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AMAZONIE, LA FORET ET LES HOMMES

Compte-rendu de la Table Ronde du 18 octobre 2019 CCFD-Terre solidaire

La Table Ronde autour de l’Amazonie qui a eu lieu à Couffouleux le 18 octobre 2019,


organisée par l’équipe locale du CCFD-Terre Solidaire, en partenariat avec le Service Diocésain de la
Mission Universelle et la paroisse St Vincent de Paul du secteur Rabastens, Saint- Sulpice, Salvagnac
et Beauvais a réuni une quarantaine de personnes autour de deux intervenants.

L’intervenante, Maître de Conférences à Paul Sabatier, qui devait venir parler de la forêt, a eu
un empêchement de dernière minute et s’est excusée. Son temps de parole a été remplacé par la
projection de deux cartes pour situer l’Amazonie et les 9 pays qui la composent avant un petit
documentaire sur la forêt amazonienne et les différentes menaces sur la forêt : déforestation galopante,
minerais (300 concessions minières !), agro-industrie, construction de grandes routes et de grands
barrages.

Les deux intervenants présents Antoine de Bry, fmc, et Gui Lauraire, professeur de théologie
connaissent bien l’Amazonie pour y avoir vécu. Antoine de Brye a été en mission dans le Parà au
Brésil et Gui Lauraire, qui a fait ses études à Montpellier et à Louvain, a été professeur de théologie au
séminaire du Sud Andin, dans le diocèse d’Ayaviri, qui compte une partie amazonienne. Chacun nous
livrera ce qu’il a découvert et envie de transmettre.

Antoine de Brye 

Le Brésil compte 8 516 000 km2. L'Amazonie recouvre 9 pays : Brésil, Pérou, Bolivie,


Équateur, Colombie, Venezuela, Guyana, Suriname et Guyane française. L’Amazonie a 25 000
habitants et le fleuve Amazone - qui prend sa source au Pérou - et son bassin. C’est le plus grand du
monde avec 7000 km de long. L’Amazonie représente les trois cinquièmes du Brésil.

La forêt : tout est démesuré, les arbres, les différentes variétés. On coupe les arbres plusieurs
fois centenaires et on brûle la forêt pour faire des plantations qui rapportent, comme les eucalyptus, les
palmiers à huile ou le soja. Des champs s’étendent sur des dizaines de kilomètres. Il y a 75 ans on
brûlait la forêt. Or, les arbres primaires participent de l'organisation du climat. Si on détruit la
biodiversité, cela a une influence sur le climat. Ce sont les arbres qui produisent la vapeur d'eau, 8 000
tonnes de vapeur d'eau par jour. Près du fleuve Amazone, vivent 300 tribus amérindiennes. La
déforestation veut dire paysan sans terre. Des familles entières sont expulsées à cause du déboisement,
lié aux divers projets. De gros propriétaires se sont installés ; pour les autres, il leur faut camper en
bordure des champs sans eau ni électricité. Certains paysans ont une terre : les assentamentos. Mais il
leur faut parfois des années avant de l’obtenir.
Le fleuve : le village de Palestina du Pará a un fleuve dont le niveau d'écart est de 18 à 19
mètres entre janvier et juillet. Il y a actuellement deux grands projets de barrage, en amont et en aval
du fleuve qui fait 1km 500 de large. Or, l’Amazone, c’est l'eau et la pêche, la fierté de ce fleuve pour
ces peuples qui ont une relation d'ordre religieux avec l'eau.
Le sous-sol : la terre, la forêt sont convoitées, elles sont riches : bois, minerais. Cela a pour
conséquences  le trafic en tout genre : exploitants de bois précieux, chercheurs d'or, extraction des
minerais de fer, illégaux pour beaucoup, et dans tous les cas sans retombées économiques pour les
peuples natifs, ni pour les métis qui sont « rabattus par des coyotes » pour venir travailler dans des
conditions d’esclaves
Les barrages : Carajas est un grand site en plein cœur de l'Amazonie. Le nouveau président
reprend des terres aux Amérindiens, sans même respecter les délimitations de leurs terres, ni leurs
titres de propriété. La construction de grands barrages va faire fuir les gens à cause de l'eau qui
recouvre leurs terres. Mais il y a de grandes manifestations pour défendre l'eau, sensibiliser les gens,
lutter contre le détournement du fleuve pour amener l'eau ailleurs, réfléchir localement avec les gens
du pays. Des centaines de barrages sont construits ce qui entraine la disparition de tous les petits
pêcheurs qui se retrouvent sans terre et sans eau, sans travail et sans toit ! La déforestation est un
crime.
Le Brésil est un pays de contrastes, en conflit international depuis l’arrivée au pouvoir de Jair
Bolsonaro. Il y a 7 ans on a vu apparaître des plantations d'eucalyptus, qui ne font qu'appauvrir le sol ;
la terre ne peut plus rien produire après par manque d'humus. La culture intensive de palmiers, pour la
production d'huile de palme, à perte de vue, certaines exploitations font jusqu'à 60 km de long ! On
peut parler aussi de l’agro-industrie en matière d’élevage de bovins pour le Brésil mais aussi pour
l’exportation, en particulier vers la Chine.
L'évêque Dom ERWIN sensibilise des personnes, organise des processions de solidarité contre
les crimes, pour réclamer de la terre, du travail, un toit et la justice pour tous.
La famille est très unie, elle se rassemble lorsqu'il y a des conflits, discussions. Et dans les
communautés c’est pareil.

Gui Lauraire :

Gui Lauraire, a été frappé par la force de la nature amazonienne, mais avant d’aborder l’aspect
spirituel, il fait un rappel historique.

Christophe Colomb découvre soi disant l’Amérique en 1492, d’abord les iles puis la terre
ferme. Ceux qui seront appelés à tort les Indiens résistent à l’évangélisation. Car le christianisme est
une religion importée. De force, on fera venir des noirs d’Afrique pour remplacer les Amérindiens
rétifs ou trop fragiles pour les travaux dans les mines. On imposera le christianisme. Au XVIème, le
Pape Paul III défendra les Indiens. Avec les Réductions, on veut faire une Société nouvelle. Des
Indiens on veut en faire des hommes, ensuite seulement on en fera des chrétiens. Cela n’a pas été
respecté. La convoitise des conquérants a changé la donne. On a assisté à l’anéantissement de la
culture locale et l’évangélisation a été loin d’être positive.

Aujourd’hui, on veut inventer une autre Eglise basée plus sur l’amour. Le synode Pan
amazonien veut d’abord que l’on prenne conscience de nos erreurs passées. La politique des États-Unis
est destructrice au niveau religieux notamment avec tout le mouvement Évangélique. L’argent est ROI,
on détruit tout. On retrouve ces mêmes problèmes d’argent dans beaucoup de pays, en Inde, à
Madagascar…

Le Pérou est un territoire étonnant et extraordinaire, par la richesse de sa biodiversité, par sa


végétation, ses arbres gigantesques, la faune. Il y a cent quarante deux sortes de serpents et de
nombreux animaux inconnus en Europe. On y sent la force de la nature. Les orages en Amazonie, les
éclairs, les cris des animaux sont inoubliables. Le Pérou a 62% de son territoire en Amazonie.

Les fleuves qui sont en Amazonie, font le Pérou. Les gens s’identifient à la nature. La Terre est
Mère. La vie s'organise autour des fleuves ou l'on trouve une très grande diversité de serpents. Les
communautés se déplacent, les Amérindiens déboisent et brûlent de petits lopins de terre mais un an
après il n'en reste plus de traces, la forêt reprend ses droits. Les gens s'identifient à la nature et la
respectent.

Entrer dans la culture des peuples amazoniens, et/ou amérindiens est indispensable mais cela
prend du temps. L'Européen est sur la terre et aurait des leçons à prendre de l’Amérindien qui est
dans la terre. On ne doit pas maltraiter la terre, la terre est respectée, ils sont scandalisés quand on la
détruit. On ne battrait pas sa Mère ! 

Il faut reprendre l’histoire Les colons vont évangéliser. L'évangélisation, va se faire avec les
colons, le christianisme est une religion d'importation.
Le 24 juin est un date très importante, c’est le jour de l’Inti Rami, la fête du Dieu Soleil, qui est
plus important que le jour de Noël. C’est pour cela que les missionnaires auraient voulu fêter Noël à
cette date et non le 24 décembre, car cela avait un sens pour les populations locales. Il y a eu des
missionnaires remarquables, les franciscains, les dominicains. On peut rappeler en particulier avec le
Sermon  de Montesinos qui amènera la conversion de Fray Bartolomé de las Casas, et les jésuites, qui
ont pris la défense des peuples autochtones.
Mais il y eut des attaques contre les jésuites. Le roi d'Espagne les a chassés… Cependant il y
avait chez eux une sorte de paternalisme.
Il faut introduire des rites amérindiens dans les célébrations liturgiques. Il faut laisser une place
à leurs responsables, guérisseurs -ils ont une connaissance extraordinaire des plantes et savent soigner-
avoir des temps de partage biblique. Il faut inventer une autre manière d’être Église avec ces peuples.
Il est indispensable de prendre conscience des erreurs, des torts de l'Église, qui doit être
différente. Le christianisme est une foi d'importation, ces peuples avaient d'autres pratiques religieuses,
dont le président actuel du Brésil, Jair Bolsonaro, dit que c'est de l'idolâtrie à détruire. Il y a
actuellement une politique de destruction des peuples natifs, les grandes entreprises qui font de
l'   argent  sont condamnables et de fait sont destructrices.
Il nous faut être proches des gens, nous convertir à leur culture, nous demander comment
préparer les gens à être en mission.
Enfin, il y a un enjeu mondial avec la pollution.

Débat / Réponses aux questions :

Pour être indien, il faut être capable de vivre en Communauté. La famille est forte. Les gens
sont très liés entre eux. Les grandes décisions se prennent en Communauté d’où l’importance du
cercle, symbole de l’unité. Vivre en communauté est primordial, c’est ainsi que sont nées les
communautés ecclésiales de base.

Comment peut-on agir ici ?

Par la prise de conscience des réalités, en s’informant à travers des ONG telles que le CCFD.
En faisant du tourisme chez l’habitant, ce qui favorise la compréhension et revêt un caractère de
solidarité.

Il faut croire en la force de la faiblesse. On ne peut rien changer actuellement mais les grands
vont se casser la gueule, ils se mangeront entre eux. C’est déjà commencé. Mais il nous faut continuer
à faire notre petite part.
Les communautés sont marginalisées, ainsi beaucoup n’ont pas de papiers d’identité donc
aucune existence légale.
L’Eglise joue un grand rôle pour le peuple, ainsi 75% de la population accorde du crédit à
l'Eglise, contre 16% au gouvernement.

C'est plein d'espoir ! Il faut se mobiliser !

Impressions :

Cette Table Ronde a été bien préparée, bien conçue.

C’était agréable de commencer par un film et de commenter les images, de laisser, ensuite, la
parole aux intervenants, et de pouvoir poser les questions sur papier.

Bravo, également pour le choix des personnes : Antoine de Brye et Gui Lauraire, qui ont vécu
dans ces pays. Leur témoignage était fort.

Que pouvons-nous faire pour aider, soutenir ?

Avec la collaboration de Bernadette Marc et de Xavier Vincent, CCFD-TS et Rose-Line Coureau du Service
Diocésain de la Mission

Dominique Pontier

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