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Abigail

Barnette

THE STRANGER

POUVOIRS D’ATTRACTION – 0.5


Traduit de l’anglais (États-Unis) par Élodie Coello

MILADY ROMANTICA
Chapitre premier

À l’aéroport de Los Angeles, je traversai le terminal d’un bon pas. J’avais les
nerfs à vif, tiraillée entre l’excitation et l’appréhension. Et si je loupais ma
correspondance ? C’était la première fois que je prenais l’avion.
Si tu finis coincée à Los Angeles, ta mère ne te le pardonnera jamais.
Sans compter qu’elle me croyait à l’autre bout du pays. Pour elle, je venais
d’atterrir à New York, elle attendait mon coup de fil.
Je déglutis pour dissiper l’angoisse qui me nouait la gorge, oscillant entre la
crainte de manquer mon avion et celle de briser le cœur de ma pauvre mère.
Elle va se faire un sang d’encre, c’est sûr.
Je n’aimais pas l’idée de faire de la peine à maman. C’était déjà assez
difficile pour elle de me voir partir à New York. Alors Tokyo, n’en parlons pas.
Tu n’as pas besoin de son approbation, Sophie. Tu es une adulte.
Quoique, je me sentais gamine à traverser l’aéroport au pas de course, le
souffle court et les larmes aux yeux.
Un immense écran indiquait les horaires de tous les vols, j’y marquai un arrêt.
En parcourant la liste des destinations, mon regard se posa sur « NEW YORK »,
qui s’affichait en capitales d’imprimerie, m’accusant silencieusement.
J’étais pourtant sûre de moi dans l’avion pour Los Angeles. Bon, je n’avais
pas vraiment le choix ; ce n’était pas à onze mille mètres d’altitude que j’allais
changer d’avis. Et puis, j’étais convaincue que la fuite était ma meilleure option.
Ce n’est pas une fuite, me corrigea la voix de ma raison. C’est prendre ton
avenir en main.
Prendre mon avenir en main, voilà qui m’avait paru facile quand je ne pouvais
pas faire marche arrière. Mais là, j’étais dans un aéroport. Je pouvais toujours
débourser toutes mes économies dans l’achat d’un billet retour pour New York et
commencer la vie que j’étais censée mener là-bas.
Mais la fac me faisait peur. C’était tellement… définitif. Une fois à
l’université, je ferais officiellement une croix sur ma jeunesse insouciante. Après
le diplôme, le boulot, et après le boulot, le mariage, puis la ribambelle de gosses.
Je n’étais même pas certaine d’avoir envie de cette vie-là. Quelques semaines
auparavant, je demandais encore la permission d’aller aux toilettes.
Ah, voilà : « TOKYO », en bas de l’écran. Je pris une profonde inspiration et
gravai le numéro de la porte d’embarquement dans ma mémoire. J’avais déjà
dépensé l’argent de mes études dans ce billet. Pas le choix. Cet avion, je devais le
prendre. Le reste, j’y réfléchirais une fois sur place.
Comment vivre dans une grande ville, par exemple. J’étais partie en Espagne
à l’occasion d’un voyage scolaire, et l’on nous avait laissés parcourir Madrid
librement à la condition de ne pas rester seul. Entre faire les magasins ou manger
au restaurant, et trouver un appartement ou ouvrir un compte bancaire, ce n’était
pas la même histoire. En plus, à l’époque, je parlais un peu l’espagnol. Or, tout ce
que je connaissais en japonais, c’était arigato et kawaii.
Mais bon, l’immersion totale me permettrait d’apprendre la langue en un rien
de temps. Pas vrai ?
En face de « TOKYO », il était écrit en lettres rouge vif que le vol était
retardé.
Inspire, expire…
Ma mère avait-elle déjà envoyé les flics à mes trousses ? D’un pas moins
pressé, je pris la direction de la porte d’embarquement. En chemin, je croisai
d’innombrables boutiques et restaurants. On m’en avait parlé, mais la réalité
dépassait de loin ce que j’avais imaginé. Quand je pense que j’avais vécu presque
toute ma vie dans une ville trop petite pour accueillir un supermarché. Un monde
nouveau s’ouvrait à moi.
De quoi me convaincre que ce vol pour le Japon était la meilleure chose qui
puisse m’arriver.
En avisant les sièges vides à la porte d’embarquement pour Tokyo, je devinai
que les autres passagers avaient été informés du retard avant moi. Je détaillai les
quelques personnes assises là. Un homme et son épouse d’une cinquantaine
d’années se lançaient des regards affligés, comme s’ils allaient signer les papiers
du divorce dans l’avion et encadraient le siège qu’occupait un préadolescent aux
oreilles bouchées par des écouteurs, son iPod dans les mains. Une femme âgée
feuilletait mollement un magazine. Un type blond avec une barbe et des
dreadlocks dormait au pied des fenêtres, à travers lesquelles on ne voyait aucun
avion prêt à l’embarquement. Je me laissai tomber dans un siège et ouvris ma
valise à roulettes dont je sortis un magazine. J’étais incapable de le lire – je ne
parle toujours pas le japonais –, mais j’étais capable d’examiner les photos des
vêtements pendant des heures.
C’était pour la mode que j’avais d’abord choisi New York, mais quel que soit
mon diplôme, je ne pensais pas posséder un jour ma propre marque. Mes carnets
de dessins étaient remplis de croquis d’une banalité sans nom. Bien sûr, ma mère
était fière de mon coup de crayon et répétait inlassablement que nous sommes nos
plus sévères critiques. Mais, malgré son acharnement, je m’intéressais plus aux
inventions des autres créateurs qu’aux miennes. Le Japon était peuplé d’artistes
fascinants. Si je finissais serveuse là-bas jusqu’à la fin de mes jours, tant pis,
pourvu que je me rapproche de ce noyau florissant d’inspirations. De toute
manière, je n’aurais jamais assez de talent pour rejoindre un tel vivier.
— Tu ne peux vraiment joindre personne ?
Je levai brusquement les yeux vers les rangées de sièges qui m’entouraient.
Quelqu’un avait la voix de James Bond. Après tout, cet aéroport n’était-il pas
censé regorger de célébrités ? Et si cet homme était connu ? Les stars prenaient-
elles les avions publics comme nous autres simples mortels ?
Comment avais-je pu le manquer tout à l’heure ? Il était assis juste en face de
moi, deux rangs plus loin. S’il était célèbre, je ne le reconnaissais pas. En
revanche, son sex-appeal me sautait aux yeux. Ses cheveux étaient mi-bruns, mi-
blonds, coupés court et ébouriffés par la main qu’il venait d’y plonger. Il avait le
nez droit et la mâchoire carrée d’un acteur hollywoodien des années 1950. Son
coude était replié devant son torse, comme s’il croisait les bras, sauf qu’il tenait
un BlackBerry qui paraissait minuscule dans sa paume. Pas de doute, il était plus
vieux que moi. Du genre adulte mature. Je le soupçonnais même d’être presque de
la génération de ma mère, ce qui aurait pu m’écœurer, mais j’avais eu tellement
de béguins pour des hommes plus âgés que cela ne me choquait plus du tout.
Physiquement, il n’était pas mal. Mais sa voix…
Cet homme que je voyais pour la première fois de ma vie était l’incarnation
parfaite du colonel Brandon que je m’étais imaginé à la lecture de Raison et
Sentiments. Son accent britannique ampoulé donnait une touche sexy au moindre
de ses jurons.
— Ça ne répond pas ? Et Jameson, tu as essayé ?
Une pause. Il remua sur son siège et leva les yeux au plafond, clairement
agacé.
— Écoute, ça part chez l’imprimeur… Oui, je sais. Mais c’est la toute
dernière…
Son regard croisa le mien. Je sursautai. Il avait forcément remarqué que je
l’observais.
Les joues écarlates, je détournai vivement la tête. Avec mon vieux tee-shirt et
ma queue de cheval en bataille, fraîchement débarquée d’un long-courrier, je le
scrutais comme s’il n’y avait rien de plus naturel au monde. J’avais le front gras
et je n’avais même pas pris la peine d’enfiler un soutien-gorge. Je ne ressemblais
à rien.
Si ce type avait la voix de James Bond, il n’en avait pas l’habit. Il portait une
chemise en daim bleu clair, ouverte sur un tee-shirt gris, comme il porterait un
vêtement de grand couturier.
— Rappelle-moi quand tu auras du concret. D’accord. Oui, d’accord.
Quand il raccrocha, je ne pus réprimer un regard en biais. Il se passait
continuellement les doigts dans les cheveux, signe d’une frustration intolérable.
Il n’était pas d’humeur à se sentir observé. Visiblement, il traversait une rude
épreuve.
Je retournai à la lecture de mon magazine, mais il me parut moins captivant
que ce bel inconnu. Mes yeux étaient rivés sur lui. Une histoire complexe se
déroulait peu à peu dans mon esprit. Je me voyais l’approcher. Lui, accepter mes
avances. Moi, jouant les mijaurées faussement pudiques, comme celles qui
séduisent le héros dans les films. Lui et moi, tripotant nos corps lascifs dans les
toilettes de l’avion pour la partie de jambes en l’air la plus torride de notre vie
entière, et sans lendemain.
Évidemment, rien de tout cela n’était au programme.
Son regard croisa à nouveau le mien. Il plissa à peine les paupières, comme
pour se rappeler d’où nous nous connaissions. Ma gorge se serra. Je n’arrivais
plus à respirer.
J’essayai de tourner la tête afin de ne pas passer pour une obsédée, mais ce fut
plus fort que moi.
Il sait.
Son sourire en coin était la preuve qu’il lisait dans mes pensées cochonnes.
Zut ! Et maintenant, que faire ? Il devait croire que j’avais envie de lui.
Certes, il aurait raison, mais uniquement dans mon imagination. Dans ce monde
parallèle où se réfugient les gamines de dix-huit dans mon genre.
Parfaitement, dix-huit ans. Tu es adulte, ma vieille !
Je pouvais donc draguer qui je voulais, le premier venu dans un aéroport si ça
me chantait. Mon James Bond n’avait pas l’air dangereux pour un sou.
L’avertissement de ma mère résonna dans mon cerveau : Ted Bundy était
charmant, lui aussi. Méfie-toi, Sophie.
Cet argument avait ponctué son discours sur les fortes probabilités que je
finisse assassinée dans une ruelle sombre de New York. On m’avait rabâché
pendant des années de ne jamais parler aux inconnus. Mais à présent, j’étais
seule, propulsée dans le monde réel. Des inconnus, il y en avait partout autour de
moi. Étais-je censée ne parler à personne ?
J’esquissai un sourire timide. Sans me presser, je rangeai mon magazine dans
ma valise, que je refermai.
Puis je me levai et marchai droit vers cet homme.
Des fourmis me chatouillaient la plante des pieds. J’avais les mains moites. Si
mes tétons ne pointaient pas encore, ils réagirent au regard que l’inconnu leva
vers moi. Confiant, il attendit que je parle la première.
Ce vert profond… Je m’y serais volontiers noyée.
Mes pensées ralentirent jusqu’au point de patinage. Et maintenant ? Je devais
trouver une phrase d’accroche.
— C’est votre premier voyage à Tokyo ?
Bof. Peut mieux faire.
Si j’avais pu me transformer en petite souris, je l’aurais fait sans hésiter.
Quelle pitoyable entrée en matière ! La commissure de ses lèvres se retroussa,
moqueuse. Sa bouche était magnifique. Parfaite.
— Non, mais je parie que pour vous, oui.
Se payait-il ma tête ? Si c’était le cas, tordue comme j’étais, je n’arrivais pas
à me vexer. Il me remarquait ne serait-ce qu’un instant, c’était l’essentiel. Il n’en
fallait pas plus pour me donner des frissons partout.
Des garçons de mon âge qui me plaisaient, il y en avait pléthore. Mais c’était
la première fois pour moi qu’un homme dégageait une aura aussi intense.
— Alors, hum… Vous venez d’Angleterre ? Dans ce coin-là ?
Oh, misère…
J’étais à deux doigts de mourir de honte.
— Non, je prends uniquement cet accent pour draguer les femmes dans les
aéroports.
Il désigna la place libre à côté de lui d’un hochement de tête, mais je préférai
m’asseoir un siège plus loin.
— J’ai été idiote, n’est-ce pas ? lançai-je en éclatant d’un rire forcé pour
dissimuler ma gêne. Je parie que vous n’aimez pas les idiotes.
— C’est vrai, je n’aime pas les idiotes, s’amusa-t-il.
Je lui tendis ma main.
— Je m’appelle Sophie.
— Leif.
Lorsqu’il referma ses doigts sur les miens, un frisson me parcourut la colonne
vertébrale. Pourvu que ce soit discret.
Leif.
Un prénom intéressant. Était-ce un pseudonyme réservé aux femmes qu’il
draguait dans les aéroports ? Pour l’instant, c’était un détail sans importance.
— Qu’est-ce qui m’a trahie ? m’enquis-je en attirant ma valise devant moi.
— Pardon ?
— Qu’est-ce qui vous fait croire que c’est mon premier voyage à Tokyo ? Je
n’ai pas la tenue appropriée pour un long-courrier ?
Je désignai mon allure d’un geste vague que son regard suivit… pour s’arrêter
sur mes seins. Pas de doute, mes tétons se dessinaient sous mon tee-shirt.
— Si, vous êtes très bien.
Une réplique juste assez naturelle pour passer inaperçue.
— Alors qu’est-ce qui vous laisse penser que je ne suis encore jamais allée à
Tokyo ?
C’était bizarre. Là d’où je venais, quand un mec nous plaisait, il fallait
chercher son regard dans les couloirs du lycée et, parfois, espérer que nos
copains lui disent qu’on avait le béguin pour lui. Mais tout ça, c’était fini. À
présent, je pouvais aborder qui je voulais et sans fausse prétention. Ma foi,
j’allais vite m’y habituer. Moi qui avais toujours été trop franche, attendre que les
mecs fassent le premier pas m’avait toujours barbée.
— Du haut de vos vingt ou vingt et un ans, ça vous arrive souvent d’aborder
les inconnus pour leur parler de votre destination ?
Je fis la moue.
— Vous me prenez pour une espionne ? Vous avez peur que je vole vos astuces
de grand voyageur au détour d’une banale conversation ?
— Ce que je crois, c’est que vous venez de quitter le cocon familial pour la
première fois.
Sa voix était moins séductrice et plus… profonde.
— Dans ce cas, heureusement que je vous ai rencontré, pas vrai ? Vous qui
êtes si sage et expérimenté.
Je ponctuai mon discours d’un battement de cils exagéré.
Son sourire s’effaça. Il baissa les yeux.
— Pardonnez-moi, je… Je ne devrais pas faire ça.
Zut ! J’étais bien trop naze pour jouer à ce jeu-là avec un homme comme lui.
— Vous êtes très jeune, reprit-il.
— J’ai vingt-cinq ans.
Un mensonge qui s’imposa tout naturellement. J’allais devoir me confesser
pour me le faire pardonner. Au fond, j’espérais même accumuler un tas de raisons
qui justifieraient une longue séance au confessionnal.
Il fronça les sourcils. Me croyait-il vraiment ? Ou préférait-il faire semblant
de me croire ? Quoi qu’il en soit, la partie n’était pas terminée.
Il précisa tout de même :
— J’en ai quarante-deux.
Quarante-deux ? Mais bon sang, il était vieux ! Quoi que… Brad Pitt n’avait-il
pas plus de quarante balais lui aussi ?
Je haussai les épaules en tentant de dissimuler ma surprise.
— Je vous aurais donné trente-cinq ans.
— C’est très généreux de votre part, ironisa-t-il.
— On discute, hein, c’est tout, dis-je d’un air innocent.
Il n’allait pas me laisser m’en sortir à si bon compte.
— Et on flirte sans vergogne.
— Oui, bon, peut-être, admis-je. Mais vous êtes plutôt sexy et… (Je vérifiai
une seconde fois pour ne pas dire de bêtises.) Je ne vois pas d’alliance à votre
doigt.
— Je vous rappelle qu’on ne fait que discuter. Il n’y a rien de… déplacé.
Mon Dieu, cet accent !
— Pas encore.
Pour qui me prenais-je ?
— Je dois l’avouer, je ne suis pas dans mon élément. Aucune femme n’a
jamais été aussi directe avec moi.
Avant que je ne puisse être vexée, il précisa :
— Comprenez par là que, d’habitude, c’est moi qui occupe votre position.
Je m’humectai les lèvres.
— De quelle position voulez-vous parler ?
Le grand retour de son sourire en coin.
— Nous discuterons de positions plus tard, si vous le permettez. Ce que je
voulais dire, c’est que généralement, c’est moi qui prends les devants.
— Excusez-moi, je ne voulais pas marcher sur vos plates-bandes.
Comme je faisais mine de me lever, il s’empressa de me rassurer :
— Non, non, ce n’est rien.
Il comprit alors que je plaisantais et baissa les yeux sur ses mains, gêné.
— Vous m’avez bien eu.
Son téléphone sonna.
— Pardonnez-moi, mais je dois décrocher. Ne bougez pas, ajouta-t-il d’un ton
presque suppliant avant de porter l’appareil à son oreille. Alors, du nouveau ?
Mal à l’aise, j’attendis qu’il termine sa conversation. Cette pause me fit
prendre du recul sur la situation.
À quoi tu joues, ma vieille ? Qu’est-ce que tu cherches ?
Nous aurions des heures à passer ensemble dans les airs. Allions-nous nous
peloter dans les toilettes comme je l’avais imaginé ? Dans l’avion pour Tokyo ?
Ne t’avance pas trop. Tu n’as rien à te prouver.
Je m’amusais suffisamment à discuter avec lui. Si ça n’allait pas plus loin,
j’en ressortirais au moins avec un bon sujet de fantasme pour mes nuits solitaires.
Mais me satisferais-je d’un simple flirt passager ? Ne risquais-je pas de le
regretter toute ma vie si je repartais de cette rencontre sans avoir saisi ma
chance ?
Bien entendu, le point de vue de Leif pèserait aussi dans la balance. S’il
n’était pas intéressé, le problème serait vite réglé. Mais ses coups d’œil
récurrents sur ma poitrine me laissaient penser qu’il n’était pas indifférent.
— Non. Apparemment, ce ne sera pas avant 9 heures, marmonna-t-il en
regardant sa montre. Tu es sûr que personne n’est disponible ?
J’essayais de ne pas l’écouter, mais assise à côté de lui, je n’avais pas trente-
six solutions. Lorsqu’il raccrocha, il s’empressa de s’excuser.
— Désolé. C’était… le bureau.
— Vous êtes en voyage d’affaires ? Attendez… vous avez dit 9 heures ? Vous
parliez de notre vol ?
— Oui, l’avion est cloué au sol pour la nuit, soupira-t-il en tapotant son
Blackberry sur son genou. Ma secrétaire me tiendra informé, mais pour l’instant,
elle n’en sait pas plus que le personnel de l’aéroport. Bon sang, je déteste les vols
commerciaux.
Je ne savais pas ce qu’il entendait par vols « commerciaux», mais
j’acquiesçai pour dissimuler mon ignorance.
En me tournant, je vis deux hôtesses de l’air derrière le comptoir de notre
porte d’embarquement. Visiblement, leur conversation était animée. L’une d’elles
décrocha le téléphone.
— Leur travail n’a pas l’air de tout repos, fis-je remarquer.
— Certains préfèrent travailler sous pression. Ou en tout cas, dans la limite du
raisonnable, si les circonstances le permettent.
Manifestement, il parlait en connaissance de cause.
— Et là, les circonstances le permettent ?
Il secoua la tête.
— Non, pas du tout. C’est très stressant.
Comme il n’en disait pas plus, je posai la question qui me brûlait les lèvres :
— Que faites-vous dans la vie ?
Leif se racla la gorge.
— Je travaille pour un magazine. Le Journal de l’Auto, vous connaissez ?
Je fis signe que non.
— Je n’y connais rien en voitures. C’est connu ?
— Oui, nous sommes fiers de son rayonnement sur le marché.
On le croirait en pleine réunion de conseil.
— Alors vous êtes rédacteur en chef, ou…
— Journaliste, m’interrompit-il vivement. Je ne suis que journaliste.
Un journaliste ? Tiens, il titillait ma curiosité. Le journalisme ? Pourquoi pas.
Non pas dans le domaine automobile bien sûr, mais dans la mode…
Seulement, pour faire ce travail, il me faudrait vivre à New York. À Tokyo,
personne n’aurait l’idée d’embaucher une nana qui ne parle pas un mot de
japonais.
— Nous avons du temps devant nous, dit Leif. Que diriez-vous d’aller manger
un morceau avec moi ?
— Avec plaisir, répondis-je aussitôt.
Voilà que j’ignorais un autre conseil de ma mère : Ne mange jamais à
l’aéroport, c’est trop cher.
Ainsi que : Ne pars jamais avec un inconnu.
Pour tomber sur l’un des rares tueurs en série en activité, il faudrait vraiment
avoir la poisse.
Silencieux, nous marchâmes un moment en quête d’un restaurant. Le doute en
profita pour s’insinuer sournoisement dans mon esprit.
Si tu finis dans son lit, es-tu sûre de pouvoir l’assumer ?
Je n’étais pas vierge, j’avais couché deux fois. Mais, pour être franche, je
n’en gardais pas un souvenir impérissable. Et moi qui pensais tout le temps au
sexe, quelle déception ! J’avais envie d’aimer ça, mais jusqu’à présent, la réalité
n’avait pas été à la hauteur de mes attentes. Rien à voir avec ce qu’en disent les
bouquins ou Cosmopolitan. Pour moi, ç’avait été gênant, douloureux et brouillon.
Je refusais de croire que c’était une constante, sinon les gens n’en feraient pas tout
un fromage. Tout portait à croire que cet homme-là avait bien plus d’expérience
que les adolescents de seize et dix-sept ans que j’avais côtoyés, mais avais-je
vraiment envie de revivre ça ? Toute seule, je me débrouillais très bien aussi. Et
puis, rien ne prouvait qu’il ferait mieux que mes précédentes conquêtes.
Vous ne faites que dîner, me rappelai-je. Vous ne signez pas une promesse de
baise.
Je ne reconnus pas le nom du restaurant. Ce n’était ni une chaîne, ni un fast-
food, ce qui faisait monter d’un cran le romantisme de la situation. Mon
portefeuille pleurait d’avance, mais je n’allais pas faire comme si j’entrais en
terre inconnue. La décoration de bois sombre et la lumière tamisée contrastaient
avec les immenses fenêtres qui laissaient filtrer le crépuscule californien.
— Tous les avions arrivent et repartent, fis-je remarquer tandis que la
serveuse nous guidait jusqu’à notre table. Tous, sauf le nôtre.
— En effet. Le nôtre a un « problème mécanique », récita Leif, visiblement
las. Ce qui ne fait qu’aggraver ma phobie.
— Vous avez peur de l’avion ? m’enquis-je, marquant une pause pour
remercier la serveuse.
— Je déteste prendre l’avion, rectifia-t-il. À moins d’être en bonne
compagnie.
Sur ce, il me décocha un clin d’œil par-dessus la carte des menus.
La serveuse nous énuméra la liste des plats du jour, puis nous proposa un
apéritif.
— Un verre de whisky sec avec une Heineken, commanda aussitôt Leif.
— Avec ça, pas de doute, vous ne vous apercevrez même pas qu’on a décollé,
m’amusai-je. Un Coca Light pour moi, s’il vous plaît.
Quand elle fut repartie, Leif me demanda :
— Et vous, l’avion ne vous fait rien ?
Je secouai la tête.
— Non. Nous avons plus de chances de mourir d’un accident de voiture que
d’un accident d’avion.
— Certes, mais l’un des deux est plus près du sol, argumenta-t-il, puis il
parcourut le menu avant de le refermer et de le poser sur un coin de la table.
— Et vous, Sophie. Quelle est la raison de votre voyage à Tokyo ?
— Je ne vous l’ai pas déjà donnée ?
Et zut ! J’aurais dû y songer. Ce n’était pas en répondant : « Je fuis la fac et les
responsabilités » que j’allais le mettre dans mon lit. De plus, cela prouverait que
je venais de tricher sur mon âge. Comme je n’avais pas le temps d’élaborer un
nouveau mensonge, je m’en tins à une version améliorée de la vérité.
— Je fais une pause entre ma licence et mon master pour découvrir le monde.
— Un master ? répéta-t-il, impressionné. Dans quelle branche ?
Bonne question. Je répondis sans réfléchir.
— En littérature américaine.
Une discipline dont je ne connaissais strictement rien.
Très bon choix, Sophie.
— Vraiment ? Quel est votre auteur favori ?
Le sujet avait l’air de l’intéresser. C’était bien ma veine.
— William Faulkner, répondis-je, comme c’était le premier nom qui me venait
à l’esprit. Vous connaissez Tandis que j’agonise ?
— J’avoue ne pas l’avoir lu, marmonna-t-il, embarrassé. Mais ce bouquin
n’est-il pas un peu… hermétique ?
— Tous les livres peuvent être qualifiés d’hermétiques, affirmai-je en
m’efforçant de cacher mon malaise.
Puis je tentai de changer de sujet.
— Je peux être franche avec vous ?
Non, tu ne peux pas, tu as déjà raconté trop de salades.
Je ne le fus donc qu’à moitié.
— En réalité, ce voyage est un peu une fuite. Je suis censée atterrir à New
York à l’heure qu’il est pour effectuer ma rentrée à la fac, mais j’ai paniqué.
Alors j’ai changé mon billet et je m’enfuis à Tokyo pour un temps.
— Vous avez pris cette décision aujourd’hui ? s’exclama Leif. Et comment
comptez-vous vous y prendre, une fois sur place ?
Je haussai les épaules.
— Je ne sais pas. J’imagine que je chercherai un job en tant que professeur
d’anglais.
— Là-bas, ils apprennent tous cette langue à l’école, dit-il doucement, comme
pour me donner un conseil sans vouloir se mêler de ce qui ne le regardait pas.
Une sorte de réflexe paternel. Je me demandais s’il avait des enfants.
Dans ce cas, je ne voulais rien savoir d’eux. Ce n’était pas ce qui
m’intéressait chez lui.
— Je trouverai bien quelque chose, répondis-je sur le même ton pour qu’il
comprenne que, effectivement, ça ne le regardait pas.
— Nihongo ga hanasemasu ka ?
Oups.
— Je ne parle pas japonais, soupirai-je d’un air désolé.
— Ah. Je ne suis pas plus avancé, puisque je vous ai en effet demandé si vous
parliez japonais.
— Parfait. Comme ça, le mystère reste entier.
— Le mystère, c’est surfait, affirma Leif, puis il baissa d’un ton et me regarda
fixement de son regard vert et pénétrant. Au contraire, j’aimerais apprendre à
mieux vous connaître.
J’en eus froid dans le dos. Pas dans le sens où je craignais d’avoir affaire à un
tueur en série, mais plutôt parce que ce flirt se dirigeait définitivement vers un
horizon sexuel.
La serveuse apporta nos boissons et proposa de prendre notre commande, une
belle rupture dans la magie de cet instant. Je baissai les yeux sur ma carte, le cœur
lancé à cent à l’heure.
Une fois la jeune femme repartie, je me trouvai incapable de croiser le regard
de Leif. Je ne me souvenais même plus du plat que j’avais choisi.
— Et vous ? Est-ce que vous avez des passions ? demandai-je en tripotant ma
paille.
— Eh bien, rien d’aussi fascinant que d’étudier Faulkner.
Sa taquinerie détendit l’atmosphère. Je retrouvai la force de le regarder dans
les yeux. Il poursuivit.
— Mais j’aime beaucoup la lecture. J’aime passer du temps avec mes amis.
Et, bien sûr, je suis intéressé par les voitures.
— Les voitures de course ?
— Évidemment.
— Autre chose ? insistai-je.
— Oui, mais gardons cela pour nourrir le mystère, comme vous dites.
Il ponctua sa phrase d’un sourire en coin.
Son téléphone sonna, à sa grande déception.
— Je suis… Je vous jure que je suis rarement aussi impoli. Seulement, mes
collègues cherchent une solution pour cet avion…
— Ce n’est rien, le rassurai-je d’un geste évasif.
Et s’il prenait un autre vol ? Tout serait terminé, pas vrai ? Ce serait
décevant… En même temps, j’ignorais comment évoluerait ce flirt douteux. Je
n’étais pas sûre d’avoir envie d’aller trop loin.
Il décrocha.
— Allô ?… Pardon ?
Une annonce dans les haut-parleurs de l’aéroport invitait tous les passagers
d’un vol à se rendre à la porte d’embarquement. Je sortis mon billet et vérifiai le
numéro de mon avion. C’était bien le nôtre.
Je sens que je vais m’envoyer en l’air… dans les airs.
— Évidemment, mais pour ça, il faudrait atterrir aujourd’hui sans faute, se
lamenta Leif en secouant la tête. Fais tout ce que tu peux pour repousser le rendez-
vous. Quitte à employer les grands moyens.
Quand il eut raccroché, je l’informai :
— On nous appelle à la porte d’embarquement.
Il posa son téléphone sur la table.
— Je sais, pour nous annoncer que le vol est annulé.
— Quoi !
Annulé ? Ils n’ont pas le droit !
Je ne voulais pas rester coincée à Los Angeles. Je sentais monter la panique,
mes yeux piquaient.
Les filles de vingt-cinq ans ne pleurent pas, les filles de vingt-cinq ans ne
pleurent pas…
— D’abord, un problème technique, maintenant une tempête, soupira-t-il. Je
suppose que nous allons devoir abandonner notre repas et rejoindre la porte
d’embarquement.
— Oui, nous n’avons pas vraiment le choix.
Mince, j’aurais volontiers dîné avec lui.
Il se leva et échangea deux mots avec la serveuse, lui glissant quelques billets
dans la main. Pour payer nos plats ? Alors que nous n’avions rien mangé ?
Comme il me faisait signe de le suivre, je lui emboîtai le pas avec l’impression
de partir comme une voleuse.
Une file de passagers s’était formée au comptoir de notre porte
d’embarquement.
— Un bon de cent dollars ? Il n’y a même pas de quoi payer une chambre
d’hôtel ! grondait un homme au début de la file. Je veux être remboursé !
Un bon pour dormir à l’hôtel ? En aurais-je besoin, moi aussi ? Les hôtels
étaient-ils si chers que ça, dans le coin ? Allais-je devoir dormir à l’aéroport ?
Leif sortit le Blackberry de la poche de sa chemise en daim pour passer un
appel.
— Brett ? Ils distribuent des bons d’achat. Tu as du nouveau ?
Un long silence s’ensuivit.
— Merci, dit-il avant de raccrocher, puis il se tourna vers moi. Nous pourrons
peut-être prendre le vol de 6 heures demain matin.
— Mais c’est dans dix heures !
J’avais tout le temps de changer d’avis et de vouloir rentrer à New York,
c’était trop risqué. Et mes bonnes résolutions, alors ?
— Ce n’est pas de chance, grommela Leif. Qu’allons-nous bien pouvoir faire
jusqu’à demain matin ?
Une boule se forma dans ma gorge. J’avais les mains moites.
— Je… Comment ça, « nous » ?
— Il n’y a rien de pire qu’une chambre d’hôtel pour se sentir seul. Je ne dirais
pas non à un peu de compagnie. Qu’en dites-vous ?
— Hum, je ne sais pas. C’est la deuxième fois que vous me proposez de vous
tenir compagnie. Vous êtes presque insistant.
Ma réponse était une trouvaille presque miraculeuse, car avec l’adrénaline
qui enrayait mes neurones, j’étais surprise que mon cerveau soit encore irrigué.
— Dans ce cas, permettez-moi de reformuler.
D’un geste, il m’invita à m’approcher, ce que je fis, subjuguée par son
magnétisme. Cette proximité avait un effet fulgurant sur ma libido. Il devenait plus
réel et excitant que jamais. Penché vers moi, il effleura ma tempe du bout des
lèvres pour me chuchoter :
— Si vous voulez, nous pourrions louer une chambre double et baiser
jusqu’au petit matin.
Arrêt sur image.
— Je vous demande pardon ? bafouillai-je.
Il inclina la tête sur le côté.
— Je suis désolé, Sophie, j’ai cru que… Si je me suis trompé, je m’en excuse,
je ne voulais pas vous choquer.
Sous le coup de la panique, je fus tentée de jouer à l’ingénue outrée. Ce serait
l’échappatoire idéale. À présent que les choses devenaient concrètes, je n’étais
pas sûre de vouloir aller jusqu’au bout. Ce type, je ne le connaissais ni d’Ève ni
d’Adam. Et je n’avais jamais couché « pour de vrai », à l’exception de deux
pitoyables expériences sur la banquette arrière d’une voiture. Certes, mais j’avais
dragué Leif justement parce qu’il était sexy. Ne devrais-je pas sauter sur
l’occasion de… eh bien, de me faire sauter ?
Je gardais l’image du sexe comme d’un jeu de non-dits où il n’est vraiment
question de sexe qu’au moment de passer à l’acte. En tout cas, c’était ainsi que je
l’avais vécu les deux premières fois. Assumer le tournant sexuel que prenait une
relation n’avait rien d’attirant pour moi. Rien à voir ce qu’on nous montre dans
les films.
— Ce n’est pas ça, marmonnai-je, les joues écarlates. Seulement, on ne m’a
encore jamais fait une telle proposition.
— Vraiment ? parut s’étonner Leif. Je ne voulais pas vous insulter…
Je secouai la tête et me mis à glousser nerveusement.
— Vous ne m’insultez pas. Vous me prenez au dépourvu, c’est tout.
— Je présume que vous n’êtes pas intéressée ? regretta-t-il. Écoutez, il faut
me pardonner…
— Oh, si ! Je suis même très intéressée.
Dès lors que ces mots m’échappèrent, l’air parut s’alourdir. Il verrouilla son
regard au mien, en quête de… je ne sais pas, en quête de l’autorisation de passer
à la vitesse supérieure, peut-être. S’il pouvait lire dans mes pensées, il
découvrirait le flot d’images sensuelles dépravées que son aura m’inspirait. Prise
d’une bouffée de chaleur, je sentis des gouttes de sueur perler dans mon cou et sur
ma poitrine. Entre mes cuisses, c’était l’euphorie. Je remuai à peine les jambes, la
couture de mon jean astreignant mon intimité. Si je ne couchais pas avec cet
homme, je serais désespérément excitée tant que je n’aurais pas trouvé un endroit
tranquille pour me soulager en solitaire.
Son regard de braise me fit frissonner.
— Alors, qu’allons-nous faire ? On récupère le bon d’achat, oui ou non ?
m’exclamai-je.
— J’ai une autre solution : je me charge de la chambre d’hôtel, et nous partons
tout de suite.
Les yeux écarquillés, je ne sus quoi répondre. Dans la vie, il est des moments
où une simple décision peut tout faire basculer. Là, deux possibilités s’offraient à
moi, et je devais faire le bon choix sans savoir ce qui m’attendait. Que
m’arriverait-il si je couchais avec lui ? Tomberais-je enceinte pour ensuite
retourner vivre à Calumet pour le restant de mes jours ? Et si ce type était
vraiment un tueur en série ? Et si c’était le coup de foudre entre nous ? Finirais-je
à Tokyo pour fonder un foyer, casée dès mes dix-huit ans et fidèle jusqu’à ma
mort ?
Et si je me trompais ? Si ce moment n’avait rien de décisif ? Ce pouvait être
une simple parenthèse entre deux étapes bien plus importantes pour moi. Une
expérience qui, en soi, n’avait pas grande influence sur le cours de ma vie.
J’avais donc deux options. Soit je refusais poliment, préférant trouver seule un
endroit où dormir ; soit j’acceptais pour vivre ce qui serait, je l’espérais, une
excellente partie de jambes en l’air.
Ce sera forcément mieux que ce que tu as vécu, ma vieille.
Ma décision était prise. Je voulais vivre une aventure ? En voilà une. J’allais
prendre une chambre avec cet inconnu rencontré à l’aéroport, et coucher avec lui.
Son souffle chaud à mon oreille avait suffi à m’embraser. Cela promettait un grand
moment à l’hôtel.
Je lui donnai ma main et me laissai guider.
Chapitre 2

Leif appela un taxi pour rejoindre l’hôtel Crown Plaza.


— Arrêtez-vous d’abord à une pharmacie, je vous prie, demanda-t-il au
chauffeur tandis que nous nous enfoncions dans le trafic surchargé.
Je restai silencieuse. Que peut-on dire dans cette situation ? À l’aéroport, je
m’étais senti pousser des ailes, mais à présent que les choses prenaient une
tournure plus sérieuse, j’avais du mal à différencier le comportement raisonnable
de celui qu’on retrouve chez les héroïnes de fiction. Si c’était le scénario d’une
romance comme celles que lisait ma mère, Leif aurait continuellement les mains
sur mon corps, mais avec le chauffeur de taxi qui pouvait nous voir dans le
rétroviseur, ce serait bizarre.
En jetant un bref regard vers Leif, je décelai dans ses yeux un appétit…
vorace. Comme si c’était une torture pour lui de rester assis là sans rien me faire.
Je déglutis et soutins son regard en espérant qu’il lise dans le mien un désir aussi
intense que le sien.
Comment était-il au lit ? Ses mains étaient si grandes que le seul fait de les
imaginer sur moi me rendait humide, une prouesse qu’aucun de mes ex ne pouvait
se vanter d’avoir réalisée. Ou en tout cas, jamais assez pour que j’en vienne à
m’inquiéter de ma culotte mouillée.
Zut, mes fringues ! Pour voyager, je n’avais rien enfilé de très aguichant,
portant un simple string en coton. Séduire un homme n’avait pas fait partie de mon
programme initial, ni me laisser séduire, d’ailleurs. Je ne saurais dire qui de Leif
ou moi avait démarré notre petit jeu.
Il posa l’une de ses immenses paumes sur ma cuisse, refermant les doigts sur
la couture de mon jean. Comme il se penchait à mon oreille, je frémis.
— J’espère que tu réfléchis déjà à tout ce que tu me demanderas.
Chacun de ses mots augmentait mes vertiges.
— Je ferai une liste, murmurai-je.
Avant de trouver enfin une satanée pharmacie, j’eus l’impression de rouler
des heures. Leif sortit de la voiture d’un pas rapide pour faire sa course.
J’attendis dans le taxi en silence, prétextant d’être intriguée par ce qui se passait
dehors, alors que j’évitais surtout de croiser le regard du chauffeur. Il se doutait
forcément de l’intérêt de cet arrêt à la pharmacie.
J’arrangeai ma queue de cheval et tapotai le coin de mes yeux en espérant que
mon mascara n’avait pas coulé. Leif était un fantasme ambulant, et moi, je me
sentais poisseuse. Il était temps de faire le point.
Que trouvait-il d’attirant chez moi, au juste ? Je dressai l’inventaire de mon
allure. Mes cuisses se touchaient, mes cheveux étaient fourchus, et ma peau était
loin du sans-faute. Bon, à ce qu’on disait, mon cul n’était pas mal, mais je me
sentais gauche, comme une fille banale qui essaierait de séduire un dieu grec.
Au bout d’un moment, je commençais à craindre que Leif ait changé d’avis et
qu’il ait pris ses jambes à son cou. Pour moi, ce serait l’humiliation suprême.
Mais il finit par revenir avec un sac plastique, en marchant d’un bon pas jusqu’au
taxi. Lorsqu’il s’installa sur la banquette arrière, je lui pris le sac et en examinai
le contenu. Sans grande surprise, je trouvai une boîte de préservatifs, avec les
lettres dorées sur fond noir. En revanche, je fus étonnée en voyant un tube de
lubrifiant. Il avait pensé à tout.
— Je tiens aux préservatifs, expliqua-t-il à voix basse pour garder cette
conversation privée. Nous aurions dû en parler à l’aéroport.
— En même temps, ce n’est pas le genre de sujet qu’on aborde devant une
porte d’embarquement, si ? m’amusai-je. Je suis tout à fait d’accord pour les
capotes. Je ne te connais pas, et je cours déjà assez de risques en te suivant je ne
sais où. Tu ne vas pas me tuer, j’espère ?
— Non, mais si j’en avais l’intention, je ne te le dirais pas, répliqua-t-il. À
propos de suivre un inconnu je ne sais où, tu ne devrais pas en faire une habitude.
— Merci de t’inquiéter pour moi.
Que pouvais-je lui répondre d’autre ? Son comportement était presque
paternel, chose étrange de la part d’un homme avec qui je m’apprêtais à coucher.
Il se contenta de hausser les épaules en regardant droit devant lui, peut-être
mal à l’aise.
Ce moment passé assis côte à côte sur la banquette arrière sans un mot me
laissa tout le temps nécessaire pour réfléchir à ce qui m’attendait une fois que
nous arriverions à l’hôtel. Ses grandes mains seraient sur moi. Je poserai les
miennes sur lui, ça ne faisait aucun doute. Oh, mince, nous allions nous voir nus !
Étais-je prête ? Aurais-je dû me raser ? Dans les magazines féminins, ils
prétendent qu’il ne faut pas avoir le moindre poil, là en bas, mais moi, c’était à
peine si je taillais ce qui dépassait pour la période des maillots de bain. Et
encore, chez moi, cette période se limitait au mois de juin. À savoir, pas encore.
Pourvu qu’il ne s’attende pas à un mannequin, ou à une photo de Playboy
grandeur nature.
L’hôtel était situé non loin de l’aéroport, mais entre les bouchons et notre arrêt
contraceptif, il nous fallut vingt minutes. Bénie soit la climatisation. Sinon,
j’aurais fondu sur place.
— Je ne sais pas comment font ceux qui supportent une chaleur pareille, fis-je
remarquer en traversant le hall d’entrée. Je sais que ce n’est pas très sexy de se
plaindre sans cesse, mais je viens du Michigan. Pour moi, cette température est
irréelle.
— Je suis d’accord, ce devrait être interdit.
Sa réponse n’était pas surprenante venant d’un Anglais.
L’air frais aspirait toute mon énergie. Je fanais comme une branche de céleri.
Il était aussi difficile de supporter la chaleur que de s’en remettre, une fois au
frais. Où allais-je trouver la force de coucher avec ce type ? Je tenais à peine
debout !
— Je vais récupérer la clé, assieds-toi là en attendant, proposa Leif.
— Ne devrions-nous pas d’abord vérifier qu’il reste des chambres ?
Il me paraissait logique que tous les hôtels alentour soient complets dès lors
qu’un vol était annulé.
— Ce ne sera pas un souci, me promit-il avec assurance, avant de s’empresser
d’ajouter : mon assistante les a prévenus de notre arrivée.
Il avait dû téléphoner depuis la pharmacie.
— Une assistante ? Ce doit être agréable de travailler pour un magazine.
— En général, oui.
Pourquoi cette réponse vaguement tendue ? Aurais-je dit une bêtise ? Il
désigna le coin salon.
— Va t’asseoir, repose tes jambes.
Comme si j’avais traversé les États-Unis à pied. Mais bon, je m’exécutai sans
discuter. Puisqu’il payait la chambre, je n’allais pas le froisser. Peut-être ne
voulait-il pas laisser une inconnue l’épier au moment de saisir le code de sa carte
de crédit.
Puisque c’était apparemment le réflexe d’un adulte responsable, je me résolus
à désormais garder un œil sur mon portefeuille, moi aussi.
La télévision du coin salon diffusait la chaîne d’information en continu. Je
braquai les yeux sur l’écran sans y penser. De toute façon, notre pays partait en
sucette, comme le répétait souvent ma grand-mère dans ses accès anti-
Républicains. Enfin, tout cela n’avait pas vraiment d’importance dans l’immédiat.
Je venais d’avoir dix-huit ans, et les prochaines élections se tiendraient l’année
prochaine. D’ici là, j’aurais quitté le pays.
— Voilà, j’ai la clé, annonça Leif en me rejoignant sur le canapé, muni d’une
carte en plastique. C’est parti ?
— C’était rapide.
Je serais volontiers restée là plus de cinq minutes.
— Ce sont les avantages du métier.
Décidément, le milieu de la presse me plaisait de plus en plus.
À moins qu’il ne mente. Je commençais à douter de ce que racontait Leif.
Était-ce seulement son vrai prénom ?
Évidemment. Qui choisirait « Leif » ? Un tel pseudo, ça ne s’invente pas.
En même temps, moi, je ne faisais que mentir depuis nos premiers échanges.
La seule vérité avait concerné mon envie de coucher avec lui. OK, il n’était pas
journaliste. Il pouvait aussi bien être avocat, architecte, ou même au chômage.
Avec ou sans alliance, il pouvait être marié. Il pouvait avoir plus de quarante-
deux ans. Ou beaucoup moins.
Je ne savais rien de ce type, à part que ses hormones étaient en ébullition
comme les miennes. Je devais être perverse pour être ainsi excitée par l’inconnu,
par l’aventure, par ce qui m’attendait dans cette chambre. On m’avait souvent
qualifiée de facile au lycée, ce n’était pas une nouveauté. Et puis, toutes les
femmes ne cultivent-elles pas un petit côté dépravé en elles ?
— Tu es bien silencieuse, s’étonna Leif en prenant l’ascenseur. Tu changes
d’avis ?
Je secouai la tête.
— Non. Je me disais simplement que c’est drôlement excitant, cet épisode
avec un mystérieux étranger.
— Je dois avouer que ça ne m’arrive pas souvent. (Il marqua une pause.) À
l’avenir, il est possible que je retente l’expérience.
— Oh, tu me déconseilles d’en faire une habitude, mais toi, tu peux en faire un
passe-temps ? le provoquai-je en me rappelant sa remarque dans le taxi. Quel
macho !
— Peut-être est-ce simplement une preuve de mon imprudence.
Leif me laissa quitter la cabine la première et me suivit dans le couloir,
changeant son sac d’épaule.
— Je crois que notre chambre est par là, indiqua-t-il.
Chaque pas qui me rapprochait de cette chambre faisait battre mon cœur plus
vite et plus fort. Mes pulsations se centralisaient entre mes cuisses.
Leif glissa la carte dans la fente, poussa la porte et la referma derrière nous.
Un rire saccadé m’échappa lorsqu’il me plaqua contre son torse. Nos bagages
tombèrent à nos pieds. C’était notre premier contact physique à proprement parler.
Je l’attendais avec impatience. Sa bouche recouvrit la mienne, et de nouvelles
sensations envahirent ma raison.
Il referma une main sur mes fesses.
— Ces deux-là m’ont rendu fou.
De sa main libre, il déboutonna mon jean. Déjà ? Les étapes s’enchaînaient à
vitesse grand V.
Mon pantalon resta toutefois en place, et son assaillant profita de ce qu’il fut
lâche pour glisser les deux paumes dans mon dos et empoigner mon cul.
— Je rêve de le faire depuis que j’ai posé les yeux sur toi, me confia-t-il entre
deux baisers. J’ai tout de suite eu envie de te toucher.
— Oui, touche-moi, susurrai-je.
L’intensité de ses baisers me confirmait que j’avais pris la bonne décision en
acceptant de l’accompagner. Ses lèvres vinrent me chatouiller la joue, puis le cou.
Il tira sur l’ourlet de mon tee-shirt.
— Enlève-le.
— Oh, hum…
Bien sûr, je m’attendais à me retrouver nue tôt ou tard. Pas vraiment le choix,
pour baiser. Mais cela devenait vite sérieux.
— Je… je n’ai pas de soutien-gorge.
— Au risque de passer pour un pervers, je m’en étais aperçu.
Lorsque son pouce vint taquiner la pointe de mon sein à travers le vêtement,
cette couche de tissu me parut soudain insoutenable. Je reculai d’un pas et levai
les bras pour me débarrasser du tee-shirt.
Pourvu qu’il ne remarque pas la légère différence de taille entre mes deux
seins.
Leif noua ses bras autour de ma taille et traça un chemin de baisers depuis ma
gorge jusqu’à mes tétons durs comme des cailloux. Il referma sa bouche sur l’un
d’eux, et je crus m’évanouir.
Je n’avais jamais rien ressenti de tel. Avec lui, je n’avais pas l’impression de
lui présenter un buffet de parties de mon anatomie parmi lesquelles il ferait son
choix. Leif me voulait tout entière. Son corps se fondait contre le mien. Il me
murmurait sans cesse combien il avait envie de me prendre, comme il me trouvait
délicieuse. Je n’avais pas l’impression d’être baisée, mais adulée.
Je m’agrippai à ses épaules, puis l’audace me fit glisser les doigts dans ses
cheveux pour l’attirer plus près de mon sein. Un grognement lui échappa.
— Je veux…
Aurais-je soupiré tout haut ?
Je commençais une phrase sans même savoir comment la terminer.
Leif se redressa et me plaqua à nouveau contre son torse, puis il nous fit
pivoter pour m’emprisonner entre lui et le mur. Sa langue suivait l’arrondi de mon
oreille lorsqu’il me glissa :
— Qu’est-ce que tu veux ?
Ouais, qu’est-ce que tu veux ?
C’était l’occasion ou jamais de réaliser mes fantasmes. L’un d’eux en
particulier me hantait depuis que j’avais regardé La Secrétaire. J’avais entendu
parler de la perversion pendant l’acte. Or, dans ce film, j’avais remis la scène de
la fessée des dizaines de fois pour des raisons… personnelles. Je m’étais même
inspirée de l’idée de Lee en essayant de me fesser toute seule avec une brosse à
cheveux.
Le résultat fut peu probant.
À présent, j’avais l’opportunité de vérifier mon penchant en situation réelle.
— Hum… tu pourrais… me fesser ? Enfin, si tu veux…
Il se figea. Respirait-il encore ?
— Leif ?
Son expression se voila d’un mélange de surprise et de délectation.
— Tu n’es pas obligé, précisai-je, de peur de l’avoir offensé.
— Ce serait avec plaisir, murmura-t-il, un sourire au coin des lèvres. Je
n’arrive pas à croire la chance que nous avons de nous être rencontrés.
— Accorde-moi juste une seconde, OK ?
Il retira ses bras pour me laisser passer. Dans la salle de bains, je refermai la
porte et fis couler l’eau du robinet pour couvrir le bruit pendant que je faisais
pipi. Ensuite, je m’emparai d’une serviette et nettoyai frénétiquement toutes les
parties stratégiques de mon anatomie, depuis les aisselles jusqu’à plus bas. Tout
en me frottant, je m’observai dans le miroir. Torse nu, le pantalon autour des
chevilles, prête à retourner voir un type – plus âgé que ma mère – pour qu’il me
donne la fessée.
Je n’avais pas prévu tout ça en quittant la maison ce matin.
Une fois sèche, je repoussai mon jean par terre sous le lavabo. Inutile de le
garder sur moi. Bizarrement, je n’avais pas le courage d’enlever mon string,
même s’il ne cachait pas grand-chose. C’était juste une minuscule protection en
coton. Je ressortis de la pièce.
La chambre avait deux grands lits jumeaux. Leif était assis au bord de celui
situé près de la fenêtre. Il était face à moi et retroussait les manches de sa chemise
en daim, mais il s’interrompit en me voyant.
Mince, je devais avoir un problème. Quelque chose de répugnant, de tordu, ou
de pas assez beau pour lui. Cet homme était l’incarnation même de la beauté. Il
avait sans doute connu des dizaines de femmes, toutes bien plus séduisantes que
moi. Et s’il n’était pas journaliste, mais réalisateur de films ? Un métier qui lui
offrirait libre accès aux plus ravissantes créatures de cette génération ? Je brûlais
d’envie de courir me cacher dans la salle de bains.
— Putain, souffla Leif en balayant mon corps du regard. Tu es…
— À moitié nue ? proposai-je.
— J’allais dire superbe.
Il prononçait ce mot avec une pointe de cet accent britannique qui me faisait
fondre. Quand je pris conscience du sens de cette phrase, je jetai un coup d’œil en
direction d’un grand miroir. Mis à part mes cheveux bruns ternes dont il était
grand temps de refaire la couleur, je n’étais pas si mal, finalement. Je comprenais
qu’il fantasme sur mon cul. Il était rond, bombé, et ne demandait qu’à être pétri
par des mains expertes. Pourquoi ne le tripotais-je pas plus souvent, d’ailleurs ?
J’interrompis rapidement ma contemplation, même si ce n’était pas l’envie qui
me manquait de m’examiner plus en détail. Je n’avais jamais vu mon corps à
travers le regard d’un homme. Avaient-ils tous la même image que Leif se faisait
de moi ?
Non. Je l’aurais remarqué. Il me reluquait comme le Grand Méchant Loup
dévorerait des yeux le Petit Chaperon rouge. Prêt à me prendre en chasse.
Il n’aurait pas à courir très longtemps. Je m’approchai d’un pas lent sans le
quitter du regard.
— Vas-y doucement. Personne ne m’a jamais fessée, murmurai-je, la voix
rendue chevrotante par l’impatience.
— Je suis l’heureux élu pour ta première fois ? C’est un honneur, dit-il en
tapotant ses genoux. Le problème de la fessée, c’est qu’on ne peut pas y aller
doucement. Tout l’intérêt est là.
— Je sais. Je voulais simplement m’assurer que tu ne te balades pas avec un
paddle caché dans tes affaires, expliquai-je en éclatant d’un petit rire.
Jamais de ma vie je ne supporterais une chose aussi violente qu’un coup de
paddle.
— Non, je l’ai laissé dans mon bagage en soute, rétorqua-t-il, malicieux. Si
c’est ta première fois, Sophie, nous allons devoir instaurer certaines règles.
Ah. Je m’attendais à la conversation la moins excitante du monde. Il me fit
signe de m’asseoir à côté de lui sur le lit, puis changea d’avis.
— Non, assieds-toi plutôt là.
Sur le lit d’à côté, donc.
Sage décision. Si je m’asseyais trop près, je risquais de me jeter sur lui. Ma
poitrine était si tendue que j’en avais mal aux tétons. La climatisation n’arrangeait
rien à l’affaire. Il me tardait de sentir de nouveau sa bouche sur mes seins.
— Figure-toi qu’il m’est déjà arrivé de fesser mes partenaires. Je sais ce que
je fais, tu peux me faire confiance. Enfin, si l’on peut vraiment faire confiance à
un inconnu. Bref, soupira-t-il en regardant autour de lui. Il faudrait trouver de quoi
te lier les poignets.
— Me lier les poignets ? m’exclamai-je en levant les mains. Mais je n’ai
jamais parlé de bondage !
— Ce n’est pas vraiment du bondage, plutôt une simple précaution pour
t’empêcher de te protéger par réflexe. Une claque sur les fesses, c’est une chose,
mais sur les paumes ou les poignets, aïe !
Présenté ainsi, c’était logique. Mais je n’avais pas l’habitude de laisser un
étranger me ligoter.
— J’ai un peu peur, dus-je admettre. Et si tu m’attachais pour voler mes
affaires et m’abandonner comme ça ?
Derrière ma fausse décontraction, je me posais sérieusement la question.
— Je ne serrerai pas fort, promit Leif. Juste assez pour te rappeler de ne pas
bouger les mains. Il y a des peignoirs dans la salle de bains ?
D’un pas vif, j’allai vérifier, surprise de l’aisance avec laquelle je me
promenais dans le plus simple appareil. Ses yeux gourmands rivés sur moi
m’encourageaient à être à l’aise.
Dans le placard, des peignoirs étaient suspendus aux cintres. J’en récupérai
un.
— Ta daaa !
— Je n’ai besoin que de la ceinture, précisa-t-il en montrant la bande de tissu-
éponge. Apporte-la-moi.
— Quelle autorité ! fis-je remarquer. Je commence à croire que tu n’es pas
journaliste, mais patron. Du genre à martyriser ses employés.
— Pour le sexe, j’aime prendre le contrôle, c’est vrai, se défendit-il. Mais si
j’en fais trop…
— Non, pas du tout. Au contraire, ça me plaît.
Un poids se retirait de mes épaules. Je n’avais donc pas à m’inquiéter de
savoir si je m’y prenais bien ou non. Leif serait là pour me guider.
Ah, ce sourire en coin… tellement sexy !
— Ouf, tant mieux. Parce que je t’avouerais, Sophie, que je ne suis pas sûr de
pouvoir m’en empêcher.
— En même temps, c’est toi qui me fesses, lui rappelai-je en lui tendant la
ceinture. N’hésite pas à me guider.
— Tu connais le système des mots de passe ?
— Par exemple, quand je dis « banane », on arrête tout, c’est ça ?
Je l’avais vu dans un épisode de Family Guy. Bref. Je n’allais tout de même
pas couper ma libido dans son élan, ce serait dommage.
— Oui, plus ou moins, répondit Leif, amusé. Si je vais trop loin, tu n’as qu’à
dire « rouge », nous saurons tous les deux ce que ça signifie, et j’arrêterai
aussitôt.
Il enroula la ceinture autour de son poing comme pour en tester la résistance.
— As-tu la moindre limite en ce qui concerne le sexe ? s’enquit-il.
Je fronçai les sourcils.
— Des limites ?
— Oui, des choses que tu ne veux surtout pas faire, ou que tu n’aimerais pas
qu’on te fasse.
Avec une certaine dextérité, il noua la ceinture plusieurs fois puis la dénoua
pour recommencer.
— Par exemple, reprit-il. Moi, je ne supporte pas d’être attaché, ni d’être
plaqué sur un lit sans pouvoir bouger.
— En même temps, j’aurais du mal, étant donné ma carrure, ironisai-je.
Je pesais à peine une cinquantaine de kilos, alors si l’un de nous devait
plaquer l’autre…
Mes poils se hérissèrent à cette délicieuse pensée. Je réfléchis à sa question.
— Voyons. Je n’aimerais pas qu’on me fasse pipi dessus, par exemple. Enfin,
je crois.
Il haussa un sourcil interrogateur.
— « Enfin, je crois » ?
— Eh bien, je n’ai jamais essayé. Mais je suis presque certaine de ne pas
apprécier, affirmai-je d’un air nonchalant.
— Rassure-toi, ça ne m’intéresse pas non plus, ce sera donc exclu.
D’un regard en coin, il m’observa comme pour vérifier que je ne plaisantais
pas.
Je levai les mains.
— En résumé, je suis prête à tout tenter dans la limite du raisonnable. Je n’ai
pas couché avec beaucoup d’hommes, et ce qu’on va faire est nouveau pour moi.
Comme tu as quelques années de plus, je m’en remets à ton expérience. Je compte
suivre le guide.
Avant de répondre, il réfléchit à son tour un moment.
— Je respecterai cette décision, mais s’il y a quoi que ce soit qui te gêne, tu
dois me le dire. C’est très important.
— OK, c’est promis.
Comme le silence s’éternisait, je commençai à m’impatienter.
— Donc ?
— Oui, bon. Viens par là, m’invita-t-il.
Je m’approchai, debout entre ses jambes. Je lui tendis doucement les poignets,
mais il les repoussa, reposant la ceinture à côté de lui pour plaquer ses paumes
sur mes hanches. Il me caressa alors lentement les flancs sans toucher à ma
poitrine, mais en la frôlant à peine.
— Je ne te laisserai pas de marques, me dit-il en promenant la main sur ma
croupe. Demain, le vol sera long.
— Je n’y avais pas pensé. Est-ce que je risque d’avoir mal en m’asseyant ?
C’était la douche froide. La perspective de passer un long-courrier assise à
avoir mal aux fesses ne m’enchantait guère.
— Je ferai de mon mieux, répondit-il pour seule promesse. Tu es toujours
partante ?
Je hochai vivement la tête.
— Oui. Je suis prête.
— Donne-moi tes mains, Sophie.
Chaque fois qu’il prononçait mon prénom, je me sentais fébrile. Personne ne
l’avait jamais dit sur ce ton. Comme s’il lui appartenait. Ou plutôt comme si je lui
appartenais.
C’était prévu. Ne serait-ce que pour cette nuit.
Je lui tendis mes mains. Le nœud formé autour de mes poignets était plus joli
qu’efficace. Leif me gratifia ensuite d’une petite tape sur les fesses et planta les
doigts dans leur chair avant de m’attirer brusquement vers lui. Je perdis
l’équilibre, et il me rattrapa en m’allongeant sur ses genoux. Je poussai un cri de
surprise.
— Laisse ton corps reposer sur le lit, m’indiqua-t-il en m’aidant à remuer
pour trouver ma position. Sinon, tu risques de manquer d’air.
Je respirai lentement et appuyai ma joue sur le drap. Il avait raison, c’était
bien plus facile de me pencher ainsi, les fesses en l’air et la poitrine sur le lit, que
directement perpendiculaire à ses genoux, surtout en reposant mon poids sur mes
coudes.
— Tu es prête ?
Je me crispai, grisée à la fois par ce que sa main me ferait subir, et par cette
réponse que je lui donnais :
— Oui.
Il frappa.
Fort.
J’eus le souffle coupé et, comme Leif l’avait prédit, j’eus le réflexe de bouger
mes bras. La ceinture me rappela à l’ordre.
— C’était trop fort ? s’inquiéta-t-il en caressant la zone endolorie.
Plus les secondes passaient, et plus la douleur s’effaçait.
— Non.
Il frappa une deuxième fois.
— Aïe !
— Tu veux que j’arrête ? insista-t-il, apaisant tendrement la zone comme tout
à l’heure.
— Non.
Je voulais continuer. C’était d’ailleurs ce qui me surprenait le plus. La
douleur devenait pulsation. Une pulsation qui trouvait son écho entre mes cuisses
et grandissait à l’idée d’une autre fessée.
— Si je voulais que tu arrêtes, je dirais « rouge ». En fait, je prends mon pied.
Il me frappa encore.
— Tu en es sûre ?
Avec un gémissement, je frottai mon pubis à ses genoux, mais ça ne me
suffisait pas.
— Oh, bordel, oui ! hurlai-je.
Ricanant, Leif crocheta l’arrière de mon string avec son index. Je pensais
qu’il me l’enlèverait, mais il se contenta de tirer dessus pour que le coton râpe les
lèvres de mon sexe.
— Tu en veux plus ?
— Oui, je t’en supplie.
Le geste brusque, il tira sur mon string puis enchaîna avec une autre fessée. La
douleur fut violente, la sueur perlait à mon front, et je fus secouée d’un frisson. Sa
main s’aventura plus bas. Du bout des doigts, il écarta mes petites lèvres. Je crus
quitter mon corps un instant. Je tremblais comme une feuille, et mes jambes se
raidissaient. Un grognement m’échappa.
— C’est le bonheur, hein ? s’enquit Leif.
Ses taquineries me passaient au-dessus de la tête. Tout ce qui m’intéressait,
c’était l’humidité brûlante de mon vagin et la facilité avec laquelle il y insérait
son doigt mouillé, qu’il faisait glisser presque jusqu’à mon clitoris. Mais au lieu
de le toucher, il me fessa à nouveau.
Il enfonça son index de plus belle, et j’ondulai du bassin, m’efforçant de
trouver un maximum de pénétration ou, à défaut, de friction. Une pensée
m’assaillit. C’était la première fois qu’un homme me ferait jouir. S’il s’agissait
seulement des préliminaires, cela ne faisait aucun doute : j’allais grimper aux
rideaux. Malgré mon manque d’expérience, je sentais qu’il était doué.
J’ignorais qu’on pouvait parvenir à un tel degré d’excitation. Ça ne m’était
jamais arrivé. Je n’avais jamais joui ailleurs que dans ma salle de bains ou ma
chambre, et chaque fois seule. Le choix du rythme m’avait donc toujours
appartenu. Mais, à cet instant, le besoin qui gonflait en moi était immense. Je
devais jouir, il le fallait. C’était si puissant que je me surpris à murmurer des mots
que je ne pensais pas entendre un jour sortir de ma bouche.
— Je t’en supplie, fais-moi jouir !
La honte me terrassa aussitôt, mais Leif n’avait pas l’air choqué outre mesure.
Et, surtout, il n’obéit pas à ma demande.
— Promis, tu jouiras en temps voulu, dit-il en poursuivant l’exploration
paresseuse de mon intimité.
Il approchait du point que je rêvais qu’il atteigne sans jamais le toucher
vraiment.
— Et plus d’une fois, ajouta-t-il. Mais…
Une nouvelle fessée. Celle-ci me laissa une douleur plus profonde que les
précédentes. Ma peau s’attendrissait sous sa main.
— … pas encore.
Mon corps était en proie à un conflit. Avais-je mal ? Y tirais-je du plaisir ?
Les deux semblaient intrinsèquement liés. J’avais lu les passages les plus
intéressants des romans d’amour de ma mère, et ils parlaient souvent du mélange
de ces deux concepts. Mais j’étais convaincue que c’était du bluff, que les auteurs
exagéraient pour tenir leurs lecteurs en haleine.
Il n’existait pas de meilleure manière pour découvrir que je m’étais trompée.
Une nouvelle fessée m’arracha un cri. C’était de plus en plus douloureux.
— C’est trop ? demanda Leif d’une voix douce qui contrastait avec la fureur
de ses claques.
Oui, c’était trop. En tout cas, il me semblait. Mais je ne voulais pas qu’il
arrête. Je voulais voir ce que j’étais capable de supporter, jusqu’où il était
capable d’aller, combien de temps il comptait me faire languir avant de m’offrir
ce que j’étais venue chercher.
— Non.
En remuant les fesses, je sentis son érection appuyer contre ma hanche. Je ne
sus dire si la braguette de son jean me donnait de fausses impressions, mais a
priori, il m’avait l’air… bien membré.
Quand un second doigt vint rejoindre le premier dans mon vagin, j’eus un
sursaut de surprise.
— Tu es très… étroite.
Sa voix était tendue.
— Désolée.
Devrais-je avoir honte d’être étroite ? Était-ce une sorte de souci
anatomique ? Ça expliquerait pourquoi le sexe n’avait jamais été pour moi une
expérience fabuleuse. J’étais peut-être un monstre.
— Ne t’excuse pas, murmura-t-il en me baisant inlassablement de ses doigts.
Ça fait longtemps, n’est-ce pas ?
— Oui ! criai-je entre mes dents lorsque sa paume atterrit une nouvelle fois
sur mon cul. Très longtemps !
Enfin, pas tant que ça. Quelques mois. Mais depuis, j’avais l’impression
qu’une ère glaciaire s’était installée.
— Et à quand remonte ton dernier orgasme ? Quand est-ce que tu t’es
masturbée ?
Je n’arrivais pas à croire qu’il me posait cette question. C’était bien trop
intime, même avec ses doigts enfoncés en moi.
— Je…
J’aurais voulu m’indigner de sa curiosité, mais en même temps je voulais
qu’il sache. Cet homme me donnait envie de lui confier mes plus sombres secrets.
Sans doute parce que je ne le connaissais pas. Parce qu’on ne se reverrait plus
jamais et qu’il ne pourrait pas utiliser ces informations contre moi. Ou parce qu’il
n’oserait pas. J’étais peut-être naïve, mais il m’inspirait confiance.
D’où ma réponse.
— Hier soir.
— Hier soir ?
Nouvelle claque.
— Je suppose que ça te semble loin. Trop loin.
— Oui !
Je grognai lorsqu’il retira ses doigts pour étaler ma semence sur mes lèvres
enflées. Leif toucha enfin mon clitoris, et mon corps se cambra brusquement
comme sous l’impulsion d’un choc électrique.
— S’il te plaît ! Je t’en prie ! suppliai-je en essayant de chevaucher sa main.
— Combien de temps mettrai-je à te faire jouir, d’après toi ? Quelques
minutes ?
Les cercles qu’il formait autour de mon clitoris menaçaient de me rendre
dingue.
— Non, quelques secondes à peine ! Allez, par pitié !
Il se figea.
— Non.
Non ?! Je lui réclamais un orgasme, et il osait me répondre « non » ?
— Plus tu attendras, meilleur ce sera, se moqua-t-il.
Je grinçai des dents. De toute ma vie, je n’avais jamais désiré quelque chose
aussi fort.
Après une vive claque sur mes fesses, il enfonça de plus belle les doigts dans
mon sexe. Son annulaire et son auriculaire me caressaient le clitoris à chaque
passage. Je ne m’étais jamais masturbée de cette façon-là. Il atteignait des zones
jusqu’alors inexplorées. Ce simple changement de perspective m’apportait un
plaisir indescriptible.
Une nouvelle fessée vicieuse. Je hurlai.
Puis il écarta mes fesses du pouce.
Oh, mon Dieu !
Je n’aurais jamais cru que tout ce qui relevait de l’anal me ferait envie.
Pourtant, c’était le cas. Je me redressai sur mes coudes en songeant que je devais
le couper dans son élan, sans même comprendre pourquoi. Une claque interrompit
le fil de mes réflexions, et dans la seconde, le bout de son pouce pénétra mon
anus.
La combinaison de toutes ces sensations était presque insoutenable. Ma raison
vacilla, incapable de me dicter ce que je devais faire ou vouloir, tout le reste
disparut. Je restai en suspens dans cet instant d’extase. Je n’arrivais plus à
respirer, à penser. Je ne pouvais que ressentir. Mes orteils se recroquevillèrent.
J’étais entièrement crispée. Mon sang bouillonnait dans mes veines. J’avais la
bouche entrouverte.
Je jouis avec une puissance étourdissante, sur les genoux d’un inconnu, au
beau milieu d’une chambre d’hôtel.
— Oh, mon Dieu ! Oh ! m’exclamai-je, encore secouée de soubresauts,
mollement effondrée sur le lit.
— C’est un peu injuste d’attribuer tout le mérite à Dieu, tu ne trouves pas ?
ironisa Leif.
Sa main quitta mon corps, et je me mis à rougir en me rappelant où il avait
glissé son pouce…
Non pas que ce fût désagréable. Bien au contraire. La sensation était
époustouflante. Seulement, c’était sale, voilà.
Leif dénoua mes liens et m’aida à me redresser.
— Je t’apporte quelque chose ?
— De l’eau.
Je n’avais jamais eu la gorge aussi sèche, pas même lors d’un marathon.
Comme j’essayais de me lever, Leif m’en empêcha.
— Reste là, j’y vais.
Je profitai qu’il s’éclipse dans la salle de bains pour retirer complètement
mon string qui m’entravait les cuisses. Puis il me vint l’idée de dresser le bilan de
mon état. Vagin ? Agité de palpitations. Bras ? Ankylosés à force de m’y appuyer.
Fesses ? Intégralement endolories.
Bah, ils ont bien des coussins dans les long-courriers, non ?
Leif reparut avec un verre d’eau.
— Tiens. Tu veux faire une pause ?
— Tu ne voulais pas me baiser ?
J’étais fière de ne pas marmonner en prononçant cette phrase. Une jeune
femme de vingt-cinq ans ne mâche pas ses mots.
Ses yeux parcoururent mon corps de pied en cap avant de se poser sur mon
visage, l’air approbateur. Il me suffisait d’être l’objet de son examen détaillé et
lubrique pour remettre ma libido en éveil.
— Si, c’est vrai. Mais nous avons toute la nuit devant nous, me rappela-t-il. Et
puis, j’espère que tu prévois de jouir chaque fois aussi fort. J’ai adoré t’entendre
hurler.
Que répondre ? Je bus une longue gorgée d’eau en guise d’excuse pour ne rien
dire.
D’un geste ample, Leif ôta à la fois son tee-shirt et sa chemise en daim. Pour
un quadra, il était sacrément bien fichu. Les pères de mes copines avaient eux
aussi la quarantaine, or il leur faudrait passer des mois en salle de sport avant
d’obtenir un résultat pareil.
— Waouh ! Je ne pensais pas…, m’étonnai-je en montrant son torse.
Il rougit. C’était craquant.
Je me penchai vers la table de chevet pour y poser mon verre puis, le doigt en
crochet, le sommai d’approcher.
— Viens par là. Je t’ai montré mon intimité. À ton tour maintenant.
Il esquissa un pas vers moi, et j’attrapai le bouton de son jean. Leif parut
hésiter. L’homme qui venait de me fesser et de m’enfoncer un doigt dans l’anus
serait-il timide ?
— J’aurais dû te prévenir…
Une fois son bouton ouvert, je plongeai la main dans son caleçon.
Nom d’un chien !
Chapitre 3

Il était énorme. Du genre ce qu’on voit dans les films porno. Et encore,
l’érection avait de la marge.
Impossible de prétendre pouvoir le prendre tout entier sans sourciller.
— Je n’ai couché que deux fois dans ma vie ! admis-je, confuse.
Il pâlit.
— Je te demande pardon ?
— Je n’ai baisé que deux fois. Je ne suis pas sûre de pouvoir… Excuse-moi,
mais je suis choquée.
Leif lâcha un rire attristé.
— Je comprends. Ça m’arrive tout le temps.
— Je suis désolée…
D’un geste, il m’interrompit.
— Sophie, ce n’est rien, je t’assure. Je sais qu’il est plus gros que la
moyenne.
Puisqu’il semblait trouver la situation amusante, je ris également.
— Il nous reste tout un panel de choses à faire, ajouta-t-il.
— Ah ?
Et moi qui pensais que les hommes n’étaient intéressés que par le sexe à
proprement parler.
— Évidemment. J’ai déjà eu des compagnes qui ne pouvaient pas… disons,
s’adapter à moi. Ce qui ne nous a pas empêchés de baiser comme des sauvages.
— OK… Mais comment baise-t-on sans l’acte sexuel en lui-même ?
demandai-je en retirant ma main de son pantalon.
— Pour moi, ce que nous venons de faire entre clairement dans la catégorie
sexuelle. Tu n’es pas d’accord ? s’enquit Leif comme si c’était pourtant une
évidence. Si ce n’est pas du sexe, alors qu’est-ce que c’est ? C’était intime,
consensuel, et tu y as pris du plaisir. Avec ou sans pénétration, c’était bel et bien
sexuel.
— Oui, tu as sans doute raison. Seulement, je doute que ce soit la première
définition qui vienne à l’esprit des gens.
— Ces gens ne sont pas là pour nous juger. J’irai même jusqu’à dire qu’ils
passent à côté de toutes les possibilités qu’offre le sexe. Ils se contentent de ce
que leur ont appris les médias et la société actuelle.
On ne sentait toutefois aucun jugement réducteur dans cette remarque. Il
formulait juste un constat.
— Alors que pourrions-nous faire ? insistai-je, puisqu’il ne me restait plus
qu’une possibilité en tête. Je tiens à ce que tu y prennes du plaisir, toi aussi.
— Tu peux toujours me branler, répondit-il sans détour comme s’il lisait dans
mes pensées. Ou alors, je peux le faire moi-même et te regarder te toucher en
même temps. C’est toujours un moment chargé d’érotisme.
Bordel !
Je repris une gorgée d’eau.
S’il devinait mon émoi, il n’en laissait rien paraître et se contenta de dresser
la liste des activités à notre portée.
— Le sexe oral, bien entendu, si tu es partante. Ou bien, nous pourrions
utiliser le lubrifiant pour…
— Attends ! l’interrompis-je. Avant de me faire trop rêver, n’oublie pas
que… je manque d’expérience.
Il haussa les sourcils.
— Oh. Rappelle-moi, tu disais avoir couché avec seulement deux hommes, ou
seulement…
— Deux fois, terminai-je pour lui. Je n’ai baisé que deux fois. Avec deux
hommes différents. Côté diversité, on peut mieux faire.
— Ah.
Je l’avais mis mal à l’aise. Quelle idiote ! Pourquoi gâcher l’ambiance alors
que tout allait si bien ? Tout allait à merveille depuis que nos regards s’étaient
croisés à l’aéroport. Excepté ce vol annulé, bien sûr.
— Écoute, je ne suis pas…
Je pris une profonde inspiration et ajoutai :
— Sur l’échelle de l’aventure sensuelle, ce que j’ai à t’offrir frôle le zéro
pointé, mais je voulais te dire que je passe un excellent moment avec toi. De toute
ma vie… jamais joui comme ça. Même toute seule, je n’en suis jamais arrivée là.
Tu me donnes envie de tout tenter. Je t’assure. J’en ai assez d’attendre qu’un type
ose faire le premier pas. Je ne te connais pas, et on ne se reverra jamais, alors
profitons de l’instant présent. Carpe di… bite ?
Si ma tirade s’essoufflait, ce n’était pas le cas de mon excitation.
— Après tout, poursuivis-je. Pourquoi ne pas essayer ?
Leif resta assis là, silencieux, les yeux grands ouverts, et il me contemplait
comme si j’allais me transformer en monstre.
— J’ai compris, murmurai-je en voulant me lever. C’était une mauvaise idée.
— Non, attends !
Il tendit la main comme pour attraper mon poignet, mais se ravisa.
— Je ne veux surtout pas te mettre dehors, Sophie. C’est juste que j’ai du mal
à faire le lien entre la jeune séductrice de l’aéroport et la personne que tu es
vraiment au fond de toi.
— Je n’ai pas voulu te mentir.
Était-ce le bon moment pour lui avouer la vérité sur mon âge ?
— Non, tu ne m’as pas compris, soupira Leif en secouant la tête, se pinçant
les ailes du nez. Je pensais simplement que, comme tu es venue m’accoster… Je
suis désolé, j’ai honte. Je m’y suis mal pris et, maintenant que je sais que tu n’as
aucune expérience, je suis nerveux.
— Eh, n’inverse pas les rôles ! Bon, je promets d’être douce avec toi,
plaisantai-je.
Un sourire se dessina enfin sur son visage.
— En me levant ce matin, je ne m’attendais pas à rencontrer une femme
comme toi.
— Moi non plus, je n’aurais pas parié sur une telle rencontre, répliquai-je en
tapant dans mes mains. Bon ! Alors, je peux…
— Tu veux la toucher ? demanda-t-il, et comme j’acquiesçai, il parut à la fois
abattu et résigné. Nous arrivons au moment critique.
J’avais de la peine pour lui. Tous les hommes étaient obsédés par la taille de
leur engin, mais je n’avais jamais pris conscience que trop gros, c’était aussi un
complexe.
— Leif, murmurai-je, et il se figea, les pouces enfoncés dans son jean. Je te
promets de ne pas me moquer, tu sais.
— Merci, c’est rassurant, ironisa-t-il avant de retirer son jean et son caleçon
tout à la fois.
Cette conversation nous avait à peine refroidis, j’observais son érection
moins flagrante que tout à l’heure lorsqu’il me fessait. Pourtant, il était toujours
intimidant. Naïvement, je le pris dans ma main.
Incroyable, mon pouce et mon majeur n’arrivaient pas à se joindre.
J’avais promis de ne pas me moquer, et ça ne risquait pas de se produire.
J’imaginais à peine l’humiliation que l’on doit ressentir en se mettant à nu devant
quelqu’un qui éclate de rire. La situation n’avait rien de drôle. Au contraire, on
pouvait avoir envie de partir en courant.
Mais moi, au lieu de prendre peur, je le caressai doucement. Sa respiration
devint saccadée. De quoi gonfler ma fierté. À mesure qu’il grossissait sous mes
doigts, j’eus la gorge sèche. En théorie, on peut croire que c’est un atout d’être
bien membré, mais j’avais du mal à l’imaginer entrer en moi.
Son sexe était différent de ceux des deux hommes que j’avais connus, et je mis
un moment à comprendre qu’il était circoncis.
Une minute… Et tout le monde prétend que c’est affreux ?
Je ne trouvais pas cela affreux du tout.
— Parle-moi de tes expériences passées, réclama Leif, le souffle court, tandis
que je le caressais langoureusement.
Comment obéir sans trahir mon âge ?
— Eh bien, les deux remontent à l’époque du lycée.
— Ah bon ?
Il referma sa main sur la mienne, m’imposant le rythme voulu.
— Je sais. Difficile à croire que j’ai passé une licence entière sans sexe, pas
vrai ? (Ben voyons, enfonce-toi dans le mensonge tant que tu y es.) Mais j’étais
prudente, c’est tout. Peut-être un peu trop.
— Je peux le comprendre, susurra Leif, ses paroles hachées par mes caresses.
Et ces deux premières fois ont été…
— Décevantes, admis-je volontiers. La première était même affreuse. Je le
soupçonne d’avoir couché avec moi uniquement pour contrecarrer la rumeur qui
circulait sur son homosexualité. Il était adorable, mais il agissait de façon
mécanique. Il n’a même pas remarqué que je comptais les minutes.
— Et la deuxième fois ?
Je n’avais pas envie d’en parler. J’en gardais un souvenir épouvantable.
Inutile de partager avec Leif, l’homme que je rêvais de me taper, une visite guidée
de mon passé embarrassant. J’avais couché avec un type rencontré lors d’une
soirée. Au retour, il avait garé sa voiture dans un petit chemin de terre et s’était
jeté sur moi. Écœurant. J’avais dû le branler jusqu’à en avoir des crampes au
poignet afin qu’il bande assez pour enfiler un préservatif. Autant dire que ma
libido était alors au ras des pâquerettes. Quand je lui ai demandé d’arrêter, il a
accepté, mais s’est fichu de moi et nous a reconduits à la fête, furieux, pour
raconter à tout le monde que j’étais frigide et que je n’avais que de la gueule.
Effectivement, il valait mieux épargner à un inconnu ce genre d’anecdotes.
— Ce n’était pas génial non plus.
Relâchant mes doigts, Leif posa sa paume sur ma joue.
— Dans ce cas, nous ferons en sorte que cette nuit soit mémorable. Pour
rattraper le temps perdu.
Il avait déjà dépassé toutes mes attentes, et de loin, mais je me mordillai tout
de même la lèvre en acquiesçant. Avec une profonde inspiration, je serrai la main
autour de ce membre turgescent pour appuyer mon propos :
— Je veux te sentir en moi.
Sans doute était-ce ma fierté qui faisait des siennes.
Oh, une montagne infranchissable. Et si je la gravissais ?
À cela près qu’une montagne ne m’excitait généralement pas au point de créer
l’émulsion entre mes jambes. Je libérai son érection pour ramper sur le lit et
m’affaler sur les oreillers. Leif me suivit, mais s’arrêta lorsque sa tête arriva
entre mes cuisses. Je fronçai les sourcils.
— Qu’est-ce que tu fabriques ?
— Il faut toujours s’échauffer avant le sport, non ? Eh bien, là, c’est pareil.
Le bras sous mon genou, il me fit ramener la cheville par-dessus son épaule,
de façon à se retrouver face à face avec la partie la plus intime de mon anatomie.
Et pour la voir, il la voyait. Il l’examinait, même, passant le doigt sur ma fente.
Je me cachai le visage en me tortillant.
— Tu as l’air nerveuse, murmura Leif en levant les yeux, un petit sourire aux
lèvres. Je suppose que les deux autres garçons…
— Non, jamais.
Mon souffle soulevait mes côtes à chaque respiration. Malgré le discours
rassurant de ma gynécologue lorsque je lui faisais part de mon inquiétude
concernant la normalité de mes parties, je me sentais déformée et monstrueuse, là
en bas. Mes petites lèvres dépassaient des grandes. Pour moi, une vulve doit être
nette, propre, telle la fente qui marque la peau douce d’une pêche. Pas une sorte
de sandwich dont l’escalope se ferait la malle.
— En même temps, je ne les laissais pas faire. Je n’aime pas à quoi… ça
ressemble.
— Puis-je me permettre un conseil ?
Je hochai la tête, affolée. Était-ce vraiment si moche que ça ?
— Sophie, commença-t-il en ponctuant son discours de baisers sur l’intérieur
de mes cuisses. Lorsqu’un homme est dans cette position, il se fiche de ce à quoi
ça ressemble. Il est simplement heureux d’avoir l’autorisation de s’y aventurer.
— J’avais peur que tu sois dégoûté, que tu trouves son aspect répugnant ou
bizarre.
Je triturai le drap sous mes doigts en le voyant s’approcher de plus en plus de
ma vulve.
— Tu sais, dit-il en taquinant doucement l’extrémité visible de mes petites
lèvres avec le bout de sa langue. C’est bien loin de me dégoûter. Ton sexe n’a rien
de bizarre. Au contraire, je le trouve d’une beauté rare, Sophie. Et là, tout de
suite, j’aimerais y plonger mon visage.
Ses mots crus associés à son accent anglais avaient sur moi un effet
aphrodisiaque.
— Acceptes-tu de me laisser te goûter, Sophie ?
Le sourcil levé, il prit une expression coquine pour souligner sa question
déplacée.
Un « oui » étranglé s’échappa de ma bouche, et j’écartai les cuisses un peu
plus sans rien manquer du spectacle fascinant de sa langue qui se posait sur moi.
C’était comme de pénétrer dans un bain. Le premier contact était chaud et
mouillé. Puis le plat de sa langue me recouvrit, à la fois douce et rugueuse. Je me
recroquevillai sur le lit. Il poursuivit son exploration entre mes lèvres, puis
remonta vers mon clitoris pour l’entourer lentement.
— Oh, geignis-je avant de m’apercevoir que j’avais saisi ses cheveux par
poignées.
Il releva la tête, profitant du mouvement pour me lécher avec ardeur.
— Tu veux que je continue ?
— Oui !
Aurais-je d’ailleurs forcé sa figure contre moi ?
Oups.
— Je vais te montrer quelque chose, dit Leif en souriant.
La joue posée sur ma cuisse, il glissa délicatement le bout de son index dans
mon vagin sans aller trop loin, puis il forma de petits cercles et tapota.
Lorsqu’il localisa ce qu’il cherchait, j’eus le réflexe de serrer les genoux.
Les yeux rieurs, Leif caressa plusieurs fois ce point sensible.
— Sophie, voilà ton point G.
Il s’empara de ma main et l’attira en bas, en guidant mon doigt avec le sien. Je
sentis la matière passer de lisse à spongieuse, puis une sensation de fermeté.
— Souviens-toi de là où il se trouve, me somma-t-il. Même si tu ne risques
pas d’oublier.
— Aucun risque, en effet, haletai-je.
Je retirai mon doigt, et Leif attrapa ma main au passage pour le sucer. Je le
regardai faire, tétanisée.
Ma deuxième jambe se retrouva sur son épaule. Les choses sérieuses
pouvaient commencer.
Sa langue passait d’avant en arrière sur toute l’étendue de mon sexe, tandis
qu’il enfonçait inlassablement son doigt contre ce point G dont je n’avais entendu
parler que dans Cosmopolitan. Tout cela finit par me convaincre qu’il ne mentait
pas : il adorait faire ça. Et il voulait que je partage cette expérience avec lui.
J’étais profondément soulagée. C’était bien la première fois que je couchais
avec un homme qui voulait me voir tirer autant de plaisir que lui pendant l’acte.
Leif m’appréciait vraiment ou, en tout cas, il appréciait la version que j’avais
bien voulu lui servir de moi, laquelle n’était pas si éloignée de la réalité,
finalement. C’était un coup d’un soir, on ne se reverrait jamais. Il n’y avait donc
aucune raison d’être gênée.
Tout à l’heure, j’avais été idiote. Je me mis à rire, incapable de m’arrêter.
Mes gloussements secouaient le matelas.
Et là, je jouis à m’en donner des vertiges.
J’étais comme frappée par la foudre, mon corps secoué de spasmes, et le
courant électrique semblait passer de mon entrejambe à l’extrémité de chacun de
mes membres.
Des gémissements montaient dans ma gorge, et en même temps, je continuais
de rire. Les muscles de mes cuisses tressautaient, et je plaquai le bassin contre
son visage, sans plus de pudeur, me frottant à lui jusqu’aux dernières vagues de
plaisir.
— Oh, waouh ! m’étonnai-je entre deux éclats de rire.
Mon clitoris était sensible, et le point que Leif s’entêtait à caresser devenait
presque douloureux. Je le suppliai d’arrêter.
— Pourquoi ? demanda-t-il en relevant le menton, tout sourires.
— Pour rien. Seulement, j’ai déjà…
C’était gênant de l’avouer tout haut. Les mains sur mes tempes, je rejetai mes
cheveux humides en arrière et lâchai un petit rire nerveux.
— Je viens de jouir. C’était délicieux.
— Ah, et tu veux arrêter ? Parce que moi, je pourrais continuer jusqu’au petit
matin.
Je me mordis la lèvre en réfléchissant.
— Hum… Ma foi, je pourrais remettre ça.
Ne se le faisant pas dire deux fois, il retourna à l’œuvre. Les cuisses
fermement scellées autour de sa tête, je m’efforçai de me détendre. Une fois mon
intimité remise de ses assauts répétés, Leif reporta sa langue sur moi. Un nouvel
orgasme grandit, plus vite et plus intense que le précédent. Je me tortillai,
cherchant à échapper à sa prise. Mais il refusait de me libérer, même si je lui
comprimais les joues comme dans un étau. J’étais trempée, épuisée, rongée par le
désir.
— Baise-moi ! le suppliai-je.
À ce stade, je me fichais de savoir si je saurais l’accueillir tout entier ou non.
Je me fichais de ne plus jamais marcher droit. J’avais besoin de le sentir en moi.
Il se redressa sur les coudes, le menton souillé. Je m’assis et me penchai vers
lui pour l’embrasser et goûter à mon plaisir, tout en glissant lentement une main
vers son érection.
— Non, attends ! Je dois d’abord mettre une capote, protesta-t-il.
Ah, oui. Détail important. Je m’adossai contre les oreillers en essayant de ne
pas laisser mon excitation se refroidir. Je n’aimais pas ce moment qui cassait
l’ambiance et où il fallait attendre que l’autre enfile le préservatif. C’était mal
connaître Leif. En un claquement de doigts, il était paré.
La taille de la capote était impressionnante.
En le voyant s’emparer du tube de lubrifiant, je tressaillis. Il étala le produit
sur toute sa longueur. Ensuite, il m’écarta les cuisses et en appliqua une couche
sur mon intimité, ajoutant à mes fluides corporels. Mes hanches ondulaient.
— Si tu veux arrêter, n’hésite pas à le dire, souffla-t-il en s’installant à genoux
entre mes jambes. J’y vais doucement.
Penché en avant, il guida son gland vers mon entrée. Lorsque celui-ci toucha
mes lèvres, je me dis que ça n’était pas si difficile, finalement. Mais il commença
à s’enfoncer, et la panique me submergea.
— J’arrête ? s’inquiéta Leif.
Voyant que j’opinais, il se retira.
— C’est vraiment… gros, marmonnai-je.
Il fallait que je me détende. Quand il revint à la charge, je me concentrai pour
ne pas avoir le réflexe de m’écarter. J’en avais envie. J’avais envie de lui. J’étais
ouverte, humide et en sueur. Jusqu’à présent, nous avions exploré des sphères que
je ne connaissais pas. Tout portait à croire que la découverte ne s’arrêterait pas
là.
Leif me prit la main qu’il posa sur la base de son sexe.
— C’est toi qui contrôles. Si tu veux que je m’enfonce, lâche tout. Sinon, dis-
le, et je me retirerai. Je refuse de te faire souffrir.
Je refermai les doigts sur lui. Comment pouvais-je l’empoigner entièrement et
voir encore dépasser de quoi me pénétrer ?
C’était la première fois qu’un désir aussi sauvage s’emparait de mes sens.
Même le jour où j’étais entrée dans une boutique Coach sans avoir l’argent pour
me permettre le moindre accessoire, je n’avais pas éprouvé une telle excitation.
Je voulais accueillir ce membre imposant. C’était vital.
Voilà ce qu’on est censé ressentir, me dis-je. Mes deux expériences
précédentes ne comptaient plus, à présent que je savais ce qu’était un véritable
orgasme. J’avais perdu ma virginité par devoir. J’avais couché avec le type de la
soirée parce qu’il me semblait que c’était ce que n’importe quelle fille était
supposée faire à ce moment-là. Mais ce soir… Je voulais qu’il me baise parce
que j’en avais envie. Parce qu’il saurait rendre cet instant délicieux pour moi.
Mon corps se remettait à peine de mon dernier orgasme, et j’en voulais encore.
Peut-on devenir dépendante d’un homme ?
Cette queue immense vint se frotter à la fente de mon sexe, depuis mon clitoris
jusqu’à cette peau rougie entre mes cuisses. Les secondes s’écoulaient lentement.
Je me sentais lubrifiée à souhait. Puis, tout doucement, Leif retenta une approche.
Je crus presque sentir mon bassin se fendre en deux. Je commençai à le serrer,
et Leif s’arrêta aussitôt.
— Tu veux que…
— Laisse-moi juste une seconde pour m’habituer, réclamai-je.
Cette pression sur mon point G était presque insoutenable. Mes cuisses
tremblaient. Oh, bordel, étais-je capable de jouir rien que par cette position ?
— C’est bon, tu peux bouger, lui dis-je, le souffle court, le guidant à mesure
qu’il s’enfonçait. Encore… Continue…
J’avais envie de fermer les paupières pour savourer le mélange de plaisir et
de douleur que m’apportait l’étirement de mes tissus autour de son sexe. Mais
non, je gardai les yeux rivés à son visage, à l’expression de sa découverte de mon
intimité. Leif essayait de rester bien conscient pour m’initier, mais il finit par
rejeter la tête en arrière en soupirant :
— Tu es tellement douce.
Devais-je répondre « merci » ? Peu importait le protocole. Mes doigts
touchèrent ma toison, et je compris qu’il s’était enfoncé autant que ma main le lui
permettait. Le geste minutieux, je levai l’auriculaire et reculai mon poing vers sa
base. Leif suivit le mouvement en me pénétrant davantage. Je levai ensuite
l’annulaire.
Nos corps étaient si différents l’un de l’autre. J’étais molle, spongieuse, étirée
au maximum autour de sa virilité. Et lui était dur comme le roc, inflexible. Le
contraste s’observait jusque dans nos poils pubiens, les siens bouclés et drus, les
miens duveteux et raides.
Leif se retira à peine, pas suffisamment pour me laisser un manque. J’ondulai
un peu du bassin. Il se retira encore et toucha au point crucial. Je grinçai des dents
et lui attrapai brusquement les bras.
— Si tu continues, je…
Il resta à ce niveau et opéra un léger va-et-vient. Je tendis les jambes et les
nouai autour de sa taille.
— Comptes-tu jouir pour moi, Sophie ? me demanda-t-il en plongeant une
main dans mes cheveux qu’il tira légèrement pour basculer ma tête en arrière.
J’aime quand tu jouis, ça te rend si belle, et tes petits bruits sont… (un
grognement) si excitants.
Jamais de ma vie je n’aurais pensé qu’un homme me dirait une chose pareille.
Il n’en fallut pas plus – il faut dire que la pression de son sexe aidait – pour me
propulser au bord du gouffre. Mon orgasme fut plus court que le précédent, peut-
être parce que Leif n’avait pas touché mon clitoris.
— C’était facile, s’amusa-t-il comme s’il me remerciait d’avoir joui.
— Je peux bouger ? m’enquis-je lorsque j’eus enfin retrouvé ma respiration,
et je remuai sous son corps massif pour illustrer ma demande. Comme ça, je veux
dire.
Leif éclata d’un rire tendu et surpris.
— Oh ! Oui, je t’en prie.
— Mon premier amant n’aimait pas ça.
Je soulevai les hanches et… Oh, bon sang ! C’était comme s’il me remplissait
partout en même temps. Un cri se coinça dans ma gorge tandis que je m’agrippais
à son dos de ma main libre.
— Sophie. Tant que tu es avec moi, je veux que tu sois libre de faire ce que
bon te semble.
Son souffle chaud contre mon oreille me fit frissonner. Il se pencha sur un
coude et me regarda dans les yeux pour ajouter :
— Parce que je ne suis pas comme eux.
Une larme roula sur ma joue, et je reniflai, gênée. Je n’allais quand même pas
pleurer devant lui ! Il pourrait paniquer, à mon grand désarroi. Mais ses petites
attentions m’allaient droit au cœur. C’était comme s’il me respectait, même si je
n’étais que son plan cul du soir.
Leif se pencha pour déposer un baiser sur la trace qu’avait laissée ma larme.
— Ça reste agréable ?
— Oui, murmurai-je d’une voix frêle, roulant des hanches.
— Tant mieux, pour moi aussi.
Pendant qu’il m’embrassait, je relâchai son membre et posai les mains sur ses
épaules, les doigts bien écartés. Leif accéléra à peine le rythme, puis adopta une
cadence régulière sans jamais s’enfoncer trop loin. Je suivis à la fois mon instinct
et ses mouvements pour en tirer un maximum de plaisir.
— J’ai un autre secret à te révéler, chuchota-t-il. La plupart des femmes
atteignent difficilement l’orgasme avec la pénétration seulement. Ce qui rend ce
genre de position…
Délicat, il me fit serrer les jambes entre les siennes, son sexe toujours plongé
en moi.
— … idéale.
Toute la longueur de son érection se frottait à mon clitoris tandis qu’il
reprenait son va-et-vient alangui. Je l’attrapai par les hanches et le fis s’arrêter
pour le sommer d’accélérer. Derrière l’arrondi léger de mon ventre, j’apercevais
son engin courbé pour s’adapter à ma morphologie, ainsi que la base soyeuse du
préservatif lorsqu’il se retira pour s’enfoncer de plus belle. Je geignis sous la
torture délicieuse de cette traînée langoureuse sur mon bourgeon sensible.
Les lèvres serrées, je m’efforçai de retenir les cris que m’inspirait le contact
répété de son gland contre mon point G.
— Non, Sophie, je veux t’entendre. Dis-moi ce qui te plaît.
— Ça ! m’écriai-je en le serrant de partout. Juste là !
Lui qui voulait m’entendre, il ne devait pas être déçu. Tout Los Angeles était
au courant. Je m’égosillais sans relâche. C’était trop bon, alors tant pis, le
ridicule ne tue pas.
Mon souffle se fit saccadé. Les orteils recroquevillés, je me crispai de tout
mon être. C’était exactement comme les soirs où je me caressais seule dans ma
chambre, à cela près que j’étais excitée jusqu’au point de non-retour. Son corps
était divin, pressé sur le mien. J’étais suffisamment à l’aise pour me balancer
doucement à son rythme.
— Oh, je…
Au bord de la délivrance, je me figeai, la bouche entrouverte. L’air me
manquait.
— Dis-le, Sophie, m’ordonna-t-il.
Sa voix autoritaire me fit basculer du côté de l’extase, et je serrai les draps
dans mes poings.
— Oh, je jouis ! Je jouis ! répétai-je inlassablement tandis que les muscles de
mon vagin se contractaient par spasmes.
Je posai les paumes sur mes seins et agaçai mes tétons en me laissant porter
par cet orgasme qui ne semblait pas vouloir se terminer.
— Oh, putain ! grogna Leif, les yeux rivés sur mes mains tandis qu’il piquait
une accélération.
Mes jambes coincées par les siennes, je ne pus soustraire mes parties
sensibles à son frottement continuel. J’enfonçai les talons dans le matelas et
gigotai comme un ver, ce qui ne fit qu’accentuer la friction, et avec un cri, je jouis
une seconde fois dans la foulée, recouvrant de mes fluides extatiques son sexe,
mes cuisses, et le drap sous mes fesses.
Leif me martelait brutalement à présent, et je m’en fichais. Je le voulais plus
loin, toujours plus profond. Tant pis pour la douleur. J’avais presque envie
d’avoir mal. Est-ce que ça fait de moi une sadomasochiste ? Forçant un peu, je
parvins à libérer l’une de mes chevilles, et Leif comprit rapidement. Sans ralentir
la pénétration, il noua mes jambes autour de sa taille. En accueillant ainsi toute
son érection, j’étais abasourdie, étourdie, enivrée, mais peu m’importait. Les
lèvres serrées, j’accompagnai chacun de ses assauts en m’agrippant à ses épaules,
étouffant mes cris dans son cou tout en l’incitant à continuer, épousant chaque
poussée par un coup de bassin en hurlant des « oui ! » transportés.
Le lit remuait, le sommier craquait sous le poids de notre baise frénétique.
J’étais bouleversée. Les ongles enfoncés dans sa chair, je poussai des plaintes
animales, et Leif s’enfonça une dernière fois, puissante, avant de se tendre au-
dessus de moi et de planter les dents dans mon cou.
Il y eut un silence avant que nous ne fûmes capables de bouger. Leif releva la
tête, clignant des yeux avec surprise.
— Eh bien, dit-il, pantelant, en se redressant sur les coudes. Ça ne s’est pas
passé comme je l’avais prévu.
Je ne répondis rien. C’était impossible. J’étais… sous le choc.
L’espace d’un instant, je crus qu’il était déçu. Mais c’était peu probable. Et
puis, je l’imaginais mal me critiquer alors qu’il avait été adorable depuis le
début.
Il se retira et s’allongea près de moi, le souffle court.
— Ça va ?
J’acquiesçai en silence, de peur de dire n’importe quoi, même s’il ne me
voyait pas, puisqu’il admirait le plafond comme un homme qui viendrait
d’assister à un accident de voiture. Alors, d’une petite voix pathétique, je lui
répondis :
— Oui, pas trop mal.
Leif roula sur le côté pour me regarder.
— Pas trop mal ?
— Je… Je ne sais pas.
Je fermai les yeux. Ne pleure pas, ne pleure pas. Difficile de contrôler le
déluge émotionnel qui me submergeait.
— Je ne me suis jamais sentie aussi… vulnérable. C’est le mot, pas vrai ?
Personne ne m’a jamais connue sous cet angle.
— Tu as été fantastique, murmura-t-il en me caressant la joue du dos de ses
doigts. Ce fut le clou de mon voyage.
Je me mis à rire.
— Mais il n’a même pas commencé, ton voyage.
— Ça n’a aucune importance.
Puis il plaqua ses lèvres sur les miennes pour un long baiser.
Chapitre 4

Nous mîmes longtemps à nous remettre de cette euphorie sensuelle, allongés


sur le lit dans un silence, ma foi, pas désagréable, mais plutôt évocateur du choc
qui venait de nous assommer.
— Waouh, finis-je par balbutier, comme c’était le seul mot qui me venait à
l’esprit.
— Comme tu dis, ironisa Leif, fatigué. Je ne sais pas pour toi, mais je meurs
de faim. Est-ce qu’ils ont un room service, d’après toi ?
Comment lui avouer que je n’en avais pas la moindre idée ? Les seuls hôtels
que je connaissais étaient du genre motel en bord de route dans de petits villages
forestiers.
— C’est toi le grand voyageur, tu devrais le savoir.
— Oui, mais chaque endroit est différent.
À présent que nous avions terminé notre affaire et que l’excitation n’endormait
plus mes sens, je me rendais compte de la taille de son engin : les tissus de mon
vagin me faisaient souffrir.
— Est-ce que ça va ? s’inquiéta Leif en remarquant ma main calée entre mes
cuisses.
— Oui, c’est un peu endolori, c’est tout, répondis-je en me redressant pour
replier mes genoux contre ma poitrine. J’aurai besoin d’une petite pause avant de
recommencer.
— À qui le dis-tu ! s’exclama-t-il en riant. Moi, il va bien me falloir une
demi-heure.
Il se leva et disparut dans la salle de bains. Sur les draps, une grande tache
attira mon regard. Beurk ! J’avais la désagréable impression de m’être pissé
dessus. J’avais entendu parler de l’éjaculation féminine, mais je croyais à un
canular. En tout cas, dans les pornos que j’avais regardés avec ma copine
Amanda, ça n’avait rien de crédible.
— Excuse-moi pour la… fuite, lançai-je fort pour qu’il m’entende malgré
l’eau qui coulait du robinet.
Leif reparut, entièrement nu, ne se souciant visiblement pas de se promener
dans son plus simple appareil devant une inconnue.
— Tu disais ?
Je lui montrai les draps.
— Désolée pour ça, c’est dégoûtant.
— Mais non, au contraire, je trouve ça plutôt excitant.
Il avait une façon de prononcer « plutôt » qui le rendait plus british que
jamais et terriblement craquant.
— Et puis, nous avons toujours l’autre lit.
Joignant le geste à la parole, il en tira les couvertures et s’y installa en
tapotant la place libre à côté de lui.
— Tu viens ?
Que disent les conventions au sujet des câlins au lit avec un rancard d’un
soir ? J’avais vraiment envie de me blottir contre lui, peau contre peau, mais je
craignais qu’il ne me prenne pour un pot de colle sentimental.
Il m’attira vivement contre son corps chaud, dissipant mes doutes. Je reposai
la tête sur son torse, curieuse du naturel avec lequel nous adoptions cette position.
À croire que les corps sont formatés pour les câlins. Il enroula un bras autour de
moi et me serra brièvement.
— Merci, c’était merveilleux.
— Hum, oui, acquiesçai-je, laissant échapper un gloussement fatigué. Dis-moi
franchement, tu ne serais pas l’ange du sexe descendu sur terre pour montrer aux
femmes ce qu’elles loupent ?
— Ce serait agréable, comme boulot, admit-il avec un soupir, laissant courir
ses doigts le long de mon dos.
— Ou bien une sorte de lutin sexuel, rectifiai-je, prise de remords vis-à-vis
de ma comparaison religieuse. Un lutin qui exaucerait tous les vœux les plus
secrets des femmes blasées par leur routine.
— Personnellement, je ne qualifierais pas ainsi ta vie sexuelle. Celle de tes
deux ex, en revanche…
Il avait presque l’air agacé.
— Tu leur en veux à cause de ce qu’ils m’ont fait ?
Le sourire aux lèvres, je relevai la tête et, sans réfléchir, déposai un baiser
dans son cou. Il sentait divinement bon, même si le sexe embaumait encore mes
narines.
— Oui, les expériences sexuelles ratées m’énervent de manière générale,
soupira Leif en m’embrassant sur le front. Et si tu penses avoir besoin d’un lutin
sexuel pour arranger les choses, alors vraiment, c’est énervant.
— J’ai compris la leçon. À partir d’aujourd’hui, terminé le sexe décevant,
promis-je.
— Au moins 70 % de la réussite d’un coït repose sur une bonne
communication entre les partenaires. Garde bien ça en tête, c’est indispensable.
— Aussi indispensable que de savoir où se trouve mon point G ? pouffai-je.
— Seulement si tu as envie d’aider quelqu’un à le trouver.
Mes yeux se fermaient tout seuls. Son corps était si chaud que j’aurais pu
m’endormir, mais je ne voulais pas perdre une seule seconde du peu de temps
qu’il nous restait. Je m’assis pour ne pas sombrer.
— Bon… Tu es prêt à exaucer encore d’autres vœux ce soir ?
— Absolument, articula-t-il lentement, le sourire paresseux. Qu’est-ce que tu
as en tête ?
— Eh bien, hum… Je n’ai jamais été au-dessus.
Mon pouls s’emballait, et mon visage s’empourprait.
— Facile. Autre chose ?
— Je n’ai jamais essayé la levrette.
La liste des positions qu’il me restait à découvrir était encore longue. En
parcourant mentalement ce catalogue, il me vint à l’esprit quelque chose que
j’avais vu sur Internet.
— Et puis, je n’ai jamais…
Je dus m’interrompre pour glousser dans ma barbe.
— Tu n’as jamais ?
Me cachant le visage, j’écartai les doigts pour y glisser un coup d’œil puis
répondis :
— Je n’ai jamais fait les trucs… par-derrière.
Il rit.
— Les trucs par-derrière ?
— Oui, tu sais. Le sexe… anal.
— Oh, hum.
Il s’éclaircit la voix.
— Je ne suis pas certain d’être celui qu’il te faut. Je n’ai rien contre toi, mais
tu manques d’expérience, et moi, je suis…
— Monté comme un taureau ?
Je m’emparai d’un oreiller et le serrai contre ma poitrine.
— Tu as vu ce qu’il en était ce soir, et je ne voudrais pas gâcher ta première
expérience anale. C’est tout.
— On peut toujours essayer, insistai-je.
Quand allais-je retomber sur une occasion pareille ? Je ne connaissais pas ce
type, j’ignorais jusqu’à son nom de famille, mais en ce qui concernait le sexe, il
m’avait prouvé que je pouvais lui faire confiance.
En repensant aux dix petites heures qui nous étaient allouées, je ressentis
comme une pointe de tristesse. Quand croiserais-je à nouveau un homme anglais
et sexy qui s’inquiétait plus de mon plaisir que du sien ? C’était comme si j’avais
gagné le jackpot à la machine du hasard sexuel.
— S’il te plaît, le suppliai-je. Tu as dit « tout ce que je voulais ». Je n’ai
encore jamais essayé, tu serais ma première fois.
Il retint son souffle, le temps de la réflexion.
— Dans ce cas, voyons ce que ça donne.
Au risque d’être tourmentée par ma conscience, je ne pus résister à l’appel de
ce lit douillet et m’y enfonçai volontiers. Cette fois-ci, Leif se colla à mon dos et
posa sa paume sur mon ventre. À la grandeur de celle-ci, j’aurais pu deviner qu’il
était bien doté, d’après les spéculations que nous nous amusions à faire avec mes
copines de lycée sur le rapport entre la taille des mains ou des pieds des garçons
et celle de leur sexe.
Il chatouilla doucement mon oreille avec le bout de son nez.
— Je crois que nous devrions commander à manger auprès du room service.
Mon estomac acquiesçait, mais mes paupières se faisaient de plus en plus
lourdes.
— Mmm.
J’étais soudain épuisée. Entre mon réveil à l’aube, le premier vol qui m’avait
fait traverser le pays, puis cette soirée torride…
Je jetai l’éponge et me laissai sombrer dans le sommeil.

J’ignorais combien de temps je m’étais assoupie, mais j’avais dormi
profondément, car je mis un moment à me rappeler où j’étais à mon réveil.
J’entendis Leif ouvrir la porte.
— Je m’en occupe, chuchota-t-il. Quelqu’un dort.
À son retour, il était torse nu, en jean. Et moi qui pensais que seuls les
Américains pouvaient être hypersexy avec ce look, il venait de me prouver le
contraire.
— Tu es réveillée ? Parfait. J’espère que je n’ai pas fait trop de bruit, dit-il en
désignant la porte.
— Un peu, mais ce n’est pas grave. J’ai dormi longtemps ?
— Une quarantaine de minutes.
Tandis qu’il posait le plateau au bord du lit, je me redressai et chassai les
cheveux devant mes yeux.
— Excuse-moi, je t’ai abandonné.
— Non, ce n’est rien du tout, m’assura-t-il en s’asseyant à côté de moi avant
d’attirer le plateau vers nous. Mais, comme je n’ai pas pu te demander ce que tu
voulais, j’ai fait dans le classique. Choisis celui que tu veux.
Il souleva les cloches de métal. Dans une assiette, un cheeseburger et des
frites. Dans l’autre, des pancakes et de la saucisse. Je levai le visage vers Leif.
— Et si j’étais végétarienne ?
— Eh bien, je me demanderais d’où vient cette épidémie, grommela-t-il à
demi-mot, avant de faire la grimace. Pardon. Et donc, tu es végétarienne ?
— Non.
Je choisis les pancakes.
Leif cala l’assiette de hamburger sur ses genoux.
— Tu t’es bien reposée ?
— Oui, ça va, dis-je pour ensuite me contredire en bâillant. Tout à l’heure, tu
m’as épuisée.
— Dépensons toutes nos batteries. Nous aurons tout le temps de les recharger
dans l’avion demain.
Et il m’adressa un clin d’œil. C’était bien la première fois que le clin d’œil
d’un homme me faisait craquer au lieu de me donner la nausée.
— Ce sera vraiment long, alors ?
Bien sûr, je savais que le vol durerait onze heures, mais j’avais encore du mal
à m’imaginer en l’air aussi longtemps. Surtout en ayant trouvé le trajet depuis
Green Bay interminable.
— Oui, très. Je ne supporte pas ça, affirma Leif en mordant dans une frite,
puis il me donna un petit coup de coude. Tu pourrais toujours annuler ce billet et
rentrer à New York.
Sa remarque me hérissait. Leif ne me connaissait pas. De quel droit se
permettait-il ce type de commentaire ? Je couvris mes pancakes de confiture.
— Non merci, c’est gentil.
— Excuse-moi, c’était déplacé, s’empressa-t-il d’ajouter, l’air sincèrement
désolé.
Je ne lui en voulais déjà plus. Armée de mes couverts, je découpai mes
crêpes.
— Bon. Tu n’aimes ni les ascenseurs ni l’avion, et visiblement tu ne portes
pas les végétariens dans ton cœur non plus. En revanche, tu aimes les voitures et,
de toute évidence, le sexe. Quoi d’autre ?
— Le bon whisky et les grasses matinées du dimanche.
Il croqua dans son hamburger.
— Un homme dans toute sa simplicité, conclus-je en souriant.
Après avoir dégluti et récupéré son verre d’eau sur le plateau, il me
demanda :
— Et toi, en dehors de William Faulkner et d’une pression intense sur ton
point G, qu’est-ce qui te fait vibrer ?
Je manquai de m’étouffer.
— Quel pervers !
Il haussa les épaules, l’air de dire : « Je n’y peux rien, je suis comme ça. »
Je coupai un bout de saucisse avec la tranche de ma fourchette.
— Ma passion, c’est surtout la mode. Je sais, ça paraît superficiel…
— J’écris sur des voitures qui coûtent six fois le revenu annuel moyen d’un
foyer en Angleterre, m’interrompit-il.
— Touchée, admis-je en portant la nourriture à ma bouche.
Je mâchouillai rapidement, mal à l’aise d’avoir omis un sujet qui aurait dû
être au centre de mes préoccupations. J’essayai un rattrapage de justesse.
— Je pensais vraiment que la littérature américaine serait ma vocation. Je
pensais l’enseigner, ou quelque chose comme ça. Mais, finalement, je ne suis pas
sûre que ce soit vraiment mon truc.
Impressionnant ! J’arrivais presque à me convaincre que j’avais une licence
de lettres en poche. Ne devrais-je pas m’inquiéter de mentir aussi facilement ?
— J’imagine que c’est ce qui t’a incitée à prendre cette année sabbatique.
Je fis mine d’y réfléchir.
— Oui, peut-être.
— Tu n’as jamais songé à te réorienter pour travailler dans la mode ?
Là encore, il adoptait ce ton paternaliste qui pousse l’enfant à la réflexion
sans vouloir le bousculer.
Hum… Je n’aimais pas ça du tout.
— Je te trouve bien concerné par mon avenir, alors qu’on ne se connaît même
pas.
— Tu as raison, je dépasse les limites.
Il aurait au moins pu s’excuser.
— En tout cas, garde ton énergie pour autre chose, parce que ma décision est
prise. Et quand j’ai une idée en tête, je vais jusqu’au bout. Point final.
En espérant que ce point final valait aussi pour cette conversation.
Je grignotai à peine le contenu de mon assiette. Ce n’était pas que je manquais
d’appétit, mais j’avais peur de trop manger et de m’endormir pour digérer, alors
que le deuxième round s’annonçait aussi torride que le premier. Leif, en revanche,
dévorait son hamburger à une vitesse record.
— Waouh, tu avais faim.
Oups ! Et moi qui déteste commenter la façon dont les gens mangent.
C’était la première de mes bonnes résolutions en partant de chez ma mère.
— J’ai dépensé toute mon énergie à te baiser, répondit-il d’un ton banal,
comme s’il n’y avait rien de plus naturel au monde.
Les adultes se parlaient-ils toujours aussi crûment ? En tant que novice, je
devais apprendre les usages de ce nouveau monde pour mieux me fondre dans la
masse.
— C’est tellement vulgaire, gloussai-je.
Les sourcils froncés, Leif reposa son assiette sur le plateau.
— Comment veux-tu parler autrement de sexe ?
— Je ne sais pas. Disons plus… poliment ?
Je l’imitai et rangeai mon assiette, puis tirai le drap sur ma poitrine.
— Je suis très poli, se défendit-il.
— Oui, c’est vrai. Mais je voulais parler du vocabulaire. Tu sais, éviter de
dire « baiser », ce genre de choses.
— Tu n’appelles pas ça baiser, toi ?
— Si, dans ma tête. Mais pas à voix haute. (On croirait entendre une nonne.)
Je ne sais pas. Je crois que j’aurais des remords, c’est tout. J’aurais l’impression
d’enlever tout son charme au sexe.
— Tu sais, Sophie, quel que soit le terme employé, te baiser ne perdra jamais
de son charme.
Leif marqua une pause, soudain troublé par une pensée.
— Mais pourquoi aurais-tu des remords ?
— Je suis catholique.
Une réponse courte, mais suffisamment claire pour la plupart des gens.
— Tu peux apprendre à t’en débarrasser. Des remords, je veux dire, pas du
catholicisme, précisa-t-il vivement, de peur de me vexer.
— Je ne crois pas, non. Si l’on est religieux, on croit que chaque orgasme est
une trahison envers notre famille.
Je pouffai à ma plaisanterie.
— Si c’était vrai, la tienne t’aurait déjà reniée, ricana Leif. Et avec ce que je
te réserve encore ce soir, ça n’ira pas en s’arrangeant.
J’en frissonnais d’impatience. Mon corps n’avait pas oublié les délices que
lui avait prodigués Leif, et il en réclamait davantage.
— Tu sais, je n’avais jamais vu d’homme tout nu avant, soupirai-je, un coude
sur la tête de lit rembourrée.
— Même pas les types avec qui tu as couché ?
— Non. C’était la nuit, et on était pressés, répondis-je en laissant mon regard
se promener sur son torse. Tu es plutôt bien fichu, bien qu’un peu poilu.
— Un peu poilu ? s’amusa Leif, malgré ma pique.
— Ben quoi ? C’est la vérité, affirmai-je avec un haussement d’épaules.
— Comment réagirais-tu si je commentais tes petits défauts ?
Je laissai échapper un petit rire.
— Je te défie d’en trouver.
Personnellement, je pouvais citer une longue liste, mais c’était plus drôle de
faire mine d’être sûre de moi.
— Premièrement, tes seins sont beaucoup trop beaux, feignit-il l’indignation.
Et tes yeux trop profonds.
— Mon pauvre, ce doit être atroce de passer la nuit avec moi. Mais tu sais, tu
peux parler ! Avec ta langue coquine et ton énorme…
— Mon énorme quoi ? me défia Leif.
Je secouai la tête.
— Pas de vulgarité ! Nous en avons déjà parlé.
Il but une longue gorgée d’eau puis posa le plateau au bout du lit avant de
repousser les draps à nos pieds.
— Qu’est-ce que tu fais ? demandai-je alors qu’il s’installait entre mes
jambes.
— Je te pousse à la vulgarité.
Sa voix fut étouffée par mes cuisses de chaque côté de sa tête.
Je m’attendais à sentir sa bouche, mais sûrement pas un glaçon. Il
l’introduisait avec sa langue entre les lèvres de mon sexe. Les sensations étaient
vertigineuses.
— Comment veux-tu que je sois vulgaire si je n’arrive même pas à parler ?
geignis-je en soulevant les fesses contre sa figure.
J’essayai d’oublier que nous avions baisé à peine une heure auparavant et que
mon entrecuisse n’était pas au top de la propreté. Sinon, je l’aurais repoussé.
Mais, finalement, Leif n’avait pas l’air de s’en plaindre.
Il avait sans doute raison. J’étais trop prude, et pas seulement pour le
vocabulaire, mais pour l’acte en général. J’étais à l’autre bout du pays, dans une
chambre d’hôtel avec un inconnu, à m’investir corps et âme dans des pratiques
sexuelles qui m’étaient jusque-là étrangères. L’incarnation même de l’esprit
d’aventure. Mais pour le vocabulaire, peut mieux faire.
L’eau froide du glaçon fondu gouttait dans ma fente pour s’écouler dans les
draps.
— Attends, les deux lits vont être mouillés !
Leif prit dans sa bouche ce qui restait du glaçon et articula :
— Vu ce qui s’est passé sur l’autre, celui-ci aurait fini trempé tôt ou tard.
Je rougis jusqu’aux pointes de mes seins durcies.
— Ça te plaît vraiment, alors ?
— Tu veux parler de la preuve que j’ai fait jouir une femme ? Si ça me plaît ?
C’est une question rhétorique, n’est-ce pas ?
Il replongea entre mes jambes et passa lentement la langue sur ma toison, puis
reprit le glaçon entre ses lèvres et le fit tourner autour de mon clitoris.
Je m’agrippai aux oreillers.
— Oh, mon Dieu !
— Sophie, je t’ai réclamé de la vulgarité. Je veux t’entendre dire les pires
cochonneries, sois sale. Sinon… (Il croqua le glaçon et l’avala.) Tu seras privée
d’orgasme.
Quoi ?!
— Tu comptes me punir ?
— On peut le voir comme ça, si tu veux, répondit-il avec un sourire. Ou bien,
tu peux le prendre comme une récompense.
Reposant sa bouche sur ma féminité, il me tapota du bout de la langue.
Chevauchant son visage, je le maintins fermement en place, les mains emmêlées
dans ses cheveux. Leif s’empara de mes petites lèvres puis les relâcha avec un
bruit de succion obscène.
— Oh, putain ! m’exclamai-je, alors que ce mot m’évoquait tout sauf ce
contexte. Leif, s’il te plaît…
— S’il te plaît quoi ? Dis-moi ce que tu veux, et je le ferai.
Mes méninges travaillaient furieusement. Je ne voulais pas qu’il arrête et, en
même temps, je craignais d’être trop vulgaire et de rompre le charme. Même s’il
n’avait pas l’air du genre à s’offenser pour un mot grossier.
— Je veux… Je veux…
— Dis-le, Sophie.
Je fermai les yeux très fort. Leif insista :
— Dis-moi : « Je veux que tu me fasses jouir. »
— Je veux que tu me fasses jouir, haletai-je volontiers, ravie de son coup de
pouce.
— « Je veux que tu me broutes la chatte. » Dis-le, Sophie.
Plongeant l’index, il le referma en crochet. Ma voix s’éleva dans les aigus et
s’érailla lorsque je m’écriai :
— Je veux que tu me broutes la chatte !
Frottant son doigt à mon point G, il appuya dessus en léchant mon clitoris.
D’une main, je m’agrippai à ses cheveux, et de l’autre, à ma poitrine. Leif me
força à plaquer les cuisses sur le matelas avec son avant-bras musclé, puis il
releva la tête.
— Tu as oublié le mot magique. C’est le plus important.
Ma raison s’embrouillait. Et puis, son doigt à l’intérieur de moi ne m’aidait
pas à réfléchir. Je baissai les yeux, choquée de la couche luisante sur son sourire
coquin.
Seul mon désir presque douloureux me permit de balbutier :
— S’il te plaît !
Il enfonça un deuxième doigt et crocheta… presque trop violemment. Cette
pression suffit à me propulser vers l’orgasme, et sa bouche sur mon clitoris
confirma l’accès au plaisir. Les cuisses serrées sur ses tempes, j’ondulai du
bassin, mais plus j’approchais de la délivrance, plus elle semblait m’échapper.
J’avais peur de ne pas le supporter. Comment survivre au sursaut ultime qui
annihilerait toute mon énergie ? Pourtant, je n’avais pas le choix. Alors que je
croyais ne pas en ressortir indemne, l’orgasme me transporta, et je me mis à
remuer frénétiquement sous les assauts de sa bouche. Je perdais le contrôle de
mon corps, mes jambes se tendaient par réflexe, mes orteils se recroquevillaient,
et je poussais des cris sauvages que je ne m’entendrais sans doute plus jamais
produire. Le drap-housse se froissait sous mes fesses, et je mis un temps à
comprendre que je l’avais défait de ses coins à force de tirer dessus comme une
acharnée.
La redescente fut presque aussi violente que la montée. Ma cage thoracique se
soulevait par vagues. J’avais dû grincer des dents parce que ma mâchoire était
douloureuse. Et… oh, non ! Les draps étaient trempés. Encore !
— J’ai besoin de prendre une douche, grommelai-je.
— Moi, je viens d’en prendre une, dit-il avant d’éclater de rire en s’essuyant
le visage, puis il rampa sur le lit pour remonter à mon niveau.
Sans me laisser le temps de réfléchir, il plaqua un baiser sur mes lèvres. Sa
langue dansa avec la mienne, et je sentis le goût de mon propre plaisir. Sa verge
était coincée entre nos corps, rigide. Il m’aurait suffi de soulever les hanches pour
l’enfoncer où j’en avais envie.
Mais Leif s’écartait déjà, roulant sur le côté pour se lever du lit.
— Je vais faire couler l’eau.
— Est-ce que ça le fera chaque fois que je vais jouir ? désespérai-je en me
cachant le visage, même s’il ne me voyait pas depuis la salle de bains.
— Avec un peu de chance, oui, rétorqua-t-il.
Heureusement que ce n’était pas arrivé avec mes deux précédentes conquêtes.
Je n’aurais jamais tenu jusqu’au baccalauréat en me faisant appeler Sophie la
Squirt. Le surnom dont ils m’avaient affublée après un marathon qui s’était mal
terminé m’avait amplement suffi.
Allongée sur le lit, je refis l’inventaire. Mon vagin ? Rassasié, mais endolori.
Mes quatre membres ? Flasques. Mes muscles ? Contractés à l’extrême, ce qui
ferait de chaque pas un calvaire dès le lendemain matin. Mes cheveux ? Moites.
Et ma gorge ? Sèche.
Je me redressai et pris le verre d’eau que je vidai d’un trait.
L’eau coulait dans la douche. Leif reparut, son jean déboutonné. Je voyais la
forme de son érection sous sa braguette. Son gland dépassait, atteignant presque
son nombril.
Et dire que je l’avais eu entièrement en moi !
Je méritais une médaille.
— Ça va, tu arrives à bouger ? Ou est-ce que tu préfères que je te porte ?
Tout sourires, il s’approcha du lit. Je compris qu’il ne plaisantait pas.
Je le laissai faire.
Un bras glissé sous mes genoux et l’autre dans mon dos, il me souleva comme
si je ne pesais rien. Pouvait-on vraiment être aussi bien conservé ? Je croyais que
ce privilège était réservé aux stars.
— Fais attention, je pourrais y prendre goût, m’exclamai-je en riant. C’est
plutôt agréable de se faire trimballer comme ça.
— Désolé de te décevoir, mais les rues de Tokyo sont trop bondées pour ce
genre de folie.
Il me reposa à terre sur le carrelage de la salle de bains, juste devant la
douche.
— Vérifie la température. Je ne veux pas t’ébouillanter.
— Ça ne risque pas d’arriver. Je sais que c’est mauvais pour la santé et que
ça provoque des varices, mais j’adore l’eau bouillante. Plus c’est chaud, meilleur
c’est.
— Profite de tes vingt-cinq ans, soupira-t-il.
J’en profiterai encore pendant sept ans si ça peut me permettre de
rencontrer des hommes comme toi.
L’eau me caressa la peau comme un million de petites paumes venues masser
mon corps ankylosé. Je me sentais détendue pour la première fois depuis bien
avant mon concours d’entrée à la fac de New York.
Leif s’approcha derrière moi.
— Mouille tes cheveux.
— Qui a dit que tu étais le maître sous la douche ? rétorquai-je en ne
plaisantant qu’à moitié.
Décidément, il était du genre… autoritaire.
Ça me plaît.
Je baissai la tête et avançai sous le jet, laissant échapper un soupir de plaisir
quand l’eau me tomba sur les épaules. Leif posa ses mains sur mes cheveux. Elles
sentaient le shampoing.
— Tu me laves les cheveux ? m’étonnai-je en ajoutant aussitôt cela à ma liste
de « ce que devront faire mes futurs petits amis ».
Il me malaxa le crâne du bout des doigts.
— Oui, et je peux te laver ailleurs pendant des heures, si tu veux. Tu n’as qu’à
le demander.
Je pouffai de rire.
— Tu es vulgaire !
— Oui, tu me le répètes souvent.
— Mais pourquoi ? Je veux dire, ce n’est pas courant, quand même. Si ?
— J’aime le sexe, expliqua-t-il d’un ton dégagé. J’aime baiser et j’aime en
parler, surtout vulgairement.
— Et moi, j’aime t’écouter quand tu es vulgaire.
Je basculai la nuque en arrière et savourai le ruissellement sur mon visage.
— Mais je ne suis pas certaine d’arriver un jour à ton niveau.
— Tu peux toujours essayer, me proposa-t-il. Rince-toi les cheveux.
Je m’exécutai, puis me plantai devant lui, clignant des yeux pour chasser les
gouttes d’eau.
— On va jouer à un jeu.
Leif s’empara du savon et me fit signe de me retourner.
— Histoire de te mettre à l’aise, ajouta-t-il.
— À l’aise avec quoi ?
— Avec le langage cru.
S’il existait une personne capable de me décomplexer sur ce sujet, c’était bien
lui. Il m’avait déjà fait accepter bon nombre d’autres choses que je n’aurais
jamais pensé faire un jour.
— Pose les mains sur le mur et ne bouge plus.
— OK.
J’obtempérai en frissonnant. J’adorais obéir à ses ordres.
Une fois ses paumes couvertes de mousse, il les fit courir sur mes épaules.
— C’est le point de départ. Si tu veux me faire aller ailleurs, tu n’as qu’à me
le dire. Mais uniquement avec un langage cru, parce qu’il n’y a que les parties
sales de ton corps qui ont besoin d’être nettoyées.
— Je dois donc m’exprimer le plus vulgairement possible ? Par exemple, si je
veux que tu joues avec mes nichons…
Ses doigts glissèrent aussitôt sous mes aisselles pour ensuite épouser la forme
de ma poitrine.
— Je le ferai, conclut-il à ma place.
— Et donc, si je veux que tu me caresses… entre les cuisses ?
J’essayais d’arborer un air innocent, mais pas puéril.
Ses mains se reposèrent sur mes épaules.
— Ça va, j’ai compris, soupirai-je. Fais-moi jouir.
Il éclata de rire.
— Déjà ? Tu ne veux pas d’abord te séduire ?
— Me séduire ? m’indignai-je, à mon tour sarcastique. Je croyais que c’était
ton travail. Après tout, c’est toi, l’homme mature et sexy.
— Merci, c’est gentil.
Quand il posa les lèvres dans mon cou, j’eus le réflexe de me tortiller.
— D’accord, d’accord ! m’écriai-je quand sa barbe de trois jours me
chatouilla l’omoplate. Tripote mes nibards. C’est assez vulgaire ?
Il releva la tête et fit courir ses paumes sur ma poitrine pour emprisonner mes
tétons entre ses doigts. Quand il serra à peine, je sentis mes jambes se dérober.
— Presque, murmura-t-il à mon oreille. Mais sois plus précise. Que veux-tu
que je leur fasse ?
Leif reprit le savon et badigeonna mes seins de mousse par des gestes amples.
Ses pouces glissaient autour de mes mamelons, et je fus surprise de garder le
contrôle de ma voix pour lui répondre :
— Oui. J-Joue avec mes tétons.
Beurk, je détestais mon intonation quand je disais ça. On croirait entendre le
script d’un mauvais film porno.
Leif pressa son érection contre mes reins. Visiblement, mes obscénités étaient
loin de lui déplaire.
Je me frottai contre lui.
— Comme ça, oui. Continue.
Ses effleurements me frustraient. J’en voulais plus. Plus de friction. Il ne
faisait que me taquiner pour attiser mon désir, à la fois par ses mains et par son
sexe.
— Est-ce que tu savais que certaines femmes peuvent jouir rien que par cette
simple stimulation ?
Son timbre rauque et suave apportait à son lexique clinique un érotisme
irrésistible. Il avait sans doute raison. Un frisson me parcourut le cou et les
épaules. Je poussai un gémissement et serrai les cuisses.
— Ça t’aide à jouir de serrer les cuisses comme ça ? demanda Leif en me
mordillant l’oreille.
— Je suppose que oui, soufflai-je, la tête basculée en arrière pour laisser
échapper un nouveau soupir.
— Alors continue, s’il te plaît. Pendant ce temps, je te caresserai jusqu’à ce
que tu m’implores d’arrêter.
— Je ne ferai jamais ça, affirmai-je, en me cambrant pour l’attraper par la
nuque.
Il aventura sa main plus au sud et écarta délicatement les boucles de mon
buisson.
— Dis-moi, Sophie. Que veux-tu que je te fasse ?
— Fais-moi…
— Te faire jouir ? Tu n’as rien de plus imaginatif à me proposer ?
— Je veux que tu…
Je n’arrive pas à croire que je vais le dire.
Il voulait du vulgaire ? Très bien, c’était le plus cru qui me venait à l’esprit.
— Je veux que tu me mettes un doigt dans le cul.
Il se figea, ce qui me fit paniquer. L’avais-je choqué ? Étais-je allée trop
loin ? Pourtant, il avait introduit son pouce dans mon anus quand il me fessait.
Je sentis sa main couverte de savon écarter mes fesses.
Leif me poussa fermement contre le mur, le corps raide derrière moi. Il
s’empara de mon poignet pour m’obliger à tendre le bras au-dessus de ma tête. Je
levai l’autre de façon machinale.
— Tu vois ? Je savais que tu cachais un potentiel de débauchée, susurra-t-il,
mi-taquin, mi-sérieux.
Sa voix me faisait fondre de désir.
Cette fois, je me fichais de produire des sécrétions. Nous étions sous la
douche. Débarrassée de cette crainte, je pus profiter pleinement du frisson qui me
parcourut lorsqu’il inséra le bout de son index dans le cercle étroit de ma rosette.
— Je veux que tu te caresses, Sophie, murmura-t-il en ne relâchant qu’une de
mes mains. Fais-toi jouir et garde en tête que je ne rate rien du spectacle. Je vois
et je ressens tout.
Il voulait du spectacle ? Très bien. C’était une chose que personne d’autre au
monde ne devait savoir, mais rien ne m’excitait plus que de me masturber en
fantasmant les pires actes possibles. Des actes dépravés, dégradants. Toutes ces
pensées défilaient dans mon cerveau, et je poussai contre son doigt en réclamant :
— Encore !
— Tu en veux encore ? répéta Leif avec un rire narquois.
— Oui, je t’en supplie.
Je tripotai mon clitoris avec deux doigts.
— Pourtant, seule une femme très, très vulgaire en demanderait encore, me
provoqua-t-il. Es-tu vulgaire, Sophie ?
— Oui, haletai-je, roulant furieusement des hanches en me doigtant avec une
vigueur mal contrôlée.
— Alors dis-le !
— Je suis…
« Vulgaire », le mot n’était pas assez fort. D’autres qualificatifs me venaient à
l’esprit, mais c’était trop. Après tout, personne n’était là pour me juger. Sauf lui,
et dès le lendemain, il ne serait plus là.
— Je… je suis vulgaire, bafouillai-je. Je suis une salope vicieuse !
De surprise, Leif laissa échapper un petit rire.
— Et qu’est-ce que cette salope vicieuse attend de moi ?
— J’attends que…
Oh, bordel, j’étais au bord de l’extase. J’arrêtai de bouger ma main pour
ralentir mes pulsions. Je ne voulais pas que cette sensation délicieuse s’arrête et,
en même temps, je craignais le sentiment de culpabilité qui suivrait
inévitablement ma jouissance. À ce stade de désespoir, je hurlai :
— J’attends que tu me sodomises !
S’il l’avait fait à cet instant précis, quelle que soit la grosseur de son sexe, je
me serais volontiers offerte à lui. Même si son pouce m’avait déjà paru trop gros,
j’aurais accueilli sa verge tout entière. Je l’aurais laissé me sodomiser
brutalement, j’aurais assumé la douleur sans un regret. Mais Leif refusa et me
pénétra furieusement avec un deuxième doigt. Je n’étais pas loin d’avoir une
crampe à la main tant je me frottais fébrilement. Hissée sur la pointe des pieds, je
contractai tous mes muscles. Mon cri se coinça dans mes poumons, et je jouis si
fort que je vis des taches rouges sur mes paupières closes. Comme je perdais
l’équilibre et penchais dangereusement sur le côté, Leif me rattrapa de justesse
par la taille.
— Sophie ? appela-t-il.
Il devait me croire évanouie.
— Oui, tout va bien, c’est juste un vertige, le rassurai-je en essayant en vain
de me redresser.
Je me sentais faible. Et… oui. Coupable. Le voilà, ce satané sentiment de
regret.
— Et puis, j’ai un peu honte, admis-je à demi-mot. Je suis désolée d’être allée
si loin.
— Mettons les choses au clair, Sophie. Ce que tu viens de faire n’a rien
d’aberrant ni d’écœurant, d’accord ?
Ce n’était pas pour lui que je m’inquiétais. Jusqu’au bout, Leif avait été
avenant et détendu.
— J’imagine que ça fait partie du jeu, de se parler crûment.
— Tant mieux si tu le prends bien, parce que je peux me montrer assez…
brutal, parfois.
— Ce n’est rien, déclarai-je en me retournant dans ses bras. Maintenant que je
sais ce que c’est, la brutalité pendant l’acte, j’aurai peut-être envie de réessayer,
un de ces quatre.
— Tu pourras l’ajouter à ton catalogue pour tes prochains amants.
Son regard fier me fit sourire. Je levai les yeux au ciel.
— Bon, on passe à toi ?
Oups, qu’il n’aille pas imaginer que je lui propose de m’amuser avec son
cul. Les mecs hétéros ne raffolent pas de ces pratiques-là. Enfin, d’après les
clichés.
— Je veux parler de… te faire jouir ? Les hommes aiment se masturber avec
du savon, non ?
Son rictus moqueur me laissa penser qu’il se fichait de moi.
— Seulement s’ils apprécient l’irritation ou la brûlure, deux mots que j’ai
moyennement envie d’associer à mon pénis.
— En tout cas, pour la masturbation, ma proposition tient toujours, insistai-je
avec le sentiment de passer pour une idiote. Tu pourrais rectifier d’autres
préjugés que je pourrais avoir. Ce serait une sorte de cours magistral.
— Je commence à croire que tu as un faible pour les relations maître-élève,
s’étonna Leif, le sourcil interrogateur. Serais-tu amoureuse de l’un de tes profs de
littérature ?
— Oui, je rêve qu’on me penche sur un bureau pour me fesser à coups de
règle en bois.
En quittant la cabine de douche, je voulus récupérer une serviette de toilette,
mais Leif me retint par le poignet.
— Attends, je veux profiter encore un peu de toi comme ça. Tu es tellement
belle.
Sa voix était rauque, presque suppliante.
— Tu sais, les gens me le disent rarement.
Si je ne le tournais pas en plaisanterie, j’en chialerais. Puisque, en dehors de
ma mère qui, forcément, me complimentait sans arrêt sur ma beauté, personne ne
l’avait jamais fait.
Leif posa tendrement sa main sur ma joue pour m’inciter à lever la tête comme
s’il voulait m’embrasser. Mais à mi-chemin il s’immobilisa, laissant son souffle
chaud me frôler les lèvres, et murmura :
— C’est qu’ils ne t’ont jamais vraiment regardée.
Chapitre 5

Je me perdis dans son regard, enivrée par tant de compliments. Comme


magnétisée par mes pulsions sexuelles, je tombai à genoux sur le carrelage.
— Attends, installe-toi là-dessus.
Leif plia une serviette de toilette pour en faire un coussin épais qu’il posa
devant moi.
Je m’assis sur mes talons face à son imposante érection. Je le pris dans mon
poing et entamai un mouvement de va-et-vient.
— Doucement, doucement, siffla-t-il gentiment.
— Désolée.
J’étais rouge de honte, mais m’efforçai de ne pas le montrer. Ralentissant le
geste, je levai les yeux vers lui, capturant du bout de la langue les gouttes qui
tombaient sur ma lèvre supérieure. Mes cheveux trempés s’amassaient dans mon
dos, guidant l’eau qui ruisselait entre mes fesses.
— Ne t’excuse pas, Sophie, répliqua Leif avec un grand sourire. Décidément,
tu ne plaisantais pas, tu viens vraiment du Midwest.
Je fronçai les sourcils.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que tu t’excuses constamment.
Touchée.
Mais qu’il fasse attention, car moi aussi, je le touchais.
— Tu ne devrais pas faire le malin avec une femme qui tient ton sexe à sa
merci.
— Jusqu’à présent, tu m’as prouvé que je pouvais te faire une confiance
aveugle. Utilise tes deux mains, si tu veux, me proposa-t-il avec un hochement de
tête.
— Avoue que tu adores te vanter d’en avoir une énorme.
Je le taquinais, mais pour être franche, il était bien plus pratique de le prendre
ainsi. Avec mes pouces, je frôlai le dessous de sa verge.
— C’est bien, comme ça ?
— Oh, oui, haleta-t-il.
— J’ai lu ça dans Cosmopolitan.
La façon dont le petit bout de peau près de son gland roulait sous mes doigts
me fascinait.
— N’applique pas à la lettre tous leurs conseils, m’avisa Leif. Ils ont déjà
recommandé l’utilisation de papier de verre sur le gland.
— Non, sérieux ?!
En même temps, j’y avais déjà trouvé des articles douteux. Par exemple, ils
avaient suggéré dans un numéro d’enfiler un donut autour de la verge.
Mais ils m’avaient également expliqué de tourner légèrement le poignet en
masturbant un homme, astuce qui parut fonctionner à merveille sur Leif. La tête
rejetée en arrière, il prit une profonde inspiration par le nez. Je sentis son pouls
s’emballer sous mes caresses. Il durcissait.
Humectant mes lèvres, je me penchai en avant, retroussai son prépuce et le
pris dans ma bouche.
Leif fut prompt à me signifier que ce n’était pas une bonne idée. Il saisit mon
épaule et se retira prestement.
— Non, non. C’est…
Il avait l’air en panique comme quelqu’un qui aurait enfoncé les doigts dans
une prise électrique et serait surpris d’être encore vivant. Retrouvant son souffle,
il me dit :
— Puis-je me permettre un précieux conseil ?
Je me mis à rougir si fort que j’eus peur de tourner de l’œil.
— Je suis désolée, je ne savais pas…
— Ce n’est rien.
Difficile à croire, mais j’étais rassurée qu’il m’ait si vite pardonnée. Il reprit :
— Tu comprends, après tout ce qu’on vient de faire, c’est un peu douloureux.
— Oh, je n’y ai pas pensé.
Sans doute parce que la douche avait accompli des miracles sur mon corps
qui réclamait déjà de se remettre au travail.
— Repousse mon prépuce, mais doucement et pas jusqu’au bout, me
conseilla-t-il en m’observant faire, puis il m’arrêta quand le gland fut à peine
décalotté. Voilà, c’est parfait. Maintenant, ramène-le. Pas trop loin.
Le poing toujours serré, je m’exécutai, puis recommençai la manœuvre.
— Tu apprends vite, me complimenta Leif avec un rire tendu.
— Et maintenant, si j’ai envie de te prendre dans ma bouche…
— Eh bien, tu retrousses de nouveau mon prépuce. (Ce que je fis.) Ne
t’attarde pas trop sur le gland, il est sensible. Est-ce que tu l’as déjà fait ?
Je fis signe que non. Il semblait hésiter à me laisser continuer.
— Ah. Fais attention à ne pas me mordre. Compte tenu de ma grosseur, ce
n’est pas évident, mais j’apprécierais l’effort.
— Je vais essayer, lui promis-je.
— Avec ta bouche, tu peux faire bien plus original qu’une simple imitation de
vagin, poursuivit-il en glissant son index sur ma lèvre inférieure. Par exemple, tu
peux me sucer.
J’entourai son doigt de ma langue.
— Bravo, tu as tout compris.
Quand il retira sa main, je le laissai ressortir avec un bruit sec.
— Donc, je n’ai qu’à ouvrir grand…
Protégeant mes dents avec mes lèvres pour ne pas le mordre, je voulus le
prendre dans ma bouche, mais fus surprise de trouver l’affaire moins aisée
qu’avec mon vagin. Tant bien que mal, j’arrivai toutefois à l’engloutir avec
l’impression d’être un boa prêt à se décrocher la mâchoire. Donc pour me servir
de ma langue alors que j’avais la bouche pleine, n’en parlons pas. Mais je parvins
malgré tout à titiller la base de son sexe.
Leif poussa un doux gémissement.
Dans le mille.
Impossible de l’accueillir tout entier. Il me fallut donc utiliser ma main tout en
trouvant mon rythme de succion. Lent, comme il me l’avait demandé. Ce qui me
laissait tout le loisir de jouer autant que possible avec ma langue.
Il me saisit la nuque. Je me figeai. Mais, contrairement à ce que je craignais,
ce n’était pas pour me forcer. Au lycée, les filles qui suçaient déjà les garçons se
plaignaient souvent d’être obligées à frôler la gorge profonde. Pas Leif. Il posait
simplement la main sur moi, glissant les doigts dans mes cheveux mouillés.
Une fois la cadence adoptée, je me laissai envoûter. Mes pensées divaguaient
dans tous les sens, sans but précis, mis à part ce membre dans ma bouche et les
petits bruits que je provoquais chez Leif. J’ignore combien de temps nous sommes
restés ainsi, mais je finis par sentir des courbatures dans mes mâchoires.
Je repris mon souffle et le relâchai en continuant de le branler.
— J’ai besoin de…
Leif respira fort et referma son poing autour du mien pour le garder immobile
à la base de son érection.
— Ne bouge plus. Par pitié, ne bouge plus.
Ses pulsations me chatouillaient les paumes. Avait-il frôlé l’orgasme ?
Cette idée m’apportait un tel sentiment de puissance que je brûlais d’envie d’y
céder. De le faire éjaculer sous le seul prétexte que j’en étais capable. Mais, en
même temps, je voulais qu’il me baise.
— Ne jouis pas. J’essaie d’élargir mon répertoire, et il nous reste à peine…
hum. Disons six heures, je crois.
Difficile à dire, j’avais totalement perdu la notion du temps.
— Dans ce cas, je te conseille de ne pas bouger d’un millimètre.
Une veine saillait dans son cou. Il bascula la tête en arrière et ferma les yeux.
Puis, délicatement, il libéra mon poing.
— Lâche-moi, s’il te plaît.
Je retirai doucement mes doigts.
— Un jour, tu devrais essayer ce que tu viens de me faire subir, grommela-t-il
en se frottant le visage. En gros, tu t’approches au plus près de l’orgasme, puis tu
t’arrêtes au dernier moment pour te priver de ce plaisir.
— Ah non, ça ne m’intéresse pas du tout !
J’aurais mieux fait de me taire. J’avais la sale manie de dire « jamais », et
puis de changer d’avis dans la foulée pour me donner tort. En même temps, le
manque d’intimité dans lequel j’avais grandi avec ma mère m’avait trop souvent
infligé cette torture pour que je la range dans la catégorie plaisir.
— Comme tu veux, mais je suis sûr que ça te plairait, affirma Leif en m’aidant
à me relever.
— J’aimerais que tu me baises.
Pour la première fois, je n’eus aucune honte à l’exprimer.
— Pourquoi pas devant le miroir ? proposa-t-il tandis que nous quittions la
salle de bains. Par ici.
Je suivis son regard. L’immense miroir posé sur le bureau offrait une vue
imprenable sur le lit, mais je n’avais même pas pensé à m’y observer.
— Tu crois ?
— J’aimerais beaucoup te contempler sous tous les angles.
Il en avait l’eau à la bouche, scrutant mon corps comme s’il l’apercevait pour
la première fois. Comme s’il ne s’en lassait pas.
— Oui, ça me plairait.
Leif avait le don de me rendre curieuse. Je voulais savoir ce qu’il voyait
lorsqu’il me regardait, et surtout à quoi nous ressemblions tous les deux. Pourvu
que je ne me dégonfle pas à la dernière minute.
— Grimpe sur le lit, m’ordonna-t-il.
Je me mis à genoux sur les draps froissés et attendis qu’il me rejoigne.
Ce qu’il ne fit pas.
— Regarde-toi dans la glace, Sophie.
Hésitante, je me retournai vers mon reflet.
— Prends du recul sur ton image.
Que voyais-je ? Une femme. C’était le choc. Je n’étais plus une petite fille.
C’était déjà le cas ce matin à mon réveil, évidemment, mais dans mon cerveau
bizarrement constitué, j’estimais que la sexualité était un élément essentiel à la
maturité. Or, en me voyant ce soir, je découvrais la femme que j’étais. Celle que
je serais devenue, avec ou sans l’intervention de Leif.
Il ne m’avait pas faite femme, mais il m’avait montré celle que j’étais.
À présent, il allait me montrer comme aimer cette femme. Il vint s’installer
près de moi sur le lit, à genoux, et me prit les poignets pour m’amener à me
caresser tendrement le cou. Puis il fit courir mes doigts sur ma poitrine en
murmurant :
— Tu vois comme tes mains sont belles lorsqu’elles se promènent sur ton
corps ?
Ce qui me fascinait dans le miroir, ce n’était pas moi, mais lui. Son regard
devenait pénétrant à mesure qu’il me caressait avec mes propres mains. Il les
porta à mes seins pour que je les malaxe.
— Est-ce qu’il t’arrive de les toucher quand tu te masturbes ?
— Parfois, oui. Sous la douche. (Pour ça, mon accessoire favori était ma
bombe de mousse à raser, et de loin.) Mais jamais devant le miroir.
— Tu devrais te regarder te masturber, de temps en temps.
— Toi, tu le fais ?
C’était étrange, mais j’étais particulièrement excitée à cette idée. J’aimerais
voir un homme se branler, un jour.
— Oui. Pas toujours, mais ça peut m’arriver.
Tout en taquinant mes tétons, il soutint mon regard dans le reflet du miroir.
— Les gens pensent que la masturbation revient à baiser tout seul, expliqua-t-
il. Moi, je préfère me dire que je baise avec moi-même. Et dans ce cas, pourquoi
ne pas observer mon partenaire ?
— Ce n’est donc pas un acte égocentrique ?
J’avais le souffle court, reposant ma tête en arrière sur son épaule.
Un petit sourire étira ses lèvres.
— Si, ça l’est forcément un peu. J’aime mon corps, j’assume. Mais toi aussi,
tu devrais aimer ton corps. Si j’avais la chance de faire jouir une déesse dans ton
genre quand bon me semble, je n’aimerais pas le faire les yeux fermés.
Guidant nos mains plus bas, il me caressa le ventre, puis revint vers mes
flancs.
— Tu es un fantasme ambulant, Sophie. En chair et en os. Un homme qui ne
comprend pas ça ne mérite pas que tu perdes ton temps avec lui.
Pourtant, ces hommes qui ne me méritaient pas étaient ceux-là mêmes avec qui
j’avais perdu mon temps. Voilà que j’étais désormais en colère après eux pour
m’avoir si mal traitée.
De nos doigts emmêlés, Leif écarta les lèvres de mon sexe. Un frisson
d’excitation me secoua à la vue délurée que m’offrait le miroir. J’avais envie de
me toucher, d’apaiser ce besoin viscéral. Leif lut dans mes pensées, car il me
laissa libre de mes mouvements et me chuchota à l’oreille :
— Regarde-toi. Regarde ce que font tes mains. Regarde-les te toucher.
Je m’exécutai, subjuguée par ces doigts de femme tripotant mon clitoris. Je
l’entendis s’éloigner pour récupérer la boîte de préservatifs, mais ne tournai pas
la tête vers lui. Je lui faisais confiance. Il empoigna mes hanches, et je sentis son
membre effleurer mes fesses. Me laissant dans cette position, à genoux, il me
pénétra par-derrière. Sa circonférence me surprit encore une fois. Je croisai son
regard dans le miroir.
— Excuse-moi, susurra-t-il. Je me suis laissé emporter.
Au lieu de l’excuser par la parole, je me pressai contre lui pour l’attirer aussi
profondément que possible dans mon vagin. Penchée en avant, je reposai mon
poids sur un coude. Leif ne bougeait pas pour me permettre de contrôler le rythme
de sa pénétration.
Puis il m’aida à me redresser un peu. Il ne pouvait plus me pénétrer jusqu’à la
garde, mais j’étais largement comblée par la crispation de mes muscles intimes et
la pression qu’exerçait son gland sur mon point G.
De ses bras, il me maintenait captive, les croisant sur mon ventre pour me
permettre de guider mes mouvements encore une fois, ou plutôt, de les
accompagner. Je sentis mon pouls s’emballer sous mes caresses, provoquant une
onde de plaisir dérivant vers les extrémités de mon corps telles les rides sur la
surface de l’eau autour d’un caillou tombé dans une mare.
— C’est bien, continue comme ça, m’encourageait Leif d’une voix suave.
Si j’avais voulu arrêter, j’en aurais été incapable. Ses doigts imitaient
paresseusement mes gestes, en moins rapides. En effet, les miens s’emballaient
dans une cadence fébrile, animés par l’urgence de mes envies. Je reposai sur sa
verge massive, alanguie par le plaisir, et me laissai transporter jusqu’à l’extase
que je savourai les yeux fermés.
Quand je les rouvris, le miroir reflétait avec une précision impardonnable la
flaque d’humidité que j’avais laissée sur les draps.
Beurk.
— Oh, je suis désolée ! m’exclamai-je par réflexe en cherchant à m’écarter. Je
ne comprends pas ce qui m’arrive.
Leif me retint par la taille.
— Rien de grave, je te rassure.
Me saisissant le menton, il me força à croiser mon regard dans la glace.
J’étais à genoux devant lui, ses jambes entre les miennes, mon dos cambré pour
reposer sur son épaule. Et sa queue, enfoncée aussi loin que je pouvais le
supporter dans cette posture, les tissus de mon intimité plus écartelés que je ne les
en aurais crus capables. Ce spectacle m’excita suffisamment pour dissiper ma
gêne.
Je voulus refermer les yeux, mais il me serra plus fort le menton, juste une
seconde.
— Ne détourne pas le regard, murmura-t-il.
Mes yeux se posèrent sur ses doigts qui ne cessaient jamais leur va-et-vient
sur mon point sensible.
— Je n’y arrive pas, geignis-je.
Après tout ce que nous avions partagé, j’étais déçue de me voir ainsi manquer
de courage. Mais c’était si intime, si sauvage, que j’avais le sentiment de dévoiler
mon âme à nu devant cet homme que je connaissais à peine.
— C’est embarrassant, ajoutai-je.
D’un coup de bassin, il me pénétra davantage. Je poussai un petit cri. Luttant
pour m’ouvrir à lui, je sentais les muscles de mes cuisses menacer de se dérober.
Leif relâcha mon menton et s’empara de ma main qu’il guida entre mes jambes
pour recouvrir mon autre main.
— Laisse-toi aller, me susurra-t-il à l’oreille. Tu es tellement sexy quand tu
jouis. Tes petits bruits, ton souffle saccadé, ça me rend dingue.
Quelques paroles crues me suffisaient à grimper aux rideaux. Leif en était
parfaitement conscient.
— Tu es si douce autour de mon sexe, c’est divin. As-tu conscience que tu es
délicieusement étroite ? Que tu me serres comme un étau de velours ? Que tu me
fais bander comme un fou ?
Cette fois, l’orgasme approcha à pas de loup, lentement, discrètement,
s’abattant sur mes sens comme une vague lourde et brûlante. Je poussai une longue
plainte, mais je n’avais pas la force de hurler. Et tandis que je gigotais sous son
emprise, il me saisit de nouveau le menton et me força à m’observer dans le
miroir.
— Regarde comme tu es belle. N’aie jamais honte de prendre du plaisir.
Jamais.
Il soutenait mon regard dans le reflet de la glace.
Il avait raison. Je n’aurais plus jamais honte de jouir. Je me fis à l’idée
qu’aucun homme ne saurait me faire ressentir ce que Leif m’apportait ce soir.
C’était impossible. Je passai le bras autour de son cou, derrière moi, et reposai la
tête au creux de son épaule.
— Je t’en supplie, baise-moi de toutes tes forces.
Avec un grognement animal, il me souleva pour libérer son sexe, puis me
porta hors du lit comme si son désir décuplait ses capacités physiques.
— Mets-toi à quatre pattes, ordonna-t-il.
Un peu gauche, je m’exécutai. Je sentis sa barbe de trois jours contre mes
fesses, puis il m’en mordilla une doucement, les dents taquines, avant de
reprendre la position de levrette, et s’enfonça en moi.
— Attends ! m’écriai-je.
Je m’effondrai au sol, et Leif s’empressa de se retirer. Je m’allongeai sur le
dos.
— Il est tard, et c’est probablement ma dernière chance, à moins que tu n’aies
une endurance de super-héros, ce qui ne m’étonnerait pas vu l’engin qui se
balance entre tes cuisses. Bref, je m’égare. Tu as dit qu’on pourrait… Enfin,
j’aimerais essayer.
L’air me manquait.
— Tu veux parler des « trucs par-derrière », comme tu les appelles ? se
moqua Leif, fronçant les sourcils.
Je perdis patience.
— Comment veux-tu que je le dise autrement ? « Prends-moi le cul » ?
Il haussa les épaules.
— Oui, c’est beaucoup mieux. Mais tu es sûre de toi ?
— Sûre et certaine.
Je n’étais sûre de rien du tout, mais ça n’allait pas m’arrêter.
— Je veux au moins essayer, insistai-je.
Ses traits tirés laissaient deviner son conflit intérieur. Il devait hésiter entre ce
qu’il avait vraiment très envie de faire, et ce qu’il était plus raisonnable de faire.
— Si j’étais sage, je te répondrais que, malgré tous tes progrès accomplis ce
soir, tu n’en es pas moins débutante en la matière, et ce que tu me demandes est
fortement déconseillé.
Il marqua une pause, puis ajouta :
— Mais je n’ai pas envie d’être sage.
Un frisson me parcourut depuis la racine des cheveux jusqu’à mon clitoris.
Nous allions vraiment le faire. J’allais vraiment pouvoir le rayer de la liste de
mes pratiques sexuelles à découvrir.
Le sourire aguicheur, je lui lançai :
— Moi non plus.
Chapitre 6

— Comment dois-je…
Je me mis à genoux sur le lit, mais Leif me coupa dans mon élan.
— Non, ce n’est pas si simple. Il faut un minimum de préparation.
Il récupéra le tube de lubrifiant perdu dans les plis des draps.
— Oh.
Finalement, je n’y connaissais pas grand-chose. Dans la bibliothèque de ma
mère, j’avais trouvé une romance historique dans laquelle l’héroïne se faisait
« envahir le bouton de rose », mais ma maîtrise du sujet s’arrêtait là.
— Allonge-toi sur le ventre, me proposa-t-il.
En me couchant, j’avais le cœur lancé à cent à l’heure. Leif s’installa entre
mes cuisses. Je me raidis.
Il me caressa les épaules et, à ma grande surprise, il se mit à me masser.
— Pour en tirer du plaisir, tu dois réunir trois critères : le lubrifiant, la
compétence de ton partenaire et la capacité de te détendre.
— Oh.
D’habitude, les massages me faisaient l’effet inverse, mais j’arrivais à un tel
degré de fatigue que je n’avais plus la force de me crisper. Un soupir de plaisir
m’échappa lorsqu’il eut raison des derniers nœuds logés dans mes muscles. Ses
mains partirent explorer plus au sud. Il n’épargnait aucune zone de mon dos, et
lorsqu’il me toucha les fesses, je me redressai d’un bond.
— Désolé, je n’ai pas pu m’en empêcher.
Quelque chose me frôla la peau. M’avait-il embrassée ? Je plongeai le visage
dans les draps pour étouffer un gloussement.
Leif offrit à mon cul le même traitement qu’à mon dos, mais cette fois, j’avais
les sens en alerte. Il fit remonter ses doigts à l’intérieur de mes cuisses, effleurant
mes petites lèvres à chaque passage sans jamais les toucher. Je remuai sur les
draps, frottant mon pelvis au matelas.
Il termina en portant toute son attention sur ma croupe, les pouces enfoncés
dans ma chair, presque trop brutalement. Lorsqu’il libéra toute la pression sur
mon corps, je faillis me liquéfier de plaisir.
— C’est presque plus jouissif que le sexe lui-même, bredouillai-je, les
paupières lourdes.
— Tu en es vraiment sûre ? s’étonna Leif, mi-amusé, mi-indigné.
— Bon, peut-être pas.
Lorsqu’il s’approcha de la fente de mes fesses, je tressaillis. Le lit remua. Son
torse reposa sur mes jambes. Il écarta mes fesses, et la texture humide de sa
langue vint toucher mon anus. Me redressant sur les coudes, je poussai un cri
outré.
— Désolé, je ne voulais pas te faire sursauter.
À l’entendre rire, il n’avait pas l’air désolé.
— C’est juste que je ne pensais pas qu’un homme me ferait ça… Jamais.
— Quoi, tu veux parler de ça ?
Et il recommença !
— Ah ! Mon Dieu, mais ça ne te dégoûte pas ? m’exclamai-je, incapable de
m’imaginer à sa place.
— Non. Pourquoi, ça te dégoûte ?
Pouvais-je vraiment répondre : « oui, en quelque sorte » ? Non, parce que,
même si ce n’était pas ragoûtant, et même si je n’avais aucune envie de le faire à
quelqu’un d’autre, la sensation était plutôt agréable. Et ce côté sale m’excitait.
— En théorie, peut-être.
— Et en pratique ? demanda Leif.
Je me mordillai les lèvres.
— En pratique, tu peux continuer.
Pour toute réponse, il embrassa bruyamment l’une de mes fesses, puis reprit
où il s’était arrêté. Je n’aurais jamais considéré cette partie de mon corps comme
une zone érogène, et pourtant, sa langue accomplissait des miracles. Parfois, j’y
avais enfoncé le bout de mon doigt sous la douche, mais un index savonneux
n’avait rien d’une belle langue chaude.
Et puis, ce côté pervers faisait mieux passer la pilule. J’ignorais d’où me
venait ce goût pour le sexe dépravé, mais il était bien réel.
J’entendis le clic du capuchon du lubrifiant, puis Leif s’écarta. Une texture
tout à fait différente entra en contact avec mon anus. Je gloussai.
— Ouh, c’est froid !
Il n’y était pas allé de main morte. Le liquide coulait de mon anus sur mon
sexe et gouttait sur les draps.
— Tu crois que ça suffira ? Inutile de gâcher du produit, protestai-je.
— Ne t’inquiète pas, il nous en reste largement assez. Et puis, je ne vois pas
l’intérêt d’en faire l’économie. Plus il y en a, mieux c’est.
Puis il inséra une phalange enduite de lubrifiant dans mon anus.
Effectivement, en étant détendue, c’était plus facile.
De sa main libre, il me caressa le clitoris tout en enfonçant son doigt dans ma
rosette à maintes reprises, étirant un peu plus mes tissus à chaque passage. Je
roulai des hanches, en quête d’un maximum de contact.
— Je peux en rajouter un ? s’enquit-il.
Grisée par le plaisir, il me fallut un moment pour comprendre qu’il parlait
d’un deuxième doigt.
— Oui, j’en veux un autre, pantelai-je.
Quand il eut versé une noisette de lubrifiant, il introduisit son majeur.
— Bon, ça pique un peu, mais continue, murmurai-je.
Leif remua pour m’étirer davantage.
— Évidemment que je continue. Mais bon, ce serait tellement plus simple
avec un plug.
— Un plug anal ? pouffai-je.
— Oui.
Chaque fois que je le croyais au summum du franc-parler, il me surprenait en
allant toujours plus loin.
Pour lui, c’était presque banal. Je me demandais s’il cachait un tiroir rempli
de sex toys chez lui, dans lequel il fouillait dès qu’il ramenait ses conquêtes à la
maison. En voyant l’éventail de ses talents sans aucun accessoire, j’osais à peine
imaginer ce que cela pouvait donner lorsqu’il avait tout son attirail.
Je ne le saurais jamais, ce qui était bien dommage.
Leif prit tout son temps pour me sodomiser du bout des doigts sans jamais
cesser de me caresser le sexe de son autre main. J’aurais préféré qu’il soit plus
précis, mais il le faisait exprès. Couche après couche, il recouvrait mon anus de
lubrifiant jusqu’à former une flaque humide sur les draps.
Je l’avoue, j’y contribuais aussi pour une grande part. Ses gestes délicieux ne
me mèneraient pourtant pas à l’orgasme. Pour cela, il faudrait soit qu’il concentre
son attention sur mon bourgeon sensible, soit que je prenne les choses en main.
— Et si j’en ajoute encore un, tu penses pouvoir le supporter ? me demanda
mon bourreau.
Mon degré de désespoir était tel que je fus incapable de le lui refuser.
— Oh, oui ! Un troisième !
Je soulevai mon bassin, poussai des grognements et, finalement, fus assez
surprise par la facilité avec laquelle j’accueillais cet intrus supplémentaire. Je
voulais jouir, je cherchais la moindre stimulation susceptible de me pousser au
bord du gouffre.
— Je t’en supplie, prends-moi !
Il se figea. Je l’entendis murmurer, comme s’il y réfléchissait. Puis il retira
ses doigts, et j’eus soudain la crainte qu’ils ne soient… sales. Ce serait la honte
de ma vie.
En l’écoutant s’essuyer la main sur les draps, je n’osai tourner la tête. Tout
mon travail de relaxation partait en fumée.
— Bon, hum…, marmonnai-je. Je m’inquiète qu’ils soient… enfin, tu sais.
Je n’arrivais pas à le regarder en face.
— Rassure-toi, Sophie. Nous sommes entre adultes. Soyons assez matures
pour admettre que, oui, parfois les choses peuvent frôler le sordide. Les douches
sont là pour ça.
Je reconnus le bruit de l’emballage d’un préservatif.
— Mais moi, ça ne me dérange pas le moins du monde, si ça ne te dérange pas
non plus.
Finalement, je pivotai pour lancer un coup d’œil dans sa direction. Il enfilait
tranquillement une capote.
— Tu es vraiment doué.
— Pour ?
Il leva les yeux vers moi, son poing refermé sur la base de son membre érigé.
— Pour rendre le sexe détendu. À ce stade, je devrais avoir les nerfs en
pelote, mais grâce à toi, je reste calme et je me languis d’aller de l’avant.
Enfin, je me languissais plutôt qu’il aille de l’avant… dans mon derrière.
Redressée sur les genoux, je gigotai pour le tourmenter.
En guise de punition, il me fessa gentiment.
— Non, pas comme ça. Pas pour ta première fois. Allonge-toi plutôt sur le
côté.
Je me recouchai, et Leif s’installa dans mon dos.
— Dans cette position, tu contrôles mieux la situation et tu peux même…
Il s’empara de ma main qu’il rapprocha de mon entrejambe boursoufflé.
Inutile de me faire prier, j’y apposai la caresse tant attendue. Le jeu en valait la
chandelle.
— Tu es prête ? s’enquit Leif, pressant son érection contre mes fesses.
Je me sentis moins sûre de moi, tout à coup, mais répondis toutefois par
l’affirmative.
L’extrémité de son sexe appuya contre mon entrée défendue. Je remuai,
nerveuse.
— Inspire profondément, me conseilla-t-il d’une voix rauque. Je compte
jusqu’à trois, puis tu expires lentement.
Je respirai par le nez, me répétant en silence : Tu peux y arriver, tu l’as
voulu, c’est maintenant ou jamais.
— Un.
Je m’agrippai aux draps.
— Deux.
Je me mordillai la lèvre inférieure.
— Trois.
Comme j’expirai, Leif s’enfonça tout doucement.
Grave erreur.
— Arrête ! hurlai-je, la main dans mon dos pour l’empêcher d’aller plus loin.
Ne bouge plus !
— Chut, dit-il, rassurant, sa paume posée sur ma hanche. Respire, ma belle.
Tu veux que je ressorte ?
— Elle… Elle est loin ?
D’après la violence de ma douleur, j’aurais parié qu’il avait enfoncé au moins
quinze centimètres.
— À peine le bout du gland.
— Quoi ?! Si peu ? Mais ça fait un mal de chien !
Des frissons me secouaient. Aurais-je chopé une fièvre foudroyante ?
— Tu veux qu’on arrête ?
Il s’inquiétait sincèrement.
Malgré les supplications de mes terminaisons nerveuses, je décidai que non.
Avec n’importe quel autre homme, j’aurais tout arrêté. Mais il m’inspirait
confiance. Si je lui demandais d’arrêter au dernier moment, il le ferait.
— Non, mais… vas-y doucement.
— Très doucement, acquiesça-t-il. Je vais ajouter un peu de lubrifiant.
J’entendis le tube cracher son liquide froid dont le contact me fit sursauter.
Leif en appliqua ensuite sur sa verge à l’endroit où elle venait toucher mon anus,
puis de ses deux doigts mouillés, étira mes muscles autour de lui, ce qui me
permit de me détendre.
— Respire, me rappela-t-il. C’est la partie la plus difficile. Une fois que tu te
seras détendue, ça ira mieux.
— On dirait que tu sais de quoi tu parles, voulus-je plaisanter, mais ma blague
tomba à plat.
— Préviens-moi si tu veux que j’arrête, répondit-il simplement.
Je repris ma respiration de tout à l’heure, et Leif s’enfonça au moment où
j’expirais.
— Bon, on refait une pause, haletai-je, les yeux fermés très fort.
— Rien ne t’oblige à subir ça si tu n’en as pas envie.
— Oui, je sais.
Mais j’en avais envie. C’était peut-être la seule occasion de ma vie. Tout ce
que nous avions fait jusqu’à présent avait été si délicieux que cette étape le serait
forcément aussi.
Leif repoussa une mèche de cheveux de ma nuque pour y déposer un baiser.
— Je ne bouge plus, Sophie. C’est toi qui décides quand tu bouges et si je
m’enfonce davantage.
Ainsi allongée sur le flanc, l’amplitude de mes mouvements était limitée. Je
pouvais rouler des hanches et l’amener à opérer un léger va-et-vient.
— Ça ne te dérange pas de ne pas prendre ton pied pendant ce temps ? lui
demandai-je d’une voix chevrotante.
— Je sodomise une femme qui a vingt ans de moins que moi et dont le cul
sublime me met l’eau à la bouche, résuma Leif en empoignant ma croupe pour
illustrer son propos. Crois-moi, je prends mon pied. C’est ta première fois, je
veux que tu la savoures.
Et bizarrement, je savourais. Du moins une fois que le sentiment de brûlure
s’effaça et lorsque mes muscles furent enfin détendus. Je commençais à croire que
Leif ne travaillait pas pour un magazine automobile, mais dans un domaine
érotique ou pornographique. Un véritable pro. Auquel cas je comprendrais qu’il
n’ait pas envie de le crier sur tous les toits.
Si j’étais sa patronne, je lui proposerais une augmentation. Cambrée, j’ondulai
du bassin, guidée par ses mains sur mes hanches. Mes doigts s’agitaient
fébrilement sur mon clitoris. J’étais consciente que le moment de se crisper serait
douloureux, mais comment jouir autrement ? Lorsque l’orgasme s’annonça, je
contractai mes muscles, et bien que ce fût en effet douloureux, c’était en même
temps divinement jouissif. La souffrance me faisait suer, puis frissonner. Je
repensai à ses fessées, en début de soirée. Et à la douleur violente de sa première
pénétration dans mon vagin étroit. Toutes ces sensations a priori désagréables se
mélangeaient pour former un cocktail de fantasmes dépravés que je n’aurais
jamais pensé apprécier un jour.
L’approche du dénouement dut se faire sentir, car Leif se colla à mon oreille
pour chuchoter :
— Je sens que je vais venir. Jouis pour moi. Ne t’arrête pas.
M’arrêter ? Et puis quoi encore ?
J’étais déjà trop engagée dans le torrent de souvenirs délicieusement pervers
suscités par ce corps chaud pressé contre mon dos, ce corps qui m’entourait et me
pénétrait tout à la fois. Je remuai de plus en plus vite, me punissant volontiers sur
ce membre insoutenable. La vague de plaisir me frappa si fort que j’en fus
terrifiée. Leif profita de mon extase pour repousser mes doigts de mon clitoris et
prendre le relais là où les crampes m’empêchaient de continuer. Je laissai
échapper un cri déchirant et gigotai dans tous les sens. Avant de pouvoir songer à
reprendre mes esprits, je jouis une seconde fois, dans la foulée, et, au lieu de
hurler, je me mis à sangloter.
— Tu veux continuer ? me demanda-t-il.
Incapable de répondre, je chassai sa main, et mes spasmes le forcèrent à se
retirer.
— C’est trop… humide…
J’étais à bout de souffle.
— Et si nous allions prendre une douche ? J’en profiterai pour me terminer.
— Encore une douche ?
Je n’avais jamais été aussi propre de ma vie. Enfin, non. Avec les litres de
lubrifiant qui me recouvraient la croupe, je ne pouvais pas vraiment m’exprimer
ainsi. Leif avait raison. Nous avions encore besoin d’une douche.
— Quand tu dis « te terminer »…
— Je parle de me branler, précisa-t-il. J’espère que ça ne te dérange pas ?
Pas du tout. Je n’étais pas certaine de pouvoir l’accueillir encore dans mon
cul. Une pensée qui me faisait d’ailleurs frémir.
— Non, mais… je peux regarder ?
— J’espérais que tu me le demanderais, répondit-il en souriant.
Pendant qu’il faisait couler l’eau, je me levai, les jambes flageolantes, et
m’approchai du miroir pour observer mon reflet droit dans les yeux. Comment
était-ce possible qu’aucun changement ne soit visible après les chamboulements
que je venais de vivre en une seule journée ? Dorénavant, ce n’était pas le regard
des autres qui serait à jamais modifié. C’était ma propre vision de moi.
Chacun de mes choix, depuis le vol pour Tokyo jusqu’à cette chambre d’hôtel
partagée avec Leif, et tout ce que nous y avions vécu, tous ces choix, je les avais
faits pour moi. C’était la première fois.
Et ça faisait un bien fou.
Même si je n’étais pas encore totalement convaincue par le sexe anal.

Après la douche, nous nous déclarâmes officiellement trop épuisés pour
continuer de baiser et préférâmes allumer la télévision. Au milieu de la nuit, ils
rediffusaient des épisodes de la parodie satirique The Daily Show. Allongée sur
le ventre, je posai le menton sur un oreiller.
— Tu sais, je n’ai jamais vraiment craqué pour les hommes mûrs, mais je
trouve Jon Stewart vraiment sexy.
— Tu n’as jamais craqué pour les hommes mûrs ? répéta Leif, consterné.
Je lui lançai un regard par-dessus mon épaule.
— Excepté celui qui me tient compagnie ce soir, évidemment.
— Oui, évidemment, ironisa-t-il en s’appuyant contre la tête de lit, les
paupières closes, puis il se malaxa les cuisses en faisant la grimace. Demain, je
n’arriverai jamais à marcher droit.
— Et moi, si je parviens à m’asseoir dans l’avion, ce sera un miracle,
renchéris-je en me pétrissant le bas des fesses. Je n’aurais peut-être pas dû
réclamer de fessée, finalement.
— Nous nous sommes laissés emporter par l’euphorie, affirma Leif d’une
voix endormie. Je n’aurais jamais dû baiser autant en une seule nuit. J’ai quarante-
deux ans, pas dix-neuf.
— Bah, dix-neuf ans, c’est surfait.
Dixit celle qui était à peine majeure. J’eus soudain envie de lui dire la vérité
sur mon âge. Cet homme était si gentil, nous avions passé un moment merveilleux,
et moi, je n’avais cessé de lui mentir. Ce n’était pas juste.
— Si l’on compte vraiment avoir cet avion, nous ferions mieux de nous
reposer, suggéra-t-il.
J’éprouvai un pincement au cœur. La réalité nous rattrapait, tel le carrosse
redevenu citrouille à minuit sonnant.
Je me retournai sur le lit et vins le rejoindre, blottie tout contre lui, nos jambes
emmêlées. Il passa un bras sous mon dos. Voilà, c’était fini. Dès lors qu’il
évoquait la suite des événements, c’était terminé. Mais nous nous accrochions l’un
à l’autre comme pour empêcher la terre de tourner.
— Je peux t’avouer quelque chose, Sophie ?
Sa voix ronronnait à mon oreille.
Je déglutis, à la fois curieuse et craintive. S’il souhaitait se confier, je pouvais
le faire aussi.
— Oui ?
— Lorsque tu m’as avoué manquer d’expérience, j’ai eu peur d’avoir commis
une erreur, murmura-t-il, me caressant doucement les cheveux. Je ne suis pas
habitué aux novices, et je n’ai pas fréquenté de femme aussi jeune que toi
depuis… eh bien, depuis mes vingt-cinq ans. Je pensais me renvoyer l’image d’un
vieux pervers dégoûtant, mais finalement non, et j’en suis content. Si j’avais
refusé tout ça, je me serais privé d’une expérience… unique.
C’était son aveu ? J’étais unique ? Et moi qui m’attendais à ce qu’il admette
être marié ou en cavale, ou alors m’avoir menti sur son prénom et s’appeler Alan
ou Neil, un truc barbant du genre. Je me sentais encore plus coupable.
— Tant mieux, dis-je en espérant qu’il ne remarque pas le sanglot qui se
coinçait dans ma gorge à l’idée de n’être qu’une manipulatrice sans scrupule. Je
suis rassurée, je croyais que tu allais m’annoncer être un tueur en série.
— J’ai encore la nuit devant moi, plaisanta-t-il.
Je ne pouvais pas lui révéler que j’avais menti. À quoi bon briser la magie de
l’instant ? Autant lui laisser un bon souvenir. Nous ne nous reverrions jamais, de
toute façon.
C’était décidé, je ne mentirais plus à un homme pour l’attirer dans mon lit.
C’était trop cruel.
— Leif ? chuchotai-je, et pendant un long moment il ne dit rien.
Je crus qu’il s’était endormi. Puis sa voix rauque répondit :
— Sophie ?
— J’ai passé une nuit incroyable. Merci.
Je le respirai profondément pour m’assurer de garder son odeur gravée dans
ma mémoire. Mais il n’y avait aucun risque. Je ne pourrais jamais l’oublier.
Chapitre 7

Mes paupières se soulevèrent laborieusement. La chambre était plongée dans


le noir. Quelle heure était-il ? Je me redressai, clignant des yeux pour m’habituer
à l’obscurité. La lumière s’insinuait autour des rideaux fermés. Je prenais toute la
place dans le lit. À côté de moi, le matelas était vide et froid.
— Leif ?
Était-il dans la salle de bains ? Non, l’ampoule n’était pas allumée.
Je titubai jusqu’à la fenêtre et tirai les rideaux. Le grand jour m’aveugla, ce
soleil qui me narguait était déjà haut dans le ciel.
Oh, non !
— Non, non, non, non…
Je me jetai en travers du lit pour attraper le réveil.
13 h 30.
Le cœur battant, je balayai la pièce du regard. Plus de chemise en daim
traînant sur le sol. Plus de sacoche d’ordinateur. Plus de Leif.
Des larmes chaudes me mouillaient le visage. Je me précipitai vers ma valise
en marmonnant des « non » larmoyants, à la recherche de mon portefeuille et de
mon passeport. D’abord rassurée de les trouver à leur place, je me sentis soudain
trahie et tombai à genoux par terre.
Il m’avait abandonnée.
Je savais bien que ça ne durerait pas. C’était un coup d’un soir. Mais ces
quelques heures m’avaient suffi à m’attacher à lui. Et moi qui pensais qu’il me
respectait. Il aurait au moins pu me réveiller pour que je ne manque pas mon
vol, putain !
Cet homme avait transformé ma vision du sexe. Il m’avait même changée…
sur tous les plans. Comment pouvait-il se montrer aussi cruel envers moi ?
Je dressai l’inventaire de ma valise. Portefeuille, argent, carte de crédit de
secours, passeport, tout y était.
Mince, où était ma carte d’embarquement ?
Bizarre. Quel intérêt avait-il de me la voler ? Ça n’allait pas m’empêcher
d’en imprimer une autre et de prendre cet avion.
Enfin, je l’aurais pris si je m’étais réveillée à l’heure.
Je me passai la main dans les cheveux en regardant autour de moi, puis me
figeai. Sur la table de chevet, j’aperçus de l’argent.
Troublée, je m’approchai. Il m’avait laissé bien plus que ce qu’il fallait pour
me rembourser mon vol. En promenant mon pouce sur l’épaisseur de la liasse,
j’en eus la tête qui tournait. À côté se trouvait l’enveloppe contenant ma carte
d’embarquement, gribouillée d’une écriture précipitée.

« Sophie,
Tu es une jeune femme exceptionnelle, mais tu fais le mauvais choix.
Ces 4 000 dollars sont pour toi, je veux que tu sautes dans le
premier vol pour New York. Reprends tes études. Ne fiche pas tout en
l’air sous prétexte que tu as peur de vivre ta passion. Tu dois me
détester à l’heure qu’il est, mais tant pis. J’espère au moins que tu
garderas un bon souvenir de cette nuit passée ensemble.
Personnellement, j’en ai aimé chaque seconde.
En te remerciant du fond du cœur,
Leif »

Une jolie façon de me dire de manière détournée : Je suis un connard.
Je séchai aussitôt mes larmes. Comment osait-il ? Il ne connaissait rien de ma
vie, de ma personnalité, de mon passé ! Il avait à peine aperçu une jeune femme
qu’il avait abandonnée dans une chambre d’hôtel. Une jeune femme avec qui il
s’était bien amusé et qui avait commis la grave erreur de l’apprécier.
Voilà qui m’apprendrait à ne plus jamais faire confiance aux hommes. Eux qui,
déjà, ne volaient pas très haut dans mon estime.
Ma vie amoureuse serait-elle condamnée à être une suite de déceptions pour
le restant de mes jours ? Les hommes considéreraient-ils chaque fois que,
puisqu’ils m’avaient baisée, ils avaient le droit de me dicter ma conduite ? Non.
Je ne laisserais plus jamais une telle chose se produire.
Mais furieuse ou non, Leif m’avait transformée. J’étais arrivée dans cette
chambre comme une petite créature timide et j’en ressortais femme aux désirs
intransigeants, qui n’avait pas peur d’exprimer ses envies et de refuser la routine.
Leif m’avait trahie.
Pourtant, au fond de moi, je ne pouvais m’empêcher de me demander… Et s’il
avait raison ? En allant à Tokyo, je tirais un trait définitif sur mes études new-
yorkaises. Seulement, rien ne m’attendait au Japon. Aucun avenir, aucun contact et
aucune chance de remplir mon frigo. Et quand ma carte de crédit de secours serait
épuisée, qu’adviendrait-il de moi ? Ma mère dépenserait toutes ses économies
pour me faire rentrer à la maison et ne me laisserait plus jamais faire mes propres
choix. À mes yeux, la fac de New York avait incarné le destin scellé, l’issue à
sens unique vers une vie dont je ne voulais pas. Mais j’avais pu me tromper. En
revanche, en allant à Tokyo, c’était sûr, je finirais mes jours à Calumet. Retour à
la case départ. Avec une carrière de caissière à la supérette du coin. Cet avenir
pouvait paraître alléchant pour certaines personnes, mais pas pour moi.
J’avais failli jeter aux oubliettes le futur dont je rêvais vraiment.
En acceptant de suivre Leif dans cette chambre d’hôtel, j’avais effectivement
fait un choix décisif qui changerait mon existence. Mais pas dans le sens que je le
croyais. J’avais simplement grandi. Il m’avait évité de commettre la pire erreur
de ma vie.
Je m’agrippais à cet oreiller, tourmentée par le bonheur et la haine d’y sentir
encore son parfum. Nous n’avions aucun compte à nous rendre, et pourtant, je
craignais qu’une fois à New York cet épisode ne disparaisse de mon esprit. D’un
autre côté, j’espérais presque oublier Leif, parce que ce crétin avait cru bon de se
mêler de mon destin sous prétexte qu’il avait couché avec moi. Je ne lui avais rien
demandé, et surtout pas de m’aider à réparer mes bêtises !
Mes yeux se posèrent sur la liasse de billets. Il devait bien gagner sa vie pour
se permettre de me laisser 4 000 dollars sans sourciller. Et si j’en tirais une
leçon ? Si j’emportais cet argent pour changer de filière ? Pour étudier le
journalisme de mode ? Après tout, New York regorgeait de magazines.
Plus les secondes passaient, plus Leif semblait avoir raison.
Et ça m’énervait.
Je le détestais, ce type.
Tout en rangeant mes affaires, je fuyais le lit du regard, ainsi que le plateau-
repas et tous les endroits où il avait pu laisser une trace de son passage… et de
son départ. J’étais folle de rage. Si nos chemins se recroisaient un jour, je lui
filerais une gifle. Mais quelles étaient mes chances de retomber sur lui ? Aucune.
Non, il valait mieux l’effacer de ma mémoire. Il deviendrait une simple anecdote
à raconter aux copines. Ouais, j’avais rencontré un mec, un Dieu du sexe qui
s’était révélé être un véritable salaud. Rien d’extraordinaire, on n’aurait aucun
mal à me croire.
Après avoir vérifié deux fois que je n’oubliais rien, je tirai ma valise à
roulettes dans le couloir de l’hôtel. J’allais retourner à l’aéroport et prendre le
premier vol pour New York. J’appellerais ensuite ma mère pour m’excuser
d’avoir tardé à téléphoner, elle avait dû s’inquiéter. Je remettrais ma vie sur les
rails.
Et puis, j’oublierais cette nuit torride et ce salaud de Leif.

Originaire du Michigan, Abigail Barnette est une auteure à succès qui a déjà sévi
sous de nombreux pseudonymes. Cette blogueuse au sens de l’humour légendaire a
plus d’une corde à son arc. Quand elle n’est pas occupée à rafler des prix
littéraires pour ses romances érotiques, elle dort. Le reste du temps, elle est hors
d’état de nuire pour diverses raisons. Elle vit avec ses deux enfants et son mari,
seul être humain capable de la supporter plus de cinq minutes sans avoir des
envies de meurtre.

Du même auteur, chez Milady :



Pouvoirs d’attraction :
0.5. The Stranger
1. The Boss
2. The Girlfriend
2.5. The Partner
3. The Bride
4. The Ex
5. The Baby

First Time :
1. Ian
2. Penny


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Milady est un label des éditions Bragelonne



Titre original : The Stranger
Copyright © 2016 Abigail Barnette
Publié avec l’accord de Baror International, Inc., Armonk, New York, USA.
Tous droits réservés.

© Bragelonne 2017, pour la présente traduction

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