. TR, 132.

L'« instant intime » : 1. TR, 133. - 2. TR, 135. - 3. TR, 135-136. - 4. TR,
136. - 5. TR, 136. - 6. TR, 137.

La « religion » : 1. TR, 141. - 2. TR, 141. - 3. TR, 142. - 4. TR 142. -


5. TR, 142.

La « conscience souveraine » : 1. TR, 142. - 2. TR, 142. - 3. TR, 142. -


4. TR, 142-143. - 5. TR, 143. - 6. TR, 143. - 7. TR, 143.

Le Mystère du Mystère : 1. OC, V, 10. - 2. OC, V, 11. - 3. OC, V, 11.

La « joie suppliciante » : 1. OC, V, 340. - 2. OC, V, 11. - 3. OC, V 119.


- 4. OC, V, 422. - 5. OC, V, 425. - 6. OC, V, 66. - 7. OC V, 67. -
8. OC, V, 68.

Le « possible » et l'« impossible » : 1. OC, V, 346. - 2. OC, V, 348. - 3. OC,


V, 333. - 4. OC, V, 45. - 5. OC, V, 45. - 6. OC, V, 45-46. - 7. OC V,
46. - 8. OC, V, 47. - 9. OC, V, 66.

Le « désir de désirer » : 1. OC, V, 388. - 2. OC, V, 396. - 3. OC, V, 397.


- 4. OC, V, 402. - 5. OC, V, 260. - 6. OC, V, 260. - 7. OC, V, 260. -
8. OC, V, 98. - 9. OC, V, 529. - 10. OC, V, 544.

L'« apparence du divin » : 1. TR, 97. - 2. TR, 97. - 3. TR, 98. - 4. TR,
98. - 5. OC, V, 98. - 6. OC, V, 98-99. - 7. TR, 99. - 8. TR, 99. - 9. TR,
99-100. - 10. TR, 100. - 11. TR, 100. - 12. TR, 100. - 13. TR, 100
L'« ordre intime » et l'« ordre des choses » : 1. TR, 100. - 2. TR, 100-101.
- 3. TR, 101. - 4. TR, 101. - 5. TR, 101. - 6. TR, 102. - 7. TR, 102.
- 8. TR, 102. - 9. TR, 103. - 10. TR, 103. - 11. OC, V, 352.

La « médiation » : 1. TR, 108. - 2. TR, 108. - 3. TR, 108. - 4. TR. 108-


109. - 5. TR, 109-110. - 6. TR, 110. - 7 . TR, 110-111. - 8. TR, 111. -
9. TR, 111-112. - 10. TR, 112. - 11. TR, 112. - 12. TR, 112. - 13. TR,
112. - 14. T R 112-113. - 15. TR, 115. - 16. TR, 115-116. - 17. TR,
116. - 17. TR, 116. - 18. TR, 116. - 19. TR, 116. - 20. OC. V, 485.

Le « rire » et la « nuit » : 1. OC, V, 177. - 2. OC, V, 214. - 3. OC, V, 320.


- 4. OC, V, 551. - 5. OC, V, 130. - 6. OC, V, 326. - 7. OC, V, 265. -
8. OC, V, 253. - 9. OC, V, 387. - 10. OC, V, 326. - 11. OC, V, 326.

La « chance » : 1. OC, V, 551-552. - 2. OC, V, 551. - 3. OC, V, 552. -


4. OC, V, 326-327. - 5. OC, V, 290. - 6. OC, V, 170. - 7. OC, V, 398.

Le 577.
« vide
- 4.» et
OC,l'«V,amour
577. -» ;5. 1.OC,
OC,V,V,577.
411. - 2.
- 6. OC,OC, V, 577. -- 3.7. OC,
V, 577-578. OC, V,
578. - 8. OC, V, 402. - 9. OC, V, 405. - 10. OC, V, 138. - 11. OC , V ,
575.

L'« ascèse » : 1. OC, V, 27. - 2. OC, V, 41-42. - 3. OC, V, 34. - 4. OC, V,


41. - 5. OC, V, 35. - 6. OC, V, 36. - 7. OC, V, 40. - 8. OC, V, 40.

La « mise en question », l'« échec » et le « néant » : 1. OC, V, 333. - 2. OC


V, 333 et 338. - 3. OC, V, 373. - 4. OC, V, 348-349. - 5. OC, V, 176. -

-6. 10.
OC,OC,
V, V,
176.409.
- 7.- 11.
OC, OC,
V, 570-571.
V, 576. -- 12.
8. OC,
OC, V,
V, 407. - 9. - OC
576-577. 13. VOC,V409.
,
576. - 14. OC, V, 120. - 15. OC, V, 218. - 16. OC, V, 474. - 17. OC
V, 499. - 18. OC, V, 493. - 19. OC, V, 278. - 20. OC, V, 522.

LaV,« conscience de soi


490. - 4. OC, V,» 491.
et l'«- extase
5. OC,» :V,1. 261.
TR, -77.
6. - OC,
2. OC V, 490.
V, 261. - 7- O
3,C,V,OC,
261. - 8. OC, V, 511. - 9. OC, V, 274. - 10. OC, V, 269. - 11. TR, 143.
- 12. OC, V, 21. - 13. OC, V, 282. - 14. OC, V, 562. - 15. OC, V, 278.
- 16. OC, V, 37. - 17. OC, V, 321. - 18. OC, V, 386. - 19. OC V, 427.
- 20. OC, V, 262. - 21. OC, V, 205. - 22. OC, V, 176. - 23. OC, V, 240.
- 24. OC, V, 240. - 25. OC, V, 248. - 26. OC, V, 492. - 27. OC, V, 492.
- 28. OC, V, 492. - 29. OC, V, 492.

Le Mystère et l'espérance : 1. OC, V, 442. - 2. OC, V, 442.


C E T O U V R A G E A ÉTÉ C O M P O S É ET A C H E V É D ' I M P R I M E R
PAR L ' I M P R I M E R I E F L O C H À M A Y E N N E
D É P Ô T L É G A L : F É V R I E R 1 9 8 7 . N° 9 5 2 3 ( 2 4 8 7 6 )