Vous êtes sur la page 1sur 27

Retrouver ce titre sur Numilog.

com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Psychologie du rythme
Retrouver ce titre sur Numilog.com

LE PSYCHOLOGUE

SECTION D I R I G É E PAR PAUL FRAISSE

58
Retrouver ce titre sur Numilog.com

COLLECTION SUP

Psychologie
du rythme

P A U L F R A I S S E
Professeur à la Sorbonne (Université René-Descartes)

PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE


1974
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Dépôt légal. — I édition : 4 trimestre 1974


© 1974, Presses Universitaires de France
T o u s droits de traduction, de reproduction et d ' a d a p t a t i o n
réservés p o u r tous pays
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Introduction

Le rythme... Tout le monde tranche sans une hésitation :


« Ce mouvement est très rythmé », « Charles n'a pas le sens
du rythme ». Mais essayer de définir le rythme à la manière
d'un lexique est une tâche impossible. Nous avons présenté
dans un ouvrage antérieur ( 1956) un kaléidoscope de défi-
nitions, qui témoigne que les meilleurs auteurs n'ont pu se
mettre d'accord, chacun privilégiant un aspect d'une réalité
dont nous essaierons de cerner la complexité.
L'étymologie elle-même n'est pas d'un grand secours. Que
rythme soit le ῥυθμός grec et que ῥυθμός dérive de ῥεῖν, couler,
est vraisemblable, mais Benveniste (1951) a montré que les
dictionnaires nous abusent quand ils présentent ῥυθμός comme
cette manière particulière de fluer qui serait celle des flots
de la mer. Tout serait simple alors. Malheureusement, en grec,
jamais ῥεῖν et ῥυθμός ne se disent de la mer. Le mot rythme
apparaîtrait — nous continuons à suivre Benveniste — dans
la philosophie ionienne, en particulier chez Leucippe et Démo-
cri te, avec le sens de « forme ». La forme est justement, avec
« l'ordre » et la « position », un des trois critères des différences
des choses. Chez Démocrite, la forme est l'arrangement carac-
téristique des parties, c'est-à-dire des atomes dans un tout.
Le concept de rythme est appliqué par Leucippe et Hérodote
à la forme des lettres de l'alphabet, par les poètes lyriques du
septième siècle avant J.-C. pour caractériser « la forme indi-
viduelle et distinctive du caractère humain », etc. Nous sommes
loin du mouvement des flots. Benveniste cherche malgré tout

1. Que Madeleine Léveillé soit remerciée pour l'aide précieuse


qu'elle nous a apportée dans la mise au point de ce livre.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

à préciser ce premier sens de « rythme ». Situant la «forme »


désignée par « rythme » par rapport à d'autres expressions
grecques ayant des significations voisines, il pense que : « ῥυθμός,
d'après les contextes où il est donné, désigne la forme dès
l'instant qu'elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile,
fluide, la forme de ce qui n'a pas de forme organique : il
convient au pattern d'un élément fluide, à une lettre arbitrai-
rement modelée, à un péplos qu'on arrange à son gré, à la
disposition particulière du caractère ou de l'humeur ; c'est la
forme improvisée, momentanée, modifiable. Or, ῥεῖν est le
prédicat essentiel de la nature et des choses dans la philosophie
ionienne depuis Héraclite... On peut alors comprendre que
ῥυθμός signifiant littéralement « manière particulière de fluer »
ait été le terme le plus propre à décrire des « dispositions » ou
des « configurations » sans fixité ni nécessité naturelle... Le
choix d'un dérivé de ῥεῖν pour exprimer cette modalité spéci-
fique de la «forme » des choses est caractéristique de la philo-
sophie qui l'inspire ; c'est une représentation de l'univers où
les configurations particulières du mouvant se définissent comme
des « fluements » » (p. 407-408).
Tout change avec Platon qui crée un sens nouveau du mot
rythme. Dans ses écrits, ce terme caractérise essentiellement les
mouvements du corps qui sont soumis aux nombres tout comme
les sons musicaux. « Le rythme résulte du rapide et du lent
d'abord opposés puis accordés », écrit-il dans Le Ban-
quet ( 187b). De là, il est amené à donner sa définition fonda-
mentale du rythme qui est « l'ordre dans le mouvement »
(Lois, 665a). Platon a innové en réduisant le sens du
rythme-forme des Anciens à la forme des mouvements humains.
« On pourra alors parler, dit Benveniste, du rythme d'une
danse, d'une démarche, d'un chant, d'une diction, d'un travail,
de tout ce qui suppose une activité continue décomposée par
le mètre en temps alternés » (p. 409).
Le concept de rythme ne viendrait donc pas de quelque
expérience de la nature mais bien de l'organisation du mou-
vement humain. L'étymologie nous renvoie à la psychologie.
Cependant la psychologie du rythme est une œuvre récente
Retrouver ce titre sur Numilog.com

dont l'histoire s'entrelace avec les développements dialectiques


de toute la psychologie.
Dès l'abord on peut souligner que la plupart des psycholo-
gues qui se sont intéressés au rythme ont aussi apporté une
contribution à l'étude de la perception du temps. Nous nous
insérons dans cette tradition.
Les premiers psychologues qui décrivent notre vie consciente
se sont d'abord souciés d'expliquer les effets émotifs du rythme.
L'interprétation proposée par Herbart dès 1850 sera reprise
et vulgarisée par les éditions successives du Traité de psycho-
logie physiologique de Wundt : l'émotion produite par le
rythme vient de la succession répétée de phases d'attentes et
de satisfactions.
Historiquement, la démarche suivante insistera sur les
aspects moteurs du rythme. On sait combien se sont développées,
dans la dernière partie du dix-neuvième siècle, les théories
motrices des phénomènes psychiques. L'œuvre de Ribot en est
un bon exemple. Le rythme, de ce point de vue, était privilégié.
Mach ( 1865) a le premier placé l'activité motrice au centre
de notre expérience du rythme. Ainsi, il cherche l'origine de
l'accentuation subjective que l'on perçoit lorsque l'on écoute
avec attention une suite de sons objectivement uniformes dans
l'accompagnement moteur. Vierordt (1868), quelques années
plus tard, commencera à enregistrer des mouvements rythmés
et à mesurer leur régularité.
Wundt ( 1886), qui a capitalisé l'acquis de ses prédé-
cesseurs, apporte un point de vue nouveau dans l'étude du
rythme. Il s'est beaucoup intéressé à l'étendue du champ de
la conscience et à sa durée. Il la mesure et cherche à déterminer
son contenu, ce qui le conduit à insister sur le caractère synthé-
tique de la perception du rythme où il distingue des changements
qualitatifs, intensifs et mélodiques, les éléments intensifs étant,
pour lui, les plus importants.
A la fin du dix-neuvième siècle, trois grands aspects du
rythme : perceptif, moteur et affectif, ont été identifiés et inven-
toriés. La tâche des auteurs ultérieurs sera de les approfondir
et de les combiner.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Meumann (1894), Bolton (1894), Stetson (1903), Mi-


ner ( 1903 ), McDougall ( 1903 ), puis plus tard Isaacs ( 1920)
et enfin Ruckmick ( 1918, 1927), qui a écrit le travail le plus
élaboré sur le sujet, ont développé, en s'exprimant dans la
problématique de leur temps, des thèses qui, sans être contra-
dictoires, privilégient plus ou moins certaines caractéristiques
du rythme que ces auteurs avaient choisi d'étudier expéri-
mentalement.
Prenons deux exemples : en 1894, Meumann dit : « Une des-
cription exhaustive de la conscience du rythme doit distinguer
dans tous les cas des éléments temporels, accentuels, des processus
intellectuels de caractère associatif et perceptif, des faits émotifs
et des phénomènes organiques et moteurs concomitants. »
Ruckmick, trente ans plus tard, définit le rythme comme
perception d'une forme temporelle dans laquelle les éléments
intellectuels répétés périodiquement sont variés d'une manière
suivie dans leurs attributs qualitatifs et quantitatifs. Comme
on peut le remarquer, les éléments sont les mêmes, mais, en
passant de Meumann à Ruckmick, on est passé du contenu de
l'expérience à la description des stimulus qui l'engendrent.
Après Ruckmick, il semble que tout a été dit ou plutôt que
les psychologues, centrés sur l'expérience du sujet, ne savent
plus comment progresser. Le behaviorisme ne leur apporte rien.
Le rythme pouvait, à première vue, sembler un sujet de choix
pour une étude de relations S-R. Pourquoi n'en a-t-il rien
été ? Nous ferons la timide hypothèse que le behaviorisme a
craint de ne pouvoir se débarrasser d'une expérience qui
semblait renvoyer à l'introspection. Par contre, les gestaltistes
n'ont jamais manqué d'attirer l'attention sur le caractère de
«forme » de la perception rythmique. Mais bien qu'à l'origine
Koffka ait fait une recherche sur les rythmes visuels, les trois
grands gestaltistes ont négligé ce problème. Tout le monde sait
qu'ils ont privilégié les formes spatiales qui leur ont fourni
les paradigmes de leur théorie. Seul Albert Michotte a tenté,
entre 1930 et 1937, l'analyse des formes rythmiques perçues
à travers leurs réalisations motrices. Il avait choisi de s'effacer
souvent devant ses élèves et son inspiration se retrouve dans
Retrouver ce titre sur Numilog.com

les œuvres de deux de ses élèves, G. de Montpellier ( 1935 )


et P. Fraisse. Nous n'en dirons rien de plus ici puisque ce
livre fera leur légitime place aux résultats de cette époque.
Et après les gestaltistes ? Le rythme a disparu des sommaires
des revues psychologiques de tous les pays, sauf peut-être de
L'Année psychologique où notre équipe a continué des études
sur le rythme.
Aujourd'hui, le thème réapparaît lentement. Nous nous
risquons à penser que le behaviorisme subjectif comme la psy-
chologie cognitive en plein essor peuvent faire progresser ces
recherches parce que ces psychologies les débarrassent d'anciens
tabous méthodologiques. Sans doute, il faut renoncer à l'intros-
pection dans sa prétention d'atteindre la seule réalité psycho-
logique. Mais comment faire une psychologie humaine sans
reconnaître la juste place des conduites verbales ? L'informa-
tion que celles-ci transmettent sur ce qui apparaît au sujet
ou sur ce qu'il ressent ne peut être négligée, mais les propos du
sujet doivent être interprétés en fonction du stimulus et des
autres comportements du sujet.
Compte tenu des acquis passés, peut-on aujourd'hui envi-
sager une psychologie du rythme ?
Une psychologie du rythme doit partir du rythme des
activités humaines, de ces mouvements ordonnés dans le temps
pour lesquels Platon a spécialisé ce concept. Depuis, nous
en avons généralisé l'usage à tous les phénomènes pério-
diques. Les instruments de la science peuvent détecter des
rythmes de haute fréquence, notre mémoire peut enregistrer
les moments des rythmes de basse fréquence comme les phases
du jour et de la nuit ou celle des saisons et en inférer l'existence
de rythmes dont la science précise les modalités.
Parmi tous ces rythmes, des distinctions s'imposent. Laissons
de côté les rythmes qui ne constituent même pas des stimulations
décelables. Parmi les autres, une place particulière peut être
faite à certains rythmes cosmiques (nycthéméral, annuel) qui
ont une profonde répercussion sur notre vie biologique et sociale
comme ils en ont une encore plus évidente dans tous les orga-
nismes vivants, végétaux et animaux. Cette influence ne s'ins-
Retrouver ce titre sur Numilog.com

crit pas directement dans une psychologie du rythme. Cepen-


dant nous avons choisi d'ouvrir cet ouvrage par un avant-
propos sur les rythmes biologiques.
Au lecteur de saisir l'hiatus qui existe entre ces perspectives
et celles qui les suivent. La psychologie du rythme commence
avec celle des mouvements humains ordonnés.
Mais peut-être éclairerons-nous mieux notre propos en
rappelant justement les pôles de l'analyse des activités
rythmiques.

Activité et perception

En partant des rythmes des mouvements de l'homme, nous


n'avons pas opté pour quelque théorie motrice du rythme. Ces
mouvements, qu'ils soient les nôtres ou ceux d'autrui, ont comme
caractéristique principale d'être connus par une perception.
Cette perception, qui est celle d'une succession, a son originalité.
Comme en ouvrant les yeux nous saisissons un champ spatial,
à chaque instant nous avons un champ temporel. Du temps,
qui coule comme une source, nous ne retenons, selon la méta-
phore d'Henri Piéron, que ce que contient le creux de notre
main. Il faudrait ajouter qu'à mesure que notre main s'est
emplie nous la vidons pour la remplir à nouveau. Le phéno-
mène est manifeste dans la perception des phrases. Notre empan
perceptif s'étend du début d'une phrase à sa fin. A chaque
« point » se renouvelle notre perception tandis que la phrase
passée s'inscrit peu ou prou dans notre mémoire. Ainsi percevons-
nous les structures rythmiques et leur enchaînement.
Le remarquable dans le rythme est la coïncidence qui existe
entre la fréquence de nos mouvements rapides et les possibilités
de notre perception du successif. On se laisse aller à rêver pour
savoir si ce sont les caractéristiques de notre perception qui
s'imposent aux rythmes de notre activité, ou si ce sont au
contraire les rythmes de notre activité qui ont modelé nos
structures perceptives. Aussi bien, pour connaître les rythmes
humains, il faut tout à la fois cerner ce que les hommes peuvent
faire et déterminer les possibilités et les limites de leur perception.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Cette harmonie crée l'originalité du rythme et, selon nous,


elle est la cause de sa résonance affective parce que, à des degrés
divers, le rythme est perçu et agi tout à la fois.

Répétition et isochronisme

Personne ne pense qu'il y a rythme sans répétition — au


moins implicite. Toute forme de répétition est-elle rythmique ?
Certains estiment que la répétition de l'identique, que ce soit
celle du métronome ou celle d'une carrure métrique en musique,
n'est qu'une cadence. Le rythme n'apparaîtrait qu'avec la
répétition du semblable ou, mieux, de l'analogue (Klages, 1934).
Distinction qui se retrouve dans l'opposition entre des répéti-
tions de structures isochrones et celles de structures hétérochrones.
Cette querelle a des connotations métaphysiques. La répé-
tition isochrone de l'identique serait de l'ordre de la machine.
La vie serait jaillissement et création. Mais n'y a-t-il pas une
mécanique humaine dont les exigences s'imposent à l'artiste
le plus ambitieux ? Le débat est aussi esthétique. On peut
préférer les rythmes des vers de Claudel à ceux de Boileau,
ceux de Boulez à ceux du Boléro de Ravel ou à ceux des
marches militaires. La tâche du psychologue est d'étudier les
uns et les autres en recherchant ce qui les unit et ce qui les
diversifie. Les reprises rythmiques ne sont-elles pas pour Piaget
la première forme d'équilibre des conduites ?

Accents et durées

Pour tous, le rythme est l'ordre dans le temps (Delacroix,


1927 ). Mais l'ordre de quoi ? Pour les uns, comme Riemann,
la qualité rythmique provient de la différence des durées. Pour
beaucoup d'autres, le seul ordre rythmique important est celui
des accents. D'aucuns, qui étaient déjà parties dans le débat
précédent, renchérissent. En musique, les rapports temporels
sont de l'ordre de la mesure et seuls les rapports accentuels
caractériseraient le rythme.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Prudent et informé, Littré, en son temps, définissait successi-


vement le rythme musical comme le système de la durée des
sons et comme la succession régulière des sons forts et faibles.
Nous montrerons le provincialisme historique de cette querelle.
En art, chaque époque a privilégié un aspect ou l'autre. L'ana-
lyse psychologique montrera que les structures accentuelles ne
peuvent être séparées des structures temporelles. Le rythme est
dans le temps et il joue des durées sur le plan quantitatif et
qualitatif. Mais l'accent apparaît d'autant plus nécessaire que
l'art veut synchroniser les mouvements de plusieurs personnes
ou qu'il recherche des effets affectifs.
Pour mettre en évidence l'unité et la multiplicité de l'expé-
rience rythmique de l'homme, nous rechercherons quelles sont
les activités rythmiques les plus fondamentales. La pondération
des lois motrices y apparaîtra électivement, mais notre propos
est de montrer comment elles sont soumises aussi aux exigences
perceptives. Nous préciserons ainsi les possibilités rythmiques
de l'homme. Ensuite nous inverserons notre démarche et, nous
adressant aux œuvres artistiques, nous rechercherons les corres-
pondances entre ce que nous prétendions que l'homme peut faire
et ce qu'il a créé.

BIBLIOGRAPHIE

BENVENISTE (E.), La notion de « rythme » dans son expression


linguistique, J. Psychol. norm. path., 1951, 44, 401-411.
BOLTON (T. L.), Rhythm, Amer. J. Psychol., 1894, 6, 145-238.
DELACROIX, P s y c h o l o g i e d e l ' a r t , P a r i s , A l c a n , 1927.
FRAISSE (P.), Les structures rythmiques, Louvain, Editions Univer-
sitaires, 1956.
ISAACS (E.), The nature of rhythm experience, Psychol. Rev.,
1920, 27, 270-299.
KLAGES (L.), Wom Wesen des Rhythmus, Leipzig, Niels Kaupmann
Verlag, 1943.
MACH (E.), Untersuchungen über den Zeitsinn des Ohres, Sitz.
Wien. Akad. Wiss, 1851, kl., 51.
MCDOUGALL (R.), The structure of simple rhythm forms, Psychol.
Rev. Monog. Suppl., 1903, 4, 309-416.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

MEUMANN (E.), Untersuchungen zur Psychologie v. Æsthetik d.


Rhythmus, Philos. Stud., 1894, 10, 249-322 et 393-430.
MINER (J. B.), Motor, visual and applied rhythms, Psychol. Rev.
Monog. Suppl., 1903, 5, 1-106.
MONTPELLIER (G. de), Les altérations morphologiques des mouve-
ments rapides, Louvain, Institut supérieur de Philosophie, 1935.
RUCKMICK (C. A.), The role of kinoesthesis in the perception of
rhythm, Amer. J . Psychol., 1913, 24, 305-359.
RUCKMICK (C. A.), A bibliography of rhythm, Amer. J . Psychol.,
1913, 24, 508-519 ; Amer. J . Psychol., 1918, 29, 214-218;
Amer. J . Psychol., 1924, 35, 407-413.
RUCKMICK (C. A.), The rhythmical experience from the systematic
point of view, Amer. J . Psychol., 1927, 39, 355-366.
STETSON (R. H.), Rhythm and rhyme, Psychol. Rev. Monog.
Suppl., 1903, 4, 413-466.
VIERORDT (K.), Der Zeitsinn nach Versuchen, Tübingen, 1868.
WUNDT (W.), Eléments de psychologie physiologique, 2 éd., trad.
ROUVIER, Paris, 1886.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com

PROLOGUE

Les rythmes biologiques

La psychologie du rythme ne peut pas ignorer les rythmes


biologiques qui affectent tous les processus vitaux, de la
cellule à l'organisme. Ces rythmes ont, du point de vue
de la psychologie, une triple importance :
1° Certains d'entre eux sont très voisins des rythmes de
l'activité humaine, comme ceux du cœur ou de la respira-
tion. Ils sont perçus en tant que tels, toujours dans le cas
de la respiration, parfois dans le cas du cœur (palpitations).
2° Perçus ou non, le psychologue du rythme constate
qu'il y a une liaison ou, à tout le moins, des concordances
entre des rythmes biologiques et des rythmes de l'activité.
D'une manière plus générale, il existe des analogies sugges-
tives entre les uns et les autres au plan des structures et des
mécanismes.
3° Les rythmes biologiques enfin ont, comme nous le
verrons, une très grande répercussion dans notre vie quoti-
dienne. Nous ne traiterons pas cependant ce problème dans
toute sa complexité. Il mériterait un ouvrage particulier.

1. NOTIONS FONDAMENTALES

Pour la clarté des exposés, il est utile de préciser un


vocabulaire forgé par la physique mais adapté aux recherches
biologiques.
Un rythme biologique peut toujours être décrit comme
Retrouver ce titre sur Numilog.com

un système oscillant dans lequel des événements identiques


se produisent à des intervalles de temps sensiblement égaux.
L'intervalle de temps entre deux événements identiques
s'appelle une période (ou cycle). Son inverse est la fréquence
ou nombre de périodes par unité de temps. Au cours d'une
période, le rythme présente une série d'états successifs ou
phases.
L'acrophase (Halberg et Reinberg, 1967) est le sommet
de la fonction sinusoïdale qui s'ajuste le mieux à la série
des valeurs empiriques d'un rythme.
L'amplitude du rythme correspond à la demi-différence
de l'intervalle de variation qui existe entre les deux crêtes
(ou pics), positive et négative, du phénomène oscillatoire
Deux rythmes sont synchrones s'ils ont même période
et si leurs phases sont concomitantes ou sont régulièrement
décalées. Nous rencontrerons le problème de la synchro-
nisation entre des rythmes physiques et des rythmes biolo-
giques et entre des rythmes biologiques et des rythmes
de l'activité.
A la période d'un rythme de référence peut correspondre
une seule période d'un autre rythme qui sera dit mono-
phasé. Ainsi en est-il du rythme activité-sommeil de l'adulte
par rapport au nycthémère. A une période d'un rythme
peuvent correspondre deux ou plusieurs périodes de l'autre
rythme qui est dit alors diphasé ou polyphasé.
Un ou plusieurs facteurs de l'environnement déterminent
le déclenchement et le placement des phases d'un rythme
sur l'échelle du temps. On les appelle les Zeitgeber ou
synchroniseurs.
Parmi les rythmes biologiques proprement dits, on dis-
tingue les rythmes exogènes des rythmes endogènes.
Un rythme est exogène si son existence et sa période
dépendent de la présence de stimulations périodiques. On
peut facilement vérifier qu'un rythme est exogène s'il cesse
dès qu'on le soustrait aux influences périodiques qui le
déterminent.
Un rythme est endogène s'il se manifeste au moins pen-
Retrouver ce titre sur Numilog.com

dant un certain temps lorsque les conditions extérieures


deviennent uniformes, c'est-à-dire s'il est auto-entretenu
par l'organisme. Il peut d'ailleurs y avoir dans ce cas main-
tien du rythme avec une modification de sa période.
Bon nombre de rythmes biologiques sont endogènes et
beaucoup d'auteurs, parmi lesquels nous prenons place,
ne parlent même de rythmes biologiques qu'à propos de
rythmes endogènes qui, alors, ne peuvent pas être confondus
avec des tropismes et des tactismes.
Cependant le qualificatif endogène caractérise un rythme
biologique sans préjuger de son origine. Pour qu'il y ait
rythme endogène, il faut qu'il existe un « mécanisme »
oscillant. Au sujet de ce mécanisme, on ne peut éviter de se
poser la question de sa nature et surtout de son origine.
Est-il héréditaire ? Si oui, la génétique doit nous montrer
qu'en croisant les espèces ou les races qui diffèrent par la
présence ou l'absence d'un rythme biologique ou qui diffè-
rent par la période du rythme, on peut agir sur ces phéno-
mènes. Est-il inné ? Cette question ne se ramène pas à la
première, car, surtout chez les mammifères, on peut penser
que le rythme a été acquis au cours de la vie fœtale. Même
quand le rythme n'apparaît qu'après la naissance, la question
de l'origine se pose encore puisqu'il peut apparaître soit à
un certain stade de maturation, soit après avoir été exposé
à des rythmes de l'environnement.
La science actuelle ne peut répondre entièrement à ces
questions. Elle peut cependant affirmer que l'activité ryth-
mique est une propriété fondamentale de la nature vivante.
Mais, pour chaque rythme, on peut se demander : Qu'est-ce
qui détermine sa période ? Qu'est-ce qui déclenche son
activité ?
Dans cette perspective plus descriptive qu'interprétative,
on peut essayer de classer les rythmes biologiques de la
manière suivante :

a) Les rythmes spontanés. — Leur périodicité semble


entièrement autonome et leur déclenchement est spontané.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

Exemple : Les rythmes du métabolisme cellulaire, du cœur.


Leurs variations ne dépendent pas de variations rythmiques,
mais de stimulations isolées, par exemple l'élévation de la
température.
b) Les rythmes déclenchés. — Ils se distinguent seule-
ment des premiers par le fait qu'il suffit d'une excitation
non périodique pour les déclencher. Exemple : Si un haricot
s'est développé en lumière constante, il suffit qu'il se trouve
une seule fois à l'obscurité pour qu'apparaissent les mouve-
ments oscillatoires de ses feuilles.
c) Les rythmes induits. — Leur caractère périodique
est spontané mais, dans une certaine mesure, leur période
peut être influencée par celle d'un autre rythme selon un
phénomène de synchronisation. Ainsi le rythme α des ondes
cérébrales peut se synchroniser à un rythme lumineux
externe. Si l'inducteur cesse, le rythme α. revient à sa fré-
quence de base.
d) Les rythmes acquis. — Leur périodicité est engendrée
par un rythme extérieur. On les appelle encore rythmes
conditionnés au temps, selon la terminologie de Pavlov. Ils
ont été mis en évidence en 1912 dans son laboratoire par
Feokritova. En alimentant un chien toutes les 30 mn, celui-ci
ne se met à saliver que vers la fin de l'intervalle de 30 mn.
Si on interrompt le renforcement par la nourriture, le phéno-
mène périodique continue encore pendant quelques cycles.
Des phénomènes identiques ont été mis en évidence dans
les conduites d'évitement.

On retrouve des phénomènes analogues dans le condi-


tionnement opérant de Skinner avec le programme de ren-
forcement à intervalle fixe (fixed interval ou F.I.). Entre
les renforcements, il s'écoule un délai, toujours le même.
Dans cette situation, l'animal ne commence à répondre
qu'après une pause plus ou moins longue qui suit chaque
renforcement. Ainsi 50 % des réponses interviennent dans
les dernières 30 s d'un intervalle de 2 mn. Ces rythmes
acquis sont longs à se stabiliser mais ils manifestent une
Retrouver ce titre sur Numilog.com

grande stabilité chez les espèces supérieures (Richelle, 1967).


L'animal peut d'ailleurs être conditionné à un rythme
plus complexe que la simple répétition. Ainsi des pigeons
soumis à un rythme : 15 s de nourriture, 15 s de pause,
15 s de nourriture, 90 s de pause, etc., manifestent une acti-
vité périodique à la fin des pauses et ce rythme continue
pendant plusieurs cycles si on supprime la nourriture
(Popov, 1950). Ferster et Skinner (1957) ont aussi trouvé
qu'un pigeon pouvait s'adapter à une périodicité complexe
comprenant deux intervalles successifs différents.
Ces rythmes acquis ne sont pas des curiosités de labora-
toire. Le rythme de la faim, s'il s'inscrit habituellement dans
le cadre circadien de notre activité, a une structure tempo-
relle.
Certains spécialistes accepteront difficilement que nous
classions les rythmes acquis parmi les rythmes biologiques.
Ces rythmes acquis sont cependant endogènes, mais on peut
se demander si le mécanisme qui contrôle ces rythmes est
de même nature que ceux dont dépendent les autres rythmes
biologiques. En effet la période de ces derniers apparaît
relativement fixe et caractéristique de l'espèce. Toutefois la
fixité n'est que relative et on peut la modifier légèrement
en changeant les conditions de l'environnement, ce qui
démontre leur plasticité. Dans ce cas, la nouvelle période est
« acquise ».
L'importance de l'étude des rythmes biologiques, c'est-à-
dire des changements périodiques de l'activité, a justifié la
naissance d'une nouvelle discipline : la chronobiologie ou
étude de la structure temporelle des processus biologiques.

2. DE LA CELLULE A L'HOMME

Historiquement les hommes ont été plus sensibles aux


rythmes des phénomènes naturels dans lesquels ils vivaient
qu'aux modifications périodiques des organismes vivants. Il
y a eu, certes, des observations occasionnelles mais en
Retrouver ce titre sur Numilog.com

général les savants manquaient d'appareils d'observation


assez sensibles pour détecter des changements souvent assez
fins. D'ailleurs, malgré le vieillissement de tous les orga-
nismes, la constance des milieux internes a été plus soulignée
que leurs fluctuations périodiques. Plus exactement, les
savants ont eu tendance à interpréter les phénomènes
d'oscillations comme des régulations de l'homéostasie et
comme des phases successives d'un processus de retour à
un équilibre sans cesse remis en question. Il faut au contraire
concevoir que l'homéostasie se réalise souvent par des pro-
cessus dont la périodicité est largement indépendante des
« besoins » de l'organisme.
Ces deux notions de périodicité et d'homéostasie ne se
contredisent d'ailleurs pas et l'on comprend de mieux en
mieux que l'homéostasie se réalise à travers des activités
périodiques dont les limites s'inscrivent à l'intérieur même
des processus de maintenance. Suivant les problèmes, un
auteur donnera plus d'importance à la stabilité, un autre à la
périodicité mais ces processus sont complémentaires.
L'importance accordée aux rythmes biologiques s'est
accrue avec la découverte progressive de la nature endogène
de beaucoup d'entre eux, c'est-à-dire avec la constatation
que la suppression de ce que l'on pensait être les stimula-
tions physiques des variations n'entraînait pas du même
coup la disparition de rythmes biologiques.
Les rythmes biologiques des végétaux furent les pre-
miers à retenir l'attention. Certes, des notations anecdo-
tiques datent de la plus haute Antiquité, mais ce n'est
qu'au XVIII siècle que commencèrent des études systéma-
tiques. Vers 1730 le Suédois Linné conçut le principe d'une
horloge basée sur l'horaire de l'épanouissement des fleurs.
Cette horloge aurait été, dit-on, réalisée à Upsal ; à chaque
heure correspondait l'activité de fleurs différentes. Elle indi-
quait l'heure, depuis 3-5 h du matin, lorsque les fleurs de
salsifis commençaient à s'ouvrir et jusqu'à minuit quand se
refermaient les fleurs de cactus.
Il ne s'agissait encore que de description. Peu à peu, on
Retrouver ce titre sur Numilog.com

découvrit l'indépendance des mouvements des fleurs ou des


feuilles par rapport à la lumière ou à la température.
Des phénomènes semblables furent alors décrits en
physiologie animale. Le Genevois Ch. Chossat, dans des
conférences faites en 1831 et publiées en 1843, démontra
l'oscillation quotidienne de la température des pigeons qui
s'abaisse pendant la nuit et se relève pendant le jour. Il
montra aussi que la privation complète de la nourriture ne
supprime pas ce rythme thermique.
Ce n'est cependant que depuis 1950 que ce type de
recherches a pris un grand développement avec la générali-
sation de la climatisation artificielle, l'apparition des moyens
modernes de calcul et les applications possibles en biologie
végétale, animale et humaine. Il n'est plus possible aujour-
d'hui de présenter seulement quelques exemples suggestifs.
En réalité, la périodicité est caractéristique de tous les orga-
nismes vivants à partir des unicellulaires. Ces rythmes peu-
vent être mis en évidence aussi bien dans des cellules ou des
organes que dans l'activité même de l'organisme des êtres
les moins différenciés comme des êtres les plus différenciés.
La présentation des rythmes biologiques pourrait être
faite à partir des espèces, mais la meilleure compréhension
naît d'un exposé qui considère leur fréquence.

3. LES RYTHMES RAPIDES

Nous mettrons dans cette catégorie tous les rythmes dont


la période va de quelques fractions de seconde à environ
20 h. Ils sont dits ultradiens.
Dans le domaine végétal, parmi les mouvements les plus
rapides, on peut citer ceux des cils et des flagelles ou des
vacuoles pulsatiles. Les plantes ont souvent des mouve-
ments oscillatoires dont la période varie d'une à quelques
heures : ce sont les mouvements révolutifs des tiges volu-
biles, des vrilles, des feuilles (Baillaud, 1964).
Dans ces rythmes endogènes, on ne peut pas mettre en
Retrouver ce titre sur Numilog.com

évidence le rôle d'un autre phénomène périodique qui aurait


pu les induire. Mais il faut parfois qu'une condition externe
ne cesse pas de se manifester pour qu'ils se poursuivent, par
exemple la pesanteur dans les mouvements révolutifs.
A ces fréquences, on trouve les rythmes de l'encéphale,
ceux du cœur et de la respiration qui nous intéressent parti-
culièrement, car on a souvent cherché à les mettre en relation
avec des conduites rythmiques de l'homme.
Les oscillations électriques des centres nerveux sont par-
ticulièrement nettes sur l'écorce cérébrale. Ce phénomène,
dont on connaissait l'existence depuis 1875, a été mis en
évidence et étudié pour la première fois par H. Berger
en 1929. Par la technique de l'électro-encéphalographie, on
détecte ainsi des ondes de fréquence différentes :

Les manifestations électro-encéphalographiques ne sont


que des résultantes de l'activité des neurones qui se syn-
chronisent en des oscillations complexes dont la résultante
est plus lente, par suite de la dispersion temporelle des
activités élémentaires.
T o u t le problème est de savoir quel est le processus
responsable de cette périodicité. Les sources sont sans doute
multiples et on peut penser à l'existence d'une commande
centrale sous-corticale, surtout dans les cas où il y a syn-
chronisation des deux hémisphères. Mais on peut penser
aussi qu'il y a encore une autorythmicité d'un fragment
de tissu nerveux lorsqu'il est coupé de ses relations latérales
et sous-corticales. Y a-t-il contagion électrique de type
physique avec des neurones qui deviendraient pilotes en
jouant le rôle de pace-maker ? ou n'y a-t-il pas des influx
récurrents de type permanent, survivant à la cause qui les
a fait naître et qui bombarderaient en permanence les neu-
rones ? Ceux-ci ne répondraient que périodiquement par
Retrouver ce titre sur Numilog.com

suite de leur période réfractaire correspondant à la néces-


sité de respecter un cycle de récupération de l'excitabilité
(Fessard, 1957).
Le cœur a une autonomie fonctionnelle que ne possède
pas le système nerveux. Alors que l'électro-encéphalo-
gramme « plat » est reconnu comme le meilleur indice de
la mort d'un organisme, le cœur séparé de l'organisme peut
continuer à battre pendant des heures et même pendant
des jours s'il est irrigué.
Cette autonomie fonctionnelle tient aux propriétés ryth-
miques du tissu nodal caractéristique du myocarde. Il y a
deux nœuds principaux, mais le nœud sinusal impose son
rythme à tous les autres segments du tissu nodal. Norma-
lement, ce rythme de 120 à 150 cycles par minute est
freiné par l'action constante du nerf pneumogastrique qui
assure un rythme d'environ 72 cycles par minute, rythme
qui varie comme on le sait avec l'exercice, la température
du corps mais aussi bien avec des manifestations psycho-
logiques comme l'émotion.
Le rythme respiratoire, qui a une fréquence d'environ
15 à 20 cycles à la minute chez l'homme adulte, est com-
mandé par un centre respiratoire situé au niveau du bulbe
rachidien. Ce centre a une activité périodique autonome
que l'on peut mettre en évidence en constatant qu'elle se
maintient lorsque l'on sectionne toutes les connexions ner-
veuses par lesquelles des stimulations pourraient agir d'une
manière réflexe.
La périodicité de l'activité de ce centre est contrôlée
principalement par la veinosité du sang qui dépend du
taux de CO2 et de O2. Elle est aussi influencée par de nom-
breux mécanismes respiratoires réflexes d'origine pulmo-
naire et circulatoire, et enfin par des influx provenant du
cortex qui en permettent un certain contrôle volontaire.
Ces rythmes, comme nous venons de le voir, sont tous
spontanés et ne dépendent dans leur régulation périodique
d'aucun autre rythme, à l'exception du rythme de l'E.E.G.
qui peut être entraîné, dans les limites de ses possibilités
Retrouver ce titre sur Numilog.com

de variation, par des stimulations visuelles périodiques.


Mais l'accélération ou le ralentissement peuvent être pro-
duits par des stimulations non périodiques.

4. LES RYTHMES CIRCADIENS

A la succession quotidienne des jours et des nuits (ou


rythme nycthéméral), correspondent les rythmes biologi-
ques et ceux de l'activité de tous les organismes, sans
exclure l'homme. On les appelle aujourd'hui rythmes cir-
cadiens parce que leur période peut être un peu inférieure
ou supérieure à 24 h quand les synchroniseurs de l'ambiance
(lumière, humidité, température, etc.) sont supprimés. Ce
décalage constant qui est ainsi observé entre le rythme
« en libre cours » d'un organisme et le rythme nycthéméral
de 24 h est, à l'heure actuelle, le plus solide argument
pour considérer que ces rythmes circadiens ne sont pas
acquis. Ajoutons aussi le fait que l'on peut, dans certains
cas, déclencher un rythme circadien chez un organisme
sans qu'il ait jamais subi l'influence du nycthémère.
A) Les rythmes circadiens chez les végétaux. — La liste
des phénomènes de physiologie végétale présentant un cycle
circadien ne cesse de s'enrichir à mesure qu'augmentent
nos capacités de détection et de mesure. La division des
cellules, la transpiration, la respiration, la photosynthèse,
la vitesse de croissance, les mouvements des feuilles et des
fleurs varient régulièrement d'intensité suivant l'heure de
la journée.
B) Les rythmes circadiens chez les animaux. — Ils sont
non moins connus. Tout le monde sait qu'il y a des animaux
diurnes et d'autres nocturnes. L'activité circadienne se
rencontre chez les êtres vivants les plus simples comme
l'amibe et la paramécie, mais seulement à partir du moment
où existe une organisation cellulaire, avec un noyau bien
délimité.
Retrouver ce titre sur Numilog.com

On ne sait pas assez que les rythmes circadiens ne concer-


nent pas seulement les cycles veille-sommeil mais l'ensemble
des fonctions physiologiques.

C) Les rythmes circadiens chez l'homme. — Ils ne pré-


sentent pas de caractères très originaux. Comme dans la
plupart des espèces, ils ne s'établissent que progressivement
au cours du développement. Le sommeil du nourrisson est
polyphasique par rapport au nycthémère et il ne devient
monophasique que vers l'âge de cinq ans. Cependant, des
variations circadiennes (hétérogénéité des phases de veille
et de sommeil) s'établissent dès la deuxième ou la troisième
semaine de la vie.
Les rythmes de nombreuses fonctions ont d'abord,
comme le sommeil, des périodes inférieures à 24 h et le
développement de leur caractère circadien s'établit pro-
gressivement. Certains semblent se développer indépen-
damment, d'autres au contraire, comme le pouls, la tem-
pérature centrale, l'excrétion urinaire, l'élimination du
potassium et du sodium s'établissent presque en même
temps à partir du deuxième mois. D'autres excrétions
comme celles de la créatine puis de la créatinine manifes-
tent seulement au bout de quelques mois leur caractère
périodique. Il existe une périodicité circadienne de la résis-
tance électrique cutanée quelques jours après la naissance.
D'ailleurs, l'amplitude de ces changements périodiques
ne cesse d'augmenter pendant les premières années de
l'enfant et il se produit même des changements dans la
situation temporelle des acrophases (Hellbrügge, 1968).
Rien dans cette évolution ne semble permettre d'affirmer
le caractère endogène de ces rythmes, si ce n'est deux faits
d'importance :

a) Des enfants nourris à la demande ont des rythmes


vigilance-sommeil qui peuvent présenter une différence d'une
heure par rapport au rythme nycthéméral d'une manière
systématique. U n rythme circadien semble donc se manifes-
ter, qui ne s'ajuste aux synchroniseurs du rythme nycthéméral
qu'après plusieurs mois (Kleitman et Engelmann, 1953).
b) Nous avons noté l'hétérochronie du développement
de plusieurs rythmes biologiques. On constate aussi leur
indépendance quand l'homme change de rythme de vie.
Les phases de certains rythmes sont déplacées et d'autres
restent stables pendant un certain temps. Ceci montre que
tous ces rythmes ne sont pas simplement dépendants des
variations du métabolisme liées au cycle activité-repos.

Chez l'adulte on a pu établir des rythmes circadiens


du pouls, de la température, de la vitesse du cœur, de la
pression sanguine, de la respiration, de l'activité cérébrale,
des excrétions urinaires (potassium, sodium, magnésium,
phosphate des 17-cétostéroïdes, etc.), de la composition du
sang, des mitoses, des variations du volume du foie et de
sa teneur en sucre, de la susceptibilité à différents produits
(en fonction aussi du rythme des repas).
L'acrophase de ces différents rythmes ne coïncide pas,
comme on peut le voir dans le tableau ci-contre. Mais ces
décalages ne signifient pas qu'ils soient nécessairement en
dépendance fonctionnelle.
Ces rythmes biologiques ont de nombreuses consé-
quences physiopathologiques et psychologiques. Les méde-
cins ont toujours prescrit la prise des médicaments à des
heures précises de la journée (lever, repas, coucher) sur la
base d'observations cliniques ou d'habitudes. On savait
par exemple qu'il y avait un rythme nycthéméral du taux
de sucre dans le sang et qu'il fallait en tenir compte en cas
de diabète pour fixer le moment des piqûres d'insuline.
On découvre peu à peu des influences différentielles de
certaines substances, en particulier des psychotropes en
relation dans certains cas avec le rythme circadien des
monoamines. Ainsi sur l'animal, Wahlström (1968) a trouvé
que l'imipramine réduisait la période d'activité si elle était
administrée à son début alors qu'elle l'augmentait si elle
était administrée à la fin.

Vous aimerez peut-être aussi