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Les Lames Un scénario pour l’Appel de

Cthulhu
par Mario Heimburger

du Destin Illustrations : Elisabeth Thiery

Ce scénario pour l'Appel de Cthulhu se déroule en 1926 à Paris. Les personnages


devront déployer une mine d'ingéniosité pour élucider un complot dont la dernière
victime pourrait être le frère de l'un des leurs.
Pour Maître et Joueurs confirmés. Parmi les personnages, un avocat serait bienve-
nu. Les autres personnages doivent déjà se connaître

Mise en place nombreux contacts dans la domesticité à Mario HEIMBURGER


s'introduire dans des demeures bourgeoises Grand collectionneur
du sud de l'Angleterre à l'insu de tous, devant l'éternel, il garde
jalousement tous les jeux de
JACQUES MILLAUX… accompagné d'acheteurs innocents, à qui il
rôle qu'il peut trouver. Il ne
proposait les œuvres d'arts exposées. Une lui en manque pas beau-
fois la transaction effectuée, il donnait l'ob- coup.
algré son âge avancé - près de

M soixante ans - Jacques Millaux n'a


pas une once de sagesse. Pourtant,
son apparence incite à la confiance. Plutôt
jet en question à l'heureux acheteur, lui fai-
sait signer un reçu en bonne et due forme,
puis disparaissait en fermant la porte derriè-
re lui. Le propriétaire de la maison revenu, il
petit, relativement corpulent, Jacques porte
trouvait à la place de l'objet de valeur le sim-
au-dessus d'un corps tout en rondeurs une
ple reçu, qui mettait bien dans l'embarras l'a-
tête du même acabit, aux joues pleines et au
cheteur, forcé de restituer l'objet. Cette
regard candide. Sur un nez aviné affublé
magouille fonctionnait fort bien, Jacques
d'un grain de beauté poilu se tiennent diffici-
étant passé maître dans l'art de brouiller les
lement en équilibre une paire de besicles à la
pistes. Sa plus belle arnaque fut sans doute la
fine monture d'acier, qui donnent à ce visage
vente d'un château complet à un couple d'é-
rougeaud un air professoral du plus bel effet.
cossais, désireux de changer de climat.
En fait, si Jacques Millaux n'est pas beau, il
Mais la chance ne dura pas. Un des domes-
apparaît tout du moins comme étant très
tiques d'une maison où un forfait avait été
sympathique.
commis avoua sa duplicité à la maîtresse de
On ne mettra jamais assez en garde
maison, qui était également son amante. Ces
contre les apparences, car chez Jacques,
confidences sur l'oreiller arrivèrent tout
comme chez tous les personnages de ce scé-
naturellement aux oreilles du propriétaire,
nario, elles sont trompeuses. Jacques est en
qui alla immédiatement conter toute l'histoi-
fait un escroc des plus originaux. Durant des
re à la police. L'enquête mit presque une
années, dans sa jeunesse, son passe-temps
année à aboutir, mais au bout du compte,
favori était de vendre des objets qui ne lui
Jacques fut pris, jugé, et envoyé en prison
appartenaient pas. Il parvenait grâce à de
pour dix longues années.
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… EST TON FRÈRE !

acques Millaux est né en

J 1863. Sa mère, Joséphine


Bourbal - alors âgée de 19
ans, dut précipiter le mariage
avec Gustave Millaux, un honora-
ble soldat, afin d'éviter le déshon-
neur d'une naissance sans union.
Gustave Millaux, bien peu préoc-
cupé par cette femme qu'il n'avait
séduit que par jeu, pris très mal la
situation. Des années durant,
Joséphine demeura seule à élever
son fils. Les occupations de
Gustave à ce moment n'avaient
rien de reluisant, et c'est presque
avec soulagement que Joséphine
apprit la mobilisation de Gustave.
La guerre de 70 éclatait, et
Gustave fut envoyé au front pour
contrer l'offensive éclair des prus-
siens. Il fut une des premières
victimes de cette guerre dans
laquelle la France n'eut aucune
chance, et l'armistice fut signée
avant même que Joséphine ne se
soit vraiment rendue compte
qu'elle était désormais veuve.
Quelques années passèrent…
Joséphine vivait d'une rente que
l'armée versait aux malheureuses,
et Jacques grandit dans un milieu
pauvre, mais distingué. Joséphine
se saignait jusqu'aux veines pour
offrir à Jacques une éducation
digne de ce nom. Elle parvint à
La Demiurge l'envoyer dans une université anglaise, mais
au prix de son propre confort.
La période en prison fut très éprou-
La vertu était une des dernières choses à
vante pour cet homme qui ne commettait ses
laquelle elle se raccrochait, et c'est cette
larcins que par ennui. Habitué à une vie sur-
même vertu qui séduisit le père d'un des per-
réaliste, il fut soudainement plongé de plein
sonnages-joueurs. Peu de temps après leur
fouet dans la réalité du monde carcéral.
rencontre, Joséphine se remaria avec lui, et
Quand il ressortit de cette épreuve, il n'était
de cette union nacquit le personnage.
plus que l'ombre de lui-même. Alors âgé de
Jacques Millaux se faisant de plus en
quarante-cinq ans, Jacques accepta un travail
plus rare, le personnage n'est pas très intime
faiblement rémunéré chez un brocanteur (qui
avec lui. Il reçut tout au plus quelques lettres
n'avait heureusement jamais entendu parler
de Londres où Jacques passait le plus clair de
de lui) et vécut pendant de nombreuses
son temps. Lorsque toutefois le scandale
années dans un appartement moyenne-classe
éclata et que Jacques fut envoyé en prison, le
de Paris. L'illégalité ne l'attirait plus du tout.
choc fut terrible pour Joséphine, qui ne pou-
vait pas croire en la vérité. Elle ne se remit
jamais de ce choc - quand bien même
Jacques fut libéré et s'amenda, et une premiè-
re attaque cardiaque la diminua aussi bien
mentalement que physiquement. Son mari,
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très inquiet, passait la majeure partie de son Jacques Millaux sera condamné pour meurt-
temps à la veiller, assis au bord du lit où une re, si ce n'est pour assassinat, ce qui l'amè-
paralysie forçait Joséphine à passer ses jour- nera peut-être à embrasser le pied de la
nées. Lorsque Joséphine mourut, voilà qua- guillotine.
tre ans, le père du personnage perdit goût à L'instruction est en cours depuis
la vie. Il suivit bientôt sa femme dans la trois mois, et le début du procès a été fixé à
tombe. la semaine prochaine, et l'avocat chargé de la
Jacques est désormais la seule défense - nommé d'office par manque d'ar-
famille qui reste au personnage. Enfant terri- gent du prévenu - ne manifeste guère de zèle
ble, cause de nombreux soucis, c'est toute- à faire son travail.
fois une relation de sympathie orageuse qui Voici toute l'affaire telle qu'elle sera
lie les deux personnages. Jacques a été four- exposée par l'inspecteur Froissard. Pendant
be, mais tout ceci est maintenant du passé. qu'il énumérera les faits, il perd son ton sym-
pathique pour prendre une voix mécanique :

CHRONOLOGIE : MERCREDI 2 JUIN 1926


Entrée en Scène
"Le crime a été commis le 2 juin 1926. Nous
avons appréhendé le suspect Jacques
ACCUSÉ ! Millaux sur les lieux même du crime, chez
M. Bernard Londrin. Lorsque nous sommes
CHRONOLOGIE : LUNDI 6 SEPTEMBRE 1926 arrivés, il tentait de fuir par la porte du bal-
e personnage qui interprète le frère de

L Jacques Millaux a été absent et injoi-


gnable pendant une longue période.
Vous pouvez faire jouer cette aventure après
con du bureau, pièce même où le corps de
M. Londrin gisait à terre dans une mare de
sang. La cause du décès est une épée de
décoration qui a transpercé le cœur de la vic-
une longue expédition dans des pays exo- time. Cette épée se trouvait accrochée au
tiques. Lorsque le personnage revient à son mur, en compagnie de sa jumelle et servait
domicile, il découvre une lettre envoyée de originellement de décoration.
la Tour Pointue à Paris (La Tour Pointue est Le coffre-fort de M. Londrin était
le sobriquet accordé au siège de la police cri- ouvert, et vide. Dans les poches de l'accusé,
minelle) par l'inspecteur Froissard, l'infor- nous avons trouvé deux mille francs en
mant que Jacques Millaux a été arrêté et sera billets de cent, somme que l'accusé n'est pas
jugé prochainement pour meurtre. Si le per- prédisposé à porter sur lui. De plus, si on en
sonnage est aisé, ce sera le domestique qui croit la comptabilité très précise que tenait la
annoncera la nouvelle. victime, cela correspond exactement à la
Tout cela devrait l'étonner , car somme qui se trouvait dans le coffre.
Jacques Millaux a beaucoup de défauts, La manche droite de l'accusé portait
mais il n'a jamais été un criminel ! Rappelez quelques éclaboussures de sang, qui pour-
alors au personnage les étranges péripéties raient provenir de la blessure de la victime.
de son frère, et insistez sur le fait que cette Enfin, le témoin qui nous a prévenu
accusation ne tient pas debout. - un des plus proches voisins de la victime -
a affirmé qu'entre le moment où il a perçu un
En se rendant chez l'Inspecteur cri et le moment où sommes arrivés, person-
Froissard éventuellement accompagné de ne n'a quitté ni pénétré dans l'immeuble de
son avocat et/ou de quelques amis, le per- M. Londrin."
sonnage découvrira un homme affable et
sérieux, qui prétendra d'emblée ne pas croi- Inutile de dire que les faits sont
re en la culpabilité de Jacques Millaux. accablants. On y trouve aussi bien un mobi-
L'inspecteur, âgé d'à peine trente- le, l'arme du crime, et tous les ingrédients du
cinq ans, le cheveux très court et rasé de coupable idéal. C'est justement ce dernier
près, porte des habits de bonne qualité, qui point qui pose problème à l'inspecteur : il ne
témoignent que l'homme qui les porte est un croit pas au coupable idéal. Mais son rôle à
homme de goût. Il se montre sympathique et lui est terminé dans cette affaire. Son seul
compatissant avec le frère de Jacques, et travail désormais est de garder l'accusé sous
indique qu'il pense "que nous sommes à clefs jusqu'au procès.
deux doigts d'une immense erreur judiciai-
re”. Pour lui, il ne fait aucun doute que
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Si ce n'est pas fait spontanément par En se rendant chez Londrin pour
le frère de Jacques, l'Inspecteur insistera pour effectuer la transaction, Jacques découvre la
que l'accusé dispose d'un bon avocat : "un porte d'entrée ouverte, et ne recevant pas de
bon avocat peut faire en une semaine bien réponse à ses coups (M. Londrin n'avait pas
plus que ce que ferait l'avocat commis d'offi- de domesticité), prend la liberté de rentrer.
ce". Enfin, sur demande des joueurs, il accor- Comme il a déjà visité la demeure précédem-
dera la permission d'aller rencontrer Jacques ment (pour examiner la toile avant de l'ache-
dans les cellules de la Tour. ter), il se dirige directement vers le bureau, à
l'étage où il découvre le corps sans vie de ce
Londrin, et peu de temps après, entend l'arri-
ENTREVUE AVEC UN COUPABLE vée de la police. Sachant qu'il était le coupa-
ble désigné, il prit peur et tenta de s'enfuir,
acques n'affiche pas une très bonne mais alors qu'il enjambait la rambarde du

J mine. Cela fait maintenant déjà trois


mois qu'il loge dans une geôle qui, tout
en étant propre et chauffée, n'en est pas
balcon, son vertige le prit, et il ne put se
résoudre à sauter. C'est dans cette position
que les policiers le surprennent et l'arrêtent.
Jacques jure ne pas avoir tué
moins une prison. Sa mine est grise, et il n'en
croira d'abord pas ses yeux lorsque son frère Londrin, et précisera tout point qui lui sera
viendra lui rendre une visite sous l'œil atten- demandé d'éclaircir avec empressement. Le
tif d'un policier de garde. La surprise passée, sang sur sa chemise ? Ce matin-là, il s'était
Jacques reportera ses dernières onces coupé en se rasant, et ne l'avait pas remarqué
d'espoir sur son frère, et sera heureux de tout de suite. Ce n'est qu'en essuyant une
répondre à toute question, même aux plus humidité au cou que Jacques s'est rendu
embarrassantes. Voici en substance ce qu'est compte de la coupure.
sa version des faits : Jacques pourra apporter les éléments
voilà quelques mois, Jacques suivants : la victime était couchée de trois-
Millaux a rencontré dans l'échoppe de bro- quarts sur le sol. L'épée lui a transpercé le
canteur dans laquelle il travaille, un homme à dos : l'attaque est clairement venue de derriè-
la recherche d'un quelconque bibelot à offrir re. La maison était probablement déserte, à
à un ami. L'homme, Ernest Gondureau s'est moins que quelqu'un ne se cache au rez-de-
révélé être un riche banquier, également chaussée. La fenêtre du balcon était fermée
grand amateur d'art. Jacques et lui ont discu- quand Jacques est entré dans le bureau : il a
té pendant de longues minutes, et le banquier été obligé de l'ouvrir pour tenter de fuir.
s'est trouvé impressionné par le bagage cul-
turel de Jacques. Malgré les explications enfiévrées de
Gondureau n'a pas réussi à trouver Jacques, son innocence est bien difficile à
un bibelot qui lui convienne, mais a suffi- croire : les faits jouent contre lui. Pourtant,
samment fraternisé avec Jacques pour l'invi- tout ce qu'il dit est rigoureusement exact !
ter chez lui. C'est dans la grande demeure à Jacques n'a qu'une seule chose à se repro-
l'extérieur de Paris que Jacques s'est trouvé cher : s'être trouvé au mauvais endroit, au
pour la première fois face à une œuvre dont il mauvais moment. Mais il est des destins
est tout de suite tombé amoureux. Devant écrits bien à l'avance…
l'admiration dont faisait preuve l'ex-escroc,
Jean-Baptiste lui a fait don du tableau, qui se
trouve depuis au domicile de Jacques. Quelques faits
Comme Jacques cherchait d'autres
œuvres du même peintre, Gondureau le pré- LA VÉRITABLE EXISTENCE DE M.
senta à Londrin, qui possédait lui-même une BERNARD LONDRIN
œuvre du même acabit. Jacques se proposa
immédiatement de la lui acheter, mais
ernard Londrin était très connu dans
Londrin en voulait deux mille francs.
Jacques, ne pouvant se procurer tant d'argent
fit à nouveau jouer sa toute nouvelle connais-
sance. Il demanda à emprunter deux mille
B le milieu des affaires : industriel en
textile, il possède de nombreuses usi-
nes dans l'est de la France (en particulier en
Lorraine et en Moselle), dans lesquelles il
francs à Gondureau, qui accepta en lui faisant
fait traiter ses ouvriers comme des moins que
signer une reconnaissance de dette, pour les-
rien.
quels il avait des formulaires tout prêts.
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Son pêché mignon : les femmes. étant donné sa faible quantité de travail chez
Commençant à exercer des chantages à l'em- ce même Londrin. L'industriel commença
ploi sur ses ouvrières, Londrin perd rapide- par proposer au banquier un verre, et comme
ment le goût de cette chair trop facilement Jacques Millaux était attendu vers onze heu-
gagnée. Il vise bientôt des sphères plus hau- res, entra dans le vif du sujet et proposa à
tes, l'aristocratie d'abord, puis, voyant qu'u- Gondureau de rembourser immédiatement
ne aristocrate n'est pas plus difficile à sédui- sa dette. Le banquier proteste : " ce n'est pas
re qu'une paysanne, il se tourne vers les pour cela que je suis ici, voyons. Vous avez
actrices. C'est pour lui le début de la fin. tout le temps que vous désirez pour me rem-
Car les actrices à ce moment sont bourser ". Mais Londrin ouvre le coffre de
bien plus courtisées que les nobles et les son bureau et tend à Gondureau l'argent. Le
bourgeoises. Elles sont toutes les femmes en coffre étant désormais vide, il ne prend pas
même temps, et ont donc autant d'amants la peine de le refermer. Gondureau sort alors
que toutes les femmes réunies. Gagner l'ex- de son portefeuille la reconnaissance de
clusivité de l'une d'entre elle peut coûter une dette, et y met le feu avec les allumettes qui
fortune… lui servent à allumer sa pipe. Alors que le
Clara Duverdin est une de ces actrices, et pas papier finit de se consumer dans le cendrier,
la moins belle. Bernard Londrin en est Gondureau prend congé et quitte Londrin,
tombé éperdument amoureux lorsqu'il l'a- qui descend ramener les verres à la cuisine.
perçut jouant une pièce intitulée : "Les affa- Comment, me direz-vous ? C'est
bulations comiques", par un certain Johann tout ? Et bien non, Gondureau n'a pas tué
Maller. Londrin s'y était rendu la première Londrin. Mais alors, si ce n'est pas Jacques,
fois par ennui, les suivantes, par passion. ni Gondureau, qui a tué Londrin ?
Londrin n'a jamais hésité à lui faire les plus Patience…
beaux cadeaux, mais Clara ne semblait pas
être sensible à cette denrée. En fait, elle n'ac-
ceptait les cadeaux que juste assez pour que UN VOISIN AVISÉ…
Londrin continue à lui en faire. Profitant
ainsi de sommes incroyables, et comprenant arlons maintenant du principal témoin
que si elle ne se montrait pas plus réceptive,
elle perdrait cette source de revenu, elle
condescendit à accepter quelques rendez-
vous, mais jamais elle ne lui donna son
P à charge : Philippe Meugnot est ren-
tier, et habite l'hôtel particulier situé à
droite de celui de Bernard Londrin. Le pau-
vre homme est assez abandonné par sa
cœur. famille et vit seul avec une vieille domes-
Londrin, rendu fou par cet amour, tique dans sa demeure. Il est alors compré-
dépensa d'immenses fortunes pour se retro- hensible que le pauvre homme n'ait rien
uver bientôt au bord de la faillite personnel- d'autre à faire que de guetter les bruits, les
le. Il commença alors à emprunter de l'ar- voisins et de façon générale ce qui se passe
gent. Pour cela, il fit appel à son ami (ou plu- dans son environnement. Sauf ce fameux
tôt relation) Ernest Gondureau, un riche ban- matin où le crime a eu lieu…
quier. Les sommes qu'il lui emprunta étaient Ce matin-là, Anastasie fut laissé en
toutefois assez modestes, et le dernier garde chez Philippe Meugnot par sa mère,
emprunt ne s'élevait qu'à deux mille francs, exceptionnellement de retour à Paris pour
que Londrin pouvait facilement récupérer rencontrer… nous garderons le silence sur
grâce à l'exploitation de ses usines. Car ce point. Anastasie a passé une petite partie
même dans sa passion la plus torride, de sa matinée à jouer à la marelle sur le trot-
Londrin ne compte pas s'endetter jusqu'à sa toir, sous la surveillance de Edwige, la
perte. bonne.
Environ vers dix heures, un homme assez
Le jour du meurtre de Londrin, deux âgé est descendu d'une grande voiture noire
mille francs se trouvaient dans le coffre de la avec l'aide de son chauffeur. L'homme a
victime. Ces mêmes deux mille francs qu'il alors pris sa canne et s'est dirigé vers le
se proposait de rendre à son ami banquier le domicile de Londrin et passant à côté
jour même. Une heure à peine avant que d'Anastasie lui a souri d'un air affectueux et
Jacques Millaux n'entre chez Londrin, a passé la main sur la tête de la petite fille en
Gondureau effectua une petite visite de plaisantant avec elle. Puis, il est entré chez
courtoisie, comme il en a souvent l'occasion, Londrin. Edwige, qui avait suivi la scène
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d'un mauvais œil, décide alors qu'il est temps quelques fouilles supplémentaires, mais uni-
pour l'enfant de rentrer. Personne ne voit res- quement avec la présence de l'inspecteur
sortir Gondureau. Froissard. Sinon, les personnages devront
Lorsque moins d'une heure plus tard, un cri négocier…
retentit dans le bureau de Londrin, Meugnot Le crime a eu lieu dans le bureau, qui
l'entend (le bureau de Londrin et le salon du se situe au premier étage (en montant les
rentier ne sont séparés que par une cloison). escaliers, c'est directement en face). Le grand
Son premier réflexe est d'aller voir son voi- tapis qui recouvre le sol se trouve taché de
sin, mais il se ravise en pensant à la mauvai- marron à l'endroit où le corps a été retrouvé,
se vie de Londrin. Il veut alors demander à sa c'est à dire juste devant le bureau. Ce dernier
bonne d'appeler la police, mais se souvient est positionné au milieu de la pièce, selon le
qu'elle est allée faire quelques courses pour plan B. En face du bureau, Londrin a fait
le repas de midi. Il prend alors lui-même le accrocher le tableau fort impressionnant qu'il
téléphone et contacte la police. Puis, il va se devait céder à Millaux. Derrière le bureau, on
poster à la fenêtre pour observer les allées et peut trouver sur le même mur le coffre-fort
venues dans la rue. (ouvert) et le présentoir sur lequel étaient
Selon ses dires, personne n'est sorti de la entrecroisées les deux épées, don l'une a été
demeure, et personne n'y est entré jusqu'à la cause de la mort de Londrin. Ces armes
l'arrivée de la police. En fait, il a quitté la rue sont des objets de décoration, mais très capa-
des yeux pendant une minute : lorsque bles de tuer un homme !
Anastasie lui a demandé un verre d'eau. C'est Le tableau que devait acheter
durant cette minute que Jacques Millaux est Millaux est aussi impressionnant que le pré-
entré dans l'hôtel particulier de Londrin. Et tendait celui-ci . Le style en est très particu-
c'est peu après que la police intervient… lier : une partie de l'œuvre est dessinée au
fusain et seul le décor est peint. Cela donne
une impression d'inachevé, mais cette
Déroulement de l'enquête impression disparaît lorsque l'on contemple
le tableau pendant quelques minutes. Au pre-
mier plan, occupant la plus grande surface de
la toile est représentée une femme, nue, qui
CHEZ LONDRIN
semble observer celui qui se trouve face au
tableau. Elle semble se tenir debout sans
ernard Londrin habitait au 72, rue du

B Faubourg St-Honoré à Paris. Sa


demeure est un petit hôtel particulier
de construction récente. La demeure est
aucune pose particulière, immobile et serei-
ne. Le plus curieux est sans doute le regard :
il est vide de toute pupille, les yeux sont
complètement blancs. Plus surprenant enco-
accolée à la maison de M. Meugnot à gauche, re, l'arrière-plan : il s'agit d'un paysage assez
et sur la droite, une cour couverte est entou- banal, mais incliné, comme si le paysage
rée d'un mur qui fait corps avec la maison. avait basculé.
L'hôtel ne dispose que d'une seule entrée, Sur le bureau, rien d'intéressant, si ce
sous la forme d'une porte cochère donnant n'est un petit tas de cendres dans le cendrier.
sur la cour. De là, le visiteur a le choix entre Ces cendres proviennent de la reconnaissan-
pénétrer directement par la cuisine ou entrer ce de dettes de Londrin, mais il n'y aura
par la porte principale en montant quelques aucun moyen de l'identifier. Le coffre est
marches. vide de tout contenu. Il est ouvert dans la
La maison est luxueuse et décorée même position qu'au moment du crime.
avec soin. De nombreuses œuvres d'art sont Dans la cuisine, au rez-de-chaussée,
exposées, bien que peu aient été produites on peut encore trouver deux verres utilisés,
par des artistes renommés. Rien n'a été ainsi que la vaisselle du petit déjeuner de
dérangé par les enquêteurs : Londrin n'avait Londrin.
pas d'héritiers, et les affaires tournant aussi
bien sans lui qu'avec (mieux, diraient certai- Les enquêteurs de la police n'ayant
nes employées), il n'a pas semblé nécessaire aucun doute sur l'identité du coupable n'ont
pour le moment de faire quoi que ce soit. A pas fait beaucoup de cas de l'enquête. Il ne
deux trois indices près, les enquêteurs tardifs leur est pas venu à l'idée que la scène du
trouveront autant d'informations que le jour meurtre tel qu'ils l'avancent est assez surréa-
du crime. Si un nouvel avocat a été nommé, liste : si quelqu'un prend le temps de recons-
il obtiendra facilement l'autorisation de faire
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tituer le crime, il se rendra compte que, si ici aussi le mélange qui semble incomplet
Millaux avait effectivement abattu Londrin entre le fusain et la peinture à l'huile. La
avec cette épée, il aurait dû contourner le scène représente un groupe de quatre hom-
bureau, prendre l'épée, monter sur le bureau mes et trois femmes positionnés en demi-
puis s'accroupir pour planter l'épée dans le cercle face à l'observateur. Les personnages
corps de Londrin avec le bon angle. Tout sont vêtus de toges romaines et leur main
ceci alors que Londrin restait face au droite est levée, pointant un index impérieux
tableau, puisque c'est dans cette position vers le spectateur de la toile. A l'arrière-plan,
qu'il a été tué. Cela n'accrédite que la mort on peut remarquer de nombreuses ruines de
par surprise, ce qui n'est manifestement pas temples gréco-romains. Sur le bas du cadre,
le cas puisque Millaux était attendu. une petite plaque de cuivre gravée indique le
Bien sûr, une telle argumentation, nom de l'œuvre (ce qui n'était pas le cas chez
aussi juste soit-elle n'explique pas tout, et Londrin) : "Le déclin".
elle ne convaincra pas forcément les jurés. Hormis cette toile, les personnages
Cependant, cela pourra les faire douter… ne pourront que constater le goût certain de
Jacques Millaux pour l'art, et sa vie paisible
et honnête dans cet appartement. Aucun
CHEZ MILLAUX autre indice significatif ne s'y trouve.

ne visite à l'appartement

U de Jacques Millaux n'ap-


portera pas grand-chose
de plus. Situé dans le seizième
arrondissement de Paris, l'appar-
tement est perché au troisième
étage d'un immeuble en piteux
état. Entrés dans la cage d'esca-
lier, les visiteurs sont immédiate-
ment assaillis par une odeur de
pâtes et de choux. L'escalier est
grinçant, et l'ensemble paraît
assez pitoyable.
Pourtant, dès que l'on
passe le seuil de l'appartement,
cette impression se dissipe. En
effet, le domicile de Millaux est
meublé avec soin et bien entrete-
nu (bien qu'une légère couche de
poussière recouvre l'ensemble,
étant donné l'absence de son pro-
priétaire depuis un certain temps).
Jacques n'a pas beaucoup d'ar-
gent, mail il lui arrive de se faire
payer par son patron en objets
divers qui lui passent entre les
mains. Tout le mobilier et tous les
objets d'arts sont anciens, mais
dessinent une harmonie que n'ont
pas beaucoup de demeures de
riches bourgeois.
Pendu en plein milieu du
mur de la chambre de Jacques se
trouve le tableau que Gondureau
lui a offert. Un simple coup d'œil
permet de s'assurer qu'il a bien été
peint par le même homme : le
style est identique, et l'on trouve Retour aux sources
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crime. Il est bien conscient que cela le trans-
formerait en suspect, et tient à éviter tout
ERNEST GONDUREAU scandale.

près avoir entendu son nom et AUTRES ÉLÉMENTS

A contemplé les toiles, les personnages


désireront peut-être rencontrer es personnages devront trouver par
Ernest Gondureau, afin de vérifier certains
points. Le mieux est peut-être de le rencont-
rer au siège de la Banque Gondureau, un
L eux-mêmes la plupart des indices du
scénario.
Une des sources est bien évidemment le voi-
magnifique bâtiment situé au centre de Paris. sin de Londrin. Bien sûr il affirmera mordi-
C'est là où l'homme passe le plus de temps. cus que sa version est exacte, mais la bonne
Et pourtant, l'homme n'a pas beaucoup de Edwige ne sera pas aussi catégorique. Elle
travail. A force de déléguer une très grande pourra parler de l'homme à la canne, qui a
partie de ses affaires (ce qui vaudra d'ailleurs salué la petite-fille de Meugnot. Elle ne pour-
la faillite de la Banque six années plus tard), ra donner aucune information sur ce qui s'est
l'homme se retrouve désœuvré et oisif. passé à l'heure du crime, dans la mesure où
N'ayant jamais vraiment su s'amuser, Ernest elle était sortie.
Gondureau s'ennuie prodigieusement. Une autre source, qui les informera notam-
Depuis des mois, sa principale occupation est ment sur la vie quelque peu dissolue de
d'aller voir des clients chez eux, afin de dis- Bernard Londrin, ce sont les potins mon-
cuter de la pluie et du beau temps. Il y a dains. Ils apprendront là toute la vérité sur la
d'ailleurs 30% de chance pour que ce soit le liaison entre Londrin et Clara Duverdin.
cas lorsque les Personnages se présentent. Chose plus surprenante encore, ils appren-
Toutefois, si jamais Gondureau est présent au dront que Clara Duverdin reçoit également
moment où les personnages viendront le voir, de fortes sommes de Gondureau. Si on inter-
il s'empressera de les inviter dans son bureau roge celui-ci sur le sujet, il se montrera très
quelque soit la raison produite. gêné, puis se laissera aller à des confidences
Gondureau est un quinquagénaire à sur le thème "vous savez, les gens de mon
l'apparence sèche. Vêtu d'habits sur mesure âge et de ma catégorie sociale ont parfois
couvrant un corps noueux et malingre, Ernest besoin de se divertir un peu…". Il n'est
est un pur produit de la haute société pari- cependant pas au courant de la liaison entre
sienne. Il ne se déplace jamais sans sa canne Clara et Londrin. Le mettre en confrontation
richement sculptée et dont le pommeau est avec cette information fera pâlir le banquier.
orné d'un magnifique rubis. Il est poli et Il demandera des informations supplémentai-
extrêmement serviable, et place l'amitié au- res, et il est très visible que cette nouvelle
dessus de tout (y compris des lois). Il l'affectera beaucoup. Cela aurait pu être le
accueillera les personnages en leur proposant mobile du crime, si Gondureau avait été
à boire, et ira jusqu'à les inviter à déjeuner informé de cette liaison. Mais les personna-
s'ils se montrent aimables. ges peuvent être lancés sur une fausse piste
Au sujet de l'affaire, il ne pourra pas qui durera au moins jusqu'au troisième
dire grand-chose. Il confirme toutefois ce que jour…
Millaux prétend, à savoir que le tableau inti-
tulé "Le déclin" a bien été offert au vieux
brocanteur en signe d'amitié, et que Le Troisième Jour
Gondureau a bien prêté deux mille francs à CHRONOLOGIE : MERCREDI 8 SEPTEMBRE
Jacques pour que celui-ci puisse acheter un 1926
deuxième tableau du même peintre. Il pourra
aussi nommer ce peintre, bien qu'à ce stade LA VISITE DU PEINTRE
de l'enquête, le lien entre les meurtres et les
tableaux ne puisse pas encore être établi. lors que l'enquête des personnages
Le peintre se nomme Anatole Brancard.
Gondureau l'a rencontré à plusieurs reprises
et le décrira comme quelqu'un de très aima-
ble, mais maladivement timide.
A avance petit à petit (faites en sorte
qu'elle avance lentement, et n'hésitez
pas à leur faire ressentir l'urgence de leur
mission), le frère de Jacques Millaux reçoit
A aucun moment Gondureau n'avouera être une visite inattendue en la personne de
passé chez Londrin au cours de la matinée du Anatole Brancard.
26 Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr
Celui-ci ne paye pas de mine : pardonner l'impolitesse de vous avoir déran- CARACTÉRISTIQUES DE
l'homme est très petit (il ne mesure pas plus gé à un moment si délicat, je serais heureux ANATOLE BRANCARD
d'un mètre 55) et chauve. Cependant, il ne de vous accueillir chez moi quand vous le
s'agit pas de cette calvitie noble et imposan- souhaiterez ". FOR : 10 CON : 11
TAI : 8 INT : 14
te de la vieille aristocratie d'Europe centrale, Cette visite doit laisser aux joueurs une
POU : 3 DEX : 15
mais plutôt de la calvitie bas-peuple : elle ne impression de non-importance, un simple APP : 10
sied vraiment pas au personnage. Son visage fait en passant. Et pourtant, cette visite pré- Points de Vies : 10
est relativement anodin, et il porte devant lui pare la fin de l'aventure… SAN : 10
un imposant embonpoint qui semble à
jamais le séparer de son interlocuteur. Compétences :
L'homme parle avec une voix assourdie, à Toute la vérité Astronomie 10%,
tel point qu'il est indispensable de faire Art (Peinture) 50%
silence pour le comprendre. A aucun Bibliothèque 30%
moment, il n'élèvera la voix et préférera se Histoire de l'Art 50%,
ANATOLE BRANCARD Lire/Ecrire Grec 50%,
taire plutôt que de parler dans le vide. Ce
Occultisme 50%,
n'est pas quelqu'un qui cherche à s'imposer.
vant que vous n'imaginiez un nou- Discrétion 40%
Pendant toute la conversation, il regardera à
terre et s'excusera à tout moment du déran-
gement qu'il occasionne. Jouez-le comme un
personnage pitoyable et légèrement éner-
A veau Machiavel, je tiens à rectifier
tout de suite ce que j'ai laissé sous-
entendre : Anatole Brancard est parfaitement
vant. Je vous assure que c'est le meilleur innocent.
moyen de détourner les soupçons des Cela fait des années que cet homme
joueurs. (aujourd'hui âgé de près de quarante ans)
La raison de la visite du peintre est la sui- essaye de percer dans le domaine artistique.
vante : après des années de travail dont le Hélas, il lui a toujours manqué ce qui fait le
point d'orgue a eu lieu ces derniers mois, une vrai peintre : le talent. Mais Anatole n'ayant
galerie de Paris lui a enfin proposé d'exposer aucune autre qualification et étant peu dési-
ses toiles. Anatole prépare cet événement reux de rencontrer du monde (sa timidité
depuis bien longtemps. Cherchant à réunir maladive l'en empêche), il persévéra dans
ses meilleures toiles en vue de les exposer, il cette voie et vit depuis des années d'une mai-
avait déjà contacté Jacques Millaux avant les gre obole versée par des amateurs d'art peu
problèmes de ce dernier, pour lui demander éclairés.
de prêter le tableau qu'il possédait pour cette Cherchant sans cesse de nouvelles
occasion unique. Jacques a bien évidemment sources d'inspiration, il passe le plus clair de
donné son accord, et a signé une petite auto- son temps dans les galeries et dans les
risation que le peintre produira aux person- bibliothèques, à la recherche du déclic qui
nages s'ils hésitent à lui confier le tableau. lui fera enfin produire une grande œuvre Se
Anatole était plutôt inquiet ces derniers plongeant dans des lectures de plus en plus
temps, ne recevant plus de nouvelles de hétéroclites (aussi bien des ouvrages reli-
Millaux, il a mené sa petite enquête et a gieux, de simples romans que des ouvrages
découvert ce qui s'était passé. Ne désirant plus hermétiques), il se rendra bien vite
pas se mêler des affaires de la famille compte que ce sont ces derniers qui lui font
Millaux, il a tout de même réussi à trouver le plus d'effet. Le pouvoir, proposé entre les
l'adresse du frère, et c'est pour s'assurer qu'il lignes d'ouvrages pseudo-diaboliques l'attire
n'y aura pas de problème qu'il est venu voir inconsciemment, comme toute personne fai-
les personnages. ble est intimement fascinée par la force, et
Le vernissage de l'exposition ayant lieu ce ses recherches iront dorénavant dans cette
samedi 11 septembre (soit dans 4 jours), il direction.
propose au personnage de dépêcher un Pour avoir une idée du type de livres
déménageur dans la journée de Jeudi, afin de que possède Anatole dans sa collection pri-
récupérer la toile. vée, jetez donc un coup d'œil sur les en-têtes
Ceci étant acquis (il ne démordra pas avant), des chapitres du " Pendule de Foucault "
il offre au personnage des invitations pour la d'Umberto Eco. Vous y trouverez également
soirée de vernissage, et se retirera en s'excu- des citations qui vous donnerons une idée de
sant, non sans avoir laissé une petite carte leur contenu. Mais ce ne sont pas ces livres
bien modeste portant la mention de son nom qui ont soudainement changé la vie de ce
et de son adresse. " Si vous voulez bien me peintre…

Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr 27


L'ouvrage qui marque le début de Effectivement, il lui semblait que là où il n'y
toute cette aventure s'intitule tout simplement avait que du fusain se trouvaient maintenant
" Votre avenir avec le Tarot ". Le livre est des taches roseâtres, qui rehaussaient un peu
écrit par un certain Malet, sans indication du le tableau. Puis les yeux de la femme s'en-
prénom et semble d'édition assez récente flammèrent sous les yeux de l'industriel. Pris
quoique artisanale. Il n'y a en effet aucune de panique, ne comprenant rien à la situation,
marque d'éditeur. L'ouvrage en lui-même n'a celui-ci se recula.
rien de fascinant, mais gare à celui qui s'y Il n'eut même pas le temps de percevoir le
plonge en quête de vérité… il finira par y frottement du métal contre le métal avant
trouver quelque chose d'insidieux qui finira qu'une des épées qui s'était détachée le frap-
par le posséder inconsciemment. Qui sait pa avec une force hors du commun. Pendant
quelle est l'origine de le livre ? S'agit-il d'une le cours laps de temps que dura son agonie, il
copie parfaite d'un ouvrage plus ancien ? Le sentit comme un froid intense alors que son
style ne s'y prête pas. Contient-il l'esprit d'un âme était lentement aspirée vers le tableau.
sorcier du siècle dernier ? Possible, mais quel
est son but ?
Toujours est-il que du moment où UN AUTRE MORT…
Anatole s'est plongé dans l'ouvrage, son
talent a fait un prodigieux bond en avant. Ses CHRONOLOGIE : MERCREDI 26 MAI 1926
toiles se sont mises à attirer du monde. Mais 'est cette même sensation qu'éprouva
tout succès se paye. La fascination qu'exer-
çaient les tableaux d'Anatole était également
de source morbide, car chaque tableau porte
C Michel Dubresse, le patron d'un des
plus importants journaux de France
quelques semaines plus tôt. Dans sa cabine
en lui la mort de son propriétaire… de verre, surmontant de quelques mètres à
peines les lourdes machines, il avait fait
accrocher ce tableau impressionnant exécuté
LA MORT DE LONDRIN par un peintre qu'il avait rencontré par hasard
chez un de ses amis.
ondureau parti, Bernard Londrin se Le tableau, simplement intitulé

G retrouvait seul dans son bureau. Il


descendit poser les verres à la cuisi-
ne, puis remonta pour attendre son prochain
"Atlas", représentait un homme que l'on
devine très fort sous des vêtements noirs de
magistrat tente de porter sur son dos la terre.
Si le sujet n'a rien d'original, c'est dans l'exé-
visiteur, Jacques Millaux. S'asseyant à nou-
veau à son bureau, il contempla pour la der- cution que le tableau se démarque : fidèle au
nière fois ce tableau intitulé " La demiurge " style d'Anatole Brancard, la terre est dessinée
par son auteur. au fusain, mais son aspect est encore plus
Au départ, cette toile l'avait fasciné : il avait assombri, et en observant attentivement la
toujours aimé les belles femmes, et celle-ci toile, on peut se rendre compte de silhouettes
lui plaisait plus que toutes les autres réunies. se découpant dans la masse planétaire : des
Excepté Clara Duverdin. Puis, son regard l'a- silhouettes tordues et torturées.
vait dérangé. Il y avait quelque chose d'in- Dubresse contempla longuement le
quiétant à être regardé par des yeux aveugles, tableau le soir où il fut retrouvé mort. Il
mais l'expression du visage était tel que la admirait avant tout l'expression de souffrance
femme sur le tableau semblait le juger. Il y peinte sur la figure du magistrat. L'artiste
avait une certaine sévérité dans l'expression, avait su retranscrire la difficulté de soutenir
qui le mettait mal à l'aise et qui l'avait finale- une forte charge, et aux jambes déjà ployées,
ment décidé à vendre le tableau. on se rendait compte que le pauvre homme
Jacques Millaux s'était présenté spontané- n'en avait plus pour longtemps avant d'être
ment, facilitant grandement la tâche de l'in- écrasé.
dustriel. Alors que les pensées de Londrin Dubresse était très heureux de son
erraient de-ci de-là, il s'aperçut soudainement acquisition, même si parfois, la toile lui sem-
d'un détail qu'il n'avait pas remarqué jusqu'à blait étrangement prémonitoire. Et ce soir là,
présent : certaines touches de couleurs sur les alors que la plupart des journalistes étaient
joues et sur le corps de cette femme qui ne rentrés, et que le journal du lendemain s'im-
l'avaient pas frappé auparavant. Intrigué, il se primait, il ressentit cette impression avec une
leva, et fit le tour du bureau pour se placer acuité insupportable. Etait-ce la mauvaise
face à la toile et l'examiner ainsi de plus près. luminosité qui lui fit croire que les silhouet-
28 Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr
tes s'étaient mises à bouger ? Pour s'en rend- C'était un de ces soirs. Faisant une
re compte, il alluma toutes les lampes de son pause dans ses observations, le père Paul
bureau. Alors qu'il s'approchait de la toile, il s'assit dans le fauteuil confortable où il avait
n'y avait plus aucun doute : non seulement l’habitude de prendre le thé que lui préparait
les silhouettes étaient animées comme des sa bonne. Bien installé, il avait tout loisir de
flammes, mais en plus, elles en prenaient la contempler sa dernière acquisition : l’élé-
couleur ! ment qui lui manquait pour finir l'installation
Ce n'est qu'après s'être rendu comp- de cette pièce. Le peintre qui l'avait exécutée
te de ce fait incroyable, qu'il s'aperçut que la semblait l'avoir fait au hasard, sur le coup
terre elle-même était en train de grandir, d'une inspiration. Mais le vieux curé était
qu'elle enflait jusqu'à prendre toute la lar- persuadé qu'il s'agissait d'un discret clin
geur de la peinture. C'est à ce moment d'œil du Seigneur. La toile en effet représen-
qu'Atlas ploya et laissa tomber la terre… tait exactement ce que l'astronome recher-
Nul ne sait exactement ce qui arriva chait : il y avait trois grandes étoiles sur cette
ce soir-là. Le corps de Dubresse fut retrouvé peinture. Celle de gauche était fortement
dans les rotatives, par les techniciens, immé- teintée de bleu alors que celle de droite était
diatement alertés lorsque les machines s'ar- de couleur rougeâtre.
rêtèrent. Sur son visage, on pouvait lire les Mais ce qui
nouvelles du lendemain : "Révoltes au prenait le plus de
Maroc : échec des autonomistes". place sur l'image,
était cette étoile
centrale, pla-
cée légère-
ment plus haute
que les deux

La police
a conclu a
un acci- aut-
dent. Les res. Elle était
meilleurs experts sont exécutée au
d'accord sur le fait que fusain, et semblait
Dubresse a cherché à éviter quelque chose et inachevée, mais
qu'il s'est précipité maladroitement à travers on pouvait clairement reconnaître dans
la paroi vitrée. L'expression de terreur sur cette étoile la silhouette d'un homme
son visage n'ayant été provoquée que par crucifié qui ne pouvait être que Jésus, le
l'imminence de la mort… Messie. Et pour le père Paul, c'était un dou-
ble message. La toile était inachevée car
l'œuvre de Dieu était inachevée. Et l'analo-
ET ENCORE UN… gie des étoiles n'était que trop frappante.
Cette observation lui redonna du
CHRONOLOGIE : MARDI 15 JUIN 1926 cœur à l'ouvrage, et il se remit à son poste,
aul Dubois - père Paul Dubois, légèrement courbé pour mieux apposer son

P devrais-je dire - était un passionné


d'astronomie. Il avait installé dans les
combles de son presbytère une petite salle,
œil à la lunette. Un léger courant d'air par-
courut la pièce. La saison allait vers l'obscu-
rité, et les nuits seraient bientôt plus longues
qu'il avait rendu accueillante par l'adjonction et froides… "il est temps que je pense à
savante de tapis et d'œuvres d'art. Dans un installer un petit chauffage à bois", se dit-il,
coin de cette garçonnière (!), était posé en l'œil fixé sur les étoiles, lorsque trois points
bonne position une lunette astronomique, distants attirèrent son attention. Il s'agissait
dont le prix aurait même fait pâlir le ban- d'un groupe d'étoiles dont la position rappe-
quier Gondureau. Chaque soir, le vieux prê- lait fortement la position des étoiles sur la
tre passait de nombreuses heures à observer toile. De plus, il lui semblait que les étoiles
le ciel, persuadé que c'est au firmament dia- extrêmes avaient les mêmes colorations que
manté que l'on pourrait lire le prochain mes- sur la peinture.
sage de Dieu.

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autres tableaux dans l'Annexe B. Mais inté-
Passablement excité, le curé tenta de ressons nous un peu plus à la finalité de l'af-
faire le point en triturant les nombreuses faire…
manettes de son engin. Et l'étoile centrale
semblait grandir dans l'objectif. Piétinant sur La finalité
place, le curé attendit de voir la merveille qui
allait se présenter à lui, la sueur lui coulant
sur le front. Mais alors que la forme s'appro-
UNE NOUVELLE TENTATIVE
chait encore et toujours de lui, il se rendit
soudainement compte que quelque chose
ui a dit que les créatures du mythe
n'allait pas. Le corps cloué sur l'étoile, en
position de crucifié ne pouvait pas être celui
d'un humain : de larges ailes membraneuses
remplaçaient les bras, et le corps entier était
Q avaient besoin d'adorateurs cons-
cients pour agir à leur guise dans ce
monde qui les a oubliées. S'il en est bien une
de couleur grisâtre, comme la peau d'un qui n'a pas besoin des humains, et qui ne s'en
vieux cadavre. Mais le plus horrible était cer- sert que pour le plaisir de les manipuler, il
tainement la tête, un crâne animal, muni s'agit bien de Nyarlatothep. Car c'est lui qui
d'une bouche aux dents impossiblement lon- se cache derrière tous ces évènements. On dit
gues, et d'orbites vides au fond desquels de lui qu'il inventa de nombreuses choses
brillait une lueur verdâtre et malveillante. pour les humains, et l'une de ces choses est le
N'en croyant pas ses yeux, le vieux prêtre tarot divinatoire, dont il susurra l'idée à
recula instinctivement, mais le cauchemar ne quelques adorateurs dans les temps anciens.
s'arrêta pas pour autant, car en se retournant, Le pouvoir qu'il mit dans chacune
il vit très clairement sur la toile de la cruci- des arcanes était immense, mais fortement
fixion se détacher le visage hideux de cette dissipé par les humains qui les utilisaient.
créature. Et cette créature remua ses lèvres Pourtant, celui qui arriverait à utiliser ces
racornies et lui dit : " je suis là pour toi, mon cartes et ces symboles pourrait acquérir un
fils ". pouvoir sans limite sur le monde, un poten-
tiel de décision énorme. Jetant toujours plus
"Je lui avais pourtant dit que ce n'était pas loin ses filets, le Grand Ancien voulait enfin
sage de sa part ! Rester éveillé si tard, a-t-on récupérer les dividendes de ses peines.
idée ! A son âge !" se lamentait Adelaïde Le livre "Votre avenir avec le Tarot
Vontrin, la bonne du père Dubois, interrogée "apparut à la fin du siècle dernier. Malet, l'au-
par la police. teur de l'ouvrage, était totalement inconnu, et
"Voyez-vous, il faisait de plus en plus froid l'ouvrage ne semble avoir été édité qu'en un
dans cette chambre, et rester debout pendant seul exemplaire. Lorsqu'il tomba entre les
des heures, ce n'est pas une très bonne idée. mains de Brancard, ce dernier fut incons-
On finit par ne plus savoir où on est. Et avec ciemment fasciné par le contenu, bien qu'à
son cœur tellement fragile, il aurait du faire première vue, il ne soit pas révolutionnaire…
attention. Ah, pauvre père Dubois ! Mais que Inspiré par ce qu'il lisait, il se mit à peindre
vais-je devenir ?" des toiles ayant pour support les cartes du
tarot. Et dans chacune des œuvres du peintre,
l'âme de Malet, qui n'était autre que l'Homme
UNE ÉPIDÉMIE DE MORT…
Noir, plaça une partie du pouvoir de la carte
correspondante, décidant du même coup de
ans l'ensemble de la capitale, de

D nombreuses personnes trouvaient la


mort dans des circonstances soit
accidentelles, soit mystérieuses. La police
l'avenir du futur propriétaire de la toile.
Mais tout ceci a bien évidemment un
but, et c'est à cause de l'accomplissement de
ce but que les toiles sont incomplètes. Ce
n'est jamais arrivée à faire le lien entre toutes n'est pas pour rien que le peintre semble lais-
ces affaires, mais l'inspecteur Froissard est ser un espace inachevé sur la toile (cette par-
prêt à donner toutes les informations que les tie dessinée au fusain, constante dans l'œuvre
personnages désirent, pour peu que le point de Brancard) : c'est pour y laisser la place
commun entre les victimes semble évident : pour l'âme du défunt.
elles possédaient toutes un tableau d'Anatole Car Nyarlatothep a besoin de l'essen-
Brancard. ce même de ces âmes pour y puiser le pou-
Vous trouverez toutes les informa- voir nécessaire à son incarnation dans le
tions concernant les autres victimes et les corps d'un avatar. Chaque mort servira à aug-
30 Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr
menter la puissance de l'Avatar de l'Homme avenir avec le Tarot " qui se trouve posé au
Noir, qui fut représenté dans le jeu de tarot milieu des autres ouvrages. Mais la profu-
sous la forme de l'Arcane 0 : Le Mat. sion de publications hostiles peut inquiéter
bien plus des joueurs habitués. En effet, ce
UNE VISITE CHEZ BRANCARD livre qui est le centre de cette histoire est
probablement le plus anodin de tous. Les
ommençant probablement à se poser personnages pourront quand même observer

C des questions au sujet du peintre (qui


se manifestera à nouveau en fin de
semaine pour récupérer son tableau), les per-
que le livre de Malet semble être fréquem-
ment consulté. En l'ouvrant et en le feuille-
tant (Anatole n'y voit aucun inconvénient),
on peut s'apercevoir qu'il est organisé en
sonnages pourraient bien se souvenir de l'in-
vitation de Brancard à visiter son atelier. deux parties : une partie théorique qui pré-
Celui-ci n'a franchement rien de par- sente dans un charabia digne de la meilleure
ticulier. De la rue, on ne voit à l'adresse indi- diseuse de bonne aventure les fondements et
quée qu'une maison en ruine. Ses fenêtres la puissance des arcanes majeurs du Tarot et
sont brisées, le toit est troué et on a l'impres- une partie référentielle décrivant chaque
sion que l'ensemble du bâtiment est aban- arcane majeur, avec sa représentation sur la
donné. Pourtant, il ne s'agit pas d'une fausse page de gauche, et sa signification dans la
adresse. L'atelier est en fait situé derrière la page de droite. C'est dans cette partie que les
maison (que Brancard a hérité de ses personnages pourront lire de nombreuses
parents, et n'y trouvant pas d’utilité, a laissé phrases qui, prises hors contexte peuvent
tomber en décrépitude). Il s'agit d'une petite sembler banales, mais qui dans le cas présent
maisonnette d'appoint, visiblement de fabri- semblent étrangement prémonitoires (inspi-
cation récente, et entièrement construite en rez- vous des horoscopes publiés dans les
bois. La température y est assez fraîche, car différentes revues, mais en les noircissant un
Anatole ne voit pas l'intérêt de chauffer l'u- peu…). L'ouvrage dans son intégralité ne
nique pièce avant que ses doigts ne soient dépasse pas les 150 pages.
engourdis. Bien sûr, Anatole réitérera son invi-
En fait d'atelier, les personnages tation au vernissage de son exposition, puis,
découvriront son " chez lui " : un matelas après que les joueurs aient posé toutes les
posé à même le sol lui sert de chambre à questions qu'ils désirent, les raccompagnera
coucher, dans un coin, un antique poêle à jusqu'à la rue. Pendant toute cette scène, rap-
charbon lui sert de coin cuisine et de chauf- pelez vous que Anatole Brancard est inno-
fage. Tout le reste est occupé par des tonnes cent. Vous pouvez toutefois ajoutez des élé-
de tréteaux, tables, etc. toutes encombrées ments bizarres dans l'atelier (un personnage
de pots de peintures, de pinceaux et de liv- se sent observé, certaines couleurs semblent
res. Des draps maculés de couleurs tapissent changeantes, en fonction de l'angle d'obser-
le sol, et l'ensemble donne une impression vation, des ombres changent de formes, etc.)
de capharnaüm terrible. Pourtant, lors de la
visite des PJs, aucun tableau ne se trouve
dans l'atelier : ils sont tous déjà partis en LE PROCÈS
direction de la galerie pour l'exposition de
samedi. l ne faut cependant pas oublier que le but
Anatole sera probablement chez lui,
et c'est avec sa timidité naturelle qu'il
accueillera les personnages dans son modes-
I de tout ce scénario est d'empêcher
Jacques Millaux de perdre sa tête (au
sens propre du terme). Le procès aura lieu
te lieu de travail. Il commencera par leur vendredi (la veille de l'exposition de
proposer maladroitement à boire, avant de se Brancard), et les joueurs doivent avoir été
rappeler qu'il ne peut leur offrir que du thé, particulièrement brillants pour empêcher la
de l'eau ou un whisky (il doit lui en rester condamnation à mort.
une bouteille qu'il passera dix minutes à En effet, à l'origine, tout est contre
trouver). Puis, il bavardera aussi civilement Jacques Millaux. Même si les personnages
que possible avec ses visiteurs, répondant ont découvert des incohérences avec la ver-
avec amabilité aux questions, bien qu'il sion de l'accusation, cela ne devrait pas
s'embrouille et commette quelques impairs. convaincre les jurés, car pour la plupart d'en-
En fait, le seul élément intéressant tre eux, un homme déjà condamné est tou-
de cette visite devrait être le livre " Votre jours coupable de ce qu'on lui reproche.
Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr 31
Si l'avocat est joué par un personna- Gondureau, mais ce couple essaiera de rester
ge, n'hésitez pas à jouer les réquisitoires du le plus discret possible, en particulier si les
procureur, puis de la défense. Du côté du pro- personnages sont au courant de leur liaison.
cureur, n'hésitez pas à faire transparaître en La réelle vedette du spectacle se
Jacques Millaux le monstre, libéré de tout cache encore, mais tout le monde pourra voir,
scrupule, pris en flagrant délit et refusant trônant au fond de la salle, la dernière toile du
d'admettre la vérité. Appuyez sur chacune peintre, celle qui ne sera présentée que plus
des évidences, avec une colère juste dans les tard dans la soirée. Elle semble être d'un for-
yeux, un ton dur, sauf quand il s'agit d'évo- mat bien plus imposant que les autres, et est
quer la pauvre et innocente victime d'un recouverte d'un immense drap d'un blanc
crime crapuleux et prémédité ! En bref, inspi- éclatant. Un cordon de sécurité est posé
rez-vous des plus mauvais films de procès. devant, et personne ne peut s'approcher de la
Puis, laissez l'avocat parler et expo- toile sans que le directeur de la galerie l'en
ser à son tour la vérité. Mais que peut-il empêche. De plus, s'approcher de la toile,
dire ? Que des tableaux maudits tuent des revient à s'attirer le dédain de tous les gens
gens dans Paris ? Cela serait considéré présents, car tout le monde en meurt d'en-
comme une injure à magistrat… En fait, le vie…
meilleur parti à prendre consiste à tenter d'at- Ce n'est que tard dans la soirée (atta-
tirer les soupçons vers Gondureau (même si cher vous à rappeler sans cesse la présence
les personnages ont la conviction que le ban- du tableau - en particulier si les personnages
quier est innocent également). Mais même ont découvert ce qui se trame - tout en leur
dans ce cas, c'est la parole de Gondureau donnant l'impression d'une soirée mondaine
contre celle de Millaux. Et comme on ne s'at- classique) que Anatole Brancard fait son
taque pas impunément aux institutions, les apparition : il se dirige d'un pas cérémonieux
jurés choisiront la condamnation de Millaux. vers la toile, et plus particulièrement vers le
Pendant toute la scène du procès, fai- cordon qui va lui servir à découvrir son
tes sentir aux joueurs l'importance de la mal- œuvre. Il semble ailleurs, comme s'il était
édiction et le pouvoir des tableaux. Toute drogué, et est en fait sous l'emprise directe de
"preuve" avancée par les personnages rece- l'Homme Noir. Arrivé à hauteur de la toile, il
vra un plus mauvais accueil qu'une preuve tire violemment sur le cordon, exposant au
avancée par le procureur. Au final, considé- public sa dernière œuvre.
rez l'alternative suivante : si le tableau possé- Dans un premier temps, c'est la cons-
dé par Jacques Millaux a été détruit (ce qu'il ternation : le tableau ne représente qu'une
faudra expliquer à Anatole, mais bon…), simple tache noire, qui prend toute la place
celui-ci pourra s'en tirer avec une lourde sur la toile. Et cette tache se trouve sur un
peine de prison. Dans le cas contraire, c'est la fond blanc. Les gens commencent à murmu-
condamnation à mort. rer, ne sachant pas trop s'il s'agit d'une œuvre
Et comme L'Homme Noir a besoin géniale, ou d'une immense supercherie. Dans
de son âme avant le lendemain, cette exécu- tous les cas, Anatole reste silencieux à côté
tion aura lieu le lendemain même, à l'aube ! de la toile, les yeux perdus dans le vide.
A ce moment, les personnages atten-
tifs à ce qui se passe autour d'eux, peuvent se
LE FINAL rendre compte que les toiles environnantes
(les 21 toiles du peintre) commencent une à
CHRONOLOGIE : SAMEDI 11 SEPTEMBRE 1926 une à se modifier. Comme tout le monde
e final aura lieu le soir de l'exposition. observe la dernière œuvre du maître, ils

L Toutes les toiles seront exposées de


part et d'autre d'une vaste salle blan-
che. De nombreux visiteurs seront présents
seront probablement les seuls à le remarquer.
Le changement est assez inquiétant et pro-
gressif : la partie noir et blanc de l'œuvre
ce soir, et l'ensemble du gratin de la ville sera commence à se teinter doucement de cou-
présent, car la réputation du peintre s'est leurs, comme si elle se reconstituait par elle
répandue, de bouche à oreille, et tout le même. Et quand le premier tableau est entiè-
monde veut voir les toiles magiques dont on rement coloré, le deuxième commence la
leur a parlées les jours précédents. Les per- métamorphose, et ainsi de suite. Ce proces-
sonnages auront peut-être l'occasion de ren- sus est toutefois assez rapide, et il faudra
contrer au cours de la soirée Clara Duverdin, moins de 3 minutes aux tableaux pour être
accompagnée pour l'occasion de Ernest tous colorés. Cela laissera néanmoins le
32 Eastenwest HS1 - http://eastenwest.free.fr
temps aux personnages de détruire certaines Le combat (s'il y en a un) doit avoir CARACTÉRISTIQUES DE
œuvres sous l'œil médusé des invités. lieu dans une ambiance apocalyptique. LA CHOSE DU TABLEAU

Ce n'est que lorsque tous les N'hésitez pas à mettre en scène des massac-
tableaux intacts auront pris de la couleur, res gratuits : en plein milieu de la confronta- (les caractéristiques
marquées d'un * sont à
que la tache sur le tableau maître commen- tion, une femme est happée par la bête et
multiplier par le nomb-
cera elle aussi à se métamorphoser, bien que réduite en moignons sanglants, des éclairs re de tableaux intacts)
le changement ne soit pas du tout du même dus à la puissance mise en œuvre zèbrent la
type. Dans un premier temps, la forme som- salle, les gens fuient dans tous les sens et FOR* : 2 CON* : 6
bre dessinée sur la toile commencera à bou- hurlent de façon hystérique. Certains TAI* : 3 INT : 14
ger et à changer de forme. Ce qui produira deviennent fous sur le moment (c'est peut- POU* : 4 DEX : 12
un recul instinctif de la foule, bien que l'état être aussi le cas des personnages) et le nom- APP : -
de panique ne soit pas encore atteint. En fait, bre de morts est impressionnant. S'il vous Points de Vies* : 4,5
celui-ci ne sera provoqué que par la prise de prend des idées sadiques, faites en sorte que
volume de la tache. En effet, la tache semble les personnages soient les seuls survivants Pertes de SAN :
1D6/1D20
prendre une troisième dimension, et tout en du massacre (qu'ils auront alors à expliquer
Armure : sans
prenant forme humaine, semble s'extraire du aux policiers).
cadre pour empiéter dans la réalité. Bientôt, Si les personnages remportent la Attaque spéciale :
l'Avatar se dresse devant le cadre déchiré, et victoire, ils se retrouveront au milieu du car- absorption : à chaque
récoltera toutes les âmes emmagasinées dans nage. D'éventuels survivants sont plongés fois que la chose touche
les autres tableaux. Cela aura la forme de dans un état de catatonie ou d'hystérie, et la un humain, elle lui vole
jets de couleurs provenant des autres arcanes chose, une fois à terre se dissoudra dans une 4 points de magie et
qui seront absorbées par la forme noire. grande tache d'encre, qui ne pourra jamais 1d10 points de SAN (le
Puis, ce sera le massacre. L'Avatar se préci- plus être effacée. Les tableaux sont redeve- toucher est particulière-
pitera sur tous les invités tentant de fuir, nus normaux : dessinés en partie au fusain, ment horrible). Si la vic-
time tombe à 0 dans une
mais trouvant les portes d'entrées ver- ils ont maintenant perdu toute leur magie. Ce
de ces deux caractéris-
rouillées (c'est Brancard qui les a fermées ne sont plus que des œuvres inachevées, tiques, elle commence à
avant de révéler son œuvre). Le pauvre pein- dont l'histoire ne retiendra rien, car ni le être absorbée par la
tre sera d'ailleurs la première victime du style, ni l'exécution ne semblent maintenant Chose. Cette action est
monstre : le corps de l'homme étant littérale- très novateurs. Le charme qui agissait sur les irrévocable et dure 1d3
ment absorbé et dissous dans la forme telle- tableaux est maintenant passé. rounds. Une fois absor-
ment sombre qu'elle semble manger la réali- Si les personnages échouent, ils bée, les points de vie
té. seront assimilés à leur tour par la chose, qui restants, les points de
La force de l'Avatar dépendra du après en avoir fini avec les autres invités, ira TAI et les points de
nombre d'âmes qu'il a réussi à absorber. Il se cacher dans un endroit sombre, dans une CON de la victime sont
additionnés à ceux de la
est peu probable toutefois que les personna- vieille bâtisse par exemple, en attendant son
chose.
ges aient réussi à détruire toutes les toiles. heure : le moment où son maître aura besoin
Voir l'Annexe A pour les caractéristiques du d'elle.
monstre.

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ANNEXE : LES TABLEAUX
Chaque tableau peint par Anatole Brancard 19 - Le Soleil
correspond à une des Arcanes Majeures du Nom : La Frontière
Tarot. Ils sont tous décrits selon le modèle Représentation : Pourquoi ce petit coin de
suivant : terre au milieu de la toile est-il dessiné au
fusain ? Et pourquoi ces craquelures, comme
N° Arcane - Nom Arcane si la terre avait été brûlée ? En plus de cette
Nom : Nom officiel de l'œuvre partie, un crâne animal est également dessiné
Représentation : Description de l'œuvre en noir et blanc, alors que tout le reste de la
Propriétaire : nom et profession du proprié- toile représente un paysage nordique, ennei-
taire de l'œuvre gé, décoré de multiples sapins.
Date Mort : Date où le tableau entre en action Propriétaire : Ludovic Tranchet, Bijoutier
Circonstances : causes apparentes et nom du Date Mort : 24 mai 1926
décès Circonstances : Nul ne sait ce qui s'est passé
exactement, mais Ludovic Tranchet a été
retrouvé dans son officine la langue boursou-
flée, comme mort de soif. La police penche
21 - Le Monde pour le crime crapuleux, bien qu'aucun poi-
Nom : Atlas son n'ait été détecté. Mais par manque de pis-
Représentation : représente un homme que tes, l'enquête est en sommeil
l'on devine très fort sous des vêtements noirs
de magistrat qui tente de porter sur son dos la 18 -La Lune
terre. Si le sujet n'a rien d'original, c'est dans Nom : Les observateurs
l'exécution que le tableau se démarque : fidè- Représentation : Le tableau représente une
le au style d'Anatole Brancard, la terre est pleine lune dessinée au fusain, derrière
dessinée au fusain, mais son aspect est enco- laquelle se cachent en observation des créa-
re plus assombri, et en observant attentive- tures mi-hommes, mi-bêtes qui semblent
ment la toile, on peut se rendre compte de sil- guetter celui qui se trouve devant la toile. En
houettes se découpant dans la masse plané- arrière-plan, un ciel étoilé du plus beau bleu
taire : des silhouettes tordues et torturées. sombre.
Propriétaire : Michel Dubresse, propriétaire Propriétaire : Baron Hervé du Plançois
de quotidien. Date Mort : 12 juin 1926
Date Mort : 25 Mai 1926 Circonstances : mordu à mort par un loup
Circonstances : Chute dans les rotatives de (probablement) alors qu'il chassait dans sa
son journal. propriété des Pyrénées-Atlantiques.

20 - Le Jugement
Nom : Le déclin 17 - L'Etoile
Représentation : La scène représente un Nom : Renouveau
groupe de quatre hommes et trois femmes Représentation : il y avait trois grandes étoi-
positionnés en demi-cercle face à l'observa- les sur cette peinture. Celle de gauche était
teur. Les personnages sont vêtus de toges fortement teintée de bleu alors que celle de
romaines et leur main droite est levée, poin- droite était de couleur rougeâtre. Mais ce qui
tant un index impérieux vers le spectateur de prenait le plus de place sur l'image, était cette
la toile. A l'arrière-plan, on peut remarquer de étoile centrale, placée légèrement plus haute
nombreuses ruines de temples gréco- que les deux autres. Elle était exécutée au
romains. fusain, et semblait inachevée, mais on pou-
Propriétaire : Jacques Millaux, antiquaire vait clairement reconnaître dans cette étoile
Date Mort : (Peut-être 11 Septembre 1926) la silhouette d'un homme crucifié qui ne pou-
Circonstances : Condamnation à mort par la vait être que Jésus, le Messie
guillotine. Propriétaire : Paul Dubois, prêtre catho-
lique
Date Mort : 15 juin 1926
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Circonstances : Crise cardiaque lors de ger ses outils dans la petite remise sans fenê-
l'observation des étoiles. tre prévue à cet effet. Alors qu'elle se trou-
vait à l'intérieur, la porte se referma soudai-
16 - La Maison-Dieu nement, la laissant dans le noir. Là, se coin-
Nom : Retour aux sources çant la jambe dans l'amas d'outil, elle fit une
Représentation : La toile représente une mauvaise chute et se brisa la cheville. Elle
vieille cathédrale abandonnée, envahie par ne put jamais ressortir de cette remise. On la
les racines des arbres qui sont passées à tra- trouva à la fin du mois, amaigrie et décédée.
vers les vitraux. A l'avant-plan, sur la droite,
un arbre semble s'être transformé en niche 13 - L'arcane sans Nom
pour accueillir une statue de vierge dessinée Nom : Défaite
au fusain. Représentation : C'est sans doute le tableau
Propriétaire : Gérard Wilson, archéologue le plus sujet à controverse de Brancard : il
mondain représente en effet le Christ, cloué sur sa
Date Mort : 3 mai 1926 croix. L'élément polémique - outre le fait
Circonstances : Lorsqu'il visita le site de que Jésus soit dessiné au fusain - étant que le
fouilles en Bretagne qu'il avait financé et Christ est devenu un squelette, sur lequel est
dont il comptait en retirer tout le mérite et encore apposé la couronne d'épine. Le décor
qui avaient permis de mettre un jour un très du tableau représente par contre plutôt un
ancien site religieux Gaulois, situé dans une désert Californien qu'un paysage Israélien.
grotte, cette grotte s'est effondrée, tuant du Le Christ semble seul, et le soleil brille en
même coup l'ensemble de son équipe, soit 8 arrière-plan.
personnes. Propriétaire : Jean Malcoeur, Essayiste
controversé.
15 - Le Diable Date Mort : 4 juillet 1926
Nom : Echange Circonstances : Le pauvre homme, après
Représentation : Il s'agit probablement d'un une soirée de beuverie dans une réception
comptoir. Un homme au regard compréhen- mondaine, est rentré chez lui, et est tombé
sif, la tête légèrement inclinée et dont le dans l'escalier menant à sa cave (probable-
visage est dessiné au fusain semble observer ment pour aller y chercher une autre bou-
un enfant, posé par des mains féminines (le teille). Dans sa chute, il s'est empalé sur une
reste est hors-champ) sur le comptoir. planche trouée qui traînait négligemment.
Derrière l'homme, on peut reconnaître un Le clou rouillé lui a transpercé le cœur.
gabarit, destiné à mesurer un enfant.
Propriétaire : David Wagner, médecin 12 -Le Pendu
Date Mort : 31 juillet 1926 Nom : Révélations
Circonstances : Quelle ironie : un homme Représentation : La scène représente une
qui durant des années a prescrit médicament foule nombreuse, dont la plus grande partie
sur médicament ! Mourir en inversant deux a le dos tourné au spectateur. Mais le plus
flacons et en voulant soigner un rhume… curieux, c'est la présence de cet homme des-
siné au fusain, pendu par les pieds à un
14 - La Tempérance croissant de lune, les bras écartés en une
Nom : La place des choses sorte de bénédiction. Il sourit et affiche un
Représentation : Le tableau représente une air béat.
femme, peinte (ou plutôt dessinée au fusain) Propriétaire : Aaron Mildred, aventurier
à la manière des tableaux bibliques italiens : (entendez par là explorateur)
très douce, aux traits estompés. Mais à la Date Mort : 30 avril 1926
place de son ventre, on ne peut voir qu'un Circonstances : Aaron s'est tout simplement
trou. La femme tient derrière son dos une pendu à la corde d'escalade, dans les Alpes
rose d'un rouge sombre, que l'on peut voir à Françaises, qu'il tentait de traverser avec un
travers ce trou. Elle semble évoluer dans un minimum de ressources. On pense qu'il a
champ cultivé : des choux. glissé et que dans la chute, la corde s'est
Propriétaire : Félicie Frongier, romancière enroulée autour de son cou.
Date Mort : 15 août 1926
Circonstances : Alors qu'elle était en train
de jardiner dans sa petite propriété à l'exté-
rieur de Paris, la pauvre femme voulut ran-

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11 -La Force Date Mort : 29 mai 1926
Nom : Essai Circonstances : Boris Morgonov a été pris
Représentation : Ce tableau représente un de malaise alors qu'il déambulait sur les
homme dans un cirque. Il soulève une balei- Champs-Elysées. Des témoins prétendent l'a-
ne, portant sur son dos un éléphant, portant voir entendu crier " Ou êtes vous tous passés
sur son dos un cheval, portant sur son dos un " avant qu'il n'écarquille les yeux et décède
livre. Le tout représenté au fusain dans un d'une crise cardiaque.
décor coloré.
Propriétaire : Philippe Zortan, ancien 8 -La Justice
dompteur. Nom : La Demiurge
Date Mort : 2 septembre 1926 Représentation : Au premier plan, occupant
Circonstances : C'est probablement la mort la plus grande surface de la toile est repré-
la plus misérable causée par les tableaux. sentée une femme, nue, qui semble observer
L'homme est tout simplement mort en faisant celui qui se trouve face au tableau. Elle sem-
sa commission aux toilettes. La pression ble se tenir debout sans aucune pose particu-
étant devenue trop forte, ses intestins ont lière, immobile et sereine. Le plus curieux est
éclaté, causant une hémorragie interne qui lui sans doute le regard : il est vide de toute
a été fatale. pupille, les yeux sont complètement blancs.
Plus surprenant encore, l'arrière-plan : il s'a-
10 -La Roue de la Fortune git d'un paysage assez banal, mais incliné,
Nom : Vie et Oeuvre comme si le paysage avait basculé.
Représentation : La scène est très sombre, Propriétaire : Bernard Londrin, industriel
puisqu'il s'agit du côté non exposé d'une col- textile
line vue depuis son pied. Le soleil passe un Date Mort : Mercredi 2 juin 1926
œil discret par dessus le sommet et de nom- Circonstances : Transpercé par une épée de
breuses personnes semblent tenter de la gra- décoration.
vir. A leur silhouette, on les devine décharnés
et malades. Seule la personne à l'avant plan, 7 - Le Chariot
dessinée au fusain et que l'on voit de dos, Nom : La grande peste
semble joyeuse et normale. Ses poches pen- Représentation : Le tableau représente un
dent en-dehors de son pantalon. large chariot, conduit par des individus à tête
Propriétaire : Francis Norguard, lanceur de de rats. Sur le chariot, on peut reconnaître
couteaux. sous les bâches des morceaux de jambes et de
Date Mort : 12 juillet 1926 bras pourrissants. Le contenu du chariot étant
Circonstances : C'est le seul cas où ce n'est (y compris les vers et les mouches) dessiné
pas le propriétaire de la toile qui est tué, mais au fusain. Détail amusant : les cadavres sont
sa fille. C'est lorsque Francis s'entraînait dans également recouverts de papiers journaux
sa maison de Montmartre que le couteau, récents.
pourtant moucheté, toucha sa cible au lieu de Propriétaire : Patrick Marcellin, rentier
la rater, alors qu'Aline était en train de tour- Date Mort : 18 juillet 1926
ner accrochée à une roue jaune et rouge. Le Circonstances : Patrick Marcellin a été vic-
couteau, atteignant la fille à la tempe la tua time d'un accident de la route. Un véhicule,
sur le coup. accéléré par une pente a perdu ses freins, et la
voiture a happé le rentier alors qu'il traversait
9 - L'Ermite la route. Sa jambe, arrachée par la violence,
Nom : Seul à Paris est retombée dans le caniveau et a roulé pen-
Représentation : L'action se passe dans une dant un instant avant de s'immobiliser.
rue passante de Paris (on reconnaît le Sacré- Patrick était déjà mort.
Coeur en arrière-plan). La foule est nom-
breuse, et tous les détails de la vie quotidien- 6 -L'Amoureux
ne sont là. Seule une personne se détache net- Nom : Revanche
tement du lot. Un homme à la mine triste et Représentation : La scène représente un
au visage suintant (bien que dessiné au couple enlassé. Seul l'homme est vu de face,
fusain, on dirait qu'il est blessé). Il est mêlé à son visage passant par dessus l'épaule de la
la foule, qui ne semble pas lui accorder atten- femme, et le couple est dessiné au fusain. La
tion. dague que la femme s'apprête à enfoncer à
Propriétaire : Boris Morgonov, diplomate son insu dans le dos de son amant est par-
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contre peinte, ainsi que le décor médiéval. enfant qu'elle partit dans un immense éclat
Propriétaire : Klaus Margeron de rire et essoufflée, mourut d'épuisement.
Date Mort : 7 juillet 1926 Pourtant, l'enfant se porte bien…
Circonstances : Le jeune homme s'est
donné la mort en avalant du poison (bien que 3 - L'Empereur
la fiole qui le contenait n'ait pas été retro- Nom : La fin de l'Empire
uvée). Faut-il noter l'incroyable ressemblan- Représentation : Debout sur une tour, dont
ce entre le modèle du tableau et la victime ? le sommet visible est dessiné au fusain, un
Et qu'en pense Emilie, sa petite amie ? homme observe le soleil couchant. Mais le
plateau sur lequel est construit cette tour est
entouré par les crevasses, et à en juger les
5 - Le Pape maisons de villageois qui basculent dans le
Nom : L'Inachevé vide, les terres rapetissent…
Représentation : Un homme nu , dessiné au Propriétaire : Yann Moritaire,
fusain, est couché dans son lit à baldaquin. Conservateur de musée
Du moins, on imagine qu'il s'agit d'un Date Mort : 9 août 1926
homme à l'absence de ses seins, mais il n'a Circonstances : Yann effectuait sa tournée
pas de sexe non plus. Ses traits sont toutefois habituelle dans son musée. Il l'effectuait tou-
masculins. Il est entouré de multiples jours avant de partir, en souvenir du temps
vieilles personnes qui semblent le condam- où il était simple gardien. Mais il ne s'atten-
ner ou le plaindre. dait sûrement pas ce soir-là à trouver toutes
Propriétaire : Jean-Baptiste Flandrois, pro- les momies éveillées. Et il ne s'attendait pas
priétaire terrien à ce qu'elles forment une garde d'honneur, en
Date Mort : 13 juin 1926 le conduisant inexorablement vers leur
Circonstances : L'homme était un fervent empereur. Quand celui-ci abattit sa dague,
admirateur de chevaux. C'est alors qu'il s'en- Yann accueillit la mort avec grâce. Quand à
traînait à sauter des obstacles avec Vaillant!, Conrad Vardener, le gardien de service cette
son cheval favori, que l'animal rua violem- nuit-là, il fut accusé de meurtre…
ment en refusant de sauter. Jean-Baptiste fut
projeté vers l'obstacle (un tronc d'arbre sur- 2 - L'Impératrice
élevé. On ne sait si c'est la douleur ou le Nom : Le Bal des sorcières
choc qui le tuèrent, mais le pauvre homme Représentation : Elle était là, au milieu de
atterrit avec un pied à gauche et un pied à sa cour. Trônant comme la plus belle femme,
droite de la poutre. Ce qu'il y avait au milieu au teint pâle et aux traits délicats. Mais est-
ne fut plus que bouillie… ce bien difficile quand on est entourée de
sorcières qui se battent grossièrement pour
être à l'avant-plan. Par goût pour l'esthétis-
4 - La Papesse me, il aurait fallut inverser les dessins : enle-
Nom : L'Inachevée ver les couleurs aux sorcières, et en ajouter à
Représentation : Imaginez une marée de la reine.
bébés hurlant de faim, posés à même le sol Propriétaire : Lydia Hortense, fille de bour-
dans une grande salle carrelée. Imaginez une geois.
femme (on imagine que c'est une femme, car Date Mort : 4 juillet 1926
ses traits sont féminins), ne possédant pas de Circonstances : Qu'est ce qui amena Lydia
poitrine, ni de pubis en train de s'arracher les Hortense, une des plus belles femmes de la
cheveux, et vous aurez une assez bonne capitale à se mutiler comme elle l'avait fait ?
représentation de la toile. Ah ! J'oubliais : la A l'aide d'un couteau, elle s'entailla profon-
femme est bien évidemment dessinée au dément le visage et les mains, qu'elle avait
fusain. délicates. Alors qu'elle avait tous les hom-
Propriétaire : Euridice Lombard mes de Paris à ses pieds, elle a choisi de met-
Date Mort : 25 août 1926 tre fin à son règne de la façon la plus gro-
Circonstances : Mal en a pris à Bernard tesque possible. Est-ce parce qu'elle s'était
Lombard d'offrir cette toile à sa femme. rendu compte de sa stupidité qu'elle acheva
Celle-ci, déjà enceinte de 7 mois ne goûta le travail par la gorge ?
pas la plaisanterie. C'est lorsqu'elle accoucha
(un accouchement difficile et douloureux) et
qu'elle regarda pour la première fois son

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1 - Le Bateleur contempler le monde de plus haut. Trompé
Nom : La dernière Epreuve par le mouvement de la Seine, le jeune
Représentation : Un funambule, dessiné au homme perdit l'équilibre et chut. On retrouva
fusain, est en train de traverser un gouffre. Il son corps bien des centaines de mètres plus
porte une large perche sensée l'aider à garder loin…
l'équilibre. Mais sur le côté gauche de la per-
che est posé la Bible, alors que sur le côté 0 - Le Mat
droit est posé un homme. Pourtant, c'est du Nom : Aucun
côté gauche que penche la perche. Alors que Représentation : le tableau ne représente
l'artiste est à deux doigts de tomber, on peut qu'une simple tache noire, qui prend toute la
remarquer qu'au fond du gouffre se trouvent place sur la toile. Et cette tache se trouve sur
déjà de nombreux squelettes humains et aut- un fond blanc.
res. Propriétaire : Aucun
Propriétaire : Michel Sondre, étudiant Date Mort : Samedi 11 septembre 1926
Date Mort : 16 juin 1926 Circonstances : Tués par la chose surgie du
Circonstances : Alors que Michel traversait tableau lors du vernissage de l'exposition.
le Pont-neuf pour se rendre à l'Université
dans le quartier Ste-Geneviève, il lui prit l'ir-
repressible envie d'escalader le parapet et de

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